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Entretiens du Terroir en Valloire Paysages, expressions de terroirs ANNEYRON

QUADRIE et ant. P

Pour les ENVELOPPES SEULEMENT

Epinouze (Salle des fêtes)

Actes des Entretiens…

jeudi 21 octobre 2010 - 16h / 22h


Paysage ? “Plusieurs définitions sont possibles car le paysage présente notamment deux volets très différents. D’une part, une dimension matérielle : un horizon, des objets et leur localisation, et la façon dont la tout fonctionne. De l’autre, une dimension sensible qui renvoie à des impressions, des émotions, des sentiments, des symboles. Dans ce petit guide nous retenons la définition suivante : le paysage est une portion de territoire vue par un observateur. Y sont inscrits des faits naturels et humains, actuels ou passés, dont certains aspects sont visibles à un moment donné. … Pourquoi s’intéresser au paysage ? Le paysage est partout présent. Il est à ce point fréquent autour de nous qu’on ne le regarde plus, qu’on ne le voit pas. L’attention s’éveille danvant un paysage nouveau ou exceptionnel, mais pourquoi s’intéresser à un paysage ordinaire ? A cela, plusieurs raisons. Le paysage est notre cadre de vie et bien souvent celui de nos activités. Il influence, sans que l’on n’y prenne garde, notre humeur, notre comportement, nos façons d’être et de faire. Le paysage fournit des informations condrètes et directes sur le climat, sur le vivant qui nous entoure, sur les formes du relief mais aussi sur ce que font les hommes dans ce territoire. Il change en permanence et donne un accès direct à la réalité. Regarder par la fenêtre le temps qu’il fait, la lumière, la vitesse et la direction des nuages, plutôt que d’en rester au bulletin météo à la télévision. Le pasage intervient de plus en plus dans l’économie de nos sociétés. Il influence même le prix du foncier. Il participe aux activités individuelles et collectives, qu’elles soient industrielles, agricoles ou touristiques … il devient un criètre essentiel de la qualité de notre vie. Il est dorénavant l’objet de politiques publiques au niveau national mais aussi européen. La France vient ainsi de signer la Convention européenne du paysage mettant en commun la double perspective de conservation et de création du paysage. Enfin, le paysage devient un véritable moyen d’échange et de dialogue entre acteurs locaux. Il s’avère un outil pertinent pour élaborer des projets locaux de développement territorial, projets d’aménagement et d’environnement comme la réhabiliation d’anciennes terrasses de culture … Comment se construit un paysage ? Le paysage est le résultat d’histoires très diverses : histoire longue de la terre et de ses mouvements, histoire plus courte des hommes, histoire ronde des saisons et de la végétation. Il est un peu l’histoire de chacun et de tous. Mais il ne révèle que les aspects visibles de ces histoires.il y a des traces, des empreintes, des marques qui sont autant de signes qu’il faut repérer, savoir déchiffrer. Le paysage est un livre ouvert. On y voit l’équivalent des lettres, des mots, des phrases qui ont un sens. Mais attention, les mots et les phrases sont souvent incomplet. Il n’est pas forcément facile de reonstituer une partie de l’histoire d’un paysage à partir des bribes d’informations encore visibles. C’est le cas par exemple d’une rivière pour laquelle le temps a effacé en partie des objets, commes les berges, les terrasses alluviales et les versants. Pourtant, il est possible de surmonter cette difficulté en rapprochant les connaissances d’observateurs compétents, en associant les regards, les savoirs, les savoir-faire, les caractères et la sensibilité de plusieurs observateurs…” Extrait de “Petit guide de l’observation du paysage” Deffontaines JP, Ritter J, Defontaines JB, Michaud D / Edtions Quae, 2006 à l’occasion de “INRA, 60 ans de recherche agronomique”.


I

PAYSAGES : REGARDS CROISÉS.................................................. 10 Regards croisés de plein air ................................................. 10 Regards croisés « confinés »… mais ouverts au monde ! .... 16 Clés du goût, Clé de sol...................................................... 36

II

PAYSAGES DU GOÛT ................................................................... 42 Intervention de Jacques Puisais ........................................... 42 Reportage d’un dégustateur, Claude Desrieux .................... 48

III

PAYSAGES, UNE HISTOIRE TOUJOURS À INVENTER ................. 50 Paysages : une valorisation possible .................................... 50 Paysages entre ciel et terre ................................................. 56 Paysages du monde ............................................................ 60

Note au lecteur : Les textes que vous allez lire sont la transcription d’interventions orales, ils en gardent la fluidité ou la répétition, pour ne pas risquer d’en altérer le sens. Ils peuvent parfois être un peu “approximatifs” comme est la vie qui ne rentre pas toujours dans des cases (et c’est heureux, ndlr)

TERROIRS & CULTURES International ........................................ 66

Vous rencontrerez parfois dans le texte le signe (*). Il vous indique une information complémentaire donnée en 3e partie de la brochure.

MFR ANNEYRON ......................................................................... 67

Bonne lecture !

BIBLIOGRAPHIE............................................................................ 64


ENTRETIENS DU TERROIR ! OUI MAIS : TERROIR ?

Planète terroirs : 2005, une charte et une définition internationale du terroir adoptée aux Rencontres Internationales UNESCO

Un Terroir est un espace géographique délimité, défini à partir d’une communauté humaine qui construit au cours de son histoire un ensemble de traits culturels distinctifs, de savoirs et de pratiques, fondés sur un système d’interactions entre le milieu naturel et les facteurs humains.

Les savoir-faire mis en jeu révèlent une originalité, confèrent une typicité et permettent une reconnaissance pour les produits ou services originaires de cet espace et donc pour les hommes qui y vivent. Les terroirs sont des espaces vivants et innovants qui ne peuvent être assimilés à la seule tradition.

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De gauche à droite : er 1 rang : Maryse de Bellegarde, Freddy Ma (directeur MFR Anney rtin Rosset (Maire d’E ron), Jacques Deplace pinouze), Pierre Bocqu (animateur Entretien lier «conte» Valloire et s, MFR Anneyron), 2e Loisirs), Françoise De rang : Aymée Tardy (at moulin (atelier «vann Payen (Bibliothèque eerie» Valloire Loisirs), Epinouze) Claudette Deplace, Na dine

Conférence de presse pour la présentation de la 3ème édition des Entretiens du Terroir en Valloire. Epinouze (mairie) le 8 octobre 2010 Les partenaires locaux présentent le projet. Autour de la MFR Anneyron : la mairie d’Epinouze, les associations Bibliothèque Epinouze et Valloire Loisirs.

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Entretiens du Terroir en Valloire

Epinouze (Salle des fêtes) Jeudi 21 octobre 16 h - 22 h

Anneyron

Les

Arbos de Moras Valloire

et de la

… "La poire en son terroir" (Moras 2008) … "Savoir-faire en Valloire" (Anneyron 2009 ) …

Vous êtes invités à participer à la 3ème édition des Entretiens du Terroir

en Valloire

"Paysages : expressions de terroirs" Pour rassembler les acteurs du territoire autour d'une perception partagée de leur milieu de vie

Une manifestation, ouverte à tous, en trois temps :

16 h Observation d'un paysage de Valloire

Rendez-vous Salle des Fêtes … petite marche … et, depuis l'église d'Epinouze : dialogues, regards croisés sous l'animation de guides expérimentés.

18 h. Paysages de Valloire, qualité et labellisation :

20 h Dégustations : produits du pays, chants et musique en clés de sol

Exposés, vidéos, photos, échanges, contes, lectures, expositions …

avec le soutien de :

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Dialogues et regards croisés.

en plein air (16 h) …  Des regards sensibles … Des regards d'usagers de l'espace … Habitants qui participent à faire vivre le paysage par l'usage qu'ils en font …

Aimée Tardy, conteuse (Bibliothèque Epinouze), Roger Mangion (historien, écrivain), René Langlais (association de pêche Veuze Oron), Paul Parade, Joseph Pacini poète de l'olivier sur d'autres terroirs)…

Des regards professionnels … Hervé Miachon et des arboriculteurs de Moras et Valloire, Alain Coustaury (professeur retraité d'histoire et géographie), Pierre Bocquet (directeur MFR Anneyron), Patrick Normand (formateur MFR), Bernard de Bellegarde (géologue) … … en dialogue avec Joël Rochard (expert paysages viticoles à l'Institut de la Vigne et du Vin) et Jean Paul Anres (maire de Lafarre en Vaucluse, vigneron dans les "Dentelles de Montmirail") …

Un regard politique … Une dégustation de paysages. Jacques Puisais (pdt Institut français du goût), déjà présent le matin pour une dégustation de poires avec les Arbos de Moras et Valloire … … et les mots pour le dire : Jean Claude Staville (Horizons du patois)

Freddy Martin Rosset : maire d'Epinouze, pdt CC Rhône Valloire… urbanisme, espace, bien commun …

NB En cas de pluie : les deux "séances" se passeront dans la salle des fêtes.

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… et en salle (18 h) …

18h Lectures Paysages d'osier Artisans vanniers au travail : avec Françoise Demoulin, Robert Frachon Livres "Paysages et découvertes" p ro p o s é s p a r l a B i b l i o t h è q u e d'Epinouze (Nadine Payen) : à la consultation et à la vente (avec la librairie Lacour (Anneyron) … "Mémoires de poires" par Caroline Fanget (Moras en valeur)

Mosaïques "minéral, végétal" de Claudie Morvan

Dessins d'enfants de l'Ecole d'Epinouze Comment voyez-vous votre village demain ?

Photos d'hier et d'aujourd'hui des rues de nos villages aux chemins de campagne, une évolution dans le siècle par Hélène Thinon et l'Atelier photos de Valloire Loisirs)

* Evocations d'Epinouze : René Langlais, Gérard Mangion : (extraits du livre "Epinouze au fil du temps") * Impressions de randonneur : Maryse de Bellegarde 18h30 Echanges * Plan Local d'Urbanisme : un "PLU "pour le paysage ? avec Freddy Martin Rosset, maire d'Epinouze (et pdt de la CC Rhône Valloire) * Quelle valorisation des paysages comme expressions de terroirs ? : la charte de Fontevraud avec Joël Rochard, Jean Paul Anres, Eric Barraud 19h15 Richesse d'une langue * Les mots "patois" pour dire le paysage avec Jean Claude Staville 19h30 Un conte * La soupe de Mémée Valentine" par Aimée Tardy.

… et flotte, encore imperceptible dans le paysage, la mémoire des traces de nos pas sur les chemins de l'avenir …

(Secquaj El Epdac, paysan berbère)

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Paysages du goût 20 h Une soirée autour des produits "qui parlent avec l'accent du lieu" … 20 h Une gastronomie "terroir" avec Jean Jacques Galliffet (Auberge de la Valloire) : Démonstration de recettes en direct pour des dégustations à venir. 20h30 L'initiation au goût : Dégustation des produits présentés (paysans et artisanaux), sous l'animation de Jacques Puisais (pdt de l'Institut français du goût).

Le goût ? Un luxe ? Non ! Peut-être simplement un apprentissage permanent de nos capacités à apprécier les choses de la vie : une sorte d’éducation à l’art de vivre. C’est aussi une valorisation de nos ressources , de notre patrimoine, de nos produits. Valorisation qui peut exprimer la spécificité d’un territoire, non pas replié sur lui-même en identité étouffante, mais ouvert au monde, expression des "interactions entre une société et son milieu de vie" (1). Le goût : un entraînement au terroir, une pratique d’être au monde, ensemble. (1) selon la définition du terroir établie par Terroirs et Cultures partenaire de l'Unesco.

Un buffet en clé(s) de sol … Charcuterie : Françoise Ducros, Patrick Graillat (Bathernay) Fromages chèvre : Christophe Berland (La Motte de Galaure) Fromages brebis : Armelle, Vincent Cheval (La Motte de Galaure) Poires : Emmanuel, Christelle Comte (St Sorlin) / Pommes : Pierre Achard (Epinouze), Jus de fruits : Emmanuel Martin (Epinouze) / Vin : Cave coopérative Sarras (St Désirat) Miel, Pain d'épices : Sébastien Dumont / Pain : Boulangerie Epinouze

… avec "Philippe et Gaston" (du groupe des "Saute Caruche" )… et, peut-être, la cornemuse de Guillaume … … la chorale Horizons …

… et toute la bonne humeur que les paysages de la convivialité vous inspirent …

Contact :

MFR 10 rue de l'Europe 26 140 Anneyron / 04 75 31 50 46 / mfr.anneyron@mfr.asso.fr

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REGARDS CROISÉS DE PLEIN AIR

I

PAYSAGES : REGARDS CROISÉS

Une entrée en matière … … de paysages sur l’esplanade de l’é glise d’Epinouze … Dans le cadre des Entretiens du Terroir : percevoir le terroir par le paysage qui en est peut-être l’expression paysage offert à nos yeux… mais nos yeux voient-ils tous la de réunir des intervenants aux références très différentes, la diversité des intervemême chose ? nants aujourd’hui permet de croiser les regards.

Patrick Normand (habitant de la Valloire et formateur à la MFR Anneyron) Une introduction au paysage Une observation de paysage se fait en plusieurs phases. D’abord faire émerger ses perceptions, ses sensations, ses impressions. C’est la première phase subjective. Ensuite c’est l’interprétation l’analyse, c’est plus complexe, il faut faire des parallèles avec le passé. On n’a pas tous la même culture, au niveau professionnel, social, et donc nous ne ferons pas tous la même lecture sur ce paysage. C’est bien

Paysages, expressions de terroirs ?

Nous pouvons repérer quelques éléments d’analyse du paysage : Onpeut d’abord parler du relief : érodé, élaboré par des glaciations successives. Nous aurons des apports de géologie tout à l’heure. Mais nous pouvons toujours aujourd’hui ramasser des galets qui en sont la trace. Nous pouvons observer le bâti, l’architecture : villages regroupés, éclatés … ici la référence à nos voyages peut être utile, elle permet de faire des comparaisons. On peut parler du végétal, de la végétation : sa densité, voir si elle est regroupée, s’il y a des haies.

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Il y a les voies de communication, qui marquent le paysage : en vue directe ou avec des cartes d’aujourd’hui ou d’hier par ex les cartes postales qui nous donnent des éléments de comparaison au cours du dernier siècle. Enfin, nous pouvons repérer les surfaces en eau : rivières, lacs … Tous ces éléments associés pour nous permettre de lire le paysage devant nous.

