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sparse magazine mieux

Rencontres, enquêtes humour fin, vérité brute 84 pages d’émotion pure à l’attention des grands de ce monde et de leurs amis Les jeunes et la gonflette • kayak • ovni • survivalisme... + horoscope • roman-photo • psycho test

sparse | numéro 21 | trimestriel

déc. jan. fév. 2017-18 • www.sparse.fr imprimé à 5 millions d’exemplaires

GRATUIT • BOURGOGNE-FRANCHE-COMTÉ


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sparse magazine

The secret of success is to have no fear « The best process of empowerment to release yourself as a cash generator »*

*mieux, et plus riche.


édito. Salut les salarié(e)s, c'est Sparse. Ça roule ? Faites gaffe, vous êtes en voie de disparition. Fin 2017 en France, ne pas être entrepreneur c'est vraiment ne pas avoir de courage. Y'en a qui prennent des risques, et pas vous, protégés derrière vos petits CDI perfides. Emmanuel Macron, lui, a bien compris que pour sauver la France, il faut permettre aux patrons de licencier. En fait, être président, c'est s'arranger pour que les entreprises françaises fassent du pognon. C'est simple avec Manu. Si Total s'en met plein les fouilles, c'est pour le bien du peuple français. L’argent que Total va se faire, il va de suite le réinjecter dans le bonheur des Français. Non ? Là, ton Manu vient de faire très fort. Il avance plus vite qu'une division de Panzer en Pologne en 39. Il vient d'inventer un truc zinzin digne des plus mauvais films de science-fiction. Un outil pour que les patrons se rendent compte de combien ça va leur coûter de licencier un mec sans fondement. D'anticiper le fait de dégager un salarié sans raison légale. C'est un simulateur trouvable sur servicepublic.fr ! Magique. Le gouvernement offre la possibilité à un patron de se rendre compte, en ligne, grâce à un outil mis en place par l'Etat, si ça ne lui coute pas trop cher en dommages et intérêts d'aller aux prud'hommes. Pour les moins intéressés par la vie d'entre vous, les prud'hommes, c'est le tribunal qui règle les litiges entre patrons et salariés. Le patron va préférer licencier un mec, même abusivement, même sans motif. Il va se dire : « Je vais dégager ce mec-là, car même si je le fais comme un porc, je ne paierai pas plus de tant d'euros en amende,

ce que je peux me permettre de faire. » Ton entreprise a de l’argent ? Tu peux préparer les charrettes ! En effet, avant, le patron n'osait pas le faire, de risque de se faire défoncer par la justice. Mais maintenant, les indemnités dans un procès aux prud'hommes sont plafonnées. Plus de problème. Un peu comme les mairies qui préfèrent payer plutôt que de construire des HLM, ou les entreprises plutôt que d'embaucher des handicapés. Ou toi qui préfères payer l'amende pour stationnement payant plutôt que le parcmètre parce que finalement, un coup de topic à 17 euros de temps en temps, ça fait toujours moins cher que 10 balles de parking tous les jours. En fait, on vient d'inventer un outil qui permet de savoir si ça ne revient pas trop cher d'être hors-la-loi. Alors oui, c'est pas facile quand tu as monté ton business de te retrouver en face des murs administratifs. Surtout quand des déglingués ont inventé le RSI et l'ont confié à une boîte privée. Surtout quand tu as l'impression que tu as dépensé ton propre argent pour embaucher des gens. C'est un peu vulgaire de se faire de l'oseille en France. C'est un peu vulgaire d'être riche tout court. Pays catholique, on ne se refait pas… Mais aller calculer combien ça te coûte d'être hors-la-loi, faut vraiment être un enculé (j'ai passé du temps à choisir mes mots, mais « enculé » est assurément le plus adapté à la situation). Et celui qui a inventé ça, c'est LE gros enculé. Le suprême enculé. Et on le retrouvera...

Par Chablis Winston Photo : Louise Vayssié


ours Ce magazine est édité par Sparse Média. Siret : 750 725 806 00020 - APE : 9499Z www.sparse.fr - contact@sparse.fr DIRECTEUR DE PUBLICATION Pierre-Olivier Bobo RÉDACTEUR EN CHEF Antoine Gauthier CONTRIBUTEURS Pierre-Olivier Bobo, Sophie Brignoli, Nicdasse Croasky, Maître Fougnard, Franck Le Tank, Mhedi Merini, Cédric de Montceau, Martial Ratel, Doug Ritter, Riddimdim Selecta, Augustin Traquenard, Louise Vayssié, Chablis Winston, James Granville forever DIRECTION ARTISTIQUE INTERNETINTERNET

PHOTOGRAPHIES Alexandre Claass, Raphaël Helle, Édouard Roussel, Louise Vayssié ILLUSTRATIONS Mr. Choubi, David Fangaia, Michael Sallit, Loïc Brunot COMITÉ DE RELECTURE Alix Blk, Nathalie Eyraud, Marion Godey, Mhedi Merini, Aurore Schaferlee

sommaire 3. ÉDITO 6. CONTRIBUTEURS 8. GUESTLIST 10. LOSER/WINNER 12. BIENVENUE

AU CLUB PURÉE GOURMANDE

14. MUSIQUE

ENQUÊTE

COUVERTURE Athletic Gym, Dijon Photo : Alexandre Claass

16. MUSCULATION,

IMPRIMEUR Chevillon Sens

24. OVNI

Dépôt légal : à la sortie du magazine ISSN : 2260-7617 La rédaction décline toute responsabilité quant aux opinions formulées dans les articles, cellesci n’engagent que leurs auteurs. Tous droits réservés © 2017 Merci à nos partenaires ainsi qu’à celles et ceux qui ont permis la réalisation de ce numéro. Prochain numéro : mars 2018 Sparse bénéficie du soutien du Ministère de la culture et de la communication, fonds de soutien aux médias d’information sociale de proximité

OUAIS, OUAIS

MYSTÈRE : DES VESSIES POUR DES LANTERNES ?

IMMERSION DE SURVIE

32. STAGE

INTERVIEW SORG FROM BESANGELES

40 .

RENCONTRE KAYAK C'EST PAGAIE !

44. LE

REPORTAGE DE SAÔNE

52. FOND

FOCUS 62. PINARD

68. PSYCHO

: ÇA SENT LE SOUFRE

TEST DE COEUR PARTENAIRE AUTO 72. AVOCATS ET ASSOCIÉS 74. ROMAN PHOTO 78. HOROSCOPITONE 80. COURRIER DES LECTEURS 82. FROM HELLE 70. COUP


Restaurant & Pub Traditionnel Planches à partager Fish&Chips - Burgers Welshes - Cheesecake Vente à emporter Happy Hours sur 7 Bières Pression ... Ouvert 7j/7 22-24 Place Emile Zola, Dijon

Cosmos, bar à bières Place de la République Dijon / Happy hour de 18h à 21h du mardi au samedi / Cocktails, mix et bonne ambiance


contributeurs

Par Chablis Winston Photos : DR

Nom : Choubi Prénom : M’sieur Fonction : faiseur de dessin. Âge : « Quand on est jeune, c'est pour la vie », Georges Clemenceau. Signe particulier : tignasse hirsute sur la langue. Spécialité : les bolognaises de cheval. C'est pareil que pour les bolos normales sauf que tu prends de la viande de cheval. Et comme Choubi vit à côté de l’Étrier de Bourgogne, on se met de bonnes plâtrées derrière la cravate. Fait de gloire : invité régulier du festival de la bédé d’Angoulême, M’sieur Choubi a trouvé le moyen de se faire blacklister du Novotel pour cause de vol de peignoir... Et de claquettes. Bon, y'avait une télé aussi. Et un sommier à lattes king size. Pas cool. Nom : Brignoli Prénom : Sophie Fonction : relation entre un ensemble d’entrées (variable) et un ensemble de sorties (image), avec la propriété que chaque entrée est liée à exactement une sortie. Âge : on ne demande pas à une dame. Bon, ok. 33. Signe particulier : t'engueule d'abord, se demande ensuite ce qui s'est passé. Spécialité : en 4ème elle avait pris latin, mais c'était pour pouvoir partir en Italie avec sa classe, parce que franchement, elle était vraiment mauvaise en déclinaison. Fait de gloire : un 12/20 en version sur un texte de Pline l'ancien. Un truc sur l'arrivée de Marc Aurèle au pouvoir. Sympa. Nom : Brunot Prénom : Loïc Fonction : enlumineur sur vélin surfin. Âge : on arrête de compter à un moment... Signe particulier : titube. Spécialité : le dessin de procès. Tu vois au JT, comme y'a pas de caméra dans les procès, on nous montre des dessins à l'image. Ben c'est Loïc qui les fait. Fait de gloire : son magnifique portrait de Maurice Papon en bichromie à la cour d'assises de Bordeaux en 1997. Putain de chef-d'œuvre. Nom : Ritter Prénom : Doug Fonction : brigadier du goût. Âge : 21x29.7 Signe particulier : rangers impeccables. Spécialité : le stage de survie en milieu artistique hostile. Il vous apprendra à passer des heures entières dans des expos d'art contemporain ou des concerts de musiques concrètes sans ressentir la douleur. Une sorte de fakir de la culture. Fait de gloire : Biennale de Lyon 2007, 2008 et 2009. Sans se poser aucune question. Rien. Le vide. À l'aise le gars.

Nom : Merini Prénom : Mhedi Fonction : tacticien de surface. Âge : moins de 25 ans, sinon on n'avait pas les aides de l'Etat. Signe particulier : piercing "Prince de Galles". Spécialité : traîner les conférences de presse. Il y va, il s'installe, il pionce un peu dans le fond, envoie 2-3 messages sur Tinder, file au buffet, gratte quelques toasts et du crémant, puis se tire mater la télé chez lui. Un journaliste quoi. Fait de gloire : 20 ans dans l'Yonne. 20 piges. Longue peine. Nom : Bobo Prénom : Pierre-Olivier Fonction : contrôleur de game. Âge : franchement t'es de la police ? Il est jeune pis c'est tout. Signe particulier : porte le short très haut sur les cuisses. Spécialité : la pulvérisation de laque. Il maîtrise le geste à la perfection. C'est un art. Il faut être agile et rapide à la fois, tout en sachant doser le produit. Fait de gloire : une pub pour Elnett en 2008, avec Penelope Cruz. « J'aime ma laque. Pour moi, c'est la meilleure laque au monde ».

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RODOLPHE BURGER LA CHORALE ROCK DU SILEX POUËT Spectacle jeune public FRANÇOIS HADJI LAZARO

par

CONCERTS EN 2018 LA CARAVANE PASSE MAT BASTARD + KO KO MO TAGADA JONES + ULTRA VOMIT KING KING + SEAN TAYLOR GBH + THE DECLINE! LEÏLA MARTIAL GAËL FAYE + ARM GUILLAUME PERRET SOLO THE GLADIATORS + ERIK ARMA LORENZO WEEPERS CIRCUS

Spectacle jeune public

YONNE ALL STARS - QUEEN VS. BOB MARLEY

© Célestino Monteiro - Association Service Compris - Licences : 1-1041113 / 2-1041114 / 3-1041115

THE LIMIÑANAS + HOBOKEN DIVISION

DE RETOUR AU PARC DE L’ARBRE SEC 22 - 23 - 24 JUIN 2018 contact@lesilex.fr - 03 86 40 95 40

Délégation de service public de la ville d’Auxerre Le Silex reçoit le soutient de l’État dans le cadre du label «Scènes de Musiques Actuelles»


guestlist

Par Pierre-Olivier Bobo et Chablis Winston Photos : Ben Pi, DR

Lili Petrol

Créatrices

Lili Petrol, c'est une meuf, mais en fait elles sont deux. Elles créent des accessoires. Avec elles, l'enfer de la mode, c'est vraiment super sympa. Ambiance retro/cool/sexy/classe. Sacs à main, parapluies, portefeuilles, plugs, survet'... Les femmes sont plus élégantes en Lili Petrol. Elles inventent à tour de bras grâce à leur consommation de cosmopolitains en terrasse. Faut bien relancer la machine, comme disait Johnny.

Pourquoi a-t-on inventé le jogging slim ? Pour pouvoir distinguer les gens de bon goût des autres.

Ton sex-toy préféré ? Un parapluie Lili Petrol (bon placement de produit !)

Plutôt high kick à la Patrice Evra ou gifle à la François Bayrou ? Et pourquoi pas l'option bifle à la François Gayrou ?

Épilation intégrale ou ticket de métro ? Étant fan de rétro, plutôt old school les filles ! On est plus ticket de métro, voire même billet SNCF !

Un bon coin en BFC à conseiller pour se mettre au chaud pour l’hiver ? Désolées, on n’y connaît rien en foot…

Ce sera quoi la prochaine hype vestimentaire ? On croit à la mode cyclique, le tricot de peau déboule bientôt... !

C'est pas un peu fatiguant de devoir sortir pour fumer des clopes ? SCANDALEUX !

C’est quoi le plus la honte : être roux ou socialiste ? On avait dit pas la famille !

Franchement, on s'en bat pas un peu les couilles des JO à Paris ? GRAVE !

2Pac ou Notorious Big ? Notorious B.I.G let me get down !

Tu te casses la jambe, obligée de rester alitée 1 mois. Qu'est-ce que tu te mets comme programme sur ton écran ? On fait comme James Stewart dans Fenêtre sur court, on mate le voisinage !

Pierre Gibaud

Narcos ou Breaking Bad ? On est plutôt Weeds ! T’es déjà allé dans la Nièvre ? Beaucoup trop dangereux ! Konbini ou Sparse ? C'est un peu craignos Konbini, non ?

Footeux au FC Sochaux

Après Le Mans, Laval ou le Red Star entre autres, Pierre est maintenant depuis 3 ans dans le club le plus racé de BFC a.k.a le F.C. Sochaux-Montbéliard. Latéral, il aime gambader le long de la ligne de touche en faisant des allers-retours et en taclant. Ça tombe bien, c'est son boulot. En ce moment, il est blessé. Il a donc le temps de nous répondre, à l'aise. « Donne moi un Gibaud, deux Gibaud, trois Gibaud doudou... »

Pourquoi a-t-on inventé le jogging slim ? Franchement le baggy c’était devenu ringard, il fallait bien innover.

Plutot high kick à la Patrice Evra ou gifle à la François Bayrou ? High kick à la Cantona, il est indétrônable.

Plutôt raclette au mois d’août ou barbecue à Noël ? Raclette au mois d’août bien sûr ! Il fait que 15 degrés ici, pas besoin d’attendre l’hiver c’est l’avantage !

Les Français ont-il acheté les JO ? Ça c’est une bonne question ! Disons qu’ils se sont arrangés avec les Américains et qu’en échange on leur laissera les médailles en athlétisme.

Un festival coup de cœur dans la région ? Si je peux en conseiller un, la Fête de la Bière à Valentigney.

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À choisir, tartine de caca ou bol de vomi ? Vous êtes durs ! Disons tartine de caca parce que sur un malentendu on peut croire que c’est du Nutella.


Musicalement, t’es plutôt grime ou trap ? Personnellement je n’écoute que Larusso, désolé. Ça, c’est de la vraie musique ! Pourquoi les jeunes font de la muscu au lieu de boire beaucoup d’alcool ? Ah ces jeunes… Faut leur demander. Personnellement, j’ai arrêté la musculation. Tu l'esquives toi aussi le mec qui veut absolument installer le compteur Linky chez toi ? Trop tard, il est déjà venu. Ton sex-toy préféré ? Ma manette de PlayStation. Épilation intégrale ou ticket de métro ? Épilation intégrale, je suis trichophobe. Ce sera quoi la prochaine hype vestimentaire ? On va finir à poil c’est sûr.

Yann Rivoal

T’es gluten free toi ou tu pètes en digérant ? Je pète en digérant et même en mangeant d’ailleurs. Pourquoi au lieu de dire footing, on dit running maintenant ? Je dis courir moi, désolé vous êtes trop loin pour moi ! Michel Drucker est-il un reptilien ? C’est vrai qu’on dirait un peu un iguane. T’es déjà allé dans la Nièvre ? Never (jeu de mots avec la ville de Nevers, youhou !) Plutôt Tony Vairelles ou Teddy Bertin ? Les deux mais je suis encore plus Francis Llacer, ça c’est une légende ! Avec la baisse des APL, comment tu vas faire pour payer ton appart ? J’ai opté pour les paris sportifs... donc je croise les doigts chaque fin de mois.

Directeur de La Vapeur

Comme tous les Bretons, Yann s'appelle Yann. Il a quitté ce havre d'alcoolisme qu'est Carhaix et les Vieilles Charrues pour squatter le fauteuil de boss du game des musiques actuelles à Dijon il y a 6 ans déjà. Mais il continuera à foutre des marinières toute sa vie. Depuis 1 an et demi, il a sorti sa truelle avec toute son équipe pour construire une Vapeur toute neuve à la place de l'ancienne. Ouverture le 7 février. Vous enfilerez les patins en rentrant.

Qui est la plus grande star de BFC ? Les Johnny Mafia.

Daft Punk ou Laurent Garnier ? Laurent Garnier.

Plutôt squats ou tractions ? Houlà, faut faire gaffe à pas se faire mal si on n'est pas entraîné.

Pourquoi les gens regardent le catch ? Parce que Pinder c'est trop cher.

Le pire zikos que t’aies croisé…? Celui dans le pire état physique, c'était sûrement Shane McGowan, l'ex-leader des Pogues, je ne comprends pas comment il est encore en vie. Et le plus cinglé, James Brown sans hésiter.

Qui doit-on suivre obligatoirement sur Instagram ? Un copain photographe, Ben Pi, et sinon pour vous marrer sur facebook c'est Jorge Bernstein.

Les mecs qui portent des claquettes avec des chaussettes seraient-ils des génies ? J'ai toujours plus ou moins vu ça dans des vestiaires de foot que je fréquentais assidûment au siècle dernier. Du coup, je ne suis pas trop surpris de voir des mecs se balader comme ça même si dans la rue je trouve qu'ils ont un peu l'air con. Quels magazines traînent dans tes WC ? Les Inrocks, Le Monde Diplo et Sparse. Grime ou trap ? J'étais pas mal grime au début des années 2000 mais j'ai carrément viré trap depuis.

Gérald Darmanin ou Bruno Le Maire ? Les mecs prêts à tout pour avoir un fauteuil de ministre, c'est pas vraiment mon truc et j'ai cessé de les écouter. Leur langage est tellement convenu, codifié, lissé, hypocrite. Ça a tendance à me mettre les nerfs, je préfère me préserver et mieux utiliser mon temps à lire ou écouter des gens qui ont des trucs à dire. Tu te casses la jambe, obligé de rester alité 1 mois. Qu'est-ce que tu te mets comme programme sur ton écran ? En fait j'allume pas beaucoup l'écran, j'ai plutôt le réflexe d'appuyer sur le « on » de ma chaine hifi pour écouter la radio, les disques que j'aime ou fureter à la recherche de nouveaux trucs.

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la hype

Par Chablis Winston et Augustin Traquenard Photos : DR

LE LOSER DE L'AUTOMNE Bono (vieux chanteur engagé... dans ses placements) Depuis un moment déjà, le chanteur superstar de U2 est un peu poissard. Acoquiné avec Apple en 2104 pour le lancement de leur album, U2 se retrouve sur toutes les bibliothèques iTunes… gratuitement. Génial. Sauf qu’impossible d’effacer les fichiers. Tous les utilisateurs d’Apple qui n’en ont rien à foutre de U2 (c’est-à-dire à peu près tout le monde en 2014) font la gueule. Bono est obligé de s’excuser et Apple de créer un correctif pour supprimer la bouse. Toujours en 2014, pour faire le malin, Bono joue le hipster à New York, il se prend une énorme pelle à vélo. Fractures au bras, à l’omoplate et du plancher orbital. Depuis cet accident, il est inspiré, il déclare vouloir « écrire comme s’il était mort » (on craint le pire). 2017, ça devait être le retour de hype pour Bono. Il démarre l’été en trombe, invité sur l’album de Kendrick Lamar (what ?), passe par Paris pour aller serrer la pince à Manu Macron et taper une bise à Brigitte puis annonce la sortie du prochain U2 pour décembre. Et puis patatra. Rechute de scoumoune, il se fait choper par le consortium international des journalistes d'investigation dans l’affaire des « Paradise Papers ». Bono, le chantre de l’humanitaire, qui milite pour l’effacement de la dette des pays en développement, place son pognon dans des sociétés louches. En plus d’écrire de la musique toute naze « comme s’il était mort », le saligaud est actionnaire d'une entreprise maltaise qui aurait investi dans un centre commercial lituanien via une société qui a recours à des pratiques illégales. Allez, mon vieux, va prendre ta retraite avec Gégé Depardieu en Russie, tu l’as bien mérité… Mais n’oublie pas d’aller récupérer le pognon en Lituanie en passant.

