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N° 34 – FÉVRIER 2012

ÉDITION NATIONALE

DOSSIER Spécial

ÉLECTIONS 2012

Débats, médias, élus de la diversité

ACTU

La loi contre les « nounous voilées » soulève un tollé

Imprimé sur du papier recyclé. Ne jetez pas ce magazine sur la voie publique : donnez-le. Merci !

ÉCONOMIE

Les MDD halal surfent sur la crise

BEAUTÉ

Aimer et se sentir aimée

LiliAN THURAM

« À 9 ans, je suis devenu Noir dans le regard de l’autre »


SALAMNEWS N° 34 / FÉVRIER 2012

SOMMAIRE

ÉDITO En avant toute !

ACTU 6 Selon Benoît Hamon, « le PS ne devra pas

A

adopter » le texte anti-nounous voilées France-Palestine : les Assises de la coopération décentralisée, à Hébron Droit de vote des étrangers : le clivage gauche-droite

favorisées par la crise

SPORT 8 Le sport, ascenseur salarial

© Lahcène Abib

ÉCONOMIE 6 Halal 2012 : les marques de distributeur

Thierry Henry, sportif français le mieux payé

TÊTE D’AFFICHE 16 Lilian Thuram « À l’âge de 9 ans, je suis devenu Noir dans le regard de l’autre »

CULTURE 20 Tahrir : touche pas à ma Place ! BEAUTÉ 18 Oum : « Rien de tel que de s’aimer

© D. R

Zarafa, une girafe pas comme les autres

et de se sentir aimée »

De VOUS À NOUS 22 Faire son deuil

FOCUS

Spécial ÉlECTIONS 2012

10 La campagne présidentielle est lancée

11 L’appel à voter à bout de souffle ? 1 3 Médias sous influence 14 Qu’est-ce qu’un élu de la diversité, au juste ? Salamnews est édité par Saphir Média, SARL de presse au capital de 10 000 euros. Salamnews : 113-115, rue Danielle-Casanova – 93200 Saint-Denis – Fax : 09 81 70 00 91 Directeur de la publication : Mohammed Colin. N° ISSN : 1969-2838. Dépôt légal : février 2012. Directeur commercial : Mourad Latrech – 09 81 72 10 72. Directeur de la rédaction : Mohammed Colin. Rédactrice en chef : Huê Trinh Nguyên. Journalistes : Mérième Alaoui, Hanan Ben Rhouma, Mounir Benali, Nabil Djellit, Nadia Henni-Moulaï, Karima Peyronie. A participé à ce numéro : Chams en Nour. Rédaction : redaction@salamnews.fr – 09 81 78 10 72 – www.salamnews.fr Conception graphique : Pierre-André Magnier. Imprimé en France. Tirage : 130 000 exemplaires. Photo de couverture : © Lahcène Abib

© SFG

Le Web politique prend le pouls de la société

u risque de paraître naïfs auprès de nos plus anciens, nous n’avions pas vu venir le coup. Oui, parce qu’ingénus que nous sommes, ce tir a été porté d’un endroit – en l’occurrence le Sénat fraîchement élu et passé à gauche –, sur lequel on ne portait aucun soupçon. Nous pensions, au contraire, que cette honorable assemblée allait apaiser les humeurs. Alors, de là à imaginer que des sénateurs de gauche – en soumettant les assistantes maternelles accueillant des enfants chez elles à « une obligation de neutralité en matière religieuse dans le cours de son activité d’accueil d’enfant » – surenchérirait une laïcité culturelle et identitaire, davantage à droite même que l’UMP…, il y avait de quoi fumer des produits plus ou moins illicites ! Mais ce qui est à souligner, c’est la motivation affichée, prétendument pour éviter l’endoctrinement des jeunes esprits, qui a conduit au vote de cette loi, car elle en dit long sur le climat ambiant. Nous sommes désormais pleinement dans l’ère du soupçon permanent envers celles et ceux qui ont un lien, proche ou lointain, avec l’islam. Si nous n’y prenons pas garde, ce lien deviendra bientôt un délit en France. Pour le moment, le soupçon est tenace puisqu’il se poursuit jusque dans la sphère privée. Et c’est là une très grande nouveauté que de vouloir instaurer une neutralité dans le foyer familial, dont l’espace de vie est tout sauf neutre. Avec cette loi, on pourrait alors exiger de décrocher la photo de la figure paternelle en voyage à La Mecque ou celle de la communion du petit dernier, et, pourquoi pas, de les remplacer par un portrait de Marianne pour s’assurer d’une loyauté 100 % républicaine ! ■ Mohammed Colin Pour la publicité, contactez-nous par téléphone au 01 48 09 53 24 ou par mail à pub@salamnews.fr


SALAMNEWS N° 34 / FÉVRIER 2012

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ACTU

w Pour plus d’actus, saphirnews.com, le premier quotidien musulman d’actualité

SOCIÉTÉ Selon Benoît Hamon, « le PS ne devra pas adopter » le texte anti-nounous voilées

SPECTACLES © Mathieu Delmestre / Solfé Communications

LAÏCITÉ. Le texte de loi visant à étendre l’obligation de neutralité religieuse aux structures privées en charge de la petite enfance a été adopté dans son intégralité en première lecture au Sénat, mardi 17 janvier. Le Rassemblement démocratique et social européen (RDSE, à majorité radicaux de gauche), à l’initiative du texte, et le PS ont voté pour. Toutefois, la gauche, en majorité au Sénat, est apparue divisée sur le sujet. Sur l’ensemble du texte, les communistes se sont abstenus, les écologistes ont voté contre, tandis que l’UMP s’est partagée entre abstentions et contre. Le bureau national du Parti socialiste ne s’est pas encore prononcé officiellement au sujet de cette proposition de loi (PPL), mais une voix de la plus haute importance se fait entendre : celle de Benoît Hamon, qui n’est autre que le porte-parole du PS. Dans un entretien accordé à Saphirnews mardi 24 janvier, il s’oppose fermement à la PPL, qu’il juge comme « incompréhensible » et « inconstitutionnelle », assurant

AGENDA

avoir été « surpris » par l’initiative, car « le bureau national n’a jamais été saisi de la question alors que c’est une décision lourde qui nous engage quelque part ». C’est bien l’article 3 du texte, proposant d’étendre le principe de neutralité politique et religieuse aux assistantes maternelles exerçant à domicile, qui suscite les plus vives réactions du porte-parole. « L’État n’a pas à légiférer dans la sphère privée au point d’interdire aux femmes musulmanes voilées de ne pas pouvoir être assistante maternelle à domicile : cela relève du libre choix des parents qui décident de confier leurs enfants. Une proposition telle que celle-ci ne passera même pas le cadre de la Constitution », prévient-il. ■ Hanan Ben Rhouma

RENCONTRES Semaine anticoloniale Une « semaine » qui dure un mois, riche en colloques, ciné-débats, théâtre, salon… Point d’orgue, les 25 et 26 février, avec la remise du prix Frantz Fanon et du prix du livre anticolonial. w Du 7 février au 11 mars À Paris, Saint-Denis, Aubervilliers, Bordeaux… Programme complet sur : anticolonial.net

INTERNATIONAL France-Palestine : les Assises de la coopération décentralisée, à Hébron

EXPOSITION

© cgfrancejerusalem

PAIX. Les Assises de la coopération décentralisée franco-palestinienne se sont tenues les 23 et 24 janvier à Hébron, en Cisjordanie, en présence du Premier ministre palestinien Salam Fayyad et du ministre français chargé de la Coopération Henri de Raincourt. Cette rencontre, la troisième du genre mais la première à se tenir dans les Territoires occupés palestiniens, a réuni 400 participants, dont 200 élus et représentants de collectivités locales françaises, engagés dans des accords de coopération avec les villes palestiniennes. « Un vrai succès », qui témoigne de la vigueur de l’engagement des collectivités « au service du développement et de la paix », selon Claude Nicolet, président du Réseau de coopération décentralisée avec la Palestine.

