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Numéro 4, novembre 2012

POINT FORT Travailleuses du monde entier SUISSE Signez l’initiative contre la spéculation alimentaire!

Le magazine de


2 éDITORIAL Chère lectrice, cher lecteur, Animée par une curiosité insatiable et une forte motivation, j’ai repris, il y a plus de deux mois, la direction de Solidar Suisse. Depuis, ma curiosité n’a pas fléchi: chaque jour, j’en apprends davantage sur les activités de Solidar et découvre des personnes clés et des réseaux. Peu à peu, j’envisage aussi la place que Solidar Suisse devrait occuper en coopération au développement dans cinq à dix ans et comment y parvenir. Quant à ma motivation, elle se nourrit d’un engagement dont l’utilité n’est plus à prouver et de la volonté d’une équipe enthousiaste.

globale. Car nous devons pouvoir transposer la lutte pour la dignité humaine à d’autres pays et, grâce au réseau formé par les syndicats asiatiques et les organisations de la société civile, y renforcer les structures existantes.

Au cours des premiers mois passés à la tête de Solidar, j’ai constaté que passer de l’exécutif de la ville de Zurich et de son Département de la sécurité à la direction de Solidar Suisse s’avère moins incongru qu’il n’y paraît. En effet, si j’ai été responsable pendant douze ans de la sécurité de la population de Zurich, je me préoccupe à présent des moyens Les thèmes à promouvoir, dont le travail d’existence des habitant-e-s de pays décent et la participation (nos priorités), émergents et en développement et sont aussi nombreux que variés et les Esther Maurer m’efforce ainsi d’améliorer leur sécurité. tendances mondiales qui les menacent Directrice de Solidar Suisse Nos divers objectifs – reconstruction au le sont tout autant. Le récent lancement Sri Lanka ou salaires décents pour les de nos activités en Chine ne signifie pas seulement que nous œuvrons sur un terrain où les intérêts éco- ouvrières sur les stades sud-africains, vie digne grâce au travail nomiques et la stratégie du profit immédiat foulent aux pieds et à des prix alimentaires stables, lutte contre la corruption ou les normes du travail et la dignité humaine. Il implique aussi que protection contre un gouvernement meurtrier, tel le régime nous devons fournir, dès à présent, notre soutien aux gens sur syrien – reposent sur un même précepte: sans sécurité, il n’y a place, pour qu’ils fassent valoir leurs droits et évitent ainsi d’être pas de perspectives d’avenir, ni pour la société ni pour l’individu. laminés par l'essor économique. Les travailleuses et les travailleurs doivent en effet être parties prenantes d’un développe- Je vous remercie, chère lectrice, cher lecteur, pour votre soutien ment économique durable. Même si nos activités en Chine sont et espère que vous saurez considérer notre travail d’un œil à la encore ponctuelles – vu la taille de ce pays, elles sont d’ailleurs fois bienveillant et critique. Esther Maurer condamnées à le rester – elles s’appuient sur une philosophie 

Revue de presse

19.09.2012 «Pourquoi un accord préférentiel avec une dictature?» «Beaucoup meurent d’épuisement et de mauvais traitements. Pour échapper à la faim, j’ai dû apprendre à attraper des rats et des serpents.» Harru Wu, dissident chinois, a été interné dans des camps de travail durant 19 ans. Il témoignait récemment à Genève. «Comment un pays libre peut-il souhaiter conclure un accord préférentiel avec une dictature?», s’est-il notamment indigné.

02.10.2012 Les Jeunes socialistes s’attaquent à la spéculation alimentaire Les Jeunes socialistes lancent une initiative contre la spéculation. «On ne joue pas avec la nourriture de millions de personnes», s’enflamme leur président Daniel Roth, en comparant le trading aux armes de destruction massive. Aujourd’hui, près de 80% du commerce sont purement spéculatifs – contre 30% en 2000, a dénoncé Esther Maurer, directrice de Solidar Suisse.

08.10.2012 Les réfugiés syriens ont besoin d’une aide durable Avec son organisation partenaire norvégienne NPA, Solidar Suisse apporte une aide d’urgence au Liban: elle distribue de la nourriture et des produits d’hygiène, ainsi que des kits spéciaux de première nécessité, tout en épaulant les nombreux bénévoles actifs dans les camps de réfugiés. Un enseignement sera très bientôt dispensé aux enfants en âge de scolarité.


3 Point fort Travailleuses de tous les pays 

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Au Burkina Faso, Djénéba Camara gère son propre atelier de couture  6 Qu’apporte le Mondial aux travailleuses? Réponse d’une ouvrière sud-africaine et d’une vendeuse brésilienne

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A Genève, Corinne Hagger a lutté contre le licenciement de 1500 personnes

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Dushyanthi Thedevas a patiemment reconstruit sa vie au Sri Lanka

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POINT DE VUE Jean Ziegler: les spéculateurs sur les denrées alimentaires sont des requins tigres

POINT FORT

Dans quelles conditions les femmes travaillent-elles et pourquoi luttent-elles? Réponse au Burkina Faso, en Afrique du Sud, au Brésil, en Suisse, au Sri Lanka et en Serbie.

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ACTUALITÉ Au Liban, Solidar dispense une aide d’urgence aux réfugié-e-s syriens 13 ÉTUDE Les pays en développement perdent des milliards en raison de l’évasion fiscale 

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CONCOURS

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RÉSEAU Nouvelles des OSEO régionales

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PORTRAIT En Serbie, Bojana Bijelovic s’engage contre le chômage des jeunes 

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POINT DE VUE

En raison de la spéculation, un enfant meurt de faim chaque cinq secondes.

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ÉTUDE

L’évasion fiscale fait perdre des milliards aux pays émergents et en développement.

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ACTUALITÉ 18

Au Liban, Solidar distribue de la nourriture aux réfugié-e-s syriens – et en particulier aux enfants.

IMPRESSUM Editeur: Solidar Suisse, Quellenstrasse 31, Postfach 2228, 8031 Zürich Tél. 021 601 21 61, E-mail: contact@solidar.ch, www.solidar.ch CP 10-14739-9 Lausanne. Membre du réseau européen Solidar Rédaction: Katja Schurter (rédactrice responsable), Rosanna Clarelli, Christian Engeli, Alexandre Mariéthoz, Cyrill Rogger

Layout: Binkert Partner, www.binkertpartner.ch / Spinas Civil Voices Traduction: Irene Bisang, Milena Hrdina, Daniel Süri, Jean-François Zurbriggen Correction: Jeannine Horni, Carol Le Courtois Impression et expédition: Unionsdruckerei/subito AG, Platz 8, 8201 Schaffhausen Paraît quatre fois par an. Tirage 37 000 ex.

