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LES CARNETS DE L’OBSERVATOIRE DEMOCRATIQUE EN COTE D’IVOIRE


LES CARNETS DE L’OBSERVATOIRE DEMOCRATIQUE EN COTE D’IVOIRE

LES 1ERS HABITANTS DE CÔTE D'IVOIRE Par Elisabeth Beugré dans OBSERVATOIRE DEMOCRATIQUE EN COTE D'IVOIRE (Fichiers) · Modifier le document · Supprimer Il est impossible de le dire. Des outils du Paléolithique et du Néolithique ont été trouvés... C’est une indication de niveau de civilisation, mais pas d’époque. L’Afrique noire est habitée depuis plusieurs millénaires, des témoignages hébreux, grecs, latins le prouvent. Mais il semble que ses différents groupes ethniques soient à l’origine venus du nord et plus particulièrement du Sahara. C’est la désertification progressive de celui-ci qui aurait entraîné un lent glissement de population vers le sud. Cette hypothèse ne paraît pas invraisemblable, si l’on pense aux migrations toutes récentes des nomades Peuhl du Sahel, venus s’installer dans le nord de la Côte d’Ivoire avec leurs troupeaux, à la suite de la terrible sécheresse que l’on connaît. Dans les régions de forêt, c’est-à-dire tout le sud, les traditions décrivent les habitants primitifs du sol comme étant de très petits hommes, bruns selon les uns, roux selon les autres. Ils n’auraient pas complètement disparu et seraient toujours les maîtres de la terre, si ce n’est sous une forme humaine, du moins en tant que génies, capables d’égarer ceux qui leur manquent de respect ou enfreignent leurs lois Les anciens habitants de Côte d’Ivoire (du 11ème au 18ème siècle) Personne n’a trouvé trace de ces négrilles. Pourtant une légende aussi répandue doit reposer sur une part de vérité. De plus, les Gagou, installés précisément dans une des zones où ils auraient vécu et qui se réclament d’une filiation avec eux, sont eux-mêmes des hommes de très petite taille et comptent parmi les plus anciens habitants de Côte d’Ivoire, au point d’être considérés comme des autochtones par beaucoup. C’est également le cas de Lorho, à qui est attribuée la fondation de Bondoukou, vers le début du XIème siècle (11ème) ou tout au moins d’un campement sur son emplacement. Ils y furent rapidement rejoints et soumis par les Koulango, probablement d’origine voltaïque, et qui durent arriver dans le nord-est de la Côte d’Ivoire au XIIème siècle (12ème). Les Koulango y fondèrent le très puissant royaume de Bouna, au nord de Bondoukou. Ils y sont toujours, malgré l’affaiblissement progressif de leur royaume et des invasions diverses. Dans l’ouest, les Dan ou Yacouba et les Koueni, rebaptisés en Gouro par les Baoulé qui devinrent leurs voisins bien longtemps après, sont considérés sinon comme autochtones - qui peut l’affirmer ? - du moins comme de très anciens habitants. Les Dida et les Adioukrou le sont aussi. Or tous habitent la zone de forêts et tous ont gardé le souvenir des vrais propriétaires du sol, c’est-à-dire des petits hommes préhistoriques. La date de l’apparition des Senoufo en Côte d ‘Ivoire est très controversée. Il semble en tout cas certain qu’elle remonte au moins au début de dernier millénaire (l’an 1000). Apparemment, d’après leur tradition, les pacifiques Senoufo n’eurent à chasser personne. Nulle trace de négrilles dans leurs récits qui, au contraire, s’accordent pour affirmer qu’ils trouvèrent le pays entièrement vide. Le fait d’avoir eu toute la place nécessaire explique peut-être leur organisation politique : fondée sur des communautés restreintes et disséminées, obéissant à un ordre social très structuré, sous la bonne garde de conseils d’anciens, elle s’est toujours fort bien passée d’un pouvoir centralisateur. Ces communautés occupèrent longtemps presque tout le nord de l’emplacement d’Odienné, à l’ouest, jusqu'à Bouna à l’est et à Bouaké au sud.


LES CARNETS DE L’OBSERVATOIRE DEMOCRATIQUE EN COTE D’IVOIRE Au XII ème siècle (12ème), ils fondent la ville de Kong et au XIVème siècle Boundiali, puis Korhogo, qui deviendront, le foyer de la résistance Senoufo contre les envahisseurs du Nord. Car pendant qu’ils vivent sans inquiétude, de pénibles événements se préparent pour eux, dès le début du XVème siècle. A cette époque, les Dioula, commerçants Malinké, sont déjà venus peu à peu de Haute Volta. Mais les invasions marocaines, qui atteignent la boucle du Niger, vont provoquer vers 1600 des migrations massives. Des bords du Niger, les Malinké vont descendre vers le sud et pénétreront en Côte d’Ivoire en plusieurs temps et par deux voies distinctes. Un premier tronçon, que l’on appelle toujours Dioula, part dans la même première direction que les premiers commerçants. Seulement, cette fois, ils bifurquent vers Kong où ils prennent le pas sur les Senoufo, au point de faire de la ville une métropole islamique dont les écoles coraniques jouiront jusqu’au XIX ème siècle (19ème) d’une très grande renommée. Au moment de leur arrivée, les Dioula, comme leurs frères Malinké, ne sont pas encore musulmans. Ils ne le deviendront que vers 1660, après la venue de quelques Mandé qui en peu d’années vont convertir leurs frères de race. Tous les Dioula ne sont pas arrêtés à Kong : certains continuent vers l’emplacement de l’actuel Mankono, au sud de Korhogo. Les Malinké qui entrent en Côte d’Ivoire par le nord-ouest sont beaucoup moins calmes que ces Dioula. Ils descendent jusqu'à Séguéla, chassent tous ceux qu’ils trouvent sur leur passage et se déchirent entre eux. Finalement, ce sont leurs esclaves Diomandé qui imposent Leur autorité sur toute la région, de Touba à Séguéla, tandis que d’autres familles Malinké font leur apparition du côté de la future ville d’Odienné, alors occupée par une population Sénoufo peu importante. A l’est de la Côte d’Ivoire, au Ghana, vivait le puisant groupe Akan. Au cours du XVI siècle (16ème), un de ses rameaux, les Abrons, quitte la région de Koumasi et arrive à Bondoukou. Ils soumettent sans tarder les Koulango, qui perdent la suzeraineté, dans la région, ainsi que les Dioula. Ceux-ci d’ailleurs s’en moquent, puisqu’ils n’ont jamais cherché à prendre le pouvoir. Echange de bons procédés : quand les Dioula, au XVIIème siècle (17ème), se convertiront à l’islam, les Abron laisseront faire et se contenteront de garder leur autorité politique et leurs croyances. La même pénétration va se renouveler, plus au sud, avec d’autres rameaux de la famille Akan, comme celui des Ashanti. Ce sont d’abord des Agni, qui se fixeront entre Aboisso et Abengourou, puis le très puissant et dynamique groupe Baoulé, dans le courant du XVIIIème siècle (18ème). Trouvant les régions de l’est déjà occupées par leurs cousins, ils vont, sous la conduite de leur reine, Pokou, continuer vers l’ouest et arriver devant la comoë qui les arrête. Pas pour longtemps. Le fétiche révèle à la reine que pour se concilier la faveur des dieux, il lui faut sacrifier son enfant. Ce qu’elle fait en s’écriant " Baouli ", c’est-à-dire ‘"l’enfant est mort". D’où le nom que prendra désormais ce peuple. Il ira s’installer, de l’autre côté de la Comoë, dans toutes les savanes du centre, repoussera les Sénoufo jusqu'à hauteur de Katiola, et formera un royaume très structuré, comprenant huit clans. Sur la côte, les Adioukrou, fixés le long de la lagune Ebrié aux alentours de l’actuel Dabou, vivaient au large et en paix, pour la bonne raison qu’autour d’eux le pays était vide. Tout au moins jusqu’au début du XVIIeme siècle (17ème). A cette époque, des migrations viennent petit à petit peupler les régions lagunaires, d’Aboisso à Grand-Bassam. Lorsque les premiers Européens commencent à pousser, en bateau, des reconnaissances le long du golfe de Guinée, ils trouvent installées toutes les ethnies groupées maintenant sous l’appellation de Lagunaires. Cette installation ne s’est pas faite en un jour, ni sans batailles : les nouveaux arrivants se sont succédé en trois vagues qui se superposaient ou se chassaient mutuellement. En tout cas, ils finissent par se stabiliser sur la côte est jusqu'à l’embouchure du Bandama.


LES CARNETS DE L’OBSERVATOIRE DEMOCRATIQUE EN COTE D’IVOIRE Venant de l’est, sans doute ne connaissent-ils rien du groupe des Krou, qui, presque en même temps, faisaient la même chose qu’eux, mais en sens inverse, puisqu’ils étaient originaires du Libéria. Ces Krou trouvèrent eux aussi les même petits hommes dont les Gagou, les Adioukrou et les Dan gardent le souvenir, et probablement les chassèrent ou les exterminèrent. Quand ils parvinrent au Bandama, ils aperçurent, de l’autre côté du fleuve, les ethnies Lagunaires qui y campaient. On s’observa .... et on en resta là, car l’issue d’un affrontement semblait incertaine au deux groupes. Les nouvelles migrations Krou, ne trouvant pas de place sur la côte, remontèrent dans les forêts, chassèrent encore un peu plus les pauvres petits hommes rencontrèrent les Dida, les Gagou, les Gouro, les Dan qu’ils repoussèrent vers le nord et le centre. Après quoi, peu à peu ils se divisèrent en grandes familles, telles que les Bakoué, les Beté, les Godié, les Wobé et les Gueré. Site Web officiel de la côte d'Ivoire - Tourisme (2005)

Eclairage sur l’histoire précoloniale des Baoulé de Côte d’Ivoire Par Elisabeth Beugré dans OBSERVATOIRE DEMOCRATIQUE EN COTE D'IVOIRE (Fichiers) · Modifier le document · Supprimer En "butinant" ici et là j'ai eu le plaisir de trouver cette article très détaillé, qui je l'espère aidera à "éclairer" la lanterne de plus d'un en la matière... Le Peuple Baoulé ou devrait déjà dire Assabou? Bonne lecture ! Eclairage sur l’histoire précoloniale des Baoulé de Côte d’Ivoire ALLOU Kouamé René (UFR Sciences de l’homme et de la société, département d’histoire) (http://www.histoire-afrique.org/) Résumé L’histoire des Baoulé a encore des points d’ombres qui ont besoin d’être élucidés. On peut citer la question des périodes exactes de leurs migrations et de leurs peuplements. Comment les Assabou qui sont à la base de la naissance du peuple baoulé, ont abandonné le twi-ashanti pour la langue baoulé une variante de la grande langue agni. De la problématique de l’existence d’un Etat baoulé. De la période à laquelle situer la guerre des Baoulé contre leurs voisins Agni du Moronou. De la question du peuplement du baoulé-sud et de la diffusion des hommes dans tout l’espace baoulé. Voici autant de questions auxquelles notre article s’attache à trouver des réponses, qui sont différentes de celles de nos devanciers. mots-clés : Baoulé, Assabou, migrations, peuplements, Etat. Cet article qui sera scindé en deux publications est consacré à l’étude des migrations et du peuplement de l’espace baoulé au XVIIIe siècle. Une deuxième publication concernera la diffusion des populations dans l’espace baoulé entre 1730 et le XIXe siècle. Les Baoulé occupent le centre de la Côte d’Ivoire actuelle. Leur territoire a une forme triangulaire dont la hauteur pointe vers le sud, dans le bas-Bandama. C’est la région au confluent du Bandama et du Nzi. La base, dans la partie septentrionale, s’étend aux régions de Béoumi, Bodokro, Bouaké, et Mbahiakro. Leur espace géographique va des rives du Bandama à l’ouest, aux rives du Nzi à l’est. Les zones occupées par les Baoulé Ayaou, Yaourè, Suamenle et Elomouen débordent à certains endroits le fleuve Bandama sur son flanc occidental. Des Baoulé Ahali, Faafoè et Sono ont leurs terroirs qui vont légèrement au-delà du flanc oriental du Nzi, un affluent du Bandama. Le peuple baoulé s’est formé entre le XVIIIe et le XIXe siècles. Son histoire est donc récente. Et pourtant, il y a beaucoup de points d’ombres dans la connaissance de son passé. Les questions chronologiques sur les périodes de ses migrations et de son peuplement sont à clarifier. L’on a


LES CARNETS DE L’OBSERVATOIRE DEMOCRATIQUE EN COTE D’IVOIRE admis sans preuve que les migrants de souche akan n’étaient pas nombreux, et cependant les sous-groupes baoulé sont presque tous de souche akan, nonobstant les éléments non akan qui ont été intégrés dans les ensembles familiaux. Notre article identifiera les différents sous-groupes baoulé, la question de leurs migrations et de leurs peuplements, mais identifiera aussi les peuples pré-baoulé. Comme nous l’avons indiqué, la question de l’existence d’un Etat baoulé, du peuplement du baoulé-Sud seront abordés dans la publication suivante. Timothy Claude Weiskel posant le problème de l’histoire pré-coloniale des Baoulé écrivait. « A great deal of work remains to be done on the precise mechanism of expansion and

assimilation which were at work over the course of early Baule history, but research in this direction would seem to hold out the most promising requests for a more complete understanding of Baule pre-colonial history » [1].

