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Franรงais

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English


Amandolier, la force de l’art

Amandolier, the strength of art

C’est à une quadruple noce que nous convie l’immeuble « Amandolier ». Mariage de la forme et de la fonction, de l’enveloppe et du contenu, de l’intervention architecturale et de l’environnement végétal, de l’art et de l’urbanisme. On devrait écrire : union de la lumière et du végétal, de l’administratif et de l’onirique, de la passion et de la raison, du mécénat et de l’espace public ? A moins que l’on ose insinuer : rencontre des créateurs et des greffiers, de la rigueur technique et de l’invention, du geste gratuit et de la rentabilité, de l’imagination et du pragmatisme ? « Amandolier » est un peu tout cela.

The building « Amandolier » invites us to a foursome nuptials involving form and function, outward appearance and content, architecture and vegetation, art and town planning. One should perhaps add : union of light and vegetation, administration and dreams, passion and reason, private funding and the public realm. Unless we went so far as to suggest : encounter of artists and clerks, technical rigor and invention, gratuitousness and profitability, imagination and pragmatism ? « Amandolier » is a little of all that.

Genève, cité de Calvin brûlant Servet et de la banque comptant ses sous, fut aussi la patrie d’humanistes qui finirent ruinés par excès de bonté. Notre époque a hérité des uns et des autres ; aujourd’hui, il n’est plus interdit d’aimer la beauté, ni de le montrer. Il est possible de concilier la gestion d’entreprise

Geneva, the town where Calvin burned Servet and banks count their pennies, was also home to humanists whose excessive goodness ruined them. Our times inherit from both ; nowadays it is no longer forbidden to love beauty nor to show it. It is possible to reconcile managerial ex3


et la sensibilité urbanistique. Au-delà des normes, des alignements, des procédures et des rendements au mètre cube, certains – souvent opiniâtres – ont soif d’originalité contemporaine.

pertise with sensitivity to town planning. Beyond norms, adjustments, procedures and returns on the cubic meter, some, often stubborn, people, strive at contemporary originality.

Sur le berceau d’« Amandolier » se sont penchés, non point des fées, mais des créateurs de modernité, au sens fécond du terme. Comparé à un petit d’homme, un immeuble a l’avantage – ou le défaut – de grandir vite et de rester en place. On peut à l’envi le façonner et lui conférer des caractéristiques qui lui éviteront l’anonymat grisâtre qui convient si peu à un bâtiment, tout comme à un être humain – et pourtant, beaucoup de spécimens des deux catégories s’en contentent bon gré mal gré. On croirait même que tout est fait pour cela, mais c’est un autre débat.

Not good fairies, but creators of modernity in the fruitful sense of the word, bent over the cradle of « Amandolier ». Compared to a human child, a building has the advantage, or disadvantage, of growing up fast and staying in place. It can be shaped at will and endowed with features which move it away from the grayish impersonality that is so unbecoming in a building, as it is in a human being – and yet, many members of both species are content with it willynilly. One might even imagine that everything is designed just for that ; but that is a different story.

« Amandolier », lui, a délibérément reçu mission de se distinguer. Par son architecture de transparence, par ses façades

As for « Amandolier », its mission is to distinguish itself. Before its transparent architecture, its façades of

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de lumière, par son aménagement enchâssé d’œuvres d’art, par l’environnement imaginé lui aussi comme la création d’un artiste, à tel point que les grincheux, les fâcheux, les bureaucrates, les quérulents, les gratte-papiers, les passéistes et les séides des nains de jardin se sont inclinés, presque de bonne grâce.

light, its furnishings which include artworks, its environment imagined likewise as an artist’s creation, even the cranky, the bores, the bureaucrats, the complainers, the penpushers, the backward-looking and the devotees of garden dwarfs, were forced to nod in appreciation, almost with good grace.

L’immeuble matérialise une transition : il se situe au croisement du grand axe transfrontalier que constitue la route de Chêne et de l’avenue de l’Amandolier, intégrée dans la ceinture urbaine moyenne de Genève. Il symbolise aussi le passage d’une texture d’habitat à une autre : sur un flanc dominent les villas ; sur l’autre, sauf exceptions isolées, ce sont des immeubles de haut gabarit.

The building represents materially a transition : it stands at the crossing of the route de Chêne, the main road that crosses the border into France, and the avenue of l’Amandolier, inserted in the medium town belt of Geneva. It also symbolises the passage from one type of habitat to another : on one side, villas predominate ; on the other, buildings of all shapes and sizes, but for some exceptions.

« Amandolier » a été pensé, construit, doté et encadré dans un seul élan, une seule ambition : témoigner d’un art de vivre et de travailler dans un contexte qui invite à

« Amandolier » was thought out, built, endowed and framed in one single leap, with one single goal in mind : to bare witness to a way of 5


méditer Vitruve (24 av. J.-C.) : « L’architecture est la mère, la synthèse de tous les arts ».

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living and working, in a context that invites us to meditate over the phrase by Vitruvius (24 BC) : « Architecture is the mother and the synthesis of all arts. »


Un Jardin évolutif

An evolutive Garden

Dominant la route de Chêne, l’élégante structure cubique d’« Amandolier » émerge de ce qui apparaît de prime abord comme un jardin foisonnant de verdure, agrémenté de grandes poussées de bambou ou de jonc, mais s’avère bien vite le résultat stupéfiant d’une création humaine, où l’architecte-paysagiste est parvenu à canaliser la fougue de la végétation sans la domestiquer bourgeoisement, et à conjuguer plantations, figures métalliques, schiste noir et vapeur d’eau en une véritable symphonie sans cesse réinventée, générant ses propres variations. Mis à la disposition du public, ce Jardin hors du commun a vite trouvé ses « aficionados », devenant un pôle d’attraction pour les esthètes de tout âge, souvent venus de loin pour en goûter le charme contemporain.

