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N°2 - Mai - Juin - Juillet 2012

M A G A Z I N E D E S É T U D I A N T S D E L A F A C U LT É D E M E D E C I N E D E T U N I S

Interview de

Si lemhaf

Rencontre avec

Pr. Hamza Essaddam Le kamasutra tunisien

Enquête :

Peut-on faire confiance aux médicaments en Tunisie?

j’aime


MAGAZINE DES ÉTUDIANTS DE LA FACULTÉ DE MEDECINE DE TUNIS

édito J

e m’étais retrouvé en fin de semaine face à une feuille blanche, stylo à la main, avec pour mission : écrire l’éditorial de SYNAPSE. Les examens approchaient à pas de géant, j’avais peu de temps, mais pire que tout : très peu d’idées. Tout cela, ne faisait qu’en rajouter à ma peine et la feuille blanche, trop blanche, qui gisait devant moi prenait alors des dimensions monstres. Mais toujours rien, pas l’ombre d’une inspiration ! Je m’en allais alors fureter dans tout ce qui m’entourait à la quête de l’idée inespérée qui me ferait pondre, qui sait, le Pulitzer 2012 ! Je me mis à feuilleter quelques magazines, à surfer sur internet et à zapper devant mon téléviseur, mais en vain !

RÉDACTEUR EN CHEF Mohamed Zarrami

• COMITÉ DE RÉDACTION Chedi Mhedhebi Selim Khrouf Oussama Aouina Mehdi Tebrouri Mona Chebaane Yessine Ben Nejma Ferid Bouothmani Cyrine Ben Saïd Khaoula Boughizene

• ONT CONTRIBUÉ À CE NUMÉRO Mehdi Chihi Laroussi Saula Sonia Kamoun Fida Maatallah Myriam Ben Slimane

• REMERCIEMENTS Pr. Hamza Essaddam Dr. Imed Helal M. Rafik Kilani Pr. Tahar Ben Lakhdar Yahia Boulahia Lotfi Ben Sassi Si Lemhaf 3am Ettaher

Puis, en survolant quelques journaux, je tombai sur une nouvelle qui fit mon étonnement et accapara toute mon attention : La profanation de la tombe de feu Tahar Haddad. Penseur et syndicaliste du début du siècle passé, Haddad avait été victime de multiples campagnes de dénigrement de son vivant, et n’en finit manifestement pas de subir les admonestations des mêmes courants idéologiques, près d’un siècle après sa disparition. De quoi est-il coupable ? Sans doute d’avoir prôné la libération de la femme et l’interdiction de la polygamie. Des idéaux qu’il avait verbalisés dans son livre « Notre femme dans la charia et la société » en 1930 (‫ﺘﻤﻊ‬‫ﺍﻣﺮﺃﺗﻨﺎ ﻓﻲ ﺍﻟﺸﺮﻳﻌﺔ ﻭﺍ‬ ). A l’époque, la parution du livre lui avait valu d’être empêché de poursuivre ses études de droit par intervention du Bey, mais également d’être dépouillé de tous ses droits. Et voilà que cette dictature d’état, fait place plus de quatre vingt ans plus tard à une dictature de rue, plus dangereuse car plus imprévisible ! Mais si Haddad avait été le souffre douleur d’une société ultra-conservatiste des années 30, quel sens prendrait alors la profanation de sa tombe aujourd’hui, dans une société tunisienne qui, non seulement accepte, mais réclame être dans l’air du temps ? Et là une question se mit à germer dans ma tête : si l’on se prenait de la sorte au défenseur des femmes, comment s’en prendrait-on demain aux femmes elles-mêmes ? Rien qu’à l’évocation de cette question j’eus une pensée spontanée aux femmes, à une en particulier : ma mère, femme que j’admirais et à laquelle j’ai toujours voué un amour sans conditions. Et en pensant à elle, je me trouvais inconsciemment projeté dans un tendre souvenir lointain : les dictées qu’elle me faisait. Elle me mettait à la table de la cuisine, et me faisait la dictée pendant qu’elle préparait le dîner ou faisait la vaisselle. Entre une assiette lavée et un tour de louche dans la marmite, elle me lisait une ou deux phrases. Et moi, les yeux pétris d’adoration, je la regardais et j’admirais sa maîtrise et son dévouement. Il est vrai que, souvent, elle était tellement absorbée par ses tâches ménagères, qu’elle se laissait aller, et du coup la dictée devenait longue, très longue. Je n’osais jamais l’interrompre. J’en arrivais même à avoir des fourmillements dans les doigts et la main engourdie. Et j’ai le souvenir qu’à chaque fois que la dictée devenait laborieuse, à cet instant précis, je pensais souvent à une autre femme : La femme de Taha Hussain (Suzanne Hussain). Je lisais à l’époque mon premier grand roman « Al Ayem » (‫ )ﺍﻻﻳﺎﻡ‬et j’avais été subjugué par l’idée que ce pavé de plus de cinq cent pages ait été écrit à l’orale, dicté par l’auteur non-voyant à sa femme ! Je me disais alors : la pauvre, elle devait en avoir des fourmillements aux doigts, et la main engourdie, comme moi ! Cette femme, comme tant d’autres qui ont de tout temps fait preuve d’une endurance, d’une patience et d’un attachement fabuleux, illustre admirablement le vieux proverbe arabe :

« La vie est un désert dont la femme est le chameau » .

Je m’aperçus enfin, que de réflexions en réflexions, j’étais parvenu mine de rien à aligner quelques phrases. Cette crise d’inspiration qui se dénouait au fil de quelques pensées à l’envers des femmes me fit penser qu’il fallait bien une femme pour les situations les plus insolubles.

CONCEPTION & RÉALISATION mim éditions : 71 950 330

La feuille, jadis blanche, avait alors cédé sa place à un éditorial qui se veut être un hommage à Tahar Haddad et, à travers lui, un hommage aux femmes, à toutes les femmes ! Par Mohamed ZARRAMI


A l’heure où nous vous écrivons

ceci, nous ne savons même pas si le magazine va paraître. Mais nous nous battons, et nous rêvons. Nous rêvons qu’un jour, Synapse devienne une tradition à la Faculté de Médecine de Tunis. Nous rêvons de faire de ce magazine un flambeau qui se transmettra de génération en génération. Nous rêvons d’en faire une véritable « synapse » entre nous et nos Seniors, une « synapse » entre le présent et le futur. Mais nous rêvons aussi de vous voir prendre part à cette aventure, de vous voir construire votre magazine, NOTRE magazine. C’est notre droit à tous d’avoir une aire de partage, où chacun pourra s’exprimer librement et dignement. Nous vous invitons à partager notre rêve, car nous croyons dur comme fer en ce projet, en ce lien qui nous unit tous. Rejoignez l’aventure Synapse, envoyez vos idées et contributions à l’adresse suivante :

redaction.synapse@gmail.com Bonne lecture.

Nos remerciements à l’équipe fondatrice pour avoir su nous communiquer l’esprit de ce magazine ainsi qu’aux membres du bureau local d’Associa-Med Tunis, qui, grâce à leur présence et à leur esprit d’équipe, ont grandement contribué à la réalisation de ce numéro. N°2 2 Synapse Mai - Juin - Juillet 2012


MAGAZINE DES ÉTUDIANTS DE LA FACULTÉ DE MEDECINE DE TUNIS

Sommaire Mot du senior 5

INSOLITES RÉTROMANIA

6

10

Il faut bien une première fois à tout 13

Anamèse des médicaments en Tunisie 17 La Question

QUI FÂCHE

22

Rencontre avec Pr. Hamza ESSADDAM 24 Elections 30 Le Kamasutra

TUNISIEN

35

SI ELMHAF

37

Poèmes 40

Synapse N°1 Oct - Nov - Déc 2011

3


Ils ont accepté de dessiner pour Synapse

Yahia Boulahia

Lotfi Ben Sassi 4

Synapse N°2 Mai - Juin - Juillet 2012

3am Ettaher


MAGAZINE DES ÉTUDIANTS DE LA FACULTÉ DE MEDECINE DE TUNIS

Lettre

LE MOT DU SENIOR

aux jeunes médecins Tunisiens Je suis médecin tunisien originaire de Benguerdene (Medenine) où j’ai commencé et terminé mes études primaires et secondaires. Après mes études de médecine générale à Monastir, j’ai réalisé mon rêve de compléter ma spécialité en néphrologie et d’être assistant hospitalo-universitaire en néphrologie a l’hôpital Charles Nicolle au service de médecine A (M8). Grimpant les marches du savoir une à une sous les yeux bienveillants de nos maîtres, qu’il nous soit permis d’exprimer toute notre reconnaissance à leur égard, eux qui ont contribué et ne cessent de le faire à notre formation. Ma vocation pour la Néphrologie s’est confirmée au fur et à mesure de mes études médicales. Deux ans et demi de Résidanat dans les Hôpitaux Tunisiens m’ont permis d’acquérir une formation de base solide. La fréquentation des services hospitaliers et le contact avec mes Maîtres ont fait naître en moi une passion : l’enseignement. La carrière hospitalo-universitaire devenait alors pour moi un rêve. Trois années et demi passées dans les Hôpitaux Français (notamment l’hôpital Necker Enfants-Malades) m’ont permis d’acquérir un complément de formation pratique mais également théorique très enrichissante. Ce fut également l’occasion de mesurer le mérite de mes Maîtres Tunisiens pour la qualité de leur enseignement malgré les conditions parfois difficiles. Nous avons été admis en examen de fin de spécialité en Mars 2004 et en concours d’assistanat hospitalo-universitaire en octobre 2005. Durant les 7 années d’Assistanat et grâce à la bienveillante attention de notre Maître : le Professeur Adel KHEDER, j’ai pu m’exercer pleinement aussi bien sur le plan médical qu’universitaire. J’ai exercé aux différentes unités du service : Néphrologie clinique, Hémodialyse et Transplantation Rénale. Sur le plan universitaire, je n’ai ménagé aucun effort pour l’encadrement des externes, des internes et des résidents, ainsi que pour les activités d’enseignement de la Néphrologie. Notre formation demeurait l’un de nos soucis majeurs durant la période d’assistanat car nous savions que toute évolution scientifique et pédagogique requiert la formation et la mise à jour régulières. Pour suivre ce destin, la chance a fait que j’ai eu un chef et une équipe qui m’ont facilité la tâche. Ainsi, depuis Juillet 2010 un homme de cœur et de science, l’éminent Professeur de Néphrologie, Professeur Schrier Robert, m’a offert la possibilité d’intégrer son équipe de recherche aux USA (Colorado – Denver), une équipe d’une renommée mondiale. Sans hésitation j’ai plié bagage et j’ai embarqué pour cette aventure. Les résultats ne tardent pas à venir lorsqu’on travaille dur ! Lors du dernier Congrès Mondial de néphrologie a Vancouver-Canada, 8-12 avril 2011, j’ai reçu le premier prix du meilleur travail de recherche. Entre ‘’recevoir’’ et ‘’donner’’, nous avons essayé de construire un maillon de la chaîne du savoir entre nos maîtres, nos élèves et nos patients. Notre souci est d’être à la hauteur de la confiance de nos pères qui nous ont transmis leur savoir et leur savoir-faire, mais aussi à la hauteur des attentes de nos élèves et de nos patients et surtout à la hauteur de l’image de notre chère Tunisie. Je dédie ce prix à la mémoire de mon cher père, mon premier instituteur dans cette vie. Dr Imed HELAL 20/04/2012 Las Vegas (USA)

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Pas de demi-mesures

I N S O L I T E S

En 1995, le corps de Peng Shulin est tranché en deux par un camion. Sa vie est sauvée in-extremis grâce à la ténacité d’une vingtaine de docteurs. Des greffes prises sur sa tête leur permettent de sceller le bas de son torse. Néanmoins, en l’absence de membres inférieures, Peng se retrouve bien diminué et ne mesure pas plus de 78 cm. Alité pendant de nombreuses années, son cas attira l’attention d’un centre de recherche et de réhabilitation de Pékin. Les chirurgiens orthopédistes et légèrement bricoleurs ont pris le problème à bras le corps et ont trouvé un moyen de lui permettre de marcher à nouveau en lui fixant des jambes bioniques sur un torse de synthèse.

Le bébé Hercule

Ce bébé Jonas a une force extraordinaire dans les bras. Pour se mettre à la hauteur d’un écran d’ordinateur, il est prêt à réaliser une série de tractions.

Pour arriver à regarder Le Livre de la Jungle, ce bébé nommé Jonas, âgé de dix mois seulement, est capable de se surpasser en effectuant des tractions. Alors que sa mère avait mis le titre Il en faut peu pour être heureux sur son ordinateur, l’enfant a tout fait pour réussir à se hisser sur le bureau afin de pouvoir enfin suivre son dessin animé. Il utilisait donc le bureau comme barre pour effectuer ses tractions. Incapable de grimper sur le bureau, Jonas n’a pas pu aller plus

loin que les séries de tractions qu’il réalisait. A bout de force, il a même tenté de déplacer la lourde chaise du bureau, mais sans succès. Il a donc dû se contenter d’écouter l’entrainante chanson interprétée par l’ours Baloo. A présent, ce bébé sait que pour espérer regarder les aventures de Mowgli, il ne pourra donc pas compter sur sa seule force. En effet, il devra également négocier avec sa mère pour qu’elle le dépose enfin à la hauteur de l’écran.

Des recettes pas comme les autres Des recettes usant d’ingrédients saugrenus, vous avez dû en entendre parler un tas de fois. Mais vous n’êtes pas pour autant au bout de vos surprises : Le livre « Natural Harvest » propose une collection de recettes à base de, tenez vous bien, sperme ! Ceci n’est surtout pas une plaisanterie de mauvais goût puisque l’auteur présente son ouvrage N°1 6 Synapse Oct - Nov - Déc 2011

en ses termes : « Tout comme les bons vins ou les grands fromages, le goût du sperme est dynamique et complexe ! ». Le livre de Paul Photenhauer, infirmier à San Francisco, qui a été vendu uniquement sur internet, s’est écoulé à plus de mille exemplaires ! Les banques de sperme n’ont qu’a bien se tenir !


MAGAZINE DES ÉTUDIANTS DE LA FACULTÉ DE MEDECINE DE TUNIS

Mounira HMANI AIFA

Le 28 Mars dernier, la chercheuse tunisienne Mounira Hmani Aifa a été récompensée par l’Unesco et la fondation l’Oréal, recevant la bourse spéciale internationale « sur les traces de Marie Curie » afin de saluer son apport remarqué dans le domaine scientifique, depuis son laboratoire du centre de biotechnologie de Sfax. Quand elle commence son travail sur les gènes responsables de maladies héréditaires en 1993, c’était encore le début du domaine de la génétique humaine. Elle est la seule de sa promotion à avoir persisté sur le chemin fascinant de la recherche. En 2002, elle reçoit une première bourse internationale L’OréalUnesco. « Cette bourse est arrivée au bon moment, juste après l’achèvement de ma thèse. Elle m’a encouragé à faire un post-doctorat à l’étranger et cela à propulsé toutes mes recherches. », Raconte-t-elle. Elle

poursuit alors ses recherches en Suède et met en évidence, à son retour en Tunisie, une corrélation entre ADN et transmission de la cécité. Elle travaille ensuite sur la microphtalmie postérieure, un trouble oculaire héréditaire rare qui induit une hypermétropie sévère, avec des équipes en Tunisie et aux Etats-Unis ; Notre trésor national insiste d’ailleurs sur l’importance et la nécessité du travail d’équipe dans le domaine de la recherche. Son travail continu, ainsi que son acharnement ont donc porté leurs fruits au bout de 8 ans. C’est en effet en 2011 qu’elle identifie le gène PRSS56 et qu’elle publie un article dans la revue Nature Genetics. Ce gène pourrait aussi causer le glaucome, qui est la deuxième cause mondiale de cécité et qui touche 16 millions de personnes dans le monde. C’est pour cette découverte majeure que Mounira Hmani Aifa a été récompensée. A 40 ans, cette mère de 4 enfants, réussit parfaitement à concilier ses responsabilités professionnelles et sa vie de famille, sans oublier sa participation à une association des droits des femmes. Issue d’une famille modeste et passionnée par tout ce qu’elle entreprend, elle invite aujourd’hui les jeunes à se vouer à la science, même dans des conditions défavorables. Sa réussite, qui nous rend si fiers et qui nous honore, nous offre en plus une bouffée de motivation et d’optimisme, quant à l’avenir de notre cher pays.

Découverte

d’un nouveau traitement contre les leishmanioses cutanées

C’est au début de cette année qu’une équipe tuniso-américaine est parvenue à mettre au point un nouveau médicament contre les leishmanioses cutanées. Présenté sous forme de pommade, ce médicament a passé tous les tests pharmacologiques avec succès et est maintenant en attente d’industrialisation. Cette découverte est le résultat de la fructueuse colla-

boration de l’Institut Pasteur de Tunisie et l’US-AMDA (U.S Army medical materiel development activity) qui mènent des recherches associées depuis onze ans. L’évolution de ce projet de recherche a été présentée, mercredi 8 février 2012 à Tunis, lors d’une séance de travail avec le ministre de la santé publique, Dr Abdellatif Mekki, en présence de toute l’équipe de chercheurs. Dr Hechmi Louzir, directeur général de l’Institut Pasteur de Tunis, et Dr Kenneth Bertram, représentant de l’US-AMDA ont exposé les résultats du projet ainsi que les opportunités de production industrielle du nouveau médicament. La leishmaniose cutanée est la forme la plus commune de leishmaniose. C’est une infection cutanée qui touche aujourd’hui plusieurs millions de personnes dans près d’une centaine de pays, dont la Tunisie. Elle s‘y déclenche principalement dans le Centre et le Sud. Cette découverte prometteuse donne donc de nouveaux espoirs à ces patients qui en souffrent. Sonia KAMOUN Synapse N°2 Mai - Juin - Juillet - 2012

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MEDECINS À LA UNE

une scientifique tunisienne qui excelle


SCIENCE

Le rire est-il le propre de l’Homme?