Le prix de l’abonnement est compris dans la cotisation (membres individuels 50.– par an minimum, organisations 250.– minimum). Imprimé sur papier recyclé. Page de titre: Djénéba Camara a réalisé son rêve: ouvrir son propre atelier de couture. Photo: Lukas Frohofer. Dernière page: Soutenez nos programmes de développement en achetant une carte de Noël.


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Tra 


point fort

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 vailleuses DU monde entier

Solidar lutte pour un travail décent. Ce combat est indispensable. Dans le monde, 1,5 milliard de personnes travaillent dans des conditions précaires; plus de 30% de tous les salarié-e-s gagnent moins de deux dollars par jour. Qu’en est-il plus particulièrement des femmes? Quelles sont leurs conditions de travail? Quelles sont leurs luttes? Quelles similitudes entre une scientifique suisse et une cultivatrice de riz sri lankaise? Réponse avec les portraits de six femmes, au Burkina Faso, en Afrique du Sud, au Brésil, en Suisse, au Sri Lanka et en Serbie. Photo: Birgit Ruprecht


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Djénéba Camara devant sa boutique: un rêve devenu réalité.

Djénéba Camara a ainsi obtenu son diplôme de couturière en suivant une formation auprès du FAWE. Elle a ensuite travaillé pendant trois ans dans un atelier de couture, avant de réaliser son rêve: fonder son propre commerce.

De fil en aiguille vers l’autonomie

Malgré quelques soucis financiers, Djénéba Camara, couturière au Burkina Faso, se fraye son proche chemin. Texte et photo: Lukas Frohofer, Solidar Suisse

C’est par un après-midi très chaud que je me rends chez Djénéba Camara à BoboDioulasso, une ville de l’ouest du Burkina Faso. La jeune couturière s’affaire sur sa machine à coudre, tout comme son employé, Moussa Traoré. La clientèle de «Nabou Couture» est des plus variées: hommes et femmes de tous âges et de tous horizons viennent à la boutique décorée de jaune et de rose. La plupart sont des clients fidèles. Djénéba Camara porte sur elle la meilleure preuve de ses compétences: une robe jaune et brun qu’elle a dessinée et réalisée ellemême, comme elle l’explique fièrement.

Solidar ouvre des perspectives Depuis onze ans, Solidar Suisse apporte un appui au Forum des éducatrices africaines (FAWE) du Burkina Faso. Cet organisme permet à des femmes qui n’ont pu fréquenter l’école ou achever leur scolarité de suivre une formation professionnelle. L’offre va de couturière à divers métiers techniques, comme mécanicienne sur auto ou électricienne, en passant par teinturière. Cette formation aide les jeunes femmes à accéder au monde du travail. Une véritable gageure dans un pays où le taux de chômage avoisine 75%.

Réservé aux hommes Depuis cinq ans, Djénéba Camara ouvre sa boutique tous les matins à l’aube et y travaille parfois onze heures par jour. Si une enseigne manque encore à l’extérieur, l’intérieur a bien changé ces dernières années: pour lancer son affaire, Djénéba Camara a reçu une machine à coudre de Solidar Suisse. Depuis, elle a non seulement acheté une autre machine et du mobilier, mais aussi engagé deux em­ ployés, qui l’aident en fonction des besoins, et une stagiaire. Au Burkina Faso, la couture n’est pas un métier de femme, mais un domaine traditionnellement réservé aux hommes. Depuis quelque temps, un équilibre s’établit cependant lentement entre couturiers et couturières. Quant à Moussa Traoré, l’employé de Djénéba Camara, peu lui importe. «Que l’on travaille sous les ordres d’un homme ou d’une femme, il arrive que l’on ne soit pas d’accord et que l’ambiance devienne électrique.» Une lutte au quotidien Bien que ses services soient très demandés, Djénéba Camara ne parvient pas à réunir chaque mois les 30 francs nécessaires pour payer le loyer et l’électricité de son petit local. Il ne lui reste alors qu’à trouver un travail d’appoint. Malgré les difficultés, elle ne regrette toutefois pas d’avoir opté pour l’indépendance. «J’aime mon métier et cela me pousse à aller de l’avant.» www.solidar.ch/fawe


point de vue 7

LES spéculateurs sont des requins tigres Les spéculateurs sur les produits alimentaires n’ont aucun scrupule. Une initiative veut les mettre en cage. Texte: Jean Ziegler, rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation

Le requin tigre est un énorme animal de la famille des requins requiem, des carnivores extrêmement voraces. Ce squale aux grandes dents et aux yeux noirs fait partie des habitants les plus craints de la planète. Il colonise toutes les grandes mers tempérées et tropicales et pêche volontiers en eau trouble. Les puissantes mâchoires du requin tigre lui permettent d’exercer une pression de plusieurs tonnes au centimètre carré. Pour apporter suffisamment d’énergie à son organisme, il est perpétuellement en mouvement. Le requin tigre est capable de détecter une goutte de sang diluée dans 4 600 000 litres d’eau. Le spéculateur sur les denrées alimentaires travaillant à la bourse des matières premières agricoles de Chicago présente une grande similitude avec cette

Les lois du marché veillent à ce que seule la demande solvable soit satisfaite. Elles laissent délibérément de côté le fait que l’alimentation constitue un droit de la personne humaine, un droit universel. Le spéculateur sur les denrées alimentaires agit sur tous les fronts et engloutit tout ce qui peut lui rapporter quelque chose: il joue avant tout avec les terres, les moyens de production, les semences, les engrais et les denrées alimentaires.

Enfants morts, spéculateurs repus Sur le marché mondial, les cours du riz, du blé et du maïs explosent. Le prix du maïs a augmenté de 63% ces 12 der­ niers mois, celui du riz de 38,2%. Le prix du blé a doublé. Mais les spéculateurs réalisent des profits astronomiques. Dans les bidonvilles de la planète où vivent 1,2 milliard de pauvres selon la Banque mondiale, les paGenève est le centre rents ne peuvent plus achemondial de la spéculation ter suffisamment de nourrialimentaire. ture. Leurs enfants meurent de faim. D’après l’ONU, un description du requin tigre. Comme lui, il enfant de moins de 10 ans meurt de faim parvient à détecter ses victimes de très toutes les cinq secondes. Sur les sept loin et à les détruire en un tournemain. Et milliards d’êtres humains que compte la ce, pour satisfaire sa voracité, autrement planète, un milliard est en permanence très gravement sous-alimenté. dit son insatiable appât du gain.