Un nouveau fonds pour la coopération décentralisée franco-palestinienne pourrait bien voir le jour en 2013 pour développer les relations bilatérales, notamment avec des zones difficiles que sont Gaza, la zone C (sous contrôle d’Israël) et Jérusalem-Est. Une convention d’aide de la France à hauteur de 10,5 millions d’euros visant à améliorer l’alimentation en eau au nord de la Cisjordanie a été signée. ■ Hanan Ben Rhouma

Made in WIP Révolution(s) Coup de projecteur sur l’effervescence artistique du monde arabe en pleine mutation démocratique. Théâtre, chorale, danse, films et débat avec les artistes venus d’Égypte, du Liban, de Tunisie et d’ailleurs. w Du 17 au 25 février 211, avenue Jean-Jaurès Paris 19e www.wip-villette.com

Muslim Pride : dépasser les islamophobies européennes Expo ludique et pédagogique sur les relations entre islam, médias, publicité, cadres législatifs et humour en Europe. Organisée par les étudiants de l’IEP d’Aix-en-Provence, en partenariat avec l’Observatoire du religieux. En parallèle, des débats et des brunchs littéraires. w Du 23 février au 31 mars Institut des cultures d’islam 19-23, rue Léon Paris 18e www.institut-culturesislam.org

POLITIQUE

Droit de vote des étrangers : le clivage gauche-droite INTÉGRATION. Le 8 décembre, la proposition de loi sur le droit de vote et d’éligibilité des étrangers aux municipales, dans les cartons du PS depuis 1981, a été approuvée par le Sénat (dont la nouvelle majorité est à gauche), à quelques voix près : 173 voix pour, 166 voix contre… Une victoire plutôt symbolique, puisque la proposition de loi doit ensuite passer en deuxième lecture à l’Assemblée nationale… à majorité UMP. Cette proposition de loi montre ainsi le fort clivage qui oppose la gauche et la droite sur la question d’une France plurielle. Selon un sondage IFOP (déc. 2011), tandis que 55 % des Français seraient favorables au droit de vote des étrangers résidant depuis plus de cinq ans en France, ils ne sont que 48 % à se déclarer favorables à leur éligibilité aux élections locales. On note que le droit de vote et d’éligibilité remporte une plus forte adhésion des sympathisants de gauche (76 %) au contraire des sympathisants de droite (31 %, dont 37 % chez les proches de l’UMP et 20 % chez ceux du Front national). « Ce sont ici deux visions philosophiques de la citoyenneté qui s’affrontent, explique Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l’IFOP. Une vision d’une citoyenneté comme une appartenance à une nation et une vision de gauche, qui défend un droit de participation à la vie de la cité locale pour les personnes étrangères, économiquement intégrées à cette cité. » ■ H. T. N.


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ÉCONOMIE

Halal 2012 : les MDD favorisées par la crise

CONCURRENCE. Jusqu’en décembre 2010, la marque Wassila du groupe Casino était la seule marque de distributeur (MDD) active sur le marché du halal en France. Carrefour l’a depuis intégré en lançant sa propre marque, Carrefour Halal ; et, selon Abbas Bendali, directeur du cabinet Solis spécialisé dans les études de marketing et de consommation, la crise économique est favorable au développement de nouvelles MDD. Celles-ci sont en effet perçues comme étant moins chères, au détriment des marques nationales et historiques déjà

implantées dans les grandes et moyennes surfaces (GMS). «  C’est une logique du marché. Avec le lancement de nouvelles MDD, nous prévoyons une concurrence plus vive entre les distributeurs et les industriels. »

La crise économique, un challenge pour les industriels

Le circuit d’écoulement des produits alimentaires halal passe encore, pour la plus grande partie, par les commerces traditionnels comme les boucheries musulmanes, les épiceries ou encore les marchés, mais les enseignes

poursuivent « le développement de leur offre halal, avec une stratégie merchandising volontariste et qui sera plus affinée en 2012  », précise l’agence Solis. « Une vraie bataille entre les marques », estime M. Bendali, qui dit s’attendre à « plus de promotions pour les produits, y compris hors période du mois du Ramadan ».

Des consommateurs « plus avertis »

Reste à savoir si les consommateurs de culture musulmane seront vraiment séduits par ces nouvelles stratégies. L’affaire des Knacki Herta (compor-

© Lahcène Abib

Dans le contexte de crise économique, les grandes enseignes devraient pouvoir rattraper leur retard dans le secteur du halal, en lançant leurs propres marques de distributeur (MDD).

Le marché du halal poursuit sa croissance en 2012, mais la crise économique a considérablement ralenti son rythme et tend à la concentration des entreprises de ce marché.

tant, selon une étude, des traces d’ADN de porc) les avaient mis en émoi en début d’année 2011. Face aux craintes du « faux halal », 53 % des sondés déclarent n’acheter que les produits certifiés par des organismes de contrôle bien précis et 40 % n’achètent leurs produits que dans des commerces tenus par des musulmans. ■ Hanan Ben Rhouma


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sport 114

SALAMNEWS N° 34 /FÉVRIER 2012

w Sur 182 pays répertoriés, à 114 reprises, le sportif le mieux payé est

un footballeur. Le basketball arrive en deuxième position. Mais c’est le sumo Hakuho (Mongolie) qui remporte la palme, avec un salaire de 400 000 $ par an.

© Dan Rowley / Colorsport / SIPA

Par Nabil Djellit

Thierry Henry, sportif français le mieux payé en 2011, avec 18,3 M€

Avec un salaire de 4,2 millions d’euros, Thierry Henry est le deuxième joueur le mieux payé du Championnat américain derrière David Beckham.

Le sport, ascenseur salarial Des salaires astronomiques, une machine à fric : pendant que les Français se serrent la ceinture, le sport business tourne à plein à régime. Explications.

INFLATION. Dans nos sociétés, le montant des salaires des sportifs professionnels est de plus en plus élevé. Pour expliquer cette évolution, deux arguments sont généralement avancés : celui de la brièveté de la carrière et celui des « compétences rares ». Des sommes qui peuvent paraître indécentes au commun des mortels et surtout en temps de crise, mais qui se justifient par l’intensité émotionnelle que provoquent les sportifs de haut niveau. Les champions sont des fournisseurs officiels de rêve et cela n’a pas de prix [lire l’encadré]. Au-delà de leur extravagance, si les chiffres choquent, c’est parce que dans nos sociétés les salaires jouent un triple rôle : ils participent à la satisfaction des besoins, ils permettent de situer leur détenteur dans l’échelle sociale, et ils transmettent un signal aux autres. Des salaires qui peuvent même animer la défiance de certains. Plus prompt à dénoncer l’inflation des émoluments des sportifs alors que les parachutes dorés des grands patrons du CAC 40 bénéficient d’une haute bienveillance, il y a un an et demi de cela Nicolas Sarkozy avait animé le débat, se fendant d’une attaque ciblée : « Je suis choqué par les salaires mirobolants de certains footballeurs et de certains sportifs. » Et comment ne pas souligner

l’absence de femmes dans le top 20 des sportifs les plus payés de la planète ?

Bling-bling versus générosité

Que faire de cet argent ? Si le bling-bling l’emporte souvent dans les comportements ou les investissements financiers, certains sportifs conservent un comportement éthique. L’international franco-malien Cédric Kanté, lui, n’a pas oublié d’où il venait : « J’ai envie d’investir 10 000 ou 20 000 € à chaque fois dans des boîtes issues de la banlieue. J’y vois une opportunité et un acte solidaire. » D’autres investissent dans leur foi… En 2007, le geste du footballeur francomalien Frédéric Kanouté est resté célèbre. Alors que le bail de la mosquée de Séville devait être mis en vente, le joueur a débloqué une enveloppe de 500 000 dollars (un an de salaire) pour acheter la mosquée de la ville et la mettre à disposition des croyants de la capitale andalouse. Plus près de nous, la communauté musulmane du nord de la France a également eu son mécène sportif. Inauguré le 1er août 2011, la nouvelle mosquée de Villeneuve-d’Ascq a profité de la générosité du footballeur franco-sénégalais Moussa Sow : on parle d’un don en dizaine de milliers d’euros… ■