Overlooking the route de Chêne, the elegant cubical structure of « Amandolier » rises out of what appears to be at first a garden teeming with greenery, embellished with shoots of bamboo or rush ; but which turns out to be an astonishing man-made creation, where the architectlandscaper has managed to tame the wild vegetation, without however domesticating it in a bourgeois manner, and combine plants, metallic figures, black schist and water vapour to compose an ever-changing symphony which generates its own variations. Open to the public, this unusual Garden soon found its « aficionados », becoming a pole of attraction for aesthetes of all ages, often come from afar to enjoy its contemporary charm.

L’agence parisienne TER, sélectionnée à l’issue d’un concours international, a établi ici un « prototype de parc public artistique

The Parisian agency TER, after being selected through an international contest, created here a « prototype of the 7


contemporain », unique en son genre et répondant au concept de « Floor Works », pendant extérieur des « Wall Works », œuvres d’art murales ornant les étages de l’immeuble et dont il sera question ci-après. Matières industrielles, végétales et minérales forment un tout, harmonieux autant que sauvage, encadrant le bâtiment épuré comme le ferait une corolle striée de noir, de feu et de sinople. Le grand rectangle du Jardin de l’Amandolier – tel que l’a baptisé la population qui, on l’a dit, se l’est vite approprié – est traversé par un chemin cycliste et piétonnier. Recouvert de plaques en acier corten séparées par des élancées rectilignes de schiste noir. Certaines plaques semblent laisser échapper des personnages stylisés qui exécutent un vaste ballet ; formes et postures sont variées, mais l’effet d’ensemble est rendu par un point culminant identique. D’autres créations, d’autres créatures d’acier corten jouent le rôle de fauteuils 8

contemporary artistic public park » which is unique of its kind and corresponds to the « Floor Works » concept, the exterior equivalent of the « Wall Works », mural artworks which adorn the floors of the building and which will be mentioned later. Industrial, vegetal and mineral matter form a whole, at once harmonious and wild, which envelops the simple lines of the building as would a black, fire and sinople striped corolla. A path for pedestrians and cyclists crosses the big rectangle of the Amandolier Garden – as christened by the population, who, as we have said, soon made it its own. The walkway is covered with plaques of Cor-ten steel separated by lines of black schist. Some of these plaques seem to let stylised human figures escape from the ground and perform a vast ballet ; the forms and the postures are varied, but the total effect is rendered by an identical climactic point. Other


ou de bancs. Le corten est un matériau encore mal dompté, et cette relative incertitude ajoute au sentiment d’audace conceptuelle de ce jardin-œuvre d’art. Le fil du temps et la corrosion donnent au corten sa teinte flamboyante incomparable, tandis que la nature reprend ses droits par l’entremise de graminées et de plantes vivaces florifères prenant racine dans des interstices ménagés dans le sol, les espèces caduques et sans cesse renouvelées côtoyant les bataillons hirsutes de clématites et autres grimpantes qui partent durablement à l’assaut des tuteurs d’acier.

creations, other creatures of Cor-ten steel play the parts of armchairs and benches. Cor-ten is an as yet untamed material, and this relative uncertainty adds to the sense of conceptual audacity of this garden-work of art. Time and corrosion give the Cor-ten its incomparable flamboyant tinge, while nature regains its rights by letting grasses and flowering perennials take root in the cracks made in the ground, deciduous species thriving alongside hirsute crowds of clemates and other climbing plants that assail the steel tutors.

Un tapis de fougères, sur le pourtour du Jardin, et diverses variétés d’érables dont le jeu subtil des feuillages et des écorces a fait l’objet d’une réelle scénographie servent d’écrin à cet ensemble que les saisons et les années feront indéfiniment changer d’allure. Au cœur même de la ville, parmi les structures géométriques donnant l’illusion de la durée, plantes et arbres reprendront leur

Several varieties of maples, the subtle play of whose foliage and barks is deliberately staged, and a carpet of ferns surrounding the Garden, encase the whole, which the seasons and the years will indefinitely modify. At the heart of the city itself, among the geometrical structures that give the illusion they will last forever, the plants and the trees will reclaim their 9


liberté, ennoblissant une barrière par un mur végétal, illuminant de couleurs automnales ou stimulant de vigueur printanière le paysage urbain. Par contagion, les variations de teinte du corten flamboyant ou serein paraissent participer de ce ballet naturel, paradoxalement éphémère autant qu’interminable. Ce Jardin vivant rend aussi hommage à l’eau, mère de toute existence, au travers du nuage de brouillard fugace ou insistant qui se forme au-dessus du toit du parking souterrain, lui aussi revêtu d’acier corten et muni de buses de condensation. Parfois envahissante, parfois suggérée, cette brume constamment changeante symbolise bien la maîtrise tentée par l’homme et la liberté reprise par les éléments.

