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EN MOUVEMENT Nº2 JUIN 2016

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@SJNATIONAL

LE DOSSIER

© Adeline Praud

L’IMPLANTATION LOCALE : pourquoi et comment nos délégations et les collectivités travaillent ensemble ? P. 4 L’ÉCHO DU TERRAIN

PRISE DE HAUTEUR

SJ À L’INTERNATIONAL

Les stagiaires de Vir’Volt en campagne P.11

L’état, la précarité et nous P.14

La saison chantiers est lancée ! P.12

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TOUS CONTRIBUTEURS 4

Tu veux écrire, photographier ou dessiner, pour informer, rendre compte, témoigner ou encore partager ce qui se passe dans ta délégation ou au sein du mouvement, de ses

LE DOSSIER THÉMATIQUE

L’IMPLANTATION LOCALE : POURQUOI ET COMMENT NOS DÉLÉGATIONS ET LES COLLECTIVITÉS TRAVAILLENT ENSEMBLE ?

• Le lieu à SJ • ­Des origines aux perspectives • En Île-de-France, une histoire de longue haleine • Petites préhistoires de délégations

ROPOSER P S U O N R U O P S CONTACTE-NNOOUUS SOUMETTRE TES IDÉES DES SUJETS,

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FOCUS SUR • De quelle formation parle-t-on ?

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L’ÉCHO DU TERRAIN • Les stagiaires de Vir’volt en campagne

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SJ À L’INTERNATIONAL • La saison chantiers est lancée !

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PORTFOLIO • Échappée photographique

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PRISE DE HAUTEUR • L’état, la précarité et nous

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LE TÉMOIGNAGE • To take or not to take the road of exchange

Directrice de publication Matina Deligianni Coordinatrice de publication Adeline Praud Comité de rédaction Mélanie Bonaventure, Élodie Caille, Agathe Décarsin, Damien De Chanterac, Adeline Praud. Graphiste  Javier Larios Contributeurs et contributrices pour ce numéro :  Élodie Caille, Agathe Décarsin, Aline Touchard, Matina Deligianni, Damien De Chanterac, Hana Raskova, Line Petersen, Adeline Praud, Anne-Clotilde Schweizer. ONT CONTRIBUÉ À CE NUMÉRO DES BÉNÉVOLES, VOLONTAIRES, SALARIÉ.E.S, ÉLU.E.S DU NATIONAL ET DES RÉGIONS. MERCI À CHACUN.E

CONTACTS/INFOS :

redaction@solidaritesjeunesses.org 2


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ans le cadre de la campagne Raising Peace 2016, 15 animateur.rice.s de chantiers et bénévoles vont se former à l’éducation à la paix et aux droits humains lors d’une formation de 4 jours qui se déroulera au REV à Beauvoisin du 20 au 24 juin. Cette formation animée par Laëtitia Barbry et Jean Martinant, ancien volontaire au Secrétariat National, sera une opportunité pour les futur.e.s animateur.rice.s de développer leurs aptitudes afin de mettre en place des ateliers et des débats autour des droits humains et de la paix lors des chantiers de l’été!

POURQUOI MESURER L’IMPACT DU CHANTIER INTERNATIONAL ? Depuis 5 ans nous nous sommes engagés dans une démarche de mesure de l’impact. Nous avons entrepris à quantifier le changement que les chantiers internationaux apportent d’abord aux volontaires, mais aussi au niveau local. Ce dessein aussi extraordinaire que contestable consistant à démontrer nos convictions et à chiffrer nos passions, a été aussi nourri par notre inconscience quant aux difficultés et aux obstacles qu’il comportait. Nous avons cherché à mesurer l’incommensurable et à quantifier le changement provoqué par la solidarité humaine et l’altruisme, valeurs fondamentales du chantier international depuis ses origines. Or, même si nous considérons que c’est bien ce qui ne peut pas être compté qui compte, il est nécessaire que nous puissions démontrer à nous-mêmes et aux autres, que les résultats de nos actions sont réels et ont des effets tangibles.

U

ne toute nouvelle formation intitulée «Animer les instances associatives» se déroulera du 27 au 31 juillet à la Ferme du Faï. Elle sera l’occasion de se questionner sur la façon de rendre vivantes nos instances associatives et en faire de vrais espaces d’élaboration ! C’est l’association la Turbine à Graines, représentée par Julien et Morgane (qui ont animé notre AG en mai dernier), qui sera là pour susciter les échanges et la réflexion. Contactez Agathe dès maintenant pour vous inscrire !

Nous défendons que le chantier international favorise la compréhension interculturelle en apportant une meilleure compréhension de soi-même et des autres. Nous affirmons que c’est un catalyseur dans le renforcement de capacités et d’aptitudes telles que l’autonomie, l’ouverture, la prise d’initiatives, la communication, la résolution de problèmes. Nous revendiquons qu’il promeut la citoyenneté et la participation active à travers un processus collectif et participatif et par la mise en œuvre des projets au service du bien commun.

L

es volontaires du projet Katimavik sont rentré.e.s d’Écosse. Leur service civique itinérant s’est conclu début juin au Créneau par un regroupement de volontaires et un temps d’évaluation. Des six qui s’étaient au départ engagé.e.s dans l’aventure, cinq ont pu aller jusqu’au bout. Jérémy pour des raisons personnelles à mis fin à son engagement. Diaoué, Mariam, Mathilde, Omar et Grégo ont réussi à boucler toutes les étapes du projet ; y compris les difficultés liées au vivre ensemble, à l’apprentissage de la mixité, de la vie collective avec des personnes avec qui l’on a pas forcément d’atomes crochus. Au final cinq jeunes qui reprennent le cours de leur vie mais pas tout à fait comme avant...

Or, avons-nous des données qui appuient ces affirmations ? Et surtout sommes-nous en capacité d’affirmer, que c’est en raison d’une méthodologie et d’ingrédients spécifiques et reproductibles qu’un chantier international peut apporter ce type des résultats. Pourrions-nous prouver par exemple que des jeunes contribuent davantage à la vie de leur commune et de la société en général après avoir participé à un chantier international ? Pouvons-nous convaincre des institutions et la société que si nous pouvons utiliser cette méthodologie et ses ingrédients dans un contexte différent grâce à des politiques favorables et des ressources suffisantes, nous aurons des résultats similaires ?

Une soirée de clôture est prévue le 28 juin au secrétariat national. Cet événement permettra de clore le projet en projetant le film photographique qu’ils ont coréalisés en Écosse et de témoigner de leurs apprentissages. Le Katimavik 1 va laisser la place à l’automne à un Katimavik 2 qui, lui aussi, est soutenu par la DRJSCS d’Ile de de France.

