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Colori compositi

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à Rimini et dans son territoire

© DiskArt™ 1988

Sur les traces des Malatesta

I - 47900 Rimini, piazza Malatesta 28 tél. +39 0541 716371 - fax +39 0541 783808

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Provincia di Rimini Assessorato alla Cultura Assessorato al Turismo

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edizione francese

Riviera di Rimini Travel Notes


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Rimini centre historique Pont de Tibère

Théâtre Galli

Forteresse malatestienne

Vieux marché au poisson

Eglise Saint-Augustin

Palais Gambalunga

Palais du Podestat

Amphithéâtre romain

Palais de l’Arengo Musée de la Ville Temple de Malatesta Arc d’Auguste Murailles médiévales Murs du faubourg San Giuliano Eglise Saint-Fortuné

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Provincia di Rimini Assessorato alla Cultura Assessorato al Turismo Agenzia marketing turistico Riviera di Rimini

Pier Giorgio Pasini Sur les traces des Malatesta Ă  Rimini et dans son territoire

en collaboration avec


Coordination: Valerio Lessi Conception graphique: Relè - Leonardo Sonnoli Photographies extraites des Archives photographiques de la Province de Rimini Nous remercions les photographes: L. Bottaro, P. Cuccurese, P. Delucca, S. Di Bartolo, L. Fabbrini, R. Gallini, L. Liuzzi, G. Mazzanti, T. Mosconi, Paritani, V. Raggi, E. Salvatori, R. Sanchini, F. Taccola, R. Urbinati Traduction: Béatrice Provençal Link-up, Rimini Révision et mise à jour de: Marino Campana, Caterina Polcari Mise en page et équipements: Litoincisa87, Rimini Licia Romani Première édition 2003 Réimpression 2008


Sommaire

Introduction >

4

Les Malatesta Les origines des Malatesta, entre la campagne et la ville Dames et chevaliers

Itinéraire 1 >

14

Rimini, une capitale pour l’Etat

Itinéraire 2 >

21

Le Château de Sigismond, une ville pour la cour

Itinéraire 3 >

24

Le Temple de Malatesta, pour l’estime des descendants

Itinéraire 4 >

31

L’art à la décadence d’une grande seigneurie

Approfondissements >

36

Dans le territoire des Malatesta

Bibliographie >

40

Pour en savoir plus

www >

Avant de partir visitez www.riviera.rimini.it


Introduction > Les Malatesta

En haut, à gauche, écusson malatestien du XIVe siècle, Musée de la Ville de Rimini. En haut, à droite, et en bas, à gauche, cruches du XIVe siècle avec écusson malatestien, Musée de la Ville de Rimini. En bas, à droite, Sylvius, fils d’Enée, l’un des ancêtres présumés de la famille des Malatesta, sur une fresque du XIVe siècle de la forteresse malatestienne de Montefiore. 4

Il n’est pas nécessaire d’être des voyageurs particulièrement attentifs pour rencontrer des témoignages malatestiens en Lombardie et dans la Vénétie, en Emilie et dans les Marches et, naturellement, surtout en Romagne. Les habitués des musées trouveront même beaucoup plus loin des œuvres d’art dues au mécénat malatestien, et ce, non seulement en Italie, mais un peu partout, dans le vieux et dans le nouveau continent. Le fait est que, vers la fin du Moyen Age, la seigneurie des Malatesta fut, parallèlement à celles des Visconti et des Della Scala, l’une des plus importantes de la péninsule; elle comptait des liens et des parentés auprès des principales cours italiennes et étrangères ainsi que des ambitions de mécénat qui lui consentirent de rivaliser avec les célèbres familles des Este et des Gonzague, des Médicis et des Montefeltro. Cette seigneurie, née à l’intérieur des Etats pontificaux, et donc souvent en contraste avec les intérêts politiques et économiques de la papauté, dura presque trois siècles, avant d’être anéantie dans la seconde moitié du XVe siècle par la ferme opposition du pape qui voulut mettre de l’ordre dans ses domaines et rétablir la tranquillité. Il n’est pas impossible que «Malatesta» ait été à l’origine un simple «surnom», utilisé alors pour qualifier - certes sans indulgence un personnage particulièrement obstiné ou méchant; transformé par la suite en nom propre, il devint si courant qu’il fut attribué à l’ensemble de la famille (en italien, au singulier ou au pluriel: «les Malatesti»): d’une manière assez appropriée, il faut bien le dire, car, dans l’histoire de la famille, les épisodes de cruauté (une cruauté souvent atroce et conçue avec une grande lucidité) sont fréquents et touchent tous ceux - proches parents et membres des branches collatérales – qui pouvaient attenter (ou qui attentaient réellement) au pouvoir du groupe dominateur. Les Malatesta furent avant tout des soldats, ou mieux, des condottieri, comme le démontrent d’ailleurs leurs principales et plus anciennes armoiries: un écusson portant trois bandes à carreaux, qui fait clairement allusion au «jeu de la guerre». C’est en effet aux armes qu’ils confiaient leurs fortunes politiques et économiques; la guerre, celle faite pour le compte d’autres seigneuries ou d’autres communes en particulier, était une importante source de revenus, revenus indispensables tant pour pouvoir verser les redevances annuelles aux caisses de la papauté - ce à quoi les Malatesta étaient tenus en qualité de «vicaires» (nous dirions aujourd’hui locataires ou concessionnaires) - que pour faire face aux nécessités d’une cour toujours plus importante et toujours plus raffinée et à des actes de mécénat non seulement dictés par un amour sincère pour l’art mais aussi par des


exigences de représentation, de prestige et de propagande. Les Malatesta furent donc essentiellement des condottieri, bien que l’on rencontre toutefois, dans la longue histoire de la famille, et surtout à partir de la moitié du XIVe siècle, des personnages faisant preuve d’un niveau et d’intérêts culturels remarquables, comme par exemple, Pandolfo II, de la branche de Pesaro, qui aima les lettres et fut l’ami de Pétrarque, rencontré à la cour des Carrare, à Padoue, en 1361; ou son fils, Malatesta, qui fut dit «des sonnets». En revanche, Galeotto Malatesta, seigneur de Rimini, dit “Malatesta Ungaro” pour avoir été fait chevalier par Louis Ier le Grand, roi angevin de Hongrie (1348), fut un voyageur aventureux et curieux: il se rendit en Terre Sainte et auprès de la curie papale d’Avignon, puis en France, dans les Flandres et en Angleterre. Galeotto, oncle de Pandolfo II et de Malatesta Ungaro, était célèbre pour son habileté de soldat et pour sa sagesse: en 1368, Urbain V le nomma sénateur de Rome; il avait épousé, en premières noces, Elise de la Villette (1323), nièce du gouverneur pontifical de la Marche, Amelio di Lautrec. Il ne faut pas non plus oublier Carlo Malatesta, seigneur de Rimini de 1385 à 1429, qui joua un rôle important dans la composition du grand « schisme d’Occident » et qui accueillit à Rimini le pape légitime, Grégoire XII («donnant pendant quelque temps à la ville non seulement la dignité de capitale de la seigneurie des Malatesta mais aussi celle, plus ambitieuse encore, de capitale du monde catholique», comme l’observa l’historien Gino Franceschini). Son frère, Pandolfo III, seigneur de Brescia, Bergame et Fano, qui commissionnait des livres somptueusement enluminés et avait fait décorer sa demeure de Brescia par Gentile da Fabriano (1414-1418). Il est enfin presque inutile de rappeler, tellement il est célèbre, le mécénat de ses fils Sigismond et Malatesta Novello, auquel l’on doit d’ailleurs deux grandes œuvres existant encore: le Temple de Malatesta de Rimini et la Bibliothèque des Malatesta de Cesena. Les villes et notamment les cours des Malatesta furent, pendant plus d’un siècle, à partir des années centrales du XIVe siècle, le cadre d’une culture cosmopolite, vivace, riche en apports et en réalisations.

