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Numéro 4, novembre 2017

POINT FORT La croissance contre la pauvreté ? ACTUALITÉ La FIFA évolue-t-elle ?

Le magazine de


2 ÉDITORIAL Chère lectrice, cher lecteur, Vous rappelez-vous de la photo de ce jeune père syrien ou visages sont restés dans ma mémoire et j’ai éprouvé le plus irakien, un jeune enfant dans ses bras, le visage décomposé grand respect devant leur dignité, car il n’est pas du tout par la douleur et la honte, baigné de larmes et choqué au évident de la préserver lorsque la guerre vous a tout pris. ­moment de débarquer après une fuite au péril de sa vie à Défendre les droits de l’homme et la dignité humaine est notre travers la Méditerranée ? Nous avons ­ devoir à toutes et à tous. Partout et en fréquemment vu de telles images ces tout temps. dernières années. Mais j’ai longtemps Je ressens comme un privilège excepregardé cette photo de presse à l’époque, tionnel le fait d’avoir pu exercer auprès car la douleur de cet homme qui avait de Solidar une activité centrée sur ces dû exposer son enfant à une situation droits et cette dignité. Et je vous re­mercie potentiellement mortelle m’a profondéde tout cœur d’avoir pu compter sur vous ment bouleversée. tout au long de ce parcours, sur votre Durant mes voyages officiels, j’ai rensoutien et votre confiance. contré de nombreux pères et mères Au moment de quitter Solidar Suisse souffrant tous de ne pas être en mesure pour reprendre le domaine de l’asile à la de donner à leurs enfants un sentiment Esther Maurer Confédération, je sais notre organisation de protection, de sécurité et de confiance Directrice de Solidar Suisse dans les meilleures mains : celles de profonde. Parce qu’ils vivent tant bien Barbara Burri et de Felix Gnehm. Je me que mal dans un pays étranger et qu’ils réjouis énormément de leur formidable sont tributaires d’une aide extérieure des années durant. motivation à prendre les rênes ensemble et à faire avancer Quelques-uns en sont brisés. D’autres consacrent chaque jour Solidar Suisse et souhaite que vous leur accordiez votre une énergie folle à préserver la cohésion de leur famille et confiance également. à offrir régulièrement à leurs enfants un sourire, un brin de confiance, en dépit des circonstances défavorables. Leurs Esther Maurer

REVUE DE PRESSE

4.10.2017 Crise des Rohingyas : Solidar Suisse s’engage au Bangladesh Cinq cent mille personnes ont traversé la frontière du Bangladesh après les ­actions militaires contre les Rohingyas qui ont eu lieu dans l’ouest du Myanmar en août 2017. La plupart de ces réfugiés n’ont pas de toit, aucun accès à l’eau potable et souffrent de la faim. Beaucoup sont traumatisés. Les camps de fortune du Bangladesh sont surchargés et de nombreux enfants ont perdu leur famille. Solidar Suisse fournit une aide

humanitaire pour les Rohingyas ayant fui le Myanmar et trouvé refuge au Bang­ ladesh. L’association concentre son soutien aux réfugiés du sud de la ville de Cox’s Bazar. En coopération avec l’ONG allemande Arbeiterwohlfahrt, les exilés recevront des tentes, des sets d’hygiène, des ustensiles de cuisine et des denrées alimentaires. Solidar met à disposition 50 000 francs pour une aide immédiate et est actuellement en train de récolter des dons supplémentaires. Christian Gemperli, responsable de l’aide huma­ nitaire à Solidar Suisse, rend compte de la situation sur place : « Les réfugiés ont dû tout laisser au moment de la fuite. Ils sont nombreux à souffrir de la faim et à dormir en plein air, car ils ont utilisé

leurs dernières ressources monétaires. Il manque de l’eau potable et des installations sanitaires. La mousson aggrave la situation et le risque de maladies est en augmentation. » Solidar Suisse a conduit à diverses reprises des projets d’aide humanitaire en Asie. Les derniers ont eu lieu suite au tremblement de terre au Népal (2015), au cyclone Haiyan aux Philippines (2013) et aux inondations au Pakistan (2010).


SOMMAIRE 3 POINT FORT La croissance contre la pauvreté ?  4 Une redistribution est nécessaire pour que la croissance profite aux pauvres 6 Comment faire en sorte que le boom des matières premières profite à la population sans lui nuire : des coordinateurs de Solidar en débattent  8 Induits par la croissance du Nord, les changements climatiques se font sentir au Burkina Faso 10 Salvador : une société civile active peut contribuer à davantage de justice sociale

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ACTUALITÉS Après cinq ans, la directrice Esther Maurer quitte Solidar Suisse : entretien à l’heure de son départ  13 De nombreux migrant-e-s économiques cambodgiens sont exploités en Thaïlande 

POINT FORT

La croissance n’apporte pas automatiquement la richesse ; au contraire, elle menace de causer la ruine de la planète. Une redistribution et des mesures contre les changements climatiques sont nécessaires.

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Nouvelle politique des droits humains de la FIFA : une véritable avancée ?  16 Marché de Noël solidaire à Lausanne17 PORTRAIT Au Mozambique, Margarida Chaessa s’engage pour l’accès à l’eau potable pour tous 

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CHRONIQUE9 BRÈVES CONCOURS 

12 & 14 14

15 ACTUALITÉS Les migrant-e-s cambodgiens en Thaïlande sont souvent exploités et refoulés. Solidar soutient les personnes traumatisées et démunies de retour dans leur pays. IMPRESSUM

Éditeur : Solidar Suisse, Quellenstrasse 31, case postale 2228, 8031 Zurich, tél. 021 601 21 61, email : contact@solidar.ch, www.solidar.ch CP 10-14739-9 Lausanne. Membre du réseau européen Solidar Rédaction : Katja Schurter (rédactrice responsable), Marco Eichenberger, Lionel Frei, Eva Geel, Cyrill Rogger

Layout : Binkert Partner, www.binkertpartner.ch / Spinas Civil Voices Traduction : Milena Hrdina, Katja Schurter et Jean-François Zurbriggen Correction : Jeannine Horni, Catherine Vallat Impression et expédition : Unionsdruckerei/subito AG, Platz 8, 8201 Schaffhouse Paraît quatre fois par an. Tirage 37 000 ex.

Le prix de l’abonnement est compris dans la cotisation (membres individuels 70.– par an minimum, organisations 250.– minimum). Imprimé sur papier recyclé et respectueux de l’environnement. Photo de couverture : le travail de cette fille pakistanaise dans une broderie lui permet de soutenir financièrement sa famille. Photo : Usman Ghani. Dernière page : Avec l’achat d’une carte cadeau vous soutenez nos engagements dans le monde.


4 Au Burkina Faso, de nombreuses personnes travaillent à compte propre dans des mines et des carrières : pour des salaires de misère, dans des conditions périlleuses et en dégradant l’environnement.