Un paysage, comme celui devant nous, on en voit la surface … il nous faut alors aussi bien explorer la géographie (terme issu du grec qui nous dit l’écriture de la terre) et la géologie (qui nous en conte l’histoire). C’est ce que Bernard de Bellegarde et Alain Coustaury vont nous conter … Bernard de Bellegarde (habitant de la Valloire et géologue) Une histoire en millions d’années

La géologie, c’est une histoire en millions d’années, ce n’est pas à notre échelle. Ici, nous ne sommes pas très bien placés, nous n’avons pas toute la Valloire mais nous pouvons en observer le stade actuel. Ainsi la colline en face est une colline ordière du bassin de la Valloire avec des dépôts marins, que l’on nomme molasse du myocène (20 millions), puis la vallée Bièvre Valloire avec des terrases d’origine fluvio glaicaire. On voit bien la basse terrasse devant nous, la plus récente en relation avec le glacier wurmien dont l’avancée maximum s’est arrêtée à Rives. Puis nous avons la terrasse rissienne, en relation avec le glacier rissien, qui s’est avancé plus loin dans la région, jusqu’à Beaufort, Beaurepaire, où il a laissé des moraines frontales. Les a eaux de fusion des glaciers ont déposé les graviers, les ables qui ont formé ces terrasses. Puis il y a une troisième terrasse dont il subsiste des lambeaux, sur les bordures, le glacier le plus ancien. On en trouve un peu côté nord. Les terrasses ont une épaisseur de sol altéré, riche en fer, le calcaire a disparu. La terrasse rissienne est la moins altérée : c’est la plus récente, celle où on trouve les grandes cultures, on y l’eau et les sources. Les géographes lyonnais appellaient cela une vallée sèche : cela peut paraître surprenant. Mais par rapport à la surface du bassin, il s’écoule peu d’eau en surface, comme les couloirs de l’Est lyonnais, dans la zone de Satolas (avec les mêmes matériaux) : toute l’eau qui tombe du ciel s’infiltre. Il ya une autre

Paysages, expressions de terroirs ?

région qui ressemble à Bièvre Valloire, c’est celle des trois vallées de Vienne. Ici, nous avons des rivières, certes, mais très petites par rapport à la surface du bassin versant : en gros, 80 % des eaux du bassin s’écoulent en souterrain, 20 % en surface avec l’exutoire des Collières à St Rambert d’Albon. En profondeur nous avons un nappe très importante, ce qui fait une caractéristique de notre région et leur richesse, ce qui est utilie pour l’irrigation, ou l’alimentation en eau potable. Cette nappe donne des sources, qui sont le plus souvent des sources de trop plein : la nappe déborde comme à Manthes, St Barthélémy de Beaurepaire et alimente des rivières, pas vraiment naturelles, aménagées, organisées comme des canaux. Elles sont souvent en

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hauteur et permettent de pratiquer l’irrigation par immersion. Les vraies rivières qui évacuaient l’eau des crues, ont été qualifiées par les géographes de «torrents» (Dolure, Collières). Alimentées par les sources, elles pouvaient avoir de très faibles débits d’étiage, on pouvait voir le Dolure ou les Collières à sec. On disait même que le siphon avec le lac de Paladru s’était désamorçé. En fait c’était simplement lié au manque d’eau dans l’ensemble de la région. Les collines : les dépôts marins, c’est le Myocène, c’est 20 millions d’années, le quaternaire en bas, 2 millions d’années, vous voyez l’échelle des temps.

On peut faire le parallèle avec les changements climatiques, il y en a toujours eu, mais quelle est aujourd’hui la part de l’activité humaine ? Voilà de quoi alimenter notre réflexion … Alain Coustaury (professeur de géographie) la Drôme une variété de paysages et … de goûts Merci à Bernard pour l’allusion aux géographes. Je suis un géographe « lyonnais », il y a aussi les « grenoblois » mais ce n’est pas le sujet d’aujourd’hui. Nous avons dans la Drôme une grande variété de paysages. Nous sommes ici dans la Drôme des Collines : Valloire, Galaure, Plaine Romans Valence et la confluence des cours d’eau, Vercors, Diois puis le Nyonsais et les Baronnies

Extrait cadastre 1878

Depuis l’église

Paysages, expressions de terroirs ?

Alors visitez la Drôme avec cette extraordianire variété de paysages. Nous avons même un paysage alpin autour de Lus la Croix haute, vers La Jarjatte. La Drôme des Collines, c’est cette série de collines verdoyantes couvertes de chataigniers, d’acacias, avec cette l’alternance de vallées très riches. Alors unpetit arrêt sur le Vercors : un plateau ? Non, c’est un massif calcaire, karstique, avec des cavités, des rivières souterraines, à ne pas confondre avec les nappes phréatiques d’ici. Le Vercors c’est un anticlinorium, une série bosses et de failles et non un paysage de plateau. Si vous voulez voir un paysage de plateau, allez voir les Causses de Larzac ou Mejean. Alors, ce Vercors qui a une histoire récente que vous connaissez peut-être et qui est liée à sa géographie, est un massif préalpin de direction ne-so (on ne le voit pas d’ici) et au niveau de la Drôme ça change. Au sud de la Drôme, avec le Diois on a une direction pyrénéenne dont le paysage le plus caractéristiqueest celui de la forêt de Saou qui est un synclinal perché, ce qui était en bas est passé en haut … c’est un relief confus, sans alignement

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préférentiel, avec des paysages remarquables de marnes, argiles noirs … Puis, plus au sud, le Nyonsais, les Baronnies, nous sommes en Drôme provençale avec du chêne vert … C’est un paysage méditerranéen et sa garrigue, qu’on pourrait tourver tout autour de la Méditerranée. Vous pouvez y faire des photos ressemblantes à celles qu’on pourrait faire au Maroc ou en Grèce. Pour illustrer la variété des paysages, nous pouvons explorer les goûts. Par exemple, la Drôme le seul 4 huiles noix, chou (colza), tournesol, olive …

Un synclinal perché tiendrait-il dans son bec le fromage de l’histoire ?… Devant nous des alignements de maïs, de peupliers, au oloin des vergers … ici des maisons anciennes ou récentes … le maire de cette commune, par ailleurs passionné d’histoire, nous en propose une lecture … qu’il complètera en salle tout à l’heure … Freddy Martin Rosset (maire d’Epinouze) le paysage : une histoire humaine aussi Après les informations érudties et techniques où nous avons considéré que ces paysages avainet été façonnés par les

éléments, par cette nature qui bouge en permanence, qui peut parâitre immuable à l’échelle humaine … justement, il y a cette espèce un peu particulirèe qui, au cours du temps récent, a maîtrisé des techniques et modifié le paysage autour de lui. Même si nous n’avons pas la richesse de l’histoire de Moras– et je me tourne ici vers Caroline Fanget qui en connaît bien les secrets – nous avons déjà au Moyen Age ledes établissements religieux : les Hospitaliers à Lachal, et à Landrin, et au milieu il y avait la propriété de la famille Murinais, où s’est bâti Epinouze avec l’église. L’église s’est bâtie là, probablement au centre de l’ancien village. Le village devait être très groupé autour de l’église puis est un peu descendu.. L’exposition au vent du nord a probablement fait descendre le village à l’abri. Le climat fait évoluer les choses, Il ne faut pas oublier qu’il y a eu une «petite glaciation» au XVII - XVIIIème, et au mois d’octobre on n’aurait pas fait une causerie en plein air comme aujourd’hui. L’habitat devait être collé contre le coteau, d’autant qu’on ne construisait pas dans la pierre, mais en bois, c’était des cabanes de paysans.

Paysages, expressions de terroirs ?

En laissant un peu l’habitat, à l’échelle humaine, on voit des évolutions dans la Valloire : le coteau sud est largement couvert de forêts, la plaine est depuis longtemps colonisée par l’agriculture, cultivée. Les moines ont participé à sa mise en valeur en organisant l’irrigation ; ils se sont installés pas par hasard sur les terres les meilleures, évidemment pour les puissants du moment vers Moras. Ici on entre dans le gravier, la couche arable se réduit, jusqu’au gravier pur vers St Rambert. Ici sur le coteau, du caillou, du caillou où on avait repoussé les moins puissants. Dans la plaine : nous avons encore les traces des anciennes granges des familles importantes Cotonnet vers la gare, Chiriaves … avec des fermes importantes et des grangers au service des seigneurs locaux. On a vu changer les choses, dans mon enfance, toutes les familles paysannes avaient un pré en Valloire, dans la partie basse, pour le fourrage des bêtes. C’était indispensable pour ces fermes de polyculture.L’irrigation, autre que par submersion (arrosage) s’est développée dans les années 60 (CUMA) qui a donné une place importante - trop importante peut-être - à cette plante tropicale : le maïs; pour tirer quelque revenu de ces sols. Sur les coteaux, on y cultivait la vigne, avec un assez bon vin, puis le phylloxera est arrivé en fin XIXème. Un événement très important pour la Valloire : l’implantation d’une voie ferrée avec la gare de St Rambert qui a donné

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un coupe de fouet à cette commune, anciennemnt hameau de la commune d’Albon. La ligne est passée par ici à Epinouze, cela a donné une impulsion aux fruits après la vigne, notamment pour le pêcher très à l’aise dans ce terrain, protégé du gel, qui a fait la prospérité des lieux pendant un siècle … actuellement, la sharka a fait beaucoup de dégâts … les vaches ont quitté les lieux il y a 40 ans … et il y a 10 ans on aurait vu des vergers de pêchers … l’être humain continue de façonner. La voie ferrée a aussi modifié l’urgbanisme, les gesn étant venus habiter autour de la gare. Les paysages ne sont pas figés. Si certaines productions fruitières sont parties, il y a encore des arboriculteurs compétents et cela donne courage.

Le paysage est ainsi construit dans le temps long, dans le temps plus court des sociétés humaines … voilà la voie ferrée modifiant l’organisation de l’espace … mais ce paysage est construit aussi par notre culture, nos regards … que nous pouvons partager et valoriser. Nous avons invité Joël Rochard et Jean-Paul Anres pour nous apporter un regard d’autres régions…

Joël Rochard (Institut français de la vigne et du vin) De la vigne à la Valloire

sage avec la diversité des colueurs des différentes cultures et qui arrêtent le regard. C’est un paysage ouverte et riche de diversité avec une histoire longue et complexe, la vigne dont vous avez parlé tout à l’heure a subi ici, vous l’avez dit, comme ailleurs la crise grave du phylloxera.

Vous connaissez les dentelles du Puy issues du travail humain … et les Dentelles de Montmirail qui peuvent nous paraître natuD’abord vous féliciter pour cette manifes- relles, mais les humains y sont tation parce que lire un paysage c’est lire comme déguster, c’est affaire de curio- sûrement présents. sité. Déguster un paysage qui témoigne de l’histoire de la terre, de l’histoire humaine. C’est au travers de cette dualité du naturel et du culturel. Un terroir est l’expression d’un territoire, c’est une rencontre de culture et de nature. Ce n’est pas seulement un système physique mais un écosystème culturel : géologique, climatique du côté «nature» et une culture produite dans l’histoire parfois tourmentée des humains. Il est important de faire cette lecture : on s’habitue trop à vivre dans des paysages qui ne nous questionnent pas assez parce qu’on y baigne dedans. Je ne connais pas vos paysages mais je peux tenter une petite lecture : c’est un paysage ouvert avec, en arrière-plan, une palette de couleurs automnales d’une végétation variée. On a des accroches arbres, bosquets qui enrichissent le pay-

Paysages, expressions de terroirs ?

Jean-Paul Anres (agriculteur, pdt du Syndicat des vignerons Muscat et Baumes d e Venise, maire de Lafarre en Vaucluse …) Les dentelles géologiques du muscat Merci pour votre invitation. Nous avons l’habitude de suivre la vallée du Rhône sans regarder les beaux paysages qui sont à côté. Quand je suis arrivé là, j’ai noté

Eric Barraud, Jean-Paul Anres, Jean-Claude Staville

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des similitudes avec notre secteur : des intervenants amoureux de leur pays, ça se sent dans leur discours. Le plus beau département paraissait être la Drôme, je toruve que le Vaucluse c’est pas mal aussi ! Nous sommes amoureux de notre pays, avec des ressemblances des paysages d’alignement, en Drôme comme en Vaucluse avec les Dentelles de Montmirail, des parois rocheuses qui mettent les villages à l’abri du mistral. Quand vous descendez le Rhône, vers Orange vous regardez sur votre gauche, vous voyez le mont Ventoux et des collines, des roches à la verticale, calcaires, on est sur la faille de Nîmes avec deux blocs qui se sont opposés et créé les Dentelles de Montmirail. On a le Trias sous nos pieds … Vaison au nord, Seguret, un des plus beaux, Gigondas, Vacqueyras, Beaumes de Venise au sud, et un côté plus sauvage vers Lafarre et Malaucène … Elles sont nées de la faille de Nîmes par l’opposition entre 2 blocs. Le Trias est sous nos pieds, entre le Rhône et le Ventoux, le Luberon en face des Alpilles, des roches calcaires à la verticale avec les villages au-dessous. C’est un pays d’exception pour l’escalade (nord pour l’été, sud pour l’hiver) et pour le vin. Dans ces paysages, nous avons développé des produits de qualité, avec une évolution dans le temps. On a changé de production, on a eu aussi le phylloxera dans nos vignes, avec un climat plus clément qu’ici. Les vignerons ont su rebondir.

Je suis agriculteur avant d’être maire : la commune a 104 habitants, alors vous voyez qu’il y a une chance sur 3 d’être maire !. Je suis aussi président du Syndicat des vignerons qui regroupe les appellations Muscat et Baumes de Venise. Quand j’ai repris l’exploitation des parents, on produisait des abricots sur tout le secteur. Cette culture a été abandonnée pour laisser place à la vigne. Une remarque pour revenir à la géologie: avec le Myocène, le muscat de Baumes de Venise s’exprime bien. Alors quand j’ai entendu que vous y faisiez référence je me suis inquiété du développement potentiel du muscat d’Epinouze (rires dans l’assistance) …

Myocène, Trias, : on pourrait croire qu’il s’agit de nouveaux cépages ? Nommer ? Jacques Puisais nous a appris que le goût est aussi une inscription dans la mémoire parce que nous pouvons nommer. Le français est la langue de l’Etat et de ses citoyens mais les langues sont vivantes, elles s’inscrivent dans l’histoire et nous disent quelque chose sur nous … alors le patois ne seraitil qu’une langue disparue ?

Paysages, expressions de terroirs ?

Jean-Claude Staville (Association Horizons) Le patois : une langue terroir.

Nous essayons de faire revivre le patois de la région, langue locale qui n’est pas très adaptée au langage technique d’aujourd’hui mais qui permet d’exprimer le lien à notre milieu de vie. Je vais vous lire quelques poèmes dédiés à la nature. Nous sommes d’Anneyron, que les puristes d’Epinouze me pardonnent mais nous nous comprenons. (Voir pages suivantes) Pierre Bocquet (directeur MFR Anneyron) Une transition colorée. Paysage, expression de terroir ? après ce premier temps de plein air, nous voilà à ce moment automnal, couleurs profondes du coucher de soleil … nous vous invitons à rejoindre la salle des fêtes, à pied, en voiture, pour continuer à échanger sur ces paysages de Valloire.

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REGARDS CROISÉS «CONFINÉS» … MAIS OUVERTS AU MONDE !

Salle des fêtes Epinouze

Rhône Valloire), Pierre BocFreddy Martin Rosset (Maire d’Epinouze, Pdt CC ué «Terroirs et Cultures») quet (Directeur MFR Anneyron), Eric Barraud (Délég

Pierre Bocquet (dir. MFR Anneyron) Ces Entretiens du terroir sont le fruit d’une réflexion menée par le Conseil d’administration de la MFR d’Anneyron qui est un établissement de formation, par une de ses missions qui consiste à mettre en place des actions d’animation et de développement local sur le territoire. Cette réflexion nous a mené à organiser les premières «Rencontres Fruits Territoire» en 2003 qui ont mobilisé beaucoup d’acteurs, des acteurs essentiellement de la filière arboricole. A partir de ces rencontres, des axes de réflexion sont apparus et entre autres un axe sur la sensibilisation et la mobi-

Paysages, expressions de terroirs ?

lisation des acteurs sur le territoire de la Valloire notamment à partir d’une entrée terroir, ici à partir d’un paysage. Nous l’avons vu tout à l’heure, avec la géographie, la géologie, l’histoire agricole et paysanne ; en somme une approche territoire à partir de toute l’histoire qui existe dans ce pays. De là on a eu l’occasion de rencontrer une autre association : Terroirs et Cultures représentée ici par Eric Barraud et on a pu échanger sur la mise en place d’Entretiens dont l’objectif est de rassembler les gens sur une thématique. Cela permet l’échange avec une approche locale (des acteurs locaux) enrichi par un regard de chercheurs, de personnes extérieures à notre territoire. De cette rencontre ont été initiés les premiers

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«Entretiens du Terroir» à Moras en Valloire en 2008 avec comme entrée un produit agricole qui a une certaine typicité : la poire de la Valloire. En 2009 ont eu lieu les deuxièmes Entretiens du Terroir sur Anneyron, avec un thème un peu plus large que sont les savoir-faire présents sur le territoire, ayant une valeur dans la construction d’un terroir. Ce soir, les troisièmes Entretiens du terroir en Valloire sur une entrée plus paysage. En effet, au travers de chaque paysage il y a une expression de terroir qui est présente dans ce paysage physique que l’on voit, de l’histoire de ce paysage, de sa construction et de son devenir.

