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Le magazine de Solidar Suisse | Numéro 2, mai 2018

FOCUS

Lutter pour un monde équitable Parmi les objectifs de Solidar Suisse, assurer à tous des conditions de travail décentes et une vie à l’abri de la violence.


02 Éditorial

CHÈRE LECTRICE, CHER LECTEUR,

Felix Gnehm, Barbara Burri Codirection de Solidar Suisse

Qu’est-ce que le mot « équité » évoque pour vous ? Le lutteur qui enlève la sciure des épaules de l’adversaire qu’il vient de mettre à terre ? Ou la jeune femme qui cède sa place à un vieux monsieur dans un tram ? Pour Solidar Suisse, une situation est équitable lorsque les gens sont rémunérés de manière décente, que l’on achète et produit de manière durable, que les gens n’ont pas à faire face à la violence et peuvent faire respecter leurs droits. Or notre monde est tout sauf équitable. Que l’on considère ces femmes qui tombent d’épuisement et de faim durant d’interminables journées dans les usines cambodgiennes, ou ces enfants qui s’exposent aux risques d’effondrement de galeries ou d’intoxication dans les mines d’or du Burkina Faso, une chose est évidente : les chances sont réparties de façon terriblement inégale. Et injuste. C’est ce que voudrait changer Solidar. Nous luttons pour un monde où toutes et tous jouiraient des mêmes opportunités, selon leurs talents particuliers et indépendamment de leur position dans la société. C’est un objectif ambitieux, et pour pouvoir s’en approcher, il nous faudra de votre aide. Vous pouvez vous aussi apporter votre pierre. En soutenant nos campagnes, en votant et en décidant d’acheter équitable. Début mai, nous avons pris congé de notre président Hans-Jürg Fehr. Voir plus d’équité dans le monde était et reste l’un de ses vœux les plus chers. Avec clairvoyance, compétence et détermination, il a présidé aux destinées de notre organisation durant dix ans. Parmi les moments marquants, citons le recentrage thématique de l’organisation sous un nouveau nom. Tout au long de son mandat, il a combattu avec force les inégalités et les discriminations, en s’engageant pour la qualité des projets et de l’organisation. Cher Hans-Jürg, un énorme merci pour ton indéfectible engagement et ton précieux soutien. Tous nos vœux t’accompagnent. Et dans un même souffle, nous aimerions vous présenter son successeur, Carlo Sommaruga, conseiller national socialiste et éminent défenseur de l’équité. « Bienvenue chez Solidar Suisse, Carlo ! »

Felix Gnehm

Barbara Burri


Sommaire 03

SOMMAIRE 04

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Focus : lutter pour un monde équitable 06 Objectifs et résultats 08 Nos collaborateurs livrent leur vision d’un monde équitable 10 Notre engagement de longue date contre la violence faite aux femmes

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11 Répression contre les syndicalistes au Cambodge 12 Burkina Faso : les enfants ne doivent pas travailler dans les mines d’or

13 Racontez-nous  nna Biondi de l’OIT aborde les défis A de la défense des droits du travail.

14 À chaud Coup d’œil sur l’actualité

16 Le défi  ek Nath Acharya s’engage pour T les victimes du tremblement de terre au Népal.

18 Un œil sur Le roman Exit West jette un regard différent sur la vie des fugitifs.

19 Ensemble S’engager avec Solidar Suisse

09 Chronique 15 Sudoku et Revue de presse 19 Impressum 20 Votre soutien fait la différence


04 Lutter pour un monde équitable

FOCUS : LUTTER POUR UN MONDE ÉQUITABLE

Jeunes gens s’apprêtant à être descendus au treuil dans la mine d’or de Silmiougou, au Burkina Faso. Photo : Andreas Schwaiger


Des conditions de travail décentes partout dans le monde. L’ égalité des chances pour tous. La voix au chapitre dans les domaines qui touchent chacun. Et des modes de consommation responsables. Voilà ce qui, pour Solidar, correspondrait à un monde équitable. Découvrez dans nos pages comment nous nous engageons, avec nos organisations partenaires, pour nous approcher de cet objectif, quels sont nos succès et ce que vous pouvez faire de votre côté.


DES CHANCES ÉQUITABLES POUR KAMAL Qu’est-ce qui motive Solidar Suisse à s’engager pour plus d’équité au niveau mondial, et quels sont ses résultats jusqu’ici ? C’est ce qu’illustrent trois scènes du quotidien dans nos pays prioritaires. Texte : Felix Gnehm. Photo : Khalid Mahmood

Ouagadougou, Burkina Faso, octobre 2017 Le garçon qui frappe à la vitre de notre voiture est dans un véritable état d’abandon : vêtu d’un T-shirt déchiré et maculé d’huile de vidange, il agite des billets de loto qu’il voudrait nous vendre. Malgré mon absence de réaction, il ne lâche pas et continue de tambouriner sur la vitre. Au feu suivant, une fillette encore plus jeune me presse d’acheter ses sachets de cacahouètes emballés dans du papier journal. Ces enfants des rues restent dehors toute la journée, sous le soleil brûlant et au milieu des gaz d’échappement. Selon Unicef quelque 2,1 millions d’enfants âgés de 5 à 15 ans travaillent au Burkina Faso, soit une incroyable proportion de 42 % de cette classe

d’âge. Dans les champs de coton, les carrières de granit et les mines d’or, les petites mains s’affairent toute la journée, pour quelques sous à peine, plutôt que d’aller à l’école. Les raisons au problème sont multiples : dénuement, classes se déroulant dans une langue étrangère, maltraitance familiale, autant de domaines dans lesquels Solidar Suisse veut amener un changement durable. Grâce à notre engagement de plusieurs décennies en faveur de l’éducation plurilingue, toujours plus d’enfants bénéficient d’un enseignement enfin compréhensible et de meilleure qualité. Et ceux qui interrompent leur scolarité peuvent rattraper leur retard tout en acquérant des compétences pratiques. Ce soutien à l’entrée dans la vie active