LA CROISSANCE CONTRE LA PAUVRETÉ ? L’hypothèse selon laquelle la croissance apporte automatiquement la richesse a la peau dure même si de nombreux constats historiques la contredisent. Indépendamment du fait que notre planète ne résisterait pas à une croissance débridée, la prospérité ne profite pas nécessairement aux démunis. Pour que cela arrive, il faut une redistribution, la participation démocratique, un travail décent et des mesures contre les changements climatiques induits par la croissance au Nord et dont les effets se font particulièrement sentir au Sud. Les pages qui suivent décrivent comment Solidar s’engage en faveur de la justice sociale. Photo : Andreas Schwaiger


POINT FORT

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6 LA REDISTRIBUTION POUR LUTTER CONTRE LA PAUVRETÉ Une redistribution est nécessaire pour que la croissance aide à lutter contre la pauvreté. Passé et présent en attestent. Texte : Joachim Merz. Photo : Usman Ghani

La croissance économique conduit tout droit au développement et à la réduction de la pauvreté : telle est l’illusion naïve de la théorie de la modernisation. Écha­ faudée dans les années 1960, cette hérésie a survécu jusqu’à nos jours. Des politiciens et des décideurs des deux sexes de l’hémisphère nord continuent de croire à cette formule simpliste, et ce à une époque où une croissance économique continue ne peut plus passer pour une loi de la nature. Ils ferment les yeux sur le fait qu’il existe bien une croissance qui loin de réduire la pauvreté l’attise, qui creuse encore le fossé entre les riches et les pauvres et n’offre pas de travail aux nombreux sans-emploi, aux personnes sous-employées, actives dans le secteur informel ou prétendument indépendantes.

La croissance sans emploi est depuis longtemps une réalité du XXIe siècle. Poursuivre sur cette voie n’est pas envisageable Même si la planète renouait avec une croissance économique continue, le problème de la pauvreté ne serait de loin pas gommé. Et que dire des graves et irréparables dommages environnemen­ taux induits par notre croissance et notre consommation. L’objectif d’empêcher un réchauffement climatique excédant 2 degrés d’ici à la fin de ce siècle apparaît déjà comme une illusion pour de nombreux experts – avec des impacts qui se dessinent aujourd’hui déjà (lire en page 10). En dépit de voix critiques de plus en plus nombreuses, l’actuel débat sur la crois-

sance s’inscrit toujours au cœur de ­tensions contraires, entre l’irresponsable « continuons comme avant » et la négation des changements climatiques et la décroissance conjuguée aux approches pour une société post-croissance. À elle seule, la croissance n’affranchit pas de la pauvreté Qu’est-ce que cela implique pour les pays pauvres ? La croissance ne réduit la pauvreté que si elle est inclusive et stimule le potentiel économique des ­ groupes de population pauvres et défavorisés. Il est impératif, à cette fin, que la force de travail soit valorisée, en clair que les gens puissent s’affranchir de la pauvreté par le travail. Or seul un travail décent le permet : des salaires garantis-


POINT FORT 7 Jeunes femmes sous leur tente dans la ville pakistanaise de Lahore.

sant des conditions de vie convenables, des systèmes de protection sociale, la concertation avec les syndicats et des représentations des travailleurs. Et cela ne peut advenir qu’à la condition supplémentaire que du travail soit créé, donc que la croissance soit à forte intensité de main-d’œuvre et non pas de capital. La digitalisation du travail lance un défi particulier. Il est donc crucial de savoir comment et si l’État est désireux et capable de contribuer à une redistribution des revenus moyennant une politique fiscale et sociale progressive. La campagne « Even it up » d’Oxfam illustre l’apport possible d’une redistribution : en cas de poursuite de la croissance sans mesures correctives dans la distribution des revenus, par exemple 90 millions de personnes démunies s’extrairaient de la pauvreté en Inde d’ici à 2019. Ce n’est pas rien. Mais une réduction simultanée de l’importance des inégalités sociales accroîtrait sensiblement ce chiffre : jusqu’à deux fois plus de personnes échapperaient au piège de la pauvreté. La Banque mondiale reconnaît aussi qu’une redistri-

Dessin de Gerhard Mester

bution est impérative pour la réalisation du premier objectif de développement durable de l’ONU : éliminer la pauvreté sous toutes ses formes et partout dans le monde.

que doit prendre l’engagement politique pour lutter efficacement contre la pauvreté, en sus d’une répartition des revenus et des richesses : les pouvoirs publics doivent investir dans la formation et la santé et assurer un service public de qualité pour tous – donc tout le contraire du mantra dominant de la privatisation.

Travail décent et service public de qualité Les objectifs de développement durable de l’ONU visent explicitement à un travail Lutter pour l’équité mondiale décent pour tous (objectif 8). La lutte Solidar Suisse s’engage en faveur d’une contre la pauvreté, selon l’ONU toujours, croissance réduisant vraiment la pauvreté : ne sera possible que si les gens profitent par des projets dans le monde entier, d’emplois stables et bien rémunérés. nous encourageons les droits du travail, Un chiffre rend ce défi des plus clairs : entre 2016 et 2030, L’État doit contribuer à la 470 millions de nouveaux emredistribution des revenus plois doivent être créés uniquement pour les jeunes arrivant par une politique fiscale sur le marché du travail. La lutte progressive. contre la pauvreté, la redistribution et la préservation de notre environnement ne peuvent se concrétiser renforçons syndicats et organisations que si la croissance économique est pilo- de travailleurs, nous mobilisons pour la tée par la politique (lire l’article en page 8). démocratie et les droits humains. Nous Le marché ne la régulera pas. En fait, agissons là où les jalons politiques d’un l’histoire de l’Europe a montré les contours développement durable et d’une lutte efficace contre la pauvreté sont posés, dans les pays où nous collaborons et en Suisse. Dans ce contexte, une société civile forte défendant ses droits constitue un important objectif de développement (lire en page 11). Pour Solidar Suisse, équité mondiale signifie répartition équitable des fruits de la croissance – et repenser les prémices de la croissance et de la consommation. Le développement n’est pas une voie à sens unique et ne concerne pas que l’hémisphère sud. L’objectif de développement durable 12 de l’ONU exige des modes de consommation et de production durables. Commençons par balayer devant notre porte.

Joachim Merz est responsable du programme Bolivie et Afrique australe à Solidar Suisse.


8 MATIÈRES PREMIÈRES ET CORRUPTION La pression de la société civile est nécessaire pour que l’État agisse contre les entreprises exploitant des matières premières. Entretien avec la coordinatrice de Solidar au Salvador et nos coordinateurs au Mozambique et au Burkina Faso. Interview : Katja Schurter. Photos : Goran Tomasevic et Andreas Schwaiger

Le boom des matières premières a con­tri­bué au rapide essor économique du Burkina Faso et du Mozambique. La population pauvre en profite-t-elle aussi ? Dieudonné Zaongo : L’or est le premier produit d’exportation du Burkina Faso et de nombreuses sociétés étrangères viennent l’exploiter chez nous. La corruption et la fraude étaient omniprésentes sous l’ancien gouvernement. Adoptée en 2015, une nouvelle loi sur l’exploitation minière force les entreprises à protéger l’environnement et à promouvoir les communautés locales. Mais elles ne respectent pas la loi, préférant faire venir du personnel qualifié d’autres régions plutôt que de former une main-d’œuvre locale. En protestant et en établissant des barrages routiers, les gens contraignent ces sociétés à négocier. La construction d’une école ou d’un hôpital est le fruit de cette pression.

