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THE LUANG SAY RESIDENCE

The Belle Epoque in Laos

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The Belle Epoque in Laos


Sommaire Contents

8 Paroles de Henri 10 Dans la forêt laotienne 12 Un rapide 14 Les forêts d’Indochine 16 Le bouddhisme au Laos et au Siam 17 Les fêtes de la lune au Laos 18 Les grottes de Pak Hou 20 Les forêts de teck 21 Sur Auguste Pavie 22 Lettre de Pavie a Elisée Reclus 24 Portrait d’Auguste Pavie 26 Les bruits de la forêt laotienne 28 Fille d’Asie 33 Soir d’Annam 4

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Words of Henri The Elephants The Mekong A Rhinoceros Hunt The Jungle Water Snakes Waterfall and Cascades King Sisavangvong’s letter to Pavie’s widow The French in Laos On the magnetism Indochina exerted on the French On the origins and nature of novelistic creation 15th August, 1861.—Nam Kane Tobacco, Betel and Opium Giant Trees

Campement a la porte d’une pagode | Camp at the gate of a pagoda 5


Carte du Nam Ou | Map of Nam Ou

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Carte du pays des Phoueuns | Map of Pays des Phoueuns

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Introduction

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Introduction

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Paroles de Henri « Consulter les quelques cartes existantes de l’Indochine pour me guider dans l’intérieur du Laos eût été une sottise, aucun voyageur, à ma connaissance du moins, n’ayant encore pénétré dans le Laos oriental ou publié des données authentiques sur ce pays. Interroger les indigènes pour des renseignements sur les lieux éloignés de plus d’un degré eût été inutile. Mon but était de gagner Luang Prabang par terre, d’explorer les tribus dépendantes de cet état au nord, et de redescendre le Mékong jusqu’au Cambodge. En partant de Korat j’avais à me diriger vers le nord tant que je trouverais des chemins praticables et des lieux habités ; indubitablement j’arriverais sur les bords du fleuve, et si je ne tombais pas directement sur Luang Prabang je n’aurais qu’à me diriger à l’est lorsque je le jugerais nécessaire. Extrait de Voyages dans les royaumes de Siam, de Cambodge, de Laos et autres parties centrales de l’Indo-Chine. Hachette ,de Henri Mouhot,1868 

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« Le 25 juillet, j’arrivai à Luang-Prabang, charmante petite ville [...]La situation est des plus agréables, les montagnes qui resserrent le Mékong au-dessus comme au-dessous de cette ville forment une vallée circulaire dessinant une arête de neuf milles de largeur, qui a dû être jadis un bassin fermé et encadrent un tableau ravissant qui rappelle les beaux lacs de Cosme ou de Genève... La ville est bâtie sur les deux rives du fleuve. Mais la partie droite ne compte que quelques habitations. La partie la plus considérable entoure un mont isolé qui a cent et quelques mètres de hauteur et au sommet duquel on a établi une pagode... Les femmes sont généralement mieux qu’au Siam. Elles portent une seule courte jupe de coton et parfois un morceau d’étoffe de soie sur la poitrine... Leur musique est très douce, harmonieuse et sentimentale ; il ne faut que trois personnes pour former un concert mélodieux. L’un joue un orgue en bambou, l’autre chante des romances avec l’accent d’un homme inspiré et la troisième frappe en cadence des lames d’un bois sonore dont les cliquetis font bon effet... ». M.Henri Mouhot - Dessin de M. Rousseau d’apres une photographie | M. Henri Mouhot Drawing by H. Ronsseau after a photography

Extrait de Voyages dans les royaumes de Siam, de Cambodge, de Laos et autres parties centrales de l’Indo-Chine. Hachette ,de Henri Mouhot,1868

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Intérieur de forêt entre Nong Kay et Pak Lay - Dessin de M.L. Delaporte d’aprés nature | Inside the forest between Nong Kay and Pak Lay - Drawing by M.L. Delaporte after nature

Dans la forêt laotienne

Il y a dans le repos de cette forêt, dans le calme de cette puissante nature tropicale, quelque chose d’une majesté indéfinissable qui à cette heure de la nuit (minuit) fait sur moi une impression profonde. Le ciel est serein, l’air frais ; les rayons de la lune ne pénètrent qu’à travers les branches et les feuilles des arbres, et n’éclairent çà et que quelques coins du sol, qu’on dirait des lambeaux de papier dispersés par le vent ; pas le moindre souffle ne fait bruire les arbres, et rien ne troublerait ce silence imposant sans quelques feuilles mortes qui tombent de branche en branche avec un petit bruit sec, le murmure d’un ruisseau qui coule à mes pieds sur un lit de cailloux, quelques grenouilles qui se répondent de distance en distance, et dont le coassement ressemble à l’aboiement rauque d’un chien. De temps en temps, quelque oiseau de nuit, des chauves-souris, s’approchent, attirées pas la flamme de la torche qui brûle attachée à une branche de l’arbre sous lequel j’ai étendu ma peau de tigre ; puis, à de longs intervalles, retentit le cri plus ou moins rapproché d’une panthère qui appelle son mâle, et auquel répondent par des grognements au sommet des arbres, des chimpanzés dont elles troublent le repos. Extrait de Voyages dans les royaumes de Siam, de Cambodge, de Laos et autres parties centrales de l’Indo-Chine. Hachette, de Henri Mouhot,1868 12

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Un rapide ….Je vis bientôt ce qui formait le rapide. Après avoir longtemps couru presque exactement Nord et Sud la rive droite du fleuve s’infléchit brusquement à l’Est et vient présenter à l’eau une barrière perpendiculaire. En amont, sur l’autre rive, une pointe avancée renvoie dans ce coude toutes les eaux du fleuve qui la frappent et s’y réfléchissent, de sorte que leur masse entière vient s’engouffrer avec la rapidité et le bruit du tonnerre dans les quatre ou cinq canaux que forment les îles à base de grès que se profilent le long de la rive droite. Irritées de la barrière soudaine qu’elles rencontrent, les vagues boueuses attaquent la berge avec furie, l’escaladent, entrent dans la forêt, écument de chaque arbre, de chaque roche, et ne laissent debout dans leur course furieuse que les plus grands arbres et les plus lourdes masses de pierre. Les débris s’amoncellent sur leur passage ; la berge est nivelée, et, s’élevant au milieu d’une vaste mer d’une blancheur éclatante, pleine de tourbillons et d’épaves, quelques géants de la forêt, quelques roches noirâtres résistent encore, pendant que de hautes colonnes d’écume s’élèvent et retombent sans cesse sur leurs cimes. C’était là que nous arrivions avec la rapidité de la flèche. Il était de la plus haute importance de ne pas être entrainé par les eaux dans la forêt, où nous nous serions brisés en mille pièces, et de contourner la pointe en suivant la partie la plus profonde du chenal. Nous y réussîmes en partie. Ce ne fut d’ailleurs pour moi qu’une vision, qu’un éclair. Le bruit était étourdissant, le spectacle fascinait le regard. Ces masses d’eau, tordues dans tous les sens, courant avec une vitesse que je ne puis estimer à moins de 10 ou 11 milles à l’heure et entrainant au milieu des roches et arbres notre légère barque perdue et tournoyante dans leur écume, auraient donné le vertige à l’œil le moins troublé. Renaud eut le sang-froid et l’adresse de jeter, à mon signal, un 14