TRICOLORE. Les jambes de Thierry Henry, 34 ans, tournent moins vite, d’où l’idée pour le Français de traverser l’Atlantique. Sous contrat avec le club américain des New York Red Bull, et même s’il vient de faire une pige de deux mois avec Arsenal, l’attaquant ne connaît pas de baisse de régime au niveau de ses émoluments. En passant de Barcelone à New York, le meilleur attaquant français de l’histoire a maintenu son revenu grâce à un copieux salaire américain (5,6 M$, soit 4,2 M€). La pub lui apporte le reste, bien que son contrat mondial (au moins 5 M€) avec Gillette se soit terminé fin 2010. Il s’est d’ailleurs laissé pousser la barbe depuis… Malgré le désastre du Mondial français en Afrique du Sud, certains annonceurs ont continué à lui faire confiance. Du fait de sa belle cote sur le marché britannique, Renault UK a récemment lancé un spot dans lequel Henry croise la stripteaseuse Dita von Teese, icône de la mode. Sur le podium des tricolores, on trouve, juste derrière le champion du monde 1998, son pote le basketteur Tony Parker avec 12,2 M€, suivi de Karim Benzema, qui flirte avec la barre des 10 M€. ■

LE TOP 1. Manny Pacquiao (boxe, Philippines) et Alex Rodriguez (baseball, États-Unis) : 32 millions de dollars par an. 3. Kimi Raikkonen (rallye, Finlande) : 26,33 M$. – 4. Fernando Alonso (Formule 1, Espagne) : 22,73 M$. 5. Johan Santana (baseball, Venezuela) : 21,64 M$. – 6. Valentino Rossi (moto, Italie) : 20,80 M$. – 7. Cristiano Ronaldo (football, Portugal) : 19,50 M$. 8. Carlos Beltrán (baseball, Porto Rico) : 19,33 M$. – 9. Carlos Tevez (football, Argentine), Alfonso Soriano (baseball, République dominicaine), Carlos Lee (baseball, Panama) : 19 M$. Source : ESPN Magazine.


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FOCUS

Spécial Élections 2012

© Haley / SIPA

« L’élection présidentielle devra se faire avec la voix de la banlieue », prévient Mohamed Mechmach, président d’AC le feu (Association collectif, liberté, égalité, fraternité, ensemble, unis). Ce collectif, né à la suite des révoltes sociales de 2005 qui ont secoué la France après la mort de Zyad et Bouna, a incité les jeunes, fin 2011, à s’inscrire sur les listes électorales.

La campagne présidentielle est lancée

C

Par Mérième Alaoui

Si Nicolas Sarkozy ne s’est pas encore officiellement déclaré candidat, la campagne pour la présidentielle a bel et bien commencé. Tous les candidats des partis de gauche et de droite sont en piste pour la course à l’Élysée.

C’est avec un discours plus clivé, intrinsèquement de gauche et très en opposition avec la politique de Nicolas Sarkozy, jamais cité nommément, que François Hollande a enfin lancé sa campagne qui tardait à décoller. À peine les 25 000 militants socialistes venus l’écouter au Bourget, le 22 janvier, sontils rentrés chez eux que les flingueurs de l’UMP ont commencé à tirer. François Hollande « n’a pas les mêmes priorités » que les Français, déplore Xavier Bertrand. Le candidat du PS serait un « candidat des années 1970-1980 », selon Brice Hortefeux. Et le CSA de compter scrupuleusement les temps de parole des soutiens des

candidats, encartés ou non, depuis le 1er janvier 2012. François Hollande n’est bien sûr pas le seul candidat en lice... À gauche, Nathalie Artaud (Lutte ouvrière), Éva Joly (Europe ÉcologieLes Verts, EELV), Jean-Luc Mélenchon (Front de gauche). Le centre est partagé par Hervé Morin (Nouveau Centre) et François Bayrou (Modem), mais aussi Patrick Lozès (Allez la France !). À droite, Dominique de Villepin (République solidaire) s’est lancé, mais aussi Christine Boutin (Parti chrétien démocrate), Corinne Lepage (CAP21), Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République), Frédéric Nihous (Chasse, pêche, nature et traditions, CPNT) et Marine Le Pen

(Front national, FN)... Les candidats à la présidentielle sont nombreux. Nicolas Sarkozy, quant à lui, préfère garder son costume de président encore un peu, avant de se dévoiler, vraisemblablement en mars. La crise économique et ses conséquences ont commencé à investir les débats, ce qui ne l’arrange pas du tout.

La crise économique en toile de fond

La perte du triple A prononcée par l’agence d’évaluation Standard & Poor’s, le 13 janvier, est un coup dur. « Cela va imprégner la toile de fond de la campagne et servir d’instrument pour délégitimer tel ou tel programme », estime Frédéric Dabi, directeur


www.salamnews.fr

52 %

w C’est la proportion des Français qui choisiront l’Internet pour suivre les présidentielles, après la télévision (65 %), mais avant la presse écrite et la radio. (Source : OpinionWay, 2011)

du département Opinion de l’IFOP. Laurent Fabius a ainsi dénoncé une « dégradation Sarkozy ». Pour l’ancien Premier ministre socialiste, c’est principalement l’aggravation de la dette de « 600 milliards d’euros depuis 2007 » et la faiblesse de la croissance qui expliquent la sanction de l’agence de notation. Même son de cloche chez Dominique de Villepin : « La dégradation de la dette signifie clairement l’échec du quinquennat. » Un coup dur pour Nicolas Sarkozy, qui, deux jours après la dégradation financière de la France, a appelé les Français au « sang-froid » dans « l’épreuve de la crise » et a justifié, face aux critiques, la poursuite des réformes.

Islam et laïcité, thèmes faciles de campagne

L’autre grand sujet devrait être, sans surprise, (encore) l’islam et la laïcité. François Hollande, lors de son meeting du Bourget, s’est engagé à inscrire dans la Constitution la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État. La laïcité « est une valeur qui libère et qui protège », a-t-il déclaré sans s’expliquer plus. Il s’agirait d’« une main tendue aux musulmans et une volonté d’arrêter de polémiquer en légiférant à tout-va », d’après un cadre du parti. Placer une loi dans la Constitution la rend intouchable. « La proposition de François Hollande représente un progrès », estime Jean Baubérot, président d’honneur de l’École pratique des hautes études (EPHE) et historien et sociologue de la laïcité. Si « en 1946, la Constitution a déclaré que la République est “laïque” (...) le contenu de la laïcité ainsi constitutionnalisée est resté flou », expliquet-il. Or « la laïcité doit être indivisible, républicaine, démocratique et sociale », analyse M. Baubérot. Au contraire de ce qui a prévalu dans les débats (identité nationale, voile intégral…) qui ont eu lieu ces deux dernières années : « Quand on dit “laïcité”, on pense en fait “islam”. Cette équivalence est insupportable », relève le chercheur. Il faudrait « cesser de voir en l’islam un ennemi ! », prévient Esther Benbassa, sénatrice EELV du Val-de-Marne et directrice d’études à l’EPHE.

Rejet et drague des musulmans

Dans ce contexte, la proposition de loi visant à interdire le port du voile au personnel de la petite enfance en crèches publiques mais aussi à domicile votée en première lecture au Sénat (pour la première fois majoritairement de gauche) interpelle tout autant. Cette loi traduirait-elle la position du bureau national du PS et celle du

