RifRaf Février 2014 FR

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The Stanley Parable

This is the story of Stanley (*)... Stanley attrape sa besace sur la table; avise les frises de sa barbichette devant la glace puis gagne la cour, enjambe son vélo à jantes larges et quitte la maisonnée sise près de Flagey où se sont accumulées des réparations nécessaires imputables à la vétusté, à l’usure normale, à la force majeure. Pas plus tard que l’année dernière, bien que de nature récalcitrante à l’exécution des travaux domestiques, Stanley fit procéder au détartrage du chauffeeau par un ouvrier assermenté. Aussi s’acquitte-t-il des petites réparations inhérentes à l’utilisation du logement. D’ailleurs, Stanley ne se rappelle pas avoir un jour commis une faute ou fait preuve de négligence. Précisément, lorsqu’il était assis dans son bureau 427, il appuyait sur les touches de son ordinateur quand on lui en intimait l’ordre. Aujourd’hui, slalomant entre les voitures, Stanley semble très à l’aise. Porte de Namur, marquant l’arrêt au feu, il se demande ce qui serait advenu s’il n’avait pas décidé de couper par Matongué. Cependant il ne flanche pas; sûr de son fait, il a l’air bien assis, les ressorts de suspension sont solides. Cela peut constituer une solution provisoire. Stanley reprend sa course sur la chaussée. Le volume de son casque est élevé pourtant - oui - Stanley entend une petite voix. Il est presque sûr que c’est la sienne, en tout cas celle-ci s’avère nettement moins sentencieuse que celle qui l’avait sermonné le jour où il était sorti de son bureau. Faut dire qu’il avait une bonne raison : Stanley était assis depuis plus d’une heure quand il réalisa qu’on ne lui transmettait plus d’ordres pour enfoncer les boutons. De plus, tous ses collègues avaient disparu. Alors Stanley décida de prendre la porte de gauche pour aller s’enquérir auprès de son patron au sujet de ces étranges disparitions. Lorsqu’il entend cette petite voix, lorsqu’il imagine toutes ces portes qu’il a traversées, il arrive que Stanley songe qu’il lui est arrivé quelque chose de spécial, que peut-être il gagne à être connu. D’ailleurs peut-être que quelqu’un le connaît, peut-être a-t-il une épouse aimante qui l’attend, quelque part. Cette pensée revient le hanter fréquemment et il n’est pas rare que l’évènement se produise plusieurs fois par semaine. Stanley reprend rapidement ses esprits et, tout en montant le volume de son Iphone, il s’arrime à sa collection des avantgardes oubliées et obscures. A défaut d’entretenir un animal domestique, Stanley possède une sérieuse culture de niche. Ce matin, c’est un album de John Cage qui l’accompagne. En général, ses rapports de voisinage demeurent cordiaux. A ce jour, personne n’a trouvé à s’en plaindre ouvertement. La rumeur persiste en l’état de

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commérages diffus, un fifrelin. Parfois un téléphone qui grésille dans le lointain. Rien qui vienne ébranler le système tonal ou inquiéter les échanges météorologiques. Le langage demeure cette monnaie d’échange dont certains privilégiés demeurent les dépositaires. Chacun tente d’y verser son obole avec des succès divers et, pour la plupart, mitigés. Vendredi, le voisin du 425 a lancé un Salut, ça va? mais Stanley n’a rien entendu. La musique allait trop fort, il faisait plutôt beau, il a tondu la pelouse. Une fois les outils remisés, Stanley s’empare d’une bière trappiste avant de gagner les étages où, avachi dans un canapé élimé, il regarde les deux épisodes du Mentalist préalablement enregistrés. Personne dans son entourage ne sait qu’il y a trois ans Stanley s’est réveillé à l’hôpital après un séjour dans le coma. Le personnel soignant l’a oublié depuis longtemps. Personne n’est au courant et personne ne doit savoir. D’ailleurs quiconque aurait vent de ses aventures (**), de ses infamies, n’en croirait un traître mot. Quand les histoires les plus improbables se produisent, c’est comme si tout le monde avait la tête ailleurs, soudain distrait, accaparé qui par la dernière excentricité d’une ex-égérie Disney, qui par les déplacements d’un scooter. De toute façon, le silence s’était fait autour de cette affaire et personne n’en avait jamais rien su. Du reste Stanley s’était tu. Beam me up, Stanley! Texte : Fabrice Delmeire (*) The Stanley Parable est un jeu vidéo créé à l’origine comme mod pour Half-Life 2. Désormais paru en stand-alone, il déstructure les formes de narration du médium et bouscule les principes d’adhésion/rejet du joueur au travers d’une mise en abîme de la question du libre arbitre. Narrator et à travers: Being John Malkovich, Brazil, Groundhog Day et The Truman Show sont dans un bureau et personne ne tombe à l’eau. Qu’est-ce qui reste? (**) ...Et sur trois colonnes s’élevaient, se dressaient toujours plus haut, les gros titres des journaux rapportant un tonnerre fracassant, une tempête mugissant à travers la ville décharnée, agitant les frondaisons où tourbillonnaient les effluves d’un remugle. Bof, c’est encore Stromae qui a fait un prout. (Victor Hugo in ‘Les Formidables – l’épopée et le grandiose’, Ed. J’ai Tout Lu)

année 20 • fev’14

Colofon www.rifraf.be Année 20 nr. 197 rifraf est une édition de B.Z.&T. bvba Adegemstraat 19 2800 mechelen e.r. mieke deisz pas en janvier et août rifraf mars sort le 27 fev rédaction fabrice delmeire tél 0486/31 74 63 fabrice.rifraf@skynet.be

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collaborateurs nicolas alsteen, Anys Amire, Antoine Bours, le dark chips, patrick foissac, François Georges, Laurent Grenier, Gery Lefebvre, Anne-Lise Remacle, eric therer, fabrice vanoverberg,... dessins : Issara Chitdara photo cover: zia anger

Layout peggy schillemans layout.rifraf@skynet.be Imprimerie: Corelio printing, anderlecht Abonnements 1 année (10 éditions) info: agenda.rifraf@skynet.be Belgique: 15 € / Europe: 25€ BE 85 3200 1337 9606 BIC: BBRUBEBB Communcation : nom et adresse

“Réalisé avec l’aide de la Communauté française de Belgique - Direction générale de la culture Service des Musiques”


Texte : Fabrice Vanoverberg

Embrassée du haut du London Eye, la roue géante installée en bord de Tamise, une vue spectaculaire de la City orne la pochette du ‘Eye Of The Microphone’ de BJ Nilsen (Touch). En trois étapes, l’artiste suédois balade ses micros dans les rues de la capitale britannique, en une vision des plus subjectives et insolites. D’entrée de jeu, ‘Londinium’ capte les bruits en bordure de fleuve, ils incluent non seulement le ressac des eaux, mais aussi les vibrations des péniches et les cris de goélands et autres oiseaux marins – les habitués de Londres se rendront derrière Victoria Station pour vérifier la véracité du propos. Seconde étape du périple, ‘Coins And Bones’ abandonne les field recordings et s’oriente vers un monde angoissé et brumeux, il évoque à maintes reprises Fennesz dans son abstraction aussi racée que déjà vue. Dernier volet, ‘Twenty Four Seven’ revient vers un monde aviaire hors du centre ville, où la vie sauvage a conservé une bonne partie de ses droits. Etonnante coïncidence avec le récent et admirable ‘In St Cuthbert’s Time’ de Chris Watson, il montre qu’à 30 minutes de la bouillante métropole règne une nature digne des rivages les plus préservés de la Mer du Nord, échos ferroviaires exceptés. ★ ★ ★ Ecrit pour un théâtre de marionnettes de Porto, ‘Ab OVO’ de la paire locale @c (Crónica) pratique lui aussi, voire davantage, l’art consommé de la réunification bruitiste. A l’instar de l’incontournable collaboration entre l’artiste noise Peter Rehberg et la chorégraphe Gisèle Vienne, les transformations sonores du duo portugais se suffisent pleinement à elles-mêmes – même si nous ne doutons pas un seul instant de la plus-value visuelle de sa contrepartie scénique. Comme d’habitude chez Miguel Carvalhais et Pedro Tudela, et on ne va pas s’en plaindre, l’approche conserve une part de radicalité tranchante, hormis sur les plus sereins ‘100’ (et ses trois guests) et ‘102’. Et tel un magma de circuits électroniques en fusion, on s’empare de l’objet pour ne plus le lâcher. ★ ★ ★ Amis de la poésie germanique et de l’absurdité fanfaronnante, bienvenue dans le monde de RLW & SRMeixner, tu dénicheras sur leur ‘Just Like A Flower When Winter Begins’ (Monotype) des montagnes russes dada d’autant plus bizarres qu’elles vont puiser dans le nonsense. Comme si Felix Kubin s’était acoquiné des terrifiants collages du ‘Requiem für einen jungen Dichter’ de Bernd Alois Zimmermann, Ralf L. Wechowsky (des zinzins P.16 D.4) et Stephen Meixner (de Contrastate) balancent les conventions à toute berzingue, quitte à ce que leur geste dérape parfois dans un manque flagrant de perspective. Et si ça déroute parfois, on ne peut s’empêcher d’y revenir avec ce plaisir coupable dans la bouche. En allemand, ça se dit in dem Mund. ★ ★ ★ Suite du ‘Heading South’ de Mirt, ‘Rite Of Passage’ (Monotype) fait surgir les ingrédients cachés de son prédécesseur avec un à-propos discret et graduel. Davantage répétitif, emprunt de beats discrets aux allures d’électrocardiogramme, le nouvel opus du Polonais Tomek Mirt (dans le civil) prend néanmoins du temps à développer ses longueurs en bouche. Au début, on se demande carrément où on est tombé, avant que petit à petit, des échos minimalistes empruntent des détours mélodiques entre clair et obscur. On ne prétend pas que ce sera le disque de l’année mais c’est tout à fait ravissant. ★ ★ ★ Personnage important(issime) de la scène electronica, Rafael Anton Irisarri trouve une seconde fois refuge auprès d’un autre sacré loustic, M. Lawrence English et sa maison Room40, pour son cinquième album ‘The Unintentional Sea’. Inspirée en partie du désastre écologique de la Salton Sea, une rivière californienne détournée à des fins agricoles, l’histoire mise en place par l’homme de Seattle prend, comme en ses excellentes habitudes, des voies tout aussi de traverse pour arriver à destination. Nulle catastrophe sonore à l’horizon, toutefois, tant la méthode de RAI, lente et frissonnante, mais aussi glaçante de sensualité, transforme ses oripeaux abstraits en une odyssée féconde et malsaine. Cinq étapes durant, le producteur américain varie les remontrances, entre nappes à califourchon et turntablism aux craquements disjoints, et si le nombre d’heures passées à peaufiner les sonorités de cette mer intentionnelle a sans doute de quoi scandaliser les partisans de la réduction du temps de travail, le résultat débouche sur un tel souffle et une telle beauté qu’on ne peut que s’incliner. Respect, monsieur, et merci. ★ ★ ★ Traçant un long arc entre le Japon de Kazuyuki Kishino (aka KK Null) et le Mexique des frangins Diego (alias Lumen Lab) et Israel Martinez, ‘Incognita’ (Aagoo Records) se vautre au cœur d’une nuit d’orage, séance de pétoche dans ta gueule incluse dans l’addition. Ca vibre au fond d’une cave hantée, ça tente de noyer un prisonnier politique nord-coréen dans un bain d’acide – ou alors c’est Andras Pandy en train de trucider sa descendance – des mouches en furie prennent possession d’une escadrille d’hélicoptères, et si ça ne rassure pas totalement sur la santé mentale de ses trois auteurs, ça fait tripper total grave. ★ ★ ★ Autre incontournable des musiques expérimentales de notre temps, Phill Niblock nous fait la joie(?) d’un double album, sobrement intitulé ‘Touch Five’. Comme il se doit cinquième épisode de notre homme sur l’essentiel label anglais, la bête fait appel à des contributeurs extérieurs de tout premier plan. Parmi eux, le violoncelliste belge Arne Deforce, spécialiste de Scelsi ou Feldman, se taille une belle part du gâteau sur les 30 minutes de ‘FeedCorn Ear’. Comme souvent, Niblock multiplie les couches d’un seul et même instrument – sur le second titre ‘A Cage Of Stars’, c’est la harpe électrique de Rhodri Davies – et le présent enregistrement montre une fois de plus, elle n’est jamais de trop, l’influence fondamentale exercée par Phill N. sur les amateurs de drones et autres musiques répétitives. Basé sur une partition de 1998 pour orchestre, le second CD offre trois versions de la pièce ‘Two Lips’, qui est en fait une double partition jouée simultanément durant 22 à 23 minutes. Interprétée par trois quatuors de guitares, dont le Belge Zwerm en n°1, l’œuvre dévoile toutes ses facettes, entre obscurité impressionniste (Zwerm), bourdonnement lumineux (Dither) et échappée cosmique (Coh Da Guitar). Fichtre, tant de raisons d’y retourner fissa.