Passage d’un rapide - Dessin de Th. Webber d’après an croquis de M.L. Delaporte | Crossing the rapids - Drawing by Th. Webber after a sketch of M.L. Delaporte

coup de sonde qui accusa dix mètres ; ce fut tout. Un instant après, nous frôlions un tronc d’arbre le long duquel l’eau rejaillissait à plusieurs mètres de hauteur. Mes bateliers, courbés sur leurs pagaies, pâles de frayeur, mais conservant un coup d’œil prompt et juste, réussirent à ne point s’y briser. Peu à peu la vitesse vertigineuse du courant diminua : nous entrâmes en eau plus calme ; la rive se dessina de nouveau ; mes bateliers essuyèrent la sueur qui ruisselait de leurs fronts. Nous accostâmes pour les laisser se reposer de leur émotion et des violents efforts qu’ils avaient dû faire. Je remontai à pied le long de la berge pour essayer de prendre quelques relèvements et compléter la trop sommaire notion que je venais d’avoir de cette partie du fleuve : si la profondeur de l’eau paraissait suffisante pour laisser passer un navire, la force du courant enlevait tout espoir que ce passage pût jamais être tenté ; et le chenal, s’il existait, ne devait plus être cherché de ce côté, mais plus probablement au milieu des îles qui occupent la partie centrale du lit du fleuve. Extrait de Voyage d’exploration en Indo-Chine. Hachette , de Francis Garnier, 1873 15


Recontre dans la montagne | Meeting in the mountain

Les forêts d”Indochine Ces forêts sont désespérément belles et pleines d’harmonies étranges : au moindre souffle de brise, le bambou grince et se plaint comme un mât courbé par la tempête, la haute cime des dzaô rend un murmure vague et sourd qui se propage et se pépète comme un long gémissement au travers de cet océan de feuillage. La brise cesse, le silence se rétablit : soudain un bruit lointain se fait entendre sous les arceaux de la forêt, il se renouvelle toujours plus fort, grandit, approche : il est sur nous. On lève la tête : ce n’est qu’une feuille qui, détachée d’une haute branche. De chute en chute, arrive enfin jusqu’à terre, après nous avoir fait tressaillir à chacun de ses légers chocs. Quelquefois le cri sonore de l’éléphant retentit dans les profondeurs de la forêt dont tous les échos répondent à ce puissant appel : un mélange indéfinissable de chants d’oiseaux et de bruits d’insectes lui succède, et la sauterelle cambodgienne domine ce vague accord de son éclatant refrain dont la note sèche et criarde s’affaiblit, lointaine, emportée dans vol rapide. On prête l’oreille : c’est le sourd murmure du fleuve que croit et décroit soudain ; non : c’est le bruit sourd et confus des berges de sable qui s’écroulent et que les eaux emportent dans leur cours. Le soleil est couché, la nuit est venue : on ne suit plus qu’à grand’ peine le sentier tortueux qui serpente sous les grands arbres : les troncs des ban-langs se dressent à chaque détour comme de blancs fantômes ; l’on songe en frémissant à l’ennemi toujours invisible, toujours présent de ces contrées, le tigre, dont l’heure est venue, et l’on revient, en pressant involontairement le pas, auprès du feu du campement. Extrait de Voyage d’exploration en Indo-Chine. Hachette , de Francis Garnier, 1873

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Le bouddhisme au Laos et au Siam

… Une morale extrêmement pure, empreinte d’une profonde mansuétude et d’une immense charité, qui de l’homme s’étend à tous les êtres vivants, caractérise les préceptes du bouddhisme. C’est à l’élévation, à l’austérité forte et saine de ses enseignements, et non à la prétendue insalubrité du climat, qu’il faut attribuer la résistance que rencontrent les Missions catholiques ou protestantes au Siam et au Laos, où celle doctrine s’est conservée plus pure et plus fervent qu’ailleurs.

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Les fêtes de la lune au Laos

Si l’on oublie l’écrasant régime que le Siam fait peser sur le pays, aucune région n’offre des apparences aussi calmes, aussi riantes, aussi heureuses, que celle dont je viens d’esquisser rapidement la situation politique, matérielle et morale. Une riche et luxuriante nature semble inspirer les mœurs les plus douces et les plus paisibles ; nulle passion turbulente ou cruelle ne trouble la rêveuse nonchalance des habitants ; ces charmants paysages, que caresse de ses plus beaux rayons le soleil des tropiques, respirent partout une tranquillité, une innocence singulière. Toutes les rumeurs, tout le fracas du monde civilisé, viennent s’éteindre et mourir aux portes de cette contrée dont rien ne réussit à troubler le profond silence, et le souvenir qu’on en garde, une fois qu’on est rentré dans l’agitation du dehors, parait si étrange, si lointain, qu’il semble correspondre à une planète, appartenir à une autre existence, et qu’il fait involontairement songer à la métempsycose.

Les fleurs étaient depuis quelques jours un objet recherché ; les fêtes de la lune étaient plus suivies : on avait hâte de se réjouir une dernière fois avant que les pluies vinssent rendre les communications difficiles, ralentir la circulation et claquemurer chacun chez soi. Dans l’intervalle des grains orageux sui s’élevaient régulièrement dans l’après-midi, la température était réellement accablante et dépassait 37 degrés ; aussi les habitants de la ville profitaient-ils avec empressement de la fraîcheur relative que ramenait, après l’averse quotidienne, l’apparition de la lune sur l’horizon ; la vue se reposait alors de l’éclatante lumière que le soleil, à ce moment presque au zénith, avait déversée pendant douze heures sur la ville. On jouissait avec délices du paysage tropical dans ces rues ombragées de palmiers auxquelles la blanche clarté de la lune donnait charmant aspect. Pendant une partie de la nuit, la population presque toute entière restait sur pied : les vieillards, assis devant leurs portes, échangeaient leurs souvenirs ou supputaient les espérances de la récolte prochaine ; les jeunes gens couronnés de fleurs, se promenaient en chantant, et formaient des théories dont les ligures ne manquaient ni de grâce ni d’originalité.