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Introduction > Les origines des Malatesta, entre la campagne et la ville

Contrairement à ce qu’auraient voulu faire croire les légendes flatteuses divulguées par les courtisans érudits des Malatesta, il ne faut pas chercher très loin, ni dans l’espace ni dans le temps, les origines de cette famille. En effet, les premiers documents dans lesquels il est fait mention du nom des Malatesta ne sont pas antérieurs au XIIe siècle; ils se réfèrent à des propriétés situées dans la Romagne méridionale et portent les traces d’un conflit ouvert avec la Commune de Rimini. Tout compte fait, les Malatesta étaient probablement à l’origine une famille de grands propriétaires terriens et de brigands qui dominaient la moyenne vallée du Marecchia et contrôlaient les routes qui reliaient Rimini à l’arrière-pays, forts de la possession de deux localités bien fortifiées, Pennabilli et Verucchio, localités qui se disputent d’ailleurs aujourd’hui encore le mérite d’avoir donné le jour à la famille. Il n’est pas impossible que la fortune des Malatesta ait été en partie favorisée d’une part par la confiance et la protection des archevêques de Ravenne, qui possédaient de nombreuses propriétés foncières en Romagne et dans les Marches, et, de l’autre, par l’amitié, les complicités et les parentés avec de grandes familles romagnoles. Mais, initialement, une ancienne parenté avec la plus illustre et la plus puissante famille féodale de la zone, celle des Carpegna, dut certainement être déterminante. Il semble par ailleurs que la quasi-totalité des familles importantes des montagnes du Montefeltro et de la Romagne descende des Carpegna. A une certaine période, la pression des Malatesta sur Rimini, grâce au contrôle du territoire et des routes, et donc de la production agricole et des commerces, dut être si forte qu’elle mit sérieusement en danger l’économie de la ville et porta à la guerre ouverte; cette guerre se termina en 1197 grâce à un acte de réparation de la part de Giovanni de Malatesta et de son neveu, Malatesta minore. Par la suite, la Commune de Rimini fit tout le nécessaire pour lier les intérêts des Malatesta aux destinées de la ville. Ainsi, les Malatesta furent nommés citoyens, il leur fut accordé un siège dans le conseil de la commune (1206) et, enfin, ils furent invités à s’établir de façon stable à l’intérieur des murs: pour les «obliger» à faire ce pas - jugé indispensable pour les éloigner de leurs centres de pouvoir et afin de mieux les contrôler - ils furent exemptés du paiement des impôts et financés par des prêts (1216). Dès la deuxième décennie du XIII e siècle, les Malatesta s’affirment comme des personnages éminents de la ville: ils la représentent dans les actes officiels, garantissent pour elle et appuient sa politique «gibeline», à savoir, pro-impériale. De 1239 à 1247, 7


Malatesta dalla Penna, qui avait été podestat de Pistoia en 1228, est même nommé podestat de Rimini. La route pour l’exercice du pouvoir absolu sur la ville est ainsi ouverte. En l’espace de quelques décennies, les Malatesta s’emparent de toutes les charges civiles et religieuses et destituent progressivement les organes civils sans les abolir, combattant, chassant et tuant quiconque menace leur suprématie. A son arrivée en ville, la famille des Malatesta n’était certes pas en mesure de se confronter, quant à son ancienneté et à son raffinement, avec les familles de tradition nobiliaire de Rimini, comme celles des Omodei, des Gambacerri et des Parcitadi. Mais si les Malatesta étaient de «nouveaux gens», voire des gens grossiers, ils pouvaient toutefois compter sur de considérables richesses et sur d’importants appuis, et ce, grâce à une politique matrimoniale et d’alliance des plus habile. Ils pouvaient par ailleurs compter sur le contrôle du territoire et sur une force exercée sans freins moraux ni scrupules. Mais, une fois au pouvoir, ils essayèrent de s’attribuer de très anciennes origines et, avec elles, de très anciens titres de noblesses. Il arrive ainsi de trouver des récits légendaires qui font remonter l’origine de la famille au patriarche Noé, ou à Tarcon, mythique héros troyen, cousin d’Hector et d’Enée, ou à Othon III, empereur du Saint-Empire romain, ou encore à Scipion l’Africain. C’est d’ailleurs pour ce dernier qu’eut une particulière dévotion Sigismond Malatesta, le personnage le plus célèbre de la famille, vaillant condottiere et protecteur des gens de lettres et des artistes, seigneur de Rimini de 1432 à 1468.

Page ci-contre, l’arbre généalogique des Malatesta, selon L. Nissim Rossi (1933). 9


Introduction > Dames et chevaliers

Page ci-contre, écusson malatestien du XIVe siècle de la forteresse de Montefiore. 10

Il semble que le premier titre de noblesse des Malatesta soit dû à l’empereur germanique Frédéric II, qui vint à Rimini en 1220 et en 1226; c’est lui qui fit chevalier Malatesta dalla Penna, dont le fils, Malatesta da Verucchio, dit également le Centenaire pour sa longévité (1212-1312), jeta les bases d’un pouvoir réel et officiel sur la ville et sur tout son territoire: épousant tout d’abord Concordia dei Pandolfini (fille du vicaire impérial messer Arrighetto ou Enrichetto), qui avait pour dote de vastes territoires dans la Romagne méridionale, et abandonnant ensuite, immédiatement après la défaite de Frédéric II à Parme (1248), la faction impériale pour embrasser la cause papale; ce changement de parti fut appuyé en 1266 par un nouveau mariage, cette fois avec la riche nièce du recteur et légat apostolique de la Marche et du duché de Spolète. C’est sous sa domination que commence la tradition de «guelfisme» qui caractérise les Malatesta et Rimini, tradition qui provoqua l’indignation du «gibelin en exil» Dante Alighieri. Mais c’est également à son époque et à celle de ses fils que semble culminer une tradition d’horribles trahisons et de crimes atroces qui caractérisera pendant plusieurs décennies la lutte pour développer ou défendre le pouvoir de la famille. Au début du XIVe siècle, Dante exposa efficacement à grands traits la situation de Rimini et des Malatesta en ces quelques vers célèbres: «Le vieux Mâtin de Verruque et le jeune, qui firent à Montagne un si mauvais parti, déchirent de leurs crocs la proie accoutumée» (L’Enfer, XXVII, 40-57). Comme tout le monde le sait, «le vieux Mâtin» est Malatesta da Verucchio, «le jeune» est son fils Malatestino dall’occhio et Montagne est le vieux Parcitadi, d’une ancienne famille noble de Rimini, chef des gibelins locaux, fait prisonnier et tué en 1295. Dante définit Malatestino dall’occhio (ainsi dénommé parce qu’il était aveugle) comme un «tyran félon», il en parle écrivant de lui «ce traître-là qui n’y voit que d’un œil» et lui attribue le crime de Iacopo del Cassero et de Agnolello da Carignano, les «deux meilleurs de Fane» (L’Enfer, XXVIII, 76-90). Ce crime permit en fait aux Malatesta de s’emparer de Fano et d’une bonne partie des Marches. La vie des membres des familles des Malatesta était complètement assujettie à la politique; la «raison d’Etat» était donc la seule à régir même les mariages (dont dépendaient les alliances et la croissance des richesses et du pouvoir) qui, souvent, et cela va de soi, finissaient mal. Pour les garçons de la famille, ce n’était pas un problème, car pour eux, l’infidélité était presque considérée comme une règle; les maîtresses - plus ou moins officielles - étaient respectées et organisaient leur propre cour, alors que les enfants bâtards étaient considérés comme une potentielle richesse de la famille et étaient souvent légi-


