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le monde à l’écran

david cronenberg du 7 mai au 10 juin 2014

Rencontre avec le réalisateur de Maps to the Stars

bryan singer

Il nous raconte le tournage du dernier X-Men

mathieu amalric Entretien pour son film La Chambre bleue

LAISSERIEZ-VOUS VOS COLLÈGUES À LA PORTE

Deux jours, une nuit des frères Dardenne

no 121 – gratuit


l’h istoi r e du moi s

Profession sous-titreur

© ruben gérard

« Pas plus de douze lettres à la seconde »

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Ils ne se ressemblent en rien. Et pourtant, Stanislas Raguenet et Alexander Whitelaw appartiennent tous deux à cette profession qui répond au nom barbare de sous-titreur (ou adaptateur). À l’heure de la profusion sur la Toile des fansubs, ces hommes de l’ombre nous présentent leur métier, dont l’exercice est de plus en plus compliqué. PAR ROD GLACIAL ILLUSTRATION DE RUBEN gérard

S

tanislas Raguenet vient du documentaire et s’est lancé dans le sous-titrage il y a une dizaine d’années, en indépendant. Il est diplômé de l’ISIT (Institut supérieur d’interprétation et de traduction), s’est ensuite formé aux techniques et aux logiciels, pour devenir un spécialiste de la discipline. Son cas de figure n’est pas unique, et il faut bien admettre que le métier suscite peu de vocations. Il existe bien une filière spécifique, à l’université Lille 3 notamment, sanctionnée par un master 2, mais en général, les sous-titreurs – ou plutôt adaptateurs – ont suivi un cursus généraliste, avec un niveau bac+5. « Certains vont à Lille faire l’école de sous-titrage, et moi, j’ai tendance à les mépriser, parce que si on veut débuter par là, ça commence mal ! On atterrit dans le sous-titrage quand on a eu un problème… » C’est Alexander Whitelaw qui parle, du haut de ses 89 ans. Sandy (diminutif d’Alexander en écossais) a un parcours complétement différent. Dans les années 1960, à Hollywood, il travaille aux Artistes Associés et assiste tous les grands producteurs de l’époque. Ça aide. Au début des années 1970, il débarque en Europe et travaille comme producteur et réalisateur. C’est là qu’il va basculer, « par accident », dans le sous-­titrage. Le producteur Pierre Cottrel lui propose de sous-titrer du français vers l’anglais Mes Petites Amoureuses de Jean Eustache, pour rembourser les frais engagés pour sous-titrer son propre long métrage, Lifespan, sorti en 1975. Quarante ans plus tard, Sandy est toujours là. « Je suis tombé dans un piège ! » Il plaisante, car il l’adore, ce « métier de raté ». « Un sous-titreur, c’est comme un traiteur de mariage. Un jour de retard et tout est foutu. » Et contrairement à ce que le phénomène des fansubs (sous-titrage bénévole et illégal d’un film, d’une série ou d’une émission par ses fans) pourrait laisser croire, ce n’est pas un job

« un sous-titreur, c’est comme un traiteur de mariage. un jour de retard et tout est foutu. » Alexander Whitelaw

d’amateur. Stanislas s’explique : « Le sous-­titrage est un travail d’auteur, je le considère comme une création. Traduire, c’est avant tout écrire. Et sous-­ titrer, c’est savoir adapter. On ne peut pas tout traduire : trop d’informations priveraient le spectateur de la liberté de regarder l’image. Il faut donc faire des choix, parfois cornéliens, et sacrifier certaines informations au profit d’autres, plus essentielles. C’est pourquoi l’on parle d’adaptation. » Traduction, adaptation, et une règle catégorique pour Sandy Whitelaw : « Pas plus de douze lettres à la seconde. Si vous avez enregistré ça, vous pouvez sous-titrer n’importe quoi. » Et d’ajouter : « Un sous-titre, il faut qu’il arrive et qu’il reparte au bon moment, qu’il hypnotise le spectateur, que celui-ci le retienne. » vendeur de films

Sandy se voit aussi comme un « vendeur » de films. « Le plus gros boulot du sous-titreur du français vers l’anglais, c’est de permettre aux films d’être vus à l’étranger – dans les cinémas bien sûr, mais aussi dans les festivals. » Outre le fait qu’il peut traduire en quatre langues (et il en apprend actuellement une cinquième), Sandy dispose d’un atout de taille : il traite sans intermédiaire, et même s’il lui arrive parfois de traduire gracieusement

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« adaptateurs et spectateurs sont victimes d’une course aux plus bas coûts. » Stanislas Raguenet

des scénarios entiers (distribués aux acheteurs potentiels), il sait qu’il est dans les petits papiers des décideurs. « J’ai de la veine, quand on m’appelle, c’est pour travailler sur de gros films qui ont des problèmes... » Sandy ne fait pas de block­ busters, mais il a rempli son rôle de « vendeur » et a, ce faisant, gagné la fidélité de cinéastes comme Éric Rohmer, Louis Malle, Costa-Gavras ou Catherine Breillat. « 36 fillette de Breillat, par exemple, a été vendu dans le monde entier, alors qu’il a pas fait un rond en France. » Le sous-titrage d’un film comporte trois grandes étapes : le repérage (points d’entrée et de sortie du sous-titre en fonction du débit des dialogues et du montage du film), l’adaptation et la simulation réelle en présence du client. Après avoir vu le film, ce qui importe le plus à Sandy, c’est de « s’assurer que le client va bien confier le repérage à une société qui effectue ce travail mécaniquement [et non manuellement, ndlr]. Cette opération est comprise dans le budget technique. On ne peut pas travailler correctement sans ce préalable. » Stanislas, qui contrairement à Sandy ne travaille pas exclusivement pour le cinéma et doit s’adapter aux exigences du marché du DVD ou de la télévision, complète : « Nous recevons le film en bobines. L’image est bien souvent de mauvaise qualité (pour éliminer le risque de fuite), le mixage est parfois balbutiant, le montage lui-même n’est pas toujours définitif… Il n’est pas rare de passer dix jours sur l’adaptation d’un film, avant d’en recevoir une nouvelle version si différente qu’une grande partie du travail est à recommencer. On n’imagine pas comme le mixage peut à lui seul transformer notre compréhension d’un film. » précarité

La relative précarité du job ne les met pas en position de refuser ce qu’on leur propose. Stanislas poursuit : « Il arrive que l’on nous demande de sous-titrer un film en trois jours, parce que le client l’exige, ou que le budget qu’il propose ne permet en aucun cas d’y consacrer plus de temps. Inutile de préciser que de telles contraintes ne permettent pas d’offrir un travail de qualité.

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Vous avez pro­bablement vu nombre de ces films en DVD ces dernières années. Mais combien de “consommateurs” vont se plaindre auprès du diffuseur ou de l’éditeur de la mauvaise qualité d’un sous-titrage ? C’est là qu’est tout le problème. » L’exercice du métier n’est pas non plus sans risque. « Certaines personnes ont mauvaise réputation, dixit Sandy. Leurs noms tournent dans la profession : “Attention, celui-là, il paye pas.” Moi, par exemple, on me doit encore de l’argent pour un film de Raoul Ruiz… Voilà une condition de refus. » En 2006, une trentaine de traducteurs et adaptateurs se sont regroupés sous la bannière de l’Association des traducteurs et adaptateurs de l’audiovisuel pour « défendre leurs intérêts économiques et œuvrer pour la reconnaissance de leur profession ». Cette association loi de 1901 compte aujourd’hui un peu plus de deux cents membres, mais d’après Sandy, « elle fait du bruit pour pas grand-chose ». Le tarif minimum qu’elle a fixé est de 4,10 euros la ligne de sous-titre, mais dans les faits, les tarifs tourneraient plutôt, d’après Sandy, autours de 3 euros la ligne et de 15 centimes le mot pour de la traduction. « Pour le cinéma, il y a une différence, du simple au double globalement, entre les films distribués par les majors et ceux portés par les distributeurs indépendants. Pour la vidéo (télévision, V.O.D., édition DVD), c’est une jungle dans laquelle adaptateurs et spectateurs sont victimes d’une course aux plus bas coûts », conclut Stanislas. Et d’ajouter : « Que les chaînes de télévision coupent leur budget de traduction est fort dommageable, et pour la profession, et pour le public. » Le mot de la fin est pour Sandy, intarissable sur son métier : « Les bons sous-titres m’émerveillent toujours, ceux de cette série avec Charlie Sheen, par exemple. Et puis les titres. C’est arrivé près de chez vous, qui a été traduit par Man Bites Dog. Formidable, non ? » Parmi leurs derniers travaux : Wrong Cops de Quentin Dupieux (traduit de l’anglais au français par Stanislas Raguenet) Quai d’Orsay de Bertrand Tavernier (traduit du français à l’anglais par Alexander Whitelaw)

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Sommaire

Du 7 mai au 10 juin 2014

À la une… 46

entretien

portrait

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entretien

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David Cronenberg

Deux ans après Cosmopolis, le cinéaste canadien revient en compétition à Cannes avec Maps to the Stars, portrait cruel, frontal, de Hollywood et de ses vices. L’occasion, pour Cronenberg, de sonder nombre de psychés déréglées. Drogue, inceste, désenchantement, anéantissement : bienvenue à Hollywood.

en couverture

Bryan Singer À l’image des héros de X-Men: Days of Future Past, le réalisateur nous raconte comment il a dû composer avec les atouts et soucis liés à la temporalité de son film.

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Mathieu Amalric Le réalisateur adapte La Chambre bleue de Simenon, récit éclaté d’un adultère. Le film est présenté en sélection Un certain regard à Cannes.

Les frères Dardenne

Ils ont reçu deux Palmes d’or, pour Rosetta et L’Enfant. En défendant cette année à Cannes Deux jours, une nuit, les frères Dardenne poursuivent leur élaboration d’un cinéma social profondément humaniste, d’une grande puissance dramatique. À peine remise d’un long congé maladie, Sandra (Marion Cotillard) n’a qu’un weekend pour convaincre ses collègues : soit ils touchent une prime et elle est virée, soit ils y renoncent et elle est réintégrée.

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© nicolas guérin ; 20th century fox ; philippe quaisse ; warner bros. ; ruben gérard

entretien

l’album

Pascale Ferran Après Lady Chatterley en 2006, récit d’une passion amoureuse libératrice au début du xxe siècle, Pascale Ferran signe Bird People, présenté en sélection Un certain regard à Cannes.

décryptage

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Godzilla Entre Monsters, petite série B de science-fiction indé, et ce Godzilla hollywoodien, l’écart est énorme pour Gareth Edwards. Le jeune réalisateur britannique a su garder la tête froide et les idées claires. Rencontre.

en ouverture

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Les sous-titreurs À l’heure des fansubs sur la Toile, ces hommes de l’ombre que sont Stanislas Raguenet et Alexander Whitelaw nous présentent leur métier, dont l’exercice est de plus en plus compliqué.

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Kelis On croyait Kelis perdue au royaume de l’eurodance, des coiffures kitsch et de David Guetta. La diva R’n’B revient par la petite porte indé, sur le label electro Ninja Tune, avec un album de soul produit par Dave Sitek. Plus imprévisible que jamais.


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… et aussi

Du 7 mai au 10 juin 2014

Édito 13 Quel est le prix de votre compassion ? Les actualités 14 Retour sur ce qui a agité les pages de notre site Internet À suivre 20 Jack O’Connell dans Les Poings contre les murs p. 20 Sophie Desmarais dans Sarah préfère la course p. 22 l’agenda 24 Les sorties de films du 7 mai au 4 juin 2014 histoires du cinéma 29 Dressé pour tuer de Samuel Fuller p. 32 // La bromance p. 34 // Le film d’horreur gynophobe p. 36 // Festival de Brive p. 38 // Spécial Cannes p. 40 // We Are the Best! de Lukas Moodysson p. 56

ÉDITEUR MK2 Agency 55, rue Traversière – Paris XIIe Tél. : 01 44 67 30 00 DIRECTEUR DE LA PUBLICATION  Elisha Karmitz (elisha.karmitz@mk2.com) RÉDACTEUR EN CHEF  Étienne Rouillon (etienne.rouillon@mk2.com) RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE Juliette Reitzer (juliette.reitzer@mk2.com) RÉDACTEURS Quentin Grosset (quentingrosset@gmail.com) Laura Tuillier (laura.tuillier@mk2.com) Timé Zoppé (time.zoppe@gmail.com) DIRECTRICE ARTISTIQUE Sarah Kahn (hello@sarahkahn.fr) GRAPHISTE-MAQUETTISTE Jérémie Leroy SECRÉTAIRE DE RÉDACTION Vincent Tarrière (vincent.tarriere@orange.fr) ICONOGRAPHE Juliette Reitzer

les films 62

L’Armée du salut d’Abdellah Taïa p. 62 // La Voie de l’ennemi de Rachid Bouchareb p. 66 // Il a plu sur le grand paysage de JeanJacques Andrien p. 68 // Michael Haneke : Profession réalisateur d’Yves Montmayeur p. 70 // The Homesman de Tommy Lee Jones p. 72 // L’Île de Giovanni de Mizuho Nishikubo p. 74 // Caricaturistes : Fantassins de la démocratie de Stéphanie Valloatto p. 76 // Ton absence de Daniele Luchetti p. 76 // Ugly d’Anurag Kashyap p. 78 // Les Drôles de Poissons-Chats de Claudia Sainte-Luce p. 80  // Tristesse club de Vincent Mariette p. 82 // Les Sœurs Quispe de Sebastián Sepúlveda p. 86 Les DVD 88 Trois films chantés de Nicolas Engel et la sélection du mois

STAGIAIRE Marion Pacouil ONT COLLABORÉ À CE NUMÉRO Stéphane Beaujean, Ève Beauvallet, Léa Chauvel-Lévy, Renan Cros, Oscar Duboÿ, Julien Dupuy, Yann François, Clémentine Gallot, Claude Garcia, Rod Glacial, Lorraine Grangette, Stéphane Méjanès, Louis Michaud, Jérôme Momcilovic, Wilfried Paris, Michaël Patin, Alexandre Prouvèze, Bernard Quiriny, Guillaume Regourd, Claire Tarrière, Éric Vernay, Anne-Lou Vicente, Etaïnn Zwer ILLUSTRATEURS Ruben Gérard, Charlie Poppins PHOTOGRAPHES Nicolas Guérin, Philippe Quaisse PUBLICITÉ

© rda / bca ; collection christophel ; dawn jones ; darmotionpictures phantomfilms

DIRECTRICE COMMERCIALE Emmanuelle Fortunato (emmanuelle.fortunato@mk2.com) RESPONSABLE CLIENTÈLE CINÉMA Stéphanie Laroque (stephanie.laroque@mk2.com) CHEF DE PROJET COMMUNICATION Estelle Savariaux (estelle.savariaux@mk2.com)

cultures 90 L’actualité de toutes les cultures et le city guide de Paris

CHEF DE PROJET Clémence Van Raay (clemence.vanraay@mk2.com) ASSISTANTE CHEF DE PROJET Mathilda Brissy (mathilda.brissy@mk2.com)

time out paris 110 La sélection des sorties et des bons plans compilés par Time Out Paris

trois couleurs présente 114 Weather Festival, Talisco, le cinéma-club, les événements MK2

Illustration de couverture © Cruschiform pour Trois Couleurs © 2013 TROIS COULEURS issn 1633-2083 / dépôt légal quatrième trimestre 2006. Toute reproduction, même partielle, de textes, photos et illustrations publiés par MK2 Agency est interdite sans l’accord de l’auteur et de l’éditeur. Magazine gratuit. Ne pas jeter sur la voie publique.

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é dito

SALES BÊTES

C

PAR ÉTIENNE ROUILLON ILLUSTRATION DE CHARLIE POPPINS

e 28 mai ressor t Johnny s’en va-t-en guerre, seul et unique f ilm de Dalton Trumbo. C’est l’adaptation de son roman du même nom, sorti au début de la Seconde Guerre mondiale. L’histoire de Joe, « Johnny », jeune soldat qui se prend un obus sur la tête pendant la Première Guerre mondiale, perd ses quatre membres, la vue, l’ouïe et la parole. Prisonnier de son corps, Joe est maintenu en vie par l’armée et l’équipe médicale qui veulent cacher cette incarnation de l’horreur de la guerre sans se résoudre à le tuer. Présenté à Cannes en 1971, en pleine guerre du Viêt Nam,

ce manifeste antimilitariste remporte le Prix du jury, qui est convaincu par sa capacité à transcender les contraintes d’un acteur muet, statique et masqué. Pile cent ans après le calvaire de Johnny, c’est une autre guerre qui est évoquée à Cannes, avec un film aux contraintes programmatiques là aussi dépassées par l’intelligence d’un cinéma, celui des frères Dardenne. Deux jours, une nuit, qui est en couverture de ce numéro, montre la guerre contre la précarité qui déchire le tissu social et fait de nous des fauves faméliques prêts à s’entre-bouffer. Quel est le prix de notre compassion ? La question est posée par les deux réalisateurs dans nos pages. La réponse est dans les salles.

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e n bre f

Les actualités Retours et compléments d’information sur les nouvelles culturelles de ces derniers jours qui ont agité notre site Internet, troiscouleurs.fr. PAR ÈVE BEAUVALLET, JULIEN DUPUY, JÉRÉMIE LEROY, MARION PACOUIL, WILFRIED PARIS, JULIETTE REITZER, ETIENNE ROUILLON, TIMÉ ZOPPÉ

> l’info graphique

Qui est à Cannes pendant le festival ? Métiers du cinéma et associés (journalisme, événementiel, logistique…), forces de sécurité et Cannois doivent cohabiter pendant quinze jours sur la Croisette. Il va falloir se serrer. J. L. & É. R.

Répartition des accréditations, par métiers, en 2013 Sécurité prévue pour 2014

Auteurs/réalisateurs : 4,3 % (1 265 personnes)

350 policiers nationaux

Journalistes français : 6,7 % (1 998 personnes)

200 policiers municipaux

Journalistes étrangers : 8,7 % (2 591 personnes)

Pour la première fois, à la demande de commerces sensibles et après accord des autorités, des vigiles privés armés pourront être déployés sur la voie publique.

Distributeurs : 15,3 % (4 546 personnes) Producteurs : 16,7 % (4 953 personnes)

Population de la ville de Cannes

Autres professions (Festival / Marché du film) : 48,3 % (14 273 personnes)

74 273 habitants en 2013 x3 pendant le Festival

Total : 29 626

(source mairie de Cannes)

(source Festival de Cannes)

> Festival de Cannes

© fdc / lagency / taste

Qui pour la Palme d’or ?

Sur l’affiche de cette 67e édition, Marcello Mastroianni dans Huit et demi de Federico Fellini

L’événement de cette soixante-septième édition, c’est le retour en compétition de Jean-Luc Godard, treize ans après Éloge de l’amour. À 83 ans, le cinéaste suisse présentera son Adieu au langage en 3D. À ses côtés, le Canadien Xavier Dolan, 25 ans, est le benjamin de la sélection avec Mommy, histoire d’une mère en prise avec un ado turbulent. À l’heure où l’on écrit ces lignes, dix-huit cinéastes sont en lice pour la Palme d’or, dont deux femmes : la Japonaise Naomi Kawase avec Still the Water, parcours initiatique de deux adolescents des îles Amami, et l’Italienne Alice Rohrwacher (Le Meraviglie). Face à elles, quelques nouvelles têtes (l’Américain Bennett Miller, le Russe Andreï Zviaguintsev…), de nombreux habitués (David Cronenberg, lire page 46, Atom Egoyan, Nuri Bilge Ceylan…) et des auteurs déjà récompensés d’une Palme d’or (Ken Loach, Mike Leigh), voire de deux (les frères Dardenne avec Deux jours, une nuit – lire page 42). Côté français, Olivier Assayas (Sils Maria), Bertrand Bonello (Saint Laurent) et Michel Hazanavicius (The Search) espèrent eux aussi taper dans l’œil de Jane Campion, présidente du jury. J. R.

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e n bre f

> LE CHIFFRE DU MOIS C’est le nombre de vues nécessaires à une vidéo YouTube pour se retrouver sur la plateforme Petit Tube (petittube.com). Dans une interface dépouillée (une vidéo aléatoire et la possibilité de dire si « cette vidéo est bien » ou pas), les bizarreries oubliées du Net trouvent enfin leur minute de gloire. T. Z.

> dépêches

EXPOSITION

DÉCÈS

ARCHIVES

L’illustrateur Stéphane Manel, collaborateur régulier de Trois Couleurs, expose ses dessins originaux chez Colette du 5 mai au 7 juin. Au programme de cet événement baptisé « Générique », une soixantaine de portraits à l’encre et à la gouache liés au cinéma.

Michel Lang, le réalisateur français d’À nous les petites Anglaises (1976), est décédé le 24 avril dernier à l’âge de 74 ans. L’acteur anglais Bob Hopkins, héros en 1988 de Qui veut la peau de Roger Rabbit ?, s’est quant à lui éteint le 29 avril. Il avait 71 ans.

British Pathé ouvre ses archives. La célèbre firme a mis en ligne sur YouTube l’intégralité de ses films d’actualité de la période allant de 1896 à 1976. 85 000 vidéos sont consultables, sur des sujets aussi variés que le naufrage du Titanic ou l’homme aux yeux rayons X.

> LA PHRASE

Vincent Maraval © europacorp

Le producteur et distributeur a annoncé au journal Le Monde que Welcome to New York, le film d’Abel Ferrara inspiré de l’affaire DSK, avec Gérard Depardieu dans la peau de l’homme politique, sera diffusé uniquement sur Internet, courant mai.

> LA TECHNIQUE

Pour mettre le feu à une maison en bois sans tout réduire en cendres et sans risquer la vie de l’équipe du film, le département des effets spéciaux physiques de The Homesman, conduit par Blair Foord (Le Seigneur des anneaux), a camouflé dans le décor ignifugé au préalable des rampes en cuivre diffusant du propane. En gérant la quantité de gaz émanant de ce réseau de tubes invisible à la caméra, l’équipe peut contrôler l’intensité des flammes ou couper l’incendie entre les prises. Des effets lumineux et des fumigènes finissent de parfaire ce trucage vieux comme Hollywood. J. D. The Homesman de Tommy Lee Jones (EuropaCorp) Sortie le 21 mai

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© venturelli /wireimage

The Homesman

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« Quand on voit que 4h44… a fait 20 000 entrées en salles en France et 3 millions de vues sur YouTube, ça fait réfléchir. »

© stephane manel ; etienne george / rda ; british pathé

PAR T. z.


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© courtesy of jan chapman productions and ciby 2000/coll. positif

Jane Campion par Jane Campion La réalisatrice, présidente du jury du Festival de Cannes cette année, ressemble aux personnages féminins de ses films, des êtres en lutte permanente pour leur autonomie. Voici l’impression forte qui se dégage de la lecture des quelques 220 pages de Jane Campion par Jane Campion. De Sweetie, en 1989, à Top of the Lake, en 2013, Michel Ciment, critique de la revue Positif, s’est entretenu avec la cinéaste à Anna Paquin et Jane Campion sur le l’occasion de la sortie de chacune tournage de La Leçon de piano (1993) de ses œuvres. Par un effeuillage chronologique de sa filmographie, illustré de scripts annotés, de photographies de tournages et de documents inédits, et complété par une mise en perspective de sa carrière avec celles d’autres cinéastes de sa génération (les frères Coen ou Quentin Tarantino), l’auteur rappelle avec force la place majeure qu’occupe, au sein de l’histoire du cinéma, la réalisatrice de La Leçon de piano, Palme d’or en 1993. Jane Campion est, pour l’instant, la seule femme à avoir reçu cette récompense. Ma. P. Jane Campion par Jane Campion de Michel Ciment (Éditions des Cahiers du Cinéma). Sortie le 23 mai

CARTON-PÂTE © vinciane verguethen

> LIVRE

Peter Sluszka, Lillies, Bat for Lashes, 2013

Logique ou paradoxal ? La fascination pour les effets spéciaux et la virtuosité naturaliste façon Avatar est loin d’avoir relégué au placard les vieilles ficelles de l’animation. Au contraire, les personnages en papier découpé, lainage ou poil de nubuck ciré main font depuis quelques années un come-back remarqué sur le marché de la pub, du clip et du court métrage, portant haut un flambeau transmis de Norman McLaren à Michel Gondry. À La Gaîté Lyrique, c’est le réalisateur Yves Geleyn qui a fédéré autour de lui une génération de manipulateurs mi-geeks mi-artisans (parmi lesquels l’Américain Peter Sluszka ou le tandem belge Pic Pic André) pour révéler, à base de décors en carton-pâte et de créatures low-tech, les dessous de la magie. È. B.

D. R.

« Motion Factory : les Ficelles du monde animé », jusqu’au 19 août à La Gaîté lyrique 

EN TOURNAGE

> Télévision

Le Ben & Bertie Show Le quatrième épisode du Ben & Bertie Show sera diffusé sur Paris Première le 16 mai, pendant le Festival de Cannes. Le musicien et producteur Bertrand Burgalat et le réalisateur Benoît Forgeard en profitent pour glisser un pied dans la porte entrebâillée de la grande famille du cinéma, abandonnant le fond vert et les incrustations pour une caméra tremblée filmant dans

un studio miteux l’histoire de l’inventeur, justement, du fond vert. Faux making of ou vrai film dans le film, L’Incruste convoque Étienne Daho, Aquaserge, Francis Lai, St. Vincent, Gonzales ou Frànçois and The Atlas Mountains, dans une mise en scène qui rappelle autant l’Averty de Dim Dam Dom que le Dupieux de Nonfilm. Du jamais vu à la télé. W. P.

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D’après le site du Hollywood Reporter, le studio Fox 2000 plancherait sur une suite de Mrs Doubtfire, par le même réalisateur, Chris Columbus, et avec le même acteur, Robin Williams • Abdellatif Kechiche va adapter le roman de François Bégaudeau La Blessure la vraie. Le tournage est prévu fin août en Tunisie. MA. P.


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à su ivre

Jack O’Connell Révélé par la série Skins, l’Anglais joue les gros durs aux biscotos luisants dans Les Poings contre les murs. Il nous raconte sa vie au trou. PAR QUENTIN GROSSET

« Jouer toujours le même personnage, c’est tricher. » lité de son personnage, Éric, ado si violent qu’il est transféré dans une prison pour adultes où, accessoirement, son père purge une peine. « Jonathan Asser, le scénariste du film, a été psy en prison. Il m’a aidé pour les séquences de thérapies de groupe, parce qu’il dirigeait un programme semblable à celui que l’on voit dans le film. » Pour se mettre dans le bain viril et poisseux du film, l’équipe a tourné dans l’ordre

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© vera anderson / wireimage

 Hey mate! » Accent cockney, torse gonflé de muscles et poi­ gnée de main bien franche, Jack O’Connell en impose. Dans la série Skins, il jouait James Cook, l’ado foufou de la bande, qui finissait dealer à Manchester. À bientôt 24 ans, il suit les traces de Nicholas Hoult et Dev Patel, deux autres acteurs de la série, qui font désormais carrière à Hollywood. Il incarnera en effet l’athlète et héros de la Seconde Guerre mondiale Louis Zamperini dans Unbroken, le deuxième film d’Angelina Jolie, qui sortira en 2015. Pour l’heure, entre son personnage du guerrier Calisto dans 300 : la Naissance d’un empire et celui de chef de meute inquiétant dans Eden Lake, il semble abonné aux rôles de brutes épaisses : « Je pense que je suis capable de plus. Je n’ai pas envie de jouer toujours le même personnage, je pense que c’est tricher », commente le jeune comédien. Si Les Poings contre les murs de David Mackenzie exploite sa carrure charpentée, c’est pour lui faire subir toutes sortes de sévices physiques et psychologiques. Ce qui permet à l’acteur de jouer avec la vulnérabidu scénario : « Cela permet de travailler sans idées préconçues, d’avoir un jeu plus instinctif. » Mais quand on lui demande si, comme on l’a lu dans certains articles, il a vraiment vécu dans sa geôle durant tout le tournage pour mieux se préparer mentalement, il répond : « Heu… non… dans la prison où l’on tournait, à Belfast, il n’y avait pas de chauffage central. Ça aurait certainement été utile pour mon rôle, mais j’ai préféré avoir un lit bien chaud. » Les Poings contre les murs de David Mackenzie avec Jack O’Connell, Ben Mendelsohn… Distribution : Wild Side Films/ Le Pacte Durée : 1h45 Sortie le 4 juin

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à su ivre

Sophie Desmarais Après Curling de Denis Côté, Sophie Desmarais se met au jogging dans le premier long métrage de Chloé Robichaud, film dans lequel elle s’impose au physique et au mental.