Extrait de Voyage d’exploration en Indo-Chine. Hachette , de Francis Garnier, 1885

Extrait de Voyage d’exploration en Indo-Chine. Hachette , de Francis Garnier, 1873

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Les grottes de Pak Hou

Nous arrivâmes le soir au confluent du Nam Hou, rivière dont le commandant de Lagrée avait songé un instant à remonter le cours. Vis-à-vis de son embouchure s’élèvent, sur la rive droite du fleuve, de hautes falaises à pie, dans le flanc desquelles s’ouvre une grotte plus profonde encore que la précédente, et que les indigènes ont transformée en sanctuaire. Nous y montâmes à l’aide d’un escalier pratiqué dans le roc. Les déchirures du rocher forment, au bas de la gigantesque et irrégulière ouverture de la grotte, une sorte de balcon dont la main de l’homme a complété et régularisé les piliers et la rampe. De là le coup d’œil que présente le fleuve est imposant. Ce ne sont plus ces perspectives infinies où le bleu des eaux et le bleu du ciel se fondent ensemble sous une Eclatante lumière ; où de lointaines lignes de palmiers et de cases, à demi cachées sous leur ombre, arrêtent seules les contours d’un paysage à la fois monotone et immense. Ici, le fleuve n’atteint pas 300 mètres de large ; son cours sinueux est borné de toute part par des murailles rocheuses, que surmontent les bizarres dentelures des montagnes du second plan. A une dizaine de mètres au-dessous du spectateur, les eaux, déjà boueuses et toujours rapides, baignent le pied de l’escalier qui conduit au balcon, et repoussent contre le rocher la barque légère qui nous attend. C’est une admirable tribune pour assister aux courses de pirogues, si fréquentes au Laos, ou pour jouir des illuminations à l’aide desquelles les indigènes savent rehausser l’éclat de leurs nuits tropicales. A quelque distance de là, les eaux noires et calmes du Nam Hou se mélangent aux eaux jaunâtres du Cambodge, et la ligne de démarcation qui les sépare s’éloigne ou se rapproche de l’embouchure de la rivière, suivant le rapport variable de la vitesse des deux courants. Vis-à-vis, de nous, sur la rive gauche, un banc de sable tranche, par sa teinte dorée, sur la couleur sombre des roches avoisinantes, derrière lesquelles le soleil a déjà disparu et dont les cimes s’enlèvent sur un ciel rouge. Extrait de Voyage d’exploration en Indo-Chine. Hachette , de Francis Garnier, 1873 20

Sanctuaire de la grotte de Pak Hou (une prise du fond de la grotte) - Dessin de M.L. Delaporte, d’après nature | Sanctuary of the Pak Ou Cave (view from the bottom of the cave) - Drawing by M.L. Delaporte after the nature

Grotte de Pak Hou - Dessin de M.L. Delaporte, d’après nature | Pak Ou Cave - Drawing by M.L. Delaporte after the nature

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Les forêts de teck

Les forêts de teck ne ressemblent en rien aux autres forêts que j’avais parcourues jusqu’ici en Indo-Chine. Ce ne sont plus les inextricables lacis de lianes et de rotins de la forêt vierge, où les différentes essences sont mélangées, où le spectacle change à chaque pas, mais où la vue pénètre rarement à plusieurs centaines de mètres : ici tout parait régulier et l’on croirait ces forêts plantées par la main de l’homme. Les troncs, immenses et bien verticaux, s’élèvent à trente mètres et plus sans donner une branche, puis la frondaison s’étale horizontalement, formant une voûte épaisse et continue ; on voyage dans ces forêts comme entre les piliers d’un temple gigantesque. Les feuilles de teck, larges, lourdes et luisantes, qui servent dans le pays à faire des toitures résistantes, tombent toute l’année et recouvrent le sol, en sorte que pas un buisson, pas un brin d’herbe ne pousse en ces forêts, ce qui contribue à leur donner un aspect tout particulier.

Sur Auguste Pavie

P. NEIS, Voyage dans le Haut Laos, p. 70.

Citation de Le Fol, résident supérieur au Laos, 1933

« Deux éléments demeurèrent toujours étrangers à l’œuvre de Pavie, la force et l’intérêt. Pavie n’impose aucune contrainte, ne recherche aucun profit. Il se penche affectueusement sur les peuples qu’il rencontre, il les secourt quand ils sont exposés aux coups de l’adversité, et par sa douceur, par le rayonnement de sympathie qui se dégage de sa personne, par l’autorité persuasive dont sa parole est empreint il conquiert les cœurs et les esprits, il fait connaître et aimer le vrai visage de la France dont il est lui-même une parfaite et lumineuse incarnation. Ces dons exceptionnels de l’esprit et du cœur, ce charme enveloppant, ce magnétisme subtil de la pensée sympathique qui rendirent à Pavie toutes les tâches faciles, devaient plus particulièrement séduire les populations laotiennes, de même que la douceur du climat, la belle lumière du Mékong exercèrent sur l’infatigable voyageur une attirance irrésistible. »

Foret de Tek | Teak Forest 22

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Lettre de Pavie a Elisée Reclus | Letter of Pavie a Elisée Reclus

Lettre de Pavie a Elisée Reclus Je voudrais bien, Monsieur Elisée Reclus vous parler d’un pays merveilleux dont je suis fou. Je viens vous demander de me permettre d’aller jusqu’à vous, vous montrer mes matériaux, vous soumettre mes idées de travail. Je suis le plus humble des pionniers, n’ai aucun diplôme, et ai surtout travaillé seul et dans ces pays d’Indo-Chine que j’habite depuis 7 ans. Je serai surement désorienté en me retrouvant devant la grande civilisation, j’ai peur de la trouver petite, et je voudrais me présenter à vous a mon arrivée, avant d’avoir été exposé a aucune influence ne voulant ressentir et garder que la votre. Vous voudrez que j’aille vous demander ma route, conseil et votre souffle. J’en suis sûr et pars plein de foi. J’ai beaucoup de matériaux de toute nature et j’espère pouvoir emmener plusieurs Cambodgiens. Je serai sans doute en France au commencement d’Octobre. Veuillez agréer, Monsieur Elysée Reclus les très humbles hommages de votre respectueux admirateur. Auguste Pavie 24

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Commission d’exploration du Mekong - Dessin de Émile Bayard d’apres une photographie de M. Gsel | Committee of Exploration of Mekong - Drawing by Émile Bayard after a photograph of M. Gsel

Portrait d’Auguste Pavie « Il paie peu de mine au 1er abord M. Pavie. Maigre, d’aspect débile, d’une taille au dessous de la moyenne il a l’air comme il se plaît à le dire lui même d’un « bien chétif personnage ». Mais à un examen plus attentif se révèlent sous cette apparence de faiblesse physique des trésors d’intelligence mis au service d’une énergie, d’une force de volonté sans pareille. Depuis plus d’un an M. Pavie a vécu seul à Luang Prabang sans relations avec le monde civilisé, sans provisions, presque sans vêtements. Les Siamois dont sa présence dans cette ville contrariait les desseins se sont fait jeu d’intercepter tous les envois qui lui étaient destinés. Ainsi pendant de longs mois il a été en butte à d’incessantes vexations, condamné à une nourriture grossière, réduit à marcher nu-pieds, n’ayant pour se vêtir que quelques pauvres loques usées. Mais toutes ces privations il les a supportées avec une belle fierté. Avec cela causeur, aimable, enjoué, esprit curieux de toutes choses, copieusement renseigné sur toutes les questions qui se rattachent à notre système colonial, il faut entendre avec quelle chaleur communicative le vaillant diplomate plaide la cause française au Laos et au Tonkin. Et quand dans une joie de parler à cœur ouvert au milieu de visages amis M. Pavie oublie les dangers courus, les fatigues passées pour rendre hommage à l’énergie de notre chef et vanter, sans arrière pensée d’ironie notre « glorieux » fait d’armes du matin, nous nous sentons pris d’une modestie bien légitime. Comme elle est facile au prix de la sienne notre tâche à nous qui marchons en nombre, suffisamment pourvus, solidement armés, pareils en somme à une incarnation vigoureuse de la force. ! aussi nous rangeons-nous respectueusement simples soldats que nous sommes autour de ce persuasif, de ce conquérant par le verbe, dont la parole d’enthousiasme a le don de convaincre et de charmer. » Citation de Pierre de Séménil, 1888 26