Je crois que c’est un peu l’histoire de cette construction. Cette construction des Entretiens du Terroir en Valloire ne peut avoir lieu que par l’implication forte d’acteurs et notamment de collectivités territoriales.

ont soutenu financièrement le projet. Je remercie bien sûr le président de la Communauté de communes Rhône Valloire : Freddy Martin Rosset, maire de la commune qui nous accueille pour ces Entretiens du Terroir et sur la réflexion d’une prise en compte de ce devenir du territoire de la Valloire. Enfin, un grand merci aux associations locales qui nous accompagnent : la Bibliothèque d’Epinouze, Valloire Loisirs. Eric Barraud Terroirs et cultures (T&C) Bonsoir à tous, je suis le délégué général de Terroirs et Cultures,… Depuis tout à l’heure je regarde faire les vanniers et je trouve cela vraiment très

Je tiens à remercier, même s’ils sont absents ici, retenus par leur Assemblée plénière à Charbonnières, les conseillers régionaux qui soutiennent notre projet : Nathalie Niaison et depuis peu Aurélien Ferlay, Eric Barraud de Terroirs et Cultures, le conseil général de la Drôme avec Alain Genthon qui

Paysages, expressions de terroirs ?

intéressant. C’est vraiment très beau ce que vous faites et symbolique de ce que l’on a voulu faire avec les Entretiens du Terroir : vouloir valoriser les savoir-faire locaux, vous en êtes l’expression vivante …. c’est un beau spectacle que vous nous offrez aussi en arrière plan de ces Entretiens du Terroir et c’est tout un symbole. (… applaudissements pour les vanniers au travail sur la scène …) Je voulais signaler que je parle devant 3 administrateurs de Terroir et Culture : M. Jacques Puisais que certains ont entendu ce matin qui est un des fondateurs de Terroirs et Cultures, il a été également l’un des fondateurs de l’institut français du goût, Dominique Chardon, notre président, s’excuse de ne pas être présent.

Paysages d’osier / Robert Frachon,

Françoise Demoulin

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Jacques Puisais a accepté de venir passer la journée avec nous, et ceux qui l’ont entendu ce matin, auront déjà pu apprécier son propos et ses qualités. Je crois que vous aurez également la chance au cours de ces entretiens de mettre sur des paysages des goûts et des saveurs, cela avec beaucoup de talent. Je voudrais également saluer, vous l’avez vu tout à l’heure sur la lecture de paysage, Jean-Paul Anres qui vient des dentelles de Montmirail, entre Gigondas et Vaqueyras, et troisième administrateur : Jacques Deplace qui est entré dans l’association T&C il y a quelques mois et qui sera aux commandes de la soirée pour valoriser cette approche terroir. Avec ce que vous faites ici je peux vous assurer que c’est un exemple et un modèle de ce que nous essayons de promouvoir en indiquant que les terroirs peuvent être un outil pour le développement des territoires ruraux. C’est là un concept qui permet à la fois de faire de la valorisation économique, de défendre les cultures alimentaires et de défendre les territoires ruraux qui sont souvent handicapés, la possibilité de faire du développement et tous les jours.

Je puis vous assurer que dans les nombreux contacts que nous avons, dans les réseaux que nous créons, nous nous attachons à valoriser le travail difficile au travers

des Entretiens du Terroir en Valloire et à montrer notre dynamique pour redonner aussi l’espoir à des gens qui sont en difficulté, qui sont en recherche de perspective et qui recherchent … Partir sur des approches « terroir », par ce biais là je veux aussi saluer le fait que l’on a eu beaucoup de plaisir à recevoir les gens de la Valloire qui étaient présents au troisième Forum Planète Terroir à Chefchaouen au Maroc fin mai 2010 (*). Les gens de la Valloire sont venus présenter leur expérience et témoigner sur ce qu’il était possible de faire quand on décidait de repartir sur des expériences pour des approches terroir. Bien sur je ne peux finir ce propos sans remercier tous les gens qui nous accompagnent ici notamment l’ensemble des financeurs et Pierre Bocquet l’a dit, tous les administrateurs de la MFR qui sont nos contacts réguliers pour organiser cette opération et puis Jacques Deplace qui est la cheville ouvrière de cette organisation qui est comme chacun le sait demande dévouement et implication pour réussir cette manifestation. Je pense que l’on va rediscuter de tout cela et voir comment le paysage est un élément majeur de la construction de ces terroirs. Bonne soirée et travaillons bien tous ensemble…

Paysages, expressions de terroirs ?

Jacques Deplace (MFR Anneyron) Merci Eric. Vous avez un programme sur vos tables pour ce deuxième temps des entretiens et on vous a mis, car on pensait que cela serait utile, une petite feuille si vous voulez prendre des notes. Rassurez vous, nous ne sommes pas dans une situation de classe. Mais si cette feuille doit vous servir à faire des petits dessins n’hésitez pas. Nous vanniers, nous forgerons, faisons entrer le végétal dans notre quotidien…. Il se trouve qu’il se vend à la « Bibliothèque d’Epinouze », un livre, sous le titre de «Epinouze au fil du temps». Cette bibliothèque, vous l’avez repéré, est identifiable par un petit logo qui est une souris qui préfère les romans au gruyère (*). Un autre partenaire : « Valloire loisirs » avec son logo qui symbolise une dynamique ascendante (*) et qui retrouve, évidement les partenaires habituels des Entretiens du Terroir que sont les «Arbos de Moras et de la Valloire(*)» et «Moras en valeur(*)» qui travaillent ensemble pour animer un projet de Site Remarquable du Goût autour de la poire de la Valloire. Et donc dans la ligne des vanniers, du végétal et de la sensibilité, je convoque à ce micro, Gérard Mangion, René Langlais pour leurs lectures sur l’histoire d’Epinouze.

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Roger Mangion, René Langlais (amateurs d’histoire Epinouze)

Sur fond de patrimoine…

l’eau et la pêche

Nous allons évoquer notre territoire en vous lisant quelques paragraphes du livre de l’histoire d’Epinouze intitulé « au fil du temps », extrait portant sur des activités agricoles. L’agriculture de notre commune a beaucoup évolué au cours du XXème siècle, à l’instar de nombreuses régions française, jusqu’en 1860, les exploitations agricoles ont un caractère autarcique, elles vivent presque en circuit fermé grâce au système de polyculture et d’élevage, les produits de la ferme couvrent la plupart des

Epinouze, village vieux

besoins de la ferme, chaque foyer familial a son jardin potager, les champs produisent les céréales : seigle, avoine, pommes de terre, betteraves et l’on voit quelques rangs de vignes. Dans l’étable, une ou deux vaches fournissent le lait, quelques chèvres pour le fromage et dans la basse-cour, les poules. Et puis, biens précieux : 2 cochons : l’un pour la transformation de viande et l’autre pour être vendu afin de se procurer un petit pécule qui servira l’hiver à l’achat de denrées et aussi pour payer les porcelets de l’année suivante. Dans chaque ferme le tas de fumier, perchoir privilégié du coq permet d’entretenir la fertilité des sols : points d’engrais chimiques évidemment.

Nous y découvrons le colza, le chanvre pour la confection de cordes, le sainfoin et la luzerne servent à la nourriture du bétail. Celui-ci paît dans les prairies environnantes ou chacun dispose d’un pré. C’est là que l’on trouve aussi les mûriers pour l’élevage des vers à soie. Il faut ici préciser que cet élevage n’était qu’un à-côté financier. Les cocons n’étaient pas traités sur place mais expédiés pour la plupart vers de grandes magnaneries et des ateliers de la ré-

C’est cette polyculture qui évite à notre région de trop souffrir des restrictions de la guerre. La vallée avec son réseau d’irrigation est plus favorable que le peuple. Elle est donc réservée au cultures de grande surfaces…

Paysages, expressions de terroirs ?

Labours : bœufs chevaux humains dans un effort commun

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gion lyonnaise. Importée en France vers 1865 avec des plants américains, le phylloxera, ce minuscule puceron s’attaque impitoyablement à la vigne qui progressivement disparaît. Il faut alors songer à se tourner vers d’autres cultures autrement dit le pêcher, cet arbre à qui le travail et la science de l’homme donnent les formes les plus diverses et lui font produire des fruits qui s’échelonnent de fin mai à octobre.

tion des paysages… et de la vie des habitants. La gare d’Epinouze : un facteur important de l’évolu au fil du temps» Extrait du livre «Spinosa in valle aurea», «Epinouze

Paysages, expressions de terroirs ?

Originaire de l’Asie et probablement de la Perse, ce que tendrait à prouver le vieux patois dauphinois qui lui a conservé ce nom d’origine (en patois d’Epinouze une pêche se dit : ina Perce). Rapporté en France au temps des croisades, il est connu chez nous depuis des temps anciens, trouvant dans notre sol sa terre d’élection. Il s’est parfaitement acclimatisé, poussant à l’aventure dans les vignes et les haies et produisant des fruits tardifs. A notre connaissance il y a 120, 150 ans, 3 variétés se cultivaient dans la région : «la Madeleine», «la Mignonne» et «l’Alberge», cette dernière dont la chair adhère au noyau avait la propriété de se conserver assez longtemps, étendue sur un lit de paille de seigle. Le commerce de la pêche prend vraiment de l’extension avec les variétés «Amsdem» et «la Précoce de Hale», toutes deux apportées d’Amérique par un certain Nardy habitant Hyères. La rumeur va vite se répandre et vers 1895, Joseph Antoine Gentil dit «Tonin», cultivateur, a l’idée de planter

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l’Arnaud 3, la Martin Rosset, l’Entre de chanas, la Demeure (à partir d’un noyau sauvage) la Rouge Jullien, etc…

des pêchers sur ses terres du plateau. Il avait repéré ces arbres fruitiers dans la vallée de l’Eyrieux en Ardèche. Il venait sans trop le savoir de donner le départ d’une culture fruitière qui ferait la prospérité d’Epinouze pour un siècle. Après la guerre de 14-18, l’agriculture amorce une véritable révolution avec l’arrivée dès 1920 des premiers tracteurs. Pour produire de beaux fruits, il faut aérer la terre et donc pour cela la labourer très profondément et ces nouveaux engins le permettent. C’est à partir de cette année 1920 que la culture de la pêche explose avec l’émergence de différentes variétés, notamment la Mayflower, l’Amsden,

Comme vous pouvez le remarquer quelques unes de ces variétés portent le nom des arboriculteurs d’Epinouze qui en sont à l’origine(1). En effet ils avaient remarqué dans leurs vergers une mutation intéressante qu’ils ont multiplié par greffage successifs, ils sont ainsi devenus les créateurs des différentes variétés.

Le plateau évolue au cours des siècles pour devenir une énorme corbeille de fruits, d’autant que partout fleurissent les champs de fraisiers. Cette expansion est favorisée par l’installation de la gare d’Epinouze…. Après 1945, la mécanisation s’accélère et les tracteurs sont de plus en plus présents. Par la suite les surfaces deviennent trop petites et les revenus aussi. Les petits agriculteurs n’y arrivent plus et vont travailler à l’usine «Le Carbone Lorraine», tout en continuant de travailler les terres pendant leur temps libre. Tout comme ce fût le cas pour le vers à soie, le tabac va servir Nous avions rencontré Robert Arnaud évoquant son père Prudent lors des Entretiens du Terroir 2009 à Anneyron (voir brochure précédente).

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Pêchers Achard Avec messieurs Martin Rosset et Seive

Paysages, expressions de terroirs ?

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de culture d’appoint. Chacun cultive entre 30 et 60 ares mais en 1960, le verger se renouvelle avec l’arrivée des pêches jaunes américaines. Peu à peu, ces nouveaux fruits comme les Dixired, Redhaven et autres supplantent nos délicieuses variétés anciennes. Celles-ci étaient trop fragiles, parait-il, pour les circuits commerciaux et c’est bien dommage car petit à petit nos pêchers ont développé une maladie au nom barbare de sharka. A partir de 1965 apparait en plein milieu de Valloire les plantations de pommiers dont la récolte se fait en automne contrairement à la pêche qui se fait en plein été. Les autres champs sont transformés en maïs, sorgho, colza car

les agriculteurs disposent désormais d’organisation agricole d’arrosage collectif : les CUMA. Mais si la pêche si réputée est en danger, il y a un fruit qui résiste pour le moment à toute maladie : le kiwi.

C’est en 1970 qu’apparaît ce fruit appelée à l’époque vulgairement «la souris végétale» sans doute à cause de leur peau couverte d’un duvet brun rouge. De son vrai nom l’actinidia de Chine, les Chinois l’appellent Yang Tao. Ce sont les Britanniques

Maîtriser l’eau, ménager l’espace

Paysages, expressions de terroirs ?

qui lui trouvent le nom de kiwi peut être parce qu’il ressemble à cet animal de Nouvelle Zélande dont il est originaire. Marcel Gabet, pépiniériste est intéressé par cette nouveauté et décide de tenter l’aventure. Il fait venir de l’autre bout du monde environ 150 plants. Ce sont certainement les premiers kiwis de la région Rhône Alpes. C’est à partir de ces plants, par bouturage que se développe la culture de ce succulent fruit plein de vitamines. Devant le succès grandissant M. et Mme Damet se rendent en Nouvelle Zélande pour se perfectionner dans cette culture difficile. D’autres producteurs d’Epinouze suivront la même initiative pour cette culture qui se porte très bien. N’oublions pas que l’agriculture parce qu’elle répond aux besoins des citoyens et à l’entretien des espaces représente un enjeu majeur pour nos territoires, il faut que chacun comprenne que l’agriculture n’est pas une occupation par défaut mais elle représente une source d’emplois non délocalisables ceux ci et elle participe à la structuration de l’espace. Confrontés à la migration continue des populations citadine, à l’extension des processus d’urbanisation et à la dynamique économique. Nous n’échapperons pas

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aux difficultés d’une gestion équilibrée des territoires et se pose donc la question du devenir des espaces, des paysages, de la qualité du cadre de vie et de l’environnement. Notre territoire est encore majoritairement agricole, soyons vigilant à la baisse des surfaces agricoles utilisables pour les hommes. Sur un laps de temps très court depuis 1999 à 2004, près de 270 ha ont été construits en Bièvre Valloire. cela représente la disparition d’une exploitation chaque année au profit de l’habitat et des zones d’activité. Restons vigilants si nous ne voulons pas perdre nos spécificités de village où il fait encore et toujours bon vivre, où nous pouvons nous régaler des produits sains et généreux de nos terres, où tous les habitants vivent à l’unisson dans un environnement de plus en plus rare…

Vivre à l’unisson avec ses semblables et dans cette nature dans laquelle nous sommes, que nous participons à produire … Et les randonneurs découvrent au hasard de leurs chemins qu’ils connaissent bien et qu’ils continuent pourtant encore à découvrir. Maryse de Bellegarde a fait une halte dans nos Entretiens et va nous livrer un petit conte de randonneur. Ce randonneur qui se promène… et ressent beaucoup de choses …

Paysages, expressions de terroirs ?

