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N°4 - Février - Mars - Avril 2013

M A G A Z I N E D E S É T U D I A N T S D E L A F A C U LT É D E M E D E C I N E D E T U N I S

De la Médecine à la Politique

Rencontre avec Pr. Emna Menif

Dossier

IPB, Koraich, examens : Les dessous de l’affaire

Magazine distribué gratuitement

Les dessous de l’affaire Comment Comment une une institution institution se se remet remet en en question question

schiZ’art : Interview di__z__onctée

avec __ Z __

j’aime


MAGAZINE DES ÉTUDIANTS DE LA FACULTÉ DE MEDECINE DE TUNIS

édito F

erid, tu dois être chosifié maintenant, un substrat pour bactéries. Alors, je ne sais même pas si je dois m’adresser à toi avec le « tu ». Je ne sais même pas comment on fait. Je ne sais même pas comment ils font.

RÉDACTEUR EN CHEF Chedi Mhedhebi

RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT Oussama Aouina

COMITÉ DE RÉDACTION Cyrine Ben Said Férid Bouothmani Inès Aissa Khaled Ammar Khaoula Boughizene Laroussi Saula Mehdi Tebrouri Mohamed Zarrami Mona Chebaane Salma Inoubli Selim Khrouf PHOTOGRAPHE: Sandra Mghaieth ONT CONTRIBUÉ À CE NUMÉRO: Amin Hammas Cyrine Ouerghi Fatma Chérif Karim Ben Hamida Khlil Ghedira Rihab Blidi REMERCIEMENTS: Vie de Carabin Pr. Emna Menif Pr.Neziha Gouider-Khouja Dr Youssef Zied El Hechmi __Z__

CONCEPTION & RÉALISATION mim éditions : 71 862 425

Aujourd’hui, je suis dégoûté de ce «ils». Il n’a aucun sens. Il nous impose des choses, alors qu’elles n’ont aucun sens. A quoi sert cette idolâtrie du travail, cette vertu de l’abnégation, de ce qu’ils se permettent d’appeler «conscience» professionnelle, si en prenant la voiture, pour y aller –justement- à leur travail, à ce satané stage, on perd la vie ? Si sur un coup de volant trop exagéré, si sur un clignotant qui n’a pas clignoté, si sur un foutu neurotransmetteur qui n’y est pas allé, si sur une idée en trop exprimée, tout s’arrête, tout se finit ? A quoi servent tous ces idéaux préfabriqués qu’on nous vend ? A quoi sert toute cette comédie, tout ce manège, où les marionnettes quittent si vite la scène, bien avant d’avoir achevé leurs rôles ? Ou bien était-ce cela leur rôle ? Je suis las de mon «humanité», las de cette vie… Aujourd’hui, il pleut pour toi, mon ami. Le ciel pleure, le monde pleure pour toi. Mais ses larmes sont infinies, car ses victimes sont infinies. Aujourd’hui, j’ai perdu un ami. Mais qui sont-ils ceux-là qui partagent tes photos, qui inondent ma vue par leurs statuts hypocrites, qui feignent l’effarement, le choc ? Dis-moi, qui sont-ils ? T’ont-ils jamais vraiment connu ? Je les exècre. Ferid, aujourd’hui, je n’ai pas versé une larme, et je n’en verserai pas. En mémoire de ta bonne humeur, de ta joie de vivre, de ton insouciance, mais aussi parce que je refuse de céder à cette implacable comédie. Je refuse de faiblir face à cette inébranlable loterie. Je lui fais face avec mon vulgaire crayon, avec des mots vides et clichés. Je suis ridicule ? Tant pis. Hier, un dénommé Chokri Belaid a quitté la comédie. En montant dans sa voiture, en allant au travail. Qu’on l’ait fait quitter ou qu’il soit parti d’une « mort naturelle », le résultat est le même : des filles orphelines et une famille en détresse. L’ironie du sort fait que les acteurs de cette comédie ne deviennent célèbres, de véritables « stars », qu’après avoir quitté la scène, et suscitent alors les partages de photos et de statuts… Mais c’était un père de famille, avant tout. Moi j’ai imaginé mon Chokri Belaid en ami, en frère. Ça pouvait être une sœur, un parrain ou une mère. Alors imaginez le vôtre, et sentez la douleur.

Oui, ceci est un hommage à Chokri Belaid. Encore un.

Par Chedi MHEDHEBI Parce que je suis malade, parce que je pense souvent à ces choses-là, peut-être aussi parce que je les connais.

Synapse N°4 Fev. - Mar. - Avr. 2013

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SI LEMHAF Fin Février, Si Lemhaf s est réveillé avec une paralysie faciale, «il me manque de voir dans un miroir la mimique qui m a aidé dans ma vie» Si Lemhaf nous manque depuis son interview pour Synapse 2, nous lui souhaitons un bon rétablissement, et comme il nous a donné et nous donnera d avantage de sourire, nous lui souhaitons de le garder. N°4 2 Synapse Fev. - Mar. - Avr. 2013


MAGAZINE DES ÉTUDIANTS DE LA FACULTÉ DE MEDECINE DE TUNIS

Sommaire 5

Mot du senior

INSOLITES

UP & DOWN

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LE JEUNE THERAPEUTIQUE Ou comment soigner s o n m a l - ê t r e p a r l a p r i va t i o n !

RÉVOLUTION,

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LE PRIX À PAYER LA CAISSE À ELRAZI

DOSSIER :

IPB, KORAICH, EXAMENS : LES DESSOUS 18 DE L’AFFAIRE « La prise en charge médicale des PVVIH* étrangers, pour ou contre?» Rencontre avec Pr. Emna

Menif

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ASSOCIA-MED Engagez-vous !

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SCHIZ’ART : INTERVIEW DI__ Z __ONCTÉE 35 AVEC __ Z __ Une chanson, un film, 37 un bouquin ... Synapse N°4 Fev. - Mar. - Avr. 2013

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RÉFLÉRIONS

facebook.com/VieDeCarabin

COURRIER DES LECTEURS « Le Rédacteur en Chef se prend pour qui ? Ce n’est qu’un étudiant qui dirige un magazine pour étudiants ! Qu’il soit un peu plus modeste » -Rihab BLIDI. « Qu’importe le but, il faut toujours tenir compte du chemin parcouru et des efforts fournis. C’est ainsi que comme la maman qui se réjouit quand ses enfants apprécient le repas qu’elle a mis des heures à concocter, ou celle qui vient de mettre au monde son premier enfant -le fruit de 9 mois de galère et une demi-journée de souffranceet ne peut s’empêcher de le serrer encore et encore contre elle, nous apprenons tous à chercher ces petits moments dont on tire une réelle satisfaction personnelle. Pour ma part, je n’ai pas encore eu l’honneur de faire partie de cette équipe de choc, qui travaille d’arrache pied pour nous pondre un résultat des plus excellents, mais de là où je me place je sais qu’avoir une foule qui s’arrache des Synapses le jour du lancement avec une vitesse d’écoulement de Synapse qui avoisine les 6,66 exemplaires/min lors d’une avant-première ne peut qu’augmenter la motivation de ces neurones qui ne cessent de se surpasser à chaque nouveau numéro. Et oui chers étudiants et chères étudiantes, ce que vous tenez entre vos mains est un véritable trésor certes, mais il est surtout le fruit du travail d’une équipe qui a déployé toute son énergie et qui a accumulé les cours ratés par ci, les rendez-vous qui durent des heures par là, les moments de galère, de stress, de « prières » à en perdre la tête, dans le seul but de nous satisfaire, nous, ses fidèles lecteurs. Alors, bien que Synapse soit une véritable réussite, je vous invite tous à prendre un moment pour apprécier leurs efforts et la contribution de chacun indépendamment du résultat » -Lina KCHAOU « Que dire de Synapse, à part que c’est supercalifragilisticexpialidocious ? Un grand bravo et un énorme merci à toute l’équipe pour toutes les bouffées de motivation transmises, le neurone postsynaptique que je suis est plus que ravi ! » -Sonia KAMOUN N°4 4 Synapse Fev. - Mar. - Avr. 2013


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PR NEZIHA GOUIDER-KHOUJA «Pr Gouider-Khouja vient récemment de démissionner de son poste de chef de service, ce mot reste un testament intellectuel pour rappeler son engagement auprès de ses étudiants» Est-il plus utile de transmettre le mot du Sénior, la pensée du Sénior ou les actes du Sénior ? La réalisation des objectifs étant un souci permanent pour l’étudiant en Médecine, je me suis souvent demandée si les Externes, que je reçois pour leur premier jour de stage, et à qui je remets les documents utiles à leur pratique dans le service (y compris une fiche détaillant les objectifs « techniques » du stage) ne sont pas surpris que je ne détaille pas cette fiche d’objectifs. Car en effet, je ne la détaille pas. Ou du moins, je ne la détaille pas « techniquement » ! J’essaie, ce premier jour de m’adresser, non pas au cerveau du médecin en herbe mais à son esprit. Voici comment : La question que je pose aux jeunes est toujours la même : « Quelles sont les trois composantes du Savoir pour devenir un bon médecin ? ». Ils répondent très timidement (ce qui est normal pour le premier contact car par la suite, mes « petits jeunes », comme nous les appelons affectueusement, deviendront parfois débordants d’assurance) : connaitre sa sémiologie et sa pathologie, bien apprendre les gestes médicaux, les techniques médicales etc ... Quand le tour de table est terminé, invariablement, je dis « C’est tout ? ». Silence autour de la table ! Derrière les visages à l’expression poliment étonnée, j’entends les neurones cliqueter intérieurement : « Qu’est-ce qu’elle veut de plus, on a tout dit ! », « Bon, j’aimerais bien commencer la réalisation des objectifs, la fiche est longue et c’est encore du chinois pour moi ,et puis j’ai faim là ! » etc... C’est alors que je partage avec ces jeunes, non pas mes mots de Sénior mais mes pensées. Voici en substance ce que je leur transmets ou essaie de transmettre, ce jour là et, inlassablement, tous les jours suivants : Le Savoir médical comporte trois composantes indissociables dont la troisième est souvent insoupçonnable pour le jeune étudiant. La première, c’est le Savoir tout court : c’est ce qu’il apprend, sur les bancs de l’amphi et dans les salles de cours. La seconde, c’est le Savoir-faire, c’est ce qu’il apprend sur les terrains de stage, avec la mise en pratique, au lit du patient, du savoir-tout-court. Et la troisième, celle qu’il ne lui sera pas enseignée directement, mais indirectement et par l’exemple : le Savoir-être. Le Savoir-être chez un médecin comporte une multitude d’objectifs qui ne sont inscrits dans aucune fiche, mais qui sont inscrits dans sa pensée et ses actes. Pour l’Externe, il apprendra à Etre en sachant : - Comment jouer son rôle dans l’équipe et trouver sa place d’Externe sans s’excuser d’exister : comment s’intégrer dans une équipe ; comment travailler avec des personnes qu’on n’apprécie pas forcément ; comment

se présenter aux personnes des autres services (telles que le laboratoire, le service de radiologie, les services partenaires d’autres institutions etc...) ; comment se discipliner par rapport aux contraintes et engagements du travail… - Comment entrer en contact avec le patient et sa famille : la manière de les aborder ; les écouter avant de nous écouter nous-mêmes (car leur parole n’est pas seulement une manière d’évacuer leur angoisse, mais aussi une source inépuisable de renseignements qui permettront d’éviter bien des explorations inutiles et autres diagnostics erronés) ; s’en occuper personnellement et physiquement (en les aidant à se rhabiller par exemple : rien n’est plus haïssable que de déshabiller un patient puis dès qu’on a fini de faire les gestes techniques, de le laisser ainsi)... - Comment se tenir en tant que médecin : droit comme un I ; la blouse impeccable et bien boutonnée ; rester debout les heures de visite et de consultation avec le Sénior sans s’appuyer négligemment contre le mur ou contre le lit du patient. Parce que, pour le patient, le médecin est un être fort, c’est un être intègre, c’est un être en qui on a confiance. Et cela doit se voir. C’est en nous que le patient puisera sa force pour lutter contre la maladie. Et c’est pour cela que nous devons être forts et droits, moralement comme physiquement. Il n’y a qu’à voir, pour le comprendre, l’état dans lequel nous sommes après une bonne consultation : nous sommes simplement épuisés, non pas par la masse de travail, mais par toute l’énergie et la force que nous avons transmises à nos patients et celles qu’ils ont puisées en nous. Ce « Mot du Sénior » ne se veut pas une leçon, mais une réflexion sur une autre manière d’apprendre à être un bon médecin. A. Bronson-Alcott -grand éducateur devant l’éternel- disait : « Observation more than books, and experience more than persons, are the prime educators ». Je dirai donc à l’étudiant en Médecine : Observez bien ce que nous vous transmettons d’autre que le savoir et le savoir-faire et, au-delà de nos mots, prenez de nous l’exemple de nos actes les meilleurs car, comme disait P-J Proudhon : “ Quand les actes parlent, les

mots ne sont rien”.

Aussi, vais-je me taire et finir ici ce mot! Synapse N°4 Fev. - Mar. - Avr. 2013

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LE MOT DU SENIOR

Chef de Service de neurologie de l Enfant et de l Adolescent Institut Mongi Ben Hamida de Neurologie, Tunis


I N S O L I T E S

NÉ SANS UNE GOUTTE DE SANG, IL SURVIT MALGRÉ TOUT Oliver Morgan est un enfant miraculé. Suite à une malformation utérine, le nouveau-né a perdu énormément de sang lors de l’accouchement. Alors qu’il n’avait quasiment aucune chance de survivre, les médecins ont agi en véritables héros !

oxygène et sous transfusion sanguine. Un acharnement médical payant pour ce nourrisson dont la vie était sans espoir…Jusqu’à ce qu’un premier «bip» de l’électrocardiographe se fasse entendre!

Quand Oliver est né, c’était un nourrisson pâle et semblable à un mort-né. Après des complications prénatales, les médecins l’ont retrouvé sans battements de cœur durant 25 longues minutes. Un miracle que le petit Oliver Morgan ait survécu à ce périple ! Les médecins l’ont de suite massé, mis sous

La «Vasa Prævia» (Vaisseaux Prævia) est une malformation utérine voyant une sorte de «second» placenta (Cotylédon) se former. Les vaisseaux reliant ce cotylédon au vrai placenta (qui, lui, relie la mère à son fœtus via le cordon ombilical) sont les vaisseaux prævia et

Une maladie rare à l’origine de tout : «bouchent» la future sortie du nourrisson par le col de l’utérus. Lors de l’accouchement, il en résulte donc une hémorragie dite «Hémorragie de Benckiser». Voici la raison pour laquelle Oliver Morgan a perdu tant de sang.

UN BÉBÉ NAIT AVEC SIX CŒURS ! ne chance de survie à l’enfant, le petit Riley va très bien aujourd’hui.

Lors de sa 21e semaine de grossesse, une future maman britannique de 32 ans a découvert que son bébé disposait de 6 cœurs bien distincts. Alors que les médecins ne donnaient aucu-

Il y a des choses que même la science ne peut expliquer. Au Royaume-Uni, une jeune britannique de 32 ans, Michelle Lewis, a appris lors de sa 21e semaine de grossesse, que son futur bébé disposait de six cœurs bien distincts. Les médecins lui ont conseillé l’avortement face à une chance quasi nulle de survie pour le bébé. Elle a refusé : « Les médecins ont finalement accepté de me suivre de près jusqu’à la fin de ma grossesse », confie la maman aux journalistes du Daily Mail.

Le petit Riley est venu au monde au mois de décembre 2010, après un accouchement très long et difficile, au cours duquel il a à maintes reprises failli perdre la vie. « Le travail a duré 15 heures terrifiantes. Les médecins ont finalement décidé de procéder à une césarienne d’urgence.» explique la maman. Cette opération consistait à lui introduire une sorte de ballon pour pomper le sang dans ses artères. Il se fera opérer une seconde fois, cinq jours plus tard. Après cinq mois d’hospitalisation, le petit garçon a pu rentrer chez lui, c’est un véritable miracle !