L’auteur pose le problème des connaissances de l’histoire pré-coloniale du peuple baoulé, des mécanismes de sa formation, de son expansion. Notre article aborde ces questions en y apportant un éclairage nouveau par rapport aux travaux de nos devanciers. La formation du peuple baoulé est le résultat d’un processus dont il faut dénouer les nœuds et classer de manière adéquate les pièces du puzzle, si l’on veut en avoir une idée claire. Pour résoudre les questions chronologiques sur les migrations, nous aurons recours aux sources écrites hollandaises. Nous utiliserons les traditions orales des Baoulé eux-mêmes, mais aussi des Suamara de Dadièsso, des Ashanti de l’Ahafo, des Agni Béttié, des Sahié de Bosomoaso et de Wioso et des Brong de Doma. Ces traditions orales permettent d’éclaircir certaines questions. Nos devanciers n’ont jamais eu recours aux sources écrites hollandaises ni à autant de sources orales de peuples akan voisins. Il faut équilibrer les données de la tradition orale des Walèbo du lignage Agoua, dont Maurice Delafosse s’est largement fait l’écho, avec les traditions orales des autres sous-groupes baoulé. En effet, certains sous-groupes comme les Aitou, les Ngban, les Suamenle, les Agba, ont vécu des évènements historiques particuliers dont il faut tenir compte en s’appuyant sur leurs propres traditions orales. Il ne faut pas oublier de placer l’histoire des Baoulé dans celle plus vaste du monde akan, entre les XVIIIe et XIXe siècles. Nous étudierons ici les migrations et le peuplement de l’espace baoulé ainsi que sur la diffusion des hommes dans ce nouvel espace. I-LES DIFFERENTES PHASES DES MIGRATIONS ET DU PEUPLEMENT DE L’ESPACE BAOULE au XVIIIe SIECLE. La gestation du peuple baoulé prend forme avec le peuplement Assabou, donc des groupes qui ont migré sous la direction de la reine Abraha Pokou. Cependant le pays était déjà riche en occupations humaines dont il convient de présenter les peuples qui en sont les auteurs ; bien que, pour certains auteurs, cela précède le début du cadre chronologique que nous avons fixé. Nous ne serons pas prolixe sur les peuples pré-Assabou qui n’appartiennent pas au continuum culturel akan, car la naissance du peuple baoulé est avant tout l’œuvre de migrants akan. A- LES POPULATIONS PRE-ASSABOU a- Sénoufo (Tagbana, Djimini) Kpanlan, Djamala Des groupes Sénoufo divers peuplaient le futur espace baoulé, particulièrement les Babaala communément appelés Tagbana dont l’aire d’occupation était assez vaste, s’étendant vers le sud de la région de Bouaké jusqu’à la hauteur de Tiébissou depuis des zones plus au Nord comme l’actuel Worodougou, Kong et Katiola [2]. Ils ont des descendants qui ont été phagocytés dans les unités familiales des Baoulé Goli, Satrikan, Faafoè, Bro et Ahali [3]. Il en fut de même pour des Djimini, des Kpanlan (Koulango) et des Djamala [4]. Dans le Djamala vivaient des populations Gour, Mandé et plus proprement Malinké à l’ouest du terroir baoulé Goli. b- Les Kouéni (Gouro) et Wan Les Kouéni et les Wan sont des Mandé-sud. Le foyer des Kouéni s’étendait le long du Bandama sur les deux rives. Les Wan vivaient à l’Ouest de la zone baoulé Kodè. Les Kouéni ont été repoussés vers les rives Ouest du fleuve, mais ceux qui ont été capturés ont été intégrés aux familles baoulé. Les Wan ont subi le même sort.


LES CARNETS DE L’OBSERVATOIRE DEMOCRATIQUE EN COTE D’IVOIRE Les traditions orales des Baoulé foisonnent de récits sur les guerres livrées aux Gouro pour s’emparer de leurs terres et capturer des hommes [5]. Il faut relever que ces peuples qui n’appartiennent pas au monde culturel akan n’ont pas donné de sous-groupes baoulé. L’inexistence chez eux de sièges qui fondent la personnalité des lignages, explique peut-être cela. Par contre les populations pré-baoulé de culture akan ont formé des sous-groupes baoulé. C’est le cas des peuples issus de la migration que nous appelons la migration Akpafou - Ga Krobou - Adele -Avatime. c- Akpafou (Akpatifoè, Battrafoè, Mamala), Ga (Ngen), Krobou (Akrowou, Goli), Gbomiun. Peuplement provoqué par l’expansion akwamou (1660-1689) Il existe des populations pré-baoulé dont l’identification a souvent posé problème. Or il suffisait de se référer aux traditions orales d’Ores Krobou dans la région d’Agboville, pour venir à bout de cette difficulté. Parmi eux, les Ngen de la région de Mbahiakro et du pays Ano où, ils disent qu’Adi Bilé est l’ancêtre fondateur de leur siège [6]. Les Ngen sont à tort assimilés à des populations d’origine mandé. L.G. Binger les appelle Gan-ne. Ils sont, disait-il, les anciennes populations de l’Ano, habitant aussi les confins du Baoulé [7]. Outre les Ngen, les Goli, les Akpatifoè (Akpatou, Akpo, Akpati), les Akrowoufoè (Akrowou), les Gbomi, les Battrafoè (Battra, Asrin), les Mamala (Wamala) sont des populations préAssabou [8]. Les traditions d’origines contradictoires que M. S. Bamba a recueillies auprès des Battrafoè ne le sont qu’apparemment. En effet, les Battrafoè de Tiassalé se donnent une origine céleste, tandis que ceux d’Elosso disent venir de Comoénzi (de l’Est du Comoé) [9]. C’est à juste titre que les informateurs de M.S. Bamba précisent que le nom Battra se prononce en réalité kpatlan [10]. Le lien étymologique entre kpatlan et (a)kpati se voit aisément, de même que celui entre battra et mamala car /b/ est allophone de /m/. Quelles sont donc ces populations pré-Assabou qui affirment que leurs ancêtres sont descendus du ciel ? C’est un indice important que clarifient les traditions orales Krobou d’Ores Krobou. Le clan Nzomon de ce village évoque une origine céleste en ajoutant que l’ancêtre Adjé Menimbou détenteur d’un siège a trouvé dans le pays les autochtones Kpaman. Les membres du clan Dabou venus du pays Krobo sous la direction de l’ancêtre Dibo Ayewra ont donné à la région le nom de leur terre d’origine [11]. Adjé Menimbou exercera dans la région une tyrannie telle que les populations se disperseront. Les Kpaman s’en allèrent à Boussoukro [12]. Ce village n’est autre que Boussoue qui, est justement peuplé par des Battra. Kpaman signifie peuple Kpa ou Akpati. Les Ega se réfugièrent dans le pays Dida d’où ils tentèrent en vain de revenir à Ores Krobou. A partir d’Ores Krobou, les Kpaman s’implantèrent dans le Bas-Bandama où ils donnèrent naissance aux Battra, aux Akpatifoè et aux Mamala ou Wamala dont certains habitent Wamalakpli et occupent l’axe Toumodi-Tiébissou [13]. Des Krobou quittent Ores Krobou pour s’installer aussi dans le Bas-Bandama. Le fait que des Akpati et des Akrowou se soient retrouvés ensemble dans le bas-Bandama est révélateur de l’histoire commune qu’ils ont vécu à Ores Krobou. Une fraction des Krobou, les Goli s’installera à Goliblenou. Goli est une déformation de Kloli, nom par lequel se désignent les Krobo du Ghana actuel [14] Les Krobo du Ghana actuel situent leur origine à Tugulogo près des collines de Lolovo [15]. Les Ngen sont en réalité des Ga qui ont fui eux aussi le despotisme d’Adjé Menimbou pour se fixer dans la région de Mbahiakro et dans l’Ano. D’autres vont se retrouver en milieu Krou-Dida dans l’enclave Ega. Les traditions orales des Ega confirment nos thèses. Elles disent que les populations des villages de Dumbaro, Guawan, Dairo, Guiguedougou, Didizo, viennent du pays Ga. Les Edele de Labodougou se réclament du Mono, région située entre l’actuel Togo et l’actuel Bénin (ex Dahomey) [16]. Il s’agit donc des Adele-Avatime, populations Guan qui vivent dans la vallée de la Volta et du moyen Dahomey. La migration Akpati, Ngen, Krobou, s’est produite suite à l’expansion de l’Etat Akwamu qui commence dès 1660 par la prise de Grand Accra (Ayawaso) la capitale des Ga et l’annexion de Petit Accra (Accra) sur le littoral [17]. Les Guan du sous-groupe Kpesi qui vivaient dans les plaines d’Accra ont été touchés par ces guerres [18].


LES CARNETS DE L’OBSERVATOIRE DEMOCRATIQUE EN COTE D’IVOIRE A partir de 1677, les Akwamu étendent leur domination à toute la vallée de la basse Volta, aux plaines de l’Afram et aux escarpements de l’Akwapem [19]. Ces évènements majeurs de l’histoire du Sud-Est de la Côte de l’Or ont provoqué la migration de populations Ga, Krobo, Adele-Avatime, Akpafu et Akan de souches Akwamu, Kwahu, Akyem vers la Côte d’Ivoire. Ces migrants Ga, Krobo, Akpafu donneront successivement en Côte d’Ivoire les Ngen, Ega/Krobou, Akrowou, Goli/Akpati, Akpatifoè, Battra, Wamala. Les Akpafu sont des Guan du pays Buem. Ils habitent le district actuel de Kawu dans la vallée de la Volta [20]. Ils sont aussi appelés Mawu et l’individu membre de leur ethnie est appelé Owu. Les AdeleAvatime qui sont également des Guan portent le nom Kèdane. Ceux d’entre eux qui peupleront l’Ega en Côte d’Ivoire sont justement appelés Edele. Toutes ces populations une fois en Côte d’Ivoire, créeront leur premier grand foyer de peuplement à Ores Krobou, avant de se disperser dans les régions environnantes à cause de la mauvaise gouvernance d’Adjé Menimbou. Il s’agit du Bas-Bandama, du pays Ega, de la région de Mbahiakro de l’Ano, et du futur Baoulé Nord. Les Ga et les Krobo ne sont pas originellement de culture akan, mais ils ont subi l’influence de la culture akan à cause de la proximité des Akwamu, Akyem, Kwahu et Guan. Ceux qui arrivent donc à Ores Krobou sont très « akanisés », quoi que leurs ascendants relèvent de la culture Ga-Adangbe. Parmi les peuples qui ont précédé les Assabou, il y a les Alanguira. d-La guerre ashanti-denkyira et le peuplement Alanguira (Denkyira) Une migration akan provoquée par des guerres entre Ashanti et Denkyira sera à l’origine du peuplement alanguira dans le futur baoulé. Ce conflit commencé en 1699, restait encore sans dénouement l’année suivante durant laquelle, les chefs denkyira se rendent à la conférence de paix convoquée à El Mina par le gouverneur de la compagnie des Indes Occidentales en Côte de l’Or, Van Sevenhuysen [21]. Deux batailles décisives en 1701, la première à Edunku puis à Feyase voient la déroute des armées denkyira [22]. Malgré la mort tragique du roi Ntim Gyakari, les Denkyira, avec à leur tête Badu Akrafi Brempon, résistent désespérément, mais ce dernier est capturé à son tour par les Ashanti. La migration denkyira se fera alors de façon massive dans toutes les directions. Vers Mpoho dans le Wassa, en Akyem et sur la côte. Une partie importante des migrants passe par les territoires de l’Aowin et du Sefwi pour s’établir définitivement dans le futur baoulé. Ce fut le peuplement alanguira qui se fera entre 1701 et 1706. De nombreux migrants passent le Comoé en amont de Katimanso à Gblagblaso. Certains franchissent le fleuve plus au nord vers la région de Kong comme ce fut le cas des Satrikan, traversent le pays Tagbana pour s’installer à Krofouesso sous la direction de Nana Becoin [23]. Des Alanguira du sous-groupe Ano-Abè essaiment depuis les confins du futur Ndenian et Djuablen avec une forte concentration autour de Katimanso. Les Ano-Abè ou Abè ne doivent pas êtres confondus avec les Abè lagunaires de la région d’Agboville. Le nom abè est lié au palmier à huile et fut utilisé pour désigner les rois ano-abè. Cela est lié au fait que la famille royale denkyira est de matriclan Agona dont le symbole est le palmier à huile [24]. Les villages créés autour de Katimanso sont notamment Douffrebo, Gbeleso et Atrenou. Une fraction des migrants sous la direction d’Alui Ndohou, les Dumnihene, va à Wobèso où elle s’attèle à organiser un royaume, l’Ano. Le nom Ano ou Ando vient de mot twi Adom/Adum qui signifie « guerre ». D’autres Alanguira s’installent dans les régions de Daoukro, Ouéllé, Bocanda, Katiénou et Agba Onglessou [25]. Ils se répandent dans les zones de Bouaké et de Tiébissou. A Katimanso vivent trois clans ; celui des Eloa Ndohou, on reconnaît là l’ancêtre des Dumnihene, celui des Asewè, détenteur du grand tambour et le clan Sopié ou Kpanyi Kpen qui parle d’une origine céleste, donc sans doute des éléments du peuplement akpafu-ga-krobo. Les fondateurs du royaume ano entretenaient des relations étroites avec leurs frères installés dans les régions environnantes ; si bien qu’au moment où arrivent les Assabou, Alui Ndohou se rend à Niamonou pour conclure une alliance avec la reine Abraha Pokou au nom de tous les Alanguira. Voilà comment s’explique le passage d’Alui Ndohou à Niamonou que les traditions orales ano soulignent avec force détails [26]. Les Alanguira de l’Ano étaient les mieux organisés et leur roi Alui Ndohou jouissait d’une certaine autorité auprès des autres Alanguira. L’alliance entre Alanguira et Assabou fut un


LES CARNETS DE L’OBSERVATOIRE DEMOCRATIQUE EN COTE D’IVOIRE « modus vivendi » conclu entre deux peuples qui s’étaient naguère livrés une guerre impitoyable. En effet, les Alanguira sont d’origine denkyira tandis que les Assabou sont d’origine ashanti. Les stigmates de la guerre entre leurs peuples d’origine respectifs restaient vivaces dans les mémoires. Certains comme Alui Ndohou et ses compagnons avaient pris part à ce conflit. Il est inexact de penser que les Assabou se sont imposés par la force aux Alanguira ou que les Ano ont été sujets de l’Etat baoulé [27]. Il y a eu simplement une alliance qui a permis une coexistence pacifique entre les Alanguira et les Assabou. B- LE PEUPLEMENT ASSABOU Afin de mieux saisir les tenants et aboutissants de la migration et du peuplement assabou, et surtout à l’époque à laquelle ils se situent, il est nécessaire de se référer à des repères chronologiques de certains évènements historiques sans lesquels, les fils sont impossibles à dénouer ne laissant le choix qu’à de veines hypothèses. a- Repères chronologiques 1- La mort d’Osei Tutu et l’accession au pouvoir d’Opoku Ware Amankwa Tia Panyi et ses troupes seront rappelés à Kumase par le roi Osei Tutu au moment où la guerre entre l’Ashanti et l’Aowin faisait encore rage. Le souci de mettre fin à la menace des Akyem soutenus par quelques irréductibles denkyira explique cette décision. En octobre 1717, les sources hollandaises font état de la mort du Zaay (Osei Tutu) tué pendant l’une des batailles de la guerre contre les Akyem [28]. Priesley et Ivor Wilks soutiennent qu’Osei Tutu serait mort en 1712, et que ce fut son successeur dont le nom est éliminé par la tradition orale, qui meurt dans l’affrontement contre l’Akyem en 1717. Or les traditions orales ashanti lient la mort d’Osei Tutu à sa guerre contre les rois Owusu Kyem Tenten de l’Akyem Abuakwa et Ofosu Apenten de l’Akyem Kotoku. Selon les coutumes ashanti quand un roi est éliminé de la liste officielle des rois, c’est dire que son règne est jugé négatif, et il ne peut être l’objet d’une quelconque vénération. Or à cause du décès d’un roi ashanti dans le Pra au cours d’une bataille contre les Akyem, la coutume prescrit que le roi ashanti régnant ne doit plus voir les eaux de ce fleuve. C’est dire qu’un roi éliminé de la liste officielle des rois n’a pas pu bénéficier d’un tel hommage. En outre les traditions orales affirment que l’héritier direct d’Osei Tutu est Opoku Ware [29]. La succession d’Osei Tutu va engendrer une guerre civile de laquelle disent les sources écrites, l’héritier du Zaay est sorti victorieux à la fin d’octobre 1718 [30]. Or l’historiographie place le début du règne d’Opoku Ware en 1720 [31]. Si Opoku Ware sort vainqueur de la lutte contre ses adversaires dès octobre 1718, pourquoi aurait-il attendu deux années entières avant de se faire introniser ? Surtout que la menace akyem était pendante. Différents noms sont avancés quant aux protagonistes d’Opoku Ware à savoir Dakon, Boa Kwatia, Okukuadani [32]. Ce débat n’est pas fondamental parce qu’il y a souvent plusieurs candidats potentiels au trône d’or des Ashanti. Les affrontements contre les Akyem reprennent en 1718 et les Ashanti ont sans aucun doute mené cette guerre avec un roi à leur tête. La coutume akan veut qu’il soit vite intronisé un nouveau roi quand le précédent meurt et que la guerre se poursuit [33]. La guerre civile pour la succession d’Osei Tutu a duré d’octobre 1717 à la fin du même mois de l’année 1718. Opoku Ware est aussitôt intronisé et la guerre contre les Akyem reprend. Ebiri Moro, un guerrier aowin, en profitera pour lancer un raid meurtrier contre Kumase. Nous reviendrons sur cet évènement important. C’est donc bien la lutte pour succéder à Osei Tutu qui sera à l’origine du départ des Assabou du pays ashanti et de leur refuge dans un premier temps en Aowin. 2- La guerre ashanti-aowin entre 1715 et 1721. Cet événement est fondamental pour situer non seulement la période des grandes migrations assabou mais aussi agni. En effet les Assabou s’étaient réfugiés en Aowin dès 1718 sans doute pendant le mois de novembre ou de décembre, car en octobre Opoku Ware monte sur le trône ashanti. Butler, l’agent hollandais, écrit les 1er février et 8 mai de l’année 1722, au sujet de cette guerre ashanti-aowin, qu’elle a abouti à l’exode massif des populations de l’Aowin.