En haut, Paolo et Francesca surpris par Gianciotto, dans un tableau de Clemente Alberi (1828), Rimini, Musée de la Ville. En bas, Isotta degli Atti, maîtresse puis troisième femme de Sigismond, sur une médaille de Matteo de’ Pasti (1453 env.), Rimini, Musée de la Ville. 13

timés: c’est le cas de Galeotto Roberto, Sigismondo et Domenico Malatesta par exemple, qui étaient des enfants bâtards (de Pandolfo III). Mais il n’en allait pas de même pour les filles. Inutile de rappeler le cas de Francesca. C’est encore Dante, et lui seul, qui nous parle dans le Ve chant de l’Enfer de l’amour entre Paolo il bello et Francesca da Polenta, sa belle-sœur, et de la fin tragique des deux amants tués par le mari trahi, Gianciotto (Giovanni «ciotto», c’est-à-dire déhanché). Gianciotto et Paolo étaient deux frères, fils du Malatesta que Dante avait appelé «vieux Mâtin». Le mariage entre Gianciotto et Francesca faisait partie d’un plan tout tracé de parentés entre les Polentani et les Malatesta pour renforcer la domination des Malatesta en Romagne. La tragédie, en admettant qu’elle ait vraiment eu lieu, devrait s’être produite entre 1283 et 1284 à Rimini, dans les demeures des Malatesta (mais le lieu de la trahison et du crime est également revendiqué par Pesaro, Gradara et Santarcangelo). L’«incident» sentimental de Francesca da Rimini ne fut pas le seul de ce genre à se produire dans la famille: il suffit de rappeler le célèbre cas de Parisina Malatesta, dont le mari Nicolò d’Este ordonna la décapitation à Ferrare en 1425 après avoir découvert sa liaison avec son beau-fils Ugo; ou celui de la première femme de Andrea Malatesta, Rengarda Alidosi, répudiée pour son infidélité et tuée par ses propres frères en 1401. Si l’on remonte un peu plus loin, on trouvera également le cas de Costanza, fille de Malatesta Ungaro, accusée d’impudeur et de dévergondage et fait exécuter par son oncle Galeotto en 1378. Mais, à ces figures de femmes «dévoyées», l’histoire de la famille en oppose beaucoup d’autres, de grandes vertus et de grand courage, telles que Polentesia da Polenta, femme de Malatestino Novello, qui sauva son mari d’un complot organisé par la famille en 1326; ou Gentile Malatesta, veuve de Galeazzo Manfredi, qui soutint le gouvernement de Faenza pour ses fils et le défendit en combattant en 1424 contre les florentins; ou encore Elisabetta Gonzaga, femme de Carlo Malatesta, qui éleva ses neveux Galeotto Roberto, Sigismondo et Domenico (dit Malatesta Novello); citons également la femme de ce dernier, la douce et pieuse Violante da Montefeltro; la belle Isotta degli Atti, maîtresse puis femme de Sigismond, animatrice d’une cour très raffinée, et enfin, la charitable Annalena Malatesta, qui, après le meurtre de son mari Baldaccio d’Anghiari (1441), mit ses biens à la disposition des pauvres et ouvrit sa maison de Florence à toutes les femmes nécessitant d’aide et d’asile.


Itinéraire 1 > Rimini, une capitale pour l’Etat

En haut, les murailles médiévales de Rimini dans la zone de l’arc d’Auguste; en bas, l’arc d’Auguste, porte romaine de la ville de Rimini, construite au terme de la via Flaminia, en 27 av. J.-C. 14

Après avoir consolidé leur domination sur la Romagne contrastant les recteurs pontificaux, Malatesta le Centenaire, ses fils et ses petits-fils étendirent leur pouvoir dans les Marches, jusqu’à Ascoli Piceno, et en Toscane, jusqu’à Borgo San Sepolcro. Ils demandèrent longtemps, mais inutilement, au pape, une investiture officielle sur ces terres qui appartenaient à l’Eglise et qu’ils avaient occupées sans aucun autre droit que celui de la force. Ce n’est qu’en 1355 qu’ils furent nommés vicaires in temporalibus des villes et des territoires de Rimini, Pesaro, Fano et Fossombrone, après le déboursement d’une redevance annuelle de 6 000 florins, une contribution en hommes pour les troupes du recteur papal (le cardinal Egidio Albornoz) et le pacte de «restituer» les Marches méridionales. Les Malatesta construisirent en tous les points de cet énorme territoire - un véritable Etat créé à l’intérieur de l’Etat de l’Eglise - des châteaux et des forteresses capables de défendre celui-ci contre les ennemis, intérieurs et extérieurs, et organisèrent un système stable de protection militaire, essentiel pour sauvegarder des frontières souvent peu sûres et provisoires, constamment contestées et menacées par de puissants voisins. Rimini, Cesena et Pesaro furent les trois villes auxquelles ils donnèrent des fonctions de capitales, les dotant de défenses particulières et y construisant de nobles résidences et d’efficaces chancelleries. Elles furent toutes trois simultanément confiées à des branches différentes des Malatesta, branches qui coexistaient parfois pacifiquement mais qui, souvent, se contrastaient, se heurtaient et se trahissaient réciproquement sans scrupules. La plus splendide des capitales malatestiennes et celle qui, en tant que telle, dura le plus longtemps, fut Rimini: nous pouvons même affirmer que la meilleure et la plus grande partie de l’histoire des Malatesta a commencé et s’est conclue en cette ville. Mais à Rimini, les marques de la domination malatestienne ne sont désormais plus très évidentes. Il faudra avant tout les chercher dans les murailles médiévales de la ville, faites, refaites puis restaurées, successivement abaissées et enfin privées de leurs fossés avant d’être partiellement détruites. La ville communale s’était naturellement dotée d’une enceinte de murs dès le XIIe siècle, enceinte qui fut renforcée et achevée par l’empereur Frédéric II, mais qui ne fut complétée que sous les Malatesta, qui la prolongèrent en partie jusqu’aux faubourgs. Les parties de murailles médiévales les mieux conservées se trouvent au sud et à l’est du centre historique; elles sont visibles de l’artère périphérique «via di Circonvallazione» et du parc Cervi. Elles s’interrompent à la hauteur de l’arc d’Auguste, ancienne porte orien-


En haut, à gauche, un donjon des murs malatestiens du faubourg San Giuliano, à Rimini; à droite, l’abside et le campanile du XIIIe siècle de l’église Saint-Augustin de Rimini. En bas, deux détails de fresques de l’“école de Rimini du XIVe siècle” dans l’abside de la même église et au Musée de la Ville. 17

tale de la ville, transformée et embellie en 27 av. J.-C. pour honorer l’empereur Auguste qui avait fait paver les principales routes d’Italie ce que proclamait d’ailleurs l’inscription de l’attique, remplacé aujourd’hui par des créneaux. C’est en ce point que termine la via Flaminia, voie romaine provenant de Rome. Au Moyen Age, une grande porte avait été construite devant l’arc d’Auguste, mais elle a été détruite, comme toutes les autres d’ailleurs, à l’exception d’une seule, mi-enterrée, qui s’appelait «Porta Galliana» mais qui est dite «l’arc de Francesca». Celle-ci se dresse près du port, dont la structure est encore celle réalisée au début du XVe siècle par Carlo Malatesta qui, pour sa construction, modifia légèrement l’embouchure du fleuve Marecchia. A l’époque, la mer, qui se trouvait beaucoup plus près, arrivait à proximité de cet «arc de Francesca», à la hauteur actuelle du pont ferroviaire. De l’autre côté du port, et donc du fleuve, que l’on traverse grâce au pont de Tibère situé à proximité (l’un des ponts les plus grandioses et les mieux conservés de l’époque romaine, 14-21 apr. J.-C.), se trouve le faubourg San Giuliano, dont la conformation urbanistique conserve des caractères médiévaux. Il est dominé par l’imposante église Saint-Julien, ex-abbaye bénédictine dédiée à saint Pierre et refaite au XVIe siècle (son maître-autel conserve l’un des derniers chefs-d’œuvre de Véronèse représentant Le martyre de saint Julien, de 1587). La partie du faubourg située à proximité de la mer, ancienne réserve de chasse des Malatesta (elle était appelée «le potager des cerfs»), est défendue par des murs et des tours de la deuxième moitié du XVe siècle, probablement construits sous Roberto Malatesta. Une trace indirecte, mais consistante, de la présence et de l’action des Malatesta était constituée par un bon nombre de couvents et d’églises de plusieurs ordres religieux: les moines de St. Augustin, les Franciscains, les Dominicains, les Humiliés, les Servites s’étaient en effet introduits dans la ville aux XIIIe et XIVe siècles avec l’aide et la protection des Malatesta et y conservaient quelques signes de leur munificence. L’église Saint-Jean-l’Evangéliste est la seule de Rimini qui présente encore de consistantes structures médiévales. Ancienne église des moines de St. Augustin (pour cela couramment dénommée SaintAugustin), elle se caractérise par un haut campanile gothique. L’abside et la chapelle du campanile conservent encore d’admirables fresques du début du XIVe siècle, réalisées par des peintres anonymes de Rimini (probablement les frères Zangolo, Giovanni et Giuliano da Rimini). Elles représentent le Christ et la Vierge en majesté et, en outre, les histoires de saint Jean l’Evangéliste et de la Vierge. Ces structures renferment également un splendide Crucifix peint sur bois, alors qu’un grand