E S U E LA DE L'AUTOMNE INN W

Sophie Montel (élue régionale, ex-FN, meilleure pote de Flo Philippot) A-t-on déjà entendu parler autant de Sophie Montel que depuis qu'elle s'est faite dégager du FN ? Soso n’a pas froid aux yeux. Élevée au bon grain FN par des parents militants, la conseillère régionale BFC s’est faite débarquer du parti pour cause de copinage avec Phillipot. Le FN part en couille depuis le débat foiré de Marine à la présidentielle ? Pas de problème, le lieutenant Montel se barre avec Les Patriotes et monte au créneau pour distribuer des tartes à gauche comme à droite. D’abord, c’est Wauquiez qui se prend une mandale via Twitter. Elle le traite de farceur lorsqu’il annonce ses « règles d’or » : pas d’augmentation d’impôt et effort sur la baisse des dépenses publiques. Soso lui fait remarquer que sous papa Sarko, la dette publique avait augmenté. Traiter Lolo de gauchiste, fallait y penser. Remontée comme un coucou, Sophie en profite ensuite pour foutre le bordel dans l’hémicycle du conseil régional. Soumis au vote : un nouveau contrat social prévoyant l’harmonisation des salaires des employés de la région BFC. À la surprise générale, Montel vote pour le projet aux côtés des socialistes et contre les élus LR et François Sauvadet. En plus de mettre mal à l’aise Marie-Guite Dufay, la présidente de région, Sophie fait péter un câble à François Sauvadet. Reprochant à Dufay d’avoir donné la parole à Montel, Sauvadet s’emporte, demande une suspension de séance puis quitte la séance avec tout son groupe. Le FN surenchérit en accusant les pratiques de la présidente de « parodie de démocratie » et claque également la porte. Bon. On ne comprend rien à la ligne politique de Sophie mais certainement qu'elle non plus. Elle est en dérapage permanent et retourne sa veste dans tous les sens, « ni gauche ni droite ». Évidemment, le fond de commerce dégueu, anti-migrants et populiste, est toujours là mais dynamiter l’hémicycle, pour la fange extrémiste, ça reste la win. À mon avis, elle va encore balancer quelques saloperies histoire d'exister. 10


VOS IDÉES SORTIES

VENDREDI 6 AVRIL 2018 - 20h LA VAPEUR - DIJON

SAMEDI 7 AVRIL 2018 - 20h

THÉÂTRE DES FEUILLANTS - DIJON

DIMANCHE 8 AVRIL 2018 - 19h LA COMMANDERIE - DOLE

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musique

Par Doug Ritter et Riddimdim Selecta Photos : DR

les plus belles pochettes de l’histoire VEKTROID - SEED & SYNTHETIC EARTH (2017)

On le sait mais on le répète : sur Internet, on trouve tout. Tout et n’importe quoi, et surtout n’importe quoi. De ce constat, voilà quelques années (aux alentours de 2011 et 2012) est née la vaporwave, micro-genre musical dont je vous laisse la primeur de la recherche Google, Yahoo, Bing ou n’importe quel autre moteur de recherche appartenant au Grand Capitalisme Mondialisé Reptilien et dont on avait déjà eu l’occasion de vous parler lors d’une courte chronique sur Spooky Black, a.k.a. Corbin. Je vous conseille d’ailleurs fortement le nouvel album, Mourn, chef d’œuvre total et meilleur album de son genre de l’année 2017. Mais passons. Ici, on parle d’une des créatrices du genre : Vektroid, aussi responsable de dizaines de projets dans le même genre dont le plus connu étant Macintosh Plus, et son nouvel album, disponible sur son bandcamp, Seed & Synthetic Earth, possède l’une des pochettes les plus cool de l’année, la statue de David de Michel-Ange en 3D et dont il manque les jambes, déchirées, et dont le bras droit tombe en lambeau. Sur son visage un porc rose, en 3D aussi. Oh ! Et le titre est à l’envers… et en vert fluo. Mon dieu ! Mais en quelle année on est ? La musique ? Comme pour la pochette, attendez-vous à des trucs barrés et très différents avec des synthés ultra oldschool, des rythmes un peu rap, d’autres très pop - façon années 80. Des sons inquiétants, d’autres rassurants, nostalgiques, angoissants, joyeux... Dans l’ensemble, une espèce de bande-son originale et déglinguée d’un jeu vidéo qui n’existe pas, ou d’une série américaine policière rose néon. En tout cas, ne vous attendez pas à avoir déjà entendu tout ça quelque part, ça sort clairement du lot. // D.R.

chacun son métier ! LARUSSO FEAT. B-REAL - UNTOUCHABLE (2012)

Des duos improbables, il y en a pléthore dans la musique. Et très souvent, ils sont le fruit de délires de maisons de disques qui veulent refourguer leurs artistes daubés pardon, leurs produits - sur de nouveaux marchés ! J’ai pas de face, Gamani, tout ça, tu te rappelles ? Mais là franchement, avec le titre de Larusso et B-Real de Cypress Hill, on a atteint un sommet et ça donne le vertige. Quel producteur a eu cette idée géniale ? Celui de Larusso, qui après une grosse prise de psychotropes décréta qu’il fallait conquérir les aficionados de hip-hop latino underground fumeurs de weed ? Ou celui de Cypress Hill, qui décida subitement de séduire les fans de rouquines qui chantent mal en France ? Le mystère reste entier et en fait on s’en fout car seul le résultat compte. Et quel résultat ! Untouchable, le titre de ce featuring de légende, est comme prévu pathétique et à peine audible. Une instru immonde très rock, un B-Real qui fait le minimum syndical dans le flow et les attitudes, pas très inspiré sur ses couplets. Mais bon, il nous sert les clichés des postures de clips hip-hop à grand renfort de clic clic avec les doigts et faux impacts de balles sur la caméra. Et Larusso alors ? Elle essaye de faire la biatch trop bonne à côté du gangster. Malgré une teinture capillaire, ça ne marche pas du tout . Elle est la star de cette mini-production hollywoodienne (mais fauchée) et l’écouter s’apparente à un supplice. La chanson est déjà pénible mais dès qu’elle beugle son refrain, on se dit qu’écrire une chronique pour Sparse peut parfois être une expérience proche de la torture. Déjà bien has-been à l’époque, elle a complètement disparu depuis, à moins qu’elle n’écume en secret les clubs undergrounds de Los Angeles pour clasher les rappeurs locaux. 8 Mile’s style ! // R.S.

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Les Contes d’Hoffmann

PHOTO

© Gilles Abegg Opéra de Dijon 2017 -

DESIGN GRAPHIQUE

VITALI Studio COMPOSÉ EN Minion & Dijon licence 1–1076375 2-1076376 3-1076377

Laissez-moi hurler et gémir et ramper comme une bête

chœur de l’opéra de dijon direction musicale Nicolas Chesneau mise en scène Mikaël Serre avec Kévin Amiel, Damien Pass,

Samantha Louis-Jean, Marie Kalinine & des solistes du Chœur de l’Opéra de Dijon

Grand Théâtre

Sept représentations du 14 au 23 décembre www.opera-dijon.fr 03 80 48 82 82


Salut les Musclés

Pourquoi et comment les gamins d’aujourd’hui se gonflent le corps à grands coups de muscu.

Par Chablis Winston et Pierre-Olivier Bobo, à Dijon Photos : Alexandre Claass

« Je ne peux plus m’arrêter, j’y ai trop pris goût. J’ai besoin de dépasser mes limites ». Romaric a 18 ans. Un petit En 2017, Les salles gars trapu, bien massif pour sa de sport sont pleines, petite taille, ce qu’il n’était pas les muscles saillants, du tout il y a encore un an en les torses épilés, les arrière, quand il a commencé aliments pesés... Que la muscu. Il va à la salle 6 jours nous dit ce phénomène sur 7. Même son de cloche sur la génération Z ? pour Louison, 20 ans. « C’est Quel risque pour la une addiction, c’est clair. Je santé ? Peut-on encore suis triste si je ne m’entraîne parler de sport ? Petite pas ». Ce grand gars speed est étudiant en STAPS à enquête avec des Dijon et hyperactif. « J’y vais profs, des chercheurs, tous les jours. Ça donne une des gérants de salles, rigueur, une certaine hygiène des anciens… et bien de vie ». Romaric et Louison sûr, les jeunes en ont vraiment l’air différents. question. Un petit trapu timide et un grand gars à l’aise. Pourtant, ils sont tombés dans la muscu tout jeune tous les deux et semblent avoir des muscles qui ne correspondent pas du tout avec leur corps. Quand j’étais gamin, dans les 90’s, mon frangin pratiquait la

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muscu à haute dose. Il avait un corps surdimensionné, et en général, les gens le prenaient pour une bête curieuse. Un dingo. Jacky Biondi, propriétaire d’Athletic Gym à Dijon depuis 27 ans, nous confirme la tendance de l’époque. « Dans les 90’s, on était quelques-uns au sous-sol de la salle. On soulevait. On voulait juste prendre de la masse. On nous appelait les gros. Maintenant, c’est fini ». Et c’est vrai que Jacky, bien que musclé, n’est plus hypertrophié comme sur les photos qui traînent çà et là sur les murs de son établissement. Maintenant, les jeunes qui se musclent ne se planquent plus au sous-sol d’une salle de sport. Ils se montrent. Beaucoup. Et s’assument dans la rue. Il y en a partout. Le phénomène est général. La musculation s’est démocratisée. Jacky le pense aussi : « À Dijon y’a 20 ans, t’avais 4 ou 5 salles, maintenant tu en as 40. Ça va de la low-cost à la plus chic, y’en a pour tout le monde. Et on a de plus en plus de jeunes, même si le phénomène est plus large que ça ». En effet, selon Benoit Caritey, historien et sociologue du sport à l’université de Bourgogne, la tendance est transversale. « C’est intéressant parce que ça concerne tous les âges, mais aussi toutes les couches sociales ». C’est plus voyant chez les jeunes parce que ces générations ont envie de prendre du volume. Jacky les voit tous les jours. « Les jeunes, ils veulent faire de la force. Arraché, épaulé-jeté, etc... Ils oublient que


MmmmmMMMMMmmMmmmmmmhhhhhhh !!!!

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« Dans les 90’s, on était quelques-uns au sous-sol de la salle. On soulevait. On voulait juste prendre de la masse. On nous appelait les gros. Maintenant, c’est fini ça  ». Jacky Biondi, proprio d’Athletic Gym à Dijon

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This is « la salle ».

le principal c’est le cardio. T’as beau avoir une belle carrosserie, si t’as pas de moteur... »

Salles et crossfit Le boom de la salle de sport a eu lieu dans la 2ème moitié des années 2000. On a vu apparaître aussi des salles de sport à bas coût, dans les centrevilles, les zones commerciales et même les campagnes. Dans une ville de la taille de Dijon, il y a des établissements dans presque tous les quartiers. La salle de sport est devenue un véritable commerce de proximité. Et de rencontre. Chez Magic Form à Dijon, par exemple, on propose des petits-déjeuners, des soirées Halloween « pour que les gens se parlent », appuie Anthony Pemjean, le gérant. Et puis c’est comme les restos. Y’a des trucs à junk food et des 3 étoiles. Faut choisir. « Dans certaines salles, t’as personne, pas un prof, personne pour donner des conseils, s’agace un peu Jacky Biondi. Pas étonnant quand l’abonnement coûte 19,99 par mois. Ils te font cours avec des vidéos sur des écrans dans la salle ». Pas sérieux. Romaric va chez Gigagym. « Parce que c’est à côté de chez moi… C’est dommage, ils laissent faire, ne donnent pas trop de conseils aux débutants. Au début, j’ai fait de la merde. Je suis les conseils d’un coach, mais c’est juste un client comme moi, plus expérimenté ». Gigagym et Amazonia appartiennent

à la holding Nextalis. Un mastodonte de la salle de sport. « Chez Amazonia, on vient surtout pour s’entretenir, pour perdre du poids. C’est une logique plutôt de contrainte » indique Mathilde Etheve, directrice marketing et développement. Pas de coach chez Amazonia, c’est de la vidéo, ça coûte moins cher. « Par contre on produit nous-mêmes les vidéos, on travaille les décors, etc. » Un fonctionnement sans accompagnement du client que déplore aussi Anthony Pemjean, de Magic Form. Sa salle est bien connue des Dijonnais en raison de ses énormes vitres qui permettent aux passants de voir les sportifs courrir sur des tapis à l’intérieur. Chez lui, il y a des profs (certains salariés, d’autres indépendants), même si bien sûr, ça fera un peu plus mal au portefeuille. Certaines salles offrent des suivis personnalisés et des profs diplômés pour tous les cours. Oui, les cours, car une salle de muscu, ce n’est pas que pousser de la fonte. Même s’il suffit d’y passer une tête pour se rendre compte que les plus jeunes soulèvent, presque exclusivement. Zumba, jumping, biking, pilates, gym douce et bien sûr… Crossfit. Le Crossfit, c’est fou. C’est LE truc fou du moment. Louison ne jure plus que par ça. En fait, c’est un type d’entraînement où tu mixes plein d’autres entraînements. Une espèce de parcours muscu. Pour Louison, c’est le plus complet. En un parcours, tu fais du rameur, de l’haltéro, etc. Toutes les facettes de la muscu en une. Il y a même des clubs affiliés Crossfit dans le monde entier. Louison fréquente assidûment celui de Dijon. Crossfit, en fait, c’est une marque. Un truc inventé par Reebok. Si une salle veut pratiquer le Crossfit, elle paye, comme pour la Zumba. Un mec veut donner des cours de Crossfit ? Il paye. « Moi ça fait longtemps que je fais ça, mais on appelle ça ‘parcours sportif’. Reebok a fait un bon coup avec quelque chose qui existait déjà... » Le phénomène Crossfit inquiète un peu Carole Cometti, du Centre d’expertise de la performance à Dijon (CEP), établissement reconnu dans la France entière pour le sérieux de son travail. « Le Crossfit n’est pas adapté à la performance. L’objectif, c’est d’en faire le plus possible. C’est pas bon. » Pour elle, toutes les formes de musculation se travaillent, en fonction de ce qu’on veut muscler. « Au Crossfit, on fait tout. Alors que chaque exercice devrait nécessiter un placement impeccable. Il faut apprendre les bases de la muscu avant de se lancer dedans. Quand je vais dans des salles, c’est souvent un peu léger, un peu amateur. C’est important d’être accompagné ». On ne vous parle même pas de ceux qui le font en mode street workout (en extérieur, seul ou avec les potes, voir magazine Sparse n°17) ou ceux qui apprennent via des tutoriels sur Internet. Internet justement, parlons-en. Anthony Pemjean y voit une influence énorme sur les

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gamins. « Notamment avec les Youtubeurs comme Tibo Inshape ». On les appelle des « influenceurs », ils fédèrent des communautés, ils se filment ou se prennent en photos sur Instagram et Twitter. Vincent Issartel, Ross Enamait sont extrêmement actifs sur les réseaux sociaux, et particulièrement suivis. C’est la tendance, c’est ainsi, les stars des réseaux sociaux sont aussi des coachs sportifs ou des types qui se gonflent ou prennent des photos de leurs repas. La communauté des adeptes de la salle aime échanger des bons tuyaux sur Internet, mais aussi se retrouver toutes les semaines pour papoter. Comme pour n’importe quel autre sport, comme le remarque Philippe Guyon, ancien directeur du SUAPS à Dijon, le service universitaire des activités physiques et sportives qui a lui aussi bénéficié de l’essor monstrueux de cette pratique. « Les filles, notamment, aiment bien venir sur les mêmes créneaux horaires chaque semaine ». La salle comme vrai lieu de rencontre, un moment de détente. Georges Delgrosso, enseignant en musculation au SUAPS, valide la thèse et se félicite de l’engouement. Le service universitaire, qui est gratuit pour les étudiants et le personnel, a d’ailleurs pris 4.000 inscriptions depuis 2014, date à laquelle s’est ouvert sur le campus un espace de 130 mètres carrés pour 27 machines. Auparavant, la muscu se passait à la cité Maret en centre-ville. Dorénavant, c’est open 6 jour sur 7, les créneaux sont blindés et il y a des profs à disposition. « Au SUAPS, notre mission est d’accompagner les pratiquants afin qu’ils soient ensuite autonomes », précise Georges Delgrosso. Le

« J’ai des étudiants qui ont des deltoïdes énormes dont ils ne se serviront jamais  » Benoit Caritey, historien et sociologue du sport.

point important pour Carole Cometti, c’est que tout ce qui est muscu à la base, c’est fait pour préparer, dans le but d’exercer un sport. La muscu, ce n’est pas un sport, c’est une préparation spécifique pour être performant dans un sport. Louison l’avoue : « Le Crossfit, à la

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base, c’était pour la prépa du foot. Mais j’ai tellement aimé ça que c’est devenu mon sport. Même si je fais encore du foot et de la natation, je dirais que mon sport, c’est le Crossfit ». Un sport à part entière. C’est quoi ton sport ? La muscu… Tu pratiques quoi, toi ? Le tennis ? Non, la salle. La salle, c’est devenu un sport comme les autres. Un peu comme si un mec pratiquait la cuisine, mais sans se poser la question de ce qui va se passer quand il va manger.

Healthy way of life La muscu, ce n’est plus seulement un sport, c’est aussi un mode de vie. Quand on avait 18 ans, sans vouloir faire le vieux con, on jouait au foot, au basket, au tennis On pratiquait beaucoup et on pouvait même se considérer comme sportif : entraînements, matches. Mais je peux te dire qu’après l’entraînement et les week-end, on bouffait des gros kebabs, on buvait des bières et on fumait des... clopes à volonté. Ce qui n’est pas forcement malin, c’est juste un constat. Parmi tous les jeunes rencontrés pour cette enquête, pas un ne fume, ils évitent l’alcool au maximum, font très attention à leur sommeil. Pour Louison, ça fait partie du sport : « C’est un tout, si tu fais gaffe à tout ça, ça ira forcément mieux dans les études ». Et ils ont une alimentation contrôlée. Très contrôlée. Même si Romaric et Louison avouent un écart junk food de temps en temps « pour se faire plaisir », ils font très attention à ce qu’ils mangent. Romaric nous a donné rendez-vous chez Starbucks parce qu’il peut y trouver des boissons peu sucrées… Ah ouais ? chez Starbucks, sérieux ? « Pendant les périodes de sèche, je pèse ce que je mange ». Parce que ces jeunes ont une période de prise de masse et une période de « sèche ». Tout est sous contrôle, on vous dit. Il y a des temps pour faire du muscle, pour se gonfler, où il faut manger protéiné, et d’autres pour faire sécher le muscle, le rendre tonique, élégant, pas trop gras. Franchement, on voit que c’est sain, mais c’est pas très fun… ça doit pas être la fête de la vanne en soirée. Il faut ajouter à ça tous les compléments alimentaires. Ça, ça fait flipper la plupart des parents. Ça va de la « whey », la protéine basique à base de lactose, jusqu’aux mixtures obscures. Pendant la période pré-internet, mon frère devait commander ça aux USA, par correspondance. Maintenant tout est trouvable en boutique ou sur le net. Tout le monde reconnaît que les salles ne poussent pas à la consommation. Il ne faut pas en abuser, et comme pour les exercices, demander des conseils. Ça ne semble pas être l’ultime marché de la drogue. Mais attention, l’ANSES, l’Agence française de sécurité sanitaire « déconseille l’usage » de ces compléments (protéine de lait, créatine, DHEA, brûleurs de graisses) aux personnes « présentant des facteurs de risque cardiovasculaire » ou souffrant d’insuffisance


10 kilos pour un volant de bagnole ? Un peu lourd.

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Pouah ! J’suis paumé. On va dans quel sens ?

« Avant, le morphotype de la force, c’était Lino Ventura. Des gars avec un buffet énorme  ». Benoit Caritey, historien et sociologue du sport. 10 kil’ sur le fut’.

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L’apparence l’emporte sur la fonction . La force n’est pas le but. Paraître fort, c’est le but.

rénale, d’une altération des fonctions du foie ou de troubles neuropsychiatriques dans un rapport de 2016. Restez sains les jeunes ! Là où certains font hyper gaffe, d’autres continuent à faire n’importe quoi tout en se gonflant à mort. « Franchement, les étudiants ne savent pas se nourrir », se marre Georges Delgrosso du SUAPS. « On essaie de faire de la sensibilisation sur la nutrition avec AgroSup, l’institut des sciences agronomiques de l’université de Bourgogne ». Quelque part, c’est rassurant. Un autre mythe voudrait que ce soit dangereux de se muscler avant ses 18 ans, parce que le corps n’est pas encore « fini ». Déjà, l’hygiène de vie ultra saine joue. Ensuite, Carole Commeti balaie ces inquiétudes : « Ça peut stimuler la croissance. Il ne faut pas en faire trop, bosser sur le spécifique ». En gros, le problème, c’est que les gamins y vont comme des bourrins, pas qu’il sont trop jeunes. « Regardez les skieurs ou les gymnastes, ils font de la muscu pour renforcer, éviter de se blesser. Ça peut être utile, ça peut les protéger. Mais il faut adapter au sport du jeune ».

L’apparence l’emporte sur la fonction Que les jeunes veuillent être sains, qu’ils veuillent faire du sport, on peut le comprendre, même si on trouve ça un peu triste, la façon dont ils le font : dans une salle. Mais pourquoi est-ce qu’ils se déforment en se gonflant comme ça ? Benoit Caritey, historien et sociologue du sport, a une explication : « Le morphotype du sportif a changé. Le morphotype de la force aussi. Avant, c’était Lino Ventura. Des gars avec un buffet énorme. On ne cherchait pas à sculpter ». Selon lui, il y a un objectif qui est largement autant social que sportif. « La force n’a plus la même utilité sociale. Être musclé, avant ça servait au travail de l’homme de peine. Aujourd’hui, il y a moins de travaux de force, la force n’exprime plus une réalité sociale. Comme ça ne sert plus, on est passé dans l’esthétique de la force ». Benoit reconnaît facilement qu’ « un culturiste, malgré ses muscles, ne pourrait pas faire le boulot d’un docker » qui développait ses muscles

en fonction de ses besoins. On n’est plus dans le sport, on est dans l’apparence. Pour la muscu, selon Benoit, « l’apparence l’emporte sur la fonction ». La force n’est pas le but, paraître fort, c’est le but. « Maintenant, vous regardez les acteurs, c’est plus Ventura. Ils sont retravaillés à la musculation. Comme on se fait refaire le nez ou les seins. » Le rapport au corps a évolué, les canons esthétiques ont changé. La virilité s’est déplacée depuis longtemps, s’exprime par le haut du corps, le visible. Les gars se gonflent le haut et en oublient souvent le bas. On dirait les athlètes d’Asterix aux jeux olympiques. « C’est pas bon. Le haut c’est plus facile à développer. Le bas, c’est pourtant la partie du corps la plus éprouvée tous les jours, c’est important comme muscles », pense Carole Cometti. « J’ai des étudiants qui ont des deltoïdes énormes dont ils ne se serviront jamais » renchérit Benoit Caritey.