Après 5 ans d’expérimentation, de recherche et d’analyse, nous avons enfin de données qui nos permettent de demontrer. notre conviction profonde, le chantier international contribue à la culture de la paix et à un meilleur vivre ensemble. Parce que ce qui est compté, compte ! Matina DELIGIANNI Déléguée Nationale

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L’IMPLANTATION LOCALE : POURQUOI ET COMMENT NOS DÉLÉGATIONS ET LES COLLECTIVITÉS TRAVAILLENT ENSEMBLE ?

© Adeline Praud

LE LIEU À SJ : OUTIL LOCAL PERMANENT DE TRANSFORMATION SOCIALE par Damien De Chanterac, bénévole

À SJ, chaque délégation régionale dispose de son lieu. Il forge son identité. Supports des deux piliers de nos projets associatifs, le chantier et la vie collective, ces lieux sont aussi riches en défis. Voici une tentative de prise de recul, pour ne pas perde pas de vue l’essence/les sens du lieu.

À

SJ, le lieu désigne la maison, le château, la ferme, le camping ou – même – le village. Ces lieux sont ce que l’on appelle des centres d’accueil ; nos délégations en sont propriétaires ou locataires (voir tableau des différentes formes juridiques). Nous hébergeons dans ces maisons, château, ferme, camping et villages des volontaires internationaux (en particulier long terme), ainsi que - selon les capacités d’accueil - des permanents, des bénévoles, des jeunes placé.e.s par l’Aide Sociale à l’Enfance - ASE - et des groupes en séjour. La gestion, l’animation et l’entretien de ces lieux reviennent donc à l’association qui les habite. Ils rendent possible durant toute l’année la mise en œuvre quotidienne de la pédagogie du chantier. Le lieu à SJ n’a pas toujours existé Il faut attendre la fin des années 50 et l’implantation du Mouvement Chrétien pour la Paix (MCP, ancêtre de SJ) à Belmont (Bas-Rhin) pour trouver le premier lieu d’hébergement. Ensuite, ce sont des associations indépendantes rejoignant le mouvement qui amènent des lieux, en particulier avec Vaunières et Les Villages des Jeunes qui nait en 1964 (mais devient délégation régionale PACA en 1996, avec un second lieu au Faï). Finalement, le premier lieu à émerger au sein mouvement, c’est le REV à Beauvoisin, créé en 1976 par la Section Jeunes du MCP. En 1979, le Centre de Beaumotte nait et devient délégation régionale Franche-Comté un an plus tard. Puis naissent dans les années 1990 le Créneau (Auvergne), la Croisée des Regards (association partenaire jusqu’en 2013) et les Bateleurs (Poitou-Charentes). Chacune dispose d’un lieu. La délégation Ile-de-France est créée en 1995 mais ne 4

« trouve » son centre d’accueil qu’en 2007. Enfin, Citrus (MidiPyrénées, 2002), s’installe d’abord à Septfonds avant de dénicher une ferme en ruine à Laguépie en 2012. N’oublions pas Neige&Merveilles, qui devient association partenaire en 2013. Ce qui fait aujourd’hui neuf lieux, sept délégations régionales, les associations partenaires, un secrétariat national à Paris et un projet naissant en Dordogne. Bref, si l’on regarde l’histoire, le concept de délégation régionale disposant d’un (ou plusieurs) lieu.x pour s’assurer un ancrage local est finalement assez récent. En 1977, une ligne directrice de la SJ MCP  fixe l’objectif d’ « être acteur de son cadre de vie en créant un réseau d’associations partageant les mêmes valeurs, pouvant organiser des actions volontaires, développer des chantiers, créer des centres d’accueils et de rencontre ». On voit ainsi que dans l’histoire, centre d’accueil et implantation régionale se sont confondues jusqu’à devenir indissociables. Aujourd’hui on imagine mal une délégation régionale ne disposant pas de son château, sa ferme ou sa maison. Une idée pas si révolutionnaire Les lieux de SJ peuvent rappeler des expérimentations pédagogiques issues de l’éducation intégrale telles que l’orphelinat de Cempuis de Paul Robin (fin 19e) ou la Ruche de Sébastien Faure (début 20e). On peut aussi penser au mouvement néorural des années 60-70 et la réhabilitation de hameaux en ruine abandonnés (comme Vaunières ou le Viel Audon en Ardèche) portés de manière collective ou communautaire. Autres cousins éloignés, les centres de vacances qui poussent comme des champignons un peu partout dans la France d’après-guerre, sous l’impulsion des municipalités et de la dite démocratisation des vacances. Plus proche de nous, il y a certaines associations locales de l’Union Rempart – où néanmoins l’hébergement est moins central.


La source d’inspiration principale du lieu à SJ est assez facile à trouver : c’est le chantier de volontaires international ! Qui connait le chantier, peut facilement comprendre que le lieu en est une déclinaison : un alliage précieux et subtil entre hébergement de personnes d’horizons divers et support du travail collectif. Il permet d’agir selon les objectifs du chantier, de façon permanente sur un territoire donné. Et accessoirement de loger les volontaires long-terme accueillis. Les atouts incroyables du lieu pour le projet associatif

Vir’volt vu des bords de Marne

© DR

Ce qui fait la force du lieu, outre son caractère permanent, c’est l’unité travail/formation et hébergement. Cette imbrication constitue notre identité, une identité en fort contraste avec cette société qui segmente, disperse, cloisonne... L’hébergement est fondamental dans les liens interpersonnels qu’il contribue à créer ; et dans ce qu’il offre en possibilités de vie collective, de mixité ou de complémentarité entre travail manuel et intellectuel. Le lieu porte ainsi une forte dimension affective pour ses habitants, même de passage. Il est un «chez moi» sécurisant et chaleureux - surtout quand on en a pas d’autre, ou qu’il est à quelques milliers de kilomètres. Certes, ce «  confort  » doit se concilier avec l’aspect rigoureux du travail, surtout pour des personnes qui en ont perdu (ou n’en ont jamais eu) le goût. Mais il est une base solide pour re-construire des repères. Ce qui permet de prendre le risque de se questionner sur sa vie, son avenir... Les personnes qui n’y vivent pas peuvent tout autant développer un attachement affectif fort au lieu (et à l’accueil qu’ils y reçoivent par ses «  habitants ») et par extension au projet. La maison, la ferme ou le camping créent une identité et jouent donc un rôle d’intermédiaire ou de lien dans l’adhésion des personnes à l’association.