UN ENVIRONNEMENT BRUYANT STIMULE LA CONCENTRATION ET LA CRÉATIVITÉ En matière d’effort intellectuel, un peu de bruit vaut mieux que pas de bruit du tout. Si vous avez besoin de réfléchir à un problème, avancer sur un projet professionnel ou amorcer l’écriture d’un bouquin, plutôt que de vous cloîtrer dans un monastère bouddhiste, posez-vous dans un café. Le bruit des machines à expresso et les discussions de comptoir seraient en effet plus bénéfiques à notre productivité intellectuelle, avancent une équipe de chercheurs dirigée par Ravi Mehta de l’Université de l’Illinois : «Pour des individus qui doivent chercher des solutions créatives à des problèmes de tous les jours, nos résultats suggèrent

que plutôt que de s’enfermer dans une pièce pour essayer de trouver une solution, sortir de notre zone de confort et s’insérer dans un environnement relativement bruyant (comme un café) peut pousser le cerveau à penser de façon abstraite, et donc à générer des idées créatives», expliquent-ils dans leur étude. Cinq expériences ont été réalisées pour les besoins de l’étude. Parmi ces expériences, les auteurs ont recréé un environnement ayant un niveau de bruit similaire à un dîner dans un restaurant situé au bord d’une route ou encore un supermarché. La créativité

des participants a été testée dans ces différents endroits. Quand il leur a été demandé de réfléchir à de nouvelles idées sur un objet de consommation courante, les consommateurs étaient plus créatifs lorsqu’ils étaient exposés à un bruit modéré. Par Cyrine OUERGHI

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Montez, prenez-place, ne faites pas attention au désordre qui règne dans la voiture, nous partons tout de suite ! Mesdames et messieurs, bienvenue dans la nouvelle rubrique : « Up and Down » ! Pour notre premier voyage, j’ai l’honneur d’être votre pilote et nous partons ce trimestre sur les étranges routes de la Faculté de Médecine de Tunis. Sur ces sentiers, pourtant bien battus chaque matin par des hordes d’externes, se cachent de petites pépites que l’étudiant à moitié endormi ne remarque pas forcément un lundi matin.

IN THE DOWN

Prenons la voie Meftah Saadallah et arrêtons-nous un instant dans cet embouteillage pittoresque, traditionnel et Ô combien envoûtant de ce lieu. Profitons-en pour jeter un coup d’œil de par le hublot et attraper notre premier DOWN (Photo 1) :

«‫ ﻓﻜﻢ ﻣﻦ ﺻﻮرة* ﺗﻘﺮأ ﰲ اﻟﻴﻮم؟‬،‫»ﻣﻦ اﻟﻜﺒﺎﺋﺮ ﻫﺠﺮ اﻟﻘﺮآن‬, un charmant artiste autochtone avait écrit. Sûrement un nouveau dans le «domaine de l’Islam »… Passons, la route se libère.

Sur le mur :

« ‫ ﻓﻜﻢ ﻣﻦ ﺻﻮرة* ﺗﻘﺮأ ﰲ اﻟﻴﻮم ؟‬،‫» ﻣﻦ اﻟﻜﺒﺎﺋﺮ ﻫﺠﺮ اﻟﻘﺮآن‬

Eloignons-nous rapidement, et au niveau de l’imposant Bab Saadoun prenons la droite pour déboucher sur la surprenante Avenue Ouled Haffouz, ou comme l’aiment à la surnommer les habitués : « Haffouz and Sons’ Street ». Car ceux qui la prennent chaque matin savent qu’ils foulent la seule rue en Tunisie où l’on roule à l’anglaise : remarquez ce taxi tout à droite de notre deuxième DOWN (photo 2), rouler à gauche. Et il n’est pas le seul, une caravane le suit, dans l’indifférence générale, je dirais même dans l’approbation générale, en roulant à gauche. C’est cela les traditions de la Haffouz and Sons’ Street, c’est cela notre terroir.

IN THE UP Hélas, nous sommes venus que déjà nous devons repartir et voilà que notre voyage est sur le point de s’achever ; nous atterrissons dans les vertes contrées de la faculté. Au débarquement, faites un tour par un cours de médecine préventive, cela vaut le détour. C’était le mercredi 6 février 2013, et c’est notre UP (Photo 3), un hommage spontané rendu par le professeur au feu Chokri Belaid par une de ses plus belles citations. Car il existe sur nos chemins des poètes de sa trempe. Gloire au martyr ! Au revoir les voyageurs !

6 Février 2013, hommage au martyr Chokri Belaid, avant le début du cours de médecine préventive

* il ne s’agit pas d’une erreur de la part des rédacteurs Par Selim KHROUF Synapse N°4 Fev. - Mar. - Avr. 2013

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UP & DOWN

Remarquez le taxi tout à droite, qui file à l’anglaise


Ou comment soigner son mal-être par la privation !

S C I E N C E

LE JEUNE THERAPEUTIQUE Un fricassé trempé dans l’huile de l’avant-veille, un bon vieux Chapati « royal », un Mléwi double-œuf double-fromage pour les uns. Un Cheese-Cake au beurre de cacahouète, un tiramisu bien gras ou un Donut’s à l’américaine et autres gavages pour les autres. Toutes les recettes sont bonnes pour combler un petit creux et personne ne s’en prive. « Manger quand on a faim est quand même un plaisir, simple certes, mais toujours agréable. » Des conséquences sur la santé ? Sans doute : Obésité, diabète, hypertension, pathologies inflammatoires, allergies et dépressions etc. À chacune son ordonnance. Nous vivons pieds et poings liés aux béquilles, humeurs et fonctions vitales contrôlées par ces molécules chimiques fournies par l’industrie pharmaceutique. Cependant, tout a un prix et certains effets indésirables ne peuvent laisser indifférent… Qu’en est- il alors des médecines alternatives ? A en croire ceux qui ont essayé, certaines seraient de loin plus efficaces que notre médecine classique. Longtemps prôné par les religions, ignoré par la science, le jeûne, de nos jours, est en train de se révéler comme étant une méthode de traitement alternative, efficace et pas chère.

H

op hop hop ! Avez-vous fini de boucler vos valises ? De vérifier vos affaires ? Attachez vos ceintures ! Notre voyage dans le temps et dans l’espace commence ici même ...

Un peu d histoire s impose... Pour cela, remontons 60 ans en arrière. Voyage au cœur de la Russie, à l’époque où l’union soviétique était une véritable forteresse, où la guerre faisait des ravages, où les études ne franchissaient point des limites imposées par un régime unique dans son genre. Moscou, hôpital Korsakov, un psychiatre, Yuri Nikolaev, confronté à un patient prostré dont l’état ne faisait que régresser et qui refusait de manger, décida alors de le laisser agir de son propre instinct. Le chercheur nota dans son carnet avec surprise : «A partir du 5éme jour, son négativisme avait commencé à diminuer, le malade a ouvert les yeux. Le 10éme jour, le malade s’est mis à marcher mais gardait le silence. Le 15éme jour , il a bu un verre de jus de pomme laissé sur sa table de nuit. Ensuite, il a commencé à se promener et a repris une vie sociale . «

guines, études des fluctuations hormonales, ECG, EEG .. étaient au rendez-vous . Nous y voilà, Le jeûne thérapeutique s’est avéré non seulement bénin, sans danger mais surtout bienfaiteur ! En effet, hypertendus ont vu leur tension frôler la normale, de même pour les asthmatiques, diabétiques, exématiques qui ont vu leurs malaises s’atténuer. Le ministère de la Santé russe, septique, lança alors une campagne de vérification de ces résultats qui furent incontestablement appuyés par une recherche plus approfondie, sur des milliers de cas.

L homme, mentalement atteint, se rétablit au bout du compte ! Fasciné par les résultats miraculeux de cette simple privation de nourriture, Nikolaev se pencha plus sérieusement sur le sujet et ses recherches furent de plus en plus fructueuses. Il traita, par cette nouvelle méthode, des cas de schizophrénie, de dépression, de troubles obsessionnels, voire de phobies. Une vraie révélation dans l’histoire de la psychiatrie ! Une centaine de personnes ayant fait les cobayes pour une telle expérience ont été suivis pendant des années et des années. 7 ans plus tard, 47% qui ont vu leur dépression disparaitre, se sont vus s’épanouir dans le progrès et avoir une vie sociale tout ce qu’il y a de plus normale, sans régression ni rechute. Des résultats qui nous poussent alors à nous poser de nombreuses questions... Est-ce un effet placebo ? La méfiance, comme toujours, était au rendez vous et les critiques furent de plus en plus pertinentes. Y répondre, marquait l’histoire de cette thérapie. Des analyses sanN°4 8 Synapse Fev. - Mar. - Avr. 2013

Alors qu en est-il du principe ? « Simple, comme bonjour. » Ainsi, le patient se contentera d’eau pendant 12 jours en moyenne. Oui, vous avez bien lu, de l’eau, uniquement de l’eau... Rien d’autres ne doit être ingurgité... Drôle de thérapie diriez-vous ! Et pour ceux qui souffrent d’affections chroniques ? Les prises de médicaments seront quand-même interrompues ! Les patients seraient donc placés sous surveillance médicale ! Il n’est donc pas question de se lancer SEUL dans l’aventure du jeûne, car comme toute cure, elle suscite des risques qu’il ne faudrait certainement pas prendre à la légère.


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La crise d’acidose, késako? «En phase de désintoxication, l’organisme traverse alors une crise d’acidose causée par une fabrication en excès d’acétone et de corps cétoniques par les cellules. Durant cette crise, toutes les maladies s’aggravent. Avec lavements intestinaux et massages, les organes d’élimination comme le foie et les reins sont stimulés et font passer la crise qui ne dépasse pas les 36 heures.»

Jeûner fait peur : personne ne sait comment son corps va réagir à cette longue privation de nourriture. Les études menées en Russie ont montré que les pertes constatées lors de ces cures concernent certaines vitamines, notons C, D et E, mais n’atteignent en aucun point un seuil critique pouvant affecter le fonctionnement du métabolisme de base. Tous ceux qui ont essayé le disent : le plus difficile dans tout ça, ce n’est pas de survivre sans nourriture, c’est plutôt ce qu’on appelle : la crise d’acidose .

Nous scientifiques, allons voir ceci de plus près ! Notre corps va d’abord épuiser les réserves de glucose en 24 heures. Dans une deuxième étape, on assistera à une économie protéique et à un catabolisme des réserves lipidiques, utilisées par le foie pour former les corps cétoniques qui sont un substitut du glucose. Ainsi le corps et notamment le cerveau continuent d’être alimentés. Un adulte de 1m70 et de 70 kg, devrait avoir en moyenne 15 kg de réserves lipidiques, de quoi perpétuer cette phase jusqu’à 40 jours ! Ce n’est qu’au delà que l’organisme serait en danger, en puisant dans le pool protéique constitué essentiellement de muscles. Notons que le cœur, véritable plaque motrice de notre homéostasie, est lui-même un muscle ! Ce serait donc une réaction d’adaptation du corps à un changement du milieu, à savoir une privation de nourriture. Disons : un état de stress, une réactivation dans notre corps de nouveaux mécanismes de défense de « sanoge-

nése », et d’autorégulation, habituellement non sollicités, et pour cause : notre mode de vie.

Plusieurs paramètres, tels que la glycémie, le taux de TG et de cholestérol baissent et se stabilisent. Il en est de même pour les fonctions vitales, ainsi les fréquences cardiaque et respiratoire décroissent. Le taux de sérotonine, hormone du bonheur, quant à lui augmente fortement. Parallèlement, les premiers jours on assiste à une nette augmentation du taux d’adrénaline et de cortisol, ce dernier étant connu pour son effet anti inflammatoire. Donc, on conclurait en disant que les effets de cette drôle de thérapie sur les maladies «organiques» sont indéniables ! Des quatre coins de l‘Union Soviétique, les données se sont accumulées poussant d’une part l’Académie des Sciences à valider les résultats et à les rassembler, et d’autre part le gouvernement à inscrire cette méthode de soin dans une politique de santé publique.

Détaillons un peu et prenons l asthme comme exemple : Plus de 300 millions de personnes en souffrent. * Loin de cette forteresse soviétique bien gardée, l Allemagne… Dans ce pays -tenez vous bien- 15 à 20 % de la population déclare avoir déjà jeûné ! Il y aurait même un centre de jeûne, la Clinique Buchinger, sur les rives du lac de Constance ou viennent séjourner chaque année 2000 personnes. Une bonne dizaine d’hôpitaux publics, toujours en Allemagne, consacrent un espace réservé à des patients en cure de jeûne. Une pratique qui a fait ses preuves et qui ne cesse d’en surprendre plus d’un. On y traite surtout des cas de polyarthrite rhumatoïde, de goutte…etc

Fiche technique n°654412526

Coupable : Asthme via le latin asthma signifiant « respiration difficile », est une inflammation chronique des voies aériennes, définie comme étant une gêne à l’expiration . Lieu du crime : Bronches des voies aériennes . Détails du crime : 1- une inflammation avec œdème de l’épithélium bronchique ; 2- une broncho constriction par bronchospasmes ; Arme du crime : Histamine des mastocytes des bronches Notes : La police médicale conventionnelle a réussi à réduire la fréquence des crimes, mais en aucun cas à stopper définitivement le coupable. L’Affaire est désormais prise en charge par une unité spéciale dirigée par le Professeur Ozinine . Ce médecin a fait jeûner près de 10000 patients en 40 ans de pratique, les résultats sont

Les deux prises représentent les cellules de l’arbre bronchique. Les opacités noires de la vue notée 1), signalent la présence d’histamine. Notons qu’elles régressent considérablement après 12 jours de Jeûne – 2) assez satisfaisants et aucun accident n’a été objectivé. Une étude à long terme a même été entreprise par ce même médecin : sur 1000 patients, 10 à 15 % sont totalement guéris. L’amélioration perdure pour 50 % d’entre eux , c’est à dire les patients qui, après la cure, ont gardé de bonnes habitudes alimentaires .

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S C I E N C E

Nouvelle étape du voyage, beaucoup plus récemment maintenant, à Université de Californie..

Biographie :

En 1919, Buchinger suit avec succès deux cures de jeûne de trois semaines chacune, qui résolvent sa symptomatologie. Après la guérison, Buchinger décide de se consacrer à une approche naturelle de la médecine, et étudie en détail le Jeûne à l’aide de la littérature alors disponible. Il instaura, au terme de nombreuses études un nouveau protocole de jeûne, plus soft, d’actualité jusqu’à nos jours : il consiste à éviter la crise d’acidose par un apport calorique léger et liquide, traduit par un bol de soupe chaque soir… curieuse ressemblance avec une de nos traditions prophétiques. Les cures qui suivent cette méthode, appelée méthode Buchinger, sont remboursées par le système de sécurité sociale allemand et s’attribuent de plus en plus de place dans l’arsenal thérapeutique.

Avez-vous déjà entendu parler d’un certain Valter Di Longo ? Les médias se sont partagé l’information que ce jeune Italien, professeur de bio- gérontologie, convaincu que le jeûne protégerait l’organisme de la toxicité de certaines thérapies, notamment de la chimio, mena une expérience qui eut l’effet d’une bombe dans l’histoire du cancer. On estime que les AINS représentent 3 à 5 % des médicaments prescrits par les médecins, alors qu’ils sont à l’origine de 20 à 25 % des accidents liés aux médicaments !Plus grave encore, les AINS sont responsables, chaque année en France, de plus de décès que le SIDA. Ces proportions flagrantes enregistrées expriment le mépris des conséquences désastreuses liées à l’utilisation de ces produits. Deux lots de souris cancéreuses traitées par chimiothérapie, les souris du premier étant nourries normalement, les autres privées d’aliments. Il constata après un certain bout de temps que toutes les souris du 1er lot meurent alors que celles du deuxième lot survivent. Etonné, il refit l’expérience à maintes reprises et les résultats se confirmèrent mutuellement.