Éviter de se faire emmerder par plus balaise que soi Finalement, la musculation et toutes ses composantes ont changé d’utilité ces 10 dernières années. Il y’a une musculation dans un but de prépa physique, pour les sportifs, qui peut dériver vers des choses too much qui te font bobo si tu y vas comme un bœuf. Y aller comme un bœuf, c’est souvent ce que font ceux qui y vont dans un but social ou esthétique. Ceux qui en avait peut-être marre de prendre des gifles par de plus balaises qu’eux. On y va pour donner l’apparence d’un mec qu’on n’a pas envie d’emmerder, un mec bien dans sa peau. Romaric avoue que le fait de pratiquer la salle à haute dose lui a redonné confiance en lui. « J’étais plutôt timide, je me trouvais un peu gros. Les filles ? Maintenant elles me regardent plus sur la plage, c’est sûr. » On serait tenté de rajouter un petit paramètre psychologique à la question de départ. Louison : « Les filles, ça marchait déjà avant. Et j’ai pas l’impression d’être plus confiant. Je l’étais déjà pas mal avant ». Première catégorie pour lui. Deuxième pour Romaric. Ils se rejoignent en tout cas sur le fait qu’ils nous parlent de « leur corps » tout le temps. Comme si c’était leur meilleur pote, et avouent que leur génération pense plus à euxmême. Romaric assume : « Avant, les gens fumaient plus, buvaient plus, se musclaient moins… Mais est-ce que c’était mieux ? On sera peut-être moins malade ». Pas faux, mais moins drôle aussi. Les p’tiots s’en tamponnent d’être subversifs. Ils pensent à leur corps, à eux, et à aller à la salle. // C.W. et P.-O.B.

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L'OVNI TENDER, L'OVNI TRUE… Par Cédric de Montceau, au Creusot Illustrations : David Fangaia

Le XIXème siècle a vu naître l’incroyable inspiration de Jules Verne et le XXème, la solitude injuste de David Vincent. Aujourd’hui nous avons la chance de partager notre belle époque avec Raël et Sylvain Durif, le Grand Monarque et le Christ Cosmique, nos bienfaiteurs à tous. « Dieu a plusieurs maisons dans l’univers. Vous êtes tous frères. » Le marché alien est porteur et cynique. Loin des gourous, Sparse a déniché Sylvain Matisse, un ufologue en terre sainte du Creusot. La patrie de Claudie Haigneré. La vérité est ailleurs, frère !

Quand on me parle d’OVNI, les premières images qui me viennent à l’esprit sont : François Truffaut dans Rencontre du 3ème type et les pets sous la lune de Jean Carmet et Louis de Funès dans La Soupe aux choux. Je trouve le sujet aussi ridicule que séduisant. Ridicule parce qu’il n’est pas de bon ton de flirter avec les thèses complotistes ultra geekées du bulbe. Et séduisant parce que malgré tout, au fond de nous tous, on imagine aujourd’hui facilement qu’on ne peut pas être seuls dans ce putain de grand vide. Ce grand vide, c’est le cosmos, l’univers, l’espace. Ce grand innommable que la pensée actuelle délimite, incapable d’imaginer l’idée pure de l’infini. Une fractale, deux miroirs l’un en face de l’autre. L’image sans fin, je vais vomir… OVNI. Objet Volant Non Identifié. On peut aussi parler de PAN, Phénomène Aérospatial Non identifié. OVNI en français et UFO en anglais. Unidentified Flying Object. Il

est donc question d’objets. Volants en plus ! Après avoir épuisé tous les documentaires sur le sujet recommandés par mon Netflix, je me rends compte, évidemment, que les USA dominent une fois de plus le marché. Exopolitique New Age, illuminatis mal lunés, et autres brocardeurs de vérité. Après m’être fait mitrailler le cervelet par des Ricains tous bronzés et persuadés qu’« ils » sont parmi nous, je décide que le cinéma a assez duré. Il fallait que je trouve un gonze sérieux qui avait déjà mis le nez dans le caca. Grâce à Dieu, pardon à Google, j’ai trouvé un ufologue en BFC. Sylvain Matisse se définit comme un chercheur. Depuis 2008, il s’intéresse de près au phénomène « par passion et curiosité » en parallèle d’une activité pro dans le nucléaire. La bonhommie du personnage me rappelle celle de Bob Hoskins mais en survêtement. Le mec écrit même des

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bouquins mais il est méfiant parce qu’il sait que le sujet est souvent très vite singé et propice à la dérision. « Un ufologue est seul face aux données du problème et il doit se livrer au combat des idées, à commencer par les siennes. Information/désinformation, vérités/mensonges, interprétations/erreurs d’interprétation, indices/faux indices, voilà le sac de nœuds qu’il doit tenter de démêler. » Sylvain bosse son sujet. Il est méthodique et cruellement pragmatique. Certainement les meilleures qualités pour aborder la problématique et ne pas passer pour un gland dans les repas en ville quand on vous demande ce que vous faites dans la vie. « Il convient d’analyser les faits, histoire de voir si un objet se déplaçant à une vitesse grand V, de telle ou telle dimension, exécutant certaines manœuvres, pouvait être manufacturé de la main de l’homme ou pas.

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Certains phénomènes inexpliqués peuvent être en réalité naturels et confondus, pouvant tronquer l’interprétation. L’observation et sa nature, les faits proprement dits et la période de l’année d’étude, sont à prendre en compte pour un éventuel travail de reconstitution. Les évènements météorologiques et physiques, naturels, doivent être les points à étudier car certains récits de témoins peuvent induire en erreur l’enquêteur. Nous nous informons aussi sur le trafic aérien pour l’ère moderne et maritime le cas échéant, puis des rentrées atmosphériques, et prenons bien sûr en compte la carte du ciel astronomique incluant le passage de l’ I.S.S. (la station spatiale internationale) et les autres satellites, iridiums, etc. Si tous ces éléments ne permettent pas d’expliquer les observations, alors nous entrons dans le cadre de l’inexpliqué, voire de l’inconnu.


Roswell superstar ! Le nom de la ville est devenu l'une des plus célèbres manifestations supposées d’extraterrestres.

Des recherches complémentaires sont alors nécessaires. » Le type est bavard, mais passionnant. Il rationalise son activité, déconstruit tout ce qu’il collecte. « Il faut s’intéresser à la physique, à l’astronomie, à la chimie, à l’aéronautique et à bien d’autres choses ; je ne suis pas un scientifique c’est sûr mais je suis contraint de me documenter pour mieux comprendre ce que je découvre. Rassurez-vous, je suis aussi fan de Star Wars, de Cosmos 1999 et de Star Trek. Je suis de la génération Temps X des frères Bogdanov bien avant leur maladie ». L’acromégalie donc. En lisant son livre, OANI/OVNI, enquête, méthode et réflexion (édition Saint-Martin, 2016), j’apprends que les mers et les étendues d’eaux renferment aussi leur lot d’énigmes. OANI veut dire Objets Aquatiques Non Identifiés. U.S.O., Unidentified Submerged Object en anglais. « C’est pareil que dans le ciel, on observe des objets inconnus à des vitesses incroyables dans l’eau ! De quoi nourrir ma curiosité. » 70% d’eau sur cette foutue planète, ça laisse assez de place pour être discret sur terre ! Au doux pays des abréviations, j’apprends au passage que AVION est un sigle inventé par Clément Ader en 1875, pour désigner une série d’appareils volants. Appareil Volant Imitant les Oiseaux Naturels. C’est beau ! « Certains textes anciens et certaines œuvres d’art laissent présager que des observations insolites ont eu lieu depuis des siècles. Comme toujours le scepticisme s’invite si l’on considère que les croyances, les peurs ont bien pu alimenter l’imagination humaine, les cultures et traditions. Quelques tableaux controversés font réagir… » Sylvain fait référence à la fresque de La Crucifixion de Visoki Decani située au Kosovo, avec ses comètes volantes pilotées par l’œuvre des hominidés, datant de 1350. Il me parle également de Le Miracle de la Neige peint par Masolino da Panicale vers 1428, et de ses nuages lenticulaires ressemblant étrangement à des « flying saucers », en français des soucoupes volantes. Des éléments de l’histoire de l’art rupestre représentant des hommes casqués dans différents endroits du globe font aussi débat quant à leur interprétation. On ne parlera même pas des pyramides et des Incas… Il y a plusieurs cas historiques d’OVNI non-élucidés. Les faits qui font date dans la jeune histoire de l’ufologie sont nombreux mais les plus sérieux sont parfois les plus spectaculaires. La fameuse bataille de Los Angeles est le phénomène marquant de l’ère moderne : « Dans la nuit du 24 au 25 février 1942, au-dessus de Los Angeles, en Californie, aux États-Unis, un avertissement des services de renseignement de la marine de guerre des États-Unis annonce l'imminence d'une attaque japonaise sur Los Angeles dans les dix heures qui viennent. À cette époque, les États-Unis vivaient dans la crainte d'une offensive japonaise sur la côte ouest, à la suite de l'attaque

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de Pearl Harbor du 7 décembre 1941. À 19h18, l'alerte est donnée à la suite de l'observation de nombreuses lumières dans le ciel de Los Angeles. La DCA ouvre le feu, sans qu’aucun tir n’atteigne un seul avion. À la fin de la guerre, les Japonais ont déclaré n’avoir jamais envoyé de forces aériennes au-dessus de Los Angeles. Le mystère entourant les événements suscite de nombreuses rumeurs. En 1974, grâce à la loi américaine Freedom of Information Act, qui oblige le gouvernement américain à déclassifier les dossiers ne concernant pas la sécurité nationale, une note confidentielle du général George Marshall, adressée au président Franklin Delano Roosevelt, fut rendue publique. Le général y indique qu'il s'agissait d'avions non identifiés n'appartenant pas aux forces armées américaines. Il hasarde l'hypothèse d'un avion civil ayant délibérément tenté de semer la panique, mais n'explique pas comment un avion civil lent aurait pu échapper une heure durant aux tirs nourris de la DCA américaine, ni comment il aurait pu rester totalement immobile plusieurs minutes. Les tirs de la 37ème brigade ont consommé 1430 obus. Aucune bombe ne fut larguée, aucun avion ne fut abattu, aucune perte enregistrée. » La guerre semble marquer le point de départ de beaucoup d’observations et d’investigations mais vu le nombre de saloperies qui ont pu voler dans le ciel à cette époque, les enquêtes s’avèrent forcément difficiles. En 1947, la guerre est bien finie, pourtant une affaire célèbre fait grand bruit. L’affaire Roswell au Nouveau-Mexique. Aujourd’hui, elle a toujours autant de résonance. Pour les sceptiques, il s'agit seulement d'un mythe moderne maintenu par les mécanismes socio-psychologiques habituels de ce type de phénomène. Le gouvernement américain explique l'incident par l'écrasement d'un ballon-sonde destiné à espionner les

expériences nucléaires militaires soviétiques. Les partisans de la thèse extraterrestre soutiennent que l'épave retrouvée est celle d'un ovni extraterrestre, récupéré et dissimulé par les militaires. En raison des nombreux témoignages soutenant l'hypothèse extraterrestre à Roswell, l'écrasement et la récupération supposés d'un OVNI ont depuis évolué en phénomène de culture populaire. Roswell superstar ! Le nom de la ville est devenu l'une des plus célèbres manifestations supposées d’extra-terrestres. Depuis le mystère demeure, coincé entre railleries (faut dire que Jacques Pradel ne nous a pas aidés) et suspicions fumeuses et fumantes. Sylvain, lui, reste méfiant avec les thèses officielles parce que le mec « wants to believe ». Le sujet l’agace et pourtant il sait que c’est un cas d’école, voire LE sujet d’ufologie. « C’est un sac de nœuds encore une fois ! Il y a eu plusieurs déclarations différentes, au début Marc Brazel découvre un engin écrasé dans son champ, il appelle le shérif et la presse locale emboîte le pas, tout le monde se questionne… Ensuite l’armée est arrivée et les déclarations ont toutes changé. La controverse est une fois de plus dans l’interprétation et les versions édulcorées qui ont été données, avec leurs contradictions. Je pense que le secteur a bien été le théâtre d’expériences. Je pense qu’il y a bien eu un crash, maquillé ensuite en ballon sonde… S’il s’agit d’un objet de nature extraterrestre, c’est évident que les débris ont leur importance technologique, il fallait les récupérer et les étudier. Si c’est un essai foiré, il n’était pas question que ça s’ébruite. On est en pleine guerre froide, à cette époque ! » Je me remémore gentiment le fait qu’on n’a pas forcément besoin de gens venus d’ailleurs pour tartiner de la merde sur notre foutue planète. « À la fin de la guerre, lorsque le système nazi s’écroulait et que l’Allemagne était coupée en deux par le rideau de fer, les alliés et plus

« Les enquêtes sont compliquées.

Il faut arriver à faire le tri dans ce chaos d’informations, aujourd’hui les images sont de plus en plus facilement falsifiables. Il s’agit de dénicher une vérité dans un océan de conneries. »

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particulièrement les USA mettaient la main sur des plans, des informations, du matériel et même des ingénieurs. À l’est, les Russes n’étaient pas en reste et eux aussi ont bénéficié de récupérations. Les deux super puissances se sont ensuite livrées à une course acharnée pour s’approprier l’espace, c’est-à-dire la position stratégique et l’avancée technologique. Au Moyen Âge, l’avantage se situait en hauteur, ainsi des châteaux et forteresses ont été construits sur des collines ou des montagnes. Pour l’ère moderne, la stratégie n’a pas changé. La hauteur est celle de l’espace, les lunes, les stations spatiales sont les nouveaux points culminants. Vous imaginez l’ascendant sur vos ennemis ? » Si les grandes puissances sont hyperactives au-dessus de nos têtes, à l’abri de nos yeux et de nos oreilles, on peut facilement comprendre qu’il y ait des choses observées échappant au rationnel dans tous les pays du monde. « On sait qu’il y a eu des tirs de missiles antisatellites à une époque et peut-être que ça continue… L’espace doit-il être considéré comme un champ libre pour le combat ou non ? À ce jour nous ne savons pas ce qu’il se passe là-haut et si les règles existent, sont-elles respectées ? » La plupart des témoignages se ressemblent en terme de description. Soucoupes volantes, triangle lumineux, cigares volants, lumière intense, vitesse de disparition étonnante. Que ce soit un agriculteur, une mère de famille, des écoliers, des pêcheurs, des pilotes de ligne et des militaires, une large palette de terriens semble être concernée. Beaucoup de cas d’observation aux USA mais en France, la question est aussi prise au sérieux. « En 1999, après trois ans de travail d’un « comité privé » présidé par le Général Denis Letty, Jean-Jacques Velasco, maire de Montgiscard en Haute-Garonne, remet en main propre à Lionel Jospin, alors Premier ministre français, un document non officiel intitulé Rapport COMETA, suivi par la publication d’un ouvrage intitulé Les OVNIs et la Défense : à quoi devons-nous nous préparer ? Le rapport compile des cas français et étrangers étudiés depuis une soixante d’années, insistant sur les aspects qui concernent la défense nationale. Il a été publié en 2003. Vous trouvez le bouquin facilement sur Amazon ! » Les occidentaux pensent que si les petits hommes verts déboulent chez nous c’est parce qu’ils ont des velléités de colonisation, voire pour piquer nos énergies… Qu’en est-il de la diplomatie intergalactique ? « Je pense qu’ils n’en ont rien à foutre de la rencontre du 3ème type, ils préparent un grand projet de colonisation. Il vaut mieux trouver un moyen de faire perdurer notre espèce sur une autre planète, on est en train de bousiller la nôtre ! » On attend le discours de De Villepin à l’ONU le jour où les Martiens viendront nous demander si on a des armes de destruction massive en notre possession. Sécurité avant tout. Y’aura des interprètes ? Des petits fours ? Ça se passe comment ?

« En Bourgogne, il y a eu un cas vers Is-sur-Tille en juillet cette année. Plusieurs personnes ont vu une lumière orangée qui se baladait étrangement dans le ciel… Il ne faut pas oublier qu’il y a une base aérienne pas loin. D’ailleurs les militaires sont d’excellents observateurs, ils sont très exposés. Dans les années 70 en Bourgogne, on trouve des cas très intéressants d’observation, notamment celui du Colonel René Giraud qui fait un récit poignant de sa rencontre en mars 1977. Il raconte sa rencontre à 9.750 mètres d’altitude et à 1.000 km/h sur un Mirage IV au-dessus de Chaumont. Il explique comment il a été pourchassé par une lumière vive sans qu’aucun radar au sol ne le détecte. C’est intéressant parce que ce sont des observations venant de gens sérieux qui n’ont aucun intérêt à fabuler… Dans la région de Dijon, le jeudi 10 novembre 1977 à 7h15, un habitant de Corcelles-les-Monts, M. Jean Barbas, sous-chef de gare en retraite déclare avoir aperçu un « drôle d’engin » se déplaçant à très grande vitesse. Les gendarmes sont venus sur place pour entendre son récit. Cinq jours plus tard, la région de Dijon est survolée par des jets mystérieux. Cette fois il y a des dizaines de témoins et surtout des officiers et des hommes de la BA 102 de DijonLongvic. Ils décrivent un gros point lumineux accompagné de deux plus petits. Le lieutenant-colonel Archer, directeur des vols et commandant en second de la 2ème escadre de Longvic, déclare que plusieurs officiers et sous-officiers ont vu une « chose » mystérieuse dans le ciel à 7h45 ce jour-là. D’après lui, les conditions météorologiques étaient excellentes, il n’y avait aucune approche signalée sur les radars. Ce ne pouvait pas être un avion. Quatre jours après, ce sont les mêmes descriptions qui sont faites par des habitants de l’île d’Oléron ».

« Je suis de la

génération Temps X des frères Bogdanov bien avant leur maladie »

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Franchement les aliens ne venez pas, c’est la merde ici ! Vous allez vous faire dépouiller…

Je pourrais faire le catalogue de tous les témoignages que j’ai pu collecter avec l’aide de Sylvain mais ils sont froids et descriptifs, sans doute tapés avec un seul doigt par le gendarme local. Je pourrais éplucher pour vous les archives du GEIPAN (Groupe d’Études et d’Information sur les Phénomènes Aérospatiaux Non Identifiés) qui dépend du CNES (Centre National d'Études Spatiales) mais ça ferait beaucoup d’initiales déjà trop présentes dans cet article. Manifestement, il est reconnu par nos dirigeants politiques et militaires que les OVNIs ne sont pas des hallucinations collectives. Quant à savoir si ces objets volants sont habités par des aliens, c’est une autre histoire. Jodie Foster dans Contact disait : « Si vraiment nous sommes seuls dans l’univers, ce serait un immense gâchis. » Une rencontre extraterrestre officielle aurait un impact puissant sur la société. Probablement de quoi nous éveiller à d’autres horizons et à des espoirs nouveaux à faire fleurir. À moins qu’un « humanisme planétariste » gangrène l’affaire fissa… Franchement les aliens ne venez pas, c’est la merde ici ! Vous allez vous faire dépouiller… Je retiens de cette rencontre des kilomètres de cas d’observation troublants, des thèses alléchantes, plus ou moins convaincantes, une méthodologie scrupuleuse, une incrédulité chirurgicale, une obstination humble, une noble paranoïa. « Le domaine est marécageux, nous sommes des aventuriers, je continue de chercher et d’archiver avec ma compagne. Les enquêtes sont compliquées. Il faut arriver à faire le tri dans ce chaos d’informations, aujourd’hui les images sont de plus en plus facilement falsifiables. Il s’agit de dénicher une vérité dans un océan de conneries. Le dossier OVNI/OANI serait certainement davantage pris au sérieux s’il n’était pas plongé dans une cacophonie absurde qui le discrédite. » // C.D.M.

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Man Wine

VS

On a tenté le stage de survie en Bourgogne. Par Franck Le Tank, dans les Hautes-Côtes de Nuits Illustrations : Michael Sallit

La survie, c’est méga à la mode. Au départ, on a vu Tom Hanks dans le film, puis Bear Grylls le balaise. Maintenant, il y en a pour tout le monde, même pour les pécores comme nous. C’était l’occaz’ rêvée de retourner à l’état sauvage tout en restant pas trop loin de chez nous…

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Ç

a vous est déjà arrivé de survivre à un crash d’avion et de vous retrouver seul au milieu d’une forêt sans téléphone, sans vivres, sans rien ? Ben moi non plus, mais je me prépare au pire, car c’est comme ça la vie moderne, la vie sous le régime Macron, en marche ou crève, un peu comme un roman de Stephen King sans clown mais avec le couteau entre les dents, prêt à tout pour se maintenir à flots. Grâce au stage de survie que je vais vous narrer maintenant, je pourrais (presque) subsister au cas de figure précédent. Prends ça dans les babaches, Mike Horn.

Tu connais le topo ? Le rendez-vous est pris : 9h samedi matin sur le parking de Reulle-Vergy, dans les Hautes-Côtes de Nuits pour une balade un peu particulière de 24h dans les bois. Ok, je sais, Reulle-Vergy, c’est pas l’Amazonie mais faut bien faire avec ce que l’on a dans le coin, et étant donné mes connaissances en milieu forestier sauvage, cela me convient très bien. Cependant, pour corser un peu le niveau du stage, j’ai décidé de sortir la veille, de m’alcooliser et de dormir très peu, histoire d’être bien à fond. D’ailleurs, cela se vérifie très vite car je me pointe avec 20 minutes de retard au rendez-vous. Damien m’attend, c’est un ancien sergent parachutiste et il sera mon professeur de survie avec les 8 autres candidats de ce stage aux accents de Koh-Lanta. Après un bonjour rapide, je m’occupe de mon paquetage. Damien me refile une ration de survie de l’armée, le grand luxe pour moi qui n’avais pas eu le temps de petit-déjeuner. Je récupère également une gamelle, un couteau, une bâche, une carte, une boussole, une lampe frontale ainsi qu’un litre et demi de flotte. Sans oublier le duvet rapporté par mes soins et pas du tout adapté à la saison. Je sais ce que vous vous dites : ce mec est aussi équipé que pour taper deux semaines sur le GR20, ce à quoi je vous répondrai que la survie niveau 1, ça se prépare mon p’tit

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monsieur. Après seulement quelques mètres, Damien nous montre que l’on peut manger un peu tout lorsque l’on se retrouve dans la nature, à condition de savoir ce que c’est. « Si tu connais pas, tu manges pas ». Me voilà donc en train de déguster des orties à 9h30 un samedi matin. Pas mauvais ma foi, mais un peu léger pour remplacer un english breakfast. Pas le temps d’imaginer les saucisses ruisselantes de sauce Worcestershire, puisque nous sommes déjà sollicités pour nous orienter sur la carte IGN. Pour les plus grands fans de course d’orientation, ce n’est peut-être qu’un détail, mais pour moi, à 9h45 ça veut dire beaucoup… d’abnégation. Tu te rappelles comment on oriente la boussole ? Comment on lit une carte IGN ? Que veulent dire toutes ces lignes concentriques ? Personnellement mes souvenirs ne sont pas frais et cela permet au groupe d’échanger, et de se rapprocher rapidement dans l’adversité. Je fais équipe avec une nana qui a l’air aussi douée que moi, probablement pas une fan des balises de l’époque. Si seulement je pouvais enclencher Google Maps... Merci Bouygues Telecom et son zéro réseau dans les Hautes-Côtes. Heureusement, dans le groupe on a aussi un couple père-fils de ferrailleurs qui ont fait le chemin depuis Vichy, et qui ont l’air sacrément à l’aise dans la forêt. Ils prennent le lead jusqu’au premier point-relais, sous le regard approbateur de Damien.