candidat Hollande ? À en croire Benoît Hamon, porte-parole du parti, il se dit « surpris » par cette loi « incompréhensible et inconstitutionnelle » : « Un dommage collatéral du débat sur l’identité nationale », initié par la droite en 2009 et suivi par de nombreux autres débats qui ont « beaucoup pollué l’espace public et démocratique au point de brouiller les représentations dans les têtes de nombreuses personnes, y compris au sein de la gauche », nous déclare-t-il. De fait, du Conseil français du culte musulman (CFCM) au Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), en passant par la Coordination contre le racisme et l’islamophobie (CRI), les Étudiants musulmans de France (EMF) et le collectif Mamans toutes égales (MTE), tous s’insurgent contre « le dernier délire laïcard et islamophobe », selon le slogan du CRI. « Cette proposition de loi constitue une violation du droit à la vie privée consacré par la Convention européenne des droits de l'homme et apparaît incontestablement comme disproportionnée », ajoute Mohammed Moussaoui, président du CFCM. Pour une fois que l’UMP n’est pas visée par ces cris d’indignations, le ministre de l’Intérieur Claude Guéant en profite : « L’islam ne doit pas être un sujet d’empoignades en 2012. » Déclaration surprenante après des années de coups de boutoir… Éva Joly veut aller plus loin dans la drague aux musulmans. Beaucoup plus symbolique, elle propose que les fêtes de l’Aid el-Kébir et de Yom Kippour deviennent des jours fériés pour que chaque religion « ait un égal traitement dans l’espace public ». Mais le CFCM n’est pas vraiment séduit : « La proposition qui intervient à la veille de grandes échéances électorales est inopportune, même si cela part d’un bon sentiment » et les musulmans ne sont pas dupes… Les thèmes « islam » et « laïcité » continuent d’être au cœur des débats politiques et il est très probable que les Français de culture musulmane ressentent davantage le besoin de s’exprimer par la voix des urnes. Mais quel parti va en profiter ? C’est la grande inconnue de ce scrutin tant le vote des musulmans a été jusque-là disparate. En 2007, on se rappelle qu’une semaine seulement avant le premier tour de l’élection présidentielle, l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) avait appelé à voter François Bayrou… Si la campagne a donc bien commencé, encore faut-il que les nombreux candidats obtiennent avant le 16 mars les 500 signatures d’élus d’au moins 30 départements. En attendant, ils ne sont que des candidats potentiels ou des candidats à la candidature. ■

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CHRONO ■ 31 DÉCEMBRE 2011

Date limite d’inscription sur les listes électorales

■ 23 FÉVRIER 2012

Décret de convocation des électeurs et envoi des bulletins de parrainage aux élus

■ 16 MARS 2012

Date limite de dépôt des 500 parrainages nécessaires aux candidats

■ 20 MARS 2012

Publication au Journal officiel de la liste des candidats établie le 19 mars par le Conseil constitutionnel

■ 9 AVRIL 2012

Début de la campagne électorale officielle

■ 20 AVRIL 2012

Fin de la campagne officielle pour le premier tour en Guadeloupe, Guyane, Martinique, à Saint-Pierreet-Miquelon, Saint-Barthélemy, Saint-Martin, en Polynésie française et dans les ambassades et postes consulaires situés sur le continent américain (y compris Hawaï)

■ 21 AVRIL 2012

Fin de la campagne officielle pour le premier tour

■ 21 AVRIL 2012

Premier tour de l’élection en Guadeloupe, Martinique, Guyane, à Saint-Pierre-et-Miquelon, Saint-Barthélemy, Saint-Martin et en Polynésie française

■ 22 AVRIL 2012

Premier tour de l’élection présidentielle

■ 5 MAI 2012

Second tour de l’élection en Guadeloupe, Martinique, Guyane, à Saint-Pierreet-Miquelon, Saint-Barthélemy, Saint-Martin et en Polynésie française

■ 6 MAI 2012

Second tour de l’élection présidentielle

■ 17 MAI 2012

Début du mandat du nouveau président de la République

■ 3 JUIN 2012

Premier tour des élections législatives en Polynésie et pour les députés des Français de l’étranger

■ 10 JUIN 2012

Premier tour des élections législatives en France métropolitaine, Guadeloupe, Martinique, Guyane, à Saint-Pierreet-Miquelon, Saint-Barthélemy et Saint-Martin

■ 17 JUIN 2012

Second tour des élections législatives


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FOCUS

Spécial Élections 2012

Par Mérième Alaoui et Nadia Henni-Moulaï

L’appel à voter à bout de souffle ? Après le succès de 2006, des associations ont remobilisé les quartiers jusqu’aux derniers jours de 2011, pour sensibiliser les jeunes à voter.

MOBILISATION. Plusieurs associations ont mené des campagnes de sensibilisation pour encourager les jeunes électeurs potentiels à s’inscrire sur les listes électorales avant la date butoir du 31 décembre. L’association Cités en mouvement, dont l’affiche met en valeur ses membres habillés en men in black, propose de s’armer d’une carte électorale. Dans le même esprit, le collectif Armons les quartiers a diffusé un visuel directement inspiré du film Scarface :

© D.R.

questions à Pierre Guillou*

La France, contrairement aux États-Unis, semble à la traîne en matière d’outils numérique. Êtes-vous d’accord ? Concernant les candidats à la présidentielle, leurs démarches est assez similaires. Que ce soit François Hollande

« Oyé Sapapaya, ça vous dirait d’aller voter avec mon ami et moi ? » À Bobigny, l’association La Balle au centre poursuit le combat avec le même slogan : « Si tu ne t’occupes pas de la politique, c’est elle qui s’occupera de toi. » D’après un sondage de 2010 du CEVIPOF, 70 % des musulmans interrogés ne se sont pas manifestés aux urnes aux élections régionales. Pour combler le fossé évident entre les aspirations de la jeunesse et celle de la classe politique, les Scouts musulmans de France (SMF) et la fédération laïque des citoyens de sensibilité musulmane Mosaïc ont entrepris, chacun de leur côté, un tour de France pour appeler les jeunes à voter. « La flamme de l’espoir citoyen » des SMF a ainsi sillonné 26 villes en 2011. « Nous avons travaillé avec des centaines d’élus de tous bords et organisé de nombreux débats politiques à chaque étape. Le Front national a même accepté de débattre avec nous à Cannes ! », raconte Hocine Sadouki, directeur général des SMF. Mosaïc, pour sa part, a lancé le Pack Jeunesse 2012, « un récapitulatif des 13 mesures qui sont revenues le plus souvent lors du tour de France, au cours duquel 4 500 votes furent enregistrés ».

Mais l’action la plus médiatisée reste celle du collectif AC le Feu, né après les révoltes urbaines de 2005, et qui a réussi a attiré toute la presse. Opération coup de poing à l’Espace 93, à Clichy-sous-Bois, le 9 novembre dernier. 400 Clichois ont répondu à l’appel du collectif accompagné par Jamel Debbouze, La Fouine, Grand Corps Malade ou Yvan le Bolloc’h, venus spécialement dans la ville nichée au fin fond du 93. Ces people sont venus convaincre de l’importance de voter. Ils ont même accompagné les jeunes qui le souhaitaient à la mairie pour s’inscrire sur-le-champ. Jamel Debbouze a été très direct : « Moi, je voterai à gauche, car voter à droite, c’est mauvais pour ma santé ! » Quant au centre, l’humoriste estime qu’« il ne sert à rien tout comme l’arbitre lors d’un match PSG-OM : qui est pour l’arbitre ? », déclare-t-il face à son public hilare. S’ils sont sensibles aux bonnes vannes, pas sûr que ces jeunes se déplaceront tous aux bureaux de vote. À Clichy-sous-Bois, le taux d’abstention aux dernières régionales était de 71,4 %. ■ M. A.

« Le Web politique, un moyen de toucher le quotidien des Français » ou François Bayrou, ils ont des sites modernes, novateurs à l’instar de ceux de Barack Obama ou de Mitt Romney. En termes de « machine » Web, il y a des différences notables selon les partis. Si l’on regarde le FN, on voit bien que les militants ont saisi les atouts du Web. Au Modem, l’équipe est bien constituée avec un usage régulier de Twitter et de Facebook pour inonder ses réseaux et mailing-list. Peut-on dire qu’il y a une meilleure maîtrise de ces outils par rapport à 2007 ? Oui. On sent bien qu’en l’espace de cinq ans on est passé à un Web

* Fondateur de Elu 2.0 et de Idéose, une société de conseil en stratégie politique.

politique organisé. Le PS et l’UMP emploient une dizaine de salariés pour communiquer sur l’Internet. Ce n’est pas moins de 10 % du budget qui lui est consacré. Sur 20 millions d’euros, la somme est donc non négligeable. Dans un parti comme Europe ÉcologieLes Verts, le Web est plutôt l’affaire des bénévoles. C’est donc un handicap ? Pas forcément. Regardez le Front de gauche. Le parti a une équipe de jeunes derrière lui, des geeks, qui contribuent aussi à moderniser l’image de Jean-Luc Mélenchon. L’UMP ou le PS vont déployer tout l’arsenal du Web politique avec le risque de délivrer

un message peu motivant, de type entreprise. Le Web peut-il supplanter les médias classiques comme la télévision ? Il est nécessaire d’afficher que l’on maîtrise le Web, la télévision reste néanmoins irremplaçable. Quand Nicolas Sarkozy fait le 20 heures de TF1, l’impact est plus fort que celui du Web. Internet reste néanmoins un outil incontournable pour gagner la présidentielle… De plus, le numérique porte un enjeu plus large que de communiquer sur les réseaux sociaux : le Web est en effet un formidable moyen de prendre le pouls de la société. ■

Propos recueillis par N. H.-M.