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Par un bel après midi de Septembre, une quarantaine de randonneurs se réunissent place de la mairie à Epinouze pour une ballade dans les vergers. C’est René qui a organisé la randonnée. Nous ferons une boucle Epinouze-Bougé-Epinouze : environ 11 Km. Nous empruntons le chemin des soupirs, la montée de l’Eglise, le chemin du cimetière puis le chemin du pierrier qui est aménagé avec les galets fluvio- glaciaires que les paysans ont enlevé des terres pour les rendre plus cultivables. Nous évoluons entre champs de maïs de couleur beige et les tournesols qui ont perdu de leur superbe et sont en attente d’être récoltés. Les prunelles et les poires Martin gar-

nissent les prés, ainsi que les rejets de vigne qui ont résisté au temps, forment des lianes. Quelques cerisiers bordent le chemin, puis un noyer. Léon, arboriculteur averti nous pose la question : les brous sont noires savez vous pourquoi ? C’est la mouche du brou qui provoque cela. Plus un petit bois avec quelques champignons. C’est Colette, la mycologue du groupe nous dit que ce sont des «lépiote élevée» ou «coulemelle». Plus loin on voit une culture de kiwi, un mur écroulé, vestige d’une cabane bâtie en galets roulés comme ceux du chemin, nous rencontrons quelques maisons isolées bien dénudées et fleuries dans le quartier des Sauvagères et des Bruyères. Nous traversons le gué du Dolon et nous arrivons au jardin des sources à Bougé : un havre de paix un peu zen, bien fleuri et arboré avec des essences peu connues telles que le cyprès chauve. Nous franchissons la Bège bordée de peupliers, emblème de la Valloire et des zones humides. Puis un grand verger de pommiers de toutes variétés : une véritable palette de peintre beige, gris, jaune, rouge, grenat et orangé, éclairé par les rayons rasants du soleil de septembre.

ver pour fouler les chemins de la Bièvre, la Valloire, la Galaure, la Drôme des collines, l’Ardèche et l’Isère. Les paysages sont chaque fois différents. Les «randos» se terminent toujours dans la joie et la gaieté et nous dégustons des pâtisseries aux pommes et aux poires arrosées de jus de fruits de producteurs locaux. Ce jour c’est Emilie et Bernadette qui étaient aux fourneaux. Nous nous séparons en se donnant rendez vous à la semaine prochaine pour d’autres pèlerinages.

Puis des plantations de fraisiers … il y a même des fleurs et quelques fruits. Quelle belle région diversifiée ! Une polyculture bordée de petites haies et de bois, ce n’est pas la monotonie des grands espaces sans âme et sans poésie. Les marcheurs sont aussi d’origines, de cultures et de milieux différents et forment un groupe heureux de se retrou-

Paysages, expressions de terroirs ?

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Paysages, Terroirs… Les mots pour les dire DAME NATURE Un papillon vole, un oiseau chante Le soleil tape mais le vent est là La nature revit, elle est contente Il ne fait ni trop chaud, ni trop froid Les jeunes fruits avalent chaque goutte de soleil Pour offrir à leurs prédateurs le meilleur d’eux même Tous ces bons fruits sont des merveilles En tout cas moi je les adore, je les aime La nature a tant à nous offrir Aujourd’hui on ne voit plus tout ça, tout doit aller vite Laissons la, seule, grandir et s’épanouir Soyons patient attendons qu’elle nous invite Arrêtez de tout presser, stoppez vous un peu Vous voulez cerises et pêches au mois de novembre Vous voulez aussi du soleil quand il pleut Et de la neige le 25 décembre Mais la nature ne se contrôle pas Elle vit à son rythme, chaque chose en son temps Malgré tous vos efforts, vous ne pourrez aller contre ça Et vous vivrez mieux en l’acceptant C’est pourquoi aujourd’hui je vous conseille D’arrêter de courir et de faire une pause Regardez la nature et toutes ses merveilles La faune et la flore que gentiment elle vous propose Jean-Claude Staville

DÔME NATURE In papillon vôle, in ziza chinte Lou soula tope, mais la bise é itié La nature revit, y l’é continte A fa ni treu cheu, ni treu fré Lu jouénes fruit bèyant choque goute de soulâ Peu bayé à queu que lu mige lou meyou Tu que lu bon fruit, ayé de merveille Dian tu lu cas, mi je lu z’omes, et je me régole La nature a tan à nou bayé Aujourda n’on vé plu iqueu, à feu allo vite Laissan la, touta soule grandi et se dévelopo Prenan patience, attindan qui nous invite Arresta don de tou presso, arresta vou in brison Vou veule de sarise et de percieu au mé de novembre Vou veule eussé de soula quant’à plo Et in pétra de nâ pe Noël Mais la nateure, a se contreule po Y vi à son rythme, choque cheuse en son timps Vou peuya fore tou c’que vou voudro, vou pouro po allo contre iqueu Et vou saré bien plu hérou en l’admettant E priqueu qu’aujourda, je vous conseille D’arreusta de coure, de fore ina pitita peuse Avisa la nateure et toutes seu merveille Toute que leu bétieu et toutes que leu plante que bravamin y vou propose

Paysages, expressions de terroirs ?

Paul Parade

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cupation des sols : par des POS (plans d’occupation des sols), un document plat, qu’on mettait sur une table, on prenait en compte alors ce qui existait. On savait bien qu’avant, les gens tenaient compte des éléments naturels. Aujourd’hui, avec les accidents on voit des maisons en zones inondables, il y avait cette sagesse. Nous revenons à cette logique ancienne et nous produisons des documents d’urbanisme en essayant de ne pas ajouter les zones constructibles.

Freddy Martin Rosset (maire Epinouze)

Cet espace est travaillé par les politiques locales, la politique n’est-ce pas le ménagement du bien commun : entre vie quotidienne, projets, gestion de l’espace ? Les documents d’urbanisme ont évidemment une importance capitale pour les paysages, celui d’Epinouze par exemple. Freddy Martin Rosset qui en est le maire va nous en dévoiler quelques aspects.

La politique, du grec «polis», l’organisation de la cité. J’ai déjà évoqué le paysage depuis l’église tout à l’heure, la première terrasse … pour vous évoquer rapidement ce qu’est aujourd’hui, l’organisation de l’espace il faut revenir au passé. Les gens s’installaient où cela était possible, en essayant de se mettre à l’abri du vent comme des inondations il est arrivé un moment où on a généralisé les équipements pour vivre : l’eau par exemple, le politique est alors intervenu pour organiser. Le permis de construire dans les années 50, des logiques d’oc-

Paysages, expressions de terroirs ?

D’autre part, comme le prix du terrain est un facteur important, il joue sur la destination des sols… les meilleures terres sont l’objet de concurrence entre les habitants, il y a des conflits d’usage. Au niveau de l’agriculture, les sols les plus riches sont grignotés par l’urbanisation, ce qui limite les capacités de production de notre nourriture quotidienne. Il existe donc des documents prévus par la loi à l’échelle de la commune (Carte communale ou Plan Local d’Urbanisme, PLU), sur des échelles plus vastes comme le Schéma de Cohérence Territoriale (SCOT). Ce sont des éléments de contrainte mais aussi d’organisation pour vivre ensemble. Nous pouvons traduire cela par des étapes intermédiaires, par ex avec un programme «Habitat» sur la Communauté de communes Rhône Valloire, on essaie de limiter une croissance trop rapide. On voit la pression de zones urbaines

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proches que nous devons réguler. Les SCOT cherchent à prendre en compte des orientations pertinentes : par ex il faut allier l’habitat et l’emploi, tenir compte de la nature avec des paysages à protéger. Nous devons travailler en amont sur le diagnostic : qu’est le territoire ? Et sur notre projet : que voulons-nous ? Nous devons éviter l’uniformisation pour organiser les sols dans l’avenir …

Nos sols, il nous faut bien en gérer la concurrence comme la concourance, en trouver la clé. La clé des sols ? Nos musiciens nous en feront quelques gammes tout à l’heure. Pour l’instant, explorons avec Joël Rochard et Jean-Paul Anres les possibilités de gérer nos paysages alliant l’esthétique à l’utilité. Joël Rochard (Institut français de la vigne et du vin) Je travaille à l’Institut français de la vigne et du vin sur le projet «paysage». Mon expérience est viticole mais je suis issu d’un milieu agricole, mon père est agriculteur en Champagne. Je vais vous présenter un aspect particulier de nos paysages avec la viticulture et un pôle national que j’anime. Il y a plu-

Paysages, expressions de terroirs ?

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sieurs volets dont un volet récent avec le changement climatique. Je suis aussi actif dans l’Organisation internationale de la vigne et du vin qui m’amène à découvrir des paysages viticoles dans le monde entier. Il nous faut formaliser un peu ce qu’est le terroir et le paysage que ce soit pour des paysages viticoles latins ou ceux du «nouveau monde». Nous avons proposé une définition :

« Le terroir viti-vinicole est un concept qui se réfère à un espace sur lequel s’expriment des savoir-faire collectifs, des interactions entre un milieu physique et biologique identifiables, et les pratiques viti-vinicoles qui confèrent une spécificité aux produits originaires de cet espace. Le terroir inclut Paysages, expressions de terroirs ?

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des caractéristiques du sol, du climat mais aussi de paysages avec la notion de biodiversité associée ». Je tenais beaucoup à intégrer, les valeurs patrimoniales du terroir. Nous avons une grande variété de terroirs vinicoles mais avec une multifonctionnalité de la viticulture qui dépasse les viticulteurs eux-mêmes. Ce sont des vecteurs de communication identitaire, qui enrichissent le potentiel des régions viticoles. En Europe : on a une richesse patrimoniale très forte, on voit des paysages d’une grande diversité … des vignes qui doivent s’adapter à la sécheresse, aux vents, à la pente … avec des modes de conduite de la vigne (une centaine!). Tout cela contribue à la diversité des vins et des paysages Bourgogne, Champagne, Val de Loire ou vignes méridionales … Nous nous intéressons à la gestion durable des terroirs qui prenne en compte les aspects environnementaux mais aussi patrimoniaux, ce qui n’était pas évident. Pour cela nous avons bâti un réseau interdisciplinaire et produit quelques plaquettes permettant de formaliser un projet lié au paysage. On peut aussi, pour valoriser et protéger des paysages, réfléchir à une labellisation : le patrimoine mondial de l’Unesco, créé en 1972, qui prend en

compte les richesses naturelles, culturelles que nous appelons maintenant «immatérielles». Il y a des facteurs naturels que les vignerons ont su utiliser pour en tirer parti par leurs expériences et leurs savoir-faire. Il y a 4 sites classés au titre de «Paysages culturels» : St Emilion (Bordelais), Porto (Portugal), Tokay Hongrie, zone en Suisse qui domine le lac Léman. D’autres sites classés où la vigne joue un rôle majeur : Varau (Autriche), Val de Loire, Haut Rhin (Allemagne) avec la Lorelei. Ces régions se sont regroupées dans un réseau. Nos paysages présentent à la fois un intérêt et des risques : urbanisation,

Paysages, expressions de terroirs ?

aménagements comme par ex la signalétique publicitaire, mitage … D’où la réflexion pour une charte et une labellisation de paysages exceptionnels. À l’issue d’un colloque international organisé en 2003 à l’Abbaye de Fontevraud, suite au classement de la région par l’Unesco, nous avons mis en place une charte, nommée depuis «Charte de Fontevraud» qui porte sur : • Une étude et une action pour la qualité d’un paysage, • La mise en réseau des sites engagés dans une démarche de valorisation. Il y a un lien ici avec Terroirs et Cultures, • Mise en place d’une démarche de labellisation.

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2 exemples : Chateau Chalon (Jura) petit vignoble, un vin prestigieux, vignobles en terrasses, restructurés à l’aide de structures d’insertion, une communication sur l’histoire et la spécificité du «vin jaune», une forte concertation entre la commune et les viticulteurs, ce qui est souvent une difficulté, communes environnantes … Costières de Nîmes : initiatives des viticutleurs, une pression urbaine forte, mise en œuvre de la biodiversité, une concertation ici aussi avec les politiques locales … Ce sont des enjeux qui paraissent locaux mais qui concernent, dans leurs spécificités, tous les territoires du monde et pour les générations futures.

Vignes, vergers : des paysages labellisés ?

Nous avons créé un site Internet, quelques plaquettes, des éléments d’évaluation. En effet, la labellisation oblige à l’évaluation. Nous avons constitué un groupe de réflexion qui réunit : viticulteurs, élus, organismes techniques et de formations, experts de toutes disciplines qui n’ont pas l’habitude de travailler ensemble : géologie, histoire, sociologie, géographie … pour un diagnostic partagé, ce qui peut provoquer quelques débats. D’ailleurs nous avons produit une plaquette sur la médiation. Il s’agit de dégager : caractéristiques, atouts, enjeux à moyen

et long termes, perspectives … en intégrant les contraintes économiques. Il y a une démarche patrimoniale volontariste avec une «gouvernance» pour gérer le rapport paysage-produit, la sensibilisation, la formation … Notons que le paysage peut être l’occasion et le support d’une réflexion sur l’environnement. L’une des difficultés de projets paysagers réside dans la permanence de l’animation pour un travail nécessaire de longue haleine.

Paysages, expressions de terroirs ?

En paraphrasant Antoine de Saint-Exupéry je dirai en conclusion : «nous empruntons nos terroirs et nos paysages à nos enfants et aux générations futures, prenons-en le plus grand soin !»

Des vignes du Tokay en Hongrie à celles qui ornent les Dentelles de Montmirail, une familiarité dans la différence, une même exigence de paysages. J’invite Jean-Paul Anres, maire de Lafarre au pied de ces Dentelles à nous les présenter.

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dans le paysage, avec très peu de forêts. On le voit bien sur les photos du siècle dernier. Aujourd’hui il y a 2/3 du territoire en forêts.

L’attrait économique des vignes a modifié notre perception de l’environnement notamment un forêt de protection et une prise conscience au Syndicat des vignerons.

Ce qui a fait réagir c’est la mécanisation qui a introduit des changements considérables : entre des banquettes travaillées à la main sympathiques et agréables à l’œil ou celles travaillées à la pelle mécanique ou au bulldozer, il y a une grande Comment nous sommes arrivés à cette différence, ça n’a pas la même allure. démarche de Charte (de Fontevraud).

On nous parlait de nous imposer un secteur Natura 2000, aux normes européennes, ou de nous intégrer dans le Parc régional du Mont Ventoux. On ne connaissait trop les règles du jeu, a préféré se tourner vers la «Charte de Fontevraud» qui paraissait plus correspondre à nos attentes et tout au moins que ce soit des gens du terrain qui proposent quelque chose et imposent des règles acceptables par tous. Il faut concilier l’économie et l’environnement. La Charte de fontevraud, on s’est regroupés autour du

Jean-Paul Anres (maire de Lafarre en Vaucluse, pdt du Syndicat des Vignerons)

Les Dentelles sont des parois rocheuses non travaillables, mais ce qui est autour a une forte connotation agricole, très recherché aujourd’hui notamment pour la vigne. Pour comprendre notre démarche, il nous faut revenir un peu sur l’histoire. Avant, c’était des cultures en terrasses, des restanques, des bancas comme on dit chez nous, des banquettes … c’était travaillé presque partout, et à la main bien sûr avec des rangées d’oliviers, d’abricotiers, sur les murets … il y a avait des villages qui se fondaient

Paysages, expressions de terroirs ?

Les Dentelles de Montmirail

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Beaumes de Venise avec l’appui de la sous-préfète, avec Gigondas, Vacqueyras, Lafarre … Il fallait des échanges entre tous les acteurs, ce qui fait qu’on a impliqué les mairies, les syndicats de vignerons évidemment, les offices de tourisme, divers acteurs locaux. La première étape : le diagnostic paysager confié à un cabinet d’experts de Villeneuve qui sont venus anlayser le terrain, quand on a quelqu’un de l’extérieur, ça vous ouvre les yeux sur ce que vous voyez pourtant tous les jours. Ce qui nous a aidé aussi, c’est Eric Barraud et Dominique Chardon avec Terroirs et Cultures, qui nous ont proposé l’organisation du Forum Planète Terroirs, avec 16 délégations de pays de tous les continents. Cela nous a permis de fédérer ici toutes les com-

Forum Planète Terroirs (juin 2008) aux Dentelles

munes du secteur. On a reçu aussi le ministre de l’Agriculture qui a découvert ces magnifiques paysages. Donc le diagnostic paysager : un vignoble de piémont et de pentes … cela nous a donné quelques pistes de rénovation des talus. Nous avons bâti des fiches-actions qui sont des guides pour l’action ; on a ainsi réalisé l’installation de plantes sentinelles, avec des fleurs qui nous avertissent comme les roses pour l’oïdium par ex. En Provence, on a une augmentation prévisible de population de 30 % sur les 15 prochaines années. Mais l’urbanisation le long des routes me cache le maraîchage, les cultures ; quand je me balade en vélo je m’en aperçois bien. On n’est pas le dernier village

de Montmirail

Paysages, expressions de terroirs ?

gaulois mais il faut mettre quelques freins, protéger notre secteur tout en développant l’économie et permettre l’installation des jeunes. La Charte, ça se fait pas tout seul : il y a toujours des concertations, des difficultés. Quand je suis allé à Chefchaouen, au Forum Planète terroirs en juin 2010*, j’ai vu à l’aéroport, une flamme, le mouvement c’est comme une flamme : en haut de la flamme, ceux qui tirent, au milieu les gens qui suivent sans bruit, le bas de la flamme, ceux qui freinent, qui résistent à tout. Alors, entretenons la flamme et bientôt on signera cette Charte et on fera la fête.