LES CARNETS DE L’OBSERVATOIRE DEMOCRATIQUE EN COTE D’IVOIRE Le document dit en substance : « L’Ouwien, l’Assiantijn, l’Accanie et l’Akim, se sont engagés dans des guerres ininterrompues et

interminables, qui ont enfin abouti à un engagement décisif dont les Assiantijnse sont sortis triomphants. Mais c’est l’Ouwien, la contrée la plus riche en or, qui a le plus souffert : sa population a été dispersée par les Assiantijnse et elle a été chassée de son pays » [34].

Voilà qui nous replace à la période vraie de la grande migration aowin dans laquelle est incluse celle des Baoulé Assabou. Le moment fatidique de la grande offensive ashanti de 1721 donnera le signal du départ massif des Agni et des Baoulé Assabou qui vivent alors en Aowin comme réfugiés. La guerre entre l’Ashanti et l’Aowin a débuté en 1715. Osei Tutu entendait manifester son mécontentement à l’endroit du roi Ano Asema qui avait accordé l’asile au corps expéditionnaire ashanti après la destruction d’Ahwene Koko. L’attaque d’Ahwene Koko, capitale du royaume Wenchi, entrait dans le cadre de la guerre d’Abessim qui a opposé les Ashanti aux futurs fondateurs des royaumes Abron-Gyaman et Doma en 1714 [35]. Les Aowin ont bravement repoussé l’attaque ashanti de 1715. Le document hollandais à ce propos dit ceci : « On apprit de très bonne source que les Ouwien ont bravement repoussé les Assiatyns. » [36]. Comme cette source l’indique, la première attaque ashanti contre l’Aowin s’est soldée par un échec. Or l’historiographie sur la base d’une supposée victoire ashanti, situe la migration aowin en 1715. En réalité, la seule mesure que prend le roi de l’Aowin Ano Asema, est de charger les futurs Agni Sanvi et leur chef Amanlaman Ano de rechercher une zone de repli �� l’Ouest du royaume si d’aventure un revers militaire survient. L’attaque ashanti d’octobre 1715 est donc repoussée et le 27 janvier 1716, un armistice est conclu entre les belligérents [37]. Les Aowin mettent à profit ce moment de trêve pour activer l’achat des armes à feu. Mais en mars 1718, ils rompent la trêve et Ebiri Moro à la tête de leurs armées, lance une expédition contre Kumase où il ne rencontre aucune résistance, les Ashanti étant occupés à leur guerre contre l’Akyem [38]. C’est trois ans plus tard soit en 1721 que les Ashanti ripostent par une attaque massive et parviennent enfin à vaincre l’Aowin [39]. La grande migration des populations de l’Aowin (Agni, futurs baoulé assabou et les Akyé qui se sont rassemblés à Asseudji) a donc commencé en 1721 pour s’achever vers 1725. 3- Traditions orales des Suamanla de Dadièsso et des Ashanti de l’Ahafo Les Suamanla de Dadièsso disent que leurs ancêtres sont des Ashanti originaires de Kokofu Kenyanse qui, sur ordre du roi Opoku Ware, pourchassaient Ebiri Moro coupable d’avoir attaqué Kumase et fait assassiner la reine-mère au moment où les Ashanti guerroyaient contre les Akyem. Ils avaient à leur tête deux chefs guerriers nommés Nana Yentumi et Kwasi Nyandakyi. Ils ont rencontré dans la région de Dadièsso des Baoulé gouvernés par Tano Adjo et des Akyé dont le chef s’appelait Oben Aka. Le village où résidait Tano Adjo se nommait Ahali [40]. Ce personnage n’est autre que la fondatrice du royaume Elomouen de Tiassalé, présentée comme une parente directe de la reine Abraha Pokou [41]. Voilà qui une fois encore, confirme ma thèse au sujet de la période et des évènements qui provoquent la migration assabou. Les traditions orales des Ashanti de l’Ahafo précisent que ce territoire qu’ils occupent a été annexé au détriment de l’Aowin par Opoku Ware qui y a placé des contingents chargés de veiller à la docilité des aowin et de faire la chasse pour le bénéfice de la cour royale. Les guerriers ashanti arrivés dans cette région pourchassaient Ebiri Moro [42]. La conquête de l’Aowin par l’Ashanti s’est donc faite sous Opoku Ware provoquant la migration des futurs baoulé assabou et de leurs hôtes agni. L’expulsion des Ahali un peuple qui s’est intégré à la fois à l’ethnie agni et à l’ethnie baoulé témoigne de cette réalité historique [43]. 4- L’expédition ano (tiokossi) dans le Sansani Mango


LES CARNETS DE L’OBSERVATOIRE DEMOCRATIQUE EN COTE D’IVOIRE Cette expédition s’est déroulée à partir du pays ano et comprenait des aventuriers de souches diverses, mais principalement ano et des éléments baoulé assabou [44]. Elle a abouti à Kunkum (Kunjogu), actuel Sansani Mango [45]. En se référant au Kitab Ghunja, l’on situe l’expédition tiokossi en l’an 1751 de l’ère chrétienne [46]. Il faut ici comprendre que les Baoulé sont dans leur nouvel espace depuis quelques années déjà , et certains peuvent à nouveau, en compagnie des Ano, se lancer dans une nouvelle aventure. 5-Les ambassadeurs Asandrè à Niamonou La tradition des Baoulé Assabou soutient qu’une ambassade ashanti avec à sa tête Asante Yeboa s’est rendue à Niamonou, où elle fut reçue par Bouanli Abo la reine mère des Faafoè et par Malan Kpandji le chef des Sa (Safoè) du Ndranouan. Elle venait au nom du roi Opoku Ware, demander le retour des Assabou en Ashanti [47]. Devant le refus des Assabou d’accéder aux souhaits du monarque ashanti, il fut demandé à ces envoyés de s’établir dans le baoulé afin d’échapper aux foudres de leur maître pour avoir échoué dans cette mission. Cette tradition confirme que le départ des Assabou du pays ashanti fait suite à la lutte pour succéder à Osei Tutu, et non à celle pour succéder à Opoku Ware. Ces Ashanti postérieurement établis dans le baoulé ont créé le village nommé Asandrè. b- Quelques faits historiques à élucider 1- Les points de passage des migrants Tous les Assabou n’ont pas franchi le Comoé par les rapides de Malanmalanso dans le pays agni béttié. Certains sont passés en amont du fleuve et d’autres en aval. D’après la tradition orale de Béttié le nom véritable de Malanmalanso est Njelieso [48]. C’est déjà un indice qui permet de douter de la thèse qui fait de Tiassalé une étape commerciale du peuplement assabou. En outre, des Ahua qui se sont directement installés dans le bas-bandama, ont été les compagnons d’exode des Ahali fondateurs de Tiassalé et dirigés par Tano Adjo. La fraction des Ahua qui a migré sous la conduite d’Adjoka Panyi dit avoir franchi le Comoé au lieu appelé Ahouamalan qui est différent de Malan malanso [49]. Il faut avoir à l’esprit que les migrants ont fait des détours, si bien que c’est en plusieurs points de passages qu’ils ont franchi le fleuve Comoé. 2- A propos du nom baoulé L’explication donnée au nom baoulé de loin la plus connue est celle de Maurice Delafosse. Elle est liée à la légende de l’enfant de la reine qui, sera sacrifié aux esprits des eaux du Comoé pour permettre le passage des migrants. Le peuple prend alors le nom « Baouli » qui signifie l’enfant est mort [50]. C’est une légende, et nous la prenons comme telle. J.N. Loucou explique le nom baoulé en ces termes : « Quel drame que d’enfanter et d’infliger la mort » [51] Cette version est plus raffinée, mais n’est pas fondamentalement différente de la première car, elle fait référence au sacrifice de l’enfant. Des cartes anciennes permettent d’affirmer que le nom baoulé a existé longtemps avant la migration assabou [52]. Elles font état de Bacorees, une zone du nord de l’Aowin où furent sans doute installés les Assabou par les Agni, de sorte que cet endroit a donné son nom à ces nouveaux habitants. Une explication plausible du nom baoulé est celle-ci : « Ba » [53] veut dire enfant ou noble. Son pluriel est « Wa ». « Wole » signifie naissance ou accouchement. Baoulé peut donc signifier de naissance noble. 3- Identification des groupes de la migration assabou et faits historiques les concernant Les groupes baoulé qui appartiennent à la migration assabou sont les suivants : Walebo, Faafoè, Safoè, Ahali, Nanafoè et Nzipri. Les Suamenle relèvent de cette migration, mais leur cas est particulier, car ils sont des Suamanla qui ont pourchassé les Ahali jusqu’à ce nouvel habitat qu’est le bas-bandama. Après la traversée du Comoé, les migrants qui ont suivi la reine Abraha Pokou se sont rassemblés à Niamonou et en général dans le Ndranouan. D’autres comme les Ahali dirigés par Tano Adjo et les Nanafoè se sont installés dans le bas- bandama. Les Nanafoè


LES CARNETS DE L’OBSERVATOIRE DEMOCRATIQUE EN COTE D’IVOIRE sont une fraction du peuple Ahua [54]. En cela, l’histoire des Nanafoè du baoulé est liée à celle des Agni Ahua. A la suite de querelles intestines avec les Ahali de l’Elomouen, des Nanafoè reçoivent de la reine Akoua Boni, l’autorisation de s’installer aux environs de Tiébissou [55]. Ces querelles poussent d’autres Ahua à quitter Tiassalé pour fonder Ahua sur le cours inférieur du Bandama [56]. Cependant des Ahua sont démeurés à Tiassalé où, ils forment le groupe Mandou. Mais leur direction politique se trouve à Ahua. Sans doute au lendemain de la conquête de la région au détriment des Battrafoè, une lutte pour le pouvoir s’est engagée entre Ahali et Ahua. C’est pendant le règne de Kadia Sèmou deuxième successeur de la reine Tano Adjo, que le conflit s’est accentué, poussant Tano Aka le chef des Ahua à s’en aller avec ses partisans pour créer le village d’Ahua [57]. Ce sont les Ahali qui ont eu le dessus, car le siège principal du royaume Elomouen porte le nom Tano Adjo. Les ancêtres des Nanafoè d’après les récits allaient à moitié nus, arborant un tison ardent, attitude révélatrice du matriclan auquel ils appartiennent, celui des Aduana (Abrade, Ahua, Sawua). Ces derniers sont vus comme les premiers habitants de la terre dans le monde akan, d’où le nom Nanafoè (ancêtres) attribué aux Baoulé d’origine Ahua. Les Baoulé Ahali et Safoè, ont indubitablement une partie de leur histoire qui est commune d’avec celle des Agni Ahali. Le peuple Ahali s’est donc intégré aussi bien à l’ethnie baoulé qu’à l’ethnie agni [58]. Les Safoè ont suivi la reine Abraha Pokou dans le Ndranouan. Parmi leurs dirigeants, l’on cite le chef Malan Kpandji et l’aÏeule Moo Tenin [59]. Le nom Sa/Safoè trouve sa véritable explication en Twi. Il signifie « guerre/guerriers ». Le nom Ahali a pour racine Aha, terme qui sert en baoulé à nommer les Ashanti ou le pays ashanti en général. Les Ashanti eux-mêmes appellent / aha / la chasse, d’où le nom Ahafo donné aux Ashanti chargés par Opoku Ware de fournir la cour royale en gibier, après l’annexion de l’Ahafo territoire anciennement aowin. Le baoulé-sud a été peuplé directement à l’aube de l’exode assabou. Des Ahali et des Ahua s’y sont installés pour créer le royaume Elomouen. C’est l’expédition d’Adjé Boni dans le basbandama qui a fait dire que Tiassalé est né d’une étape commerciale alors qu’il n’en est rien. Adjé Boni a été chargé par la reine Akoua Boni de porter secours aux Elomouen victimes d’agresseurs venus de l’Est dont les traditions orales disent qu’ils étaient des Nzandrè (Ashanti) [60]. Ces agresseurs n’étaient autre que les futurs Baoulé Suamenle autrement dit les Suamanla qui depuis la région de Dadièsso ont pourchassé les Ahali. Adjé Boni et ses hommes parviendront à vaincre les Suamenle. Cet épisode est évoqué par les traditions orales de Taabo avec des récits forts imagés. La reine Akoua Boni aurait envoyé des messagers auprès des Suamenle, leur réclamer des « Kanwu », barres de fer utilisés dans la confection des armes et des outils. Ces derniers ont rétorqués que les termites les avaient mangées. La reine leur répond qu’elle enverrait des poulets picorer ces termites. Les Suamenle seront vaincus et condamnés à verser 100 Ta de poudre d’or (Taya ) comme tribut de guerre. Les premiers chefs des Suamenle, vaincus de cette guerre sont Krowa Bilé et Kouassi Kotoko. Les Suamenle ont fait escale à Gbakakou, avant de fonder Léléblé et Taabo [61]. Ils comptent aujourd’hui sept villages et se sont installés sur des terres déjà habitées par des Akpatifoè. Adjé Boni et ses guerriers s’installent à Tiassalé où ils forment le groupe Wandié- Agoua autrement dit des membres et des représentants du clan royal de Walèbo. La mission d’Adjé Boni était avant tout militaire, mais la paix qu’elle a instaurée dans le bas-bandama a été favorable aux échanges commerciaux entre le littoral et l’intérieur, le bas-bandama servant de relais et Tiassalé de plaque tournante. A la fin de la campagne militaire d’Adjé Boni, l’Elomouen tombe dans la sphère d’influence de Walèbo car ses dirigeants ont déclaré être eux-mêmes la prime de guerre de la reine Akoua Boni. Autrement dit ils se reconnaissent sujets de celle-ci. En effet elle les a délivré des larmes de guerres (Elomouen) qu’ils versaient [62]