© nicolas guerin

PAR ÉRIC VERNAY photographie de nicolas guérin

T

oute l’émotion et l’humour de Sarah préfère la course passent par les grands yeux mobiles de Sophie Desmarais, épatante en sportive raide et mutique aux désirs ankylosés. « Travailler un personnage en partant du corps, je viens du théâtre, donc j’y suis sensible », confie l’actrice québécoise de 27 ans dont la carrière a rapidement décollé avec une apparition au côté de Charlize Theron en 2004, puis des (petits) rôles chez Denis Villeneuve et Xavier Dolan. Doutant parfois de sa vocation (« je devrais m’intéresser aux champignons sauvages »), la comédienne

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se dit narcissique, très superstitieuse (« j’adore l’astrologie ») et attirée par la comédie, même si ça l’«insécurise ». On retrouvera cette fan de Marguerite Duras et de Woody Allen dans le prochain film de Chloé Robichaud (« un film politique ») et dans La Chasse au Godard d’Abbittibbi d’Éric Morin, « un film sur la venue du cinéaste au Québec ». Sarah préfère la course de Chloé Robichaud avec Sophie Desmarais, Jean-Sébastien Courchesne… Distribution : Aramis Films Durée : 1h37 Sortie le 7 mai

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ag e n da

Sorties du 7 mai au 4 juin De guerre lasse d’Olivier Panchot avec Jalil Lespert, Tchéky Karyo… Distribution : SND Durée : 1h34 Page 66

Michael Haneke : Profession réalisateur d’Yves Montmayeur Documentaire Distribution : KMBO Durée : 1h32 Page 70

Sarah préfère la course de Chloé Robichaud avec Sophie Desmarais, Jean-Sébastien Courchesne… Distribution : Aramis Films Durée : 1h37 Page 22

Libre et Assoupi de Benjamin Guedj avec Baptiste Lecaplain, Charlotte Le Bon… Distribution : Gaumont Durée : 1h33 Page 66

Cristeros de Dean Wright avec Andy García, Eva Longoria… Distribution : Saje Durée : 2h23 Page 70

L’Armée du salut d’Abdellah Taïa avec Saïd Mrini, Karim Ait M’hand… Distribution : Rezo Films Durée : 1h24 Page 62

Au nom du fils de Vincent Lannoo avec Astrid Whettnall, Philippe Nahon… Distribution : Eurozoom Durée : 1h20

Gaudí, le Mystère de la Sagrada Familia de Stefan Haupt Documentaire Distribution : Sophie Dulac Durée : 1h29 Page 70

D’une vie à l’autre de Georg Maas avec Juliane Köhler, Liv Ullmann… Distribution : Sophie Dulac Durée : 1h37 Page 64

Sabotage de David Ayer avec Arnold Schwarzenegger, Sam Worthington… Distribution : Metropolitan FilmExport Durée : 1h49

Ligne d’eau de Tomasz Wasilewski avec Mateusz Banasiuk, Marta Nieradkiewicz… Distribution : Outplay Durée : 1h33 Page 70

7 mai

La Frappe de Yoon Sung-hyun avec Lee Je-hoon, Park Jung-min… Distribution : Dissidenz Films Durée : 1h57 Page 64

La Rue rouge de Fritz Lang avec Edward G. Robinson, Joan Bennett… Distribution : Swashbuckler Films Durée : 1h43 Page 112

14 mai

May in the Summer de Cherien Dabis avec Cherien Dabis, Alia Shawkat… Distribution : Memento Films Durée : 1h39 Page 64

Godzilla de Gareth Edwards avec Aaron Taylor-Johnson, Bryan Cranston… Distribution : Warner Bros. Durée : 2h03 Page 58

Kidon d’Emmanuel Naccache avec Tomer Sisley, Kev Adams… Distribution : Mars Durée : 1h40

Le Promeneur d’oiseau de Philippe Muyl avec Li Bao Tian, Yang Xin Yi… Distribution : UGC Durée : 1h40 Page 64

Il a plu sur le grand paysage de Jean-Jacques Andrien Documentaire Distribution : Shellac Durée : 1h40 Page 68

Mise à l’épreuve de Tim Story avec Ice Cube, Kevin Hart… Distribution : Universal Pictures Durée : 1h40

La Voie de l’ennemi de Rachid Bouchareb avec Forest Whitaker, Harvey Keitel… Distribution : Pathé Durée : 1h58 Page 66

Charlie Countryman de Fredrik Bond avec Shia LaBeouf, Evan Rachel Wood… Distribution : DistriB Films Durée : 1h48 Page 68

Arthur Newman de Dante Ariola avec Colin Firth, Emily Blunt… Distribution : Mars Durée : 1h41 Page 66

Grace de Monaco d’Olivier Dahan avec Nicole Kidman, Tim Roth… Distribution : Gaumont Durée : 1h43 Page 68

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16 mai La Chambre bleue de Mathieu Amalric avec Mathieu Amalric, Stéphanie Cléau… Distribution : Alfama Films Durée : 1h15 Page 50


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ag e n da

Sorties du 7 mai au 4 juin 18 mai

28 mai

The Homesman de Tommy Lee Jones avec Tommy Lee Jones, Hilary Swank… Distribution : EuropaCorp Durée : 2h02 Page 72

Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire de Felix Herngren avec Robert Gustafsson, Iwar Wiklander… Distribution : StudioCanal Durée : 1h54 Page 78

Dressé pour tuer de Samuel Fuller avec Kristy McNichol, Paul Winfield… Distribution : Swashbuckler Films Durée : 1h24 Page 32

Les Drôles de Poissons-Chats de Claudia Sainte-Luce avec Ximena Ayala, Lisa Owen… Distribution : Pyramide Durée : 1h29 Page 80

L’Île de Giovanni de Mizuho Nishikubo Animation Distribution : Eurozoom Durée : 1h42 Page 74

Amour sur place ou à emporter d’Amelle Chahbi avec Amelle Chahbi, Noom Diawara… Distribution : Gaumont Durée : 1h25 Page 80

X-Men: Days of Future Past de Bryan Singer avec Hugh Jackman, Jennifer Lawrence … Distribution : 20 th Century Fox Durée : 2h10 Page 29

Je te survivrai de Sylvestre Sbille avec Jonathan Zaccaï, Ben Riga… Distribution : Mars Durée : 1h31 Page 74

La Liste de mes envies de Didier Le Pêcheur avec Mathilde Seigner, Marc Lavoine… Distribution : Pathé Durée : 1h38 Page 80

Deux jours, une nuit de Jean-Pierre et Luc Dardenne avec Marion Cotillard, Fabrizio Rongione… Distribution : Diaphana Durée : 1h35 Page 42

Caricaturistes : Fantassins de la démocratie de Stéphanie Valloatto Documentaire Distribution : EuropaCorp Durée : 1h46 Page 76

Être et devenir de Clara Bellar Documentaire Distribution : Pourquoi Pas Productions Durée : 1h39

Maps to the Stars de David Cronenberg avec Robert Pattinson, Julianne Moore… Distribution : Le Pacte Durée : 1h51 Page 46

Ton absence de Daniele Luchetti avec Kim Rossi Stuart, Micaela Ramazzotti… Distribution : Bellissima Films Durée : 1h46 Page 76

São Paulo Blues de Francisco García avec Acauã Sol, Pedro di Pietro… Distribution : Contre-Allée Durée : 1h35 Page 74

Ugly d’Anurag Kashyap avec Ronit Roy, Tejaswini Kolhapure… Distribution : Happiness Durée : 2h06 Page 78

Les Poings contre les murs de David Mackenzie avec Jack O’Connell, Ben Mendelsohn… Distribution : Wild Side Films / Le Pacte Durée : 1h45 Page 20

Circles de Srdan Golubovi avec Aleksandar Ber ek, Leon Lu ev… Distribution : Zootrope Films Durée : 1h52 Page 78

Bird People de Pascale Ferran avec Anaïs Demoustier, Josh Charles… Distribution : Diaphana Durée : 2h07 Page 52

Maléfique de Robert Stromberg avec Angelina Jolie, Brenton Thwaites… Distribution : Walt Disney Durée : 2h15 Page 78

We Are the Best! de Lukas Moodysson avec Linnea Thörnvall, Peter Eriksson… Distribution : MK2 Select Durée : 1h42 Page 56

21 mai

23 mai Maïdan de Sergei Loznitsa Documentaire Distribution : ARP Sélection Durée : 2h07 Page 84

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4 juin


ag e n da

Edge of Tomorrow de Doug Liman avec Tom Cruise, Emily Blunt… Distribution : Warner Bros. Durée : N.C. Page 80

Dom Hemingway de Richard Shepard avec Jude Law, Richard E. Grant… Distribution : 20 th Century Fox Durée : 1h34 Page 84

Les Sœurs Quispe de Sebastián Sepúlveda avec Dina Quispe, Catalina Saavedra… Distribution : Nour Films Durée : 1h20 Page 86

Tristesse club de Vincent Mariette avec Laurent Lafitte, Ludivine Sagnier… Distribution : Haut et Court Durée : 1h30 Page 82

La Mante religieuse de Natalie Saracco avec Mylène Jampanoï, Marc Ruchmann… Distribution : Kanibal Films Durée : 1h28 Page 84

Je ne suis pas lui de Tayfun Pirselimo lu avec Ercan Kesal, Maryam Zaree… Distribution : Arizona Films Durée : 2h05 Page 86

Swim Little Fish Swim de Ruben Amar et Lola Bessis avec Lola Bessis, Dustin Guy Defa… Distribution : Jour2fête Durée : 1h35 Page 84

The Rover de David Michôd avec Guy Pearce, Robert Pattinson… Distribution : Metropolitan FilmExport Durée : 1h40 Page 84

Sous les jupes des filles d’Audrey Dana avec Isabelle Adjani, Géraldine Nakache… Distribution : Wild Bunch Durée : 1h58 Page 86

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histoires du

CINéMA

NOUVEAU GENRE

SPÉCIAL CANNES

GODZILLA

Ce mois-ci, le film d’horreur gynophobe p. 36

Avec les Dardenne, Amalric, Cronenberg, Ferran p. 40

Le monstre japonais vu par Gareth Edwards p. 58

Bryan Singer

© 20th century fox

« Le tournage du premier X-Men, c’était l’horreur. »

Dans X-Men: Days of Future Past, le temps est le pire adversaire et le meilleur allié des mutants, contraints de retourner dans le passé pour enrayer des événements qui causeront leur perte dans le futur. À l’image de ses personnages, le réalisateur Bryan Singer (Usual Suspects) a dû composer avec les atouts et les soucis liés à la temporalité de son film. PAR JULIEN DUPUY

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h istoi re s du ci n é ma

u’il semble loin le temps du premier X-Men (2000), lorsque Bryan Singer devait prouver qu’un film adapté d’un comics Marvel pouvait être un succès, des années avant que les Spider-Man et autres Avengers ne dominent le box-office mondial. « Le tournage du premier X-Men, c’était l’horreur !, se souvient aujourd’hui le réalisateur. La Fox ne m’a pas laissé avoir mon monteur habituel, ils ont avancé notre date de sortie de six mois en plein tournage, ils étaient dans une paranoïa totale, et je manquais d’argent. Par exemple, j’ai dû abandonner le personnage du Fauve, faute de budget. J’étais d’ailleurs persuadé que ma carrière allait droit dans le mur avec ce film. Je me revois encore, le week-end de la sortie du premier X-Men, réfugié à New York, en train de me préparer à affronter le désaveu du public. » Mais à la surprise quasi générale, le film est un triomphe et rapporte presque 300 millions de dollars, pour un budget n’excédant pas 75 millions de dollars. Celui de X-Men: Days of Future Past se chiffre en centaines de millions.   COURSE CONTRE LA MONTRE

Pour son retour à la barre de la franchise fructueuse, Singer a pu travailler dans un luxe enviable et s’offrir enfin Le Fauve dont il rêvait. Mais le tournage avait tout d’une course contre la montre. « Entre le moment où j’ai signé pour la mise en scène [octobre 2012, ndlr] et la date de sortie, nous avions un délai de production très court considérant l’ambition du projet. C’est notamment pour cette raison que j’ai tourné en 3D natif [avec deux caméras correspondant à nos deux yeux, pour créer directement et « naturellement » une image en relief, ndlr] : nous n’aurions jamais eu le temps de faire la 3D en postproduction [en manipulant numériquement une image unique pour recréer l’effet relief, ndlr]. Et pour ne rien arranger, accommoder les plannings de tous nos comédiens était affreusement chronophage. Pour que l’on s’en sorte, il a fallu que je tourne totalement en dehors de l’ordre chronologique du scénario. Ça m’a rappelé l’époque de Usual Suspects. Nous avions d’abord tourné le récit-cadre avec Kevin Spacey et Chazz Palminteri, puis nous avions filmé le reste du film avec un tout autre casting, à l’exception

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de Kevin Spacey qui était resté sur le plateau de bout en bout. Sur X-Men: Days of Future Past, on a commencé avec les séquences situées dans le futur, pour enchaîner avec les scènes situées dans les années 1970. La seule personne commune à ces deux sections était Hugh Jackman. »   TÂCHE D’HUILE

Autre signe du temps, l’utilisation des réseaux sociaux pour la promotion du film. Très actif sur Twitter, Singer a continuellement partagé avec ses fans des scoops concernant le tournage de X-Men: Days of Future Past, sans passer par la case attachés de presse du studio. Du jamais vu pour une production de cette ampleur : « Au début, l’équipe communication de la Fox était folle de rage en découvrant mes messages. Mais finalement, ils se sont rendus compte que mon délire du partage obéissait à un plan bien établi : si vous accordez des photos exclusives à un gros magazine, ça ne fera jamais tâche d’huile comme peuvent le faire les réseaux sociaux. Mais surtout, diffuser soi-même les informations vous permet de mieux contrôler ce qui se dit de vous. Par exemple, j’aurais adoré avoir Twitter sur Walkyrie, parce que ce film avait été la cible de tout un tas de rumeurs stupides, notamment sur de supposés soucis de scénario. J’aurais pu facilement désamorcer tout ça si j’avais eu accès aux réseaux sociaux. Bref, la communication sur les films a évolué, et j’essaie de suivre le mouvement. Car aujourd’hui, la moindre fausse rumeur est relayée dans le monde entier en quelques heures, tandis que des tonnes de photos volées du tournage apparaissent partout sur la toile des mois avant que le film ne sorte sur les écrans. Au moins Twitter me permet en partie de contrarier tout ça. Et dire qu’il fut un temps où les spectateurs entraient dans la salle en n’ayant vu qu’une maigre bande-annonce du film ; tout ce ramdam enlève de la magie au cinéma. Moi qui ai grandi dans les années 1970, ça me désole. » De là à dire que X-Men: Days of Future Past est un moyen pour Bryan Singer de retourner à l’époque bénie de sa jeunesse, il n’y a qu’un pas. X-Men: Days of Future Past de Bryan Singer avec Hugh Jackman, Jennifer Lawrence… Distribution : 20th Century Fox Durée : 2h10 Sortie le 21 mai

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© 20th century fox

e ntreti e n

X-Men: Days of Future Past

© 20th century fox

« Je me revois encore, le week-end de la sortie du premier X-Men, en train de me préparer à affronter le désaveu du public. »

X-Men: Days of Future Past

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h istoi re s du ci n é ma - scè n e cu lte

La réplique :

« Il ne me ferait jamais de mal, n’est-ce pas ? »

Dressé pour tuer Adaptation, par Samuel Fuller, du roman Chien blanc de Romain Gary, Dressé pour tuer (1981) est un film maudit, sabordé avant sa sortie pour calmer la rumeur qui supposait son propos raciste. Malentendu démenti par chaque plan de cette fascinante série B, parabole humaniste et pessimiste sur la persistance de la haine.

© paramount

PAR MICHAËL PATIN

J

eune actrice vivant sur les collines de Hollywood, Julie recueille un berger allemand blanc après l’avoir percuté en voiture. Coup de foudre et coup de chance (il la sauve des griffes d’un violeur) qui tourne vite au cauchemar : c’est un white dog (le titre en V.O.), dressé pour tuer sans sommation tous les hommes à peau noire. Optimiste et insouciante, Julie l’est encore, avant d’assister au travail de Keys, dresseur noir habité par l’espoir d’un déconditionnement définitif. Depuis la cage où on l’enferme par sécurité, elle assiste à la transformation du chien fidèle en bête féroce. À la violence de l’attaque, stylisée au ralenti puis suivie en caméra à l’épaule au plus près de l’action, Fuller oppose l’immobilité

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de Julie, minuscule derrière ses barreaux, dont l’effroi qui monte crescendo est figuré par un zoom et des coupes brusques typiques du réalisateur de Shock Corridor. « Il ne me ferait jamais de mal, n’est-ce pas ? », demande-t-elle ingénument au début de la scène. Quelques minutes plus tard, toutes ses certitudes sont anéanties. Nul n’est à l’abri de ce poison social qui, inoculé dès la naissance aux êtres les plus purs, incarne ce qu’il dit combattre : un phénomène contre-nature. Dressé pour tuer de Samuel Fuller avec Kristy McNichol, Paul Winfield… Distribution : Swashbuckler Films Durée : 1h24 Ressortie le 28 mai

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h istoi re s du ci n é ma - g e n de r stu di e s

© rda / bca

Chaque mois, une étude des enjeux de représentation du genre à l’écran

Michael Cera, Christopher Mintz-Plasse et Jonah Hill dans SuperGrave de Greg Mottola

SAISON 4 : NOUVELLES MASCULINITÉS

1. La bromance Dans l’éventail des représentations de la masculinité au cinéma, de RoboCop à Woody Allen, la génération Apatow a balayé à Hollywood les séducteurs baraqués, préférant les amitiés entre losers. De I Love You, Man à Very Bad Trip, passage en revue de la bromance. PAR CLÉMENTINE GALLOT

L’émergence du genre de la bromance (« bro » pour brother, dans le sens de mec, et « romance »), traduit d’abord la tentative, de la part de Hollywood, de « remarketer » ses comédies romantiques pour un public masculin en s’appuyant sur le genre déjà existant du buddy movie, ou film de potes. Vulnérable (Michael Cera), sensible (Paul Rudd), affublé d’un corps non conforme à la séduction (Jonah Hill) : autant d’attributs que, dès sa série Freaks and Geeks, Judd Apatow a imposé comme nouvelle norme contre une masculinité hégémonique en « resexualisant » les marginaux. Sa première bromance adolescente, SuperGrave, se proposait dès 2007 de redéfinir les frontières de la comédie romantique, genre hétéronormatif par excellence, à travers l’amitié fusionnelle de deux lycéens, Seth et Evans (Jonah Hill et Michael Cera), qui cherchent à perdre leur virginité. La formation de l’identité masculine est le sujet-même de ce teen movie – la notion de genre, en tant que performance, s’illustre en permanence chez ces jeunes garçons amenés à négocier avec les standards masculins en vigueur. SuperGrave témoigne aussi d’une crise de la masculinité que des personnages féminins hypersexualisés viennent compenser. Mais c’est sans doute avec I Love You, Man, réalisé en 2009 par un proche d’Apatow, que le potentiel transgressif de la bromance s’exprime le mieux, comme en témoigne dans son essai le chercheur

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John Alberti *. Deux amis, Peter et Sidney (Paul Rudd et Jason Segel), deviennent inséparables, non sans ambiguïté. Quand l’amitié virile à Hollywood suinte souvent la hantise de l’homosexualité, le sous-texte homo-érotique du genre est ici pleinement assumé. À l’inverse, la série populaire des Very Bad Trip célèbre de façon potache les rituels codés qui participent à la construction de la masculinité américaine, l’enterrement de vie de garçon remplissant la même fonction sociale que le sport ou que les fraternités étudiantes. La trilogie s’inscrit dans une culture machiste diffusée par American Pie, film dans lequel la féminité est érigée en menace pour le cercle des hommes. Very Bad Trip ou SuperGrave sont autant d’exemples de comédies « bromantiques » qui hésitent entre consolidation d’une masculinité normative (le plus souvent dominante, blanche, hétérosexuelle et riche) ou, au mieux, comme chez la bande d’Apatow, une forme de commentaire sur l’émergence de la culture « bro » et une réévaluation de l’alpha male, ou mâle dominant, au profit du beta male, ou mec ordinaire. * Pour aller plus loin : Masculinity in the Contemporary Romantic Comedy: Gender as Genre de John Alberti (Routledge)

le mois prochain : Tom Cruise

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h istoi re s du ci n é ma

ÉPISODE 8

© rda / bca

Le film d’horreur gynophobe

Jessica Walter dans Un frisson dans la nuit de Clint Eastwood (1972)

Ce monstre qui, dans la jungle, a mis la virilité elle-même en déroute, c’est – encore – le vagin denté. 36

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nouveau g e n re

Film noir, mélodrame, road movie… mais encore ? Derrière les dénominations officielles retenues par les encyclopédies, nous partons chaque mois à la recherche d’un genre inconnu de l’histoire du cinéma. Ce mois-ci : le film d’horreur gynophobe.

© collection christophel

PAR JÉRÔME MOMCILOVIC

Clint Eastwood dans Les Proies de Don Siegel (1971)

Tu es une chic f ille », susurre le disc-jockey à l’auditrice énamourée qui, chaque soir, lui réclame un standard d’Erroll Garner. Chaque soir, sauf celui-ci : la radio est éteinte, le beau DJ a rejoint la fille chez elle et c’est à son oreille qu’il chuchote, sans voir dans quel piège il est tombé. Elle répond : « Qui a envie d’une chic fille ? » Il y eut, avant le calvaire de Clint Eastwood dans Un frisson dans la nuit (son premier film en tant que cinéaste, en 1972), mille autres femmes fatales, mille autres garces coupables d’un crime vieux comme la Genèse. Mais c’est ici la peur de l’homme qui est le sujet. C’est son effroi dans les ténèbres où il s’est jeté de son plein gré : le continent noir du désir féminin. D’autres qu’Eastwood ont filmé le féminin comme un monstre, parfois avec le point de vue des femmes (Carrie au bal du diable, Brian De Palma, 1977 ; Trois Femmes, Robert Altman, 1977), plus souvent avec celui des hommes. Jerzy Skolimovski en a fait de douloureux romans d’apprentissage, jetant de jeunes garçons dans les filets d’ogresses matures et terrifiantes (Deep End, 1971 ; et surtout Roi, dame, valet, 1973). David Cronenberg, dans Chromosome 3 (1979), a fait de son côté le tableau le plus radicalement pho-

bique de la maternité – une madone infernale, l’origine-même du mal. Et dans La Mouche (1987), le véritable parasite, celui qui condamne l’homme à l’entropie et à une hideuse métamorphose, ce n’est évidemment pas la mouche : c’est bien la femme. Tout comme il faudrait être naïf pour ne pas reconnaître le vrai visage du Predator (John McTiernan, 1987) tel qu’il s’expose à la fin du film, en un gouffre de chair rose et carnassière : ce monstre qui, dans la jungle, a mis la virilité elle-même en déroute, c’est – encore – le vagin denté. La même année qu’Un frisson dans la nuit, Eastwood joue dans un film qui est peut-être le sommet du genre : Les Proies (Don Siegel, 1971). Comme dans That Cold Day in the Park (Robert Altman, 1969) ou plus tard Misery (Rob Reiner, 1991), l’homme (un yankee souffrant égaré dans un pensionnat de jeunes filles) y est littéralement captif du désir féminin. Mais là encore Eastwood n’est peut-être victime, au fond, que de sa propre érotomanie : le gynécée qui finit, quasi explicitement, par le castrer, ne cherche après tout qu’à se libérer du désir qu’il avait cru pouvoir susciter en toute impunité, croyant avoir affaire à des chics filles. Crucifié sur la croix de son propre sex-appeal, l’érotomane n’a plus qu’à méditer la loi du genre : les chics filles n’existent pas. De toute façon, qui a envie d’une chic fille ?

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h istoi re s du ci n é ma - fe stival

Brive Pour sa onzième édition, et pour le dernier tour de piste de son fondateur Sébastien Bailly, le festival de Brive célébrait comme de coutume le jeune cinéma français et essaimait des bouffées d’air frais venues du reste de l’Europe. PAR LAURA TUILLIER

C

Tant qu’il nous reste des fusils à pompe de Caroline Poggi et Jonathan Vinel

e pourrait être la leçon d’Agnès Varda, dont quelques pépites (ses courts parisiens, Documenteur, Ulysse…) étaient projetées au fil du festival : le long métrage n’est pas la norme ; à chaque film sa juste durée. Tout au long de sa carrière de cinéaste, Varda n’a ainsi jamais aban­donné les formats courts, préférant à la forme consacrée la profusion des expériences. Le moyen métrage offre cette possibilité, brillamment exploitée par Inès Rabadán et son Karaoké domestique, one-­woman-show militant qu’elle a écrit, réalisé et entièrement interprété. Réflexion sur la relation femme/tâches ménagères, Karaoké domestique superpose au visage d’Inès Rabadán, en constante métamorphose, les confessions sonores de plusieurs femmes, créant un décalage comique et fécond qui fonctionne à plein. Sur un versant moins politique, le film de Shanti Masud, justement intitulé Métamorphoses, prend le parti d’une transformation poétique des visages : les acteurs face caméra, plongés dans un bain cosmi­que, se muent en bêtes fantastiques au fur et à mesure du surgissement d’une émotion. Film d’artifice et de féerie, il tranchait avec le naturalisme de beaucoup d’autres films en compétition (parfois brillants, voir Peine Perdue d’Arthur Harari

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dans notre numéro 119). Jouant comme à leur habitude avec les codes du film noir, João Pedro Rodrigues et João Rui Guerra da Mata ont composé Mahjong, une fantaisie expérimentale qui dénude jusqu’à l’os la fiction. Que reste-t-il ? Une bande-son entêtante, un escarpin, quelques coups de feu… Côté documentaire, The Love Equation of Henry Fast d’Agnieszka Elbanowska fait le portrait d’un vieil homme qui ne se résout pas à finir ses jours célibataire. Film assez drôle, tant son personnage est mutin, qui révèle un décalage poignant entre le corps et le cœur de ce vieillard indigne. Enfin, le festival a également été l’occasion de découvrir un couple de jeunes cinéastes français, Jonathan Vinel et Caroline Poggi, venus présenter Tant qu’il nous reste des fusils à pompe, Ours d’or à Berlin et révélation du festival. Suivant l’errance de deux frères dans une ville du sud, le film assume sa filiation américaine (torpeur et violence qui évoquent Elephant) et allie un lyrisme noir presque naïf à un sens rigoureux et inventif du cadre et du montage. Filmé en scope, plastiquement irréprochable, Tant qu’il nous reste des fusils à pompe serait le portrait fantasmé d’un lieu et d’une jeunesse sinistrés qui trouvent, sous le soleil accablant du plein été, une douceur insoupçonnée, finalement bouleversante.