Les roses ne servent plus à dévoiler le champignon dans les vignes mais elles nous parlent encore… quand la seule langue est celle du commerce, comment peut-on rendre compte de nos diversités, de notre diversité de spécificités qui font le charme de nos terroirs et de leur rencontre… expriment en mots, en poèmes, en français, en patois… ce que nous dit le paysage… pour peu que nous l’interrogions. La langue de nos travaux, de notre quotidien paysan, se disait en patois… pouvons-nous encore en

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rendre la richesse dans le français d’aujourd’hui ? Pouvons-nous en conter la profondeur dans nos souvenirs d’enfance ? Nous avons convoqué aujourd’hui un trio sensible, un trio d’experts en mots sensibles … Bienvenue à Paul Parade, Jean Claude Staville, Aymée Tardy. Aymée Tardy, conteuse, «La soupe de Mémé Valentine»

Je suis née à Landrin, au pied du coteau où il y avait plein de choses épatantes : des pelorces où on se pi-

quait, délicieusement, les doigts ; des pommes sauvages. Quand on est la sixième d’une famille de sept enfants, on entend des choses. Comme mon père était agriculteur, pas propriétaire, il a dû quitter la terre. Un jour il est arrivé à la maison en disant, j’ai deux nouvelles : une bonne, j’ai trouvé du travail, mais aussi une mauvaise, c’est que ce travail doit se faire à la ville. Nous les enfants, on aimait pas la ville. Il y a des odeurs, des lumières … et beaucoup de bruit. Mais comme c’était le travail de papa, on est partis, tous. Effectivement la vie s’est améliorée, il a gagné un peu d’argent, on a mangé de la viande tous les jours, il a même acheté une voiture..Ces voitures là quand on les voyait passer, on voyait la tête du chauffeur, le chapeau du chauffeur et c’était tout ce qu’on voyait . Le samedi matin, c’était le jour où on prenait la voiture et on allait à la Chataigneraie voir Mémé Valentine. La

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Chataigneraie, c’était de l’autre côté, sur le coteau de St Sorlin et quand on arrivait là, ça sentait …chez Mémée Valentine, quoi, mais ça sentait aussi le foin. Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais chez les gens il y a souvent une odeur, une odeur qui traduit qui ils sont. Chez Mémé Valentine, ça sentait la soupe et ça sentait bon. Quand on arrivait, la première chose qu’elle faisait, elle nous faisait asseoir, elle prenait un bol dans son placard, le posait sur la table, elle nous versait la soupe, ça sentait bon dans la maison … et comme ça, de samedi en samedi … jusqu’au jour où mon père Paul a dit à ma mère, qui s’appelait Louise : «dis, la Louise, tu nous ferais pas une soupe comme la mémée Valentine ?» «Mais tu sais bien, Paul, moi, il me faut les recettes», alors le samedi suivant, on a demandé la recette… «T’affole pas, c’est pas difficile, tu prends l’eau, des légumes … les poireaux …»

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et quand on a goûté la soupe, à votre avis, ça goûtait pareil ou ça goûtait pas pareil ? ça goutait pas pareil !!! et c’est ma mère qui la première a eu l’idée : «mais ta mère, quand elle fait la soupe, elle la fait avec les légumes de Chataigneraie !»… les fruits et les légumes quand on y croque dedans, ça craque, c’est bon, Alors le samedi suivant quand on est rentré on avait les légumes de la Chataigneraie … et quand on a goûté la soupe, à votre avis, ça goûtait pareil ou ça goûtait pas pareil ? c’est ma mère qui la première a eu l’idée «mais, Louise ta mère quand elle fait la soupe, elle prend l’eau de la chataigneraie, juste à côté de la maison, qui a pas le goût de javel, il y a des insectes des fois « et le samedi suivant on a ramené de chez Valentine : ………des légumes, de l’eau … et ma mère a fait la soupe et quand on a goûté la soupe, à votre avis, ça goûtait pareil ou ça goû-

tait pas pareil ? et c’est ma mère la 1ère qui a eu l’idée : «mais ta mère elle fait la soupe sur le poêle à bois !» …quand on fait quelque chose sur un pôle à bois dans une maison, on se met autour du poêle et on raconte des histoires. Essayez donc autour d’une gazinière, ça fait pas le même effet … Mon père ça lui a pris 3 jours. Puis, il m’a appelé et on est allé chercher le poêle à bois à la cave .Il a fallu le nettoyer la cheminée, comme je n’étais pas bien grande, c’est moi qui m’y suis collée … on est même monté au grenier chercher la marmite à cul rond …er le samedi suivant on a ramené de la Chataigneraie : les légumes, le bois, l’eau le bois … et quand on a goûté la soupe, à votre avis, ça goûtait pareil ou ça goûtait pas pareil ? !!! …ben si, ça goutait pareil !!!! jusqu’à la troisième cuillère «Mais Paul, si tu veux la soupe de la Mémée Valentine, t’as qu’à aller chercher ta mère !»

… elle avait une robe noire avec des petites fleurs bleu … elle avait plein de rides autour des yeux, et dans ses yeux, il y avait du bonheur et aussi des grands malheurs, mais elle en parlait jamais. Alors elle est arrivée en ville avec nous, mais il s’est passé quelque chose. Quand ma grand’mère est entrée dans la maison par une porte, ma mère est sortie par l’autre. Elle s’est mise à faire la soupe … les enfants, on était dehors, sous la fenêtre et pour la première fois de ma vie, j’ai vu passer par la fenêtre l’odeur de la soupe. Quand la soupe a été cuite, on a sorti les bols, de gros bols avec facettes tout autour et des petites fleurs. Pour manger la soupe de la mémé, vous prenez votre bol, vous prenez une grosse cuillère, vous allez chercher au fond un morceau de pomme de terre que vous portez à la bouche et que vous faites fondre, ça sentait bon !, la Louise l’a servie et… … et quand on a goûté la soupe, à votre avis, ça goûtait pareil ou ça goûtait pas pareil ? !!!

Alors on est allé chercher la mémé, on a ramené les légumes, l’eau, le bois et … la mémé Valentine La Mémé Valentine, c’était une petite femme avec des cheveux très blancs, on les avait long à l’époque, mais la mémé Valentine en avait pas beaucoup, elle les mettait en chignon, au-dessus de la tête, comme une petite crotte

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Ça goûtait pas pareil ! Et c’est ma grand’mère, la Valentine qui a eu l’idée : «Mais enfin Paul, une soupe comme la mienne ça ne peut se manger qu’à la Chataigneraie !» Depuis ce jour-là, on a arrêté de demander à ma mère les choses des autres, tout est allé mieux dans la maison … et je vous dit bon appétit !

Mémée Valentine paraît ne pas avoir bougé pendant sa vie, ou si peu … et pourtant l’odeur de sa soupe s’est diffusée dans le monde … le monde dont nous allons explorer quelques paysages viticoles avec Joël Rochard sur fond musical de Jean Sébastien Bach et apports musicaux de tous les continents … puis nous reviendrons ici, local du global pour une démonstration de recettes par Jean Jacques Galliffet … mises en verrines pour le buffet que vous dégusterez après.

Paul Parade

Les dessins et textes associés sont produits par les élèves (maternelle, CE, CM) de l’école d’Epinouze 2007 (extraits du livre «Epinouze au fil du temps»)

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CLÉS DU GOÛT, CLÉ DE SOL

Jean-Jacques Galliffet (Auberge de la Valloire) Ce soir nous allons parler de mariages de fruits et légumes, poires et artichauts, choux et pommes, figues et anchois. Voici la recette de «chutney de poires aux artichauts» que je vais réaliser devant vous !

Après sa conduite de dégustation de poires du matin (voir pages 42-48), Jacques Puisais, dont la passion est infatigable, initiait les participants des Entretiens du Terroir aux subtilités du goût. Jacques Puisais (Président de l’Institut du Goût)

Nous installons les tables pour déguster.

Le goût : un capital commun, une éducation permanente en rapport au monde et aux autres. Nous naissons tous avec un capital perceptif, et avons goûté le lait de notre mère mais l’environnement n’est pas

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le même pour tous. Au départ nous avons été faits pour être un, et nous resterons un. En matière de sensorialité, il n’y a pas deux goûteurs qui ont la même perception sur cette terre. Cela permet d’essayer de comprendre les autres par le goût Le goût, c’est entrer en communication avec les éléments de la vie et de l’environnement, mais surtout avec les autres. C’est le premier clin d’œil que je voulais vous faire. Second clin d’œil : on est sur une planète qui tourne, on entend dire la terre tourne autour du soleil, nous tournons, l’homme tourne autour du soleil, vous êtes assis en ce moment mais vous tournez … et c’est bien ! (*)… et sur cette surface ronde qui est la terre, il n’y a pas 2 mm2 identiques et c’est toute la dimension du milieu, des terroirs. C’est cette dimension dans laquelle nous évoluons avec nos 5 sens, et nous essayons d’être en communication avec ces éléments de la vie, et trois fois par jour c’est par cela et pour nous permettre d’exister. Il y a des acteurs : il y a des poires, des carottes, des navets, des carrés de rumsteack … ils sont acteurs, ils viennent vous parler vous raconter des histoires, ils vous racontent toute leur vie : je suis poireau mais comme je suis coulant je suis du sable, comme je suis astringent, je suis d’un milieu argilocalcaire … à condition que vous soyez

branchés, que vous en perceviez le discours. Sinon le poireau va disparaître pour rien, et l’homme qui l’aura fait pousser, vous ne le connaîtrez même pas.

dération pour ces mets et ces boissons qui viennent à nous et nous permettent d’exister.

Ces acteurs viennent vers nous pour nous alimenter. Tout cela se place dans un lieu unique : notre palais. Notez qu’on n’a pas appelé ça un cabanon mais un palais. C’est là que ça se passe : avec la mandication, la salivation, c’est cette terre que vous allez détruire.

Enfin, pour placer le décor : si le produit émetteur a du talent, si vous avez été branché et que avez donné de votre temps pour écouter le dernier cri du poireau par des systèmes sensoriels, les signaux arrivent dans votre cerveau et vous les mettez en mémoire. Pour que le goût existe, il faut : un émetteur, un récepteur et un cerveau qui a déjà des réponses, le souvenir d’arômes.

Pour connaître le poireau, il faut que vous le détruisiez, ce n’est pas quelqu’un d’autre qui va le faire à votre place, c’est vous, autrement vous n’entendrez jamais le dernier cri du poireau. Il faut donc goûter avant d’avaler et avoir de la consi-

Avec les travaux actuels, on sait que tou se passe dans le cerveau. C’est pour cela que l’éducation des enfants est si importante. Au moment de la puberté, il faut qu’ils aient déjà engagé, et ne pas avaler et boire n’importe quoi et n’importe comment.

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Vous pouvez faire une transition avec un petit verre de Viognier.

Un élément important : la définition de l’aliment ? Les aliments ont des propriétés et non des qualités. Trois types de propriétés : • Nutritionnelles : pour satisfaire nos besoins. • Hygiéniques : pas de désordres de santé, chimiques, pour que les fonctions restent d’aplomb • Organoleptiques : c’est-à-dire le goût. Un aliment qui ne possède pas simultanément ces 3 propriétés n’est pas «loyal et marchand». J’insiste sur simultanément. On ne peut pas manger du muet, sinon on devient muet,

comment comprendre le poireau s’il n’a rien à vous dire. Je vous parle du poireau, mais c’est un exemple. Revenons sur les propriétés : • Nutritionnelles et hygiéniques : ce sont des qualités premières, mesurables, on peut les mettre sur des étiquettes … à ceci près que les lipides du beurre et du hareng, ce n’est pas la même chose. On peut prendre des dispositions internationales politiques ou économiques, pour limiter la circulation sans qu’il soit question de santé ou de qualité nutritionnelle. • Organoleptiques : ce sont des qualités secondes, non mesurables. Le goût d’une chose n’existe que si le produit est consommé par vous, métabolisé et révélé par le verbe. C’est vous qui faites renaître la chose après l’avoir consommée, à la condition que vous en soyez capable. Il faut des produits et des consommateurs engagés. Pour dire que c’est une poire Conférence, il faut que les

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Romain Vallet, Olivier Ma rtin (Formateur MFR Anneyr on)

signaux correspondant au paysage sensoriel, à l’assemblage de la vue, du goût … les qualités secondes vont permettre de retrouver le goût des choses. Attention à ne pas être un consommateur d’étiquettes, qui est une pratique trop courante. C’est la part d’évasion, dans nos régions, avec leur diversité. La finalité est de donner à manger, pas à faire la cuisine. Dans les préparations, on essaie toujours d’allier une part de sécurité et une part d’évasion, en tirant l’optimum de la sueur de la terre pour donner de la saveur. Deux parts en équilibre, une étude européenne faite en 2000 l’a bien montré. Vous avez des fromages de faible qualité, vous pouvez en manger la moitié sans pain, vous dites «ai-je mangé du fromage ?». Mais si vous prenez des fromages, des vrais, vous êtes limités par la force émotionnelle. Vous n’êtes pas seulement nourris, mais alimentés : la partie sécurité nourrit le corps, la partie évasion alimente l’esprit.

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C’est intéressant de souligner ces deux mots, mais dans le monde anglosaxon, c’est difficile, il n’y a qu’un mot pour traduire alimentation et nourriture. Pourtant le mot aliment existait mais il a été abandonné en 1840 au moment de la Révolution industrielle. On voit pourquoi dans l’organisation du commerce alimentaire on ne peut pas s’entendre avec eux (les AngloSaxons, ndlr) : nous pensons aliment, ils pensent sécurité.

On vit une période où les gens écoutent mais cela ne veut pas dire qu’ils entendent. Il y a tellement d’accès à des situations, le cerveau ne peut pas faire deux choses à la fois. Il y en qui avalent et ne goûtent pas, il faut donner de son temps pour assimiler, mettre en mémoire. C’est comme une visite de musée : il faut s’imprégner de la chose, donner de son temps, ne pas répéter ce qu’on entend ou qu’on lit. Cela nous appartient seul, personne ne peut le faire à notre place.

Comment communique-t-on avec les éléments ? Avant : oeil, nez, main Ex le pain : il y a des alvéoles, couleur farine, je flaire la grille (caramel doux), la sole (caramel dur), si je flaire la mie, c’est encore une autre odeur. Quand je mange le pain, alors il devient copain (co-pain !). J’ai créé une méthode en 1971 pour l’éducation au goût des enfants : d’abord en améliorant le vocabulaire des enfants tout en goûtant. Au bout de 10 séances, ils avaient un maniement du vocabulaire leur permettant de traduire le ressenti, faire renaître par les mots, la bouchée de pain qu’ils avaient mangée. Des expériences comparatives ont toujours confirmé le développement du goût que cela permettait. Ex le navet : les parents doivent dire, présenter le navet encore inconnu, sinon ! On ne doit jamais forcer, il peut y avoir des raisons profondes à la résistance. Quand vous avez admis le produit dans votre palais, vous allez être bombardé par des sensations : salé-sucré, amer-acide. Un petit questionnement si je puis me permettre. Combien dans la salle, salent sans goûter ? (des mains se lèvent) Combien parmi vous font la grimace en mordant un citron ?