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freedom, adorning a fence with a vegetal wall, illuminating the urban landscape with autumnal colors or stimulating it with springtime vigour. Mimetically, the shifts in colour of the flamboyant or serene Cor-ten seem to take part in the natural ballet, paradoxically ephemeral as well as without end. This living Garden pays also homage to water, the mother of all existence, through the cloud of fleeting or persistent mist which forms above the roof of the underground parking, clothed in Cor-ten steel and equipped with condensation ducts. Sometimes invasive, sometimes suggested, the ever-changing mist aptly symbolises mankind’s intended mastery over the elements, and the way these eventually reclaim their freedom.


Architecture, miroir de l’âme Les façades toutes de verre et d’aluminium d’« Amandolier », au-delà de la prouesse technique qu’elles impliquent, donnent à l’immeuble la faculté insolite de concilier l’inconciliable : à la fois dominateur et transparent, il fascine le regard tout en reflétant la vie urbaine qui l’environne. L’architecte Fabio Fossati est parvenu à créer un cube translucide doté d’une forte personnalité architecturale. Dissimulant les imposants dispositifs techniques assurant le contrôle de la température dans l’édifice et l’éclairage des façades, le concepteur genevois a obtenu sur les quatre parois extérieures un effet de continuité, d’unité sans faille, tandis que l’immeuble semble jaillir du sol en une évidence altière. A l’instar du Jardin de l’Amandolier, l’immeuble à la fois transparent et miroir de la vie alentour offre un visage différent à chaque instant, reflétant nuages, couleurs et mouvements dans une représentation ciné-

Architecture, the mirror of the soul The glass and aluminum sides of « Amandolier », beyond the technical prowess they imply, give the building the uncanny ability to reconcile the unreconcilable : it is at once domineering and transparent, it fascinates the gaze, while reflecting the urban life all around it. Genevan architect Fabio Fossati succeeded in creating a translucent cube endowed with a strong architectural personality. While concealing the extensive array of technical devices that control the temperature and the lighting, he achieved on all four exterior walls an effect of continuity, of faultless unity, while the building seems to rise from the ground in unquestionable majesty. Like the Garden of l’Amandolier, the building mirrors life all around, thus offering something different at every instant, reflecting clouds, colours and movements in a 11


matographique ininterrompue. Le spectacle dont la nature et l’activité humaine restent les seuls et féconds scénaristes ne saurait s’interrompre avec la tombée de la nuit. Celle-ci apporte au contraire à « Amandolier » une nouvelle vie, grâce au talent de l’architecte-éclairagiste Simon Simos. Chacune des 340 fenêtres de l’immeuble est en effet équipée d’un système de tubes néon de couleur rouge, verte et bleue. Les stores en toile, qui assurent sagement leur office de protection durant les jours ensoleillés, servent de support, dès la nuit survenue, à la réflexion de la lumière des néons. Le flux lumineux de chaque tube, géré par un système électronique qui peut être lui-même commandé par un simple ordinateur, permet d’obtenir la quasi-totalité des couleurs perceptibles par l’œil humain. De réels scénarios de jeux de couleurs et de lumières sont ainsi élaborés, et une variété infinie de tableaux lumineux sont exécutés chaque nuit. 12

seemless movielike performance. The spectacle, in which nature and human activity remain the sole (and prolific) scriptwriters, could hardly be interrupted by nightfall. Evening gives « Amandolier » a new life, thanks to the talented architect-lighting designer Simon Simos. Each of the 340 windows of the building is equipped with a system of red, green and blue neon lights. The canvas blinds, that wisely provide protection from the sunlight in the daytime, serve as a support, when night falls, for the reflexion of the neon lights. The luminous flux of each tube, engineered by an electronical system that can be controlled in turn by a simple computer, makes it possible to obtain almost the whole gamut of colors perceptible by the human eye. Genuine scripts of colour and light games are thus elaborated, and an infinite variety of light tableaux is performed every night. Subdued and


La lumière, tamisée et modulée par l’épaisseur du verre et la texture du support, apparaît au spectateur extérieur comme un séduisant pastel. L’immeuble semble baigner dans une irréalité irisée.

modulated by the thickness of the glass and the texture of the support, the light appears to the onlooker outside like a seductive pastel picture. The building seems to bathe in an unreal iridescence.

Fondé sur un logiciel d’éclairage destiné au théâtre, ce dispositif permet aux créateurs contemporains d’utiliser la lumière comme mode d’expression de leur art. « Amandolier », à l’image de quelques (trop) rares bâtiments dans le monde, forme ainsi la toile à la fois virtuelle et tangible d’œuvres éphémères… que l’on peut reproduire et varier à l’infini.

Based on a lighting software designed for the theatre, this device enables contemporary creators to use the light as a medium for their art. Like a few (too) rare buildings in the world, « Amandolier » thus serves as a canvas for both virtual and tangible, ephemeral artworks… that can be indefinitely reproduced and varied.