On rit dès notre plus jeune âge. Quoiqu’il existe une centaine de rires différents, tout le monde rit. C’est presque indispensable pour une vie équilibrée et un état général de bien-être. Rire prend naissance toujours en expiration (pour les humains). Il déplace donc les muscles expirateurs et améliore ainsi la ventilation, d’où la sensation de coup de fouet qu’on sent après un bon fou rire. Les muscles faciaux, du cou, des épaules et de l’abdomen se contractent. Pendant ce temps, les muscles des membres supérieur et inférieur se relâchent. S’en suit une phase de détente générale où même les sphincters se relâchent.

Parce que le rire avant tout, est une forme d’expression, et ainsi, de communication. Ceci implique une sorte de communication entre toute autre espèce animale qui serait dotée de la faculté du rire et une certaine connaissance du soi. Un peu de phylogénétique pour m’expliquer : L’être humain actuel, fait partie des homininés, eux-mêmes classés en Gorillini (gorilles) et en Hominini (Chimpanzés et australopithèques). C’est ainsi naturellement que l’on ait cherché cette faculté chez eux, étant plus «proches» de nous.

« Sans un autre qui se tient à côté de vous, rire, parler, apprendre, chanter... sont des actes qui ont peu de sens »

Nous utilisons le rire dans moult épisodes de notre quotidien. Que ce soit devant un film comique au cinéma, devant une blague lue dans un journal ou même dans des situations où le rire n’est pas provoqué par une circonstance comique, il constitue un des nombreux recours auxquels on se tourne quand les mots nous échappent. C’est donc humain de rire. Aristote a même déclaré que « l’Homme est le seul animal qui ait la faculté de rire ».

- Alice Ferney

Oui mais il était un fervent opposant à l’idée de l’évolution, donc la réticence est justifiée...

L’appréciation du caractère paradoxal du phénomène induisant le rire par le cerveau (le cortex) fait naître l’information qui est transmise au système limbique suivie de la transmission de l’information au système nerveux autonome : augmentation de la fréquence cardiaque et dilatation des vaisseaux de la face et dans un deuxième temps, une baisse de la pression artérielle, de la fréquence cardiaque, une bronchodilatation. Une production de certaines catécholamines et d’endorphines suit ce processus très plaisant. Un brassage des viscères par le mouvement des muscles abdominaux, du diaphragme et de la cage thoracique améliore la digestion. On connaît donc très bien la physiologie du rire… Oui mais savons-nous si nous sommes les seuls à jouir de cette faculté ? N°2 8 Synapse Mai - Juin - Juillet 2012

Diverses études scientifiques ont prouvé que le rire n’est pas le propre de l’Homme. Bien au contraire, nous aurions un retard considérable face à nos ancêtres dans ce domaine. Parmi ces recherches, le Dr. Marina Davilla-Ross de l’université de Portsmouth a enregistré près de 800 sons produits par un chatouillement (sur des gorilles et des bonobos) et dit que «nous avons diverses découvertes nous montrant que le rire humain est profondément ancré dans la biologie humaine, par sa présence dans différentes cultures et aussi bien chez les enfants non-voyants et sourds.» Les rires enregistrés avaient tous une variabilité de fréquence assez proche : les Chimpanzés et les Bonobos ont un rire dit « en série » lui-même fait de rires courts. Quand nous rions, les sons qui sortent des cordes vocales sont stables. Ceci est dû à un certain contrôle du


SCIENCE

MAGAZINE DES ÉTUDIANTS DE LA FACULTÉ DE MEDECINE DE TUNIS

son synchronisé. Ces propriétés ont aussi été trouvées chez eux. Le Dr Jaak Panksepp, un neurochirurgien de l’université d’état de Washington a effectué diverses expériences sur des rats de laboratoire et a enregistré le son émis après les avoir chatouillés. Conclusion : quoique le son ait une fréquence inaudible pour l’oreille humaine (les sons émis étaient des ultrasons), les rats riaient bien- c’est bien sûr une hypothèse que le son émis soit un rire et redemandaient même d’être chatouillés de nouveau ! Ces rongeurs sympathiques ont montré aussi des signes de peur une fois des poils de chat placés à côté d’eux. Le dilemme dans cette expérience est que ces rats n’ont jamais vu de chats de leur vie. Nos amis les animaux sont donc bien capables de genèse d’émotions. Toutes ses similitudes montrent que le rire, étant commun chez divers primates, proviendrait d’une même origine (un ancêtre commun) et qu’il aurait donc, par la suite, évolué. Matière à réfléchir, en savant que les primates rient aussi. C’est à se demander à quel point on se ressemble ? Mehdi TEBROURI

* L’arbre phylogénétique est basé sur une étude comparative du gène codant pour la cytochrome c oxydase (EC 1.9.3.1) En guise de réponse au formulaire que je vous aie soumis, vous êtes : • 100 % à croire que le rire est indispensable pour une bonne santé. • 89 % à croire en la gélothérapie et la possibilité qu’elle ait un impact sur la santé des malades • 59 % à croire qu’on rit moins qu’avant. Je salue l’initiative prise par mes collègues de l’associamed, qui ont mis en exergue l’importance du rire par la journée « Take it easy: Journée Anti-Stress! » le 11 Avril précédant. Liens utiles et bibliographie : http://darwin-online.org.uk/pdf/1874_ExpressionFrench_F1184.pdf : L’Expression des émotions chez l’homme et les animaux de Charles Darwin http://graphics8.nytimes.com/packages/video/science/rat.mov http://www.infirmiers.com/pdf/tfe-rebecca-gumbeau. pdf L’Aventure humaine, des molécules à la culture, Boyd & silk, 2004, éditions de boeck

Synapse N°1 Oct - Nov - Déc 2011

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Rétromania Bouillon de pop culture « Au 19ème siècle, la nostalgie était une maladie. Au 21ème siècle, c’est une drogue, un tranquillisant et un stimulant. » Une phrase prononcée par Steven Heller, ancien directeur artistique du New-York Times, et parfaitement mise en abyme par Simon Reynolds - célèbre journaliste et critique musical britannique – dans un brillant essai intitulé : Rétromania. Au 19ème siècle, la nostalgie était une maladie décrite par le médecin Johannes Hofer comme un mal du pays rongeant les mercenaires suisses lors de longues périodes de service. Aujourd’hui, la nostalgie revêt une toute autre forme, celle du rétro, tentative propre au nouveau millénaire de ressusciter les décennies passées dans les différents recoins de l’art et de la mode. Sous le teint frais de la nouveauté, on devine trop souvent la chair grisâtre et flétrie des vieilles idées. Au lieu de nous déposer sur le seuil du futur, le pouls du MAINTENANT s’est affaibli année après année durant les années 2000, décennie par excellence du « Re » : Reformation de groupes (Police, The Pixies, Led Zeppelin, The Sex Pistols…), rétrospectives perpétuelles accompagnées d’une profusion de biographies, mémoires, biopics et anniversaires hommages (Bob Dylan, The Beach Boys, The Rolling Stones et The Beatles ont fêté leur cinquante ans cette année.), rééditions de coffrets d’albums collectors qui ont fait la légende du rock, revivals, remixes, reprises, remakes et recyclage tous azimuts avec la réanimation et la rénovation de genres musicaux révolus en réassemblant de vieilles sonorités (samples). Beaucoup de termes asphyxiés par un préfixe redondant, qui touchent autant la musique et le cinéma que le design et le high-tech. Pendant que les constructeurs améliorent la qualité photo, leurs clients se ruent sur les applications vintage comme Instagram qui, avec ses dérèglements chromatiques à l’imagerie seventies, monopolise les Smartphones. A la télé, on assiste à la renaissance de Beverly Hills, Melrose Place ou Dallas, et une série comme Mad Men recreuN°2 10 Synapse Mai - Juin - Juillet 2012

se les vicissitudes de publicitaires au début des années 60. Des chaînes comme la BBC ou VH1 ont créé les documentaires « I Love [The Decade] » où les décennies passées sont révisées au peigne fin. France 2 a même tenté de ressusciter Champs-Elysées, l’émission mythique présentée par Michel Drucker il y a de ça une vingtaine d’années. Hollywood, quant à lui, investit dans des dizaines de remakes chaque année, de Fame à Tron en passant par La Panthère Rose. Des stations radios entières se sont spécialisées dans le filon Oldies et il y a un culte du mobilier kitch. Sommes-nous en 2012 ? Nous portons des RayBan Wayfarer, récompensons un film muet en noir et blanc aux derniers Oscars (Cf. The Artist) et écoutons Lana Del Rey, une chanteuse qu’on croirait sortie tout droit de l’année 1950. « L’avant-garde est aujourd’hui une arrière-garde. » écrit Simon Reynolds. Alors quoi ? Le présent n’a donc plus rien à offrir, à part un dangereux pastiche d’un Lavoisier convaincu que « Rien ne se perd, rien se crée, tout se transforme. » ? Ces formes de la nostalgie bloquent-elles le chemin de toute créativité ou retrouvons-nous nostalgiques précisément parce que notre époque


viendrait à manquer d’élan créatif ? Bien entendu, la nostalgie n’est pas une caractéristique propre au nouveau millénaire. Au début des années 80, Serge Gainsbourg entonnait déjà « La nostalgie, camarade. ». Si la scène musicale des années 2000 a vécu un revival eighties et nineties sous la forme de résurgences électro-pop, post-punk, néo-disco et nu-rave, les décennies précédentes n’étaient pas en reste et ont, elles aussi, vécu leurs propres revivals : Le punk des années 70 a puisé dans les premiers balbutiements du rock’n’roll des années 50. Quant au trad-jazz des années 60, il s’est ressourcé dans les trompettistes de la Nouvelle Orléans des années 40. Seulement voilà, cette décennie a vu la rétromania s’amplifier avec la révolution YouTube-Deezer-Spotify-iTunes-Megaupload. Internet, en général, a été un bon générateur de retour au passé grâce à l’archivage et au décodage / encodage de milliards de données sur la toile. Grâce à un site de partage de vidéos comme YouTube, l’accès à des émissions, des concerts et des films vieux de plusieurs années devient possible. Soudain, la mémoire collective est submergée par les images du passé, c’est ainsi que se crée la nostalgie des périodes heureuses. Moi-même suis une grande nostalgique du psychédélisme des sixties, de Woodstock et du Summer of Love, alors que les jeunes ne sont pas censés être nostalgiques : ils n’ont pas vécu assez longtemps pour amasser une réserve de précieux souvenirs. Quel est donc ce marasme étouffant de bribes d’une période à peine effleurée, sinon par les enregistrements de l’époque disponibles aujourd’hui en formats MP3 ? Internet offre un trop-plein d’informations qui a rendu sa gloire au passé, au point que « le présent est devenu un pays étranger. » Ce phénomène de l’éternelle insatisfaction – L’impression d’être né à la « mauvaise époque » - est mis en lumière par le Midnight in Paris de Woody Allen. Dans le film, Owen Wilson, enfant du 21ème siècle, est propulsé dans les années folles, jadis rythmées par des écrivains comme Fitzgerald, Hemingwey ou Stein, ces enfants du jazz qui virent Paris virevolter sous leurs pas. A côté, Marion Cotillard qui vit dans le berceau des années

20 se retrouve quant à elle parachutée dans la belle époque, quintessence de l’activité littéraire et avènement de l’idéal des lumières, témoin d’un prestige artistique et créatif rarement atteints. A un moment clé du film, Cotillard demande à Wilson de rester avec elle dans la belle époque, insatisfaite de son présent qu’était celui des années 20. Le présent nous rebute, nous sommes convaincus que d’autres ont connu mieux ailleurs, hier. Alors quoi, on se réfugie dans les vestiges d’une période révolue : le corset, les ombrelles, le music-hall et le dandysme. Voltaire aurait peut-être préféré La renaissance, et Véronèse, le moyen-âge ! Et ce qui se passe de curieux dans Midnight in Paris, c’est que Wilson décline l’invitation d’une Cotillard rongée par la nostalgie, préférant un retour vers le futur lucide dans son présent à lui, en 2010. L’idée est que, où que nous nous trouvions, l’insatisfaction de l’instant fera rage, nous sommes impuissants face à ça. La rétromania nous guette, nous habite et nous habille. Synapse N°2 Mai - Juin - Juillet - 2012

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Et celle-ci n’épargne pas plus la mode. On se souvient de la célèbre formule de Jean Cocteau : « L’art produit des objets assez moches, qui deviennent beaux avec le temps, alors que la mode produit des choses belles, qui deviennent moches avec le temps. » Et pourtant, la soif de nouveauté engendre un appétit de changement insatiable qui ne peut durer indéfiniment, étant donné que l’innovation esthétique, sujette à des blocages, à des voies sans issue et à des pénuries créatrices, ne sera jamais un flot continu. La doctrine de la mode est donc le changement sans changement. A l’image de cette décennie, où le rétro tend à devenir un trait structurant de la pop culture : inévitable phase récessive de l’effervescence qui la précède, mais aussi réflexe face à l’accumulation des idées et des styles aux potentiels sous-exploités. N’est-ce pas Brian Eno, célèbre musicien et producteur de David Bowie et des Talking Heads, entre autres, qui affirmait déjà en 1991 : « En cette époque surchargée de nouvelles informations et de nouveaux artefacts, ceux qui sauront les réévaluer, les filtrer, les digérer et les connecter entre eux seront les nouveaux storytellers. » En gros, le « c’était mieux avant » trouve sa raison d’être dans les nouvelles combinaisons artistiques : doux compromis qui offre un semblant d’innovation. « Pop Will Repeat Itself », « No Future », « Turn Back Time »… Autant de slogans représentatifs N°2 12 Synapse Mai - Juin - Juillet 2012

d’une décennie où « le moment est devenu un monument. » Mais du futur, justement, parlons-en. L’art est-il condamné à se répéter indéfiniment ? N’y a-t-il rien de nouveau sous le soleil ? Ou assistons-nous à une simple phase de stagnation, où un torrent de pluies diluviennes provoqué par Internet et ressurgi d’antan, a bravé l’espace-temps pour venir se nicher dans le présent ? Simon Reynolds ne sait pas ce qui va advenir de la pop culture, le monde étant lui-même sujet à des changements incessants : « Les mouvements sociaux, les révoltes populaires de ces derniers mois, n’ont pas de bande-son. Quand ça a éclaté en Angleterre, beaucoup de journalistes ont demandé : où est la chanson ? Tout ce que j’ai noté, c’est que l’année dernière aux Etats-Unis, beaucoup de chansons pop parlaient de faire la fête à fond, de prendre une grosse biture, de faire péter la carte de crédit une fois pour toutes. Il y avait un sous-texte apocalyptique, c’est la fin du monde, faisons la fête, un dernier verre. Ça faisait écho à la crise financière. » Ou un écho à la fin d’une révolte parce que tout a déjà été fait... L’histoire est un éternel recommencement, mais le futur est toujours là quelque part, j’en reste persuadée. Myriam BEN SLIMANE