Le château du Créneau

© Misenka Plantaznik

Enfin, le lieu offre une base arrière pour le rayonnement sur le territoire. Il est un point d’ancrage idéal pour créer des partenariats et développer des actions nouvelles. A l’extérieur, il permet d’être reconnu, repéré et situé par les acteurs d’un territoire : « ah oui vous êtes à… Laguépie/ Beauvoisin/Montendre, etc. ». Dans une perspective plus globale, le lieu a donc une fonction stratégique pour le projet, il sert de point d’appui au déploiement des actions de la délégation régionale. Les risques et enjeux du lieu dans les temps difficiles

À Vir’volt, une maison complète les équipements du camping

© DR

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La question du degré d’ouverture, que l’on retrouve d’ailleurs sur certains chantiers, peut poser parfois problème. Certes la maison se veut ouverte à toutes et tous, mais elle n’en demeure pas moins clôturée voire fermée. Dire que vient qui veut quand il veut est évidemment faux et chaque délégation a eu ses persona non grata. Sans virer bisounours, il s’agit de questionner le rapport des permanents et leur travail avec les habitants du lieu à cette question de l’ouverture. Comment le « chez soi  »  ne doit pas se transformer en «  entre soi  » (aussi chouette soit la vie du groupe d’habitants) ? Qu’est-ce qui est mis en place pour rester ouvert tout en respectant le besoin d’intimité légitime des habitants ?


Autre écueil possible, c’est le sentiment d’auto-suffisance que le lieu peut laisser se développer dans l’esprit collectif. Puisque nous avons ce lieu, que l’on y est bien, qu’on y a plein de choses à faire, pourquoi chercher plus loin ?  Pour des raisons tout à fait compréhensibles (travaux à réaliser, difficultés internes, problèmes financiers) il peut y avoir une tendance au repli ou du moins, au moindre effort pour le développement d’actions et de partenariats. Le risque - qui semble pointer son nez ici et là -, d’autant plus en zone rurale désertique en plein hiver, c’est l’isolement. Autant ces lieux paraissent incroyables, merveilleux et uniques pour les convaincus, autant ils peuvent susciter crainte, mépris et incompréhension  chez d’autres! À la Ferté-sous-Jouarre (délégation IDF), des amalgames un peu simplistes1 sont souvent revenus aux oreilles. Mais faut-il simplement les balayer d’un revers de main au risque de renoncer à l’objectif d’interaction avec une partie de la population locale ? Est-il possible de les prendre en compte dans les actions ? Est-il souhaitable d’adapter la visibilité et l’image du projet, et ce jusqu’à quel point ? Au passage, cela mériterait bien une analyse plus approfondie sur le regard que porte la société sur des lieux comme ceux-là et ce que cela dit de l’acceptation des projets alternatifs et collectifs en général, etc. « S’empoigner » cette question du lieu

d’un projet complexe et ambitieux. Au même titre que le chantier ils sont un support, qui doit être pensé, façonné, adapté au gré des saisons et des personnes qui l’animent. Un lieu qui vit est un lieu en mouvement, une matière pédagogique dont les passagers sont les sculpteurs. Dans cette optique, même un lieu en crise devrait pouvoir être un superbe moyen de fédérer et mobiliser. Cela nécessite un pas de côté, certes, à contre-pied des impératifs financiers, humains, etc. Ni destinés à plaire à tout le monde, ni à se gargariser de faire du « vivre-ensemble » (expression à la mode) les lieux à SJ doivent demeurer de vrais espaces d’autonomisation, des outils de socialisation et d’émancipation permettant à chaque individu qui y passe de penser et agir librement dans sa vie « après ». Les lieux qui naissent - et parfois meurent - à SJ sont des endroits précieux de transformation de la société, des « hétérotopies » ou des « oasis » comme celles qu’essaime le mouvement Colibri. Ils méritent de l’attention. Il faut peut-être se doter d’outils juridiques et financiers pour les défendre et ne pas les perdre – voire pour en développer de nouveaux. Il peut être ainsi utile d’aller voir ce que font les autres et de s’inspirer d’« utopies concrètes »2 d’ailleurs. Et, pour citer une ancienne élue, de «  s’empoigner ensemble cette question » du lieu : alors peut-être un prochain groupe de travail, une commission ou une recherche-action ? 1 2

Ces centres d’accueil sont des outils formidables au service

Tipi = hippies Voir justement le site récemment créé http://utopies-concretes.org

Type de propriétaire

Région / nom de la délégation

Nom du lieu

Localisation (commune)

SCI du faubourg (composé par SJ et les 7 délégations à parts inégales)

Solidarités Jeunesses

Secrétariat National

Paris

2002

SCI (composée par le centre de Beaumotte et SJ)

France-Comté - Le Centre de Beaumotte

Le Centre de Beaumotte

Beaumotte Aubertans

1979

LanguedocRoussillon - le REV Association

SIVU (syndicat intercommunale à vocation uniques) : communes du Saix et de St Auban d’Oze

Commune

La maison de la poste Hameau de Vaunieres

1980

2004 Beauvoisin

1979 2004

St Julien en Beauchêne

1964

Veynes

Veynes

1990

La maison des jeunes

Les Crots

1966

Ferme du Fai

Saix

1989

Poitou-Charentes - SJ PC

Maison des Bateleurs

Montendre

1996

1993

Ile-de-France Vir’Volt

Vir’Volt

Ferte-sousJouarre

2007/2009

1995

Laguepie

2009

2002

Montcombroux les Mines

1993

1993

PACA - Les Villages des Jeunes

Midi-Pyrénées Citrus

Personne privée

La maison de la chapelle

Année de Année de naissance creation du lieu de la délégation

Auvergne - Le Créneau

Ferme de la Mayounelle La maison des compagnons Chateau des Prureaux

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1990, 1996 : AVJ dévient délégation SJ