Jorge Lampião : Le rapide essor du Mozambique repose aussi sur l’exploi­ tation de matières premières comme le charbon, le gaz et l’or. La baisse des prix de ces dernières a fait de nouveau reculer le produit national brut. Mais la corruption a augmenté. Le boom du secteur minier attire investisseurs et migrant-e-s. Ils viennent de pays aussi éloignés que le Nigeria et exploitent le minerai à compte propre. Même de jeunes Mozambicain-e-s se rendent à la mine plutôt qu’à l’école. Ce travail est très périlleux : des personnes perdent régulièrement la vie dans des galeries qui s’effondrent. Souvent, des gens sont déplacés, avec ou sans leur assentiment. Et celui-ci est tout relatif : on ne dit pas aux concernés tout ce qu’un déplacement implique. On ne leur signale pas non plus les alternatives possibles. Une fois les fonds de compensation dépensés, ils se retrouvent dans des régions dénuées de toute infrastruc-

ture : pas d’école, pas de centre de santé ni de moyens de transport public. En mars de cette année, le Salvador a adopté une loi interdisant toute industrie minière. Comment en est-on arrivé là ? Yolanda Martinez : En 2000, le gouvernement a délivré des licences pour l’extraction aurifère à certaines sociétés comme OceanaGold. Au Salvador, le minerai n’est exploité qu’en surface, ce qui provoque une dégradation environnementale de grande envergure. C’est pourquoi les communautés riveraines se sont opposées à l’octroi de ces licences : elles ont occupé les terrains, détruit des machines et dressé des barrages routiers. Les gens qui devaient être déplacés n’ont pas accepté les fonds de compensation. OceanaGold n’a donc plus été en mesure de réaliser la mine espérée et a déposé plainte contre le gouvernement salvadorien en raison de profits non réalisés –


CHRONIQUE

THEMA 9

Dans une grande précarité, un Mozambicain recherche de l’or (à gauche). Les coordinateurs de Solidar Dieudonné Zaongo, Yolanda Martinez et Jorge Lampião.

mais elle a perdu son procès (cf. Solidarité 1/2017). Le gouvernement a fait un pas de plus en interdisant le secteur minier. On doit toutefois l’acceptation de la loi aux organisations de la société civile. La dégradation de l’environnement n’est-elle pas un problème au Burkina Faso et au Mozambique ? Lampião : Si, bien sûr. Dans le secteur minier informel, donc sans sociétés organisant l’extraction, aucune disposition n’est respectée. La déforestation fait aussi problème : des sociétés achètent de vastes étendues de terres, abattent les arbres et les exportent en Chine. Seule nous reste une terre nue. Zaongo : En plus des 7000 ouvrières et ouvriers des mines industrielles, on compte deux à quatre millions d’orpailleurs informels – aujourd’hui, plus de 700 000 jeunes cherchent de l’or au lieu d’aller à l’école. D’énormes camps hébergeant jusqu’à 20 000 personnes sont construits près des lieux d’extraction. Elles utilisent du cyanure dont elles ignorent les effets dévastateurs sur l’environnement. Déversé dans les rivières, ce composé chimique empoisonne hommes et animaux. Sans contrôle étatique, l’environnement n’est pas protégé. Un contrôle n’a lieu que si la société civile exerce une pression. Comment faire pour que la population profite aussi de la croissance ? Zaongo : Les entreprises doivent protéger l’environnement, embaucher de la maind’œuvre locale et ériger des infrastructures comme des écoles ou des hôpitaux. Mais le gouvernement n’est pas vraiment en mesure de contrôler le secteur minier. Les entreprises ne déclarent pas la tota­ lité de leur or, le fondent et le font passer en contrebande au Togo.

Lampião : Les entreprises doivent assumer leur responsabilité sociale et con­ struire des infrastructures faute de quoi la population pauvre – 45 % de la po­pu­ lation du Mozambique vit en dessous du seuil de pauvreté – n’en retire rien, hormis des dégradations. Le même problème se pose dans l’agriculture industrielle. Le gouvernement entend cultiver du coton et du soja à vaste échelle et les faire exporter par des sociétés brésiliennes et japonaises. Un million de familles en seraient touchées. Des mécanismes de contrôle et une lutte efficace de la corruption sont impératifs. À ton avis, l’interdiction adoptée au Salvador est-elle positive ? Martinez : Sans aucun doute. Car au Salvador également, seules les sociétés extractrices se rempliraient les poches et la population serait confrontée à la pollution et à la destruction des communautés locales suite à leur déplacement. Une interdiction serait-elle une option pour le Burkina Faso et le Mozambique ? Lampião : Non, le potentiel économique du charbon, du gaz et de l’or est bien trop important. Nous devons nous mobiliser pour une exploitation écologique des matières premières profitant aussi à la population. Zaongo : Si le gouvernement veille à une exploitation écologique des matières premières et investit les profits dans le secteur social, cela peut être positif. Mais pour cela il nous faut un parlement indépendant qui contrôle le gouvernement et une société civile forte qui fasse pression sur celui-ci s’il est corrompu et ne défend pas les droits de la population.

An der WM sollen Strassenhändle­ rInnen ihre Waren rund um die Stadien nicht verkaufen dürfen.

Hans-Jürg Fehr Président de Solidar Suisse

Des faits contre les dogmes La croissance apporte une prospérité universelle. C’est un des dogmes néo­ libéraux souvent entendus ne résistant pas à une analyse des faits. Ce prétendu automatisme n’existe pas. La croissance peut provoquer quelque chose de tout différent, comme l’accroissement des richesses des classes supérieures et la continuation de la pauvreté et du non-droit pour la population active ou sans-emploi. Le produit intérieur brut (PIB) ne convient pas pour mesurer la qualité de vie, car il ne dit rien de la distribution de la création de valeur économique. Ce n’est toutefois pas l’économie qui veille à une répartition un tant soit peu équitable mais la politique. Ce constat tiré d’innombrables expériences historiques est tout aussi incontestable que la conviction selon laquelle ce n’est pas le libre marché qui protège l’environnement mais l’État démocratique. La politique doit obliger les entreprises à offrir des conditions de travail décentes et à servir des salaires équitables. Elle doit veiller à investir dans la formation, la santé et les infrastructures. Les ressources financières à cet effet sont à trouver auprès de ceux qui les possèdent, moyennant des impôts progressifs. Elle doit mettre en place une couverture sociale pour que les gens aient un revenu leur garantissant des conditions d’existence convenables, même dans leur grand âge ou en cas de maladie. Elle doit garantir les droits de l’homme et soumettre également les puissants à l’État de droit. Si toutes ces conditions sont remplies, la croissance peut élever le niveau de prospérité et améliorer la qualité de vie de chacun. Mais seulement à ces conditions.