En haut, à gauche, la sacristie-campanile de Sainte-Colombe, la seule partie subsistant de l’ancienne cathédrale de Rimini. En haut, à droite, piazza Cavour de Rimini avec les anciens palais de l’époque des Communes et, en bas, à gauche, le palais de l’Arengo (1204). En bas, à droite, vue de Rimini vers 1450, bas-relief de Agostino di Duccio dans le Temple de Malatesta. 18

Jugement dernier, initialement peint sur l’arc triomphal, est conservé au Musée de la Ville, avec d’autres œuvres de la même période. Dans la première moitié du XIVe siècle, Rimini fut le siège d’une «école» de peinture caractérisée par une appréciation précoce de l’art de Giotto. Son originalité consiste dans l’utilisation d’une couleur tendre, très douce, de tradition byzantine, qui s’accorde avec le goût de l’époque pour une narration tendant au lyrisme, mais elle n’est pas dépourvue de perspicaces observations naturalistes ni hostile aux extravagances iconographiques qui démontrent la désinvolture avec laquelle ces artistes affrontaient les sujets de la tradition ainsi que la liberté mentale avec laquelle ils acceptaient les innovations de Giotto. Dans la première moitié du XIVe siècle, l’«école de Rimini» fut très active dans toute la Romagne, dans les Marches, en Emilie et dans la Vénétie, ainsi que dans les territoires dans lesquels les Malatesta étaient présents ou dans lesquels leur influence était sensible; il est toutefois impossible de savoir si elle jouit alors de la directe protection des Malatesta. Forte est la tentation de considérer les Malatesta comme les commettants des peintures réalisées par Giotto, à la fin du XIIIe siècle ou dans les premières années du XIVe siècle, pour la décoration de l’église des Franciscains de Rimini (dédiée naturellement à saint François; dénommée Temple de Malatesta, c’est la cathédrale de la ville depuis le début du XIXe siècle), dont il ne reste plus qu’un grand Crucifix, très humain. Rapporter l’activité de Giotto en cette ville à une commission directe de la part des Malatesta peut sembler hasardé, mais non pas sans fondement si l’on considère que le milieu dans lequel le peintre toscan agissait était celui des grandes cours et des grandes familles guelfes liées à la curie romaine, aux Angevins et aux Franciscains, tout comme les Malatesta. A Rimini, les Malatesta avaient effectué de nombreuses acquisitions immobilières, et, notamment aux XIIIe et XIVe siècles, ils avaient restructuré les maisons qui leur avaient été données par la Commune, maisons qui étaient placées dans une position stratégique, près de la cathédrale et de la porte «del gattolo» qui donnait sur l’arrière-pays et sur leurs propriétés de la vallée du Marecchia. Dans son testament (1311), Malatesta le Centenaire appelle cette maison «palatium magnum», nous apprenant qu’elle était dotée d’une «curia», à savoir, d’une salle d’audience, à l’instar d’un véritable palais royal. Cette maison fut en partie détruite et en partie englobée dans le château construit dans la première moitié du XV e siècle par Sigismond Malatesta. Presque toutes les grandes architectures remontant aux premières années de la présence et de la domination des Malatesta à


Rimini ont disparu ou ont été radicalement transformées. L’ancienne cathédrale Sainte-Colombe a elle aussi été détruite (il ne reste qu’une partie de l’énorme sacristie-campanile, datant du XIVe siècle, sur la piazza Malatesta). Outre l’église des Augustins citée plus haut, objet de nombreuses transformations, il faut rappeler, de la même période, le complexe des Palais communaux: celui de l’Arengo, aux grandes fenêtres polylobées et aux beaux arcs précocement gothiques, est de 1204; celui du Podestat remonte au XIVe siècle, mais il a été en grande partie restauré et modifié au début du XX e siècle. Sur le côté de l’édifice, les impostes d’un arc sont décorées de simples motifs héraldiques angevins (les lis) et malatestiens (l’échiquier). Le château des Malatesta, la cathédrale et les Palais communaux étaient le cadre dans lequel se déroulait la plus grande partie de la vie publique, civile et religieuse de la ville, les lieux où l’on prenait les décisions sur la politique de l’Etat et où l’on administrait la justice. Cette zone, véritable centre de direction citadin, était également le siège des activités économiques: c’est là que se trouvaient les bancs des notaires et ceux des hébreux, ainsi que le marché, qui avait lieu autour de la seule ancienne fontaine, située en face de l’Arengo. Cette fontaine existe encore et, bien qu’elle ait été en grande partie refaite au XVIe siècle et fréquemment restaurée par la suite, elle conserve un cachet archaïque et quelques éléments médiévaux; sa forme ronde et la superposition de ses bassins rappellent un peu la célèbre «fontaine majeure» de Pérouse. Un éventuel «itinéraire malatestien» pourrait bien partir de cette ancienne place de la Commune ou de la fontaine (actuelle piazza Cavour), aussi proche des restes de la cathédrale primitive que de la résidence principale des Malatesta (Château de Sigismond) et de l’église Saint-Augustin. L’artère du corso d’Augusto permet de rejoindre la piazza Tre Martiri, antique forum du Rimini romain (siège d’un cippe rappelant l’allocution de Jules César sur le passage du Rubicon et d’une chapelle qui commémore le célèbre miracle de la mule de saint Antoine de Padoue); de cette place, tournant vers la mer, on arrive au Temple de Malatesta. Nous possédons un extraordinaire «portrait» du Rimini malatestien vers le milieu du XVe siècle: il s’agit d’un bas-relief gravé par Agostino di Duccio dans un panneau du Temple de Malatesta; cette œuvre, qui traduit le raffinement caractéristique de l’artiste, représente le Cancer, signe zodiacal de la ville et de son seigneur, Sigismond Malatesta.

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Itinéraire 2 > Le Château de Sigismond, une ville pour la cour

Rimini Castel Sismondo piazza Malatesta tél. 0541 351611 (Fondazione Carim) www.fondcarim.it segreteria@fondcarim.it En cours d’année, le château accueille des expositions de niveau national.

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De la grande maison des Malatesta construite, comme nous l’avons dit plus haut, au XIIIe siècle près de la porte «del Gattolo», il ne reste que quelques traces incertaines englobées dans le château fait construire au XVe siècle par Sigismond Malatesta, château dont il ne subsiste que le noyau central. Ses conditions actuelles sont à imputer aux désastreuses interventions du XIXe siècle, qui aboutirent à la destruction de plusieurs parties de l’édifice, à la démolition de l’enceinte de murailles et des remparts extérieurs ainsi qu’au remblayage des fossés. Sigismond en commença la construction le 20 mars 1437, avantdernier mercredi de carême, à 18h48: le jour, l’heure et la minute avaient probablement été fixés avec soin par les astrologues de la cour. Il en proclama officiellement l’achèvement en 1446, année qui fut pour lui particulièrement heureuse; mais, à vrai dire, le château était encore en travaux en 1454, et il se peut qu’il n’ait jamais été fini selon le projet original, car celui-ci prévoyait alors, comme le démontrent quelques images contemporaines, la construction d’un grand donjon qui aurait dû dominer l’édifice. En l’année 1437, la seigneurie des Malatesta jouissait d’une remarquable prospérité économique et, Sigismond, qui venait juste d’avoir vingt ans mais qui était Gonfalonier de l’Eglise depuis déjà trois ans, d’une grande célébrité personnelle comme condottiere (ce qui lui valait des traitements assez élevés). Le château fut conçu comme un palais-forteresse, comme un digne siège pour la cour et pour la garnison et comme un signe de pouvoir et de suprématie sur la ville. Pour le construire et créer tout autour un espace à même de garantir une certaine fonctionnalité, il fut rasé au sol tout un quartier très peuplé, qui comprenait des maisons, des immeubles, l’évêché, un couvent de religieuses et le baptistère de la cathédrale voisine. Les écrivains de la cour célébrèrent Sigismond comme le propre architecte de l’œuvre, celui-ci s’en attribuant effectivement la paternité sur les grandes épigraphes en marbre murées sur l’édifice. Si, par architecte, nous entendons l’inspirateur, l’auteur, le coordinateur, c’est-àdire un commettant aux idées et aux exigences très précises, nous pouvons alors accepter cette «attribution», car les dispositions prononcées de Sigismond pour l’art de la guerre et son expérience de condottiere sont bien connues. Mais il va de soi qu’il aura dû recourir à plusieurs professionnels et spécialistes; des documents témoignent en effet de la consultation fournie par Filippo Brunelleschi après le commencement des travaux; en 1438, celui-ci séjourna deux mois à Rimini, effectuant toute une série d’inspections des principales forteresses malatestiennes de la Romagne et des Marches.