Règle n°1 : Ne pas toujours croire les trucs de grandmère Damien, c’est le genre de mec que tu débarques au pôle nord avec un slip de bain pour tout vêtement sans une brosse à dents et que tu vois rappliquer le lendemain après-midi au bord de ta piscine avec le sourire jusqu’aux oreilles, les poches bourrées de pesos (cette expression issue du film En Terrain Miné est également valable pour Steven Seagal période 80-90). Ce qui est bien avec lui, c’est qu’il a la vulgarisation facile. En plus de te donner des tips et astuces pour te

repérer, il te raconte les trucs qui ne marchent pas du tout comme poser la boussole sur la bagnole. Comme les gendarmes font avec Corinne Touzet dans les séries nulles, sauf que le métal ça te fausse ton nord géographique et


Les heures avancent, et on a l’impression de développer des skills de malade, un peu comme Bear Grylls quand il échappe à l’ours polaire dans la première saison. 35


Damien me refile une ration de survie de l’armée : c’est Byzance, même chez moi, je n’aurais pas rêvé mieux.

que t’es de la baise pour retrouver ton chemin dans le bois. Par contre, pour s’orienter, ce qui est un peu la base de la survie, on peut se fier au soleil. En prenant sa montre, si on en a une, et en déterminant l’heure solaire (une heure de moins que l’heure actuelle en été, et deux en hiver) ou en reproduisant un cadran solaire sur le sol on peut retrouver le nord easy. Par contre, Damien nous explique que la mousse sur les arbres qui indique le nord, selon les dires de nos grands-mamans, n’est pas forcément un truc qui marche : « les conditions d’ensoleillement et d’humidité jouent un rôle majeur, et je ne parle pas de l’hémisphère sud ou de la jungle, où tout pousse partout ». Ah oui forcément vu comme ça…

Et qu’est-ce que l’on dit au gentil braconnier ? Les heures avancent, et on a l’impression de développer des skills de malade, un peu comme Bear Grylls quand il échappe à l’ours polaire dans la première saison. Nous, on fait des pièges de fou pour choper des lapins de garenne, c’est pareil. Enfin, pas tout à fait, car braconner c’est interdit en France, et il vaudrait mieux pas que l’on se fasse choper par l’ONF ou autres Walker Texas Rangers des forêts. Mais pour Damien, c’est quand même important de nous montrer, en cas de survie, comment ça se passe. J’en profite pour aborder la question des survivalistes avec lui. Vous savez, ces mecs bas-dufront, à la limite du faf, qui se préparent à l’éventualité d’une fin du monde en accumulant des boîtes de haricots dans un abri anti-atomique tout en tenant des

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discours débiles. Pour Damien, rien à voir avec son activité, le but du stage ici « est de montrer que la forêt peut être un endroit inhospitalier qui a ses règles. Si vous êtes confrontés un jour à une situation dangereuse, j’espère que mon stage pourra servir ». Effectivement rien à voir, ce n’est pourtant pas la première fois que l’on fait le rapprochement entre son activité et les survivalistes adeptes de théories fumeuses. « Quand j’ai lancé ma boîte Time on Target, les gendarmes sont venus me voir pour vérifier ce que je faisais. En tant qu’ancien militaire, ils se sont posés quelques questions sur mes intentions ». Cependant Damien ne pense pas à mal, au contraire, il partage son goût pour la nature, il est d’ailleurs

aujourd’hui référent pour des émissions de télé-réalité célèbres basées sur la survie. « C’est sûr que c’est un effet de mode télévisuelle qui attire les gens aux stages ».

De la flotte et des joues de porc pour John Rambo La matinée se passe entre apprentissage et randonnée tranquille, la pluie nous guette, elle a été annoncée de longue date mais pour l’instant on passe à trav’. Vers les 13 heures, mon bide commence à crier famine, heureusement on s’arrête pour entamer le module « eau ». La journée de stage, vous l’avez sans doute compris, est divisée en modules d’apprentissage avec


la topographie n’est pas son fort, et comme elle me confie que son sens de l’orientation est très approximatif, je décide de lui demander par instinct où elle irait. En prenant l’inverse de son conseil, nous voilà à nouveau sur le bon chemin. Efficace. On passe donc à la vitesse supérieure avec la tyrolienne. Contrairement à ce que l’on peut penser, la tyrolienne c’est pas le truc marrant que l’on fait gamin pour traverser des bacs à sable (ça c’est une poulie), ou le mec qui chante sur les montagnes suisses (ça c’est Eric des Musclés). La tyrolienne, ici, consiste à tendre une corde au dessus d’une étendue d’eau ou d’un truc dangereux pour passer en toute sécurité. Bon, le truc que j’ai pas compris de prime abord, c’est qu’il y a quand même bien quelqu’un qui doit se bourrer de passer le rapide ou le ravin pour attacher la corde de l’autre côté, mais bon passons. Ce module n’est vraiment pas évident, outre la batterie de nœuds qu’il faut connaître pour fixer la tyrolienne, il faut par la suite grimper dessus en cochon pendu, puis se retourner à la force des bras, passer la corde entre ses parties intimes sans finir eunuque avant de traverser à même le vide. Perso, je n’étais pas très chaud pour le faire. J’aurais dû suivre l’exemple d’un autre participant, un informaticien venu lui aussi avec son fils, et qui nous a évoqué un sombre problème d’épaule (on peut d’ailleurs légitimement se demander pourquoi ils viennent tous avec leur fils, visiblement toutes les mères de familles offrent un doublé survie à leur rejeton et leur mari pour passer un week-end pépouze avec le facteur). Pour en revenir à cette tyrolienne, touché tout de même dans mon ego surdimensionné, j’ai essayé de franchir l’obstacle avant de m’arrêter à l’étape 2, c’est-à-dire juste avant de me vautrer comme une merde.

Outre la batterie de nœuds qu’il faut connaître pour fixer la tyrolienne, il faut par la suite grimper dessus en cochon pendu, puis se retourner à la force des bras, passer la corde entre ses parties intimes sans finir eunuque avant de traverser à même le vide. Perso, je n’étais pas très chaud pour le faire. différents pôles d’enseignements majeurs. La flotte en fait bien évidemment partie. Le postulat de base étant : comment trouver de l’eau quand on n’en a pas. Bon, en l’occurrence j’ai 1.5 litre dans mon sac que je dégomme allègrement. Autant vous dire que je n’ai rien écouté du pourquoi du comment on récupère de la flotte si on n’a pas de Cristalline… J’ai un peu de mal à me concentrer, surtout que ma ration de survie me fait méchamment de l’œil. J’attends sagement la fin du module pour me ruer sur mon en-cas, un peu à la manière de Solid Snake dans Metal Gear Solid pour les plus geeks d’entre nous. En ouvrant le carton, je tombe sur une quantité de bouffe incroyable, des barres vitaminées, des gâteaux secs sucrés et salés (infâmes au passage), du potage, du fromage fondu, du thon à l’escabèche, des compotes, du bœuf en salade… J’ai même un réchaud de poche pour faire chauffer mon plat principal : de la joue de porc en raviole. C’est Byzance. Même chez moi, je n’aurais pas rêvé mieux, c’est un peu comme si Paul Bocuse venait me servir dans les bois. Je garde le chaud pour le soir et commence à déguster différents mets raffinés, Damien nous explique que ce sont des rations de l’armée qui sont destinées aux militaires à l’étranger, avec lesquelles les soldats peuvent tenir au moins 3 jours. Bon, le club des petits gros s’en chargera en 24 heures, la randonnée ça creuse… Malheureusement Damien n’a pas pensé au module digestion dans sa journée, vous savez, l’activité qui consiste à bailler aux corneilles en se racontant des souvenirs. Il nous reste de la route à faire pour atteindre notre camp pour la nuit, sachant que l’on doit encore apprendre à monter notre abri, créer une

tyrolienne et faire du feu. Easy Peasy, comme dirait nos voisins anglo-saxons.

Bed and Breakfast dans la forêt de Sherwood « Comme on fait son lit, on se couche », vous connaissez probablement ce proverbe d’un ancien temps, qui prend malheureusement tout son sens dans les bois, en particulier quand vous n’avez pas de tente. Car comme je le mentionnais en préambule, la bâche que l’on a dans notre sac sera notre « sleeping bad » (analogie de « sleeping bed », expression déposée par moi-même à l’INPI). Il est donc important de savoir comment l’installer avant qu’il ne fasse nuit noire. Comme d’hab’, Damien nous fait ça comme un chef en deux temps trois mouvements, entre deux arbres. Il est important de considérer le vent (pour ne pas être trop exposé), et de se construire 4 piolets à base de noisetiers, histoire de bien maintenir la base, un peu comme vos sardines de tente 2 secondes en festoche. Une fois que cela est monté, on cherche de la mousse pour installer son nid douillet pour passer la nuit, mais nous aurons l’occasion de revenir sur ce point un peu plus tard… Nous continuons nos pérégrinations en forêt, la digestion et mon manque de sommeil commencent à se faire sentir, et pour en rajouter une couche, c’est à mon tour de m’occuper de la topographie avec ma collègue Cécilia. Cécilia, c’est le genre de nana sportive, fondue de crossfit (ce sport estampillé par Reebok qui a remplacé la zumba dans les salles de sport), et désireuse de se dépasser dans les activités. C’est d’ailleurs pour ça qu’elle s’est inscrite. Malgré son expérience dans les bois,

Je te fais le feu ! La journée continue et je dois avouer qu’elle passe bien plus vite que dans mes pires appréhensions. Et puis, il faut dire que l’on arrive sur l’activité

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phare, celle dont tout le monde m’a parlé avant le stage : apprendre à faire du feu ! Bien évidemment, il commence à flotter juste à l’évocation de ce nouveau module, de quoi rendre la tâche un peu plus ardue. Alors c’est simple, pour faire du feu, il faut : de la paille sèche, des herbes sèches, de la brindille sèche et du bois sec. Bref, des trucs secs. Quand il pleut c’est le plus dur à trouver. Nous voilà repartis en groupes de trois pour rassembler tout ça. Deux façons de faire un feu sans briquet : la technique de l’archer (ou celle du bout de bois qui tourne dans une cavité, le genre de truc impossible où même McGyver galère) et

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l’autre, à savoir frotter son couteau contre un firestarter, ou plus communément une pierre à feu. En gros, on frotte le magnésium avec le couteau, ce qui va créer des étincelles et permettre à la paille de prendre feu, puis aux brindilles, puis au bois. Sur le papier, aucun problème. Le problème ici, c’est la fucking pluie. Il est super difficile de trouver de la paille ou de l’herbe sèche. Après une demiheure d’essais infructueux, j’hésite une seconde à prendre le briquet que je viens de retrouver dans ma poche. Comme je sens que le truc n’est pas très Coubertin, on continue un peu, jusqu’à réussir à faire prendre la paille. Mais c’est là que

les problèmes arrivent. Il faut être très attentif à ne pas recouvrir le feu trop tôt, sinon c’est le fail assuré. Selon Damien, « le feu doit tenir 5 minutes, avant de savoir si celui-ci va être pérenne pour des heures ». À force de travail, on obtient le résultat escompté, avec une belle dose de fierté. Et puis on éteint le feu avant de repartir, frustrés. Il est temps d’installer notre camp pour la nuit.

Un soir au camp d’été… Le voilà le gros morceau du stage : dormir dans la forêt fin octobre sans tente, de quoi calmer les lecteurs qui doivent


Je ressens mes lacunes en pleine nature. J’en chie comme un Russe pour trouver de la mousse, avant d’arrêter de regarder par terre pour me rendre compte qu’elle pousse en abondance sur le tronc des arbres.

penser qu’à ce stade là de l’article, j’étais en vacances dans les bois ! On s’enfonce un peu plus dans la forêt pour trouver un endroit à l’abri, c’est-à-dire loin d’un chemin balisé, et suffisamment couvert en cas de pluie, pluie qui a d’ailleurs fini par se calmer depuis l’épisode du feu. En arrivant sur le site, on met en action les cours de l’aprèm. On installe nos bâches par binôme, c’est d’ailleurs le moment de vous présenter mon nouveau collègue, celui avec qui je vais avoir l’honneur de passer la nuit : Gérard ou Gégé pour les intimes que nous ne sommes pas (encore). Gérard est un médecin généraliste de 71 printemps, qui aime dépasser ses limites. Adepte du saut en parachute et ancien médecin pénitentiaire, il vit pour l’adrénaline. Un peu comme moi, mais en plus prononcé quoi. Malgré des talents évidents de survie, notre aventure pour fixer la bâche n’est pas si bien partie que ça. On galère à mort pour attacher le truc et mes pauvres piolets taillés dans le noisetier, qui font pourtant le taf, ne satisfont guère Gérard qui part dans un complexe procédé de calage à base de troncs d’arbres. Qu’à cela ne tienne, je m’affère à trouver de la mousse avant que la nuit tombe. Je n’ai pas peur de dire que je suis carrément citadin, mais là je ressens clairement mes lacunes dans la nature, et j’en chie comme un Russe pour trouver de la mousse, avant d’arrêter de regarder par terre pour me rendre compte qu’elle pousse en abondance, et au sec, sur le tronc des arbres ! Cette réflexion, pourtant simple m’a pris tout de même bien 10 minutes. Je prépare désormais mon lit de mousse à la frontale. Gérard, qui cogite toujours à plein tube sur son système, me dit qu’il n’a pas besoin de mousse. Chic, je me fais un matelas digne d’un Bultex ©. Pendant ce temps,

mes collègues plus alertes, aka la famille de ferrailleurs Damien et Cécilia, ont déjà réussir à faire partir un feu. On peut enfin tous se retrouver autour du brasier pour la collation. À moi les joues de porc qui me faisaient de l’œil depuis le matin ! Le repas se passe dans le calme, on est tous un peu fatigués de la journée, même si on n’a pas énormément marché, environ 15 km. Il fait désormais nuit noire, on profite du feu pour réchauffer potages et autres denrées. Le litre et demi d’eau s’est tari et je me dois de les provisionner pour la nuit. Pas d’harmonica ou d’histoire type chair de poule, après le repas tout le monde part se coucher. Demain, debout 5h30 pour lever le camp.

When the night has come … Lorsque l’on s’enfonce dans son duvet, on a peur, peur de se les cailler à mort, peur d’être mouillé par le sol qui à défaut d’être détrempé, est bien humide. Par contre, je suis très agréablement surpris par la mousse. Cela permet de conserver le corps au sec, et même d’apporter une certaine forme de confort. Les premières minutes, on est galvanisé par le bruit du vent dans les feuilles, par le sentiment, un peu cucul de plénitude qui nous entoure. « On n’est pas grand-chose, hein Gégé ? » Et puis ensuite, ben on a froid. Ok, ce n’est pas la mort car ce mois d’octobre a été plus que clément mais une nuit à 8 degrés, c’est quand même pas la fête. Damien nous l’avait dit : « il y a de grandes chances que vous dormiez par intermittence ou pas du tout ». Heureusement vu mon état de fatigue, je me place dans la première catégorie. Ce qui est bien avec ce genre de nuit, c’est que le réveil se passe sans accroc,

pas de place pour les grasses mat’. Après avoir ravivé le feu, on s’assoit ensemble pour parler des expériences plus ou moins traumatisantes de la nuit passée en partageant un café lyophilisé avec un goût pas des plus légaux (les amateurs reconnaîtront). Pour les plus accrocs à l’hygiène, et pour ceux auxquels il reste un peu d’eau, on peut même se brosser les dents à la cendre froide, qui représente une excellente pâte à dent. Après quelques minutes de torpeur généralisée, on doit tout de même plier rapidement et faire le chemin inverse… À la frontale. Hé oui, il fait encore nuit noire et on s’est pas mal enfoncés dans le bois pour trouver notre coin douillet. Après une heure de marche accompagnée d’un superbe crépuscule, le soleil pointe le bout de son nez. On discute avec les participants comme si on les connaissait depuis un moment, des camarades de galère avec qui on voit le bout du tunnel ! Avant de retrouver nos voitures respectives et de retourner à la civilisation, Damien me demande comment ça s’est passé et me lance un petit « ça te tente de venir faire la survie niveau 2 ? Ça se passe en février, cette fois on part sans sac, sans eau, sans bâche. Juste avec un couteau. » Je me laisse le temps de la réflexion… En attendant, je retrouve la civilisation avec un regard neuf, ces routes grises et ces gens bruyants, acculés par des problèmes futiles. Je me dis que plus jamais je n’irai dans un centre commercial, ces palais consuméristes. Avant de passer devant le Super U de Fixin et de voir sa promo sur les pains chocos, trois pour le prix d’un. Demitour rapide, je klaxonne une vieille qui gueume au feu rouge, avant de poser un frein à main sur le parking. Que voulezvous, il faut bien survivre. // F.L.T.

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SORG MADE IN

Par Sophie Brignoli, à Nevers Illustrations : Loïc Brunot

BESANGELES À l'affiche du festival Nevers à Vif en novembre dernier, Sorg présentait son nouveau live électro hip-hop Push. Alors qu'il continue de tourner aux côtés du rappeur américain Napoleon Maddox, le beatmaker bisontin s'est aussi concentré sur son projet solo. Sélection pour les Inouïs de Bourges, sortie d'un EP en juin, Léo Dufourt revient avec nous sur cette année charnière et son parcours de producteur made in Besançon.

Avant de devenir beatmaker, tu faisais déjà de la musique ? J'ai grandi dans une famille de musiciens et pris dix ans de cours de guitare... Ado, j'étais à fond dans Nirvana et le blues rock des années 70. Un jour, mon grand frère m'a branché sur le Wu-Tang, Gang Starr... Boom bap quoi. J'en ai bouffé jusqu'à mes 16 ans. Et puis il m'a installé le logiciel Ableton. J'ai commencé par faire des boucles et des instrus tout seul chez moi, et vu que je galérais à trouver des rappeurs, j'ai fini par me dire que je pouvais aussi bosser tout seul. À l'époque, les beatmakers sortaient des albums solo : RJD2, Dj Shadow, J Dilla… Plus tard, je me suis intéressé à la musique électronique, et j'ai commencé à incorporer des synthés dans mes instrus hip-hop. À quel moment t'es-tu dit que cela allait être ton travail ? Depuis gamin, en fait. À 8 ans, je commençais la guitare et à 10 ans, je savais que je voulais faire ça. La première fois que je suis allé aux Eurocks avec mon père j'avais 11 ans et depuis j'ai pas loupé une édition ! En y allant, j'ai découvert

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plein d'autres styles : le reggae, les musiques du monde... J'ai eu un peu trop envie de tout faire à un moment, j'avais un projet salsa, puis un groupe de rock, ensuite de stoner... Alors quand Sorg a commencé à marcher il y a 5 ans, j'ai choisi de me focaliser là-dessus. Ton premier EP Préface est sorti en 2012. Quelques mois après, tu as sorti un EP avec ton ami et producteur de Besançon Zerolex, et Fakear, encore inconnu à l'époque. Quel regard portes-tu sur sa carrière  ? On est toujours attentif à ce qu'il fait, et ça fait bizarre de se dire qu'il débutait il y a 5 ans. Apparemment c'est la folie pour lui maintenant. Le téléphone sonne tout le temps, il joue partout. Je ne suis pas jaloux ni envieux, plutôt surpris et content pour lui. Moi je ne cours pas après ça, je suis déjà hyper heureux de me lever le matin et de pouvoir faire de la musique. On n'a pas le même parcours c'est sûr, mais je suis satisfait du mien.


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Comment a débuté ta collaboration avec le rappeur de Cincinatti Napoleon Maddox ? Quand je préparais mon deuxième EP 16 Diamonds je cherchais une voix anglophone. Je connaissais le groupe de Napoleon Maddox, IsWhat ?! et j'avais entendu son featuring sur un morceau de Lilea Narrative. J'ai donc envoyé plusieurs mails, à lui et à d'autres rappeurs. C'est un des seuls qui a répondu rapidement et positivement. Après un mois de discussion, on a enregistré le morceau Wild West. Mais comme je travaillais encore à l'époque, c'était compliqué de m'investir avec Napoleon et sur le projet solo en même temps. Alors on a travaillé avec Napoleon pour sortir Ribbons ans Razors en 2014 et Soon en 2016. Je suis revenu cette année à mon projet solo Sorg avec la sortie de Push en juin dernier.

Votre projet à deux marche-t-il mieux en France ou aux États-Unis ? Ici, mais ça fait aussi trois ans qu'on tourne en France. Sans compter le fait que Napoleon a une actu avec IsWhat ?! et moi avec Sorg, donc cela sert notre projet à deux. En ce moment, il prépare un nouvel album avec son groupe. C'est un hyperactif de la musique. Quand il est en France, il va voir beaucoup de concerts, passe à Paris voir son pote Gaël Faye. Il a de nombreux contacts et pour moi qui débutaiS, j'ai beaucoup appris avec lui. Il faut dire qu'il vient jouer ici depuis 11 ans. Il connaît toutes les salles dans lesquelles on joue, que moi je découvre ! Au début, son nom m'a apporté de la crédibilité parce que c'est un rappeur américain, c'est con mais c'est comme ça... En tout cas ça nous a aidés à tourner.

Vous travaillez à distance avec Napoleon ? Au début, oui. Je lui envoyais la musique, il enregistrait sa voix et je récupérais le tout. C'était tout de suite parfait, rien à redire donc rien à retravailler. Ça l'est toujours d'ailleurs, mais comme maintenant on tourne ensemble, on prend toujours quelques jours off à Besançon pour bosser à la Rodia. On créé sur place : j'arrive avec de la matière, lui avec ses idées, il gratte un peu et on enregistre le soir.