Lutter pour un monde équitable 07

Usine métallurgique à Lahore, au Pakistan: Kamal, 13 ans, y travaille 12 heures par jour pour aider à nourrir sa famille.

permet à de nombreux jeunes de sortir de la pauvreté. Lahore, Pakistan, février 2017 Le bruit est assourdissant et les étincelles pleuvent sur mes pieds. Kamal, le jeune garçon derrière la fraiseuse, porte des lunettes de protection mais n’a aux pieds que des tongs et guère de gants ou de protections auditives. À 13 ans, il est loin d’être le plus jeune enfant travaillant dans cette fabrique de pièces métalliques pour motos. Il nous explique qu’il est le troisième de six enfants. Sa famille a dû quitter la région rurale du Punjab pour rejoindre la métropole de Lahore parce que ni le lait de bufflonne ni le riz de deux hectares ne généraient suffisamment de revenus pour nourrir tout le monde. Le travail à l’usine est pénible, mais sa famille est reconnaissante qu’il ait été engagé. S’il a toujours voulu aller à l’école, ses 12 heures de travail quotidien ne lui en laissent guère le temps. Les 12 millions d’enfants ouvriers du Pakistan sont l’une des expressions les plus cruelles des inégalités dans le monde. Dans le quartier industriel où habite Kamal, des organisations partenaires de Solidar ont mis sur pied diverses offres scolaires. Les syndicats n’ont pas droit d’existence et toute tentative d’organisation de la part des ouvriers peut entraîner de terribles représailles. C’est pourquoi nous travaillons en prise directe avec les autorités et le secteur privé. Étape par étape, nous nous efforçons de remédier aux conditions les plus précaires et les plus dangereuses, ainsi que d’offrir de nouvelles perspectives en créant des écoles et des places de travail plus sûres et par un engagement collectif pour les quartiers et leurs travailleurs. Jinotega, Nicaragua, janvier 2017 Le soleil est brûlant, mais par chance quelques arbres dispensent leur ombre bienfaisante. La corbeille de Maria Pérez ne se remplit que lentement de cerises de café, au rouge si brillant. Maria cueille jusqu’à 70 kg de café par jour pour un salaire d’environ deux francs. Depuis 4 h 30 du matin, elle est sur ses jambes et peine à tenir

sur le terrain en forte pente. Elle chute souvent et glisse, ce qui lui vaut de vilaines écorchures, mais heureusement pas de blessures graves, car elle n’a pas d’assurance, et le coût d’une visite chez le médecin plongerait sa famille plus encore dans la misère. En tant que cueilleuse de café saisonnière,

2,1 millions d’enfants entre 5 et 14 ans travaillent au Burkina Faso, ce qui représente 42 % de cette classe d’âge. elle travaille à l’entre-saison dans des plantations de tabac ou comme journalière dans l’une des rares fabriques de la région. Les ouvriers agricoles et les « travailleurs à leur compte propre », comme aiment à s’appeler les marchands de rues, les chauffeurs de taxi et les maraîchères, comptent parmi les groupes sociaux les plus démunis du Nicaragua. Ils ne possèdent rien, n’ont ni salaire fixe ni prévoyance vieillesse, et les marchands de rues font face à de fréquentes expulsions. Pourtant, le secteur informel et l’agriculture d’exportation représentent les principales branches économiques du pays. Notre engagement aux côtés des syndicats a contribué de manière décisive à améliorer la situation de centaines de milliers de travailleurs. Ces exemples d’une grande dureté sont l’expression d’un système économique foncièrement injuste. C’est pour y remédier que nous luttons jour après jour, pour plus de justice sociale. Notre objectif est que partout dans le monde, tous jouissent des mêmes droits et possibilités et que personne ne soit laissé au bord du chemin. Felix Gnehm est codirecteur de Solidar Suisse.


08 Lutter pour un monde équitable

AU MÊME TITRE QUE L’EAU, L’ÉQUITÉ EST INDISPENSABLE À LA CROISSANCE Que signifie combat pour un monde équitable ? Florilège de réponses par les collaboratrices et collaborateurs de Solidar Suisse. Photos : Barbara Burri, Jürg Gasser, Andreas Schwaiger, Solidar

« Solidar Suisse est là pour ceux qui ne peuvent pas se faire entendre. Or pour davantage d’équité dans le monde, il faut que tous soient entendus. Je suis fier de travailler pour une organisation qui s’engage pour un monde plus juste. Par exemple par les programmes de formation professionnelle destinés aux jeunes, pour qu’ils aient une chance de développer leurs talents. » Arjan Harxhi, chauffeur et logisticien au Kosovo

« Je me sens comme faisant partie d’un mouvement qui prend le problème des inégalités à la racine. Solidar Suisse est convaincu que le changement doit venir de l’intérieur. Nous aidons les victimes d’exclusion et de marginalisation à s’organiser afin de trouver la force d’exiger des changements et à se mettre en réseau au niveau mondial pour cultiver la vision d’un monde plus juste. » Sanjiv Pandita, responsable du programme pour un travail décent en Asie