Texte : Eric Therer

Rubrique destinée à évoquer un lieu, une ville ou un endroit, ‘Sounds & Sites’ ne se veut pas un itinéraire descriptif exhaustif mais plutôt l’esquisse d’un lieu où la musique puise ses racines ou manifeste son émergence. ‘Sounds & Sites’ ne veut nullement dresser une

cartographie complète des lieux sonores mais répondra à des envies ou des coups de sonde.

Café Oto, Londres

Vous êtes à Londres. Vous êtes un samedi 2 novembre 2013. Vous avez passé l’après-midi à trifouiller dans les rayons de bouquinistes des faubourgs situés à l’est de la ville. Vous cherchiez des livres d’histoire. L’histoire de Londres. Comment une ville naît. Comment elle s’étend. Comment elle se fabrique un réseau de voies et de routes, de canalisations, de fossés de défense. Le nom du quartier ‘Shoreditch’ vous intrigue depuis longtemps. La réunion de ces deux termes que rien ne prédestinait à être annexés laisse en suspens plusieurs hypothèses étymologiques sur lesquelles vous restez sans réponse définitive. Plus à l’est, vous vous intéressez à un autre quartier : Dalston. L’un comme l’autre appartiennent à la Municipalité de Hackney. Au 18ème siècle, Dalston n’était encore qu’un village entouré de pâtures humides qui déjà, sûrement et inexorablement, allait se retrouver englobé par la mégalopole londonienne. Il est passé 18 heures. La nuit est tombée et plusieurs magasins sont en train de fermer. Des badauds se pressent, empoignant dans leur course enfants et sacs de commissions en plastique. Vous sortez du métro à Dalston Junction située sur la ligne London Overground de construction récente. A la sortie de la station, vous achetez un petit paquet de chips au cheddar de la marque Tyrrells. Vous n’avez même pas une centaine de mètres à parcourir avant de gagner Ashwin Street, une petite rue étroite qui forme deux angles droits. C’est là que vous trouvez le Café Oto. Sa façade demeure identique à celle que vous aviez pu voir il y a deux ans. En ce début de soirée, vous êtes venu écouter un trio de musiciens dénommés Guillaume Viltard, Audrey Lauro et Mark Sanders. Vous vous attendiez à les voir préparer leurs instruments sur le devant de la scène de ce petit club aux murs irréguliers peints en blanc mat. A peine vous êtes-vous enquis de leur présence que l’on vous invite à sortir et à traverser la rue. Nos hommes se trouvent dans une annexe, un abri de fortune, une sorte de chapelle érigée avec des sacs de sables et revêtue de tôles ondulées. Elle trône sur une parcelle provisoirement vide, à côté d’une autre, une vraie celle-ci, abritant une église pentecôtiste. Vous pénétrez par une petite porte après vous être acquitté d’un droit d’entrée modique de 5 livres. Il n’y fait pas chaud. Quelques rangées de chaises pliables vite disposées font face à une scène à même le sol qui accueille les musiciens. Pas d’estrade, pas de projecteur, on croit rêver. En première partie, c’est la saxophoniste Rachel Musson qui s’adresse à vous. Ses complaintes n’en sont pas vraiment. Parfois comparées par des auteurs autorisés aux logorrhées d’un fantôme ivre ou aux ratées d’un moteur froid refusant de démarrer, elles sont autant de fragments de mélodies insondables. Sa performance a le mérite de la concision. Malgré elle, elle intègre dans une sorte de remix involontaire les sons urbains qui nous parviennent du dehors : klaxons, sirènes d’ambulance, galop du métro… Quand elle laisse la place aux trois autres après un entracte convivial, on perçoit bien vite que Mark Sanders est ici chez lui. C’est lui qui s’occupe des présentations et, très vite, il mène le jeu en faisant bouillir à très petit feu les cymbales de sa batterie. Imposant, le contrebassiste français Viltard tente au mieux de tenir la cadence mais il finit par rattraper Sanders pour mieux le titiller. Entre les deux, Audrey Lauro s’impulse et improvise. Ses phrasés au sax alto sont malappris, imprévisibles, parfois impétueux. La nuit s’est installée, les sons extérieurs miraculeusement raréfiés. Quelques bambins ne tiennent plus en place et se faufilent avec adresse entre les chaises pour ramper jusqu’au pied des musiciens. Un bras maternel tente de les retenir, en vain. L’audience trop respectueuse que pour moufter reste stoïquement attentive, là, sous cet abri de fortune. On se tient droit. On se tient à l’endroit même ou naguère d’anciens marais délimitaient des parcelles et des cultures. On est dans le ventre de la ville, sa matrice. On est là, l’oreille tout chose, hésitant entre écoute innocente et addiction audiophile intraitable. Un lien : www.cafeoto.co.uk


Texte : Le Dark Chips

Rebooté, formaté, enfermé à double tour, longtemps, voici comment l’ancienne civilisation avait décidé de soigner l’infâme, le Dark Chips. Sans relache, il avait tapé sur la porte de sa cellule, c’était sa façon d’aimer. Libéré, il avait jeté un regard sur ce nouveau monde et savait déjà que rien n’avait changé. Lui non plus . « Je n’étais qu’un gamin irritant, menteur et roux » Aphex Twin.

Vous aimez danser ? Vous aimez les tubes ? Ne cherchez plus, les compilations Serious Beats réservent à leur auditoire diverses thématiques, selon les numéros de la série. Ainsi les multiples de 25 sontils historiquement consacrés à la house et, par déduction, leur numéro 75 ne pouvait qu’être nommé de la sorte : ‘Third Saga Of The House’. Et une prise de risque proche du zéro pointé tant la playlist va piocher dans tout ce qui a fait danser dans les boîtes où l’on passe beaucoup de temps à s’observer : Roger Sanchez, Tiga, Nathan Fake, øm, Alter Ego ou encore T. Raumschmiere pour ne citer que les plus bling-bling. Petit détail qui aura son importance: les morceaux ne sont pas mixés, ce qui nous laisse le loisir de profiter des morceaux, du début à la fin. Malin ! ★ ★ ★ La cinquième sortie de Booka Shade promettait d’être « une renaissance spectaculaire ». S’en méfier ! Et c’est peu dire car même si le duo berlinois a émigré du côté de Manchester pour retrouver son mojo d’antan, rien n’y a fait. De plages poussives formatées radio (avec du saxophone dedans) en titres auto-pilotés, ‘Eve’ ne fait que trop rarement rêver. On sauvera tout de même un ‘Love Drug’, où Fritz Helder (Azari & III) vient prêter « voix forte » et semble pousser Booka Shade à composer avec leur époque. Là où jadis, ils étaient capables de prendre des courants sous-jacents sur la tendance, le duo berlinois se fait complètement larguer par la créativité d’un Moderat. Ils continueront à faire danser les zazous en festival mais ‘Eve’ n’ajoutera aucune ligne à leur histoire. ★ ★ ★ (PoleGroup) est définitivement un label à suivre, lequel compte en ses rangs le magistral Oscar Mulero. Et c’est tout naturel si le label espagnol fait appel à son artiste le plus respecté pour lancer sa nouvelle série de mixs ‘Unknown Landscapes’. On retrouvera dans ce premier volet 16 titres sélectionnés minutieusement parmi les inédits de DVS1, Exium, Reeko et bien d’autres. Le maître de cérémonie s’invite également dans cette bande son froide, précise, envoûtante et résolument tech ! ★ ★ ★ Avant de dévaler sur 2014 comme une traînée de boue, le label de Mode Selektor ouvre la saison avec une compilation-vitrine‘50WEAPONSRMX01-09’. Moins de surprise dans le titre que sur le sillon où baignent deux heures assez délicieuses de titres remixés. Les réinterprétations trouvées sur ce recueil sont signées entre autres par Shackleton, Robert Hood, Marcel Dettman et se voient rejointes par quelques exclusivités. Que du bon, que du bio ! ★ ★ ★ Lorsque vous posez le regard sur Felix Kubin, votre sang se glace et vous vous demandez de qui l’Allemand tire le plus : de l’androgyne androïde ou de l’expérience de laboratoire. Son univers est du même acabit : des expériences électroniques, de la musique contemporaine ou encore des pièces de théâtre avant-gardistes qui flirtent sans vergogne avec la pop et la funk. Imaginez-le alors épaulé du big band totalement barré de Mitch & Mitch ! ‘Bakterien & Batterien’ serait alors un Space-Opera, mélangé à du Stockhausen, de la musique concrète, flanqué de Muzak et de jeu radiophonique vieillot. 25 ans de retard ou 75 ans d’avance ? ★ ★ ★ Jamais mieux servi que par soi-même ! Jeroen Liebregts l’a bien compris et c’est la raison pour laquelle Radial prend le contrôle complet de sa liberté artistique. ‘Crux’ sera du premier crû (Radial Records). Un acte fort pour un deuxième album qui sonne pour lui un retour marqué : plus diversifié, ouvert à de nouveaux sons, le Hollandais bonifie avec le temps. Plus mâture certainement, Radial a su prendre le temps de repenser sa manière de travailler, de réorganiser son studio et de générer enfin son propre son. Et c’est cette patte sonore qui fait la différence sur une production qui balaie les humeurs les plus enjouées et d’autres bien plus mornes. Et si l’analogie ramenait à la vie ? ★ ★ ★ Des collaborations avec Groove Armada ! Tout ça ? Des remixes à la pelle ! Vraiment ? Deux ans enregistrement ! Non ? D’Italie jusqu’à l’atelier de Massive Attack à Bristol ! Noooooonn ? La contribution de Tim Goldsworhty de LCD ? Tout ça pour ça ? Exactement, le groupe superstar des blogs-tendance, Fenech-Soler sort ‘Rituals’. Tout ça pour ça ! ★ ★ ★

Texte: Anys Amire et François Georges i photo: www.siliconcarne.be

Phénoménologie d’une rose fanée

Ce que je suis (noèse) 21 septembre 2013. 5, boulevard Barthélémy. Concert de Holden. (Rose pâle, bleutée, de Janet, ouvrait et fermait les yeux, rosarum, rosas, rose, ouvrait et fermait les yeux). Elle ressentit cette inquiétante étrangeté lorsqu’elle observa Armelle Pioline sur scène, à peine de distance. Les mots ressortaient par la bouche de la chanteuse mais semblaient venir de ses pensées intimes : « ...les murs ont des oreilles. La lune qui me surveille, la lune est dans mon dos… ». Les esprits ne parlaient plus par sa bouche comme auparavant. L’énonciation des lettres et des sons ne signifiait plus, elle était devenue sourde et muette. Rose ne connaissait pas ce groupe, Paul l’y avait invité. Il fallait, paraît-il, le découvrir absolument. Elle n’avait pas pour coutume de refuser les invitations. Rose portait pour l’occasion une broche de (fausses) perles et de (faux) diamants en forme de triton. Elle se sentait comme souvent flottante, comme manquante. La musique, la bière, les mots d’Armelle : « défaillir jusqu’à mesurer le pire », la firent chavirer un bref instant, comme un sentiment de perfection. Pire que la mort. Ouvrir et fermer les yeux. C’est elle sur la scène maintenant, les lumières la pénétrèrent, les diamants et les perles creusèrent sa peau, ses ovaires. Ouvrir et fermer les yeux. Paul la releva doucement. Il fut d’une douceur exceptionnelle se dit-elle. Elle le détesta pour cela. Il l’a raccompagna chez elle. Il parla beaucoup, s’intéressant à ce nom de fleur qu’Il lui avait été donné à sa naissance. Il lui parla d’un poète allemand, suicidé, lui récita un poème dont elle ne se rappela aucun des vers mais l’a fit chanceler une nouvelle fois. Ouvrir et fermer les yeux. Au bord de son lit, il ne l’a toucha pas. Elle voulut le tuer pour cela. Elle pensa à un viol et avant de s’endormir, murmura : « c’est une chose terrible, mon père était une théorie. » J’ai longtemps contemplé (noème) 8 octobre 2013. Café le Fablain. Rose avait les doigts ensanglantés. Elle se tenait droite, tremblante devant le miroir fissuré des toilettes d’un café anderlechtois. Bientôt, quelqu’un entrerait. Bientôt elle devrait expliquer les murs violacés de sang. Elle restait droite, essaya de déchiffrer l’étrange image venant de l’autre côté. Quel était ce poème ? Il parlait d’elle, elle en était sûre. Quel était ce poème ? Bientôt Paul ouvrirait la porte. Elle contempla longuement les perles de sang s’écoulant de son vagin le long de ses jambes. Elle s’appliquait à l’étaler sur la porte maintenant. Elle était en retard. Elle ne le serait plus jamais. Il l’avait toujours compris. Jalouse. Elle ne sentait plus ses épines ou ses pétales. Bientôt Il arriverait, comme si on lui enlevait les ovaires et que quatre mois après elle ait un enfant. Elle fut traversée par l’intense envie de s’arracher les membres et le foie, elle palpa soigneusement son abdomen. Bientôt il arriverait, beau comme un Bashung mort, bientôt il lui ferait une fleur, la ferait éclore, au bord d’un parterre de cyclamens. You’re the sunshine of my life (transcendance) 23 novembre 2013. 11, rue de la luzerne. Le psychiatre se tenait devant elle, silencieux. Elle savait qu’il était en érection, elle le sentait à chaque fois qu’il l’invitait dans son bureau. Elle aurait voulu lui en parler d’homme à homme. Elle était un O.V.N.I...Ils étaient des dieux. Ils étaient les seuls à faire l’amour. Paul lui faisait peur...Elle l’avait frappé…Son amour la détruirait...Ils s’étaient battus… Ils étaient trois...huit…quatorze...Les nombres parfaits…Elle avait peur d’un vampire dans le noir du couloir, mais c’était la structure de la maison qui était la plus inquiétante.Tout était permis dorénavant. Elle pensait lui appartenir. Elle couchait sous d’autres draps, d’autres corps. Une pute, elle devrait payer…La structure parfaite…Elle voyait probablement plus clair maintenant, Lacan avait la clef et l’avait avalée. Parfois la vie hantait ses fenêtres. Elle écrivit longuement durant ses journées chez les fous, elle était devenue invisible. Une nuit, les mots de ce poète allemand suicidé lui revinrent en tête, ils sonnaient désormais comme une épiphanie : « … un rien nous étions, nous sommes, nous resterons en fleurs, la rose de rien, de personne.. » (1) Trois chansons : ‘Ce que je suis’ - Holden (Armelle Pioline/Mocke) in ‘Chevrotine’ ‘J’ai longtemps contemplé’ (Bashung /Fauque) in ‘Chatterton’ ‘You’re the sunshine of my life’ - Chokebore (Troy von Balthazar/chokebore) in ‘Black Black’ Un livre : ‘Folies hystériques et psychoses dissociatives’ - J.C. Maleval chez Payot (1) Paul Celan : la rose de personne