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Les bruits de la forêt laotienne

« Je me souviens de cette station du 3 décembre 1880 comme de l’un des bons moments de mon voyage. Tout marchait  à souhait, je me portais bien depuis trois jours; les ren- seignements que j’obtenais, les observations que je faisais pouvaient avoir une certaine importance et, lotit au moins, étaient absolument nouveaux. Je nie laisai aller avec bonheur au charivari de cette belle nuit, auquel rien ne manquait, pas même un certain danger, car il pouvait nous arriver d’être attaqués par quelque bande de Hô descendant de Nam Hou sur des barques ou des radeaux. Mais, ma psée ne s’arrêtait pas à cette appréhension : elle avait mieux à faire. J’écoutais depuis longtemps tous tes bruits de la forêt :  ils  sont  à  peu  près  les  mêmes dans toute l’Indo-Çhine;  je pouvais sans peine nommer tous tes animaux dont j’entendais les voix ; nulle part, ils ne m’avaient paru si variés et si nombreux. Ce sont d’abord jusqu’à la nuit  close les bruyantes disputes des perroquets qui s’abattent par bandes sur le nie me arbre, le chant des coqs sau-  vages et les cris retentissants des paons ; plus tard, les gémissements continuels, les houhou lugubres des gib-  bons qui ne cessent qu’au matin, puis de temps en temps l’espèce d’aboiement clair et bref du tigre en chasse: tout  ce concert accompagné des grognements sourds des crocodiles, singulièrement nombreux en ce point du fleuve.  J’avais souvent lu ou entendu dire que le crocodile était muet : son cri est cependant bien connu de tous ceux qui ont passé la nuit dans les lieux qu’if fréquente d’habitude ; il ressemble au grognement de l’éléphant en colère, seulement il est sourd, moins retentissant et a quelque chose de plus sauvage.  Je ne dois pas oublier le chant assourdissant des criquets, et surtout celui des cigales, bruit tellement continu et monotone, qu’on ne s’en aperçoit guère que de temps en temps, lorsque tous les insectes, on ne sait pour quelle cause, se taisent à la fois pendant quelques secondes pour reprendre ensuite en choeur leur interminable chanson » P. NEIS, Voyage dans le Haut Laos.

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Rencontre d’une caravane de boeufs | The meeting of cow caravan 29


Fille d” Asie

« Roulant légèrement sur ses hanches étroites, Elle marche, indolente et lente, et balançant, Comme dans un souci d’équilibre agaçant, En gestes affinés ses longues mains adroites. Maniant lassement son léger éventail, Rien ne fait palpiter sa face indifférente; Souple d’une souplesse animale et troublante, Elle suit son chemin, grave, comme un bétail. Ses yeux, que n’a jamais éclairés le sourire, Sont l’abîme insondable où notre esprit se perd. Quel mystère se cache, adorable ou pervers, A l’ombre du secret qu’elle ne veut pas dire ? Nous ne le saurons pas. Jamais. Dans ces yeux noirs, Où tremble le reflet de l’âme poursuivie, Nous ne verrons jamais la flamme de la Vie Se dresser, haute et claire, à l’aube des espoirs. Nous ne connaîtrons pas la femme en vain conquise ; O fille de l’Asie ! Et dans tes bras ouverts, Nous ne saurons jamais, charme exquis et pervers, Le mystère ingénu de ta grâce indécise ».

Une niece du roi de Luang Prabang | A Niece of the king of Luang Prabang

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Extrait de Les Jardins de l’Orient de Stéphane Moreau, A. Lemerre, 1904

« Je n’avais fait, en Indochine, qu’un séjour de cinq ou six ans, et déjà l’Indochine me tenait. Je ne l’aimais point, comme tant d’Européens infatués de l’Europe, pour la fragile couche dont l’a revêtue notre civilisation. Ce qui m’avait attiré vers elle, c’est elle-même, ce qu’elle a de propre et qu’on ne trouve pas ailleurs. J’étais allé la chercher, loin des routes et des rues livrées aux tramways et aux automobiles, au fond de sa brousse la plus hostile et de ses ruelles les plus sordides. Je ne la trouvais jamais aussi belle que lorsqu’elle se montrait à moi toute nue. Je la chérissais jusque dans ses plaies. Loin d’elle, en véritable amant, je regrettais ses morsures tout autant que ses baisers ». Extrait de La Bouche scellée de Eugène Pujarniscle, G. Crès, coll. “Aventures”, 1931   « C’est, à cette époque des basses eaux, la grande poésie du fleuve avec ses rives escarpées, coupées à pic dans une terre rouge comme de la chair. Tous les arbres y poussent vigoureusement: le teck aux larges feuilles vert tendre, les palmiers à sucre et leurs boules de palmes, les bambous semblables à des jaillissements d’eau verte, grêles dans le bas et qui retombent après un épanouissement délicat, d’immenses banians abritant les pagodes, les manguiers noirs - et puis, de grands cadavres d’arbres aux blancheurs d’ossements. Leurs branches tordues font des gestes désespérés à l’eau qui passe. Mais, comme en ce pays rien n’est complètement mort ou tout à fait triste, des lianes fastueuses empanachent ces squelettes. Souvent une petite île surgit, semblable à un grand vaisseau à Tancre dans le courant, un grand vaisseau en fête et tout orné de verdure. Et toujours ce sont les herbes flottantes aux fleurs mauves; les cormorans, ailes ouvertes, noirs et immobiles dans le soleil; une pirogue dormant sous un arbre qui la remplit de feuilles; un enfant nu qui se baigne; des oiseaux bleus; le bond scintillant d’un poisson et jetées sur la berge pour sécher, les étoffes safran des bonzes.» Extrait de A l’ombre d’Angkor. Notes et impressions sur les temples inconnus de l’ancien Cambodge de George Groslier, A. Challamel, 1916 « Il entrevit dans l’eau obscure les heures oubliées de son enfance, le village de Phuôc-Tinh hérissant ses clôtures de bambous et ses toits gris à la lisière de la grande forêt d’Annam, la côte où, sur le sable jaune semé de blocs noirs, dormaient comme de formidables poissons les sampans échoués, la mer où les jonques chinoises balançaient leurs roufs de rotin, leurs proues badigeonnées de vermillon, leurs voiles tendues sur des bambous en éventail, la mer où bondissaient de longues files de marsouins, où courait l’aileron des requins, la mer où, sous les vagues déferlant, les sampaniers prétendaient avoir vu se dérouler le corps immense et flasque du Serpent fabuleux.»  Extrait de Hiên le Maboul de Emile Nolly Calmann-Lévy, 1909