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Efficience

Efficiency

« Amandolier », œuvre d’art protéiforme, est aussi et avant tout un immeuble administratif de haute fonctionnalité. Le plan carré du bâtiment, sur sept niveaux, un attique et trois sous-sols (abritant des dépôts et le parking), offre 7000 mètres carrés de bureaux. La répartition des surfaces est d’une sobre intelligence : au centre, une double cage d’escalier, trois ascenseurs, les sanitaires, la cuisine et un local d’archivage. Tout autour, un couloir d’accès aux bureaux disposés en façade et aux zones ouvertes de secrétariat. Etudiés pour faciliter l’exercice d’activités du secteur tertiaire, les étages offrent chacun une vingtaine de bureaux et quatre espaces de secrétariat. L’attique, légèrement en retrait, comprend des salles de conférence et donne accès à la grande terrasse offrant une vue impressionnante sur la ville de Genève. Nombre de regards se porteront cependant sur le fascinant spectacle, quotidiennement nouveau, du

« Amandolier », a protean artwork, is also and above all a highly functional administrative building. Its squareshaped layout, its seven levels including an attic and three basements (that contain warehouses and a parking lot), offer 7000 square meters of office space. The distribution of the areas is sparingly intelligent ; at the center, a double staircase, three elevators, restrooms, a kitchen and open secretariat zones. Studied in order to facilitate the pursuit of activities in the tertiary sector, the floors have room for twenty offices and four secreteriat areas each. The attic, somewhat in the background, contains conference rooms and leads to the large terrace which offers an impressive view over the town of Geneva. However, many a gaze lingers over the fascinating, daily changing spectacle of the moving Amandolier Garden.

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Jardin mouvant et émouvant de l’Amandolier. L’agrément et l’efficience des espaces de travail semblent évidents lorsqu’ils n’appellent que peu de commentaires : tel est le cas d’« Amandolier », dont les utilisateurs apprécient la luminosité exceptionnelle et la logique évidente de la répartition des surfaces, génératrices de confort et de productivité.

The pleasurableness and efficiency of the work areas become evident when they call for little commentary ; this is the case with « Amandolier », whose users appreciate the well-lit and logically organised work space, affording comfort and productivity.

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Turrell et les « Wall Works »

Turrell and the « Wall Works »

L’ambition du maître de l’ouvrage, faire de l’immeuble « Amandolier » et de son Jardin l’emblème d’une architecture fonctionnelle sur le plan économique et simultanément au service des formes les plus imaginatives de l’art contemporain, a indéniablement été assouvie. L’immeuble est en effet, du sous-sol au faîte, un présentoir et un réceptacle d’œuvres significatives d’artistes qui ne le sont pas moins.

The ambition behind the project has undeniably been attained, which was to make of the « Amandolier » building and its Garden the prototype of an economically functional architecture, and at the same time serve the most imaginative forms of contemporary art. The building displays and houses, from basement to rooftop, significant works by artists who are significant as well. As we said, the building and its environment are alive.

On l’a dit, l’immeuble et son environnement sont vivants. L’art contemporain, ici, l’est aussi. Loin des musées, fussent-ils « branchés », et des collections jalousement préservées des regards béotiens, les œuvres installées au 30, route de Chêne partagent et ennoblissent l’existence de celles et ceux qui ont la chance de les côtoyer.

Contemporary art comes alive here too. Far from museums, even faddish ones, and private collections jealously kept out of sight from the outsider, the artworks housed at 30, route de Chêne share and enrich the lives of those who are lucky enough to encounter them.

A gauche de l’entrée principale, une petite porte anodine donne accès à une expérience artistique unique. Il s’agit d’une

To the left of the main entrance, a small inconspicuous door gives access to a unique artistic experience : an

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installation du grand artiste américain James Turrell, démiurge de la lumière, qu’il traite comme un matériau artistique, avec toujours plus d’audace et de talent, depuis une quarantaine d’années. L’évolution technologique ayant eu le bon goût d’accompagner le parcours de création de Turrell, l’artiste est passé de la représentation de formes lumineuses à de véritables « mises en présence de la lumière ». Turrell – qui revendique sa double appartenance à la culture scientifique et à ses racines de quaker recherchant la « lumière intérieure » a réalisé en 2000 cette œuvre, intitulée Coconino, p. 81 (du nom d’un Comté d’Arizona où Turrell « met en scène » le ciel nocturne au-dessus d’un volcan). Il s’agit d’une pièce dans laquelle on pénètre prudemment, muni de pantoufles. Un dispositif de tubes néon, dans le plancher et le plafond, enveloppe le spectateur de lumière bleue. Il est impossible de savoir où commencent et où finissent les murs, et les

installation by the great American artist James Turrell, demiurge of the light, which he has been treating like an artistic material with increasing boldness and talent for forty years. As the evolution of technologies has luckily gone along with Turrel’s creative path, the artist has gone from representing luminous forms to genuine « presentifications of the light ». Turrell – who claims he is inspired both by the culture of science and by his roots as a quaker seeking the « inner light » - created in the year 2000 this work, named Coconino, p. 81 (after the name of a county in Arizona where Turrell « stages » the night sky over a volcano). The visitor enters a small room, cautiously and with slippers. An array of neon tubes, between the floor and the ceiling, envelops the spectator in a blue light. It is impossible to tell where the walls really start, as all spatial markers are abolished. Communing almost 17


repères spatiaux sont abolis. En communion, presque forcée, avec la lumière, le visiteur est réellement saisi d’émotion et, en fonction de sa propre sensibilité, prolongera l’expérience en demeurant immobile, tentera de s’appuyer contre une paroi invisible pour reprendre pied ou se laissera aller à la méditation. Pour peu qu’on ait assisté aux compositions lumineuses de la façade durant la nuit, et bien que celles-ci ne soient pas liées à l’œuvre du célèbre Américain, on pourra ressentir l’étrange impression d’être « absorbé » par l’immeuble, tant il paraît matérialiser la lumière.

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forcedly with the light, the visitor is really taken by the experience and, depending on her sensitivity, will make it last by staying still, will try to lean against an invisible wall to keep her foothold or will give herself up to meditation. Anyone who has attended the luminous compositions on the outside, and although they are not related to the work of the famous American, will have the strange impression of being « absorbed » by the building, so strong is the sense that it materializes the light.