« Personne ne peut exister par lui-même. Nous dépendons tous d’autrui. La solidarité relie les gens en situation précaire, pour qu’ils puissent se libérer de leur condition et vivre dignement. » Célestine Béré, responsable Participation au Burkina Faso

« Pour moi, l’équité veut dire s’engager pour que les femmes, indépendamment de leur condition sociale ou économique, puissent vivre et poursuivre leurs rêves, avoir confiance en l’avenir et en leurs chances de se développer, vivre une vie pleine et intègre, et faire respecter leurs droits. » Rosario Tindal, collaboratrice Communication en Bolivie

« Lutter pour un monde équitable, c’est lutter pour de meilleures conditions de travail, qui respectent les droits humains et la législation du travail. Ma contribution consiste à suivre en continu et à consigner les résultats des projets de Solidar, ce qui nous permet de concevoir de nouvelles idées et solutions et de modifier les projets à mesure. C’est ce qui rend mon travail si dynamique et me motive jour après jour. » Olivera Stepanovic, collaboratrice de projet en Serbie

« Égalité de traitement et respect sont comme une pluie bienfaisante permettant à chacun-e de se développer. C’est dans cet esprit qu’agit Solidar, avec ses contributions financières inconditionnelles pour les réfugiés. L’équité, c’est quand je peux dire à un réfugié que c’est son droit de trouver un asile sûr et de satisfaire ses besoins fondamentaux. » Ayman al Ezzi, responsable du projet Cash au Liban


« Le travail le plus exigeant et le plus mal payé que j’aie jamais effectué a été celui d’éleveur de volailles indépendant. Alors même que je travaillais jusqu’à l’épuisement, je ne faisais que perdre de l’argent. Depuis, je comprends la situation et les sentiments des travailleurs indépendants. Cela me motive à me battre pour leurs droits et pour des conditions de travail décentes. » Alexander Rayo, coordinateur pays au Nicaragua

« Équité et justice veulent dire égalité des chances, mais pas forcément égalité des résultats. » Uzair Kamal, responsable Développement de programmes et reporting au Pakistan

« Solidar soutient la lutte pour des conditions de travail décentes par ses projets dans les pays et ses campagnes coordonnées depuis la Suisse. Cette approche est unique dans les œuvres d’entraide et je suis convaincue de son efficacité. Car la gestion durable des ressources naturelles et humaines n’est possible que si la responsabilité en est partagée à l’échelle planétaire. Je suis heureuse de pouvoir y contribuer par mon travail. » Fabienne Widmer, responsable des campagnes en ligne à Zurich

Président de Solidar Suisse

« Pour mettre en place de nouveaux modèles de société et imposer davantage de justice dans la mondialisation, il ne suffit pas d’intervenir au niveau local. Il faut instaurer de la solidarité entre les mouvements, lutter ensemble pour le bien commun dans un monde où il ferait bon vivre, et inclure les laissés-pour-compte. Il faut des lois, des règlements et des droits civiques négociés selon une procédure participative, également et précisément dans une perspective internationale et entre les pays. » Francisca Waite, responsable Travail décent et participation au Mozambique

Hans-Jürg Fehr

Lutter pour un monde équitable 09

Deux convictions Par ces quelques lignes, j’aimerais pren­dre congé des lectrices et des lecteurs de Solidarité. Rédiger cette colonne a fait partie de mes attributions pendant mes dix ans chez Solidar. De ces années, je retire deux convictions : la première est que la valeur de la coopération au développement s’impose d’elle-même. Ses effets sur place, sous la forme d’une amélioration des conditions de vie des populations démunies, sans droits et frappées de discrimination, sont évidents. La seconde est que ce type de coopération a ses limites. Il n’est pas dur de voir qui impose ces limites : les groupes internationaux, le libreéchange, la circulation des capitaux. Les relations économiques « normales » entre pays développés et pays du Sud sont presque toujours synonymes de frein au développement, de destruction écologique et de pillage. Et n’ont bien sûr pas pour objectif de lutter contre la pauvreté dans le monde, mais de préserver les intérêts des intervenants. Sans trop exagérer, on peut dire que le commerce extérieur travaille contre la coopération au développement et que, hélas, le commerce extérieur est le plus fort. C’est pourquoi notre travail, à nous politiciens, doit tendre à ce que le commerce extérieur se plie aux objectifs de la politique étrangère, dont la lutte contre la pauvreté et la destruction écologique, ainsi que la défense des droits humains, de la paix et de la démocratie. Et la solidarité ne doit pas jouer les fifres, mais bien le premier violon.


À FOND CONTRE LA VIOLENCE Au Nicaragua, Solidar Suisse lutte depuis des années contre la violence envers les femmes : entre progrès et retours de balancier.

Membres de l’organisation Ana Lucila, partenaire de Solidar Suisse, ces jeunes femmes dénoncent l’impunité des violeurs au Nicaragua.