­DES ORIGINES AUX PERSPECTIVES

propos de Mme Ghislaine Martinez, maire de Laguépie, recueillis par Matina Deligianni Au commencement il y a eu un chantier international, comme souvent, élément déclencheur pour une commune à la recherche d’une nouvelle dynamique, qui a amené des jeunes et des gens différents, au look pas tout à fait adapté, mais porteurs d’un souffle nouveau, d’un chemin à explorer ensemble pour répondre à des besoins locaux, mais aussi pour voir les choses différemment, découvrir des horizons insoupçonnés, construire des partenariats et contribuer à une transformation sociale. - Comment le partenariat entre la commune de Laguépie et l’association Citrus a-t-il commencé? C’était monsieur Allaux, le maire de l’époque qui a été à l’initiative du partenariat avec Citrus. Cela a commencé par un chantier international sur Laguépie. Le groupe de jeunes a travaillé derrière la vieille église, il a décaissé, remonté un mur et participé à la vie du village. Je me souviens très bien, il y avait un vide-grenier cette année-là, il y avait des jeunes, surtout des jeunes filles d’ailleurs, des coréennes, des thaïlandaises peut-être, et alors elles avaient fait plein de gâteaux pour faire connaitre leurs cultures et encourager les échanges. Elles avaient aussi fait des massages à des gens. C’était amusant et insolite, sur le bord de la rivière par une belle journée d’été. C’était le premier contact de la commune avec Citrus. À cette époque, Citrus cherchait un endroit pour développer ses actions, notamment pour un chantier permanent, le maire leur a donc proposé le lieu qu’ils ont là-haut à la ferme Bourrel (la ferme de la Mayounelle), il y avait un petit bâtiment, qu’ils ont doublé et ensuite il y a tout le vieux bâtiment qu’il faut restaurer. - Qu’est-ce qui a motivé la commune à démarrer ce partenariat en invitant Citrus à s’installer à Laguépie? C’est cette ouverture de Citrus sur le monde ! C’est surtout ça, le fait d’appartenir à Solidarités Jeunesses le fait qu’il y ait des jeunes de tous les pays qui viennent, qui circulent, qui agissent, c’est de la jeunesse pour un village. Ils ont aussi commencé à faire venir des volontaires internationaux qui restent plusieurs mois sur l’ancien presbytère qui était aussi une maison, la maison des compagnons. À l’année, ces jeunes travaillent et participent à l’animation du village. - Qu’est-ce que la présence de Citrus et de Solidarités Jeunesses apporte aujourd’hui à la commune et aux habitants ? C’est sûr, pour nous c’est de la vie ! Il y a sans arrêt du monde qui passe. En plus, il y a des gens qui travaillent dans le village. Ils ont commencé aussi le local ado, c’est quand même important, cela démarre petit à petit, mais

c’est certain que c’est positif pour le village. C’est vrai qu’il y a beaucoup des gens qui trouvent qu’ils n’ont pas le look tout à fait adapté mais personnellement, je trouve que c’est bien pour le village, ça fait avancer les choses. - Est-ce que ce partenariat répond aussi à des besoins concrets au niveau local ? Vous avez parlé de la vie, de la jeunesse, est-ce qu’il y a autre chose? C’est déjà pas mal pour un village qui n’a pas une population très jeune, qui a plutôt une population vieillissante, d’avoir des jeunes qui viennent sur le village. Ensuite le chantier d’insertion c’est un volet important de l’activité de Citrus. Il y a des personnes qui ont été aidées par ce chantier d’insertion à remettre un petit peu le pied à l’étrier. Bien sûr ce n’est pas à chaque fois, ce n’est pas tout le monde, mais enfin, même si c’est une petite minorité, c’est important. Et il y aussi l’école, que ce soit l’école ou le centre de loisirs, c’est très positif. Ils avaient commencé un partenariat en utilisant le jardin comme support, mais malheureusement ils n’ont pas pu poursuivre ce projet, cela était un vrai manque pour l’école, mais ça va repartir je pense. - Oui, je crois aussi que nous avons une responsabilité collective et que nous devons agir. Et comment imaginezvous ce partenariat entre Citrus et Laguépie pour les prochains dix ans? Je ne me projette pas aussi loin ! J’espère qu’ils vont arriver à développer leur site là-haut. J’espère aussi qu’on pourra initier de nouveaux projets autour du développement durable, peut-être, comme on n’a pas mal de terrain sur la Mayounelle, qu’on pourrait leur mettre à disposition. Ils pourraient faire un jardin remarquable avec des arbres fruitiers et des plantes aromatiques. Nous avons commencé de notre côté avec une pommeraie à côté de la base nautique et nous souhaitons aller plus loin, pourquoi ne pas envisager la création d’une association autour de cela avec l’implication de Citrus, mais ce sont des projets à long-terme.

© Adeline Praud

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EN ÎLE-DE-FRANCE, UNE HISTOIRE DE LONGUE HALEINE… par Anne-Clotilde Schweizer, élue au CN

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Rendez-vous sur www.virvolt.org

© Adeline Praud

Dans quelques mois, la délégation Ile-de-France de SJ devra quitter l’ancien camping municipal où elle avait posé ses yourtes et ses roulottes depuis 2009. Résumé de la situation et perspectives.

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les administrateurs/rices et bénévoles locaux qui se sont appropriés le lieu et le projet. Cela pose bien des questions sur la fragilité des partenariats avec les communes ou sur la nature des mises à disposition ou propriétés des lieux. Mais cela questionne aussi l’impact des actions, leur visibilité et la solidité de ce fameux ancrage local.

ans l’histoire de SJ IDF, la recherche d’un lieu ça a été vraiment une histoire de longue haleine ». C’est ainsi qu’Edwige P., alors Présidente, commençait son discours d’inauguration La suite est encore en forme de point d’interrogation. des premiers locaux mis  à disposition par la ville de Des pistes sont explorées dans d’autres communes la Ferté-sous-Jouarre en 2007. Cette installation plus ou moins proches. Hormis pour les chantiers faisait suite à un premier chantier international sur internationaux, qui ne dépendent pas directement la ville, qui avait convaincu les uns comme les autres du lieu, l’avenir des actions – accueil de volontaires de l’intérêt du partenariat. Deux ans plus tard, c’est et de groupes, formation professionnelle – est donc le portail de l’ancien camping municipal qui s’ouvrait incertain. à Vir’Volt. Un tournant pour la délégation, puisque cela a progressivement permis un fort Malgré la difficulté réelle de la prospection développement des actions et un bon pour trouver un autre lieu rapidement, il y La suite est encore ancrage sur un territoire reculé d’Ile-dea pourtant des raisons d’espérer (si, si !). en forme de point France. La force d’une délégation comme celle-ci, d’interrogation. Des c’est d’être nomade  : ni prisonnière d’un Mais en 2014, le vent tourne. La gauche pistes sont explorées lieu (hormis le four  à pain, tout ce qui a dans d’autres aux commandes depuis 2001 se fait rafler été construit là est mobile), ni dépendante communes plus ou la mairie par la droite. Rapidement, il est d’une commune (il y en a 1300 en IdF). clair que le partenariat va évoluer. Les moins proches… C’est aussi d’être l’émanation d’un nouveaux élus font comprendre à Vir’Volt mouvement national et international, qui que le camping pourrait bien servir à légitime la possibilité de s’installer là autre chose (d’économiquement plus rentable) et que où cela est possible et pertinent. Il s’agit enfin d’une les actions menées ne touchent pas assez les Fertois. question de temps que l’on se laisse pour trouver Il s’avère compliqué de leur faire comprendre ce que une commune, définir le partenariat, mobiliser des fait vraiment l’association. Les discussions ne sont habitants, etc. Peut-être devrait-on avant toute chose pas très fertiles. La convention de mise à disposition accepter l’idée que trouver un lieu est une histoire de du terrain se terminant en mai 2016, la décision de la longue haleine… mairie de ne pas la renouveler est officielle fin 2015. Un sursis de cinq mois est néanmoins accordé pour PS  : «  Un dernier (chantier) pour la route  »  : afin de permettre de passer un dernier été sur site. ne pas partir sans dire au revoir, un projet de film documentaire réalisé à partir de l’aventure Vir’Volt Il s’agit bien évidemment d’un coup d’arrêt brutal et financé de manière participative a été lancé. Plus au projet, qui, à moins de trouver un autre lieu à d’infos sur www.virvolt.org proximité, devra repartir de zéro ou presque. C’est aussi un coup dur pour l’équipe et en particulier pour 8