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Texte : A Nn i cnoel- a L iss e A lRsetm ea ec nl© e z ia anger

Avec Angel Olsen, l’année commence par un coup de foudre. Sur son nouvel album, l’Américaine prend la musique à bras-le-corps. ‘Burn Your Fire For No Witness’ est une gifle sur la joue desséchée de la country, un doux

baiser sur les lèvres de la pop, une écharde effilée dans le pied des traditions folk. Disque aux charmes sombres et foudroyants, ce second essai marque un tournant, un avant et un après Angel Olsen. Désormais, notre cœur bat aux rythmes de ses chansons.

Ta carrière a commencé à Chicago. Tu vis toujours là-bas? Angel Olsen : « Je viens juste de déménager à Asheville, en Caroline du Nord. C’est une ville à taille humaine, assez jolie, entourée par la chaîne des Appalaches. J’avais besoin de changement, je voulais renouveler le décor. » Tu as toujours voulu vivre de la musique? Angel Olsen : « J’ai toujours été fascinée par les performances artistiques. Qu’elles se déroulent sur un écran de cinéma, sur les planches d’un théâtre ou sur la scène d’une salle de concert. Quand j’étais petite, mes parents m’ont encouragé à chanter. Je faisais ça en dilettante, mais très régulièrement. Avant d’aller au lit, par exemple, je devais absolument fredonner un truc. Par la suite, mes parents m’ont poussé à apprendre le piano. Seulement, je détestais les leçons. J’ai abandonné l’affaire et je me suis procurée une guitare. J’avais 15 ans quand j’ai commencé à gratouiller. »

Le feu de l’amour Comment t’est venue l’envie d’enregistrer tes chansons sur un premier E.P. (‘Strange Cacti’) en 2011? Angel Olsen : « Pendant longtemps, j’ai développé une sorte de protectionnisme à l’égard de mes compos. Elles m’appartenaient et je ne voulais surtout pas les rendre publiques. De nombreuses personnes sont venues me proposer de les enregistrer pour sortir un disque. À chaque fois, j’avais le sentiment que ce n’était pas le bon moment. Cette réaction de rejet m’a poussé à enregistrer mes morceaux moi-même. J’ai fait ça à l’arrache et ça sonnait très bricolé, vraiment artisanal. J’avais accompli tout ça à côté du matelas, dans ma chambre. C’était cheap. Mais l’idée d’avoir réussi à garder le contrôle sur mes chansons me plaisait énormément. Par la suite, j’ai collaboré avec Emmett Kelly et Bonnie ‘Prince’ Billy au sein du projet The Cairo Gang. J’ai appris énormément de choses à leur contact. Suite à cette expérience, j’ai eu envie de sortir un disque de façon plus traditionnelle. J’ai confié l’enregistrement et la production de mon premier album (‘Half Way Home’) à Emmett Kelly. On a bossé en duo et c’est à partir de là que l’idée de construire un groupe à commencé à germer… » Aujourd’hui, tu tournes donc avec un groupe? Angel Olsen : « Pour l’instant, je bosse avec trois musiciens. Mais je cherche encore une quatrième personne. » Comment as-tu rencontré Bonnie ‘Prince’ Billy et Emmett Kelly? Angel Olsen : « L’ami d’un ami m’a présenté à Emmett Kelly. Il m’a demandé si je pouvais lui envoyer quelques chansons. Je lui ai fait suivre trois fichiers par courrier électronique. Une demi-heure plus tard, il me passait un coup de fil pour me proposer de l’accompagner sur toutes les dates d’une tournée qu’il était en train de monter avec Bonnie ‘Prince’ Billy. Cette collaboration est une étape importante dans ma carrière. Elle marque un tournant, une prise de conscience. Passer de ma chambre à des concerts aux côtés d’Emmett Kelly et Bonnie ‘Prince’ Billy, ça a tout changé. Pour la première fois, je pouvais vraiment concevoir le côté professionnel des choses. À l’époque, je bossais comme serveuse dans un café à Chicago. Je me suis pointée avec mon tablier pour démissionner. Quand le boss m’a demandé d’invoquer une raison, j’ai répondu que je partais en tournée. Il n’a rien compris. Mais, pour moi, tout s’éclairait : j’allais devenir chanteuse à plein temps. » Depuis que tu t’es lancée dans l’aventure, tu sors quasiment un disque par an. Ce sera ton rythme de croisière? Angel Olsen : « Mon premier E.P. est sorti en 2011. L’album ‘Half Way Home’est sorti l’année suivante de façon assez confidentielle. Il a ensuite été réédité en 2013. Avec le nouveau disque, ça peut en effet donner l’impression que je travaille comme une acharnée. Mais bon, voilà, je suis une musicienne, pas une sportive : je n’ai jamais voulu m’inscrire à une course contre la montre. Aujourd’hui, certains labels, des médias et une partie du public aimeraient se mettre rapidement autre chose sous la dent. Désormais, le monde fonctionne comme ça. Avec internet, les gens ont appris à disposer de tout, tout de suite. Ils n’ont même pas encore terminé d’écouter une chanson qu’ils cliquent déjà sur un autre morceau. Le rapport à la culture est devenu terriblement boulimique. Quand tu sors un album de 45 minutes, il est démodé en quelques semaines et jeté aux oubliettes le mois qui suit. Les gens sont devenus impatients : ils veulent de la chair fraîche, du sang neuf, du changement, partout, tout le temps. Moi, je ne m’identifie pas à ce mode de fonctionnement. J’aime prendre le temps de vivre les choses, d’expérimenter mon environnement et d’enregistrer des chansons qui me plaisent vraiment. C’est tellement bon de s’effacer, de se laisser oublier. Il faut pouvoir se laisser vivre pour se ressourcer. La musique est ma passion mais ce n’est pas pour ça que je vais sacrifier ma vie aveuglément. J’aspire à

fonder une famille, avoir des enfants, vivre de nouvelles expériences. Je ne veux pas devenir un rouage du système : je ne suis pas une machine. Je reste un être humain avec son caractère et ses sensibilités. » Quand la presse spécialisée est tombée sur tes premiers enregistrements, on a vite retrouvé ton nom rangé dans la colonne « folk », rubrique « singersongwriter ». ‘Forgiven/Forgotten’, le premier single issu du nouvel album, s’ouvre sur une cavalcade de guitare saturée. C’est très rock. Peut-on voir ce morceau comme une réaction épidermique aux étiquettes qu’on a voulu te coller sur le dos? Angel Olsen : « Ce premier single n’est pas à l’image du reste de l’album. Il est sensiblement différent. Je n’avais pas envisagé d’échapper à un style musical en particulier pour une raison assez simple : j’essaie toujours d’oublier ce que je lis à propos de mes chansons. C’est aussi une façon de conserver son calme. Aujourd’hui, dès qu’un artiste débarque avec une guitare acoustique dans un registre plus ou moins apaisé, on lui colle une étiquette folk. C’est débile. Cette fois, je défends mes morceaux avec un groupe. Certains considèrent que ça sonne plus rock. Mais si je devais jouer les mêmes chansons toute seule, je suis certaine que ces versions dépouillées ne seraient pas fondamentalement éloignées des originales. » On trouve une trace du titre de l’album dans la chanson ‘White Fire’. Comment doit-on interpréter ‘Burn Your Fire For No Witness’? Une petite obsession pour le feu pendant les sessions d’enregistrement? Angel Olsen : « En fait, ‘White Fire’est la dernière chanson composée pour l’album. À la fin, je me suis penchée sur les différents morceaux en essayant d’en dégager un thème. J’ai alors entrevu une ligne directrice : l’envie de réaliser quelque chose passionnément, soigneusement, sans se soucier de la postérité. Peu importe si les gens viennent voir le feu ou pas. L’important, c’est de l’alimenter, de le nourrir avec du bon bois pour qu’il ne s’éteigne pas. J’aimais beaucoup cette idée de brûler un feu dans mon coin, à l’écart du monde. Peut-être que des passants apercevront des flammes, que certains verront un peu de fumée. Tous les autres passeront à côté. Comme si de rien n’était. » L’album s’ouvre avec une chanson en forme de déclaration d’intention : ‘Unfucktheworld’. Qu’est-ce que ça veut dire? Angel Olsen : « Un jour, j’ai vu cette phrase inscrite sur le pied d’un évier à Philadelphie. Je venais de me laver les mains et, en baissant les yeux, j’ai aperçu cette inscription. Ça m’a fait rire. J’ai pensé que c’était une bonne façon de se soucier du monde. Ne pas enculer le monde, c’est en prendre soin et y mettre du sien. Je trouvais que ça ferait un bon titre pour une chanson. La placer en ouverture du disque, c’est comme un élan d’optimisme ! (Sourire) La chanson en elle-même évoque plutôt l’état d’esprit d’une personne obnubilée par de faux problèmes. Un jour ou l’autre, on est tous confrontés à ce genre de situation : on se monte la tête avec un souci qui, au final, n’en est pas vraiment un. Je crois qu’il est important d’apprendre à se simplifier la vie. En général, quand on se pourrit la vie, on pourrit celle des autres. Nous sommes tous interconnectés. Donc, ‘Unfucktheworld’ ! (Rires) » Un disque : ‘Burn Your Fire For No Witness’ (Jagjaguwar/Konkurrent) Suivez le guide : www.angelolsen.com

on stage 4/04, Stuk (Leuven)


T e x t e : A n n e - L i s e R e m a c l e © m i a k i r by

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‘Exquisite Corpse’ les avait adoubées comme pages attrayants de Cocorosie période ‘Noah’s Ark’, comme juvéniles rejetonnes de Siouxsie, ‘The Fool’ définitivement métamorphosées en chancelantes fiancées de l’Amérique, la guitare agitée et la voix ancrée aux rivages d’une dreampop où s’échouaient autant les crabes-fantômes que les sirènes, oiseaux-femmes aux plumes lustrées. Au sortir d’une de ces tournées qui portent aux nues, elles ont ressorti l’artillerie leste et les peintures rituelles, offrant à leurs sombres comptines taquines des contours plus saillants. Comment a germé l’idée d’un documentaire avec Chris Cunningham ? Était-ce votre idée, la sienne? Emily Kokal (voix, guitare) : « Je pense qu’il aime sa femme (ndlr : Jenny Lee Lindbergh, bassiste du groupe), ce qu’elle fait, ce que son groupe fait. C’était une question d’amour et d’admiration mutuels. Chris fait vraiment partie de la famille et on aime frayer avec des gens créatifs : c’était naturel d’imaginer faire quelque chose ensemble. » C’était plutôt enthousiasmant ou étrange d’avoir quelqu’un qui vous suit, l’œil derrière la caméra, du matin au soir ? Emily : « Ce n’était pas aussi extrême. » Stella Mozgawa (batterie) : « Il n’était pas tout le temps-là. Beaucoup des prises étaient faites sur Iphone, vraiment non invasives. Ça restait calibré et personnel, tout ce que nous avons déjà pu visionner comme rushes est vraiment beau. On a hâte de voir l’aboutissement final.» Il semblerait que Chris ait proposé de vraiment réinterpréter certains de vos morceaux ? Emily : « C’est un fantastique musicien, mais aussi un grand monteur. Il fourmille d’idées. Il a réimaginé une partie de la matière après nous avoir entendues construire notre album. Ça fait juste partie de son processus créatif, il s’est dit que ça pourrait être très inspirant pour lui de faire ce film, d’aller au-delà même des codes habituels d’un documentaire. Le réaliser à sa sauce. » Qu’est-ce qui vous a décidées à faire appel à Flood pour le travail de production ? Emily : « Nous n’avions pas assez d’expérience pour nous lancer seules, et aux moments