La Suisse, et notamment Genève, est aujourd’hui le centre mondial de la spéculation sur les matières premières (denrées alimentaires avant tout), du fait des exorbitants privilèges fiscaux accordés. Signez l’initiative! Le 1er octobre, la Jeunesse socialiste suisse (JSS) a commencé à récolter des signatures pour son initiative populaire «Pas de spéculation sur les biens alimentaires». Elle vise à interdire la spéculation boursière sur les denrées alimentaires et à inscrire cette interdiction dans la Constitution fédérale. Les spéculateurs en bourse jouent avec la vie de millions d’êtres humains. La suppression complète et immédiate de ce genre d’activité relève du bon sens. Je vous prie, conjointement avec Solidar Suisse, de soutenir cette initiative vitale de la JSS. A vos stylos! www.solidar.ch/news

Nous les laissons mourir Le nouvel ouvrage de Jean Ziegler, «Destruction massive - Géopolitique de la faim», est paru en octobre 2011, aux éditions du Seuil.


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par mois (env. 255 francs). Une fois le stade achevé, l’entreprise a pris en charge un chantier à l’étranger. Elle a emmené les hommes, mais licencié les femmes. La raison officielle était qu’il n’y avait pas de place pour les loger. Cela dit, les en­ treprises sud-africaines commençaient déjà à engager moins de femmes.

Portia Mhkize a travaillé deux ans sur le chantier de Soccer City. Avant d’être licenciée.

Mondial 2010: des travailleuses hors jeu Portia Mhkize a participé à la construction du plus grand stade africain. Aujourd’hui, elle est à nouveau sans emploi. Interview: Katja Schurter. Photos: Joachim Merz et Emilio Pedrina Comment allez-vous, deux ans après le Mondial? Portia Mhkize: J’ai été licenciée peu après et tente à présent de gagner ma vie grâce au recyclage. Je ramasse des bouteilles, les brise et revends le verre pilé. Cela me rapporte 400 à 500 rands par mois (45 à 55 francs). Pour mes trois filles (18, 15 et 6 ans), je reçois des allocations d’environ 500 rands. Mon revenu n’équivaut donc plus qu’à la moitié de ce que je touchais en travaillant sur le chantier de Soccer City. J’ai de la peine à joindre les deux bouts. Ma fille aînée voudrait aller à l’université, mais je n’ai pas l'argent pour payer son inscription.

Que sont devenus vos collègues? La même chose que moi. Une partie des hommes sont partis à l’étranger. Les femmes ont toutes été licenciées. Ce fut très dur. Y avait-il des différences entre femmes et hommes? Ce sont souvent les hommes qui conduisent les engins de chantier. Voilà pourquoi il fallait davantage d’hommes que de femmes. J’ignore si nous touchions le même salaire. Avez-vous acquis de nouvelles compétences? Oui, j’ai obtenu un diplôme d’ouvrière du bâtiment et un de conductrice d’engins de chantier. Mais les entreprises ne les reconnaissent pas. Ils n’engagent que des personnes de moins de 35 ans, et rarement des femmes. C’est surtout mon âge – j’ai 37 ans – qui m’empêche de trouver du travail.

Combien de temps avez-vous travaillé à Soccer City? Plus de deux ans. Au début, j’étais simple manœuvre. «Les femmes ont toutes Après avoir suivi un cours été licenciées.» mis sur pied par le syndicat de la construction NUM, j’ai été chargée de la sécurité: je contrôlais Autrement dit, le Mondial n’a pas le chantier avant le début du travail et amélioré votre situation? veillais à ce que les mesures de sécurité Non, mais je suis heureuse que l’Afrique soient respectées tout au long de la jour- du Sud ait accueilli le Mondial 2010. Des gens sont venus de partout pour admirer née, car le travail était très dangereux. A Soccer City, je gagnais 12 rands par Soccer City et j’ai eu du travail pendant heure. Après une grève, les salaires ont quelque temps. Je suis fière d’avoir augmenté et le mien est passé à 15 construit ce stade. rands. Je touchais près de 2200 rands www.solidar.ch/horsjeu


point fort 9 Maria de Lourdes (en bas) lutte contre les expulsions de marchand-e-s ambulants en vue du Mondial 2014.

«Nous exigeons le droit au travail» A Rio de Janeiro, les marchand-e-s de rue luttent pour la reconnaissance de leur activité et contre une répression croissante. Texte et photos: Nora Wintour, StreetNet International

Maria de Lourdes vit dans la banlieue de Rio de Janeiro avec son mari et deux de leurs enfants âgés de 9 et 17 ans. Son fils aîné a quitté la maison et, la journée, il lui donne un coup de main dans son travail au centre de Rio. Depuis huit mois,

«On nous traite comme criminels.» elle tient un stand légal où elle vend des ceintures qu’elle confectionne ellemême. «Je me sens plus sûre aujourd’hui et la police ne me menace plus.» Durant 15 ans, comme marchande de rue non déclarée, elle a vendu ses objets sur un chariot de supermarché, sans autori­ sation de la ville – toujours à la sauvette, de crainte d’être repérée par la police. Activité jugée criminelle Si la police avait interpellé Maria de Lourdes dans son activité de vente illégale, elle l’aurait expulsée et aurait confisqué sa marchandise. Mais la police

ne se satisfait souvent pas d’expulser les marchand-e-s de rue: la violence verbale et physique à leur encontre est monnaie courante. Les représailles contre les marchand-e-s de rue s’intensifient justement lors d’importants événements internationaux comme la Coupe du monde de football ou les des Jeux olympiques. Les marchand-e-s de rue peuvent, depuis 2009, se faire enregistrer officiellement et obtenir une autorisation. Le nombre de permis délivrés est toutefois limité. Jusqu’ici, les critères d’attribution n’ont pas été divulgués et la plupart des marchand-e-s de rue non déclarés ont été laissés pour compte, ce qui revient à criminaliser leur activité. Quand on leur confisque leur marchandise, ils perdent d’un seul coup les bases mêmes de leur existence. Droit au travail L’association des marchand-e-s de rue (MUCA) s’engage pour que la vente sur la voie publique ne soit pas discriminée.