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h istoi re s du ci n é ma h istoi re s du ci n é ma

DARDENNE deux deux jours, jours, une une nuit nuit

CRONENBERG maps maps to to the the stars stars

AMALRIC la la chambre chambre bleue bleue

FERRAN bird bird people people

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fe stival de can n e s

ils SONT à CANNES ... ET DANS LES SALLES Une nouvelle fois, le Festival de Cannes présente dans ses sélections plusieurs longs métrages qui sortent au cinéma en mai. Nous avons rencontré les réalisateurs de quatre de ces films. Présents en compétition, les frères Dardenne, pour leur puissant Deux jours, une nuit, et David Cronenberg, pour son cruel Maps to the Stars. Mathieu Amalric, pour le bouleversant La Chambre bleue, et Pascale Ferran, pour l’étonnant Bird People, figurent quant à eux dans la sélection Un certain regard. Entretiens.

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h istoi re s du ci n é ma

DEUX JOURS, UNE NUIT

JEAN-PIERRE ET LUC DARDENNE En défendant cette année à Cannes Deux jours, une nuit, les frères Dardenne poursuivent leur élaboration d’un cinéma social profondément humaniste, d’une grande puissance dramatique. À peine remise d’un long congé maladie, Sandra (Marion Cotillard) n’a qu’un week-end pour convaincre ses collègues : soit ils touchent une prime et elle est virée, soit ils y renoncent et elle est réintégrée. Face à ce chantage imposé par une direction démissionnaire, la frêle jeune femme entame un véritable parcours du combattant, poussée par son mari (Fabrizio Rongione) et par l’énergie du désespoir.

© philippe quaisse

PROPOS RECUEILLIS PAR JULIETTE REITZER

Luc (à gauche) et Jean-Pierre Dardenne

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© christine plenus

fe stival de can n e s

Marion Cotillard

uel a été le point de départ de ce film ? luc dardenne : Plein de choses différentes, il y a très long­temps qu’on travaillait sur ce scénario. Ce sont des gens qui nous ont raconté avoir été mis en rivalité dans une entreprise pour passer à mi-temps, ou bien avoir dû accepter une baisse de leur salaire pour que l’usine puisse continuer à fonctionner… Il y a eu aussi un texte qui s’appelle « Le Désarroi d’un délégué », dans La Misère du monde de Bourdieu. Il y a déjà quelques années aussi, le journal Le Monde avait fait un dossier sur une émission de télé-réalité américaine dans laquelle une équipe de télé et un responsable des ressources humaines allaient dans des petites entreprises sans représentation syndicale, sans organisation qui puisse s’opposer au patronat, pour licencier une ou deux personnes. C’était une espèce de mise à mort en direct, vous assistiez au sacrifice social de quelqu’un. Ce qui est tout à fait différent de ce que l’on a fait dans le film. Comment est apparu le personnage de Sandra ? l. d. : On a pensé à ce personnage très tôt. On a toujours vu Sandra comme quelqu’un qui a peur et qui va lutter contre ça. Face à l’insécurité sociale, comment est-ce que le groupe peut se reconstruire, pour diminuer cette peur et, espérons-le, rendre les gens plus solidaires ? Au bout de ce voyage, Sandra devait être devenue quelqu’un d’autre. On ne savait pas comment allait finir le film exactement, mais il fallait qu’elle puisse dire, d’une manière ou d’une autre : « Je n’ai plus peur. »

« Face à l’insécurité sociale, comment est-ce que le groupe peut se reconstruire ? » luc Dardenne

Une des particularités du film, c’est que son programme est annoncé dès le début. Quels étaient les enjeux de ce parti-pris ? l. d. : C’était de prendre au sérieux ce principe. On a toujours pensé qu’il y avait un suspense par rapport à chaque rencontre. Qui va venir ouvrir la porte ? Cette personne va-t-elle dire oui, ou non ? Comment Sandra va-t-elle tenir le coup ? On sait, dès le départ, que ce n’est pas une militante, qu’elle n’est pas vraiment faite pour le combat. Et le quatrième suspense, c’est : au bout de toutes ces rencontres, est-ce qu’elle va pouvoir réintégrer l’entreprise ? On a toujours pensé que la répétition était un élément de dramaturgie. D’autant plus qu’on a poussé la répétition jusqu’à avoir quelques répliques qui reviennent à chaque rencontre, comme « metstoi à ma place », ou « que disent les autres ? » Si on vous dit que, sur quinze personnes, dix pensent comme vous, vous avez moins peur de dire ce que vous pensez. Comment avez-vous pensé la mise en scène de ces rencontres successives ? l. d. : On a pensé, sans être systématique je l’espère, que ces gens, en tous les cas au départ, sont dans deux mondes. Quand ils se rencontrent, il y a

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h istoi re s du ci n é ma

© christine plenus

Tout le travail de répétition, sans qu’il soit centré là-dessus, a permis à Marion d’être la plus nue possible pour porter le personnage de Sandra sur le plateau, le jour où on a dit « moteur ».

toujours quelque chose qui les sépare à l’image, que ce soit les couleurs du fond, des murs, une porte, un chambranle… Sandra le vit comme ça. Elle ne va pas voir un ennemi, mais elle va quand même voir quelqu’un qui a voté contre elle. Elle doit aller leur parler, et parfois elle perd sa voix d’ailleurs, ce n’est pas facile, elle s’excuse beaucoup. En même temps, elle n’est pas justicière, elle ne vient pas condamner les gens, parce qu’elle comprend, elle sait ce que c’est que mille euros, elle qui en gagne peutêtre mille deux cent. Toujours est-il que c’est une confrontation ; contre eux, et contre elle. Elle aimerait tellement ne pas y aller ! Il était important que la personne qu’elle rencontre existe, qu’elle ne soit pas là juste pour donner la réplique. Donc quand on va vers l’un ou l’une, on essaie que le cadre le ou la fasse exister. Et seulement après, on revient vers Sandra, qui réagit à ce que l’autre dit. Ou alors, on reste avec les deux. Au niveau du rythme, on sentait si ça fonctionnait ou pas. Pour le spectateur, un acteur arrive dans un film chargé de ses rôles précédents, d’une image. Pourquoi avoir choisi Marion Cotillard, une actrice très célèbre ? Jean-Pierre Dardenne : On avait envie de travailler avec Marion. On a coproduit De rouille et d’os de Jacques Audiard [par le biais de leur société de production, Les Films du Fleuve, ndlr] et on avait demandé à la rencontrer quand ils venaient tourner en Belgique. On s’est vus pas longtemps, dix minutes, parce qu’on pensait à elle pour le rôle d’un médecin, dans un scénario sur lequel on travaillait. C’était très bref, mais Luc et moi on a eu un coup de foudre de cinéma. Quand on a abandonné l’histoire du médecin, Sandra est revenue à la surface dans nos têtes, sous les traits de Marion. Il fallait bien sûr qu’on voie si elle était d’accord, car ce n’était plus le même film. Elle nous a dit : « Moi je m’en fous, j’ai envie de travailler avec vous. » On a répété pendant un mois et demi, comme on fait toujours avant chaque tournage, avec nos comédiens.

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Comment s’est-elle préparée pour le rôle ? Elle a par exemple pris l’accent belge… J.-P. D. : Ah non ! Chère amie, c’est parce que dès qu’on quitte l’accent français, vous, les Parisiens, vous avez l’impression qu’on prend l’accent belge. Non ! On lui a demandé d’éteindre son accent français. Mais il n’y a pas d’accent belge, c’est comme si je vous dis qu’il y a un accent français : non, il y a un accent parisien, un accent marseillais… Il n’y a pas d’accent belge, il y a plusieurs accents belges. Disons alors une tournure de phrase. J.-P. D. : Des belgicismes, oui. Ça, d’accord, c’est écrit comme ça. D’ailleurs, dans Rosetta, la petite Émilie Dequenne, qui était bonne élève à l’école, nous avait dit : « Attendez, ça ce n’est pas très français comme tournure de phrase. » On lui avait répondu : « Justement, c’est exprès. » Mais vous avez raison, Marion n’a pas l’accent français. Les autres sont tous des acteurs belges, ou qui travaillent en Belgique. Il ne fallait pas que le rôle principal ait un accent français que les autres n’ont pas. Dans un certain cinéma, ça ne pose pas de problème. Chez nous, pour les films qu’on fait, ça pose un problème. Donc Marion a travaillé à éliminer son accent.   Le choix des vêtements que portent vos personnages est très important pour vous. Sandra est en rémission, elle porte des couleurs vives… l. d. : Effectivement, on habille précisément quelqu’un qui est sorti de dépression, qui désire ne pas y retourner. Même si, par moments, elle retombe. Pour le reste, vous avez vu qu’elle a toujours une veste, parce que la Belgique, c’est ça… On l’a un peu cloutée aussi, chaussures et veste, parce que c’est la mode. On aimait bien ses chaussures, le son qu’elles font quand elle marche. On a essayé des chaussures plus légères, mais on voulait qu’on entende ses pieds frapper le sol. Pour la coiffure, on a essayé de trouver une chose simple, qui pouvait bouger et vivre pendant les prises. Même si c’est une coiffure un peu négligée, qu’on fait soi-même le matin, on voit néanmoins qu’elle est venue pour les autres, pour se représenter. Pas pour séduire, il ne fallait pas non plus qu’on joue là-dessus.   Pourquoi avez-vous choisi de tourner en été ? J.-P. D. : On voulait que la lumière de l’été baigne les corps et les morceaux de décor que nous filmions. Il nous a semblé que notre histoire avait

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« Sandra ne condamne pas les gens, parce qu’elle comprend, elle sait ce que c’est que mille euros. » Luc Dardenne

© christine plenus

besoin de ça, qu’elle serait plus forte sous le soleil que sous le ciel gris, habituel de notre pays. On tourne toujours dans la continuité. Pour la première semaine de tournage, qui s’est déroulée à l’intérieur de la maison, toutes les lumières sont construites par le directeur de la photographie. Dehors, il faisait gris à mourir. Le dimanche, le temps a basculé, et on est sortis le lundi. Ensuite il a fait beau jusqu’au bout. On a eu de la chance. l. d. : On avait pensé toutes les scènes telles que vous les avez vues, en extérieur. J.-P. D. : Il aurait fallu faire rentrer les personnages, on aurait vu peut-être l’intérieur des maisons. « Même si je lui dis non pour le vote, est-ce que je laisse Sandra dehors, s’il pleut ? » Peut-être qu’on aurait trouvé d’autres choses.

Marion Cotillard et Frabrizio Rongione

Vous avez tourné tous vos films à Seraing, en Belgique. Celui-ci aussi ? l. d. : Oui, un rayon de dix kilomètres autour de Seraing, on est un peu sortis. (Rires.) La maison dans laquelle habitent Manu, Sandra et leurs deux enfants est à trois cents mètres du building dans lequel habitait Roger (Olivier Gourmet) dans La Promesse. Et c’est à deux cents mètres de chez Samantha (Cécile de France) dans Le Gamin au vélo. D’ailleurs, c’est une maison qui ressemble un peu. Mais on a quand même, si je puis dire, élargi le territoire. Pour le personnage qui habite dans la campagne, par exemple, on a traversé la Meuse.   Vous travaillez toujours avec la même équipe technique. Pourquoi ? J.-P. D. : Pourquoi changer ? Il y a des gens qui changent, car ils ont le sentiment qu’ils ne trouveront pas autre chose en continuant avec les mêmes

collaborateurs. Mais jusqu’à présent, on ne s’est pas posé ce genre de questions. On travaille depuis le début, depuis La Promesse, avec quasiment les mêmes personnes, parce qu’on leur fait confiance pour nourrir chaque film, nous soutenir dans nos choix et les enrichir. l. d. : Avec la Palme d’or de Rosetta, puis celle de L’Enfant, et la reconnaissance de nos films, les gens ont plutôt tendance à s’écraser, à se dire : « Ils ont raison. » Il faut que les gens continuent de ne pas avaliser, nécessairement, ce que nous proposons, qu’ils continuent de dire : « Et pourquoi pas ça ? » C’est nous qui décidons, c’est sûr, mais parfois, on peut changer notre point de vue. Les acteurs aussi, on veut qu’ils osent, qu’ils participent. J.-P. D. : Olivier Gourmet le fait un peu trop, c’est pour ça qu’on lui donne un peu moins de place maintenant sur nos films [il ne fait qu’une apparition dans Deux jours, une nuit, ndlr]. l. d. : Oui, on le met dehors ! (Rires.) Au moment du tournage, comment construisez-vous vos plans ? J.-P. D. : On part de ce qu’on a trouvé pendant les répétitions en amont. Le jour du tournage, on répète avec les comédiens en début de journée, dans les décors. Puis, à un moment donné, quand il nous semble que c’est prêt, que les rythmes, les déplacements, sont bons, on fait venir l’équipe et on leur explique comment va se dérouler le plan. Là, chacun, la lumière, le son, installe ses affaires. Une heure, une heure et demie après, on fait une répétition mécanique avec la caméra, et ensuite on tourne. Et là, ça peut être parti pour un jour, deux jours…   Vous faites beaucoup de prises ? l. d. : Ça dépend. Pour la scène où Sandra s’écroule dans la chambre, on a fait quatre-vingt-une prises. Si on a une prise pour laquelle on est contents du rythme, on dit par exemple : « Maintenant, Marion, est-ce que tu pourrais prendre un silence plus court là, dire ça un peu plus vite », et on essaie. Ensuite, on verra au montage. Notre montage tient beaucoup du rythme interne des plan-séquences. Deux jours, une nuit de Jean-Pierre et Luc Dardenne avec Marion Cotillard, Fabrizio Rongione… Distribution : Diaphana Durée : 1h35 Sortie le 21 mai Le film sera projeté dans le cadre du prochain cinéma-club Trois Couleurs (voir page 118)

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Entretien

DAVID CRONENBERG Deux ans après Cosmopolis, le cinéaste canadien revient en compétition à Cannes avec Maps to the Stars. Portrait cruel, frontal, de Hollywood et de ses vices, le film entrecroise les parcours sinueux d’un enfant acteur (Evan Bird), de ses parents (John Cusack et Olivia Williams), d’un chauffeur de limousine (Robert Pattinson), d’une actrice quadragénaire (Julianne Moore) et de sa jeune assistante (Mia Wasikowska). L’occasion, pour Cronenberg, de sonder autant de psychés déréglées. Drogue, inceste, désenchantement, anéantissement : bienvenue à Hollywood.

© nicolas guérin

PROPOS RECUEILLIS PAR JULIETTE REITZER

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© daniel mcfadden

« J’ai dit : “Je ne ferai pas un seul plan sans palmier.” » Julianne Moore

L

e scénario de Maps to the Stars est l’œuvre du romancier américain Bruce Wagner. Quels changements y avez-vous apportés ? Bruce est très prolifique, son scénario était long, j’ai essayé de le rendre plus précis, je l’ai raccourci. Ses références sont toujours très contemporaines, il parle de séries télé, de célébrités du moment… Le scénario a été écrit il y a plus de dix ans, donc le changement le plus flagrant a été de moderniser toutes ces références à la culture populaire. J’évite généralement de mentionner des éléments contemporains dans mes films, parce que je sais que deux ans plus tard ils seront obsolètes. Grâce à Bruce, j’ai compris que si deux ans plus tard c’est obsolète, vingt ans plus tard, ça devient historiquement intéressant. Ça m’a permis d’intégrer des références très actuelles au roman que je viens d’écrire [Consumed, à paraître en septembre 2014, ndlr].   Vous alternez les films dont vous signez l’histoire et ceux dont le scénario est écrit par d’autres. Cela change-t-il quelque chose au moment de tourner ? Il n’y a aucune différence. Une fois sur le tournage, vous devenez cruel, brutal. Si l’écriture ne fonctionne pas, vous détestez l’auteur– peu importe que ce soit vous ou non – et vous changez tout. Par contre, je ne veux pas que mes acteurs improvisent, car ce ne sont pas des auteurs. Une fois sur le plateau, le dialogue est fixe, on n’y touche pas. Mais les chorégraphies, la manière dont les acteurs et la caméra bougent, tout ça peut changer.

D’ailleurs, vous ne faites jamais de story-boards. Non, parce que je trouve ça très artificiel et restrictif. Je peux comprendre que vous en ayez besoin si vous tournez un film de science-fiction très complexe, avec beaucoup d’effets spéciaux. Mais pour un film comme Maps to the Stars, qui est avant tout un drame basé sur le jeu d’acteur et les dialogues, faire un story-­board me semble très bizarre. Beaucoup de jeunes cinéastes le font pour se protéger, au cas où ils paniqueraient sur le plateau. Mais le story-­board ne vous aidera pas à développer votre propre manière de filmer. L’histoire de Maps to the Stars se passe à Los Angeles, mais la majeure partie du tournage s’est déroulée au Canada, à Toronto, la ville où vous habitez. Qu’avez-vous filmé à Los Angeles ? Des palmiers. J’ai dit : « Je ne ferai pas un seul plan sans palmier. » Pour Les Promesses de l’ombre [sorti en 2007, ndlr], on tournait à Londres, mais on ne filmait pas du tout des lieux touristiques. On était dans des coins sombres, peu connus, de l’East End ; les gangsters du film n’étaient pas du genre à fréquenter le palais de Buckingham. Pour Maps to the Stars, au contraire, il nous fallait filmer les lieux iconiques de Los Angeles, l’histoire l’exigeait. Hollywood Boulevard, le Chateau Marmont, le panneau Hollywood, Rodeo Drive… Cinq jours de tournage à Los Angeles ont suffi, parce qu’à Toronto nous avons des maisons très semblables à celles que l’on trouve dans cette ville. Si vous ajoutez, justement, quelques palmiers, cela fonctionne parfaitement.

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Pourquoi situer cette histoire de famille incestueuse au cœur de l’industrie du cinéma hollywoodien ? La mentalité des studios hollywoodiens est incestueuse de la pire des manières possibles : il n’y a pas de nouvelles idées, pas de fraîcheur, il n’y a plus que des suites, et des suites de suites. Cela donne des films difformes, débiles, génétiquement déficients. Les studios ont besoin de sang neuf, d’une nouvelle vision, mais ils en ont peur. L’inceste est donc pour moi une métaphore de ce qui cloche actuellement dans l’industrie hollywoodienne. C’est comme les dynasties de l’ancienne Égypte qui pensaient : « Nous sommes des dieux, nous devons nous reproduire entre nous. » Bien sûr, ils n’avaient aucune notion de génétique. On n’en sait rien, mais ça a peut-être précipité leur fin. Avez-vous pensé le film comme une œuvre réaliste ou satirique ? Certains voient dans le film une vision satirique de Hollywood, mais ce n’est pas le cas, c’est la réalité. Bruce n’a rien inventé. Nous connaissons tous des histoires d’enfants stars qui se suicident lentement en plongeant dans la drogue parce que leurs

Le film résonne avec le livre Hollywood Babylone de Kenneth Anger, à la lecture duquel on s’aperçoit que les faits divers sordides ont jalonné toute l’histoire de Hollywood. Exactement, les suicides, la drogue, la folie, les meurtres, c’est Hollywood, et ce n’est pas nouveau. Los Angeles a toujours été le territoire des rêves, les gens y affluent de tout les États-Unis dans l’espoir de réussir. Le personnage joué par Robert Pattinson vient d’ailleurs, il est très naïf. Il se dit que s’il sert de chauffeur aux bonnes personnes, celles-ci le remarqueront, puis liront ses scénarios… Mais c’est une chimère. Généralement, dans vos films, les éléments fantastiques ont une explication rationnelle, scientifique. Ici, c’est plus ambigu : par exemple, Havana (Julianne Moore) est obsédée par le fantôme de sa mère ; Benjie (Evan Bird) est hanté par une fillette à laquelle il a rendu visite à l’hôpital… Pour moi, ce ne sont pas des fantômes, ce ne sont que des souvenirs. Les vivants parlent parfois aux morts, mais ça ne veut pas dire que les revenants existent autrement que dans leurs têtes.

« La mentalité des studios hollywoodiens est incestueuse. Cela donne des films difformes, débiles, génétiquement déficients. » carrières s’arrêtent. C’est un vrai désespoir existentiel. Pour les actrices, c’est très violent aussi. Après 40 ans, elles cessent d’exister, elles n’ont plus de valeur. Julianne Moore travaille tout le temps, mais elle connaît beaucoup d’actrices qui ont vécu cette disparition imposée. Elle a donc pu nourrir son personnage. D’une certaine manière, le désir de célébrité rejoint l’idée d’immortalité : si vous êtes sur un écran, vous ne mourrez jamais. Mais cela vous enferme aussi. L’enfermement est d’ailleurs un thème majeur du film. C’est pourquoi le poème Liberté de Paul Éluard a une place importante dans l’histoire.   Votre mise en scène place ainsi systématiquement les personnages seuls dans le cadre, ils ne sont jamais réunis à l’image. En effet, il m’a semblé que c’était la bonne appro­ che pour ce film. Chacun est dans sa petite bulle individuelle. L’exemple le plus extrême est la scène avec Benjie, sa mère et les producteurs du studio. Tout le monde est assis autour d’une table dans une salle de réunion, mais vous ne les voyez jamais ensemble, c’est une succession rapide de plans individuels.

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Maintenant que vous en parlez, voilà un des changements que j’ai faits dans le scénario de Bruce. Il avait écrit des scènes avec plein d’enfants morts qui hantaient les rues. Ça ne convenait pas, parce que si vous commencez à filmer un tas de fantômes qui se baladent partout, vous sous-entendez qu’ils existent pour eux-mêmes. Je ne crois pas du tout aux fantômes. Je crois en revanche qu’on peut être hanté par des souvenirs. Comment avez-vous pensé la première apparition du fantôme de la mère d’Havana, qui se redresse d’une baignoire remplie d’eau ? Ce n’est pas une scène d’horreur, vous ne jouez pas sur la peur du spectateur. Je n’ai pas souhaité que le public ait peur d’elle ; par contre, Havanna en a peur. Ce n’est pas une peur physique, c’est une peur mentale, psychologique, elle est obsédée par l’idée que sa mère, qui était une grande actrice, était plus célèbre, plus respectée qu’elle. Au niveau de la mise en scène, inutile d’en faire trop, parce que la force de ce genre de fantômes est qu’ils nous semblent très réels. Des petites choses suffisent. Par exemple, vous n’entendez pas le bruit de l’eau dans cette scène.

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Mia Wasikowska

Il y a en revanche des scènes vraiment terrifiantes. Au début du film, Benjie et sa mère sont attablés pour le déjeuner. Leur conversation est très violente : ils ne parlent que d’argent et de pouvoir. Comparé à vos autres films, l’horreur ici n’est pas spectaculaire, elle est nichée dans le banal, le quotidien. Oui, et dans des situations très réalistes. Les parents d’enfants stars sont, en général, terrifiants. Ils utilisent leurs enfants, ils veulent qu’ils soient célèbres, ils vivent parfois de l’argent qu’ils gagnent… Concernant le genre d’horreur qui m’intéresse, cela dépend du film, je ne m’impose pas de règles. Dans A History of Violence ou Les Promesses de l’ombre, par exemple, il y avait des scènes d’horreur très frontales, très sanglantes. Avez-vous le sentiment que votre mise en scène évolue vers plus de simplicité ? Oui, depuis La Mouche en 1986, j’ai commencé à sentir que je simplifiais ma manière de filmer. Mon directeur de la photographie [Peter Suschitzky, ndlr], qui travaille avec moi depuis Faux-semblants, l’a constaté aussi. Ma manière de tourner est devenue très simple, très directe, je fais peu de plans. Mia Wasikowska me l’a fait remarquer : avec moi, vous savez exactement ce qu’il y aura sur l’écran à l’arrivée, je ne multiplie pas les possibilités en vue du montage. Quand vous faites des films indépendants, que vous n’avez pas beaucoup d’argent ni de temps, c’est mieux de ne pas tourner des choses que vous n’utiliserez pas. Mais cela demande de la confiance en soi et de l’expérience. Sur ce film, par exemple, j’ai fait le montage director’s cut en seulement deux jours.   Au cœur de Maps to the Stars, il y a un inquiétant thérapeute new age interprété par John Cusack. Ses méthodes ressemblent beaucoup à celles du psychiatre de votre film Chromosome 3 (1979). Quand j’ai fait A Dangerous Method, beaucoup de gens ont trouvé que ça ne ressemblait pas à un film de Cronenberg, alors que mon tout premier

film, un court métrage de six minutes [Transfer, en 1966, ndlr], parlait déjà d’un psychiatre et de son patient. La relation thérapeutique est une création récente, apparue avec Freud, que je trouve très intrigante. Avant, il y avait le prêtre dans le confessionnal, mais vous n’aviez pas cette sorte de confesseur scientifique, médical. À Hollywood, les gens sont si stressés que l’opportunité est grande, pour beaucoup, de se présenter comme des guérisseurs. Bien sûr, un certain nombre d’entre eux sont des charlatans. Dans votre film Rage (1977), le personnage de Rose, transformée en créature meurtrière après une greffe de peau, dit : « Je suis un monstre. » Dans Maps to the Stars, les personnages n’ont pas conscience de leur monstruosité, ce qui rend le film très cruel. Mais il y a aussi une douceur mélancolique apportée par le personnage d’Agatha (Mia Wasikowska). Est-elle celui pour lequel vous avez le plus d’empathie ? Elle est, techniquement, le personnage le plus redoutable du film. Mais elle est aussi le plus sensible. Bien sûr, comme le film débute sur elle, alors qu’elle arrive en car de l’extérieur de Los Angeles, on peut être tenté de conclure que je m’identifie un peu à elle. Mais en tant que réalisateur, je dois aimer tous les personnages. Je dois leur donner une réalité humaine. Je les aborde de façon neutre, je les considère comme une nouvelle créature que je découvrirais dans la forêt : je veux voir comment ça fonctionne, j’observe, je ne porte aucun jugement. C’est important, surtout dans un film comme celui-ci où les événements, les dialogues sont parfois extrêmes. J’ai dit aux acteurs de ne pas jouer sur le registre de la comédie ou de la satire, mais de jouer vrai. Et si le personnage se révèle être un monstre, laissons-le être un monstre. Maps to the Stars de David Cronenberg avec Robert Pattinson, Julianne Moore... Distribution : Le Pacte Durée : 1h51 Sortie le 21 mai

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LA CHAMBRE BLEUE

MATHIEU AMALRIC Après Tournée, Prix de la mise en scène à Cannes en 2010, Mathieu Amalric revient en compétition dans la sélection Un certain regard. Il adapte La Chambre bleue de Simenon, récit éclaté d’un adultère qui tourne mal. Un film réalisé rapidement, modestement, et qui agrège les émotions le long d’une mise en scène des souvenirs et de la réminiscence bouleversante.