En haut, le Château de Sigismond, l’ancien palaisforteresse fait construire à Rimini par Sigismond (14371446). En bas, un écusson malatestien et une autre vue du Château de Sigismond. 23

De nos jours, bien qu’elle ne présente plus les dimensions d’alors, la construction conserve énormément de charme, avec ses grosses tours carrées et ses puissantes murailles en talus, dont l’effet originaire, lorsqu’elles se dressaient du fond du fossé, devait vraiment être formidable; leur inclinaison et leur magnificence pousseront d’ailleurs Roberto Valturio à les comparer, et il n’aura pas tort, à des pyramides. L’entrée vers la ville, qui était précédée par un terreplein et par une double demi-lune complétée par plusieurs pontslevis enjambant le fossé, est encore ornée des armoiries constituées par le classique échiquier à bandes et à carreaux, surmonté par un cimier à tête d’éléphant panaché et flanqué d’une rose quadripétale. L’écusson est bordé à droite et à gauche par l’inscription «Sigismondo Pandolfo» en minuscules caractères gothiques, hauts et pittoresques. Une des épigraphes dédicatoires du château est murée entre les armoiries et le portail en marbre, offrant un texte latin solennel, gravé en caractères lapidaires (l’un des premiers exemples de réapparition des caractères classiques): elle nous révèle qu’en 1446, Sigismond érigea l’édifice, y compris ses fondations, pour la défense des habitants de Rimini, établissant qu’il devait porter son propre nom, «Castel Sismondo». Mais le toupet de Sigismond, qui définit l’édifice comme ariminensium decus, ne peut ne pas étonner, puisqu’il suffit d’observer la position de ses tours, construites face à la ville, pour comprendre qu’il a plus été conçu pour défendre le seigneur des éventuelles révoltes de la part des habitants de la ville que pour défendre Rimini des dangers extérieurs. Même tenant compte du concept de l’identification de la ville et de l’Etat avec la seigneurie, concept approprié à l’époque, il faut voir dans le château de Sigismond le symbole et la défense du pouvoir personnel du seigneur et non pas le symbole et la défense de la ville et de l’Etat. C’est dans ce même château, qu’il adorait, que Sigismond mourra le 9 octobre 1468; nous ne connaissons pas l’époque à laquelle il s’y établit de façon stable, bien qu’il le fit probablement vers 1446. Nous savons cependant de source sûre que sa chancellerie et sa garde s’y étaient établies assez vite et que le château était aussitôt devenu le siège de cérémonies et de réceptions officielles; il s’était même immédiatement transformé en une ville exclusive pour la cour, en ce temps riche en poètes et en musiciens, en gens de lettres et en érudits, en peintres et en médailleurs, en sculpteurs et en architectes provenant de tous les coins de l’Italie. C’était en fait une petite ville artificielle et cosmopolite, qui avait bien peu de points en commun avec la ville réelle qui s’étendait au-delà de ses murs et de ses fossés, entre le Marecchia et la mer, et qui se débattait entre mille difficultés.


Itinéraire 3 > Le Temple de Malatesta: pour l’admiration des contemporains et l’estime des descendants

Rimini Tempio Malatestiano via IV Novembre, 35 tél. 0541 51130 (sacristie) 0541 439098 (secrétariat diocésain) www.diocesi.rimini.it diocesi@diocesi.rimini.it C’est la cathédrale du diocèse de Rimini. • ouverture: jours ouvrables 8h30-12h30/15h30-19h; jours fériés 9h-13h/15h30-19h

Page ci-contre, façade et côté du Temple de Malatesta, de Leon Battista Alberti. 24

Dix ans après avoir entrepris la construction du château auquel il avait voulu donner son nom, Sigismond commença à se faire construire une chapelle nobiliaire dans l’église que tous ses prédécesseurs avaient choisie comme sépulture: l’église Saint-François. Bien que décorée par Giotto au début du XIVe siècle, cette église offrait une architecture modeste (une seule nef recouverte d’un toit à deux pentes, avec trois chapelles absidiales) et se trouvait dans une zone assez périphérique, voisine cependant de l’antique place du forum, centre romain de la ville (l’actuelle piazza Tre Martiri). La nouvelle chapelle fut dotée d’une structure simple et des plus traditionnelle, qui comprenait un grand arc gothique ouvert dans le côté droit de l’église, une voûte croisée et de hautes fenêtres étroites. Elle fut vite flanquée d’une autre chapelle, pareillement simple et traditionnelle, voulue par la jeune maîtresse de Sigismond, Isotta degli Atti. Le modèle de ces deux constructions fut probablement celui d’une chapelle malatestienne édifiée au siècle précédent sur le même côté de l’église, près de l’abside. Les travaux de maçonnerie de ces œuvres, qui durèrent plus de trois ans, durent gravement compromettre la stabilité du vieil édifice que Sigismond décida, vers 1450, de transformer complètement à ses frais. Il le fit aussi, comme l’affirment les épigraphes grecques des côtés de l’église et l’inscription dédicatoire de la façade, pour se relever d’un vœu fait durant sa victorieuse campagne de Toscane contre Alphonse d’Aragon. La partie architecturale fut confiée à Matteo de’ Pasti, alors que la partie sculpturale fut réalisée par Agostino di Duccio. Le premier fut recruté auprès de la cour d’Este, à Ferrare; il s’agissait d’un miniaturiste et médailleur véronais formé à l’école de Pisanello, sa formation étant donc de la fin de le la période gothique. Bien qu’ayant fréquenté l’école de Donatello, Agostino di Duccio conservait lui aussi une empreinte gothique raffinée, approfondie à Venise; il était florentin et provenait justement de Venise, fort d’une probable recommandation de la maison d’Este qui le connaissait pour les œuvres qu’il avait réalisées à Modène. C’est à la collaboration entre ces deux artistes et aux suggestions des humanistes de la cour que l’on doit l’intérieur de l’édifice, pittoresque et somptueux, fondamentalement fidèle au goût gothique de la cour pour l’exhibition du faste, de la richesse et d’une culture raffinée et élitaire qui mettait l’accent sur l’adulation de Sigismond en tant que seigneur, condottiere et mécène. Quant à l’architecture extérieure, elle fut confiée à Leon Battista Alberti, celui-ci ayant mis au point, vers 1450, un revêtement en marbre de toute nouvelle conception, absolument indépendant de l’édifice et de la configuration de sa partie interne. Après avoir banni