LES CARNETS DE L’OBSERVATOIRE DEMOCRATIQUE EN COTE D’IVOIRE Tiassalé la capitale des Elomouen était un village anciennement peuplé par les Battrafoè. Il signifie sur le sanctuaire de Tiassa l’esprit du Bandama en ce lieu. Agoua le nom du clan royal de Walèbo d’après M. Delafosse signifie la place où l’on se réunit pour discuter des affaires du pays. Les assemblées se tenaient sous l’arbre Walè qui a donné son nom au peuple Walèbo [63] A notre avis, Agoua est la traduction en langue baoulé du mot (A)kwa en Twi, racine du nom Kwaman (peuple Kwa)le petit royaume qui sera à l’origine de la grande confédération ashanti. Les Agoua sont donc les originaires de Kwaman. Les Faafoè appartiennent à une branche du groupe Agoua. Leur nom dit-on viendrait de ce qu’ils formaient l’aile droite de l’armée assabou (Famafoè). Pour nous, / Fa / un ancien titre akan de noblesse, un titre royal, explique le nom Faafoè. Les futurs Baoulé Nzipri formaient avec les futurs Agni Assiè un même peuple. Ils n’étaient pas que de simples compagnons d’exode [64]. Leurs traditions orales soutiennent ensemble, que leurs ancêtres sont sortis de terre près de Bantaman en Ashanti [65]. Au cours de l’exode , ils sont passés par Bosomoasso une localité qui se trouve dans le Sahié Wioso, et dont les traditions affirment que leurs ancêtres sont originaires d’Apremso un quartier de Kumase [66]. Les Nzipri et les Assiè formaient au départ un même peuple, des Ashanti du quartier Apremso qui se sont réfugiés en Aowin, puis au cours de l’exode assabou sont passés par Bosomoaso en zone sahié wioso. Tandis qu’une fraction s’intègre au peuple Baoulé et prend le nom Nzipri, l’autre fraction s’intègre au peuple Agni et prend le nom Assiè [67]. Au sein des migrants Assabou, il y avait des groupes d’origine denkyira comme les sujets du chef Abili Tchimou. Ils sont appelés AssabouAlanguira. L’on s’étonne que les migrants akan, aient pu en si peu de temps occupé un aussi vaste territoire que celui du baoulé actuel. Nonobstant l’apport démographique des populations pré-baoulé, et le manque de données chiffrées, nous affirmons que les migrants akan étaient nombreux. L’on s’en rend compte rien qu’en énumérant les groupes qui ont participé à la migration alanguira et à la migration assabou. Au demeurant, le nom assabou veut dire guerriers innombrables. En outre, les migrations postérieures à la migration assabou comme celles des Aitou, des Asandrè et des Ngban, vont renforcer la démographie des populations de souche akan. C-LES MIGRATIONS POSTERIEURES A LA MIGRATION ASSABOU : LES MIGRATIONS AITOU, ASANDRE ET NGBAN 1-La guerre ashanti- bono et le peuplement Aitou. Les traditions orales des Baoulé Aitou, sont celles qui insistent beaucoup sur le passage des ancêtres par la région de Kong, et la traversée du Comoé aux confins de celle-ci, venant de l’Est [68]. La tradition orale des Aitou du quartier Afotobo d’Angonda, se trompe au sujet du monarque régnant de Kong, au moment de l’exode. Elle parle de Karamoko Oulé alors que ce personnage n’a jamais été roi de kong et a vécu vers la fin du 19ème siècle. Le souverain de Kong au moment du passage des Aitou ne pouvait qu’être Sekou Ouattara [69]. La présence du préfixe / Lomo / dans les noms donnés aux premiers villages aitou de l’histoire, à savoir Lomokankro et Lomotinguèbo, est l’indice qui nous a donné une idée du pays d’origine des Aitou. En effet Lomo est la prononciation en baoulé du nom Djomo une composante du peuple Bono fondateur du royaume bono, un royaume akan du Brong au nord de l’Ashanti. Des Djomo vivent à Gomoa dans le Fanti. Ils sont aussi les fondateurs du royaume Adjomolo, royaume mère de l’Etat Nzema, et de la chefferie de Takyiman. Des Aitou dénommés Awutu vivent en Efutu dans la région de Winneba sur le littoral fanti [70]. La migration des Aitou est liée à un évènement historique important du monde akan. Il s’agit de la défaite du grand royaume Bono face à l’Ashanti entre 1722 et 1723. Le document hollandais qui y fait allusion dit en substance : « Les Assiantyns ont remporté une grande bataille contre un district qui est situé derrière eux, ce district était environ trois fois plus fort qu’eux, mais ils l’ont vaincu » [71]. La date d’émission du document, à savoir 1724, fait penser que cette guerre a eu lieu entre 1722 et 1723.


LES CARNETS DE L’OBSERVATOIRE DEMOCRATIQUE EN COTE D’IVOIRE Les Aitou atteignent le Baoulé certainement entre 1724 et 1725. Le nom aitou témoigne de leur hétérogénéité, car ils formaient différents sous-groupes Bono et Guan. Le second nom des Aitou à savoir Atoutou, vient d’Afoutou terme akan qui veut dire réfléchir, émettre des pensées positives et avoir des idées intelligentes. En effet les Aitou ont la réputation dans le pays baoulé, de trouver des solutions aux problèmes complexes. C’est cela qui leur a valu le surnom d’Afoutou ou Atoutou. 2-L’ambassade envoyée sur ordre d’Opoku Ware et le peuplement Asandrè. Cette question a été largement abordé lorsqu’il s’est agi dans les pages antérieures de fixer des repères chronologiques pour appréhender la période du peuplement assabou. Les Asandrè sont des ambassadeurs arrivés dans le Ndranouan afin de demander au nom du roi Opoku Ware, la réconciliation avec les Assabou et leur retour en Ashanti. Finalement leur requête sera rejetée et ils se résoudront à s’établir eux-mêmes définitivement dans le Ndranouan. Nous situons l’arrivée des Asandrè dans le baoulé autour de 1732 car la reine Akoua Boni avait déjà quitté Niamonou pour Walèbo. Or, les départs du Ndranouan comme nous le verrons ont commencé autour de 1730. Le peuplement Ngban est le résultat de la toute dernière migration qui a déferlé sur le pays baoulé. Les Ngban disent les traditions orales étaient des guerriers redoutables, en nombre fort considérables de sorte que leur arrivée sur les rives du Comoé a effrayé les Ano et les Baoulé. Ils négocieront cependant de manière pacifique leur installation. Ils se sont installés dans l’Ano depuis Kameleso jusqu’à Prikro, en donnant corps à deux groupes, les Ngban Bidjoso et les Ngban Yenga [72]. Quand les Ngban arrivent dans le pays baoulé, leurs chefs sont reçus avec bienveillance à Walèbo par la reine Akoua Boni. Elle leur offre un grand tambour dénommé Hosorè Koko (l’on a peur de toi ) [73]. Cela traduit bien la peur provoquée par la venue massive des Ngban. Parmi les chefs de la migration ngban, l’on cite Akanza Djohoun, Assemian Koua, Awura Kafou qui est mort noyé au moment de la traversée du Comoé et l’aïeule Bandji Afia [74] Maurice Delafosse n’était pas loin de la vérité lorsqu’il liait la migration des Ngban aux invasions ashanti dans l’Abron Gyaman [75] Ce sont plutôt les guerres des Ashanti aidés de leurs alliés Abron et Brong contre le pays Ngbanya (Gonja) qui expliquent la migration ngban. Le Kitab Ghunja situe ces guerres appelées Bote Sa par les Bono de Takyiman, en l’an 1145 de l’hégire, soit en l’an 1733 de notre ère. Ces guerres ont principalement touché le Gonja, pays situé au nord du Brong. Les Wenchi au cours de cette guerre ont fait une incursion chez les Guan Dumpo de Bui. La localité dumpo d’Old Bima sera conquise par des contingents ashanti dirigés par le chef guerrier de Nsumankwa Asabere. Les Bono de Takyiman, les Nkoranza et les Banda ont participé à cette guerre contre le Gonja [76]. C’est donc autour de 1734 ou 1735 que les Ngban arrivent dans le baoulé. L’idiome des Ngbanya, le Ngbanyito est un dialecte guan [77]. Les Gonja ainsi nommés par les Haoussa, sont appelés Kaboya/Kwaboya par les Bono, mais eux-mêmes se nomment Ngbanya et leur pays s’étend de Kintampo à Tamale [78]. Les travaux de Fynn ont montré que les Guan ont une langue qui s’apparente au Twi et que leur organisation socio- culturelle ancienne est proche de celle des Akan. Ils sont vus comme des proto-Akan. [79]. Le lien étymologique entre Ngban du baoulé et Ngbanya du Gonja est évident. Ce sous-groupe baoulé a donc conservé son nom d’origine qui est aussi celui du pays de ses lointains ascendants, des populations de souche guan. D’après M. Delafosse, les Ngban doivent leur nom au fait qu’ils marchaient en boitant comme s’ils avaient des vers de guinée aux pieds. La tradition orale des Ngban de Tchindjekro refuse cette version, et affirme que leur nom est lié au séjour de leurs ancêtres près du rocher Kpanyoboè dans le Djimini [80]. Nous pensons qu’à ce sujet la tradition orale des Ngbanya du Gonja pourrait donner une version plus intéressante. Conclusion


LES CARNETS DE L’OBSERVATOIRE DEMOCRATIQUE EN COTE D’IVOIRE Cet article montre bien que le peuplement du pays baoulé a été complexe. Il faut distinguer le peuplement pré-assabou, le peuplement assabou et enfin le peuplement post-assabou. La question non moins complexe de la période exacte de la migration et du peuplement assabou trouve à travers notre article des réponses intéressantes grâce aux sources hollandaises. Les traditions orales de peuples concernés par l’histoire des Baoulé comme les Ashanti de l’Ahafo, les Suamanla de Dadièsso, les Sahié de Bosomoaso, les Agni Assiè et les Agni du Béttie nous éclairent sur maintes questions restées jusque-là sans réponses. Nous voyons comment les Assabou des locuteurs du Twi ashanti ont adopté une variante de la langue agni après leur séjours en Aowin. Comment les Ahali, les Ahua et les Assiè se sont intégrés aussi bien à l’ethnie baoulé qu’à l’ethnie agni. Comment les migrants assabou sont passés en différents points du fleuve Comoé et comment des Suamanla futurs baoulé Suamenle ont pourchassé les Ahali jusqu’au bas-bandama. Bref, notre article apporte un éclairage nouveau sur le passé pré-colonial des Baoulé. Et nous comptons à travers une autre publication, trouver des réponses à des questions comme celles de la diffusion des hommes dans le baoulé-sud et de l’existence d’un Etat baoulé. [1] Timothy Claude WEISKEL. French colonial rule and the Baule people : resistance and collaboration 1889-1911. Thesis, University of Oxford, juillet 1977, p. 9. [2] Jean-Marie KELETIGUI. Le Sénoufo face au cosmos. Les Nouvelles Editions Africaines, Abidjan, Dakar, 85 p ; p 19, 20. FOFANA Lemassou. « Contribution à l’élaboration de la carte archéologique du Worodugu : la région de Mankono (nord-ouest de la Côte d’Ivoire). » Annales de l’Université d’Abidjan. Histoire, tome XVII, 1989, pp. 9-30, p. 14, 22 et 23. [3] Salverte MARMIER. Etude régionale de Bouaké 1962-1964. tome I, République de Côte d’Ivoire, Ministère du Plan, p 17. Cyprien ARBELBIDE. Les Baoulé, leur résistance à la colonisation. 64220 Uharte, p 3. [4] Siriki OUATTARA . Les Anofwè de Côte d’Ivoire des origines à la conquête coloniale. Thèse de 3e cycle, Université de Paris I-Panthéon Sorbonne, sciences humaines, histoire,1986, tome 1, 429 p., tome 2, 736 p. [5] Compte rendu de la sortie du 25-27 février à Subiakro par les étudiants de la 2e année de duel (1976- 1977). Institut d’Ethnosociologie (IES ), Université d’Abidjan, juin 1977, Kasa bya kasa, p. 96. Compte rendu de la sortie du 24-26 février 1979 à Diokro par les étudiants de la 1ère année de duel (1978-1979) Kasa bya kasa, p. 70. [6] Bonjour la province, Radio CI, sous-préfecture de Mbahiakro, 02-09-1992. OUATTARA Siriki. Op. cit., p.296. [7] Louis Gustave BINGER. Du Niger au Golfe de Guinée par le pays de Kong et le Mossi 18871888. Paris, Société des Africanistes 1980, vol I, p. 224. Raymond DENIEL. Une société paysanne de Côte d’Ivoire. Les Ano, traditions et changements. Inades, Abidjan, 225 p., p 17. [8] Voir Salverte MARMIER, op. cit. p. 19 ; J.N. LOUCOU, « Entre l’histoire et la légende : l’exode des Baoulé au 18ème siècle. De Kumassi à Sakassou, les migrations d’une fraction du grand peuple Akan » Afrique Histoire n° 5, pp 43-50 ; Mohammed Sekou BAMBA, Bas-Bandaman

précolonial. Une contribution à l’étude historique des populations d’après les sources orales. Thèse de 3e cycle, tome I, Université de Paris I, Paris, novembre, 1978, p.145 & 166-167. [9] M.S. BAMBA, La formation d’une ethnie Baule dans le Bas-Bandaman : les Elomwen de Tyasale (Basse Côte d’Ivoire). Annales de l’Université d’Abidjan, tome XIII, série I, 1985, pp 63-

90, p 70-71. [10] Ibid., p. 169 [11] Koffi Tehua OUATTARA, Origine et peuplement des Krobou. Mémoire de licence, Université de Côte d’Ivoire, faculté des lettres, département d’histoire, 1985-1986, p 4, 6 & 7. [12] Ibidem. [13] YAO née ANNAN Elisabeth, Les mouvements migratoires des populations Akan du Ghana en Côte d’Ivoire. Des origines à nos jours. Thèse de 3e cycle, Université de Côte d’Ivoire, faculté des lettres, département des sciences sociales, octobre 1984, 326 p. (p.131). [14] Adu BOAHEN, Ghana. Evolution and change in the nineteenth and twentieth centuries. , Londres, Longman, 1975.