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20 %

w En France, seuls 20 % des élus disposent d’un compte Tweeter contre 90 % aux États-Unis. (Source : OpinionWay, 2011)

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Médias sous influence

CONNEXIONS. Les relations entre médias et politiques appellent, instantanément, un adjectif : dangereuses. Une proximité jetant l’opprobre tant sur les journalistes que sur les élus. Lina, 36 ans, porte un jugement sans appel. « Les liens qui existent entre journalistes et hommes politiques m’inspirent essentiellement des choses négatives », analyse cette juriste, souvent très au fait de l’actualité politique. Selon elle, ces rapprochements conduisent à « une manipulation pure et simple de l’information ». L’honnêteté intellectuelle des journalistes ? « Je n’y crois pas trop ! Comment être impartial dans ses sujets si l’on copine avec un responsable politique ? » Pas faux. La question mérite d’être soulevée.

Des relations biaisées

D’autant que les médias sont parfois sous la coupe de propriétaires au nom clairement connoté. Serge Dassault, dont la fortune familiale provient de l’industrie de l’armement, fut un temps patron du Figaro, quotidien résolument marqué à droite. À l’inverse, le journal Libération est un pur produit de la gauche. Parmi ses fondateurs, Jean-Claude Vernier, militant maoïste, Jean-Paul Sartre, célèbre philosophe, ou encore Serge July, qui en devient dès 1972 le directeur de publication. Des titres symboles de la presse d’opinion, dont le succès repose sur un traitement spécifique et engagé de l’information. Pas étonnant selon Jean-Marie Charon, chercheur au CNRS

et spécialiste des médias : « N’oublions pas que la France a une tradition où presse et politique sont très imbriquées. » Et d’ajouter : « À partir de la IIIe République jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, la plupart des hommes politiques possédaient des organes de presse. » Georges Clemenceau ou Léon Blum. « On est loin du modèle à l’anglosaxonne, où la presse représente le quatrième pouvoir. »

Des journalistes politisés ou politiques ?

Cette connivence naturelle entre médias et politiques est symptomatique de l’exception à la française. « On a Le Figaro qui soutient clairement Nicolas Sarkozy pour les présidentielles. Cela a été dit sur un blog », glisse Jean-Marie Charon. Auteur de la confession ? Étienne Mougeotte, directeur des rédactions du groupe Le Figaro ‒ rappelons que l’homme est un intime de l’actuel président de la République ‒, qui participe à un think thank réunissant, entre autres, Jean-René Fourtou, président du conseil de surveillance de Vivendi (propriétaire du groupe Canal+, lui-même détenant i>Télé). Objectif de ce cercle de réflexion ? Accompagner le très probable candidat de l’UMP vers un second mandat élyséen. Les syndicats veillent. Et de l’aveu même du Syndicat national de journalistes (SNJ), la période est propice au mélange des genres. « Certains journalistes sont davantage des attachés de presse »,

© TSCHAEN / SIPA

Médias et politiques font-ils bon ménage ? Dans une démocratie comme la France, la réponse semble évidente. Sauf que la réalité est plus complexe.

En 2007, le candidat Sarkozy à la présidentielle se montrait sous ses plus beaux atours, à cheval, en Camargue. On se souvient aussi qu’une horde de journalistes avait été invitée à ce « reportage », qui relevait davantage d'une mise en scène.

lance Dominique Pradalier, membre du syndicat et journaliste à France 2. Quand le président de la télévision publique est nommé par l’Élysée, comment empêcher les soupçons ? Depuis le 15 juin dernier, la Charte des antennes adoptée par le groupe vise à se prémunir contre toute dérive, dont la profession semble être apparemment encline. Sans parler des pressions déguisées exercées par les sommets de l’État. « Les journalistes évitent d’aller filmer les Roms ou encore les clandestins embarqués de force dans les avions… », fait-elle observer.

Un œil sur la presse

Autre garde-fou, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), où le principe d’équité du temps d’antenne et du temps de parole prévaut du 1er janvier au 20 mars 2012. Avec des règles très strictes. Depuis 2009, le CSA a mis en place un nouveau système de surveillance. « Hors périodes électorales, le temps de parole des partis découle de leur représentation à l’Assemblée nationale », nous explique le CSA. L’espace médiatique correspond à la représentativité électorale. Une mesure mise en place, également, pour permettre aux petits partis d’exister dans le

paysage médiatique. En la matière, pas de tricherie possible : « Les chaînes nous envoient leur décompte régulièrement. » Et en cas de manquement, elles n’échappent pas à une mise en demeure. Au 3e trimestre 2011, cinq chaînes de télévision et de radio ont été rappelées à l’ordre, dont BFM, i>Télé et LCI. En cause, « un temps de parole trop important attribué à l’opposition en comparaison de celui de la majorité. Primaires et affaire Strauss-Kahn. » En périodes électorales, la donne change. Aux chaînes de définir elles-mêmes les temps de parole accordés aux candidats à partir de critères de l’équité tels que définis par le CSA : « Résultats électoraux précédents, dynamisme de la campagne, représentativité du parti qui soutient le candidat », explique-t-on au CSA. « Nous sommes en contact avec ces médias tous les jours pour les conseiller et, le cas échéant, rectifier le tir en cas de manquement au principe d’équité entre les candidats. » Le CSA entame d’ailleurs une série de rendez-vous avec les radios et les chaînes. « Elles vont nous donner leur décompte du mois. » À trois mois du premier tour, les oreilles de patrons de presse vont-elles siffler ? ■ N. H.-M.


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FOCUS

Spécial Élections 2012

Par Mérième Alaoui

Qu’est-ce qu’un élu de la diversité, au juste ? OUVERTURE. Les partis politiques font tous le même constat, on manque de diversité, notamment à l’Assemblée nationale et cela devra changer en 2012. Mais s’agit-il de diversité ethnique, avec des élus aux noms étrangers ? Pourquoi alors Anne Hidalgo ou Manuel Valls, tous deux nés en Espagne, ne sont-ils pas concernés ? Ou bien s’agit-il de diversité sociale, avec des jeunes qui ont grandi et travaillé dans les banlieues ? S’agit-il des femmes, pour qui l’accès aux mandats est toujours très complexe ? La réponse de l’UMP est sans détour. « La diversité représente les Français d’origine étrangère, notamment portant un nom étranger... », explique simplement Olivier Stirn, secrétaire national en charge de la diversité. « La question de l’origine sociale est importante, elle peut être associée à celle de l’origine ethnique, mais c’est une question à poser dans un deuxième temps », poursuit l’ancien ministre qui assure que le parti du président de la République va présenter une dizaine de candidats en position de devenir député. À l’UMP, les candidats sont directement nommés par les instances nationales. Côté PS, en théorie les candidats se présentent au sein de leur section locale et ce sont les militants de la circonscription qui investissent leur champion(ne). Mais pour favoriser la diversité, 22 territoires ont été « gelés » pour un candidat d’origine étrangère. L’opération a été organisée au PS par Christophe Borgel, secrétaire national chargé des élections et des fédérations. Le libre arbitre a pourtant ses limites. Parmi ces 22 circonscriptions, des nominations ont été imposées par les instances nationales, les militants de terrain n’ont donc pas eu leur mot à dire. De plus, une grande partie des 22 territoires est considérée comme ingagnable en 2012…

Plus qu’une simple bonne volonté

Réserver des territoires à la diversité. L’idée n’a pas toujours plu à Akli Mellouli, fin connaisseur de la question au sein du PS.

© Mathieu Delmestre / Solfé Communications

« Diversité ». Un substantif qu’on entend à longueur de débat et qu’on a de plus en plus de mal à définir clairement.