Selon lui, il n y a donc pas de doute, jeûner 3 ou 4 jours en moyenne avant la chimiothérapie, protégerait les cellules saines du corps contre les effets destructeurs de celle-ci !

Sources et Bibliographies : *) www.buchinger.com/fr/la-methode.html *) « Le jeûne, une nouvelle thérapie ? », un film réalisé par Sylvie Gilman et Thierry de Lestrade.

N°4 10 Synapse Fev. - Mar. - Avr. 2013

Plongeons au cœur de la cellule, plus précisément dans ce qu’on appelle les gènes.

Notre organisme serait-il,

Cellule

La plupart des patients vieux et souffrants, sous anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), y viennent non seulement pour soulager leurs maux, mais aussi pour réduire leurs doses de médicaments.

Otto Buchinger (1878-1966) est un médecin militaire allemand atteint de rhumatisme articulaire aigu : maladie inflammatoire due à une complication tardive suppurée de l’infection par le streptocoque hémolytique du groupe A. Son traitement à long terme, reposerait sur la corticothérapie, parfois à vie dans les formes les plus graves.

Comment ça ?

D.Longo constata qu’après deux jours de jeûne, un changement radical dans l’expression des gènes se produit. Certains gènes habituellement inactifs, se voient activés et exprimés, et vice-versa. La cellule normale se met alors en mode « Défense » et se voit beaucoup moins affaiblie par la toxicité de la thérapie cancéreuse : un réflexe atavique acquis au cours des 3 milliards d’année d’évolution. Les cellules cancéreuses, quant à elles sont, heureusement pour nous, non seulement incapables d’une telle transformation mais en plus, sous la dépendance d’un apport quotidien en sucre et en facteurs de croissance, ces deux éléments étant quasiment absents durant le jeûne.

en fin de compte, mieux équipé pour supporter une privation en nourriture qu un excès ? Et si les mécanismes d’adaptation acquis au cours des longs siècles de notre évolution, et désormais inscrits dans notre patrimoine génétique, nous renseignaient un peu plus sur les habitudes alimentaires de nos ancêtres, car historiquement, le « frigo » rempli était un luxe qui ne s’offrait qu’aux plus aisés. « Et si cette éventualité nous renvoyait finalement à nos propres hésitations, aux difficultés de notre modèle de santé qui s’apparente si souvent à un marché de la maladie, aux mirages d’une expansion sans limites, alors que notre évolution nous a dessinés pour résister au manque ? »

‫) َوأَ ْن َﺗ ُﺼﻮ ُﻣﻮا َﺧ ْ ٌري َﻟ ُﻜ ْﻢ إِ ْن ُﻛ ْﻨﺘ ُْﻢ‬ َ ‫َﺗ ْﻌ َﻠ ُﻤ‬ : ‫ﻮن( اﻟﺒﻘﺮة‬ Les enseignements coraniques et prophétiques seraient-ils en concordance avec ces pistes ? Réflexions…

*) fr.wikipedia.org/wiki/Asthme *) Polycopiés d’infectieulogie Tome 1 de la faculté de médecine de Tunis 2012-2013

Par Inès AISSA et Amin HAMMAS


Parce que la

SANTÉ mérite tous les

EFFORTS


BIBLIOTHÈQUE FMT Mystère et boule de gomme Il est 7h20 du matin et je monte, essoufflée (âge : 22 ans, condition physique : laisse à désirer), des marches qui n’en finissent pas. Je traîne deux jambes lourdes et paresseuses, obéissant à peine aux ordres d’un cerveau qui, lui, en est encore à maudire furieusement les lundis matin. Je suis tout de même fière d’avoir relevé le défi : je me trouve à la faculté, à 7h20 du matin, et je vais enfin m’offrir une place digne de ce nom, pour travailler à mon aise, n’étant pas encore capable de me concentrer bien comme il faut chez moi (lit, télévision, réfrigérateur, ordinateur, et autres fruits interdits). La faculté est vide, j’entends l’écho de mes pas au rythme de mon avancée, et je me félicite déjà de mon réveil empressé à 6h15 pile. (Bon nombre de personnes reconnaîtront dans cet article mes plaintes régulières d’un réveil si matinal). Le couloir de la bibliothèque est tout aussi dénué de mouvement, et je bénis celui qui, un jour, a décidé que la vie appartenait à ceux qui se lèvent tôt. Je me permets de faire une petite pause pour vous rappeler, dans l’éventualité où je n’aurais pas répété autant que nécessaire l’heure de la scène que je vous décris à cet instant (ce qui serait fort étonnant vu ma capacité admirable à répéter les choses) (essoufflés en lisant ?), que ma montre indique : 7 heures 20 minutes (bon, je l’avoue, 7h22). Quand j’ouvre la porte de la bibliothèque, ma tête, déjà peu tranquille à l’état de repos, est assaillie par 4 termes principaux : Quoi ? Quand ? Sacs de couchages ? Passages secrets ?

re, ça va et ça vient, ça met trois livres sur une table, un sac sur la chaise, ça part, ça revient, ça retire un des livres de sur cette table, le met sur la place d’à côté, sort un autre bouquin du sac, qui, je le rappelle au cas où vous seriez un peu perdus, se trouve sur la chaise elle-même, et le met sur une autre table tout au fond. Attention, sur cette table là, ça fait tout de même l’effort de disperser quatre ou cinq fluorescents sur le livre, et même un crayon quelques fois, histoire de dire : « Je suis simplement descendu prendre un petit café, je reviens très vite, ne me prenez pas ma place ! » En réalité, le discours ressemble plus à : « Je suis parti au stage, je ne reviendrai pas avant midi, mais quand je reviendrai, ce sera pour prendre mon déjeuner de mon sac, le retour final sera vers 14h, peut être 16h si je me décide à entrer en cours, mais, tout de même, cherchez une autre place. » Tout ce beau monde sort à petits pas, et le silence regagne la salle. Passons.

Passons.

Les places contre le mur, unique amour de certains, histoires occasionnelles pour d’autres, ne sont désormais plus disponibles. Oui, l’amour se réserve à travers un bloc-notes, une blouse blanche, un livre d’anglais, un inter-mémo, un volume de thèse trouvé quelque part dans la bibliothèque, et pourquoi pas, si l’occasion se présente, un ensemble de feuilles blanches raturées de part et d’autre.

Moi, mon gentil garçon, à 7h du matin, quand toi tu te prélassais encore dans tes draps, je donnais de furieux coups de violents à me saboter l’humeur, ce n’est pas pour autant que je me permets de réserver deux tables dans une salle d’études qui n’en contient déjà pas beaucoup.

Je trouve une petite place, tout de même acceptable, je m’assieds, j’ouvre mon polycopié et je me décide à faire abstraction de ce qui se passe autour de moi. Il fait tout de même beau, un petit soleil chatouillant, une douceur prélude d’un automne qui hésite à se prononcer, et un calme immédiatement gâché au moment où je commence à le savourer. Il est maintenant 7h30. Devant moi passe un garçon, portant un sac à dos qui a l’air bien rempli. Et comment ! Vu qu’il contient le moyen infaillible pour réserver deux grandes tables pour les copains et les copines, lorsqu’ils « pourront venir ». Il ne reste pas, il entre en cours. « Penser que quelqu’un a le droit de trouver où travailler pendant quatre longues heures en attendant midi ? C’est le comité des droits de l’Homme ici ? J’ai dû me lever à 7h00 du matin moi ! »

Ensuite, passe une fille qui tend le cou, cherche désespérément une place contre le mur, ne trouve pas,

Comment ont-ils pu se retrouver dans la salle d’études avant 7h20 minutes ? Quand arrivent-ils à se réveiller ? Devrais-je commencer à dénigrer mes 6h15 du matin ? Arrivent-ils à passer la nuit à la faculté, dans un sac de couchage, sans attraper un coup de vent mortel ? Y’a-t-il des passages secrets au sein de la faculté qui feraient gagner 15 minutes de temps pour arriver jusqu’à la bibliothèque ? Feuille de thé et boule de cristal ! J’entre, j’arpente la salle, la bouche grande ouverte, les yeux désormais bien éveillés, et je regarde. Ça s’affai-

N°4 12 Synapse Fev. - Mar. - Avr. 2013

Les tables fantômes, voilà ce dont accouchent les «sacs de couchage»


MAGAZINE DES ÉTUDIANTS DE LA FACULTÉ DE MEDECINE DE TUNIS

baisse les bras en signe de désespoir, formule à travers des yeux coléreux : SACS DE COUCHAGES ? , et finalement, fonce, déterminée, sur une place déjà prise, qu’elle débarrasse d’un livre et d’un carnet de notes, et puis s’assoit, à côté d’un jeune homme, qui travaille, la tête baissée, silencieux. Le jeune homme en question se lèvera dix minutes plus tard, mettra sa blouse, et rangera ses affaires sur la table, le tout en ordre. Et parmi ses affaires -je me permets de vous en faire part- figurent le livre et le carnet de notes que la jeune fille venait juste de pousser de côté. Il les récupère, honteux (ou pas), les remet devant lui, et part pour son stage. Les malheureux qui n’arriveront qu’à 8h du matin trouveront une bibliothèque absolument bondée, toutes les places seront prises, et seulement le quart sera humainement occupé.

A 15h de l’après midi, voici à quoi ressemble la salle d’étude de la Faculté de Médecine de Tunis : Les tables censées accueillir 4 personnes en supportent 8. Il n’y a plus assez d’espace pour passer entre deux tables tellement on est à l’étroit. L’air est si étouffant qu’on attrape une migraine en une heure de temps. La salle est surpeuplée et le bruit aurait été insupportable si mes fidèles écouteurs n’étaient pas bien plantés dans mes oreilles. Et ça bourdonne, ça craque, ça froisse, ça grince, ça murmure, ça sort, ça pousse la porte, etc etc, et le tout ne rime pas vraiment avec : travailler. Je pense que bon nombre de personnes partagent cet avis et aimeraient trouver une solution à ce réel problème que pose l’état de la bibliothèque. Pourquoi ne pas interdire définitivement cette méthode injuste de « réserver »

une place et, dans le cas de plusieurs, DES places ? Pourquoi ne pas monter y travailler lorsque l’on compte vraiment travailler, et non aller au stage jusqu’à midi, entrer en cours jusqu’à 18h, ou rester avec les copains jusqu’à indéfiniment ? De cette manière-là, tout le monde trouverait toujours une place. Pourquoi ne pas parler avec l’administration d’un éventuel ajout d’une autre salle de lecture par exemple ? Ce n’est pas l’espace qui nous manque à la faculté ! Je pense que ce sujet mériterait amplement une révision. Voilà, à l’heure à laquelle j’écris cet article, certaines personnes sont peut être emmitouflées dans un sac de couchage, côté salles, ou côté amphithéâtre, ça dépend des goûts.

Photo prise après avoir débusqué une «place» à notre chère bibliothèque, une aubaine pour laquelle beaucoup vous envieraient Par Salma INOUBLI Synapse N°4 Fev. - Mar. - Avr. 2013

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RÉVOLUTION, LE PRIX À PAYER LA CAISSE À ELRAZI Tunisie, Le 20/01/1434

Le schizophrène, symbole de la révolution, malgré lui. « Révolution : Du latin revolvere (« rouler en arrière »), puis de l’italien rivoltare (« retourner »). C’est en 1660, lors de la restauration de la monarchie anglaise, que ce mot a été utilisé pour la première fois dans son sens actuel, celui d’un mouvement politique amenant, ou tentant d’amener un changement brusque et en profondeur dans la structure politique et sociale d’un État. » Il nous resterait donc 226 ans, pour que nous assimilions ce terme anglais. Un changement brusque et en profondeur ; un stress, et un état post-traumatique. C’est sous un soleil brûlant, pendant une journée du Saint mois de Ramadan, que je me retrouve à errer entre mes semblables, en ce lieu mythique, presque mystique, qu’est l’Hôpital ElRazi. « Bonjour, je suis Cyrine Ben Said, externe. Je suis passionnée par la psychiatrie, et par ce qu’on appelle politique, ou actualités, ou –je préfère- train de vie quotidien de mon peuple chéri, idolâtré pour ce qu’il n’est pas . . . » A ElRazi, tout semble parfaitement en harmonie. La verdure, mes seniors, ces bancs, Safiya la schizophrène, moi. Tout se crée et se mélange, pour donner cette atmosphère unique, un ciel pour toit commun, un sol pour tombe commune, ce parfum, ces sourires, leurs sourires. « Peut-on parler d’état post-traumatique, ou de « traumatismes postrévolutionnaires », après cet historique 14 Janvier 2011 ? » « Parlons de dépression postrévolutionnaire, ou de symptomatologie dépressive, une perte d’espoir, un manque de confiance, un avenir flou, dus essentiellement aux pertes de repères qu’engendrent ces changements, brusques certes, profonds pour les uns, moins importants pour les autres. » Pr. Nacef note plus de cas d’anxiété et de dépression dans son service. Nous sommes face à, selon ses dires, « un registre dépressif général ».

N°4 14 Synapse Fev. - Mar. - Avr. 2013

« La personne, le stress et l’environnement forment une sorte de triangle indissociable et bien régulé. Un changement brusque affecte cet équilibre et par suite les sphères cognitives, affectives et comportementales de chacun. De nouvelles phobies se créent, les traumatismes se font revivre au ralenti, irritabilité et anxiété sont pains quotidiens. En outre, la perte du « père » autoritaire et d’un quelconque système préétabli, fait que chacun ait l’impression de pouvoir s’octroyer tous les pouvoirs et que des conflits, notamment identitaires, apparaissent. Face à ce stress, plutôt que d’adopter la conduite d’évitement, la majorité des Tunisiens vivent un véritable syndrome de stress-post traumatique. » Pr. Mrad note que le nombre d’insomniaques, et de ceux qui usent de stupéfiants augmentent de façon exponentielle. « Une perplexité totale s’empare du Tunisien. La perte du guide, du meneur, fait que l’on devient trop affectif, voire trop lâche. La chute du régime serait un homicide involontaire, qui affecte le Tunisien, et crée en lui le sentiment d’identification au gourou, nous faisant rappeler le syndrome de Stockholm. Seul, livré à lui-même, il se recherche, la perte de l’identité tunisienne se fait ressentir, une terreur s’installe, nous vivons un état « délirogène » à grande échelle. », m’expliquait Dr. Bouattour. Dr. Ouanes, un résident en psychiatrie, vient à mon secours et m’explique, à mon plus grand bonheur, que sa thèse en médecine porte exactement sur le sujet. « Devant l’explosion du nombre des consultants durant la période qui a suivi le 14 janvier 2011(augmentation de 17% par rapport à 2010), le contexte révolutionnaire actuel et les difficultés que rencontrent les institutions impliquées dans l’établissement des listes et la réparation des blessés de la révolution, j’ai choisi pour objectif principal de ma thèse de déterminer la prévalence des différents troubles psychiatriques parmi la population des patients ayant consulté pour la première fois au service des consultations externes de l’hôpital Razi entre le 15 janvier et le 15 octobre 2011, pour une symptomatologie en rapport avec les évènements de la révolution. », m’expliqua-t-il. En fait, d’après cette étude, 107 patients ont consulté pour des troubles qu’ils imputaient aux évènements de la révolution. Les motifs de consultation étaient essentiellement faits d’anxiété (41,1%), de syndrome dépressif (29,9%), de troubles du sommeil (26,2%) et de troubles du comportement (17,8%). A l’interrogatoire, 8,4% des individus ont déclaré avoir été victimes d’une agression par la police au cours des manifestations. 14% des patients ont été témoins d’un décès notamment au cours des manifestations. 4,7% ont cité la simple participation aux manifestations comme étant la situation traumatique ayant probablement déclenché leurs troubles ; il s’agit en particulier d’agents de police ayant été obligés d’affronter les manifestants.


