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Faut pas payer ! Une pièce de Dario Fo

Le Carnet du Public


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I.

La pièce

Avec : Sarah Brahy, Béatrix Ferauge, Didier Colfs, Hervé Guerrisi, Guy Pion et Edouard de Walf Auteur : Dario Fo Traduction et adaptation : Valeria Tasca et Tonio Ceccinato Adaptation de la version 2007 : Guy Pion et Carlo Boso Mise en scène : Carlo Boso Assistante à la mise en scène : Kim Leleux Seconde assistante : Nora Picetti Scénographie et costumes : Lionel Lesire Lumière: Laurent Kaye Son : Louis-Philippe Duquesne Construction décor : Claude Duquenne et l’équipe de la Fabrique de Théâtre (La Bouverie) Réalisation des costumes : Valérie Leclercq Assistanat Répétiteur : Jean Budde Régie plateau : Edouard de Walf Régie son et lumières : Arthur Carton/Antoine Vilain Direction technique : Maximilien Westerlinck Les prix ne cessent d’augmenter ! Le baril de pétrole atteint des sommets ! Les répercussions dans tous les secteurs se font sentir et ce y compris - et d’abord !- dans le cabas de la ménagère ! Les femmes d’un quartier populaire décident donc de pratiquer l’auto-réduction des prix dans leur supermarché habituel et de faire la razzia sur les produits de première nécessité sans payer… C’est une blague ?!... Non, non… C’est une farce ! Très vite, la police les poursuit. Pour échapper à la perquisition, mais surtout pour éviter d’avouer la vérité à son mari, Antonia cache un énorme sac de provisions sous le manteau de Margherita, sa jeune voisine. Le mari puis les policiers croient aussitôt à une grossesse avec risque d’accouchement prématuré… ! A la violence sociale, Dario Fo répond par un éclat de rire libérateur. L’auteur évoque la crise sociale que connut l’Italie au début des années 70… Les loyers qui ne cessent d’augmenter, la bourse qui dégringole, les usines qui délocalisent, les denrées alimentaires qui flambent… Tiens… Y a de l’écho, non ? Faut pas payer ! ou l’escalade dans le délire, l’inflation des quiproquos et l’envolée burlesque.

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Créée en 1974 sous le titre original « Non si page ! Non si Paga ! (on ne paie pas ! on ne paie pas !), cette comédie de Dario Fo a été réécrite par l’auteur en 2007. Outre la réactualisation de certaines séquences, Dario Fo a également changé le titre original en le transformant en « Sotto paga ! Non si paga » ce qui pourrait se traduite par « on est souspayés ! On ne paie pas ! ». Préférant garder le titre de la traduction française d’origine-« Faut pas payer » - c’est pourtant bien la version 2007 qui sera ici proposée par le Théâtre de l’Eveil et le Théâtre le Public dans une mise en scène de Carlo Boso et c’est sans hésitation que nous pouvons annoncer la « création mondiale en langue française » de la deuxième vie de cette comédie satirico-politico-grotesque du maitre du genre, Dario Fo.

©CASSANDRE STURBOIS

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II.

L’auteur : Dario Fo

©M. Falsini

Dario Fo naît en 1926 à San Giano, village de Lombardie, dans une famille ouvrière de tradition démocratique et antifasciste. Par l'intermédiaire de son grand-père maternel, il découvre très jeune le théâtre populaire et la tradition orale. Ce grand-père, «fabulatore» connu, mais aussi agriculteur vendant sur les marchés ses produits, improvisait de longs monologues pour attirer le chaland. En 1952, Dario Fo écrit pour la radio ses premiers monologues comiques, Pauvre nain, découvre le Piccolo Teatro de Giorgio Strehler, fait ses débuts d'acteur et monte des revues de satire sociale et politique. En 1954, il épouse Franca Rame, fille d'une grande famille de comédiens populaires, qui devient son inséparable partenaire. Ensemble, ils reprennent à leur façon des farces traditionnelles et écrivent de grandes comédies où ils fustigent les institutions et les classes dirigeantes, tout en déployant une fantaisie débridée. La réussite de ces monologues lui ouvre les portes de la radio et bientôt celles de la télévision. Leurs sketches déclenchent polémiques et menaces et la programmation est arrêtée. 4


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En 1968, ils abandonnent les structures du théâtre officiel et de la télévision pour se produire dans des salles gérées par une association culturelle de gauche, «Nuova Scena», avec l'aide du Parti Communiste Italien. Mais la gauche «historique» et le parti communiste réagissent mal, eux aussi, au théâtre que Dario Fo et Franca Rame présentent. En 1970, Dario Fo crée donc, avec ses camarades, un autre collectif théâtral: «La Commune». Ces années sont celles des grands succès: Mystère Bouffe en 1969, qui apporte à Dario Fo une renommée mondiale, Mort accidentelle d'un anarchiste en 1970, et Faut pas payer! en 1974, écrite en lien avec la campagne d'auto-réduction des factures en période d'inflation. L'anticonformisme de Dario Fo et son engagement politique et social l'entraînent dans d'innombrables procès en Italie, avec l'État, la police, la télévision, le pape, selon lequel Mistero buffo offense «les sentiments religieux des Italiens». En collaboration avec Franca Rame, il écrit une série de monologues inspirés par la lutte des Italiennes pour le droit au divorce et la légalisation de l'avortement. Il écrit également sur la résistance italienne et palestinienne, le nazisme, le fascisme, les problèmes politiques au Chili, le divorce, la drogue, le terrorisme, la mafia, le sida, la sexualité et les luttes des femmes. Artiste hors normes, il reçoit en 1997 le Prix Nobel de Littérature. C'est la première fois qu'un homme de théâtre acteur-auteur-metteur en scène reçoit une telle distinction. Depuis quelques années, à travers ses pièces, il s'ingénie à dénoncer les travers du gouvernement en place. Son nouveau spectacle ne fait pas exception à la règle. Dario Fo et sa femme y campent Silvio Berlusconi et son épouse, recevant Vladimir Poutine dans leur villa sicilienne. Tout un programme... A l’occasion de la publication de la nouvelle version de Faut pas payer !, Dario Fo écrivait un court texte d’avertissement : « Créée en 1974, cette comédie apparaissait à l’époque quelque peu surréaliste. Nous racontions en effet des événements qui ne s’étaient pas encore produits. Dans la salle, le public écoutait assez perplexe et nous regardait comme si nous étions des fous. Nous y racontions l’histoire de femmes de la périphérie de Milan qui, allant faire leurs courses, se retrouvaient face à des prix de vente de leurs produits de base démesurément augmentés et