Il faut bien une première fois à tout : Une nuit de garde aux urgences du CTGB de Ben Arous. 19h. Frétillante d’impatience, tout sourire comme s’il s’agissait d’un départ en vacances, je me présente aux urgences pour ma toute première nuit de garde. L’interne lève brièvement la tête, un sourire en coin, de ceux qu’on nous réserve tout particulièrement, êtres innocents et encore emplis d’enthousiasme que nous sommes. Il me semble tout de même détecter, le temps d’une fraction de seconde, une brève lueur nostalgique qui s’éteint aussitôt. Ah, j’avais cru. 19h30. Rupture du jeûne. On apprend vite qu’il ne faut pas rigoler avec les estomacs des internes et résidents de garde, ça fâche. On s’attable en plein air, dans l’arrière-cour de l’hôpital, et la concentration est à son summum : des gouttes de sueur perlant sur le front, la pensée que le résident en chirurgie m’a l’air de fournir plus d’efforts pour manger sa brique qu’au bloc me traverse l’esprit. 20h. Au cours du dîner, la désertion des urgences m’étonne, et lorsque je pose la question, de toute évidence innocemment, l’interne me répond un bien gentil « ne m’oblige pas à te détester ». Trop tard, il est « demandé à l’accueil », et je me lance impatiemment derrière lui. Le patient en question est installé sur un brancard mobile qui se balade au milieu du couloir, ses gémissements sont aussi réguliers qu’un métronome, et reprennent de plus belle lorsque le pauvre homme se rend compte qu’on l’a passé en sourdine. Une fois examiné, le patient est envoyé pour une « taswira », et l’interne m’explique, avec ce ton mi-sarcastique qui ne semble pas le quitter, que rien qu’au rythme des geignements de douleur on comprend que, tout ce qu’il veut, c’est son congé ramadanesque. Pas très heureux d’avoir été interrompu au cours de ce qu’il appelle son « premier round », les consultations démarrent. 21h. Mes vas-et-viens m’occupent, entre une che-

ville foulée et un poignet enflé, je m’excite à l’arrivée d’une synovite, pour changer. 22h. Le flux s’intensifie, et je reste alerte. Oui, je suis persuadée que tous les patients ne sont pas destinés à aller faire la fameuse « taswira » pour nous revenir intacts. Avec un peu d’efforts, quelqu’un a bien dû se faire une petite plaie déchiquetée, ou alors une gentille fracture. Je sais, ça sonne un peu rude dit comme ça, mais il faut bien s’essayer un jour. 22h30. La rumeur court qu’une plaie (dans le sens propre du terme !) se promène dans le service : 6 points de suture. Ni une, ni deux, je me précipite comme un ressort pour me l’accaparer : il est à moi, je le veux ! Oui, mais voilà, le moins qu’on puisse dire c’est que ce n’est pas exactement , et là, c’est le parcours du combattant qui commence. On s’immisce, on supplie, on vole des gants par-ci, des compresses par là. Mais des sutures sans fil, ça s’annonce un peu compliqué. Je persiste, je cherche, personne ne sait, personne n’a vu, on n’a pas ici, va demander là-bas. Il a suffit de ces quelques minutes pour qu’un infirmier vienne sournoisement me piquer mon écorchure. Je rumine. Ca n’arrivera pas deux fois : pour la prochaine, je serai préparée. 23h. Régle numéro une : lorsque les externes s’agglutinent en un point précis et cessent de sténoser les couloirs, il est temps de jouer des coudes. Alors je tente de me faufiler, et, sur la pointe des pieds, je comprends la cause de l’embolie occasionnée : un avant-bras, exactement à l’image du fameux Netter qui a bercé nos nuits, si ce n’est un radius quasi inexistant, et une artère radiale sectionnée. Le patient est conscient, même un peu trop, pendant qu’on lui nettoie – je ne peux pas appeler ça exactement sa plaie, on va dire son cratère – et qu’on lui pose un bandage. Il attendra trois bonnes heures avant d’être Synapse N°1 Oct - Nov - Déc 2011

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opéré, une chance me dit-on. 00h. Tout le monde s’exalte autour du scanner du patient désormais surnommé « l’avant-bras », c’est la première fois que l’interne me paraît heureux. L’avant-bras a su le faire rire, un exploit. Règle numéro deux : quand l’interne est content, on est contents (quand le résident est content, on est archi contents). Compresses, gants, et même seringues en poche, je me dis que ma chance ne va pas tarder à tourner. Et bien, l’espoir fait vivre, ou du moins il nous maintient éveillé. 02h. Un tantinet agacée, je suis comme son ombre le fameux interne qui m’avait promis monts et merveilles quelques heures plus tôt (« suis-moi, et tu verras » m’avait-il dit). Et bien j’ai suivi, j’ai vécu, mais je n’ai rien vu. Paroles, paroles et encore des paroles. Entre les dédales de couloirs et les ascenseurs qui mettent une éternité à arriver, mon expression se fait plus résignée. On arrive devant un patient, hospitalisé en chirurgie pour une fracture du fémur. J’ai droit à une leçon sur le déroulement d’un examen et l’élaboration d’un dossier. Je me rassure qu’à 2h du matin, ce n’est pas si mal, même si les compresses et bistouris inutilisés me démangent à travers ma poche. 03h. C’est l’heure du « deuxième round », et je suis sur le point d’apprendre ce que ça veut dire. En effet, il s’agit d’avaler le maximum d’aliments de préférence comestibles (oui, bon, condition suffisante mais pas nécessaire) en un temps minimal. Deuxième leçon à retenir, le corps humain (en tous cas l’organisme d’un interne de garde au Ramadan) peut contenir une quantité impressionnante de choses mangeables (il faisait sombre dans la salle de garde), parfois même sans prendre la peine de mâcher. Ayant maintenant un peu d’expérience (8h de garde aux urgences, ça forge le caractère), je sais qu’un interne qui mange est un interne qui mord. 04h. Trois lits, deux internes, un résident et huit externes, tous de garde. Voilà un casse-tête chinois sympa (du côté spectateur, cela va sans dire). Alors oui, théoriquement ça ne paraît pas très faisable, mais en réalité ça l’est, malheureusement. Ca chuchote d’un côté, ça Facebook de l’autre, dans une ambiance légèrement tamisée sur fond sonore de ronflements. 05h. Un résident renfrogné allume brutalement le puissant néon blanc électrique, aveuglant instantanément les quelques externes encore debout et jusque là somnolents. Le second résident endormi se réveille, alerte et désorienté : il doit aller poser une attelle à un poignet (comprendre un patient ayant subi une fracture du poignet, mais à 5h du matin, on ne s’encombre plus de mots ou de phrases intelligibles, et les monosyllabes font N°2 14 Synapse Mai - Juin - Juillet 2012

la loi). Le second résident en question, après un léger (j’ose espérer) coup de coude dans les côtes de mon interne (et oui, moins on dort, plus on gagne en assurance), articule difficilement « Atelle. Poignet. Tawa ». J’en conclus ma règle numéro deux : le résident en troisième année mange le résident en première année qui mange l’interne (suite logique : l’interne dévore l’externe, et là, on arrive à la fin de la chaîne alimentaire. L’externe non dévoré meurt de faim.) 05h15. Règle numéro trois : un interne mal réveillé est un interne irrité. On ne réveille pas la bête qui dort sous peine de représailles. 06h00. Tout le monde dort, je me lance à l’aventure pour une visite non guidée de l’hôpital. De la morgue au service de Réa, tout semble sans vie (inquiétant, pour un hôpital). Je retourne prendre l’air dans le parking, et là, à ma grande stupeur, un arrivage d’être humains tous frais, du sang neuf. Je m’auto-traite - très rapidement - de charognarde avant de me précipiter à leur suite. Le sourire retrouvé et des aiguilles clinquantes d’impatience dans la poche, je me dis que tout n’est peut-être pas perdu. Non, il n’y a pas de pic d’accidents en si bon matin, c’est juste l’heure des visites. Celle-là, je l’avais bien méritée. 09h00. De nouveaux externes, frais et dispos, commencent à affluer. Plus toute fraîche, et franchement pas dispose, on me dit effectivement que j’ai l’air différente, après cette première garde. Je pense que le sourire en coin de l’interne, celui qu’il réserve tout particulièrement aux êtres innocents et encore emplis d’enthousiasme, ne me sera plus destiné. Nostalgie, quand tu nous tiens.

Mona CHEBAANE


MAGAZINE DES ÉTUDIANTS DE LA FACULTÉ DE MEDECINE DE TUNIS

l’iSpace C’est L’ENDROIT qu’il faut visiter. Que vous soyez un fervant sympathisant de la pomme, ou que votre curiosité vous joue des tours, le nouvel espace dédié à la marque Apple, iSpace, vient d’ouvrir ces portes. Focus. Nous avons été reçus, Ferid Bouothmani et moi, ce dernier 25 Avril, par le chef de Produit chez iSpace, M. Agrebi Ahmed. Dès le début de l’entretien, on sentait sa passion et son dévouement pour le futur de la pomme croquée en Tunisie, et plus précisément dans les domaines médical et paramédical.

L’entreprise M. Agrebi ; Chef de Produit donc chez iSpace ( http://www.ispace.tn ), espace ouvert par Macunivers Services (concessionnaire et centre de maintenance agrée Apple depuis 1993), nous a parlé des atouts des produits Apple. Avec l’ouverture de l’iSpace, la barre a été placée très haut pour la concurrence. La Tunisie dispose désormais d’un outil qui satisfait les canons de la marque et qui répond aux succès que rencontrent les produits Apple en Tunisie depuis plusieurs années auprès du grand public, étudiants y compris.

développement d’applications axées sur l’usage médical (i.e. radiologie, gestion de cabinet,...) et j’en passe.

Concrètement, quels sont les produits disponibles maintenant pour le secteur ? Toute la gamme de produits Apple (iPad, iPhone, iPod Touch, Mac) est capable de s’intégrer dans n’importe quel environnement de travail, facilitant ainsi la prise en main du produit et son adoption par l’utilisateur. l’iPad présente des atouts intéressants pour les professionnels de santé. Portabilité, lisibilité et applications médicales. Je cite par exemple l’application Vidal qui couvre un besoin encyclopédique et qui permet aux médecins nomades et aussi aux étudiants, via l’iPad, de consulter la célèbre bibliothèque des médicaments sur un support de lecture adapté, doté d’un écran Retina Display qui offre la meilleure qualité sur le marché. Les étudiants en médecine et les professionnels de la santé peuvent également consulter des ouvrages de référence à la demande sur l’iTunes Store ou des applications sur le Mac App Store. Une autre solution est la gamme Macintosh. Le Mac (l’ordinateur de Apple) : Conçu pour être un meilleur ordinateur et doté de fonctionnalités que vous ne trouverez sur aucun autre PC, il est équipé des toutes dernières technolo-

Et le secteur médical dans tout ça ? Depuis sa création en 1993, l’entreprise a su développer une connaissance et une parfaite maîtrise de l’environnement technologique Apple. Nos experts ont toujours été à l’aide des professionnels de l’édition imprimée, de la création audiovisuelle et autres. Aujourd’hui notre vision se focalise sur les professionnels de la santé, de l’industrie pharmaceutique, et de l’enseignement. iSpace voit grand, même très grand. Et ce ne sont pas les idées qui manquent ! Partenariat, sessions de découverte pour le public, Synapse N°2 Mai - Juin - Juillet - 2012

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NOUVELLES TECHNOLOGIES

«croque» les nouvelles technologies à pleines dents


gies : processeurs puissants, graphismes avancés et mémoire rapide. Truffé de logiciels que vous allez adorer, ils vous permettront d’exécuter différentes tâches d’une façon très simple. Tout ceci est mis en œuvre par le système d’exploitation le plus avancé au monde, Mac OS X. Vous n’aurez plus jamais à vous soucier des virus PC, chose très importante quand on est médecin et qu’on garde les fichiers personnels de ses patients dans son ordinateur. Tous ces éléments font d’Apple un ordre qui s’est imposé dans l’informatique médicale. Les outils d’imagerie comme OsiriX, pratique, puissant et facile à utiliser, rendent le Mac la plate-forme idéale pour la visualisation, l’analyse et l’archivage des images médicales.

Comment l’iSpace aide-t-il l’étudiant en médecine? L’invitation est toujours ouverte par iSpace aux étudiants et aux professionnels de la santé d’aller découvrir ce merveilleux univers. Une équipe d’experts certifiés Apple seront toujours à la disposition pour vous faire explorer l’univers Apple et répondre à vos questions. Des sessions de formation dans le showroom sont prévues pour les étudiants et les enseignants dans le dessein de leur faire adopter les produits Apple comme le Macintosh ou l’iPad, et les logiciels Apple comme les suites iLife ou iWork, iBooks Author ainsi que l’OS X.

Vous pourrez même tirer profit du standard DICOM avec les multiples produits mis à votre disposition.

Je suis sûr que vous allez entendre parler de plus en plus de l’iSpace. Les technologies Apple et les solutions innovantes partenaires sont aujourd’hui entrain de transformer le travail des professionnels de la santé, a affirmé M. Agrebi.

L’application VisibleBody 3D propose une gamme d’outils qui a laissé plus d’un utilisateur bouche-bée. Elle allie un graphisme réaliste d’une qualité hors-norme et une précision des termes scientifiques digne d’une encyclopédie poussiéreuse. La gamme contient un atlas pour l’anatomie et la physiologie humaine, pour la myologie, les systèmes nerveux, cardiovasculaire, digestif, respiratoire, urinaire et reproductif.

Nos remerciements à tout le staff pour l’accueil chaleureux qu’ils nous ont réservé, spécialement M. Agrebi Ahmed et MM. les fondateurs M. Ben Salem Abdel Monem et M. Settari Mounir.

VisibleBody 3D propose même des copies pour les enseignants et pour les institutions.

Mehdi TEBROURI

Visible Body 3D

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15 morts par an, 100 hospitalisés par an, de 1976 jusqu’à 2009. Ceci est le triste bilan d’un tueur en série qui n’est autre que le Mediator®. Alors que le monde de la santé est en pleine ébullition face à ces médicaments tueurs, qu’en est-il chez nous ? Enquête.

Première révélation: le Médiator n’a jamais pénétré le marché tunisien. Nos services auraient-ils, alors, flairé le scandale ? «Pas vraiment, souligne le Docteur Guerfali, chef de service de la Pharmacie de la Rabta. C’est essentiellement pour son faible apport médical par rapport aux médicaments déjà présents en Tunisie et pour des considérations économiques que le Mediator® n’avait pas été autorisé. » En effet, avec un budget de la santé limité, la Direction de la Pharmacie et du Médicament (D.P.M) se veut prudente quant à l’octroi et au retrait des Autorisations de Mise sur le Marché (A.M.M). Comme le MEDIATOR©, nombreux sont les nouveaux médicaments dans le monde, présentés comme grandes innovations, et qui se sont montrés, au final, non seulement de faible apport médical mais aussi excessivement chers. Cette multiplication de médicaments à peu près semblables est une astuce utilisée par certains laboratoires pour vendre plus. « Le premier exemple d’effet indésirable qu’on nous enseignait à la faculté est la mort subite provoquée par le Glifanan®, se souvient le Docteur Guerfali. Ce même médicament a été, après une longue période de commercialisation, retiré du marché par le laboratoire lui-même pour ses effets indésirables, sans qu’on ne l’oblige à le faire. Une année plus tard, le produit devait tomber dans le domaine public. Le laboratoire lui avait rajouté un résidu fluor et l’avait revendu pour un nouveau brevet de 20 ans encore ! »

C’est ce qui pousse la D.P.M à être aussi prudente en ce qui concerne les « nouveautés miracles ». Si ces dernières sont, de surcroît, chères, leurs chances de se voir dans nos pharmacies se réduisent comme une peau de chagrin. Le département ayant, en partie, à sa charge la bonne gestion des substances médicamenteuses sur le marché, il opte pour une politique de totale prudence en matière de nouveaux médicaments. Il y a, cependant, le revers de la médaille. La grande importance du critère économique se retrouve parfois au sein d’une réelle polémique : un manque flagrant d’argent empêche aussi l’apport des nouveaux médicaments de grand service médical. Le dernier exemple en date est un anticancéreux. Lorsque ce dernier n’était pas encore doté d’une AMM (mais était sous Commande Ferme, une procédure stricte et contraignante), il avait coûté, pendant 4 ans, plus de 500 milles dinars. Après l’obtention de l’autorisation de mise sur le marché, ce chiffre a grimpé, en sept mois seulement, soit entre Février et Décembre 2010, à plus 4 milliards, prouvant ainsi sa prescription massive et tout l’intérêt qu’il représentait. Il avait surtout prouvé combien il aurait été utile plus tôt ! Vous l’aurez deviné, la grande retenue du département ne fait pas que des heureux. Elle est parfois même jugée excessive, aussi bien au niveau des octrois que des retraits des AMM. Un grand point d’interrogation s’impose : certains spécialistes jugent les moyens et raisons mis en œuvre pour retirer certains médicaments du marché peu fiables, pas assez argumentés, le plus souvent motivés par une volonté d’éviter conflits et scandales. Qui d’entre nous n’a pas accueilli la nouvelle de la disparition du Di-Antalvic© avec la même tristesse que la nouvelle de la disparition d’un proche ami? Il s’agissait, en fait, à l’époque, de suivre les décisions des agences internationales. Le Di-Antalvic © s’était vu retiré la confiance des autorités compétentes mondiales pour un mauvais usage (à des fins de suicide) de la part des toxicomanes. « Nos toxicomanes ne connaissaient pas ce produit et nous n’avions enregistré

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L’ E N Q U Ê T E

Anamnèse des médicaments en Tunisie


aucun cas en Tunisie, objecte le Dr Daghfous, Chef de Service du Centre National de Pharmacovigilance. Le médicament avait été retiré uniquement pour éviter un éventuel scandale. Pour tout vous dire, moi-même j’en ai gardé un petit stock pour mon utilisation personnelle ! » Et parmi les autres médicaments passés à la trappe figure le Champix©, médicament destiné au sevrage tabagique. Encore sous surveillance étroite en France, le produit a fait les frais de la politique de prudence des autorités tunisiennes et a été retiré en Mars 2011 de notre marché pour des problèmes de pharmacovigilance (tentatives de suicide et effets indésirables cardiaques). Ce retrait ne laisse pas indifférent le Pr Aouina, du service de Pneumologie de l’Hôpital Charles-Nicolle pour qui cette décision nuit gravement à la lutte antitabac en Tunisie : « Non seulement les études précédant la commercialisation du médicament ont été faites dans les règles de l’art, mais une grande étude effectuée par le British Medical Journal en 2009 a démontré que l’on ne pouvait pas imputer ces effets à Champix©. Avec son interdiction sur le marché, on a enlevé l’intervention médicale et les consultations de sevrage tabagique ont chuté, ne permettant plus au médecin d’encadrer les patients.» Aux yeux du professeur, la solution est ailleurs. « Plusieurs médecins ont été formés à l’usage de ce médicament, il aurait été plus judicieux de les inciter à un meilleur suivi de leur patients. » En citant un de ses collègues français, il poursuit toujours avec une pointe d’ironie « Si le Champix tue certains dépressifs, la cigarette, elle, tue la plupart des fumeurs ! ». Quelle position alors adopter pour la DPM ? La frontière entre la prudence excessive et la permissivité à outrance est très fine dans un domaine où le moindre petit détail a son importance. Faut-il dans ce cas suivre impérativement les agences internationales ? Pas tout le temps. « Le Bristopen© par voie orale, un antistaphylococcique, a été retiré du marché pour une réévaluation du rapport bénéfices risques devenu négatif, mais ses génériques le sont encore resté, nous rapporte le Dr Guerfali. En effet, il était devenu Inefficace en France, il avait donc dû être retiré par le laboratoire. Comme il avait conservé tout son pouvoir en Tunisie, du fait de la différence de l’environnement bactériologique, les génériques ont tout logiquement continué à se vendre. »

•Quid des génériques ?