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14% des sujets ont été attaqués sur leur lieu de travail. Chez d’autres patients, c’est la perte d’un proche, de biens ou du poste de travail qui auraient déclenché leurs troubles. Une patiente a présenté des troubles psychiatriques à la suite d’une tentative de viol au cours d’une manifestation. Elle aurait été accusée d’atteinte à la pudeur. 25,2% attribuaient leurs symptômes au sentiment d’insécurité et d’avenir incertain lié à la révolution. « Nous avions aussi dressé le profil sociodémographique de la population », précisa Dr.Ouanes. En voici les plus importantes conclusions : Il y avait 26,2% de femmes et 73,8% d’hommes, alors que, nous savons pertinemment, que dans la littérature, les femmes sont plus prédisposées à développer les troubles en question. Ceci est dû au fait que dans notre société, la stigmatisation liée à la consultation à ElRazi affecte plus les femmes que les hommes. Cela est aussi expliqué par le fait que plus du tiers des consultants soient des agents de l’ordre, un travail où il y a majoritairement des hommes. La moyenne des âges était de 40 ans, et la majorité (57,9%) des patients avaient un niveau d’enseignement secondaire. En effet, les plus « intellectuels » préfèreraient consulter dans le secteur privé et les moins chanceux ne prendraient probablement pas l’initiative

La grande porte d’entrée d’ElRazi, mon trou noir. de consulter un médecin. 17 patients étaient sans profession (soit 15,9%) » Le chômage nous a fait faire une révolution, que dire d’un trouble psychiatrique. Dr. Anissa Bouasker Sai, la directrice de la thèse en question, précise finalement que, si les blessures physiques des victimes de la révolution ont pu, pour la plupart, cicatriser avec ou sans séquelles, les blessures psychiques, elles, ne cicatrisent, et ne cicatriseront probablement pas. Ceci est dû à deux phénomènes : La limitation de la prise en charge des blessés psychiques au volet médicamenteux avec l’absence quasi-totale de toute forme de psychothérapie codifiée, et la négligence des dimen-

sions victimologiques et sociales, avec ce que cela implique comme reconnaissance du préjudice, poursuite des coupables et réparation intégrale du dommage subi. La prise en charge des blessés psychiques de la révolution s’avère donc insuffisante. Elle devrait être complétée par des mesures psychothérapiques, sociales et médicolégales. En effet, un parcours judiciaire dont l’issue est un procès pénal avec une condamnation des coupables et une réparation matérielle à la hauteur du préjudice subi reste essentiel pour la reconstruction des blessés de la révolution, mais aussi pour la satisfaction de l’une des plus importantes requêtes populaires, depuis déjà plus de deux ans. La grande porte d’entrée d’ElRazi. Je m’y arrête quelques instants. Je suis sur le point d’intersection où, paradoxalement, se rejoignent deux mondes parallèles. Un monde sans rejet, sans préjugés, sans stigmatisation ni premières impressions. Sans impressions. L’enfer, c’est l’autre. Devinez lequel est nôtre. Je remercie mes seniors ci-dessus cités, qui m’ont très aimablement reçue et dont les conseils et encouragements m’ont été fort utiles.

Le surréaliste, l’unique, Salvador Dali et son Géopoliticus Child.

Par Cyrine BEN SAID

Synapse N°4 Fev. - Mar. - Avr. 2013

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SYNAPSE 2.0

Pinterest est un tableau de bord. L’inscription est gratuite. C’est ma source personnelle d’inspiration. Vous y trouverez une communauté immense, faite de milliers de personnes, et vous aurez la possibilité de voir en chacun de ces personnes. Chaque utilisateur de Pinterest crée son tableau de bord et y met des photos qu’il aime, qui lui parlent. Design, décoration d’intérieur, mode, DIY (DoIt-Yourself), technologie, architecture, et j’en passe. Vous passerez d’une image de l’Ebolavirus à des bonbons en chocolat. C’est une occasion de découvrir des personnes, et ce par le biais de leurs préférences. Envie de redécorer votre salle de bain ? Vous trouverez des idées partout. Collectez-les dans un «board» (tableau). Vous avez même la possibilité de rendre vos «boards» privés – en étant le seul à pouvoir les modifier- ou publics. Grâce au bouton que vous trouverez un peu partout dans tous les sites, vous pourrez ajouter des photos et vidéos à vos tableaux instantanément.

LibriVox est un site à but non lucratif dont la vocation est l’enregistrement des livres dans le domaine public et leur distribution.

L’application Pinterest existe pour iOS et Android. Alors allez-y, inspirez-vous !

Les livres terminés, dont le total s’élève à plus de 5500, peuvent être téléchargés directement à partir du site, ou en podcast sur iTunes.

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A visiter impérativement !

La durée fixée pour qu’une œuvre tombe dans le domaine public varie selon le pays : elle est de 50 ans post mortem en Tunisie, 70 ans post mortem en France, etc. Ce qui m’a plu chez LibriVox, c’est l’esprit aiguisé du volontariat. Chacun est le bienvenu, et chaque accent est accepté. Vous pouvez commencer à enregistrer quelques chapitres, des poèmes pour vous familiariser, et ce dans n’importe quelle langue. Vous pouvez aussi aider en écoutant les enregistrements déjà faits et les cataloguer, ou tout bonnement écouter les livres déjà terminés. Vous y trouverez des livres en anglais, français, perse, espagnol, latin, turc, grec, hébreu, et j’en passe.

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Goodreads, avec ses 14,000,000 membres et ses 460,000,000+ livres se place de facto parmi les sites les plus utilisés en ce moment. C’est le lieu de réunion des mordus de la lecture. Il vous permet de recommander les livres que vous avez lus, comparer ce que vous lisez avec les autres internautes, trouver le prochain bouquin qui vous fera dire -allez plus que deux pages -, écrire des critiques, rejoindre des clubs aux sujets divers et bien plus encore. Goodreads est donc avant tout une incitation à la lecture, avec des challenges, comme la lecture de 100 livres d’ici 2014... Vous pourrez aussi lire des extraits de livres de nouveaux auteurs, et qui sait, votre nouvel auteur préféré se cache là par hasard... http://www.goodreads.com

Par Mehdi TEBROURI N°4 16 Synapse Fev. - Mar. - Avr. 2013


SANS ANCE TUM ACCOU

6('$7,) 3&Š  )RUPH SKDUPDFHXWLTXH  ComprimĂŠs : %RvWH de 40 comprimĂŠs de 300 mg sous plaquettes thermoformĂŠes (aluminium/PVC) ,QGLFDWLRQV  MĂŠdicament homĂŠopathique traditionnellement utilisĂŠ dans les ĂŠtats anxieux et ĂŠmotifs, les troubles du sommeil. 3RVRORJLHHWPRGHGŇ‹DGPLQLVWUDWLRQ Voie orale, 2 comprimĂŠs Ă  sucer 3 fois par jour : matin, midi et soir. Le traitement ne devra pas dĂŠpasser une semaine. Enfants de moins de 6 ans : faire dissoudre le comprimĂŠ dans de l’eau avant la prise en raison du risque de fausse route. 0LVHVHQJDUGHHWSUpFDXWLRQVGŇ‹HPSORL En raison de la prĂŠsence de saccharose, ce mĂŠdicament est dĂŠconseillĂŠ chez les patients prĂŠsentant une intolĂŠrance au fructose, un syndrome de malabsorption du glucose et du galactose ou un dĂŠďŹ cit en sucrase/isomaltase (maladies hĂŠrĂŠditaires rares). En raison de la prĂŠsence de lactose, ce mĂŠdicament est dĂŠconseillĂŠ chez les patients prĂŠsentant une intolĂŠrance au galactose, un dĂŠďŹ cit en lactase de Lapp ou un syndrome de malabsorption du glucose et du galactose (maladies hĂŠrĂŠditaires rares). (IIHWVVXUOŇ‹DSWLWXGHjFRQGXLUHGHVYpKLFXOHVHWjXWLOLVHUGHVPDFKLQHV SEDATIF PC comprimĂŠ n’a aucun effet sur l’aptitude Ă  conduire des vĂŠhicules et Ă  utiliser des machines. &RPSRVLWLRQ Par comprimĂŠ (0,5 mg) : Abrus precatorius 6 CH - 0,5 mg Aconitum napellus 6 CH - 0,5 mg ; Atropa belladonna 6 CH - 0,5 mg ; Calendula ofďŹ cinalis 6 CH - 0,5 mg ; Chelidonium majus 6 CH - 0,5 mg ; Viburnum opulus 6 CH - 0,5 mg ; Excipients : saccharose, lactose, stĂŠarate de magnĂŠsium. 3URSULpWpV SKDUPDFRG\QDPLTXHV  MĂŠdicament homĂŠopathique mĂŠdicament autorisĂŠ n° 

:i+(;0-7*,:;<54i+0*(4,5;/64i67(;/08<, Synapse N°4 17 Fev. - Mar. - Avr. 2013 3PYLH[[LU[P]LTLU[SHUV[PJL+LTHUKLaJVUZLPSn]V[YLWOHYTHJPLU:PSLZZ`TW[TLZWLYZPZ[LU[JVUZ\S[La]V[YLTtKLJPU


N째4 18 Synapse Fev. - Mar. - Avr. 2013


DOSSIER

IPB, KORAICH, EXAMENS : LES DESSOUS DE L’AFFAIRE COMMENT UNE INSTITUTION SE REMET EN QUESTION Synapse N°4 Fev. - Mar. - Avr. 2013

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IPB, KORAICH, EXAMENS : LES DESSOUS DE L’AFFAIRE Comment une institution se remet en question

En parcourant l’ouvrage du Pr. Amor Chadli, le fondateur de la FMT, intitulé l’enseignement médical en Tunisie, je me suis arrêté sur quelque mots d’une grande sagesse : la distribution des cours polycopiés qui visait la participation active de l’étudiant, augmentait en fait sa dépendance vis-à-vis des cours polycopiés car il considérait que l’enseignant ne poserait pas de questions dont les réponses ne figuraient pas dans son cours. Cette dépendance dont parle Pr Chadli ne saurait être complété sans cet incontournable outil de la réussite l’IPB. Depuis ses premières foulées le long de la pente de la Rabta, l’étudiant de la FMT entend parler de Koraich et de ses IPB. Fatalité dans la dure réalité des études médicales ? Ou un simple moyen à avoir sous la main ? Nous avons sillonné pour vous tous les recoins de la fac pour essayer de comprendre ce système d’enseignement et cet intrus malgré lui, IPB. Afin d’avoir une idée sur la place des IPB dans notre quotidien d’étudiant en médecine, nous avons effectué

un sondage auprès de 200 étudiants. Les résultats indiquaient que les étudiants interrogés sont dépendants à 60% des IPB pour leurs études, 80% jugent que l’IPB est un mal nécessaire et que 100% préféraient avoir les annales directement de la part de la faculté.

les étudiants interrogés sont dépendants à 60% des IPB pour leurs études. En fait que représentent ces annales ? Leur présence évidente et triviale, nous ferait oublier qu’elles n’ont pas toujours existé. Cette ambiguïté de fausse logique qui existe entre la nécessité des annales et le fait qu’elles ne font pas partie de la stratégie des études de la fac nous pousse à prendre une pause existentielle. Les étudiants ont-ils finalement besoin de s’exercer avant le grand jour des examens ? Les annales sont-elles faites pour remplir ce besoin ?

L’évaluation, nous explique Pr R. Ben Mansour, ne peut que guider l’apprentissage c’en est même le principal moteur. Dr M. Khrouf, porte-parole de la FMT, a ajouté que les annales sont des outils de révision intéressants dans la limite ou ce sont un bon moyen pour savoir si l’étudiant a assimilé son cours, elles permettent aussi une gymnastique d’esprit qui se concentre sur l’essentiel des informations et relie les différents objectifs du cours. Mais cette idée positive que se font nos professeurs des annales laisse penser que les IPB sont tolérés ? N’est-ce pas Messieurs ? Les IPB ne sont là que pour combler une brèche dans le système d’enseignement, répond un autre Monsieur, Koraich en personne (Cf encadré)

Les IPB ne sont là que pour combler une brèche dans le système d enseignement

IPB, la marche vers la réussite?

N°4 20 Synapse Fev. - Mar. - Avr. 2013

IPB (à prononcer Inès Production et Bureautiques) n’est qu’un moyen pour remplir un vide. Ce vide accentué par les réformes de l’enseignement médical en Tunisie à la fin des années 80, confirme Dr Khrouf, a fait naitre les IPB qui ont rendu service aux étudiants et leur ont été d’un grand secours.


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Le Seigneur des Annales Pour ceux qui ne le connaissent pas, Koraich, Rokbani du nom était comme vous un étudiant à la FMT entré en 1994, il a été bousculé par la difficulté des études sans aucun moyen d’évaluation, ce qui lui a fait refaire sa première année. Sans aucun moyen, je vous ai dit ? En fait les moyens existaient mais seule une caste privilégiée de pistonnés pouvaient s’offrir les anciennes sessions. Révoltant ! Mais le jeune ami de tous pouvait compter sur ses connaissances pour commencer à étudier, épaulé d’un camarade, et ensemble ils gouttèrent les joies du travail dirigé, fluide et pédagogique. Mais considérant que les sessions n’étaient pas un secret d’état, il décida de partager ses deux boites d’archives avec ses collègues. Les boites d’archives ne résistèrent pas à la foule et l’esprit business du jeune Robin des Bois lui dit de commencer à imprimer les sessions et à les trimbaler dans sa vieille 4L pour assurer les commandes de toute la faculté.

Une réflexion frustrante ! Sans l’appui et l’intervention d’enseignants qui manquent de collaboration, ses IPB restent des documents parascientifiques. L’industrie du livre médical reste une filière mal exploitée en Tunisie. Koraich affirme que c’est dû aux médecins qui sont encore en train de trouver leur voie et leur état d’esprit. Pourquoi l’opinion des étudiants interrogés reste négative vis-à-vis de Koraich ? Exploitation ? Bonus ? Quantité parachutée ? La logique du commerçant affirme que les IPB ne sont pas du papier photocopié mais le résultat d’efforts et de stratégies de marketing. « Nous ne sommes pas une prestation de service comme les autres imprimeurs de sessions et la science n’a pas de valeur. » Ce fils de chercheur n’a pas fini de nous surprendre. Il a déjà commencé la réforme de son entreprise. A la faculté de commencer la sienne et l’étudiant trouvera son équilibre.