Besançon compte d'autres beatmakers comme toi notamment, Zerolex, YoggyOne, Lilea Narrative et Zo qui forme aussi le projet Cotton Claw. Peut-on parler d'une véritable scène bisontine ? Oui, c'est une vraie scène qui existait déjà bien avant nous avec Miqi O. et Zo. Lilea Narrative, lui, est Caennais mais il vit depuis 6 ans à Besançon. Quand ils sont passés aux Eurocks, le phénomène a pris de l'ampleur et puis Miqi O. a commencé à faire des master class... Avec Zerolex, nous avons fait le premier stage en 2011. Bien qu'il tourne peu en France, Miqi O. est un beatmaker très connu à Besançon, et il forme des jeunes en organisant plusieurs ateliers par an. Donc ça fait 5 ans qu'on a de nouveaux beatmakers qui arrivent à la pelle. Là, il est presque en train de créer une armée ! Je pense aussi qu'il est content de voir que ça marche pour nous, ses premiers élèves. Parce qu'on est beaucoup de beatmakers mais on est très peu à en vivre.

«estDetout Besançon on de même 6

beatmakers à être professionnels. On a apporté notre petite touche musicale à la région. On appelle ça Bestown... Miqi O. et Zo ont lancé ça, ils le gueulaient dans leurs paroles. Ils disaient aussi Besangeles. »

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C'est quand même une niche, le beatmaking, non ? Peut-être, mais à l'échelle de Besançon, on est tout de même 6 beatmakers à être professionnels intermittents, c'est pas mal ! Mais c'est vrai que les grands frères ont préparé le terrain. J'étais fan d'Electrons Libres avec Zerolex (ndlr : le projet hip-hop de Miqi O. et Zo), ça te donne des envies, des idées. Puis on se croise en concert, on se soutient et forcément on s'influence. On a apporté notre petit touche musicale à la région. On appelle ça Bestown... (rires). Miqi O. et Zo ont lancé ça, ils le gueulaient dans leurs paroles. Ils disaient aussi Besangeles. C'était marrant cette idée de vouloir américaniser la ville mais c'était surtout pour montrer qu'il se passait un gros truc. Le style est en tout cas bien représenté dans le coin, tout le monde joue le jeu. On passe au festival Détonation, à La Rodia....


«

Ça fait un moment que j'ai compris que tout seul sur scène quand tu fais du beatmaking, les gens peuvent très vite se faire chier. Avec Napoleon Maddox, je n'ai pas ce problème. » Est-ce que les structures locales ont joué un rôle important dans le développement de ton projet ? On a un lieu magique ici, c’est les locaux de répétition du Bastion. Je n'y vais plus trop car je bosse chez moi depuis, mais c'est grâce à cet endroit que Besançon résiste au niveau de la musique. Ce sont les punks qui avaient investi illégalement le lieu pour répéter au départ et ils se sont structurés en association. Aujourd'hui c'est un espace où tu as dix locaux fixes et tournants en pleine ville. Tu payes 4€ de l'heure, c'est rien... C'est un vrai vivier social entre musiciens, avec plus de 600 inscrits et près de 200 groupes. Le Bastion et La Rodia m'ont pas mal aidé, c'est vrai. Miqi O. aussi. Je suis devenu l'un des principaux squatteurs de La Rodia ces dernières années, en enchaînant les résidences là-bas. Tu as été sélectionné par le dispositif de repérage d'artistes les Inouïs cette année, ce qui t'a permis de jouer au Printemps de Bourges. Ça a été un vrai tremplin pour toi ? Ça m'a apporté quelques dates, venant principalement des pros qui m'ont vu jouer là-bas. Mais ce qui est vraiment dingue, c'est la carte de visite. Le fait que ce soit écrit sur mon CV me permet d'avoir bien plus de réponses aux mails et coups de téléphone. Comment a été accueilli la sortie de ton dernier EP Push en juin dernier ? L'accueil des médias a été bon. Tsugi, Radio Fip et pas mal d'autres radios ont aussi diffusé le morceau. J'avais pris pour la première fois une boîte de promo à Paris, ça m'a coûté cher mais les résultats sont là. Et quand j'ai vu que j'étais pris à Bourges, j'ai avancé la sortie de l'EP pour que les choses s'enchaînent. Je voulais rebondir tout de suite après. Je bosse aussi avec La Cellule, une nouvelle boîte de booking à Besançon. Ils sont venus avec moi à Bourges, on n'a pas arrêté de serrer des mains, de discuter, ce qui nous a permis de trouver quelques dates. Je vais pouvoir me focaliser maintenant sur la sortie de notre album avec Napoleon prévu pour février 2018. Je viens de nous trouver un nouveau tourneur et le premier single est sorti le 1er novembre avec le clip Security que j'ai fait de A à Z. On a trouvé une caméra toute pourrie pour le tourner en arrivant aux États-Unis. Parce que tu vois, c'est pareil : ça coûte trop cher et on a plus les budgets pour faire des clips.

Tu fais un peu tout finalement, c'est pas trop compliqué ? Et je fais même les newsletters, mais je trouve pas ça chiant. Comme je suis intermittent depuis un an et demi, je peux vraiment me consacrer à la musique et j'en suis très heureux. Que ce soit avec Sorg ou Napoleon Maddox, j'avance. Et puis j'apprends et je kiffe car en même temps j'ai la chance de pouvoir vivre de mon art. Napoleon est obligé d'avoir un job aux USA parce que l'intermittence n'existe pas là-bas. Quand je me lève le matin, j'ai envie de faire plein de trucs : de la zik c'est sûr, mais aussi du mailing, du graphisme, de la vidéo. J'attends pas après les autres, j'y vais. Les gens veulent des clips alors on se démerde. Sur scène, tu utilises un contrôleur pour commander les sons, les rythmiques, les effets... Tu l'as délibérément incliné en direction du public, pourquoi ? Ça fait un moment que j'ai compris que tout seul sur scène quand tu fais du beatmaking électro, les gens peuvent très vite se faire chier. Avec Napoleon Maddox je n'ai pas ce problème. C'est pour ça que j'ai aussi travaillé un show lumière et une scéno pour le live de Push. Et puis je suis pas DJ mais beatmaker : je ne passe pas des morceaux, je les joue en live. C'est la raison pour laquelle j'ai créé ce pupitre en bois, pour que les gens puissent voir ce que je fais. Les voix sur le single Push sont-elles des samples ? Oui, je fonctionne encore pas mal avec les samples. Je sélectionne et découpe. Par contre, je ne fais plus de boucles de mélodie comme dans le hip-hop avant. C'est trop facile. Dans le jazz par exemple il y a souvent des saxos qui trainent donc je vais chercher une texture, des petits bouts, pour pas que ça se reconnaisse non plus, sinon il faut les déclarer ! D'où l'intérêt de slicer très court, ou de les déformer. L'idée, c'est de garder à la fois une texture organique originelle, puis de les mixer à des synthés. Tout est joué main, les rythmiques et les basses que je ne place pas non plus à la grille, donc ça me permet de garder ce groove. Je ne veux pas que ce soit robotique, mais que ça reste humain. // S.B.

«ici,Onc’est a un lieu magique les locaux de

répétition du Bastion. » 43


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Cyrille, ca glisse Par Mhedi Merini, à Mailly-la-Ville Photos : Édouard Roussel, famille Carré, Alain Acart

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4L, short fluo, pompes à scratch : c’est un combo.

Lui, c’est Cyrille Carré, un mec discret qui compte à mort dans son sport : le kayak. Une discipline qui sort de l’ordinaire pour un mec qui a grandi à Maillyla-Ville, un petit village de l’Yonne, coincé entre les 2 mégalopoles d’Auxerre et d’Avallon. Cyrille Carré règne toujours sur sa discipline : 31 titres de champion de France, 2 médailles d’or de champions du monde, des podiums nationaux et internationaux en pagailles et 3 Jeux Olympiques. Et pourtant, ce parcours étoilé n’a failli jamais voir le jour. Retour sur la success story méconnue d’un athlète à part.

Tout a commencé à Mailly-la-Ville. Un village de 500 habitants, au milieu d’un désert céréalier. La maison des Carré se situait à quelques pas du cours d’eau sur lequel Cyrille s’est lié d’amour avec le Kayak : le Canal du Nivernais, celui sur où il a planté pour la première fois une pagaie, à 5 ans, en toute autonomie, après être passé entre les genoux des sœurs ou du daron. Pourtant le Nivernais est un havre de tranquillité, même si les bateaux touristiques y lâchent la merde de leurs locataires, en toute impunité. Tu l’as bien compris, l’eau, le kayak, Cyrille est tombé dedans quand il était tout petit.

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É qué s’apelorio Kayak. Pour comprendre la légende de Cyrille, faut remonter à ses origines. Son père, Jean Carré, plusieurs fois médaillé, a fondé le club de canoë-kayak du village dans les années 70, avec l’aide d’un pote. Il était le moniteur principal et enseignait la culture de la pagaie aux gamins du coin, dont ses enfants. Parmi les 4 gosses de la dynastie Carré, 3 ont pratiqué le kayak sous les couleurs du club de papa. Étant le plus jeune, Cyrille a pagayé dans le sillage de ses 2 sœurs aînées, ses premiers modèles en quelque sorte: MarieLaure, qui a failli participer aux Jeux de Barcelone 92 et Anne. Le petit club de Mailly était reconnu en France pour les performances et les récompenses de ses jeunes licencié(e)s. Pour Cyrille, la

course en ligne s’est imposée comme une évidence en raison de la spécificité du bassin de Mailly-la-Ville. Comme tous les canaux, le Canal du Nivernais est une ligne droite interminable, interrompue par une flopée d’écluses ici et là. La course en ligne, c’est comme une course d’athlétisme ou de natation, t’es seul dans un couloir, face aux autres, et tu dois te tuer pour taper le haut du podium. Les distances peuvent varier, tu peux avoir du 200m, du 1.000m, du 5.000m et même du marathon (plus de 30 bornes) etc., tout comme l’équipage. Il est possible, sur certaines distances, d’être en monoplace (K1), en binôme (K2) ou même à 4 (en K4). C’est pas pour autant que Cyrille ne flirtait pas avec le slalom en eau vive, à la Estanguet. Pendant que certains gamins du village passaient des heures au terrain de foot à s’efforcer de reproduire les facéties de Zidane, Cyrille posait son cul dans


« On me disait : Cyrille ? Ça vaut pas la peine, tu n’en feras pas grand chose » Alain Acart, entraineur de Cyril pendant 15 ans.

une embarcation et filait au rythme de l’eau. L’amour de l’eau et la passion de la pagaie faisaient partie des codes de son éducation. Il fait bon dans la baraque familiale, on est à l’aise. Cyrille pointe son père du doigt : « La technique ? C’est lui ! » Jean est un maître à penser de la technique, qui « a le goût de la rentabilité de tout et cette idée de capter l’énergie au mieux pour la faire passer dans le bateau », précise Cyrille. D’ailleurs, l’éolienne qui surplombe le village a été conçue de sa tête et ses mains. Jean a carrément théorisé la meilleure façon de pagayer sans perte, à travers des textes immortalisés dans le disque dur d’un ordi qui exploite toujours Windows Vista. À 82 ans passés, il en parle encore avec une passion intacte : « J’étais un petit peu emmerdant mais il n’y a pas de sécurité sans une bonne technique. La technique, c’est utiliser toutes les énergies du corps mais aussi de l’eau, savoir se propulser et manier le bateau. C’est primordial ». Évidemment, Cyrille a chopé ce virus obsessionnel pour la technique. Une transmission psychotique qui lui a permis de s’armer d’un bagage immensément solide. Et Cyrille l’a étalé tout au long de sa carrière aux yeux du monde entier. Alain Acart, celui qui l’a entraîné pendant 15 ans, ne fait pas dans la demi-mesure : « Au niveau de la glisse, c’est le meilleur du monde ». Une glisse qui, pour Jean, explique en partie la

longévité de la carrière de son fils. La glisse, c’est la technique, quelque chose d’assez complexe à vulgariser, pour professeur Alain : « C’est la capacité à faire avancer une embarcation sans perte, à percer le fluide par la transmission de l’énergie qui vient surtout des fesses et des pieds, sans négliger l’ensemble du corps, c’est un effort de coordination et d’adaptation aux paramètres ambiants ». Leçon pigée. « La compétition est venue petit à petit » nous lance sa mère autour des muffins et du café encore chaud qu’elle venait de nous préparer. La 8ème place de Cyrille en régionale à Saint-Jeande-Losne, ne présageait pas vraiment

d’un destin. « Ça m’avait bien énervé d’ailleurs », se souvient Cyrille. Juste après, il a progressé immédiatement et monstrueusement. S’il avait déjà la fibre du compétiteur qui détestait la défaite, Cyrille est un vrai mec droit. Plutôt introverti mais bavard quand il s’agit de parler de kayak et de technique. Cyrille pue la gentillesse à 300 kilomètres à la ronde. À 33 ans, loin des lumières médiatiques, ce mec ne se prend pas la tête, plus fort et plus tranquille que Mitterrand en 81, avec des gamins cachés en moins car il n’a pas encore de descendance. Pacsé depuis 3 ans, il habite encore dans le coin, à Irancy, un petit bled viticole vers Auxerre. Cyrille bosse parallèlement au centre d’appel des pompiers de l’Yonne à Auxerre depuis la fin 2008. Son faible temps libre ? Il le consacre au repos et organise sa saison avec. Son père se souvient d’un garçon extrêmement timide, qui

La fameuse course de « porter de kayak ».

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n’aimait pas trop se mettre en avant, ni même son talent. « C’est arrivé qu’il ne monte pas dans le bateau parce qu’il trouvait qu’il y avait trop de monde au bord pour assister à la course, il fallait le faire monter 30 minutes avant. » Timide, vous avez dit ? « Hé Cyrille, avec quoi tu pagaies ? » La carrière émérite de Cyrille n’a bien failli jamais exister. Le destin peut basculer par le fait d’une simple rencontre. Le talent, Cyril l’a. La vitrine qui dégueule de récompenses acquises en jeune en est la preuve suffisante. Au début du nouveau millénaire, Cyrille a 18 piges et décide de se frotter aux tests nationaux pour entrer en Équipe de France de kayak. L’examen se passe en 2 parties, un test navigation et une autre qui évalue la force musculaire. Au niveau du physique, Cyril est plus proche du coureur de fond que du mec qui fait du crossfit. Grand et sec.

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Difficile de satisfaire les tests physiques avec une carrure désavantageuse de Kényan. C’est un non, limite discriminant. Sévère et désespérant, pour un déficit de force musculaire. Il est reparti tout penaud, la tête dans le sac. Désillusion totale. C’est à ce moment particulier qu’il fait la rencontre d’Alain Acart, à Auxerre, en 2001. Un Monsieur avec qui il va tisser une relation quasi paternelle. Alain Acart est un ancien céiste, c’està-dire qu’il faisait du canoë. Question classique : la différence entre un canoë et un kayak ? Le canoë se pratique un genou dans le bateau avec une pagaie simple, le kayak assis avec une pagaie double. Alain a été plus de 20 fois champion de France et médaillé aux mondiaux de Mexico en 1974. Il a également participé aux Jeux de Mexico 68 et Montréal 76. Il a boycotté Moscou en 1980 puisque l’URSS de Brejnev passait les montagnes afghanes. En

tant qu’ancien militaire du bataillon de Joinville spécialisé dans le sport, Alain a préparé un tas d’athlètes dans la voile, le bobsleigh, les sports de glace et bien plus encore. L’entraînement, c’est son dada. Alain retrouve un ado moralement très impacté par sa déroute aux tests de l’Équipe de France. Il a décelé tout de suite un potentiel. L’envie de l’entraîner est aussi venue des avis étrangers malveillants qu’Alain Acart a considéré comme un défi : « On me disait : Cyrille ? Ça vaut pas la peine, tu n’en feras pas grand chose ». C’est dans la perspective de faire fermer quelques gueules qu’Alain décide d’emmener son nouveau poulain sur une compétition internationale en 2002 à Zamora en Espagne. Une sortie solennelle sans trop de prétentions, au départ. On dit bien au départ, car Cyrille épate la galerie et devient aisément champion du monde de jeune marathon. Une putain d’euphorie revancharde qui


Avec Alain Acart, son entraineur de toujours. Et une pagaie.

a dû rendre la Fédération française de canoë-kayak un peu con. Et qui fait dire à l’intéressé : « Ça a été à la fois une prise de conscience et de confiance. J’ai eu la chance d’être tombé sur Alain ». Ce triomphe juvénile a changé pas mal de choses avant d’entrer en senior. Ce retour de flamme a marqué le début d’une relation humaine puissante et longue de 15 ans, avec ses bas et surtout ses hauts, faits de titres en pagaille. 15 ans, c’est pas rien. Surtout qu’Alain a entraîné Cyrille bénévolement jusqu’aux Jeux de Rio 2016. 15 ans, ça tisse forcément des liens : « Cyrille? C’est comme un deuxième fils, on l’a beaucoup aidé. Cyrille a vécu ici au début, on a même installé un sauna chez nous pour la récupération, on a

monté une asso pour encadrer Cyrille administrativement et financièrement, c’était avec plaisir » raconte Alain. Aspirateur à médailles. « Cette relation, je ne l’ai sentie avec aucun autre entraîneur, je me suis retrouvé avec Alain parce que les discussions étaient fines, on parlait le même langage, on était dans le partage des émotions, d’un objectif commun car un athlète n’est pas tout seul. C’est plus qu’une relation d’un entraineur-entrainé, c’est comme un second père », se remémore Cyrille, un brin nostalgique, un brin sensible. C’est une relation H24 qui dépasse le simple temps de l’entraînement. Même quand Cyrille n’était pas à ses côtés physiquement et qu’il filait en stage avec l’équipe de France, Alain recevait les datas de Cyrille en live, sur son ordi, pour analyser les données. Jamais trop loin grâce aux merveilles technologiques qui brisent toutes contraintes spatiotemporelles. Alain faisait la prépa physique au début, planifiait les séances et les objectifs sur des années. Fallait

Question classique : la différence entre un canoë et un kayak ? Le canoë se pratique un genou dans le bateau avec une pagaie simple, le kayak assis avec une pagaie double.

prendre en compte les temps de travail de Cyrille.Tout est minutieusement pensé jusqu’à la constitution du matos et les dimensions du bateau qui se font au millimètre près. Un parcours de sportif de haut-niveau, c’est les Alpes, c’est fluctuant, c’est fait de moments hardcores mais aussi de moments d’allégresse rares. Si son humilité lui empêche de le dire, Cyrille a écrabouillé la concurrence en France. 31 titres. Une routine loin d’être une formalité, une sorte de visite médicale pour évaluer la forme. Fallait défendre âprement son statut de favori, il est devenu l’homme à faire tomber et la cible des envieux. Mais le must pour Cyrille, c’est les moments internationaux, les titres qui comptent pour rester dans l’histoire de son sport. C’est sans doute pour cela que 2007 a été une année faste. En 2007, il remporte le championnat du monde de K2 100m aux côtés de Philippe Colin sur l’eau de Duisbourg en Allemagne. Une consécration. « Ça a été une fierté énorme de faire ça avec mon gabarit et de pouvoir partager cette émotion avec Alain, mes parents, mes sœurs, mon équipier. » Quelques jours avant, il devenait champion d’Europe des moins de 23 ans à Belgrade en K1, rien que ça. Et dire que la mauvaise idée de tout plaquer lui était passée par la tête au début de l’année 2007. Des tas d’autres médailles internationales viennent grossir son palmarès pléthorique. Faut limite poser un jour de RTT pour en prendre connaissance jusqu’au bout. Ensemble, toujours dans le partage des émotions, Cyrille est devenu avec Alain un mec qui compte dans sa discipline. Ses titres, par dizaine, et sa régularité lui ont permis d’accéder aux

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La course en ligne, c’est comme une course d’athlétisme ou de natation, t’es seul un couloir face aux autres, et tu dois te tuer pour taper le haut du podium.

Allo Deliveroo ? C’est pour une livraison dans l’Yonne.

joutes sacrées de l’olympisme… Le rêve ultime en gros, qui passe toujours bien sur un CV, quoi qu’on dise. Du Canal du Nivernais aux Jeux Olympiques. Les JO, pour tout athlète, c’est le Graal absolu. C’est l’histoire d’un mec qui débarque de l’Yonne pour chauffer sa pagaie double aux Jeux Olympiques : Pékin 2008, Londres 2012, Rio 2016. Évidemment, l’honneur et la fierté prédominent chez Cyrille. Un sentiment que son père n’extériorise pas, le mot lui brûle la bouche, autant dire que même sous la torture, on n’aurait pas pu lui faire prononcer. On est pudique chez les Carré, on se

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met difficilement à poil. Chaque JO a une saveur particulière. Ceux de Pékin 2008 laisse un goût bien amer. Pour la première participation de Cyrille, tout Mailly-la-Ville s’était mobilisé, la mairie avait mis sur le pont son service com’ en foutant des grosses affiches aux 4 coins de la bourgade. Un service com’ décédé depuis. D’ailleurs, l’affiche trône toujours fièrement au dessus de la maison des Carré. On avait ouvert la salle des fêtes pour l’occasion, équipée d’un grand écran pour suivre l’instant olympique de l’enfant du pays. Sportivement, ça a été un putain de désenchantement. Y compris pour son père qui avait pris l’avion pour la Chine. La mère rappelle

à Cyrille, en pleine entrevue : « Tu sais qu’il n’a toujours pas digéré Pékin ?» Pour lui, « y’avait tellement moyen de faire quelque chose, on sortait d’une grosse période avec Philippe en K2, on était les champions du monde en titre, on avait fait des podiums en championnat d’Europe. On était sur une progression linéaire et favoris ». Tout le monde s’accorde à dire que c’est la préparation qui a fait défaut. « La fédé a mal géré émotionnellement le titre de champion du monde, il y avait beaucoup d’attentes et trop de pressions qui ont rendu l’ambiance plus tendue. Perso, je suis exigeant avec moimême, mais je veux le faire en m’amusant ». Alain ne l’entraînait


Les kayaks sont prioritaires en ville.