Ils ont formulé leurs préoccupations dans une lettre ouverte au maire de Rio de Janeiro: «Nous sommes traités comme des criminels, alors que nous cherchons des stratégies de survie dans une ville qui ne peut offrir un emploi qu’à 60% de la population. Nous sommes des travailleuses et des travailleurs honnêtes et corrects, qui exigeons le droit au travail et celui de nous organiser.» Résistance contre la répression Maria s’investit activement auprès de MUCA. «Nous nous rencontrons une fois par mois pour tisser un réseau communal avec d’autres associations et agir contre la répression et les injustices.» Mais Maria souhaite aussi s’engager profes­ sionnellement contre les durcissements actuels. Après son travail quotidien au marché, elle suit des cours du soir, afin de décrocher son diplôme de fin d’études secondaires. «Je suis en dernière année. Après, je veux étudier le droit et devenir avocate pour défendre les droits des marchand-e-s de rue.» www.solidar.ch/brazil-fr.html


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Le renvoi brutal de 1500 personnes a profondément révolté Corinne Hagger.

«Je suis redondante» Merck Serono fermera son site genevois. Malgré un bénéfice record de 12 milliards en 2011. Témoignage. Texte: Alexandre Mariéthoz. Photo: Robert Hofer. «Il faisait le même temps que lorsque j’ai appris la mort de Kennedy. Une pluie d’apocalypse. Le CEO de Merck Serono est arrivé. Il a loué le succès de l’entre-

désormais considérée comme «redondante», vu que d'autres peuvent effectuer son travail ailleurs et à moindre coût.

Un monde lointain Corinne Hagger se souvient des jours qui ont suivi «Sans mobilisation et l’annonce de la fermeture. sans l’appui d’Unia, nous «Le personnel était comme n’aurions rien obtenu.» anesthésié. Cela a duré jusqu’à l’arrivée d’Unia. Nous prise. Avant de lâcher, brutalement, que avons regardé ces syndicalistes avec le groupe allait fermer le site de Genève. une certaine surprise. Auparavant, ils faiIl n’y a eu aucune réaction. La salle était saient partie d’un univers lointain.» Les abasourdie. Beaucoup pleuraient.» deux mondes se rapprochent vite. «Une Le 24 avril, Merck Serono annonce la semaine plus tard, Unia a organisé une fermeture de son site genevois. 1500 première assemblée. 300 personnes y employé-e-s sont dans la salle. Tous per- ont participé. Les syndicalistes ont dront leur emploi d’ici la fin de l’année. témoigné d’une grande chaleur humaine. Parmi eux, Corinne Hagger. Agée de 56 Alessandro Pelizzari a expliqué ce ans, cette chercheuse travaille chez qu’Unia pouvait faire pour nous. Son proMerck Serono depuis 2006. Elle est fessionnalisme nous a impressionnés.»

Forte mobilisation Ses collègues poussent Corinne Hagger à faire partie des représentant-e-s du personnel. «Ce fut le début d’une fabuleuse aventure humaine.» Le personnel de Merck Serono organise plusieurs manifestations. Il récolte aussi, en moins de deux mois, 15 000 signatures à l’appui d’une pétition. Merck Serono refuse de négocier. Le 12 juin, le personnel entre en grève. Le 28 juin, le Conseil d’Etat saisit la Chambre des relations collectives de travail et oblige la direction de Merck Serono à négocier un plan social. Chaque avancée sera le fruit d’un combat acharné. L’Assemblée du personnel approuve finalement, le 9 août dernier, un protocole d’accord. «Nous avons préféré accepter un accord plutôt que risquer de tout perdre.» On sent poindre une certaine déception dans la voix de Corinne Hagger. Tout cela n’aurait-il, finalement, pas servi à grandchose? La réponse fuse: «Sans mobilisation et sans l’appui d’Unia, nous n’aurions rien obtenu.» Le plan social négocié comporte plusieurs améliorations, notamment la réduction de l’âge de préretraite, ainsi que l’engagement de Merck Serono à soutenir la création d’un institut de biotechnologie – qui pourrait permettre le maintien de 300 emplois à Genève. La lutte continue Aujourd’hui, Corinne Hagger éprouve encore du dégoût: «Depuis le 24 avril, Merck Serono n’a parlé que d’argent. Je n’ai plus jamais entendu le mot ''patient''.» Son optimisme reprend cependant vite le dessus. Elle s’estime heureuse d’avoir pu participer à une mobilisation aussi forte. Puis relève que la lutte continue. «L’Assemblée du personnel a décidé d’initier une mobilisation nationale en vue d’une véritable protection contre les licenciements collectifs.»


point fort 11 Mutilée et meurtrie, Dushyanthi Thedevas parvient aujourd’hui à gagner sa vie en cultivant du riz.

Une nouvelle existence Après la guerre civile, Dushyanthi Thedevas est retournée dans son village. Elle y cultive désormais du riz. Texte: Christian Gemperli, Solidar Suisse. Photo: Solidar Dushyanthi Thedevas, 22 ans, est assise devant une montagne de riz séché dans le village d’Othiyamali, à 100 kilomètres environ au sud de Jaffna. Recrutée de force, à l’âge de 18 ans, par les Tigres de l’Eelam Tamoul (LTTE) qui se battaient pour l’indépendance, elle a perdu la jambe gauche et le pied droit au cours d’un bombardement à Jaffna. Elle a ensuite été détenue durant dix mois par

dante. Elle exploite 1,5 hectare de terres héritées de ses parents. Son revenu lui permet de subvenir à ses propres besoins et à ceux de son frère de 17 ans.

Nouveau départ Solidar apporte une aide immédiate aux personnes déplacées par la guerre, puis retournées dans leurs villages. Après un premier cours, les participant-e-s établissent un plan d’affaires et reçoivent une somme initiale pour lancer leur propre «Grâce à de nouvelles entreprise. Depuis son retour techniques, nous obtenons en 2010, Dushyanthi Thedede meilleures récoltes.» vas est membre de l’organisation de femmes et les forces de sécurité gouvernementales. de l’association paysanne de son village. Aujourd’hui, Dushyanthi est à nouveau Ces organismes lui ont permis de se sur pied. D’une part, grâce à ses prothè- perfectionner dans l’utilisation d’un pulses; d’autre part, grâce à Solidar, qui lui a vérisateur, la gestion d’une exploitation, permis de devenir rizicultrice indépen- la réalisation de projets et la tenue de la

comptabilité. «L’agriculture est notre base d’existence traditionnelle. Nous devons dès lors apprendre de nouvelles méthodes pour améliorer nos récoltes et limiter nos dépenses», explique-t-elle. Vers l’égalité des droits Le cours de perfectionnement a aussi abordé l’égalité des droits. Bien qu’hommes et femmes fournissent le même travail, les salaires des hommes sont plus élevés. De plus, si les femmes peuvent s’exprimer durant les assem­ blées communales, ce sont les hommes qui prennent les décisions importantes. Dushyanthi Thedevas se dit satisfaite de son existence actuelle. «J’ai suivi un cours d’informatique à Jaffna, mais j’aimerais continuer à travailler mon champ. Je peux ainsi financer la forma­ tion de mon frère.»