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qui, furieuses, décidaient de payer les marchandises à la moitié des prix étiquetés. Exactement la moitié! Notre histoire tenait de la pure fantaisie, mais s’inspirait de plaintes entendues auprès de ménagères et ayant trait au vol arbitraire pratiqué par les commerçants. Quelques mois plus tard, l’idée mise en scène dans notre comédie nous fut volée et la clé du spectacle fut projetée dans la réalité avec une similitude impressionnante: des femmes et des hommes prirent d’assaut deux supermarchés et ne payèrent leurs achats qu’à hauteur exacte de la moitié du prix affiché sur l’étiquette. Notre version fut même surpassée en imagination: quelqu’un quitta le magasin en emportant quelques paquets de riz et quelques bouteilles sans rien payer. Beaucoup de ces clients furent arrêtés et le procès instruit très peu de temps après. Quelques mois plus tard, la même scène se répéta exactement de la même manière dans un autre supermarché de Milan. Exactement de la même manière! On put lire dans les journaux qu’une centaine de femmes, soutenues par quelques ouvriers «exceptionnellement» en grève, avaient même répété très exactement les répliques que Franca Rame, l’une des protagonistes de notre comédie, donnait à entendre chaque soir sur scène. Nous fûmes à deux doigts de réclamer des droits d’auteur, mais finalement on a laissé tomber… Un quotidien édité par Silvio Berlusconi nous accusa d’être, par le biais de notre spectacle, les véritables instigateurs moraux de ces délits. Néanmoins, au cours du procès, il fut reconnu et établi que les prix fixés par les supermarchés relevaient du vol pur et simple et à l’issue de ce même procès, l’ensemble des clients furent lavés de toute accusation, leur action ne constituant pas un délit. En résumé, le tribunal établit que ces consommateurs avaient payé la juste valeur des produits. Qui sait si aujourd’hui la remise sur le métier de « Faut pas payer ! » reproduira le même processus satirique et grotesque vérifié à la création? Il arrive souvent que la réalité soit la copie conforme de l’imaginaire théâtral – de manière isolée ou répétée. De toute manière on verra bien… les comédiens capables de faire goûter les situations dramatiques sont là, le public capable de goûter au jeu satirique est prêt … il ne reste plus qu’à donner le signal: «Allons-y, on commence!» Dario Fo Traduit de l’italien par Guy Pion

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III. Italie, 1974 Faut pas payer! est écrite en 1974, au cœur des «années de plomb». La révolte de 1968 ouvre en Italie une brèche dans laquelle s’engouffre, par vagues successives, la protestation sociale contre un système accumulant les retards en matière de modernisation et de démocratisation. Aux occupations d’usines répondent les violences policières. Certains, jugeant même qu’un affrontement révolutionnaire est imminent, font le choix des armes et se constituent en organisations clandestines. La rue devient le théâtre de conflits violents. Des attentats meurtriers sont perpétrés par cette extrême gauche, mais également par l’extrême droite de tradition fasciste. Cet engrenage culmine avec l’assassinat, en 1976, par les Brigades rouges, du premier ministre démocrate-chrétien Aldo Moro. Faut pas payer! s’inspire des luttes de quartiers de cette époque et d’une forme toute particulière qu’elles revêtirent: la désobéissance civile. La première manifestation de celle-ci fut l’auto-réduction des loyers dans un quartier ouvrier de Turin en 1970. Le mouvement s’étendit peu à peu à d’autres villes, réduisant aussi bien d’autres factures: chauffage, transports urbains, électricité. Au moment où Dario Fo écrivait Faut pas payer!, des manifestants, essentiellement des femmes, dévalisèrent deux supermarchés de Milan. Aux attaques dont sa pièce fut l’objet, Dario Fo rétorqua: «Il y eut un critique pour nous accuser de faire du théâtre “fantastico-politique”, d’imaginer des histoires exagérément paradoxales et improbables. Il s’agissait évidemment de journalistes mal informés de la réalité des choses. Quelques mois après, coup de théâtre: il se produisit exactement ce que nous racontions sur la scène. Exactement!

©CASSANDRE STURBOIS

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IV. Manifeste pour la grève générale de la consommation : vers la gratuité de l’usage et le renchérissement du mésusage. La société de consommation est triste, injuste et impossible : non seulement 20 % des humains s’approprient 86 % des ressources planétaires mais cet « enfer climatisé » n’est pas généralisable puisqu’il dépasse la capacité même de régénération des écosystèmes. Nous devons donc en finir avec cette domination des uns sur les autres et de tous sur la planète pour vivre simplement en véritables humains. Ce choix est celui de la responsabilité mais aussi de l’utopie : il est le seul capable de redonner un sens à nos valeurs comme la liberté. Nous entendons opposer à la logique économique boulimique l’objectif de vivre avec «moins de biens mais plus de liens ». La construction d’un projet politique fondé sur « la gratuité de l’usage et le renchérissement du mésusage » permettrait de résoudre à la fois les questions environnementales et sociales par le retour au politique. Seule la perspective d’une « grève générale de la consommation » peut rendre la puissance aux petits face à cette infime minorité de puissants qui s’engraisse de notre mal-vie et de la destruction de toute chose.

Que serait une grève générale de la consommation ? Cette grève serait conçue comme un véritable mouvement social avec ses revendications collectives opposées aux gouvernements et patronat. Ni continuation de la démarche de simplicité volontaire ni mouvement de boycott ciblé mais une façon de se refuser comme consommateur. L’hyper-capitalisme n’a pas encore inventé les structures matérielles qui enchaînent le consommateur à la société de consommation. Comment ne pas distinguer à cet égard les deux types de domination ? Le producteur est plus enchaîné matériellement que mentalement. C’est la perspective de la fin du mois difficile (ou impossible) qui l’oblige à reprendre son travail, pas ce prétendu amour du labeur. C’est en revanche la fausse jouissance de la consommation qui interdit de cesser de consommer et nullement des obligations matérielles. Comment le capitalisme pourrait-il obliger à acheter au-delà de l’ordre du nécessaire, c’est-à-dire de ce qui n’est pas de la consommation ? Le temps joue, dans le cas de la grève du travail, contre le gréviste mais il joue en sa faveur dans l’éventualité d’une grève de la consommation.

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Le pouvoir perdu par les producteurs qui se refusent à l’être (car tel est bien le sens profond de tout acte de grève générale du travail) peut donc être retrouvé chez les consommateurs qui se refusent à le rester. La grève générale de la consommation serait incontestablement l’apothéose d’une stratégie conséquente de désobéissance civique. Déjà parce qu’elle transgresserait l’impératif absolu de consommer. Elle attaquerait donc le système dans ce qu’il a de plus vital et sacré. Ensuite parce qu’elle serait un mouvement social avec des revendications opposées à L’Etat et au patronat et se donnant pour but d’arracher une autre hiérarchie de normes juridiques fondée sur la satisfaction des vrais besoins humains, avec ce que cela suppose de préparation, de mobilisation, de théâtralisation et de négociation. Les futurs ex-consommateurs doivent apprendre à utiliser cette arme. Ø En célébrant chaque mois de novembre « la journée sans achat ». Ø En organisant des mouvements ciblés autour de revendications simples, aisément compréhensibles, assez facilement victorieux. Ø En envisageant des grèves générales portant sur des objectifs plus difficiles à percevoir, mais fondamentaux pour sortir du capitalisme.