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« Il y a environ deux cent quatre-vingt kilomètres de Saïgon à Phnom Penh, capitale du Cambodge et terme de ma première étape. Je commençai par bénir l’allure de l’automobile qui faisait de son mieux pour m’épargner la vue de l’horrible paysage que nous étions en train de traverser, ces interminables étendues de boue noirâtre, d’où émergent une infinité de petits piquets symétriques, qui sont des plants de riz. De temps en temps, il y avait un piquet plus grand, qui était un marabout, sorte d’ignoble échassier au plumage galeux, et de temps à autre, un piquet plus grand encore, qui était un homme. Celui-ci, chose inouïe, pêchait à la ligne, et, chose plus inouïe, il avait l’air de prendre du poisson, tandis que l’eau à laquelle il arrachait cette proie bizarre continuait de demeurer invisible. Il régnait sur ce panaroma cauchemardesque une lumière blafarde, tombant d’un ciel qu’on ne voyait pas, mais qu’on sentait de force à assommer l’imprudent qui aurait, une seconde, retiré son casque ». (...) « Tout changea. J’eus la stupéfaction de voir en quelques instants cette immensité humide et lépreuse faire place à une des natures les plus agréables du monde. Les noires plaines marécageuses devinrent des prairies étoilées de colchiques et de cyclamens. La boue se transforma en aimables étangs fleuris de lotus et de lentisques. Sur leurs bords, au lieu des hideux marabouts, se promenaient nonchalamment de grands oiseaux blancs, dont les uns, veinés de rose, étaient des flamants, et les autres, casqués de rouge, des grues Antigone. Les misérables petits pêcheurs fiévreux s’étaient changés en paysans rieurs, dont la vêture plus que primitive laissait apercevoir les beaux corps d’acajou. Nous venions d’entrer au Cambodge ». Extraits de Le Roi lépreux de Pierre Benoit, A. Michel, 1927

« Et on s’étonnait de voir tous ces incendies, de voir comme tout allait vite et bien, comme tout ce pays flambait. On n’avait plus conscience de rien, et tous les sentiments s’absorbaient dans cette étonnante fièvre de détruire. Après tout, en Extrême Orient, détruire, c’est la première loi de la guerre. Et puis, quand on arrive avec une petite poignée d’hommes pour imposer sa loi à tout un pays immense, l’entreprise est si aventureuse qu’il faut jeter beaucoup de terreur, sous peine de succomber soi-même ». Extrait de Trois journée de guerre en Annam in Figures et choses qui passaient de Pierre Loti, Calmann-Lévy, coll. “Bibliothèque contemporaine”,1898

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« Mais il faut avoir la sensibilité bien émoussée, bien durcie – par le climat  ou par le respectable sentiment d’une mission « civilisatrice » à remplir, pour ne pas flairer autour de soi cette atmosphère, non pas hostile, pire que cela: exactement, absolument silencieuse, impersonnelle, comme si l’approche d’un français avait le pouvoir d’éteindre à cinquante mètres, toute lueur de liberté, d’authenticité, sur le visage d’un indigène ». Extrait de Lettre de Hanoï  de Jean Tardieu, Gallimard, 1997 « On eût dit une série de tableaux vivants, plutôt qu’une danse, une succession de poses plastiques destinées à faire valoir les grâces de ces étoiles cambodgiennes. Moulées dans de magnifiques costumes de soie lamée d’or et d’argent, elles glissaient, sveltes et souples, reflétant de tout leur corps onduleux la lumière des lampes électriques, s’arrêtaient palpitantes, figées en attitudes voluptueuses, puis reprenaient en cercle leur marche rythmée. » Extrait de Petite Mousmé de Gabriel Hautemer, Plon-Nourrit et Cie, 1907 « - Barnavaux, lui dis-je, vous reviendrez en France, vous aussi ? - La France, répondit-il, d’un air étonné, la France ?  Mais c’est un pays où on ne peut vivre! Et il allongea une taloche à un porteur qui trainait le pied. - Un pays où il n’y a que des blancs, expliqua-t-il : on n’est pas servi ! Et je conçus qu’il ne comprenait plus, de la France, ni les femmes, ni les hommes, qu’il dédaignait leur humble vie, parce que, sous des cieux nouveaux, il avait goûté la puissance.» Extrait de Louise et Barnavaux de Pierre Mille, Calmann-Lévy, 1912 « Des paysans passèrent sur la route en courant, leurs torches allumées, semant derrière eux des étincelles. Le long de l’avenue, trois ou quatre ampoules électriques trouèrent l’obscurité devenue complète; sur le fleuve, des feux glissèrent encore, tordus en longues traînées par le reflet des eaux. Puis quelques gouttes rebondirent sur le bord de la balustrade. L’orage éclatait lorsque la porte du jardin se referma soudain. On entendit quelques mots en laotien chuchotés comme des confidences...» Extrait de Mékong de Jean Antoine Pourtier, Grasset, 1931 33


« C’est un soir orageux et lubrique d’Annam,  Lourd de fièvre, d’encens, de rut et de tamtam.  Le soleil, renversé de son trône farouche,  Agonise en crachant le sang à pleine bouche;  La houle écume, au loin, et se tord de douleur  Sous le sinistre fouet des éclairs de chaleur,  Et la jungle lointaine où les grands tigres rôdent  Exsude les poisons fumeux qui la corrodent...  On dirait qu’il a plu du bétel sur la mer  Où va se déployer l’essor des lourdes jonques;  Voici surgir, là-bas, leurs fantomales conques,  Et c’est un soir d’Annam trouble, ardent, rouge chair.  Les Lucioles font courir des flammes vives  A travers les faisceaux des agaves lamés, Et les buprestes d’or, pour s’être trop aimés,  Agonisent aux bras tremblants des sensitives.  Mais je n’ai rien trouvé de tout ce qui m’est cher  Dans ces jardins pâmés, ces lueurs ou ces voiles,  Pas même la douceur frêle de nos étoiles,  Et je suis seul, avec mon souvenir amer... » 

« Quand ils furent assurés de leur puissance, leurs savants et leurs explorateurs remontèrent les cours des fleuves, visitèrent les vallées, gravirent les montagnes, et cherchèrent, au fond des forêts sans chemins, les anciennes tribus indépendantes, que nul conquérant n’avait encore soumises, et qui vivaient libres, dans leur pauvreté magnifique. »     Extrait de Le Roi rouge de Albert de Pouvourville, in Indochine, un rêve d’Asie, Omnibus, 1995, p. 455 « Non, crois-moi, c’est un pays que l’on ne connaît pas chez nous… et que, longtemps encore, on continuera d’ignorer. Il ne suffit pas, pour le comprendre, de l’avoir parcouru, ni même d’y avoir passé deux ans, trois ans… ou plus. Non… ni toi, ni moi, qui sommes venus ici avec notre âme d’Européens et notre mentalité de conquérants, ni toi, ni moi, ni les autres de notre espèce, ne sommes faits pour comprendre cette race-là !... »  Extrait de Les Dieux rouges de Jean d’Esme,  Indochine, dans un rêve d’Asie, Omnibus, 1995, p. 643 « Car le bonheur n’est pas fait pour l’homme, du moins dans l’existence qu’aujourd’hui il traverse, et sous les formes où nous le connaissons. Comme la chauve-souris, le bonheur est fugitif et imprévu : il se pose brusquement sur l’homme, qu’il étourdit plutôt qu’il ne le charme, et le quitte du même vol heurté, et sans cause apparente. Comme la chauve-souris, on ne sait s’il est un être ailé ou un animal qui se cache, s’il vient du ciel ou de la terre, et il a une apparence qui stupéfie nos regards. Enfin, comme la chauve-souris qui ne vole qu’aux ténèbres, le bonheur n’effleure l’homme qu’au soir de sa vie ; et au soleil couché de son ardeur, et autour de ses yeux déjà affaiblis, il décrit des courses anguleuses, fantasques et insaississables. » Extrait de Le Cinquième bonheur de Albert de Pouvourville, dans Indochine, un rêve d’Asie, Omnibus, 1995, p. 412