Texte : Alexander Rayo. Photo : Andreas Schwaiger

En 2012, Solidar Suisse a fêté une grande victoire : le Parlement nicaraguayen a adopté une nouvelle loi contre la violence envers les femmes. Elle prévoit des peines accrues et définit le féminicide (meurtre d’une femme) comme un acte criminel en soi. Enfin ! Telle fut la réaction des organisations partenaires de Solidar, qui ont largement contribué à ce succès. L’Église contre les femmes Le retour de balancier ne s’est hélas pas fait attendre : dès 2014, la loi a subi « un travail de sape », car les milieux ultrachrétiens la jugeaient trop sévère. Cédant à la pression, le gouvernement a réintroduit la médiation entre victime et coupable en cas de délit « mineur », tel le harcèlement sexuel. Les groupements de femmes ont lutté en vain contre cet affaiblissement de la législation. Le pays s’est par ailleurs doté d’une loi sur la famille, qui repose sur les rôles stéréotypés. En 2015, nous avons essuyé un autre revers : la prévention n’a désormais plus guère sa place à l’école. Il est devenu difficile d’organiser des débats et des pièces de théâtre pour sensibiliser les élèves

à la violence envers les femmes. Enfin, en 2016, la police a fermé les commissariats réservés aux femmes, soit les services où les femmes victimes de violence pouvaient trouver une aide spécialisée. Recul de la violence Force est de craindre pour les succès engrangés jusqu’alors. À Matagalpa, à 100 kilomètres au nord de la capitale, des organisations partenaires de Solidar ont par exemple prodigué conseils et appui à des milliers de femmes et d’enfants. En collaboration avec les commissariats pour les femmes, elles sont parvenues à faire reculer les actes de violence (de 50 % selon les statistiques de la police). Même en justice, le succès était au rendez-vous : 90 % des procès contre la violence faite aux femmes ont été gagnés. Désirant éviter que les progrès acquis de haute lutte soient réduits à néant, Solidar Suisse continue de lutter pour prévenir et dénoncer la violence envers les femmes et apporter un soutien aux victimes. Alexander Rayo est coordinateur de Solidar au Nicaragua.


Lutter pour un monde équitable 11

LUTTER MALGRÉ LES DIFFICULTÉS La répression gagne du terrain au Cambodge. Lutter pour les normes du travail est devenu plus dangereux. Texte : Bernhard Herold. Photo : Solidar. Dessin : Stephff

Tola Moeun, directeur de Central, organisation partenaire de Solidar, se trouvait à l’étranger lorsqu’il a appris qu’il était cité à comparaître devant la justice. Pas plus tard que dans notre dernier numéro, nous reprenions encore ses Tola Moeun. propos, dans lesquelles il dénonçait les agissements du gouvernement, qui s’en prend aux dirigeant-e-s syndicaux et aux défenseurs des droits humains. Il ne croyait pas si bien dire, puisqu’il est désormais visé par le régime autocratique de Hun Sen. Fondée de toute évidence sur des motifs politiques, la plainte qui vise Tola Moeun et d’autres personnes leur reproche d’avoir détourné des fonds destinés au tombeau de l’activiste politique Kem Lex, assassiné en 2016. Or le comité chargé de veiller aux funérailles de Kem Lex, et dont Tola Moeun est bien membre, n’était pas responsable des fonds. Cet exemple montre à quel point il est facile pour le régime de lancer des accusations cousues de fil blanc pour mettre les militants « désagréables » à genoux. La justice cambodgienne est loin d’être indépendante… Un engagement qui ne date pas d’hier Cela fait quinze ans que Tola Moeun lutte pour de meilleures conditions de travail, des salaires plus élevés et le respect des droits syndicaux dans les entreprises textiles du Cambodge. Ses efforts ont porté leurs fruits : cette année, le salaire minimum a été revu à la hausse, passant de 153 à 170 dollars par mois. « Cette hausse résulte avant tout d’une pression de la rue », affirme Tola Moeun. Le régime a compris que les ouvrières du textile (désormais près de 1 million sur une population totale de 16 millions) sont devenues un acteur politique de premier plan. Il a dès lors tout mis en œuvre pour s’allier à cette force et faire barrage aux syndicats indépendants. Voilà ce qui explique d’ailleurs l’adoption de la loi sur les syndicats, entrée en vigueur en 2016. Le texte dresse des obstacles quasi insurmontables à la création de syndicats indépendants.

Il contrevient ainsi aux normes internationales du travail, qui garantissent la liberté d’association. Ce n’est pas tout : « En comprimant les prix, les grandes marques internationales de l’habillement contribuent à réduire les salaires, à allonger les

« Laissez-moi donner un coup de main ! Ce journal a besoin d’air pour respirer ! » En fermant le journal indépendant Cambodia Dialy, le régime réprime la liberté d’opinion.

heures de travail et à réprimer les syndicats », constate Tola Moeun. Et qu’en est-il du sort de notre syndicaliste ? « J’attends la citation à comparaître. Ensuite, je déci­derai si je rentre au Camboge ou si je reste en exil. » Bernhard Herold est responsable du programme Asie auprès de Solidar Suisse.

  Votre don compte Un don de 50 francs permet de fournir une assistance juridique à une couturière cambodgienne dans un conflit du travail. Avec 100 francs, le syndicat peut organiser des élections pour désigner les représentantes des salariées.