Un don salvateur Un don de 50 francs permet de fournir des semences et des outils à une famille retournée dans son village. Ses membres pourront ainsi cultiver un potager, couvrir une partie de leurs besoins et prévenir la malnutrition chez les enfants. www.solidar.ch/refugies


12 concours Le sudoku de Solidar 6 2

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Envoyez la solution à Solidar Suisse via le talon-réponse ci-joint, sur une carte postale, ou par e-mail à contact@solidar.ch, sujet «sudoku». Toutes les réponses correctes participent au tirage au sort.

1er prix: Un porte e-Pad en chambre à air de vélo et jeans recyclés

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Règles du jeu Complétez les cases de la grille avec les chiffres de 1 à 9, afin qu’il n’y ait aucune répétition et aucun doublon dans chaque colonne, ligne et carré de 3x3. La solution se trouve dans les cases grises lues horizontalement, selon l’équivalence ci-dessous: 1=I, 2=G, 3=A, 4=R, 5=E, 6=T, 7=U, 8=D, 9=N.

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2e et 3e prix: Une clef USB (4 GB) Les prix ont été généreusement offerts par le semestre de motivation de l’OSEO Vaud et par l’OSEO Suisse centrale.

Solution

La date limite d’envoi est le 20 décembre 2012. Le nom des gagnant-e-s sera publié dans Solidarité 1/2013. Le concours ne donne lieu à aucune correspondance, ni à aucun recours. Le personnel de Solidar n’a pas le droit d’y participer. La solution de l’énigme de Solidarité 3/2012 était «Labour Radio». Katharina Oetiker-Tanner de Zurich, Laurence Corbaz de Pully, ainsi que Christian Zaugg de Obermumpf, ont gagné un drap tissé à la main. Nous remercions vivement tou-te-s les participant-e-s au jeu, ainsi que l’Association pour le développement du Département d’Ipelcé – l’un de nos partenaires au Burkina Faso – pour les prix offerts.

Modifier son testament

Modifier son testament s’impose parfois: disparition ou apparition de bénéficiaires, nouvelle répartition. Ces adaptations nécessitent le respect de certaines règles. Il est notamment exigé de signer, de son nom complet, son testament manuscrit modifié – ou encore de dater sa rédaction. Notre notice «Modifier un testament» vous présente toutes les informations nécessaires. Commandez cette brochure – via le talon-réponse joint ou auprès de Stéphane Cusin: 021 601 21 61, stephane.cusin@solidar.ch


actualité 13

Aide d’urgence aux réfugié-e-s syriens Au Liban, Solidar apporte une aide aux réfugié-e-s syriens. Leur détresse est terrible. Texte: Christian Engeli. Photo: Henriette Eppenbergerr Depuis mars 2011, la guerre civile en Syrie a fait près de 20 000 victimes. Pour échapper au conflit, un million et demi de personnes ont pris la fuite. 300  000 d’entre elles ont gagné les Etats voisins: Jordanie, Irak, Turquie et Liban. Dans les camps de réfugié-e-s, la situation est terrible. Selon l'ONU, 80 000 réfugié-e-s syriens ont trouvé refuge au Liban. Ils croupissent dans des camps de réfugié-e-s palestiniens (notamment Sabra et Chatila), des garages, des camps illégaux ou des mosquées. «Jusqu’à 15 personnes sont entassées dans la même pièce. Elles doivent organiser un tournus pour dormir», témoigne la collaboratrice de Solidar, Henriette Eppenberger, qui s’est rendue sur place en octobre dernier. «Plus de la moitié des réfugié-e-s sont

des enfants et des adolescents. Parmi eux, beaucoup de nouveau-nés. Je n'avais encore jamais vu autant de bébés.» Manque de nourriture Les conditions de vie des réfugié-es sont très précaires: la nourriture manque et les conditions d’hygiène sont déplo­ rables, notamment pour les nouveau-nés et les enfants en bas âge. L’élan de solidarité sur place est remarquable: de nombreuses organisations locales se mobilisent. Mais la plupart d’entre elles manquent d'expérience. Situation très grave Avec son organisation partenaire Norwegian People's Aid (NPA), Solidar dispense une aide d'urgence au Liban: elle distribue de la nourriture et des produits

d'hygiène, ainsi que des kits spéciaux de première nécessité pour les nouveaunés, les enfants et les femmes. Les enfants en âge de scolarité pourront bientôt recommencer l’école, grâce au matériel scolaire qui leur est fourni. Les bénévoles en charge des réfugié-e-s reçoivent par ailleurs une formation complémentaire, afin qu’ils puissent faire face à la gravité extrême de la situation.

Votre aide compte Les réfugié-e-s syriens ont urgemment besoin de notre soutien: CP 1014739-9 (mention «aide d’urgence Syrie») ou en ligne sur: www.solidar.ch/syrie


14 Brèves Sri Lanka: aide aux réfugié-e-s de guerre En septembre, Solidar a lancé un nouveau projet d’aide aux personnes déplacées par la guerre dans le nord du Sri Lanka. Par le biais d’aides financières et de conseils, 600 familles, revenues il y a peu dans leur village, peuvent ainsi reconstruire leur vie. Les familles pauvres restaurent, contre paiement, les infrastructures communales détruites et perçoivent un revenu dont elles ont grand besoin. Leur travail améliore les conditions de vie dans la commune. En outre, cinq coopératives de pêcheurs ont été équipées de bateaux et formées en vue de parvenir à une gestion autonome. Le projet est réalisé en étroite collaboration avec la Croix-Rouge suisse et la Direction du développement et de la coopération (DDC). Il est soutenu par la Chaîne du Bonheur. www.solidar.ch/sri-lanka