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Le voyageur et ses compagnons | the voyager and his company

Extrait de Ciels d’Asie de Alfred Blanchet, Editions de la Revue des poètes, 1936

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“20 mars. Au crépuscule, à l’heure de la promenade, un spectacle horrible m’a magnifiquement attiré : deux têtes le rebelles saignaient aux poteaux du marché ; l’une, défigurée, la mâchoire inférieure disloquée ; l’autre, belle dans sa pâleur encore fière, la tête du brave M… mort à vingt-six ans ; tous les Français qui l’ont connu pleurèrent cet ennemi. … Triste, j’erre au bord de la mer, à travers ce vaste quadrilatère irrégulier, la plaine des Tombeaux. À l’ouest, des roches hérissées de végétation dure et sombre se profilent sèchement sur le ciel, ainsi que des décors de théâtre ; j’aime mieux regarder les abruptes collines courant au sud vers la haute mer, avec des creux où s’amasse l’ombre violette et des reliefs où la lumière se dégrade en merveilleuses nuances. La plaine est semée, parmi ses sables et ses herbes brûlées, de mares d’eau de pluie autour desquelles le gazon frais et vert abonde. Un rectangle fait de murs de briques encercle un champ où de petits mamelons, soigneusement rangés, s’alignent par centaines : c’est le cimetière des naufragés. Ces mamelons moutonnants, ce sont les tombes des marins perdus à la mer ; leurs âmes errantes trouveront un asile et n’iront point, par les nuits d’orage, tourmenter les vivants et mettre les jonques en péril. Le soleil descend là-bas sur le Laos ; il semble emprisonner d’un frissonnant filet d’or le bleu des eaux calmes, le vert et l’ocre des hauteurs rocheuses, les toits rouges et les murs blancs de l’hôpital. Je parcours la sablonneuse étendue que bat l’Océan, coupée de tertres fleuris et de stèles de pierre qui désignent de très anciennes sépultures ; le dur calcaire s’émiette sous la patiente action du vent et de la pluie ; les averses y creusent des enfoncements pareils à ceux que les Abencérages taillaient au ciseau sur le roc des tombes pour la soif des oiseaux migrateurs. Près du cimetière récent où Français et chrétiens annamites dorment côte à côte, je découvre un tombeau en plâtre, blanchi à la chaux, décoré d’ornements au pinceau, filets rouges et bleus, vases débordant de fleurs, dragons et feuillages. Là repose la congaï d’un Français qui a quitté l’Annam depuis huit ans environ. Le soir, je revois invinciblement cette tombe ; je pense à la pauvrette qui dort ici, je la réveille, jeune et vivante : elle ressemblait à toutes les femmes de ce pays ; elle souriait gentiment, son cou gracile dressé sur son collier fait de grosses perles d’ambre jaune. De lourdes bagues d’or indigène, battues sans art, encore rugueuses et bosselées des coups de marteau - luxe massif et bête, si cher aux Annamites, cerclaient ses doigts fluets. Je recompose sa face ronde, plate et d’un beau jaune rosé, pareille à un lever de pleine lune, ses mignonnes dents laquées, ses larges yeux sans éclair, pareils aux miroirs d’ébène, aux profonds et calmes étangs. Seul, aujourd’hui, je pense à la belle Annamite et à son époux de passage ; seul, je songe aux nuits lointaines, aux anciennes amours.” Sauvages Moïs | Wild Moïs 36

Extrait de Propos d’un intoxiqué de Jules Boissières, Editions Louis Michaud, 1890

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M.Mouhot bivaquant dans les bois du Laos - Dessin de E. Bocourt d’après une aquarelle envoyée par le voyageur à sa famille quelques jonrs avant sa mort | M.Mouhot bivouacking in the woods of Laos - Drawing by E. Bocourt after a watercolor painting sent by the traveler’s family a few days before his death

Words of Henri

“To consult any existing maps of Indo-China for my guidance in the interior of Laos would have been a folly, no traveler, at least to my knowledge, having penetrated into east Laos, or published any authentic information respecting it. To question the natives about places more than a degree distant would have been useless. My desire was to reach Luang Prabang by land, to visit the northern tribes dependent on that state, and then again to descend the Mekong to Cambodia. Setting out from Korat, I had but to proceed northwards as long as I found practicable roads and inhabited places; and if I could not go by a direct route to Luang Prabang, I should only have to diverge to the east when I judged it necessary.” From: Travels in Siam, Cambodia, Laos and Annam. White Lotus, by Henri Mouhot (2009) originally published in 1868

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The Elephants “In all this mountainous region elephants are the only means of transport. Every village possesses some, several as many as fifty or a hundred. Without this intelligent animal, no communication would be possible during seven months of the year, while, with his assistance, there is scarcely a place to which you cannot penetrate. The elephant ought to be seen on these roads, which I can only call devil’s pathways, and are nothing but ravines, ruts two or three feet deep, full of mud; sometimes sliding with his feet close together on the wet clay of the steep slopes, sometimes half buried in mire, and instant afterwards mounted on sharp rocks, where one would think a Blondin alone could stand; striding across enormous trunks of fallen trees, crushing down the smaller trees and bamboos which oppose his progress, or lying down flat on his stomach that the cornacs (drivers) may the easier place the saddle on his back; a hundred times a day making his way, without injuring them, between trees where there is barely room to pass; sounding with his trunk the depth of the water in the streams or marshes; constantly kneeling down and rising again, and never making a false step. It is necessary, I repeat, to see him at work like this in his own country, to form any idea of his intelligence, docility and strength, or how all those wonderful joints of his are adapted to their work—fully to understand that this colossus is no rough specimen of nature’s handiwork, but a creature of special amiability and sagacity, designed for the service of man. We must not, however exaggerate his merits. Probably the saddles used by the Laotians are capable of great improvement; but I must admit that the load of three small oxen, that is to say, about 250 or 300 ponds, is all that I ever saw the largest elephants carry easily, and 18 miles is the longest distance they can accomplish with an ordinary load. Ten or twelve miles are the usual day’s work. With four, five, or sometimes seven elephants, I travelled over all the mountain country from the borders of Laos to Luang Prabang, a distance of nearly 500 miles.” From: Travels in Siam, Cambodia, Laos and Annam. White Lotus, by Henri Mouhot (2009) originally published in 1868

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En route dans la forêt | On the way in the jungle 41


The Mekong

“On the 24th of June I arrived at Paklaïe, Lat. 19°16’58”, the first small town on my northward route. It is situated on the Mekong, and is a charming place; the inhabitants seem well off; the houses elegant and spacious,--larger, indeed that I have seen before in this country; and everything betokens a degree of prosperity which I have also remarked wherever I have stopped since. The Mekong at this place is much larger that the Menam at Bangkok, and forces its way between the lofty mountains with a noise resembling the roaring of the sea and the impetuosity of a torrent, seeming scarcely able to keep within its bed. There are many rapids between Paklaïe and Luang Prabang, which is ten or fifteen days’ painful travelling….