Stella : « C’est un des trucs les plus drôles qu’on ait jamais fait. » Emily : « Ça a à voir avec le fait de donner libre cours à sa part d’enfance, s’amuser à jouer les modèles. Pour le reste, nous avons des fans plutôt charmants et dévoués. Leurs tumblrs, c’est une façon pour eux se sentir aussi connectés aux personnalités du groupe, j’avais aussi ce genre de lien fort quand j’étais plus jeune et finalement, je trouve ça assez sain qu’on puisse être inspirantes. Je les apprécie vraiment. » La spontanéité semble vous être chère : vous adorez les jams, vous faites des private jokes en interview… est-ce que vous utilisez cet instinct-là aussi pendant l’enregistrement ou êtes-vous plutôt super organisées, super concentrées ? Stella et Emily (en chœur) : « Oh non, clairement, ça déborde totalement pendant ces momentslà aussi. Nous sommes franchement un peu fofolles et souvent débridées. » En écoutant le morceau ‘Disco /very’, ça m’a rappelé deux types de groupes féminins : d’abord cette vague post-punk très pêchue avec Delta 5, Bush Tetras ou The Slits. Ensuite, un groupe plus méconnu de la fin des 90’s, de Washington : Quix*o*tic, qui mélangeait avec humour du doo wap r’n’b et des sensations plus sombres, un peu gothiques. Est-ce que vous vous reconnaissez dans ces mouvements-là, ce type de sons ? Emily : « À vrai dire, on les connait assez mal…mais quand tu parles des 90’s, il y avait bien sûr cette vague de groupes de riot girls comme Le Tigre, Bikini Kill ou Sleater Kinney. Mais là aussi, je situe finalement peu. Ce morceau, c’était plus une occasion de danser, de trouver le bon groove. »

Les quatre filles du Docteur Spooky

critiques, nous n’aurions peut-être pas été assez diplomates pour réagir de façon efficace et rapide. C’était bien d’avoir quelqu’un d’externe qui aide à communiquer, aligner votre vision. Quelqu’un de neutre, de plus habitué, mais avec une manière d’envisager le son similaire à la nôtre parce que nous ne voulions pas surproduire. » On sent un énorme changement en terme de sons ou même de genre musical entre vos deux albums. Celui-ci est plus électronique, il y a nettement moins de guitares… qu’est-ce qui a motivé ces choix ? Emily : « Il n’y a pas eu quelque chose de spécifique, je crois. Quand nous avons commencé à écrire, nous avons simplement apporté plus de matériel, et naturellement gravité autour de l’enthousiasme d’essayer des choses nouvelles. Nous sortions d’une énorme tournée où nous avions beaucoup expérimenté la formule guitare-voix. Instinctivement, l’idée c’était de transiter ailleurs que vers ce qui nous paraissait standard. Finalement, toutes les quatre, nous écoutons de façon plus prédominante de l’electro, du hip-hop que du rock classique. » Avez-vous l’impression que Los Angeles a eu un impact sur votre carrière, pas seulement en termes d’inspiration mais aussi de façon pragmatique ? Emily : « Etre dans une grande ville rend toujours les choses plus faciles, maintient la machine en marche. » Stella : « Mais il y a aussi plus de compétition. C’est difficile de se démarquer. Il y a tant de talents…il y a en a partout, mais ceux qui en ont veulent rejoindre un spot où les choses bougent, parce qu’ils veulent cette excitation-là, cette sensation particulière. Los Angeles n’est pas une ville de travail traditionnelle, comme Bruxelles où les gens ont de vrais boulots (rires). Là, c’est très courant et proéminent que les gens soient acteurs, réalisateurs, musiciens, et que ça soit ce à quoi ils consacrent tout leur temps. » C’est une ville d’apparences trompeuses… comment est-ce que vous gérez cet aspect-là ? Stella : « On l’ignore simplement, on se tient à distance ! » Emily : « C’est finalement assez simple de ne pas être distraits par ça : c’est autour de nous, mais ça ne nous attire pas, on ne se sent pas en phase. » Vous ne semblez pas du tout en phase avec une vision totalement girly de votre musique. À contrario, vous apparaissez dans la nouvelle campagne Calvin Klein Jeans et on ne peut pas nier que vous avez atteint un statut d’icônes : on ne compte plus les sites qui vous sont consacrés, et certains de vos fans se font même tatouer l’insigne de ‘Exquisite Corpse’. Ça n’est pas trop schizophrène ? Emily : « On essaie juste de rester nous-mêmes. La pub Calvin Klein, c’était vraiment pour le fun. »

Est-ce que vous aimez laisser la porte ouverte à l’interprétation multiple, aux atmosphères cryptiques pour vos paroles ? Emily : « Ça n’est jamais intentionnellement sibyllin. Laisser affleurer des trouées, des questions, des interprétations multiples, moi ça me satisfait vraiment, cette sensation. Il y a bien sûr des exceptions comme ‘Baby’ qui est un morceau très direct : on va droit au but mais j’aime aussi dépeindre des paysages plus complexes, ce genre d’images qui surgissent en regardant un film de Nicolas Roeg, où les idées développées te parlent mais pas comme le ferait un film hollywoodien très littéral. Une expérience à mi-chemin entre le rêve et la réalité. Juste une danse entre ton esprit et ta psyché. Plus tu donnes de l’espace à l’auditeur, plus il pourra interpréter à sa manière. »

Warpaint ‘Warpaint’ Rough Trade/Konkurrent

S’immiscer dans un disque avec le pressentiment d’une vipère qui sommeille au milieu des sables, d’un fouet cinglant. Un je ne sais quoi d’inquiet, un beat qui empêche de saisir les astres, un riff buté qui dissémine les restes. Pas d’autre choix que d’entamer un tango avec la Faucheuse, un pas-de-deux létal, que d’appliquer sur les lésions la liesse d’amours blêmes qui extirperont février de ses reliefs réfrigérés. « It’s not necessary /to be so dark » bruisse un instant et s’évapore, laissant la nuit en alerte, traversée par des échos gourds, des goules tactiles faisant tressauter les charpentes. ‘Biggie’ pratique la trépanation comme on appliquerait un baume, l’acidulé obnubilant à fleur de bouche. Mandragore inassouvie recouverte d’une pellicule d’or et de sirop, ‘Teese’ en réclame toujours plus pour graviter jusqu’au septième pallier. Pour lui donner satisfaction (« she’ll eat you alive / like cyanide »), il va falloir assister à ‘Disco /very’, sarabande d’Érinyes aussi friponnes qu’Afrirampo, aussi féroces que Delta 5, haka bravache d’héroïnes pimbêches de Yoshitomo Nara. ‘CC’ sent le traquenard, le tournoiement souffreteux dans l’antre de la Pythie, quand ‘Drive’ fait appel à des pinçons de retro-gaming pour multiplier les combinaisons gagnantes, à des vocalises r’n’b pour ouvrir le champ de vision. ‘Son’, belle touche finale, a des accents de ‘Myth’, de ceux qui traversent Baltimore et laissent sur la Colline aux cent yeux une poudre bleutée, un engrais pour belles-de-jour ombrageuses. (alr) Suivez le guide : http://warpaintwarpaint.com/


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T e x t e : A n n e - L i s e R e m a c l e © s t e v e g u ll i c k

‘St-Bartlet’ avait été le sésame, ‘Maraqopa’ la visée vers une utopie élargie en promesses, un désert faste en oasis. Troisième étape d’une prise de conscience aussi intérieure que génératrice de chambre d’échos, ‘Brothers And

Sisters Of The Eternal Son’ est le missel d’un homme qui a décidé de ne plus parler que sa propre langue, ample et bruissante, pour communier avec ses semblables, sans crainte d’aucun jugement divin. Rencontre avec Damien Jurado, bienheureux qui a laissé passer la lumière.

Dans le trailer, Richard Swift explique que vous avez dû prendre quelques jours supplémentaires pour étoffer les bases des morceaux. Tu peux nous en dire plus ? Damien Jurado : « Dans ce même trailer, je disais que ce nouvel album était comme ‘Maraqopa’ au niveau de l’approche : nous prenions une piste de voix, et nous mettions de la reverb par-dessus en nous disant « Okay, c’est bon », puis nous nous ravisions en disant « Non, cette reverb est la bonne », en montant le curseur à fond (ndlr : il mime le geste). ‘Maraqopa’ était déjà différent pour moi, je le vivais comme un risque. Ici, c’était accepter de mettre tout à fait le danger à plat, être hors des conventions, audacieux. J’ai passé toute ma carrière dans la boîte exigüe du songwriter, il était nécessaire que je fasse tout imploser. Comme si je prenais tous ces musiciens que j’aime, John Coltrane, Radiohead, Kraftwerk ou Fela Kuti et que je les mettais dans un disque. Ce n’est pas tellement une question de musique d’ailleurs, plus une question de conception. Warhol, par

Take A Walk On The Light Side

exemple. À son époque, les gens pensaient que Jackson Pollock faisait de l’art, que c’était profond et très masculin. Et Andy est arrivé en disant « voici une peinture de boîte de soupe » en affirmant contre tout avis que c’était également de l’art. Ce genre de cas a beaucoup d’influence sur moi. Ceux qui n’ont pas peur de dire « Pourquoi est-ce que ça devrait être comme ça plutôt qu’autrement ? ». Mais des songwriters plus traditionnels t’ont aussi montré la voie, non ? Je pense à Simon & Garfunkel, entre autres… D.J. : « Oui! Mais même leurs albums sont étranges. ‘Bridge Over Troubled Water’ est un morceau fantastique, mais d’un point de vue sonore, c’est très étonnant par rapport à des disques d’aujourd’hui. Bob Dylan a fait des albums dans une seule pièce avec pas plus de quatre micros…aujourd’hui tu serais bien en veine de trouver un producteur qui accepte ça ! Quelque part en chemin, on s’est mis à inventer ce codex bourré de règles. Pour moi, les limites qu’on se fixe brident les esprits créatifs. » Vois-tu ce nouvel opus, ‘St-Bartlett’ et ‘Maraqopa’ comme une trilogie et as-tu l’intention de continuer à confier tes prochains albums à Richard Swift ? D.J. : « Oui, c’est comme ça que je les envisage. J’ai prévu de produire absolument tous mes disques à partir de maintenant avec Richard. À la manière des Beatles, j’ai trouvé mon Georges Martin à cheveux bouclés (rires). » Dans tes paroles, plus élusives, on retrouve le motif du Jardin, déjà présent dans ‘Maraqopa’. C’est ta propre interprétation de l’Eden ? D.J. : « C’est ma propre version d’une société utopique. Je me souviens d’un monde avec des lignes fixes,