Achats équitables: lettre ouverte au parlement Des salaires de misère pour les femmes qui cousent les uniformes de la protection civile, des pavés taillés par des enfants, des travailleuses et travailleurs intoxiqués en fabriquant nos ordinateurs. Ces scandales doivent cesser. Solidar exige, avec sept autres ONG, que les pouvoirs publics soient enfin respectueux de conditions de travail décentes. Une lettre ouverte, adressée aux Chambres fédérales, veut que la

révision de la Loi sur les marchés publics contienne des règles contraignantes. Objectif: inscrire dans la législation fédérale des critères sociaux et de durabilité, comme les normes fondamentales de l’Organisation internatio­ nale du travail (OIT). Cette exigence, avancée depuis cinq ans par Solidar Suisse, a déjà rencontré un écho positif auprès de 150 communes. www.solidar.ch/achatspublics

Bulgarie: soutien au partenariat social

la responsabilité des entreprises, de stimuler la recherche de solutions aux conflits du travail et d’améliorer la sécurité au travail. Le projet, d’une durée de deux ans, a démarré durant l'automne 2012. Solidar soutient ses partenaires bulgares dans la mise en œuvre du projet et apporte l’expérience suisse du partenariat social.

Dans le cadre de la contribution suisse à l’élargissement de l’Union européenne, Solidar lance, avec le ministère du Travail bulgare, un projet de renforcement du partenariat social. En collaboration notamment avec des syndicats et des employeurs, il s’agit de développer

Film Post-it Le nouveau clip de Solidar a été vu plus de 15 000 fois. Cette animation originale présente, avec quelques Post-it, les principes de base de la coopération au développement. Il montre l'importance d'un travail décent pour sortir de la pauvreté. Au fait, combien de Post-it ont-ils été utilisés? Participez à notre concours sur www.solidar.ch/fr/film

Massacre en Afrique du Sud Le 16 août 2012, à Marikana, la police a ouvert le feu pour disperser une manifestation de mineurs en grève. Le bilan est effroyable: 34 morts et 78 blessés. Les mineurs exigeaient une augmentation de leur salaire de 4000 à 12 500 rands (environ 1400 francs). Une commission d’enquête doit éclaircir les circonstances de ce massacre – le plus terrible depuis la fin de l’Apartheid en 1994.

Le géant suisse des matières pre­ mières, Xstrata, basé à Zoug, possède 25% des actions de Lonmin, troisième producteur mondial de platine. La direction a toujours refusé d’ouvrir des négociations. Ce n’est qu’après le massacre qu’elle y a enfin consenti. Mi-septem­ bre, le trust et les syndicats se sont mis d’accord sur une hausse des salaires de 22%. Après les événements de Marikana, d’autres mines d’Afrique du Sud sont entrées en grève. www.solidar.ch/news


ÉTUDE 15

L’évasion fiscale ruine le développement Les pays en développement perdent des milliards en raison de l’évasion fiscale et des pratiques douteuses des multinationales. La Suisse contribue à ce phénomène. Texte: Olivier Longchamp, Déclaration de Berne contribuent plutôt à vider les caisses de ces Etats. Non seulement parce que ces conventions ne contiennent pas de clause d’assistance – ou parce que celles-ci sont inutilisables pour les administrations concernées, mais aussi parce qu’elles réduisent souvent la facture fiscale des entreprises qui y sont actives.

Evasion fiscale et développement ne font pas bon ménage.

Confrontées à une pression internationale croissante, les autorités suisses ont accepté, en mars 2009, de revoir leur politique en matière d’entraide fiscale internationale. La Suisse a accordé à ses principaux partenaires économiques une entraide basée sur le principe de l’entraide à la demande. Mais, pour les pays du Sud, rien n’a changé. La «stratégie de l’argent blanc», proposée par le Conseil fédéral, ne prévoit rien qui permette d’empêcher l’afflux dans les coffres bancaires helvétiques d’argent provenant de l’évasion fiscale des pays du Sud. Pire, les (rares) accords conclus par la Suisse avec des pays en développement

être levés sur les revenus ayant servi à constituer ces avoirs et, le cas échéant, sur la fortune. Stratégie discriminatoire En 2009, le Conseil fédéral a élaboré une stratégie en matière de place financière. Or, celle-ci ne tient pas compte de l’importance des recettes fiscales pour la politique de développement. Elle ne dit d’ailleurs pas un mot sur les pays en développement. La Suisse doit renoncer au

Lourdes pertes fiscales Il n’existe pas de statistiques détaillées sur la provenance des avoirs étrangers déposés en Suisse. Les chiffres de la Banque nationale «Pour les pays du Sud, sont incomplets sur ce point. rien n’a changé.» En 2008, la Déclaration de Berne a évalué entre 360 et 1460 milliards de francs le montant des plus vite à cette stratégie discriminatoire: capitaux placés en Suisse afin d’échapper octroyer l’échange d’informations fiscaà l’impôt dans les pays en développe- les aux pays de l’OCDE au nom d’une ment et les pays émergents. En 2011, prétendue stratégie de l’argent propre, selon le Boston Consulting Group, 980 tout en privant de celui-ci la plupart des milliards de dollars, soit près de la moitié pays émergents et en développement, de l’ensemble des avoirs étrangers dépo- n’empêchera jamais l’afflux en Suisse sés en Suisse, provenaient d’Asie, d’argent soustrait au fisc. d’Amérique latine, du Moyen-Orient et d’Afrique. En supposant que la moitié de Fiscalité et cet argent résulte de l’évasion fiscale, ce sont quelque 490 milliards de dollars qui développement sont placés en Suisse pour échapper à l’impôt dans les pays émergents et en La Déclaration de Berne et Alliance développement. Sud montrent, via une brochure très La perte fiscale qui en découle peut être documentée, comment la Suisse estimée à 7,35 milliards de dollars par pourrait aider les pays du Sud dans année au minimum, soit plus du double leur combat décisif contre l’évasion de l’aide suisse au développement fiscale internationale. Pour en savoir (3,114 milliards de dollars en 2011). plus: www.ladb.ch/fichesfiscales Sans compter les impôts qui auraient dû


16 réseau Cette rubrique constitue la plateforme des organisations de notre réseau. On y trouve des informations sur les associations régionales de l’OSEO, qui dispensent notamment un soutien aux personnes sans emploi et aux migrant-e-s. Une longue histoire et des racines communes unissent Solidar et les OSEO régionales.