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Boureima Zoungranna a constaté lui-même les changements dus à l’évolution du climat.

CLIMAT : UNE DIFFICILE ADAPTATION Engendrés par les pays du Nord, les effets du changement climatique se font sentir dans le Sud. Au Burkina Faso notamment. Texte : Arlette Badolo. Photo : Solidar

Le changement climatique rend la vie des agriculteurs et des agricultrices burkinabés toujours plus rude. À Boussé, petite ville à 50 kilomètres de la capitale, Boureima Zoungranna (80 ans) se souvient : « Dans le temps, un paysan pouvait récolter 10 à 15 charretées sur son champ. Aujourd’hui, une surface même plus grande n’en produit plus que 8 à 10 au maximum. » Venu de Niou, à 20 kilomètres de là, Seïdou Ouedraogo renchérit : « Le changement est une réalité. Il ne nous reste plus qu’à nous adapter. » Parmi les problèmes causés par l’évolution du climat, les principaux sont la sécheresse et l’érosion. Ralentir l’érosion Désireuse d’atténuer les conséquences du changement climatique, Solidar Suisse apporte diverses solutions afin de sou­ tenir l’agriculture du Burkina Faso. Notre partenaire locale, l’Association Tind Yalgré (ATY), popularise par exemple des méthodes qui préviennent l’érosion du sol. Le « zaï » en est une : on sème les

graines en poquets à 30 cm de profondeur et l’on accumule la terre autour, pour former un creux. Avec cette technique, il est même possible de récupérer des sols devenus stériles. Les bassins servant à recueillir l’eau pluviale, puis à irriguer les champs, aident également à surmonter les périodes de sécheresse. Car les pluies se font toujours moins abondantes. Compenser les mauvaises récoltes L’ATY explique aussi aux paysannes et aux paysans comment utiliser l’eau collectée pour cultiver des légumes vers la fin de la saison des pluies, afin d’accroître leur revenu. À cette période-là, les légumes sont très demandés à la capitale, parce que les réserves de céréales sont épuisées et que tout le monde attend la nouvelle récolte. Il est donc possible de vendre les légumes à bon compte. « Nous obtenons 10 000 francs (environ 17 francs) pour un sac de 50 kilos d’aubergines, et nous en cueillons tous les six jours », raconte Francis Ouedraogo

en arborant un large sourire. Cette métho­ de a même permis à Seïdou Ouedraogo d’accroître à nouveau une production affaiblie par le changement climatique : « Et ce n’est pas parce qu’il a plu davantage, mais bien grâce au mode de culture enseigné par l’ATY », souligne-t-il. L’élevage de moutons et de chèvres contribue aussi à compenser la diminution des récoltes. L’ATY donne trois bêtes à chaque famille et, au bout de deux ans, celle-ci en restitue trois à l’association. D’autres cours de formation améliorent directement le rendement et la protection contre le changement climatique. Les paysannes et les paysans ne laissent par exemple plus leur bétail en liberté mais récupèrent le fumier, car ils ont appris à faire de l’engrais. Ils transforment également les fruits de leur récolte avant de les vendre et obtiennent ainsi un revenu plus élevé. Fati Ouedraogo produit par exemple du soumbala, une sorte de bouillon cube à base d’épices locales. « Mes biscuits au millet et au maïs ont aussi du succès », ajoute-t-elle.

Arlette Badolo est spécialiste du changement climatique au Burkina Faso.

Votre don compte Un don de 50 francs permet à deux paysan-ne-s de suivre un cours de six jours sur la culture de légumes durant la période des pluies. Un don de 100 francs suffit pour fournir deux chèvres à une famille et l’aide ainsi à se lancer dans l’élevage afin de garantir sa subsistance. www.solidar.ch/climat


POINT FORT 11 Blanca Assujena Flores, présidente de l’ADIT, et Oscar López. Avec l’appui de l’organisation, il se crée des perspectives en se lançant dans l’apiculture.

UNE PRESSION INDISPENSABLE L’exemple du Salvador prouve qu’une participation active favorise la justice sociale. Texte : Anja Ibkendanz. Photo : Barbara Mangold Au Salavador, les disparités ont de tout temps été criantes. Dans les années 1980, la répartition extrêmement injuste des richesses et de l’accès à la terre a compté parmi les causes de la guerre civile. Si les inégalités persistent, elles sont aujourd’hui moins profondes. Depuis l’élection du premier régime de gauche, en 2009, la population se fait nettement plus souvent entendre. La marge de manœuvre est certes limitée, car le gouvernement ne dispose pas de la majorité des voix au parlement. Il n’en applique pas moins, notamment sous la pression de la société civile, une politique progressiste, surtout en faveur des femmes et des jeunes. Dénoncer les abus La pression émane aussi d’organisations partenaires de Solidar Suisse, qui dénon­ cent les abus et exigent des progrès. Car il faut toujours se battre pour le droit à la participation, même face à un gouvernement de gauche. À Tejutepeque, localité située à environ 50 kilomètres de la capitale San Salvador, l’ADIT, une organisation de développement local, a fait adopter d’innombrables

liorent d’ailleurs les conditions de vie de la population . Sur proposition des organisations de la base, le budget municipal a par exemple financé un réseau d’eau. Dans le nord du pays, des partenaires de Solidar ont ouvert 18 bureaux pour les femmes qui leur permettent de renforcer leur participation aux processus de décision communaux. Le fait que les dépenses municipales soient désormais portées à la connaissance de tous joue un rôle essentiel. Leur publication favorise la responsabilisation, le contrôle démocratique et la crédibilité, tout en contribuant à éradiquer une culture politique encore trop souvent dominée par la corruption, l’impunité et l’autoritarisme.

initiatives (routes ou raccordements électriques, p. ex.) ces quinze dernières années. L’appui fourni à des jeunes pour fonder de petites entreprises solides La société civile contre l’oligarchie a par ailleurs porté ses fruits, raconte Si les partenaires de Solidar et bien Blanca Assujena Flores, présidente de d’autres organisations contribuent aul’ADIT : « La plupart jourd’hui à faire des jeunes veulent progresser la jusLa participation ne va désormais rester tice sociale et la pas de soi, même dans la région et démocratie, c’est y construire leur sous un gouvernement parce qu’elles plonavenir. » Cette évogent leurs racines de gauche. lution contribue à dans les campag­ enrayer l’expansion nes et mouvements des maras, bandes mafieuses, qui sociaux du pays. Ces derniers luttent cherchent surtout à recruter des adoles- pour la participation et une répartition cents sans perspectives. C’est un succès plus équitable des richesses. Tant que formidable dans un pays marqué par les familles puissantes n’assumeront pas l’émigration et la violence. davantage de responsabilités pour le bien-être commun, les perspectives de la Participation dans majorité pauvre de la population resteles communes ront limitées. D’où l’importance d’une Des comités locaux de développement société civile forte. Toute véritable démoont aussi été institués où siègent des cratie passe par la justice sociale. organisations sociales. Ces comités font partie intégrante de l’administration communale : on y débat de toutes les Anja Ibkendanz est responsable décisions importantes et on y adopte du programme de Solidar Suisse les programmes et les budgets. Ils amé- en Amérique centrale.