de devoir aller dans une cabine parce que je n’avais pas de téléphone portable. Imagine : tu te réveilles demain matin, et il n’y a plus d’internet ni de médias sociaux. Songe à combien ta vie serait différente et à quel point elle serait meilleure parce que tu serais obligé de vraiment interagir avec les gens, et d’utiliser tes ressources créatives. Pour moi, Maraqopa, c’est cet endroit fictionnel où l’électricité n’existe peut-être même pas. Presque comme le paradis, ça serait parfait : même la nourriture y serait meilleure. Il y a vraiment une différence entre acheter des pommes au magasin ou les récolter sur l’arbre. Cet album reflète ça de façon sonore : retrouver le goût authentique. Je voulais que le disquaire se demande où il pourrait ranger mon disque : « ce n’est pas du rock, ce n’est pas tout à fait du folk, ce n’est pas uniquement du jazz, donc où classer ça ? ». Débarrassons-nous de toutes les étiquettes ! » Secretly Canadian a ressorti ton cinquième album pour ses dix ans, et la réédition est dédiée au regretté Jason Molina. Tu as dit un jour qu’il était la raison pour laquelle tu avais rejoint ce label. D.J. : « Oui, Jason a été un des seuls types, hormis Lou Reed peut-être, qui m’ait vraiment influencé au début. Il pouvait faire tout ce qu’il voulait, et ça n’avait pas d’importance. Il utilisait ce qui venait du cœur. Ça m’a pris un certain temps pour adapter ça à mes propres compositions. Avec Richard, j’ai perpétué son enseignement: être fidèle à la musique que tu penses que tu devrais jouer. Ensuite c’est aux disquaires ou à vous les journalistes de décrypter : c’est votre job. Jason ne jouait jamais un même morceau deux fois tout à fait de la même manière en tournée. J’adorais ça dans sa musique, que rien ne soit planifié. » À propos de ‘Where Shall You Take Me ?’, es-tu sévère ou indulgent avec le musicien que tu étais alors ? D.J. : « Je ne sais pas. Ce disque est important parce que c’est un portrait de celui que j’étais à ce moment-là. Mes obsessions étaient en lien avec le rêve américain, mes pensées étaient focalisées sur ce que c’est d’être un individu dans une petite ville paumée dont personne ne parle. » Tu accordes beaucoup d’importance au sens de la communauté. D.J. : « J’ai beaucoup de chance de venir d’un endroit comme Seattle qui propage cet esprit-là. J’essaie de frayer avec des groupes que j’admire réellement. Je reviens ici en tournée en février avec Courtney Mary Andrews : elle a seulement 22 ans et c’est une des meilleures guitaristes que j’ai jamais vues, mais personne ne la connaît. Je crois que beaucoup d’artistes américains du Nord-Ouest ont cette volonté, d’être représentatifs de leur région, comme Fleet Foxes qui a affiché le drapeau de la Cascadie sur son deuxième album. Ou comme un artiste hip hop très important, Macklemore, qui porte toujours en déplacement des t-shirts de Seattle. » Il y a d’autres artistes de ta ville que tu voudrais nous faire découvrir ? D.J. : « Oui ! Bryan John Appleby qui est incroyable. Le groupe Deep Sea Diver, et Naomi Wachira qui vient en réalité du Kenya. Sans oublier Shelby Earl, qui est très douée. C’est chouette pour moi de pouvoir faire sortir certains du cocon de Seattle, les mettre sous l’œil du monde, devenir un passeur ou un grand frère. Si la reconnaissance que j’ai obtenue à mon niveau peut aider à ça, j’en suis ravi. » As-tu l’impression que quelqu’un a joué ce rôle pour toi? D.J. : « Jason a vraiment aidé dans ce sens. Il a été ma pom-pom girl. Nous avons tous des gens dans nos vies, qu’il s’agisse d’autres musiciens ou de nos amis qui détectent en nous ce je ne sais quoi dont nous n’avons pas encore conscience nous-mêmes, notre meilleur profil. Ce sont eux qui nous tendent un miroir. »

Damien Jurado ‘Brothers and Sisters of The Eternal Son’ Secretly Canadian /Konkurrent

« You’ll learn to let go ». Tu viens de tirer le ‘Magic Number’, celui des initiés, celui qui tambourine ton nom en-dedans. « Don’t touch the ground » : tu ne te retourneras pas vers ceux que tu laisses derrière toi, ça serait inutile. Tu n’emporteras pas de colt : là où tu vas, personne n’en a besoin. Tu es désormais le protagoniste médusé d’un western passé au tamis kaléidoscopique de la foi, d’une traversée cosmique ruisselante d’argent, et ‘Silver Timothy’, grand maître des illusions baroques, t’encourage à tournoyer, à te délester de tout ce qui entraverait encore ton ‘Return To Maraqopa’, qu’annoncent déjà chœurs, percussions et orgues herculéens. Fais donc une halte sur un ‘Metallic Cloud’, « here’s a temporary fix » si le besoin de t’entourer d’accortes dryades se faisait sentir. Si d’aventures l’orage se met à grincer fréquemment sur la ‘Jericho Road’, ça sera juste le signe que ta direction est la bonne, celle des voiles mouvants des bacchantes et des loups qui jappent follement vers des astres pailletés. ‘Silver Malcom’, apôtre charmeur de ficelles serpentines et de novas agrippées au ponant, te fera douter un instant de ce qui se joue sous tes paupières : un rêve en technicolor, un péplum de canyons, une extension du Burning Man ? « Lay your troubles on the ground / No need to worry about them now », ‘Silver Joy’ est une berceuse au réconfort durable, avant-dernière balise vers l’infini…et au-delà. Tu ne seras plus qu’un souffle, une voix fusionnée à tant d’autres, pour entonner l’hymne solaire : « Freedom is my sweetest song ». (alr) Suivez le guide : http://damienjurado.com/

on stage 19/02 Handelsbeurs (Gand)


T e x t e : Fa b r i c e Va n o v e r b e r g © e r i n b r o w n

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William

Fitzsimmons

Barde au physique aussi particulier que sa caressante voix de velours, William Fitzsimmons a trouvé en le

Death Cab For Cuties Chris Walla un producteur à la hauteur de ses ambitions folk. Œuvre d’un artiste dont la démarche réconfortante tend la main à un autre barbu romantique, Iron&Wine pour ne pas le citer, son nouvel album ‘Lions’ est attendu pour le 14 février, et on doute que ça soit un simple hasard. Rencontre avec un homme passionné et passionnant. Ton album précédent date de 2011. Qu’as-tu fait au cours de ces deux ans ? William Fitzsimmons : « Changé des couches, plein. Non, sérieux, j’ai élevé ma fille, elle a 19 mois maintenant (interview réalisée en décembre, ndr), j’ai sorti les poubelles et au milieu de tout ça, j’ai composé. Ma “carrière” est vraiment passée au second plan, je n’avais pas grand-chose à cirer pour tout dire. Attention, c’est super d’être artiste mais ça me prenait vraiment trop la tête, j’y pensais sans arrêt, et les gens autour de moi pareil. » Tu veux dire qu’ils pensaient à ta carrière ou à leur carrière ? WF : « Les deux. Je veux dire, l’art et l’argent ne sont pas incompatibles. Quand tu penses à Beethoven ou Bach, ils étaient payés pour faire de la musique et composaient principalement sur commande, en quelque sorte ils faisaient du commerce et c’est un truc qu’il faut accepter. »

A better person Quand on écoute tes deux premiers albums autoproduits et les chansons que tu proposes aujourd’hui, je n’ai pas l’impression que ta façon d’aborder la musique a fondamentalement changé. WF : « Non, la manière dont je vois les choses est restée la même. Je veux continuer à écrire et composer de la manière la plus honnête qui soit, trouver un équilibre même si c’est toujours compliqué. C’est pour ça que j’ai arrêté mon boulot de psy, ce n’est pas un truc que tu peux combiner avec la vie d’artiste en tournée. Quand tu as des patients dépressifs ou suicidaires, tu dois être là pour eux en permanence et pas uniquement quand ça t’arrange. » Contrairement à ta guitare qui ne va pas t’appeler à l’aide en plein milieu de la nuit. WF : « Non, c’est plutôt moi qui vais l’appeler au secours (rires). » Te souviens-tu du moment où tu as décidé de devenir musicien à temps plein ? WF : « Oui, très bien, c’est juste après avoir divorcé, je savais que je n’étais plus émotionnellement en état de faire ce boulot de psy. Je ne dis pas que je ne ferais plus jamais ce travail mais pour l’instant, c’est exclu. » Dans une interview que j’ai lue de toi et qui date de 2011, tu parlais de ta perte de poids et de la manière dont ça t’a aidé à rétablir un équilibre à la fois physique et émotionnel. Est-ce que ça faisait partie du même processus ? WF : « Oui, mais il ne faut pas croire que c’était si compliqué. Parfois, tu te grattes l’arrière du crâne, à d’autres moments tu es fatigué ou triste, mais quand tu as de nouvelles responsabilités, tu oublies vite tout ça. » Dans quelle mesure ta fille a-t-elle eu de l’importance dans ce nouvel album ? WF : (très hésitant) « Une grande part… de ce disque… est venue… de la connaissance de sa mère biologique. Elle est adoptée, d’une certaine façon elle est la principale raison de faire ce disque. D’un autre côté, je ne parle pas directement de ma fille et de son éducation, ce ne sont pas des chansons pour enfants (il fredonne un air enfantin), je déteste ça. Ca parle plutôt de la complexité d’avoir des responsabilités et de recevoir ce cadeau. Se pose aussi la question du point de vue de sa mère biologique, je veux qu’elle fasse partie de notre vie. Actuellement, une seconde adoption est en cours, le bébé n’est pas encore né, il naîtra en 2014. C’est une métaphore, nous devons accepter les décisions que nous prenons. » Ta fille se rend-elle déjà compte que tu es musicien ? WF : « Non, et quand je joue de la guitare, ça l’embête. Elle fait des gestes pour me demander d’arrêter, mais c’est mon boulot, je dois le faire, je suis vraiment désolé. Quand elle sera plus grande, je l’emmènerai en tournée, pour qu’elle voie autre chose que notre petite ville, qu’elle découvre le monde, ça fera d’elle une meilleure personne. » As-tu changé ta manière d’aborder les tournées depuis que tu es devenu père ? WF : « Oh yeah, very much so. C’est beaucoup plus compliqué maintenant. Mais tu sais quoi ? J’adore ça. » En ce moment, tu fais d’ailleurs une mini-tournée européenne. WF : « Oui, je passe par les capitales et les grandes villes d’Allemagne, des Pays-Bas et de Belgique, et aussi par Paris. Sinon, excuse ma question (confus), je suis Américain, la capitale de la Belgique, ce n’est pas Anvers ? »

Non, c’est Bruxelles. WF : « Ah, c’est Bruxelles. Et en Allemagne, c’est bien Berlin, hein ? » Exact ! En parlant de Berlin, il y a des vidéos de toi jouant quelque part en plein air là-bas dans un espace abandonné en plein centre-ville. WF : « Ca s’est fait en 2011, j’adore jouer comme ça à l’extérieur, ça peut être chouette. J’aime bien jouer en festival également, même si ma musique n’est pas des plus bruyantes, surtout si le festival n’est pas trop hardcore. J’adore jouer à l’extérieur, j’écris la plupart de mes morceaux dehors dans le jardin. » J’imagine que tu habites un endroit calme. WF : « Et il l’est ! Je viens d’emménager dans une toute petite ville dans l’Illinois, pas comme Bruxelles quoi (rires). C’est l’endroit idéal pour composer, je ne pourrais pas vivre en ville, même si j’adore la vie urbaine. Le rythme y est bien trop trépidant, même si quand j’étais môme, je trouvais ça terriblement excitant. » Quand es-tu parti à l’étranger pour la première fois ? WF : « C’était pour la musique. Je me souviens avoir atterri à Francfort et le premier concert était à Heidelberg et le second en Belgique. Je me souviens de tous ces panneaux qui n’étaient pas en anglais, je me disais “Oh my God”, je ne comprenais rien, c’était dingue. Et maintenant, c’est un truc dont je ne peux plus me passer. » Tu joues ce soir au Botanique, un endroit que tu connais bien. WF : « Oui, j’ai déjà joué dans les trois salles du Botanique. En fait, c’est une mini-tournée acoustique où je joue mes nouvelles chansons, une façon de les développer différemment en face d’un public, de les faire grandir. C’est très différent de faire une tournée avec un groupe, tu sais qu’avec des musiciens, tu peux compter sur eux les soirs où tu es moins en forme. Mais comme n’importe quel boulot, il y a des jours où tu n’as pas le choix. Jouer seul m’oblige à trouver la dynamique naturelle des chansons, de les mettre en relief et de rencontrer le public. » Je ne t’imagine d’ailleurs pas planqué dans ta loge après un concert. WF : « Non, sauf si je n’ai presque plus de voix et que je dois jouer le lendemain. J’adore rencontrer les gens, le partage que tu peux avoir avec eux. » Je me souviens d’une discussion similaire avec Iron&Wine après un concert au Bota. Vous avez tellement de points communs tous les deux. WF : « Oh, I love Sam. Il a quelque chose comme 5 enfants alors qu’il a deux ou trois ans de plus que moi. Beaucoup de gens me parlent aussi de nos voix, pour eux elles ne correspondent pas à nos apparences. Ca m’arrive de monter sur scène, quand je fais une première partie d’un artiste plus connu par exemple, et c’est aussi une façon pour moi d’accrocher les gens. Ca m’aide beaucoup. »