OSEO Zurich: intégrer les jeunes réfugié-e-s Le programme «Anschluss» de l’OSEO Zurich s’adresse à des réfugié-e-s reconnus et à des personnes ad­mises à titre provisoire, âgés de 16 à 25 ans et domiciliés dans le canton de Zurich. Ces jeunes adultes ne disposent d'aucune formation professionnelle ou reconnue en Suisse; certain-e-s parlent peu l’allemand. Anschluss encourage leur intégration professionnelle et la recherche d’une place d’apprentissage. Ils reçoivent une aide sous forme d’accompagnement et de conseil, d’encouragement à l’apprentissage de la langue allemande et d’appui scolaire.

OSEO Suisse centrale: Co-Opera a dix ans Le 4 septembre 2012, Migration CoOpera, de l’OSEO Suisse centrale, a fêté ses dix ans d’existence, à Lucerne. Des expositions et des stands ont

OSEO Valais: de vieux jouets ressuscités L’OSEO Valais collecte d’anciens jouets et leur redonne vie dans ses ateliers. Les participant-e-s aux programmes de l'OSEO les trient, puis les réparent. Lors

Discussions sur le Sri Lanka

Des emplois professionnels à durée limitée, ainsi qu’un soutien dans leur recherche d’emploi, les préparent à la vie professionnelle. Le programme est mené sur mandat du Bureau cantonal pour les questions d’intégration. www.sah-zh.ch

présenté les offres et les projets destinés aux réfugié-e-s et aux personnes admises à titre provisoire. La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga était présente. Elle a longuement discuté avec des participant-e-s, afin de mieux comprendre les mécanismes et les difficultés de l’intégration. «De tels échanges me permettent de mieux saisir la réalité du terrain», a expliqué Mme Sommaruga. Co-Opera soutient les réfugié-e-s en quête d’emploi; elle propose aussi des cours de langue et d’intégration. www.sah-zs.ch d’une action de Noël, près de 1000 jouets pourront ainsi être distribués gratuitement aux services sociaux valaisans. Depuis une année, un magasin les propose par ailleurs aux institutions à but non lucratif. Les crèches et ludothèques valaisannes peuvent ainsi obtenir avantageusement des playmobils et puzzles qu’elles ne pourraient autrement pas s’offrir. www.oseo-vs.ch

Le 27 novembre, dès 19 heures, l’ancienne journaliste sri lankaise Rathika Thevakumar organise un débat, à Lucerne (Sentitreff, Baselstrasse 21). Cette rencontre clôt une série de palabres féminines de l’OSEO Suisse centrale sur le thème «Travail, femme et migration». Organisées par des Suissesses et des migrantes, ces discussions visent à stimuler les échanges interculturels et à faire reculer les préjugés. La soirée du 27 novembre sera intitulée «La voix des sans-voix dans la guerre au Sri Lanka». www.sah-zs.ch

OSEO Zurich: course contre le racisme Fin septembre, 255 coureuses et coureurs – record absolu – ont pris part à la 11e course contre le racisme. Ensem­ble, ils ont parcouru 1280 km et rapporté la somme record de 75 000 francs pour des projets de l’Anlaufstelle SansPapiers, de l’OSEO Zurich et de l’école autonome de Zurich. Plusieurs élu-e-s – la présidente de la ville de Zurich, Corine Mauch, et ses collègues de l’exécutif Gerold Lauber, Daniel Leupi et Claudia Nielsen, ainsi que le conseiller national Balthasar Glättli – ont participé à la course. On notait aussi la présence de nombreuses familles, de plusieurs syndicats et de PinkCop, l’association d’officiers de police gays et lesbiennes de Suisse. www.laufgegenrassismus.ch


CHRONIQUE Hans-Jürg Fehr Président de Solidar Suisse et conseiller national

Au-delà de la mort

OSEO Vaud: déjà 20 ans! Au début des années 1990, une crise économique très violente frappe la Suisse. Dans le canton de Vaud, la fermeture de plusieurs usines fait grimper le taux de chômage, de moins de 1% à la fin des années 1980, à 7% en juillet 1993. L’OSEO, qui vient d’ouvrir un «bureau d’information» à Lausanne, est approchée afin de soutenir ces très nombreuses personnes au chômage. Le 22 avril 1992 a lieu l’assemblée constitutive de la «Section Régionale Vaud» de l’OSEO, qui deviendra une association juridiquement indépendante, l’OSEO Vaud, le 1er janvier 2005. L’OSEO Vaud dirige aujourd’hui sept centres dans tout le canton. Elle collabore notamment avec le Service de l’emploi, le Service de prévoyance et

d’aide sociales, l’Office AI Vaud, le Service de protection de la jeunesse et plus de 500 entreprises du canton. Plusieurs événements ont marqué son 20e anniversaire. Les 28 et 29 septembre, deux journées portes ouvertes ont permis au public de découvrir l’association, ses locaux, ainsi que les différents programmes qu’elle organise. Le 8 novembre a été marqué par une célébration officielle, en présence du président du Conseil d’Etat vaudois, Pierre-Yves Maillard, du syndic de Vevey, Laurent Baillif, et de Toni Erb, du SECO. L’OSEO Vaud a publié un ouvrage relatant ses 20 ans d’histoire. Elle s’est aussi dotée d’un nouveau site Internet: www.oseo-vd.ch

OSEO Berne: étude sur l’intégration

par conséquent, prendre leurs responsabilités et encourager l’intégration sur le lieu de travail. Les entreprises helvétiques ne peuvent que profiter d’un tel engagement, culturellement et par un gain d’image – ce qui renforce la place industrielle suisse. Il reste beaucoup à faire dans le canton de Berne. Seules quelques entreprises examinées disposent d’un concept d’intégration. C’est pourquoi l’étude met en exergue des PME bernoises qui intègrent avec succès des professionnels étrangers. www.sah-be.ch/aktuell

L’intégration est l’affaire des personnes concernées, de l’Etat, de la société civile, mais aussi et surtout des employeurs. C’est ce que montre l’étude «L'économie face à ses responsabi­ lités», commandée par l’Alliance Migration du canton de Berne – dont fait partie l’OSEO Berne. Les nombreux professionnels émigrés, hommes et femmes, lancent un défi aux PME suisses. L’étude conclut que l’Etat ne peut assumer seul l’intégration des employé-e-s. Les entreprises doivent,