©CASSANDRE STURBOIS

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L’autre atout d’une grève générale de la consommation est qu’elle ne dissocie pas le but du chemin, puisque sortir de la sphère de la consommation est, à la fois, le début et le terme de cette révolution. Seule cette perspective de grève générale de la consommation peut rendre aujourd’hui aux plus faibles le maximum de force collective. Tant que subsiste encore le compromis fordiste, le capitalisme a besoin de notre compromission quotidienne pour réaliser ses profits. N’estce pas cette même grève générale de la consommation qui permettra de tenir le plus longtemps possible face à un adversaire qui n’a nullement l’intention de satisfaire notre volonté de mieux vivre ? N’est-ce pas cette grève générale de la consommation qui permettrait de réaliser, au mieux, l’unité des plus petits et diviserait ceux qui vivent de la domination des uns sur les autres et de tous sur la planète. Ne nous leurrons pas : le système ne restera pas sans réagir. Il fera son chantage sur l’emploi, il menacera de chômage technique ; les marchands casseront les prix et manipuleront les consommateurs. Notre chance est que le système productif est fort peu fluide et que produire pour l’exportation et les plus que riches prendra du temps. La grève générale de la consommation, comme tout mouvement social, est fondamentalement la création d’un rapport de force : elle sera, sans doute, d’abord vaincue. Ce sera de nouveau la ruée vers l’hyperconsommation. Il en restera une petite graine qui peu à peu germera. Une autre grève de la consommation succédera aux précédentes… On peut penser que nous apprendrons aussi beaucoup de ces défaites. Ces objections contre cette grève ne sont donc pas acceptables, car il n’est jamais légitime de se coucher faute d’avoir la certitude du succès. Toute grève générale constitue en outre une opération de catharsis collective puisqu’elle dévoile les ressorts intimes du système. C’est pourquoi il est si difficile de reprendre le cours normal des choses après ce dévoilement dont les effets émancipateurs marquent une vie. Oublions un instant ce qui n’est finalement, souvent, que prétexte : toute grève commence, nécessairement, par des revendications conventionnelles mais débouche très vite sur du non-négociable. Il suffit, pour cela, de laisser le temps nécessaire à la désaliénation. La grève de la consommation, comme toute grève, visera certes des conquêtes sociales mais elle regardera, en réalité, beaucoup plus loin. De la même façon que le salarié qui se met en grève pour revendiquer un meilleur salaire expérimente aussi une toute autre existence. C’est pourquoi il lui est toujours si douloureux de reprendre le travail. C’est pourquoi même avec une victoire on ne sait pas finir une grève. Gageons qu’il sera tout aussi difficile de redevenir de simples « forçats de la consommation » après avoir expérimenté une autre vie.

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Cette grève générale de la consommation doit être un mouvement pour faire vaincre l’usage contre le mésusage, la gratuité contre la vénalité. Nous ferons grève pour arracher la gratuité des transports collectifs, pour obtenir la gratuité du logement social, pour obtenir des tarifications différentes selon les niveaux de consommation, pour donner à tous avec un revenu universel inconditionnel, équivalent au SMIC, les moyens économiques de vivre sa dignité d’humain, nous ferons grève pour que ceux qui saccagent la planète paient davantage, pour que les publicités soient cantonnées dans quelques espaces, pour qu’un revenu maximal d’activité permette de redistribuer les richesses, etc. Penser que cette grève signifierait cesser de s’alimenter ou de payer ses factures d’eau (encore que ce mouvement puisse être envisagé pour obtenir la gratuité d’usage de ce bien commun) c’est ne rien avoir compris à ce qu’est la consommation, c’est une objection de consommateur donc de ce type d’humain qui va avec le système. L’objectif n’est pas de mettre sa vie ou celle des autres en danger, notre société d’hyperconsommation fait cela très bien sans nous. L’objectif, au contraire, est d’apprendre à exister pleinement, à vivre en tant qu’usager maître de ses usages et non plus comme forçat du travail et forçat de la consommation esclave du marché capitaliste. Cette grève générale de la consommation peut être le plus court chemin pour réveiller l’usager qui sommeille encore en chacun. Faisons confiance à l’intelligence collective pour redécouvrir au cours de ce mouvement durable des usages depuis longtemps oubliés. Que chacun réfléchisse, dès à présent, à sa consommation et tente déjà de consommer beaucoup moins, bref d’adopter un mode vie minimaliste. Méfions-nous cependant de ceux qui joueraient à « plus décroissant que moi tu meurs » et qui finiraient par transformer cette action citoyenne en geste religieux, en posture moralisatrice sinon policière. Faisons plutôt confiance en la sensibilité collective pour que le mouvement prenne de plus en plus de consistance et d’ampleur.

La perspective d’une grève générale de la consommation oblige à prendre conscience que la vraie puissance n’est pas le pseudo pouvoir du consommateur, qui voterait avec son portemonnaie, mais celui du citoyen qui se refuse en tant que consommateur, comme le gréviste se refuse comme producteur pour se vivre sur un mode politique. (Conclusion de l'ouvrage de Paul Ariès, No Conso : vers la grève générale de la consommation, paru aux Editions Golias, Lyon, octobre 2006)

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©CASSANDRE STURBOIS

V. La journée sans achat La journée sans achat est une manifestation non-violente de boycott des achats, pour protester contre l'excès de consommation. Reprise internationalement par Adbusters, l'opération fut lancée en 1992 par le canadien Ted Dave avec le slogan enough is enough ! (assez c'est assez). La première fois elle s'appelait No shop day puis cela fut transformé en Buy nothing day. La Journée sans achats a lieu le dernier vendredi (Amérique du nord) ou samedi (Europe) de novembre.

Ø Les précurseurs Il y a 2500 ans, Socrate vivait une existence très simple et il croyait que celui qui possédait peu était plus près des dieux et de l'univers. 12


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Socrate à Callicles : « Les plus malheureux, ce doit être ceux qui ne peuvent garder ce qu’ils ont reçu […]. Ces hommes déraisonnables dont l'âme est incapable, par défiance et par oubli, de ne pas laisser fuir son contenu. Tout cela, j’en conviens, est passablement déconcertant ; il est certain que cela met en lumière ce que j’ai l’intention de te faire voir, à condition que je sois capable de te convaincre d’échanger ta vie d’insatiabilité et d’incontinence contre celle qui se comporte d’une façon réglée, et de préférer une vie qui trouve suffisance et contentement dans ce qui lui est à chaque fois présent ! » Les Philosophes Cyniques ainsi qu'Épicure prônaient déjà la simplicité dans l'Antiquité. En effet, Épicure procède à une critique des besoins qui ressemble fort à celle proposée par la simplicité volontaire. Les deux pensées nous invitent à discerner le nécessaire du superflu, le naturel de l'artificiel, et à un retour vers la simplicité. En Occident, les communautés monastiques furent les premières organisations de vie à choisir volontairement la frugalité et à pratiquer l'autosuffisance et ce, même avant la secte des esséniens (adepte de l'alimentation crue). Saint François d'Assise, "l'unique parfait chrétien depuis Jésus" selon Ernest Renan, est aussi considéré comme un modèle de simplicité volontaire. En Orient, on trouve également de nombreux modes de vie (hindouisme, bouddhisme) prônant la simplicité volontaire. La vie de Gandhi est, elle aussi, un exemple de simplicité.