En haut, à gauche, médaille de Matteo de’ Pasti du modèle du Temple de Malatesta (1450 env.), Rimini, Musée de la Ville. En haut, à droite, et en bas, à gauche, deux bas-reliefs de Agostino di Duccio dans le Temple de Malatesta. En bas, à droite, détail de la fresque de Piero della Francesca avec le portrait de Sigismond (1451) dans le Temple de Malatesta. 27

toute désinence gothique et toute cadence décorative, Alberti se tourna en effet délibérément vers l’ancienne architecture romaine, en en retenant certains éléments et en allant jusqu’à essayer de récupérer la conception même de l’architecture, comprise comme une célébration solennelle de l’homme et comme une exaltation de sa noblesse intellectuelle. L’édifice resta malheureusement inachevé, privé de la partie qui devait justement traduire toute son originalité et toute son importance, c’est-à-dire l’abside, conçue comme une rotonde coiffée d’un dôme qui aurait peut-être résolu, ou du moins concilié, l’évidente discordance existant entre l’extérieur et l’intérieur. Une médaille, fondue par Matteo de’ Pasti, nous donne une idée du projet d’Alberti en nous présentant la façade à deux niveaux de l’édifice et le grand dôme qui devait surgir à l’extrémité de la nef. L’intervention d’Alberti, avec sa proposition de formes antiques, bien que réinventées et adaptées à des significations modernes, justifie pleinement le nom de «Temple» donné à cette église chrétienne (et franciscaine) dès le XVe siècle. La décoration intérieure du Temple exclut les traditionnels cycles de fresques et repose essentiellement sur les élégantes sculptures de Agostino di Duccio et sur les revêtements en marbre, enrichis de polychromies et de dorures. La seule fresque composée de figures est actuellement conservée dans la dernière chapelle de droite de l’édifice; réalisée par Piero della Francesca, qui l’a signée et datée (1451), elle représente Sigismond Malatesta agenouillé devant saint Sigismond, roi de Bourgogne. A première vue, elle apparaît comme une scène dévotionnelle au sujet tout à fait traditionnel, reproduisant un seigneur devant son saint protecteur. Mais en fait, l’interprétation qu’en a donné Piero della Francesca est tout à fait nouvelle: d’une part dans ses contenus, pour le rapport absolument libre, naturel et «laïque» qui lie les figures plongées dans une lumière calme et dans un espace de construction rationnelle, et de l’autre, dans ses formes, qui sont simples, régulières et harmonieuses, capables d’exalter plus que jamais l’humanité et la dignité des personnages, leur noblesse intellectuelle, leur beauté physique et capables en outre d’homologuer le pouvoir divin et le pouvoir terrestre en vertu d’une conception de la dignité et de la rationalité commune au saint-roi et au commettant plein de dévotion. Le splendide revêtement qu’Alberti destinait au Temple n’était pas encore commencé lorsque Piero della Francesca signa sa fresque, celle-ci constituant pour Rimini et pour la Romagne le premier manifeste de la «vraie» Renaissance; et si ce manifeste flattait le prince, il confondait les artistes uniquement intéressés au faste extérieur, invitait les érudits à voiler d’humanité leurs froides recherches et annonçait un utopique futur déterminé par la


Page ci-contre, intérieur du Temple de Malatesta, les chapelles des ancêtres et de saint Sigismond. 28

raison et adouci par la poésie. Mais, à la cour de Rimini, les silences enchanteurs et les pauses étudiées du style de Piero della Francesca, et, peut-être, le pressentiment des temps nouveaux qu’il contenait, suscitèrent probablement peu d’intérêt. Les dames, les pages, les chevaliers, les musiciens et les poètes qui, lors des fréquentes absences de Sigismond, s’adonnaient à une vie brillante et insouciante dans les murs des châteaux et des palais malatestiens, préféraient de loin la somptuosité et la fantaisie gothique traditionnelles, celles qui triomphent dans la décoration sculpturale des chapelles du Temple, caractérisées par des écussons de parade et des guirlandes, des festons, tombant des architraves et des étoffes, et des drapés aux couleurs joyeuses recouvrant les sépulcres: une sorte de décoration «éphémère» qui se serait tout à coup fossilisée ou pétrifiée, comme par magie. Dans ce cadre, les bas-reliefs raffinés de Agostino di Duccio prennent un aspect précieux et s’offrent dans toute leur élégance. De joyeux putti jouent à s’attraper en riant, des anges-enfants chantent et jouent des chansons mélodieuses, les Vertus et les Sibylles s’agitent pour montrer leurs symboles et leurs élégants drapés, Apollon et les Muses, les Planètes et les Constellations forment une compagnie pittoresque, aux incroyables costumes exotiques (à l’exception de Vénus, qui est nue, et qui triomphe sur la mer parmi un vol de colombes). Mais si tout peut s’y expliquer en termes de religion traditionnelle, même les signes étranges des planètes et du zodiaque, qui ne se trouvent pas là pour composer d’extravagants horoscopes mais simplement pour exalter la perfection du firmament créé par Dieu, il ne suffit que d’un peu de malice et d’hostilité pour voir dans ces oeuvres les signes distinctifs d’un certain paganisme et d’une certaine irréligiosité. Ainsi, Pie II, ennemi juré de Sigismond, affirmant que cette église était pleine de dieux païens et d’objets profanes, l’imputa à discrédit du seigneur de Rimini. Et pourtant, celui-ci avait bien expliqué, dans les épigraphes grecques des côtés extérieurs de l’édifice, qu’elle était dédiée à «Dieu immortel et à la ville» pour les dangers auxquels il avait échappé et pour les victoires obtenues dans la «guerre italienne»; il avait également bien précisé, dans la belle inscription classique de la façade, qu’il l’avait fait construire « par vœu ». La construction de l’édifice comporta d’importantes dépenses et il est difficile de penser que Sigismond ait voulu la réaliser par pure religiosité ou pour un mécénat désintéressé. D’ailleurs, le mécénat n’a jamais été et n’est jamais désintéressé; au XVe siècle, il faisait partie intégrante du mode de gouverner: il avait pour but de favoriser le consentement des sujets et des institutions, d’accroître le prestige du


seigneur dans l’Etat et au-dehors de celui-ci, d’attirer la considération (et si possible l’envie) des autres cours, mais aussi de créer des fondements pour susciter l’admiration des descendants. L’immortalité à laquelle les seigneurs et les humanistes du XVe siècle aspiraient consistait en une renommée impérissable dans l’histoire des hommes, c’est-à-dire dans l’histoire, et non pas dans l’éternité raréfiée de la divinité. La construction du Temple de Malatesta se poursuivit avec ardeur jusque vers l’an 1460, période à laquelle Pie II devint particulièrement hostile à l’égard de Sigismond, aussi valeureux condottiere qu’exécrable homme politique. Aux premières difficultés économiques et à l’excommunication papale de 1461 succédèrent la défaite de l’Etat, puis sa réduction en 1463. Ainsi, le grand édifice resta à jamais inachevé. Aujourd’hui encore, le caractère incomplet de l’œuvre, visible tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, révèle au monde la malchance de Sigismond et confirme la fragilité fondamentale de sa puissance ainsi que l’inconsistance de ses ambitieux rêves de gloire. Et ce temple, justement, peut être considéré comme un rêve, un rêve interrompu: pour Sigismond, qui voulait en faire un temple magnifique à la gloire de Dieu et de la ville et qui l’avait surtout construit pour immortaliser son nom et sa dynastie; pour Leon Battista Alberti, qui voulait en faire un monument qui exalta la noblesse intellectuelle de l’homme; pour les humanistes, qui pensaient pouvoir cacher les dramatiques contradictions de l’époque derrière un rideau de judicieuses récupérations intellectuelles et d’œuvres d’art raffinées.