Cyrille a écrabouillé la concurrence en France. 31 titres en tout.

pas pour ces jeux. C’est la fédé qui s’occupe des préparations, lui ne faisait pas partie de leur état-major. Il entretenait même des relations assez raides avec. Résultat des courses, une 6ème place presque anonyme. Le contexte de Londres 2012 était plus chaud car Cyrille a été repêché in-extremis, après une année compliquée, pareil pour Rio 2016 où la préparation a été rude. La fierté d’avoir participé aux épreuves olympiques prévaut sans que la déception ne soit jamais loin. Il n’y allait sans doute pas avec la même ambition de tout défoncer au regard des circonstances du moment. 12ème place en K1 1.000m à Londres, 13ème pour la même course à Rio. Cyrille a malheureusement manqué de nous

régaler. Malgré tout, l’un de ses meilleurs moments fut le K4 à Rio, Même loin du podium. « On n’était pas préparé du tout et on a fait une très belle course, solidaire, y’avait une vraie osmose sur le bateau ». Sans oublier le folklore « grandiose» des cérémonies de clôture auxquelles Cyrille a participé, avant le retour en France, le défilé des Champs-Elysées, l’Elysée et tout le tintouin. L’avenir ? Cyrille y pense forcément. À 33 ans, on est plus proche de la fin que du début, comme dirait Christophe Dugarry, ce penseur immortel. Puis les mondiaux se profilent. Si Tokyo 2020 semble encore bien loin pour le moment, le mot d’ordre reste le plaisir avant tout. Toujours, le plaisir. Et l’eau, son pays des merveilles. // M.M.

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GAME

Ils ont foutu le feu à la Saône.

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Par Louise Vayssié, à Mâcon Photos : Louise Vayssié

OF

SAÔNE 53


Mâcon, Bourgogne du sud, ville d’eau. Il se passe toujours quelque chose à Mâcon et c’est souvent sur la Saône. Et ce week-end c’est bonnard, c’est carrément le concours national de pêche aux Carnassiers. On y vient de toute la France. J’y vais aussi.

Le carnassier, c’est au choix du brochet, du sandre, de la perche, du silure évidemment, du chevesne ou encore du black-bass, que j’aime à cause de son nom qu’on dirait tout droit sorti d’un gang du Bronx. En gros, tout poisson capable de bouffer ses congénères. Vaillamment, j’y mets les formes. Réveil à 6h du mat’, habits chauds et thermos de café. Il fait nuit noire quand j’arrive sur le quai, en plein balai de lampes frontales et de 4X4 à remorque. Le pêcheur se lève tôt et la plupart des bateaux est déjà à l’eau. Et bien que pas encore tout à fait repassé, le pêcheur est prêt à en découdre avec la poiscaille. 

• 31 bateaux armés jusqu’aux dents et pas loin de 60 gaziers. La plupart en équipes de 2 et quelques warriors tout seuls. Tous bien décidés à monter sur le podium en fin de journée. En attendant le départ, ça se rassemble en petits groupes, ça jauge les conditions météo, ça cause équipement, ça se raconte des histoires de pêche. « T’étais là quand on a sorti le brochet de 70 ? » Question météo on est verni, il va faire frais mais grand beau et déjà le soleil balance ses premières lueurs sur la Bresse qui s’embrase. Putain c’est beau. Ceci dit, le beau temps, c’est pas forcément la panacée pour le pêcheur. Le poisson mord mieux par temps couvert. Question de luminosité, de vent, de chaleur… Et tout un tas d’autres paramètres qu’il serait bien trop long et complexe d’expliquer ici. Mais le fait est : le soleil, c’est pas top. Je commence à me mêler aux gars. Parce que oui, le pêcheur est exclusivement masculin, c’est toutefois ce que je crois dur comme fer jusqu’à ce qu’il me soit prouvé le contraire, un peu plus tard. En attendant, l’ambiance est plutôt testosteronée. C’est en m’approchant de la tente café que je rencontre les premières femmes. Elles font le service. Ben tiens. J’accepte volontiers un mauvais robusta en songeant amoureusement au thermos dans mon sac. Tout le monde commence à se serrer autour de la tente, on sent bien qu’il va se passer quelque chose. J’en profite pour noter qu’aucune brigade de

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la mode n’intervient en milieu halieutique (qui se rapporte à la science de l’exploitation des ressources vivantes aquatiques). Le pêcheur privilégie confort, chaleur et pratique et il a bien raison. Déjà, l’humidité ambiante me glace en interne.

• Il est 8 heures et grand temps de faire le brief de rigueur. Appel des équipes, rappel des règles du jeu et de bienséance, petits conseils, remerciements et infos de dernières minutes. Par exemple, la vitesse maximum sur la Saône est de 30 km/h, le poisson doit repartir bien vivant une fois mesuré et enregistré, la zone de pêche du concours est de 23 km de part et d’autre de Mâcon (plus grand terrain de jeu national pour cette activité), etc. À 8h30, le brief est terminé, le départ sera donné à 9h précises pour la première vague, du milieu de la rivière. Le pêcheur rejoint donc son embarcation pour les derniers préparatifs. Concentré, il fignole, ajuste, checkliste, vérifie, surveille le concurrent et frime un peu. Le tout dans un silence studieux et déconcertant. Le soleil nous envoie de la carte postale plein les mirettes, la brume des rivières s’élève joliment au dessus de l’eau, la Bresse a totalement pris feu maintenant et l’ambiance a ce quelque chose de magique des moments « juste avant ». Juste avant Noël, juste avant ton anniv’, juste avant le lever de rideau. « Ô temps suspends ton vol ». Je suis en plein trip lyrico-proche-dela-nature quand les premiers moteurs de bateaux me remettent à niveau. « Il est l’or mon seignor », tout le monde se rencarde au beau milieu de la

La vitesse maximum sur la Saône est de 30 km/h, le poisson doit repartir bien vivant une fois mesuré et enregistré.


L’homme sans cou et Emmanuel Chain.

21 cm, comme... comme... ?

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rivière, les 31 bateaux concurrents et les 6 bateaux commissaires sur lesquels se trouvent les juges chargés de mesurer, enregistrer et valider les prises. C’est assez impressionnant. On croirait une armada qui part en croisade. Sus à l’ennemi ! À 9 heures pétantes, la première vague de 5 bateaux s’élance sur l’eau, puis les autres toutes les deux minutes jusqu’à plus soif. À 9h10, tous les bateaux sont partis rejoindre les bons coins de leur choix dans un vacarme assourdissant de bruits de moteurs, de gerbes d’eau et d’encouragements de ceux, peu nombreux, qui restent à terre. Puis le calme revient, le soleil continue d’envoyer du rêve, la ville alentour se réveille doucement et c’est parti pour une journée de patience. Tout à l’heure, à 16h, les bateaux rentreront à l’écurie.

• Très vite, on me propose de monter sur un bateaucommissaire qui fait des allers-retours sur l’eau. Et bim, me voilà le nez au vent dans un petit hors-bord à fond de train sur la Saône. I’m sailing ! J’ai froid mais c’est magique. On remonte jusqu’au pont nord de

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Mâcon, passant devant les bateaux des concurrents, posés çà et là, qui sous un pont, qui au bord de l’île St-Jean, qui au beau milieu de rien. On reste à bonne distance des pêcheurs pour pas perturber. Le règlement nous interdit de naviguer à moins de 50 mètres d’un bateau qui pêche. Un pêcheur n’a pas le droit de pêcher à moins de 25 mètres d’un autre. Interdit de copier. Les gars sont concentrés et affairés sur leurs embarcations. Alors, ça biche ? Sur l’eau, on croise d’autres pêcheurs qui ne participent pas au concours. Notamment un carpiste qui justement s’est fait embarquer une ligne par un bolide du concours et avec qui nous discutons le bout de gras. C’est pas cool et il est colère à juste titre. Les usagers de la Saône sont nombreux, et comme sur terre, le respect de l’autre est supposé primordial. « Mais fais gaffe, vindieu ! » Le fautif sera rappelé à l’ordre au débrief du soir, et fortement encouragé à aller s’excuser. Bienséance. Au retour vers la ville, les pêcheurs ne sont plus les seuls sur la Saône. On commence à croiser des avironneurs, nombreux dans la région, haut lieu de l’aviron national. Et pêcheurs et avironneurs c’est un peu comme ceux de Longeverne et ceux de

Le Mike Horn de Mâcon.


Paraît même qu’il y a des poissons qui, une fois pris et relâchés, sont capables d’aller prévenir les frangins. « Hey les mecs, y’a Howard qui s’est fait bouffé ! »

Velrans, guerre de territoire cordiale en surface mais baston en profondeur. « C’est le p’tit Gibus qui m’a attaqué ! » Les uns accusant les autres de prendre toute la couette et réciproquement. Et, si le sujet est abordé avec légèreté, on sent bien que la paix, c’est pas pour tout de suite. Je reste neutre, mais quelque chose me dit que c’est celui qui fait les plus grosses vagues qui gagne à la fin. Comme souvent.

• De retour sur la terre ferme, je tangue jusqu’à la tente café où on me propose un godet de blanc. Il est 10h et ma conscience professionnelle m’interdit d’accepter. Jamais pendant le service. Un mauvais café froid fera l’affaire. Là je retrouve Alain Beau, président de la Parfaite et GO de l’événement, ainsi qu’Antoine, l’hyperactif indispensable qui, si j’en crois la rumeur, sera bientôt calife à la place du calife. La Parfaite, c’est la société de pêche mâconnaise (APPAM pour association de pêche et de protection des milieux aquatiques) qui regroupe plusieurs clubs. Outre le club de carnassiers, star du jour, on y trouve un club mouche, un club handisport, et quelques autres spécialités plus une école de pêche. Au club carnassiers, ils sont une quarantaine. Tous bénévoles bien sûr. Mais c’est l’envie, l’investissement et la motivation des membres qui par-dessus tout huilent les rouages. On se croirait dans la culture. Le temps avance et on commence à entendre parler des prises des uns et des autres. Certains pêcheurs ne quitteront

pas leur place de la journée et feront valider leurs prises par les commissaires en bateaux. D’autres viendront à quai faire enregistrer leurs poissons. Je précise que pour ce concours-ci, c’est de la pêche au leurre, pas au vif. Pas d’asticots en bout de ligne, pas de petit poisson pour attirer les gros. Le leurre peut prendre tout un tas de formes. Là, c’est une sorte de bout de plastique souple et remuant, en général de couleur fluo, très années 80. « Les poissons ne voient pas tous en couleur, y’en a qui voient en niveaux de gris. » Paraît même qu’il y a des poissons qui, une fois pris et relâchés, sont capables d’aller prévenir les frangins. « Hey les mecs, y’a Howard qui s’est fait bouffer ! » Le gagnant du concours, c’est celui qui a pris la plus grande longueur de poisson en millimètres, en cumulant ses prises, sachant qu’il a droit à un maximum de 6 poissons. Y’en a un peu plus, je vous le mets quand même ? S’il pêche plus de 6 poissons, il garde logiquement les plus grands et rejettent les plus petits à la baille. Comme partout quoi. Chaque sorte de poisson a sa taille minimum, qu’on appelle la maille, comme au tricot, en-dessous de laquelle il compte pour du beurre. Sachant cela, chacun sa stratégie pour aligner le plus grand métrage. Privilégier le brochet, plus long, attendre un peu avant de faire mesurer, histoire de voir si y’a pas mieux plus loin… Et deux-trois autres trucs auxquels je n’ai pas compris grand chose. Y’a même des méthodes pour tricher, de pêcheur à pêcheur, il n’y a qu’un pas, mais c’est comme les coins à champignons, ça se donne pas. Chaque poisson est mesuré par le pêcheur devant un commissaire, dont la parole n’a rien à envier à celle de l’évangile. Règle numéro 2, si le chef a tort, se rapporter à la règle numéro 1. Le commissaire vérifie aussi que le poisson, une fois remis à l’eau, repart en forme. On ne pêche plus pour manger mais pour le sport. Un bon poisson n’est pas un

Toujours avoir une veste de la même couleur que les appâts

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poisson mort. Et pour cause. La Parfaite pratique et milite pour le rejet systématique du poisson à l’eau, on appelle ça le no-kill. C’est important pour la survie des espèces et par extension pour la bonne santé des rivières de France qui déjà sont bien amochées. Y’a une logique implacable à tout ça. À force de sortir du poisson, les stocks diminuent, les espèces disparaissent, les rivières se vident de vie… Rajoutées à ça quelques mauvaises gestions de barrages et d’espaces fluviaux par EDF par exemple, la pollution de l’eau grandissante, la sécheresse et la progressive disparition du plancton avalé par les stations d’épuration et c’est tout un écosystème qui est mis à mal. En vrai, on n’est pas loin d’une catastrophe écologique et ça craint. Mais à part la Parfaite, qui veille au grain ? Qui fait la loi sur l’eau ? À vrai dire, pas grand monde. La Fédération nationale de pêche et les fédérations départementales sont censées bosser main dans la main dans le sens du courant, afin de préserver pêcheurs, poissons et rivières. Mais il n’en est rien. Les Fédés départementales préfèrent se tirer la bourre pour savoir qui vendra le plus de cartes. On n’est pas dans le partage. Pourtant, avec plus d’1 million et demi de licenciés en 2015 (36.000 encartés en Saône-et-Loire stoplai), la Fédération nationale de pêche est la deuxième de France après le foot et assez loin devant le tennis. Qui l’eut cru ? On n’a pourtant pas l’impression de jouer dans la même cour. Pas de moyens, pas de médiatisation, pas de communication, pas de jeux olympiques et un gouvernement qui ne semble pas vraiment concerné. T’en regardes beaucoup toi, des compétitions de pêche à la télé ? Dans d’autres parties du monde, on se creuse plus sérieusement le ciboulot sur le sujet, mais la France fait figure de mauvais élève. Et j’ai comme dans l’idée que ça va pas s’arranger. On n’est pas à un bonnet d’âne près. Pourtant la législation existe bel et bien et elle est plutôt bonne d’après Alain, mais personne pour la faire respecter. « Il manque une police de la pêche. En étant si nombreux, si la Fédé nationale se bougeait les fesses, on pourrait faire quelque chose », me dit-il. Et il ajoute, résigné : « Si on continue comme ça se passe maintenant, dans 20 ans, 50 ans, y’aura plus un pêcheur, parce que plus un poisson. » Vague à l’âme. Et puis, je me rends bien compte que la pêche n’attire pas les foules. À part les quelques badauds en balade dans le coin, pas de public. Faut reconnaître, y’a rien de spectaculaire dans la pêche aux carnassiers, on ne voit rien, on n’entend

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rien. Difficile d’enflammer les foules quand y’en a pas, difficile donc de sensibiliser. Alors les pêcheurs restent un peu en vase clos. Malgré eux. Et inquiets de l’avenir de leur passion.

• Mais revenons à nos moutons. Justement, un bateau s’approche du quai pour une validation. À ma grande surprise il y a une femme à bord. Nathalie. Elle pêche en couple avec son mari depuis quelques années et je trouve ça chouette. En discutant plus tard avec elle, je comprends que c’est pas toujours facile d’être une femme au milieu de tous ces mecs. Tiens donc. On n’échappe pas aux blagues douteuses, au sexisme insidieux, discret mais présent. Société patriarcale, quand tu nous tiens. Mais globalement, ça se passe quand même plutôt bien, conclue-t-elle. Là, monsieur et madame affichent avec une fierté non dissimulée un broc de 64 cm. Beau morceau. Le broc, c’est le petit nom affectueux qu’on donne au brochet. Alors que la carpe, elle, est surnommée le cochon. Va savoir. Toujours est-il qu’il y a des femmes qui pêchent, ouais. C’est pas non plus l’affolement. Les femmes représentent 5% des pécheurs en France, mais le sport n’est ni fermé ni sectaire et le nombre de licenciées augmente chaque année. Et bientôt nous serons des millions ! Il y a même un club national, les Fishing Pluri’Elles. Elles sont à peu près 80, visiblement plutôt motivées et assez actives pour tenter de démocratiser la pêche féminine. L’activité régulière de leur page Facebook en est la preuve bien vivante. Et les pêcheurs sont plutôt contents de voir arriver de la meuf. Mixité vindieu ! Mais la domination

Le gagnant du coucours, c’est celui qui a pris la plus grande longueur de poisson en millimètres, en cumulant ses prises, sachant qu’il a droit à un maximum de 6 poissons. Y’en a un peu plus, je vous le mets quand même ?


Acapulco-sur-Saône.

La Fédération nationale de pêche est la deuxième de France après le foot, et loin devant le tennis.

mâle sur le sujet a encore de grandes heures devant elle. Sur le quai, le temps s’étire sous le soleil, on attend, on devise, on patiente, on contemple. De temps en temps, j’entends un gars à terre s’écrier : « T’as vu ! Y’a machin qui a pris une belle perche ! » Je regarde dans la direction indiquée et très loin je vois une embarcation où il semble effectivement y avoir de l’activité, mais de là à reconnaître c’est qui le poisson, faut quand même être sacrément balaise, j’arrive même pas à lire le nom du bateau. Y’a toujours un truc à regarder au bord de l’eau. C’est ce qui me plaît dans la pêche. C’est ce qui me plaisait quand gamine j’allais tremper l’hameçon dans cette même Saône avec mon daron et mes frangins. On creusait dans le jardin pour y trouver des asticots et on partait taquiner le goujon. Et on passait l’aprèsmidi dans une ambiance à la Pagnol en attendant

que ça morde. Oooh la belle vie. Là bien sûr, y’a de l’enjeu, un peu de pression et de la compète. Mais je retrouve ce petit quelque chose de légèrement suranné où on prend le temps d’attendre. Rareté du monde moderne.

• Mais la journée avance, les fiches de prises se sont remplies et on se rapproche sérieusement du gong final. Sur la Saône, à cette heure-là, c’est la foire d’empoigne. Ce samedi d’été indien est une journée idéale pour sortir son embarcation quelle qu’elle soit. Skifs, bateaux de plaisance, petits voiliers, yolettes et pêcheurs… tout ça dans un joyeux bordel. Les plus forts étant quand même les pêcheurs. « Dans la vie, le chef, c’est celui qui a le

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Tiens, c’était sponso par Bricoleurre. Vous l’avez ?

Madame Mourier, seule femme dans ce game.

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Le meilleur coin de la compét’ : sous le pont de l’autouroute.

Sur la Saône, c’est la foire d’empoigne. Skifs, bateaux de plaisance, petits voiliers, yolettes et pêcheurs… tout ça dans un joyeux bordel.

plus grand zizi. » Ou le plus gros cylindré. Je m’en rends compte vraiment au fur et à mesure que les concurrents rentrent au paddock. Ce matin, pas réveillée, j’avais raté deux ou trois trucs. Parce qu’il faut se rendre à l’évidence, on est loin de la barque en bois des guinguettes du bord de Loire et de la musette en bandoulière. Les bateaux sont modernes, légers, performants, ergonomiques et à moteur. Les équipements sont nombreux, sophistiqués, électroniques. De vrais petits vaisseaux qui m’ont l’air de coûter une blinde. Effectivement, pour un bateau de la sorte il faut compter de 20 à 50.000 euros. Vache ! Il faudra rajouter 3.000 euros de plus pour les inscriptions aux concours d’une saison (par équipe), sans oublier la remorque pour trimbaler la bête, et la voiture capable de le faire. La pêche, un sport de riche ? Mmmh… pas sûre. J’ai plutôt l’impression que c’est un sport de passionnés qui font des sacrifices. Et quand on aime… Et puis y’a les sponsors, qui privent de liberté mais alignent le matos. Et quand on joue en national, c’est pas du luxe.

• 17h passées. Les pêcheurs ont plié les gaules et se sont rassemblés à la tente café transformée en tente apéro. On se détend, on se réchauffe, on raconte, on commente. « Et toi, t’as sorti quoi ? » Pendant ce temps, les commissaires font les comptes. En vrai, il y a deux concours aujourd’hui. Le concours Élite, qui compte pour le classement en national, et le Challenger, pour le classement par zone, nord, sud, est, ouest. Certains pêcheurs sont là pour l’un, d’autres pour l’autre, certains pour les deux. Le décompte est un peu long et le pêcheur

s’impatiente. Y’en a qui jouent leur place en championnat de France tout de même. Et y’en a qui ont faim. Enfin le classement est affiché, fierté des uns, déception des autres et bières pour tout le monde. Comme pour tout concours, y’a un podium, des remerciements, des coupes, quelques discours, des photos officielles et des gagnants qui font les cadors. Après la remise des prix, c’est bœuf bourguignon pour tout le monde parce qu’on va pas se laisser abattre, comme disait Kennedy et on s’affaire à préparer le banquet pour 80 personnes. Aujourd’hui, finalement, le pêcheur aura sorti essentiellement du brochet et de la perche. Et encore, pas tant que ça, car comme me le glisse un commissaire de course : « la Saône est une très belle rivière, mais dure à pêcher. » // L.V.

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A BOUT DE Par Martial Ratel Illustrations : Mr. Choubi

Enquête dans l’univers du vin sans soufre. On a remonté la filière pour vous : viticulteur, négociant, caviste, œnologue, historien, prof de marketing...

SOUFRE.

