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Trois Couleurs #121 mai 2014

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fe stival de can n e s

Stéphanie Cléau et Mathieu Amalric

voulais pas d’une actrice connue, je voulais qu’on sente ce que j’appelais « la menace de la femme inconnue ». Je trouve que Stéphanie joue très bien ça, le mélange du chaud et du froid. Esther est absolument illisible, c’est ça qui attire tant Julien.

« Esther est absolument illisible, c’est ça qui attire tant Julien. »

Le film est très impressionniste, il est dans la reconstruction permanente des événements. Comment êtes-vous arrivé à ce résultat ? Nous avions écrit le scénario sur deux colonnes : l’image se battait contre le son. Le délice du présent et l’horreur de la reconstitution. Ensuite, avec Christophe Beaucarne, mon chef opérateur, on a décidé de tourner en format carré ; parce que Julien a affaire à des blocs de solitude. Il ne sait ni ce que sa femme pense, ni ce que sa maîtresse pense. J’ai également pensé à Bresson, en me demandant pourquoi ses films étaient très physiques. Par exemple, le viol dans Mouchette : on ne voit rien et on sent tout. Je passais toujours par cette grammaire cinématographique artificielle : le plan fixe, le cadrage. Le but n’était pas d’attraper du vrai. Il fallait au contraire filmer en permanence des signes, des gestes, des totems. Le livre de Simenon est autant une histoire d’amour qu’une chronique judiciaire. Le polar était-il un défi pour vous ? Tout film est un travail policier. Fellini disait que le scénario est un détective du film à venir. Ce qui nous a sauvés, c’est justement d’avoir à clarifier les choses à l’extrême. Nous avons constitué un véritable dossier judiciaire avec Pauline Étienne, l’actrice, qui a été notre accessoiriste sur le tournage. Nous avons travaillé avec le personnel judiciaire du tribunal de Bobigny, qui joue d’ailleurs

dans le film. Le procès a donné lieu, contrairement au reste du film, à des séquences plus longues, on l’a tourné dans toute sa durée. Le film oscille entre la modernité de la vie conjugale et la chambre bleue, qui ne semble pas avoir bougé depuis Simenon. Oui, on a fait le choix des petits mots contre les textos, qui auraient été plus vraisemblables. C’est le côté immuable de la province, du bovarisme. Esther est romanesque, la chambre bleue lui ressemble. Au contraire, la maison familiale est sans âme, comme dans le roman. C’est tragique, parce qu’elle ressemble à la maison que Simenon s’était fait construire en 1963, à Épalinges, dans laquelle il n’a pas réussi à garder sa femme. Où en êtes-vous de votre projet d’adapter Le Rouge et le Noir ? Ça va me prendre du temps. J’ai abouti à une deuxième version du scénario qui ne fait plus que… 470 pages. Mais déjà, en filmant le procès de La Chambre bleue, je sentais quelque chose du procès de Julien Sorel. Cette façon d’être égaré, absent à soi-même, déjà ailleurs. La Chambre bleue de Mathieu Amalric avec Mathieu Amalric, Stéphanie Cléau… Distribution : Alfama Films Durée : 1h15 Sortie le 16 mai

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