Confisqué par le Doyen, indexé comme archives à brûler, les annales survécurent à l’inquisition grâce à un Koraich conscient de ses droits et prêt à dénoncer les failles de ce système de cobayes. Déclaré Wanted par la faculté, affiché dans les couloirs comme personne indésirable, Koraich menaça de réclamer justice avant de quitter la voie de la médecine pour celle du commerce. Fruits d’un travail de recherche et de méthodologie, les IPB après 15 ans ne sont plus les sessions d’autre fois. Annexes, inter mémos et cours de résidanat, IPB s’est adapté aux besoins des étudiants. Koraich affirme que tout est le fruit d’une profonde réflexion avec des collaborateurs qui sont pour la plupart de jeunes résidents et étudiants. Toutes les questions sont prises

Nous sommes revenus sur les circonstances de cette naissance singulière, fruit d’une injustice et d’un esprit de business man en herbe dans notre encadré. Comme tout enfant de l’Histoire au passé difficile, les IPB ont leur revers de la médaille. Ils ont incité petit à petit à la paresse mentale qui encourage l’étudiant à abandonner la maîtrise du cours pour apprendre superficiellement les réponses des examens. Et pour reprendre les propos de Pr Chadli, qui déplore la montée de la mémorisation sur la réflexion, il va sans dire que si la base n’est pas solide toute la construction est fragile. Pr Ben Mansour nous donne un exemple très pertinent. Au cours de la préparation d’un ancien examen,

les enseignants ont laissé un intitulé de QCM identique à celui posé dans les annales d’IPB, avec pour seul changement l’ordre des propositions, les correcteurs ont été surpris de trouver un grand nombre de réponses identiques à celles des IPB. Cet exemple peut vous faire rire mais il nous éclaire sur cette composante obscure et mal exploitée de notre système d’enseignement, le feed back des examens. Remettre les corrigés des sessions effectués a fait la réticence de nombreux enseignants qui y ont vu un coup pour biaiser leur banque de donnés. Mais comme affirme Pr Ben Mansour, cette banque doit être au contraire constamment renouvelé, le fait de remettre les corrigés et de réunir les étudiants après les résul-

tats pour combler les lacunes est un pas nécessaire pour faire avancer les esprits. Notre discussion a pris aussitôt des airs plus subtils rejoints par la pédagogie, le thème I et une répétition de pervers. En effet Pr Ben Mansour, l’évaluation n’est pas un travail statique centré seulement sur l’aspect cognitif et sur les informations. C’est toute une démarche à inculquer aux étudiants, les QCM/QROC portent en eux des réponses perverses et c’est un faux concept que de donner des réponses à la manière de A-B-E ou Faux. Dans une séance de correction avec la présence de l’enseignant, les réponses seront expliquées pour éviter celles parallèles et inexactes, l’étudiant pourra comprendre que la question le pousse en fait à bâtir un

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L’ E N Q U Ê T E

KORAICH :

d’examens de la FMT, toutes les réponses sont avant tout des propositions préparées.


volonté d’entreprendre le changement, notre discussion s’est portée sur l’alternative. La faculté est un chantier, lâche Dr Khrouf sans même un soupir. Il est vrai que les nombreuses fissures, dos d’âne et autres toits dégarnis

La faculté est un chantier donnent à la fac des allures de chantier. Cependant le vrai chantier est la réforme des études.

raisonnement et à conduire un cheminement intellectuel. Cet aspect de dialogue et de feed back est totalement absent dans les IPB qui présentent des risques per-

vers comme ces copies d’examens écrites qui peuvent induire l’étudiant en erreur et mettent à côté des pans entiers de polycopiés. Agréablement surpris de voir cette

Pr Ben Mansour nous a partagé une exclusivité. Pendant la semaine du 18/02/2013 ont eu lieu une série de conférences et d’ateliers avec des experts en pédagogie et tous se sont accordé que d’ici quelques années la FMT devra être accréditée, idée que rejoint Dr Khrouf.

EXAMENS : Les maillons du Précieux

8/ Versement des notes avec un système de docimologie, la seule chose qui soit de pointe à la FMT

7/ Circuit de correction : les sujets sont corrigés dans la salle du conseil scientifique avec des PV du président de jury.

6/ Examens passés, anonymat des copies, sujets re-scellés.

1/ Idées qui trottinent dans la tête des profs, inspirés des cours ou des banques de données 2/ Sujet posé à plusieurs, à la manière collégiale

Copies d’examens cachées dans les pupitres des amphithéâtres, manipulateurs ou manipulés ? Il semble que le tabou des copies amicalement arrivé chez IPB soit levé ! Le phénomène d’échappement n’exprime que le fait que les examens ne sont pas un secret mais avant tout du papier ( ou un fichier) qui peut trainer.

Admis dans le saint des saints ou sont entreposés les copies scellés avant les résultats je peux vous confirmer que personne ne peut les toucher avant la sortie des résultats. Et cette fois il n’y a pas de presque. 4/ Rendez-vous au service Les examens de A à Z c’est tout de suite 5/ Virée au Moyen âge : Copies scellés entreposés ne sont plus ouverts que par le président du jury par ordre du Doyen.

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3/ Sujets mis à la frappe dans les ordinateurs des bureaux des départements et des pc personnels.

de tirage dans un couloir de l’administration toujours sous l’œil vigilant des enseignants.


L’ E N Q U Ê T E

MAGAZINE DES ÉTUDIANTS DE LA FACULTÉ DE MEDECINE DE TUNIS

«Prière ne pas s’approcher, l’administration, Merci» Que proposent nos professeurs pour améliorer le cours des études et gérer le flux migratoire des étudiants d’un point de savoir à un autre ( à entendre par salles L16 et L26) ? Dr Khrouf nous promet que la mise à jour du site de la fac s’accompagnera de l’affichage des corrigés des sessions et pourquoi pas des cours numérisés. Premier pas vers la FMT 2.0 ? Pr Ben Mansour ajoute que la meilleure alternative reste le cours, ceci doit se faire avec une sorte de contrat moral avec l’étudiant qui a droit de connaitre sur quelle base se fera son évaluation. Il encourage aussi chacun de nous à exploiter toutes les ressources fournies dont la bibliothèque qui recèle de nombreux manuels ludiques de QCM corrigés à l’approche pédagogique. Attention, si vous n’avez toujours pas lu les encadrés, attelez-vous à la tâche avant de poursuivre ! Entre un Kouraych à la pointe de la bureautique et une faculté qui cumule un retard technologique, c’est presque le choc des civilisations.

La FMT ne pourra pas raisonner longtemps en termes de PowerPoint et de livres condamnés et offerts au compte-goutte. A une époque où un résultat est affiché sur le net sans des foules en émoi et ou un cours est filmé et mis en ligne instantanément, les stratégies devront-changer ! L’étudiant dans tout ça ? C’est celui qui instaurera le dialogue avec lui en collaborant directement avec lui qui pourra l’encourager à exploiter sa créativité et son génie, pourquoi pas une équipe d’étudiants qui s’occupent de mettre sur point un site pour la fac ? d’autres équipes intergénérations suivront sûrement ! Car une faculté de médecine n’évolue pas forcément dans la médecine. Rappelez-vous dans une masse d’étudiants confrontés à la masse des enseignants, un étudiant a su instaurer une tradition inviolée depuis une quinzaine d’années. Raisonner en masse de génie et non en masse de blouses sera le défi de cette vieille institution qui croule sous le poids des traditions. Une autre chose croule déjà, le toit de la salle du conseil scientifique, par pitié commencez par le réparer !

Remerciements : Pr Raouf Ben Mansour, chargé de la réforme du 1er cycle Dr Mohamed Khrouf, Porte Parole de la FMT Koraich Rokbani, gérant d’IPB Bibliographie : «L’enseignement médical en Tunisie, Amor Chadli, 2012»

Par Oussama AOUINA Synapse N°4 Fev. - Mar. - Avr. 2013

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« LA PRISE EN CHARGE MÉDICALE DES PVVIH* ÉTRANGERS, POUR OU CONTRE?» * Personnes vivants avec le VIH

LE POUR « Etranger, de quel droit es-tu là ? De quel droit demeures-tu parmi nous, profites-tu de nos hôpitaux et de nos soins ? » Je n’aurai jamais cru, me reconnaitre dans une phrase aussi poignante, un jour. Et pourtant, je réalise encore aujourd’hui que respirer le même air que vous, chers tunisiens, respirer l’air d’une terre dite « de tolérance » ne fait pas de moi l’un des vôtres. Je ne suis pas tunisien. Je suis séropositif. Laquelle de ces affirmations retiendrez-vous en premier ? Si je vous pose cette question qui vous paraitra certainement démunie de tout bon sens,c’est parce que j’ai l’impression qu’aujourd’hui encore, on me voit comme étant un bout de papier portant une nationalité étrangère, et encore, un bout de papier « sale » si je puis me le permettre. Je suis humain avant tout, avez-vous besoin que je vous le rappelle constamment ? Dites-moi, comment réagiriezvous si on vous disait que oui vous résidez peut être en Tunisie, que oui vous jouissez peut être de pratiquement toutes vos libertés légitimes mais non, le besoin fondamental de vous soigner, de sauver votre vie, n’est pas pris en charge. Imaginez-vous à ma place, croirez-vous qu’on vous privera de la gratuité de vos traitements si vous ne résidiez pas dans votre pays d’origine ou si ce dernier ne pouvait pas vous prodiguez les soins nécessaires ? La France elle-même se montre plus chaleureuse, je cite « il y a de plus en plus de personnes séropositives d’origine étrangère, en particulier d’Afrique sub-saharienne, population au sein de laquelle la maladie reste un tabou très fort. Si elles sont affiliées à la Sécurité sociale, toutes ces personnes sont prises en charge à 100 % pour les dépenses liées au VIH en France » Vous me direz sans doute que la CNAM a assez de soucis comme ça, qu’en plus de prendre en charge les séropositifs Tunisiens, faudra-t-il qu’elle s’occupe aussi du sort des résidents étrangers ? Je vous répondrai alors que c’est tout de même 202 personnes en 2010 et 164 personnes en 2011 dont les tests de dépistage au VIH se sont révélés positifs, que vous négligez… Certes je suis étranger. Mais vous êtes tous, autant que vous êtes, concernés. Les recherches scientifiques dans le domaine des antiviraux ont bien avancé, les soins deviennent de plus en plus ciblés, l’éradication n’est peut être pas pour demain mais une chose est sûre ; Elle ne se fera que lorsque les malades seront considérés avant tout comme des malades, des personnes à part entière, quelque soit leur identité ou leur pays d’origine.

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C’est tout de même amusant de voir quel paradoxe nous nous infligeons à nous-mêmes aujourd’hui. D’un côté nous voulons à tout prix lutter contre le SIDA, d’un autre nous refusons de nous intéresser de plus près à ceux qui, en partie , sont responsables de la transmission de ce virus. Ne pas offrir aux séropositifs étrangers résidant en Tunisie la gratuité des soins dont bénéficient les séropositifs Tunisiens eux-mêmes, c’est fermer les yeux sur le rôle majeur que jouent les étrangers dans la propagation de ce fléau. Vous ajouterez certainement que la Tunisie est un pays aux moyens modestes, que les fonds récoltés pour la lutte contre le sida ne suffisent presque pas les Tunisiens eux-mêmes… je vous informerai tout de même que plus de 75% des fonds viennent de l’étranger et qu’il serait ainsi plus juste d’en faire profiter les résidants étrangers eux même. De plus, depuis que l’on sait, que le Fonds mondial a versé des millions de dollars pour les PVVIH, les personnes vivant avec le VIH, en Tunisie, je m’interroge si l’on ne devrait pas en bénéficier à notre tour ? C’est étrange de voir qu’aujourd’hui encore, non seulement vous devez faire face à cet handicap que d’être séropositif dans une société qui lie toute cause de ce fléau à un péché que vous avez forcément commis, mais de plus faire face à une administration qui ne vous allège pas des tarifs exorbitants des antiviraux. C’est ce que je qualifierai de rejet. Et pourtant j’ai encore foi. Serait-ce tout ce qui me reste aujourd’hui ? Car dans cette période de crise, nous avons deux choix possibles : la solidarité et la collaboration, telles que nous les avons vécues aux débuts de cette épidémie ; ou le chacun pour soi, une approche dans laquelle tout le monde serait perdant. Par Fatma CHERIF


La prise en charge des PVVIH est une politique d’état qui s’inscrit dans la ligne de la santé publique de chaque pays, elle concerne les maladies à taux de prévalence considérable, mais sûrement pas les PVVIH étrangers. Et la sécurité sociale ne pas va s’alourdir d’une charge supplémentaire pour une maladie qui ne touche que quelques étudiants étrangers, pour la plupart venus d’Afrique subsaharienne. Ces étudiants sont pour la plupart sans travail et la sécurité sociale représentera leur seule source pour payer le coût des bilans, traitements et autres antiviraux. N’oublions pas que les PVVIH sont proie à plusieurs maladies opportunistes (pneumocystose, tuberculose, méningites, toxoplasmose cérébrale..). Ces maladies seront prises en charge elles aussi par notre sécurité. C’est un faux calcul que de penser que la prise en charge des PVVIH étrangers, c’est une prise en charge d’un nombre restreint de maladies/individus.. L’association entre comportements et groupes de populations et VIH/SIDA ne révèle toujours pas une stigmatisation mais une sorte de déduction inéluctable. Peu de personnes révèlent leur statut PVVIH surtout qu’un tel test n’est pas imposé dans notre pays. Il faut tout d’abord savoir que plus de treize pays dans le monde interdisent aux PVVIH d’entrer dans le territoire national en tant que touriste. Parmi ces pays on trouve l’Australie, la Russie et le Canada. Ces mesures qui comprennent notamment des contrôles médicaux de la séropositivité pour l’obtention du visa d’entrée ou de séjour, sont autant de moyens de prévention et de protection des individus. La propagation de ce virus serait nettement ralentie par l’interdiction de circulation des individus. Par Rihab BLIDI

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Q U I

Lorsqu’elle est acquise, la précarité du statut social, les conditions du logement, les difficultés ou les retards d’accès aux circuits de soins jouent un rôle déterminant et il est alors beaucoup plus délicat d’avoir un repérage précis chiffré pour séparer ce qui s’observe chez les ‘étrangers’ et chez les autochtones. Le plus souvent, les paramètres à prendre en considération sont nombreux, difficiles à définir une façon stricte et commune à tous les observateurs. La vision qu’on peut avoir d’une telle pathologie est soit parcellaire, soit discutable et source d’interprétation divergente.

L’intervention diagnostique ou thérapeutique dépendra non seulement de la date d’arrivée ou du dernier séjour au pays d’origine, des conditions de l’accès aux soins mais de l’importance réelle de la pathologie, en terme de santé publique ou encore de considérations individuelles, comme la durée prévisible du séjour en Tunisie. Un projet thérapeutique peut être totalement différent pour un sujet installé de façon définitive ou prolongée en Tunisie et pour une personne qui doit partir de façon rapide pour son pays.

Q U E S T I O N

L’identité épidémiologique se complique lorsqu’il s’agit d’affections qui peuvent être selon le cas ‘importées’ ou ‘acquises’ en Tunisie. Ainsi le SIDA maladie fréquente dans de nombreux pays de l’Afrique peut être une pathologie d’importation du pays d’origine.

L A

LE CONTRE

F Â C H E

MAGAZINE DES ÉTUDIANTS DE LA FACULTÉ DE MEDECINE DE TUNIS


DE LA MÉDECINE À LA POLITIQUE RENCONTRE AVEC

PR. EMNA MENIF

Introduction : Médecine et politique. Deux domaines distincts. Opposés ? Non, ce serait absurde de les opposer puisqu’ils ne sont pas de même nature. L’une étant une science s’intéressant au corps de l’individu, l’autre à celui de la société. Or, dans le monde actuel, la médecine dépend à coup sûr de la politique. Les médecins vivent au sein d’un état régi par la Loi et l’art qu’ils exercent est d’une manière ou d’une autre «supervisé» par cet état. La politique inclut donc, d’une certaine façon, la médecine. D’autant plus que le caractère inhérent à la politique est sa capacité extraordinaire à se dissoudre dans n’importe quel domaine et d’y apposer sa propre teinte : les domaines économique, religieux, social... La médecine peutelle quant à elle inclure la politique? Un médecin peut-il être politicien ? Peut-il se le permettre ? S’agit-il de deux domaines si différents qu’on ne saurait concilier entre les deux activités ? Ou bien y aurait-t-il un terrain commun aux deux ?

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Ayant voulu trouver des réponses à toutes ces questions, j’ai choisi d’interviewer Dr Emna Menif. Je vous fais part dans cet article du fruit de ma rencontre avec elle.