William Fitzsimmons ’Lions’ Net t werk/V2

Il est de ces disques qui vous réchauffent une pièce de leur seule présence, ‘Lions’ fait définitivement partie du lot – pour faire bonne mesure, vous le mettrez entre deux doses d’Iron & Wine et trois lampées de Bonnie ‘Prince’ Billy, l’effet sera saisissant de volupté barbue. Car oui, au-delà des qualités propres au songwriter américain, elles ont été abondamment commentées sur ses quatre essais précédents (la chaleur de sa voix, la délicatesse des sujets abordés, pas spécialement roses), son incroyable sens du détail donne à ses félins une richesse où la masse touffue de leur crinière trouve un contrepoint parfait dans leur démarche faussement lymphatique – les sens en éveil, prêts à bondir sur un public totalement consentant. Convoqué dans le rôle du dompteur, le Death Cab For Cuties Chris Walla évite toute dérive à la M. Loyal, conscient que la sobriété est la meilleure des armes fitzsimmoniennes. (fv)

on stage 11/03 Den Atelier, Luxembourg


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Texte : A Gn en ry e -L e i sfee b Rvermea c l e

Il y a toujours eu du cinéma dans les chansons de Vincent Delerm. Dans ses images, dans ses rythmes. Une succession de plans fixes et de coupes qui autopsient le quotidien et viennent transcender la banalité d’une vie. Tombant la veste en velours de l’étudiant amateur d’art et d’essai, il évoque aussi Modiano ou Depardon pour le flou subtil de leur écriture ou de leurs ambiances. Qu’il exaspère ou qu’il séduise, la lucidité de son regard et l’utilisation des codes d’une génération ne dédaignant pas la mélancolie lui ont en tout cas permis d’installer dans la chanson française une forme de poésie autant personnelle qu’universelle. Dans son livre ‘Les Films de ma vie’, Truffaut conseillait à tous les jeunes gens qui rêvaient de faire du cinéma, mais qui n’en avaient pas les moyens, d’écrire un livre. Tu as pris le parti d’en faire des chansons ? Vincent Delerm : « Oui, c’est clair, j’ai toujours beaucoup tourné autour du cinéma dans mes chansons. A mes débuts, j’étais très influencé par la Nouvelle Vague, les situations amoureuses, Jean-Pierre Léaud dans les Truffaut… Et ici c’est effectivement une manière de faire du cinéma sans en faire, sans la lourdeur de tout ce qui tourne autour de la production cinématographique. Je préfère la chanson parce qu’il y a ce truc de pouvoir le faire un peu tout seul chez toi, il y a ce côté bonne blague que tu prépares dans ton coin. Alors que dans le cinéma, il faut très vite rendre des comptes, c’est un peu le syndrome de La Nuit Américaine. Moi ce que j’aime

tout le monde dans ses retranchements et à se poser la question de ce qu’on a fondamentalement envie de faire. Il n’y a plus de recettes miracles qu’on peut appliquer, une maison de disques qui te dit : « Il faut que tu fasses un disque avec machin, que tu le sortes à tel moment, etc…». Tout le monde a perdu le mode d’emploi. Ca a ouvert le jeu à ce niveau-là. En même temps, je voulais sortir d’un certain systématisme qui consiste à sortir des albums à intervalles trop réguliers. Je me suis rendu compte que dans les chanteurs que j’apprécie, j’en reviens toujours au même disque. Ou j’en écoute deux différents maximum. Après, c’est fini ! Ca ne sert à rien de faire des disques à l’infini. Plus tu avances en âge, plus tu retournes à la même mine pour creuser tes idées. Et ce que tu gagnes en expérience et en technicité, tu le perds nécessairement en fraîcheur et immédiateté.» Outre un spectacle (‘Memory’) avec lequel tu as tourné pendant deux ans, tu as récemment exposé certaines de tes photos à Paris. Est-ce qu’à l’image d’un Albin de la Simone ou d’un Mathieu Boogaerts, tu fais partie d’une génération qui se perçoit en créateur plus qu’en « simple » chanteur ? Est-ce que tu te poses parfois la question de ta légitimité dans tous ces domaines ? Vincent Delerm : « Moi je n’étais déjà pas très légitime en chanson après mon premier disque ! (rires) J’ai une grande expérience de l’illégitimité ! En plus dans des domaines très techniques comme le cinéma ou la photo, tu seras toujours l’illégitime de quelqu’un d’autre. Même un mec comme Depardon m’a dit qu’il s’était déjà senti illégitime par rapport à d’autres photographes. Mais moi je suis plutôt sur la légitimité de la personnalité. Pour moi les gens qui sont légitimes sont ceux qui ont des choses à proposer. Pas forcément un discours, juste quelque

Tirez sur le pianiste

c’est le côté bricolo de la chanson, mettre du cinéma à peu de frais, utiliser des techniques, des parfums de cinéma, des harmonies de musique de films, des voix offs. C’est quelque chose que j’ai toujours aimé faire. Et effectivement, même en tant que chanteur, Truffaut a toujours été une influence pour moi, au niveau du paysage mental, par exemple.» Cinq ans pour accoucher de 32 minutes, c’est une façon de dire que la musique n’est plus centrale dans ta vie ? Que dans un contexte de crise du disque il vaut mieux se diversifier et faire de la place pour des side-projects ? Vincent Delerm : « Pour moi l’idée de projet principal n’existe plus vraiment, je ne veux plus faire que des projets parallèles. Ils collent davantage à la réalité d’un moment. Mais c’est vrai que la crise du disque pousse un peu

Vincent

Delerm

chose d’intime qui n’appartient qu’à eux. Et ce que fait Mathieu Boogaerts, Albin de la Simone ou Bertrand Belin, personne d’autre ne pourrait faire ça à leur place. A la limite, je préférerais toujours un truc raté de leur part plutôt qu’un truc très réussi de quelqu’un d’autre mais qui serait interchangeable. » L’idée de faire de ce nouveau disque un album concept était-elle préméditée ? Vincent Delerm : « ‘Quinze chansons’, le disque précédent, s’est appelé comme ça parce que c’étaient les chansons de ce moment-là, il n’y avait pas un cahier des charges de maboul au niveau du storytelling comme pour ‘Les Piqûres d’Araignées’. Et je pensais que c’était un concept en soi ! En fait pas du tout et on m’a dit que je ne m’étais pas foulé pour le titre, etc…Et au moment de composer ce nouveau disque, je ne savais pas s’il y aurait une histoire mais je savais qu’il faudrait quelque chose d’assez facile à résumer en peu de mots sachant que c’est un peu le nerf de la guerre aujourd’hui… » On va faire un peu de name dropping. Le piano préparé, ça ramène à John Cage. Le côté cinématographique évoque Truffaut, l’écriture évoque Modiano. Tu n’avais pas peur de concevoir un truc trop germanopratin ? Vincent Delerm : « Cette idée de piano préparé était encore moins préméditée. Clément Ducol (musicien et arrangeur, ndr) et Maxime le Guil (ingénieur du son, ndr) sont venus avec ce projet qu’ils avaient essayé de placer auprès d’autres artistes avant moi. Et je n’ai pas été trop orgueilleux là-dessus car j’ai été assez rapidement convaincu que ça pouvait coller avec ce que j’étais en train d’écrire. Pour ce qui est du côté germanopratin, l’époque a trop peur du truc en finesse, je trouve. L’apologie du truc qui ne se prend pas la tête, c’est pas mal mais ça a ses limites. Et ça donne raison à des gens qui ne se prennent particulièrement pas la tête ! La moral de l’absence de prise de tête a quand même conduit à beaucoup de trucs assez merdiques…» Pour beaucoup de musiciens, sur un nouvel album, tel disque de chevet induit telle influence plus ou moins consciente. Qu’est-ce qui t’a nourri au moment d’écrire ce disque ? Vincent Delerm : « Pendant longtemps le ‘Happy Soup’ de Baxter Dury a été un axe pour cet album-là, en tout cas avant que je ne reçoive la proposition pour le piano préparé. Il en reste un tout petit quelque chose sur ‘Les Bruits D’une Nuit D’Eté’. Après, il y a ‘Hacienda’ qui est un titre assez inspiré par Dominique A, notamment dans le phrasé, la mélodie. Le passage « Est-ce que c’est toi le garçon ce soir ? », c’est très Dominique A dans la scansion. Et ‘Embrasse-moi’ a un petit côté Boogaerts très assumé ! » La relation amoureuse évolue au fil des morceaux, mais les étapes ne sont pas clairement définies. Il n’y a pas de chanson de rupture et le disque reste très ouvert… Vincent Delerm : « Dès le début, je voulais qu’il n’y ait pas d’événements autres que deux personnes avec une caméra braquée sur leurs pensées. Pas de deuil, de rupture, d’hospitalisation. Il y a un truc qui m’effraie dans le cinéma: ces scriptdoctors qui viennent te dire qu’à tel moment, «ce serait quand même bien qu’il se passe quelque chose ». Dans le domaine amoureux, on traverse des sensations très marquantes, qui nous balafrent, mais qui ne sont pas toujours facilement classables d’un côté ou de l’autre. Et c’est une petite perversion de l’époque de vouloir toujours tout classer, tout schématiser. Or l’être humain est quand même très intermédiaire, très indécis…surtout dans le domaine amoureux ! » Un disque : ‘Les Amants Parallèles’ (Tôt Ou Tard/ PIAS)

on stage 14/02 Théâtre de Namur 21/05 Cirque Royal – Les Nuits Botanique (Bruxelles)


T e x t e : la u r e n t g r e n i e r © m a n u e l r u f i e

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Dans le landerneau du rock français qui ambitionne autre chose que le bal musette d’ascenseur, Michel Cloup est la référence. Et le symbole même d’une intégrité jamais mise à mal, des collages bancals du début avec Diabologum aux doutes

les plus sincères exprimés avec le cuirassé Expérience, en passant par les aventures hip-hopeuses de Binary Audio Misfits dont un titre pourrait résumer la carrière entière du Toulousain : ‘Get Loud Or Get Dying’. De fait, le deuxième disque de Michel Cloup Duo (le jeu de Patrice Cartier, à la batterie, est d’une richesse inouïe) marque le retour à une jeunesse sonique, furieuse et interlope, sortie des tripes comme au premier jour. ‘Minuit Dans Tes Bras’, dont le titre éponyme ‘#2’ est sans équivalent en langue française, emmène vers les abysses. Le plus étonnant là-dedans, c’est que là tout au fond, c’est réellement lumineux. De cette indicible lumière noire.

Il y a plus de 20 ans, à tes débuts dans Lucie Vacarme, tu te voyais où aujourd’hui ? Michel Cloup : « Je n’imaginais vraiment pas que cela dure aussi longtemps mais c’était l’idée, vu que les études m’intéressaient peu et qu’elles ne marchaient pas trop fort. Il fallait faire des choix, trouver quelque chose à faire, mais en réalité, à 20 ans, tu ne t’imagines pas à 40. A 20 ans, j’étais persuadé que j’allais mourir à 33, comme le Christ. L’idée, c’était d’exister. Ça n’a pas été facile tout le temps, financièrement, moralement, je n’avais pas vraiment conscience de la voie dans laquelle je m’engageais. Aujourd’hui, avec le recul, je me rends mieux compte que je ne fais pas de la musique facile, commerciale ; je sais que je ne fais pas des chansons qui font taper du pied avant d’aller bosser, j’ai pleinement conscience que ça ne sera pas toujours facile de continuer à en vivre. Et puis, comme tu le sous-entends, j’ai 40 balais, deux enfants, je dois gérer ça aussi.»