Le trésor du 30 Outre l’installation de James Turrell, l’immeuble « Amandolier » a intégré le concept de « Wall Works », des œuvres créées pour être installées sur les murs de locaux où l’on vit, où l’on travaille, et qui rejoignent ainsi non seulement la réalité concrète de l’architecture (l’architecte invente, d’autres bâtissent son œuvre, d’autres encore l’habitent ou l’utilisent), mais aussi la fonction ancienne de l’œuvre d’art, qui s’appliquait jadis directement sur les murs, avant d’être enfermée durant des siècles entre les baguettes de cadres étouffants. Après tout, les peintures rupestres, les fresques religieuses, les mosaïques romaines n’étaient pas destinées à être cataloguées et placées dans les vitrines de musées. Les « Wall Works » sont donc des œuvres d’art – peinture, photo, vidéo, reliefs, néons, etc. – que l’on va reproduire, en nombre limité ou parfois à un seul exemplaire, sur des

The treasure of 30 route de Chêne Besides James Turrell’s installation, the « Amandolier » building has integrated the « Wall Works » concept, artworks created to be placed on the walls of living and working areas ; thus, they not only correspond to the living reality of architecture (the architect invents, others build the work, others live in it or use it), they also recall the ancient function of artworks, that would be exposed directly on walls before they were enclosed in frames. After all, cave paintings, religious frescoes and roman mosaics were not meant to be catalogued and kept in museum showcases. The « Wall Works » are therefore works of art – paintings, photos, videos, reliefs, neons, etc. – that are reproduced in a limited number or sometimes in only one copy, but endowed by essence with unique properties. 19


murs correspondant aux prescriptions minimales de l’artiste, mais présentant par essence des caractéristiques uniques. Ce concept, développé notamment par les Edition Schellman, a séduit toute une série de grands créateurs. Leurs œuvres, au lieu d’une réalisation forcément provisoire dans une salle d’exposition, bénéficient ainsi d’une implantation concrète dans des lieux de vie. Désormais, même multiples et différentes, elles font corps avec l’immeuble, participant d’une seule et même création. Ces épousailles entre chaque œuvre et son support immobile, et audelà entre l’art et l’architecture, prennent des proportions considérables à « Amandolier », en raison du nombre et de la qualité des installations. L’œuvre de l’artiste allemand Gerhard Merz, Sans titre (1994), p. 86, orne le premier sous-sol de l’immeuble. Pas moins de 180 tubes néons blancs sont alignés verticalement sur le mur, formant une frise lumineuse intense. Auteur 20

This concept, developed notably by the Edition Schellmann, appealed at once to several great creators. Instead of enjoying necessarily temporary visibility in an exhibition hall, these works are durably implanted in living areas. Although they are many and different, they become one with the building and take part in the same creation. These nuptials between each work and its immobile support and, beyond that, between art and architecture, take on considerable proportions at « Amandolier », because of the number and the quality of the installations. The work of German artist Gerhard Merz, Untitled (1994) p. 86, adorns the first basement of the building. No less than 180 neon white tubes are aligned vertically against the wall, thus forming an intense luminous frieze. The author of a great number of monochromes conceived as complements to architecture, Merz started a few years ago


d’un grand nombre de monochromes conçus comme compléments architecturaux, Merz a entrepris depuis quelques années d’explorer les possibilités de mise en valeur des espaces par un surdimensionnement interpellant de l’éclairage. Projetant la lumière au travers d’une forme horizontale indéfinie, les néons rassemblés ici évoquent les principes de Mies van der Rohe et l’art conceptuel des années 70 et 80. Outre l’impressionnante installation de James Turrell, par la force des choses plus intimiste, le rez-de-chaussée inférieur d’« Amandolier », qui est aussi l’entrée principale du bâtiment, intrigue le visiteur confronté à la projection vidéo, The Way of All Flesh (Sugar) de Tony Oursler, (1998),p. 88. Cet artiste newyorkais travaille avec des installations multimédia et vidéo, à travers lesquelles il questionne les rapports complexes que chaque être humain entretient avec la société qui l’entoure et dont il est, en quelque sorte, le produit. L’artiste présente ici

to explore the possibilities of highlighting the spaces with overemphatic lightings. These neons that project the light through an indefinite horizontal shape recall the principles of Mies van der Rohe and the conceptual art of the 70’s and 80’s. Necessarily more intimate than James Turrell’s impressive installation, the lower part of the ground floor of « Amandolier », which is also the main entrance of the building, intrigues the visitor by confronting him with the video projection of Tony Oursler’s, The Way of All Flesh (Sugar) (1998), p. 88. The New-York artist works with multimedia and video installations, through which he questions the complex relation between each human being and the society of which he is a product. Here a bee gathering pollen, there worms writhing in their natural environment : the gigantism of the representation brings out the seemingly futile but im21


une abeille butinant, là des vers de terre se contorsionnant dans leur environnement naturel. Le gigantisme de la représentation met en exergue l’agitation, apparemment futile mais immémoriale, de la nature, et nous renvoie à nos propres frénésies. Le rez-de-chaussée supérieur présente Affresco-5 (1998), p. 92, de Michelangelo Pistoletto. Cet artiste de la mouvance Arte Povera propose une surface murale peinte en jaune qui intègre cinq parties d’un miroir éclaté depuis le centre aux quatre angles du mur. L’image du spectateur se reflète dans les bouts de miroir et pénètre ainsi dans l’espace mural. Le miroir prolonge l’espace et se l’approprie de façon fragmentaire, un peu comme dans un processus de fragmentation cellulaire. Ces jeux de reflets répondent en outre à ceux qui naissent spontanément dans les façades du bâtiment. Au premier étage, l’œuvre Sans titre, (1992), p. 94, de l’artiste américain Donald Judd, un 22