Mais les nouveautés médicales ne sont pas les seules au centre de la tourmente. D’autres médicaments suscitent des interrogations : les génériques. Très loin de faire l’unanimité, beaucoup de patients ou de médecins semblent encore réticents à leur usage. Du côté des spécialistes des organismes officiels, la confiance prime. « Les fabricants sont régulièrement audités, nous assure le Pr Oueslati, Directeur du LaN°2 18 Synapse Mai - Juin - Juillet 2012

boratoire National de Contrôle des Médicaments (LNCM), en moyenne une fois tous les trois ans ». Au Centre National de Pharmacovigilance, on s’amuse même de certaines réactions : « On nous signale parfois qu’avec certains génériques, les effets indésirables ont augmenté. Or études faites, on découvre qu’il y a autant d’effets indésirables avec le générique qu’avec le princeps ». Le risque serait-il donc absent ? Tout le monde ne partage pas le même enthousiasme. Et pour cause, une tache vient ternir ce tableau rose : nombreux sont les génériques tunisiens à ne pas bénéficier d’études de bioéquivalence avec leurs princeps. Et La question gêne partout où l’on passe. Pour bien comprendre la situation, il faut savoir qu’une partie des médicaments sont dispensés d’études de bioéquivalence, à condition de remplacer ces études in vivo par des études in vitro. Selon l’OMS, Il s’agit des médicaments administrés par voie intraveineuse essentiellement, mais aussi certains médicaments administré par voie orale, à libération immédiate et répondant certaines exigences concernant leur solubilité et leur perméabilité. Qu’en est-il alors dans nos contrées ? A défaut de réelle volonté de la part des laboratoires, beaucoup de médicaments présentant des variabilités connues (acide alendronique et clopidogrel), ou à marge thérapeutique étroite (médicament antiépileptique,) ont été exonérés, à tort, d’études de bioéquivalence avec leur princeps. Les génériques à base d’acide alendronique, se caractérisant par une très faible biodisponibilité, ou encore les génériques à base de Clopidogrel, molécule à indication critique (indiqué dans la prévention des événements liés à l’athérothrombose chez les patients souffrant d’un infarctus du myocarde ou chez les patients souffrant d’un syndrome coronaire aigu), pour ne citer qu’eux, sont commercialisés sans réelle étude de bioéquivalence. Bien qu’ils aient été largement utilisés et leur efficacité prouvée depuis une dizaine d’années, des problèmes lors de la substitution entre le générique et le princeps peuvent subvenir. Pourtant, pour le Pr Oueslati, ce problème est avant tout un argument marketing avancé par les firmes internationales. En effet, la loi tunisienne n’autorisant pas les expérimentations sur le volontaire sain dans notre territoire, très peu de nos laboratoires en font à l’étranger. Contacté par téléphone, un industriel tunisien nous assure qu’il fait bien ces études, mais essentiel-


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lement pour l’argument commercial que cela représente ! Autant vous dire qu’on a vu plus convaincu ! Pire encore, Il ne s’agit pas parfois seulement de les faire, il faut surtout en tirer les bonnes conclusions. « On nous a une fois vanté les mérites d’un médicament dont un des arguments est d’avoir subi des études de bioéquivalence, commente un ancien expert tunisien auprès de l’AFSSAPS, Dr Meriem Razgallah Khrouf, actuellement assistante hospitalo-universitaire au sein du service de Pharmacie à la RABTA. En y regardant de plus près, les études existaient certes bel et bien, mais elles concluaient que le médicament n’était pas le bioéquivalent de son princeps ! ». Un autre industriel nous assure même que certains laboratoires achètent des études toutes prêtes à l’étranger (parfois même dans des pays « quasi-inconnus », commente le Dr Guerfali). C’est-à-dire que ces études existent mais qu’il n’est pas certain qu’elles soient faites comparativement à la référence tunisienne. Quelles conséquences de tous ces agissements ? Cinq cas répertoriés de pharmacovigilance en cinq mois pour un générique en oncologie, quelques cas de thrombose pour le générique du clopidogrel, mais impossible de déterminer l’ampleur du problème ; très peu de médecins ont notifié à la Pharmacovigilance. Là encore, c’est le flou. Et les dégâts ne s’arrêtent pas là. Car entre l’absence totale de cette garantie d’équivalence, son bon déroulement, et les conclusions des études existantes, un climat de flou règne encore et il ne profite ni aux patients, ni totalement aux laboratoires tunisiens. Bien que les spécialistes tunisiens discutent encore de l’utilité de ces études, leur absence a, elle, un impact économique clair puisqu’elle représente un frein sérieux pour l’exportation de nos médicaments. Sans ce précieux sésame, le marché européen reste verrouillé. En effet, en 2009, les résultats de l’exportation n’ont pas dépassé le cap des vingt millions de Dinars, un chiffre atteint depuis le début des années 1990, nous rapporte le site Bussinessnews.com.tn.

Note : Cette enquête a été réalisé au cours du mois d’Août 2011. Remerciements : Nous remercions le Dr Myriam Razgallah Khrouf, A.H.U au service de Pharmacie de l’Hôpital La Rabta pour son aide précieuse dans la rédaction et la révision de cet article. Nous remercions, également, le Pr Aouina du service de Pneumologie de l’Hôpital Charles-Nicolle, le Pr Riadh Daghfous chef du service de Pharmacovigilance, le Pr Nadia Fenina et le Dr Jamila Ben Jalel de la Direction de la Pharmacie et des Médicaments, le Dr Mariem Guerfali Chef du Service de Pharmacie de l’Hôpital La Rabta et le Pr Oueslati ancien directeur du Laboratoire National de Contrôle des Médicaments pour nous avoir accueilli et répondu à nos questions. « La spécialité générique s’entend de toute spécialité pharmaceutique ayant la même forme pharmaceutique et la même composition qualitative et quantitative en principes actifs que la spécialité de référence, et dont la bioéquivalence avec cette dernière a été démontrée par des études de biodisponibilité appropriées. Les critères scientifiques justifiant la dispense des études de biodisponibilité sont fixés par arrêté du ministre de la santé publique. » Article 22 de la loi 2008-32 du 13 mai 2008 (Tunisie)

On parle de bio-similarité lorsqu’il s’agit de produits biologiques. Deux médicaments sont dits bioéquivalents si : 1-Mêmes quantités en substances actives 2-Même forme pharmaceutique* et même voie d’administration 3-Leurs vitesses d’absorption et leurs quantités absorbées ne diffèrent pas d’une manière significative (Définition de la Biodisponibilité) Les études de bioéquivalence sont donc des études de biodisponibilité comparatives, réalisées dans des conditions particulières. La bioéquivalence d’un générique doit être démontrée par rapport à un produit de référence, dont les effets thérapeutiques et indésirables ont été documentés par des essais cliniques

Cependant, l’absurdité de la loi qui impose à la fois ces études et les interdits en Tunisie devrait bientôt être levée puisqu’un projet de loi les autorisant serait en cours de préparation. Même si l’utilisation des produits génériques n’ayant pas prouvé leur bioéquivalence n’implique pas forcément qu’ils aient une absorption différente de celle de leur princeps, c’est la preuve scientifique de ceci qui manque. Elle est, en revanche, suffisante pour entretenir un flou générateur d’interrogations à leur sujet, et dans cette ère de révolution, la transparence est maître-mot. Il serait d’ailleurs, aussi, intéressant que la Tunisie se mette, comme cela se fait en Europe, aux rapports publics d’évaluation des médicaments. Ces derniers permettent de livrer au public, mais surtout aux professionnels, les données scientifiques ayant conduit à l’autorisation de mise sur le marché du médicament. Mais d’ici là, la rigueur est de mise lors de la prescription des génériques. Selim KHROUF et Laroussi SAULA Synapse N°2 Mai - Juin - Juillet - 2012

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LA QUESTION QUI FÂCHE

Le Niqab, pour ou Le niqab est une barrière à gravir les échelons. Ceci est un fait ; certaines étudiantes en niqab choisissent d’abandonner leurs études soit parce que la loi l’interdit, ou que, selon elle, la culture que le niqab représente ne permet pas à la femme d’aspirer à être meilleure (que l’homme ?). Comment ? Comment choisit ? Par liberté.

elle

La femme ne peut donc être que liberté, ou alors amour. « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté » disait l’autre. Peut-on convaincre quelqu’un de devenir libre ? Non, mais on peut l’en persuader ; place aux sentiments.

Q

ui ? La femme, généralement.Femme ? Femelle ! Et c’est trop dire. Cela peut être l’homme. Dans tous les cas c’est l’Homme, caché des yeux de l’homme. L’une des trois caractéristiques spécifiques que Dieu offre à l’Homme pour le distinguer de l’animal manque à la femme portant le niqab : La mimique. La parole, seconde spécificité, peut ne pas être prise au sérieux dans certaines cultures dont la nôtre. La gestuelle fine quant à elle, avouons qu’elle sera très peu évidente dans ce cas.

« Un sourire adressé à votre prochain est l’équivalent d’une aumône. » Pourquoi ? Parce que son corps est malsain. Son corps est impur. Son corps suscite le plus grand des pêchés. Le quoi ? Le corps. La femme est corps. Femme-objet, terme qu’on ne ce cesse d’entendre chez eux, occidentaux libertins, mécréants, blasphémateurs. Qu’on couvre la femme ou qu’on la dévête est la

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résultante d’un même complexe, d’un même regard accusateur, vicieux et pervers. Comment ? Comment la femme accepte-t-elle d’être animale chez les uns, objet chez les autres ou les deux à la fois ? Par amour pour sa famille, par responsabilité, par pitié de soi. La femme en niqab est l’oxymore dans toute sa splendeur. Niqab : Drap noir, cache le corps de la femme des yeux de l’homme. Mais aussi, de la lumière, du succès. Burqa : Les yeux en plus. Qui ? La femme. Le sexe faible, c’est la nature des choses, de la vitamine D ? Cela n’y changera rien. ( Cf. cours physiologie. ) Pourquoi ? SEXE - FAIBLE. Et stupide en plus. Elle ne peut savourer les dons du bon Dieu, sa lumière, son air, son son et air. La femme est la version 0.5 de l’homme. Son cerveau est le 1/.. Quel cerveau ? Le niqab ne rajoute aucun mal à l’incapacité à comprendre, à gérer et perfectionner. L’obstacle est la femme, pas son drap.

Niqab : Drap noir, cache le corps de la femme des yeux de l’homme. Mais aussi, de la lumière, du succès et du bon Dieu. Burqa : Les yeux en plus. Qui ? Femme au visage couvert, représentante de l’Islam, selon ses dires. Est-ce rendre service à l’image de l’islam que de sortir dans la rue la face couverte? Oubliez le corps, l’Islam n’est que « valeurs à imprégner le cœur et à se refléter dans les actions ». Pourquoi ? Parce que Dieu est grand et juste. Dieu n’aurait pas donné à la femme la capacité de jouir de la lumière du soleil, de sourire, de mimer, d’aimer, d’exceller, d’être Homme avant d’être femme, si il l’aurait voulu. Comment ? Comment peut-on donner aux mécréants de telles raisons pour associer les termes Dieu, injustice et perversité ? C’est en ces réponses que résident les solutions. Toute citation est un Hadith Sahih. CBS.


contre ?

O

n a de plus en plus de jeunes filles portant le niqab en Tunisie, c’est un fait qui a commencé à prendre de l’ampleur peu avant la révolution mais qui devient de plus en plus « inquiétant » depuis, dit-on.

C’est sans doute à cause d’une « tendance salafiste », qu’on juge « étrangère » à la nature de la société tunisienne mais parfaitement compréhensible vue la dictature de l’ancien régime qui visait particulièrement le domaine religieux. Ceci dit, la question qui se pose est la suivante. « Est-ce un problème ? » Si oui, remédier à ce problème doit-il passer par la législation ? Interdire le niqab est-il la solution à un problème potentiel ? S’il est vrai que nombreux sont ceux qui trouvent le niqab « repoussant », il n’en reste pas moins vrai que l’interdiction du niqab est loin d’être la solution. « Repoussant », le niqab semble l’être pour plusieurs raisons. Pour certains, c’est le niqab comme code vestimentaire qui dérange, vu que « c’est dur de parler à quelqu’un sans le regarder droit dans les yeux «. Pour ceux là, je tiens à leur rappeler le temps qu’ils passent à parler au téléphone ou sur Facebook, bien qu’ils auraient préféré une discussion sur Skype. C’est possible de faire des concessions pour conserver des liens sociaux malgré nos différences et indépendamment de nos choix. On entend souvent parler de la sécurité ; portant le niqab on peut commettre tous les crimes sans être reconnu ... Mais c’est pareil pour les lunettes solaires. Donc, soit qu’on interdise les deux, soit qu’on permette le port des deux. Je n’évoquerai pas le professeur qui se soucie tant de faire comprendre la leçon à ses étudiants qu’il lui est indispensable de voir les réactions pour s’assurer qu’ils comprennent, à voir mes professeurs, cela me paraît incrédible. Pour ceux qui pensent que le problème est l’habit en soi, je m’en excuse, il me semble que leurs arguments soient

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tous sans fondement. Maintenant, pour ceux qui trouvent l’interdiction du niqab indispensable vu sa valeur symbolique et la culture dont il est l’emblème, je demande plus de rationalité, car selon eux, le niqab est un symptôme d’une maladie plus grave, c’est donc la maladie qu’il faut traiter et non le symptôme. C’est une question beaucoup plus profonde, sur les causes, les influences et les enjeux qu’il faut poser. Que ce soit l’habit qui vous dérange ou la valeur qu’il représente, l’interdiction est-elle la solution ? Etant donné la psychologie des jeunes, interdire le niqab n’aura pour conséquence qu’un plus grand nombre de filles le portant, ne serait-ce que pour défier le système. Et de toutes les manières, interdire le niqab est absurde. C’est une atteinte aux droits de l’Homme et à la liberté personnelle. On devra apprendre à vivre ensemble tout en respectant le choix de chacun, ça serait encore mieux si on pouvait comprendre ces choix, faute de quoi il suffirait de s’abstenir d’avoir des préjugés. Interdire le niqab est basé sur une arrière pensée : Une fille portant le niqab est un danger potentiel, et cela est une offense inacceptable en soi. Il est donc clair qu’interdire le niqab est à rejeter. Il est clair aussi que la question même « Interdire ou non le niqab ? » n’est pas la bonne. Elle condense tout un phénomène social en une simple manifestation qu’est le niqab, d’un côté, et résume la réaction à cette tendance en une loi répressive, d’un autre. Le débat, s’il doit y en avoir un, est tout autre. C’est d’un débat sociologique, objectif et rationnel, sans diaboliser les uns ou déformer la réalité, qu’il doit s’agir. En attendant, trouvons des pistes d’entente pour le bien commun. SBS

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RENCONTRE AVEC

PR . HAMZA ESSADDAM L’ I N T E R V I E W

prendre qu’il voulait parler d’un sujet d’une grande importance et qui lui tenait à cœur ; un sujet qui n’était guère d’actualité, mais qui se situait à la base de la pratique médicale ou de toute science digne de ce nom. «Le sens des mots !» dit-il avec enthousiasme.