Ø Au XXe siècle Plus récemment, on peut considérer Ivan Illich et son ami Jacques Ellul comme deux des pères de l’idée de décroissance et de simplicité volontaire. En 1936, on trouve pour la première fois l’expression « simplicité volontaire » (simple living) dans un article de Richard Gregg, un disciple de Gandhi, qui reprend les idées principales de celui-ci. Cet article passa inaperçu lors de sa première parution et n’eut d’impact que lors de sa réédition en 1974. L’expression « simplicité volontaire » est connue depuis le livre du même nom publié en 1973 par Duane Elgin. Ce courant se développe depuis les années 1980 dans plusieurs pays industrialisés. La critique de la société de consommation développée par Hannah Arendt peut aussi être considérée comme une source d’inspiration de la simplicité : dans Condition de l’homme moderne elle invite ainsi à laisser le travail dans le domaine privé pour laisser de la place à l’action politique dans l’espace public. 13


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La simplicité volontaire consiste à chercher la simplicité pour améliorer la véritable « qualité de vie ». Elle s’oppose donc au discours économique et social dominant au Xxe siècle qui tend à considérer tout progrès technique et développement de la consommation comme des améliorations de la qualité de la vie. Cette philosophie de vie qu’est la « simplicité volontaire » est née de l’idée que la consommation n’apporte pas le bonheur mais accroît l’aliénation.

©CASSANDRE STURBOIS

Ø Entretien avec l’initiateur de la journée sans achat «LA SURVIE DE LA PLANÈTE CONCERNE TOUT LE MONDE !» Kalle Lasn, 58 ans, s’exprime sur un ton jovial. Avec une ferveur et un volontarisme communicatifs, à la manière d’un Albert Jaccard. Son accent trahit ses origines estoniennes, bien qu’il se soit établi à Vancouver dans les années 70, après avoir vécu en Australie et au Japon. Il y a une dizaine d’années, ce publicitaire repenti a connu une révélation lorsque toutes les chaînes de télévision ont refusé son spot de 30 secondes sur la mort des forêts. Sa fibre écologiste le pousse à quitter le monde de la pub et à en retourner les techniques contre une idéologie consumériste qui mène le monde à sa perte. La revue Adbusters est née. Entretien avec son fondateur, alors qu’on a célébré fin novembre la Journée sans achat lancée en 1992 par sa Fondation.

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-Qu’est-ce qui vous a conduit à démarrer Adbusters ? En 1989, nous étions une poignée de déçus de la gauche, des écologistes, des féministes, etc. Nous n’aimions pas la direction que prenait la société de consommation depuis 30 ans mais en même temps, la gauche n’allait nulle part, divisée, prise dans ses propres contradictions. Après la chute du Mur de Berlin on se sentait démuni. Il était temps de trouver de nouvelles formes d’activisme. Avec la «bataille de Seattle», il y a deux ans, tout a vraiment changé. Là, j’ai vu des milliers de jeunes et quand je leur ai demandé les raisons de leur présence, c’était clair : ils me répondaient qu’ils en avaient assez du lavage de cerveau, de la perte d’identité et de spontanéité. Ils étaient inquiets de leur nutrition, de la concentration des médias, du réchauffement de la planète et des atteintes à la biodiversité. -Ce mouvement peut-il fonctionner uniquement à l’idéalisme, sans cadre idéologique défini ? Oh non ! L’idéologie est plus importante que jamais. Mais il y a aujourd’hui une nouvelle convergence entre les Verts, les mouvements opposés au conditionnement mental, et les pacifistes. Critiquer le consumérisme, c’est forcément s’attaquer au capitalisme, sans pour autant rester bloqué dans le clivage gauche/droite. Il faut sortir de ces automatismes. La survie de la planète est un enjeu qui concerne tout le monde ! -Est-ce que vous observez, depuis quelques années, des changements positifs dans l’opinion publique ? D’un côté, le système se renforce. Les Etats-Unis sont l’unique superpuissance et contrôlent toutes les institutions importantes : l’OMC, le FMI, la Banque Mondiale. En même temps, il y a un regain de politisation, notamment dans la jeunesse. L’activisme se renforce, se diversifie, et il existe un nouvel optimisme depuis Seattle. Bien sûr, le ton se durcit. Mais c’est aussi le signe que les Etats sont aux abois. La répression vient toujours avant le changement. (Source : R. Mounir, www.lecourrier.ch)

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Ø Journée Sans Achat 2008, par les Casseurs de pub

Journée sans achat 2008 - Samedi 29 novembre À tous les tartufes qui vont nous dire : « Vous n’avez pas honte d’appeler à une Journée sans achat alors que le monde est en crise ? », nous rappelons que le plus sûr moyen d’aggraver la crise est de continuer dans la fuite en avant du consumérisme sans être capables de s’arrêter pour réfléchir. La société de consommation est aveugle, il n’y a pas de croissance et de développement économique infinis possibles sur une planète dont les ressources sont limitées. Nous extrayons aujourd’hui deux fois trop de ressources fossiles, et nous émettons dans l’atmosphère plus de deux fois plus de gaz carbonique que la planète ne peut en absorber. La biodiversité s’effondre. C’est aujourd’hui que l’extraction du pétrole entre en déclin. La société de consommation engendre un pillage et l’injustice : 20 % de la population de la planète, les pays riches, consomment plus de 80 % des ressources planétaires. Notre niveau de consommation a un coût : l’esclavage économique de populations entières. La société de consommation est mortifère, elle réduit l’humain à n’être qu’un agent économique : producteurconsommateur. Elle nie nos dimensions politique, culturelle, philosophique, poétique ou spirituelle qui sont l’essence même de notre humanité. Nous devons nous libérer de cet obscurantisme qui consiste à croire en la toute-puissance de la techno science et à nous 16


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défausser sur elle de nos responsabilités. La science repose sur le doute et non sur la foi. L'espoir est de réanimer notre conscience et de traduire nos idées au quotidien dans nos actions. Renouons avec notre capacité d’autolimitation et de création, individuellement, avec la simplicité volontaire, et collectivement, grâce à la décroissance.