12 Lutter pour un monde équitable

QUAND L’OR MAINTIENT DANS LA PAUVRETÉ Le Burkina Faso compte 500 sites d’extraction artisanale d’or. Mais cette apparente aubaine pour l’un des pays les plus pauvres du monde a des effets pervers : nombre d’enfants, déscolarisés, y travaillent dans une extrême précarité. Texte : Lionel Frei. Photo : Andreas Schwaiger

« Ça fait 4 ans que je vis sur le site d’orpaillage. Je ramasse des objets en fer laissés à l’abandon. En les revendant, je gagne 300 francs CFA par jour (50 centimes) » explique Ibrahim, 12 ans. Nous sommes à Silmiougou, mine d’or artisanale au nord de Ouagadougou. Dans le dénuement le plus absolu, un village de tentes s’est improvisé autour de trous profonds de plusieurs dizaines de mètres. Afin de ravitailler les mineurs et de gagner un maigre pécule, plusieurs milliers de personnes font des petits boulots : on y croise des cuisiniers, des agricultrices, des porteurs d’eau. Un peu à l’écart se trouve le bordel. Poussés par la misère, les enfants sont nombreux à quitter l’école pour rejoindre la mine. Les jeunes qui s’enfoncent dans les entrailles de la terre ont le regard absent. Outre la chaleur infernale et l’angoisse, les mineurs sont exposés aux accidents, réguliers dans ces excavations qui ne sont pas étayées. « Il y a quelques mois, un jeune a été gravement blessé lors de l’utilisation d’un explosif », nous confie-t-on. Sortir les enfants des mines Permettre à ces jeunes de quitter la mine reste difficile. Malgré les terribles conditions de vie,

  De l’or raffiné en Suisse Quelque 90 % de l’or extrait au Burkina Faso atterrit en Suisse. Le pays accueille en effet quatre des plus grandes raffineries d’or du monde. Problème : celles-ci ne se préoccupent aucunement des conditions de production de cet or. L’initiative « multinationales responsables » demande d’inscrire dans la loi l’obligation pour les entreprises suisses de respecter les droits humains à l’étranger. www.initiative-multinationales.ch

Franck, apprenti mécano, avec son maître d’apprentissage.

le gain pécuniaire constitue un attrait, comme en témoigne Sawadogo Nonraogo : « Nous, les parents, vivons des situations d’inquiétude par rapport à nos enfants. » Solidar Suisse travaille avec des animateurs sociaux qui réalisent des séances de sensibilisation. On explique aux enfants qu’ils peuvent bénéficier d’un soutien s’ils décident de quitter la mine. Les plus jeunes sont encouragés à réintégrer l’école ; des formations professionnelles sont proposées aux plus âgés. Franck, 16 ans, a entamé une formation. « Je ne suis plus reparti à la mine. Actuellement, je suis en train d’acquérir des connaissances sur la mécanique. » Suite au succès de la première phase, ce projet sera renforcé afin que davantage d’enfants puissent quitter la mine.


Racontez-nous 13

LES ONG, UNE VOIX IMPORTANTE POUR LES DROITS DU TRAVAIL Anna Biondi, vice-directrice à l’Organisation internationale du travail (OIT), nous explique la situation des droits du travail dans le monde. Interview : Lionel Frei . Photo : OIT

Quelles menaces pèsent sur les défenseurs des droits du travail ? The Global Rights Index passe en revue chaque année les violations des droits du travail. L’année passée, les arrestations et violences à l’égard des syndicalistes représentent une cause particulière d’inquiétude. Des travailleurs-euses ont été régulièrement emprisonnés. Il s’agit d’une tactique utilisée pour s’opposer aux demandes syndicales. Les multinationales sont souvent à l’origine de violations des droits du travail. Un dialogue est-il possible avec elles ? La responsabilité sociale des entreprises (des engagements volontaires pris par certaines entreprises) n’a pas été une réponse adéquate pour l’amélioration des droits des travailleurs-euses. C’est pourquoi l’OIT encourage des approches incluant tous les acteurs. Comme les multinationales sont en mesure de se développer sans réelles contraintes, il n’est plus suffisant de promouvoir les droits du travail dans une optique nationale ; l’approche doit dépasser les

pays. Les entreprises doivent assumer leurs responsabilités où elles ont leur siège, mais aussi à l’endroit où elles contrôlent leur production. Dans quelles mesures les ONG peuvent-elles promouvoir le travail décent ? Certains des standards progressistes les plus récents ont vu le jour grâce à une fantastique synergie entre les syndicats et des organisations de la société civile. Les ONG sont une voie importante pour les droits du travail. Un problème peut cependant apparaître quand les gouvernements ou les employeurs affirment que les travailleurs ne sont pas assez éduqués pour savoir ce qui est bien pour eux. Dès lors, si une ONG a un mandat de « capacity building » (renforcement des compétences, n. d. l. r.) en faveur des travailleurs, il est important de vérifier que des syndicats indépendants soient aussi impliqués. Il faut éviter le risque de substitution : les travailleurs doivent être en mesure de parler de leur propre voix et de poser leurs propres exigences. Il faut que tout le monde comprenne que cet engagement n’est pas pour les autres mais pour chacun-e de nous. Chaque action compte, comme Solidar Suisse le montre dans ses activités au quotidien.

Lionel Frei est responsable de la communication de Solidar Suisse en Suisse romande.

RACONTEZ-NOUS

Quelle est la situation des travailleurs dans le monde ? Il y a des succès impressionnants, mais aussi des signaux inquiétants : le chômage global dépasse les 192 millions de personnes. On assiste à une augmentation exponentielle du travail précaire qui contribue à l’érosion des droits du travail. En 2017, 42 % des travailleurs-euses dans le monde (1,4 milliard) sont touchés par des formes d’emploi vulnérables.


14 À chaud

LUTTE CONTRE L’AMIANTE EN ASIE Chaque année, l’amiante tue plus de 100 000 travailleurs et travailleuses en Asie. Bien que les responsables connaissent parfaitement les risques de cette substance, ils les taisent ou les minimisent. Les conséquences sont mortelles. Solidar Suisse mène dès lors des campagnes pour expliquer aux ouvriers et ouvrières comment manier l’amiante et cofinance le traitement des malades. Nous plaidons aussi pour une interdiction de l’amiante. En collaboration avec un réseau interrégional contre l’amiante, nous avons lancé une pétition visant à interdire le commerce de l’amiante.