Toc..Toc..Toc.. une voix qui s’éleva derrière la porte nous dit d’entrer. Dr Hamza ESSADDAM (HE), était assis à son bureau discutant avec l’un de ses collègues. Plein de livres jonchaient sa table de travail, entassés les uns sur les autres dans un beau désordre. Des tableaux étaient accrochés aux murs, dont l’un, écrit en latin, datait de 1282. Il y avait aussi des maquettes de grand format, des radios sur le négatoscope…De l’autre côté, deux bibliothèques se tenaient encore droites malgré le poids des livres qu’elles supportaient. A l’instant où on passait la porte, il me vint soudainement à l’esprit qu’on pénétrait dans l’intimité d’un grand personnage. Dr HE leva les yeux par dessus ses lunettes. «Bonjour» dit-il « Quel N°2 24 Synapse Mai - Juin - Juillet 2012

est votre problème ?». Après un bref instant, une lueur brilla dans ses yeux « Ah, vous êtes du journal, entrez». Il congédia à l’instant même son confrère et nous invita à nous asseoir. «Il s’est souvenu de nous», me suis-je dit, «mais en plus de cela, il nous attendait !». La première fois que nous nous sommes présentés au Dr. HE, c’était un jour auparavant.. Nous l’avions trouvé sur le point de partir à l’hôpital Aziza Othmana, pour faire le tour de la Médina avec des étudiants étrangers venus en Tunisie. Nous avions alors pris un rendez-vous pour pouvoir nous entretenir avec lui. Avant de partir à la Médina pour remplir sa tâche de guide historique, Dr ESSADDAM nous fit com-

Surpris, mon amie et moi, nous ne comprenions pas ce qu’il disait. HE ajouta : « Je vous donne un exemple : Aujourd’hui, on est incapable de définir le mot « Os ». En 1980 on parlait d’une association fonctionnelle et biologique de plusieurs tissus. En 1993, on parlait des restes d’un être après sa mort, et en 1995 d’un organe vivant. On n’est pas capables de définir le mot os. J’ajouterai ensuite qu’on est dans la difficulté de définir le mot articulation.» Il se leva brusquement et se dirigea vers sa bibliothèque de gauche, l’ouvrit et tira un petit livre rouge qui se trouvait au dessous d’un tas d’articles et de feuilles. Il le feuilleta un instant puis dit :» Chevalier en 2000 va dire la chose suivante : « La synarthrose est une union directe entre deux os par l’intermédiaire de différents tissus: tissu conjonctif = syndesmose (ex: les sutures des os du crâne), cartilage fibreux = symphyse (ex: symphyse pubienne), cartilage hyalin = synchondrose (ex: cartilage de conjugaison pendant la croissance).» Comment peut-on dire pareille ineptie ? Un cartilage de croissance a une mission bien précise qui est la croissance, puis il disparaît. Chevalier nous parle alors d’une articulation qui peut disparaître dans le temps. Cela n’a pas de sens».


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Quittant le service d’orthopédie de la Rabta, je commençais à peine à imaginer la profondeur du discours dans lequel on allait s’engouffrer. En une quinzaine de minutes, le chef de service d’orthopédie nous a convaincu que les deux mots qui étaient à la base de sa spécialité, os et articulation, manquaient de sens et à la limite en étaient démunis. Comment un orthopédiste chevronné pouvait-il narguer sa propre spécialité ? Le lendemain, je compris enfin lorsqu’il nous avança :» Je suis un pur physiologiste et l’orthopédie est mon souffre-douleur». Comme je disais auparavant, Dr ESSADDAM nous attendait. Il commença par nous montrer une photo. « Un enfant tentait d’escalader une échelle qui était fixée à un escalier pointant le milieu de ses marches». Une image absurde certes; néanmoins, elle cachait une vérité. HE nous demanda d’écrire quelques phrases qui nous viendraient à l’esprit pour décrire la photo. Après réflexion, nous étions l’enfant, l’échelle était notre voie, celle que nous empruntions et l’escalier était le chemin

de la vérité. On essayait d’atteindre la vérité, alors qu’on avait évité de gravir ses toutes premières marches, qui seraient probablement la base de cette vérité. La première et la deuxième marche étaient peutêtre «os» et «articulation». Si on arrivait à comprendre ce que ces deux mots voulaient dire, si on sacrifiait un peu plus de temps à essayer de les définir d’une façon plus complète, peut-être gagnerait-on plus de souplesse et plus de dextérité pour gravir les autres marches de l’escalier; tout en évitant de tomber de l’échelle qui est si précaire et si instable. Le ton de l’entrevue était donné ! «Dans les sciences actuelles et en particulier en médecine, quel est le problème qui vous paraît le plus imminent ?» Un problème se pose à moi aujourd’hui. Vous divisez votre anatomie en organes ; les chinois la divisent en méridiens. Qui est dans le tort et qui est dans le vrai ? Ils ont des réussites et des échecs ; nous avons des réussites et des échecs. La vérité n’est ni là, ni là ; elle est entre les deux. Donc aujourd’hui, de quelle médecine

voulez-vous parler ? Le mot médecine lui-même est à redéfinir ! Le problème est dans la définition des mots, et ce n’est pas moi qui le dis. Il se tourna alors à droite et fouilla dans le tas de livres qui jonchaient son bureau pour en tirer un, Immunopathologie ostéo-articulaire, écrit par Delbarre, le grand patron de la rhumatologie. Il le feuilleta et lut : « La définition des maladies rhumatismales reste trop souvent imprécise. Certaines ambigüités procèdent aussi d’un relâchement dans l’emploi des mots. Mais il apparaîtrait illogique de s’efforcer à entrer de plus en plus dans la connaissance et dans l’intimité de processus complexes, alors qu’on reste dans une imprécision des termes mêmes qui désignent et qui servent à distinguer les maladies dont on prétend comprendre la nature». Notre problème, c’est que nous sommes partis sur une définition boiteuse du mot. Le mot lui-même est estropié. Et c’est sur les imbroglios et les incompréhensions que l’on est en train de tout bâtir. Quand vous me dites « os » et que vous oubliez que 70% de l’os sont des vaisseaux et des parties molles, de

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L’ I N T E R V I E W

quoi voulez-vous parler ? Vous voulez réduire l’os à ses 30% de dur ? Faire de 30% le tout et occulter 70%? Aujourd’hui, sommes-nous capables de repartir sur une redéfinition des termes eux-mêmes ? On ne peut continuer à enseigner l’appareil locomoteur quand on ignore ce que c’est qu’un os et ce que c’est qu’une articulation ! Et ceci est le drame de la médecine d’aujourd’hui. C’est l’imprécision des termes. Donc sommesnous réellement capables de faire une relecture et une revérification de ce qui existe ?» Puis il cita Ali Ebn Abi Taleb : “Apprenez à vos enfants ce que vous n’avez pas appris, car ils ont été créés pour une époque différente de la vôtre.” [‫ﻋﻠﻤﻮﺍ ﺃﺑﻨﺎﺀﻛﻢ ﻏﻴﺮ ﻣﺎ ﺗﻌﻠﻤﺘﻢ ﻷﻧﻬﻢ ﺧﻠﻘﻮﺍ‬ ‫]ﻟﺰﻣﺎﻥ ﻏﻴﺮ ﺯﻣﺎﻧﻜﻢ‬ ‫ﹴ‬ Donc le médecin a fait la faute de négliger le sens des mots pour arriver à la fin à un non-sens. Pourriez-vous nous donner des exemples illustrateurs ? Je vous donne un exemple : quand vous avez appris les veines de retour, vous avez appris les veines cave ; il n’y a pas d’autres systèmes de retour, n’est-ce pas ? Eh bien il y a cinquante ans, on a décrit un autre système de retour : ce sont les veines médullaires. Le sang retourne par la moelle. Initialement le travail n’était pas de vérifier le retour veineux, mais de comprendre pourquoi le cancer de la prostate métastasait au rachis. Et donc des scientifiques ont fait un travail en 1957 et ont démontré qu’en bloquant les veines cave, les veines médullaires apparaissaient. En 2000, Pierre KAMINA, un professeur d’anatomie à l’université de Poitiers, auteur d’un très grand nombre d’ouvrages, n’en parle pas, alors qu’en 2008 il va en parler et en faire un système de retour veineux changeant ainsi son enseignement. Cela demandera un demi-siècle. Qui sait si demain il n’y aura pas un troisième système N°2 26 Synapse Mai - Juin - Juillet 2012

de retour ? Donc on a là une vérité du moment, qui est déjà clopinante parce qu’elle s’appuie sur des mots qui ne sont pas précis. Et je vais encore plus loin : La douleur. Que savez-vous de la douleur ? Son évaluation est livrée au malade. C’est une évaluation subjective. Elle est variable avec les cultures et avec l’état d’anxiété de l’individu. Qu’est-ce que c’est que cette science qui est basée sur des notions imprécises et obscures ? C’est une ineptie de vouloir ériger une science sur quelque chose qui n’est ni délimitée ni maîtrisée. Selon vous, quel serait l impact d une telle prise de conscience sur les plans local et mondial ? D’abord, si vous tentez d’opérer un changement, vous allez vous faire mal voir par votre société, car tout changement a des conséquences sur l’industrie, sur l’enseignement.. Sommes-nous prêts à transformer ce qui existe, même si on a raison ? Ça va être un tsunami. Cette problématique, notamment en orthopédie, préoccupe les plus grands dirigeants du monde. Et l’on préfère certaines erreurs, mais qui font tourner la machine, que des vérités qui vont la stopper, voire la modifier. Ceci est tout à fait humain et logique, car politiquement vous ne pouvez pas bousculer le monde. Au moyen âge, c’était l’inquisition. Galilée, après avoir renié ses convictions scientifiques et en particulier le fait que la terre tourne sur elle-même, murmura la fameuse phrase : «Et pourtant elle tourne !» . Aujourd’hui c’est toujours l’inquisition, mais sans coups de bâtons. On vous jette dans l’oubli. Ce n’est pas du tout facile de changer car il faut un temps pour croire, un temps pour vérifier et surtout ensuite, il faut calculer le coût» HE ajouta : ” Quand vous êtes convaincus de la véracité du su-

jet, vous continuez votre chemin. Ça ne sera pas pour aujourd’hui, mais ça finira par aboutir. Souvent les gens ne sont reconnus qu’après leur mort, après le changement d’une génération…” Dans l une de vos interviews vous avez cité Aristote qui dit : « La science qui étudie les causes peut s enseigner bien mieux que tout autre, car le véritable enseignement consiste à exposer les causes de chaque chose en détails». D autre part, vous nous dites que la médecine doit s enseigner en commençant par ce qui est apparent chez le malade, pour ensuite aller chercher dans les causes de l affection. Existe-t-il un compromis entre ces deux propositions ? Quelqu’un qui est apathique, on a commencé par l’apathie, on n’a jamais pensé que c’était d’abord la thyroïde. Quelqu’un qui a un scorbut, il avait un déchaussement et une chute des dents. On ne savait pas que c’était un problème de vitamine C. Et donc je dis aujourd’hui qu’il est grand temps d’inverser le système d’enseignement. De partir progressivement de renseignements, de signes qui amènent le malade à consulter pour arriver à la cause initiale. L’interrogatoire est comme une enquête policière. Le malade vient avec un symptôme apparent. Vous allez progressivement par l’interrogatoire ou par vos lectures aller vers les détails. Je pense que le fait de remplir la tête des étudiants par les notions de fondamentale coupe court au plaisir de la médecine. Moi j’ai eu la chance d’avoir un enseignement magistral où les chapitres étaient enseignés par un seul enseignant. Donc on avait une même habitude d’écoute. Or aujourd’hui, vous avez plusieurs enseignants qui ne portent pas tous le même intérêt à la question, et donc l’enseignement est livré en pièces dé-


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tachées à l’étudiant. Ce dernier ne fait que du copier-coller. Et ce qui est grave, c’est que quand il sera près du malade, il ne fera que du copier-coller aussi. Ceci n’est pas acceptable. Aujourd’hui, on fait de la machine l’élément fondamental de la réflexion. On ne sait plus examiner un abdomen chirurgical. La médecine qu’on pratiquait avec les dix doigts et les cinq sens était beaucoup moins coûteuse et beaucoup plus efficace que celle d’aujourd’hui. Quel genre d étudiant étiezvous ? J’ai fait du scoutisme. Il m’a appris à ne compter que sur moi-même. Je dois beaucoup au scoutisme. Il m’a appris à connaître les plantes, de connaître la direction de la boussole en fonction de la mousse sur les troncs des arbres, à observer par moi-même, à prévenir les plaies, à vivre dans la nature… Aujourd’hui je me demande tout simplement comment on peut vivre au milieu des autres et au milieu de la science. Il faut savoir

observer. Dieu a dit :» Lahom 3ouyounon la yobsiroun «. Or, l’islam nous pousse aussi vers un autre point qui est important : «Iqra2» [‫ ]ﺇﻗﺮﺃ‬alors que nous passons tout notre temps à écouter et à répéter. Personne n’a pris la peine de vérifier par lui même. Sinon, j’étais un étudiant moyen. J’étais moyen parce que j’étais mal à l’aise de ne pas pouvoir apprendre par cœur. Ça m’embêtait. Il fallait que je comprenne le pourquoi des choses. Je prenais beaucoup de temps pour vérifier les données scientifiques qu’on nous enseignait. Si j’avais une question je rouvrais les livres d’anatomie, de physiologie, de sémiologie… J’étais malheureux parce que je ne pouvais pas tout vérifier, puisque j’étais pris par les examens. Donc c’était toujours une course contre la montre. Alors je découpais les passages que je ne comprenais pas bien pour les revoir après les examens. Pour finir, comment entamer cette démarche que vous nous appelez à entreprendre ? Ce qui est important aujourd’hui,

c’est d’éviter la schizophrénie. On est tunisien, on est musulman, on est arabe. Ces trois définitions sont imbriquées les unes dans les autres. Les trois génèrent un mot qui, à mon sens, est fondamental : c’est le mot liberté. Le médecin donne la liberté au malade. Si luimême n’est pas libre, comment pourrait-il l’octroyer ? Et la liberté passe par tout ce qu’on apprend, tout ce qu’on entreprend. La liberté engendre l’honneur. On est libre dans son espace, dans son esprit, dans sa façon de travailler. J’ai toujours été libre. On ne m’a jamais obligé à faire quoi que ce soit. Demain, le malade viendra vous consulter parce qu’il n’est plus libre de marcher, n’est plus libre de tousser, n’est plus libre de respirer…Il va vous demander de le libérer. Si vous-même vous avez les mains et l’esprit enchaînés, comment allez-vous le libérer ? Quelle liberté allez-vous lui donner?

Mehdi CHIHI

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’Charle Nicol’

Buvette Faculté de Médecine de Tunis

Je vous parle de ce coin douillet où l’on se réfugie les midis d’hiver, cet atelier d’artiste où l’on peint des odeurs de pizza qui montent jusqu’aux amphis taquiner les narines d’étudiants affamés, ce monument romantique où l’on donne à une fille son premier rendez-vous, je vous parle d’une buvette que les moins de dix-huit ans ne peuvent pas connaître ; oui, je vous parle de LA buvette, la nôtre ! Vous l’aurez sans doute remarqué, mais la buvette est source d’un lyrisme qui laisse difficilement place à l’objectivité d’une rubrique aussi sérieuse que celle-ci ! C’est bien pourtant la délicate tâche que m’a confiée le Rédacteur en Chef : Juger la buvette de la Faculté de Médecine. Par quel bout la prendre alors ? Il nous semble raisonnable, dans les lignes qui suivent, de commencer, à tout seigneur tout honneur, par la spécialité locale, à savoir La Pizza. Les fines bouches et les spécialistes du met vous diront qu’elle est passée par différentes phases et qu’elle a vu ses ingrédients, sa taille, et sa formule en général, fluctuer au cours du temps. Récemment plus riche en fromage, elle a néanmoins vu sa garniture en thon se rétrécir comme une peau de chagrin et sa sauce tomate subir des modifications sévères de formule. Toutefois, toutes les traditions n’étant pas chamboulées à la fois, la cuisson a gardé tout son côté artisanal puisqu’il n’est pas rare d’en recevoir parfois des cramées, parfois des mal-cuites. Il est, enfin, à noter que les ingrédients ne sortent plus que très rarement de la pizza, et au fond du sac en papier blanc, on ne retrouve plus que quelques morceaux de fromage déserteur, sans plus. La Pizza a-t-elle gagné en maturité et en stabilité, ou bien a-t-elle perdu en générosité avec l’âge ? En tout cas le succès semble rester entier auprès des étudiants, et à 2dt la pièce, seule l’habitude justifierait un tel investissement ! Presque déçus, nous sommes allés chercher la consolation auprès de la nouvelle égérie de la marque : le Sandwich Chapati. Mêlant l’exotisme du nom et rassurant l’étudiant avec du pain Tabouna bien de chez nous, le Chapati a bien vite conquis les cœurs du haut de ses 1,3dt. C’est résolument une valeur d’avenir qu’il faudra surveiller de très près ! Dans ce test, nous passerons outre la crêpe livide et pâle comme la tête d’un angoissé, ainsi que les sandwichs empaquetés. Nous noterons, tout de même, avec grande satisfactions, la diversification grandissante des produits, avec l’entrée en lice du tendance « Chocolat chaud » ainsi que du rafraîchissant jus d’orange frais. Au final, Les prix et le temps d’attente d’une buvette victime de son succès seront les principaux points noirs que l’on retiendra. Mais au bout de la queue, épuisés mais ravis, fallait-il que l’on s’aime et que l’on aime la buvette ?