memorial agitation of nature, and echoes our own frenzied lives. On the upper ground floor we find Affresco-5 (1998), p. 92, by Michelangelo Pistoletto. This artist of the Arte Povera movement proposes a yellow mural painting that integrates five parts of a shattered mirror at the four angles of the wall. The spectator’s image is reflected in pieces of the mirror and thus goes into the wall space. The mirror prolongs the space and takes it over in a piecemeal manner, somewhat like in a process of cellular fragmentation. Moreover, its play of reflexions corresponds to those that appear spontaneously on the outside of the building. On the first floor, the work Untitled by the American artist Donald Judd (1992), p. 94, one of the vanguards of minimal art, is made up of two identical niches installed in the wall. The background is covered with green plexiglas.


des piliers de l’art minimaliste, est constituée de deux niches de dimensions identiques installées dans le mur. Le fond est recouvert de plexiglas vert. L’artiste, décédé en 1994, accordait une grande importance aux proportions et dimensions des niches, qui mesurent toujours 50 x 75 x 25 cm, ainsi qu’à leur emplacement sur le mur. Un calcul minutieux permet de créer une harmonie et une unité spatiale et visuelle. Vu l’économie des moyens utilisés, c’est la proportion en tant que concept artistique et architectural qui est le sujet du « Wall Work ». Celui-ci pourrait également être perçu comme une sculpture en négatif, pour laquelle la profondeur du mur servirait d’espace environnant. « La qualité essentielle des formes géométriques vient de ce qu’elles ne sont pas organiques, à la différence de toute autre forme dite artistique », disait Judd. Au deuxième étage, l’artiste coréen Nam June Paik est représenté par le « Wall Work »

The artist, who died in 1994, gave a lot of importance to the proportions and dimensions of the niches, which always measure 50 x 75 x 25 cm, as well as to their place in the wall. A detailed calculation makes it possible to create a spatial and visual harmony and unity. Because of the sparse means employed, proportion as an artistic and architectural concept is the subject of the « Wall Work ». It can also be perceived as a negative sculpture, where the depth of the wall serves as an environing space. Judd used to say : « The essential quality of geometric shapes comes from their not being organic, unlike all other forms said to be artistic. ». On the second floor, Corean artist Nam June Paik is represented by the « Wall Work » I never Read Wittgenstein (1998), p. 96. It is a mural painting that reproduces the seven cathode tubes. Four old televisions from years 1930-1950 are installed in 23


I never Read Wittgenstein (1998), p. 96. Il s’agit d’une peinture murale reproduisant les sept barres cathodiques. Quatre vieux téléviseurs des années 1930-1950 sont installés dans les coins, dos contre le mur. A l’intérieur sont montés des dispositifs modernes diffusant des vidéos jouant sur les couleurs des barres cathodiques. Nam June Paik est un des premiers artistes à avoir exploré les potentiels de l’art vidéo et des installations avec des téléviseurs. Son installation assemblant 1000 téléviseurs pour les J.O. de Séoul en 1988 l’a imposé au grand public. Au troisième étage, une œuvre de l’artiste allemand Günter Förg, Wall Partition (19881996), p. 96, divise, comme son nom l’indique, le mur en deux moitiés, horizontalement. Le haut est peint en orange, le bas en rouge. Au centre, avec un grand respect des proportions, est installée une photographie encadrée représentant un immeuble d’avant-garde moscovite dû à l’architecte Kon24

the corners, their backs facing the wall. Modern devices project videos that play on the colors of the cathode tubes. Nam June Paik was one of the first artists to explore the potentials of video art and installations with televisions. He was made known to the public through his installation that brought together 1000 televisions for the Seoul Olympic Games of 1988. On the third floor, a work by German artist Günter Förg, Wall Partition (1988-1996), p. 96, divides the wall, as its name indicates, horizontally in two halves. The upper part is painted orange, the lower red. A framed photograph representing an avant-garde moscovite building by the architect Konstantin Melnikov is set in the centre with a great care for proportions. The painting matches the wall and refers to the formal language of « color field » artists such as Ad Reinhardt and Barnett Newman. The photograph,


stantin Melnikov. La peinture épouse le mur et se réfère au langage formel des artistes du « color field » tels que Ad Reinhardt et Barnett Newman. La photographie, jouant sur son mimétisme avec la réalité, perturbe la planéité du mur en l’ouvrant vers l’extérieur. Le contraste qui s’installe entre le plat coloré de la peinture et la tridimensionnalité visuelle noir/ blanc de la photographie nourrit l’œuvre de Günter Förg. Au quatrième étage, le Wall Drawing (1992), p. 98, de l’américain Sol LeWitt incarne parfaitement sa vision de l’art. Pour lui, c’est le concept qui constitue l’aspect le plus important du travail. En l’occurrence, il propose au propriétaire du bâtiment de choisir lui-même la couleur, la technique et la dimension selon lesquelles vont être écrites les lettres qui composent le mot « Wall Drawing ». L’artiste a le rôle de concepteur et non pas d’artisan-réalisateur, poussant jusqu’au bout la logique des « Wall Works ».