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Combien aiment la Suze ? (De nombreuses mains se lèvent !) On dirait que la région a une appétence pour l’amertume ! Il faut connaître les seuils de sensibilité de chacun pour les différents plans : • thermique : froid et chaud, nous l’avons vu ce matin avec des pommes à 10° dont la température optimum était à 15°. Il y a toujours une température optimum, c’est pourquoi il faut être à l’heure pour le plat chaud. Les qualités organoleptiques s’expriment de façon très variable en fonction de la température. • gustatif … sur la langue, mais d’un individu à l’autre, cela varie. • chimique commune ou trijumale (liée au nerf trijumeau) : sur astringence … comme éléments de structure.

Jérôme Vallet, Claude Des rieux, Manu Comte, Jori s Miachon, Romain Vallet… autour de Jacques Puisais

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Buffet avec les produits de : Verrines de «chatouille-museaux» Jean Jacques Galliffet

(Auberge de la Valloire d’Epinouze)

i… au Etudiants (de la MFR Anneyron) aujourd’hu

demain ? premier plan Joris Miachon, arboriculteur

• tactile et mécanique : toucher, mandication … comme un confort individuel. Ici en climat continental, les tanins sont moins bien acceptés qu’à Bordeaux … par ex la première bouchée de viande pour les enfants : leur effort est important pour mâcher, il faut donc faire cela avec tact, regarder leur visage. S’il n’est pas ouvert, il ne faut pas insister. Solutions de facilité : la viande hachée, pas d’effort à faire mais attention la mandication est le premier effort à faire pour prendre plaisir, il ne faut donc pas l’éliminer par facilité ou paresse.

core ! C’est sur la persistance que vous prenez la photo, que vous envoyez le message à votre cerveau. Le repas, c’est quelque chose de sérieux, trop négligé aujourd’hui. Il demande un corps à corps et de donner de son temps.

• olfactive : nasale (odeurs), arômes pour le palais. Le mot parfum est réservé à ce qui est fabriqué. Quand vous avez subi ce bombardement … le centre du plaisir dans l’hypothalamus … une chose importante : la persistance. Vous l’avez avalé, il vous parle en-

Je vous souhaite une gentille soif, nous allons partager un instant que nous ne revivrons jamais, alors faisons attention !

En conclusion, une définition de la santé par l’OMS (1949) : un état de complet bien-être physique, mental et social. Ce n’est pas seulement l’absence de maladie ou d’infirmité.

Le buffet est en voie d’installation, après les mots, les mets, les mots pour le dire, le bonheur d’être ensemble.

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Charcuterie Patrick Graillat et Françoise Ducros

Champ des Grames à Bathernay

Fromages de brebis Armelle et Vincent Cheval Ferme de Tremolet à La Motte de Galaure

Vin St Joseph rouge et Viognier Vignerons de la Cave de Sarras St Désirat Ardèche

Pommes Emmanuel Martin , Pierre Achard Epinouze

Pains Jean Max Robert

boulangerie Epinouze

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Au moment où vous dégustez ces produits, pensez, aux paysages qu’ils expriment … aux personnes qui les fabriquent avec leurs savoir-faire, leurs désirs, leurs rêves … pensez et dégustez la pensée. (…) Sans vouloir interrompre ce moment de plaisir ni rogner les ailes du désir, Jacques Puisais nous fait un petit commentaire sur le buffet … Mr Saucisson est venu vers moi, je l’ai trouvé charnel, avec une odeur de miel, moelleux, bien préparé, peutêtre un peu jeune, accompagné parfaitement par le vin blanc. On avait envie de recommencer. Ensuite, la caillette, très doux, ça montre que vous êtes d’une région où l’on n’aime pas être brutalisée. C’était moelleux et persistant sur le palais, le vin est devenu plus vif, il a raconté une autre histoire.

Clés de fa, clés de sol : Airs d’accordéon-cabrette Bourrées, polkas, valses, rigodons … paysages de fêtes villageoises …

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La chapelotte urrée des dindes La bo sclos - La frigue Lou e La furimbarde oucou - La Yoyette Le c

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(Anneyron), oras), Gaston Robin Guillaume Lacroix (M ulin (Moras) mo De pe ilip Ph ), res tiè Bernadette Menu (Ra

La terrine, une terrine comme on dit «de famille», cuite au four certainement , ou au bain marie. Un caractère affectif, on en reprend avec plaisir. Le brebis : belle expression lactée, charnel, moelleux, très persistant, vous pouvez répondre au téléphone et vous continuez à déguster votre fromage. Le vin rouge, ça ne lui plaît pas mais le blanc lui va bien. Les noix sont piquantes, quand vous les mangez, elles libèrent un arôme. Ils n’ont pas disparu pour rien, merci à ceux qui les ont préparés.

y La Chorale Horizons Savez-vous planter x ? … L’air de chou les rin (supp 55 licié en 17 nd a M lace de Valence )… en p Perrine : digue don ondaine, digue don da d da dondé …

n, Cros, Robert Fracho dré Seyve, Christian Staville ice atr Bé Thierry Martinez, An e, vill Sta Frachon, Jean-Claude Michel Nivon, Yves

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JACQUES PUISAIS

II

Séance de dégustation chez Christelle et Manu Comte (Les Epars, St Sorlin)

PAYSAGES DU GOÛT

Un «linéaire» de poires au «volume» gustatif conséquent

Comice Williams Conférence Williams rouge

Paysages du goût

Duchesse Bererd

Le jeudi 21 octobre matin , Christelle et Manu Comte nous accueillaient dans leur atelier d’emballage magnifiquement décoré. Une vingtaine d’étudiants (BTS horticulture, arboriculture) de la MFR Anneyron et quelques arboriculteurs avec leurs fruits à déguster sous la conduite experte de Jacques Puisais (président de l’Institut du Goût). Les arboriculteurs (Emmanuel Comte, Hervé et Joris Miachon , Arnaud, Jérôme et Romain Vallet) avaient apporté leurs poires (Williams, Comice, Conférence, Duchesse Bererd…) Nous étions prêts à la dégustation .

Il n’y a pas 2 palais identiques, sur cette terre chaque homme est unique, chaque homme a son propre goût. Ici, il y a ici 40 palais identifiés à partir de leur vécu, avec leur valeur sensorielle, c’est elle qui va être déterminante.

On a vécu une période où les produits agricoles se vendaient au poids, à l’aspect. On vendait le lait au tx de MG, le vin au degré d’alcool parce qu’on avait oublié que c’était fait pour être consommé. Mais on ne peut pas vendre du goût, le goût d’une chose n’existe pas en tant que tel. Le goût n’existe qu’à partir du moment où un être humain a consommé du produit, recueilli des signaux sensoriels qu’il fait revivre par le verbe, par les mots. Cette pomme n’a une valeur que si vous la consommez, que vous en recevez les différents signaux et que vous en parlez. Si on ne donne pas de à goûter, le produit n’existe pas. Aujourd’hui, nous avons plus de valeurs que de goûteurs. Si vous ne résistez pas, dans 10 ans ou 20 ans vous mangerez des pilules … on a oublié l’essentiel : chacun a son propre dispositif pour goûter, qu’il exprime par des mots, en ces moments uniques. Il faut savoir que vous ne revivrez jamais la situation que nous sommes en train de vivre dans cette dégustation de poires. C’est la mémoire des vécus qui vous pré-

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parent aux moments à venir, c’est ce qu’on appelle la culture, c’est valable pour n’importe quelle matière d’enseignement. Si vous voulez répondre à une question, il faut que vous ayez la réponse en vous. Si vous n’avez pas la réponse, vous inventez. Certes, c’est plus facile à dire avec une poire qu’avec les mathématiques … On va entrer dans cette dégustation qui va se faire en 3 temps : • Avant, ‘introduction : «on examine», • Pendant, le corps du sujet : «il faut mâcher, goûter avant d’avaler», • Après, la conclusion «on en parle».

Manger ce n’est pas n’importe quoi. On doit prendre la température de tout ce que l’on goûte … Il y a deux qualités essentielles : 1. La persistance «Quand j’ai avalé le produit, me raconte-t-il encore son histoire ?» Un produit qui n’a pas de persistance n’a pas de valeur sensorielle et donc pas de valeur économique ; si on ne souvient pas du goût, on oublie le produit. Cela vous amène à donner du temps, si vous avalez et si vous ne prenez pas le temps de profiter de cette persistance, vous passez à côté, d’ailleurs c’est probablement l’un des facteurs de l’obésité.

Paysages du goût

Des étudiants attentifs, un décor coloré de savoir-faire. Grand merci à Christelle et Manu Comte

2. La «redemande» C’est une qualité qui peut se traduire par la question : «Ai-je envie d’en reprendre ?» L’acte alimentaire doit conduire vers un plaisir, sinon ce n’est pas la peine, vous avez la chance d’avoir, trois fois par jour, de sources de plaisir qui vous font grandir le corps et vous enrichissent l’esprit. Car il vous amène du vocabulaire : quand vous avez utilisé un mot pour traduire une sensation, ce mot n’est pas dans le dictionnaire mais dans votre chair, vous en connaissez le contenu. C’est important pour les enfants et pour tous. Simplement se dire : la pomme, la poire, le jambon … me parlent et ne parlent qu’à moi ! C’est pour cela qu’il ne faut pas être distrait, si vous pensez

à autre chose, vous n’êtes pas branchés avec le produit et vous ne pouvez pas recevoir son message. Il faut un lien étroit entre l’émetteur et le récepteur, c’est-à-dire vous ! Une précision : le terme «redemande» est lié à l’appétence mais celle-ci est plus individuelle.

Êtes-vous de bonne humeur ? Quand on passe à table il faut être de bonne humeur. Attention nous devons faire la dégustation en silence, d’ailleurs dans les restaurants où il y a du bruit il faudrait payer demi-tarif ! À 120 dB vous perdez la moitié de vos capacités.

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Le problème de la poire, mange-t-on la peau ? Si on ne la mange pas, il faut prendre le temps de l’éplucher, on peut goûter avec ou sans la peau. On va vous donner une poire pour 4, il n’y a pas 2 poires identiques Vous parlerez de la forme, de la couleur, de l’odeur, du toucher, par ex si c’est froid, il n’y a pas beaucoup d’odeur Vous décrirez à la coupe, et de la résistance à la coupe, la facilité d’épluchage, tout ce qui vous passe dans la tête, tout ce que la poire vous confie, il n’y a rien à écarter, l’essentiel est que cela soit juste. Pensez aux 4 saveurs pendant qu’on goûte on se tait pour ne pas empêcher le voisin ou la voisine d’entendre le dernier cri de sa poire. En effet, pour la goûter il faut que vous la détruisez, vous devez donc lui apporter de la considération, sinon cela veut dire que vous n’apportez aucune considération aux éléments de la vie. Quand vous mangez la poire, vous mangez du

travail d’homme, vous mangez du terrain, vous mangez du ciel… donc vous devez écouter la poire… William Un fruit doit être goûté au-dessous de la température de la pièce où l’on se trouve. On a constaté : dure assez friable. Saveurs : sucré-acide / Astringence un peu forte. C’était un fruit pas mûr, je le dis, venant de ma Touraine : ce fruit me dit, si tu avais attendu quelques jours, je t’aurais raconté une autre histoire. Il reste une astringence inattendue sur une poire. Il faut consommer les fruits à la maturité qui nous convient. William rouge Encore plus froide que l’autre, ce qui fait que l’astringence constatée est plus élevée. L’acidité serait moins apparente, et l’aspect sucré serait plus affirmé. Il vous faudra vous familiariser avec le fait que la qualité thermique modifie l’ensemble du paysage. Elle est plus longue (persistance) que l’autre, plus discrète. Plus un fruit est attirant à l’œil plus on est exigeant, ce qui demande plus de persistance. A l’inverse, pour un produit d’apparence modeste, il peut y avoir l’effet de surprise qui amplifie la qualité. C’est une sorte de conflit entre le coup d’œil qui nous annonce une merveille et un goût qui apparaît décevant. Ce

sont bien les 5 sens qui sont en jeu. Pour les enfants, on donne 2 gâteaux : l’un attirant, l’autre moins mais fait avec beaucoup d’amour. Dans le premier cas, on voit la déception, dans le second l’heureuse surprise. Conférence À l’œil ça fait pas du tout la même impression … sa forme allongée, on la remarque … en voilà une mûre. Un arôme, avec la peau, si vous êtes patient, que vous savez attendre, elle vient vers vous … une Conférence comme ça, c’est fondant, moelleux, puissant, là vous avez de la persistance, de la redemande … la poire il faut savoir l’attendre … celle qui était

lteur Moras) Jérôme Vallet (arboricu

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Paysages, Terroirs… Les mots pour les dire

PETITE POIRE La petite poire s’ennuie De n’être pas encore cueillie Les autres poires sont parties Petite poire est sans amie Comme il fait froid dans ce tiroir ! Les jours sont courts ! Il va pleuvoir Comme on a peur au verger noir Quand on est seule et qu’on est poire Je n’en puis plus viens me cueillir Te viens me cueillir Isabelle ? Comme c’est triste de vieillir Quand on est poire et qu’on est belle Prends-moi doucement dans ta main Mais fais-moi vivre une journée Bien au chaud sur ta cheminée Et te me mangeras demain

PITITA PERE La pitita père s’enuye Y l’a po inqueu étâ ramasso Leu z’eutres pères sian partia Pitita père est touta soule Coume a fa fré dian qué tiran ! Lus jous sian cous ! A va plore Coume n’on z’a pô dian qué vergé nè Quan nou sian touta soule et que sian ina père N’in peuye pli, vin don me ramasso Te vin me ramasso Isabélle Coum’allé malérou de vieilli Quan vou sio ina père et que vou sio belle Prin mé douçamin dian ta man Mais abrita mé ina journa Bian au cheu su ta chemineye Et te me migearé deman

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Entre les deux poires Comice présentées, nous pouvons différencier les goûts et les lier au terrain. La B est sur gravier rouge, plein sud alors que la A est sur terrain argileux plein nord (mais flanc de coteau), elle est plus «farineuse» : le milieu est plus fort que la génétique. Le poirier n’aime pas la chaleur, la majorité des poiriers à Moras sont plein nord. Au réfractomètre, la B avait moins de sucre, mais la maturité est moins avancée. 2,5 pts de différence entre la A (la plus sucrée, granuleuse et terrain plus argileux) et la B. Sur les deux poires qu’on a testées, sur une poire de chaque lot … plus ferme était à 10°C l’autre à 15°C, là c’est une bonne température … Vous avez dû percevoir un léger musc. Comice Elle n’est pas pas tout à fait mûre, quand on la coupe en deux il ne faut pas que ça craque («c’est vrai», parole d’arbo), on n’a pas eu le temps de les faire mûrir … À l’œil elle est moins attirante, presque bizarre, pas séduisante … On fait le choix de comparaison entre deux poires issues de deux parcelles différentes et que nous appelons A et B. La A avait une texture farineuse que n’a pas la B …il faudrait voir l’analyse du sol, je regarderais la granulométrie de l’assise et les argiles : les textures

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sont en relation avec la composition des sols. Parcelles à 200 m de distance avec des sols complètement différents et des expositions pour l’une nord, l’autre sud. Il y a 3 facteurs : alimentation, respiration, photosynthèse. Il y avait aussi des clones et des portegreffes différents. Il faut voir l’âge de l’arbre : mais pour les deux poires que nous avons goûtées, l’âge du verger est à peu près le même, des années 60. Il faut une petite dizaine d’années pour un arbre qu’on vient de planter pour que son système radiculaire devienne adulte.