Une œuvre d’entraide comme Solidar collecte des fonds avec sérieux et professionnalisme. Nous approchons particuliers, fondations, cantons et communes, afin de les inviter à soutenir nos projets de coopération. Ces apports financiers représentent une part considérable de nos recettes; ils sont indispensables à notre travail. Je tiens donc à vous remercier tout spécialement, chères lectrices et chers lecteurs de «Solidarité», car vous formez l’un des piliers de notre financement. La recherche de fonds sert également à présenter nos activités à la population suisse. Chaque collecte de fonds constitue aussi une campagne d’information qui montre, exemples à l’appui, la manière dont l’argent est utilisé afin de combattre la pauvreté dans le Sud et d'informer l'opinion sur les enjeux de la coopération au développement. Certaines donatrices et certains donateurs ne sont, hélas, plus là pour lire mes remerciements. Avant de mourir, ils ont toutefois pensé à nous et men­ tionné Solidar dans leur testament, nous léguant la totalité ou une partie de leur plus ou moins grande fortune. Ils tenaient à ce que leur engagement social leur survive. Bien sûr, nous les connaissions de longue date, car ils étaient membres de Solidar ou appartenaient au large cercle de nos donatrices et donateurs. Conscients et fiers de nos efforts, ils les ont soutenus de leur vivant et avaient confiance en nous. Ils savaient que nous utiliserions leur argent à bon escient et ont investi dans une solidarité qui s’exprime audelà de la mort.


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Un grand souffle d’air frais

Bojana Bijelovic, 29 ans, est l’une des plus jeunes syndicalistes serbes. Elle s’engage pour la jeunesse de son pays. Texte: Samira Marty, Solidar Suisse. Photo: Cyrill Rogger


portrait 19

Bojana Bijelovic lutte pour offrir des perspectives aux jeunes et du travail qualifié aux femmes.

«La Suisse est plus idyllique qu’une carte postale», s'exclame Bojana Bijelovic, lors de notre rencontre à Zurich. La jeune femme fait partie d’une délégation de représentant-e-s des organisations de jeunesse des syndicats serbes, en visite en Suisse en juin 2012, à l’occasion d’un échange de vues avec la Jeunesse syndicale suisse. Bojana Bijelovic habite avec son mari à Belgrade. Elle est présidente de la section des jeunes du syndicat Catus et permanente au département «Relations internationales» (voir encadré). «Mon travail? C’est notre fenêtre sur le monde, explique Bojana. J’entretiens des con-

tacts avec l’Organisation internationale Forte pression du travail (OIT), différentes ONG et les Lorsqu’ils parviennent à décrocher un syndicats serbes». Avec le soutien de emploi, les jeunes Serbes peinent souSolidar, Catus s’engage pour le dialogue vent à conserver un équilibre entre vie social en Serbie. «Nous encourageons la active et loisirs. Au travail, la pression est collaboration entre syndicats à l’intérieur très forte – et les heures supplémenet à l’extérieur du pays et construisons ainsi un réseau «Mon travail à Catus? stable.» Catus cherche aussi à renC’est notre fenêtre sur forcer son organisation de le monde.» jeunesse, afin de renouveler ses effectifs. Avec ses 29 ans, Bojana Bijelovic fait plutôt figure taires explosent rapidement. Vu le fort d’exception. «Les gens sont toujours po- taux de chômage, les employeurs peusitivement surpris lorsqu’ils me côtoient vent facilement engager une autre peren tant que représentante de Catus. Peu sonne, plus encline à sacrifier sa vie sur de femmes sont actives dans les syndi- l’autel du travail. cats serbes; nos permanents sont géné- Les femmes assument la plupart des ralement des hommes âgés. Je veux tâches familiales et sont généralement actives dans le secteur informel. Bojana changer cela.» Bijelovic le regrette. Elle demeure cependant optimiste. «Davantage de jeunes Amener les jeunes à agir Le chômage des jeunes, supérieur à femmes bénéficient d’une formation de 40%, constitue un immense problème en haut niveau. Et, comme moi, elles ont très Serbie. Dans ce contexte difficile, offrir envie de s’engager pour améliorer la une perspective aux jeunes Serbes, les situation en Serbie.» amener à agir non seulement pour eux, mais aussi pour la collectivité, représente la principale motivation de Bojana. «Selon un proverbe serbe, celui qui ne fait rien ne changera rien. C’est ma philoDonner du poids sophie de vie. J’y pense tous les matins, lorsque je me rends au travail.» aux jeunes Durant sa première formation de musi­ cienne, Bojana Bijelovic s’engageait déjà Solidar Suisse promeut le dialogue beaucoup, entre autres dans une librairie, social en Serbie, afin d’assurer le resdans une ONG locale pour le développepect du droit du travail, de créer un ment durable et comme présidente climat favorable au développement bénévole d’un programme d’échange économique et de réduire le chômage. pour étudiant-e-s. Elle n’en est pas, pour Solidar œuvre au renforcement des autant, une boulimique de travail. «Ma partenaires sociaux. Elle soutient nomère m’a toujours répété, comme à ma tamment les jeunesses syndicales des sœur, qu’il n’y avait pas seulement la deux plus grandes organisations de carrière qui comptait, mais aussi la vie salarié-e-s. Grâce à des campagnes et sociale, les ami-e-s, la famille.» Après le des formations continues, les synditravail, Bojana se délasse volontiers en cats sont, désormais, plus attentifs aux se promenant dans la nature ou en cuirevendications des jeunes. sinant pour son entourage.


OFFREZ UN REPAS à des écoliers Pour Noël, offrez cette carte cadeau! Au Burkina Faso, les élèves d'une classe entière pourront ainsi manger à leur faim. Et leurs familles pourront surmonter la séche­resse terrible qui frappe ce pays.

ou … … une machine à coudre. Au Sri Lanka, une famille pourra ouvrir un atelier de couture. … une émission de radio. En Bolivie, les cueilleurs et cueilleuses de canne à sucre seront informés de leurs droits. … un poulailler. Au Burkina Faso, une famille disposera d'un moyen d'existence durable.

Comment procéder • Passez commande via le talon-réponse ci-joint ou sur www.solidar.ch/carte-cadeau • Vous recevez les cartes désirées, enveloppe incluse, avec un bulletin de versement – chaque carte vaut 50 francs. Vous êtes évidemment libre de commander une ou plusieurs cartes.

• Inscrivez votre nom et celui de la personne destinataire sur la carte. Pour toute commande reçue avant le 19 décembre, nous vous garantissons l’expédition des cartes cadeaux avant Noël.

Solidarité 4/12  

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