with its mimetic relationship to reality, disrupts the planeness of the wall by opening it toward the outside. On the fourth floor, the Wall Drawing (1992) p. 98, by the American Sol LeWitt expresses his vision of art perfectly. For him, the concept is the most important aspect of the artwork. In this case, he let the owner of the building choose himself the color, technique and dimension with which the letters composing the word « Wall Drawing » would be written. The artist has a role of conceptor and not one of craftsmanexecutant, pushing thereby to its extremes the logic of the « Wall Works ». The work presents and names itself at the same time, in a form of « mise en abyme ». The conceptual itinerary continues on the fifth floor. Sigla, Finnegans Wake (1998), p. 98, a work by the American Joseph Kosuth is made up of white neon letters displayed 25


L’œuvre se présente et se désigne en même temps, dans un procédé de mise en abîme. Le parcours conceptuel se poursuit au cinquième étage. Sigla, Finnegans Wake (1998), p. 98, une œuvre de l’américain Joseph Kosuth, se présente sous la forme de lettres en néons blancs disposées sur un fond de peinture noire. L’artiste est fasciné par le langage et ses significations. Dans le cas d’« Amandolier », les lettres en néon sont les signes (sigla) avec lesquels James Joyce désignait les personnages de son « Finnegans Wake », écrit en 1939. L’action du livre se déroule dans la nuit dublinoise, d’où le choix du fond noir et la disposition étoilée des lettrespersonnages. L’attique comprend deux « Wall Works ». L’un est l’œuvre de l’italien Giulio Paolini, intitulée Vis-à-Vis (Héra) (1992), p.100. Deux têtes en plâtre de la déesse, à l’antique, sont posées sur des socles en bois et se font face sur un fond blanc. 26

on a black paint background. The artist is fascinated by language and its meanings. In the case of « Amandolier », the neon letters are the signs with which James Joyce designated the characters of his 1939 novel « Finnegans Wake ». The book takes place in Dublin in the night, which accounts for the black background and the star-shaped display of the letters-characters. The attic contains two « Wall Works ». One is a work by the Italian Giulio Paolini, Visà-Vis (Hera) (1992), p. 100. Two plaster heads of the goddess, antique style, rest on wood bases and face each other against a white background. The artist borrows from past forms with respect, but in order to subvert them all the better. Questioning the relationship between the original and the copy, the artist imagines a play of mirrors between past and present, between the real and its double, through these two enigmatic faces that look at each other,


L’artiste reprend avec respect les formes du passé, mais c’est pour mieux les détourner. S’interrogeant sur la relation entre l’original et sa copie, l’artiste imagine un jeu de miroirs entre le passé et le présent, entre le vrai et le sosie, au travers des deux visages énigmatiques qui se regardent, indifférents au spectateur qui n’a accès qu’à leurs profils. La seconde œuvre de l’étage est une boîte lumineuse Sans titre (1993), p. 103 de Cindy Sherman, artiste photographe américaine. Cette boîte comprend un transparent reproduisant des formes de divers tons de jaune sur un fond sombre. En s’approchant, on comprend qu’il s’agit d’un petit robot, un jouet d’enfant sommairement remanié. Intégré au mur et illuminé depuis l’intérieur, cette œuvre dégage un certain esthétisme, mais suscite aussi l’inquiétude. L’installation est représentative du goût de Cindy Sherman pour une mise en perspective de l’inclination quelque peu morbide et fantastique du cinéma

indifferent to the onlooker who can only have access to their profiles. The second work on the floor is a luminous box Untitled (1993), p. 103 by Cindy Sherman, an American artist photographer. This box contains a transparent sheet that reproduces shapes of different hues of yellow, on a dark background. When one comes closer, one realises that it is a small robot, a scantily reshaped child’s toy. Integrated to the wall and lit up from inside, the work is aesthetic but also disquieting. The installation is representative of Cindy Sherman’s taste for the more morbid and fantastic inclinations of 80’s American cinema.

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américain des années 80. Les 10 « Wall Works » d’« Amandolier », dont la majeure partie accueille le visiteur à sa sortie de l’ascenseur, sont non seulement une part intégrante de l’immeuble lui-même, conférant son identité à chacun des étages, mais participent d’une conception d’ensemble, d’un projet culturel et artistique autant qu’architectural et immobilier, mené de bout en bout dans l’intention ancrée de donner à Genève un nouvel élément de référence. A l’évidence, aux yeux du fin connaisseur comme du profane, le bâtiment touche au but de toute entreprise artistique d’envergure : que l’œuvre globale présente une valeur supérieure à la somme de ses composantes. A la fois unité économique et fonctionnelle, édifice contemporain d’une beauté dépouillée, havre d’un art qui transcende les barrières conventionnelles (concrètes ou psychologiques), Jardin réinventé, spectacle nocturne et jalon urbanistique, l’immeuble du 30, route de Chêne et son environnement immédiat trans28

The 10 « Wall Works » of « Amandolier », of which many greet the visitor when leaving the elevator, are not only an inherent feature of the building itself, which confer an identity to each floor ; they also partake of a global project, cultural and artistic as well as architectural and realestate, which has been managed from start to finish with the intention of giving Geneva a new major landmark. For the connoisseur as well as the lay person, the building evidently matches the goal of any large-scale artistic endeavour ; the work as a whole is worth more than the sum of its parts. At once an economic and a functional unity, a contemporary edifice with a pared-down kind of beauty, a haven of peace that transcends conventional barriers (concrete or psychological), a Garden reinvented, a nighttime spectacle and an urban landmark, the building on 30, route de Chêne and its direct environment send a message of conceptual daring and


mettent un message d’audace conceptuelle et de lucidité pragmatique, qui n’a rien de paradoxal et devrait inspirer à l’avenir – souhaitons-le – de nombreuses réalisations.

pragmatic lucidity, a message that is in no ways paradoxical and one that should inspire – we hope – many new achievements.