- Comment un médecin peut-il en venir à la politique ? Je voudrais commencer la réponse par une question : comment un médecin ne peut-il pas en venir à la politique? L’Histoire nous apprend que la médecine n’a jamais été une science indépendante de la philosophie. Quant à la politique authentique, c’est d’abord une philosophie. La médecine est fondée sur deux grandes valeurs : l’éthique et la compassion. Or la compassion signifie la volonté de soulager la douleur d’autrui en découvrant sa cause, dans un sens plus étendu, à vouloir le bonheur des individus et donc celui de la société. En ce point, elle intercepte la véritable raison d’être de la politique, à savoir le bonheur de la société. Et ce en considérant la poli-

tique comme un moyen dont on use pour le bien de l’autre, pour le bonheur de la société. Sauf qu’en passant par les mains de l’homme, ce moyen est perverti et détourné de sa cause. Malheureusement, cela se voit aussi en médecine.

- Qu’est-ce qui pousse un médecin à «changer de voie» / à s’impliquer dans la politique ? Tout simplement, la volonté de servir son pays.

-Peut-on exercer la politique quand on a suivi des études de médecine? Ceux qui n’ont pas suivi d’études en sciences politiques se doivent de s’auto-instruire. Il faut lire beaucoup, chercher, se documenter... Sauf que l’exercice de la politique ne relève pas exclusivement de la formation académique. Il y a le syndicalisme qui est en lui-même une école politique. La formation administrative et les activités au sein des associations


entrent aussi en jeu. Au final, un politicien doit avoir le profil d’une personne capable de s’occuper de la société où on ne lui demande pas de réagir à l’immédiateté mais avant tout d’imaginer l’avenir, de prendre des décisions et d’anticiper les conséquences. Bref, d’être visionnaire. Je vais vous donner un exemple : la déclaration des droits du citoyen lors de la révolution française étaient très en avance par rapport à la réalité du peuple français à cette époque-là. C’était le fruit de l’anticipation des politiques et des penseurs. Ainsi donc, un politique incapable de penser à l’avenir de son pays est un politique raté.

-Le médecin devenu politicien ne risque-t-il pas de traiter la société comme un corps malade et d’ avoir des réflexes de médecin à savoir observer des symptômes, examiner etc... ? Et la médecine fourniraitelle un plus dans l’exercice de la politique? La médecine permet de gagner du temps dans la démarche. La capacité à observer, examiner, faire des diagnostics et des pronostics est un avantage et non pas un handicap. Même si le corps du malade et celui de la société sont différents et obéissent à des règles différentes, il n’en demeure pas moins qu’ils possèdent un point en commun : la rupture de

l’équilibre et la mission tant du médecin que du politique est le rétablissement de cet équilibre.

-Peut-on exercer la médecine et la politique simultanément sans qu’elles ne deviennent incompatibles ? L’engagement dans la politique peut atteindre un certain niveau où il devient incompatible avec l’exercice de la médecine. A un certain moment, on sera inévitablement amené à faire des choix car on ne pourra plus concilier entre les deux.

-Un médecin peut-il encore être utile dans son domaine lorsqu’il a une responsabilité politique ? Ce métier laisse-t-il assez de temps pour faire de la politique ? Je pense que l’essentiel est de servir. Nul n’est irremplaçable. Par contre, la personne définit ses priorités. Dans certains contextes, on peut s’apercevoir que le combat dépasse la prise en charge du malade, et là, on aspire à des adversaires nouveaux. On ne lutte plus contre une maladie mais contre tout un système qui est malade. Je veux aussi souligner que la politique n’est pas une spécialité mais une vocation. Et lorsqu’on décide de répondre à cette vocation, on s’engage. Personnellement, après le 14 janvier, j’ai senti que l’enjeu était

devenu plus grand. Outre les combats contre la pauvreté et l’injustice, je me suis aperçue que le combat relevait d’un projet de société, de ce que l’on voudrait que soit notre société : libre, égalitaire, imposant le respect entre ses membres et garantissant les droits de chacun. Il n’était pas question d’une occasion à saisir mais d’un devoir à honorer. Je n’étais pas non plus motivée par la peur de perdre des privilèges contrairement à certains. J’avais en tête de transmettre un système de valeurs qui rendrait la réalité meilleure.

- Le médecin, du fait de la bonne connaissance du secteur de la santé, de l’état des hôpitaux, de la politique médicale du gouvernement est-il la personne indiquée pour être ministre de la santé? Ce n’est pas une condition sine qua non. On n’est pas dans l’obligation d’être médecin pour être ministre. C’est peut-être le fait de penser que seul un médecin peut connaitre le secteur de la santé qui induit en erreur. La politique de la santé précède l’accès au portefeuille de la santé. Elle est illustrée dans les programmes du parti lors de sa campagne électorale. Ce qui est important par la suite, c’est de délaisser l’idée du ministre et d’adopter celle de l’équipe.

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L’ I N T E R V I E W

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Parcours : Emna Menif est professeur hospitalo-universitaire et chef de service de radiologie à la Rabta. Membre fondateur de l’Associa-Med, elle fut aussi responsable de la rédaction du magazine éponyme. De 1986 à 1990, elle est pigiste au journal La presse de Tunisie. Ayant intégré le syndicat des médecins, pharmaciens et dentistes hospitalo-universitaires affilié à l’UGTT, elle en fut membre du bureau national de 2002 à 2011. Elle est aussi membre de l’Ordre régional puis national des médecins depuis 2002. Engagée plus que jamais dans la politique depuis le 14 janvier 2011, elle est membre fondateur, membre du comité central et du comité directeur, porte-parole et responsable du pôle politique du parti Afek Tounes dont elle démissionne le 1er novembre 2011. Depuis décembre 2011, elle est porte-parole du mouvement citoyen qu’elle a créé : Kolna Tounes. Citations : «Il faut faire de son métier une sorte de combat.» «Introduire de nouvelles dimensions dans la vie estudiantine.» - Existerait-il une opposition entre ce que la politique requiert comme moyens et prêche comme desseins et les fondements et valeurs de l’éthique médicale? L’éthique est en soi une valeur commune à toutes les pratiques. C’est ce qu’on en fait par la suite qui marque la différence. Pour quelqu’un qui est attaché aux valeurs de la déontologie et de la morale, l’opposition n’aura pas lieu d’être. Finalement, c’est une même éthique qui régit ces deux domaines.

-Pour finir, auriez-vous un mot d’espoir à transmettre aux étudiants qui s’inquiètent quant à la situation actuelle de notre pays ? Il n’y a que de l’espoir. Ce peuple est jeune. Et la jeunesse arrive forcément N°4 28 Synapse Fev. - Mar. - Avr. 2013

à créer de nouveaux systèmes. Quant à ceux qui ont une lecture à court terme des événements, ils se trompent. Dans un pays, les mutations prennent du temps. Il faut donc avoir du souffle. Ce qui se passe actuellement peut certainement inquiéter mais ça témoigne aussi de la pluralité et des bouillonnements de pensées que renferme notre Tunisie. Cette effervescence finira non pas par disparaître mais par se stabiliser, et un équilibre s’établira tôt ou tard. J’aimerais terminer par une citation qui résume tout : «Ils ne pensaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait.» Je pense que rien ne saurait nous entraver plus que notre propre peur de l’échec. On se doit d’oublier nos peurs et d’aller de l’avant.

Conclusion : Ma rencontre avec Dr Menif m’a confirmé que la médecine et la politique oeuvrent toutes les deux pour le bien-être de l’homme. En effet, la santé n’est-elle pas pour l’homme un état de bien-être physique, mental et social ? La politique n’est-elle pas exercée pour rendre agréable la société au sein de laquelle les hommes vivent ? Souhaitons donc à nos politiciens actuels, parfois qualifiés «de la 25ème heure», de revenir aux valeurs authentiques de la politique et de penser plus au bonheur des tunisiens qu’à leur intérêt personnel…

Par Karim BEN HAMIDA Photos : Khlil GHEDIRA


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LE SERVICE CIVIL ou le pacte avec le diable

«Grève des internes et des résidents décrétée à l’unanimité le 30 et 31 octobre. Depuis, c’est le statu-quo...» Le 20 Avril 2010, une date à inscrire dans les anales de la médecine comme étant le jour où la loi s’est abattu comme une massue sur l’avenir de tout jeune médecin, étudiants, internes et résidents en médecine que vous êtes, pour ceux qui ne le savent pas encore, c’est la date à laquelle l’ancien dictateur avait signé un papier qui déterminait ce qu’on appelle aujourd’hui la loi 17-2010 du service civil. De quoi s’agit-il ? C’est en résumé une loi qui oblige tous les futurs médecins à exercer une année (bientôt deux années) dans les régions choisis par le ministère de la santé (Loi 2004), sans bénéficier d’aucun droit d’exemption, ni pour les femmes enceintes, ni pour les soutiens de famille, ni pour une quelconque autre raison, sans pitié aucune, contrairement aux droits d’exemption dont bénéficie tous les autres citoyens (Loi 17-2010)… Par ailleurs, les hôpitaux choisis par le ministère de la santé publique sont loin d’être des hôpitaux haut de gamme, ce sont en général des hôpitaux régionaux dénués des plus basiques conditions permettant un exercice

digne de la médecine, autrement dit une jeune femme médecin mariée, un enfant et enceinte peut se retrouver à travailler toute seule au service des urgences d’un hôpital à 500 Km de sa résidence, sans matériel ni personnels pendant que monsieur le ministre de la santé publique dort tranquillement chez lui. Bien sûr, si cette jeune femme médecin se faisait tabasser ou tuer par des parents déchainés aux fins fonds de la Tunisie, Monsieur le ministre ne manquera pas d’envoyer une lettre de condoléances à sa famille et n’oubliera pas de diffuser un communiqué dans lequel il dira que les responsables seront traduis devant la justice, mais en réalité qui est plus responsable que le ministre luimême, qui est plus responsable que cette politique de fuite en avant d’un système de santé régit par une vision qui à prouvée son échec… Pourquoi un jeune médecin qui à déjà donné les plus belles années de sa vie, devra t-il subir l’injustice ultime de se voir réduit en esclavage par un ministère en perte de repères ? Un des jeunes médecins concernés à dit un jour qu’il préférerait encore faire son ser-

vice militaire en bonne et due forme, et ne pas se retrouver responsable de la mort des gens et de l’hypocrisie du système. Pourquoi cette loi à t-elle été créée ? Certains diront que c’est une vengeance personnelle de Ben Ali et de quelques uns de ces conseillers bien connus envers les médecins, bien souvent enfreins de libertés, bien souvent opposants et rebelles. Personnellement, je crois que la réalité est bien plus terre à terre que ça, en effet dès la fin des années 80, les anciennes politiques du gouvernement du président Bourguiba en matière de santé semblaient atteindre leurs limites, le paysage sanitaire du pays était en train de changer doucement mais surement et les problèmes des tunisiens n’étaient plus la mortalité materno-feotale, la vaccination infantile ou la tuberculose, mais plutôt des maux tels que les maladies cardiovasculaires, la maladie diabétique, la traumatologie et les urgences vitales. Evidemment, l’ancienne politique se retrouva très rapidement dépassée par l’apparition de ces nouveaux besoins de santé apparaissant parallèlement à

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l’évolution démographique et sociale du pays, et dès le début des années 90, plusieurs médecins ont tirés la sonnette d’alarme et ont prévenus le ministère de la santé de la nécessité de changer de stratégie ou plutôt de la nécessité de réinventer la stratégie de la santé en Tunisie. Une des causes du refus du service civil, le problème des hôpitaux régionaux ? Un médecin doit refuser d’exercer la médecine si les conditions de sa pratique ne permette pas de la pratiquer correctement, en dehors bien sûr des urgences vitales, cette règle fait parti du code de déontologie médicale que le ministère de la santé publique est tenu d’appliquer. Le problème des hôpitaux régionaux est justement un problème de matériel, d’architecture et de personnel, et un médecin aussi compétent soit-il ne pourra jamais soigner un infarctus du myocarde sans héparine ni thrombolyse, un bloc opératoire ne pourra pas fonctionner sans techniciens même si vous y mettez le matériel le plus cher du monde, un service de réanimation ne pourra pas fonctionner sans service de bactériologie et de radiologie performants et parfaitement fonctionnelles… Et un hôpital ne pourra jamais fonctionner sans les femmes de ménages pour le nettoyer, car l’hôpital publique fonctionne grâce à une chaine composées de plusieurs intervenants et il suffirait qu’un des maillons de cette chaine manque pour que tout le système tombe à l’eau.

par un service civil médiocre et digne d’un esclavagisme moyenâgeux. Première objectif : Créer 4 hôpitaux régionaux pilotes avec un cahier des charges strictes permettant de drainer toutes les pathologies médicales ou chirurgicales et de soigner les maladies chroniques et concentrer le recrutement des nouveaux spécialistes au début sur un hôpital à la fois. Deuxième objectif : Transformer les autres hôpitaux régionaux en centres avancés médico-chirurgicaux qui ne s’occuperont que des urgences vitales et seront un relai pour stabiliser des malades graves en attendant leur transfert dans des conditions médicalement acceptable. Troisième objectif : Fusionner les facultés de médecine de Sousse et Monastir, et créer une nouvelle faculté de médecine avec son centre hospitalo-universitaire au niveau d’une région intérieure, ceci permettra particulièrement aux médecins de s’installer socialement au niveau de ces régions. Quatrième objectif : Créer une équipe médicale héliportée afin d’accélérer le transport des malades graves entre les centres avancés et les hôpitaux pilotes ou les CHU.

D’où vient le problème du manque de médecins dans les régions ? Le ministère ne cesse de répéter que c’est parce que les médecins veulent rester dans les grandes villes, ce qui est très loin de la réalité. La vérité est que depuis le début des années 90, un bon nombre de médecins spécialistes ont acceptés d’aller travailler dans les régions à la condition que le ministère améliore les conditions de travail dans les hôpitaux régionaux et de les faire obéir à un cahier des charges, au bout de quelques années d’indifférence et de nonchalance des politiques, la plupart ont fini par démissionner, une vérité que le ministère s’arrange souvent à cacher au grand public.

Cinquième objectif : Concernant le financement du système de la santé publique, la CNAM dépense aujourd’hui prêt de 70% de son budget pour le secteur privé (en pleine essor) alors que 80% des malades se soignent dans le secteur publique, ce qui correspondrait à environ 600 Millions de dinars de manque à gagner pour le secteur publique par an !!! Certes, il y a les dépenses des consultations privées, certes il y a le problème assez sérieux et souvent négligé du coût de l’hémodialyse périodique, par manque de don et de greffe de rein qui sont en train de pomper les réserves de la CNAM, mais le fait est que l’hôpital publique dépense pour les malades bien plus qu’il ne gagne et la résultante est un déficit de prêt de 350 Millions de dinars dans les budgets de ces hôpitaux !!! Comment pouvons-nous améliorer la situation alors que nous sommes encore en dessous du zéro absolu ?

Les solutions ? Pour désamorcer le problème du service civil, je pense qu’il faudra que nous, les jeunes médecins, puissions convaincre les décideurs que les vrais solutions existent et ne passeront certainement pas

En résumé, l’objectif des protestations contre le service civil n’ont jamais été la protection d’une parti des médecins qui sont immédiatement concernés par ce problème parce qu’ils viennent de terminer leurs études

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(nous serons tous concernés tôt ou tard), mais l’objectif est de défendre une vision globale de la réforme de la santé, de lutter contre ces décideurs qui n’ont pas l’intelligence de regarder les vrais problèmes, ni le courage de répondre aux vrais questions que posent le secteur de la santé en Tunisie, en fin de compte, l’objectif à toujours été de défendre l’honneur d’un métier.