RENFORCEMENT D’EXPERTISE POUR SOLIDAR AU BURKINA Micheline Ouamega, assistante de la division travail décent pour Solidar au Burkina Faso, vient d’achever un Executive Master en Politiques et Pratiques du Développement. Cette formation du Graduate Institute de Genève permet de renforcer l’expertise de Solidar Suisse. « Les conclusions auxquelles je suis parvenue dans ma recherche menée dans le cadre de ce master amélioreront la mise en œuvre des structures de garde des petits enfants », explique Micheline Ouamega. Les 30 structures ouvertes dans le pays permettent à des femmes burkinabées de libérer du temps pour se former et développer des activités entrepreneuriales.

À CHAUD

CARLO SOMMARUGA : PROCHAIN PRÉSIDENT DE SOLIDAR SUISSE Le conseiller national socialiste Carlo Sommaruga est le nouveau président de Solidar Suisse. Féru de politique extérieure et membre de la Commission consultative de la coopération internationale, il se démarque par son engagement social et solidaire. Grâce à lui, un Romand occupera pour la première fois la présidence. Il a été élu le 8 mai, au cours de l’Assemblée générale de Solidar Suisse. Carlo Sommaruga succède à Hans-Jürg Fehr, qui a passé dix années à la tête de l’organisation. Sous sa direction, Solidar s’est profilée comme une ONG combative qui mène des projets de développe­ment et des campagnes en faveur de conditions de travail équitables partout dans le monde.


Sudoku et Revue de presse 15

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LE SUDOKU DE SOLIDAR

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Solution :

La solution se trouve dans les cases grises lues horizontalement, selon la clé suivante : 1 = T, 2 = M, 3 = E, 4 = D, 5 = N, 6 = I, 7 = O, 8 = A, 9 = R Envoyez la solution à Solidar Suisse sur une carte postale ou par courriel à contact@solidar.ch, objet « sudoku ».

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Compléter les cases vides avec les chiffres 1 à 9. Chaque chiffre ne peut figurer qu’une seule fois sur chaque ligne, dans chaque colonne et dans chacun des carrés de 3 × 3 cases.

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1er prix 2e prix 3e prix

Une écharpe en pashmina du Népal Un carnet de notes en papier confectionné à la main, du Népal Thé du Népal

La date limite d’envoi est le 15 juin 2018. Le nom des gagnant-e-s sera publié dans solidarité 3/2018. Aucune correspondance ne sera échangée concernant ce concours. Tout recours juridique est exclu. Les collaborateurs et collaboratrices de Solidar Suisse ne peuvent pas participer au concours. La solution du concours paru dans Solidarité 1/2018 était « apprentissage ». Marie-Pierre Maystre de Genève a gagné un tablier de Bolivie, Rolf Gärtner de Regensdorf un foulard du Burkina Faso et Olivier de Rham de Corsiersur-Vevey un sac de Bolivie. Nous remercions toutes celles et tous ceux qui ont participé au concours ainsi que les organisations partenaires de Solidar en Bolivie et au Burkina Faso pour les prix.

Appui à la démocratie locale dans le plateau central Lefaso.net, 28. 3. 2018 Le Laboratoire Citoyennetés a organisé, à Ouagadougou, un atelier de concertation sur la démarche du suivi citoyen par les réseaux des organisations de la société civile partenaires et la capitalisation à mi-parcours. L’atelier s’inscrit dans le cadre de son programme d’appui au renforcement de la démocratie locale et de la participation citoyenne dans le plateau central. Le programme de renforcement de la démocratie locale et de la participation citoyenne a été élaboré en 2016 pour une durée de quatre ans. Financé par Solidar Suisse et mis en œuvre par le Laboratoire Citoyennetés, le programme intervient dans huit communes de la région du plateau central. Et pour M me Célestine Béré/Lompo, représentante de l’ONG Solidar Suisse, « l’ONG soutient ce programme dans le but d’améliorer la gouvernance, la redevabilité et surtout faire émerger une organisation de la société civile forte en démocratie

56 540 dollars pour chacun, si la richesse était partagée 20 Minuten, 23. 1. 2018 et en participation pouvant travailler correctement avec les mairies ». (…) Le secrétaire permanent du laboratoire a souligné que le programme a permis aux collectivités concernées de développer plusieurs initiatives de renforcement de capacités dans le domaine de la finance et des services publics. Outre ce fait, le programme a aussi appuyé huit réseaux d’associations au niveau local pour qu’elles puissent avoir des programmes communs de travail dans la veille, l’interpellation et le contrôle citoyen sur des enjeux publics de développement.

280 trillions de dollars : c’est la richesse dans le monde. Des milliardaires accumulent la plupart de cette somme. Mais comment vivrions-nous si la richesse était partagée ? La fortune de 42 milliardaires représente autant que celle de l’ensemble de la moitié la plus pauvre de la population mondiale. Le déséquilibre entre milliardaires et milliards de pauvres s’accroît dans la plupart des pays, comme le critique une étude d’Oxfam. (…) « Il faut inverser cette tendance à la polarisation entre riches et pauvres », déclare Iwan Schauwecker de Solidar Suisse. Il ne s’agit pas seulement de réduire les inégalités dans la répartition de la fortune, mais aussi de garantir assez d’argent pour l’État. « Si les milliardaires et les entreprises n’échappaient plus à l’impôt, il y aurait assez d’argent dans le monde pour les écoles publiques et les soins de santé. »

REVUE DE PRESSE

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« Il a fallu d’innombrables réunions villageoises pour expliquer aux gens que les maisons construites avec les matériaux locaux sont sûres. »

Tek Nath se rend chez les Népalais dont la maison a été détruite lors du séisme afin d’évaluer l’aide dont ils ont besoin.