PETITES PRÉHISTOIRES DE DÉLÉGATIONS par Damien De Chanterac, bénévole

Qu’est-ce qui précède à la naissance d’une délégation régionale à Solidarités Jeunesses ? Quels sont les ingrédients pour faire émerger un projet  ? Y a-t-il une recette miracle  ? Eléments de réponse à partir d’une discussion avec un récidiviste de la création de délégation, à la veille de la naissance de la petite dernière en Dordogne (région Aquitaine1).

M

athieu a découvert SJ au début des années 2000 comme volontaire sur un chantier international en Auvergne. Originaire de MidiPyrénées, il entend alors parler d’un groupe local qui se réunit à Toulouse pour créer une association SJ dans la région. Sans hésiter, il se rend à la première réunion. Entre-temps, il a déjà dégotté une première proposition de chantier à Septfonds (commune de Tarn-et-Garonne). Ainsi, il participe à la naissance de Citrus, plus jeune délégation régionale de SJ, devient membre du CA, puis Président en passant par un poste de salarié. Quelques années plus tard, Mathieu quitte la région et donc Citrus, au moment où celle-ci déménage son bureau de Toulouse à… Septfonds. Pendant ce temps, en Dordogne, tout est calme. Jusqu’à l’arrivée d’une ancienne déléguée régionale devenue membre du CN, Valeria, qui à partir de 2012 organise des échanges de jeunes et répète au mouvement qu’il y a du potentiel dans ce coin là. Sans compter que Valeria rencontre Mathieu. Lui n’en demandait pas tant : « implanter SJ dans la région, j’y avais déjà pensé », dit-il. Entre temps, il devient élu de deux conseils : communal à Saint-Rabier et national à SJ. Il facilite donc la mise à disposition d’un bureau par sa commune. Début 2015, la création par SJ d’un poste salarié pour développer des projets et appuyer 1

le groupe de bénévoles est un pas supplémentaire. Cinq communes du département accueillent ainsi un chantier international SJ pendant l’été 2015. Quand on demande à Mathieu ce qui est essentiel dans cette préhistoire de délégation, il répond en premier lieu « l’ancrage local, c’est-à-dire trouver un territoire qui valide et adopte le projet ». Ensuite, « la création d’un poste salarié permet d’avoir un appui technique et prouve l’engagement du mouvement à lancer quelque chose ». Son expérience avec Citrus lui a énormément servi dans son parcours personnel, mais lui sert évidemment aujourd’hui aussi en Dordogne. Il a d’ailleurs l’impression que ça démarre plus fort, notamment grâce un groupe local plus solide et une forte demande de la part des communes. Quand aux perspectives, une fois la délégation créée, « le centre d’accueil n’est pas une finalité », dit-il. D’abord, son objectif est d’impliquer de nouveaux administrateur/ rices dans le tout jeune CA et d’organiser plus de chantiers. « A Citrus, c’est l’arrivée du nouveau délégué régional (Nico) qui avait fait avancer l’idée de centre d’accueil » à peu près au moment où lui partait. « La relève était nécessaire ». Quant à savoir s’il est plus difficile de monter une délégation en 2016, Mathieu pense que c’est une question d’opportunités, mais que « c’est important de conquérir de nouveaux territoires en permanence  »  ! D’après lui, en Dordogne, tous les ingrédients sont réunis aujourd’hui pour que ça fonctionne. Espérons donc que cela marche aussi bien qu’en Midi-Pyrénées. Réponse dans 15 ans !

Pardon, région « Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes »

Dernière minute : Solidarités Jeunesses est heureuse de vous présenter sa petite dernière délégation qui a vu le jour en Dordogne le 28 avril à 16h07! Prénommée Sem&Vol, elle pèse 8 membres de Conseil d’Administration (dont 4 élus communaux !) et fait déjà ses premiers pas avec de nombreux projets en route !

Lors d’un chantier international à Lalinde

© DR

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FOCUS SUR

DE QUELLE FORMATION PARLE-T-ON ? par Adeline Praud, élue au CN

Depuis deux ans, Agathe coordonne les actions de formation du mouvement. À l’appui de la commission formation, elle accompagne le déploiement d’un secteur qui prend de plus en plus d’ampleur. Vous l’avez sûrement croisé sur le terrain, même si c’est à Paris qu’elle officie.