Dr Youssef Zied ELHECHMI AHU Réanimation médicale, Service Urgences & Réanimation CHU Habib Thameur. Responsable de la cellule de crise du SIRT Président de l’association des jeunes médecins.


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L’ASSOCIA-MED N’EST PAS UN MONDE PARALLÈLE: pour les nouvelles générations. Mais pour assister à cette cérémonie, il me fallait apprendre à nouer une cravate, ce qui sans l’aide de YouTube m’aurait été impossible. Vendredi 26 Janvier : Le weekend s’annonçait sous le signe de la langue de Shakespeare, assez difficile à manier au début, surtout si on est habitué à penser en français. Mais au bout d’une matinée, seules les remarques du trainer « pa zen francey » me rappelaient mes tendances francophones.

Depuis mon entrée à l’Associa-Med, je fus assailli d’acronymes pour la plupart saugrenus, SWG ( Small Working Group), OC (Organising Committee), SCORA (Standing Committee on Reproductive health including AIDS)… Celui qui sonnait le plus dans ma boite crânienne était le fameux IFMSA ( International Federation of Medical Students’ Associations). On me rappelait à chaque réunion, à chaque discussion que notre association était un maillon à part entière d’un réseau universel d’étudiants en médecine passionnés par la vie associative, mais je ne vous le cache pas, je n’ai jamais senti cette proximité avec « l’extérieur », à part peut-être pour tout ce qui était échange de stages et de recherche. Un jour pourtant, en flânant entre les nombreuses pages Facebook de l’Associa-Med, je suis tombé sur un formulaire d’inscription pour faire partie de la délégation tunisienne à l’EMR9 Sousse. En bon francophone que je suis, cet Euaimaire m’intriguait…3 lettres qui allaient changer ma vie. En fait, EMR ne se prononce pas Euaimaire mais Eastern Mediterranean Region. Ce n’est pas non plus un cours de géographie, mais c’est une région de l’IFMSA pour regrouper les associations d’étudiants en médecine du Maghreb au Moyen-Orient en passant par l’Iran.

Vous qui m’avez suivi dans cette analyse avez sûrement compris que notre Associa-Med Tunisie organisait le meeting annuel de l’EMR à Sousse du 24 au 27 Janvier. Après une bonne lettre de motivation, je fus choisi pour faire partie de la délégation tunisienne. Je m’embarquai pour Sousse le jour du Mouled sans même goûter à l’Assida de Zgougou, mais l’EMR en valait le sacrifice. Je vous trace mes premiers pas dans un meeting de l’IFMSA. Jeudi 25 Janvier : Arrivé à l’hôtel, assailli par des accents, des dialectes et des visages d’une trentaine de nationalités différentes, car plusieurs des IFMSA officials s’étaient donnés rendez-vous pour le grand évènement. Le temps d’un dépaysement, je découvrais le couloir du sous-sol ou s’entassaient les tunisiens de l’OC et de la délégation, et qui m’étaient eux aussi exotiques puisque venus des 4 bureaux locaux des 4 facultés. Accolades et embrassades se poursuivirent jusqu’au dîner, et je succombai aussitôt au charme du lieu et des personnes. La soirée allait débuter par l’Opening Ceremony, un ballet de costumes et de protocoles fort émouvant où un ancien membre de l’Associa-Med, maintenant AHU, Dr. Mohamed Khrouf nous exprima sa nostalgie et son admiration

Les journées étaient organisées en sessions, trainings and events. Pour ma part, j’avais postulé pour la Medical Education Session parmi les nombreuses autres : Public Health, Human Rights, Presidents’ Session… Dans notre session, nous avions avec nous deux IFMSA Officials, Agostinho, un portugais, et Luisa, une roumaine et un méli-mélo de participants motivés, chacun avec sa vision de la médecine, chacun avec son autocritique sur le système de sa faculté. J’ai découvert au fur et à mesure des présentations et des SWG que l’enseignement médical était pluriel. Au Portugal, les étudiants participaient aux élections de leur doyen. En Jordanie, l’équivalent du résidanat, variait selon les hôpitaux, ce qui encourageait les services à une concurrence positive pour se disputer les candidats. Enfin en Roumanie, les étudiants assistaient les équipes de recherche de leurs facultés dans le cadre de projets et de clubs. Pour ultime conclusion, j’ai compris que technologie allait de paire avec communication et que l’avenir de notre médecine tunisienne dépendait du dialogue entre les générations. Mais revenons à notre EMR9, les heures se suivaient et ne se ressemblaient pas, les membres de l’OC se faufilaient partout pour faire une annonce ou apporter une aide. Je leur rends un vibrant hommage parce que malgré leur déficit en sommeil, l’énergie était toujours là et les idées aussi. Parmi ces chevaliers de l’honneur, se distinguait un de nos neurones, Sieur Férid.

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ASSOCIA-MED

Chroniques de l’EMR 9


L’EMR se poursuivait par une tradition, le Projects’ fair : les comités de chaque association rivalisaient d’idées et de décorations pour présenter leurs projets dans une forme colorée. Le jury formé des Regional Assistants, tendait l’oreille aux présentateurs et se laissait séduire par les campagnes de sensibilisation et de dépistage du cancer du sein, les formations pour l’accompagnement des enfants autistes et autres bijoux de travail d’équipe et d’ingéniosité.

l’infatigable Zeineb et notre agent spécial resté au QG, Oussema dit Guez. Après une virée nocturne à Sousse, nous sommes rentrés sains et saufs à l’hôtel.

La soirée du Vendredi, elle, s’annonçait culturelle. Nous étions tous invités à un show en sons et lumières avec des technologies qui m’étaient extraterrestres. A Ennejma Ezzahra, un amphithéâtre en plein air et une scène immense étaient dressés pour raconter notre histoire encore plus grandiose. Un moment d’émerveillement et de fierté à continuer en rêve ce soir-là.

A défaut de terminer la cérémonie du mariage (Respect Dorra), nous avons laissé la scène aux autres libanais, dabka et autres chorégraphies. La darbouka de Tarak cessa petit à petit de résonner dans le grand Hall, et les ronflements prirent aussitôt le dessus dans les couloirs.

Samedi 27 Janvier : Pendant que les différentes délégations visitaient la Médina de Sousse, je me reposais d’une nuit vouée à cette passion primitive qu’est le journalisme. En effet, le cher fondateur de Synapse, Mohamed Zarrami, et son équipe marketing (Ghizlane, Salma et Firas), nous préparaient un journal à déguster tous les matins. Je voulais découvrir le secret de cette publication, et je le trouvai enfin en passant une soirée jusqu’à l’aube en leur compagnie, un secret bien gardé fait de cafés, certes, mais aussi de beaucoup d’humour et d’inspiration (Cf insolites).

Je devais faire ensuite le rôle de marié, habillé d’une jebba, ma promise Dorra en fouta et blousa. Nous avons entamé la soirée au rythme de Zied Gharsa avec une délégation tunisienne endiablée et un public médusé. Un délire magnifique !

Dimanche 28 Janvier : Mon colocataire Fares et moi avions trouvé le sommeil pour 2h, le temps d’insulter nos réveils respectifs. Nous avons repris ce qui était devenu notre routine EMRienne, une troisième session avec Luisa et Agostinho avec une séance photos-souvenirs à la clé. Un ultime training de Marketing l’aprèsmidi avec opération séduction. Enfin l’EMR n’était pas encore fini, je n’étais pas au bout de mes surprises. Si j’ai oublié de parler au débat « Santé publique/privée » toujours d’actualité, la Projects’ Presentation ou encore la Conférence EMRx aux airs de TEDx, je ne pouvais pas rater le theme event : Médecine d’urgence.

Une nouvelle journée EMRienne se dessinait, avec un nouvel objectif à réussir le Cultural Show, mais nous y reviendrons.

Deux professeurs de la FMM sont venus nous présenter leur modèle de simulation qui se prêtait à toutes sortes d’expériences.

Entre temps, je faisais des rencontres inoubliables. Un déjeuner avec les jordaniens, un dîner avec les iraniennes, une pause-café avec les égyptiens, les voyages se succédaient. Notre curiosité nous portait sur de nombreux sujets, la médecine certes, le quotidien sans doute, mais d’autres plus poussés comme la cause palestinienne, l’islam et la sexualité.

L’alliance de la technologie avec un jeu de rôle hilarant où quatre étu-

J’ai pu voir lors de ces nombreux entretiens, la tolérance et l’ouverture d’esprit s’exprimer dans leurs formes les plus fleurissantes. Notre dialecte tunisien faisait son charme, un ami jordanien me disait « tayara» ou « barcha » à chaque fois qu’il me voyait. A la réunion de notre délégation, ce jour-là, on a décidé d’organiser un mariage tunisien. Pour ce, je m’embarquais dans ma clio rondelette avec N°4 32 Synapse Fev. - Mar. - Avr. 2013

diants endossaient les blouses d’urgentistes en pleine action, nous a offert une soirée pleine de perspectives, et nous a permis d’admirer l’efficacité du travail d’équipe, et un mannequin au réalisme époustouflant, pédagogie au rendez-vous. Notre avenir de médecin était scellé par notre nécessité à ouvrir les mentalités au changement, à l’écoute et au progrès. L’EMR était lui aussi scellé par la Closing Ceremony, mes échanges de mails et de profils facebook ont été interrompus par la voix émue de notre Marwa nationale, Head of the OC, dans son discours encore figé dans ma mémoire. Elle est revenue sur ces quelques jours éternels, symboles de tolérance, d’optimisme et de volonté. C’était pour moi l’occasion de savourer le plaisir de faire partie d’Associa-Med Tunisie et ce bout de terre d’amour qu’est la Tunisie. Qu’est-ce que j’y ai vu ? L’énergie d’une équipe, la « grinta » dirionsnous, l’unité de cette nation arabomusulmane se former, le profil du futur médecin ouvert à autrui se dessiner. Mes coups de cœur je les distribue aux tunisiens, algériens, palestiniens, libanais et à tous ceux qui ont fait de l’EMR, une rencontre pour apprendre à s’écouter.

Qu est-ce que vous attendez pour vous engager ? Par Oussama AOUINA


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LE BACK-PACKER TUNISIEN, EXISTE-T-IL ?

Tu en as marre de tes amis qui te racontent leurs voyages hyper-touristiques à Barcelone, Nice, ou Las Vegas ? Tu rêverais de faire le tour du monde, mais tu n’es pas intéressé par les voyages organisés ? Tu as toujours été fasciné par les routards, et tu t’es demandé comment ils faisaient ? Cet article est fait pour toi. Soyons francs, les voyages de routards ne sont pas ancrés dans la culture tunisienne ou arabo-musulmane plus généralement, contrairement à celle du jeune anglais ou australien, par exemple. Chez nous, c’est plutôt shopping à Paris ou voyage de groupe en Turquie. Mais une minorité grandissante manifeste néanmoins un intérêt pour les voyages de back-packers, ces jeunes (pas toujours si jeunes que ça) se déplaçant de ville en ville ou de pays en pays avec, pour tout bagage,

leur sac à dos. Vous rêvez de goûter un jour à cette aventure qui ne peut être qu’une expérience unique et enrichissante pour votre personne ? Voici 10 conseils pour organiser votre voyage de routard !

ne coûte presque rien dans ces régions du monde. L’Europe de l’Est est aussi à envisager comme destination bon marché.

1 Choisissez votre compagnie : Les plus solitaires et spirituels d’entre vous préfèreront voyager seuls, d’autres voudront partager l’aventure entre amis. Quoi qu’il en soit, essayez de ne pas dépasser le nombre de 4, car cela peut devenir gênant d’être trop nombreux. Le nombre idéal est de 3, assez pour ne jamais s’ennuyer, trop peu pour se déranger mutuellement.

3 Préparez un itinéraire : Faites des recherches sur internet, recherchez les expériences partagées de voyageurs sur les forums, lisez des livres. Vous devez tout savoir sur le ou les pays que vous allez visiter, et choisir un parcours. Laissez libre cours à votre imagination une fois sur place, et improvisez. Mais vous devez vous assurer d’avoir une connaissance globale satisfaisante des régions que vous voulez visiter.

2 La destination : On est d’accord que la totalité de notre planète est à découvrir, mais par quoi commencer ? Je vous conseille l’Asie du Sud Est ou l’Amérique Latine ; si les billets d’avion sont relativement chers, la vie

4 Organisez-vous : La durée de votre voyage est importante à prendre en considération : allez-vous jouer les explorateurs pendant deux mois et visiter quatre pays, ou uniquement mettre les pieds à l’étranger et rentrer quinze Synapse N°4 Fev. - Mar. - Avr. 2013

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jours plus tard ? Cela influencera bien entendu le côté financier de la chose. 5 Etablissez un budget détaillé de votre séjour, en comptant hébergement (à vous de juger si vous voulez dormir dans des auberges à trois dollars la nuit ou dans des hôtels à soixante dollars), transport, nourriture, divertissement. Si vous êtes financés par papa et maman, exposez-leur votre budgétisation et croisez les doigts pour qu’ils vous en donnent encore plus. ;-) 6 Réservez votre billet d’avion : Essayez de vous y prendre le plus tôt possible, parce que les prix grimpent en flèche pendant les dernières semaines avant le départ. Un conseil, allez directement voir les compagnies aériennes, leurs prix sont de loin plus intéressants que ceux des agences de voyages. Si vous pouvez payer sur internet, ça vous fera économiser quelques centaines de dinars. 7 Renseignez-vous : C’est le moment d’approfondir vos connaissances sur le ou les pays que vous allez découvrir ; les religions pratiquées, la culture, l’histoire…Vous vous sentirez

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intelligent devant un bâtiment historique dont vous connaissez le passé. Essayez également de noter et d’apprendre quelques mots simples et pratiques dans la langue locale. 8 Faites vos bagages : Une liste détaillée de tout ce dont vous aurez besoin ne sera pas de trop. Prenez-vous à l’avance pour ne rien oublier : chapeau, médicaments (n’oubliez pas la chimioprophylaxie lorsque nécessaire, les antidiarrhéiques, les pansements et les compresses, réalisez une véritable trousse de premiers soins…), sac de couchage au besoin, etc. 9 Partez, et profitez au maximum : Essayez de ne pas penser à la médecine pendant votre séjour, cela vous reposera. N’oubliez pas qu’à partir de votre première année d’internat, vous n’aurez plus jamais de vacances d’été de toute votre vie. Alors, chaque jour compte pendant les vacances de l’externat ; emmagasinez des souvenirs et des expériences qui seront ancrées dans votre mémoire pour le restant de vos jours ! 10 N’oubliez pas de rester vigilants,

et de ne JAMAIS vous séparer de votre passeport et de votre argent durant votre séjour. Les conséquences peuvent être catastrophiques, je peux en témoigner. Quoiqu’on finit toujours par se débrouiller, quand on est aventurier dans l’âme… Par Khaled AMMAR


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C U LT U R E

SCHIZ’ART : INTERVIEW DI__ Z __ ONCTÉE AVEC __ Z __

Après huit longues heures de staff sur Skype, trois externes qui se prennent pour des psychiatres ont décidé d’hospitaliser le blogueur caricaturiste __z__ de Débat Tunisie.

1/ Présentez-vous à nos lecteurs. Je suis schizophrène. J’ai un dédoublement de personnalité. Je viens en consultation auprès de vous pour que vous m’aidiez Docteur.

2/ Pourquoi __z__ ? Car c’est la première lettre d’un grosmot. Mais aussi la première lettre du prénom de notre ancien dictateur. C’est vous dire combien je suis atteint et combien je cultive une obsession pour le tabou et l’interdit. C’est grave Docteur ?

3/ Mise à part la peur des représailles, pourquoi gardez-vous l’anonymat ? Que vous rapporte l’anonymat de plus ? L’anonymat me permet d’exprimer librement tout ce que la société nous intime de ne jamais exposer publiquement. C’est lâche, c’est facile certes, mais ça fait du bien.