12 BRÈVES Semaine de cinq jours dans les usines chinoises de jouets

Prévention des catastrophes dans les écoles pakistanaises Début juin, Solidar a lancé un projet qui vise à améliorer la gestion des urgences et la prévention des catastrophes dans 75 écoles des quartiers pauvres de Peshawar. Ces dernières années, la ville et sa région ont connu plusieurs tremblements de terre, inondations et attaques terroristes. Grâce à un système d’alerte précoce et aux réactions d’un corps enseignant bien préparé, 25 000 élèves (souvent des enfants de réfugiés afghans) seront mieux protégés contre les effets des catastrophes.

Grâce à l’intervention de Solidar Suisse et de China Labor Watch, la semaine normale de travail dans toutes les fabriques chinoises qui produisent des jouets pour Mattel, Disney et Hasbro passera de six à cinq jours dès janvier 2018. Ce changement augmentera également les salaires de la main-d’œuvre. China Labor Watch a en effet obtenu que la norme d’ICTI Care, l’un des principaux règlements régissant la production de jouets en Chine, n’autorise qu’une semaine ordinaire de cinq jours chez les fournisseurs des grandes multina­ tionales du jouet. Non seulement les ouvrières et les ouvriers de ces fabriques auront ainsi davantage de loisirs, mais les éventuelles heures supplémentaires du samedi seront aussi nettement

Aide d’urgence pour les Rohingyas

Salvador : 30 ans de prison pour une fausse-couche

Une codirection chez Solidar Suisse Le comité de Solidar Suisse a nommé Barbara Burri et Felix Gnehm à la tête de l’organisation de développement. La première a jusqu’ici été responsable du personnel, tandis que le second a dirigé le département International de Solidar Suisse. Le 1er décembre 2017, ils succéderont ensemble à Esther Maurer. www.solidar.ch/codirection

mieux rémunérées. La loi chinoise sur le travail prescrit en effet la semaine de 40 heures et un double salaire pour les heures supplémentaires effectuées durant le week-end. La nouvelle réglementation concerne en tout 28 fabriques chinoises, associées à la fondation ICTI Care. Solidar Suisse se réjouit de cette récente décision, mais suivra son application de près. www.solidar.ch/5jours

Evelyn Hernandez, une jeune Salvadorienne de 19 ans, a été condamnée à 30 ans de prison pour avoir perdu son bébé. Et son cas n’est pas unique. À l’occasion des « 16 journées d’activisme » de la campagne mondiale contre la violence faite aux femmes, Anja Ibkendanz (Solidar Suisse) et Maja Hess (Medico international suisse) évoqueront les con­ séquences de l’interdiction de l’avortement au Salvador. Une brève vidéo donnera la parole aux femmes concernées. Rendezvous le 5 décembre à 19 heures, au 2e étage de la Photobastei, à Zurich. www.solidar.ch/fr/solidar-agenda

Depuis fin septembre, Solidar Suisse apporte une aide d’urgence aux Rohingyas chassés du Myanmar et parvenus au Bangladesh. Avec l’association allemande Arbeiterwohlfahrt (AWO), nous fournissons des biens de première nécessité aux réfugiés au sud de la ville de Cox’s Bazar. La plupart des 500 000 personnes qui ont fui le Myanmar n’ont ni abri ni accès à de l’eau potable propre, elles souffrent de la faim et beaucoup sont traumatisées. De plus, la mousson accroît les risques d’épidémies. Les biens distribués comprennent des toiles de tente, des kits d’hygiène, des ustensiles de cuisine et de la nourriture. www.solidar.ch/rohingyas


ACTUALITÉ 13 particuliers s’engagent à fond, à titre ­financier ou professionnel, pour apporter de la solidarité à tous ceux qui sont loin d’avoir la vie facile.

LA DIGNITÉ HUMAINE AVANT TOUT Quittant la direction de Solidar à fin novembre, Esther Maurer dresse son bilan. Propos recueillis par Kajta Schurter. Photo : Joachim Merz Tu es arrivée chez Solidar Suisse il y a cinq ans. Comment voyais-tu la chose ? Jeune déjà, je m’intéressais à la coopé­ ration au développement. Je possédais aussi des connaissances de base et diverses expériences de projets à l’étranger. En arrivant chez Solidar, j’ai pourtant découvert un monde nouveau : j’avais beaucoup à apprendre. Le comité m’avait choisie pour que je renforce la direction et l’organisation. À l’aise dans ces domaines, je me suis fixé un calendrier très serré pour introduire les principaux changements. Je voulais que Solidar s’affiche comme une organisation compétente en matière de coopération au développement et que l’énorme enga­ gement de ses collaborateurs et collaboratrices ainsi que l’orientation de ses activités soient largement reconnus. D’abord professeure, tu es devenue cheffe de la police zurichoise avant d’arriver à la tête d’une ONG. Y a-t-il un fil rouge dans ton parcours ? Oui, bien sûr. Je ne me serais jamais vue exercer un métier sans rapport direct avec les êtres humains. J’ai toujours été une sociale-démocrate convaincue. Ma constante, c’est le combat politique pour

la dignité humaine. Je poursuis d’ailleurs sur cette voie en assumant la respon­ sabilité du domaine de l’asile au sein de l’administration fédérale. As-tu atteint les objectifs que tu t’étais fixés chez Solidar ? Solidar Suisse est devenue une organisation de développement largement connue et reconnue, qui possède un vaste savoir-­ faire en matière de travail décent et de promotion de la démocratie. Nous avons également évolué pour devenir une organisation qui apprend sans cesse et qui est toujours prête à s’améliorer. Connaissant la volonté de changement et le professionnalisme de ses collaborateurs, je peux affirmer que Solidar est à même de relever les défis qui l’attendent. À quels défis penses-tu ? Dans les milieux politiques, beaucoup voient la solidarité internationale d’un mauvais œil. Ils n’hésitent pas à couper dans tous les budgets qui la concernent de près ou de loin. Certains médias se moquent même de l’idée que les droits humains doivent s’appliquer à tout le monde. Il est donc essentiel que des organisations comme Solidar et des