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Un concours doublement tourné vers l’extérieur

A contest turned toward the outside in two different ways

Les règles non écrites de la promotion immobilière, qu’elle soit privée ou publique, prescrivent qu’une construction emblématique puisse faire l’objet d’un concours d’architecture. Il reste cependant peu fréquent que celui-ci s’adresse, pour un seul immeuble, à des bureaux disséminés dans le monde entier, et le cas échéant, que ces bureaux manifestent leur intérêt et planchent avec enthousiasme sur ce projet circonscrit et lointain.

The unwritten rules of realestate promotion, both private and public, stipulate that an emblematic construction can become the object of a contest of architecture. It is nonetheless infrequent that the contest for one single building should involve bureaux scattered throughout the entire world and that these bureaux show their interest and work with enthusiasm on a limited and remote project.

En l’occurrence, ce qui relève réellement de l’exception est que le concours porte non sur l’immeuble même, mais sur son environnement, ses aménagements extérieurs, et que ceux-ci soient de surcroît largement accessibles au public. Généralement, on se contente d’un appel d’offres restreint pour des « espaces verts » qui n’absorbent que le solde des fonds disponibles de la promotion. De fait, beaucoup de 30

However, what is exceptional about the contest is that it should deal not with the building itself but its surroundings, their layout and the fact that they are furthermore largely open to the public. Generally a restricted invitation to tender for « green spaces », which absorbs only the remainding funds of the promotion, is considered sufficient. Actually many foremen see in it a mere series of finishing jobs.


maîtres d’ouvrage ne voient là qu’un simple assortiment de finitions. Dans le cas d’« Amandolier », dès le début du projet, la mobilisation de bureaux internationaux avait été prévue, et ce ne sont pas moins de cinq créateurs de réputation internationale qui reçurent le descriptif et le cahier des charges. Tous s’intéressèrent immédiatement à cette réalisation hors du commun, effectuèrent au cours de déplacements sur place des études poussées d’un projet qu’ils avaient aussitôt jugé emblématique, et remirent des dossiers d’une qualité telle que le choix s’avéra extrêmement ardu pour le propriétaire.

In the case of « Amandolier », from the start of the project, it had been planned to call up on international bureaux, and no less than five creative artists of international fame received the description and the schedule. They all became interested right away in this unusual project, which they immediately deemed emblematic ; they came over to study it in depth, and returned files of such quality that the choice turned out to be extremely difficult for the owner. Among the propositions from Osaka, Tokyo, Toronto and Paris, the Agency TER was chosen.

Parmi les propositions venues d’Osaka, de Tokyo, de Toronto et de Paris, c’est finalement celle de l’Agence TER qui devait l’emporter.

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« Amandolier » Vues extérieures, jour & nuit Outside views, night-time & daytime

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« Floors Works » Vues extérieures, jour & nuit Outside views, night-time & daytime

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« Amandolier » Vues intérieures / Inside views

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James Turrell, Coconino, 2000

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James Turrell, Coconino, 2000

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James Turrell, Coconino, 2000

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« Amandolier », Wall Works Vues intérieures / Inside views

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Gehard Merz, Sans titre, 1994 Premier sous-sol / First basement

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Tony Oursler, The Way of All Flesh (Air), 1998 Rez-de-chaussée inférieur / Lower ground floor

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Michelangelo Pistoletto, Affresco-5, 1998 Rez-de-chaussĂŠe supĂŠrieur / Upper ground floor

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Donald Judd, Sans titre, 1992 Premier ĂŠtage / First floor

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Nam June Paik, I Never Read Wittgenstein,1998 Deuxième étage / Second floor

Günther Förg, Wall Partition, 1988-1996 Troisième étage / Third floor

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Sol LeWitt, Wall Drawing, 1992 Quatrième étage / Fourth floor

Joseph Kosuth, Sigla, Finnegans Wake, 1998 Cinquième étage / Fifth floor

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Giulio Paolini, Vis-Ă -vis (Hera), 1992 Attique / Attic

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Cindy Sherman, Sans titre, 1993 Attique / Attic

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« Amandolier » est une réalisation : SPG Asset Development Route de Chêne 36 CH - 1208 Genève Tél. (41) 22 849 64 00 Fax (41) 22 849 61 00 asset@spg.ch www.assetdevelopment.ch Maître d’ouvrage : Thierry Barbier-Mueller Remerciements : SPG Asset Development remercie la Ville de Genève pour sa collaboration. Rédaction : Thierry Oppikofer Traduction : Brooks Lachance Conception : Véronique Pittori Clarisse Colliard Olga Britschgi Crédits photographiques : Régis Golay Laurence Bonvin (pp.41, 54-55, 56, 81) Jean-François Briguet (pp.42-43) Design : Federal Studio Achevé d'imprimer : Février 2008 Imprimerie : Atar Roto presse SA, Satigny Edité à : 1000 exemplaires

© SPG 2008, Tous droits réservés


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