Essayez de bien approcher la constitution de vos sols, c’est là que vous affinerez vos terroirs. Vous êtes dépositaires d’un terroir, c’est à vous à le faire parler. Il faut donner l’envie de goûter le terroir. Autrefois, les gens ont voulu consommer des produits identifiés, mais depuis 50 ans on privilégie la marque. On s’aperçoit que cela ne veut rien dire. L’homme-consommateur a besoin de retrouver la terre où il vit dans ce qu’il mange. Il consomme le fruit et en même temps le visage de celui qui

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la produit, l’endroit mais il faut que le terroir soit suffisamment fort. C’est comme pour le vin, d’une parcelle, de ce clos ; et ça vaut le coup de le présenter différemment. Vous êtes dans le domaine des micro-terroirs. Cela vous amènera peut-être un jour à revoir par ex, le porte-greffes qui est sélectif du point de vue ionique, il ne prélève pas les mêmes minéraux … mais ce qui est certain, je mange encore la poire, elle a une longueur en bouche étonnante. Je suis ici dans des accents de langue d’oc, il y a plus de ténacité ici que dans la Touraine où j’habite. Vous avez plus de présence physique, le grain est plus fin, plus vrai, avec une présence tactile plus forte. Vous avez la chance d’être jeunes et qu’on vous dit ça maintenant. Remarquons au passage l’interdisciplinarité à l’œuvre dans la dégustation des poires : chimie, physique, géographie, histoire … qui se rencontrent au moment où nous croquons la poire … On pourrait goûter les poires avec le pain ou la brioche pour faire la différence.

Paysages du goût

Duchesse Bererd C’est une ancienne variété. Son aspect la couleur vert bronzé est particulière, marquante, attirant pour moi. En bouche : côté fondant, une texture assez peu, aromes riches et avec la brioche très sucrée, parfaite, ça donne un dessert vraiment intéressant. Peut-être allezvous la manger plus lentement, ce qui augmente votre compréhension. En Conclusion … J’ai l’impression que vous allez désormais goûter avant d’avaler et vous verrez que vous et vous ferez des échanges avec vos amis. Le repas, c’est un moment important, habituez-vous à parler de ce que vous faites disparaître pour grandir. Vous aurez des liens avec ceux qui font les choses, qui travaillent la terre, la retournent, … vous êtes dans le monde du vivant qui existe par le sensoriel. Utilisez les 5 sens que vous avez en vous. N’hésitez pas à mettre vos terroirs en scène. C’est comme dans une chorale, il y en a qui ont des voix particulières … Quand vous dégustez, vous enrichissez votre vocabulaire, vous développez votre capacité de choix.

Jo Gay « notre » journa liste prépare son article pour le Dau phiné Libéré

Merci aux producteurs pour le travail de cette terre, merci à ceux qui m’ont écouté et surtout qui ont écouté les poires parler.

Il faut garder le lien entre les producteurs et les consommateurs qui sont aussi des habitants d’un territoire dans lequel ils vivent, travaillent, se rencontrent. La poire pédagogue et la décoration de Christelle et Manu : un tableau de pommes et de poires, symbole de l’accueil, merci. La poire a parlé aussi le langage de l’amitié …

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Claude Desrieux

Reportage d’un dégustateur, Claude Desrieux (sec adj Site Remarquable du Goût). Nous étions une quarantaine rassemblés dans la salle de tri de Mr et Mme Comte, en grande majorité des étudiants de la MFR d’ Anneyron. Après un mot d’accueil de Jacques Deplace, nous invitant à la «concentration dans la décontraction», Mr Jacques Puisais nous a éloquemment expliqué ce qu’est une dégustation. En voici quelques extraits : «Chacun doit expérimenter pour son propre compte, nul ne peut goûter pour un autre. L’arrivée finale d’un fruit de bouche, c’est le palais. Chaque palais est différent et il est identifié par son vécu. Chaque acte de goûter est unique, car c’est la rencontre entre un palais unique et un fruit unique à une certaine maturité, une certaine température, dans un certain environnement.

Paysages du goût

Le goût en tant que tel n’existe pas, il n’existe que par la consommation et la verbalisation. C’est le temps et l’attention que l’on va porter à ce que l’on mange et le partage que l’on va en faire par la parole qui va permettre à chacun d’enrichir son vocabulaire. Ce faisant chacun enrichit ses vécus, sa mémoire des saveurs et donc sa culture en la matière». Méthode de la dégustation en trois temps : Avant : l’examen Visuel forme / couleur / description Odorat floral / fruité Tactile lisse / rugueux - froid / chaud - dur / mou Pendant : la dégustation : Analyse des stimulations sensorielles selon le profil de chacun : Sucré / salé - amer / acide - consistance Caractères : piquant / bûlant / astringent / thermique Après : la déglutition Persistance en bouche (temps) / Redemande (liée au plaisir) / Verbalisation. Nous aurons donc pendant environ

deux heures le plaisir de déguster d’excellents fruits de variétés diverses telles que: poires William’s verte et rouge, conférences, doyenné du comice, duchesse Bérerd. Nous pûmes faire une dégustation entre des fruits de même variété provenant de parcelles différentes, à des températures différentes ou à maturités différentes. Mr Jacques Puisais a visiblement apprécié le professionnalisme et le degré de technicité des arboriculteurs présents et qui ont présentés leurs fruits : Emmanuel Comte, Joris Miachon, Arnaud, Jérôme et Romain Vallet. En conclusion Mr Jacques Puisais nous a bien fait comprendre que c’est la force sensorielle d’un produit qui permet d’exprimer un terroir. Que l’homme consommateur a besoin de retrouver la terre sur laquelle il vit, à travers ce qu’il mange. Il doit pouvoir visualiser l’image d’un terroir en dégustant le produit. Pour ce faire, il faut bien sûr avoir quelque chose de remarquable à partager, et selon son avis les fruits dégustés ce matin là ont un caractère particulier, une saveur très affirmée et une très bonne longueur en bouche. Pour le SRG, le secrétaire adjoint : Claude Desrieux

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LA NATURE La nature n’a pas d’âge Contemple ce beau paysage Ces grandes forêts Ne devraient jamais être coupées Perdues parmi ces terres On entend une rivière re Ces eaux qui descendent à toute allu re natu la de ie Font aussi part Dans les cieux Où règnent les oiseaux ue d’Epinouze de la bibliothèq Devant le stand

Si majestueux et si beaux Caressé par le vent On vit de bons moments Finalement on se dit Que l’on aimerait passer sa vie ici Loin de la pollution Seul avec la végétation Loin des voitures Avec la nature.

LA NATEURE

tions en Valloire Quelques publica

Paysages du goût

La nateure y l’a po d’ôge. Avise mé que beau paysôg e Que lus gran boués. A faudri jamais lu coupo Predi au métan de que leu terre, N’on z’intin ina rivère Que leu z’aigues que descin de à toute allure, Y fan eussé partia de la nat ure Dian lou ciel, où lu zizas sio n métre, si fiè, si beu Quand ina pitita bise soufl e, N’on posse de bons moum ent Finalamin n’on se dit, qu’a fa bon vivre itié Loin de la pollution, tout sou lé avéc la végétation, Loin des voitères et avéc la nature

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PAYSAGES : UNE VALORISATION POSSIBLE

III

PAYSAGES, UNE HISTOIRE TOUJOURS À INVENTER

Extraits de documents de la collection « Apport Agriculture et Paysages » édité par IFV Institut Français de la Vigne et du vin

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faire la légende… Paysages de Valloire… à nous d’en

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La Charte de Fontevraud La Charte Internationale de Fontevraud a été élaborée sous l’impulsion de l’Interprofession InterLoire et de la « Mission du Val de Loire » à la suite de l’inscription sur la liste du patrimoine mondial par l’UNESCO de la région Val de Loire en 2000 et du colloque international de Fontevraud « Paysages de vignes et de vins » qui s’est tenu en juillet 2003. Le Ministère de l’Agriculture et de la Pêche, le Ministère de l’Ecologie et du Développement Durable, l’Institut National de l’Origine et de la Qualité (INAO), la Confédération des vins du Val de Loire, l’Interprofession des vins du Val de Loire, la Mission Val de Loire et l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin ont contribué à son élaboration, avec le soutien de la Commission française pour l’UNESCO et ICOMOS (Inter-national Council for Monuments and Sites - UNESCO) et en sont signataires. Pour développer et animer la Charte Internationale de Fontevraud, les fondateurs ont missionné le Groupe National Paysage dont la coordination est assurée par l’Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV). Contacts : Coordination du Comité Scientifique et Technique International de la Charte Internationale de Fontevraud Coordinateur : Joël ROCHARD, joel.rochard@vignevin.com Animatrice : Carine HERBIN, carine.herbin@vignevin.com Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV) 17 rue Jean Chandon Moët / BP 20046 / 51202 EPERNAY Cedex / Tel :+33 (0)3 26 54 00 30 La charte s’adresse à l’ensemble des territoires viticoles ayant adopté des règles de production intégrant une gouvernance des terroirs. Elle a pour ambition d’inciter tous les acteurs des territoires viticoles, collectivités locales, syndicats viticoles, opérateurs de la culture et du tourisme, universités et laboratoires à s’engager dans des démarches paysagères volontaires et concertées conjuguant, dans une logique de développement durable, l’optimisation de la production viticole à la valorisation culturelle et touristique de ces paysages, dans le cadre d’un réseau international d’excellence. Elle s’organise autour de 4 engagements : • La connaissance des paysages viticoles dans ses dimensions esthétiques, culturelles, historiques et scientifiques, ouvrant sur une lecture avertie de l’organisation paysagère de ces terroirs afin de mieux motiver les décisions d’aménagement, qu’elles soient le fait des collectivités publiques ou professionnelles. • L’échange entre les différents métiers et partenaires institutionnels de la filière vitivinicole des territoires concernés, afin de renforcer la capitalisation des savoir-faire et leurs transmissions dans le cadre d’actions de sensibilisation et de formation à la composante paysagère. • La préservation des aires viticoles et de leurs patrimoines pour une meilleure prise en compte de la qualité des paysages de vigne dans des projets d’équipement et de développement des territoires urbains, périurbains et ruraux (mesures incitatives de valorisation paysagère et de réhabilitation du patrimoine, protection réglementaire des paysages). • La valorisation de ces paysages : en optimisant les qualités intrinsèques du paysage (pertinence des systèmes de conduite de la vigne, systématisation des diagnostics paysagers) en favorisant une coopération technique et scientifique mutualisée en développant une offre de services touristiques d’accueil et de découverte (circuits de compréhension et de valorisation des paysages impliquant les viticulteurs et les collectivités locales).

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PAYSAGES ENTRE CIEL ET TERRE

Nous avons rencontré dans nos pérégrinations paysagères des notions et des personnages sur lesquels il nous faut mettre un peu de lumière. Jacques Puisais nous a indiqué au début de son intervention dans la salle des fêtes d’Epinouze :

Eh oui, nous ne percevons pas le mouvement dans lequel nous sommes entraînés tous les jours (et toutes les nuits !).

« nous sommes sur une planète qui tourne, nous tournons autour du soleil … et sur cette surface ronde il n’y a pas 2 mm2 identiques ».

Paysage du ciel … Chaque habitant de la terre à la latitude 45° nord comme nous, tourne à une vitesse de 1 080 km/h (soit 300 m/s) autour de l’axe imaginaire de la terre (qui tourne sur elle-même),

e Terre et ciel à la bibliothèque d’Epinouz son accueil pour n Thino e Hélèn à i merc d gran Un

Bibliothèque Epinouze. L’exploration du ciel et de la terre

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: paysages du monde

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mède, à 2 millions d’années lumière. Habitants de la Valloire, en plein été, sous la voie lactée, notre Galaxie, regardez le ciel, les étoiles en leurs constellations : Vega de la Lyre, Altaïr de l’Aigle, Deneb du Cygne …. C’est une lumière qui nous vient du passé, d’un passé où nous étions absents. Les paysages du ciel varient au cours des lunaisons, des saisons ; regardons-les, nous en sommes les enfants.

Nous avons rencontré la carte dite «de Cassini», elle fait référence à une généalogie, à la cartographie comme à l’histoire de l’Europe et des sciences.

En l’année 1625 de sa naissance, un certain Pierre Davity, natif de Tournon sur Rhône, ennobli en terre de Moras l’année de l’assassinat du roi Henri IV, publie la dernière version de son ouvrage «Les Etats, empires, royaumes et principautés du monde», une sorte de roman scientifique et philosophique qui place son héros dans les conditions des nouvelles connaissances développées par Galilée (Galileo Galilei, 1564-1642) : oui la terre tourne sur elle-même en une année et autour du soleil en un an … Le héros du roman ne déclare-t-il pas que «la lune est un autre monde comme celui-ci à qui le nôtre sert de lune».

Giovanni Domenico Cassini naît en 1625 à Perinaldo dans le Comté de Nice (qui deviendra «française» en 1860 mais, évidemment les contemporains l’ignorent ! ndlr). Il est enseignant et c’est «notre» grand ministre Colbert qui le fait s’installer en France où il est reçu à l’Académie des sciences et devient le premier directeur de l’Observatoire que Louis XIV, «notre» roi soleil (!!), vient de créer. Et voilà notre Jean Dominique observant le ciel et les planètes du système solaire, établissant les lois de la rotation de la lune sur elle-même, découvrant des satellites de Saturne …

Pierre Davity, «le gentilhomme géographe» (comme le nomme Marie Cabrol, une historienne venue le présenter dans une conférence à Moras à l’automne 2010) est, notamment en plusieurs périodes de sa vie, capitaine de compagnie d’infanterie de l’armée royale qui combat partout en Europe. Il est à Reisberg en 1606 dans les troupes de Maurice de Nassau, prince d’Orange, et participe avec le duc de Savoie (qui sera «française» comme Nice en 1860) aux premiers combats de la Guerre de Trente ans (16181648) qui fera des millions de morts sur l’Europe entière.Son grand pojet

NB : Une année lumière est la distance que parcourt, à 300 000 km/s; la lumière en un an.

… et de la Terre Hélène Thinon

pointant une étoile qui nous apparaît fixe et nous indique le nord (géographique) : l’étoile polaire. La terre fait une révolution (!) autour du soleil (dont elle est distante en moyenne de 150 millions de km) comme toutes les planètes de ce dernier, en un an (365,25j) soit avec une vitesse moyenne proche de 30 km/s ! Le soleil, quant à lui, n’est pas une étoile immobile dans l’éternité, il se déplace dans notre Galaxie vers l’amas (stellaire) de la Vierge avec une vitesse de 200 km/s ! Et notre Galaxie (la Voie lactée) se déplace comme toutes les galaxies et pourrait se mêler, dans un fantastique chaos et un avenir trop lointain pour nos existences, à la Galaxie la plus proche, celle d’Andro-

Signalons qu’il est contemporain de Jean Baptiste Poquelin (dit Molière) et de Blaise Pascal, tous deux nés en 1623.