© nicolas guérin

PROPOS RECUEILLIS PAR LAURA TUILLIER

uel a été votre premier contact avec le livre de Georges Simenon ? J’ai ce vieux bouquin à couverture bleue, je ne sais plus à qui je l’ai volé… Il m’évoque la bibliothèque des toilettes d’une maison de campagne ; on le lit et on repart avec. J’y ai retrouvé récemment une carte d’embarquement de Stéphanie [Stéphanie Cléau, sa compagne, coscénariste et actrice du film, ndlr] qui date d’il y a neuf ans. Donc, déjà à cette époque, le livre existait entre nous. Ensuite, c’est le producteur Paulo Branco qui a impulsé les choses. Il m’a dit : « Tu veux pas tourner un film en trois semaines ? » Je suis rentré chez moi, j’ai cherché

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un livre à adapter, un livre court, puisqu’il me donnait peu de temps. J’ai trouvé La Chambre bleue. Son côté série B m’a attiré, je l’ai emporté avec moi sur le tournage du film des frères Larrieu, à Lausanne [L’Amour est un crime parfait, ndlr]. Et là, hasard sublime, habitait John Simenon, le fils, que j’ai rencontré à ce moment-là. Comment avez-vous décidé de jouer Julien et de donner le rôle d’Esther, sa maîtresse, à Stéphanie Cléau ? C’est elle qui me l’avait proposé, sous forme de blague, juste avant que je ne parte en Suisse. Et je trouvais dans le livre des indices qui me disaient qu’elle devait jouer le rôle – brune, trop grande pour lui –, alors même que ce n’est pas son métier. Je ne

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Stéphanie Cléau et Mathieu Amalric

voulais pas d’une actrice connue, je voulais qu’on sente ce que j’appelais « la menace de la femme inconnue ». Je trouve que Stéphanie joue très bien ça, le mélange du chaud et du froid. Esther est absolument illisible, c’est ça qui attire tant Julien.

« Esther est absolument illisible, c’est ça qui attire tant Julien. »

Le film est très impressionniste, il est dans la reconstruction permanente des événements. Comment êtes-vous arrivé à ce résultat ? Nous avions écrit le scénario sur deux colonnes : l’image se battait contre le son. Le délice du présent et l’horreur de la reconstitution. Ensuite, avec Christophe Beaucarne, mon chef opérateur, on a décidé de tourner en format carré ; parce que Julien a affaire à des blocs de solitude. Il ne sait ni ce que sa femme pense, ni ce que sa maîtresse pense. J’ai également pensé à Bresson, en me demandant pourquoi ses films étaient très physiques. Par exemple, le viol dans Mouchette : on ne voit rien et on sent tout. Je passais toujours par cette grammaire cinématographique artificielle : le plan fixe, le cadrage. Le but n’était pas d’attraper du vrai. Il fallait au contraire filmer en permanence des signes, des gestes, des totems. Le livre de Simenon est autant une histoire d’amour qu’une chronique judiciaire. Le polar était-il un défi pour vous ? Tout film est un travail policier. Fellini disait que le scénario est un détective du film à venir. Ce qui nous a sauvés, c’est justement d’avoir à clarifier les choses à l’extrême. Nous avons constitué un véritable dossier judiciaire avec Pauline Étienne, l’actrice, qui a été notre accessoiriste sur le tournage. Nous avons travaillé avec le personnel judiciaire du tribunal de Bobigny, qui joue d’ailleurs

dans le film. Le procès a donné lieu, contrairement au reste du film, à des séquences plus longues, on l’a tourné dans toute sa durée. Le film oscille entre la modernité de la vie conjugale et la chambre bleue, qui ne semble pas avoir bougé depuis Simenon. Oui, on a fait le choix des petits mots contre les textos, qui auraient été plus vraisemblables. C’est le côté immuable de la province, du bovarisme. Esther est romanesque, la chambre bleue lui ressemble. Au contraire, la maison familiale est sans âme, comme dans le roman. C’est tragique, parce qu’elle ressemble à la maison que Simenon s’était fait construire en 1963, à Épalinges, dans laquelle il n’a pas réussi à garder sa femme.   Où en êtes-vous de votre projet d’adapter Le Rouge et le Noir ? Ça va me prendre du temps. J’ai abouti à une deuxième version du scénario qui ne fait plus que… 470 pages. Mais déjà, en filmant le procès de La Chambre bleue, je sentais quelque chose du procès de Julien Sorel. Cette façon d’être égaré, absent à soi-même, déjà ailleurs. La Chambre bleue de Mathieu Amalric avec Mathieu Amalric, Stéphanie Cléau… Distribution : Alfama Films Durée : 1h15 Sortie le 16 mai

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BIRD PEOPLE

PASCALE FERRAN Après Lady Chatterley en 2006, récit d’une passion amoureuse libératrice au début du xxe siècle, Pascale Ferran signe Bird People, un film bien décidé à en découdre avec le contemporain, présenté en sélection Un certain regard à Cannes. Dans une zone de transit entre Paris et Roissy, elle filme Audrey, jeune femme de chambre indécise, Gary, un Américain au bout du rouleau, mais aussi des inconnus, des oiseaux, des écrans et des avions.

© philippe quaisse

PROPOS RECUEILLIS PAR LAURA TUILLIER

« Je voulais vraiment capter quelque chose du monde d’aujourd’hui, notamment l’incroyable accélération du temps. » 52

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u’est-ce qui a présidé à votre désir de faire ce film ? Aprè s La d y Chat te rle y, j’avais envie de faire un film très contemporain, mais qui s’échappe du naturalisme, pour aller vers l’imaginaire. Un film assez ample dans sa narration, qui mélange les genres, les lieux, les personnages. L’une des premières images qui me soit venue est celle de quelqu’un, perché sur un toit ou sur une balustrade, et qui regarde le vide. Est-ce qu’il va sauter ? Cela évoque à la fois Peter Pan et les corps qui tombent des tours du World Trade Center, le merveilleux de l’enfance et la part la plus sombre du monde d’aujourd’hui. Comment s’est déroulée la collaboration avec Guillaume Bréaud, coscénariste du film ? Je coécris toujours mes scénarios, j’ai besoin d’un échange avec l’autre pour réfléchir. Et comme je pense toujours mes films pour quelqu’un, pour le spectateur à venir qui est un peu un autre moimême, il m’est indispensable d’être dans le dialogue dès le départ. Au tout début, nous voulions raconter l’histoire d’Audrey, une jeune fille qui vit dans un entre-deux provisoire, avec un boulot alimentaire pas passionnant. En même temps, elle est curieuse des autres, elle s’intéresse aux clients dont elle nettoie et prépare les chambres d’hôtel. Parmi eux, il y avait cet Américain, Gary, que Guillaume Bréaud a développé et a rendu passionnant. On a donc décidé de raconter leurs deux histoires, parce que l’on s’est aperçu qu’elles se faisaient la courte échelle, qu’ensemble elles produisaient un feuilleté thématique et romanesque inaccessible autrement.

Dans Bird People comme dans Lady Chatterley, les héros traversent des crises qui les poussent à changer brutalement les choses. Les deux films parlent d’émancipation : comment changer nos vies ? Mais Lady Chatterley est un film en costumes qui cherchait à être dans l’universel de son récit, tandis qu’avec Bird People, je voulais vraiment capter quelque chose du monde d’aujourd’hui, notamment l’incroyable accélération du temps. L’imaginaire des personnages est lui-même très marqué par l’inconscient collectif de notre époque. C’est pour cela que le caractère hybride du film me semble indispensable : le temps passe de façon hétérogène, les héros sautent brutalement d’un régime d’activité à un autre, les espaces s’entrechoquent. Au début du film, les personnages baignent dans un monde de signes, ils ne savent pas où regarder. Oui, un des fils souterrains du film est le regard. L’ouverture du film crée un appel de fictions. Les personnages sont multiples, le spectateur ne sait pas immédiatement quel est celui, ou celle, dont on va lui raconter l’histoire. J’avais envie que le spectateur soit à l’affût, ouvert à tous les possibles. Et que le film tout entier le laisse libre d’être interprété selon ses propres émotions.   Bird People se passe en grande partie dans un hôtel, un espace impersonnel entre le privé et le public. Pourquoi ce choix ? Le film est obsédé par la porosité entre public et privé. C’est très lié aux modes de communication actuels, aux portables, aux écrans, à Internet, toutes choses auxquelles le film s’intéresse beaucoup. Un hôtel est représentatif de cet entre-deux, à la fois un

Anaïs Demoustier

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« C’est aussi un désir de spectatrice que de voir explorées toutes les possibilités du cinéma : narratives, sensorielles, émotionnelles… » lieu de passage et un petit monde à soi dès que l’on y passe quelques jours. J’ai commencé à écrire dans un hôtel près de Roissy. C’est là que j’ai découvert le Hilton, qui donne directement sur les pistes de décollage. C’est un lieu invraisemblable, l’hôtel semble avoir été décoré dans les années 1970, alors qu’il a été construit vingt ans plus tard. Il évoque un peu celui de Shining.   Le film est très libre dans son écriture et dans sa mise en scène. Il me semble que lorsque l’on commence à maîtriser un peu son outil, on ose davantage. Dès le scénario, il y avait une grande liberté dans l’écriture, certaines séquences faisaient quatre lignes, d’autres quinze pages. Comme le film change plusieurs fois de régimes narratifs, il fallait être inventif durant le tournage, trouver le dispositif le plus approprié pour chacun de ces moments. La difficulté était de trouver une mise en scène et un montage qui donnent de la fluidité à tout cela et qui permettent au spectateur d’être sans cesse dans le présent des scènes. C’est aussi un désir de spectatrice que de voir explorées toutes les possibilités du cinéma : narratives, sensorielles, émotionnelles… elles sont immenses.   Gary, le personnage interprété par Josh Charles, est impressionnant. Fallait-il absolument qu’il soit américain ? C’est le côté film-monde de Bird People dans lequel des personnages de cultures très différentes se croisent. Il nous semblait logique que Gary vienne des États-Unis, symbole de l’ultra­ libéralisme dans lequel baigne le monde occidental. J’avais repéré Josh Charles dans la série de

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HBO, En Analyse. Le défi était de travailler avec un acteur américain alors que je ne parle pratiquement pas anglais. Il fallait qu’on arrive à dépasser la barrière de la langue pour se parler d’âme à âme, ce qui est aussi l’un des sujets du film. Sans dévoiler le cœur du film, nous pouvons dire qu’un oiseau intervient à un moment donné et qu’il a son importance. Était-ce un défi de le filmer ? C’est très compliqué de filmer un oiseau. Si un moineau se posait sur ce balcon, il serait impossible de le faire entrer dans la pièce. Nous avons eu recours à des moineaux dressés dès leur naissance, qui sont habitués à l’homme ; mais le dressage a ses limites. Ils sont très vifs, il a donc fallu inventer toutes sortes de ruses pour les filmer et, comme je ne voulais pas que les effets spéciaux se voient à l’écran, en utiliser le moins possible.   Aviez-vous la volonté de livrer un film politique ? J’ai tendance à croire que tout est politique. Bien sûr, il y a une charge critique dans le film. Mais j’essayais d’attraper les choses en analysant sur moi la façon dont la folie du monde modifie nos comportements. Bird People est obsédé par le fait qu’il n’y a pas le monde d’un côté et nos individualités de l’autre. Le monde entre en nous, il nous modèle, nous modifie, nous contamine. En réaction à cela, le film veut se souvenir de notre humanité commune. Bird People de Pascale Ferran avec Anaïs Demoustier, Josh Charles … Distribution : Diaphana Durée : 2h07 Sortie le 4 juin

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h istoi re s du ci n é ma

LUKAS MOODYSSON

We Are The Best!

« C’était une manière, pour moi, de faire un film avec des cris et des rires, plutôt que des murmures et des pleurs. » 56

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e ntreti e n

Lukas Moodysson, le réalisateur suédois de Fucking Åmål, revient avec un film attachant au ton étonnamment joyeux qui tranche avec le reste de sa filmographie. L’histoire, dans la Suède des années 1980, de trois jeunes adolescentes qui, en pleine fièvre mièvre du disco, choisissent le punk pour patrie, les coupes iroquoises pour emblème, et montent leur groupe. Rencontre avec leur chef d’orchestre. PROPOS RECUEILLIS PAR ÉTIENNE ROUILLON

Cette histoire est adaptée d’un roman graphique intitulé Aldrig godnatt (2008) dont votre femme, Coco Moodysson, est l’auteure. Pourquoi avoir choisi d’en faire un film ? Je ne pensais pas nécessairement que j’en serais le réalisateur, je pensais que d’autres sauteraient sur cette histoire. Et puis, j’ai traversé une période pendant laquelle je me suis dit que ça me ferait du bien de me tourner vers un type de film plus joyeux. Dans ce roman, on trouve des personnages mus par une énergie incroyable, un instinct de survie. C’était une manière, pour moi, de faire un film avec des cris et des rires, plutôt que des murmures et des pleurs. Comment avez-vous fait passer votre cinéma d’un registre à l’autre ? C’était assez simple, parce que je n’intellectualise pas ce que je fais en tournage, du moins je n’essaie pas d’identifier des motifs communs, des connexions entre mes différents films. Dans la vie, je suis quelqu’un de perplexe. Être perplexe, ça signifie que vous faites face à une situation qui vous paraît complexe. Cette complexité de la vie, qui me rend perplexe, m’oblige à prendre des positions variées, à partir dans des directions diverses, pour sonder cette complexité. Il y a des matins où j’ai envie de rire, d’autres de pleurer ; d’où la variété de ton dans mon écriture. La première chose que j’ai faite, pour les besoins de l’adaptation, ça a été de changer le nom du personnage principal. Le prénom de Coco étant celui de ma femme, ça avait un côté un peu incestueux, bizarre, de chercher une jeune actrice qui porterait ce nom pour incarner ma femme, enfant. Alors j’ai simplement changé deux lettres, Coco est devenu Bobo. Ça m’a donné plus de liberté.   Mettre en scène de jeunes acteurs présente-t-il un défi spécifique ? Le casting prend beaucoup de temps, il faut essayer toutes sortes de combinaisons, différentes actrices pour différents rôles. Je m’appuie sur l’improvisation, pas sur des lectures. Je recherche deux choses chez les acteurs pendant le casting. D’abord, leur

capacité à oublier la caméra. Moi, par exemple, je ne suis pas mauvais acteur, mais je me fige dès qu’il y a une caméra, je manque tout à coup d’assurance. Ensuite, il faut sentir que les acteurs comprennent leur personnage, pas nécessairement qu’ils s’identifient à lui, mais qu’ils le comprennent. Ça me permet, pendant le tournage, de ne pas me perdre en explications, et de laisser les acteurs libres de tirer parti de l’improvisation. La principale différence, avec des enfants, c’est qu’il faut faire très attention à eux entre les prises, s’assurer que l’atmosphère du tournage est chaleureuse, qu’ils s’y sentent bien. Après, une fois que l’on a commencé à tourner, je me comporte de la même manière, je les pousse autant que je pousserais un acteur adulte. Il a bien fallu expliquer à ces jeunes actrices à quoi ressemblaient vos années 1980. Non. Il ne faut pas les charger de la responsabilité de tenir à elles seules toute l’ambiance du film. On ne les a pas assises pour leur faire un cours sur les années 1980 . Tout ça est passé par des choses concrètes : les habits, les chansons, comme Sex noll tva de KSMB [groupe punk suédois de l’époque, ndlr].   Des salles de répétitions microscopiques jusqu’aux piaules des gamines, vous semblez aimer filmer les espaces clos. Je n’aime pas filmer dans les voitures, c’est très compliqué. Mais mis à part ça, c’est vrai que j’affec­tionne les espaces restreints : les toilettes, les salles de bain, les ascenseurs… Tout y est concentré. Ça va bien avec ma manière de filmer à l’instinct. Je ne parle pas beaucoup avec mon directeur de la photographie sur le plateau. Je le considère un peu comme un documentariste, je trouve parfois intéressant qu’il ne sache pas ce qui va se passer dans la scène. Il travaille alors sur le vif, comme un acteur, en interaction avec le plateau.  We Are The Best ! de Lukas Moodysson avec Linnea Thörnvall, Peter Eriksson… Distribution : MK2 Select Durée : 1h42 Sortie le 4 juin

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h istoi re s du ci n é ma - e ntreti e n

Godzilla

Entre Monsters, petite série B de science-fiction indé, et ce Godzilla hollywoodien, l’écart est énorme pour Gareth Edwards. Pourtant, le jeune réalisateur britannique a su garder la tête froide et les idées claires. Rencontre, quelques jours avant de libérer la bête. PROPOS RECUEILLIS PAR RENAN CROS

Avez-vous conçu Godzilla comme un film de monstres ou comme un film catastrophe ? Je voulais faire un film qui soit à la fois très specta­ culaire et très incarné, avec des personnages complexes et réalistes. Alors évidemment, il y a un monstre. Énorme. Vous ne pourrez pas le louper, je vous le promets. Mais on l’a traité comme une « force de la nature ». Godzilla est un monstre autant qu’une catastrophe naturelle. Cela me semblait inconcevable de faire un film comme celui-ci sans avoir en tête, en permanence, toutes les catastrophes qui ont eu lieu ces dernières années. Je pense également au terrorisme et à tout ce qui fait qu’aujourd’hui on vit dans une forme d’angoisse permanente. On ne peut pas faire un film comme celui-ci en évacuant le contexte actuel. Ce type de film ne peut-il pas se contenter de n’être qu’un pur divertissement ? Les films de ce genre les plus réussis sont justement ceux qui ne sont pas uniquement de purs divertissements, ceux qui possèdent une profondeur qui renforce la puissance du spectacle. Ces films ont une dimension primale, une forme de retour à l’essentiel qui nous interpelle forcément. Ils parlent de survie, et ça touche notre ADN à tous. En fouillant dans nos pires cauchemars, ils font revenir à la surface une forme d’inconscient hanté par ces drames et les catastrophes dont nous parlions plus tôt. On vit dans un monde où le réel est tellement violent qu’il empiète sur notre imaginaire. Une catastrophe comme Godzilla condense et rejoue sous une forme fantasmée toutes nos angoisses. Le film original était une métaphore d’Hiroshima et Nagasaki

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(voir page 60). Le mien va chercher quelque chose de l’angoisse de notre époque. La vraie science-­ fiction, c’est celle qui nous ramène à nous. Un film comme Jurassic Park en est le meilleur exemple. On a beau être estomaqué par la perfection technique, la vraie force du film, c’est son sujet : le combat éternel de l’homme contre la nature. Quand on arrive à saisir quelque chose d’aussi fondamental, ça rend plausible les histoires les plus aberrantes.   Ce genre de film est très suivi, commenté, fantasmé sur le Net, avant même le début du tournage. Vous êtes-vous coupé des réseaux sociaux pour travailler ? J’aimerais vous répondre que oui, mais je n’ai pas pu m’empêcher de suivre ce qui se disait sur le projet. Ça donnait une existence au film, alors même que nous étions en pleine conception. Cette exigence du public nous a donné une forme de confiance en nous. Que les remarques soient positives ou négatives, elles boostent la créativité et permettent à ces projets de longue haleine de rester très concrets. Godzilla a été un vrai marathon, ça fait deux ans que je vis avec ce projet en permanence. Quand je lis des choses sur le film, j’ai l’impression que l’on partage un peu de ma vie. Aujourd’hui, je suis trop proche du film pour pouvoir le regarder avec un œil neuf. J’ai hâte que le public le découvre pour pouvoir le redécouvrir moi-même. de Gareth Edwards avec Aaron Taylor-Johnson, Bryan Cranston… Distribution : Warner Bros. Durée : 2h03 Sortie le 14 mai

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h istoi re s du ci n é ma - décryptag e

Photo promotionnelle pour Mothra contre Godzilla d’Ishiro Honda (1964)

© collection christophel

Dans l’ombre des géants

Tout le monde connaît Godzilla, peu de gens ont vu son œuvre. Un paradoxe qui explique la méprise autour de la carrière riche d’une trentaine de films du « king of monsters », souvent relégué au rang de bestiole kitsch, alors qu’il est originellement la créature expiatoire d’un pays traumatisé.

T

Par Julien Dupuy

out commence en 1954 avec Godzilla, film fondateur réalisé par Ishirô Honda dans lequel un monstre antédiluvien est réveillé par des essais nucléaires conduits par les États-Unis au large du Japon. L’utilisation d’une créature géante comme métaphore de la menace atomique n’est pas nouvelle : Godzilla s’inspire du Monstre des temps perdus d’Eugène Lourié, sorti l’année précédente. En revanche, aucun film n’est aussi habité par son sujet que l’œuvre de Honda. Godzilla est parcouru d’images, réminiscences des drames vécus par le Japon durant la Seconde Guerre mondiale : des villes réduites en cendres comme Hiroshima, un enfant passé au compteur Geiger… Godzilla résonne dans l’esprit meurtri des Japonais qui font un tel triomphe au film qu’il inaugure l’un des genres endémiques de la cinématographie nippone : le kaijū eiga, ou film de monstres géants. Une suite, Le Retour de Godzilla, est rapidement mise en œuvre sous la direction de Motoyoshi Oda, et Honda s’illustre de nouveau dans le genre avec Rodan, puis Baran, le monstre géant, et doit même, à la demande de ses producteurs, inclure un robot monumental dans son beau film de science-­ fiction, Prisonnière des Martiens. Pourtant, ces classiques instantanés sont charcutés lors de leur diffusion à l’étranger : le premier Godzilla sort en Europe et aux États-Unis dans une version remontée et truffée de nouvelles scènes tournées à la va-vite avec l’acteur Raymond Burr. Indifférent à cette exploitation blasphématoire, le kaijū eiga

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continue de croître en popularité dans l’archipel japonais. Petit à petit, l’aspect merveilleux prend l’ascendant sur le caractère cathartique du film, notamment avec l’un des chefs-d’œuvre du genre, Mothra contre Godzilla. Godzilla devient même le héros des enfants avec Ghidrah, le monstre à trois têtes, une infantilisation qui manque de lui coûter sa carrière : le genre, surexploité et souvent plagié, s’appauvrit, et Godzilla finit par tirer sa révérence en 1975 avec Les Monstres du continent perdu. Mais il en fallait plus pour tuer la star, dont l’œuvre connaît deux nouvelles résurgences. Une première débute en 1984 avec Le Retour de Godzilla et se conclut en 1995 avec l’élégiaque Godzilla vs. Destroyah : blockbusters réjouissants, ces films restent plombés par leur grand respect de la lourde tradition de la saga. Après une première adaptation américaine de sinistre mémoire, Godzilla revient en 1999 sur les grands écrans japonais avec Godzilla 2000, suivi par cinq autres films qui seront autant d’occasions pour une nouvelle génération de cinéastes (Shūsuke Kaneko, Ryūhei Kitamura, Shinji Higuchi) de moderniser le personnage. Mais le public ne répond plus présent, et Godzilla est laissé pour mort en 2004, après le piètre Godzilla: Final Wars. Heureusement, il n’aura pas fallu plus de huit ans pour que ce phénix renaisse des cendres des traumas contemporains : dans le sillage des ravages commis par le Godzilla de Gareth Edwards, les producteurs japonais espèrent déjà pouvoir lancer quantité de géants assoiffés de destruction.

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les F I L M S du 7 mai au 4 juin L’Armée du salut Pour son premier long métrage, l’écrivain Abdellah Taïa livre une adaptation de son roman autobiographique du même nom publié aux éditions du Seuil en 2006. Un regard à la fois tranchant et nostalgique sur son Maroc natal.

© les films de pierre

PAR QUENTIN GROSSET

A

bdellah Taïa est l’une des rares personnalités publiques marocaines à avoir publiquement déclaré son homosexualité dans un royaume où les gays sont tenus à la discrétion – l’homosexualité y est un délit passible de trois ans de prison. Autant dire que la sélection de L’Armée du salut au festival de Tanger, en février dernier, est une victoire quand on sait que le tournage a été précédé par des manifestations contre les livres de l’écrivain organisées par les étudiants islamistes de l’université d’El-Jadida, ville côtière située à une centaine de kilomètres de Casablanca. L’Armée du salut se penche, pour la première partie, sur l’éveil sexuel d’Abdellah, sa fascination

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pour son frère aîné et ses relations complexes avec sa famille démunie à Casablanca. La seconde partie se concentre sur son départ du Maroc pour Genève où il arrive en clandestin, sans un sou, et finit par être pris en charge par l’Armée du salut. « Abdellah n’est pas dans le désir de partir du Maroc. Il biaise, il fait le malin, il transgresse. Mais cette transgression passe forcément par un départ plus ou moins définitif », précise le réalisateur, dont le rapport au pays natal apparaît ambivalent. Dans le film, l’attachement du héros au Maroc se manifeste par une chanson de l’acteur égyptien Abdel Halim Hafez dans le film Ayyam Wa Layali qu’Abdellah regarde à la télévision avec sa famille et qui le bouleverse lorsqu’il la réentend dix

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THE HOMESMAN

L’ÎLE DE GIOVANNI

Mizuho Nishikubo parvient simultanément à émouvoir et indigner p. 74

TRISTESSE CLUB

Vincent Mariette passe au long métrage avec un « road movie à l’arrêt » p. 82

© les films de pierre

Deuxième sélection en compétition à Cannes pour Tommy Lee Jones p. 72

ans après à Genève. « Je suis obsédé par les chansons populaires. Même quand elles sont mauvaises, elles portent quelque chose de nous. Elles peuvent dire le temps qui est passé et la tristesse qu’il y a en nous », explique Taïa. Cette chanson parle d’une fratrie et fait écho au culte du héros pour Slimane, son frère aîné. Dans une séquence clé du film, Abdellah et Slimane lisent à la plage, le premier en arabe, le second en français. Abdellah ne comprend pas pourquoi Slimane préfère « la langue des riches ». « Le français arrive au moment où va s’opérer une trahison, je ne voulais pas en faire une langue qui sauve. Abdellah va l’utiliser pour s’inscrire loin du corps silencieux et sensuel du frère. » Tout au long du film, la violence apparaît souterraine, diluée dans le quotidien. Les non-dits pèsent dans chaque plan que Taïa aime à faire durer pour envenimer l’ambiance. Le réalisateur suit son héros avec beaucoup de pudeur, une certaine distance qui lui permet de dresser un constat rigide sur une réalité de son pays. « Dès qu’on pense au Maroc, des images préfabriquées s’imposent, que ce soit à cause des publicités marocaines ou bien de la vision orientaliste

« Vous savez, le Maroc est un fantasme qui satisfait plein de gens… » de l’Occident vis-à-vis du pays. J’ai voulu éviter cela en filmant des lieux intimes, baignés d’une lumière chaude et sombre. Vous savez, le Maroc est un fantasme qui satisfait plein de gens… » L’amant suisse du héros en fait les frais, puisqu’Abdellah le manipule pour partir à Genève. Dès lors, le jeune homme devient plus dur, comme brisé par l’intolérance qu’il a jusqu’ici subie. Sans domicile, il rencontre un vieil homme qui lui offre une cigarette. « Je connais bien le Maroc, vous ne ressemblez pas à un Marocain », lui dit celui-ci. Entre affranchissement et dépendance vis-à-vis de son pays, Abdellah préfère répondre par un sourire poli. d’Abdellah Taïa avec Saïd Mrini, Karim Ait M’hand… Distribution : Rezo Films Durée : 1h24 Sortie : 7 mai

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le s fi lm s

Le Promeneur d’oiseau PAR Timé Zoppé

Avec ce nouveau film, Philippe Muyl, le réalisateur du Papillon (2002), revient à une configuration narrative similaire : un voyage dans la nature qui permet à un vieil homme de nouer un lien de transmission avec une fillette. Cette fois, il place son cadre en Chine et s’intéresse à la famille de Zhigen, un paysan retraité, amoureux des oiseaux, qui emmène sa petite-fille à la campagne pour la première fois. Muyl filme avec émotion la confrontation des générations qui vivent à des rythmes opposés.

d. r.

Par Laura Tuillier

Ce drame chez les bourgeois est transcendé par l’humour avec lequel est dépeinte la complexité des relations parents/enfant – Hiam Abbass est à mourir de rire en mère bigote et psychorigide.