Ø A Bruxelles, Le 24 Novembre 2007 « Une action a été menée samedi, entre 11h et 17h, sur la place de la Monnaie à proximité de la rue Neuve à Bruxelles, à l’occasion de la Journée Sans Achat, par diverses associations. De la soupe produite par des légumes destinés à être détruits était distribuée gratuitement aux passants. « Dans un supermarché, on estime qu’en moyenne 15 kilos de fruits et de légumes sont jetés quotidiennement en raison de règles d’hygiène trop strictes », a dénoncé un membre d’une des associations organisatrices. Des objets, tels que des livres d’occasion, étaient cédés gratuitement au public. Une parodie d’une messe a été prononcée au nom du « Pèze, du fric et du Saint-Esprit » par un prêtre fictif qui a dénoncé le culte du profit soutenu par le modèle capitaliste. « Si tout le monde consommait comme les Belges, il faudrait trois planètes et comme les Américains, six planètes. Ce modèle n’est pas viable. Nous sommes plus ici pour informer le public que pour dénoncer. Pour arrêter cette surconsommation, il faudrait d’abord réduire la production car l’offre engendre la demande. Il faudrait se détourner de la grande distribution et l’industrie agroalimentaire qui tuent le commerce de proximité et le petit producteur avec leur dimension sociale », a expliqué Nicolas Zurstrassen, membre de l’ASBL Respire et de RAP (Résistance à l’agression publicitaire). « Il faudrait également abolir la publicité. On essaie de nous faire croire que c’est désormais la publicité, vitrine du capitalisme, qui finance tout. Il ne faut cependant pas perdre de vue que le coût de la publicité est répercuté dans le prix des achats. Les messages de la publicité sont imposés au public et ne distinguent plus la sphère publique de la sphère privée », a dénoncé Nicolas Zurstrassen. Pour Bernard Legros, militant à RAP et coauteur du livre « L’école et la peste publicitaire » sorti récemment aux éditions Aden, l’école reste un des derniers sanctuaires à tenter de résister aux agressions publicitaires. « Les publicitaires essaient de violer ce sanctuaire. La publicité s’intéresse aux jeunes car ils sont plus influençables que les adultes, responsables de plus de la moitié des achats effectués par leurs parents et enfin une clientèle intéressante à fidéliser. Malgré l’interdiction de la publicité dans les écoles, le loup est déjà dans la

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bergerie comme le démontrent les exemples du livre. Les problèmes de financement de l’enseignement ne sont pas étrangers à cette intrusion », a expliqué Bernard Legros. (D’après Belga)

VI.

La publicité, les marques et les jeunes

La Journée sans achat ne changera pas le monde, c'est évident. Mais c'est un acte de résistance à la portée de tous. Pour être attentifs à ce que nous ne voyons même plus, à savoir que dans un pays «développé», une personne est soumise à un message publicitaire en moyenne 2500 fois par jour! Comme autant de coups de matraque sur la conscience, la pub assène ses slogans simplistes, propage sa laideur, ses clichés et ses mensonges. «Participez en en participant pas ! »

Ø Les publicitaires, c'est comme les dealers Ils attendent les enfants et les ados à la sortie des écoles et des lycées. Ils savent très bien que plus ils prennent les jeunes tôt, plus il sera dur après pour eux de se désintoxiquer de la consommation. A cause de la publicité, de plus en plus d'enfants sont malades de l'obésité. C'est ça le métier des publicitaires : rendre les jeunes accros aux marques et à la conso pour servir de grosses entreprises qui exploitent d'autres enfants à l'autre bout de la planète. La publicité est interdite à l'école, ça n'empêche pas les publicitaires de chercher par tous les moyens à y entrer.

Ø Appel du mouvement pour une rentrée sans marques Paul Ariès Auteur du Petit Manuel antipub, éditions Golias, 2004

Le mouvement pour une Rentrée sans marques appelle les parents, les enseignants et les jeunes à refuser le racket commercial dont les élèves, leurs familles et les profs sont de plus en plus victimes. Les exemples de la mainmise des entreprises sur l’école sont malheureusement toujours aussi nombreux : tapis de souris publicitaires à l’occasion de la campagne « Sur la toile, méfie-toi des pièges », « Tour de France des collèges » par la société Calysto pour expliquer le bon usage d’Internet, incitations à contracter des emprunts auprès des banques pour 18


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acheter du matériel informatique lors de la campagne « portable étudiant à un euro par jour », développement des offres pédagogiques par Disneyland et son département éducation, prise en charge de collégiens de ZEP par des entreprises comme Pinault-Printemps-La Redoute, soutien de SFR-Cégétel à des élèves notamment des filles d’origine immigrée issues de zones sensibles pour leur permettre d’intégrer les écoles d’ingénieurs en télécommunications, etc. La pénétration de la pub dans l’école permet de changer le contenu de l’enseignement et rend possible le transfert des responsabilités de l’Etat, puissance publique, vers les grandes sociétés capitalistes privées. Le mouvement pour une Rentrée sans marques appelle les jeunes à se démarquer en refusant de marcher au pas des firmes multinationales. Il faut refuser tout autant la surconsommation que la dictature des logos. Nous devons habituer nos enfants à la simplicité volontaire et à une vie sobre, ce qui passe pédagogiquement par le boycottage de produits de marques. Nous appelons aussi à soutenir toutes les initiatives pour bouter le marché hors de l’école. L’heure est venue de poursuivre collectivement la réflexion sur quelle école nous avons besoin pour décoloniser l’imaginaire de nos enfants et avancer vers une société de décroissance équitable.

©CASSANDRE STURBOIS

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VII. Télévision et consommation : du télé formatage François Brune, auteur de Les médias pensent comme moi ! (L’Harmattan, 1997)

Allez, sors de cette boîte ! Tu y es enfermé en moyenne 3 h 30 par jour. Tu ne vas passer ta vie dans cette prison mentale. Tu ne vas pas laisser tous ces animateurs débiles t'avilir. La semaine sans télé, c'est l'occasion de briser la glace, de se libérer de cette machine à abrutir. Allez viens, on a une vie à vivre et un monde à transformer.

Ø L’hypnose Le premier effet idéologique de ce divertissement à alibi informatif qu’on nomme « télévision » consiste à vous dissuader d’aller regarder ailleurs. Ce qu’offre le poste, c’est tout, tout de suite. Il flatte en nous le fantasme d’une saisie globale du monde par l’image. Cette promesse de totalité est aussi promesse d’immédiateté. Un grand vertige s’empare alors du citoyen. Va-t-il louper cette totalité offerte à son regard ! Vite, il lui faut voir-c’qu’ya-à-la-télé, et donc, rester rivé à l’écran plus de trois heures par jour. On n’a pas totalement ce qu’on n’a pas dans l’instant. Cette offre de possession du monde est l’arme absolue qui soumet nos cerveaux au système publicitaire. Je suis chaque soir happé par ce que je veux happer. Les programmes télévisés, leurs présentations dans le journal, les bandes-annonces qui les rappellent au fil du jour, les conseils amicaux de ceux qui croient devoir s’insérer dans la culture de l’époque, tout jalonne notre existence de rendez-vous à ne pas manquer : le journal de telle heure, l’émission hebdomadaire de tel animateur, le documentaire spécial de telle chaîne, le film célèbre d’un « immense » réalisateur des années X… De sorte que les meilleures des émissions deviennent les pires dès lors qu’elles inscrivent dans nos cerveaux l’impératif social du « devoir regarder ».