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Itinéraire 4 > L’art à la décadence d’une grande seigneurie

Rimini Museo della Città via L. Tonini, 1 tél. 0541 21482 www.comune.rimini.it musei@comune.rimini.it • ouverture: toute l’année; fermeture hebdomadaire: lundi

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L’ambition et la présomption portèrent Sigismond à toute une série d’évaluations politiques et de choix erronés, souvent interprétés comme des trahisons, qui finirent par accentuer d’une part les traditionnels contrastes avec son astucieux rival Frédéric de Montefeltro et, de l’autre, l’hostilité de Pie II, qui voulait rentrer en possession des terres malatestiennes (pour les donner probablement en vicariat à ses neveux Piccolomini). L’an 1461 fut ainsi l’année de l’excommunication du seigneur de Rimini, événement qui fut bien vite suivi par une défaite inévitable et totale face aux troupes pontificales commandées par Frédéric de Montefeltro (1463). Sigismond ne conserva que la domination de la ville, sans son territoire, ce qui le poussa à se mettre à la solde d’un autre Etat comme simple condottiere. Les Vénitiens le soudoyèrent pour trois cents florins par mois pour combattre contre les Turcs en Morée, où il resta de 1464 à 1465, avant de revenir anéanti. A son retour, le nouveau pape, Paul II, lui proposa un échange de vicariat: Spolète contre Rimini. Avili, il mourut en 1468, destinant une partie des biens qu’il possédait encore à la poursuite des travaux du Temple de Malatesta. La dernière œuvre qu’il semble avoir commissionnée fut, à son retour de Morée, une Piété de Giovanni Bellini, œuvre qui ne fut probablement terminée qu’après sa mort et remise à son principal conseiller, Rainerio Meliorati, qui la légua par testament aux Franciscains; actuellement conservée au Musée de la Ville, elle en constitue l’élément le plus précieux. Il s’agit d’un «morceau» de grande peinture et de grande poésie, pour le raffinement avec lequel les figures sont représentées sur un fond noir, décrites par une ligne douce et incisive, modelées par une lumière ferme et délicate, fondues dans des couleurs tendres et chaudes. Le corps abandonné du Christ semble cacher le mystère de la mort, celui des anges-enfants qui le soutiennent, le mystère de la vie. Le tableau est parcouru par un sens de grande et profonde émotion, qui exalte une dignité et une beauté humaines que ni la douleur ni la mort ne peuvent effacer. Le Musée de la Ville conserve plusieurs autres témoignages de l’époque malatestienne, comme des céramiques des XIV e et XV e siècles, des fresques, des écussons, des fragments de pierre, des sculptures et une série de splendides médailles fondues par Matteo de’ Pasti, vers la moitié du XVe siècle, pour Sigismond et Isotta. Il renferme en outre un remarquable retable provenant d’un édifice qui a été détruit, l’église Saint-Dominique; ce retable fut commissionné à Domenico Ghirlandaio par le petit-fils de Sigismond, Pandolfo IV Malatesta, dit «il Pandolfaccio», qui fut le dernier seigneur de Rimini. Il représente les saints Vincent Ferreri, Sébastien et Roch avec toute


En haut, Giovanni Bellini, “Christ en Piété” (1468 env.), Rimini, Musée de la Ville. En bas, Domenico Ghirlandaio. Retable malatestien de saint Vincent Ferreri (1494), Rimini, Musée de la Ville. 33

la famille des Malatesta agenouillée à leurs pieds (c’est-à-dire Pandolfo IV et sa femme Violante Bentivoglio, la mère Elisabetta Aldobrandini, le frère Carlo). Il semble qu’il s’agisse d’une sorte d’exvoto pour avoir échappé au danger de la peste. Commissionné en 1493, c’est-à-dire peu avant la mort de Ghirlandaio (1494), il fut achevé par son frère David avec l’aide de frère Bartholomé pour les portraits; mais ceux-ci ne plaisant pas aux commettants, ils furent effacés. Ils sont à présent visibles grâce à une restauration de l’œuvre effectuée en 1923. Ce retable est le dernier acte de mécénat de la seigneurie des Malatesta, désormais sur son déclin. En 1498, les notables de Rimini ourdirent en effet un complot contre Pandolfo IV; l’insuccès de cet acte entraîna alors toute une série de féroces vengeances de la part du jeune seigneur très impopulaire, qui dut abandonner la ville peu après, harcelé par César Borgia, dit le Valentin. Il revint en 1503, mais uniquement pour vendre la seigneurie aux Vénitiens qui durent à leur tour la restituer à l’Eglise en 1509. Malgré l’hostilité des habitants de la ville, Pandolfo essaya jusqu’en 1528, mais en vain, de redevenir le seigneur de Rimini. Le père de Pandolfo IV, Roberto dit le magnifique, qui avait été tyrannique et cruel comme son fils, avait cependant fait preuve de grandes capacités; après la mort de Sigismond, il avait réussi en peu de temps à se débarrasser de ses frères et de Isotta et à gouverner seul sur Rimini; il avait par ailleurs récupéré une partie du territoire grâce, entre autre, à son mariage avec Elisabetta, fille de Frédéric de Montefeltro (1475). Ce fut en fait un grand général. Mais il mourut précocement en 1482 alors qu’il combattait au service du pape; ce dernier lui fera ériger un grand monument auprès de la basilique Saint-Pierre de Rome. Le Musée de la Ville conserve notamment de son époque une série de petits plafonds, décorés d’armoiries et de sigles, qui proviennent de l’un de ses palais de Rimini. La visite du Musée de la ville, gardien des admirables témoignages de la seigneurie des Malatesta, peut être considérée comme la dernière étape de ce court itinéraire sur les traces des Malatesta, itinéraire qui a touché les murs, le centre médiéval, avec ses Palais communaux et le Château de Sigismond, et enfin le Temple de Malatesta. Mais ceux qui désirent poursuivre leur promenade pourront se rendre sur le col de Covignano, situé juste derrière Rimini; ce territoire, qui au XVe siècle était couvert de forêts et appartenait en grande partie aux Malatesta, est le siège d’une autre belle église malatestienne. Il s’agit de l’église paroissiale Saint-Fortuné, ornée d’armoiries en pierre de Roberto Malatesta. C’est à l’intervention de


celui-ci que l’on doit les formes Renaissance de la façade de l’édifice qui appartenait à l’abbaye olivétaine de Santa Maria di Scolca, construite au début du siècle par Carlo Malatesta et détruite après les suppressions napoléoniennes pour la vente de ses décombres comme matériaux de construction. Elle conserve encore les armoiries de Carlo Malatesta dans le centre du soffite de la nef, simple et lumineuse, ornée de stucs du XVIIe siècle. Elle renferme également des œuvres qui n’ont rien à voir avec les Malatesta mais qui comptent parmi les plus importantes de la ville; il s’agit d’un tableau de Giorgio Vasari représentant l’Adoration des Mages (dans l’abside), peint en 1547, et d’un intéressant cycle de fresques de Girolamo Marchesi da Cotignola, de 1512 (dans la chapelle de la sacristie). L’église est précédée par une belle place aux proportions Renaissance d’où l’on peut admirer la mer et une partie du territoire malatestien qui s’étendait vers les Marches, du promontoire de Gabicce aux premiers châteaux qui couronnent les collines de la vallée du Conca. Ce paysage se propose presque à nos yeux comme une invitation à chercher dans le territoire les racines et les signes de cette grande et puissante famille qui le domina pendant trois siècles.

En haut, détail de la façade de l’église Saint-Fortuné (exabbaye Santa Maria di Scolca), sur le col de Covignano. En bas, Giorgio Vasari, “L’Adoration des Mages” (1547), dans l’église Saint-Fortuné. 34


Approfondissements > Dans le territoire des Malatesta

Il semble que le mécénat des Malatesta se soit principalement limité aux capitales et aux principaux centres de l’Etat. En dehors de Rimini, on en trouve des traces à Cesena, Pesaro, Fano, Fossombrone et Senigallia, mais aussi beaucoup plus loin, à Bergame et à Brescia, bien que ces villes n’aient été malatestiennes que le temps de quelques décennies. Dans le territoire de Rimini, ces traces sont presque exclusivement constituées par des forteresses et des châteaux, c’est-à-dire des architectures de caractère militaire, présentes un peu partout à la périphérie des villages ou sur le sommet des collines. Les routes du Marecchia et du Conca représentent deux itinéraires faciles qui permettent de se rendre parfaitement compte des caractéristiques de ces constructions. Mais ces édifices, qui accueillirent souvent des personnages illustres, furent également les lieux où naquirent et moururent des membres de la famille Malatesta, ceci prouvant qu’ils n’avaient pas qu’une fonction de défense ou de contrôle du territoire mais aussi de résidence, voire temporaire, et de représentation. Nous savons, de plusieurs sources, que la forteresse de Mondaino fut le siège de plusieurs rencontres diplomatiques; que celles de Gradara, de San Giovanni in Marignano et de Saludecio accueillirent fréquemment la cour lorsqu’elle voulait «changer d’air»; que les forteresses de la vallée du Conca, notamment celle de Montefiore, étaient leurs demeures préférées pour la chasse. A Montescudo et à Saludecio, les appartements particuliers du seigneur étaient toujours prêts, comme d’ailleurs dans presque tous les autres principaux châteaux. Tout cela permet de supposer que le territoire devait renfermer des meubles, des objets et des œuvres d’art d’une certaine qualité et d’une certaine valeur et être le cadre d’un certain mouvement d’artistes et d’artisans. Mais, de tout cela, il ne reste aucune trace, hormis l’existence de fragments de fresques conservés dans la forteresse de Montefiore; il s’agit de fresques dues à Malatesta Ungaro et réalisées par le Bolonais Jacopo Avanzi vers 1370 dans une salle dite «de l’Empereur», représentant des figures et des épisodes de l’histoire romaine. Même s’ils renfermaient parfois des appartements somptueusement décorés et confortables, bien qu’inaccessibles à la majeure partie des sujets, les édifices des seigneurs offraient un aspect renfrogné et affichaient surtout une masse puissante, dont la grandeur et la forme inspiraient du respect, voire de la peur. Les riches et nobles familles locales ne semblent pas avoir, elles non plus, laissé la moindre trace d’un geste de mécénat artistique quelconque dans le territoire, à l’époque des Malatesta: cela 36