Un père enquête sur le décès de son fils, adolescent brutal qui menait un petit groupe de lycéens chahuteurs. Pour son premier film, le Sud-Coréen Yoon Sunghyun choisit une narration éclatée qui multiplie les flash-back et les changements de point de vue. Le réalisateur abandonne ainsi la piste de l’enquête paternelle pour se concentrer sur le quotidien d’une bande de garçons en train de mal tourner, chez qui le persécuté n’est jamais celui que l’on croit.

de Cherien Dabis avec Cherien Dabis, Hiam Abbass… Distribution : Memento Films Durée: 1h39 Sortie le 7 mai

de Yoon Sung-hyun avec Lee Je-hoon, Park Jung-min… Distribution : Dissidenz Films Durée : 1h57 Sortie le 7 mai

de Philippe Muyl avec Li Bao Tian, Yang Xin Yi… Distribution : UGC Durée : 1h40 Sortie le 7 mai

May in the Summer May vit à New York avec son fiancé de confession musulmane. Quand elle rentre en Jordanie pour son mariage, sa famille chrétienne lui assure qu’elle « rôtira en enfer ». Chez la réalisatrice Cherien Dabis, comme chez Woody Allen, on joue au tennis pour se séduire, on boit du vin avec classe et on s’engueule.

La Frappe

D’une vie à l’autre

Par Marion Pacouil

PAR T. Z.

© sddistribution

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les enfants nés de mère norvégienne et de père allemand étaient placés dans des orphelinats aryens en Allemagne. L’une d’entre eux, Katrine, avait réussi à s’enfuir et à retrouver sa mère (Liv Ullmann). Mais après la chute du mur de Berlin en 1989, quand les zones d’ombre entourant la RDA commencent à s’éclaircir, Katrine refuse de témoigner au procès de l’affaire. L’Allemand Georg Maas dévoile un pan méconnu de l’histoire en faisant le choix d’une mise en scène sobre et classique. de Georg Maas avec Juliane Köhler, Liv Ullmann… Distribution : Sophie Dulac Durée : 1h37 Sortie le 7 mai

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© tessalit-pathé photographer, gregory smith

le s fi lm s

La Voie de l’ennemi Après le téléfilm Just Like a Woman en 2012, Rachid Bouchareb (Indigènes) poursuit son autoproclamée « trilogie américaine » avec un film policier sociologique et philosophique qui tient sur l’attente du faux pas. PAR TIMÉ ZOPPÉ

Dans le désert, un homme saisit une pierre et l’abat sur le crâne d’un autre. Ce pourrait bien être le premier meurtre de l’humanité si les habits ne trahissaient un contexte plus moderne. Il s’agit tout de même bien d’une première fois, puisque Garnett (Forest Whitaker), membre d’un gang, commet ici son premier homicide. Sous le caillou, l’adjoint du shérif d’une petite ville à la frontière sud du Nouveau-Mexique. Garnett écope de dix-huit ans de prison ferme durant lesquels il change de voie : il passe son bac et se convertit à l’islam. Une fois en liberté conditionnelle, il n’aspire qu’à mener une vie tranquille. Mais peut-on changer aussi radicalement de comportement ? Pour incarner les opinions opposées, Bouchareb installe deux personnages passionnants. Emily Smith (Brenda Blethyn), l’agent de probation de Garnett, est une petite femme solitaire au

> ARTHUR NEWMAN

Blasé, Wallace Avery (Colin Firth) change de vie sur un coup de tête. Il devient Arthur Newman et tente de se faire passer pour un golfeur pro. Il rencontre une autre usurpatrice d’identité (Emily Blunt)… Un premier film acidulé à la bande-son mélancolique. T. Z. de Dante Ariola (1h41) Distribution : Mars Sortie le 7 mai

passé inconnu. Elle pourrait bien être la femme-flic de Fargo des frères Coen avec quelques années de plus, tant leur caractère est semblable : une grande fermeté alliée à un véritable souci de l’autre et à une confiance invétérée en la capacité de ses semblables à progresser. Face à elle, le shérif Agati (Harvey Keitel), jamais remis du meurtre de son adjoint. Loin d’être un redneck borné, il tente de faire coexister son ressentiment contre Garnett, son patriotisme et sa profonde humanité. Les trois personnages se toisent, se jaugent, se provoquent parfois. Un habile western psychologique se dessine, jusqu’à un final qui laisse pourtant perplexe. de Rachid Bouchareb avec Forest Whitaker, Harvey Keitel… Distribution : Pathé Durée : 1h58 Sortie le 7 mai

> LIBRE ET ASSOUPI

À presque 30 ans, tout pousse Sébastien (l’humoriste Baptiste Lecaplain, vu dans la série Bref) à débuter sa vie active. Mais lui préfère ne rien faire… Pour son premier long métrage, Benjamin Guedj chronique avec humour et légèreté un mode de vie décalé. T. Z. de Benjamin Guedj (1h33) Distribution : Gaumont Sortie le 7 mai

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> DE GUERRE LASSE

Revenu à Marseille après quatre ans dans la Légion, Alex (Jalil Lespert) cherche à échapper à des voyous corses. Son père (Tchéky Karyo), ex-caïd, ne peut plus le protéger… Un drame nerveux, où toutes les familles, celles de sang et mafia, s’imbriquent. T. Z. d’Olivier Panchot (1h34) Distribution : SND Sortie le 7 mai


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le s fi lm s

Charlie Countryman PAR T. Z.

L’A mér icai n Cha rlie (Sh ia LaBeouf) vient de perdre sa mère. Sans le moindre plan, il décide de partir pour Bucarest, où il rencontre une violoncelliste au passé trouble (Evan Rachel Wood) qui vient, elle, de perdre son père. Tombé instantanément fou amoureux d’elle, il plonge dans les recoins les plus sombres de la capitale roumaine pour tenter de la séduire. Thriller survolté aux accents de romance pour ados, Charlie Countryman se construit sur une esthétique de clips ancrée dans l’air du temps. de Fredrik Bond avec Shia LaBeouf, Evan Rachel Wood… Distribution : DistriB Films Durée : 1h48 Sortie le 14 mai

Il a plu sur le grand paysage

Grace de Monaco PAR T. Z.

PAR LAURA TUILLIER

Ce documentaire de JeanJacques Andrien prend la suite d’un film de fiction qu’il avait réalisé en 1981, Le Grand Paysage d’Alexis Droeven. Dans les deux œuvres, l’ancrage est le même : la ruralité et ses derniers soubresauts, lorsqu’il s’agit de transmettre – ou pas – l’héritage d’une terre et d’un métier à la génération suivante. Il a plu sur le grand paysage s’ouvre de manière frontale par les témoi­ gnages de paysans de l’est de la Belgique qui racontent leur parcours et leur façon d’envisager l’avenir – témoignages testamentaires qui font immédiatement monter l’émotion des paysans. Les larmes coulent brutalement et le film tisse alors une solidarité du chagrin entre ces vétérans

de l’agriculture qui se projettent dans un avenir dont ils seront absents et qui n’aura plus besoin d’eux. Cette succession de portraits, réalisés in situ dans les fermes, lieux de vie et de labeur, se trouve interrompue dans la deuxième moitié du film, peutêtre moins convaincante. À ce moment-là, le réalisateur lie les trajectoires individuelles aux actions collectives menées par les paysans pour préserver leur métier. Le film gagne en militantisme ce qu’il perd en potentiel de fiction. Mais c’est sûrement là l’ambition du dyptique de JeanJacques Andrien.

Sept ans après La Môme, qui retraçait la vie d’édith Piaf, Olivier Dahan s’attaque au biopic de Grace Kelly (Nicole Kidman), qui a connu la célébrité en tournant pour les grands cinéastes de l’époque classique (Hitchcock, Ford…), puis en tant que princesse de Monaco. Le film, projeté en ouverture de la compétition au Festival de Cannes, s’intéresse à un moment charnière de sa vie : en 1962, Hollywood la sollicite de nouveau alors que la France cherche à annexer Monaco.

de Jean-Jacques Andrien Documentaire Distribution : Shellac Durée : 1h40 Sortie le 14 mai

d’Olivier Dahan avec Nicole Kidman, Tim Roth… Distribution : Gaumont Durée : 1h43 Sortie le 14 mai

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Michael Haneke : Profession réalisateur Depuis ses débuts, Michael Haneke mène une réflexion dérangeante sur la violence et la souffrance. Yves Montmayeur tente le portrait périlleux d’un cinéaste qui a toujours refusé d’expliquer ses intentions d’auteur. PAR TIMÉ ZOPPÉ

C’est l’un des nombreux points sur lesquels il est intransigeant : en interview, le réalisateur autrichien ne donne aucune clé d’interprétation de ses films. Pour ouvrir son documentaire, Montmayeur expose ce principe en filmant le visage impassible de Haneke alors qu’il visionne une terrible séquence de son film Benny’s Video, sur laquelle il ne s’expliquera pas. La réussite du documentaire est de parvenir à transformer la contrainte initiale en parti pris. Plutôt que de décrypter les obsessions du cinéaste, Montmayeur s’attache à éclairer sa manière de travailler. Il montre ainsi son implication physique sur les tournages, sa direction d’acteurs et le soin extrême qu’il prend pour trouver le bon geste, le bon rythme de chaque plan. Le documentariste se sert d’un matériau qu’il connaît bien, puisqu’il a réalisé presque tous les making of des films de Haneke depuis Code inconnu. Le

> Cristeros

En 1926, le gouvernement mexicain postrévolutionnaire renforce les lois anticléricales. Une lutte sanglante s’organise pour la liberté de religion. Mi-western, mi-fresque historique, ce film au casting alléchant (Andy García, Eva Longoria) exhume un pan de mémoire méconnu du Mexique. MA. P. de Dean Wright (2h23) Distribution : Saje Sortie le 14 mai

montage est plus malin qu’il n’y paraît : il s’ouvre et se ferme par le dernier film en date du cinéaste, Amour, et remonte au milieu le fil de sa filmographie (Le Ruban blanc, Caché, Le Temps du loup…). Il adopte ainsi l’un des postulats de Haneke : rechercher les origines de son sujet. Une juste dose d’interviews de ses acteurs (Isabelle Huppert, Emmanuelle Riva, Susanne Lothar…) achève de donner un autre relief, riche et ambivalent, à celui qui est parfois perçu comme tyrannique sur ses plateaux. L’impression revient toutefois lorsque Haneke reprend, sur le ton de la blague, une citation de Lénine : « La confiance, c’est bien ; le contrôle, c’est encore mieux. » d’Yves Montmayeur Documentaire Distribution : KMBO Durée : 1h32 Sortie le 14 mai

> Gaudí, Le mystère de la Sagrada Familia

Depuis cent trente ans, toute une ruche s’active autour du projet herculéen de la Sagrada Familia. À partir du portrait de son architecte, Antoni Gaudí, Stefan Haupt entreprend un voyage quasi mystique au cœur d’un édifice nimbé de secrets et de controverses. MA. P. de Stefan Haupt (1h29) Distribution : Sophie Dulac Sortie le 14 mai

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> Ligne d’eau

Kuba, jeune homme à la vie rangée, s’entraîne intensivement pour devenir champion de natation. Quand il rencontre Michal, un autre athlète, il en tombe fou amoureux, malgré les réprimandes de ses proches. Une histoire de passion trouble en milieu aqueux. Q. G. de Tomasz Wasilewski (1h33) Distribution : Outplay Sortie le 14 mai


© dawn jones

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The Homesman Deuxième long métrage et deuxième sélection en compétition à Cannes pour Tommy Lee Jones. Après Trois enterrements (Prix du scénario et Prix d’interprétation masculine en 2005), il poursuit sa relecture moderne du western en prenant à revers le mythe de la conquête de l’Ouest. PAR JULIETTE REITZER

Au milieu des années 1850, alors que les pionniers continuent à affluer vers l’Ouest pour y tenter leur chance, nombreux sont ceux qui font le chemin inverse. Déçus, ruinés, incapables de s’adapter à l’hostilité du climat et à la dureté de la vie quotidienne, ils regagnent leurs pénates. Parmi eux, beaucoup de femmes, rendues folles par l’isolement, les époux violents, les attaques indiennes, les enfants décimés par la maladie. Devenues dangereuses pour elles-mêmes et pour leurs proches, elles sont exfiltrées discrètement – il ne faut pas dégoûter les futurs migrants –, accompagnées par un « homesman », chargé de les conduire à bon port. Tommy Lee Jones adapte ici le roman du même nom de Glendon Swarthout, qui suit le trajet de trois de ces femmes et des deux individus qui les remmènent à l’Est : Mary Bee (Hilary Swank), une pionnière autoritaire et vieille fille, et Georges (Tommy Lee Jones), un vagabond irresponsable et bourru. Dans Trois Enterrements, déjà, Tommy Lee Jones choisissait un convoi lancé sur la route d’un triste retour comme prétexte à une réflexion sur le sort de migrants broyés par leur rêve : le rapatriement du cadavre d’un travailleur clandestin du Texas à son Mexique natal. Son nouveau film,

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plus classique, suit le même cheminement, mais renonce à l’ancrage contemporain : l’intrigue de The Homesman se déroule en 1856, on y voit des Indiens, inquiétants mais acculés, des duels au couteau dans le soleil rasant et les paysages sublimes de l’Ouest sauvage – un territoire largement balisé par le western classique hollywoodien, et bien maîtrisé par le cinéaste. Assez vite, le vrai sujet du film affleure. Ce n’est pas le sort des trois pionnières ayant perdu la raison – malgré quelques flash-back sur leur vie, elles restent muettes et entravées pendant tout le trajet, personnages sans grande consistance. Ce n’est pas non plus Mary Bee – le film s’ouvre sur sa tentative désespérée de convaincre un fermier du coin de l’épouser, et la maintiendra jusqu’au bout dans ce carcan étroit. Ce qui intéresse Tommy Lee Jones, c’est le parcours initiatique de Georges, clairement désigné comme le vrai héros du film dès sa première apparition, en bouffon hirsute à fort potentiel tragi-­ comique. Au bout du voyage, lui seul peut espérer trouver la rédemption, au prix de lourds sacrifices.  de Tommy Lee Jones avec Tommy Lee Jones, Hilary Swank… Distribution : EuropaCorp Durée : 2h02 Sortie le 18 mai

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L’Île de Giovanni Par Julien Dupuy

La tentation de comparer L’Île de Giovanni au Tombeau des lucioles d’Isao Takahata est grande : même contexte historique (la fin de la Seconde Guerre mondiale), même catégorie de personnages (un duo d’enfants issus d’une fratrie), même regard à la fois impitoyable et débordant de compassion sur les victimes collatérales de la guerre. Mais la comparaison s’arrête là : tandis que Takahata narrait un conte édifiant mais désespérant sur la mort de l’innocence, Mizuho Nishikubo (directeur de l’animation sur tous les films de Mamoru Oshii) signe une œuvre éprouvante, certes, mais surtout très optimiste sur la faculté des

São Paulo Blues Par L. T.

petites gens de transcender les conflits des nations pour nouer des liens extrêmement forts, allant d’une indéfectible amitié à un amour d’une pureté virginale. Nishikubo fait ainsi preuve d’empathie pour tous ses personnages, qu’ils soient des soldats aux ordres du régime totalitaire russe, des profiteurs du marché noir ou des sacrifiés d’une situation révoltante. Manifestement plus motivé par son désir de réconciliation que par une volonté de dénonciation, Nishikubo parvient ainsi simultanément à émouvoir et indigner.

Premier long métrage du réalisateur brésilien, São Paulo Blues s’ancre dans la mégapole pour suivre trois personnages au quotidien minimaliste : Luca, un tatoueur qui vit chez sa grandmère, Luiz un dealer à la petite semaine et Luara, sa copine. Tourné dans un noir et blanc languide et inquiétant qui lorgne du côté des premiers Jarmusch, le film propose une belle tentative de narration déphasée, même si celle-ci s’accomplit parfois aux dépens d’une réelle présence de ses protagonistes.

de Mizuho Nishikubo Animation Distribution : Eurozoom Durée : 1h42 Sortie le 28 mai

de Francisco García avec Acauã Sol, Pedro di Pietro… Distribution : Contre-Allée Durée : 1h35 Sortie le 21 mai

Je te survivrai PAR T. Z.

Joe est un agent immobilier à qui tout semble réussir : bien dans son job, adulé par ses collègues, il vit dans une superbe maison avec un immense terrain dont il envisage de faire un golf. Mais sa vieille voisine solitaire et acariâ­ tre ne se laisse pas déloger si facilement. Lorsqu’il se retrouve coincé au fond de son puits, Joe n’a pourtant qu’elle pour l’aider à s’en extraire. Fort d’une belle brochette de seconds rôles bien déjantés, le film s’inscrit dans un humour belge que l’on aurait aimé encore plus mordant. de Sylvestre Sbille avec Jonathan Zaccaï, Ben Riga… Distribution : Mars Durée : 1h31 Sortie le 28 mai

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Ton absence PAR TIMÉ ZOPPÉ

Daniele Luchetti (Mon frère est fils unique) ressuscite la comédie à l’italienne des années 1970 en décryptant la vie d’une famille romaine en proie aux bouleversements artistiques et sociaux de cette décennie. Il s’intéresse tour à tour à Guido, le père, artiste et coureur de jupons, qui veut faire partie de l’avantgarde contemporaine ; à ses deux jeunes fils, embarqués dans les aventures de leurs parents, et un peu trop témoins de leurs frasques sexuelles ; et à Serena, la mère, stéréo­type de l’Italienne plantureuse qui ne vit que pour sa famille. Le plus grand des fils, une fois devenu adulte, raconte en voix off l’amour fou mais bancal que se portaient ses parents. Il tente surtout de retranscrire, à travers la cellule familiale, l’atmosphère

de libération sexuelle qui a parcouru ces années. Une image envoûtante résume le dépassement progressif des carcans du patriarcat : après une énième dispute avec Guido, Serena est raccompagnée par Helke, l’agent de celui-ci. Quand Helke lui fait remarquer qu’elle n’a pas de désirs propres, Serena ouvre la portière

de la voiture en marche, en sort et avance tranquillement vers l’hori­ zon, alors que le paysage continue de défiler. Elle entrevoit enfin ses propres possibilités.  de Daniele Luchetti avec Kim Rossi Stuart, Micaela Ramazzotti… Distribution : Bellissima Films Durée : 1h46 Sortie le 28 mai

Caricaturistes :

Fantassins de la démocratie PAR CLAUDE GARCIA

Sélectionné en Séances spéciales cette année au Festival de Cannes, le documentaire Caricaturistes : Fantassins de la démocratie est avant tout l’exploration d’un métier, celui de dessinateur de presse. Produit par Radu Mihaileanu (La Source des femmes), le film tournoie

autour de la figure quasi historique, dans l’Hexagone, de Plantu, caricaturiste pour Le Monde depuis quarante ans. Si, en France, la liberté d’expression est considérée comme acquise, et Plantu, libre de se montrer impertinent avec le pouvoir en place, le tour du globe effectué par le film dévoile

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des situations contrastées. En Tunisie, en Russie, en Chine ou au Venezuela, en suivant des dessinateurs dans leur travail et leur combat quotidiens, la réalisatrice Stéphanie Valloatto dresse un état des lieux de la liberté de la presse au quatre coins de la planète. Caricaturistes… est également l’occasion de comprendre comment les dessinateurs de presse transmettent, par le biais de la satire, du jeu de mots visuel et de toute une palette de procédés, des messages politiques aux citoyens. Sous l’œil toujours amusé de Plantu et de ses souris malicieuses, le film prend ainsi le pouls d’un métier à la croisée de la politique et de l’art.  de Stéphanie Valloatto Documentaire Distribution : EuropaCorp Durée : 1h46 Sortie le 28 mai


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Ugly Présenté l’année dernière à la Quinzaine des réalisateurs, Ugly confirme Anurag Kashyap – déjà remarqué en 2012 avec Gangs of Wasseypur – comme l’un des cinéastes les plus réjouissants de sa génération. PAR LAURA TUILLIER

Après le film de mafieux Gangs of Wasseypur, le réalisateur indien Anurag Kashyap change de genre et de territoire. Dans la grouillante Bombay, filmée comme un labyrinthe sans sortie, une petite fille disparaît, vraisemblablement victime d’un enlèvement. Le polar, genre bien balisé dans lequel le film s’engouffre tête baissée, sera l’objet d’un dynamitage en règle, jouissif, bouffon, violent et absurde. Dès le début du film, le ton est donné : il sera libre et ne respectera rien, se moquant autant de ses personnages que d’une quelconque efficacité narrative. Il faut voir cette scène au cours de laquelle le père de la fillette se retrouve à expliquer à un responsable de la police comment utiliser un portable ; scène hilarante que le réalisateur veut longue et outrancière et qui retarde une enquête dont la résolution n’est qu’un détail, collecté entre autres babioles scénaristiques

> MALÉFIQUE

Prequel de La Belle au bois dormant, Maléfique nous emporte vers des terres sombres et peu fréquentées du conte de fée. Robert Stromberg propose une généalogie de la vengeance et formule cette question cruciale : pourquoi les méchants sont-ils méchants ? MA. P. de Robert Stromberg (2h15) Distribution : Walt Disney Sortie le 28 mai

traitées avec la même désinvolture. Si Ugly prend dès le départ un train d’enfer, il fait paradoxalement du surplace : police incompétente, héros débile, traîtres à la petite semaine, tout Bombay semble baigner dans les mêmes eaux glauques et surfer sur la vague d’une corruption généralisée avec une légèreté oublieuse. Tout le film se construit donc selon un rythme proprement fou, multipliant les points de vue et les sous-intrigues qui éloignent en permanence la résolution d’une disparition traitée comme un pur MacGuffin. Sans loi, sans morale, le film engloutit tout sur son passage, galvanisé par le frisson permanent de la fiction déchaînée. d’Anurag Kashyap avec Ronit Roy, Tejaswini Kolhapure… Distribution : Happiness Durée : 2h06 Sortie le 28 mai

> LE VIEUX QUI NE VOULAIT PAS FÊTER SON ANNIVERSAIRE

Librement inspiré du best-seller suédois du même nom, ce film suit la cavale loufoque d’un centenaire évadé de sa maison de retraite. Un film qui prêche l’idée libératrice que le grand âge n’est pas antinomique de l’aventure. MA. P. de Felix Herngren (1h54) Distribution : StudioCanal sortie le 28 mai

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> CIRCLES

En 1993, en pleine guerre de Bosnie, Marko sauve un vendeur de cigarettes des coups de trois soldats. Une dizaine d’années plus tard, tous ceux qui ont côtoyé Marko se trouvent face à des choix moraux qui les replongent au cœur du conflit. L. T. de Srdan Golubovi (1h52) Distribution : Zootrope Films sortie le 28 mai


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> LA LISTE DE MES ENVIES

Les Drôles de Poissons-Chats

Un couscoussier, une lampe et un nouveau manteau. Jocelyne gagne 18 millions d’euros à la loterie et voilà tout ce qu’elle désire. Elle l’aime, sa vie, alors pourquoi en changerait-elle ? Mathilde Seigner et Marc Lavoine sont réunis dans ce film qui oscille entre comédie et romance. MA. P. de Didier Le Pêcheur (1h38) Distribution : Pathé Sortie le 28 mai

Une jeune femme lunaire est adoptée par une famille au bord du marasme… Une première autofiction sur la corde sensible de la Mexicaine Claudia Sainte-Luce, épaulée par la chef opératrice de Claire Denis, Agnès Godard. PAR CLÉMENTINE GALLOT

Fraîchement délestée d’un appendice enflammé, Claudia (Ximena Ayala) rencontre à l’hôpital une patiente atteinte du sida, Martha (la star mexicaine Lisa Owen) et finit, de fil en aiguille, par prendre le relais auprès des quatre enfants de cette dernière. Ce récit initiatique renoue avec le motif de la fratrie livrée à elle-même, une constante du cinéma latino-amér icain, comme en 2011 dans Trois sœurs de la Suisso-Argentine Milagros Mumenthaler. Cette fille seule qui vivote, c’est très exactement l’histoire de Claudia Sainte-Luce, cinéaste et scénariste de 31 ans qui n’envisage pas sa pratique autrement que sous un angle autobiographique. Figure que résume assez bien sa position d’outsider en marge du jeune cinéma mexicain. Élevée à Puebla, elle s’est dirigée in extremis vers des études de cinéma sur l’exemple d’une camarade de classe. « Pour moi, le cinéma était forcément le fruit d’une intervention

divine, pas un choix », s’étonnet-elle. Découragée par l’université de Guadalajara, elle quitte la fac sans diplôme ; et reçoit quelques années plus tard un coup de pouce pro­ videntiel d’Agnès Godard, grande directrice de la photographie. « Un jour, mon mari m’a demandé : “si tu pouvais faire appel à quelqu’un pour tourner ton premier film, idéalement, ce serait qui ?” Il fallait que ce soit une femme qui filme et j’aimais beaucoup son travail auprès de Claire Denis. Il l’a contactée par e-mail, dans mon dos, et nous nous sommes rencontrées. » Mené avec persévérance, le projet personnel (dont aucun producteur ne voulait) de cette jeune femme, assistante, puis serveuse et démonstratrice dans des supermarchés, tient au moins du petit miracle. de Claudia Sainte-Luce avec Ximena Ayala, Lisa Owen… Distribution : Pyramide Durée : 1h29 Sortie le 28 mai

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> AMOUR SUR PLACE OU À EMPORTER

Adaptée d’une pièce de théâtre, cette comédie qui tire sur le vaudeville se joue des pires clichés racistes et sexistes. Amelle, d’origine algérienne, en a marre des garçons infidèles. Noom, d’origine malienne, ne cherche que « du uc et du uc ». Trouveront-ils un terrain d’entente ? MA. P. d’Amelle Chahbi (1h25) Distribution : Gaumont Sortie le 28 mai

> EDGE OF TOMORROW Des extraterrestres extrapuissants ont envahi la Terre et les humains livrent l’ultime bataille… Jolie distribution (Tom Cruise et Emily Blunt se partagent les rôles principaux) pour le nouveau film de Doug Liman (La Mémoire dans la peau, Mr. & Mrs. Smith). MA. P. de Doug Liman Distribution : Warner Bros. Sortie le 4 juin


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Tristesse club Après plusieurs courts métrages dont Les Lézards, Vincent Mariette passe au long avec un «road movie à l’arrêt». En suivant trois branques en quête d’un père disparu, il réalise une jolie comédie un peu inquiète. PAR QUENTIN GROSSET

Dans une imposante maison abandonnée au bord d’un lac, Léon, Chloé et Bruno fouillent chaque pièce en espérant trouver quelque indice du lieu où leur père se trouve. D’abord convoqués par la mystérieuse Chloé – qui prétend être leur demi-sœur – aux funérailles de celui-ci, Léon, un ancien tennisman en instance de divorce, et Bruno, un puceau qui a créé un site de rencontres, ont vite découvert que le paternel s’était peut-être simplement volatilisé. Sans grand entrain, les personnages vont se mettre à sa recherche et errer comme des chiens sans collier dans une zone dépeuplée. Si cette fratrie aux profils mal assortis goûte peu les moments passés ensemble, les acteurs (Laurent Lafitte, Ludivine Sagnier et Vincent Macaigne) semblent eux se réjouir d’être réunis à l’écran. Portant des imaginaires cinématographiques dépareillés, les trois comédiens composent bien avec la dimension lunaire charriée par les

films de Vincent Mariette. Avec un certain sens de l’absurde, le réalisateur aime à faire durer les plans, plutôt statiques, après la chute d’un gag, créant ainsi malaise ou tension – le temps d’une séquence de nuit qui tend vers l’onirisme, une Lolita armée d’un cutter drague Léon et fait dévier l’intrigue dans une autre direction. Vincent Mariette manie aussi les ruptures de ton avec une grande aisance, quand, par exemple, les deux frères, jusque-là un peu losers mais attachants, deviennent soudain presque dangereux. Le réalisateur affiche même un certain goût pour la déstabilisation du spectateur lorsque Chloé se montre un peu aguicheuse avec Bruno ou qu’un inconnu surgit au bord du lac…  de Vincent Mariette avec Laurent Lafitte, Ludivine Sagnier… Distribution : Haut et Court Durée : 1h30 Sortie le 4 juin

3 questions à vincent mariette PROPOS RECUEILLIS PAR q. g. Comment avez-vous pensé la première séquence, qui tranche avec le reste du film ?