LES CARNETS DE L’OBSERVATOIRE DEMOCRATIQUE EN COTE D’IVOIRE [15] Kwamina B. DICKSON, A historical geography of Ghana. Cambridge University Press, 1969, 379 p. [16] Danielle A. KONAN, Origines et migrations des Ega. Mémoire de licence, Université de Côte d’Ivoire, département d’histoire, 1988-1989, 53 p. [17] Georg NORREGARD, Danish settlement in West Africa 1658-1850. Boston University Press 1966, Boston- Massachusetts, p.47-58. [18] Kwamina B. DICKSON, Op. cit. p 18-26. [19] Ivor WILKS. The rise of Akwamu empire 1650-1710. Transaction of the Historical Society of Ghana III, 2, pp 99-136. [20] M. E. KROPP, Lefana, Akpafu, and Avatime. Institute of African Studies (IAS), University of Ghana Legon, 1967. Comparative African Wordlists n° 3, 94 p. [21] Albert VAN DANTZIG. Les Hollandais sur la côte de Guinée à l’époque de l’essor de l’Ashanti et du Dahomey 1680-1740. Société française d’histoire d’Outre-Mer, Paris, 1980, 327 p. [22] Ibidem, p. 125-126. & Sir Francis FULLER. A vanished dynasty ashanty. Frank Cass and co LTD, 1968, 241 p. [23] YAO née ANNAN Elisabeth. op. cit. p. 134. [24] Patrimoine, radio Côte d’Ivoire, Katimanso 17-06-1990. Informateur Nguetta Kouadio [25] Salverte MARMIER, Op. cit., p. 19. [26] OUATTARA Siriki. op. cit., p. 257. [27] J.N. LOUCOU, « Note sur l’Etat Baoulé pré-colonial. » Annales de l’Université d’Abidjan, tome XIII, histoire, 1985, série I, pp. 27-59.Notre devancier soutient l’idée que les Ano auront à s’affranchir de la tutelle du royaume baoulé. [28] NBKG 84, Letter from Accra to El Mina, October 30, 1717. Report of director general and council, march 1718. NBGK 84 ; Jan Van Alzen, Accra to DG Egelgraaf Robbertz ; El Mina, October 30, 1717. [29] A. KYEREMATEN, « The royal stools of Ashanti ». Africa XXXIX, n.1 janvier 1969, London, Oxford university press, pp 1-10 ; p. 5. [30] Letter from Van Naersen, Axim, 30 octobre 1718, El Mina journal. Le document dit ceci : « Les Asjantijise sont très divisés, à deux reprises, ils se sont battus, et c’est l’héritier du Zaay qui a eu le dessus » cité par Emmanuel TERRAY. Une histoire du royaume abron du Gyaman. Des origines à la conquête coloniale. Thèse d’Etat, université de Paris V, Paris 1984, tome II, p. 752. [31] Ibidem, p.466. & K. ARHIN « A note on Ahafo oral traditions. » Research Review,IAS, University of Ghana Legon, vol 1, n° 1, Lent term 1965, pp 27-29. [32] Voir les travaux de Reindorf, Fuller, Ivor Wilks, J.N. Loucou, Terray. [33] Voir à ce sujet les circonstances de l’intronisation du jeune roi denkyira Boa Amponsem après le décès de Wirempi Ampem. K. Y. DAAKU. Unesco research project on oral traditions. Denkyira n°2, IAS : University of Ghana Legon, september 1970, p 13. [34] Butler à l’Assemblée des Dix, 8 mai 1722. Cité par E. TERRAY, op. cit., p. 735. [35] K. Y. DAAKU, « A note on the fall of Ahwene Koko and its significance in asante history. », Ghana Notes and Queries, n°10, 1968, pp 40-44. [36] NBKG 82, El Mina journal from Furley collection, vol II : Native States letters from Axim to

Haringh, 17th October, 1715, from Butler.

[37] NBKG 84, El Mina journal extracts, Furley collection. From Blenke, Axim october 29 th 1717. Voir aussi, journal d’El Mina, 27 janvier, 1716. NBKG 82. Cité par E. TERRAY, op. cit., p 749. « Amancotyo et Jetuan sont arrivés à un accord avec les Ouwiens pour 300 bendas d’or, ils laisseront quelques gens de leur peuple dans l’Ouwien pour collecter chez tous les Assiantys dans l’Ouwien deux angels et demi comme tribut de chacun d’eux... Cela constituerait un trésor considérable pour le Zaay parce qu’on disait qu’un quartier de la totalité des Assiantyns est resté dans l’Ouwien. » C’est une allusion au corps expéditionnaire ashanti exilé en Aowin. Les réfugiés ashanti en Aowin étaient, comme le montre le document hollandais, très nombreux. [38] 218 NBKG 82 El Mina journal, march 21, 1718, from Van Munnikhoven, Axim. « On a rapporté à propos des Ouwiens qu’ils sont revenus de chez les Assiantyns avec un butin considérable au nombre duquel 20.000 femmes et enfants et qu’ils ne trouvèrent aucune résistance et qu’ils ont exhumé les morts assiantyns. On dit qu’ils auraient trouvé beaucoup d’or et de perles et qu’ils viendraient dans peu de temps faire la traite. » Journal du DG Butler, 21 mars 1718, cité par E. TERRAY, op. cit., p. 751.


LES CARNETS DE L’OBSERVATOIRE DEMOCRATIQUE EN COTE D’IVOIRE [39] Lettre de Muller, Axim 18 novembre 1721, cité par E. TERRAY, op. cit., p. 752. [40] Henriette DIABATE, Le Sannvin, un royaume akan de la Côte d’Ivoire, 1701-1901. Sources orales et histoire. Thèse d’Etat, Université de Paris I, UER d’Histoire, vol VI, 701p. Enquête de K.Y.DAAKU à Dadiésso en 1971, in H.DIABATE ; Op.cit, p.474-475 & 477. [41] Cyprien ARBELBIDE, op cit., p. 4. [42] Kwame ARHIN. « On the hwesoni caretaker category of land holding in Ahafo land tenure », Research Review, vol 2, n0 1, IAS ; university of Ghana Legon, pp 68-73. [43] Il y a des Baoulé Ahali à Brobo et des Agni Ahali à Tiémélekro. [44] R.P.A. PROST, La langue des Anufom de Sansanne-Mango. Documents linguistiques, université de Dakar, n° 3, 80 p. [45] A.A. ILIASU. Mamprugu. The oral traditions of its people. Northern history scheme, University of Ghana Legon, department of history, vol I, p.47. [46] G.N. KODJO, « Notes et documents sur l’histoire du Nord-Est de la Côte d’Ivoire : l’époque pré-coloniale. » Annale de l’université d’Abidjan, série i, tome XIII, histoire, 1985, pp 209-222. [47] Salverte MARMIER, Op. cit., p 27. [48] H. DIABATE. Op cit, vol VI, p. 311-312 & 342. [49] ATTOUEMAN Kouamé Jean. Qui sont les Ahua d’Aniassue ? D’après les enquêtes menées dans l’Ahua (région d’Abengourou). Université de Côte d’Ivoire, mémoire de licence, faculté des lettres et sciences humaines, département d’histoire, 1983-1984. 69 p. [50] M. DELAFOSSE. Essai de manuel de la langue agni. Paris, 1900, p. 163. [51] J.N. LOUCOU, « Entre l’histoire et la légende... », op. cit., p. 49. [52] T. C. WEISKEL. Op cit, p 7. " Map of Africa" par Todocus Hondius (1606), carte de Matthaus (1638), carte de Petrus Bertius (1638), carte de John Speed (1662), carte d’Alexis Hubert Jaillot (1674). [53] Les Baoulé eux-mêmes disent « Wawole » au lieu de Baoulé. [54] Salverte MARMIER. Op. cit., p. 27. [55] Salverte MARMIER, op. cit., p 27. [56] M.J. TRIAUD, « Un cas de passage collectif à l’Islam en basse Côte d’Ivoire au début du siècle : le village d’Ahua », Colloque inter-universitaire Ghana-Côte d’Ivoire. Université du Ghana, Legon ; université de Côte d’Ivoire, Abidjan. Bondoukou, 1974, pp 542-574. [57] M.S. BAMBA, « La formation d’une ethnie Baule... », op. cit., p. 82. [58] Des Agni Ahali vivent dans le Moronou, dans la sous-préfecture actuelle de Tiémélekro. Patrimoine, Radio Côte d’Ivoire. Tiémélekro, 16 décembre 1991. H. DIABATE. op. cit., vol VI, p. 362-363, 376. [59] Salverte MARMIER, Op. cit., p 27. &Patrimoine, Radio Côte d’Ivoire, Mougnan, souspréfecture de Toumodi, 21 mai, 1990. Les Sa/Safoè. [60] M.S. BAMBA, « La formation d’une ethnie Baule... », op cit, p. 7. [61] Essai monographique du village de Taabo par les étudiants de la 2ème année de duel, 19751976, Kasa bya kasa : IES, université d’Abidjan, juin 1977. / Ta / est une unité de mesure de la poudre d’or chez les Akan. [62] M. S. BAMBA. Thèse de 3ème cycle, op. cit. p 294-298. [63] Cité par T. C. WEISKEL, op cit., p 8. [64] KOUAME Aka. Origine et évolution du Ngatianou jusqu’à la colonisation. Mémoire de Maîtrise, université de Côte d’Ivoire, faculté des lettres, département d’histoire, octobre 1979, p 34-44. [65] BIO Sawe Ishola. Etude socio-économique du Moronou : les villages Assiè à partir de la culture du café et du cacao 1920-1957. Mémoire de maîtrise d’histoire, université de Côte d’Ivoire, faculté des lettres, département d’histoire, Abidjan, 1982, p. 175. KOUAME Aka op. cit , pp. 35-44. Connais-tu mon beau pays ? Radio Côte d’Ivoire ; Akakro Nzipri, lundi 22 avril 1990. [66] K. Y. DAAKU. Unesco research project on oral traditions, part II, Sefwi Wiawso. IAS, January ; 1974, n° 4, p 104. [67] Le nom « Assiè » veut dire terre et permet de se souvenir de la tradition qui veut que les ancêtres aient surgi de terre. « Nzipri », à notre avis vient des mots « Nziè », pluriel d’assiè, et « pri » : gros / grand. Nzipri veut donc dire « les grands Assiè ». Curieusement les traditions de Bosomoaso parlent d’un trou d’où sont sortis des gens. Voir K. Y. DAAKU. Op cit, part II, Sefwi Wiawso, p 104.


LES CARNETS DE L’OBSERVATOIRE DEMOCRATIQUE EN COTE D’IVOIRE [68] Connais-tu mon beau pays ? Angonda (Afotobo, Nsieso), lundi 20 avril 1990. Radio Côte d’Ivoire. [69] N.G. KODJO. Le royaume de Kong. Des origines à 1897. Thèse d’Etat, Aix-en Provence, 2 t. [70] A. DE. SURGY. Elément de tradition orale concernant l’histoire du littoral fanti et ahanti. Institut d’Enseignement Supérieur du Bénin, centre de recherches appliquées, sciences humaines, p 23-27. [71] D.G. Beus à l’assemblée des Dix, 8 janvier 1724. Wic 1067, Furley collection, cahier n0 42, cité par E. TERRAY. Op cit. p 761 : 3-« La guerre de Bote ( Bote Sa ) et le peuplement Ngban. » [72] M. DELAFOSSE. Op cit. p 205. OUATTARA Siriki op cit. p 300-301. Il ne faut pas confondre Ngban et Ngen (Ga). Ils appartiennent à des migrations différentes. [73] Connais-tu mon beau pays ? Radio Côte d’Ivoire, Akakro Ngban, sous- préfecture de Toumodi, 13&14 août 1990. [74] Patrimoine, Radio Côte d’Ivoire, Tchindjekro, département de Yamoussoukro, lundi 24 août 1992. [75] M. DELAFOSSE, op. cit. p 205. [76] R. D. MATHEWSON « Some notes on the settlements mounds of central Gonja », Research review, IAS, vol 4, n0° 2, 1968. E. TERRAY, op. cit., p. 768-769. [77] Jack GOODY, « Ethnohistory and the Akan of Ghana », Africa, vol XXIX, n° 1, Londres, Oxford University Press, january 1959, pp 67-81. [78] D.M . WARREN, K.O. BREMPONG, Techiman traditional state, part I, stool and town histories. Techiman, Ghana, 1971, IAS, university of Ghana Legon, 176 p. Peter L. SHINNIE, « Archeology in Gonja, Ghana » Mélanges en homage à Raymond Mauny. Société française d’histoire d’Outre-mer, Paris, 1981, pp. 66-70. [79] J. K. FYNN, « The Etsi of Ghana », Ghana social science journal. University of Ghana Legon, 1975, pp 96-110. [80] Patrimoine, Radio Côte d’Ivoire, Tchindjekro, lundi 24 août 199

Débat 2 Sur Ultime Politique Par Dahouet-Boigny X Armand dans OBSERVATOIRE DEMOCRATIQUE EN COTE D'IVOIRE (Fichiers) ·Modifier le document · Supprimer

Dahouet-Boigny X Armand « La Haute-Volta, créée comme territoire colonial en 1919, fut partagée en 1932 entre le Soudan, le Niger et la Côte d’Ivoire. C’était au plus fort de la crise économique mondiale et les planteurs de Côte d’Ivoire avaient besoin d’une main-d’œuvre abondante et quasiment gratuite. (…) Mais en 1945, l’Union Voltaïque cautionnée par le Mogho-Naba, Sagha IV (1952-57), s’était formée afin d’obtenir la reconstitution de la Haute-Volta. L’un de ses animateurs était le métis Albert Larbat. L’Union Voltaïque s’opposa en vain à l’élection d’Houphouët en 1945-46. Le RDA au départ, s’opposa aussi à la reconstitution de la Haute-Volta. »1« Ainsi donc, la colonie de la HauteVolta fut créée, parce que la colonie du Haut-Sénégal-Niger était très vaste et ne permettait pas à l’administration coloniale de gérer au quotidien les contrées éloignées du chef-lieu, Bamako en l’occurrence. »2 Donc créée pour des raisons administratives, et économiques, le 1er mars 1919, – par le Président de la République française Raymond Poincaré et ses Ministres des colonies et des finances, Henri Simon et Léon Klotz – puis démantelée, pour des raisons économiques, le 5 septembre 1932, par le Président de la République française, et le Ministre des colonies, Albert Lebrun et Albert Sarraut, la colonie de la Haute-Volta fut reconstituée pour des raisons purement politiques, par Vincent Auriol Président de la République française, Paul Ramadier