4/ Vous êtes arrivé à maintenir l’anonymat depuis 2008 sans que personne n’arrive à percer votre mystère, quelle est votre recette ? Beaucoup saluent mon courage surtout sous Ben Ali. Mais ils se trompent complètement. Mon seul mérite est d’avoir su maintenir l’anonymat, sans évoquer mon activité secrète à mon entourage ni même à mes parents. C’est cette discipline militaire qui est la recette de mon anonymat.

5/ __z__ ado, ça donne quoi ? Ado boutonneux et bourré de complexes. Mais infiniment sensible à l’Art et surtout à la musique.

6/ Comment s’est fait la transition entre le mec qui gueulait sur “La Sebkha” et le révolutionnaire qui tournait en dérision ZABA ? Il n’y a pas eu de déclic pour passer de la Sebkha à ZABA.

«Mon projet était dès le départ destiné à enfoncer le bélier dans la gueule de ZABA.» La Sebkha était un terrain d’échauffement.

7/ Quelle est la différence entre l’architecte citoyen qui paie ses impôts et _z_ le caricaturiste déchainé qui se paye la tête de tout le monde ? Énorme justement. Je passe du flamant à l’âne. Ça donne le vertige. C’est pourquoi je suis venu en consultation Docteur.

Qu’a-t-il apporté à votre personnalité? Rien justement. L’anonymat fait barrage entre mes deux « moi ». Ce qui fait que mon moi quotidien ne profite pas de la personnalité déchaînée de l’autre moi. Et c’est quand même bien dommage. Ou peut-être pas.

8/ Est-ce que vous pensez qu’on a fait une révolution (sans blague) ?

On a fait une révolution psychologique. Nous avons eu notre crise d’adolescence. Nous avons fugué un soir de la maison. Maintenant nous avons des boutons. Partout. Mais il nous faut une nouvelle révolution. Elle s’exprimera peut-être à travers une rencontre amoureuse...

9/ Les “Ben Simpson” et la “femme de ménage”, des personnages qui représentent certaines catégories sociales tunisiennes et qui sont nés avec la révolution, sont assez récurrents dans vos caricatures. Comment voyez-vous les interactions entre les classes sociales tunisiennes ? Je suis un Ben Simpson. Depuis ma plus tendre enfance, mes parents faisaient souvent appel aux services d’une femme de ménage. Ont défilé dans le foyer familial des dizaines de « filles ». Très jeune déjà, j’ai eu l’intuition que malgré la langue commune que nous parlions, et malgré l’affection qui pouvait nous unir, une barrière s’élevait entre moi, « le Ben Simpson », et elle « l’étrangère » qui tenait le balai. Nous étions du même pays mais deux mondes nous séparaient. A l’extérieur, dans la rue, dans l’avenue, c’est pareil, mais sous d’autres formes : deux Tunisies se côtoient.

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10/ Une critique aussi bien soutenue et développée et un sens de l’observation très pointu ne tombent pas du ciel. Comment les avez-vous aiguisés ? Quelles étaient vos influences ? Je vous remercie docteur pour vos compliments très flatteurs mais que vous dire ? J’ai aimé la vie malgré mes boutons d’adolescent. J’ai eu foi en l’Homme par l’art et la musique. A 20 ans, je suis devenu très curieux et je lisais tout ce que qui me tombait entre les mains. Je n’ai jamais été, ni voulu être, un érudit. J’ai eu la chance de beaucoup voyager et de faire des rencontres enrichissantes. Je n’ai pas eu d’influences particulières. Je me nourris de tout.

11/ Pensez-vous qu’il y a une révolution culturelle qui est en marche? Oui, évidemment. Ce sont des phénomènes qui se jouent à long terme. Nous ne pouvons pas les observer à notre échelle. Mais il est évident qu’après notre crise psychologique de la révolution, nous sommes maintenant disposés à vivre le grand amour. L’expérience ultime de la réconciliation avec le corps.

12/ De tous les cons qui peuplent le monde Arabe, pourquoi ce point faible envers les wahha(petites)bites ? Car ce sont ceux qui nient le corps.

13/ Ghannouchi recevant une « gâterie » de la part de Marzouki...Considérez-vous que cela soit la bonne méthode pour sensibiliser les gens ? Vous ne pensez pas que cela puisse noyer le fond de vos critiques dans des considérations et des polémiques stériles ? Oui absolument. Ce n’est que par de tels dessins, que l’on « détaboutise » le corps. Quitte à ce que ce soit vulgaire.

Ceux qui déclenchent de telles polémiques ont un rapport d’adolescents avec leur corps. N°4 36 Synapse Fev. - Mar. - Avr. 2013

14/ Quel regard portez-vous sur _z_ depuis sa naissance jusqu’à aujourd’hui ? Et pensez-vous qu’il a encore de beaux jours devant lui? Je suis marié avec _z_. J’espère qu’il ne me trompera pas.

15/ Est-ce que vos parents seraient scandalisés si jamais ils découvrent que c’est vous __z__? Vous pensez à la réaction de vos parents, vos amis, votre moitié en dessinant un cheikh en train de se faire sodomiser ? J’ai présenté _z_ à mes parents le 15 Janvier 2011. Je les ai prévenus du comportement irrévérencieux qu’il pouvait avoir. Ils ont accepté le personnage et évitent d’émettre des critiques.

16/ Est-ce que vous irez un jour consulter chez le Dr. Moustapha Ben Jaafer ou le Dr. Moncef Marzouki ? Vous pensez que je suis malade à ce point Docteur ?

17/ Avouez que vous utilisez votre compte (et sa notoriété) pour draguer...? Avez-vous reçu des avances coquines...? Il doit surement bien chopper le petit _z_... Si jamais il me trompe je le tue.

18/ Le mot de la fin... La caricature de la fin... Faites-nous plaisir ! Êtes-vous sûrs que je suis _z_ ? Retrouvez __z__ sur http://www.debatunisie.com/

Par Khaoula BOUGHIZENE Laroussi SAULA Mehdi TEBROURI


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UNE CHANSON

S’en suit une longue complainte, mélodieuse et absorbante, ponctuée par cette question : « How does it feel ? » En fait, ça n’a rien d’une question ; Michael n’attend rien de son interlocuteur. Au contraire, il le défie. Il le défie de le sentir, de sentir sa douleur. C’est comme s’il nous disait : « Que savez-vous de moi ? Que savez-vous de ce que j’endure chaque jour ? » La question rhétorique, par excellence.

- Jackson n’est pas « étranger » au sens premier du mot (le clip n’est même pas tourné à Moscou), mais au sens qu’a donné Camus à ce terme. Michael est seul. Il est perché du haut de son balcon, au 5ème étage d’un prestigieux hôtel moscovite. Il voit les fans, tout en bas, minuscules. Ils scandent son nom, mais ils ne le connaissent pas, et n’ont aucune idée de qui il est vraiment. Il ne partage rien avec eux, si ce n’est une image de marque que tout le monde vend. Le ciel est gris, il pleut abondamment. Le temps à Moscou lui fait horreur. Alors il rentre dans sa chambre, et écrit et compose entièrement un chef d’œuvre. Il est l’étranger de Moscou. La chanson démarre avec une vague de pluie, un peu à la manière des vagues d’applaudissements qui précèdent les chansons de la légende Oum Kalthoum. Mais Michael est seul, c’est la pluie qui l’applaudit. Et c’est ce qu’il réussit brillamment à nous faire comprendre à travers cette chanson. Plus d’une dizaine d’instruments se sont alliés pour dessiner une fresque musicale, sans compter le meilleur des instruments, le plus poignant, la voix du King, qui alterne entre une paix renonciatrice et une intensité sans pareille. Après un silence annonciateur, la confession commence par un bruit semblable au B1 physiologique du cœur. Ce bruit se répète, et est suivi de son écho, encore un signe de solitude. On reconnait bien là le génie du King dans le beat-boxing. Intrigant, pour celui qui écoute pour la première fois.

Cette phrase se répète -je préfère parler de répétition plutôt que de refrain- en vain…Elle est à l’image de la vie, de cette monotonie qu’on subit chaque jour « On and on and on it came, and again and again and again… » Mais il renonce vite à obtenir une réponse et se remet à raconter ses maux, jusqu’à exploser à la fin de la chanson. Mêmes les enfants, avec qui le chanteur arrive d’habitude à communiquer, sont rejetés vers la fin, lorsqu’un enfant l’appelle « And a begger boy called my name » Eux non plus n’arriveront pas à comprendre. Personne ne le fera. Ensuite, vient l’apothéose : la partie instrumentale. C’est ici que la musique s’exprime vraiment, surpassant les mots dans la puissance et l’émotion. Quand on écoute ce passage, on ressent un tel apaisement, une telle liberté…C’est la liberté de la renonciation, du « plus rien à perdre », la plus parfaite de toutes. Car quand on est seul, plus rien ne nous retient, plus rien ne nous détient, et on est libre. Malheureusement, ce sont seulement 20 secondes d’extase, une extase que l’on retrouvera tout de même vers la fin, avec une autre escapade instrumentale. Le dénouement est beau, d’une beauté tragique. Michael Jackson n’en peut plus, il explose littéralement. Sa voix de ténor atteint une intensité effrayante, on a l’impression qu’il va cracher ses poumons. Je n’arriverai pas à décrire ce moment avec des mots, il faut tout simplement écouter. Il entreprend aussi une dernière tentative, désespérée, pour interpeller son interlocuteur, pour nous interpeller. Il tente de nous faire rendre compte que la solitude est un danger. Il hurle : « We’re talkin’ danger ! » Mais rien n’y fit. C’est la chute, et il est rat-

trapé par cette répétition, exprimée par le rythme de fond, implacable et infini. Les deux agents du KGB symboliseront ensuite cette froideur. Somptueux. On déplorera seulement la note d’anticommunisme primitif, encore à la mode en ce temps-là aux E-U, peu après l’effondrement de l’Union Soviétique, et surtout le fait que le King of Pop a chanté Stranger in Moscow en play-back ici, à Tunis. Mais pour le volet live, on retiendra surtout sa façon de danser, exclusive à cette chanson, rajoutant ainsi un autre instrument à la symphonie, le langage du corps. En totale improvisation. Pour l’art, pour la beauté, pour la perfection. Car c’est ce qui reste dans cette vie. Pour finir, trois conseils pour bien déguster : 1 Ecouter la chanson avec des écouteurs. 2 Ne pas regarder le clip, ni la version live, avant d’écouter la piste audio. Ce n’est pas qu’ils sont mauvais, bien au contraire. C’est juste qu’on est tous des étrangers au fond. Il faut donc imaginer cette chanson, et la vivre, à sa propre façon. 3 Si vous êtes d’humeur dépressive –car c’est la chanson de la dépression- et qu’il pleut dehors –car c’est aussi la chanson de la pluie- mettez-vous à la fenêtre, branchez vos écouteurs, et vous vivrez un grand moment d’émotion.

- « Take my name and just let me be », dit-il au monde entier, et surtout aux médias. Par Chedi MHEDHEBI

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UNE CHANSON, UN FILM, UN BOUQUIN…

STRANGER IN MOSCOW (1993) – MICHAEL JACKSON


UN FILM DJANGO UNCHAINED (2012) QUENTIN TARANTINO

Unchained. Déchaîné. A la fois libéré de ses chaînes et enflammé, endiablé, enragé. Un homme qui retrouve la liberté, un homme à la poursuite de ses tortionnaires. Un Western qualifié de « spaghetti » par Tarantino, dans lequel l’Amérique est face à ses déboires passés, un sujet de honte pour certains, une des nombreuses erreurs de l’humanité dans tous les cas : l’esclavage. Les scènes se déroulent dans un Wild West horrible, où le sang coule à flot, où l’homme fouette l’homme pour son bon plaisir, où la seule loi qui règne est celle du blanc ignorant et engraissé, plus proche de la bête que de l’Homo sapiens.

N°4 38 Synapse Fev. - Mar. - Avr. 2013

Tarantino fait de son œuvre un paradoxe entre surréel et éthique, ponctué d’un délire méticuleux et vindicatif. Il s’agit là plus de l’histoire des « blancs » que celle des « noirs », puisque ces derniers ne retrouvent leur liberté que grâce aux premiers, un peu comme un acte de repentir, histoire de défaire ce qui a été fait. Le scénariste et réalisateur n’hésite d’ailleurs pas à y inclure des anachronismes, trop tenté par l’opportunité de scrupuleusement ridiculiser le Ku Klux Klan une bonne décennie avant sa formation, mais après tout, l’Homme n’en n’était déjà plus à une absurdité près. A la fois brutal, éveillé, drôle et violent, il n’en est pas moins un Western illustrant le prix de la liberté, qui n’est que celui du sang et de la chair, le tout toujours avec style.

Par Mona CHEBAANE


MAGAZINE DES ÉTUDIANTS DE LA FACULTÉ DE MEDECINE DE TUNIS

UN BOUQUIN

C’est en fait l’illustration même de la peur : peur de perdre le contrôle d’un peuple éveillé, qu’il faut alors à tout prix sédater. Big Brother représente le culte de la personnalité, et pourtant son existence n’est même pas certaine. Le Parti au pouvoir prétend agir pour le bien de tous, dirigeant l’Etat de l’Océanie via ses différents ministères (c’est là que l’on peut pleinement apprécier la plume satirique Orwellienne dans toute sa splendeur) : le Ministère de la Vérité gère la propagande et le révisionnisme, le Ministère de l’Amour s’occupe de la torture et du lavage de cerveau, la famine et les pénuries sont contrôlées par le Ministère de l’Abondance, et c’est celui de la Paix qui supervise la Guerre. Le protagoniste, Winston Smith, fonctionnaire au Ministère de la Vérité chargé de falsifier l’Histoire et d’en effacer ceux qui gênent cette version approuvée en en faisant des «non personnes », symbolise la rébellion : il commence par tenir un journal où il ose exprimer son opinion négative du Parti, montre une curiosité croissante pour le vrai passé, prenant le risque de se faire attraper par la Police de la Pensée, et, peut-être pire encore, il tombe amoureux. Arme ultime, l’espoir. Parce que deux « criminels de la pensée » qui comprennent qu’un régime dont le slogan est « WAR is PEACE, FREEDOM is SLAVERY, IGNORANCE is STRENGTH* » ne peut être qu’un régime de brutes, de truands. Ça ne peut être que le régime d’un peuple humilié et diminué : une révélation que ne pourront ignorer leur amour propre et leur fierté d’Hommes.

1984, beaucoup plus une prophétie qu’un roman. Le récit visionnaire d’un écrivain conscient des hommes de son temps, de ce dont ils sont capables. Pour Orwell, le verre n’est ni à moitié plein, ni à moitié vide : il est rempli d’eau et d’air ; c’est dire le réalisme avec lequel il décrit l’avenir d’un monde où la dictature, la ségrégation, l’extermination et la terreur s’installent dans la vie d’êtres dépourvus de la

moindre liberté, de ce fameux libre-arbitre qui définissait l’humain. « Big Brother is watching you », une entité omnisciente, un œil omniprésent à la limite de la divinité, qui régit le moindre geste du citoyen docile au point de lui faire croire que ses pensées sont aussi à nu que son corps drainé de toute volonté. C’est une allégorie du totalitarisme qui guettait une population encore inconsciente en 1949.

Trahison, tortures physique et psychologique, fausses confessions, terreur, tous les ingrédients du totalitarisme sont mis en œuvre afin de suivre méticuleusement la recette de la déshumanisation de l’individu et le piller de tout ce qui lui est propre pour en faire un pantin désarticulé et inanimé. * La Guerre est Paix, la Liberté est Esclavage, l’Ignorance est Force. Par Mona CHEBAANE

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UNE CHANSON, UN FILM, UN BOUQUIN…

1984 (1949) GEORGE ORWELL


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