Y a-t-il des événements qui t’ont particulièrement marquée durant ces cinq années ? Lors des visites sur place, je me suis toujours sentie privilégiée, car j’étais ­ d’emblée en contact direct avec les gens et le pays. Nos collaborateurs locaux m’expliquaient en effet leur culture, leur manière de penser et leur sensibilité, mais aussi les besoins de ceux à qui ­Solidar venait en aide. Il y a souvent eu des moments pleins d’émotion : lors des visites aux familles de réfugiés au Liban, par exemple, ou pendant mes discussions avec des personnes âgées au ­Mozambique, qui n’ont aucun revenu mais doivent prendre soin de leurs petitsenfants orphelins du sida. Ces rencontres ont stimulé ma motivation et m’ont donné la force nécessaire pour assumer le travail quotidien. As-tu aussi connu des moments difficiles ? Comme Solidar Suisse s’engage activement contre l’injustice, la pauvreté et l’exploitation, je me suis toujours trouvée du côté de ceux qui sont en mesure d’améliorer les choses. Cela aide à supporter la terrible réalité, voire l’indicible : il est plus facile d’agir que d’être simple spectatrice. As-tu un message à adresser à tes successeurs ? Je peux affirmer qu’avec Barbara Burri et Felix Gnehm à sa tête, Solidar est en de bonnes mains. Tous deux disposent d’une longue expérience de la gestion et de la coopération au développement. Les tâches qu’ils vont assumer exigent beaucoup de flexibilité et une grande capacité à anticiper : il faut sans cesse se demander quel levier choisir afin d’obtenir un effet optimal pour les personnes défavorisées ; il faut aussi du courage pour persévérer sur cette voie. Je leur souhaite beaucoup d’énergie et de plaisir.


14 CONCOURS LE SUDOKU DE SOLIDAR 8

Règles du jeu

1 9 1

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3

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2 5

1 9

4

2 7

2 6

8

9

2 8

1 2

3

Solution

1 = A, 2 = S, 3 = L, 4 = T, 5 = I, 6 = N, 7 = E, 8 = G

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Envoyez la solution à Solidar Suisse sur une carte postale ou par courriel à contact@solidar.ch, sujet « sudoku ». 1er et 2e prix 3e prix

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Une écharpe Des biscuits au millet

Les prix proviennent des organisations partenaires de Solidar ADDI et ATY du Burkina Faso (voir article en p. 10).

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6

Complétez les cases vides avec les chiffes 1 à 9. Chaque chiffre ne peut figurer qu’une seule fois sur chaque ligne, dans chaque colonne et dans chacun des carrés de 3 x 3 cases. La solution se trouve dans les cases grises lues horizontalement, selon la clé suivante :

8

La date limite d’envoi est fixée au 8 décembre 2017. Le nom des gagnant-e-s sera publié dans Solidarité 1/2018. Aucune correspondance ne sera échangée concernant le concours. Tout recours juridique est exclu. Les collaborateurs et collaboratrices de Solidar Suisse ne peuvent pas participer au concours. La solution du concours paru dans Solidarité 2/2017 était « cinéclubs ». André Glardon de Wallenried a gagné un t-shirt, Rosmarie Beutler de Untersiggenthal un sac à dos et Julia Ogay-Zosso de Lausanne une clé USB. Nous remercions toutes celles et ceux qui ont participé au concours.

BRÈVES Le Conseil fédéral ne veut pas responsabiliser les multinationales Le 15 septembre 2017, le Conseil fédéral a publié son message sur l’initiative pour des multinationales responsables. S’il reconnaît que les violations des droits humains commises par des multinationales suisses posent problème, il recommande néanmoins le rejet de l’initiative sans lui opposer de contre-projet. Misant sur une approche purement volontaire, il espère que même les entreprises peu scrupuleuses respecteront à l’avenir les droits humains. Divers cas prouvent pourtant que les mesures volontaires ne suffisent pas pour engendrer une remise en question à la tête de ces grandes sociétés. L’initiative demande que toutes les entreprises respectent les droits humains dans

Cambodge : plan d’action contre l’amiante

l’ensemble de leurs relations d’affaires et qu’elles soient tenues responsables de leurs atteintes aux droits fondamentaux et à l’environnement. Car seule la sanction des abus obligera les multinationales à respecter les droits humains. www.solidar.ch/cf_inirm

Hautement cancérigène, l’amiante reste couramment utilisé au Cambodge. Avec l’appui de Solidar, un cours de formation continue a été organisé en juillet sur ses effets. Les représentantes et les représentants de ministères, des employeurs et des syndicats qui étaient présents ont reçu des informations sur les dangers de l’amiante et ses usages pratiques au Cambodge. Des mesures ont en outre été requises afin de prévenir les cancers et les autres maladies causées par cette substance. Le cours a atteint son objectif : le ministre cambodgien du Travail, Hui Han Song, a résolu d’élaborer un plan d’action pour un Cambodge sans amiante. www.solidar.ch/amiante_cambodge


ACTUALITÉ 15 Après avoir été expulsée de Thaïlande, Phoeun Bun a trouvé abri et soutien au centre cambodgien en cas de crise, spécialement dédié aux femmes.

EXPLOITÉS, PUIS CHASSÉS Solidar vient en aide aux migrant-e-s cambodgiens victimes d’exploitation en Thaïlande. Voici l’histoire de Phoeun Bun *. Texte : Bernhard Herold. Photo : Andreas Schwaiger Pleins d’espoir, de nombreux Cambodgiens et Cambodgiennes s’en vont chercher le bonheur en Thaïlande. Beaucoup déchantent, car ils se font exploiter. C’est le sort qui attendait Phoeun Bun, 38 ans : « J’ai d’abord travaillé dans la construction, puis j’ai dû aller mendier. La police m’a alors arrêtée et renvoyée au Cambodge. » Phoeun compte parmi plus de 500 000 de ses compatriotes partis en Thaïlande pour gagner de quoi vivre. Pauvreté, manque d’emplois et absence de droit à la terre sont les principales raisons qui poussent la population rurale du Cambodge à émigrer en masse vers la Thaïlande, où les salaires sont deux fois plus élevés. Les migrantes et les migrants arrivent toutefois illégalement dans le pays – c’est plus rapide et moins cher – et s’exposent ainsi au risque d’être exploités. De plus, à l’instar de Phoeun Bun, beaucoup s’endettent auprès d’agences de placement. En Thaïlande, Phoeun s’est tout d’abord esquintée sur des chantiers. Lorsqu’elle est tombée enceinte de son deuxième enfant, elle a dû abandonner son emploi. Son agent l’a alors contrainte à aller

mendier et à lui remettre tous les soirs la totalité de sa recette. Il lui restait juste de quoi se nourrir et se loger. « Je n’ai jamais reçu la part promise », raconte-t-elle. La Thaïlande punit les migrants Bien que les conditions de travail esclavagistes qui règnent en Thaïlande, dans la pêche en haute mer notamment, soient connues loin à la ronde, Phoeun ne reçoit aucune aide de son pays. En juin cette année, un décret thaïlandais a instauré de lourdes peines pour les immigrés illégaux et leurs employeurs. Après sa promul­ gation, nombre de travailleuses et de travailleurs cambodgiens ont été arrêtés et expulsés. La Thaïlande leur a toutefois accordé un délai pour s’enregistrer officiellement et obtenir un statut de séjour provisoire. Dans ce cas, ils ne peuvent plus guère changer d’emploi et dépendent encore davantage de leur patron. Quelque 223 000 Cambodgiennes et Cambodgiens ont néanmoins profité de l’occasion. Soutien aux personnes renvoyées Phoeun Bun n’a pas pu saisir cette chance, puisqu’elle a été expulsée avant.