LES CARNETS DE L’OBSERVATOIRE DEMOCRATIQUE EN COTE D’IVOIRE Président du Conseil des Ministres, et Marius Moutet Ministre de la France d’Outre-Mer, afin d’empêcher Félix Houphouët-Boigny d’être élu à l’Assemblée Constituante Française, – chargée de la rédaction de la Constitution de la IVème République – et d’empêcher par la même occasion, le Rassemblement Démocratique Africain, RDA, d’étendre son influence de lutte anticoloniale.En effet, le Mogho Naaba de Ouagadougou (Côte d’Ivoire) et le Yatenga Naaba de Ouahigouya (Soudan Français), ont plaidé auprès du Gouvernement Français, pour le rétablissement de la Haute-Volta, en ces termes : « …Le pays émet donc au Gouvernement Français les vœux suivants :1°) Recréation d’urgence de la colonie de la Haute-Volta afin de lui permettre de conserver son union familiale.2°) Il tient à être représenté en France par ses enfants et non plus par des étrangers qui ignorent tout de ses mœurs, de ses coutumes comme de ses institutions dix fois séculaires. »3 C’est ainsi que : « En Haute Côte d’Ivoire, à Ouagadougou précisément, le Moogho Naaba Saaga II, tout puissant empereur des Mossi, se mit debout pour la circonstance, affuta ses armes et ménagea sa monture pour voyager loin. Il suscita la création d’un parti politique, l’Union pour la défense des intérêts de la Haute-Volta (UDIHV), et proposa un candidat à l’élection du député de la Constituante.Ce candidat n’était autre qu’un de ses ministres notables coutumiers, le Baloum Naaba Tanga Ouédraogo, un respectable vieillard de 70 ans, marié à une quarantaine de femmes, père d’une centaine d’enfants, et de surcroît analphabète. Ce candidat devrait, une fois élu, monter à Paris au Palais Bourbon et légiférer dans la langue de Molière avec les vieux routiers de la politique française. C’est tout dire. »4

En Basse Côte d’Ivoire, l’administration coloniale, par l’action du Gouverneur Mauduit, suscita la candidature de Daniel Ouezzin Coulibaly de Bobo-Dioulasso, un instituteur, surveillant général de l’Ecole Normale William-Ponty. Ceci pour retirer suffisamment de voix à Félix Houphouët-Boigny, et permettre l’élection du Baloum Naaba Tanga Ouédraogo. Malheureusement pour les colons, en route pour la Haute Côte d’Ivoire, Félix Houphouët-Boigny et Daniel Ouezzin Coulibaly, se rencontrèrent purement par hasard et devinrent des amis en raison de leurs convictions convergentes, concernant la lutte anticoloniale. Naturellement, Ouezzin Coulibaly retira sa candidature au profit d’Houphouët-Boigny, qui fut élu par 13 750 voix contre 12 900 pour le Baloum Naaba. Une différence de seulement 850 voix.5

1. Joseph KI-Zerbo, Histoire De l'Afrique Noire , Paris : Hatier, pp. 508. 1978.2. Roger Bila Kaboré, Histoire Politique Du Burkina Faso 1919-2000, Paris : L’Harmattan, pp. 15. 2002.3. Ibid., Kaboré, p. 19.4. Ibid., Kaboré, p. 23-24.5. Ibid., Kaboré, p. 24-25.Il y a 8 heures · J’aime · 5

1ère séparation, 1919, pour des raisons administratives et économiques; 2nde séparation pour des raisons politiques, avec décret signé le 4 septembre 1947.Il y a environ une heure · Les Compagnons de l'Aventure 46 - Wikipédia

MIGNARD OU L'OR DES IVOIRIENS Par Elisabeth Beugré dans OBSERVATOIRE DEMOCRATIQUE EN COTE D'IVOIRE (Fichiers) · Modifier le document · Supprimer CLIQUER SUR LE TITRE POUR VOIR LES ATELIERS MIGNARD

À l'époque, contrairement à ses concurrents de la place, habitués à fabriquer des bijoux en or 14 carats, et qui étaient des africains pour la plupart, André Mignard est le 1er bijoutier-joallier français qui, installé au plateau propose des bijoux de 16, 18, 22 et même 24 carats (pratiquement de l'or pur, non mélangé au cuivre). Rapidement la qualité de ses bijoux fait le


LES CARNETS DE L’OBSERVATOIRE DEMOCRATIQUE EN COTE D’IVOIRE tour de la Côte d'ivoire tant ses bijoux en or sont de qualité, c'est-à-dire d'un carat élevé. l'expression s'installe alors : "C'est du Mignard". Cependant, n'oublions pas qu'à l'époque et depuis bien avant l'indépendance, du Franc Poincaré au Franc de la Communauté Française de l'Afrique (CFA, de l'époque), la monnaie en papier basée sur l'or fluctuait beaucoup au gré des guerres et des récessions économiques comme la crise de 1929 ou la seconde guerre mondiale de 1939-1945. Seul l'or avait une valeur réelle et éternelle. Dès qu'on avait des économies, il fallait acheter de l'or de grande qualité (bijoux, pépites ou lingots) et le thésauriser pour ses héritiers. D'où aussi le succès des bijoux "Mignard". Avoir de l'or signifiait mettre sa famille à l'abri du besoin en cas de coup dur. Qui ne se souvient pas de ces mamans (surtout chez les baoulés ou dans le Sud du pays) qui avaient tous leurs bijoux en or bien cachés dans des cantines. L'or d'apparat de nos rois vient également de là (toutes les vieilles photos des années 1900, ne nous les montrent pas couverts d'or mais plutôt couverts de beaux pagnes). L'or devient, peu à peu, un signe de richesse, car il ne peut ni être détruit par la pluie, ni être mangé par les souris, ni être brûlé dans un incendie de village dû à un feu de brousse mal maîtrisé, comme cela se voyait si souvent à l'époque pour les billets de banque. On comprend dès lors pourquoi la tradition a véhiculé, jusqu'à nos jours, toutes ces croyances et malédcitions autour du vol de l'or. Quand le 26 avril 1983, fâché, Houphouet dit dans son discours : "je suis né dans l'or", ne l'interprétez pas autrement. Avoir de l'or était presque qu'une obligation pour tout homme responsable. Sa tante Nanan Yamousso, qui l'a élevé, l'avait très bien compris. Oui, FHB est "né dans l'or". Lui-même après chaque récolte des années 30 à 50, montait au Mali pour échanger les billets, fruits de ses économies, contre de l'or.

WANYUGO, EMBLÈME DE L'UNIVERSITÉ Par Elisabeth Beugré dans OBSERVATOIRE DEMOCRATIQUE EN COTE D'IVOIRE (Fichiers) · Modifier le document · Supprimer CLIQUER SUR LE TITRE POUR VOIR LES PHOTOS

L'origine de l’Université d’Abidjan remonte à la création du Centre d'enseignement supérieur d'Abidjan en 1958 et qui a été promu au rang d’université par décret présidentiel le 9 janvier 1964. Les étudiants l'ont connue sous différents noms : Université d'abidjan, Université de Cocody, Université nationale de côte d’Ivoire et enfin Université de Cocody-Abidjan. Néanmoins, que savons-nous de son emblème ? (voir les photos) Il s’agit d’un masque sénoufo le « Wanyugo », terme qui s'applique au masque seul. Celui de «Waho » prend en considération un tout : le masque, le danseur, le costume, les instruments et la musique. Le terme « Wambèlè » est le pluriel de « Waho ».


LES CARNETS DE L’OBSERVATOIRE DEMOCRATIQUE EN COTE D’IVOIRE Gros masque biface, il est connu principalement sous le nom de « Wanyugo» qui veut dire « visage de celui qui lance les maléfices ». Ce masque appartient à la catégorie des masques bienfaiteurs à condition d'agir sous les auspices des poros. Il a la réputation d'être nuisible, susceptible de semer des maladies, de provoquer la stérilité ou même d'inciter au meurtre et aux crimes de sang, en cas d'insubordination et de désobéissance. Il obéit à des rites compliqués qui annihilent sa nuisance. Selon la tradition sénoufo, il est plus que dangereux si les poros ne le gèrent pas. Le « Wanyugo» représente des figures animales mystérieuses qui s'opposent pour former l'union des contraires. Le bien affronte le mal, l'avenir fait face au passé, le blanc se mêle au noir. Le Wanyugo » puise sa force dans une association iconographique complexe : la robustesse du buffle, la sagesse de l'antilope, l'agressivité du phacochère, et la puissance du crocodile. Ce masque emblématique fait son apparition lors des cérémonies de funérailles.

Haute Côte d’Ivoire – Basse Côte d’Ivoire Par Dahouet-Boigny X Armand dans OBSERVATOIRE DEMOCRATIQUE EN COTE D'IVOIRE (Fichiers) ·Modifier le document · Supprimer

« La Haute-Volta, créée comme territoire colonial en 1919, fut partagée en 1932 entre le Soudan, le Niger et la Côte d’Ivoire. C’était au plus fort de la crise économique mondiale et les planteurs de Côte d’Ivoire avaient besoin d’une main-d’œuvre abondante et quasiment gratuite. (…) Mais en 1945, l’Union Voltaïque cautionnée par le Mogho-Naba, Sagha IV (1952-57), s’était formée afin d’obtenir la reconstitution de la Haute-Volta. L’un de ses animateurs était le métis Albert Larbat. L’Union Voltaïque s’opposa en vain à l’élection d’Houphouët en 1945-46. Le RDA au départ, s’opposa aussi à la reconstitution de la Haute-Volta. »1 « Ainsi donc, la colonie de la Haute-Volta fut créée, parce que la colonie du Haut-Sénégal-Niger était très vaste et ne permettait pas à l’administration coloniale de gérer au quotidien les contrées éloignées du chef-lieu, Bamako en l’occurrence. »2 Donc créée pour des raisons administratives, et économiques, le 1er mars 1919, – par le Président de la République française Raymond Poincaré et ses Ministres des colonies et des finances, Henri Simon et Léon Klotz – puis démantelée, pour des raisons économiques, le 5 septembre 1932, par le Président de la République française, et le Ministre des colonies, Albert Lebrun et Albert Sarraut, la colonie de la Haute-Volta fut reconstituée, avec décret signé le 4 septembre 1947, pour des raisons purement politiques, par Vincent Auriol Président de la République française, Paul Ramadier Président du Conseil des Ministres, et Marius Moutet Ministre de la France d’Outre-Mer, afin d’empêcher Félix Houphouët-Boigny d’être élu à l’Assemblée Constituante Française, – chargée de la rédaction de la Constitution de la IVème République – et d’empêcher par la même occasion, le Rassemblement Démocratique Africain, RDA, d’étendre son influence de lutte anticoloniale. En effet, le Mogho Naaba de Ouagadougou (Côte d’Ivoire) et le Yatenga Naaba de Ouahigouya (Soudan Français), ont plaidé auprès du Gouvernement Français, pour le rétablissement de la Haute-Volta, en ces termes : « …Le pays émet donc au Gouvernement Français les vœux suivants : 1°) Recréation d’urgence de la colonie de la Haute-Volta afin de lui permettre de conserver son union familiale. 2°) Il tient à être représenté en France par ses enfants et non plus par des étrangers qui ignorent tout de ses mœurs, de ses coutumes comme de ses institutions dix fois séculaires. »3 C’est ainsi que : « En Haute Côte d’Ivoire, à Ouagadougou précisément, le Moogho Naaba Saaga II, tout puissant empereur des Mossi, se mit debout pour la circonstance, affuta ses armes et ménagea sa monture pour voyager loin. Il suscita la création d’un parti politique, l’Union pour la


LES CARNETS DE L’OBSERVATOIRE DEMOCRATIQUE EN COTE D’IVOIRE défense des intérêts de la Haute-Volta (UDIHV), et proposa un candidat à l’élection du député de la Constituante. Ce candidat n’était autre qu’un de ses ministres notables coutumiers, le Baloum Naaba Tanga Ouédraogo, un respectable vieillard de 70 ans, marié à une quarantaine de femmes, père d’une centaine d’enfants, et de surcroît analphabète. Ce candidat devrait, une fois élu, monter à Paris au Palais Bourbon et légiférer dans la langue de Molière avec les vieux routiers de la politique française. C’est tout dire. »4 En Basse Côte d’Ivoire, l’administration coloniale, par l’action du Gouverneur Mauduit, suscita la candidature de Daniel Ouezzin Coulibaly de Bobo-Dioulasso, un instituteur, surveillant général de l’Ecole Normale William-Ponty. Ceci pour retirer suffisamment de voix à Félix HouphouëtBoigny, et permettre l’élection du Baloum Naaba Tanga Ouédraogo. Malheureusement pour les colons, en route pour la Haute Côte d’Ivoire, Félix Houphouët-Boigny et Daniel Ouezzin Coulibaly, se rencontrèrent purement par hasard et devinrent des amis en raison de leurs convictions convergentes, concernant la lutte anticoloniale. Naturellement, Ouezzin Coulibaly retira sa candidature au profit d’Houphouët-Boigny, qui fut élu par 13 750 voix contre 12 900 pour le Baloum Naaba. Une différence de seulement 850 voix.5 1. Joseph KI-Zerbo, Histoire De l'Afrique Noire , Paris : Hatier, pp. 508. 1978. 2. Roger Bila Kaboré, Histoire Politique Du Burkina Faso 1919-2000, Paris : L’Harmattan, pp. 15. 2002. 3. Ibid., Kaboré, p. 19. 4. Ibid., Kaboré, p. 23-24. 5. Ibid., Kaboré, p. 24-25.