Je voulais réaliser une sorte de road movie circulaire, donc il fallait d’abord faire accepter ce rythme au spectateur. Il fallait une ouverture plus punchy, afin que tout se délite ensuite, et pour entrer plus facilement dans le film. J’avais alors en tête ces deux plans avec Léon en train de mater une fille qui danse devant un alignement de bouteilles.

Le film ne cesse de sortir de son cadre réaliste…

Dans les premières versions du scénario, il y avait un ancrage plus fantastique. Je justifiais le fait que le décor soit dépeuplé par la tempête de l’an 2000, qui aurait fait fuir les gens. Cette idée de circuit fermé jouait aussi vraiment, comme dans La Quatrième Dimension, série dans laquelle un personnage entre dans un tunnel, ressort, et revient au même endroit.

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Qu’est-ce qui vous a donné envie de réunir ces trois acteurs ?

Le trio a été pensé en termes d’équilibre. Quand je prends ces acteurs-là, je connais l’univers que chacun trimballe. Des gens étaient gênés que je choisisse Laurent Lafitte par exemple, mais moi je l’avais vu au théâtre et j’étais convaincu qu’il y avait en lui une contradiction avec le jeu de Macaigne qui allait fonctionner.


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Maïdan

PAR J. R.

> The Rover

Le cinéaste ukrainien Sergei Loznitsa, dont les deux premiers longs métrages de fiction ont été sélectionnés en compétition officielle à Cannes (My Joy en 2010 puis Dans la brume en 2012), revient cette année sur la Croisette pour présenter son nouveau film, un documentaire, en Séances

spéciales. De novembre à mars dernier, il a filmé les mouvements de contestation de la place Maïdan, à Kiev, jusqu’à la destitution du président Viktor Ianoukovitch. de Sergei Loznitsa Documentaire Distribution : ARP Sélection Durée : 2h07 Sortie le 23 mai

Swim Little Fish Swim

Lilas (Lola Bessis, également coréalisatrice), jeune vidéaste française qui cherche à échapper à l’emprise d’une mère artiste (Anne Consigny), voit son visa américain expirer. Elle s’octroie pourtant quelques jours à musarder dans les rues de New York et y fait la connaissance de Leeward, musicien barbu qui

Le réalisateur australien du remarqué Animal Kingdom (2011) réunit Robert Pattinson et Guy Pearce dans un road trip désenchanté, dix ans après l’effondrement de l’économie occidentale. Le film est présenté en Séances spéciales au Festival de Cannes. J. R. de David Michôd (1h40) Distribution : Metropolitan FilmExport Sortie le 4 juin

Par L. T.

Ouvreur de coffres coffré pendant douze ans, Dom Hemingway (Jude Law, cul nul et grossi) n’a pas cafté, et son patron lui offre une juste récompense à sa sortie, cagnotte vite perdue… Un film d’arnaque à l’anglaise, classique, avec un soupçon de chronique sociale. É. R. de Richard Shepard (1h34) Distribution : 20th Century Fox Sortie le 4 juin

joue sur des instruments faits à partir des jouets de sa fille. Tous deux déphasés, ils hésitent entre romance et camaraderie… Un premier film en forme de sucrerie indé, gentiment vintage.   de Ruben Amar et Lola Bessis avec Lola Bessis, Dustin Guy Defa… Distribution : Jour2fête Durée : 1h35 Sortie le 4 juin

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> DOM HEMINGWAY

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> LA MANTE RELIGIEUSE

Jézabel (Mylène Jampanoï), une artiste, mène librement sa vie sexuelle. Elle rencontre un jeune prêtre qu’elle tente de séduire… Pour son premier long métrage, la réalisatrice Natalie Saracco, catholique fervente, ne cache pas ses ambitions prosélytes. T. Z. de Natalie Saracco (1h28) Distribution : Kanibal Films Sortie le 4 juin


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Sous les jupes des filles Par MA. P.

La femme du xxie siècle n’existe pas : tel est le constat d’Audrey Dana. La réalisatrice s’est prêtée au jeu des typologies féminines (et pas féministes) avec ce deuxième long métrage. On y croise Alice Taglioni en lesbienne briseuse de ménage, Laetitia Casta en nymphe naïve quoiqu’un peu cracra, ou encore Vanessa Paradis en carriériste esseulée… Une comédie légère et maîtrisée servie par un casting savoureux. d’Audrey Dana avec Isabelle Adjani, Géraldine Nakache… Distribution : Wild Bunch Durée : 1h58 Sortie le 4 juin

Les Sœurs Quispe

Je ne suis pas lui PAR T. Z.

PAR TIMÉ ZOPPÉ

En 1974, trois bergères vivent isolées sur l’Altiplano chilien. Elles sont sœurs et se remettent lentement de la perte de leur aînée. Subsistant de la manière la plus rudimentaire qui soit dans une grotte sans cesse battue par le vent, elles apprennent avec beaucoup de retard ce qui se passe au pied de la montagne. Le général Augusto Pinochet, au pouvoir depuis peu, vient de promulguer une « loi antiérosion » qui force les bergers à vendre leur troupeau pour ne plus que les bêtes paissent sur ces terres. Il s’agit officiellement d’éviter la fragilisation des sols, mais le dictateur y trouve surtout un moyen de contrôler les peuples nomades… Les sœurs Quispe ont réellement existé. Leur destin

tragique a marqué la mémoire chilienne. Pour son premier long métrage, Sebastián Sepúlveda filme des paysages magnifiques mais inhospitaliers, aussi rudes que les visages des trois femmes. Inadaptées au monde, la rareté de leurs rencontres avec les visiteurs confère une intensité bouleversante à chaque interaction humaine. La plus jeune des sœurs, grande enfant innocente d’une quarantaine d’années, pleine de doutes et de désirs, apparaît comme l’unique porte d’entrée du spectateur dans ce monde autarcique où le plus dur est de ne pas oublier sa propre humanité.

Célibataire, Nihat vit dans la torpeur de son existence monotone. Une collègue l’invite à manger chez elle, profitant du fait que son mari purge une longue peine de prison. Alors que Nihat prend conscience de son incroyable ressemblance physique avec ledit mari, sa collègue fait tout pour que s’opère l’amalgame, jusqu’à ce que Nihat lui-même s’y perde. De troublants glissements d’identités s’opèrent, comme le symbole d’un certain malaise social.

de Sebastián Sepúlveda avec Dina Quispe, Catalina Saavedra… Distribution : Nour Films Durée : 1h20 Sortie le 4 juin

de Tayfun Pirselimo lu avec Ercan Kesal, Maryam Zaree… Distribution : Arizona Films Durée : 2h05 Sortie le 4 juin

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Les Voiliers du Luxembourg de Nicolas Engel

Trois films chantés de Nicolas Engel Avec Les Voiliers du Luxembourg, La Copie de Coralie et Les Pseudonymes, Nicolas Engel signe une trilogie de courts métrages nostalgiques et attachants qui explorent, chacun à leur manière, le genre de la comédie musicale. Par Quentin Grosset

Quand il était étudiant, Nicolas Engel avait décroché un job d’appoint sympathique. Il louait les bateaux à voiles que les enfants font voguer sur le bassin du jardin du Luxembourg. C’est ici qu’est née, de façon spontanée, l’idée de réaliser un film sur cet endroit inaltérable. « Pierre Gascoin, qui a écrit la musique, vivait dans une chambre de bonne avec vue sur le parc. Tout a été pensé ici », commente le réalisateur des Voiliers du Luxembourg (2005). Construit comme un hommage presque fétichiste à l’univers de Jacques Demy, le film en rejoue pourtant les chassés-croisés sentimentaux sur un mode sincère et infiniment touchant. C’est peut-être grâce au regard amoureux que porte Engel sur ce lieu de jeunesse qu’il évite la simple pose cinéphile. « J’arrivais à Paris et, même si je m’en suis lassé, j’étais fasciné par le Quartier latin. En flânant entre la librairie Boulinier et un atelier de reprographie, j’ai imaginé deux autres histoires qui se seraient déroulées dans le coin. » Elles seront finalement délocalisées, à Angoulême pour La Copie de Coralie (2008), et au Havre pour Les Pseudonymes (2011). Toujours

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avec la comédienne Juliette Laurent, ces deux courts prennent des directions différentes. Le premier, dans lequel Jeanne Cherhal disperse des pochoirs à l’effigie d’une femme pour retrouver l’amour perdu de son chef, est tourné en son direct, quand Les Voiliers du Luxembourg était postsynchronisé. « Dans les comédies musicales, j’aime beaucoup ce moment où l’on sent qu’un personnage va se mettre à chanter. Le film s’articule autour de cet entre-deux. » Mélodie étrange que celle-ci, rythmée par des voix flottantes et les sons de photocopieuses. Le second, Les Pseudonymes, confronte une réalité sociale à l’univers fantasmé de son héros, un auteur lunaire qui glisse ses livres signés d’un nom d’emprunt dans une librairie. Le film est tout à la fois le plus rugueux et le plus ambitieux du cinéaste, qui écrit actuellement un premier long métrage qui se déroulerait en Ukraine. Trois films chantés de Nicolas Engel avec Juliette Laurent, Jeanne Cherhal… Édition : Chalet Pointu Durées :23min/ 22min / 30min Disponible

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LES SORTIES DVD

> COFFRET OZU

> VELVET GOLDMINE

Carlotta réédite les films majeurs de la période en noir et blanc de l’un des maîtres du cinéma japonais. Cinéaste de la constance, Yasujirō Ozu s’est évertué avec succès à étudier les subtiles évolutions de la société japonaise à travers des histoires en apparence anecdotiques. Il prouve que les grands bouleversements sont souterrains, comme dans Voyage à Tokyo, qui fait sentir le délitement des liens familiaux engendré par le rythme des grandes villes, alors que tous les personnages s’échangent sourires et politesses. T. Z.

En 1984, à New York, le journaliste Arthur Stuart (Christian Bale) enquête sur Brian Slade (Jonathan Rhys Meyers), une star du glam rock disparue de façon inexplicable quelques années auparavant… Inspiré par le parcours de David Bowie, le réalisateur emblématique du New Queer Cinema, Todd Haynes, trouvait là une figure assez iconique pour analyser la condition de fan et les fantasmes autour du star-system. Il y restituait toute une époque avec, certes, une certaine nostalgie, mais non sans amertume. Q. G.

En 14 films et 1 documentaire (Carlotta)

> SUZANNE

de Katell Quillévéré (TF1)

Après Un poison violent en 2010, Katell Quillévéré pare son deuxième long métrage d’un halo plus mélodramatique qui lui sied à ravir. Sara Forestier incarne une fille mère qui s’entiche d’un malfrat. Sa sœur (Adèle Haenel, César du meilleur second rôle féminin amplement mérité) et leur père (François Damiens) essuient les plâtres de ses choix radicaux. L’émotion naît d’une construction narrative risquée qui fait l’ellipse sur les événements déterminants pour privilégier leur onde de choc. T. Z.

de Todd Haynes (Carlotta)

> COFFRET BERTRAND BONELLO : GENÈSE

(Orange Studio)

Ce coffret réunit les trois premiers films de Bertrand Bonello. Il est surtout intéressant de découvrir Quelque chose d’organique (1999), son premier long métrage, jusqu’alors inédit en DVD. Bonello y met en scène Romane Bohringer et Laurent Lucas en couple désaxé, perdu dans un Canada d’ombres et de neige. Le comédien, que Bonello retrouvera dans Tiresia (2003, également dans le coffret, avec Le Pornographe), y excelle. L. T.

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cultures MUSIQUE

LIVRES / BD

SÉRIES

SPECTACLES

Kelis SOUL

On croyait Kelis perdue au royaume de l’eurodance, des coiffures kitsch et de David Guetta. La diva R’n’B revient par la petite porte indé, sur le label electro Ninja Tune, avec un album de soul produit par Dave Sitek, la tête pensante du groupe de Brooklyn TV On The Radio. Plus imprévisible que jamais. PAR ÉRIC VERNAY

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© estevan oriol

Je suis si contente de te rendre les clés », lance Kelis à son amour perdu sur Rumble, le deuxième single extrait de son nouvel album Food. Ceux qui suivent la rubrique people du hip-hop pensent forcément un peu à son récent divorce avec Nas, en 2010. Le rappeur new-yorkais, qui est aussi le père de son enfant, avait d’ailleurs rendu hommage à son ancienne compagne sur la pochette de son dernier album, Life Is Good. Sur ses genoux gisait en effet, tel un douloureux fantôme, la robe de mariée verte de son ex-épouse Kelis. Pas facile d’oublier la diva, semble-t-il. Les fans de la première heure, dont nous sommes, sont également passés par des phases compliquées avec la chanteuse. Ses deux derniers albums Kelis Was Here (2006) et Fleshtone (2010), respectivement médiocre et pénible, en font partie. Car voir l’indomptable harpie R’n’B des années 2000 passer

XVIIIe XIXe

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FESTIVAL Villette Sonique du 2 au 8 juin au parc de la Villette p. 94

XIIIe

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THÉÂTRE Don Quichotte du Trocadéro du 21 au 30 mai au Théâtre national de Chaillot p. 100


MUSIQUE

LIVRES

Christine and the Queens sort son premier album, Chaleur Humaine p. 92 ARTS

Un road movie burlesque par l’auteur du western True Grit, Charles Portis p. 96 JEUX VIDÉO

des irrésistibles beats funky des Neptunes aux bulldozers eurodance vomis par David Guetta, ça fait mal au cœur – et aux oreilles, par la même occasion. «  Je suis si contente de te rendre les clés » pourrait aussi être un message adressé aux majors (SonyBMG a rompu son contrat en 2007) et à l’industrie du disque. Un milieu dans lequel la chanteuse s’est rarement fondue, si l’on excepte le succès de son album Tasty, en 2003, et de ses hits Milkshake et Trick Me. À 34 ans, Kelis fait aujourd’hui ce qu’elle a toujours fait : ce qui lui plait. La diva a donc signé chez les indés anglais de Ninja Tune. On aurait pu attendre d’elle un disque d’obédience électronique, comme sait si bien les concocter le label de Bonobo, Amon Tobin et Mr. Scruff ; d’autant que Kelis frayait avec des artistes tels que Skream et Calvin Harris avant d’enregistrer Food. Mais non, la miss y va de son disque soul à l’ancienne qu’elle fait produire par… Dave Sitek. Pas le choix le plus évident, tant le cerveau des TV On The Radio est associé au rock arty de Brooklyn type Yeah Yeah Yeahs ou Liars. Mais ça tombe bien, lui non plus n’est jamais là où on l’attend : il habite désormais à Los Angeles, à deux heures de route de chez Kelis. cordon-bleu

« Bosser avec Dave, c’est complétement différent d’avec les Neptunes, j’ai du mal à les comparer, confie Kelis. Leurs personnalités n’ont rien à voir. Ils sont juste hypertalentueux. Avec Dave, je voulais avant tout m’amuser, prendre du plaisir. Et c’est ce que j’ai fait ! » Un peu ermites sur les bords, les deux électrons libres se sont isolés en hauts de collines de L.A., dans le studio de Sitek, accompagnés d’une dizaine de musiciens et de bons petits plats. On savait l’auteure de Tasty gourmande. Mais le bien nommé Food va

JEU VIDÉO

Entre jeu de plates-formes et combats d’archers, TowerFall Ascension p. 104 FOOD

DESIGN

plus loin dans l’élan gastrono-musical, dégainant un à un les mets cuivrés façon menu soulful : en version française, les morceaux s’intitulent « petit-déjeuner », « travers de porc au barbecue » ou encore « petit pain à la sauce blanche ». « Ce n’est pas un concept album sur la nourriture, nuance la cordon-bleu dans un éclat de rire. C’est venu comme ça, en composant, en chantant. En 2008, j’ai suivi les cours d’une école de cuisine pendant un an et demi, sept heures par jour. Et maintenant j’ai aussi une émission télé dans laquelle je parle de mes spécialités culinaires. Le point commun avec la musique, c’est que j’essaie de rester créative. C’est aussi un moyen d’expression, un art. » De fait, l’album exhale un chaleureux fumet hédoniste. Un parfum de liberté, et de soulagement, aussi. Son dressage est richement orchestré, mêlant saveurs gospel et soul autour de son trésor au c(h)œur coulant, la voix grave et capiteuse de Kelis. « Bosser avec tous ces musiciens, ce n’est pas nouveau pour moi, j’y suis habituée, confie cette fille de jazzman qui a fait ses gammes vocales dans une église de Harlem. Mais sur cet album, il y a plus d’espace pour ma voix. Je voulais que la musique vibre avec moi. Que ma musique et ma vie aillent dans la bonne direction. » Chez Kelis, le bonheur retrouvé résonne avec le passé. « Ce n’est pas un album nostalgique. Je n’ai pas essayé de faire un album rétro. Mais je voulais retrouver les sentiments que j’avais dans mon enfance. » Elle revisite justement Bless The Telephone, une vieille balade folk du chanteur Labi Siffre. « Un morceau à la fois simple et puissant. Le reprendre, c’était naturel pour moi, organique. » Classique, mais habité et raffiné. On en mangerait. Food de Kelis (Ninja Tune / [PIAS]) Disponible

le PARCOURS PARISIEN du mois

EXPOSITION « Monumental » jusqu’au 10 août au Centquatre p. 102

FOOD My Crazy Pop 15, rue Trousseau Paris XIe p. 106

www.troiscouleurs.fr 91

DESIGN « Kay Bojesen : le Design en jeu » jusqu’au 18 mai à la Maison du Danemark p. 108


cultures MUSIQUE

sélection

© heloise letissier

PAR W. P.

FREAK POP ÉLECTRONIQUE

Christine and the Queens PAR ETAÏNN ZWER

Artisane de la beauté bizarre, l’ovni Christine ose un premier album à la grâce infernale, Chaleur Humaine, au long duquel freak pop, power ballads et R’n’B surréaliste tissent une rêverie sauvage sur la métamorphose. En 2010, au Madame Jojo’s, célèbre club londonien, elle croise un gang de travestis, ses Queens. Inspirée, elle se réinvente : elle sera Christine, alter ego arty, troublant, comme ses icônes – Michael Jackson, Klaus Nomi, Laurie Anderson. Christine livre des shows aussi intimistes qu’aiguisés, trois EP aussi, dont l’élégant Nuit 17 à 52, ouvre pour The Dø et Stromae. Son premier opus a tout d’un sacre. Coproduit avec Ash Workman et les demi-frères–orchestre Michael Lovett et Gabriel Stebbing familiers de Metronomy, Chaleur Humaine serpente entre l’amour et la violence, des beats imparables et un lyrisme brûlant, des mélodies entêtantes et des textes subtils, en français et en anglais, Kate Bush, Gainsbarre, le minimalisme de Gavin Bryars et le hip-hop d’un Drake. Dans ce singulier bouquet, on distinguera notamment Saint Claude, single sublime et aérien, la joie titubante de Christine, le non-manifeste charnel Chaleur Humaine, Narcissus is Back et ses basses sculptées… En tout et pour tout, onze titres à la mélancolie dansante, et une voix douée pour les déséquilibres. Portrait fragmenté, échappée queer (la fragilité conquérante de Half Ladies), Chaleur Humaine célèbre l’imprévisible et la rencontre, à l’image de cette reprise folle des Paradis perdus de Christophe, hantée par Kanye West. Christine opère en alchimiste décomplexée : puissante et délicate, sa pop subversive affranchit le corps et l’esprit pour mieux viser le cœur, et son poison est délicieux. Chaleur Humaine de Christine and The Queens (Because Music) Sortie le 2 juin

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mai 2014

NIKKI NACK

SALAD DAYS

de Tune-Yards

de Marc DeMarco

Merrill Garbus s’inscrit dans une tradition afro-pop-R’n’B qui irait des Dixie Cups aux Dirty Projectors en passant par Fela ou M.I.A. Ce troisième album, plein de syncopes et d’ellipses, de gospels intempestifs et de hand claps dans le clic, a d’ailleurs été produit par Malay (Frank Ocean, Alicia Keys) et John Hill (M.I.A.). Une vraie mise à jour technologique, donc, de précédents opus plus D.I.Y. Les mélodies sautillantes, les basses rondes et les percus partout servent à merveille l’hystérie douce de la jeune femme.

Petit frère du branleur Stephen Malkmus et du rêveur Ariel Pink, le jeune (23 ans) DeMarco commet là son premier chef-d’œuvre, après un impressionnant premier album intitulé 2 (lol). A Star Is Born, donc : guitares virtuoses, entre riff funk et picking afro ; chant paresseux, tranquille, lointain ; mélodies qui enivrent, endorment, s’installent dans votre inconscient ; arrangements subtils, sensibles, solaires. Ici tout n’est que bonté, beauté et volupté, comme un slow dansé par Prince et Lennon sur une plage californienne en 1975 sous LSD.

(4AD/Beggars)

TROPICS OF LOVE

(Captured Tracks/Differ-ant)

TO BE KIND

de Joakim

de Swans

Quelle mouche tsé-tsé a piqué Joakim pour rêver ces « tropiques de l’amour » au tempo de plagiste, le regard égaré sur un étrange horizon R’n’B (Each Other) ? Quand il n’obscurcit pas le déjà plombé On the Beach de Neil Young avec un vocoder, il distille une dépression synthétique, entre electronica moderniste façon Onehotrix Point Never (RX777) et hymne FM avec Luke Jenner de The Rapture (Bring your Love). Reste This Is My Life, brûlot technoïde et fantomatique sous influence James Murphy, décolle (vraiment) le grain de sable des fesses.

Mystiques, apocalyptiques, soufis électriques, les mythiques Swans de Michael Gira reviennent avec un nouveau double album traversé par la fée-sorcière électricité et les « chamaneries » vaudou orientales, complexes progressions saturées, résultantes des concerts cérémonies de la dernière tournée. Birthday Party sans la party, Nick Cave dans la cave, Secret Chiefs 3 au maître fou, ces cygnes sont les noirs signaux d’une fin du monde déjà passée, comme un écho bruitiste, un ange sonique. Le hurleur Gira… in your face. 

(Tigersushi/Because)

(Mute)


cultures MUSIQUE

d. r.

agenda

Les Meridian Brothers

Par E. Z.

FESTIVAL

Villette Sonique PAR WILFRIED PARIS

Le festival estival et parisien Villette Sonique propose depuis huit ans une offre musicale aussi exigeante que généreuse, caractérisée notamment par de nombreux concerts gratuits dans le parc de la Villette. Il se distingue cette année par une programmation moins anglo-saxonne qu’à l’accoutumée – de laquelle émergent notamment Hailu Mergia (Éthiopie), Ana Helder (Argentine), Rodrigo Amarante (Brésil) ou les Meridian Brothers (Colombie) –, mais aussi par des plateaux plus électroniques que jamais – live de Four Tet, Todd Terje, Jon Hopkins, James Holden et Golden Teacher, DJ sets de Daniel Avery, Andrew Weatherall, Pilooski, Acid Arab, Pachanga Boys… Bref la crème de la musique faite avec des machines, à danser ou à écouter en plein air. Les amateurs de guitares saturées ne seront toutefois pas en reste avec la reformation d’un groupe fondateur du courant shoegaze (Slowdive) et de nombreux ténors de l’électricité garage (Ty Segall Band, Coachwhips), du psyché (Loop, Hookworms), du krautrock (Absolutely Free), du surf (Man or AstroMan?), du post punk (Nisennenmondai) ou du dance-rock (The Crystal Ark, Jagwar Ma). Une soirée exceptionnellement programmée avec le label In Paradisum fera la part belle aux expérimentations soniques extrêmes (Prurient, Pharmakon, Low Jack, Sister Iodine). Enfin, Christophe Chassol, de retour des Antilles, jouera pour la première fois Big Sun, son nouveau spectacle. Souhaitons que cet intitulé soit aussi une prévision météo, et toutes les conditions seront alors réunies pour fêter de la plus belle manière l’arrivée de l’été. Villette Sonique, du 2 au 8 juin

LE 6 MAI

LE 13 MAI

LYKKE LI Discrète depuis 2011 et le remix tubesque de son grisant I Follow Rivers par The Magician, la fée indie pop revient avec I Never Learn, troisième album aux power ballads délicatement troussées, comme celles des vieilles stations radio, qu’elle dévoilera lors d’un concert vibrant et feutré.

LE1F Déboulé en 2012 avec sa provocante mixtape Dark York et son hit Wut, l’as de la scène rap queer new-yorkaise impose son flow supersonique et ses productions martiales affolées. Classe et culotté, armé de son dernier EP Hey, il s’invite pour une nuit booty camp débridée. Out, HOT, and proud.

au Trianon

LE 19 MAI

LE 26 MAI

FIODOR DREAM DOG La cascadeuse lo-fi au songwriting renversant rhabille son dernier EP, la pépite Sunnight. Entre electronica et dubstep, les remixes de The Aikiu ou Claude Violante font voyager sa pop dance chercheuse en terrain club. De quoi pimenter encore ses shows radieux et excitants. Campus-party time!

SON LUX Artisan d’une electropop complexe tissant musique de chambre et hip-hop alternatif, l’élégant Ryan Lott réinvente son troisième opus sorti à l’automne, Lanterns, maelström orchestral lumineux livré dans un écrin semi-acoustique délicat et virtuose, formule magique pour une soirée sous hypnose.

au Pop In

mai 2014

au Café de la Danse

LE 31 MAI ET LE 1ER JUIN

LE 4 JUIN

WE LOVE GREEN Pour sa troisième édition, le festival éco-responsable signé We Love Art frappe fort : Foals, Cat Power (solo), les futés Little Dragon, Earl Sweatshirt, SBTRKT, la teen pop de Lorde, London Grammar, Denai Moore, Moodoïd, Pedro Winter, Joy Orbison… Deux jours, deux scènes (pop et electro), du bonheur.

ARCADE FIRE Frôlant à chaque opus la perfection, les Canadiens tutoient l’hystérie avec l’immense Reflektor (James Murphy à la production, Bowie aux chœurs), étrange bombe à danser criblée de surprises sonores bigarrés et entêtantes. Ils posent leur vaisseau gothico-glam au Zénith, et le bal promet d’être survolté.

au parc de Bagatelle

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à La Gaîté Lyrique

au Zénith


d. r.

cultures LIVRES / BD

Un chien dans le moteur ROAD MOVIE BURLESQUE

Un road movie burlesque entre Arkansas et Mexique par l’auteur du western True Grit qu’ont adapté les frères Coen. On the road again! PAR BERNARD QUIRINY

Raymond Midge n’a pas la vie facile. À 26 ans, ce brave type passionné par les bagnoles et la résistance des matériaux vient de se faire chiper sa femme, sa caisse et sa carte de crédit. Le coupable ? Guy Dupree, un ancien collègue, et accessoirement le premier mari de ladite femme, Norma. En guise de compensation, Dupree lui laisse une Buick Special qui perd de l’huile et un profond sentiment d’humiliation. Ray n’est pas du genre à s’agacer facilement, on le vérifiera durant son périple, mais il décide cette fois de ne pas se laisser faire. À l’aide des relevés bancaires qui lui indiquent la direction prise par les fuyards, il se lance au volant de la Buick dans un long périple pour récupérer son bien, direction le Sud et la frontière mexicaine. En chemin, il achète régulièrement des bidons de liquide de transmission pour soulager sa guimbarde et rencontre toutes sortes de gugusses improbables parmi lesquels le Dr Symes, hurluberlu radié de l’Ordre des médecins, qui ne jure que par les théories enseignées dans un manuel pour VRP mystiques. Et l’aventure de continuer de plus belle… Paru en 1979, Un chien dans le moteur est le troisième roman de Charles Portis après Norwood et True

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Grit, tous deux adaptés au cinéma. À l’époque, le livre n’a pas marché ; Portis a persévéré avec Masters of Atlantis (1985) et Gringos (1991), puis il est tombé dans l’oubli. Jusqu’à ce que les frères Coen tournent un remake de True Grit en 2011 et remettent son nom en lumière, pour le bonheur de la petite communauté d’adeptes qui lui voue un culte. Avec son humour picaresque, ses personnages loufoques et son intrigue de road movie zigzagant, Un Chien dans le moteur provoquera des réactions tranchées : certains y verront un condensé de dinguerie influencé par le crazy humor américain façon Hunter S. Thompson, d’autres un foutoir coloré et improbable qui perd autant d’huile que la vieille Buick. Mais même les plus grincheux seront touchés par les personnages, telle la mère du brave Dr Symes, et le bagout du narrateur, Candide qui traîne sa poisse sur les routes poussiéreuses du Grand Sud, ne peut laisser personne indifférent. Il reste deux places à l’arrière. En voiture ? Un chien dans le moteur de Charles Portis Traduit de l’anglais (américain) par Adèle Carasso (Cambourakis)

mai 2014


sélection Par B. Q. & L. T.