Alimentation : 14/20 Coût : 10/20 Accueil et Local : 14/20 Synapse N°2 Hygiène 28: 16/20 Mai - Juin - Juillet 2012

Dieu nous garde des erreurs d’orthographe, mais c’est ainsi qu’est écrit le nom du célèbre (pauvre) médecin français sur le ticket de caisse de la buvette du CHU qui porte son nom. Eh bien soit, ça sera Charle Nicol pour cet article, nous n’allons quand-même pas être plus royalistes que le roi ! A vrai dire, je trouve personnellement que la photo qui allait accompagner cet article résume à elle seule la situation. Mais vue l’opposition catégorique des employés à la publication de toute photo (vous allez comprendre pourquoi), l’équipe de Synapse, connue pour son légendaire professionnalisme, a tout de même tenu à réserver quelques mots à une buvette qui, elle, ne s’est pas réservée l’éloge du grand public. En effet, nous avons eu la chance de partager cette petite conversation avec un employé de l’hôpital, et ce, dès que nous y mîmes les pieds : -La buvette c’est par où, s’il vous plait ? - Vous appelez ça une buvette ? Dites plutôt une poubelle ! Par-là. -Et est-ce que c’est bon ce qu’ils vendent au moins ? -Haha ! Très prometteur. Pour l’accueil, je ne sais pas si c’était fait exprès, mais dès notre arrivée, une nuée de papiers en plastique qui étaient par terre se leva en tournoyant harmoniquement pour nous saluer. Des oiseaux accompagnaient ce bal dansant, en valsant avec des miettes. Des noyaux d’olive expérimentaient le saut en altitude depuis les tables hautes. Tout ça orchestré par le maestro, le vent. Un chef-d’œuvre. La vue de ce tableau nous a aussi permis de nous poser une question existentielle : « Comment se fait-il que l’abri extérieur de la buvette était à ce point décoré de branches et de feuilles, alors que les arbres étaient complètement chauves ? » La réponse nous a foudroyés comme un éclair : L’abri n’avait pas été nettoyé depuis l’automne… A l’entrée, nous étions égarés devant la beauté du site. Nous nous aventurâmes donc au-delà des frontières interdites, dans une caverne où on vend le terrible « Kaftéji », mais pas pour longtemps. Une violente réprimande à peine déguisée par un « Tfadhel ! » nous remit sur le droit chemin. Ça, c’était pour l’accueil. Pour l’hygiène, il faut savoir que le charmant monsieur qui nous a accueilli avec son « Tfadhel » fumait juste au-dessous de deux autocollants interdisant de……fumer. Il avait raison, deux autocollants c’est trop peu voyons ! Nous passerons outre les gants 100 % bio en épithélium malpighien kératinisé que portait la dame à crêpes, ou encore la tuyauterie qui se dénudait au grand air, exposant son teint bien rouillé. Une véritable révolution des standards internationaux. Après avoir admiré le parterre et sa mosaïque de mégots , je me ruai vers une affiche collée le long du mur, en espérant élaborer une stratégie de dégustation qui engloberait tous les produits. En guise de menu, je trouvai la page facebook du « Syndic Charle Nicol ». Sans doute un « imprimer l’écran », car on nous proposait de s’abonner à un certain Mohamed Abbou en bas… Côté alimentation, il y avait deux choix pour les aliments préparés : Une crêpe, dénommée Chapati sur le ticket de caisse ( Ah ce ticket de caisse ! ), et le Keftaji. Le problème, c’est que comme tout est parfaitement indiqué dans cette buvette, il fallait connaître à l’avance les possibilités, les employés étant trop occupés pour vous renseigner. Nous aurions dû penser à envoyer un éclaireur… De retour à l’extérieur pour déguster à notre aise, nous avons compris pourquoi la « crêpe » coûtait si cher (1dt800). En fait, c’est pour rentabiliser un système très complexe et surtout très coûteux, puisqu’il fonctionne à l’énergie éolienne : Avant même que le client ne termine sa collation, la poubelle se rapproche de lui à grands pas, s’incline en avant et déverse devant lui une grande part de son contenu. Tout ça pour lui faciliter l’accès et lui permettre de jeter les restes sans aucune difficulté. Magique. Au-delà du ton sarcastique, connu pour être celui de EBOSM, nous tirons véritablement la sonnette d’alarme à la direction de l’hôpital et aux autorités compétentes, car il est inadmissible qu’un CHU de cette renommée soit amputé d’une buvette qui inspire tous les dégoûts.

Alimentation : 8.5 / 20 Coût : 8 / 20 Accueil et Local : 8 / 20 Hygiène : 4 / 20


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ELECTIONS DES DÉLÉGUÉS DES ÉTUDIANTS AUPRÈS DU CONSEIL SCIENTIFIQUE DE LA FMT

Un air de 23 Octobre - Ah asma3, votit ? - Lé lé ! 3la chnowa ? - Behi asma3ni, barra lel bureau edheka w voti Mohamed Amine Selmi, OK ? - Ye5i chfamma, élection ? W chkoun Mohamed Amine hedha ? - Oh ya…Ya wildi ma t’habbelnich ! Voti Mohamed Amine w cha3lik ! Ou encore : - Ahla louléd, UGET mahou ? - Euh..Chkounhom l’UGET ye5i ? Chbini nasma3 fennés il koll ta7ki 3mihom ? Fadwa walla chesmha… - Faten, Faten ! Faten Barkallah. - Ey wa3leh lézem nvotiwoulha ? - Behia behia, itdéfa3 3likom. Aya n3ammel 3likom louléd 3ad ! Ce sont deux spécimens des conversations qu’on surprenait le jeudi 15 mars 2012, le jours des élections des délégués des étudiants. Des dialogues initiés pour la plupart non pas par les candidats, mais par les amis des amis des candidats, ou encore des sympathisants, simplement. Un taux de participation dépassant les 50 %, une queue des grands jours devant le bureau des votes, et un cercle des amphis inhabituellement déserté pour l’occasion. C’est ce que les statistiques et les bilans officiels retiendront de ces élections. Mais nous, nous avons décidé de retenir autre chose. Soyons bien clairs, nous ne jouons aux rabat-joies, le taux de participation constitue effectivement une première, et une lueur d’espoir pour l’avenir, il ne faut pas l’oublier. Mais cette participation n’était-elle pas motivée par d’autres desseins ? Ces élections ne représentent-elles pas un échantillon réduit de ce qui se passe dans notre société, et plus précisément de ce qui s’est passé lors des élections de la constituante ?

Une curieuse ressemblance avec un certain 23 Octobre Dans cet article, nous n’allons pas donner des affirmations. Nous préférons en effet laisser ce soin à nos chers lecteurs, puis aux quatre candidats qui se sont présentés pour les premier et deuxième cycle, et dont nous avons recueilli les propos. Nous nous contenterons donc de déceler ces points de ressemblance avec des élections qui, à priori, n’ont ni le même but ni le même impact que celles-ci. Commençons : • Le taux de participation d’abord, une première. Si le pourcentage peut être considéré comme historique à

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l’échelle de notre faculté, il est aussi largement supérieur à celui de plusieurs autres facultés, une distinction pour la FMT. D’ailleurs, tout comme nous avons passé des heures au soleil pour élire nos représentants à l’échelle du pays, nous avons souffert devant le bureau de vote pour choisir nos délégués à l’échelle de la faculté. Mais, reconnaissons-le, beaucoup d’entre nous se sont rués vers le bureau de vote non pas pour avoir leur mot à dire dans la vie au sein de la faculté, mais pour ne pas « laisser les autres gagner ». Un jeu politique à peine entre les lignes et une histoire de marquage de terrain. Un point commun avec les appels à la mobilisation et au vote qui ont précédé les élections de la constituante aussi. Passons. • L’étiquetage, ensuite. Il y avait ceux-ci et ceux-là, les « nôtres » et les « autres », au point de ne pas oser s’adresser à ceux qui sont connus pour appartenir au courant de pensée adverse - Oui, car c’est bien de courants de pensée qu’il s’agit. « Ti zéyed ta7ki m3ah, m3a lo5rin edheka ». Un déchirement et une scission en deux clans, les bons et les mauvais. Encore un rappel de ce qui se passait dans les rues avant le 23, et de ce qui se passe encore aujourd’hui dans notre société. Terminons. • La méconnaissance, enfin. La méconnaissance, c’est l’ignorance du rôle, du but et du sujet de ces élections. Comme l’illustrent si bien les dialogues du début, nombreuses ont été les décisions prises devant le bureau de vote, avec un soleil plombant au-dessus de la tête, et une envie pressante de retourner à ses occupations. De même, on aura déploré ce phénomène et appelé à un vote plus conscient lors des grandes élections. Ces interrogations, parmi d’autres, nous les avons soulevées aux quatre candidats qui se sont présentés pour les premier et deuxième cycle. Pour les internes, nous n’avons pas pu recueillir leurs propos faute de temps, mais là nous ne sommes pas exactement dans le même cas, car le taux de participation a été assez faible et reste bien évidemment à améliorer. Interview.

1er Cycle : Mohamed Amine Selmi 2ème année Indépendant 2ème Cycle : Chams Elkhouni (Candidat gagnant) 3ème année UGET

Faten Barkallah (Candidate gagnante) 2ème année UGET Marwen Mamah 4ème année Indépendant


MAGAZINE DES ÉTUDIANTS DE LA FACULTÉ DE MEDECINE DE TUNIS

Med Amine Selmi

Mohamed Amine Selmi Concernant l’organisation, j’ai senti que l’administration pouvait faire plus d’efforts. Même les affiches qui ont été accrochées n’ont pas attiré l’attention des étudiants. Si ceux-ci sont se sont rendus au bureau de vote, c’est plus grâce aux campagnes électorales des candidats. Je propose que dorénavant, la faculté mette en place une structure qui s’occupe de la médiatisation et de la sensibilisation concernant les élections. Pour l’affluence, je suis satisfait vu que c’est une première, mais on aspire quand-même à mieux la prochaine fois. Quant aux dépassements, l’administration a été tout à fait correcte et neutre. Ce qui m’a un peu dérangé, c’est que certaines personnes se sont livrées à une campagne de diffamation à mon égard, alors que ce n’est pas ça l’objectif. Faten Barkallah J’ai bien aimé l’organisation, surtout de la part de l’administration. Le seul petit bémol c’est que pour le premier jour de la campagne électorale, il n’y a avait pas grand monde à la faculté car la bibliothèque était fermée. Donc du coup, on a dû faire le tour des stages. Par contre, l’ambiance tout au long de la campagne était belle, et c’était vraiment bien de voir autant de pluralisme et de gens s’exprimer. Le taux d’affluence est satisfaisant, en espérant faire encore mieux les années prochaines. Q2 : Etes-vous satisfaits / convaincus par le résultat ?

Chams Elkhouni Ce qui m’a avant tout satisfait, c’est le taux de participation record. Ensuite, je suis content, non pas parce que les étudiants m’ont choisi, mais parce qu’ils ont su qu’ils pouvaient avoir confiance en l’UGET. En effet, cette victoire ce n’est pas la mienne, c’est celle de tous les adhérents et militants au sein de l’UGET. C’est eux qui m’ont aidé à faire une brillante campagne électorale, chose que je n’aurais jamais pu faire tout seul. Marwen Mamah Pour ce qui est du résultat, personne ne peut le mettre en doute. Je me dois donc d’être convaincu par ce résultat. Bon bien-sûr j’aurais voulu gagner, mais je suis très satisfait malgré ma défaite, car cette expérience a été très enrichissante pour moi et m’a surtout permis de connaître des personnes enthousiastes qui ont travaillé avec moi. Donc même si je n’ai pas gagné les élections, j’ai gagné des connaissances. Q3 : Certains vous accusent d avoir une certaine idéologie derrière la tête, idéologie que vous exploitez à des fins données, dans un cadre qui n est pas le sien, à savoir la faculté. Que leur répondez-vous ? Marwen Mamah Premièrement, je voudrais dire qu’en tant qu’indépendant, je ne représente que moi-même. Maintenant, je ne peux pas vous mentir en disant que je ne crois pas en une idéologie. Vous aussi vous en avez sûrement une, tout comme chacun d’entre nous, c’est ce qui conditionne notre façon de vivre. Mais je peux vous assurer que lors de ma campagne, je ne me suis basé que sur mon programme. Je l’ai présenté en tant que contrat entre moi et tous les étudiants, quel que soit leur idéologie.

Je vais vous poser une question : Estce qu’essayer de trouver une solution au problème des stages par exemple reflète une certaine appartenance politique ? Ce problème, tout comme celui des polycopiés ou encore de la bibliothèque, ne nécessite pas une idéologie, et je ne vois vraiment pas comment ils peuvent être politisés. Je peux même vous assurer que des personnes ont voté pour moi alors que nous n’avons pas du tout la même idéologie. Bref, pour moi, même si ce problème s’est posé lors de ces élections, il n’a pas du tout sa place au sein d’une faculté. Chams Elkhouni Je pense qu’avoir des penchants et des orientations ne veut pas forcément dire qu’on est militant au sein d’un parti. Au contraire, ça aide à avoir une vision claire de l’avenir, sans pour autant exclure les adversaires et les renier. On nous a inculqué cet esprit de tolérance au sein de l’UGET, et si vous regardez de près ce syndicat, vous trouverez une intéressante mosaïque d’idées… Après, c’est à l’étudiant de savoir comment voter pour le candidat le plus apte à le représenter et à défendre ses droits. Il y a certes eu une ambiance politique lors de ces élections, mais l’évènement s’est déroulé dans un cadre assez amical et empreint de respect mutuel, une confrontation d’idées, pas plus. Le second point positif est que les étudiants ont réussi à déceler ce petit jeu politique et ne sont pas tombés dans le piège tendu par certains partis. Ils ont eu confiance en l’UGET qui a toujours milité pour l’intégrité de la représentati-

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ACTUALITÉS

Q1 : Etes-vous satisfait par l organisation et le taux d affluence de ces élections ? Et avez-vous des dépassements à rapporter ?


Faten Barkallah

vité des étudiants, et son indépendance du parti au pouvoir.

ELECTIONS

Nous, nous ne sommes pas rentrés dans ces considérations ; nous n’avons pas essayé d’influencer les étudiants et nous avons tenu à respecter l’adversaire. Même si son statut d’indépendant était parfois mis en doute par certains, nous l’avons considéré en tant que tel. Q4 : Comment sera votre relation avec l autre parti qui s est présenté contre vous à l avenir ? Croyezvous que vous pourrez collaborer ensemble ? Chams Elkhouni Nos adversaires se sont présentés en tant qu’indépendants, nous allons donc les traiter comme n’importe quel étudiant à la faculté, sans aucune distinction. Nous opterons toujours pour le dialogue et l’échange quelles que soient nos divergences. Et tant que l’intérêt de l’étudiant est notre priorité commune, nos rapports ne doivent pas sortir de ce cadre…Notre syndicat est ouvert à tous, et notre but est de bâtir quelque chose de solide qui réalise l’union entre les étudiants. Marwen Mamah Tout à fait. Pour moi, les personnes ne sont pas importantes, c’est l’intérêt de l’étudiant qui prime. Il est donc de mon devoir de donner mon avis et de faire parvenir la voix des étudiants aux délégué élu, et après c’est à lui de voir s’il peut transmettre ça à l’administration. D’ailleurs, juste à titre d’exemple, l’autre fois Chams est passé à côté de moi, il préparait les emplois de la 4ème année. C’est alors qu’il s’est arrêté et m’a demandé de lui donner une idée. Sans aucun problème, je lui ai fait part de mon avis.