L'IGNORANCE EST MÈRE DE TOUS LES MAUX Par Dahouet-Boigny X Armand dans OBSERVATOIRE DEMOCRATIQUE EN COTE D'IVOIRE (Fichiers) ·Modifier le document · Supprimer

Par Elisabeth Beugré L'IGNORANCE EST MÈRE DE TOUS LES MAUX (Rabelais) Il fut un temps où l'Afrique de l'Ouest française ne comprenait que 3 entités : Le Sénégal, la Côte-d'Ivoire (divisée en 3 circonscriptions : Haute, Moyenne et Basse Côte-d'Ivoire) et le Soudan français (Mali et Niger actuels).Les habitants de la Côte-d'Ivoire (avec un TRAIT D'UNION) s'appelaient des Côtivoiriens. Une entreprise au Plateau, créée en ce temps-là, s'appelle toujours "Cotivoirienne" d'ailleurs. En 1948, les colons décident de séparer la Haute Côte d'Ivoire, car la pauvreté du sol et des ressources, ainsi que l'éloignement du port leur faisait perdre trop d'argent. La Haute-Volta voit donc le jour et de nouvelles frontières sont tracées. Certains adversaires politiques d'Houphouet souhaitent changer la nom Côte d'Ivoire en Éburnie (avec des habitants appelés Éburnéens). Leur souhait n'ira pas loin. Qu'advient-il de tous les manoeuvres des travaux forcés expédiés en Basse et Moyenne Côte d'Ivoire ? Il leur est demandé de choisir de rester sur leur lieu de travail ou de retourner dans leur village. Aux indépendances de 1960, les habitants de la Haute-Volta deviennent des voltaiques et ceux de la Côte-d'Ivoire des ivoiriens. Félix Houphouet-Boigny qui n'a jamais accepté cette séparation, propose à l'assemblée nationale de voter une loi octroyant la double nationalité aux habitants des 2 pays qui, autrefois, ne faisaient qu'un. L'assemblée refuse et rejette le projet de loi (indépendance des institutions, ou bien ?). Cependant, le droit du sol continue d'être accepté dans les 2 pays ; et, en Côte-d'Ivoire, est ivoirienne, toute personne qui naît sur le territoire ivoirien, et ce, jusqu'en 1972, année où la loi changera. En 1985, le président Bédié, président de l'Assemblée nationale fait voter une loi qui retire le trait d'union du mot Côte d'Ivoire et qui en interdit la traduction dans d'autres langues ; on ne dira plus Ivory Coast, par exemple. Jusqu'à ce que je quitte le lycée classique dans les années 70, les bourses scolaires étaient attribuées dans les 2 pays sans regard de nationalité à tous les élèves méritant habitant le pays en question. Nous avions donc, des voltaiques boursiers ivoiriens et vice-versa. Tous ceux qui, bien que de parents voltaiques, étaient nés en Cote d'Ivoire, avaient eu droit à leur carte d'Identité ivoirienne pour passer le bac et vice-versa, puisqu'ils étaient ivoiriens (le droit du sol était la loi).


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Une Histoire Africaine : Vérité ou mensonge ? A quand la version commune à tous ? Par Marie Boudebes dans OBSERVATOIRE DEMOCRATIQUE EN COTE D'IVOIRE (Fichiers) · Modifier le document · Supprimer

Marie Boudebes Cruauté et crimes crapuleux dans la vie politique africaine MIS EN LIGNE PAR CONNECTIONIVOIRIENNE.NET LA RÉDACTION · 28 JUILLET, 2011 A 00:02 Par Dr Serge-Nicolas NZI La Cruauté et le crime dans la vie politique africaine I – Les indépendances africaines ont fait de nous tous, les témoins d’une histoire mouvementée aux côtés de peuples qui aspirent au bonheur et à la liberté. Et pourtant par une sorte d’aberration incroyable et d’une inculture sans nom, nous nous sommes retrouvés assassins de nos valeurs et dans des situations où le pouvoir politique a été souvent utilisé pour faire du mal avec une grande dose de méchanceté et de cruauté criminelle. Nous allons ici nous attacher à regarder dans le rétroviseur de notre histoire commune, pour nous rappeler des faits qui ont sérieusement entachés la marche de l’homme africain vers la dignité tant recherchée par notre génération et celle de nos pères. Il s’agit ici de se rappeler pour ne pas oublier. Il s’agit aussi de refuser l’amnésie collective qu’une certaine presse veut imposer aux africains dans le but inavoué de les amener à répéter les mêmes erreurs et les atroces souffrances qui ont si bien viciées nos relations interpersonnelles en nous tirant par le bas. II – Au commencement étaient les faux complots L’indépendance nous a conduit au dénuement, à l’aplatissement devant les intérêts étrangers et surtout à la perte de l’estime de nous même sans oublier les dictatures crapuleuses et la barbarie. Des complots on en parle souvent avec amertume chez nous en Afrique. Au début des indépendances les faux complots étaient un moyen facile et presque élégant pour se débarrasser de ceux qui ne partageaient pas la gouvernance et l’orientation du parti unique et la trahison de l’intérêt national. Cinq faux complots sont durablement dans nos mémoires. Celui du Sénégal, quand le premier ministre Mamadou Dia, fut accusé de complot, arrêté en décembre 1962, condamné à perpétuité pour tentative de coup d’Etat et jeté au bagne dans l’enceinte fortifiée de la prison de Kédougou, avec ses compagnons d’infortune. Valdiodio Ndiaye, Ibrahima Sarr, Joseph Mbaye, et Alioun Tall. Des avocats de renom avaient en son temps défendu la cause des infortunés de Kédougou, Me Abdoulaye Wade et Robert Badinter entre autres. Le dossier était vide et pourtant la haute cour de justice du Sénégal prononça la Condamnation à l’emprisonnement à perpétuité. Comment le président Senghor, l’humaniste socialiste, passionné de civilisation gréco-latine, un homme qui a grandit à l’université, qui n’a rien à avoir avec un Bokassa ou Idi Amine Dada…comment le poète Léopold Sedar Senghor, l’homme de pensée a-t-il pu laisser condamner des innocents à 12 ans de prison pour rien du tout ? Tout ce qui brille n’est pas de l’or, nous dit l’adage. La condamnation d’Amadou Dia, reste une page sombre de l’histoire du Sénégal et surtout une des grandes énigmes du système Senghor. Aujourd’hui nous le savons, Mamadou Dia militait pour un refus de l’aplatissement devant la France et surtout il préparait une sortie planifiée de l’économie arachidière. Cette volonté heurtait les intérêts français. La suite nous la connaissons. Peu rancunier, Amadou Dia manifesta une profonde tristesse à la mort du président Senghor et demanda l’arrêt de la procédure de réhabilitation judiciaire et de révision de son procès qui était en cours.


LES CARNETS DE L’OBSERVATOIRE DEMOCRATIQUE EN COTE D’IVOIRE Finalement, c’est vers Mamadou Dia et Abdou Diouf que vont notre admiration l’un pour sa fidélité au Sénégal et l’autre pour son sens de l’Etat. L’admiration suppose de l’estime et nous ne croyons pas en avoir pour Senghor dans toute sa gloire. III – Le second faux complot que nous retenons vient de cette République cacaoyère à bout de souffle qu’on appelle la Côte d’Ivoire. C’est dans ce pays que, Félix Houphouët-Boigny et les services français inventèrent sans scrupule les faux complots de 1959 et 1963 pour emprisonner l’aile nationaliste du Parti unique le PDCI RDA. Ainsi la plupart des dirigeants politiques qui l’avaient rejoint se retrouveront dans une prison toute neuve construite dans son village natal pour la circonstance. Houphouët, était en réalité un homme foncièrement méchant, cruel et sans état d’âme. Brandir des innocents en public au central boxing club de Trechville et les amener à reconnaître des crimes qu’ils n’ont pas commis est répugnant et indigne d’un homme d’Etat. Nous rendons ici un hommage sincère à ces hommes qui sont durablement dans nos cœurs alors que leurs noms sont aujourd’hui méconnus de certains ivoiriens. De Jean-Baptiste Mockey, à Ernest Boka, de Charles Boza Donwahi, du Pr Joachim Boni, du Dr Amadou Koné, à Gris Camille, de Kacou Aoullou, à Germain Koffi Gadeau, d’Issa Bamba à Etienne Djaument en passant par, Mamadou Sanogo, Lamine Diabaté et Seydou Diara etc.. 13 condamnations à morts furent prononcées contre des innocents par un tribunal d’exception. Houphouët, reconnaîtra lui-même plus tard qu’il n’y avait jamais eu de complot. IV – Dans le Zaïre de Mobutu, le manifeste de la Nselé qui porta le MPR sur les fonds baptismaux, promettait un monde paradisiaque au peuple Zaïrois, qui a cheminé derrière Mobutu avec ses chants et danses pour déboucher non pas sur la terre promise, mais sur un enfer digne des pires cauchemars de l’homme africain. Dès 1966, Mobutu démontre son peu de respect pour les lois et les droits de l’homme en particulier. Le 30 mai 1966, le premier ministre Evariste Kimba, est arrêté en compagnie de trois de ses proches, Anany, Emmanuel Bemba et Alexandre Mahamba, ancien ministre de Patrice Lumumba. Ils seront battus, torturés, brutalisés et traînés devant Mobutu comme des comploteurs, ils ne seront jamais confrontés à leurs accusateurs. Le matin du dimanche de la pentecôte 1966, les quatre hommes sont pendus en public sur un pont qui deviendra plus tard le pont Kasavubu de Kinshasa. C’est à la mémoire des martyrs de la Pentecôte, que le Grand stade de football de Kinshasa s’appelle aujourd’hui le << Stade des martyrs >>. V – C’est dans ce même registre qu’il faut mentionner ici avec émotion la mort en prison de Joseph Boakye Danquah. Le 8 février 1965 à Accra. L’homme qui vers la fin des années 1940 avait invité, Francis Koffi Kwame Nkrumah, qui était en Angleterre, à venir s’installer en Côte de l’Or pour y jouer un rôle politique majeur. Les protestations contre ce décès affluent de partout en Afrique et dans le monde. le président Ghanéen qu’on disait homme de compassion, était-il aveugle au point de ne pas voir la souffrance des centaines de gens qu’il avait fait emprisonner en vertu de la loi sur la détention préventive qui permet toutes les arrestations arbitraires ? Mais le plus grave est derrière, Car les laudateurs de Kwame Nkrumah oublient tous aujourd’hui par amnésie le procès des trois principaux suspects de l’attentat spectaculaire de Kulungugu, le 2 janvier 1962. Les protagonistes de ce procès étaient Adamafio, le secretaire général du CPP, le parti de la convention du peuple, son adjoint Coffie Crabbe et son ministre des affaires étrangères Ako Adjei. Le débat judiciaire était présidé par un magistrat d’une rare intégrité, Sir Arku Korsah, qui examinait équitablement les charges bien peu convaincantes, retenues contre les accusés. Tout le monde pense cependant qu’ils seront reconnus coupables. Puisse que la presse gouvernementale les présente déjà comme les organisateurs de la tentative d’assassinat contre la personne du président de la République. Après plusieurs mois de débats, quand en décembre 1963, le tribunal les reconnaît innocents, ce verdict tombe comme une gifle pour le président Kwame Nkrumah. Il refuse cet acquittement


LES CARNETS DE L’OBSERVATOIRE DEMOCRATIQUE EN COTE D’IVOIRE qu’il considère comme un affront personnel et décide de réagir vivement et rapidement. Il limoge le juge Korsah, en quarante-huit heures. Il fait adopter par l’assemblée nationale une loi qui donne au président de la République le pouvoir de réviser tout jugement judiciaire quand l’intérêt national est en jeu. C’est cette atteinte majeure à l’indépendance de la justice qui sera l’une des causes du coup d’Etat militaire du 23 février 1966, qui renversa le régime du Dr Kwame Nkrumah. VI – Les derniers éléments de cette nature de faux complots nous viennent de la Guinée de Sékou touré. L’arrestation en 1969 de Fodéba Keita, accusé de complot, l’ancien ministre de l’intérieur et de la sécurité de la Guinée fut fusillé le 27 mai 1969. Mais l’Afrique entière retient l’arrestation la torture, l’humiliation et la mort dans le camp de la mort de Boiro à Conakry de Boubacar Diallo Telli, ancien secrétaire général de l’Organisation de l’Unité Africaine (Ndlr. Union Africaine actuelle) et ministre de la justice de la République de Guinée comme un immense gâchis. Le plus triste c’est la mise en scène du faux complot. Les témoins qu’on trouve pour porter l’accusation et surtout cette confession publique que les dictatures imposent aux accusés. Il n’y a rien d’aussi cruel et indigne dans la vie sociale ou dans la vie politique que contraindre des innocents à s’accuser de crimes qu’ils n’ont pas commis. C’est dans la nuit du 18 au 19 juillet 1976, que Diallo Telli réveillé en sursaut à son domicile sera arrêté par le commandant du Camp Boiro l’impitoyable Siaka Touré, neveu du président Sékou Touré. Quelques jours plus tard, Sékou Touré proclamera spectaculairement la découverte d’un complot Peul contre la sûreté de l’Etat. Dès son arrestation, Diallo Telli est soumis à des interrogatoires intensifs, à des séances de torture et à des privations prolongées d’eau et de nourriture. Il occupe la cellule n0 54 du camp Boiro dans la chaleur moite d’une température avoisinant les 45 degrés. La privation d’eau et de nourriture ne tarde pas à faire son effet. Dans ce genre de cas les médecins nous disent que les symptômes sont inéluctables et terribles pour le corps humain. Surtout pour Diallo Telli était un homme déjà malade à l’époque des faits. La pression sanguine diminue, le pouls ralenti, la peau devient sèche, la gorge se dessèche, le blanc des yeux devient rouge, les mains et les pieds tremblent. Au petit matin du 1er mars 1976, Diallo Telli rend l’âme. Son corps ne sera même pas rendu à sa famille et sera enseveli le même jour au cimetière de Caporo dans la banlieue de Conakry, sans aucune cérémonie religieuse. C’est l’une des pages sombres de l’histoire de la Guinée. VII – La palme de la cruauté et du cynisme A) – Si on devait dénoncer la méthode la plus barbare et la plus cruelle en matière de crime politique, la palme reviendrait sans l’ombre d’une hésitation au Zaïre de Mobutu. L’assassinat de Pierre Mulélé, reste une des taches les plus sombres de l’histoire de l’ancien Zaïre et de cette idéologie criminelle que fut le Mobutisme. En 1968 Mobutu proclame l’amnistie et demande à tous les opposants et exilés de rejoindre la République qui a besoin de tous ses enfants pour affronter les grands défis du développement et la construction d’une nation prospère pour tous. Il y a toujours dans la vie politique des hommes suffisamment naïfs pour croire à ces genres de boniments. Exactement comme le poisson qui voit le vers de terre au bout de la ligne sans voir le piège qui mettra fin à sa vie. C’est cela qui justifie que depuis la préhistoire jusqu’à nos jours, même les enfants de 10 ans savent aujourd’hui que toutes les espèces de poissons ne se méfient pas des appâts. Le 13 septembre 1968, alors que la guérilla est depuis longtemps vaincue. Pierre Mulélé, ancien ministre de l’éducation nationale du président du mouvement national congolais notre frère le défunt premier ministre Patrice Lumumba arrive à Brazzaville avec sa compagne Léonie Abo et trois autres compagnons. Ils se mettent sous la protection du président Congolais notre frère le Commandant de bataillon parachutiste Marien Ngouabi. Des négociations sont engagées pour son retour. Le ministre Zaïrois des affaires étrangères, Justin-Marie Bomboko Lukumba, arrive à Brazzaville le 28 septembre 1968 et déclare à la radio