Qu’est-ce qu’introduire plus de diversité dans un parti politique : des femmes, des jeunes, des porteurs de patronyme à consonance étrangère ? Au sein du Parti socialiste, 22 circonscriptions sont réservées aux candidats issus de la diversité. Mais une partie d’entre elles est ingagnable aux législatives de 2012…

Maire adjoint à Bonneuil-sur-Marne et membre du Conseil national du PS, il brigue la première circonscription du Val-de-Marne. « Je suis engagé dans la politique depuis 30 ans et je ne voyais pas pourquoi je serais traité différemment… Mais avec le temps, j’ai constaté que, à l’instar de la parité hommes-femmes, la présence de Français issus de l’immigration nécessitait plus que de la simple bonne volonté », analyse-t-il. « C’est triste, mais pourquoi retient-on davantage mes origines algériennes plutôt que mon passé dans la Ligue de l’enseignement, ma riche expérience au sein de la CFDT et ma bonne connaissance du syndicalisme ? », regrette Akli Mellouli. De son côté, Kamel Hamza, conseiller municipal UMP de La Courneuve est beaucoup plus amer. Âgé de 40 ans, il est le présidentfondateur de l’ANELD (Association des élus locaux de la diversité). « Il faut être clair : la diversité pour les partis, ce sont les élus aux origines africaines », lance l’attaché parlementaire d’Éric Raoult. « Avec notre réseau, nous voulons sortir du symbole de l’Arabe ou du Noir, qui est forcément musulman », explique-t-il. « Dans toutes les élections locales, quels que soient les partis, on a besoin de quelques élus de la diversité qui sont vite mis de côté, sans compétences ni

portefeuille… », déplore-t-il. « Et les territoires donnés à la diversité pour les législatives sont le plus souvent complètement à conquérir. »

Tirs groupés, à droite comme à gauche

Si la question de la diversité en politique est rarement traitée sur le fond, elle l’est souvent via la polémique. Les régionales ont offert plusieurs exemples flagrants. Tirs groupés à droite comme à gauche contre la présence de la « candidate voilée » Ilham Moussaïd du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) , remise en question du candidat socialiste des Bouches-du-Rhône Toufik Chergui, du simple fait de son appartenance au CRCM (Conseil régional du culte musulman). Sans oublier les attaques de Francis Delattre, sénateur-maire UMP de Franconville – condamné en janvier 2012 pour diffamation –, contre Ali Soumaré, tête de liste du PS dans le Val-d’Oise, qu’il avait accusé d’être « un délinquant multirécidiviste ». La bataille pour plus de représentativité de toutes les composantes de la société française est encore longue. Peut-être avancera-t-elle lorsque le mot « diversité » passera aux oubliettes ? ■


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Tête d’affiche

Lilian THURAM

Ancien footballeur international, engagé et militant, Lilian Thuram est président de la fondation Éducation contre le racisme. Revue de société avec un homme qui aime déconstruire les préjugés.

© Lahcène Abib

« À l’âge de 9 ans, je suis devenu Noir dans le regard de l’autre » Lilian Thuram, un défenseur à l’attaque. Il est commissaire général de l’exposition « Exhibitions : l’invention du sauvage », au musée du quai Branly (Paris, jusqu’au 3 juin 2012).

Il y a 50 ans décédait Frantz Fanon, Français, Martiniquais et Algérien de cœur. Figure de la décolonisation, il ne pèse pas bien lourd dans nos livres d’Histoire. Pourquoi cette amnésie ? Lilian Thuram : Frantz Fanon dénonce d’abord la colonisation française. Dès lors, on peut comprendre qu’on ait du mal à le retrouver dans nos livres d’Histoire. Le plus étonnant, c’est qu’aux États-Unis il est extrêmement connu. On voit qu’il revient à la lumière, on parle de lui à la radio. Et c’est un bon signe : cela veut dire que notre société a progressé et qu’elle est capable d’avoir une critique de son passé. Comme chaque individu, nous devons apprendre à nous connaître ; et la société, elle aussi, doit faire ce travail. Vous êtes commissaire de l’exposition « Exhibitions : l’invention du sauvage ». Comment peut-on expliquer une telle fascination de l’Occident pour les « zoos humains » (on parle de plus d’un milliard de spectateurs cumulés) entre 1800 et 1958 ? À l’époque, il n’y avait ni la télévision, ni la radio, ni la possibilité de voyager. Il existe une forme de curiosité à l’égard de ce qui ne nous ressemble pas. C’était aussi la période de

la colonisation. N’oublions pas les discours qui étaient portés sur l’autre. Les politiques de l’époque conditionnaient les masses à accepter une domination de certains sur d’autres. Dans un passé très proche, on parlait encore de races, avec une supériorité de la prétendue race blanche sur les autres races ; et la race noire était entre le singe et l’homme. Les visiteurs des zoos humains ont finalement intégré le racisme de façon inconsciente. Quel est le but de cette exposition, où un défenseur comme vous tacle le mythe du « sauvage » ? Ce qui m’anime, c’est comment ont pu se former nos imaginaires et notre façon de penser. Cette exposition est avant tout un questionnement sur l’altérité : comment je perçois l’autre et pourquoi je le perçois ainsi ? Il faut aussi rappeler que les stigmatisations ne sont pas simplement liées à la couleur de la peau. Je trouve qu’il est intéressant de se questionner sur ses propres préjugés, afin de pouvoir de les dépasser. En 1931, les arrière-grands-parents de Christian Karembeu (son ami footballeur, ndlr) ont, par exemple, été exhibés. Est-il plus compliqué avec un vécu pareil de chanter La Marseillaise ?

BIO EXPRESS Arrivé à l’âge de 9 ans des Antilles, Lilian Thuram grandit à Avon, près de Fontainebleau (Seine-et-Marne). L’enfant de Pointe-à-Pitre est doué pour le football. À 19 ans, il est recruté par Monaco. Il y débute sa carrière professionnelle de footballeur. À ce moment-là, il ne sait pas encore qu’il deviendra le joueur le plus capé de l’histoire du football français. Fort de ses 142 sélections, d’un titre de champion du monde en 1998 ou d’un Euro en 2000, et d’un parcours exceptionnel en club, le défenseur réputé intraitable sur le terrain se démarque et affiche ses convictions : antiracisme, égalité républicaine… Dès 2003, il siège au Haut Conseil à l’intégration. Il mouille le maillot en 2005, lors d’un tête-à-tête tendu face à Nicolas Sarkozy, après les déclarations de ce dernier sur le « nettoyage au Kärcher » des banlieues. Depuis sa retraite sportive, en 2008, il a créé une fondation vouée à l’éducation contre le racisme (www.thuram.org). Son livre, Mes étoiles noires (Éd. Philippe Rey, 2010 ; Éd. Points, 2012), a reçu le prix Seligmann contre le racisme. Récemment, il a pris une position forte et sans ambiguïtés dans les polémiques portant sur les quotas dans le football français.


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« On ne naît pas raciste, on le devient par conditionnement : le racisme est une construction intellectuelle et culturelle » Il faudrait poser la question à Christian. Effectivement, on ne se rend pas compte que c’était hier. On ne peut pas nier qu’il y ait un lien entre le passé et le présent. Voilà pourquoi il faut questionner notre passé pour comprendre notre présent, afin de construire quelque chose de meilleur dans l’avenir. Présenter les arrièregrands-parents de Karembeu au Jardin d’acclimatation comme des Kanaks sauvages : on imagine toute la construction qu’il y a autour. C’est pour cela qu’il était impératif d’écrire l’histoire de l’invention du « sauvage ». Par quel cheminement personnel est passé le champion du monde 1998, symbole d’une équipe black-blanc-beur, qui devient aujourd’hui commissaire de l’exposition « Exhibitions » ? Ma naissance et mon vécu aux Antilles sont très importants. J’arrive à 9 ans en région parisienne. Et c’est là que je deviens Noir dans le regard de l’autre, avec les préjugés que peut véhiculer cette « couleur ». À l’époque, il y avait un dessin animé avec une vache stupide, la noiraude, et une vache blanche, très intelligente. Les enfants m’appelaient la noiraude et cela m’a attristé. De questionnement en questionnement, j’ai compris que le racisme était une construction intellectuelle. Je me suis intéressé à l’esclavage. C’était une façon de me comprendre, de comprendre ma propre famille, la société antillaise et française. J’ai compris que les discours pouvaient consister à conditionner l’autre, à ne pas accepter l’autre en raison de sa couleur de peau ou alors à créer des inégalités comme celles qui peuvent exister entre les hommes et les femmes. Hormis Yannick Noah et vous, peu de sportifs s’aventurent en politique, dans le domaine social et celui de la culture. Récemment, Joey Starr, dans L’Équipe magazine, s’est ému de ne pas voir Zinedine Zidane sur ce terrain-là. Qu’en pensez-vous ? Je pense que chacun de nous a son parcours de vie. Il ne faut pas critiquer les personnes qui n’ont pas cette sensibilité. On attend trop des sportifs. Dans les autres métiers, il n’y a pas non plus beaucoup de gens qui vont sur ce terrain-là. Et Zidane… Ce n’est pas parce qu’il ne parle pas de ces sujets-là qu’il n’est pas sensibilisé par cela. Pour ma fondation Éducation contre le racisme, Zidane a participé à un des outils pédagogiques.