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lunette avec Galilée pour observer la lune) … tout cela permettait d’établir de meilleures cartes … C’est une grande époque pour la cartographie des mers et des continents. En France, nous retrouvons le fils de Jean Dominique Cassini : Jacques Cassini (Paris 1677-Thury 1756) considéré comme le fondateur de la cartographie topographique. La méthode de triangulation se développe et permet l’établissement de cartes de plus en plus précises. Son fils César François (Thury 1714-Paris 1784) participe à la fameuse bataille de Fontenoy (1745 :

«Messieurs les Anglais, tirez les premiers»). En faisant de nombreux relevés avec l’aide d’ingénieurs géographes, il établit une carte géométrique détaillée des Flandres. Louis XV apprécie beaucoup ce travail et lui confie la réalisation d’une carte générale du royaume à l’échelle d’une ligne pour 100 toises (soit 1 : 84 600) qui deviendra la «carte de Cassini» et qui ne sera achevée qu’en 1815 sous la direction de l’arrière petit-fils de Giovanni Domenico Cassini : Dominique, conte de Cassini (Paris 1748-Thury 1845).

géographique prend corps pendant ses déplacements, il fait des relevés, il réalise des cartes … il meurt le 2 mars 1635 … un certain René Descartes (La Haye en Touraine 1596-Stockholm 1650) est en train d’écrire le «Discours de la Méthode» … «le bon sens est la chose du monde la mieux partagée …» mais encore faut-il en faire bon usage … comme nous dirait Jacques Puisais «le goût est la chose du monde la mieux partagée … mais …» … laissons René Descartes, entre mathématiques, physique et philosophie … Les peintres de la Renaissance avaient développé l’art de la perspective … la géométrie … les appareils de mesure (depuis l’amélioration décisive de la

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Carte de «Cassini»

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Paysages … clé de sol Nos chanteurs et musiciens, dans les Entretiens du Terroir nous ont entraîné vers d’autres paysages, des regards, des écoutes … comme pour rendre hommage à tous les sens qui participent au goût. Les musiciens découpent l’espace de leurs partitions en intervalles de temps. Les voilà, en clé de sol, en clé de fa, couvrant la gamme de leurs accords mineurs, de leurs accords majeurs. Les musiciens nous donnent à voir et à en-

tendre les paysages sonores de notre imagination. Ici aussi, sous la leçon de Jacques Puisais, formons notre goût en goûtant, en nommant, en partageant ! Et pour explorer le monde, laissons-nous bercer par La Mer, de Charles Trenet :

«la mer qu’on voit danser le long des golfes clairs a des reflets d’argent … la mer …»

Paysages Nous traversons les paysages comme on traverse la vie, sans trop savoir ce que nous voyons, sans trop savoir ce que nous vivons. Et pourtant nous les produisons et pourtant nous la menons Serait-ce notre conscience défaillante dans les routines du quotidien Serait-ce un repli sur soi trop tenace pour se laisser emporter Nous traversons les paysages comme on traverse la vie, sans trop savoir ce que nous voyons, sans trop savoir ce que nous vivons. Un regard étranger nous demande de voir, nous le voyons, le reconnaissons, il nous ressemble étrangement, il nous dit son pays, son paysage, il nous dit le nôtre tel que nous ne l’avons jamais vu. Nous traversons les paysages comme on traverse la vie, sans trop savoir ce que nous voyons, sans trop savoir ce que nous vivons. Et nous renaissons dans le regard de l’autre notre paysage s’éclaire d’une nouvelle lumière, nous voilà surpris d’être à la fois semblable et différent, construisant notre identité dans le concert des singuliers, dans le flux du monde que nous vivifions. Nous traversons les paysages comme on traverse la vie, nous rencontrons des visages universalité d’ailleurs et d’ici. Secquaj El Epedac, paysan berbère

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PAYSAGES DU MONDE

Planète Terroirs Un Forum international à Chefchaouen (Maroc)

du Rif Adossé aux pentes

Terroirs et Cultures, tout un programme ! C’est le nom d’une association internationale basée à Montpellier partenaire de l’Unesco (qui est l’unité «scientifique et culturelle» de l’Organisation des Nations Unies). Dans l’ensemble de ses actions pour les terroirs du monde, elle organise tous les 2 ans un Forum international confrontant les expériences et recherches dans de nombreux pays sur tous les continents. Cette année après l’Aubrac (2006), les Dentelles de Montmirail (2008), c’était à Chefchaouen dans le nord est du Maroc. Une délégation de la Valloire y participait.

Terroir du monde

Une délégation (Arbos de Moras et Valloire MFR Anneyron) au Forum Planète Terroirs de Chefchaouen (juin 2010) : Jean-François Vignat, Jacques Deplace, Claudette Deplace, Gilles Vallet

L’association Terroirs et Cultures a proposé il y a quelques années avec l’Unesco de travailler le concept «terroir» pour en faire une construction vivante toujours à inventer. Défini comme une interaction entre un milieu «naturel» et une communauté humaine mettant en œuvre des savoirfaire multiples sollicitant sa propre culture, sa langue, ses traditions trans-

Paysages, une histoire toujours à inventer

mises et renouvelées. En quelque sorte une identité qui ne soit pas fermée sur elle-même mais au contraire, jusque dans sa spécificité, ouverte au monde des diversités. Une spécificité qui se repère par un ensemble de produits et de services originaux, de paysages dans lesquels les humains inscrivent leurs marques … Ce terroir -là est visible à Chefchaouen, ce qu’ont pu vérifier les quelque 450 participants à ce Forum, issus d’une trentaine de pays, accueillis par une Association locale pour le Développement (Talamsetane) et les autorités politiques du pays : commune, district, ministère …

e Chefchaouen : paysages du Rif… un terroir ville-campagn

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Les échanges dans les «ateliers» et les témoignages en plénière ont apporté un souffle «mondial» aux spécificités locales. Les voix africaines de Foulématou Camara de Guinée et de Nadjirou Sall du Sénégal, tous deux responsables paysans, l’exposé de Dong Bui Kim chargé de recherche au Vietnam, la présentation par Clayton Lino Ferreira du programme Biosphère au Brésil … ont répondu en écho aux interventions de Mohamed Naciri géographe marocain expert de la montagne ou Joan Reguant de la Catalogne nous présentant le programme «diète méditerranéenne» qui lie les produits aux paysages par l’alimentation et le mode de vie …

Chefchaouen, paysages d’hospitalité L’accueil de tous les participants au Forum le dernier soir dans la casbah de Chefchaouen par les associations et autorités locales y associa différentes déclinaisons des 2 rives de la «diète»

méditerranéenne où se marient les légumes et l’huile d’olive, la semoule de blé et la viande … et le thé à la menthe. Berbères, Arabes ou Andalous et leurs 7 siècles d’histoire commune, nous ont fait apprécier des chants à la mélopée stridente, accompagnés du son d’un instrument à double anche (comme notre hautbois), les tambours et les danses lancinantes … qui ne sont pas seulement pour les touristes. Chef chaouen : c’est littéralement «vois la montagne». Une ville de 45 000 habitants à 800 m d’altitude qui, depuis son centre historique, monte, en maisons serrées (très bien étudiées pour conserver la fraîcheur) à l’assaut des montagnes du Rif perchées jusqu’à 1 600 m. Le Rif, un massif assez arrosé (800 mm d’eau par an) et le souvenir d’une résistance à l’occupation française : la fameuse «guerre du Rif» en 1923 menée par Abd el Krim et réprimée par l’armée française sous le commandement du général Pétain (!)… Ici comme ailleurs, l’histoire est ins-

crite dans les relations sociales, dans les savoir-faire, les paysages … elle est inscrite et elle s’écrit au présent … Les paysages sont l’histoire du monde. Claudette et Jacques Deplace

efchaouen lle) du marché de Ch Une vue (bien partie

pays. Un forum avec 450 participants de 26 irs et Cultures Terro de ent présid on, Chard e iniqu Dom A la tribune

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Poire de la Valloire un projet de Site remarquable du goût ! Paysages, expressions de terroirs ? Le titre de cette troisième édition des Entretiens du Terroir est bien en phase avec notre territoire où, sur cette zone à flanc de coteau, dans l’axe nord du levant, les vergers accrochent notre regard, nous parlent d’histoire et de savoir faire. Les paysages de la Valloire ont du goût. Une nouvelle association s’est créée début 2011 sur un projet : la constitution d’un Site remarquable du Goût autour de la poire de la Valloire (voir document joint). En attendant la visite de la commission d’agrément, des groupes de travail se sont mis en place autour de la réalisation d’un circuit touristique, d’un dépliant de présentation, la rédaction d’une charte … N’hésitez pas à les rejoindre.

La poire de la Valloire, vers un Site Remarquable du Goût … Un Site remarquable du goût ?… Une poire avec ses spécificités …

C'est un "label" accordé à urn territoire, par une Association nationale en convention de partenariat avec plusieurs ministères (Agriculture, Tourisme, Culture, Environnement).

… couleur, taux de sucre, texture …

Son agrément nécessite de remplir certaines conditions de qualité autour d'un produit phare, ici la poire.

entre tradition et innovation, du verger à la table, distillation, restauration, boulangerie …

La poire, fruit emblématique de la Valloire … … sur les communes de Moras, Lens Lestang, Manthes, Epinouze, St Sorlin, Anneyron … autour de la Williams, des variétés dont la production sʼétale sur plusieurs mois …

… et de ses paysages …

Des acteurs du territoire … … qui participent à son développement : artisans, commerçants, professionnels du tourisme, communes, associations …

La poire en son terroir, des villages à découvrir, des paysages à déguster … l

… et s'engagent sur une charte de qualité

Une Association pour animer le projet autour d'un bureau : Hervé Miachon (Arbos de Moras et Valloire) 04 75 31 90 63, Caroline Fanget (Moras en valeur) Manu Comte (MFR Anneyron), Jean François Vignat, Claude Desrieux, Jean Jacques Galliffet (Auberge de la Valloire) En partenariat à construire avec les Communes, la Communauté de communes Rhône Valloire, l'Office de Tourisme …

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Paysages linguistiques. Une étymologie. Notre langue est classée (par les linguistes) dans les langues latines avec l’espagnol, l’italien, le portugais ou … le roumain. Même si nous avons quelques difficultés à parler les langues que nous appelons étrangères, l’anglais et l’allemand par exemple nous sont «cousines germaines» (!) tout comme les langues scandinaves. Nous faisons partie du même rameau initial des langues indo-européennes. Dans «notre Europe» il reste des langues qui ne semblent pas sorties de ce rameau : le hongrois, le finnois (Finlande), le basque classées dans le groupe finno-ougrien. Alors chercher du français de pure souche c’est comme chercher ses clés sous le lampadaire simplement parce qu’on y voit. Ainsi notre français trouve racines chez les Grecs, les Romains, les Gaulois (qui étaient des Germains), les Arabes … Alors le mot paysage ? Il vient du latin pagus qui nous a donné aussi pays, paysan, païen (parce que le christianisme est venu par les villes). Mais pagus ? C’est une racine qui trouve racine (!) dans l’indo-européen «pag», pak» qui signifie «enfoncer», «fixer». Et cette profonde racine a donné beaucoup d’autres mots qui, dans notre routine

quotidienne, ne nous paraissent pas avoir de rapports entre eux et pourtant ! En voici une représentation paysagère (!) en deux cercles concentriques.

sant un seul degré de liberté … et lorsque nous tournons la page, nous venons de quitter un espace défini, fixé dans une certaine dimension, ce que le rouleau ne pouvait permettre. La page, une unité de surface notamment utilisée dans les vignes «romaines». (ils sont fous ces Ro-

payer signifie «faire la paix», et le «travail» désigne un appareil de contention à trois pieux (tripalium) pour tenir les animaux en leur lais- mains !).

Ainsi :

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Livres présentés aux « Entretiens du Terroir » par la bibliothèque d’Epinouze Un grand merci à Nadine Payen qui les a rassemblés. La pelle mécanique ou la mutation d’une ville ................ Jorg Muller (se présente sous forme de planches) Popville ............................................................... Anouck Boisrobert Les pêcheurs d’étoiles ........................................... Lacaf-Moriquand Vercors d’en haut, la réserve naturelle des Hauts plateaux.....................................................Daniel Pennac Passions de la Drôme ...................................................................... Je serai les yeux de la terre .............................................Alain Serres Le chevreuil..........................................................Philippe Carruette Les arbres ................................................................................ Edlin L’herbier boisé................................................................ B. Bertrand La Drôme ................................................................... Sites et visites Arbres et arbustes .......................................................Gordon Vroni Le guide de la Drôme des collines .......................................Gardelle La cascade aux miroirs (roman)................................... André Bucher Pays à vendre (roman) ................................................ André Bucher Fend la bise aux cœur tendre ...................................Andrée Rolland Drôme Nord, terre d’asile et de révolte ........... Chosson, Desgranges Légendes et nouvelles du pays dauphinois ...............Gilbert Coffano La Drôme, côté jardins .........................................Charignon,Dupuis Arbres remarquables de la Drôme ................................................... La Drôme romane Histoire de Moras en Valloire ........................................Pierre Martin Trésors et patrimoines touristiques : la Drôme ................................. La Drôme autrefois .................................................. Martine Sadion Manthes 1884-1984 La Drôme ................................................................... Delmas et Cie Amoureuses collines ................................................ Chatre, Errante Grands espaces naturels de la Drôme ...................... Mille tendresses Les toits des pays de France ................................Jean-Yves Chauvet La riche Valloire rurale La France et ses paysans.............................................. Pierre Miquel Architecture paysanne en France ................................. Jacques Fréal Saint Rambert d’Albon et ses environs autrefois ...........Pierre Martin

Paysages, une histoire toujours à inventer

La Drôme ....................................................................Isabelle Carra La fin des terroirs ............................................ Eugen Joseph Weber La Drôme ................................................................. Anne Da Costa Par les champs et par les vignes ...............................Marcel Lachiver Un guide pour les citoyen du XXIe siècle .......................................... Plaidoyer pour une agriculture paysanne ............... Roméo Bouchard Que trouve-t-on à la campagne ? Les espaces ruraux ..................................................... Jean-Paul Diry Pour que vive la terre .....................................................Roger Cans L’invention de la ville occidentale................ Pardo Vittorio Franchetti Jardiniers ....................................................................... Bruno Suet Montagnes drômoises La France des pâturages ......................................... Claude Michelet La France paysanne ......................................... Jean-Bernard Naudin Paysages, paysans, l’art de la table en Europe ...Jean-Marc Chamard La paysage français ..............................................Georges Plaisance Campagne, un écoguide Etudes drômoises

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PAYSAGES DE LECTURES Titre

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Pays, paysans, paysages dans les Vosges du Sud

Collectif INRA

INRA Editions, 1977, 1995

Le paysage, entre natures et cultures

Pierre Donnadieu, Michel Périgord Armand Colin “128” , 2007

10

?

Clés pour le paysage

Pierre Donnadieu

Ophrys, 2005

22

Comprendre le paysage

Bernaette Lizet

INRA Editions, 1994

20

Histoire du paysage français

Jean Robert Pitte

Tallandier, 1983, 2003

26

Les paysages français

Philippe Beringuier, Pierre Dérioz, Anne-Elisabeth Laques

Armand Colin “Synthèse”,1999

10

A la découverte du paysage vernaculaire

John Brinckerhoff Jackson

Actes Sud, 2003

25

Le paysage c’est l’endroit où le ciel et la terre se touchent

Michel Corajoud

Actes Sud, 2010

25

Le goût du monde, exercices de paysages

Jean-Marc Besse

Petit guide de l’observation du paysage

JP Deffontaines, J Ritter, B Deffontaines, D Michaud

INRA / Quae, 2006

Les paysages européens

Maryse Clary

Hachette “Education”

Dessiner les paysages … la nature et les monuments

Severino Baraldi, Marco Franchini De Vecchi, 2009

16

Découvrir et comprendre les paysages de la campagne

Jean Huchet

Ouest France

10

Voyage au pays des arbres

JMG Le Clezio

Folio Cadet

6

21 6 5

Mouvance 2 : Du jardin au territoire, 70 mots pour le paysage Augustin Berque

La Villette “Passage”/ 2006

12

Variations paysagères

Pierre Sansot

Petite Biliothèque Payot

8

Roches et paysages, reflets de l’histoire de la terre

François Michel

Belin / Ed BRGM, 2005

21

Paysages, une histoire toujours à inventer

65


TERROIRS & CULTURES International

Paysages, une histoire toujours Ă  inventer

66


MFR ANNEYRON

Paysages, une histoire toujours Ă  inventer

67


es ôme des Collin n Vivre en Drtico le Romans • Peyrins Paysages du Bie ée Hor MFR Mondy • Lyc MFR Anneyron •

samedi 26 mars

2011

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vendredi 25 avri Moras en Valloire

Crédits photos : Association Valloire Loisirs / Eric Barraud / Jacques Deplace / Jo Gay - Livre « Epinouze, au fil du temps » (édité par l’Amicale Laïque d’Epinouze) Création et Impression : IDC Imprimerie - ANDANCETTE - 04 75 03 04 91


Actes entretiens du Terroir 2010