Midnight Express Aujourd’hui, ‘Ma Vieille Cicatrice’ pourrait renvoyer à ‘Ecchymose’ de Lucie Vacarme. Comment est-ce que tu analyses ton évolution ? MC : « L’évolution est aussi liée aux projets auxquels j’appartenais. Diabologum et Expérience étaient des vrais groupes. Mon écriture a évolué par rapport à mon propre vécu et à la vie que j’avais avec ces gens-là. Au départ, Diabologum, c’était un truc d’étudiants, assez arty, assez branleur. C’est devenu un peu différent avec le troisième album, quelque chose de plus mature et de plus noir. C’était un peu un album de renoncement, plutôt défaitiste. Avec Expérience, je voulais exprimer autre chose, je ne voulais pas m’enfoncer dans ce trip-là – c’est aussi une des raisons pour lesquelles le groupe a splité –, je voulais quelque chose d’un peu plus porteur d’espoir, de plus combatif aussi. Avec Expérience, j’ai essayé de développer cette idée d’engagement mais pas d’engagement crétin, naïf comme ça se faisait beaucoup à l’époque avec des mecs en survèt’ Nike qui gueulaient « à bas la mondialisation ». L’idée, c’était d’avoir conscience de tout ça, du monde dans lequel on vit, et essayer de tenir un discours plus ou moins raccord, tout en pointant les contradictions de notre génération, celles auxquelles tu t’exposes dès que tu veux parler d’engagement. On vit dans un monde ultra capitaliste, libéral, consumériste, prisonniers d’un système, et en même temps, on a des espèces d’idéaux qui s’y prêtent plutôt mal. Avec Expérience, on voulait exprimer tous ces doutes-là et je pense qu’on est vraiment allé au bout du truc.» Comment arrive-t-on à être engagé sans se faire bouffer par le système ? MC : « Hier, je discutais avec Stéphane Arcas (réalisateur de la pièce ‘Bleu Bleu’, jouée au Théâtre Océan Nord du 14 au 25 janvier et pour laquelle, au moment de l’interview, Michel résidait à Bruxelles, ndr). Il me disait qu’on lui reprochait sur ses précédents spectacles le manque de dimension ouvertement politique. Mais pour lui, le fait d’être fils de prolo et de faire ce qu’il fait est déjà, en soi, un acte politique. Je pense un peu comme ça. Continuer à faire ce que je fais, même s’il n’y a plus une connotation directement politique, est une forme de résistance. Parce que je ne respecte pas des intervalles stricts pour sortir mes disques, que je les sors de manière indépendante, avec un propos et une forme musicale qui ne rentrent pas dans les cases. Ça n’est pas une pose ou quelque chose de snob, je fais juste ce que j’ai vraiment envie de faire. C’est ça aujourd’hui l’acte politique ultime : faire ce qu’il te plait, et ne pas, comme la majorité, penser à ta carrière, au regard des autres. Je suis musicien et c’est mon boulot. Si je veux bien le faire, je ne peux faire que ça, c’est impossible d’avoir un truc alimentaire à côté. J’ai toujours trouvé très naïfs ceux qui, en plein dedans, disent « fuck le système ». Comme ceux qui se pensent plus subtils et qui disent l’accepter pour mieux le parasiter ; le système sera toujours plus fort que toi.» Et donc ici, pour ce nouveau disque, l’envie motrice, c’était ? MC : « J’ai eu 40 ans et l’envie c’était de m’assumer vraiment seul, ou quasi, et d’exposer un point

de vue davantage recentré sur l’humain, l’homme, la femme, plutôt que sur la vie dans le monde actuel.» En étant davantage dans la fiction ? MC : « Cela dépend. Tu sais, c’est toujours pareil quand t’écris, si tu racontes vraiment ta vie de A à Z, ça veut dire que t’as une vie exceptionnelle. Je pense que même les écrivains ou les chanteurs qui ont eu cette vie extraordinaire à raconter tombent à un moment ou un autre dans le fictif. Mes chansons parlent par bribes de choses très personnelles mais elles sont toujours en résonnance avec les vies d’autres personnes qui m’ont inspiré. Je rencontre beaucoup de monde, je parle beaucoup avec les gens et cela m’inspire. L’idée, ce n’est pas de donner dans le nombrilisme ou l’auto-apitoiement. Ce que j’aimerais, c’est que les gens puissent attraper ces chansons, se sentir touchés, concernés.» Un des grands thèmes du disque semble être justement la complexité de la communication entre les êtres humains ? MC : « Oui, il y a de ça, mais pour moi, ça n’est pas la problématique centrale. Même si c’est vrai que si je fais des chansons, c’est aussi parce qu’il y a plein de choses que je ne sais pas exprimer autrement, ou que je peux dire de manière plus belle et poétique.» Quand même, dans ‘J’ai Peur de Nous’, tu dis « il y a certaines de mes pensées auxquelles tu n’auras jamais accès », tu parles de « moment intime mais séparé ». Dans ‘Minuit Dans Tes Bras’, c’est « Je t’ai trompée / Avec ma solitude »… MC : « Dans une relation amoureuse, c’est plutôt sain. Pour pouvoir vivre ensemble, il faut que chacun ait un peu d’air, puisse vivre de son côté. Le truc ultra fusionnel, je n’y crois pas du tout. Il faut aussi avoir sa vie à soi et sa vie dans sa tête. Et puis, quand tu vis depuis longtemps avec quelqu’un, tu traverses des choses qui sont parfois en décalage avec ce que l’autre vit, ça n’est pas toujours simple.» Autre thématique importante, le fait d’arriver à un âge dit « adulte ». En bout de disque, tu chantes ‘Nous vieillirons ensemble’. Dans le premier morceau, tu précises que « vieillir n’est pas forcément synonyme de sagesse, de maturité ». Dans quel sens ? MC : « J’insiste sur la nuance, sur le « forcément », parce que le cliché, c’est ça : la sagesse, la maturité. Mais moi, par rapport à mon expérience, aux gens que je fréquente, je ne le vois pas comme ça. Ce n’est pas parce qu’on a cinquante ans qu’on ne peut pas déconner, que ce soit de manière positive ou dangereuse. On peut continuer à faire des choses un peu immatures, on n’est pas condamnés à s’ennuyer.» Tu recherches ça, à te mettre en danger ? MC : « Non, non, pas du tout. J’observe ça. C’est peut-être un truc spécifique à ma génération. Pas mal de gens autour de moi ont encore des vies un peu sauvages à la quarantaine bien tassée. Moi, je veux tenir une famille et continuer à faire du rock, mais pas tenir une famille comme on le faisait avant. Le disque précédent était un peu moins rock, il y avait des chansons plus calmes, c’était plus séducteur, moins rêche que celui-ci et il a été accueilli avec plus ou moins cette idée générale : « ça y est, il a quarante ans, il est mature, il appuie un peu moins sur sa pédale de distorsion ». J’aimais bien l’idée de commencer le disque avec ce vers-là, un peu en réaction. Parce que cet album, c’est aussi un retour à une jeunesse sonique. En tournant pas mal avec le dernier album, on a eu l’envie avec Patrice de revenir à des choses plus rock, plus bouillonnantes.» « Calmer le feu avec un incendie arrosé d’alcool » ? MC : « Oui, voilà. J’ai plein d’amis qui sortent, boivent et, parfois, tombent encore. Comme à 20 ans.» Un disque : ‘Minuit Dans Tes Bras’ (Ici d’Ailleurs)


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Texte : A Nn i cnoel- a L iss e A lRsetm ea ec nl e

Caractère bien trempé, cheveux peroxydés, la belle Annie Clark revient dans l’actualité avec un quatrième album frappé de son sacré pseudo. Sur ‘St.Vincent’, la guitare électrique tente le moonwalk tandis que la chanteuse se penche sur notre condition humaine. Si l’expérience passe par quelques fêlures amoureuses, la performance commence pourtant assez simplement : à poil devant un serpent à sonnette. Bienvenue chez St. Vincent.

Dans la discographie de St. Vincent, ce quatrième album se démarque par l’absence d’un titre distinctif. On a juste droit à ‘St. Vincent’. C’est un choix volontaire ou une panne d’inspiration? Annie Clark : « Miles Davis avait l’habitude de dire que la chose la plus difficile était « de jouer une musique qui te ressemble ». Ça rejoint bien mon sentiment du moment. Si j’ai intitulé ce disque ‘St. Vincent’, c’est parce que la musique enfermée sur cet album correspond vraiment à ma personnalité. C’est une partie de moi-même. Avec le temps, mes disques deviennent de plus en plus personnels. » Oui, justement… Le nouvel album s’ouvre avec un morceau baptisé ‘Rattlesnake’. Dans cette chanson, tu te promènes nue dans la nature et tu rencontres un serpent. C’est un peu flippant. Tu viens d’expliquer que ce disque te correspond vraiment… Annie Clark : « C’est vrai que ce récit ressemble à un fantasme ou une fiction… En réalité, c’est du vécu. J’étais de passage au Texas pour rendre visite à ma famille. J’en ai profité pour passer dire bonjour à un pote. Il vit dans un ranch. Un après-midi, j’en ai profité pour aller faire un tour dans les environs. C’était une journée magnifique. Le soleil brillait. Il faisait une chaleur étouffante. J’étais seule. Alors, j’ai décidé d’enlever mes vêtements, histoire d’être en phase avec la nature… »

Say My Name

Sur le nouvel album, la rythmique est plus marquée que jamais. Le beat est omniprésent. Comment expliques-tu cette évolution? Annie Clark : « Pendant la tournée ‘Strange Mercy’, j’ai commencé à me jeter dans le public, à faire du stage-diving. Je vivais les concerts de façon beaucoup plus intense. C’était presque devenu viscéral. Et puis, j’ai voyagé en compagnie de David Byrne. Sur scène, on jouait les chansons de l’album ‘Love This Giants’ mais aussi des morceaux de David. À ce moment-là, les gens se levaient et dansaient. Tout ça était assez nouveau pour moi. Partant de là, j’ai cherché à apporter ce genre d’énergie sur mon disque. J’ai voulu composer des chansons dansantes mais qu’on pourrait tout aussi bien écouter à un enterrement... Ce que je veux dire par là, c’est que je voulais enregistrer un album avec suffisamment d’énergie pour amener les gens à danser et, dans un même mouvement, apporter du cœur et une bonne dose de pathos aux chansons pour qu’on puisse aussi les écouter dans des moments difficiles, voire tragiques. Des instants où on se sent vraiment vulnérables. » Dans ta nouvelle bio, tu te présentes comme quelqu’un d’ambivalent. Quels sont tes deux traits de caractère les plus seyants? Annie Clark : « Pour moi, l’ambivalence ne se limite pas à deux pôles antinomiques. Ce que je constate, c’est que la nature humaine est très conflictuelle. Elle développe continuellement des émotions opposées. Et celles-ci peuvent très bien se manifester en même temps. Chaque jour, on oppose un lot de sentiments extrêmes. À force de faire ça, on devrait tous être complètement cinglés. Mais pour une raison qui nous dépasse, on parvient – plus ou moins – à gérer ces afflux contradictoires. » Quels sont les grands thèmes de l’album? Annie Clark : « Plusieurs thèmes traversent le disque. Il touche notamment à des questions existentielles, des choses assez basiques. Genre : « Que faisons-nous ici, tous ensemble, sur cette planète ? » Quand on voit que certains passent leur temps à se taper dessus, on est quand même en droit de s’interroger. De manière générale, je suis fascinée par le sens de la vie. J’ai beau me poser énormément de questions sur le sujet, je n’ai toujours pas trouvé de réponse. Et puis, où en sommes-nous sur l’échelle de l’humanité ? Est-on encore au début de l’histoire ou proche de la fin ? Le genre humain va-t-il se substituer aux évolutions technologiques ? Les gens ne s’en rendent pas compte mais, aujourd’hui, ils se façonnent à l’image des machines. Ils deviennent des disques durs. Ils archivent leurs souvenirs, dématérialisent leur quotidien et mettent leur vie de tous les jours à portée de tout le monde sur la toile. Les gens deviennent transparents. On peut tout voir à travers eux. Il n’y a plus de mystère derrière les personnalités du 21ème siècle. On sait tout sur tout le monde, tout le temps. » L’amour affleure toujours dans les textes de tes chansons. C’est un sujet inévitable? Annie Clark : « J’évite de tomber dans les clichés de la chanson d’amour typique. Je pense qu’à ce niveau-là, les meilleurs morceaux ont déjà été écrits. Plus la peine de s’esquinter. Si des extra-terrestres débarquent sur notre bonne vieille planète, ils vont penser qu’on est obsédé par l’amour. Avec le stock de chansons qu’on a accumulé sur le sujet, on a vraiment de quoi les accueillir ! (Rires) Moi, dans une histoire de couple, je préfère la tragédie : les séparations – et toutes les fêlures qui en découlent – me semblent toujours plus romantiques que le coup de foudre initial. Pourquoi Roméo et Juliette sont-ils plus touchants que « Quand Harry rencontre Sally » ? »

St.Vincent ‘St.Vincent’ Loma Vista Recordings/Caroline Records

Tu t’es donc convertie au naturisme? Annie Clark : « (Rires) Non, pas du tout. C’était juste un petit coup de folie. J’étais seule dans ce paysage sauvage et j’ai eu envie de sentir cette nature au plus près de mon corps. En avançant dans ce décor, j’ai aperçu un énorme serpent à sonnette. J’ai pris peur et j’ai commencé à courir comme une dératée. Je relate tout ça dans ‘Rattlesnake’. Ça me semblait bien d’ouvrir le disque avec ce titre. On dirait une métaphore sur le mythe de la création. Dès le départ, ça permet de déplacer les frontières entre réalité et fiction. Là où l’on pourrait penser que ce n’est pas réel, ça l’est justement. » Après la sortie de ‘Strange Mercy’, en 2011, tu as énormément tourné. Dans la foulée, tu as enregistré un album (‘Love This Giant’) avec David Byrne (Talking Heads) et joué de nombreuses dates à travers le monde. Ce qui amène une question : quand as-tu trouvé le temps d’enregistrer les nouveaux morceaux? Annie Clark : « La tournée qui a suivi la sortie de l’album ‘Strange Mercy’ s’est achevée en août 2012. Je suis directement repartie sur scène en compagnie de David Byrne. À la fin de cette seconde tournée, j’étais sur les rotules, complètement exténuée… Je suis rentrée à la maison, j’ai pris le téléphone et appelé mes proches pour leur expliquer que j’étais de retour mais qu’il ne fallait surtout pas compter sur moi pendant quelques semaines. Je comptais hiberner. Décompresser. Vivre sous la couette. Ne rien faire. J’ai fait la même chose avec mon label… Quelques heures plus tard, je leur envoyais un mail dans lequel j’expliquais que je ressentais le besoin de repartir en tournée ! (Sourire) Je me suis alors remise au travail : j’ai écrit un paquet de chansons. Personne n’avait encore eu le temps de m’imposer de deadline. Du coup, je faisais ce que j’avais envie de faire au moment où j’avais envie de le faire. C’était très confortable. Pendant quatre mois, je n’ai pas arrêté d’écrire. J’ai enregistré les nouveaux morceaux en mai 2013 et terminé le disque pendant l’été. Je pense que la musique me donne vraiment beaucoup d’énergie. »