Elle n’a obtenu de l’aide qu’auprès du Cambodian Women’s Crisis Centre, une organisation locale partenaire de Solidar, qui œuvre dans le nord du Cambodge, à la frontière avec la Thaïlande. L’endroit est connu, car les autorités thaïlandaises y ramènent chaque jour environ 100 migrants au Cambodge. Au centre, Phoeun a enfin trouvé un abri pour elle et ses enfants et peut y séjourner jusqu’à huit mois. Elle peut ainsi reprendre ses esprits et envisager son avenir dans une certaine sérénité : « Je vais probablement essayer de retourner travailler légalement en Thaïlande, mais je ne sais pas comment ce sera possible avec deux enfants. J’aimerais beaucoup avoir une petite maison avec ma propre échoppe, pour pouvoir m’occuper d’eux. » * Nom connu de la rédaction.

Bernhard Herold est responsable du programme de Solidar Suisse en Asie.

Centre d’intervention en cas de crise Le Cambodian Women’s Crisis Centre, une organisation partenaire de Solidar, veut endiguer le trafic d’êtres humains, développer des routes de migration sûres et améliorer l’accès des personnes concernées à des services de consultation. L’organisation sensibilise les autorités locales et la police des frontières aux problèmes spécifiques de la main-d’œuvre migrante et offre un abri, des conseils juridiques et un soutien psychologique aux personnes renvoyées, souvent traumatisées et sans ressource. www.solidar.ch/cwcc


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Lors d’un débat organisé par Solidar Suisse, le responsable du développement durable de la FIFA, Federico Addiechi (2 e depuis la gauche) répond aux questions sur le respect des droits humains dans le cadre des coupes du monde de football.

LES BONNES INTENTIONS DE LA FIFA Une nouvelle politique des droits humains a été intégrée dans les procédures de candidature des pays organisateurs. Ses effets concrets se font toutefois attendre.

Suisse a pu prendre part à la consul­ tation concernant ce document-là, mais sa version définitive n’a pas encore été rendue publique.

Coupe du monde 2026 : le grand test Texte : Fabienne Widmer. Photo : Solidar Il est crucial qu’un pays désireux d’organiser la Coupe du monde garantisse le Belles promesses ou véritable réforme ? dotée d’une politique des droits humains, respect inaltérable des droits humains. Telle est la question que les médias et qui définit comment la FIFA entend iden- Si ceux-ci font défaut dans la ConstituSolidar Suisse se posent au sujet de la tifier leurs violations, les prévenir et les tion, l’État en question doit s’engager à FIFA depuis l’entrée en fonction de compenser si elles surviennent malgré adapter sa législation. Le Maroc et un Gianni Infantino en 2016. tout. Ayant eu l’occasion de commenter trio formé par les États-Unis, le Canada À l’occasion de la table ronde « Évolution ce document, Solidar Suisse a estimé et le Mexique se sont portés candidats de la FIFA – apparences ou réalité ? », qu’il contenait des pour organiser la organisée en février, Solidar a demandé exigences comde 2026. Un pays qui veut orga- coupe au représentant de l’association com- plètes et dignes Comme ce sera niser une coupe du ment celle-ci prévoyait de faire des d’être saluées. Le la première comprogrès sur le front des droits humains. texte ne compétition à se démonde de foot doit Responsable du développement durable prend toutefois rouler entièrement respecter durablement sous le nouveau à la FIFA, Federico Addiechi n’a alors pas d’instructions les droits humains. cessé de souligner que la FIFA s’efforce pratiques sur la régime, elle mondepuis plusieurs années d’inclure les manière de restrera à quel point droits fondamentaux dans ses activi- pecter les droits humains lors des pré- la FIFA prend les droits humains au tés… et qu’il souhaiterait parfois per- paratifs des coupes du monde en Russie sérieux. Des rumeurs récurrentes sur le sonnellement voir la société civile ac- (2018) et au Qatar (2022). mode de gestion du président Infantino croître sa pression dans ce sens. Ses Il reste à savoir comment la FIFA inclura ne présagent cependant rien de bon. propos étaient encourageants. sa nouvelle politique dans les procédures de candidature pour l’organi­ Fabienne Widmer est responsable La politique des droits humains sation des futures coupes. En ce qui des campagnes en ligne de la FIFA concerne celle de 2026, les pays candi- de Solidar Suisse. Depuis, la FIFA a effectivement agi… dats devront fournir des indications sur du moins sur le papier. Elle s’est ainsi leur respect des droits humains. Solidar


ACTUALITÉ 17 Le Marché de Noël solidaire permet d’acheter des objets du monde entier (à gauche). Maxime Gindroz est chargé d’information à la FEDEVACO.

premières éditions. Les associations ont réalisé qu’il y avait une demande pour de beaux objets, à un prix correspondant.

« CHAQUE OBJET RACONTE UNE HISTOIRE » Le Marché de Noël solidaire met en valeur l’artisanat du monde dans une ambiance festive. L’interview de Maxime Gindroz de la Fédération vaudoise de coopération. Texte : Lionel Frei. Photo : Pôle Sud/Lionel Frei Le Marché de Noël Solidaire, c’est quoi ? C’est une autre façon de faire ses achats de Noël. L’objectif de ce marché est de permettre au public d’acheter des cadeaux qui ont du sens, dans une ambiance festive. Durant trois jours, plus de 40 ONG et associations se réunissent au centre socioculturel Pôle Sud à Lausanne pour vendre de l’artisanat. La plupart des objets sont fabriqués directement par leurs partenaires au Sud et les montants récoltés sont réinvestis par les associations dans les projets de développement. L’intérêt à mon sens est que les personnes sur les stands peuvent parler de manière personnelle de ce qu’elles vendent. On découvre l’histoire des objets. Quelles sont les origines du marché ? Les associations membres de la Fédé­ra­tion vaudoise de coopération (FEDEVACO)

ont manifesté le besoin de se réunir autour d’un événement festif pour présenter leur travail et récolter des fonds. Nous nous sommes associés à Pôle Sud pour l’organisation de ce marché dont la première édition a eu lieu en 2007. Le succès est au rendez-vous : nous sommes passés de 20 associations à plus de 40 aujourd’hui. Côté fréquen­ tation, on dépasse les 2500 visiteurs sur les trois jours. Quels articles le marché propose-t-il ? Il y en a vraiment pour toutes les bourses. Cela va d’objets à prix modeste à des produits plus précieux, tels que des tapis ou des tableaux haïtiens. Nous insistons sur la nécessité de proposer des produits de qualité. Il est réjouissant de constater que celle-ci a progressé depuis les

Et votre coup de cœur ? J’ai acheté l’année passée un très beau tapis tissé à la main par des femmes berbères marocaines. D’ailleurs, le même jour que la naissance de mon enfant. Il représente du coup quelque chose de particulier pour moi. Vous organisez ce marché depuis 11 ans. Avez-vous une anecdote ? Il y a quelques années nous avions distribué des flyers dans les rues de Lausanne avec un âne. Il portait d’ailleurs très bien son nom d’« âne de Noël » puisque sa propriétaire s’appelait Noëlle… Mais aujourd’hui il est trop vieux pour faire de la promo, il nous faut trouver une autre solution (rires). Pourquoi la FEDEVACO s’engage-t-elle dans ce type d’événement ? Outre la promotion de la coopération au développement auprès des autorités, la FEDEVACO a comme mandat de valoriser le travail des ONG au sein de la population. Le Marché de Noël solidaire nous permet de toucher un nouveau public. C’est aussi l’occasion de présenter la coopération au développement de manière festive et originale.