Ø Le détournement du réel Régnant sur « tout ce qui se passe », la télévision s’octroie le monopole du « réel ». Puisqu’elle peut aller partout, rien ne lui échappe. Elle chasse les événements-images et les 20


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images-événements, elle les produit quand elle ne les trouve plus. Elle vous impose ce qu’elle montre en semblant vous « l’expliquer ». Qu’il s’agisse de petits épisodes concrets, de faits dramatisés, ou de « scoops » carrément inventés, elle semble dominer le « réel » dont elle se fait l’écho. Elle détermine ce qui « fait l’actualité », elle maîtrise « ce qui arrive ». Celui qui ferme le bouton s’exclut du monde, il lui semble ne plus exister ; mais celui qui demeure « fidèle au poste », devant l’ordre des choses imposé par la rythmique événementielle, n’existe pas davantage : il est sans prise sur ce qu’il voit, il ne peut justement que voir, s’émouvoir et se taire. Pire : la réalité propre du citoyen spectateur se trouve, à tout instant, dévalorisée par les mille et une « réalités » sociales ou mondiales dont on le bombarde en permanence. La télévision disqualifie tout ce qui ne passe pas à la télévision, c’est-à-dire la majeure partie de ce que vivent les hommes. Et voilà celui qui croyait dévorer le monde par les yeux n’éprouver, chaque soir, que sa totale impuissance sur ce monde dont dépend sa vie.

Ø L’idéologie du spectacle Cette impuissance du spectateur a ses consolations : la « qualité » du spectacle. Mais voilà qui engendre un autre trait pervers. Car ne vaut, pour la télévision, que ce qui mérite d’être « vu ». Ne vaut que ce qui vaut d’être « exhibé ». Primauté du visuel bien palpable, du dramatique à souhait. S’il le faut, on arrange les faits, les témoignages, les séquences visuelles ; on réduit, on tronque, de peur que le téléspectateur « décroche ». Non seulement, le « réel » a été sélectionné en raison de sa qualité spectaculaire, mais voici que le spectacle prend de plus en plus la place du réel, puis devient le seul réel susceptible d’intéresser un public trop bien conditionné. Cela se fait par degrés. On commence par tourner en dérision certains aspects trop « sérieux » de la réalité, notamment du monde sociopolitique, dont les acteurs croient devoir devenir des « vedettes ». Puis la télé se met à mimer ou à produire un réel plus réel que le réel (et donc falsifié), avec la profusion des « reality shows » et autres docudrames, sans parler de ces émissions-laboratoires où des cobayes humains vivent des expériences intimesexhibées, propres à faire fantasmer le public dit « réel ». Et voici que la TV, transformant dés lors la réalité en simple illustration du monde fictionnel, donne lieu à des journaux avec interview d’assassin, preneur d’otages en direct, événements filmés dans leur déroulement à la manière d’un film-catastrophe, de sorte que le monde factuel n’est plus que la caution d’un imaginaire frelaté, – celui où baignent les dramaturges à téléfilms... Tout devient image, virtualité. Le seul repère concret, qui se couvre lui-même des oripeaux du spectacle, demeure alors l’appel publicitaire dans toute sa contagieuse trivialité. 21


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Ø L’omnipub : tout se consomme À l’origine de ce monde falsifié, il y a en effet la tyrannie publicitaire. C’est elle qui, apprenant les cerveaux à ne juger du produit que par le spectacle du produit, a habitué le public-enfant à ne juger du monde que par le spectacle du monde. Ce faisant, elle a soumis le petit écran au dévergondage de l’ordre marchand, qui enseigne que tout se consomme, et qu’il n’est d’autre but que de vendre et de se vendre. Tout devient annonce, « showbiz » et promotion. Voici les stars du spectacle, y compris les vedettes du champ politique, qui se donnent elles-mêmes à « consommer » comme figures emblématiques du nouveau savoirvivre, et se répandent en confidences biographiques, en éloges mutuels et en rires euphoriques, dans un total déni de la réalité tragique qui est celle du monde contemporain. En parfaite osmose avec l’ordre publicitaire, la télévision cultive chez ses habitués une seule et même pulsion consommatrice, au mépris de leur humanité. L’événement se consomme, les produits et les stars se consomment, les « valeurs » humaines se consomment – images virtuelles parmi d’autres –, si bien que les discours dérangeants, voire les prophètes de notre monde, convertis en « signes » d’authenticité, se « gobent » sans frémir entre un spot sirupeux et un sketch bien vulgaire, le tout relié par le bavardage complaisant d’animateurs qui s’imaginent incarner le public.

Ø Le pseudo-forum : la dépolitisation Le grand alibi des « pros » de la télé est de se faire le miroir du « public », assimilé à l’Opinion, et considéré comme équivalent du « peuple ». La démocratie cathodique consisterait, sondages à l’appui, à refléter les gens tels qu’ils sont. Ceux-ci s’autoconsommeraient furieusement en adhérant à des spectacles (ou à des personnalités) qui leur ressemblent, à des débats dont on leur clame partout qu’ils portent sur ce qui « intéresse vraiment » les Français. On s’ingénie alors, par divers dispositifs, à faire partager ce leurre. Il n’est plus d’émissions où l’on ne fasse paraître le public sur l’écran, sur des gradins ou sur le plateau ; des panels de citoyens dits « représentatifs » (alors qu’ils ne sont que « triés ») y ont droit à leurs trente secondes de témoignage ou d’interrogation ; des mini-sondages, interviews divers, micros-trottoirs s’ajoutent à cette batterie pour persuader le téléspectateur qu’il est collectivement représenté : et voici la France toute entière rassemblée, dans le poste en même temps que devant le poste. L’audimat confirme. La TV devient le lieu d’une assemblée populaire permanente et souveraine… Et cette vaste bulle médiatique, ce théâtre-miroir, jouent si bien au forum républicain, que les « médiaticiens » eux-mêmes, pris à leur propre piège, croient y trouver l’essentiel de ce qui fait l’existence des citoyens. 22


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En réalité, la TV ne constitue les citoyens en « public », supposé majoritaire, que pour imposer cet invisible poids du public à chaque citoyen. La télévision, c’est vous : allez-vous échapper à cette projection de vous-mêmes ? La télévision, c’est l’évidence du monde : allez-vous lui opposer une conscience (critique) fondée sur votre expérience personnelle ou sur d’autres approches ? Non, il faut tout accepter en bloc, et vous soumettre à la modernité qui vous est présentée, sous peine de vous opposer suicidairement à votre propre époque et à vos propres concitoyens. Ce que la TV vous interdit en permanence, c’est d’oser dire « non ». Du grand théâtre inintelligible du monde, contentez-vous de tirer du frisson, de savourer des scènes, de quoi rire ou pleurer, s’esbaudir ou s’atterrer, selon l’humeur du moment, en direct ou en différé. Le monde que vous voyez n’a pour objet que de vous distraire du monde que vous vivez.