Les formations à SJ sont des temps d’engagement, où l’on « fait de l’éduc pop  » sur le même principe que le chantier. On apprend en se rencontrant, en partageant des savoir-faire et des pratiques. On peut même faire de l’interculturel entre les délégations (rire). Certaines formations sont reconduites depuis des années, d’autres sont récentes. Mais, même si une formation se répète, elle n’aura pas forcément la même forme. Elles répondent toutes à un même objectif qui est celui de rassembler les personnes du mouvement, que les anciens et les nouveaux se rencontrent. Elles sont aussi des espaces d’émergence pour les nouveaux projets, cette gazette et les Ateliers d’Éduc Pop en sont de beaux exemples ! De quelle manière ton poste s’articule-t-il avec la commission formation ? La commission est composée de personnes du mouvement : salarié.e.s, bénévoles, élu.e.s. Il n’y a pas de volontaires mais ça pourrait évidemment être le cas. Elle a pour objectif de définir les orientations et le cadre que l’on souhaite mettre en place pour ces formations. Pour moi, c’est un appui car ça permet de réfléchir à plusieurs, de ne pas être seule dans mon coin à penser un programme qui ne serait pas forcément en lien avec les attentes et les besoins du terrain. La commission est aussi un espace de réflexion politique au sens large qui donne du sens à mon poste et aux actions de formation. Quelles sont les difficultés principales que tu rencontres ? Tout le monde court après le temps à SJ. Ce n’est pas évident de composer avec les disponibilités des uns et des autres. J’ai donc du mal à caler des dates ! Le plus difficile c’est de mobiliser des participants, d’être sûr que l’information passe bien. Le fait d’être à Paris, loin des délégations rend plus complexe la communication. Ce n’est pas facile de sentir que les formations passent souvent au second plan parce qu’elles sont considérées comme « du plus ». Moi je pense que ça fait partie de nos activités. Chaque membre devrait pouvoir se libérer du temps pour au moins deux formations par an. Il me semble qu’un débat sémantique agite les membres de la commission. Peux-tu nous en parler ? Effectivement, le terme « formation » fait débat. La discussion a fait suite aux Rencontres éduc pop qui justement ont choisi le mot « rencontre », plutôt que le mot « formation ». Moi, j’aime bien ce terme. Cependant, c’est vrai qu’il suscite pas mal d’attentes en terme de contenus ou d’approche pédagogique. À SJ, on est dans de la co-construction de savoirs, on apprend ensemble et ça ne transparait peut-être pas assez derrière le mot formation. Peut-on imaginer que SJ ouvre ses formations à des non-membres ? Certaines formations sont déjà ouvertes. Je pense que ça serait une belle perspective, oui. Nous avons acquis un certain nombre de savoir-faire dans l’animation et certains domaines spécifiques. Pourquoi s’interdire de les partager avec d’autres ? Je pense que ça serait une richesse car malgré l’ouverture internationale que l’on a, nous ne sommes peutêtre pas assez ouvert sur le milieu associatif français. Ça me trotte effectivement dans la tête. Et l’échange irait dans les deux sens, car nous pourrions aussi apprendre des autres. Pour finir, y’a-t-il un moment marquant que tu as envie de partager avec nous ? J’ai participé à pas mal de formations. C’est toujours des moments qui donnent du sens à mes missions. Ma pépite personnelle, c’est peut-être la formation cuisine collective écologique que j’ai co-facilité avec Fanny et Laura. Il a fait super beau, on était à Vaunières, on a mangé dehors au mois de novembre. Bref, le cadre idéal pour un chouette moment !

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Peux-tu nous parler de la formation telle qu’elle est mise en œuvre au sein du mouvement ?


LES STAGIAIRES DE VIR’VOLT EN CAMPAGNE

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par Aline Touchard, coordinatrice chantiers Vir’Volt A Vir’Volt, les stagiaires de la formation professionnelle, accompagné.e.s de Mamadou Mbaye (coordinateur de la formation) se sont lancé.e.s en politique.

leur parti puis récolter les avis de leurs concitoyen.ne.s Vir’volté.e.s, sur des thèmes comme la santé, la justice, l’environnement, la jeunesse… et cela afin d’élaborer leur programme.

’est fin Novembre que s’est engagée la réflexion : ce n’est pas toujours facile de parler de politique, pas toujours compréhensible non plus et pourtant c’est un sujet transversal à notre quotidien, qui nous concerne toutes et tous.

Un temps de débat s’est organisé entre volontaires internationaux et stagiaires. Ce fut l’occasion de mettre en perspective que notre manière de raisonner est différente selon les normes et valeurs expérimentées dans notre pays d’origine. Pour autant, chacun a eu son mot à dire. Comme quoi, si l’on crée les conditions nécessaires, les espaces collectifs d’expression, peuvent s’apprivoiser !

C

Accentuée par les élections régionales de cette fin d’année, notre vie collective a été agitée par les questionnements, les débats et les prises de position de chacun.e. Comment prendre part à la société et trouver sa place de citoyen.ne ? Peutêtre, en commençant par savoir de quoi on parle. Citoyenneté, droits et devoirs, vote, élections, partis… Tout ça peut paraître bien compliqué ! Mais comme le dit Mamadou : « aujourd’hui, il faut être armé » c’est à dire avoir les clés de compréhension pour pouvoir choisir et agir. De là est née l’idée d’organiser des élections et de tenir un bureau de vote, pour apprendre en faisant.

C’est donc le 11 Février que se sont tenues ces élections extraordinaires ; chaque Vir’Volté.e a reçu une lettre pour le convier au vote. D’anciens stagiaires ainsi qu’un petit groupe du GRETA ont également participé à la démarche. Tout ceci a contribué à donner un rayonnement à l’action audelà de Vir’volt et permis de réaffirmer combien les enjeux de l’éducation à la citoyenneté sont importants, auprès des publics que nous accueillons.

Les stagiaires se sont alors mis en marche vers un processus de campagne électorale. Ils ont fondé © DR

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LA SAISON CHANTIERS EST LANCÉE!

Moment de détente nocturne lors d’un chantier international organisé à Fa par le REV.

par Élodie Caille, chargée de mission échanges internationaux au secrétariat national Dans certaines délégations, les premiers volontaires ont été accueillis.e.s dès avril. Leur arrivé laisse présager une nouvelle saison riche en partage et en rencontres. Focus sur notre temps fort de l’année.

J

usqu’au mois d’octobre, nos délégations régionales et associations partenaires proposent 68 chantiers adultes couvrant des thématiques variées - dont l’archéologie, nouveauté 2016 - et 13 chantiers adolescents. À ceux-ci s’ajoutent 4 chantiers familles qui suscitent déjà beaucoup d’intérêt parmi les familles du monde entier. Les chantiers printemps sont un succès et connaissent une fréquentation plus importante que les années précédentes. Nous nous félicitons de pouvoir accueillir des volontaires de tous les âges et de plus de 20 pays, dont la Thaïlande et le Kenya, fait assez rare qui mérite d’être souligné. Ces groupes hétérogènes donnent tout leur sens à nos actions dans les temps troubles que nous traversons. Ce début de saison a également été l’occasion pour les coordinateurs.trices de chantiers et certain.e.s délégué.e.s régionaux.ales de se rencontrer pour préparer les formations animateurs.trices qui auront lieu pendant ce mois de mai. Il était important pour les salarié.e.s du mouvement d’échanger sur leurs pratiques et sur les ateliers à mettre en place pendant les quatre formations organisées en Aquitaine, Franche-Comté, Midi-Pyrénées et Provence Alpes Côte d’Azur.