« LES PAUVRES SONT MON UNIVERSITÉ À MOI » Dans le cadre de la reconstruction au Népal, Tek Nath Acharya veille aux bons contacts avec les bénéficiaires. Son efficacité est redoutable !

LE DÉFI

Texte : Sandra Aeschlimann et Katja Schurter. Photo : Solidar

Après le travail, nous nous retrouvons à la Melamchi Guesthouse. Et, comme toujours, Tek Nath est de la partie. Il ne va voir sa famille que rarement, car il vit à trois jours en bus d’ici. Il vient en effet d’un petit village du district de Rolpa, l’une des régions les plus pauvres du Népal. Sa femme et ses fils (5 et 9 ans) lui manquent évidemment beaucoup, mais il faut bien travailler là où on peut. « What can do », déclare-t-il dans son anglais approximatif et sourit. « Je n’ai pas choisi cette situation, mais je dois subvenir aux besoins des miens. Et je suis heureux de faire ce travail, car mon expérience est utile à la communauté. » Une aide adaptée aux besoins Comme sa région à lui, celle de Melamchi est montagneuse. Pour se rendre dans les villages où Solidar Suisse soutient la reconstruction après le séisme de 2015, il faut emprunter des chemins escarpés. Tek Nath marche en moyenne deux

heures par jour pour atteindre les familles qui vivent à l’écart. Depuis mars 2016, il est responsable des animateurs sociaux qui assurent les contacts avec la population, l’aident à résoudre divers problèmes et coordonnent le travail. Exactement le job qu’il fallait à cet homme affable, qui garde son calme même en cas de stress et qui affirme que les pauvres sont son université à lui. Sa fonction exige une grande capacité d’écoute, une bonne dose d’empathie et un talent de négociateur. Toujours respectueux, il sait néanmoins s’imposer parmi les animateurs sociaux. Il se considère moins comme leur chef que comme un ami qui les aide à se fixer des priorités et à réaliser leurs objectifs. Et il reste en tout temps conscient de tout ce qu’ils lui enseignent. Le travail des animateurs sociaux est essentiel : il garantit que le projet prenne en considération les soucis et les besoins des personnes défavorisées. « Nous parvenons à atteindre les plus nécessiteux et


Le défi 17

les plus démunis », affirme Tek Nath avec conviction. Dans une région dont presque tous les habitants sont pauvres, il n’a pas été facile d’opérer une sélection. Pour classer les bénéficiaires potentiels par ordre d’urgence, les besoins de tous les ménages ont été évalués. Quiconque a ensuite pu contester les résultats. « Nous avons examiné 800 oppositions au cours d’entretiens personnels, par téléphone et lors de débats publics en présence des autorités locales. Sur ce total, 70 % des réclamations se sont révélées infondées et nous avons révisé le choix dans 30 % des cas. » Cette démarche a largement contribué à faire accepter le travail de Solidar. Trouver les mots justes Le projet doit aussi une partie de son succès à Tek Nath, 42 ans. Titulaire d’un master en développement rural, il vient lui-même d’une famille pauvre et n’ignore rien des problèmes des démunis. D’où sa motivation : « Faire une différence pour des gens confrontés à la pauvreté et à de terribles privations. » Il sait à quel point il est important d’utiliser le bon

langage et de trouver les mots justes pour s’adresser à différentes personnes. Tenant toujours à se montrer modeste et respectueux, il a besoin « de connaître les conditions de vie, les croyances et les traditions des gens. » Ces connaissances ont été cruciales. Il n’a pas été facile de faire comprendre aux gens que si 98 % des maisons de la région se sont effondrées, ce n’était pas en raison des matériaux locaux utilisés (pierres, bois et mortier), mais à cause du mode de construction, loin d’être parasismique. Au début, les plans des nouvelles maisons n’ont guère suscité l’enthousiasme parmi les habitants : « Il a fallu d’innombrables réunions de villageois pour leur expliquer que les maisons seraient sûres, même construites avec les matériaux habituels », raconte Tek Nath. À présent, les gens se disent pourtant heureux : « Ils ont passé l’hiver dans des maisons sûres. Sans notre soutien, ils n’auraient peut-être pas pu les reconstruire. » Sandra Aeschlimann est responsable de l’aide humanitaire, Katja Schurter est la rédactrice responsable de Solidarité.

Séisme au Népal, avril 2015

98 %

Aide d’urgence

5493 6478

Dans la vallée de Melamchi, 7154 maisons sur 7300 ont été détruites.

Aide financière

2456

familles ont reçu des toiles de tente

familles ont reçu un versement de 250 francs pour remplacer semences et bétail

familles ont reçu des articles d’hygiène

État des travaux à fin février 2015

2016

2017

2018

2019

Reconstruction des maisons Raccordement à l’eau potable

Aide d’urgence

Aide financière

Reconstruction des maisons

763 144 488

Fin du projet

Fin du projet

Raccordement à l’eau potable

maisons seront reconstruites jusqu’à fin 2019 maisons sont en construction maisons ont été reconstruites jusqu’à fin février

2246 1878

ménages seront raccordés au réseau jusqu’à fin juin 2018 ménages ont été raccordés jusqu’à fin février


18 Un œil sur

L’EXIL SANS LA FUITE Dans son roman Exit West, l’auteur pakistanais Mohsin Hamid veut nous faire franchir la limite qui nous sépare des réfugié-e-s.