Ø L’école du voyeurisme Au spectateur sans pouvoir, il ne reste donc comme compensation que la rage de voir. Consommer des signes faute d’agir sur le réel. Je veux de l’exploit sportif, je veux de la météo sponsorisée, je veux des jeux d’argent, je veux des séquences de violence ou de sexe, je veux des gros plans sur le visage buriné de compassion de mère Térésa autant que sur les formes inouïes de la dernière Star sexy (dont Télé 7 jours me précisera les mensurations). Une seule chose hante désormais ma vraie vie privée bien à moi : voir, voir toujours plus, devenir le voyeur de la vie des autres, qu’elle ressemble à la mienne ou qu’elle la surcompense.

Ø Le vide intérieur Dans sa logique actuelle, le système télévisuel vampirise l’intériorité des personnes. Il vide chacun de sa substance, pour ne l’emplir que de ses exhibitions factices. Il tue la culture dans la façon même dont il la célèbre. Certes, objectera-t-on, il y a parfois de « bonnes » émissions, comme il y a nombre de citoyens qui savent user de façon restreinte et sélective de la boîte à images. À quoi l’on répondra, en pastichant Pascal, que la télévision est d’autant plus nocive qu’elle ne l’est pas toujours, car il est hors de doute qu’elle va globalement aujourd’hui dans le sens d’un asservissement mental des peuples. En somme, c’est l’une de ces mauvaises choses dont il faut savoir ne pas abuser…

En 2009 la semaine internationale sans télé sera du 20 au 26 avril ! 23


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©CASSANDRE STURBOIS

VIII.

Petite histoire des coopératives…

« Au lieu de réprimer les passions, modelons sur elles l’organisme social » (Charles Fourier)

Ø Vous avez dit « coopération » ? L’association coopérative n’est pas un groupement instinctif, mais une forme déjà structurée de la vie en société. On peut imaginer à juste titre que les premières manifestations coopératives ont été spontanées : l’entraide … On peut néanmoins trouver des exemples de " Préhistoire coopérative " : L’aménagement du fermage collectif dans la Babylonie, les confréries d’assistance et de sépulture de l’antiquité romaine auraient eu d’un certain point de vue quelque parenté avec les institutions coopératives. On peut aussi évoquer les équipes de compagnons du bâtiment

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qui parcouraient l’Europe au temps des cathédrales, les « artels » de pêcheurs, de chasseurs et d’artisans de l’ancienne Russie…

Ø Plus près de nous : C’est dans le milieu rural qu’apparaissent en France les premières activités coopératives. Les célèbres fruitières du Jura sont de véritables coopératives de collecte et de transformation de produits laitiers. On connaît moins l’histoire d’une communauté pour la production et la vente des fourches de bois de micocoulier, créée en 1661 à Sauve (actuel département du Gard) et qui prospéra jusqu’à la loi Le Chapelier (14/06/1791, loi interdisant "les coalitions ouvrières”). Cette institution recueillait et commercialisait la production de ses membres, elle jouait aussi surtout le rôle d’une véritable assurance dont les membres se garantissaient mutuellement leur récolte. Des paysans qui n’avaient pour la plupart jamais quitté leur village avaient élaboré cette institution. Dans l’ancienne France, l’exemple de Sauve n’est pas unique, mais le mot même de coopération, et le mouvement coopératif naissent en fait au XIXème siècle en même temps que le machinisme. En 1834, quatre ouvriers parisiens fondent la première coopérative de production, l’Association chrétienne des bijoutiers en doré, dont sont issues toutes les coopératives de production industrielle. En 1844, à Rochdale, faubourg de Manchester, 28 ouvriers tisserands créent la « Société des équitables pionniers de Rochdale », la première coopérative de consommation, mère du mouvement coopératif de consommation mondial. En 1864, à Heddensdorf, en Rhénanie, le bourgmestre Raiffeisen crée, pour libérer les paysans de l’usure, la première coopérative de crédit mutuel. En 1882, à Hjelling, des paysans danois, contraints de renoncer à la culture des céréales à cause de la concurrence des blés américains, fondent une coopérative laitière, dont découlent en grande partie les coopératives agricoles modernes. Ces quatre créations ont des parentés certaines : elles se présentent comme la réaction collective de catégories sociales défavorisées. Cette réaction s’organise en prenant comme support une entreprise commune dont tous les participants ont des droits égaux.

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Mais un autre point commun essentiel est que ces quatre coopératives archétypales prévoient un budget pour l’instruction de leurs membres : ils ont déjà compris le rôle essentiel de la connaissance dans la vie économique. Lorsqu’en 1967, l’Alliance Coopérative Internationale procèdera à une mise à jour des principes coopératifs, les commissions d’études chargées de ce travail concluront que c’est dans un retour vers ses sources populaires spontanées plus que dans un économisme néocapitaliste que le mouvement coopératif doit chercher son adaptation au XXème siècle finissant. La coopération est une forme récente d’action systématique et généralisée. De telles entreprises sont nées des abus du capitalisme, dans la première moitié du XIXème siècle, époque de grande misère ouvrière, sous l’influence du socialisme associationniste, et quelque fois d’un christianisme ouvert aux dures réalités sociales. Fille de la nécessité, la coopération s’est forgée avec les abus du capitalisme, et s’est renforcée de ses tares.

©CASSANDRE STURBOIS

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Ø Les théoriciens : Si l’initiative populaire est à l’origine de la coopération, il y a toujours eu collaboration entre le vécu très dur de ceux qui trimaient et les pensées de ceux qui avaient accès à l’instruction et qui eurent le cœur de se pencher sur la condition ouvrière. Les travailleurs qui se rassemblaient dans les premières associations ouvrières avaient connaissance des théories plus ou moins utopistes des penseurs liés à la révolution industrielle. Robert Owen en Angleterre, Buchez, Leroux, Considérant en France furent accusés d’utopie par les partisans du système en place. Comme école de pensée, la coopération est révolutionnaire puisque c’est révolutionnaire que d’appeler les consommateurs, les producteurs, les usagers ou les prestataires de services à s’unir sur une base égalitaire pour s’auto gérer sans patron ou Etat interposés. Comme instrument d’action au contraire, la coopérative est réformiste car son intervention s’inscrit nécessairement dans le cadre de la législation positive et du système économique dominant. Faite de rébellion permanente contre les habitudes acquises et de soumission scrupuleuse aux données de l’expérience, la pensée coopérative est gênante pour les idéologies dominatrices. D’où l’explication du peu d’intérêt que suscita l’œuvre de Charles Fourier. Visionnaire, Fourier écrivait : « on devrait, pour premier problème d’économie politique, s’intéresser à transformer tous les salariés en propriétaires co-intéressés » En 1900, Jean Jaurès écrivait à propos de Fourier « lui seul avait eu la force de concevoir un ordre nouveau ». Les surréalistes placèrent Fourier au nombre de leurs précurseurs. André Breton décrit Fourier « debout parmi les grands visionnaires ». En fait, la coopération ouvrière de production emprunte beaucoup à Fourier et lui doit sa devise « Travail-capital-talent ». C’est un tribun, Louis Blanc, (« L’organisation du travail », 1840), qui situe les positions respectives de l’Etat et de « l’Atelier social ». Il écrit : « Ce qui manque aux prolétaires pour s’affranchir, ce sont les instruments de travail : la fonction du Gouvernement est de les leur fournir. Si nous avions à définir l’Etat dans notre conception, nous dirons : l’Etat est le banquier des pauvres. »