“On the 25th of July, I reached Luang Prabang, a delightful little town, covering a square mile of ground, and containing a population, not, as Mgr. Pallegoix says in his work on Siam, of 80,000, but of 7000 or 8000 only. The situation is very pleasant. The mountains which, above and below this town, enclose the Mekong, form here a kind of circular valley or amphitheatre, nine miles in diameter, and which, there can be no doubt, was anciently a lake. It was a charming picture, reminding one of the beautiful lakes of Como and Geneva. Were it not for the constant blaze of a tropical sun, or if the mid-day heat were tempered by a gentle breeze, the place would be a little paradise. The town is built on both banks of the stream, though the greater number of houses is built on the left bank. The most considerable part of the town sur-

In a letter which I wrote from Cambodia I described the Mekong River as imposing, but monotonous and unpicturesque; but in this part of the country it presents a very different appearance. Where it is narrowest the width is above 1000 meters, and it everywhere runs between lofty mountains, down whose sides flow torrents, all bringing their tribute. There is almost an excess of grandeur. The eye rests constantly on these mountain slopes, clothed in the richest and thickest verdure.” Course de piroguess sur le Mékong - Dessin de M.L. Delaporte d’ après nature | Boat racing along the Mekong - Drawing by M.L. Delaporte after nature

From: Travels in Siam, Cambodia, Laos and Annam. White Lotus, by Henri Mouhot (2009) originally published in 1868

rounds an isolated mount, more than a hundred meters in height, at the top of which is a pagoda…. The women are generally better-looking than in Siam. They wear a single short petticoat of cotton, and sometimes a piece of silk over the breast… Their music is very soft, harmonious and sentimental; only three persons can form a melodious concert. One plays a bamboo xylophone; the other sings romances with accents of an inspired man and the third marks the beat on wooden blades which produces most pleasant tones....” From : Voyages dans les royaumes de Siam, de Cambodge, de Laos et autres parties centrales de l’Indo-Chine. Hachette Henri Mouhot (1868) 

Rapides de Nam Chane | Rapids of Nam Chane 42

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Un chef laotien chassant le rhinoceros - Dessin de Janet-Lange d’ après M. Mouhot | A Laotien leader hunting a rhinnoceros - Drawing by Janet-Lange after M. Mouhot

A Rhinoceros Hunt

“In the hamlet of Na-Lê, where I had the pleasure of killing a female tiger, which with its partner was committing great ravages in the neighborhood, the chief hunter of the village got up a rhinoceros-hunt in my honour. I had not met with this animal in all my wanderings through the forests. The manner in which he is hunted by the Laotians is curious on account of its simplicity and the skill they display. Our party consisted of eight, including myself. I and my servants were armed with guns, and at the end of mine was a sharp bayonet. The Laotians had bamboos with iron blades something between a bayonet and a poignard. The weapon of the chief was the horn of a swordfish, long, sharp, strong and supple, and lot likely to break. Thus armed, we set off into the thickest part of the forest, which all the windings of which our leader was well acquainted, and could tell with tolerable certainty where we should find our expected prey. After penetrating nearly two miles into the forest, we suddenly heard the crackling of branches and rustling of the dry leaves. The chief went on in advance, signing to us to keep a little way behind, but to have our arms in readiness. Soon our leader uttered a shrill cry as a token that the animal was near; he then commenced striking against each other two bamboo canes, and the men set up wild yells to provoke the animal to quit his retreat. A few minutes only elapsed before he rushed towards us, furious at having been disturbed. He was a rhinoceros of the largest size, and opened a most enormous mouth. Without any signs of fear, but on the contrary, of great exultation, as though sure of his prey, the intrepid hunter advanced, lance in hand, and then stood still, waiting for the creature’s assault. I must say that I trembled for him, and I loaded my gun with two balls; but when the rhinoceros came within reach and opened his immense jaws to seize his enemy, the hunter thrust the lance into him to a depth of some feet, and calmly retired to where he was posted. The animal uttered fearful cries and rolled over on his back in dreadful convulsions, while all the men shouted with delight. In a few minutes more we drew nearer to him; he was vomiting pools of blood. I shook the chief’s hand in testimony of my satisfaction at his courage and skill. He told me that to myself was reserved the honour of finishing the animal, which I did by piercing his throat with my bayonet, and he almost immediately yielded up his last sigh. The hunter then drew out his lance and presented it to me as a souvenir; and in return I gave him a magnificent European poignard.” From: Travels in Siam, Cambodia, Laos and Annam. White Lotus, Henri Mouhot (2009) originally published in 1868 44

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Water Snakes

The Jungle

“In the deep rock basins, they say, live snakes twenty meters long, with bodies formed of rings the skin of which is resistant to spear and cleaver. During high waters, this snake is known to attack men and animals, wrapping itself round them and sucking out their blood. Although the head is no larger than a lamp, it has immobilized, it seems, the four feet of an elephant crossing a foothill, dragged it down, drowned it and killed it sucking it near the eyes. Two years ago, a snake carried off seven men at Lang Sranh, near Vung Kho. The mayor of Vien Khieu, named Lanh, saw one recently. Last year it carried off a Moi from Lang Khuan returning from Cam Lo… At the same time, a similar animal, a snake or eel in the Nam Ko, caused four Tiem to capsize in their pirogue, and it drowned them and carried them off. So it is said by the Moi and the Annamite guides, who insist on the existence of these monsters…”

“The jungle is simply superb: The great trees, with straight trunks of 50 meters, are innumerable, mingled among gigantic hanging-vines, cyca plants, kentia palms, orchids, fan palms, bamboo, and variegated ferns some of which are tree-like but with straight leaves. Oil trees (cay dau), rubber trees, and perfumed abound. Nothing disturbs the vast silence of these jungles but a kind of black grasshopper seen on tree-trunks, whose wings make a trumpet-like noise. Peacocks abound, but only after agriculture has been practiced. The Song Cac’s water is very clear, but small carnivorous fishes glide about our bare legs. At night we camp in the shelter of the woods on enormous blocks of rock that give their name to the ford. The next day, the 31st, we crossed the Rau Cac four times and halted at Lang Cac, which consists of two hamlets.” From: Laos in 1893 White Lotus, Charles Lemire (2008) originally published in 1894 as Le Laos annamite. Translated by J.H. Stape.