La campagne Raising Peace est reconduite pour la 3ème année consécutive par le CCSVI. Elle vise à contribuer à la construction de la paix et au respect des droits humains dans le monde entier. Dans ce cadre, les organisations de volontariat se sont unies pour donner la possibilité à leurs membres d’être écoutés et mener des actions de plaidoyer pour construire ensemble une culture de la paix. La campagne « Let’s Root for Peace » de l’Alliance concerne cette année les thématiques du sol et des migrations. Les volontaires seront invités à planter des arbres ou toutes sortes de plantes dans un espace public ou privé pour montrer leur engagement dans la protection de l’environnement et la promotion de la paix. Des messages seront adressés aux migrants et collectés grâce à un album photos créé pour l’occasion.

« Le goût de l’international près de chez vous », c’est le nouveau slogan que nous utilisons pour nos chantiers. Au vu de la participation des volontaires français cette année, nous pouvons penser qu’ils sont de plus en plus populaires pour les jeunes de nos régions ou même de l’autre bout du pays. Les volontaires reviennent année après année sur leur projet coup de cœur. Ne doutons donc pas de la popularité de nos actions face à un public qui a toujours plus soif d’aventures lointaines. 12

© Adeline Praud

Cette année encore, différentes campagnes seront menées sur les chantiers, parmi lesquelles Raising Peace du CCSVI et Let’s Root for Peace de notre réseau européen Alliance. Les questions de la construction de la paix et de la protection de l’environnement seront donc comme toujours au cœur de nos actions.


ÉCHAPPÉE PHOTOGRAPHIQUE par Adeline Praud, élue au CN

FA* - Août 2015 21h30. Je redescends des hauteurs du village. Ballade pour ressource. Horizon pour compagnon. Fragrances provençales au rendez-vous. Il fait chaud. La nuit transforme. Les lumières sculptent. Elles jonglent. Je les fais se déplacer sous le lampadaire. Elles s’amusent et moi aussi. Les ingrédients sont là : ambiance nuit, éclairage libre, mouvement et persistance. J’aime aussi ces photos en couleur, mais c’est en noir et blanc que j’ai choisi de vous les montrer.

* La commune de FA (Aude) a accueilli un chantier international coordonné par le REV.

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© Adeline Praud

PRISE DE HAUTEUR

L’ÉTAT, LA PRÉCARITÉ ET NOUS par Line Pedersen, présidente du Centre de Beaumotte et membre du Conseil National Se « servir » des travaux issus de la recherche en sciences humaines peut parfois faire du bien (même si ça fait mal), car cela permet de prendre un peu de recul pour comprendre l’entremêlement de notre histoire associative et le contexte socio-économique dans lequel elle s’inscrit. Compte-rendu de lecture d’une chercheuse, traversée au quotidien par ses questions, aussi engagée politiquement à Solidarités Jeunesses.

A

u sein de Solidarités Jeunesses nous débattons régulièrement de nos relations avec l’État français, afin de proposer un plan d’action en ce sens : comment dénoncer le désengagement de l’État envers les associations d’Éducation populaire  ? Comment s’opposer à la mise en concurrence des associations  ? Comment pérenniser notre projet associatif face aux évolutions socio-économiques qui précarisent une visibilité financière sur du long-terme ? Le « partenariat » que l’on prône parfois avec les instances étatiques, s’inscrit aussi dans une histoire (sociale, économique, politique) qui nous dépasse. Il s’agit ici de rendre compte de certains travaux notamment sociologiques sur le monde associatif (et ses métamorphoses) qui font écho aux tensions qui surgissent régulièrement et sont l’objet de nos discussions (CN, rencontres présidents/DR, CA locaux, etc.) : tension entre engagement bénévole et engagement salarié ; entre « obligation de résultats » et autonomie de/ dans nos actions ; entre travailler pour maintenir des postes et faire des actions qui font « sens », etc. On va ici s’appuyer principalement sur un article1 de Sylvère Angot et Simon Cottin-Marx 2, et sur un compte-rendu de lecture du livre 3 de Matthieu Hély (sociologue).

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Atelier de réflexion sur la gouvernance associative lors du CN de juin 2015

Petit état de lieux L’engagement de l’État envers les associations d’Éducation Populaire n’est pas uniquement financier, il s’exprime aussi par des politiques publiques d’accompagnement. Deux politiques sont actuellement mises en œuvre : la présence de fonctionnaires d’État en charge de la Vie Associative, les Conseillers d’éducation populaire et de jeunesse (CEPJ). Ils sont, à l’origine, des militants, conseillers « techniques et pédagogiques  », soutenant sur le terrain des projets d’éducation populaire, et dont le nombre a diminué de deux tiers ces dix dernières années (ils ne sont plus que 450 sur le territoire français, ils étaient 1000 dans les années 2000). La deuxième politique, en plein essor, est incarnée dans le Dispositif Local d’Accompagnement (DLA). Le postulat des auteurs concernant cette deuxième politique c’est que « sa finalité est le soutien au développement économique du secteur associatif et à la création d’emplois  ». Il ne s’agit pas forcément de critiquer cette initiative de l’État, qui en soi est plutôt une bonne chose, mais de porter un regard critique sur un glissement vers une logique où le secteur associatif sert de « vitrine  » à l’État dans le domaine de l’emploi. Une politique d’accompagnement en phase avec l’émancipation L’intervention des CEPJ est fondée sur une logique du «  faire-avec  » propre à l’éducation populaire pour accompagner les associations dans leur projet. C’est une sorte d’ «  animation professionnelle de proximité  » dont les agents se disent porteurs des valeurs (autonomie, développement, vie associative, etc.). Néanmoins, on peut aussi émettre quelques critiques, comme par exemple