Ceci est une preuve que nous sommes prêts à collaborer ensemble, et je le remercie pour cette initiative. Q5 : Si jamais vous vous présentez une autre fois, changeriez-vous vos positions et votre programme ? Et avez-vous un message pour les étudiants suite à ces élections ? Faten Barkallah Avant de chercher à me présenter une autre fois et penser à attirer plus de monde, je me dois d’abord de représenter les 38 % qui n’ont pas voté pour moi. Je dois donc adapter mon programme à leurs demandes et à leurs besoins. Pour les étudiants, je souhaite d’abord les remercier pour l’ambiance qu’ils ont créée tout au long de la campagne électorale, mais aussi le jour des élections. Ensuite, je voudrais leur rappeler que cette faculté est faite pour eux, pour leur formation. Ils doivent donc être conscients qu’ils y ont des droits, tout comme ils ont des devoirs en tant qu’étudiant à la FMT. C’est pour cela qu’ils doivent apprendre à défendre leurs droits, et savoir à qui recourir lorsque ces droits sont violés. Il ne faut surtout pas qu’ils soient inertes et indifférents à la vie à la faculté. Ce qui compte vraiment pour moi, ce n’est pas de gagner des élections ou d’obtenir un poste, c’est avant tout de changer la mentalité des étudiants, et d’instaurer en eux un esprit critique. Mohamed Amine Selmi Pour l’instant, je ne compte pas me présenter pour l’année prochaine, peut-être une autre année…Mais en supposant que je le fasse, il y aura certainement des changements. D’une part, le programme évolue chaque année. En effet, il doit être adapté aux problèmes rencontrés par les étudiants, des problèmes qui changent en permanence. D’autre part, quand on se présente pour une élection et qu’on la perd, il ya forcément des choses à revoir, des défaillances. Il faut apprendre à avoir un regard critique sur soi-même et à réviser ce qui n’a pas marché. C’est indispensable pour pouvoir déceler ses points faibles. Quant au message, je tiens à remercier ceux qui ont voté pour moi par conviction, pour ma personne et pour Marwen Mamah

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Chams Elkhouni

mon programme. Je remercie aussi mes adversaires. Mais j’aimerais que les étudiants améliore leur façon de choisir leurs élus, et apprenne à se baser sur des critères objectifs. Car c’est une responsabilité de donner sa voix à quelqu’un, puisque cette personne va représenter l’étudiant lui-même et si jamais elle ne joue pas son rôle correctement, les retombées seront sur celui qui voté pour elle. Comme vous le voyez, les propos des candidats ne sont pas à des annéeslumière les uns des autres. Des déclarations diplomatiques et une image de couverture, me diriez-vous. Eh bien soit, suivons nos candidats dans leur diplomatie. Qui sait, peut-être que c’est là où réside le salut ? De toute façon, au-delà de ce problème de bipolarisation, notre société, comme toute société, est fondée sur de profondes divergences avec l’autre, mais qu’on arrive à bien lui cacher. Et comme l’a si bien dit Guy Bedos :

« Lorsque la franchise sert de tremplin à la bêtise, on se surprend à regretter l’hypocrisie. » Chedi MHEDHEBI


L’ASSOCIAMED

MAGAZINE DES ÉTUDIANTS DE LA FACULTÉ DE MEDECINE DE TUNIS

769

C’est le nombre d’adhérents depuis le début de ce mandat en septembre, jusqu’au 24 avril 2012, à 10h04. Ce nombre est bien entendu largement supérieur, à l’heure qu’il est. En effet, chaque mardi et jeudi à la faculté, un stand est là pour vous, pour vous ouvrir les portes de l’Associa-Med. Nous avons choisi ce chiffre parce qu’il illustre bien le potentiel humain, mais aussi la diversité qui caractérisent notre association. Car, vous vous l’imaginez bien, parmi ces 769 membres, il y en a de toutes les couleurs ! Mais l’Associa-Med est là pour tous, peu importe les appartenances, peu importe les origines. Cette diversité vous allez la retrouver dans cette mini-présentation de nos actions, en espérant vous voir y prendre part. Allez, trêve d’introductions ! Embarquons-nous pour le monde des chiffres…

90

C’est le nombre d’étudiants qui se sont inscrits pour participer au projet « Doctor’s got a talent » ! Il s’agit d’une compétition purement artistique. Tout comme son titre l’indique, le projet fait ressortir l’artiste caché au fond de l’étudiant en médecine, un artiste bien menacé par nos prenantes études. C’est dans cet esprit que les comités Culture de l’Associa-Med Tunisie ont organisé ce Concours. Les candidats défilaient et les performances étaient aussi brillantes les unes que les autres !! Les 12 candidats sont certes doués, talentueux et éprouvaient du plaisir à chanter, danser ou improviser, mais une seule incarnait Athènes : Mlle Emna Younsi, étudiante en DCEM3, qui a réussi à bercer le public de sa voix suave. Le prix

qu’elle a gagné : un séjour en Espagne. Prochains rendez-vous : Camping Artistique culture_tunis@associamed.org

120

c’est le nombre d’étudiants étrangers qui seront accueillis par les comités d’échange (stages recherche) cette année. En effet, le programme d’échange est une expérience éducative et culturelle qui est organisée entièrement par des étudiants en médecine, avec l’aide de leurs facultés à travers le monde. Les étudiants ont la chance d’assister à un stage de 4 semaines dans un département de leur intérêt. Le pays hôte doit offrir l’hébergement, l’embarquement, le stage et parfois un programme social. L’objectif du programme d’échange international est de promouvoir la compréhension culturelle et la coopération entre les étudiants en médecine et autres professionnels de la santé, à travers les échanges internationaux. Avec le programme d’échange, nous offrons des opportunités à l’étudiant en médecine de pratiquer la médecine dans une autre culture et de réaliser les différences qui existent entre les systèmes de santé autour du globe. Ne ratez pas la chance de participer à ce programme merveilleux, soit en y participant, soit en étant membres actifs avec les comités d’échange. On vous attend :) leo_tunis@associamed.org lore_tunis@associamed.org

130

C’est le grammage d’une feuille de papier du Petit Calendrier de la Vie. Lancé à Tunis en Décembre et également en vente

actuellement à Sfax, le PCV pour les intimes, est un annexe d’embryologie à l’usage de l’étudiant en médecine. Organisé sous forme de calendrier, il retrace, jour par jour, les évènements les plus importants des 22 premiers jours de développement embryologique. Ludique, il associe à chaque double feuille un schéma à droite et du texte explicatif à gauche. lome_tunis@associamed.org

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C’est le nombre de nouveaux soldats recrutés dans l’armée rose du comité SCOPH (Standing Committe On Public Health), l’armée érigée dans l’unique but de mener la première mission secrète de l’opération « PINK WALK 2012 », aspirant à exterminer le cancer du sein du territoire Tunisien. L’édification de cette armée a demandé de longs mois de travail laborieux et la mobilisation de gros moyens financiers. Le recours à une coopération internationale s’est avéré indispensable pour assurer une mission d’une telle envergure. Notre armée a été soumise à une évaluation inclémente par des professionnels en la matière : la compétence et la détermination de nos soldats étaient prouvées. Maintenant, il ne reste plus qu’à envahir la Tunisie ! SCOOP pour Synapse : PINK ARMY first mission Lieu : Gouvernorat de Jendouba Date : Juillet 2012 Ordre de mission : Casser le tabou et propager l’espoir lpo_tunis@associamed.org

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C’est le nombre de personnes qui ont accepté de se Synapse N°2 Mai - Juin - Juillet - 2012

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ASSOCIA-MED

EN CHIFFRES


faire dépister lors du Festiv’AIDS, un festival de musique visant à briser le tabou au sujet du SIDA. Mais ce chiffre ne reflète pas le nombre réel de personnes sensibilisées. En effet, 25 éducateurs pairs étaient mobilisés pour arriver à la fin à informer plus de 1200 personnes, à distribuer plus de 1300 préservatifs et 800 brochures, et surtout à pousser tout ce beau monde à laisser un message de soutien à une personne vivante avec le VIH ! Côté artistes, une série de 3 concerts avec à l’affiche le groupe de Métal tunisien Myrath, Jazz’Oil et le groupe d’électro français Kaly Live Dub, venu spécialement de l’hexagone. Rien que ça ! Très enthousiaste et riche de cette expérience, on continue notre lutte contre le SIDA avec le projet SCORActing : on va visiter plusieurs foyers et assurer des séances complètes de sensibilisation visant à corriger les préjugés autour du VIH ! Be an angel ! Be a SCORAngel!

SCORA = Standing Committee On Reproductive health including Aids lora_tunis@associamed.org

2664

C’est la somme collectée par le comité SCORP durant la semaine allant du 08/02/2012 au 15/02/2012 à la Faculté de Médecine de Tunis. Une collecte destinée à reloger une famille qui vit dans la précarité la plus totale au fin fond d’une tente dans un champ perdu au Mourouj 6. L’équipe a répondu présent à l’appel lancé par cette famille. Les SCORPions se sont mobilisés pour la cause. Une collecte au sein de la faculté a permis dans un 1er temps de collecter des vêtements, couvertures, matelas, chaussures, etc… Une urgence pour cette famille qui dormait dans le froid glacial de février sans chauffage ni électricité ! Mais après 2 mois de recherche intensive, les membres du comité ne trouvent pas encore la perle rare pour cette famille, un foyer convenable qui ne serait pas trop cher. SCORP-Tunis et ses membres lancent ici un appel à la mobilisation pour toute âme charitable qui pourrait renseigner ou aider à trouver un logement adéquat à 5 enfants ainsi qu’à leurs parents. Soyez solidaires avec SCORP, aidez-nous à leur offrir ce qu’ils ont toujours désiré d’avoir : Une vie digne ! lorp_tunis@associamed.org

SPORT 1

comme la 1ère Medliga Nationale qui s’est tenue les 17 et 18 Mars à la Salle de Sport de Mégrine. La compétition a été remportée par FMT United, l’équipe-type de la Medliga-Tunis. Ce groupe a également atteint les demi-finales du LEO Cost Football Challenge au profit des enfants diabétiques. Mais le Comité Sport ne s’est pas contenté de cette action poncN°2 34 Synapse Mai - Juin - Juillet 2012

tuelle. En effet, il y avait 4 Clubs de Sport à Séance Hebdomadaire tout au long de l’année Universitaire, et ce spécialement pour nos demoiselles. C’est le programme Ladie’s Game qui comporte des clubs de foot, basket, hand et footing.

50 fut le Nombre d’articles du Règlement de la Medliga, le championnat de foot de la faculté. Ce règlement a été rédigé par le Responsable Sport de l’année courante en collaboration avec ses 5 prédécesseurs et le Président de l’Association. Et pour terminer cette accolade avec les chiffres en beauté, nous avons droit à un record, celui du Nombre de Buts inscrits en cette Medliga 2011/2012,

471 Pour sa 6ème édition à la Salle de Sport de Mégrine, la MedligaTunis a réuni plus de 130 Adhérents. Le 1er tour s’est déroulé sous la forme d’un Championnat à 12 Equipes, suivi d’une Coupe Classique avec 8 Qualifiés. Des Quarts jusqu’à la Grande Finale et au bout de 73 Matchs, le trophée fut soulevé le 23 Avril par l’Olympique de Marseille pour la 3ème Fois de son Histoire. Les olympiens ont battu Boca Juniors en finale, et c’est le Real Madrid F.C qui a fini 3ème de la Compétition. Rendez-vous à venir : -« Medliga World Cup » lors du Programme d’Echange de Stages et de Recherches. -« Sportag » : Compétition sportive multidisciplinaire (Tennis de Table, Sumo, Baby-foot géant et Playstation) pendant la Semaine d’Intégration. sport_tunis@associamed.org


LE KAMASUTRA TUNISIEN

Aussi célèbre que les Mille et une Nuits en Terre d’Islam et aussi connu que le Kama Sutra dans l’Occident du XIXème, le Jardin Parfumé est jusqu’à ce jour mal connu dans son pays d’origine, La Tunisie. Ce manuel d’érotologie et traité médical du XVème siècle, mérite de notre part une profonde attention. Ecrit en 1410, par le Cheikh Nefzaoui, curieux savant de son époque , à la demande du vizir du Sultan Hafside de Tunis, le raoued el atir fi nozhet el khatir est un de ces textes médico-érotiques qui fleurissent dès le IXème siècle, à l’âge d’or de la civilisation arabomusulmane. Souvent inspirés de manuscrits perses et indiens, ces textes traitent de sexualité, d’hygiène et de rapport entre science et plaisir. Le Jardin parfumé apparait dans un tout autre contexte, il est écrit à une époque où la médecine musulmane est en pleine décadence, mais elle résiste tant bien que mal au charlatanisme grandissant, grâce à la diffusion des manuscrits et à une poignée de savants. L’originalité de notre livre est qu’il a une grande valeur littéraire, historique et médicale, puisqu’il alterne examen médical et anecdo-

tique pour reprendre les mots du Cheikh, et contes érotiques pleins d’humour tels que l’histoire de la femme aux deux maris et de celle de l’amoureux contre son gré, ce genre de littérature ne se veut pas comme un espace de transgression des mœurs sociales, mais comme un cadre qui redéfinit des règles de conduite, d’où l’étonnement du traducteur du manuscrit, Sir Richard Burton. En effet , Burton, illustre érudit victorien, dit du Jardin parfumé qu’il est parfait à plusieurs égards, possède une rigueur scientifique et traite sérieusement de sujets obscènes et lascifs. Burton aurait été séduit par l’introduction du livre qui précise « ce sont les bornés sans scrupule et les ennemis de toute science qui ne le liront pas ou le tourneront en dérision » Le Jardin parfumé est avant tout un manuel d’éducation sexuelle, divisé en chapitres, afin d’assurer sa lecture par l’étudiant-taleb- qui souhaite apprendre et faciliter sa recherche sur les sujets souhaités. Ce discours sans fausse pudeur est très ouvert sur ce que bon nombre d’entre nous appellent encore « la chose », d’autant plus qu’il n’hésite pas à associer positions et jeux sexuels à des versets du Coran et des hadiths du prophète, nous rappelant que la sexualité a toujours eu une place privilégiée dans la religion musulmane, au point de l’ériger au rang d’obligation pieuse. Sans péché originel ni culpabilité, le rapport sexuel censé rapprocher le musulman de Dieu est à la base du Nikah, le mariage. Nefzaoui commence son livre par , Louanges à Dieu qui a fait le plaisir de l’homme dans les parties secrètes de la femme et a fait le plaisir de la femme dans les parties secrètes de l’homme, ces paroles expriment l’humilité du savant médiéval qui s’en remet à Dieu en toutes circonstances et associe Providence, science et plaisir afin de garantir l’épanouissement et l’équilibre de l’être humain.

Sans tabou, le cheikh aborde l’intimité des rapports hommefemme dans le contexte licite de la polygamie et du concubinage, il dresse une description détaillé de l’anatomie génitale et donne sa conception du désir, du coït et de l’orgasme. Enfin il défend dans une approche quasi féministe le droit de la femme à la jouissance, mais ne donne pas à la femme son droit de partenaire égal à l’homme. Les hommes ont tendance à l’oublier, les femmes ont plutôt honte de l’affirmer, mais le rapport sexuel est avant tout une opération mutuelle, Nefzaoui invite les hommes à prodiguer baisers et douces paroles plutôt que de se jeter sur sa femme comme le font les bêtes , c’est un moment de tendresse et de raffinement privilégié, qui doit être abordé sans fatigue ni anxiété. En décrivant l’acte sexuel et en donnant différents positions et jeux sexuels, le cheikh établit un lien important entre mécanique du corps et psychisme. Quand le coït est désiré, l’érection est parfaite. Sans grand désir, l’acte sexuel est frustrant. Parler de frustration, de frigidité et d’impuissance ne semble pas être une mince affaire, surtout lorsqu’on doit parler de son problème. Même aujourd’hui les obstacles à franchir sont nombreux avant de passer la porte du cabinet médical… Et une fois passée, on attend désespérément que le médecin aborde le sujet en premier. Dans le Jardin parfumé, on ne parle pas de ses problèmes avec sa partenaire, cependant on y trouve

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C U LT U T R E

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des témoignages de savants, de médecins, d’ulémas et même d’une femme philosophe Moarbeda qui dispense ses connaissances sexuelles aux passants, nous avons là une image d’une sexualité abordée sans peur du ridicule, sans complexes et sans auto-dévalorisation. Et si aujourd’hui encore le tabou persiste, c’est parce que parler de sexualité signifie parler de soi, de son intimité, de son plaisir et de ses fantasmes et remet en cause le stéréotype de l’homme efficace et performant et celui de la femme insatiable et jamais comblée. Si le savoir de ce livre est dépassé, son discours éclaire notre vision de la sexualité, vision trop souvent obscurcie par des idées reçues. En effet, la difficulté d’en parler a fait tisser autour du sexe mythes et préjugés. A l’époque de Nefzaoui, on croyait que faire l’amour avec une femme âgée, vidait l’homme de sa vigueur, et qu’il fallait user avec parcimonie de son sperme liquide de vie - pour ne pas se retrouver stérile. Aujourd’hui si ces fables sont vite oubliées, plusieurs idées persistent tel que l’appétit sexuel diminue avec l’âge, ou que les douches intimes sont un moyen de contraception. L’omniprésence

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de la sexualité dans les médias et la médecine n’auront pas suffi à changer les mentalités, à désamorcer le conflit avec son corps et à dédramatiser « la chose ». Il nous reste à parler d’une seule chose. La voilà illustrée par ce passage : un père en emmenant sa fille à sa chambre la nuit de ses noces, lui dit : « Ma fille, parfumez-vous d’eau ». Si les parfums à cette époque sont fort prisés et sont les témoins d’un raffinement et d’un art de vivre, ce conseil venant d’un père qui parle à sa fille sans pudeur ,souligne le lien entre hygiène, médecine et sexualité. Le Jardin parfumé ne finira pas de nous étonner, il expose dans ses nombreux chapitres un héritage de la pharmacopée arabo-musulmane, en l’occurrence des traitements contre les mauvaises odeurs corporelles, des régimes alimentaires à base d’œufs, de plantes et d’épices, et donne des recettes de contraceptifs, d’abortifs, d’aphrodisiaques et de nombreux traitements contre la stérilité, les troubles d’érection et la panne sexuelle. Aujourd’hui si de nombreux médicaments existent pour traiter des dysfonctionnements sexuels, ils sont souvent dénigrés.

C’est parce qu’on croit qu’ils fonctionnent automatiquement, alors qu’ils sont un relais pour reprendre confiance en soi et sortir du cercle vicieux du doute et de la culpabilité . Réciter le Coran prédispose à la copulation, cette phrase de Nefzaoui démunie de toute obscénité et de tout humour mérite quelques explications : elle nous informe que la sexualité est essentielle à l’être humain. Elle lui permet de se réapproprier son corps, de le connaître. Elle lui permet aussi de l’accepter et de dissiper ses frustrations, par le calme ,la spiritualité et la méditation. A vos Jardins Parfumés. Bibliographie : The Perfumed Garden of the Cheikh Nefzaoui, traduction de Richard Burton, 1886. La Sexualité, de Marie Lemonnier in Le Nouvel Observateur : La Bible et Le Coran, Decembre/Janvier 2004. De l’hygiéne à l’érotisme, de Elena Sender in Sciences et Avenir : Moyen Age le nouveau regard des chercheurs, Juillet /Aout 2008.