Informations pratiques Marché de Noël solidaire : du jeudi 14 au samedi 16 décembre 2017, av. Jean-Jacques Mercier 3 à Lausanne. www.fedevaco.ch


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LES ARTISANTS DE LA DÉMOCRATIE Margarida Chaessa est convaincue de l’importance de l’accès à l’eau pour la participation des plus vulnérables à la vie publique au Mozambique. Texte et photo : Stéphane Cusin


PORTRAIT 19 vie en remplissant leur bidon aux abords des fleuves. La consommation d’eau souillée est toujours la cause de maladies, dont les conséquences peuvent être mortelles. »

Margarida Chaessa forme les membres des comités de l’eau, une démarche qui garantit un fonctionnement des puits sur le long terme.

Creuser un puits à la main, prendre l’eau à la rivière, la transporter sur des kilomètres constituent le quotidien de nombreux habitants. Consommer cette eau, à la qualité incertaine, comporte des risques, comme le sait Margarida Chaessa, responsable des projets Eau chez Solidar Suisse au Mozambique : « Les attaques de crocodiles ne sont pas des légendes. Des femmes et des enfants perdent la

L’eau, une histoire de famille Dans la famille Chaessa, l’eau est un domaine connu. Employé municipal de la commune de Gondola, le papa de Margarida exerçait la fonction de fontainier. Il maîtrisait tous les rouages du métier. À l’issue de sa scolarité, sur les pas de son père, Margarida Chaessa suit une formation technique dans le domaine de l’eau à Maputo, la capitale. Diplômée, elle est engagée au sein d’un service gouvernemental responsable de l’eau et de l’assainissement, où elle acquiert une solide expertise. Impressionné par son expérience de terrain, Jorge Lampião, responsable du Bureau de coordination de Solidar Suisse, lui propose de rejoindre son équipe et de développer la formation des acteurs locaux dans les projets « eau, assainissement et hygiène » de Solidar. Bien que des budgets gouvernementaux viennent renforcer les ressources locales, les municipalités urbaines et les districts ruraux disposent de recettes incertaines et insuffisantes pour répondre aux besoins multiples de la population. L’éducation, la santé, et bien sûr l’accès à l’eau. Dans les communautés rurales, en l’absence de services municipaux de l’eau, Solidar apporte un savoir-faire indispensable. Première pierre, un comité de l’eau Margarida Chaessa évoque son rôle  : «  Une fois la zone prioritaire définie, je participe à la première réunion à laquelle est invitée la population et je présente l’organisation communautaire sur laquelle repose le projet technique : le Comité de gestion de l’eau. » Elle sait l’importance de ce premier «  rendezvous ». Elle a son expérience pour elle. Elle sourit : « Vous savez, les hommes sont souvent surpris d’intégrer un comité composé d’hommes et de femmes ! » Identifier les 12 membres du comité

constitue un défi. Ces membres doivent être reconnus par leurs pairs, car l’eau est un bien commun dont la bonne gestion est déterminante. Margarida Chaessa insiste : « Même si les besoins sont urgents, notamment en raison des risques auxquels sont confrontés les enfants, je consacre le temps nécessaire à la constitution d’une organisation solide et reconnue. Cette étape implique de nombreux déplacements et une présence soutenue sur le terrain. Grâce à la formation, les membres sont renforcés dans leur rôle et prennent confiance, notamment les femmes. » Cette formation traite de la gouvernance du groupe, de la maintenance, de l’encaissement des contributions financières auprès des familles, de la gestion comptable, de l’hygiène et de l’assainissement. Une fois le comité opérationnel, les travaux techniques peuvent commencer : forage, réservoir, pompe, fontaine ! Sa confiance en l’avenir De longues années de violence ont suivi la déclaration d’indépendance du Mozambique en 1975. Depuis la signature d’un traité de paix en 1992, le pays progresse sur le chemin de la démocratie. Le dialogue démocratique ne se décrète pas, il s’apprend et se vit au quotidien. Margarida Chaessa sait que l’accès à l’eau et sa gestion communautaire permettent aux plus vulnérables de prendre part au dialogue public, d’être partie prenante de la destinée collective, d’être de véritables artisans de la démocratie. À ce jour, grâce à l’appui de la Confédération suisse, la Chaîne du Bonheur et des donatrices et donateurs individuel-le-s, Solidar a permis à plus de 150 000 habitants vulnérables du Mozambique d’accéder à l’eau. Elle a confiance : « Mon pays va poursuivre son engagement pour assurer un accès durable à l’eau pour tous. Je suis fière d’y contribuer aussi par mon travail ! » www.solidar.ch/utsanana

Stéphane Cusin est responsable des partenariats institutionnels en Suisse romande.


DU PLAISIR POUR VOS PROCHES AVEC UNE ACTION GÉNÉREUSE ! Trois cadeaux, trois projets et, pour beaucoup, une existence meilleure. UNE DOUCEUR SUCRÉE pour promouvoir des conditions de travail décentes dans les plantations de canne à sucre en Bolivie. UNE ONCE D’OR pour améliorer l’avenir des enfants exploités dans les mines d’or au Burkina. UN NID DOUILLET pour créer des abris décents en faveur des familles syriennes réfugiées au Liban.

Voici comment procéder : • Commandez les nouvelles cartes cadeaux, d’une valeur de 50 francs chacune, à l’aide du coupon-réponse ci-joint ou sur : www.solidar.ch/cadeau • Par la suite, vous recevrez les cartes, des enveloppes assorties et une facture à régler dans les jours suivants. Sur chaque carte, vous pourrez inscrire le texte de votre choix. Livraison garantie avant Noël pour toutes les commandes reçues jusqu’au 20 décembre 2017. Pour de plus amples renseignements, veuillez nous appeler au 021 601 21 61 ou écrire à contat@solidar.ch.

Chaque carte offerte soutient les programmes de développement que Solidar Suisse réalise à travers le monde en faveur des personnes précarisées.

Solidarité 4/2017  

Magazine de Solidar Suisse

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