Le 6 octobre 2001, vous avez participé à un match entre la France et l’Algérie. La Marseillaise avait été sifflée. Pensez-vous que c’était une provocation gratuite d’une catégorie de la population comme ce fut présenté ou alors un rejet plus profond ? Dès le lendemain du match, j’avais dit qu’il était trop facile de dire que ces jeunes étaient des « petits cons ». Pourquoi ont-ils sifflé La Marseillaise ? Et pourquoi cela est-il arrivé face à l’Algérie ? Il y a une histoire particulière entre ces deux pays. Comme il y a eu un rapprochement historique entre la France et l’Allemagne, après la Seconde Guerre mondiale, il faut le même processus pour dépasser les problématiques. Dépasser une forme de culpabilisation chez les Français et aussi un sentiment de victimisation chez les jeunes Français d’origine algérienne. C’est extrêmement compliqué pour certaines personnes de ne pas se sentir vues comme françaises, car l’on se constitue également à travers le regard que l’autre porte sur soi. Les enfants de la 2e ou de la 3e génération issue de l’immigration maghrébine ou subsaharienne ne sont, parfois, pas encore considérés comme des Français à part entière. Comment peut-on l’expliquer et que faire ? Il faut se questionner là-dessus : pourquoi certaines personnes ne sont pas vues comme des Français ? Quand vous avez des origines sénégalaises, ivoiriennes, algériennes ou marocaines…, la première chose qu’il faut dire, c’est  : « Je suis français et je vais participer au changement de mon pays. » Et cela, il faut le répéter sans cesse. Car si vous-même, vous ne vous considérez pas comme français, vous ne pouvez pas demander à l’autre de vous considérer aussi comme français. Il ne faut pas intégrer le discours négatif qui est porté sur vous, qui dit : « Vous n’êtes pas français, je ne vous considère pas comme français. » Au final, vous vous considérez comme étranger. Au contraire, il faut revendiquer : « Je suis français comme tout le monde » ; l’histoire des Gaulois, etc., c’est juste une construction intellectuelle. C’est pour cela que je dis aux parents des enfants qui peuvent être discriminés qu’il faut très tôt leur expliquer l’Histoire, pour que cette discrimination ne les touche pas. Afin qu’ils la comprennent et intègrent la démarche intellectuelle qui a conduit à ce mode de pensée. Cela permet ainsi d’éviter d’être dans une forme de violence vis-à-vis de soi-même. ■ Propos recueillis par Nabil Djellit

17 ABCédaire

EÉducation comme

C’est le plus important, car quand quelqu’un perd tout il lui reste son éducation. Travailler sur l’éducation avec les enfants, en leur expliquant que leur conditionnement n’est peut-être pas le bon, c’est essentiel.

H HISTOIRE comme

L’apartheid, la décolonisation, la Seconde Guerre mondiale fondée sur une « supériorité » de la race aryenne ou la ségrégation aux États-Unis, c’était hier. On n’a jamais réalisé le travail de déconstruction de ces Histoires. C’est pourquoi il y a des séquelles racistes dans nos sociétés.

I IDENTITÉ comme

L’identité est mouvante. Il suffit d’observer sa propre vie. Quand on a 10 ans ou 20 ans, on ne pense les mêmes choses. On rencontre les gens, on s’enrichit. Et vouloir penser qu’il y a une seule identité figée, c’est un piège.

P PRÉJUGÉ comme

Il ne faut pas se mentir : certaines personnes ont des préjugés sur les religions, les couleurs de peau… mais chacun de nous a aussi ses propres préjugés. Et il faut avoir le courage de (se) le dire et de sortir de cela.

S SPORT comme

Le sport ou la musique sont des vecteurs du vivre-ensemble et permettent de dépasser les clivages de la couleur de peau. Le sport fait énormément pour cela.


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CULTURE

w Notre coup de cœur du mois : Sur la Planche, de Leïla Kilani, conte les combines de quatre jeunes filles marocaines, ouvrières le jour, débrouillardes de l’anti-galère la nuit. De belles interprétations féminines pour ce film qui a récolté de nombreux prix. En salles le 1er février.

Par Mounir Benali

Tahrir : touche pas à ma Place !

© Stefano Savona

Frustré d’assister, par petit écran interposé, à un monde arabe en pleine ébullition, Stefano Savona s’est rendu en Égypte. Il y a réalisé Tahrir - Place de la libération. Bouleversant ! régime, notamment des prison- il laisse au spectateur le soin de niers libérés et engagés grâce aux se forger sa propre opinion au pétrodollars, est une des scènes gré des discours et des visages choquantes du documentaire. de ces jeunes scarifiés par la En guise de contre-attaque, les révolution. Entre cris, pleurs, jeunes vont jusqu’à briser le sol joies et hystérie, ce film est un de cette fameuse Place, afin d’en grand huit émotionnel, exprimé extraire des pierres, seule arme par le peuple égyptien, alors que la sécurité antiémeute abat une qu’ils ont à leur disposition. Le spectateur assiste aussi à des répression digne d’un cinéma moments de joie comme l’an- hollywoodien. Après Carnet d’un combattant nonce de la démission du raïs. kurde (2006, Grand Prix interMonté de façon spectaculaire, LIBERTÉ. Il y a d’abord une Stefano Savona nous fait vivre national de la SCAM, festival le film suit, avec intensité et place nommée Tahrir (« libé- la révolution égyptienne, qui a du Cinéma du réel) et Plomb passion, ses protagonistes au ration », en français), puis des débuté en janvier-février 2011. durci (2009, Prix spécial du jour le jour dans l’apprentissage jeunes, et enfin d’autres per- Pendant 18 jours, sa caméra a jury, festival de Locarno), l’exde la révolution : inventions sonnes de toutes les générations suivi de près les tout premiers archéologue Stefano Savona des slogans, soins donnés aux et de tous les milieux sociaux déroulements. Les images que confirme sa singularité à filmer, blessés, discussions sur l’aprèsqui se rassemblent pour hurler nous rapporte Savona transpide manière totalement inédite, Moubarak, etc. leur ras-le-bol de la dictature rent la spontanéité et le risque l’Histoire en marche. ■ Le traitement est toutefois diffédu « dernier pharaon » Hosni que ces jeunes et lui ont encouru rent de celui que fournissent les durant ce moment historique. Moubarak. Tahrir - Place de la Libération, À travers le regard de trois jeu- La confrontation qui oppose chaînes de télévision, le cinéaste de Stefano Savona. nes, Elsayed, Noha et Ahmed, révolutionnaires et partisans du évitant les narrations partisanes : En salles le 25 janvier.