Oussama AOUINA


SI LEMHAF,

MAGAZINE DES ÉTUDIANTS DE LA FACULTÉ DE MEDECINE DE TUNIS

LA NOUVELLE « PELUCHE » DES JEUNES TUNISIENS « Avec la liberté de celui que la culture n’a pas entièrement englouti, le vagabond de la musique ramasse le morceau de verre qu’il trouve sur la route et le tend vers le soleil pour en faire jaillir mille couleurs. » Pour vous, j’ai eu l’honneur et le plaisir de rencontrer deux jeunes artistes talentueux accompagnés de leur petit ours en peluche, le fameux « Si Lemhaf ». Une interview dans une ambiance des plus sympathiques et amicales et pendant laquelle on ne sentait pas le temps passer. Mehdi Sghaier et Mondher Abdelmoulah sont les génies qui se cachent derrière cette mascotte que tout jeune tunisien connaît. Ils se sont connus pendant les années du lycée et ils ont découvert qu’ils partageaient la même passion. Depuis, ils ne se sont plus quittés, même après le bac où ils sont partis en Allemagne pour poursuivre leurs études et surtout réaliser leur rêve.

Comment « Si Lemhaf » est-il né ? Mehdi : Après mon bac que j’ai eu en 2003, j’ai décidé de partir à Munich, même si je pouvais très bien poursuivre mes études en Tunisie. Mais je voulais avant tout changer de monde, découvrir d’autres horizons et surtout investir dans le domaine que j’aime le plus, la musique. Mondher m’a rejoint un an plus tard. Un jour, nous avons fait la connaissance d’un ancien musicien assez âgé qui a apprécié notre motivation et qui a décidé de mettre à notre disposition son stu-

dio d’enregistrement, un studio particulièrement bien équipé. On a commencé alors à découvrir le monde professionnel de la musique, au point que ça nous est monté à la tête et nous nous sommes mis dans la peau de deux producteurs ! Nous avons commencé à faire défiler au studio des musiciens de rue afin de les encadrer et de les faire produire, chose qui nous a valu beaucoup d’expérience. Ce travail a fait parler de nous à Munich et nous avons eu la fierté d’écouter notre musique dans des clubs. En 2008, et suite à ce succès, nous avons rencontré Mr Gabriel Zax, un millionnaire allemand amateur de musique qui nous a proposé de produire, à ses frais, un album avec un collectif d’artistes jeunes et talentueux. Il nous a même réservé l’un des plus grands studios d’Europe, le Dorian Gray studios, qui a enregistré les plus grandes voix de ce monde. L’album, intitulé Sold Out, a eu un grand succès non seulement en Allemagne mais aussi en Autriche et en Suisse. Ceci nous a fait croire en notre capacité à créer quelque chose de nouveau, et nous voulions revenir à notre cher dialecte tunisien. Nous avons intégré notre laboratoire et commencé à chercher jusqu’à ce que « Wini Leflouss » a vu le jour. Enfin, pour que notre musique soit jugée pour sa qualité et non pour notre apparence, nous avons décidé de nous cacher derrière notre fameux ours en peluche.

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D’où vient l’originalité de votre style de musique ? Tout tunisien a connu pendant sa jeunesse une panoplie de genres musicaux assez différents et qui ont certainement marqué ses goûts et ses préférences. Nous avons donc opté pour un style qui serait un mélange et qui contiendrait un peu de tout, plutôt que de nous focaliser sur quelque chose de standard.

Vos chansons ont souvent des titres assez provocateurs, à la limite agressifs, comme « Hedd », « fok 3ad » etc… C’est la nature de notre dialecte après tout et c’est ce qui fait son charme. Même en amour, pour dire qu’une fille nous plait on utilise souvent le terme « tedhrabt feha » ou bien « to7t 3la rassi », c’est très romantique non ?!!

Vous associez souvent à vos tubes des clips vidéo assez amusants et créatifs. Est-ce votre image de marque ? On n’écoute pas seulement avec les oreilles mais aussi avec les yeux, c’est pour cela que nous accordons une grande importance à nos clips et ceci demande un grand travail de recherche. Comme au début nous n’avions pas les moyens de réaliser de grands clips professionnels, nous les avons formés à partir d’extraits récupérés à droite et à gauche. Puis nous avons trouvé que c’est devenu une partie de l’identité du personnage de Si Lemhaf, alors nous avons préféré garder ce style.

Et Vibebrau c’est quoi ? C’est notre label que nous avons créé en 2008 en Allemagne, après la sortie de l’album dont on a parlé tout a l’heure. Nous avons créé ce label pour pouvoir être indépendants. Vibebrau veut dire « la brasserie de la musique » et nous y produisons non seulement notre musique mais aussi celle d’autres artistes locaux.

disponibles, vu que nous habitons en Allemagne. Ensuite, c’est parce que nous avons constaté que le fait de se mettre au devant de la scène était devenu plus négatif que positif. Nous avons donc adopté la stratégie du « 9allel w dallel ».

Pourquoi « Synapse » donc ? Pour le fait que c’est un magazine destiné surtout aux étudiants et que nous encourageons tout ce qui a un rapport avec la santé. Nous sommes aussi très sensibles aux problèmes que rencontre ce domaine.

Combien de temps consacrez-vous à la musique ? En moyenne deux à trois heures par jour, à part le temps qu’on passe à y réfléchir !

Que pensez-vous des autres artistes tunisiens ? Nos artistes ne manquent ni de talent ni de motivation mais c’est difficile d’évoluer à cause du terrain qui est défavorable, de la dominance de la scène par quelques grands noms et surtout du manque de moyens.

Parlez-nous un peu de la chanson de « Enti Vos clips et chansons sont disponibles en Essout »… partage libre sur internet. Comment arrivez- C’est l’idée de la PNUD (Programme des Nations vous à financer vos projets ? Unies pour le Développement) dans le cadre de son On peut dire qu’il n’existe aucun marché de musique en Tunisie. Donc l’artiste ne peut pas compter sur la vente de ses albums pour gagner de l’argent, mais plutôt sur les concerts ou les sponsors. Il y a aussi beaucoup de violations des droits d’auteurs, mais ce qui est bien c’est que tout le système est en train de changer. Dans notre cas, notre musique est aussi disponible sur les Online-Shops, ce qui nous fait un peu de bénéfice.

On ne peut pas dire que vous êtes très présents sur la scène médiatique. A quoi attribuez-vous cela ? Nous ne pouvons pas le reprocher aux médias qui nous ont d’ailleurs presque tous contactés. C’est d’abord dû au fait que nous ne sommes pas très

N°2 38 Synapse Mai - Juin - Juillet 2012

projet d’appui au processus électoral en Tunisie. Le but était d’inviter les jeunes à se mobiliser pour leur avenir et s’impliquer pour la Tunisie de demain. La chanson possède une diversité de styles musicaux pas du tout faciles à combiner, et il y avait aussi le pari de la peaufiner en un temps record de 2 jours. D’ailleurs, tout s’est passé en même temps, entre enregistrement et tournage du clip.

Et à quand votre premier concert ? Nous avons toujours voulu faire les choses dans les règles de l’art. Nous pouvons très bien organiser des concerts à partir de maintenant, mais ça n’atteindra pas le degré de perfection et d’originalité que nous visons. Nous préférons donc bien travailler notre show et être sûrs d’épater avant de nous lancer dans cette aventure. Yassine BEN NEJMA


MAGAZINE DES ÉTUDIANTS DE LA FACULTÉ DE MEDECINE DE TUNIS

21 GRAMMES, LE FILM Sur fond d’écran sombre, une voix rauque et caverneuse prononce : « On dit que nous perdons tous 21 grammes au moment précis de notre mort... tous ! Le poids de cinq pièces de monnaie. Le poids d’une barre de chocolat. Le poids d’un colibri. » C’est ainsi que commence le film 21 GRAMMES de Alejandro González Iñárritu, qui raconte l’histoire de trois personnages : Paul, prof de maths à l’attente d’une greffe cardiaque, Cristinia, qui mène une vie paisible auprès de son mari et de ses deux filles et Jack, un gagnster sorti de prison et voulant mener sa vie sur une la voie de la repentance. Trois vies dissemblables et que rien ne rapproche ! Rien ne prédestinait leur rencontre, et pourtant c’est à la suite d’un terrible accident qu’ils verront leur destin entremêlé et qu’ils se retrouveront embarqué dans une tumulte pétrie d’affrontement, d’amour et de haine ! Comme quoi la vie a plus d’imagination que les hommes ! Ce film qui met à l’écran Sean Penn, Benicio Del Toro, Naomi Watts, Charlotte Gainsbourg aura été fidèle à la marque de Iñárritu, réalisateur par ailleurs de « amours chiennes » (2000) et « babel » (2006). Des films où le réalisateur imbrique et entrecroise les destins avec hardiesse et fougue. Un déchaînement de la vie qui livre enfin son secret aux toutes dernières minutes au moment où le rideau tombe dans une éruption émotionnelle intense !

21 GRAMMES, LE POIDS DE L’ÂME

Mais pour revenir au titre du film « 21 grammes » et les toutes premières phrases du film - comme quoi on perd 21 grammes au moment précis de notre mort nous remonterons jusqu’au début du siècle passé. En effet, tout cela fait référence à la théorie du poids de l’âme développé par le médecin américain Duncun McDougall en 1907. McDougall avait pesé six patients moribonds avant et après leur mort, et avait de ce fait constaté une variation non nulle de leur poids. Cette variation n’ayant, selon lui, aucune explication organique, il en déduit alors qu’il pouvait s’agir du poids de l’âme quittant le corps humain. McDougall ira même à reproduire la même expérience sur quinze chiens et ne constatera cela dit aucune variation de poids au moment de leur mort. Il en conclura alors que seul l’Homme possède une âme. Un compte-rendu de ces expériences est publié par le New York Times en mars 1907, puis par le journal médical American Medicine en avril de la même année. Méprisé par les scientifiques car ne respectant pas une méthode rigoureuse (échantillonnage, mesure…), la théorie du poids de l’âme aura eu un meilleur répondant dans les arts puisqu’elle inspire le roman d’André Maurois, Le peseur d’âme, ou encore le film que nous avons abordé ci-dessus, « 21 grammes », d’ Alejandro González Iñárritu.

Mohamed ZARRAMI Synapse N°2 Mai - Juin - Juillet - 2012

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‫اﻟﻰ‬ ..‫ﻏﺰة‬ AMOUR BACTÉRIEN Les scientifiques m’appellent « Bactérie » Ma vie est l’histoire d’un amour incompris J’aime l’Homme je lui cours derrière J’aime me baigner dans ses veines et ses artères Mais lui me fuit et dépense des milliards Entre vaccins et laboratoires ! Quand par chance je réussis à m’introduire Dans son beau corps que j’admire J’organise mes gênes et mes organites Et je me multiplie tellement vite Qu’à l’âge de quelques minutes déjà Mes petits enfants jouent devant moi C’est alors que l’Homme d’un air sincère M’invite à boire un verre ! Comme c’est lui l’homme de ma vie J’hésite, mais je finis par dire « Oui ! » Il me sert alors un cocktail magique Que lui appelle « antibiotique » Et sans comprendre pourquoi ma force baisse Et mes petits enfants, un à un disparaissent Affaiblie, seule, mon chagrin m’épuise Et vers la fin, à l’heure où j’agonise Je me mets à fredonner émue « Je t’aime…moi non plus ! » Mohamed ZARRAMI

N°2 40 Synapse Mai - Juin - Juillet 2012

‫اﻟﻰ ﻃﻔﻞ ﻳﻘﻒ ﺑﻴﻦ اﻟﺤﺸﻮد‬ ..‫ﻳﻤﺴﻚ اﻟﻠﻌﺒﺔ و ﻳﻨﺎدي اﻣﻪ‬ ..‫ﺗﺒﻘﻰ ﻣﺒﺘﺴﻤﺔ‬ ..‫اﻟﻰ رﺿﻴﻊ ﻟﻢ ﻳﻌﺶ ﻣﻦ اﻟﺪﻧﻴﺎ ﺳﻮى ﻃﻠﻘﺔ اﻣﺎﺗﺘﻪ‬ ..‫و اﺣﻴﺖ ﻗﻠﻮب ﻣﻦ ﻋﺎﺷﻮا ﺳﻨﻴﻦ‬ ..‫رﻣﻮا اﻟﺤﺠﺎرة ﻋﻠﻰ ﻋﺪو ﻟﻢ ﻳﻌﺮف اﻟﺮﺑﻴﻊ‬,‫ﺑﻜﻮا‬,‫ﺻﺮﺧﻮا‬ ‫ﻓﻠﺴﻄﻴﻨﻴﻮن اﺟﺘﻤﻌﻮا ﺗﺤﺖ رداء روح واﺣﺪة‬,‫اﻟﻰ اﻃﻔﺎل ﻏﺰة‬ ..‫و ﻣﺼﻴﺮ واﺣﺪ‬ ..‫ﻃﻔﻞ ﺑﺮيء‬,‫ﻃﻔﻞ ﺟﺮﻳﺢ‬,‫اﺑﻜﻲ ﻋﻠﻰ ﻃﻔﻞ ﻳﺘﻴﻢ‬ ‫ﻟﻮ ﻳﺬرﻓﻮا دﻣﻌﺔ ﺑﻞ دﻣﺎ‬,‫ﻓﻠﺴﻄﻴﻨﻴﻮن اﺟﺘﻤﻌﻮا‬ ‫ﺻﻤﺪوا اﻣﺎم اﻟﻨﺎر‬ ‫ﺻﺮﺧﻮا ﻓﺤﻄﻤﻮا ﻛﻞ ﻗﻴﻮد اﻟﻤﺴﺎﺟﻴﻦ‬ «‫اﻧﺎ ﻗﻮي‬,‫اﻧﺎ إﻧﺴﺎن‬,‫اﻧﺎ ﻓﻠﺴﻄﻴﻨﻲ‬,‫«اﻧﺎ ﻋﺮﺑﻲ‬:‫ﻗﺎﻟﻮا‬ ‫ﺟﺎء اﻻﻃﻔﺎل اﻟﻌﺮب‬..‫ﻫﺮب اﻟﻌﺪو‬ ‫ﺻﻤﻮا اذان اﻟﻌﺪو ﺑﺼﻴﺎﺣﻬﻢ‬ ‫و اﺧﺮﺳﻮا ﺑﻨﺪﻗﻴﺎﺗﻬﻢ اﻟﻘﺬرة‬ ‫«ﻛﻠﻨﺎ ﻣﺬﻧﺒﻮن‬:‫ﻗﺎﻟﻮا‬ ‫ﻟﻢ ﻧﺨﻀﺐ اﻳﺪﻳﻨﺎ ﺑﺪﻣﺎء اﻟﻌﺪو‬ ‫و ﺗﺮﻛﻨﺎ ﻓﺮاﺷﺎت اﻟﺮﺑﻴﻊ ﺗﻌﻴﺶ اﻟﺸﺘﺎء وﺣﺪﻫﺎ ﻓﻲ ﻣﻜﺎن‬ ..‫ﻣﻘﻔﺮ‬ ..‫ﻟﻢ ﺗﺼﻠﻨﺎ اﺻﻮات اﺟﻨﺤﺘﻬﺎ اﻟﻤﻤﺰﻗﺔ‬ ..‫اﻧﻴﻦ رﺿﻴﻊ‬ ..‫اﻋﺬرﻳﻨﺎ ﻳﺎ اﻣﻨﺎ‬ .‫ﻟﻢ ﻧﺤﺎﻓﻆ ﻋﻠﻲ ﻋﺬرﻳﺘﻚ اﻟﺘﻲ اﻏﺘﺼﺒﺘﻬﺎ ﺑﻨﺪﻗﻴﺎت اﻟﻐﺮﻳﺐ‬ ‫و ﺻﻤﻤﻨﺎ اذاﻧﻨﺎ ﻋﻦ ﺗﻨﻬﺪات اﺷﻘﺎءﻧﺎ اﻻﺑﺮﻳﺎء‬ ..‫ﻏﺪ ﻗﺮﻳﺐ‬..‫ﻏﺪ ﺟﺪﻳﺪ‬..‫ﻟﻜﻦ اﻟﻴﻮم‬ .‫ﻟﻦ ﻧﻤﺰق اوراق ﺗﺎرﻳﺨﻚ و ﻧﻬﺪر ﺻﺮاﺧﻚ ﻫﺒﺎء‬ ..‫ﺑﻞ ﺳﻨﺼﺮخ ﻣﻌﺎ‬ ..‫ﻧﻘﻒ ﻣﻌﺎ‬ ..‫ﻧﻘﺎوم ﻣﻌﺎ‬ ‫ﻏﺮﻳﺒﺎ ﻇﺎﻟﻤﺎ ﺣﺸﺮ ﻧﻔﺴﻪ ﺑﻴﻦ اﻻﺳﻮد‬ ..‫ﻇﻨﻬﺎ ﻏﺰﻻﻧﺎ و ﻇﺒﺎء‬ ‫و ﻟﻢ ﻳﺪر ان ﻋﺮﻳﻦ اﻻﺳﺪ ﻟﻴﺲ ﻣﻜﺎﻧﺎ ﻟﻠﺠﺒﻨﺎء‬ ‫ﻓﺪا ﻣﻌﻂ اﻟ ّﻠﻪ‬


Devinez l’intrus

NON

à la violence

dans les hôpitaux

Associa-Med remercie les organismes partenaires pour l’année universitaire 2011-2012



Synapse n°2