UN ŒIL SUR

Texte : Bernhard Herold

« Au cours de notre vie, nous franchissons tous d’innombrables portes. À chaque fois, nous abandonnons quelque chose derrière nous. Nous savons tous ce que signifie quitter un endroit puis arriver ailleurs », expliquait Mohsin Hamid en évoquant son roman, Exit West, lors d’un entretien radiophonique. Le livre raconte l’histoire de Nadia et de Saïd. Tous deux habitent dans une « ville remplie de réfugiés, mais encore relativement en paix, ou du moins pas encore ouvertement en guerre ». Ce pourrait être Alep avant le début de la guerre civile syrienne ou n’importe quelle ville dans un pays confronté à une profonde crise. Vivant lui-même à Lahore, capitale du Pakistan, l’auteur connaît bien les tensions qui flottent dans l’air. Nadia et Saïd se rencontrent dans un cours de perfectionnement et tombent amoureux. L’aggravation de la crise contribue tout d’abord à les rapprocher : la situation se détériore à tel point que Nadia se réfugie chez Saïd et son père. Les bombardements et les couvrefeux se multiplient. Le gouvernement et les insurgés contrôlent les quartiers de la ville à tour de rôle. Pour finir, Saïd et Nadia décident de fuir. Les réfugiés ne sont pas différents À ce stade du récit, l’auteur utilise un subterfuge pour nous faire réaliser que chacun d’entre nous pourrait connaître le même destin que Nadia et Saïd : il ne relate pas la fuite. L’histoire se poursuit simplement dans un camp pour réfugiés sur l’île de Lesbos. Le périple vers Londres, puis le trajet vers la Californie ne sont pas décrits davantage. Au cours de l’entretien radiophonique, Mohsin Hamid a déclaré qu’il a toujours été gêné de constater que les articles de journaux réduisent les réfugiés au compte rendu de leur fuite, alors qu’elle ne consti-

tue qu’un bref épisode, dramatique certes, de leur existence. Or cette réduction établit une distinction entre ceux qui ont fui et ceux qui n’ont pas fui : nous, qui ne sommes pas en exil, considérons ainsi les

Nous savons tous ce que signifie quitter un endroit puis arriver ailleurs. réfugiés comme des êtres différents et nous nous démarquons d’eux. Ce sont pourtant des êtres humains comme nous : avant et après la fuite, ils sont confrontés aux mêmes questions, qu’elles soient triviales ou existentielles. Si la crise et la fuite rapprochent tout d’abord Nadia et Saïd, le stress les pousse ensuite à se séparer. Ils parviennent malgré tout à préserver leur respect mutuel. Se lisant comme un poème d’amour, Exit West aborde un sujet d’une actualité brûlante tout en restant intemporel.

Moshin Hamid, Exit West, Grasset, 2018.


Ensemble 19

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Comment manger durable ? La règle d’or est simple : réduire la consommation de viande et éviter les denrées transportées par avion. Cette règle n’a rien de nouveau ni de révolutionnaire. L’appliquer ne suffit pas tout à fait, mais c’est un début et n’importe qui peut s’y mettre. Si beaucoup de personnes mangent moins de viande, l’impact sera plus grand que si quelquesunes y renoncent totalement.

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Conseils utiles : www.solidar.ch/consommation

IMPRESSUM Éditeur Solidar Suisse, Quellenstrasse 31 case postale 2228, 8031 Zurich, tél. 021 601 21 61, email : contact@solidar.ch, www.solidar.ch CP 10-14739-9 Lausanne Membre du réseau européen Solidar Rédaction Katja Schurter (rédactrice responsable), Marco Eichenberger, Lionel Frei, Eva Geel, Cyrill Rogger

Layout artischock.net Traduction Milena Hrdina, Katja Schurter, Petra Varilek Correction Jeannine Horni, Catherine Vallat Impression et expédition Unionsdruckerei/ subito AG, Platz 8, 8201 Schaffhouse Paraît quatre fois par an. Tirage : 37 000 Le prix de l’abonnement est compris dans la

cotisation (membres individuels 70.– par an minimum, organisations 250.– minimum). Imprimé sur papier recyclé et respectueux de l’environnement. Photo de couverture Des travailleuses du textile manifestent à Phnom Penh pour de meilleures conditions de travail. Photo : Pring Samrang. Dernière page Rohingya dans le camp de réfugiés de Cox’s Bazar. Photo : AWO International.

ENSEMBLE

Participer : www.solidar.ch/concours


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AIDE À LA SURVIE POUR LES ROHINGYA Grâce à votre soutien, Solidar Suisse a pu apporter depuis septembre dernier une aide vitale aux Rohingya. Fuyant la violence et les exactions au Myanmar, ils se sont réfugiés au Bangladesh voisin. En l’espace de trois mois, nous avons soutenu 2831 réfugié-e-s en leur fournissant des biens indispensables et de quoi construire un abri de fortune. Merci La situation de ces réfugié-e-s reste précaire : la saison des cyclones approche. Les pluies de la mousson menacent d’emporter les abris et les toilettes construits sur les pentes abruptes ; les eaux usées pourraient envahir le camp. Solidar fait tout pour éviter que cela arrive. Merci de tout cœur pour votre aide. www.solidar.ch

Solidarité 2/2018  

Magazine de Solidar Suisse

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