PRISE DE HAUTEUR

l’idée que leur intervention reste « institutionnelle » et le fait d’institutionnaliser les principes d’éducation populaire lui fait perdre sa fonction émancipatrice. En tout cas, la «  modernisation de l’État  » depuis la fin des années 2000 a profondément bouleversé l’action des CEPJ. La diminution conséquente de leur nombre les a cantonné aux missions « régaliennes » de l’État de contrôle des associations et de leurs agréments, très axées sur la protection des mineurs. De fait, ces agents se consacrent beaucoup moins à l’accompagnement et à la formation du monde associatif. Peut-on parler d’un désengagement de l’État ? Selon ces auteurs l’État ne se désengage pas totalement. Son soutien n’est plus politique, mais un soutien à l’emploi et au potentiel employeur des associations d’éducation populaire. La montée du chômage dans les années 1980 fait naître différents dispositifs d’aide à l’emploi dans le secteur non-marchand et s’ensuivent différents noms au même contenu  : TUC, CES, CEC, etc. Ces dispositifs permettent aux associations de recruter massivement et en trente ans le secteur associatif est devenu un véritable monde du travail selon Matthieu Hély (de 600000 salariés à 2 millions aujourd’hui). Les associations sont ainsi instrumentalisées par l’État qui intervient pour «  renforcer ses politiques d’insertion et le maintien de la paix sociale ». À la fin du dispositif du contrat aidé des Emplois jeunes en 2002 (programme initié en 1997) dont la logique était aussi de soutenir la création d’activité au sein des associations, l’État transfère ses crédits dans

la création d’un nouveau dispositif : le DLA. « Disponible » dans chaque département, il est porté par une structure associative qui réalise d’abord un diagnostic (mise à plat des difficultés économiques ou organisationnelles) et mandate ensuite un consultant pour intervenir sur la problématique identifiée devant permettre à l’association de « monter en compétence ». Accompagnement à l’adaptation à la concurrence Ces deux politiques représentent deux visions différentes du monde associatif, qui pourraient être complémentaires mais qui ont aujourd’hui tendance à se concurrencer. La première concerne le projet d’éducation populaire, d’émancipation et de transformation sociale  ; la seconde s’inscrit dans une vision économique qui vise un développement de la salarisation des associations et en fait des acteurs économiques et employeurs importants. Certes ce soutien économique à travers le DLA est «  a-capitaliste  » (car il vise un soutien au secteur nonmarchand), mais quand ce dispositif se développe au détriment du corps de CEPJ, c’est la vision utilitariste de l’État des associations qui prend le pas sur la vision d’émancipation et de démocratisation de la société. Cette vision utilitariste se traduit aussi à travers la mise en concurrence des associations par le développement des «  appels à projet  » et des «  marchés publics  » dans les collectivités territoriales. L’État abandonne en quelque sorte le soutien aux projets citoyens au profit d’un accompagnement à l’adaptation à la concurrence du marché. Si le nombre de CEPJ a diminué, le nombre de chargé.e.s de mission sous statut privé (précaire) augmente : le DLA est porté par des structures associatives privées, elles-mêmes précaires car le portage du DLA est remis en concurrence tous les trois ans dans le cadre d’un appel à projets. C’est pourquoi plusieurs sociologues parlent d’une privatisation de l’action publique. Pour ne pas conclure

© Adeline Praud

Comment s’emparer de ces analyses et les intégrer dans nos propres questionnements et plans d’action parmi ceux mentionnés en introduction ? Cette contribution se veut une base à la réflexion de nos rapports avec l’État, mais aussi de notre rôle «  d’employeur  ». Dans l’immédiat il s’agit de continuer à plaider pour une vision politique d’émancipation et dénoncer l’évolution du monde associatif vers un « monde du travail  » d’acteurs précarisés. Si le secteur associatif est défini négativement par la politique de l’emploi (les contrats aidés dont nous sommes «  bénéficiaires  » avant de trouver un «  vrai travail »), le pouvoir subversif du monde associatif risque-t-il d’être refoulé  ? Comme le disent les auteurs, il est aussi de la responsabilité de l’État de rendre possible le développement de l’esprit critique par l’engagement citoyen même si cette émancipation peut s’exprimer par une critique des pouvoirs publics. Mais n’est-ce pas cela une société démocratique et émancipée ?

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« Accompagner les associations. De l’éducation populaire aux politiques de l’emploi », Mouvements 2015/1 (n° 81), p. 60-69. (disponible en ligne). Les deux sont doctorants en sociologie, Cottin-Marx est également co-redacteur de la revue Mouvements. Les métamorphoses du monde associatif, 2009, éditions PUF.

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© Adeline Praud

Hana, dans le jardin de Citrus, délégation au sein de laquelle elle est volontaire long-terme.

TO TAKE OR NOT TO TAKE THE ROAD OF EXCHANGE? par Hana Raskova, volontaire long terme à Citrus

Long term volunteers have the opportunity to do exchange between delegations. Is it worth to take this exchange and what does it bring to the volunteer? Me, Hana, long term volunteer from Citrus, I took the road of this adventure and I have done an exchange with the delegation REV.

I

went to discover another delegation of SJ. In the beginning I got many expectations and I felt like I was going to make new discovery and I did. I also got some worries and I was hoping the following ten days will be pleasant and that I will fit to the profile of the delegation. After three days I realized that there was nothing to be afraid of. It is hard to choose delegation for exchange. Solidarités Jeunesses offers so many choices and it can make a person little bit stressed. Which of the delegation will fit to my personality? Do I know someone there? Is the surrounding nice? How is their daily program? Which delegation is the best? It is really hard to answer all these questions even if you visit all of them (I have not yet). All SJ delegations they are part of one movement for some reason and in my eyes they are all special. I spent beautiful ten days in REV. The volunteers let me to be one of them. They took me to visit the region and I got introduced to local baker, who proposed to share his skills. It was actually my desire before I came to France - to see 16

how French bakers work. I got lucky to experience it. I got to know how to bake bread or how to make croissant. REV has got beautiful garden, hens and they are really part of the town community. Volunteers are participants in another association – tennis club or theater club. Volunteers provide Spanish and English lessons for local inhabitants. Workcamp is mainly about the garden and eco buildings or up recycling. I had such wonderful time and I thank very much REV team! I should not compare Citrus and REV, but it happens. There are some things I like more about Citrus or about REV. In general I see them equal. This makes me simply really proud that I am part of this movement and I see Solidarités Jeunesses as really important part in my life. If you can t́ remember why you do volunteering and your memory in getting dark, I recommend you to do exchange, because it will again open your eyes and you will know it again. Sometimes a simple choice can prove that you are taking a right journey. After 10 days I got home and I was back in my volunteering life. I will always remember how it is to feel to be one of the international volunteers in Solidarités Jeunesses. I am happy that I took the road of exchange to discover. If you want to refresh your memory and make sure you are in the right road – do the exchange.

Profile for Solidarités Jeunesses

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