On croyait tout savoir sur le vin. Les causeries sur ce liquide devenaient tellement classiques et ennuyeuses que beaucoup s’étaient jetés à corps perdu dans la fabrication de bières artisanales délaissant les bouteilles de 75 cl aux expertises des parents, aux oncles et tantes fortunés. Et puis, d’un coup, un adjectif apparaît : « nature ». Le vin se présente sous un nouveau jour, « sans soufre ajouté ». De là, la curiosité renaît. Arnaque ? Nouveau goût ? Révolution ? Mode branchouille ? On est parti à la découverte de ce monde sans chimie, loin des appellations. La production. D’abord le « sans soufre ajouté » c’est quoi, c’est comment ? Techniquement tous les vins contiennent du soufre. Le travail des raisins en bouteille en produit. C’est lors du passage en cuve puis lors de l’embouteillage que le vigneron a le droit d’ajouter une dose de dioxyde de soufre pour protéger son nectar. Le soufre a des vertus antiseptiques et anti-oxydantes. Le vin est protégé contre les levures ou les bactéries qui peuvent se développer et altérer son goût. La stabilité est assurée. Historiquement, l’adjonction de soufre remonte aux Romains antiques. Des archéologues en ont trouvé des traces dans des vestiges d’amphores. Donc depuis la nuit des temps le vin se fabrique ainsi : « Pas de raison de changer de mode production, pas la peine de jouer à l’apprenti chimiste. » Ça, en gros c’est l’argument

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massue des producteurs conventionnels, l’histoire (plutôt glorieuse) justifie, fige ad vitam æternam les pratiques. Sauf qu’avant les antiques Romains, il y a les Grecs antiques. À l’occasion d’un salon, on a croisé du vin grec, du domaine Helession, qui après de longues recherches a réussi à produire des bouteilles « sur le modèle de l’antiquité grecque ». Soit historiquement avant les Romains et leur soufre. Donc l’argument historique semble devoir se retourner, ou en tout cas ne doit pas freiner la recherche. Les étapes qui suivent les vendanges sont essentielles pour le vin nature. Le circuit des fûts est étanche afin de s’assurer que des petites bactéries ne viendront pas s’insérer dans le jus. Les raisins contiennent déjà leurs propres levures et

«

Soufre ou pas soufre, s’il y a de l’alcool pour le tenir, si il y a de l’acidité, le vin vieillira bien. » Charlotte Huber, œnologue

autres petites bêtes que le vigneron va devoir maîtriser pour que ça ne tourne pas vinaigre. On ne filtre pas les vins non plus comme on le faisait dans les années 1980 pour


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justement trouver une stabilité bactérienne. Et ensuite ? « On ne fait rien. » Presque tous les vignerons rencontrés nous ont confiés qu’ils surveillaient mais ne touchaient plus à leur jus une fois mis en cuve. Soit l’opposé de la pratique conventionnelle. Le goût se fait lentement tout seul. Gilles Wicky, vigneron dans le Jura : « En 2003, j’avais tenté une vendange en vin nature et une autre en conventionnel, à cette époque je me questionnais sur la conversion. J’avais un problème d’acidité avec mon vin « classique », il n’était pas du tout équilibré. Il n’était pas bon. Et je me suis rendu compte que mon vin nature était, lui, réussi alors que je n’avais rien fait ! » Autant vous dire que Gilles a foncé direction vin de la tranquillité. L'Ardéchois Gilles Sage ajoute : « On ne fait rien. On cherche à en faire le moins possible ! » De là à penser que c'est un vin de fainéants... Les traitements. L’écrasante majorité des vins non soufrés sont bios ou en biodynamie. Certains vignerons recherchent l’appellation vin bio ou le certificat Demeter pour la biodynamie, disons la moitié, l’autre s’en tamponne le coquillard. Ce qui les intéresserait plus, mais c’est interdit de l’afficher sur l’étiquette, ce serait « vin nature » ; à défaut ils ont le droit de préciser « sans soufre ajouté ». Seule certitude, la mention « contient des sulfites » est absente des étiquettes des vins natures. Exit les pesticides et les herbicides. D’abord pour des raisons de santé, Marc Soyard, vigneron du domaine de La Cras à Dijon : « Moi, je suis aux avant-

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postes. Je n’ai pas envie de me polluer avec les produits chimiques de traitement. Et je n’ai pas envie que mes clients consomment des vins qui pourraient les rendre malades plus tard ! » Derrière le bien-être et la maladie, c’est aussi une façon de travailler le sol, de respecter la nature qui est visée. Pour Jacky Rigaux, historien, épistémologue du vin, l’agriculture productiviste est ciblée et datée : « la façon actuelle de travailler la vigne remonte au plan Marshall. Ces techniques ne sont pas du tout adaptées à nos territoires. Ici, on cultive de petites parcelles et chaque parcelle est différente. Le traitement chimique global va à l’encontre de la géologie ». Donc de l’originalité de chaque vin car chaque terroir et chaque cépage donnera un goût différent. Pour Jacky Rigaux, la viticulture en bio exprime encore mieux « le lieu de naissance » car les fameuses petites bactéries et levures contenues dans les sols ne sont pas exterminées par le phytosanitaire, ce sont elles aussi qui donneront le goût. « Un vin, c’est un homme et une nature, un haut lieu. Une maturité physiologique et pas technologique : maturité des peaux, maturité des pépins ». Ça c’était le cours de SVT niveau 4ème. On laisse le truc de côté et on passe aux grandes questions. Le goût. C’est pas le tout de faire du pinard d’une façon particulière, ce qui compte quand même c’est ce que l’on trouve dans son verre et en bouche. Mais on comprend déjà au contact de Jacky que le goût est un enjeu essentiel quand on travaille un vin « nature ». Le synonyme de nature pour les aficionados est « vivant ». Vivant comme la vigne et les sols respectés, caressés par le bio, et vivant aussi comme le goût en bouche. Quand on boit du vin nature, il faut s’attendre à être surpris. Le parfum est souvent très fruité, trop parfois pour le palais de certains. Ces vins sont tellement « vivants » qu’ils peuvent varier. « Je vois ça à la dégustation. Toutes les semaines, sur les mêmes


bouteilles, tu goûtes un vin un peu différent. Il y a le gaz qui peut déstabiliser en bouche, le côté un peu perlant, décrypte Bertand Joinville, caviste et barman. Ce gaz est une protection naturelle du vin, il évite de mettre du soufre, justement. Sur les vins jeunes, il faut oublier la notion de terroir. Ce sont des vins assez linéaires. Ça se ressemble un petit peu partout. Après, sur la durée, il y a une différence. » Clairement avec un flacon de vin nature, on perd ses repères habituels. On est souvent sur quelque chose qui s’apparente à du jus de raisin et qui développe en bouche beaucoup d’arômes. Pour Benoît Kilian, négociant spécialisé, ces vins sont « singuliers. Aromatiquement, ça va dans des endroits insoupçonnés. Et du coup ça libère quelque chose : ça fait disparaître la notion d’élitisme que peut avoir le vin. C’est une porte d’entrée un peu moins hermétique. » Un vin qui libère la parole et les codes. Un vin nouveau contre une ancienne aristocratie du bon goût ? Pourquoi pas. Ce goût spécifique, qui désarçonne, qui change, on a demandé à une œnologue hors-circuit « vin nature » de nous en parler. Charlotte Huber travaille pour la

Un vin qui libère la parole et les codes. Un vin nouveau contre une ancienne aristocratie du bon goût.

LES EXPERTS LES VITI Marc Soyard, exploitant du Domaine de la Cras à Dijon. Un gros bonhomme un peu avare de ses mots mais son rouge est très bon. Julien Guillot, Domaine des Vignes du Maynes (71) . Depuis les années 50, le domaine n’a pas vu une goutte de molécule chimique. Son grand-père initiateur du label « Bio » s’y est toujours opposé, lui continue. Son vin est très réputé. Daniel Sage, entre Ardèche où sont ses vignes, Loire où se trouve sa cave, et HauteLoire où il habite. Bon vin et étiquettes très originales sur le flacon. Christelle et Gilles Wicky, viticulteur à SainteAgnès (39). Du Jura comme on aime : l’assemblage chardonnay/savagnin est top ! Amaëlle Thauzin, Domaine Helession, Grèce. Le vin antique n’est pas en toc. Étonnant cépage : le renard, ancêtre du savagnin. — LE CAVISTE Bertrand Joinville, Ô Gré du vin, Dijon. Très grande culture vino, accueuillant comme tout mais parfois il est comme le jeune vin : bourru. —

Confédération des Appellations et Vignerons de Bourgogne. « Déjà, si on ne me dit pas que c’est un vin nature, j’ai du mal à faire la différence », ce qui voudrait dire que nous sommes énormément influencés par l’étiquette. Comme un syndrome pavlovien, face à l’idée d’un vin nature nos papilles se mettraient en ordre de marche pour trouver un goût de vin nature. Possible. Et au niveau technique, ils sont comment ceux qu’elle a goûtés ? « D’un point de vue œnologique, ils avaient des défauts, il y a des déviations par rapport aux normes. Ça peut être un goût animal qui est lié à une petite levure qui se développe dans le vin. Ça peut être aussi des reprises de fermentation en bouteille, des déviations qui ne sont pas à la base désirées par le viticulteur. Ça s’explique par l’absence du soufre qui ne vient pas protéger le vin. » Là, le terme « vin vivant » - ça veux dire que le vin fait bien ce qu’il veut dans la carafe - il prend une dimension négative. On est entre le « hors norme » et le « pas bon ». Mais quand même le côté fruité ? On n’est pas zinzin, on l’a senti. « Oui, mais chez un viticulture classique, tu pourras aussi le trouver. S’il décide de le faire ressortir. » Dont acte. Ces défauts, ou du moins ce goût original, a une vraie valeur pour les producteurs désoufrés. « C’est une façon de se différencier du vin classique », analyse Joëlle Brouart ancienne directrice de l'Institut du Management du Vin de la Burgundy School of Business.

LE NÉGOCIANT Benoît Kilian de BK vin, négociant en vins, spécialisé en vin nature, et… musicien aventureux. — LES EXPERTS Charlotte Huber, œnologue et responsable du service accompagnement à la Confédération des Appellations et Vignerons de Bourgogne. Ni pour, ni contre le vin nature. Elle aime le bon vin. Joëlle Brouard, chercheuse, ancienne directrice du Master spécialisé Commerce International des Vins et Spiritueux de la Burgundy School of Business. Super curieuse du travail au quotidien des vignerons. Elle a créé le master dans l’école de commerce. Jacky Rigaux, l’expert hyper reconnu et respecté dans le milieu du vin. Conférencier, écrivain, spécialiste du vin et du terroir.

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« Il faut

abandonner l’analyse sensorielle de l’agroalimentaire qui nous fabrique de la merde mais qui sent bon. » Jacky "JP Coffe" Rigaud, historien du vin

« C’est une liberté d’expression dans l’élaboration d’un vin. C’est une manière de passionner le vin. On a peutêtre trop formé les gens aux normes du vin, aux bons mots… On a mené une étude sur le « vin de demain ». Ce qui ressort c’est la liberté pour le consommateur mais aussi pour celui qui le fait. Ce mouvement s’apparente a une reconquête. L’imperfection est aussi recherchée. La norme est secouée ! » Reconquête notamment vis-à-vis des coopératives et des appellations. Jacky Rigaud va même encore plus loin et propose d’oublier l’analyse sensorielle, « il faut ramener la dégustation dans la géo-sensorialité qui s’intéresse au goût du lieu et à la façon dont s’y prend le vigneron pour l'exprimer. Il faut abandonner l’analyse sensorielle de l’agroalimentaire qui nous fabrique de la merde mais qui sent bon 1. Les arômes nous trompent mais pas le toucher de bouche : quelle sensation me donne le vin, quelle viscosité… ? Nous devons réapprendre à goûter les vins. La norme a trop homogénéisé, on a le goût du moment. Il faut accepter l’originalité contre la typicité ! » Marc Soyard, du haut de son plateau de La Cras, va même jusqu’à revendiquer : « au-delà du goût, ce qui caractérise le vin nature c’est que c’est un vin de partage. C'est un vin joyeux. Un vin glouglou. » Ce que dessinent ces viticulteurs, c’est un rapport au vin sinon nouveau, mais hors cadre. « On est avec le vin nature comme dans l’art des années 70, post68, tout est permis. On essaye. On fait un autre vin. Ce qui est vraiment nouveau, c’est la confiance dans laquelle est cette nouvelle génération de vignerons , prête à assumer ses erreurs publiquement. » Et relançant le débat des modernes contre les anciens, Julien Guillot, producteur dans le 71, continue : « de toute façon, la jeunesse veut s’émanciper de ses parents. » If the kids are united...

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La conservation. La grande idée qui traîne désigne le vin sans soufre comme un vin de l’année, sans potentiel de garde. L'Ardèchois, Daniel Sage balaye cette idée : « La conservation des vins n’est pas liée à ce qu’on va mettre dedans. C’est le viticulteur, c’est le climat, c’est l’acidité des vins qui fait qu’on les conserve. » Benoît Kilian propose même de faire de la science chez soi : « prolongez votre curiosité si vous doutez. Achetez des bouteilles et conservez-les et vous verrez bien avec le temps si ça vous provoque des émotions. » Charlotte Huber nous éclaire a contrario sur le mythe du bon vin qui se garde. « Si on reste vraiment bourguignon, il y a 10, 15 ans les vins étaient faits pour être bu 15 ans après. Maintenant, ils sont faits pour être bu dans les 4 ou 5 ans, les goûts ont changé. Plus que ce qui est inscrit sur l’étiquette, en dehors de l’appellation, c’est le travail qui a été fait par le viticulteur. Soufre ou pas soufre, s’il y a de l’alcool pour le tenir, s’il y a de l’acidité, le vin vieillira bien. » Là tout le monde est d’accord. Effet de mode ? Mouvement d'avenir ? Le présent article, comme toutes les couvertures médiatiques, participent à une vogue autour des vins bio et non soufrés. L’effet s’estompe déjà du côté des bars. Bertrand, notre barman caviste, l’aperçoit venir de la grande ville, Paris, où l’engouement redescend. Ce qui n’est pas le cas de son bar à vin à Dijon. En local, on peut constater le fleurissement des salons de vin nature, la conversion en bio d'une partie du vignoble bourguignon 2. Même les supermarchés s'y mettent. Les foires au vin des grandes marques proposent une ou plusieurs références. Certains hyper consacrent un rayon à ces vins. Donc, peutêtre avec un effet retard, le mouvement, ici, s'amplifie. Si mode il y a, elle démarre seulement. Et pour les pratiques, le bio représente-t-il l'avenir de la profession ? En moyenne


salle de concert musiques actuelles en pays de langres

Janv. 2018

le bassin viticole bourguignon utilise de 21 à 27 traitements phytosanitaires par an 3. Pour Charlotte Huber, porteuse de la casquette « appellations de Bourgogne », « ils peuvent être un modèle dans toute la partie du travail de la vigne, avec toutes ces méthodes alternatives, même si l'utilisation du cuivre comme traitement bio peut poser des questions. C'est d'abord un marché de niche qui prend de l'ampleur, et certains viticulteurs se disent qu'il faut peut-être y aller. Mais je ne suis pas sûre que dans deux ans tout le monde fasse ça. Je vois une limite à l'export : comment un vin nature tient le choc dans un container quand il voyage à l'autre bout du monde ? Je ne sais pas. » Les « natures » disent eux que c'est l'export et la gastronomie qui portent justement vers le haut leurs ventes. L'avenir du vin nature est sûrement du côté de l'hérésie. En Bourgogne, on fait pousser essentiellement du pinot noir et du chardonnay sinon on sort de l’appellation et on n’a plus le droit de coller sur son étiquette le mot si bankable « Bourgogne », c'est la règle. C'est sur ce nom que le vin a fait sa réputation en France et marche aussi à l'export. « Chablis » signifiant, par exemple, aux USA « vin blanc », on comprend le danger à ne plus pouvoir l'apposer sur l'étiquette. Les désoufrés s'en moquent. Ils prennent le risque de faire sans, voire même de la gommer du flacon. Ils revendiquent le travail d'autres cépages, parfois oubliés : le melon, l'auxerrois, le gouais... Et c'est autour de ça que se cristallise leur « liberté », leur originalité : ne plus être tenu par le marketing « Bourgogne ». Ils en créent un nouveau autour de pratiques innovantes donc d'avenir incertain mais à la potentialité infinie. Le vin nature est intéressant au moins pour une chose, il fait bouger les lignes, modifie, pour l'instant à la marge, le gros business du pinard et va à l'encontre du mouvement global de surexploitation du terroir, de concentration, de vente/rachat/acquisition par des ploutocrates français, chinois, américains... de domaines, ayant pour effet pervers de gonfler artificiellement les prix des terrains. On peut détester leur goût, comme celui de n'importe quel vin. On peut se moquer de la biodynamie et de son rapport mystico-druidique aux cycles de la lune. Mais la philosophie de ces viti ou négociants, un travail non séparé de la vie, qui prend en compte l’exploitant et le consommateur, nous est forcément sympathique. Et puis ça va, ça change de tous les richissimes de la côte qui, peutêtre à tort, ressemblent plus à des chefs d'entreprises cotées au CAC 40 qu'à des agriculteurs. Et puis, enfin, un dernier secret livré par Julien Guillot : l'alcool, l'éthanol, contenu dans le vin nature est beaucoup mieux assimilé par notre foie. Le soufre détruit des p'tites enzymes de notre bidon. Conséquence l'alcool va entrer dans le sang au comptegoutte pendant plusieurs heures. On sera moins saoul, ou en tout cas moins rapidement. On pourra en boire plus. C.Q.F.D. // M.R. Jean-Pierre Coffe represent'. En 2015, 9 % des surfaces en vigne étaient cultivées en bio en BFC (ministère de l'agriculture), un chiffre en augmentation. 3 Sciences et avenir, octobre 2017.

VEND. 24 JANV. -21H- Électro Électroniche #6 HORSKH + GUESTS

Fév. 2018

JEUDI 8 & VEND. 9 FÉV. -20H- Chanson YVES JAMAIT (parenthèses acoustiques)

M À

SAMEDI 24 FÉV. - 21H - Death Metal Warm Up OUTCH! Extrême Métal Festival

U SIC

SUBLIME CADAVERIC DECOMPOSITION + 1ères parties

venir : Pigalle, Mon Côté Punk, Jahneration, Quand Je Serai Petit (Concert Jeune Public), OUTCH! Extrême Métal Festival, ...

www.laniche.fr

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Du projet à la réalisation

musée magnin Dijon

18 novembre 2017 18 mars 2018

Louis Gabriel Blanchet, Allégorie de la Sculpture, 1732, Dijon, musée Magnin / Louis Gabriel Blanchet, Allégorie de la Sculpture (détail), 1732-1736, Huile sur toile, Bâle, Blaues Haus. Photo (C) RMN-Grand Palais (musée Magnin) / Franck Raux - Foto Kantonale Denkmalpflege Basel-Stadt / Erik Schmidt, 2006


psycho test

Par Nicdasse Croasky Illustrations : Benjamin Moutte

Que tu sois cadre chez LIDL ou bénévole dans une ONG humanitaire, partout où tu travailles, tu es scruté(e), confronté(e), évalué(e)… Mais toi, as-tu déjà réfléchi à la place que tu te faisais dans ce bordel ? Tu sais jouer des coudes ou tu vas pleurnicher aux chiottes  ? Deviens ce que tu es © grâce à Sparse qui t’aide à y voir (franchement) plus clair sur la finesse psychologique de ton moi au travail.

1. En réunion, le chef massacre un collègue pour des raisons

incompréhensibles. Que fais-tu ? Δ Tu files lui chercher un bon café, car ça assèche la gorge ces longues tirades ! ■ Tu ne dis surtout rien. La prochaine fois, ça sera toi. ♦ Tu te lèves fumasse et tu rappelles la situation explosive liée aux 120 suicides de l’année passée. Ο Tu savoures ce moment et tu jouis presque, te retenant d’aboyer à ton tour sur ce 0 pointé.

2. Satisfait, ton voisin de bureau part en oubliant d’éteindre

son PC. À l’écran : le dossier complété sur lequel vous êtes en concurrence. Δ Tu vérifies qu’il n’a pas mis en place un système de marchés truqués. Ce salaud est dans ton viseur depuis un moment ! ■ Tu traficotes les chiffres et tu le laisses rendre son dossier foireux. Il est viré. Tu es promu(e). D’une pierre deux coups dans la gueule !!! ♦ Tu files voir le boss pour lui poser des questions subtiles. Il comprend que tu as tout compris et qu’il aura le boulot fait en fin de journée. Ο On dira que c’est toi si jamais ça fuite, car tu foires toujours tes dossiers. Tu éteins donc son PC et nettoies tes empreintes sur son clavier.

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3. En réunion de brainstorming, la N+1 demande sans rire quel est ton animal totem. Tu es : Δ Un aigle. ■ Un chat. ♦ Une autruche. Ο Une abeille.

4. Le gamin de la secrétaire de direction chope une longue maladie. Les collègues veulent donner des congés pour qu’elle reste près de lui. Tu donnes : Δ La moitié de tes jours de congés. Tu t’ennuies seul(e) à la maison. ■ Un jour, par principe, et tu crées sur une pétition contre le cancer sur change.org. ♦ Rien et tu montes un site de vente de congés aux enchères. 100% de bénéf. Ο Rien et tu fonces chez le DRH lui raconter. Il incite alors TOUS les employés à donner et rester ainsi plus longtemps au bureau. Il t’en doit une. 5. La directrice générale part à la retraite et invite tout le monde à son pot de départ. Δ Cette vieille salope était haïe de tous. Poing levé, tu gueules l’Internationale à ce bal d’hypocrites. ■ Tu es au premier rang ; tu pleures à chaudes larmes le départ de ta mère de coeur. ♦ Tu te mets au fond pour pas gêner. Ο Tu fixes le nouveau directeur général ; lui, tu ne le rateras pas.


Majorité de A

Tu es béni-oui-oui 6. Stage de team building au stand de paintball. Que fais-tu ?

Δ Tes collègues sont les plus forts. Tu te caches derrière eux si ça chauffe, devant quand c’est fini. ■ Discrètement, tu te tires une rafale dessus et on t’emmène en sang à l’infirmerie. ♦ Tu as ton propre matériel, fusil à canon scié et billes renforcées. Carnage ! Ο Tu montes une poche de résistance et vous allez saboter le stock de billes en pissant dessus.

7. Tu manges au resto d’entreprise et il reste du rab de frites !

Que fais-tu ? Δ Tu avais négocié du rab lors du premier service, mais tu cours quand même. ■ Tu ramènes un saladier pour la table du personnel en situation de handicap. ♦ Pas de stress. Sergio le cuistot est ton pote et il te met toujours une ration à gauche. Ο Tu y vas en marchant. Tous ces gens qui courent, ça te fait peur.

8. La DRH te complimente lors de ton entretien annuel et te

propose une prime exceptionnelle. Δ Tu lui demandes si elle ne ferait pas erreur par hasard. ■ Une prime ? Minable. Tu négocies un golden parachute à 6 chiffres. ♦ Tu partages la prime avec une ONG pour Haïti. Ο Tu rappelles que tu es soutien de famille pour ta pauvre mère malade.