s’explique peut-être par le fait que, bien que possédant des biens et des intérêts patrimoniaux «à la campagne», les lois statutaires de Rimini obligeaient ces familles à résider en ville, où elles pouvaient être plus facilement contrôlées par le seigneur. En dehors des forteresses et des châteaux, la présence des Malatesta est donc difficilement visible dans l’arrière-pays de Rimini. Il se peut que les anciennes églises des ordres mendiants, ordres protégés par les Malatesta dès le XIIIe siècle, abritèrent des œuvres liées à leur mécénat, mais les édifices sacrés de structure médiévale sont désormais rares, ceux qui subsistent étant des édifices abandonnés en ruines ou des édifices ayant été refaits (notamment au XVIII e siècle) avec toutes leurs décorations. Aujourd’hui, les plus importants témoignages d’art sacré du Moyen Age présents dans le territoire de Rimini se limitent à quelques précieux crucifix peints sur bois par les artistes de Rimini de la première moitié du XIVe siècle. De splendides exemplaires sont conservés à Montefiore, à Misano, à Verucchio et à Santarcangelo. Le plus ancien est vraisemblablement celui de l’église paroissiale de Talamello, qui provient d’une ancienne église augustinienne; longtemps attribué à Giotto, il a cependant été réalisé par Giovanni da Rimini au début du XIVe siècle. Le plus récent est celui de la collégiale de Verucchio; de même origine augustinienne, il est signé par le peintre vénitien Nicolò di Pietro et date de 1404. Il est toutefois impossible de prouver que ces œuvres aient pu être commissionnées par les Malatesta. A propos de Verucchio, il faut remarquer qu’à l’intérieur de sa collégiale du XIXe siècle, les nefs latérales sont curieusement dominées par les effigies en stuc de Malatesta da Verucchio et de Sigismondo Malatesta, bien que ceux-ci n’aient jamais joui d’une bonne réputation, ni de leur vivant ni après leur mort; mais, en ces lieux, ils sont considérés (et vénérés) comme des lares et des pénates. Un écusson malatestien, qui pourrait avoir été commissionné par les Malatesta, est représenté dans la décoration d’une chapelle de Talamello (près du cimetière), chapelle qui vaut vraiment la peine d’être vue. Il ne s’agit toutefois pas d’une initiative des seigneurs de Rimini, mais de l’évêque du Montefeltro Giovanni Seclani, franciscain et fidèle ami des Malatesta, desquels il utilisa l’écusson (bien visible dans le centre d’une lunette). Toute la décoration, qui est l’œuvre de l’artiste ferrarais Antonio Alberti, remonte approximativement à 1437. Sur la splendide croisée, de couleur bleu clair, sont représentés les quatre Evangélistes; dans les lunettes, l’Adoration des Mages, l’Annonciation et la Présentation de Jésus au temple. Plus en bas, douze saints et saintes, et, sur l’autel, une Madone de l’Humilité avec 37


le commettant entre deux saints. Bien que la simple voûte dominicale gothique ait perdu une partie de son enduit coloré, l’effet d’ensemble garde toute sa splendeur grâce à une délicate somptuosité empreinte de rusticité et grâce à la vivacité des scènes représentant le monde courtois contemporain, naïvement considéré par l’artiste comme un modèle de perfection. Il existe une fresque semblable, mais incomplète, et peut-être réalisée par un disciple d’Alberti, dans l’église SaintChristophe de Pennabilli (elle représente l’Annonciation et une Vierge à l’Enfant); elle est renfermée dans un bel édicule Renaissance de style raphaélique (1528). Le long de la route du Marecchia se dresse une autre église de l’époque de la Renaissance qu’il faut également visiter: l’église Santa Maria d’Antico, dont le portail est décoré d’une belle lunette du XVe siècle sur laquelle est sculptée une archaïsante Madone de la Miséricorde. Le presbyterium, très décoré et composé de parastates, de corniches et de caissons en pierre, présente une harmonieuse architecture Renaissance (1484-1504) et rappelle les modèles raphaéliques: son centre est occupé par une resplendissante et douce Vierge à l’Enfant en majolique attribuée à Andrea della Robbia. Ces œuvres sont dues à l’intérêt des comtes Oliva di Piagnano, qui furent longtemps de fidèles alliés des Malatesta.

En haut, Jacopo Avanzi, détail d’une “Bataille de chevaliers” (1370 env.), fresque de la forteresse malatestienne de Montefiore. En bas, à gauche, peintre de Rimini du XIVe siècle, Crucifix, dans la Collégiale de Verucchio; à droite, Andrea della Robbia, Vierge à l’Enfant dans l’église Santa Maria d’Antico de Maiolo (Pu). 39


Bibliographie > Pour en savoir plus

L. Tonini Storia di Rimini, III-V, Rimini 1862-1880, rist. an. B. Ghigi ed., Rimini 1971

P. G. Pasini La pittura riminese del Trecento, Silvana ed., Milano, 1990

C. Ricci Il Tempio Malatestiano, Roma-Milano 1924 (ristampa an. con appendice di P. G. Pasini, Cinquant’anni di studi sul Tempio Malatestiano, B. Ghigi ed., Rimini 1974)

P. G. Pasini Piero e i Malatesti. L’attività di Piero della Francesca per le corti romagnole, Silvana ed., Milano 1992

N. Matteini Francesca da Rimini, Cappelli ed., Bologna 1965 Autori vari Sigismondo Pandolfo Malatesta e il suo tempo, Mostra storica (Rimini), Neri Pozza ed., Vicenza 1970 Autori vari Rocche e castelli di Romagna, III, Alfa, Bologna 1972 G. Franceschini I Malatesta, Dall’Oglio, Milano 1973

C. Curradi Alle origini dei Malatesti, in “Romagna arte e storia”, 48, 1996 O. Delucca Artisti a Rimini fra Gotico e Rinascimento. Rassegna di fonti archivistiche, S. Patacconi ed., Rimini 1997

P. G. Pasini I Malatesti e l’arte, Silvana ed., Milano 1983

Autori vari Medioevo fantastico e cortese. Arte a Rimini fra Comune e Signoria, a c. di P. G. Pasini, Musei Comunali, Rimini 1998

A. Vasina Comuni e signorie in Emilia e in Romagna, UTET, Torino 1986

E. Tosi Brandi Abbigliamento e società a Rimini nel XV secolo, Panozzo ed., Rimini 2000

P.G. Pasini Guida per Rimini, Maggioli ed., Rimini 1989

P. G. Pasini Il Tempio malatestiano. Splendore cortese e classicismo umanistico, Skira ed., Milano 2000

Autori vari Storia illustrata di Rimini, I-III, Nuova Editoriale Aiep, Milano 1990

40

Autori vari Sventurati amanti. Il mito di Paolo e Francesca nell’800, a cura di C. Poppi, Mazzotta ed., Milano 1994

Il potere, le arti, la guerra. Lo splendore dei Malatesta, a c. di A. Donati, Mostra (Rimini), Electa, Milano 2001


Sur les traces des Malatesta