© 2011 Prima Linea Productions / Pathé Production / France 3 Cinéma / Chaocorp / Scope Pictures

Zarafa, une girafe pas comme les autres Quand un spécialiste de l’animation s’allie à un cinéaste du réel, cela donne un subtil conte africain : Zarafa. POÉSIE. Il était une fois un enfant, Maki, âgé de 10 ans, et Zarafa, une girafe orpheline, cadeau du pacha d’Égypte au roi de France Charles X. Entre les deux naît une amitié indéfectible, qui les fera voyager de l’Afrique à Paris, au côté d’un prince du désert et d’un aéronaute nommé Malaterre. Ce sont deux habitués du genre qui se sont unis pour réaliser cette histoire contée par un vieil homme entouré d’enfants sous un baobab : Jean-Christophe Lie, issu des studios Disney de Montreuil, ayant œuvré sur Les Tri-

plettes de Belleville et Kirikou et les bêtes sauvages, et Rémi Bezançon, réalisateur des longs métrages Le Premier jour du reste de ta vie et Un heureux événement. Objet cinématographique de très bonne facture, Zarafa distille, dès les premières secondes, tout l’exotisme propre à l’Afrique du XIXe siècle. Les éléments inhérents au conte sont maîtrisés, afin de captiver les jeunes spectateurs : mise en abyme de l’histoire contée par un ancien, mise à mort de animaux qui s’avéreront être attachants, gentils gags...

Les atouts de Zarafa résident toutefois ailleurs. Car c’est bien dans les idées visuelles et l’esprit d’aventure que l’on aime se perdre. Dans les douces couleurs pastel des cieux de fin de journée du continent du Sud, dans les plans poétiques qui jonchent l’odyssée du jeune héros Maki et de sa girafe Zarafa. Le trait de crayon est savoureux, davantage dans l’esprit de nos bandes dessinées d’aventures que dans celui des péripéties animées de Disney ou de Dreamworks pétries de 3D overdosées.

Enfin, Zarafa n’occulte pas le contexte historique et social de l’époque : les enjeux du port d’Alexandrie, l’esclavagisme, le racisme ambiant liée à cette Europe au plus fort de sa puissance coloniale, le pillage des tombes à travers le personnage de l’odieux Moreno. Romanesque, Zarafa est porteur de messages forts  : l’importance de l’amitié, de la parole donnée et de la liberté. ■ Zarafa, de Rémi Bezançon et de Jean-Christophe Lie. En salles le 8 février.


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SALAM ANNONCES

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SALAMNEWS N° 34 / FÉVRIER 2012

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beauté

Confidences d’

oum

Par Karima Peyronie

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Photos produits © D.R.

[1]

[6] © D.R.

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« Rien de tel que de s’aimer et de se sentir aimée »

Votre musique est un savant mélange de jazz, pop, oriental, variété… On retrouve cet éclectisme dans votre look également !

Au Maroc, nous avons la chance de baigner dans une culture plurielle entre l’Andalousie, le Rif, le désert et l’Afrique. Je porte cet héritage à travers ma musique, mais aussi mes vêtements : je suis sensible aux couleurs, aux textures, à la lumière comme au détour d’une ballade à Marrakech. Je suis plutôt jupes longues et bustiers, sans oublier d’habiller ma tête de turbans [1], de bijoux de tête ou de chapeaux customisés.

Quelle est votre « fashionfixette » par excellence ?

Je suis fan inconditionnelle d’Alexander McQueen pour le caractère qui émane de son style. La faculté à pouvoir sortir de l’ordinaire avec classe. Mon autre péché mignon, ce sont les bijoux [2].

Entre deux scènes et en pleine promo de son deuxième album, la chanteuse Oum s’octroie une pause pour papoter de tout : beauté, mode, maternité… Une discussion très zen ! Je les aime ethniques, berbères, qu’ils aient une âme.

De la tradition marocaine, en retenez-vous des rituels de beauté ?

J’utilise de l’huile d’argan [3] en alternance avec l’huile d’olive pour mes cheveux. Au hammam, j’aime me faire des masques au henné sur le corps et le visage, que j’agrémente, selon la recette de ma mère, d’eau de rose [4], de pétale de rose et d’une pierre « rouge de Fès », pour hydrater et donner un léger hâle à la peau.

m’absenter, j’essaye de ne pas trop culpabiliser, en me disant que l’essentiel est l’amour que je lui porte. Une fois, il était au premier rang d’un de mes concerts, je le voyais subjugué par le specd’oranger ou d’oud et une bougie tacle : un souvenir magnifique ! aromatique [5]. Puis, au sortir du bain, je me passe un glaçon sur le Quel est votre secret visage. Rien de tel pour me recen- pour avoir retrouvé votre silhouette ? trer et me requinquer à la fois ! Chez nous, quand on accouche, on doit plaquer la paire de Et que trouve-t-on babouches du mari autour du dans votre vanity-case ? Très peu de choses, car je ne me ventre pendant quelques jours maquille pratiquement pas : un pour perdre le bidon ! Mis à part khôl, le parfum « Un jardin sur cette technique, j’ai tout essayé le toit » d’Hermès, l’huile prodi- avec plus ou moins de succès : gieuse de Nuxe [6] et un baume les régimes, les séances d’abdos, le yoga… Mais ce qui marche le de chez Clarins. mieux, c’est de s’aimer et de se sentir aimée avant tout ! ■ Comment conciliez-vous votre carrière de chanteuse

Vous êtes de tous les festivals et votre rôle de maman à travers le monde, quelle est d’un petit garçon de 3 ans ? votre astuce « anti-jet-lag » ? Je gère les choses assez naturelleD’abord, un bain très chaud avec ment : mon fils voyage avec moi, des huiles essentielles de fleur assiste aux répétitions. Si je dois

Le 4 février, Oum sort son deuxième album Sweerty, aux variations jazzy-orientales. Retrouvez la belle dans l’émission « Acoustic », sur TV5Monde courant février. Les dates de ses scènes sur www.oum.ma


SALAMNEWS N° 34 / fÉVRIER 2012

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DE VOUS À NOUS

Vous traversez un moment difficile ? Vos réactions et celles des autres vous surprennent ? Vous avez l’impression d’être dans une impasse ? Quelle décision prendre ?… À partir du bel islam et d’une lecture appliquée du Coran, des solutions peuvent toujours être trouvées. Posez vos questions à devousanous@salamnews.fr

Par Chams en Nour, psychanalyste

Faire son deuil « CELA VA FAIRE MAINTENANT DIX-HUIT MOIS QUE MA MAMAN EST DÉCÉDÉE. Chaque jour, je pense à elle et je pleure. Nous avions un lien très fort, assez conflictuel cependant, car nous avons du caractère toutes les deux. Ma famille et mes amis s’inquiètent pour moi, mais c’est plus fort que moi. Je me fais des reproches, je culpabilise. Trouvez-vous mon chagrin normal ? » Kheira, 38 ans

« JE SUIS COMMERÇANT ET MON MÉTIER ME FAIT RENCONTRER des gens très différents. Je ne peux m’empêcher de m’énerver contre les personnes qui donnent des leçons autour d’elles sans être elles-mêmes irréprochables. Je ne comprends pas pourquoi cela me met ainsi hors de moi. Je ne trouve pas ça normal et j’aimerais que vous m’éclairiez sur ce point. » Rachid, 42 ans

Chams en Nour. Qui trouverait anormal d’éprouver du

Chams en Nour. Qu’est-ce qui n’est pas normal : l’at-

titude des autres ou de vous énerver à cause de cela ? Pour le premier point, rappelez-vous qu’un homme sachant voir ses propres défauts est plus près de la vérité que celui qui regarde les défauts des autres. On pourrait dire qu’il s’agit là de faire le deuil de ses illusions sur soi-même. Le grand jihâd, c’est cela aussi. Sur le fait que vous manquez de patience sur les défauts des autres, je vous renvoie à ma réflexion précédente et à cette parole du Prophète [paix et salut sur lui] : « Pour celui qui prospecte les faiblesses de son frère en islam, Dieu prospecte ses propres faiblesses et les met à nu. » ■

chagrin après la mort de sa mère ? C’est une étape très douloureuse, mais aussi un passage important dans la vie de tout être humain, qu’elles qu’aient été les relations avec la mère. Un passage vers la conscience de son autonomie profonde. C’est dans l’ordre de la Création d’apprendre à se détacher, chacun est appelé à disparaître. Vous semblez avoir une réelle difficulté à l’accepter. Il y a là pour vous une séparation à accomplir. Quant à la culpabilisation, elle est inutile et empoisonne la vie. Demandez-vous plutôt pourquoi ce deuil est si difficile à faire… Vous êtes la mieux placée pour trouver les réponses. ■

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