SOLILOQUES DE L’EXIL

VALÉRY, TENTER DE VIVRE

(Grasset)

(Flammarion)

de Samuel Brussell Créateur des éditions Anatolia, passeur de livres rares signés W. H. Auden, Samuel Johnson ou Lev Chestov, Brussell est un immense lecteur, un nomade infatigable, un observateur détaché du monde et un écrivain fin et stylé. La preuve avec ces essais écrits au fil de l’eau, entre constat désabusé sur le désenchantement de l’Occident, satire de la politique contemporaine et éloge de la littérature, de l’amitié et du gai savoir. Un petit livre précieux et non conformiste, pour happy few only.

CARTE SON

de Benoît Peeters Une biographie de Valéry, six ans après le livre de Michel Jarrety ? Oui, parce que ce petit volume n’est pas une biographie : un portrait, plutôt, une photographie personnelle de la vie et des livres de celui qui fut considéré comme le plus grand poète de son époque, et que Benoît Peeters fréquente assidûment depuis trente ans. Une méditation, aussi, sur le sens d’une œuvre mince et dense, dont Valéry n’aura eu de cesse de chercher la mise en forme idéale, entre tentation du fragment et rêve du système.

SCREENING SEX

de Patrick Bouvet

de Linda Williams

La vie d’une star de la pop à l’ère du web et des paparazzis est faite de messages scintillants, de symboles numériques, de mythes entretenus par les tabloïds dans lesquels la frontière entre réalité et mise en scène se brouille. Patrick Bouvet cerne ce phénomène grâce à une écriture inspirée de la chanson, dans un petit roman à lire comme une jaquette de CD, à mi-chemin entre l’objet expérimental et la réflexion sur les messages produits à l’infini par les usines à rêves et la société du spectacle.

Le livre de Linda Williams se concentre sur le traitement réservé au sexe sur les écrans de cinéma américains. Après un essai consacré à la pornographie (Hard Core: Power, Pleasure and the “Frenzy of the Visible”), cette professeure de Berkeley s’intéresse aux types d’images que les films des grands studios et les productions indépendantes mettent en avant pour représenter l’acte sexuel (et à leur réception par les spectateurs). Un ouvrage passionnant qui lie intelligemment évolution des mœurs et images en mouvement.

(Éditions de L’Olivier)

(Capricci)


cultures LIVRES / BD

BANDE DESSINÉE

White Cube Par Stéphane Beaujean

sélection par s. b.

MOI BOUZARD

de Joe Sacco

Guillaume Bouzard s’est fait une spécialité de l’autofiction grotesque. Cette manière de conjuguer, avec un naturel déconcertant, les éléments les plus concrets d’un quotidien champêtre et les dérapages granguignolesques font de cet auteur une sorte de pendant français de Jerry Seinfeld ou de Larry David. Il est ici au sommet de sa forme. Mention spéciale à sa dédicace aux postiers.

Quelle étonnante incursion dans le registre historique de Joe Sacco, le plus grand des reporters en bande dessinée. Il en profite pour transformer totalement son style et pour proposer une peinture de la bataille de la Somme presque désincarnée, muette, et vue de dos. La prouesse technique, qui laisse un peu bouche bée, alimente le désir d’errer le long de ces tranchées où, à l’aune de la mort, se presse la vie.

(Fluide Glacial)

De l’institut supérieur Saint-Luc de Gand, les amateurs de bande dessinée ont appris à attendre beaucoup. Quelques livres du précoce Brecht Evens et une exposition des jeunes talents au Festival d’Angoulême ont cristallisé l’attention de la profession. Voilà pourquoi le premier livre du jeune Brecht Vandenbroucke n’est pas un événement anodin. Cette suite de gags espiègles qui flirtent avec les codes de l’art contemporain étonne autant par son dessin qu’il frustre par l’ambiguïté de son propos. White Cube fait en effet montre d’une très belle maîtrise graphique, les idées originales abondent pour jouer avec les questions critiques, le duo de héros farceurs fait beaucoup rire, mais, au fond, qu’énonce le livre ? Pas grand-chose, quand bien même, derrière chacun des gags, se cache un questionnement relativement ludique sur l’art. À quelle distance doit-on observer une toile ? Qu’est-ce que l’académisme aujourd’hui ? En quoi les réseaux sociaux et l’accessibilité à la création transforment-ils notre approche ? Des questions, souvent justes, dont l’auteur préfère rire, plutôt que de s’emparer. Voilà donc ce qui dérange un peu. Peut-être cette déception estelle exagérée ? Peut-être découle-t-elle surtout de la comparaison à l’aîné Brecht Evens qui, en héritant du même enseignement, est parvenu à une fusion des codes de la bande dessinée et de la peinture plus incarnée – et finalement plus touchante. Sans être trop critique, Brecht Vandenbroucke offre un premier livre à l’imagier enthousiasmant, à la fois malicieux et coloré. Cette superficialité affichée pourrait même être un piège, une manière cynique de dénoncer la consommation moderne. Difficile de trancher, allez savoir. White Cube de Brecht Vandenbroucke (Actes Sud) Disponible

98

mai 2014

LA GRANDE GUERRE

de Guillaume Bouzard

YÉKINI LE ROI DES ARÈNES

de Lisa Lugrin et Clément Xavier (FLBLB)

Un assez joli premier livre qui s’attarde sur la culture de la lutte au Sénégal à travers le portrait de son champion, Yékini, sportif multiprimé et adulé en son pays. Entre l’apparat tribal des tenues de lutteur et la modernité des enjeux politiques et sportifs, c’est, en filigrane, un portrait du Sénégal contemporain, en prise avec les changements, qui se dessine au crayon à papier.

(Futuropolis)

LA CHUTE VERS LE HAUT

de Mokeït

(The Hoochie Coochie)

Certaines personnes se réveillent transformées en cafard, d’autres collées le dos au plafond. C’est le cas du héros qui, de moins en moins lourd, se met une nuit à flotter. Fable sur la perte de contrôle de soi dans laquelle le texte et l’imagier développent une poésie émouvante, La Chute vers le haut, publiée pour la première fois en 1987, a perdu un peu de sa puissance novatrice. Mais l’émotion, elle, reste intacte. 


cultures SÉRIES

ANTICIPATION

Black Mirror

La technologie, une amie qui nous veut du bien ? Pas sûr, avance Black Mirror, collection made in UK de fables très cruelles sur nos sociétés Apple-Facebook-Twitter.

le caméo

© zeppotron / channel 4

© tommaso boddi / wireimage

MICHAEL CHIKLIS DANS AMERICAN HORROR STORY

PAR GUILLAUME REGOURD

Brooker n’entrevoit qu’une issue possi­ ble : l’aliénation. Heureusement moins vieux con que satiriste féroce à l’humour borderline, le scénariste s’attache avant tout à raconter de bonnes histoires. Même s’il ne l’a pas lui-même écrit, l’épisode intitulé The Entire History of You traduit idéalement son projet. Équipé d’un implant permettant de stocker en vidéo ses souvenirs, un avocat soupçonne sa femme de le tromper. Cette mise en garde contre la tentation voyeuriste s’apprécie d’abord comme un bouleversant drame de la jalousie. Pour déformant que soit ce miroir, difficile de ne pas se voir dedans. Black Mirror sur France 4

REAL HUMANS Malgré ses longueurs, la première saison de cette série suédoise nous avait emballés. Elle parvenait, en effet, à doter d’une belle humanité ses androïdes, les hubots (mot-valise formé à partir de « humain » et de « robot »), pour questionner en finesse le modèle social scandinave. La saison 2 tient parfaitement le cap. La SF dans ce qu’elle peut avoir de plus stimulant. Saison 2 sur Arte

Par G. R.

© hbo

© johan paulin 2013

sélection

Depuis The Shield, Michael Chiklis a du mal à faire oublier Vic Mackey, son personnage iconique de flic véreux. Après quelques choix de carrière malheureux (les dispensables Super Hero Family et Vegas), il tient l’occasion de se relancer chez Ryan Murphy. Il figurera au générique de la saison 4 d’American Horror Story, « freak show » outrancier dont l’action a pour cadre un cirque de monstres. En attendant, les téléspectateurs français peuvent toujours découvrir sur Ciné+ Frisson la saison 3 dédiée, celle-ci, à la sorcellerie. G. R.

© bertrand calmeau ; syfy

Une veuve ressuscite son mari via un logiciel révolutionnaire, avant de réaliser son erreur. Dans un futur orwellien, des jeunes gens abreuvés de publicité ne rêvent que de participer à une émission de télé débile. Traquée par des forcenés, une jeune femme se heurte à une foule de badauds insensibles qui la filment avec leur téléphone… Pas joyeux, le monde selon Charlie Brooker. Cet Anglais de 43 ans, déjà auteur de la virulente et gore série Dead Set, a ainsi conçu Black Mirror, sa dernière création, comme une réflexion acide et brutale sur la modernité. Le miroir noir du titre, c’est l’écran, omniprésent dans nos vies, et fil rouge de cette collection de téléfilms d’anticipation. Dans son marc de (cyber)café,

LOOKING Facile à résumer, la dernière comédie dramatique de HBO : les joies et les peines de trois potes homos. C’est tout. Et c’est amplement suffisant pour bâtir une jolie chronique de San Francisco, douce-amère mais toujours bienveillante avec ses personnages, jeunes ou plus si jeunes gars pas encore fixés sur la direction à donner à leur vie. Saison 1 en DVD chez HBO Studios

www.troiscouleurs.fr 99

HELIX Une base scientifique dans l’Arctique est le théâtre d’une étrange épidémie. Ambiance The Thing, donc, pour la dernière production de Ronald Dowl Moore (Star Trek, Battlestar Galactica), qui parvient à installer son suspense, mais s’enlise un peu dans des rebondissements à n’en plus finir. Une sorte de Lost en doudoune, pas dénuée de cachet. Saison 1 sur Syfy


cultures SPECTACLES

DANSE

José Montalvo Depuis le début des années 1980, l’érudit José Montalvo remixe les cultures chorégraphiques et le patrimoine littéraire dans des pièces chatoyantes, comme Don Quichotte du Trocadéro.

© patrick berger

PROPOS RECUEILLIS PAR ÈVE BEAUVALLET

Don Quichotte du Trocadéro

Dans votre dernière pièce, vous vous amusez à distordre le ballet de Marius Petipa Don Quichotte. Oui, c’est un clin d’œil loufoque à l’esprit de Cervantes, d’une part, et à Marius Petipa, un grand maître de la danse classique, de l’autre, puisque nous reprenons certaines variations de son ballet. La pièce est créée selon des jeux de tiroirs, comme dans le roman, à ceci près que don Quichotte ne se balade pas dans la Manche, mais dans le métro parisien. Carlos Fuentes disait : « Métisser, c’est Cervantiser », et c’est une politique que j’ai toujours cherché à appliquer à la danse. En effet, avec Dominique Hervieu, vous vous êtes fait connaître pour métisser les styles de danse (classique, hip-hop, danse africaine) dans des pièces volontiers burlesques… J’ai toujours considéré que l’humour était une forme de sagesse, une aptitude à la critique, une façon de relativiser. C’est un registre qui fut longtemps exclu des pratiques corporelles et que je continue de défendre. Quant au métissage… vu la montée actuelle des nationalismes, il me semble plus important que jamais de défendre cette idée, y compris

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dans le champ esthétique. J’ai souvent rêvé, d’ailleurs, d’un ballet qui travaille sur l’esthétique du métissage, et non sur la préservation d’un répertoire uniquement classique ou néoclassique. Ce n’est pas pour rejeter les ballets actuels, bien sûr, mais pour qu’on reconnaisse cette nouvelle réalité esthétique. Le 24 mai prochain, le Théâtre de Chaillot organise une journée entièrement consacrée à votre univers, avec des ateliers, des rencontres, des concerts. Qui avez-vous choisi d’inviter ? J’ai la chance d’avoir une compagnie riche d’interprètes qui me suivent depuis parfois vingt, trente ans ; alors j’ai voulu que certains soient présents. Il y aura aussi des personnes qui sont proches de mon parcours, comme Benito Pellegrin, qui est spécialiste de l’esthétique baroque. Le but, c’est que cela soit festif, convivial et pas trop cérémonieux. Don Quichotte du Trocadéro, du 21 au 30 mai, et L’artiste et son monde : une journée avec José Montalvo, le 24 mai, au Théâtre national de Chaillot Carte Blanche à José Montalvo, le 22 mai à 20h30 (projection du film de Federico Fellini Huit et demi), au cinéma MK2 Quai de Seine

mai 2014


agenda Par È. B.

DU 16 AU 25 MAI

STEFAN KAEGI / RIMINI PROTOKOLL Improbable inventeur de docu-fictions théâtraux barrés (l’un de ses derniers spectacles convoquait cinq muezzins), le metteur en scène allemand Stefan Kaegi, pour ce 100 % Paris, travaille sur l’impact des études statistiques sur les populations à partir d’entretiens réalisés avec cent Parisiens. à la Villette

DU 20 MAI AU 7 JUIN

PAULINE BUREAU Lâchez donc pour un soir vos épisodes de True Detective pour assister aux troisième et quatrième épisodes de la deuxième saison d’Une faille, un feuilleton théâtral inédit réalisé sur et avec les habitants de Montreuil, entre le siège de la protection judiciaire de la jeunesse et la Cour nationale du droit d’asile.

des codes culturels de son pays d’origine en général, et des jeux de rôles érotiques japonais en particulier.

au Théâtre National de Chaillot

DU 23 MAI AU 8 JUIN

FESTIVAL IMPATIENCE C’est dans ce festival, aujourd’hui organisé conjointement par le Théâtre du Rond-Point et par le Centquatre, que l’on a fait connaissance avec quelques jeunes artistes comme le tandem franco-israélien Winter Family, et que l’on découvrira, avec curiosité, de nouveaux noms comme le collectif La Meute.

au Théâtre du Rond-Point et au Centquatre

JUSQU’AU 13 JUILLET

© michèle laurent

au Nouveau Théâtre de Montreuil

© toni ferre

DU 21 AU 23 MAI

KAORI ITO En tant qu’interprète, elle a contribué aux belles heures de Philippe Decouflé, Angelin Preljocaj, Sidi Larbi Cherkaoui ou James Thierrée. Mais c’est aujourd’hui en chorégraphe que se pose la passionnante Kaori Ito avec Asobi (jeux d’adulte), variation autour

ARIANE MNOUCHKINE Chaque nouvelle création de Mnouchkine offre un double plaisir : celui de se rendre dans un des lieux les plus enchanteurs jamais inventés pour le théâtre, et celui de constater qu’il est des créateurs que le temps et les modes n’abîment point. On attend donc beaucoup de son Macbeth, qui célèbre les 50 ans du Théâtre du Soleil. au Théâtre du Soleil


Pascale Marthine Tayoui, Empty Gift, 2013

MONUMENTAL

Avec motifs apparents PAR LÉA CHAUVEL-LÉVY

Pour cette exposition de groupe au Centquatre, cinq artistes prennent leurs aises avec des œuvres gigantesques qui narguent la verrière des anciennes pompes funèbres de Paris, transformées en centre d’art. Elles exploitent donc leur superficie délirante (quarante mille mètres carrés) en invitant les artistes à réaliser ou recréer une œuvre monumentale in situ. Le résultat est édifiant. Les créations défient le vide et élèvent le regard. Si les œuvres abordent des sujets différents, le parcours est pourtant habité par un esprit commun qui questionne l’opulence et la démesure. Pourquoi consommer autant ? C’est la question qu’aborde l’artiste Alice Mulliez à grand renfort de tonnes de sucre cristal dans une sculpture qui évoque frontalement le gâchis des sociétés industrielles. Dans un autre genre, Empty Gift, énorme boule de paquets cadeaux signée Pascale Martine Thayou, parle du don. Un travail à double lecture qui évoque en creux l’absence de générosité. En emballant intégralement dans un papier aluminium soufflé toutes les façades d’un château d’eau, l’installation de Xavier Julliot invite à deviner la grandeur de ce lieu, son faste et sa valeur intrinsèque. Il est en effet connu pour empaqueter ainsi des monuments classés avec une ironie qui n’est jamais loin. Mais la pièce maîtresse de l’exposition est sans aucun doute Terracotta Daughters de Prune Nourry, troupe d’une centaine d’enfants soldates grandeur nature (inspirée par l’armée de Xi’an) qui sera enfouie prochainement dans la terre, en Chine. Dans cette halle principale, transformée en champ de bataille contemporain, ces fillettes, dont aucune ne sort du rang, incarnent la politique drastique de la natalité chinoise. Glaçant. au Centquatre, jusqu’au 10 août

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mai 2014

agenda PAR ANNE-LOU VICENTE

JUSQU’AU 7 JUIN

VINCENT GANIVET / DIOGO PIMENTÃO Lionel Balouin propose un dialogue entre les œuvres de deux héritiers d’une pensée moderniste. Le premier réalise de monumentales arches et des constructions en parpaings à l’équilibre précaire. Le second utilise le papier et la poussière de graphite et repousse les limites du dessin en y incorporant les pratiques du volume et de la performance.

Galerie Édouard-Manet (Gennevilliers)

JUSQU’AU 5 JUILLET

leur travail, souvent prompt à littéralement arrondir les angles, interroge les objets et les formes du quotidien (et leurs usages) jusqu’à l’absurde. Les églises (Chelles)

DU 28 MAI AU 23 AOÛT

ON/OFF Présentée comme une « exposition-scène » de l’artiste Xavier Veilhan, qui compte déjà à son actif plusieurs collaborations avec des musiciens comme Sébastien Tellier ou Air, ON/OFF anime la galerie en invitant des groupes des labels Entreprise, Record Makers, Tricatel et Versatile à jouer sur une scène conçue par le plasticien français.

Galerie des Galeries, Galeries Lafayette

Guido van der Werve, Nummer twee, Just because I’m standing here doesn’t mean I want to, 2003 GUIDO VAN DER WERVE Pour le second volet de son cycle d’expositions consacré à l’absurde, la commissaire Marie Frampier présente l’artiste néerlandais dont les vidéos, teintées de romantisme et de mélancolie, de poésie et d’humour, montrent le corps mis en mouvement et en scène et confrontent la banalité voire la médiocrité du décor du quotidien à la beauté du geste et à la folie de l’imaginaire.

Maison populaire (Montreuil)

DU 25 MAI AU 21 JUILLET

LANG/BAUMANN Le duo d’artistes Sabina Lang et Daniel Baumann investit les anciennes églises Saint-Georges et Sainte-Croix de Chelles, réhabilitées en centre d’art contemporain depuis 2008. À la frontière entre art, architecture et design,

JUSQU’AU 24 AOÛT

Lucio Fontana, Concetto Spaziale, I quanta 1960 LUCIO FONTANA Cette rétrospective consacrée à Lucio Fontana (1899-1968) est l’occasion, au-delà des toiles perforées ou fendues devenues des icônes de l’art moderne, de découvrir la diversité et la richesse de la production artistique de l’artiste italien, oscillant entre abstraction et figuration, geste épuré et profusion de couleurs et de matières. Musée d’Art moderne de la ville de Paris

© courtesy monitor gallery rome, gallery juliette jongm, amsterdam, marc foxx los angeles, luhring augustine, new york ; collection fondazione lucio fontana milan by siae adagp paris 2014

© marc domage ; courtesy galleria continua, san gimignano, beijing, les moulins

cultures ARTS


cultures JEUX VIDÉO

PLATE-FORME ET TIR

TowerFall Ascension Entre jeu de plate-forme et combats d’archers, TowerFall Ascension vient dynamiter tout un genre. Pourvoyeur expert en joutes éclair, il s’impose comme la nouvelle référence du délire entre potes. PAR YANN FRANÇOIS

L’EXPÉRIENCE DU MOIS LUXURIA SUPERBIA

(Tale of Tales/iOS, Android)

Jetez quatre foudres de guerre dans une arène 2D, elle-même peuplée de platesformes, de monstres et de passages secrets en tous genres. Fournissez-leur arcs et flèches. Offrez-leur toute latitude tactique et n’édictez qu’une seule règle : toutes les crasses sont permises. Servez le tout à une bande d’ami(e)s confortablement installé(e)s sur votre canapé et laissez agir ; vous obtiendrez… une apothéose collective. À l’heure où la plupart des jeux multijoueurs ne se pensent plus qu’en ligne, TowerFall s’en tient à une formule locale à l’ancienne, mais qui – miracle – se suffit à elle-même. Derrière sa modestie graphique à trois

pixels, ce jeu est un trésor d’inventivité sournoise dévoilant à chaque partie une nouvelle facette de son potentiel jouissif. TowerFall… a une telle propension à titiller la fibre compétitrice de chacun, pro comme néophyte, qu’il ne lui faut que quelques minutes pour transformer votre salon en joute oratoire. Comme Bomberman et Super Smash Bros. Melee en leur temps, ce petit bijou de convivialité ranime avec classe le bon vieux jeu entre potes, celui-là même qui, l’air de rien, fait souvent glisser une simple soirée détente en nuit blanche possédée. TowerFall Ascension (Matt Make Games/PC, PS4)

3 découvertes indés MONUMENT VALLEY Guidant une petite créature à travers le dédale d’un décor en trompe-l’œil, le joueur doit, au moyen du doigt, manipuler et faire pivoter des éléments architecturaux pour débloquer son chemin. Inspiré des chefs-d’œuvre géométriques de M. C. Escher, Monument Valley est un petit bijou de réflexion ésotérique dans lequel tout n’est qu’illusion et ébahissement. (ustwo/iOS, Android)

DUNGEON OF THE ENDLESS Après Endless Space, résurrection exemplaire du jeu de civilisation intergalactique, le studio français Amplitude se lance dans une entreprise osée : mélanger RPG, exploration aléatoire de donjons et jeu de gestion. En parvenant à un équilibre détonnant entre ces trois éléments, Dugeon… parvient à émoustiller le compétiteur vqui sommeille en chacun de nous. (Amplitude Studios/PC)

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Un long tunnel en forme de fleur défile à l’écran. Sur les bords, des pétales qui, dès qu’on les touche, colorisent les parois et augmentent le tempo d’une musique langoureuse. Seule chance de réussite : ne pas stimuler trop brusquement cette cavité, sous peine de la faire disparaître dans un orgasme de couleurs et de sons. Si ce trip sensoriel et pop se double d’une métaphore sexuelle évidente, c’est pour ausculter le mystérieux plaisir, aussi jouissif qu’éphémère, qui naît de l’interaction entre un joueur et son écran. Saisissant. Y. F.

Par Y. F.

GOAT SIMULATOR Comme son titre ne l’indique pas, Goat Simulator est moins un simulateur scientifique qu’un exercice de destruction jouasse. Lâché dans les rue d’une cité paisible, le ruminant furibard doit démolir tout ce qui bouge et accomplir quantité de défis tous plus débiles les uns que les autres. Entre Godzilla et Tony Hawk, cette ode au plaisir crétin est appelée à devenir culte. (Coffee Stain Studios/PC)


sélection par Y. F.

INFAMOUS: SECOND SON (Sony/PS4)

Pour son troisième épisode, inFAMOUS imagine une Seattle futuriste dans laquelle les super-héros sont traqués comme des terroristes. Emmenée par un jeune grafeur au top du cool, la saga brille toujours autant par son gameplay explosif et son questionnement moral du super-héros moderne, entre vocation humaniste et fascination pour son potentiel destructeur. Porté par la puissance graphique de la PS4, Second Son est la claque next-gen que tout le monde attendait.

METAL GEAR SOLID: GROUND ZEROES

(Konami/PS4, Xbox One, PS3, X360)

Au-delà de la polémique justifiée qui accompagne sa sortie (une démo de luxe à un prix prohibitif), ce prologue à Metal Gear V n’en reste pas moins fascinant. S’ouvrant sur un des plus beaux plans-séquences du jeu vidéo, Ground Zeroes fait montre d’un génie de la mise en scène dont seul Kojima est capable. Si l’aventure se clôt rapidement, le terrain de jeu est si vaste qu’il faut plusieurs parties pour en faire le tour. Aussi frustrant qu’inventif, Ground Zeroes reste la promesse d’une grande œuvre en gestation.

AGE OF WONDERS III

(Namco Bandai Games/PC)

Longtemps absente des écrans, cette saga cousine de Heroes of Might & Magic revient pour un nouveau volet. À la tête d’une troupe de créatures fantastiques (elfes, orcs…), le joueur doit fonder un empire, le faire prospérer et le protéger des menaces extérieures. Si Age of Wonders III ne bouscule en rien le classicisme de sa formule, il peut se vanter de la hisser à son plus haut degré de finition : de quoi occuper tout fan de stratégie pendant des semaines.

TRIALS FUSION

(Ubisoft/PC, PS4, Xbox One, X360)

Pour son grand retour, Trials défie toutes les lois de la physique. Non seulement le jeu affiche de nombreuses nouveautés (dont l’apparition des tricks), mais il se tourne toujours plus vers la compétition multijoueur et la cocréation communautaire. Ce qui ne change pas, heureusement, c’est ce plaisir obsessionnel à traquer l’inclinaison et le score parfaits sur des circuits de plus en plus retors. Certains, tout en lumières fluo et ombrages, rendent même un sublime hommage à ceux de Tron.


cultures FOOD

Voyage en monomanie TENDANCE

L’époque est à la polyvalence, à la flexibilité. Il faut savoir tout faire, il faut pouvoir tout changer, tout le temps, pour que rien ne change, jamais. Pour le gourmand, il existe quelques îlots rassurants où l’on ne sert qu’une chose et une seule, mais bien. PAR STÉPHANE MÉJANÈS

GOÛT D’ENFANCE

Quand elle rentre d’un voyage à Chicago en 2006 avec un projet fou en tête, tous ses amis lui disent qu’elle a un grain. Un grain de maïs, bien sûr, celui qui bouleverse la vie de Christel Leflaive, alors communicante pour Veolia. Ouvrir un bar à pop-corn devient une obsession. En 2012, elle envoie un e-mail à Nathalie Nguyen, demi-finaliste de la saison 2 de l’émission MasterChef – qu’elle a illuminée de son sourire. Le courant passe. Les deux femmes s’enferment dans la cuisine de Christel, apprenties sorcières inspirées. Pas question d’éclater le maïs à l’huile ni d’utiliser des colorants ou des poudres pour l’aromatiser. On est en France, nom d’un épi ! Avec

des produits frais, elles font des essais de préparations qui permettraient d’enrober les grains éclatés sans les imbiber, pour qu’ils gardent leur croquant, et de les protéger, pour qu’ils puissent se conserver jusqu’à quinze jours. Elles jettent beaucoup, mais obtiennent des résultats probants avec des saveurs telles que roquefort et noix, poivron, wasabi ou pistache. Grâce à une Cretors, la rolls des machines à pop-corn à air, elles garnissent l’étal brut de leur boutique lumineuse de boîtes colorées qui s’arrachent, et pas seulement à l’heure du goûter. Soufflant, non ? My Crazy Pop 15, rue Trousseau – Paris XIe – Tél. : 01 48 07 89 09

éclair, fromage et chou… L’ÉCLAIR DE GÉNIE Un nom malicieux et un peu vaniteux, pour une réussite finalement amplement méritée. Christophe Adam, qui a passé plus de dix ans chez Fauchon, décline l’éclair de notre enfance, de toutes les couleurs et à tous les parfums – de chocolat grand cru à passion-framboise, en passant par caramel beurre salé. C’est un peu cher, mais diablement bon.