9. On te demande de virer Bernard, 50 ans, tout en haut de

l’échelle de salaire et jugé improductif. Comment tu t’y prends ? Δ Tu lui fais un mail avec en copie tous les salariés de la boîte pour rappeler que t’es pas ce genre de salaud/salope. ■ Tu remets au lendemain jusqu’à ce que la DRH finisse par le faire elle-même. ♦ Pas de problème, c’est déjà fait. C’était vraiment un poids. Ο Tu te suicides à la place de Bernard.

Pour chaque question, entourez votre réponse et faites le total de vos A, B, C et D. Puis reportez-vous aux résultats. Δ

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A

Ton credo est simple : ne pas faire de vagues. On te demande de dire oui ou non, tu t’exécutes. Ta couleur préférée est le transparent. Depuis dix ans, tu changes de bureau tous les matins et personne ne s’en rend compte. Tu ne prends jamais la parole en réunion, et c’est pour ça qu’on t’invite tout le temps, parce que tu sais opiner du chef quand il le faut, en silence. Tu connais mieux que personne la novlangue du monde professionnel : tu aimes ton desk, tes N+1+2 +3… tu crois en eux comme en Dieu, et tu crains plus que tout d’être abandonné(e). Les préceptes du lean management sont ta voie du tao. Dans ta prochaine vie, tu seras un paillasson, ainsi ton enveloppe corporelle sera en accord avec ta personnalité. Ton film préféré. Un justicier dans la ville de Charles Branson, car au fond de toi, petit(e) coquin(e), tu rêves secrètement de te venger de tous ces salauds !!! Majorité de B

Tu es un imposteur opportuniste

Abonné(e) aux places près du radiateur durant toute ta scolarité, tu progresses dans ta carrière grâce à des coups de chance, promotion-canapé, pistonnage, fayotage, ou parce que tu étais au bon endroit au bon moment, et que tu as l’air moins con(ne) que ton voisin de bureau. Tu es doté(e) d’un physique remarquable alors que la qualité de ton travail l’est déjà beaucoup moins. Tu fais le café comme personne, tu es beau/belle sur les photos et tu rassures la direction : tu es une tête de gondole, un trou noir intellectuel qui aspire la réussite et qui est régulièrement récompensé sans avoir fait grand-chose. Les autres te détestent, mais il fait bon être ton ami(e), des fois que ta chance ruisselle ! Tu restes une énigme pour les RH du monde entier qui te soupçonnent d’être doté(e) de pouvoirs d’hypnotiseur, sans jamais avoir pu en faire la preuve. Ton film préféré. Les charlots contre Dracula, qui t’a révélé le vrai sens de ta vie. Majorité de C

Tu es idéaliste

Tes parents étaient instituteurs engagés et t’ont transmis la flamme. À moins de 20 ans, déjà 10.000 manifs à ton actif. Tu crois qu’on peut détruire le capitalisme de l’intérieur, que l’union c’est la force. Ton credo : faire passer les autres avant toi, parce que la vie n’a de sens que si on est so-li-dai-res. Et si vraiment il faut aller au feu, alors oui : piquet de grève et saucisses grillées pour tout le monde ! Mais attention, des bios et au tofu fumé hallal. La direction te déteste, mais les employés t’aiment car tu les défends comme personne. À chaque victoire syndicale, tu t’entailles l’avant-bras avec ton couteau. Si un jour, le chiffre de 100% de syndiqués est atteint et que même les patrons prennent leur carte, alors tu auras atteint ton grand soir à toi et tu mourras heureux(se), dans le caniveau avec le minimum vieillesse. Ton film préféré. La grande vadrouille. C’est le dernier film que tu as vu à l’âge de huit ans. Depuis tu as tellement mieux à faire que de succomber aux sirènes du soft power capitaliste. Majorité de D

Tu es Iznogoud

Tes dents font leurs preuves depuis des années sur les parquets des bureaux du monde entier. Ta carrière est le symbole du darwinisme social. Dieu a pitié, pas toi ! Tu ne te branles pas devant Youporn mais en matant Le Loup de Wall Street. On te paie cher, parce que tu es le/ la meilleur. TOUS les moyens sont bons pour arriver à tes fins, même la bienveillance si ça te permet d’endormir un collègue concurrent pour mieux le trahir ensuite. La direction et tes ennemis te craignent autant qu’ils t’admirent ; même ta mère a peur de toi. Derrière ton bureau, tu mets systématiquement un poster d’American Psycho. Ta chanteuse préférée est Whitney Houston. Tu es le/la seul(e) à savoir ça. Tu agis par instinct et pour toi la fin justifie les moyens tant qu’à la fin, il ne reste que toi et un beau paquet de fric. Ton film préféré. Scarface, parce que tu es sûr(e) et certain(e) qu’à la fin, tu finirais mieux qu’Al Pacino.


coup de coeur partenaire en partenariat avec BMW

Bien sûr ! Comment vous est venue l'idée de FootToPay ? Je sortais de l'école de commerce de Chargey-les-Gray à l'époque et je m’étais rendu compte que ces fainéants de gamins étaient prêts à payer pour jouer au foot. Parce que dehors, il fait trop froid et que le terrain il est trop grand. Hallucinant ! Alors que dehors, c'est gratuit. Ça n'a fait qu'un tour dans ma tête. J'ai loué mon premier entrepôt à Béthune, il y a 2 ans. Un entrepôt ? Oui, c'est ça qui est magique. Il suffit de louer un entrepôt de banlieue vide à 200 balles par mois pour te considérer comme une salle de five. L'investissement est minimum. Ça te coûte pratiquement rien.

Portrait de la BFC qui bouge. À la découverte des secrets de Kevin Cheugnon. Aujourd'hui, comme toutes les semaines, un entrepreneur courageux nous livre un peu de lui-même. Il y a 2 ans, Kevin Cheugnon a monté FootToPay et possède déjà 114 complexes de foot à 5 en France. Son petit dernier a ouvert le mois dernier à Dijon. Votre recette secrète ? Moi, je fais que des pâtes. Autrement j'ai un cuistot à mon service que je paye pour me faire un manger. Votre coin de France favori ? Y'a rien à faire en France. J'vais en Thaïlande, c'est moins cher, on peut acheter des armes et faire du quad en ville. De Bourgogne ? De où ? Ahahahaha... Arrête tes conneries. Une voiture que vous aimez conduire ? Il parait que je dois dire BM X1 vu que BMW c'est le sponsor de cette page. J'ai bon ? Un coup de coeur musical ? Je suis fan de free jazz et de Kids United. Nan mais, c'est bien sympa votre truc, mais avec ce que je vous file pour le papelard, on pourrait parler de mon business un peu, non ?

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L'ambiance est à la convivialité chez FootToPay. J'espère bien ! Les gens viennent entre potes. Si c'est pour se foutre sur la gueule, autant pas venir. Vous avez aussi développé toute une gamme de services annexes. Ben ouais, tant qu'ils sont là, autant leur vendre des trucs avant ou après la partie. Je fais bar, resto sur place ou à emporter. Je vends des articles de sport (si t'as oublié tes pompes, je peux t'en vendre à 100 balles), je garde les enfants pour 25€ de l'heure, je fais des retouches couture pour les ourlets et je peux même faire la vidange de ta bagnole. Et si tu veux louer le truc pour l'anniversaire de ton môme au lieu de le faire courir dehors, c'est parfait ! Ça me paiera le week-end à Barcelone. Votre secret de réussite ? Les trois quarts des gens paient en liquide. Je te laisse imaginer. Et j'ai jamais signé un contrat, à personne. Si l'inspection du travail passe, je fais passer mes employés au black pour des usagers du lieu. Comme tout le monde est en survet', ça passe. Au pire, je prends un ou deux autoentrepreneurs. Comme ça ils payent leurs charges eux-mêmes sans m'emmerder. Je protège mon pouvoir d'achat comme dirait le grand prophète Gerard Longuet. À ce rythme-là, j'en suis à un entrepôt ouvert toutes les 2 semaines. Pépouze. Merci à vous, Kevin. De rien, avec ce que ça me coûte... J’espère que les p'tiots vont venir, parce qu'au départ j'étais pas sûr d'ouvrir dans ce trou. Ah et tu me mettras une belle photo, hein ? Celle où j'ai la parka treillis. Ça fait décontract'. // C.W. FootToPay Palais des Ducs et des États de Bourgogne 1 Place de la Libération - Dijon Tél : 555-21-25


avocats et associés

Toujours plus « full client » et « global acting », Sparse a racheté une des top lawfirm de Tart-le-Bas, Sparse Legal and partners, pour proposer à ses lecteurs une rubrique de conseil juridique, digne de celle d’Auto Plus. Tu poses ta question et tu as ta réponse. Cash ! Cher Maître Fougnard, À la Jeunesse Patriotique Burgonde, section Dijon, on est tous des gros kiffeurs de ta chronique qui est de loin la meilleure de Sparse Magazine. On en profite pour annoncer la création de la Chouette Alliance avec le Front Indépendantiste d’Organisation Nationale (FION) de la BFC, le Groupement de Libération Autonomiste National et Démocratique (GLAND) de la BFC, le Parti pour l’Emergence Nationale et l’Indépendance dans la Solidarité (PENIS) de la BFC, et la GAULE FORTE (ex Renaissance Eduenne Lingonne Sequane). Lors de notre assemblée générale de Convergence des Luttes aux Tanneries, le 13 novembre, on a décidé de passer à l’offensive et de lancer un grand référendum pour la proclamation de l’indépendance de la BourgogneFranche-Comté et la fusion DFCO-BARCA au MuséoParc d’Alésia le 1er janvier prochain. Peux-tu nous dire si nous devons réserver un aller simple TGV Dijon-Bruxelles 12-25 ans pour le 2 janvier 2018 ? Jean-Aymeric, 19 ans

Maître Fougnard vous répond. Bonjour Jean-Aymeric. Un référendum, en droit français, c’est comme en classe. Tu as le droit de répondre aux questions que te pose Mme Chanussot mais pas de te prendre pour Mme Chanussot et de poser des questions à la classe. Sinon tu sors. Au niveau national, notre Constitution prévoit dans son article 11 que c’est le président de la République ou le Parlement qui a le droit de jouer à Mme Chanussot. Le peuple souverain a le droit de répondre aux questions qu’il n’a pas posées, mais pas de se faire un petit référendum. Au niveau local, c’est à peu près la même chose. L’article 72-1 de la Constitution prévoit un référendum local, mais il reste du monopole du chef de l’exécutif de la collectivité et ne peut porter que sur une question relevant de sa compétence. Cependant, le même article 72-1 prévoit quand même un droit de pétition pour les électeurs, leur permettant d’obliger leur collectivité à délibérer sur une question qu’ils souhaiteraient inscrire à l’ordre du jour. Donc si ta Chouette Alliance arrive à réunir 10% des électeurs de la région, elle pourrait demander que soit inscrite à l’ordre du jour du prochain conseil régional l’organisation d’un référendum sur l’indépendance de la Burgondie. Bon, en fait, la région devrait refuser, car un référendum local ne peut être organisé que sur une question relevant de la compétence de la collectivité et la région n’a pas compétence pour décider de son indépendance. Si Marie-Guite Dufay, la présidente de la BFC, décidait de faire comme Carles Puigdemont et de délibérer quand même sur l’organisation du référendum d’indépendance de la Burgondie, le préfet devrait demander au tribunal administratif d’annuler la délibération de la région sur l’organisation du référendum. Comme dans tous les États du monde, à part en Ouzbékistan et en Ethiopie, la Constitution ne reconnaît pas le droit à la sécession des régions. L’article 1 de la Constitution proclame la République indivisible. Du moins en théorie. En pratique, ça dépend. Le référendum sur l’accession de la Nouvelle Calédonie à la pleine souveraineté sera organisé en novembre 2018. La Corse attend de récupérer une compétence fiscale lui permettant de concurrencer Chypre et demander dans une dizaine d’années son indépendance. En Burgondie, on n’a pas de cocotiers ni de nickel ou de cochons sauvages, mais on a tout ce qu’il faut pour que l’État central nous laisse redevenir un État souverain : une langue ou du moins des mots que personne ne comprend, un territoire périphérique avec plus de pauvres qu’en Ile-de-France, un passé d’État transnational avec des colonies belges et des deniers. Donc, Jean-Aymeric, pour le 2 janvier, pas besoin de prendre un billet TGV pour Bruxelles : un billet Ouibus pour la fête de l’Âne à Sens suffira.

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Si vous ne savez pas comment emmerder le monde, n’hésitez pas, nous pouvons vous y aider : posez votre question, nous vous y répondons (ou pas).


hFFroscopitone

Par Cédric de Montceau illustrations : Mr. Choubi

L’horoscope c’est un peu comme la météo, on fonce dessus pour tout savoir sur le ciel anticyclonique ou dépressif de notre âme mais dans le fond on en a rien à foutre.

L’intelligence artificielle devrait pouvoir vous rendre service dans les prochaines années, au moins pour faire les courses. Une assistance n’est jamais de trop dans votre désert intellectuel. Bousier dans le zodiaque mongol, ne niez pas vos origines médiocres, elles sont la seule preuve tangible de votre transparente réalité. Santé : commencez tranquille, ça finira mal.

N’oubliez jamais que les choses qu’on redoute le plus sont celles qui nous sont déjà arrivées. Si vous attendez le passé, soyez patient, il aura du retard. Préférez les saisons pour un perpétuel recommencement et remplissez vos poches de silence, c’est l’unique précieux que ce monde bavard ne vous taxera pas. Chance : processus de paix n’est pas une fellation au méthane.

© Cyril DUC / cyril-duc.com

Il est temps de devenir adulte, qui veut noyer le poisson l’accuse de la rage ! Tête de truc ou bouc et vicaires, cessez de chialer au final tout est absolument de votre faute. Le propre de la culpabilité est de se croire innocent. Une tartine de Roundup ou un sandwich au glyphosate, ne peut pas être le seul moyen de stimuler votre croissance. Travail : tricotez des pendules.

FÉV. -> JUIN. 2018

En cette fin d’année, le service culturel du Crous de Dijon vous souhaite de belles soirées annonciatrices d’évènements délicieux et étoilés... Dès décembre, retrouvez toutes nos gourmandises culturelles pour 2018 sur notre site www.theatre-mansart.com **


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courrier des lecteurs

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alut les fouines, Dites-moi, la star de l'art contemporain dans votre dernier numéro, là, Claude Lévêque ; c'est le sosie d'Emile Louis non ? Vous ne trouvez pas ? C'est flagrant franchement. Ah ah ! Assis comme ça sur la photo, on dirait ce bon vieil Emile interviewé dans Perdu de vue, avec Jacques Pradel. Des grands moments de télé. Ça le gêne pas votre Claude dans sa vie de tous les jours ? Il le vit bien ? Léa – Besançon (25) réponse de la rédaction

Alors, c'est vrai que ces derniers temps, Emile Louis a tendance à devenir une icône pop. Les gamins auront peut-être sous peu des t-shirts à son effigie. Il y en a bien un paquet avec Jacques Chirac dessus. Qui l’eut crût ? Le mec du « bruit et l'odeur », président de droite, devenu prince du cool et affiché sur les torses des hipsters de France. Alors Emile Louis... En plus, c'est vrai qu’Emile, avec sa trogne et son bus, on a des milliers de blagues sur lui et sur les déglingués de l'Yonne en général : Trébert, Maingonat, Fourniret. Mais ça, c'est du privé ça. Mon petit Max, on ne peut pas déconner avec ça en public dans un magazine multi diffusé dans la région. Des vannes comme ça, c'est compliqué. Tu les fais avec des gens dont tu es sûr qu'ils vont comprendre, genre tes meilleurs potes. Pas avec nous. Sinon, c'est comme si Hanouna faisait des blagues homophobes en direct à la télé... bon, oubli, c'est un mauvais exemple. Donc, non, Claude Lévêque n'a rien à voir avec Emile Louis. Il ne serait pas content que tu insinues ça. C'est un grand artiste et on a eu de la chance de l'avoir pour un long entretien. Non, ça ne le gêne pas dans sa vie de tous les jours. En revanche, pour te répondre directement : oui. Physiquement, il lui ressemble un peu quand même, voire beaucoup, c'est vrai. Voilà tu m'as obligé à le dire, t'es content ? Allez file.

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onjour la presse locale, Je viens de m'installer dans la région. Après plusieurs années à Montpellier, j'ai été muté (c'est une promotion, je vous rassure) à Dijon où j'ai emménagé avec toute ma famille. Je ne dois pas avoir de chance, parce que depuis que je suis arrivé, en octobre, il fait gris, il y a pas mal de brouillard, et souvent de la pluie. Le ciel se trouve à 2 mètres au-dessus de ma tête. C'est pas très beau à voir. Vous qui avez l'air au fait de ce qu'il se passe dans le coin, c'est une année exceptionnelle ? ça va s'arranger un peu? Parce que franchement j'ai l'impression d'être dans un film de science fiction. Ou dans Seven, de Fincher, mais sans Brad Pitt. Bernard - Dijon (21) réponse de la rédaction

Oulah ! Merde ! Tu viens du sud, Bernard ? Je vais pas te mentir, là ça va être dur. Tu es entré dans une phase dite de "temps gris dégueulasse dijonnais". Un classique du coin. Ca va durer 8 mois. Normalement tu verras la lumière en avril. En attendant, quand le brouillard se lève, il fait déjà nuit. Dijon est une cuvette, le temps est donc de chiotte. Et attends, en janvier, normalement, tu vas prendre des -10° toujours bien humides, incroyable. Si tu mets pas un bonnet tu perds tes lobes d'oreilles. Quand tu retourneras dans le sud, le soleil te brûlera la rétine, et les gens te demanderont si tu es malade tellement tu seras lumino-déficient. Cireux, comme si tu avais un problème aux reins. J'espère que ton couple est solide, il le faut pour endurer ça. Si tu as un doute au niveau du cycle, ne t'inquiète pas, c'est tous les ans pareil ! T'es en période d’essai au boulot ? Il n'est pas trop tard… Autrement vitamine D, mec. Oublie le soleil, pas besoin. Fais comme les autres : bois.

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«B

onjour grand timonier du bon goût, J’ai vu Manuel Valls à la télé dernièrement. Il a un bouc. On laisse passer ou pas ? Ralph – Héricourt (70) réponse de la rédaction

Certainement pas. Le mec revient avec un nouveau système pileux 6 mois après. Pas 2 ans, 6 mois. Une des plus grosses humiliations de l’histoire de la 5ème République. Y’en a qui n’ont pas de race... Genre : « Vous avez vu ? J’ai changé. J’ai mûri, j’ai du poil gris au menton ». Déjà, pourquoi est-ce qu’on invite Manuel Valls à la télé ? Il représente quoi ? Pourquoi il est encore là ? Dégagez-moi ça vite. Ensuite, le bouc de Manuel, c’est le truc le plus ringard que je connaisse. Devant le sous pull. Ça ne m’étonne pas de lui.

«S

alut les canaillous, Après ce petit bonjour en forme d'hommage à Darry Cowl, je me permets de vous demander si vous aussi vous êtes tout excités d'avoir les Jeux Olympiques en France en 2024. Les J.O. ! Génial ! J'ai hâte de voir les compét' de natation synchro ! Fred – Delle (90) réponse de la rédaction

Non, c'est pas trop cool parce que ça va rien rapporter nada. Ca va coûter un max. 6,8 milliards d'euros paraît-il selon le comité d'organisation. Chiffre largement sous-estimé si on en croit les spécialistes du genre. Alors ma réponse va être simple : qu'est-ce qu'on s'en bat les couilles d'avoir des JO à une période où le gouvernement t'enlève les emplois aidés, baisse les APL et où les hôpitaux n'ont plus assez de budget pour embaucher des infirmières ? On est à deux doigts de l'indécence. En plus, y'a pas d'épreuve à côté de chez moi. Ça va coûter un bras pour y aller. À part le fait qu'il y ait un peu de pognon pour les commerçants et les hôteliers du côté de Paris, je ne vois pas le bénéf'. T'as vu comment ça s’est fini en Grèce et au Brésil ? C'est un peu comme si un mec choisissait de ne pas emmener ses gamins chez le médecin sous prétexte que ça coûte trop cher, alors qu'à côté, il achète une TV grand écran à crédit pour pouvoir mater le foot avec les copains qu'il accueille à la maison les soirs de match. C’est un choix. Si tu veux valoriser le sport en France, file de l'oseille aux clubs pour la formation des gamins. Et continue à regarder Stade 2 comme nous.

«B

onjour les donneurs de leçons, Sur votre site, votre article sur la Foire gastronomique de Dijon est une honte. 160.000 personnes s'y rendent tous les ans. Vous dénigrez une institution. Comment pensez-vous décider pour les autres ce qu’il est bon d’écouter, voir et déguster ? Votre magazine se veut être un organe d’opinion. Ok mais alors faites correctement votre métier de journalistes : allez voir, interrogez sans parti pris. Bossez quoi ! Olivier – Dijon (21) réponse de la rédaction

C’est vrai qu’on dénigre une institution. On est allé voir, on a interrogé. Et je te le confirme, Olivier, la foire c’est vraiment merdique, pour toutes les raisons évoquées dans notre article. C’est notre avis. Tu sais, il y a plein de gens qui font de choses qu’on trouve odieuse ou qui vont dans des endroits qu’on trouve sans classe. Le nombre ne fait pas la qualité. Je n’ai pas le monopole du bon goût, mais j’ai un avis assez aiguisé sur les « institutions » de la région. Mon boulot, c’est pas de vendre la soupe. Par contre, du coup, la foire de Dijon ne nous achètera pas de pub. Ce sera pas les premiers, et ça, c’est bien fait pour nous.

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from helle Dans chaque numéro, carte blanche au photographe Raphaël Helle

J'ai rencontré Carol et Guillaume sur le pont Battant à Besançon en septembre. Ils vivent ensemble dans la rue depuis des années. Guillaume est poète et devrait bientôt être édité. Un soir de l'hiver dernier, je l'ai écouté lors d'une lecture publique et ses textes étaient bouleversants. L'hiver et le froid s'installent, alors si vous les apercevez en ville, s'il vous plait, fendez-vous d'un billet. Un billet, hein ! Pas une pièce, bande de pingres.


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Sparse 21 (déc. 2017)  

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