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Un cordonnier, Efrahem, dans sa brochure « De l’association des ouvriers de tous les corps d’état » (1833), construit la théorie des rapports du syndicalisme ouvrier et du mouvement coopératif. De ces idées, Anthime Corbon, un typographe, animateur du journal « L’Atelier », fait la synthèse de l’homme d’action et du penseur : « l’association, c’est exactement dans l’ordre économique, la révolution opérée dans l’ordre politique, c’est la substitution au sein de l’atelier, de l’état démocratique à l’état despotique ». (L’Atelier, 28 décembre 1849). Ces hommes ont une pensée commune. Ils voient les capitaux se grouper en sociétés pour dominer le monde. Ils invitent les travailleurs à s’associer en utilisant la même technique juridique et à créer leurs propres entreprises. Pour essayer d’orienter le cours de l’histoire dans le sens de leurs intérêts. Charles Gide se situe exactement à l’opposé de Fourier dans l’histoire de la pensée coopérative française. Il eut droit, de son vivant, à toutes les consécrations officielles, mais grâce à sa passion de militant coopérateur, sa renommée déborda largement de l’université traditionnelle dont il fut l’un des produits accomplis. Son autorité morale fut immense dans les couches les plus larges du mouvement coopératif. Les coopérateurs d’aujourd’hui, ceux de consommation notamment, lui conservent un crédit considérable. Par contre, il est peu prisé des économistes modernes, peut-être à cause de son souci à vouloir simplifier les faits pour aider l’homme à les dominer ?

IX. Continuons le débat… Grève de la consommation, journée sans achat, journée sans télé, coopératives…une foule d’alternatives à la surconsommation existent ! Dans le même ordre d’idée, des associations se sont formées et privilégient les valeurs humaines à la seule volonté de profit. Citons par exemple…

Ø Max Havelaar (http://www.maxhavelaar.be/international)

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Fairtrade Max Havelaar est un organisme de certification du commerce équitable. En tant que tel, Max Havelaar ne vend ni n'achète rien. Le label Max Havelaar est octroyé uniquement aux produits qui répondent aux critères internationaux du commerce équitable, portant sur les conditions de production et les prix : le paiement d'un prix équitable, l'interdiction du travail des enfants, la liberté syndicale et le respect de l'environnement, par exemple, en font partie. Ce label se retrouve sur une gamme de produits qui ne cesse de s'élargir : café, fruits frais, jus de fruits, chocolat, thé, sucre de canne, riz, vin, coton (vêtements, linge de maison), cosmétiques, roses, etc. Le label Fair Trade Max Havelaar offre donc des garanties importantes au consommateur. Afin de pouvoir justifier ces garanties, Max Havelaar contrôle la chaîne de production, du producteur au consommateur. Tous les acteurs de cette chaîne - cultivateurs, travailleurs, entreprises ou consommateurs ont leur rôle à jouer. Ensemble, ils œuvrent pour un développement durable dans les pays du Sud. Aujourd'hui, plus de 1,4 million de travailleurs et familles de cultivateurs sont concernés par le commerce équitable.

Ø Attac (http://www.attac.be/) Constatant l’asservissement de parties toujours plus importantes de nos sociétés aux marchés financiers et à la logique du profit, Attac veut être une force de proposition d’alternatives. Attac est née en 1998 et sa première proposition concrète a été la taxation des transactions financières pour créer un fond d’aide au développement et pour freiner la spéculation, cela a donné le nom de l’association A T T A C : Association pour la Taxation des Transactions financières pour l’Aide aux Citoyennes et citoyens. Aujourd’hui Attac est un réseau présent dans de nombreux pays et travaille sur des sujets divers : l’Organisation mondiale du commerce et les institutions financières internationales, la dette, la taxation des transactions financières, les paradis fiscaux, les services publics, l’eau, les zones de libre-échanges (Méditerranée, Amérique, Europe...). Chaque Association nationale a des groupes travaillant sur les différents thèmes. Tous les groupes sont engagés dans des campagnes nationales et internationales pour des 29


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propositions concrètes d’alternatives à la pensée unique néolibérale et basées sur la solidarité.

Ø Ainsi fonds font fond (afff@skynet.be) Réfléchir et agir en consommateur attentif n’est pas forcément une « prise de tête ». En 1999, quelques personnes décident de fonder l’Asbl « ainsi fonds font fond » : les fonds (financiers) font du fond (du sens). L’argent est intéressant pour autant qu’il soit un outil de développement et non une fin en soi. Fin 2002, « ainsi fonds font fond » a pris l’initiative de créer la « Guilde de commerçants pour un développement durable et solidaire en Pays de Liège ». Elle rassemble, sur base locale, des commerçants (associations, indépendants ou sociétés) pour lesquels le développement économique place le respect de la personne et de son environnement au cœur des préoccupations quotidiennes. La Guilde liégeoise rassemble aujourd’hui 33 partenaires actifs dans trois secteurs : le commerce équitable, l’économie sociale et les filières particulièrement respectueuses de l’environnement.

Ø Poseco Asbl (www.economie-positive.be, www.poseco.org) Centre d’information pour une économie positive: l’Asbl Poseco permet à ses membres de défendre leurs valeurs dans leurs actes économiques quotidiens. Découvrez quelques pistes sur ce portail fraichement mis en ligne. Son but est de créer une nouvelle dynamique positive, innovante et fédératrice pour une économie respectueuse des « hommes », des cultures et de l’environnement. Une approche valorisant les relations humaines, qui parle d’épanouissement personnel et qui donne de l’espoir aux générations futures. Agir positivement, cela fait du bien !

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Ø Respire Asbl (www.respire.be) Comme nous l’avons dit, la publicité est un message commercial non sollicité, tout comme le spam (ou pourriel) qui, lui, a été reconnu illégal. La fréquence d’un même message publicitaire l’assimile à un véritable matraquage. La pub a représenté en Belgique près de 3 milliards d’euros pour l’année 2006. Et ce sont les consommateurs qui l’ont financée à raison de 640 euros par ménage ! Est-il normal que nous payions plus de 1% du PIB pour une activité aussi malsaine ? … Pour un monde plus humain, plus serein et viable, l’Asbl Respire demande donc l’interdiction dans l’espace public de la dangereuse propagande qu’est la publicité commerciale.

Loin de vouloir nous culpabiliser en tant que consommateurs, ces nombreuses associations proposent au contraire une responsabilisation, une nouvelle alliance entre consommation et solidarité citoyenne. Pour ce faire, c’est d’abord à nous, adultes, à poser nos choix de consommation…puis à inviter et inciter nos jeunes à franchir le cap avec nous…

©CASSANDRE STURBOIS

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/211_carnet_du_public_faut_pas_payer  

http://www.theatrelepublic.be/documents/uploads/211_carnet_du_public_faut_pas_payer.pdf

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