14, rue Pavée – Paris IVe – Tél. : 01 42 77 85 11 www.leclairdegenie.com

THE GRILLED CHEESE FACTORY Comme Christel Leflaive avec ses popcorns (voir ci-dessus), Mickael, Samuel et Jérémy ont rapporté des États-Unis ce sandwich au beurre et au fromage fondu toasté à la poêle. Pour pousser l’expérience à fond, il faut oser le Mac & Cheese au cheddar (mac pour macaronis). Le pain vient de chez Ganachaud, le reste est fait maison. Les calories aussi.

9, rue Jacques Cœur – Paris IVe www.thegrilledcheesefactory.fr

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COMME SUR DES BOULETTES C’est l’histoire de deux amis, Salomée et Jérémy, qui travaillent dans la pub. Quand il y a du monde chez eux, le réflexe est toujours le même : on fait des boulettes, tradition familiale oblige. Alors, pour mêler l’utile à l’agréable, le travail, la famille et les potes, ils ouvrent Balls. Aussi simple que ça. Sans autre prétention que de faire plaisir. On choisit sa viande, sa sauce, son accompagnement, son verre de vin ou sa bière artisanale, et on retombe en enfance. Et que dire du Balls Sandwich ? Rien, allez voir vous-même, c’est une tuerie. S. M. Balls 47, rue Saint-Maur – Paris XIe Tél. : 09 51 38 74 89 www.ballsrestaurant.com

PAR S. M.

LA MAISON DU CHOU Manuel Martinez est meilleur ouvrier de France et chef doublement étoilé du Relais Louis XIII. Mais pas que. Ce dingue de pâte à chou a créé, en mars 2013, une maison exclusivement dédiée à cette petite douceur. La boutique est charmante, les choux garnis d’un sublime sabayon – nature, chocolat ou café. Qui a dit que l’ennui naquit un jour de l’uniformité ? Le sot. 7, place de Fürstenberg – Paris VIe Tél. : 09 54 75 06 05


cultures DESIGN

ÉDITION Petite Friture Amélie du Passage et Philippe Lehr ont fondé cette maison d’édition en 2009. La suspension Vertigo de Constance Guisset ou la chaise Market de Noé Duchaufour Lawrance étaient déjà des succès à leur sortie, et la bande de jeunes designers qui les entoure a aussitôt fait ses preuves. Pour son cinquième anniversaire, Petite Friture s’offre un canapé par Constance Guisset et une première participation à la prestigieuse kermesse milanaise du design, le Salone del Mobile. Voilà qui s’appelle entrer dans la cour des grands. O. D. www.petitefriture.com

Le Petit Singe, bois de teck et Limba, 1951

ÉVÉNEMENT

Kay Bojesen La Maison du Danemark met à l’honneur ce designer qui a dessiné plus de deux mille objets au cours de sa riche carrière. Entre esprit joyeux et mode vintage, ses jouets sont devenus de véritables pièces de collection. PAR OSCAR DUBOŸ

Peut-être avons-nous déjà connu dans notre enfance les jouets du Danois Kay Bojesen ? D’autres les ont même collectionnés, nous permettant de découvrir aujourd’hui, à la Maison du Danemark, l’immense travail de ce designer ; ou plutôt apprenti épicier, si l’on s’arrête à ses débuts, avant qu’il ne se forme en orfèvrerie auprès de Georg Jensen en 1910. De l’Exposition universelle de Paris en 1925 au Prix international du design à Milan en 1951, son talent est remarqué, contribuant à révéler la création scandinave en plein essor. À l’époque, Kay Bojesen travaille avec Finn Juhl et vit dans le bijou d’architecture qu’est Bellavista, construit par Arne

Jacobsen : un petit monde de designers éclairés dont il fait partie intégrante ; si ce n’est que son truc à lui, ce sont les jouets, avec une passion pour le bois et des lignes qui doivent « sourire », comme il aimait à dire. En voyant ces animaux, les chevaux à bascule, les automobiles et toute cette galerie de curieuses figurines, difficile de ne pas être gagné par la bonne humeur de leur sémillant créateur. Touche-à-tout débordant de curiosité, Kay Bojesen créa même un espace d’exposition, Den Permanente, qui lui survivra après sa mort en 1957. « Kay Bojesen : le Design en jeu », jusqu’au 18 mai à la Maison du Danemark 142, avenue des Champs-Élysées – Paris VIIIe

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© felipe ribon

JEU D’ENFANT

Claire Lavabre Les D’Days La grande fête du design continue de se développer, d’année en année. Pour la treizième édition, placée sous le signe du mouvement, on a même convié une nouvelle discipline : la danse, qui fera son apparition dans les installations imaginées tout exprès par les designers et les artistes à travers les showrooms de la capitale. Cassina, Molteni & C, Lafayette Maison, mais aussi le musée d’Art moderne de la ville de Paris, ils sont tous de la partie. Demandez le programme… la balade s’annonce intense. O. D. du 19 au 25 mai à travers Paris et Pantin www.ddays.net


composition © jérémie leroy

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LES BONS PLANS DE TIME OUT PARIS La musique aime les rééditions : on remixe, on revisite, on actualise… C’est valable aussi pour les salles qui la diffusent. En réhabilitant des lieux chargés d’histoire en salles de concerts, les acteurs de la scène parisienne ne cherchent plus seulement à nous proposer de beaux plateaux musicaux. Le cadre devient un point important dans l’organisation d’un événement, une réponse à la lassitude du public face aux lieux traditionnels. À côté du magnifique Trianon ou du mythique Rex Club, Paris nous propose de plus en plus d’endroits alternatifs pour nos soirées. Une ancienne gare, un cirque, une église ou un centre sportif… Panorama de ces lieux improbables qui, de façon permanente ou occasionnelle, nous font découvrir que rompre avec les traditions, ça a du bon. PAR LORRAINE GRANGETTE ET LOUIS MICHAUD

DANS UNE GARE FRIGORIFIQUE L’ancienne gare frigorifique où l’on plaçait les produits frais en attente de transfert vers les Halles abrite aujourd’hui des ateliers d’artistes… mais aussi Les Voûtes, sorte d’excroissance souterraine et voûtée des Frigos, où sont organisés des concerts et des expos. Les Frigos : Les Voûtes 19, rue des Frigos - Paris xiii e

DANS UN GARAGE Au cœur du quartier de la Goutte d’Or, le collectif MU organise des événements musicaux dans un ancien garage. Des ateliers où, en journée, les créateurs confectionnent leurs œuvres. Un côté artisanal, à la coule, qui ne les empêche en rien d’accueillir des pointures rock et electro. Garage Mu 45, rue Léon - Paris xviiie

aux POMPES FUNÈBRES Le royaume des ultimes préparatifs. Voilà ce qu’était, jusqu’en 1998, le fameux numéro 104 de la rue d’Aubervilliers. L’imposant bâtiment a rouvert ses portes en 2008 et propose une programmation musicale qui oscille entre pop contemporaine, musique traditionnelle et chanson française. Le Centquatre 5, rue Curial - Paris xixe

DANS UN COMPLEXE SPORTIF C’est dans l’ancien centre social et sportif des usines Valeo que Mains d’Œuvres s’est installé, en 2001. Cet espace multiculturel est un véritable catalyseur de nouveaux talents, en art comme en musique, qui de ce côté, balance entre rock, pop, electro et hip-hop. Mains d’Œuvres 1, rue Charles Garnier Saint-Ouen (93)

DANS UNE GARE La Flèche d’Or, ancienne gare de Charonne, fermée en 1934, tire son nom d’un service de voyage « train plus bateau » au départ de Paris-Nord et à destination de Londres. Une affaire de bonnes voies. Depuis le quai, la salle de concert défriche des pointures pop, folk, rock et electro. La Flèche d’Or 102 bis, rue de Bagnolet Paris xxe

DANS UN RESTAURANT Ce nouveau lieu culturel made in Montreuil s’est installé dans les locaux d’un ancien restaurant chinois. Avec une programmation qui se veut « sans concession (pas de varietoche) » (sic), le Chinois en pince pour le rock indé avec de jeunes groupes comme les Velvet Veins. Le Chinois 6, place du Marché Montreuil (93)

CHEZ UN BROCANTEUR Une improbable boutique de déco et de mobilier qui héberge de temps à autres des concerts acoustiques. L’endroit, exigu, peut accueillir quelques dizaines de personnes. On y découvre des artistes méconnus de la scène parisienne. Robert M. Smith 25, rue de Sambre-et-Meuse Paris xe

DANS UNE ÉGLISE Saint-Eustache illumine le quartier des Halles par son architecture. L’église organise régulièrement des concerts en tous genres. On a pu y écouter Camille, Patti Smith, ou encore du jazz et de l’electro lors de la fête de la musique. L’église Saint-Eustache 2, impasse Saint-Eustache Paris i er

DANS UN CIRQUE Le Cabaret Sauvage s’impose comme l’une des plus chaleureuses scènes parisiennes. Situé en plein parc de la Villette, ce cirque sédentaire, tout en velours et bois ciré, propose une programmation éclectique souvent passionnante. Le Cabaret Sauvage 211, avenue Jean Jaurès Paris xixe

DANS UN HÔTEL PARTICULIER Les temps ont changé. En 1875, dans cet hôtel particulier, Georges Bizet composa son œuvre la plus populaire, Carmen. En 2014, terminée la musique romantique : place au rock et à l’electro dans ce haut lieu du parisianisme hip. Le Carmen 34, rue Duperré - Paris ixe

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d. r.

LE FILM DU MOIS PAR TIME OUT PARIS

La Rue rouge

Remake de La Chienne de Jean Renoir, La Rue rouge de Fritz Lang ressort en salles et en copie restaurée : belle occasion de retrouver quelques-unes des obsessions du cinéaste allemand, pour un film noir où la perversité le dispute au tragique. PAR ALEXANDRE PROUVÈZE

Reprenant le trio d’acteurs principaux de La Femme au portrait, son précédent film, La Rue rouge (1945) permet à Fritz Lang de creuser à nouveau des thématiques qui lui sont chères, telles que la peinture – que le réalisateur pratiqua d’ailleurs avec un certain succès durant sa jeunesse. Employé de magasin vieillissant et artiste peintre à ses heures perdues, Christopher Cross (Edward G. Robinson) s’amourache ici de Kitty (Joan Bennett), femme fatale au regard de biche qui, sous la coupe de son amant, le brutal Johnny (Dan Duryea), n’hésitera pas à manipuler le pauvre homme, allant jusqu’à revendre ses tableaux, qu’elle signe de son nom. D’une progression dramatique implacable, au cours de laquelle chacun des protagonistes, quelle que soit son inclination morale, se voit progressivement écrasé par le

destin, La Rue rouge demeure, à près de soixantedix ans de distance, une œuvre d’une noirceur imposante, contrebalancée par la fluidité de la réalisation maniaque de Fritz Lang et par le jeu, à la fois pittoresque et émouvant, de ses comédiens. Surtout, le cinéaste n’hésite pas à se confesser discrètement, livrant à travers le personnage d’Edward G. Robinson quelques réflexions touchantes, parfois profondes, sur la vieillesse et son refus, l’art confronté au monde de l’argent ou les vicissitudes de la passion amoureuse. Une belle reprise en perspective. de Fritz Lang avec Edward G. Robinson, Joan Bennett… Distribution : Swashbuckler Films Durée : 1h43 Sortie le 14 mai

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LE SHOPPING DU MOIS PAR TIME OUT PARIS

top 5 du mois

Machicadou

par time out paris

1. THÉÂTRE Découpé en quatre tableaux (deuil, violence, paix et mort), l’opéra dansé de Pina Bausch opte pour la version la plus sombre du mythe. Incontestable chef-d’œuvre, son Orphée et Eurydice fait partie des spectacles qu’il faut avoir vus au moins une fois dans sa vie.

Orphée et Eurydice, jusqu’au 21 mai à l’Opéra Garnier

2. EXPO  La Gaîté Lyrique se penche sur les coulisses du monde de l’animation pour une expo mêlant story-boards, figurines, créations manuelles et outils numériques. Ou quand les ordinateurs se joignent à la pâte à modeler pour un voyage dans l’imaginaire du monde animé contemporain.   3. FESTIVAL  Musique, flower power et passion du bio : depuis 2012, ce festival bucolique nous invite à passer deux jours à danser pieds nus dans l’herbe. Sur sa scène alimentée en énergie solaire et éolienne, on pourra retrouver London Grammar ou Cat Power.

d. r.

« Motion Factory », jusqu’au 10 août à la Gaîté Lyrique

Un « machicadou », dans la famille de Camille, c’est une sorte de frichti composé avec les restes du frigo que l’on sauce avec gourmandise. Et c’est un peu ainsi qu’elle la voit, sa petite boutique-atelier nichée à quelques pas du canal Saint-Martin. Un lieu à la déco entièrement chinée dans lequel elle réutilise des vêtements fatigués, des perles trouvées ici et là. Elle écume les brocantes et autres vide-greniers, puis customise avec les moyens du bord. Des boutons et des sequins pour « twister » le col d’une chemise, du tissu « smocké » pour rafraîchir une jupe, des chutes de cuir, de la laine… Une métamorphose réussie, à la fois écolo et anticonformiste, toutes les pièces étant uniques. Et si le vintage n’est pas votre tasse de thé, sachez que Camille partage sa vitrine avec quelques jeunes créateurs. Ouvrez donc l’œil : vous apercevrez peut-être les fines boucles d’oreille brodées de Lezelles ou les adorables sculptures textiles de Cam Dup. 165, quai de Valmy – Paris Xe http://www.timeout.fr/paris/shopping/machicadou

We Love Green, du 31 mai au 1 er juin au parc de Bagatelle

4. CONCERT  Producteur d’exception, le neveu d’Alice Coltrane est évidemment branché jazz, mais aussi et surtout hip-hop lo-fi. Il partagera la scène du Trianon avec Thundercat, déclinant mélodies pleines de groove et basses électroniques.

LE RESTAURANT

5. GOURMANDISE  Dans la rue de la Roquette, les effluves de chocolat du monde entier enivrent les passants : Pérou, Venezuela, Équateur, São Tomé, Madagascar, Mexique, Cameroun, Java ou Viêt Nam... À la chocolaterie Alain Ducasse, on importe les fèves de partout, mais on les achète toujours chez des producteurs de grande qualité. Chocolaterie Alain Ducasse 40, rue de la Roquette – Paris XIe

d. r.

Flying Lotus / Thundercat, le 5 juin au Trianon

> LE RUISSEAU Une dizaine de recettes à 12 €, tout compris : ça vous paraît sûrement incroyable. Mais non, vous n’êtes pas obligé d’ajouter 5 € pour culpabiliser de manger des frites en plus de votre burger. Plus incroyable encore, les produits sont ici de qualité – le pain est fait sur place, la viande issue d’un élevage traditionnel français – et c’est vraiment bon. Les recettes font la part belle aux classiques (cheeseburger, BBQ burger, blue cheese burger, chicken burger), vsans oublier de faire preuve d’originalité :

veggie burger avec steak de pois chiche, burger au chèvre, etc. Pour les indécis, il y a les deux mini-burgers à 14 €, dont les recettes sont à choisir à la carte, ou encore moult salades, quesadillas ou nachos. Et s’il faut encore des arguments pour vous convaincre, sachez qu’avant de se retrouver ici, les burgers du Ruisseau étaient les vedettes du marché des Enfants Rouges. 65, rue du Ruisseau – Paris XVIIIe http://www.timeout.fr/paris/restaurant/ le-ruisseau

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pré se nte

DANSE

TECHNO & HOUSE

Weather Festival PAR ETAÏNN ZWER

Avec ses quatre jours de festivités techno-house dans le Grand Paris, son line-up colossal et ses soixante mille aficionados attendus, l’ambitieuse deuxième édition du Weather Festival signe le grand retour des raves à Paris… Sortir l’electro des clubs, investir les grands espaces de la banlieue, secouer le ghetto nocturne : depuis 2011, aux côtés de collectifs et de labels amis (SNTWN), l’agence Surpr!ze, à l’origine des all day long parties Concrete, réveille Paname et rêve de l’inscrire sur la techno-carte européenne en lui offrant un événement digne du Sonar – pointu et décomplexé, porté par une scène locale douée, et capable d’attirer DJs et ravers de toute la planète. Le Weather est né, et la programmation de sa deuxième édition surpasse encore celle de son ahurissant galop d’essai de 2013 : soixante-dix artistes, des lieux grandioses et un marathon de quatre-vingt-seize heures… Échauffement à l’Institut du

monde arabe avec l’as de la dub techno Moritz von Oswald, le batteur Tony Allen et l’electro vaporeuse de Mount Kimbie. Puis week-end orgiaque au parc du Bourget : 50 000  m 2 , deux hangars trustés par les résidents du Berghain (Marcel Dettmann, Len Faki), le duo inédit Trade (Blawan & Surgeon) et le parrain Derrick May ; et deux spots house music au casting bluffant (MCDE, Moodymann, Floating Points). Enfin, virée au parc de la Bergère à Bobigny, étoilé par la dream team de Détroit, 3 Chairs – première hexagonale –, les battles de danse du crew Juste debout et la nouvelle vague techno parisienne (Dement3d). Sans oublier les nuits Off au Rex Club ou à La Machine du Moulin Rouge, et le Weather Generation, minifestival éducatif pour beatmakers en herbe. Démesuré, généreux – le pari du Weather est excitant : Paris n’a plus à rougir, technococorico ! du 6 au 9 juin à Paris, au Bourget, à Montreuil et à Bobigny

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La Grande halle de la Villette donne une carte blanche au chorégraphe français Josef Nadj. Une reprise de son spectacle Les Philosophes, créé en 2001, est l’occasion d’observer la quête du sens et de l’origine d’un philosophe et de ses quatre disciples à travers une série de rituels drolatiques et mystérieux. Sa nouvelle création, Ozoon, prend quant à elle le rite comme sujet, en explorant la part animale qui subsiste encore dans l’être humain. Deux approches fortes d’une œuvre majeure de la danse contemporaine. T. Z. à la Grande halle de la Villette, du 16 au 28 juin PHOTOGRAPHIE > ROBERT MAPPLETHORPE

© robert mapplethorbe foundation

© guillaume murat

© severine charrier

> JOSEF NADJ

Robert Mapplthorpe, Lisa Lyon, 1982 Le Grand Palais s’offre la plus large rétrospective jamais consacrée au photographe américain Robert Mapplethorpe. En 1989, il meurt du sida à seulement 42 ans et laisse derrière lui une œuvre intense et prolixe, marquée par la quête perpétuelle de la perfection plastique. Il se place comme l’un des grands explorateurs du noir et blanc et parvient à conférer à ses natures mortes (crânes, fleurs) la même intensité érotique que celle des corps humains qu’il photographie souvent dans leur intimité la plus crue. T. Z. au Grand Palais, galerie sud-est, jusqu’au 13 juillet


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pré se nte

Court métrage

© perry curties

> ARCHIVE

© mathieu zazzo

Le groupe britannique Archive, découvert en 1996 avec Londinium, sort en mai un fascinant projet hybride baptisé Axiom, à l’image de leur musique au style composite (electro dark, rock progressif, trip hop…). À peine franchi le seuil de leur studio d’enregistrement, leur nouvel album en poche, ils ont décidé de réaliser les images qui vont avec. Cela donne un court métrage de quarante minutes, sélectionné au festival de Sundance cette année et diffusé ce printemps dans plusieurs salles de cinéma en Europe. MA. P. Axiom de Archive ([PIAS]) sortie le 26 mai

ELECTRO POP

Talisco

FESTIVAL

PAR MICHAëL PATIN

conceptualisée. J’essaie de travailler vite, dans l’urgence. Si je réfléchis trop, je me trompe. C’est pour ça que l’album s’appelle Run. » On est pourtant bien loin de l’esprit do it yourself du punk : produites « à 70 % à la maison et à 30 % en studio », avec le coup de pouce final d’Alex Gopher, ces onze chansons electro pop cinématiques, limpides et luxueuses viennent provoquer sur leur terrain les Anglo-Saxons postmodernes, de Two Door Cinema Club à Foals, en passant par Breton. Jérôme revendique quant à lui un album binaire et direct, « très peu joué, avec rien de jazzy, rien de fluide ». Les conditions semblent réunies pour un succès transversal, mais il refuse de s’enflammer. « Pour moi, réussir dans la musique, c’est me lever le matin et faire de la musique ». L’avenir appartient aux pragmatiques. Run de Talisco (Roy Music) Sortie le 19 mai

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mai 2014

© david ignaszewski - koboy

Dans la vie comme dans son projet artistique, Jérôme Amandi alias Talisco se décrit volontiers comme un mec « un peu terre à terre » qui a « besoin que tout soit carré ». Après avoir pratiqué assidûment la musique entre 11 et 20 ans, il est rentré dans le rang de sa génération précaire (un boulot dans la com’), mais la passion ne s’est pas éventée et, avant d’être trop vieux et fatigué, il s’est donné deux ans pour tenter sa chance. Depuis, il a trouvé une maison de disques (Roy Music), après une promenade de six mois dans l’antichambre de Sony, a sorti un EP (My Home, 2013), rempli La Maroquinerie, placé un titre, Lovely, sur la bande-annonce du film de McG, 3 Days To Kill, terminé un album et réalisé le court métrage qui va avec, sur la côte Ouest des États-Unis. De quoi coller des suées aux adeptes de la procrastination. « La musique que je fais n’est pas du tout

> AIR

AIR, ce sont les Assises internationales du roman, organisées depuis 2007 par la Villa Gillet et Le Monde aux Subsistances, à Lyon. Pour sa huitième édition, le festival propose notamment des lectures d’Olivier Py et de Dominique Blanc, un focus sur le prix Nobel de littérature Orhan Pamuk, plusieurs tables rondes – dont une sur « les jeunes romanciers face à la guerre » avec Delphine Coulin –, ainsi que des dialogues entre gens de lettres, par exemple sur le thème de « la trahison » avec Sofi Oksanen. T. Z. aux Subsistances (Lyon Ier) du 19 au 25 mai


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LES SALLES BASTILLE

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agenda MK2 bibliothèque

Du 12 au 19 mai Exposition : Godzilla MK2 HAUTEFEUILLE

© christine plenus ; d. r. ; rda / bca

Les 12, 19 et 26 mai à 18h Les lundis philo de Charles Pépin

Ci-contre : Deux jours, une nuit de Jean-Pierre et Luc Dardenne Ci-dessus, de haut en bas : 24 heures chrono (série télévisée) et 12 hommes en colère de Sidney Lumet

TROIS COULEURS PRÉSENTE

Cinéma-club

Sujets : « L’émotion esthétique peut-elle mentir ? » ; « Qu’est-ce qui dépend de nous ? » ; « Le travail peut-il être un plaisir ? » MK2 HAUTEFEUILLE

Jusqu’au 14 mai Cycle Xavier Dolan

Les samedis et dimanches en matinée MK2 bibliothèque

Du 19 mai au 11 juin Exposition

Autour du film Caricaturistes : Fantassins de la démocratie

PAR OLLIVIER POURRIOL

MK2 HAUTEFEUILLE

Nouvelle édition du cinéma-club de Trois Couleurs avec Ollivier Pourriol. Avant la projection d’un film en avant-première, le philosophe en décompose l’ADN en convoquant des extraits d’autres œuvres. En mai (date à venir sur notre site Internet), Deux jours, une nuit des frères Dardenne. Résumé de ce que l’on se racontera. – Deux jours, une nuit… Laisse-moi deviner. Un thriller américain ? Une femme a été enlevée. Sa famille a deux jours et une nuit pour trouver l’argent de la rançon avant l’exécution. Comme dans 24 heures chrono, mais en plus long. – En encore plus long, tu as 96 heures. Non, ce n’est pas un thriller. En même temps, c’est bien une histoire de temps et d’argent. Une jeune mère de famille vient de perdre son emploi à la suite d’un vote organisé par le patron de son usine. Ses collègues devaient choisir entre une prime de mille euros et le maintien de son emploi : ils ont choisi l’argent. C’est la rançon du capitalisme. – Deux jours et une nuit, c’est quoi, alors ? – Le temps qui lui reste pour aller voir chacun de ses collègues et essayer de les convaincre de changer leur vote. Ils sont seize. – Douze hommes en colère, plus quatre ? – Oui, dans l’idée. Mais chez Sidney Lumet, un homme seul parvenait à convaincre peu à peu les autres en déployant des trésors d’intelligence, d’énergie, de courage. Chez les Dardenne, c’est l’inverse. Marion Cotillard est vulnérable, démunie, au bord du gouffre. On a l’impression d’être dans un western où pour une poignée de dollars elle risque sa vie dans une série de duels insoutenables et désarmés. – D’un côté, son emploi et sa survie, de l’autre, une prime… – Et pour seule arme, sa faiblesse. Sa présence. Son visage. Le visage est un absolu, selon Lévinas. Ce film le prouve, encore une fois, de manière inoubliable. Deux jours, une nuit de Jean-Pierre et Luc Dardenne, sortie le 21 mai (Diaphana) Dates du cinéma-club à retrouver sur notre site Internet

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mai 2014

Le 20 mai à 14h Metropolitan Opera

Retransmission en différé de La Cenerentola de Gioachino Rossini MK2 BASTILLE, QUAI DE SEINE, BEAUBOURG, BIBLIOTHÈQUE, ODÉON & gAMBETTA

Le 20 mai à 20h et 22h Avant-première

Deux jours, une nuit de Jean-Pierre et Luc Dardenne MK2 beaubourg

Le 22 mai à 20h30 « Séances Phantom »

E muet de Corine Shawi, projection suivie d’une rencontre avec la réalisatrice MK2 quai de loire

Le 26 mai à 20h30 Rendez-vous des docs

Pork and Milk de Valérie Mréjen ; Mythologies de Pauline Horovitz MK2 beaubourg

Le 2 juin à 19h45 Avant-première

Mouton de Gilles Deroo et Marianne Pistone, en présence des réalisateurs MK2 beaubourg

Le 7 juin à 11h Festival « Parfums de Lisbonne »

Rédemption de Miguel Gomes, en présence d’invités surprise


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Trois Couleurs #121 mai 2014  

Illustration © Cruschiform pour Trois Couleurs // Rédacteur en chef : Etienne Rouillon // Rédactrice en chef adjointe : Juliette Reitzer //...

Trois Couleurs #121 mai 2014  

Illustration © Cruschiform pour Trois Couleurs // Rédacteur en chef : Etienne Rouillon // Rédactrice en chef adjointe : Juliette Reitzer //...