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From: Laos in 1893 White Lotus, Charles Lemire (2008) originally published in 1894 as Le Laos annamite. Translated by J.H. Stape

Une nuit pres du Nam Bac | A night near Nam Bac

“In each house where shines their smile, Is the Cour d’Amour of their soft empire, Whose participants are the young men Which all have one wish for their sovereigns, By the rhythm of the khenes, They sing their songs.” From Dans le Laos au Chant des Khènes, Imprimerie d’extrême Orient, Hanoï, André Escoffier (1942)

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Waterfall and Cascades “We crossed the Se Mu three times above its rapids. Lang Ho Hamlet, comprised of seven huts, stands on its banks. The river emerges from deep gorges. The fourth crossing was over enormous stone blocks between which the water divides into violent whirlpools. Then we crossed over two branches: that to the right formed a large rapid, that to the left a fine cascade that bolts into a narrow corridor between two sheer walls of rock. The two cascades meet and throw onto the rocks the foam of their stirred up water with a thunderous sound. The place is at once both wild and picturesque. The elephant shrank back and trumpeted in the face of the boiling rapids that we crossed. They had to be controlled by the stave and urged on. If the bamboo cables on the howdahs broke, we would have been thrown into the precipice and swallowed up. The animals had water up to their backs. The rapid was 60 meters wide, flowing east to west, then south and west. Our porters are supplied with rattan staves and bamboo. We entered an attractive Valley surrounded by wooded mountains with occasional clearings. The downward journey was long and steep, and we were terribly shaken up during it. We followed a riverbed that led to Tu Hue Village, comprised of sixteen households. Another ascent and descent was accomplished in the thick brush. At the summit, we observed another highly enclosed valley at whose bottom lay Luang Sen...” From: Laos in 1893 White Lotus, Charles Lemire (2008) originally published in 1894 as Le Laos annamite. Translated by J.H. Stape Chute de Nam Sé | Nam Se Waterfall 48

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King Sisavangvong”s letter to Pavie”s widow “I hold always a profound and grateful respect for the memory of your husband who was, as all the world knows, a great and close friend of my grandfather, His Majesty King Ounkham. Having had the very sincere love for my kingdom, which he knew in all respects from his study on the ground, with the consent of my grandfather he put it under the protection of Greatest France” From: Letter of His Magesty Sisawang-Vong, King of Luang-Prabang to Madame Auguste Pavie (October 18th 1927)

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The French in Laos

“Some waited for their leave like ordinary soldiers; they thought only of that and were hardly interested in the colony they deemed to run; other truly loved Laos; but it was they who had been “colonized”. They had been contaminated by the local indolence; they just let their life go; all they asked for was a clear sky, tasty fruit, fresh drinks and easy women. The first lot conserved, with their false collars, their French habits; the second, walked around in canvas shoes—at home in bare feet… Some smoked opium, to chase away the gloom of the worst nights; they entered into a voluptuous torpor from which they refused to emerge and it was like this that they stayed in Laos…” From: Kham: La Laotienne, Editions Kailash, Louis-Charles Royer (1997)

M. de Camé. M. Joubert. M. Garnier. M Thorel. M Delaporte. La commission française a son arrivée a Han-Keou - Dessin d’ Émile Bayard, d’ après une photographie | The French commission on their arrival at Han-Keou - Drawing by Émile Bayard, after a photography 51


On the magnetism Indochina exerted on the French

“There is the attraction of the unknown, the hope of one day becoming rich. There is the strange and complete seduction of a country that one cannot forget when one has lived there. There is also, for many, the charm of a life less mediocre than the life one would have led in France, in suburban housing or some provincial shack. One has his chalet, his servants, his rifle hung between two elephant tusks…one is somebody…”

On the origins and nature of novelistic creation: “In the creation of fiction, in war, in museums real or imaginary, in culture, in history perhaps, I have found again and again a fundamental riddle, subject to the whims of memory which--whether or not by chance--does not recreate a life in its original sequence. Lit by an invisible sun, nebulae appear which seem to presage an unknown constellation. Some of them belong to the realm of imagination, others to the memory of a past which appears in sudden flashes or must be patiently probed: for the most significant moments in my life do not live in me, they haunt me and flee from me alternately. No matter. Face to face with the unknown, some of our dreams are no less significant than our memories. And so I return here to certain scenes which I once transposed into fiction. Often linked to memory by inextricable bonds, they sometimes turn out more disturbingly, to be linked to the future too. From: Anti-Memoirs André Malraux (1967)

“Of those four winters which I passed in Indo-China opium has left the happiest memory.” From: Sur la route mandarine Roland Dorgelès (1925) 52

From: The Quiet  American, Penguin, Greene, (Henry) Graham (2004). 53


15th August, 1861.—Nam Kane

“Tobacco, betel and opium are more and more widely consumed. Is this a good or bad thing? During long treks, areca and betel, which stimulate saliva, are a real necessity. A large cigarette rolled in tobacco leaf or in a piece of banana leaf, or a small-bowled pipe, staves off hunger. Opium tranquillizes the digestive organs and calms aches and pains. The native peoples, Lao, and Annamites consider it salutary when taken in small doses. The best client of the opium farm at Quang Tri is a retailer at Cam Lo, an old Chinese who is a tea merchant, pharmacist, and banker, happily the only one who has set himself up in business in Cam Lo.

“A splendid night; the moon shines with extraordinary brilliancy, silvering the surface of this lovely river, bored by high mountains, looking like a grand and gloomy rampart. The chirp of the crickets alone breaks the stillness. In my little cottage all is calm and tranquil; the view from my window is charming, but I cannot appreciate or enjoy it. I am sad and anxious; I long for my native land, for a little life; to be always alone weighs on my spirit. “

Like the Moi, the Tiem drink only river water and but little tea. All their gardens feature lemongrass. The sick are placed on a regimen of warm lemongrass flavored with sugarcane or rice wine or peppermint, which grows everywhere. Since my last journey, it has become the region’s panacea, a universal and inexpensive remedy for men and women of all ages and races. If it has no curative effects, it is at least not harmful…”

From : Voyages dans les royaumes de Siam, de Cambodge, de Laos et autres parties centrales de l’Indo-Chine. Hachette Henri Mouhot (1868)  Preparatifs pour la descente du Nam Chane | Preparation for the descent of Nam Chane 54

Tobacco, Betel and Opium

From: Laos in 1893 White Lotus, Charles Lemire (2008) originally published in 1894 as Le Laos annamite. Translated by J.H. Stape

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Marché des Khas | The March of the Khas

Giant Trees

“Among the giants of the jungle the struggle for life is the same as in the animal kingdom. Not only do the strongest plants throw themselves out with a single spurt to win a place in the air and light, but banyans also wind themselves round great trees like a thousand hopelessly entangled snakes sucking out the sap and strangling them. At every step we encounter banyans forming a kind of cylindrical thread with large, flat, slick meshes between which the captive tree is reduced to rot. In the embrace of the large creepers that surround their trunk, entering into the sapwood and implanted like a screw thread or a propeller, the trees manage to put up resistance, but to the banyan’s embrace never. A straight tree trunk is a defenseless prey: the banyan, like a octopus, is armed with multiple tentacles that are applied from the soil up to the crown, on the bark of a neighbor on which if first lives and then destroys. In the jungle, as amongst men, parasites swarm. The emissions from plants, especially large herbs, coming and going from earth in a state of putrefaction, likewise seem to forbid exploitation of the vegetable kingdom by human beings. In their decomposition, the plants seem to disallow everything, and, if the giants of the jungle fall in their thousands to iron and fire, several human lives are compromised before man emerges the factor in his fight against vegetable matter…” From: Laos in 1893 White Lotus, Charles Lemire (2008) originally published in 1894 as Le Laos annamite. Translated by J.H. Stape

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Luang Say Résidence - La Belle Époque au Laos