LES CARNETS DE L’OBSERVATOIRE DEMOCRATIQUE EN COTE D’IVOIRE << l’amnistie générale décrétée à Kinshasa par le Général Mobutu est valable pour tous. Nous accueillons donc M. Mulélé en frère. Il travaillera avec nous pour la libération totale de notre pays. >> Quelle belle promesse et quel beau message venant d’une dictature ? Mulélé, malgré les avertissements de ses proches et les conseils des lumumbistes qui lui répètent que Mobutu va le tuer prend le risque de traverser le fleuve, parce que Mobutu a donné sa parole d’honneur. Quelle est la valeur de la parole de l’homme qui avait livré hier encore Patrice Lumumba aux sécessionnistes Katangais ? N’est-il pas plus sûr de croire à la parole du diable qu’à celle de Mobutu ? Mulélé est accueilli en grande pompe à Kinshasa. Le général Bobozo, celui qui avait naguère veillé sur Lumumba à Thysville aujourd’hui Mbanza-Ngungu, donne une réception en son honneur. Le soir, il se rend à la résidence de Bomboko, où il passe la nuit. Ses proches, ses fidèles viennent féliciter l’ex- rebelle, tout en lui conseillant d’être sur ses gardes. Le 2 octobre 1968 à 17 heures, on vient annoncer à Pierre Mulélé que la population l’attend au stade Tata Raphaël et se prépare à le saluer comme un des compagnons de Patrice Lumumba. Ce sera son dernier voyage. Pierre Mulélé, sa compagne Abo, son ami Théodore Bengila, prennent place dans la voiture mise à leur disposition par leur hôte, Justin-Marie Bomboko. Ils seront conduits au camp militaire Kokolo. Mulélé et Bengila vont être assassinés dans la nuit du 2 octobre 1968. La cruauté et la bestialité avec lesquelles Mulélé et ses compagnons d’infortune vont être mis à mort couvriront à jamais d’ignominie et de honte le régime mobutiste qui a ordonné une telle sauvagerie. Avant de Mourir, Pierre Mulélé, connaîtra des souffrances extrêmes, raconte Justin Marie Bomboko dans le livre de Ludo Martens : << alors qu’il était vivant, ses bourreaux lui arrachent les oreilles, lui coupent le nez, retirent ses yeux de leurs orbites. Ils lui arrachent les organes génitaux. Alors qu’il est toujours vivant, ils lui amputent les bras et les jambes. Les restes de son corps seront ensuite jetés dans un sac et immergés dans le fleuve Congo. Théodore Bengila a subi le même sort >>. Ces meurtres cruels illustrent toute la bestialité du président Mobutu et de son régime. Le devoir de mémoire nous impose de revisiter ces témoignages insoutenables pour que les mobutistes d’aujourd’hui sachent que l’Afrique entière se souvient encore de l’horreur qui se dégage aujourd’hui même de la mise à mort cruelle et sadique de Pierre Mulélé. B) – En Côte d’Ivoire, Houphouët est beaucoup plus subtile que cela, c’est d’ailleurs une différence de taille entre les deux hommes. Les 4000 morts du guébié dans le centre ouest de la Côte d’Ivoire, la répression barbare des irrédentistes du sanwi dans le sud Est de la Côte d’Ivoire, prouvent que les méthodes peuvent changer, mais le résultat est le même car toutes les dictatures sont liberticides et méprisent l’être humain dont ils veulent assurer le bonheur, sur ce point Houphouët et Mobutu sont des semblables. Trois anciens ministres d’Houphouët-Boigny, qui veulent garder l’anonymat dans ce pays en recomposition qu’est la côte d’ivoire, nous ont livré il y a trois ans à Genève et à Paris où ils étaient de passage des témoignages hallucinants sur des méthodes discrètes pour tuer un adversaire politique sans recourir au meurtre. En 1956, à la veille de la loi cadre, Félix Houphouët-Boigny, au nom de l’unité nationale invite les autres partis politiques à rejoindre le PDCI-RDA, ainsi le MSA (le mouvement socialiste Africain) le PPCI, (le parti progressiste de Côte d’Ivoire) EICI, l’entente des indépendants de Côte d’Ivoire) UICI, l’union des indépendants de Côte d’Ivoire) et le BDE, (le bloc démocratique éburnéen) rejoignent le PDCI-RDA. Le Parti démocratique de Côte d’Ivoire ne le dit pas assez, mais c’est tout à fait en son honneur d’avoir réussi l’unité par absorption des autres formations politiques du pays dans un grand parti de masse. Le parti unique s’il respecte la diversité du pays et oriente son travail dans le sens d’un vrai dialogue national utile pour construire une nation dans l’union la discipline et le travail en commun aurait éviter à la Côte d’Ivoire les germes de la crise sans fin que connaît ce malheureux pays actuellement. L’Etat houphouëtiste, aurait pu être un immense creuset pour l’unité des ivoiriens. Cela pouvait se faire au sein du parti, de créer et d’entretenir chez l’ivoirien le sentiment d’appartenance a une entité territoriale commune afin qu’il soit habité par le sentiment que les autres hommes et


LES CARNETS DE L’OBSERVATOIRE DEMOCRATIQUE EN COTE D’IVOIRE femmes qui ne sont ni de sa famille, ni de sa tribu, mais qui partagent avec lui le même destin, sont ses frères et sœurs. L’Ivoirité Au lieu de cela, c’est au sommet du PDCI-RDA et dans les rangs de la section ivoirienne du Rassemblement démocratique africain que l’ivoirité est née, pour achever la déconfiture de la Côte d’Ivoire. Celui qui écrit ces lignes qui fut un témoin anonyme de l’indépendance de ce malheureux pays éprouve aujourd’hui encore une immense honte en pensant à ce maudit concept que fut l’ivoirité et sa responsabilité dans la faillite d’un de nos Etats nations d’Afrique, issu de l’occupation coloniale. Certains transfuges des partis cités plus hauts et certains militants du PDCI-RDA, furent appelés au gouvernement présidé par Félix Houphouët-Boigny, après la fusion librement consentie dans le parti émancipateur et fédérateur qu’était le PDCI-RDA. Certains ont été des victimes du faux complot de 1959 et de 1963. Certains sont restés au gouvernement en croyant avoir la confiance d’Houphouët-Boigny. Ils avaient été informés par les services de la présidence qu’un compte bancaire était disponible, à leurs intentions auprès d’une banque de la place et qu’ils devaient s’y rendre pour les formalités d’usage. La banque les informa qu’elle était à leur disposition pour tous les retraits nécessaires à leurs installations et à leurs besoins personnels. Comme dans la vie ici bas il y a toujours des gens pour croire comme les poissons que le verre de terre qui est au bout de la ligne, est à manger gratuitement ils s’y engouffrèrent dans la brèche. Achetant voitures, maisons, envoyant leurs enfants étudier en Europe, alignant et entretenant aussi des maîtresses sans parler des petites filles, modèles portables et démontables dont nos hommes politiques africains sont si friands. Cela peut durer trois, quatre ou cinq ans. Et puis un beau matin l’ancien transfuge qui se croyait bien intégré dans la hiérarchie du parti Etat et du gouvernement se retrouve à la porte. Le trésor public continue de lui payer son salaire pendant 6 mois. Entre temps il reçoit une mise en demeure de la banque qui depuis des années était muette, l’invitant à payer les retraits effectués sur le compte dont-il est le titulaire. Trois mois après son éviction du gouvernement, il a le feu aux fesses car les huissiers sont à ses trousses, ils ont en mains des avis de saisis du tribunal pour dettes impayées. L’ancien ministre cherche alors à rencontrer le président. Mais tous ses collaborateurs lui disent que le président est occupé et n’a pas le temps pour lui. Son cas est un problème privé entre une banque et son client et on ne doit pas déranger le président pour des choses aussi sordides. Le président est injoignable et le plus humiliant c’est surtout les français collaborateurs du président, qui travaillent au palais présidentiel du pays, qui sont chargés de le recevoir pour lui infliger cette ultime humiliation qui survient comme une estocade. C’est-à-dire la mise à mort du taureau par le matador dans une arène tauromachique. La grande différence est que dans l’arène de la corrida, le matador se présente lui-même face au taureau et ne laisse pas le sale boulot à ses sherpas et autres mercenaires de la coopération humiliante issues de la relation paternaliste et incestueuse qu’on entretien avec l’ancien occupant dont le but est l’instauration d’un régime de démission nationale dans nos pays africains. Le président Félix Houphouët-Boigny, avait dit un jour en plein conseil national que certains ministres impliqués dans des surfacturations, avaient été écartés du gouvernement, trois mois après on les voyait vendre les quelques petites villas qu’ils avaient. C’est de cette situation dont-il faisait allusion. Certains anciens ministres étaient devenus tellement pauvres qu’ils prenaient le bus avec le commun des ivoiriens. Cette façon de faire est plus que cruelle et relève d’une méchanceté politique et d’un cynisme digne des observations de Nicolas Machiavel à la cour du prince Laurent II de Médicis à Florence dans la période de la renaissance italienne. VIII – Postulat de conclusion Pourquoi le crime, la combine mafieuse, les faux complots, le tribalisme, la corruption et la prédation, sont si enracinés dans la vie politique de nos malheureux pays africains ? Vaste question qui débouche souvent sur une seule tentative de réponse.


LES CARNETS DE L’OBSERVATOIRE DEMOCRATIQUE EN COTE D’IVOIRE Nous avons donné trop de place au crime, au mensonge, à l’ethnisme et à la vénalité. Les leçons qui se dégagent de notre histoire commune ont donc valeur de démonstration acquise. Tuer pour gouverner se termine toujours mal. Qu’en est-il de Samuel Doe, l’homme qui avec ses compagnons, après avoir tué le président William Tolbert dans son lit, avaient cru bon de l’éventrer et de défenestrer son corps au petit matin du 12 avril 1980. Cette image des membres du gouvernement libériens, dénudés, traînés dans les rues et fusillés en public sur la plage de Monrovia sonne aujourd’hui encore comme une malédiction, qui fait du crime le moyen le plus simple de régler nos problèmes de gouvernance. Le premier président Togolais, Sylvanus Olympio fut assassiné, le 13 janvier 1963, par un sergent qui a revendiqué lui-même le crime sous le couvert d’une mutinerie. L’impunité fut totale pour le coupable qui fonda une dynastie au sommet de l’Etat Togolais. Joseph Thomas Mboya, plus connu sous le nom de Tom Mboya, ministre de la planification économique et du développement du Kenya fut assassiné le 5 juillet 1969, peu avant 13 heures à sa sortie de la Pharmacie channi sur l’avenue Moi, à Nairobi capitale du Kenya. Cependant ni le procès bâclé et la pendaison dans le plus grand secret du coupable de la version officielle de l’assassinat, n’ont fait jusqu’à ce jour l’objet d’une enquête sérieuse. Notre frère le capitaine Para commando, Isidore Noël Thomas Sankara et ses collaborateurs furent tués, à la grenade et à la kalachnikov par une soldatesque ethno politique, le 15 octobre 1987 à Ouagadougou, sans qu’aucune enquête ne soit menée pour déterminer les circonstances de leurs morts. Les assassins circulent librement aujourd’hui encore, ils sont vivants et bien joufflus et se prélassent dans une impunité totale au sommet d’un pays mis au pas par les armes et la combine mafieuse. Le 13 avril 1964, Félix Houphouët-Boigny, informe la nation qu’Ernest Boka, président de la Cour suprême de Côte d’Ivoire s’est suicidé dans la nuit du 5 au 6 avril dans la prison concentrationnaire de Yamoussoukro Assabou. Il s’est donné la mort en utilisant le pantalon de son pyjama pour se pendre au tuyau de la douche. Puis il donnât lecture de la lettre de confession d’Ernest BOKA. Confession dans laquelle le défunt s’accuse de malversations, de militantisme communiste, d’être une pourriture et une ordure. Plus le mensonge est gros, plus il passe. La leçon à retenir est qu’il ne faut rien attendre de positifs de la part d’un homme politique qui a recours à des méthodes aussi sordides et crapuleuses pour régler les affaires d’Etat. Un cercueil plombé et un détachement militaire accompagnèrent les restes mortuaires d’Ernest Boka dans son village à Grand-Morié dans la région d’Agboville. Nous parlons ici de faits réels et non d’un roman. Bien sûr on trouvera aujourd’hui des nostalgiques de l’houphouëtisme et des petits braillards pour dire que c’est du passé. Justement le passé ne passe pas tant que les mêmes causes visibles et palpables s’additionnent devant nous pour répéter le passé qui nous poursuit comme une malédiction pour achever la noyade collective de l’Etat nation dont nous sommes les fils. C’est justement pour réparer cette injustice criminelle que le président Henri Konan Bédié, édifia durant son règne un mausolée à Grand-Morié, pour donner une sépulture décente à ce grand serviteur de l’Etat de Côte d’Ivoire, que le régime d’Houphouët-Boigny, avait torturé, humilié et calomnié jusque dans la mort. Ephémère, tout est éphémère ici bas. Nos parents malinkés disent souvent que plus tu grimpes haut, plus le risque de ta chute devient plus grand. C’est pourquoi il est bon aujourd’hui en Afrique, que tout ceux qui préparent et organisent les faux complots et des crimes d’Etat, se souviennent du sort et de la fin de vie que l’histoire réserva à Grégoire Philippe Yacé, le 29 novembre 1998 dans une clinique d’Abidjan. L’homme tout puissant qui fut en Côte d’Ivoire le commissaire du gouvernement auprès du tribunal d’exception qui condamna les innocents du faux complot de 1963, avait fini son existence dans l’isolement, l’indifférence et la maladie. Faut-il rappeler ici le sort tragique de Siaka Touré, l’ancien commandant du camp Boiro de Conakry qui fut fusillé par le nouveau régime de Lansana Conté. Ne parlons même pas de l’exécution sans procès d’Ismaël Touré, le président du tribunal révolutionnaire de Guinée, qui condamna tant de personnes à la mort.


LES CARNETS DE L’OBSERVATOIRE DEMOCRATIQUE EN COTE D’IVOIRE Tous ceux qui préparent des faux complots et des assassinats crapuleux pour régler des comptes ethno politiques doivent savoir à l’avance qu’on ne sort jamais indemne d’une confrontation aussi indigne avec le diable, la mort, le crime et le sang des innocents. Nicolas Machiavel, dans sa dédicace du Prince à Laurent II de Médicis, que nous évoquions plus haut, résume mieux dans ce sens notre propos : << Il ne faut pas que l’on m’impute à présomption, moi un homme de basse condition, d’oser donner des règles de conduite à ceux qui gouvernent. Mais comme ceux qui ont à considérer des montagnes se placent dans la plaine, et sur les lieux élevés lorsqu’ils veulent considérer une plaine, de même, je pense qu’il faut être prince pour bien connaître la nature et le caractère du peuple, et être du peuple pour bien connaître les princes. >> Telles sont les réflexions que nous inspirent, la cruauté, le crime et le sang dans la vie politique africaine à une époque ou des Républiques inachevées et avariées, incapables de payer les salaires des fonctionnaires à la fin du mois, cherchent par la coercition, le mensonge et la bassesse à prétexter pour tuer et plaire ainsi au maître du jour. Exactement comme le chien qui, se roule dans la poussière pour recevoir une caresse de son maître. Merci de votre aimable attention. Dr Serge-Nicolas NZI Chercheur en Communication Lugano (Suisse) Tel. 004179.246.53.53 Mail. nzinicolas@yahoo.fr


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