Assortie à l’histoire du rock, en phase avec la ligne du temps et son évolution, la Texanne de New York a inscrit son nom au sein d’une imposante chorale orchestrale de néo-hippies obsédés par la pop baroque (The Polyphonic Spree). Puis, elle a posé ses doigts et sa voix au côté du magicien Sufjan Stevens. Plus récemment, Annie a accompagné l’âme des Talking Heads dans un paradis d’excentricités baptisé ‘Love This Giant’. Après cette expérience en compagnie de David Byrne, la belle Américaine nous entrouvre à nouveau les portes de son intimité. À l’heure du quatrième album, St.Vincent donne son nom au disque et s’affirme pour l’occasion à l’avant-garde de sa propre mutation. Annie Clark est une jolie fille, mais elle a quand même plus de couilles que nombre de gentils garçons. Chacune de ses apparitions marque en effet une rupture, une métamorphose souvent déstabilisante, toujours intelligente. Si elle s’est déjà projetée dans des mélodies agitées de vibrations jazz, de déflagrations rock et d’un amour infini pour la pop, elle se réinvente ici sous d’élégants contours électroniques et une emphase euphorique. Qu’elle brode des tubes perturbants et entêtants (‘Rattlesnake’, ‘Birth In Reverse’), rappelle qu’elle était là avant Lana Del Rey (‘Prince Johnny’) ou évoque, sans se démonter, une Alanis Morissette en pleine tripette (‘Digital Witness’), St.Vincent branche systématiquement sa guitare sur un courant alternatif. Inventive, insaisissable et attirante, Annie Clark a toujours la musique chevillée au corps. (na) Suivez le guide : www.ilovestvincent.com

on stage 17/02 Ancienne Belgique (Bruxelles)


T e x t e : G e r y L e f e b v r e © Car o l i n e l e s s i r e

13

À la croisée des chemins entre folk, pop et tentations électroniques, Clare Louise suit le fil d’une écriture aussi introspective que pudique pour nous offrir des chansons aux sutures fraîches, tantôt fragiles tantôt plus immédiates et lumineuses. Une bipolarité assumée pleinement sur le charmant ‘Balloons’, deuxième opus aux arrangements plus étoffés ne sacrifiant jamais à la légèreté ce qu’il gagne en cohérence et profondeur. Une symphonie de poche virevoltante et toujours portée par cette voix qui, sans être chargée de cent vies, dégage pureté et intensité pour susciter l’émotion juste. Et mise à part une petite tendance bien vite oubliée à se confiner dans le joli et le poli, maigres seront les excuses pour passer à côté de ce disque. Savais-tu précisément dans quelle direction tu voulais aller en démarrant l’écriture de ce deuxième disque ? L’envie de travailler avec Boris Gronemberger (V.O., Girls In Hawaii, ndr), tu la mûrissais depuis longtemps ? Clare Louise : « Les chansons étaient là, ou commençaient à être là et j’avais une idée assez précise de ce que je voulais qu’elles deviennent et quelles ambiances je voulais créer. Après, je savais que tout était encore à tisser avec les musiciens et en compagnie de Boris. Et je me doutais bien que je serais surprise de la tournure que ça allait prendre et que certaines chansons n’allaient plus du tout correspondre à l’idée de départ. Ça fait très longtemps que j’avais envie de travailler avec lui. La collaboration n’avait pas pu se faire pour le premier disque et j’avais finalement collaboré avec Marc Huyghens. Quand l’idée du deuxième disque à commencé à mûrir dans ma tête, j’ai directement pensé à lui. C’est quelqu’un que je suis dans tous ses projets, j’ai tous ses disques, je suis une vraie fan ! »

Etoile bipolaire Tu étais prête à perdre le contrôle et à lui laisser les commandes ? Clare Louise : « Oui complètement, et j’étais prête aussi à laisser aux autres membres du groupe la possibilité de me surprendre avec leurs idées. J’étais persuadée qu’ils pouvaient m’apporter une grande part de créativité. La grande différence par rapport à mon travail avec Marc, c’est que Boris est intervenu en amont de l’album. Pas dès le début parce que j’écris en solitaire, mais il est arrivé très vite dans le processus. On a commencé très tôt à répéter des chansons, à imaginer des lignes dessus. Et puis tout s’est enchaîné très vite. » Est-ce qu’il n’a pas surtout aidé à resserrer les lignes, à apporter de la cohérence au disque là où - et c’est assez classique pour un premier album - ‘Castles In The Air’ partait parfois dans tous les sens ? Clare Louise : « C’est vrai qu’il y a une ligne plus définie que sur le premier album qu’on avait arrangé à notre sauce, sans qu’il y ait quelqu’un avec un regard extérieur pour recadrer ce qui devait l’être. Et ici, même s’il y a des chansons très différentes les unes des autres sur ce nouveau disque, il y a un fil, une trame, une couleur qu’on a voulu donner à la voix et aux instruments qui est plus cohérente. » Clare Louise, c’est toujours un projet solo ou bien c’est devenu un vrai collectif ? Clare Louise : « Ça part toujours d’un songwriting solo, j’écris les mélodies, les textes. Les chansons existent déjà sans l’implication des autres. Il y a une base guitare/chant ou clavier/chant qui est là et les couleurs de la chanson sont déjà insufflées à la base. Après il y a effectivement une dynamique collective qui se met en place. Y’a pas UNE définition pour le projet Clare Louise, pour moi c’est autant un projet solo qu’un collectif. » Ton processus créatif a-t-il évolué depuis ce premier enregistrement ? Comment as-tu intégré les critiques ou les retours sur ton premier disque ? Clare Louise : « Tout part toujours de l’intime et de mon histoire personnelle. Après, une fois que ces chansons sont écrites et que je les partage avec mes musiciens, avec le public, elles appartiennent à tout le monde et je m’en détache. Sur le plan technique, il y a une part d’évolution naturelle. ‘Castles In The Air’, c’était une photographie de ma musique à un moment donné. Depuis j’ai évolué, j’ai eu envie de chanter différemment par exemple. Auparavant, je chantais de

façon très brute, je n’arrivais à rien contenir du tout, plein d’émotions surgissaient et j’étais un peu « anti-technique ». J’étais assez extrême à ce niveau-là. Et là, pour la première fois de ma vie, j’ai pris des cours de chant. Ça m’appris à mieux gérer mes émotions et mon souffle. J’ai pris conscience que je pouvais jouer beaucoup plus avec ma voix, que l’émotion pouvait être toujours là mais que je pouvais la contrôler beaucoup mieux. » ‘Balloons’ est un disque un peu bipolaire : des titres très aériens comme la plage éponyme ou des titres comme ‘Impossible Road’ beaucoup plus mélancoliques. On ressent également que le tracklisting a été très très étudié… Clare Louise : « Oui le disque a un côté bipolaire très assumé. A nouveau, c’est une photographie de mes émotions à un moment donné. Et oui, le tracklisting est un véritable domino. A la base il y avait une chanson de plus sur cet album, mais elle déséquilibrait tout l’édifice. On a longtemps buté sur le problème et dès qu’on a mis de côté cette chanson, tout s’est dessiné assez naturellement. Et puis il y avait tout l’aspect vinyl, le fait de retourner la galette et de déterminer la chanson qui allait recommencer la face B. On a eu de longues discussions de groupe à ce sujet ! Effectivement, il y a déjà une petite histoire qui se raconte rien qu’en lisant les titres au dos de l’album. » Lorsque tu as sorti ton premier disque, il a bien fallu citer quelques noms pour référencer ta musique et ta voix. On a notamment beaucoup évoqué Alela Diane ou Karen Dalton. A côté d’elles, tu as plutôt une image de « girl next door » avec un parcours moins mélodramatique. Ça ne s’est pas retourné contre toi à l’heure de défendre ton travail et d’imposer ta légitimité ? Clare Louise : « Je ne me suis pas posé la question dans ces termes-là. Je ne prétendrais jamais être l’égale de ces artistes. J’ai eu une enfance plutôt heureuse et j’ai une vie plutôt normale. J’ai toujours traîné avec moi une mélancolie qui est là à l’intérieur avec laquelle j’ai toujours réussi à composer dans les deux sens du terme. Sublimer la mélancolie et m’en servir pour faire quelque chose de joli, c’est très banal mais ça n’est en effet pas lié à des événements spécialement douloureux. A une forme de romantisme peut-être… » Chanter en anglais, ça reste une évidence ? Clare Louise : « Le fait d’utiliser la langue anglaise met une petite barrière qui fait que c’est peut-être pas à la première écoute qu’on va comprendre exactement ce que je dis. En fait, j’ai écrit une chanson en français et j’en ai eu un peu honte…C’est vraiment étrange, comme si je ne pouvais pas assumer de chanter dans ma langue. Pour moi le français nécessite des exigences, une vraie plume et j’avoue que souvent je ne m’en sens pas capable. L’anglais est plus décomplexé, les paroles des Beatles par exemple, c’est pas du Shakespeare mais on s’en fiche quelque part ! C’est très détendu au niveau des exigences alors que la barre est placée beaucoup plus haut avec le français. Et donc il n’y a pas un « non » catégorique par rapport au fait de chanter en français, mais je ne suis pas encore prête. » Un disque : ‘Balloons’ (Caramel Beurre Salé/Pias)

on stage 13/03 Botanique (Bruxelles)


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Earteam

7 Days Of Funk

Ramona Cordova

‘7 Days Of Funk’

‘Quinn To New Relationships’

Stones Throw/Other Hand

« So Funky », nous assure le Snoop dès les premières notes de synthé, aussi givrées que les cristaux qui maculent sa moustache. Funky, ce nouveau projet l’est assurément, traversé de cette aisance suave et vulgaire typique de son auteur qui troque ici la fourrure pour le peignoir en satin. Reste qu’à l’image de son épouvantable pochette griffonnée sur un coin de table (ce qui n’empêchait pas certains Funkadelic d’être des bombes musicales), ‘7 Days Of Funk’ donne l’impression d’une rapide récréation, éjaculée par saccade entre deux fessées. Dénué de surprises, sinon l’un ou l’autre sursaut (le bonus track ‘Systamatic’), l’album s’abandonne à sa propre lascivité, voir à l’auto-satisfaction béate du pimp qui n’a plus rien à faire sinon se laisser aller. Au point de se sentir exclu des ébats quand certains morceaux tournent à vide, répétant les même vers ad libitum. Cela correspond sans doute à l’idée d’un bande son idéale pour les partouzes du Dog, mais je ne suis de toutes façons jamais invité. (ab)

Afformance ’The Place EP’ Catch The Soap

Non, le post rock n’est pas mort, et ceux qui le prétendent n’ont pas entendu le dernier Mogwai sinon ils changeraient d’avis. Autre disque risquant de bouleverser les certitudes, ‘The Place’ nous vient de Grèce (mais oui) et c’est une sacrée bonne surprise. Œuvre du combo Afformance, dont l’existence remonte à 2005 alors que, gloups, c’est sa seule manifestation discographique, l’objet met en présence quelques soundscapes instrumentaux dont l’apparente lenteur débouche, sans avoir l’air d’y toucher sur une hausse de tension aussi prenante que graduelle (qu’est-ce que vous pensez, on est dans le post rock, les gars). Au-delà pourtant des multiples clichés et conventions du genre, c’est en effet dans la maîtrise de la tension dramatique que les Athéniens dévoilent toute leur maestria, qui frise par instants un métal stoner qui en convaincra plus d’un. (fv)

Amoy Fanray ‘The Mind Of Man’ SoundCab/Rough Trade

Difficile de ne pas jeter en pâture des noms comme les Tindersticks ou The National pour évoquer ce premier album du quintette ouest-flandrien. Car dès l’inaugural ‘Trust’, c’est le timbre de voix du chanteur Jorn Broekaert, à équidistance parfaite entre Stuart Staples et Matt Berninger qui donne la couleur d’un disque qui fait de la fragilité romantique son fond de commerce. Bon disque au demeurant, ‘The Mind Of Man’ ne renferme en réalité que des morceaux aussi raffinés et travaillés que prévisibles. Car si une densité émotionnelle certaine transpire de la plupart des compositions, c’est souvent au prix d’une mise en scène éculée du combat entre ténèbres et lumière, calme et tempête, guitares et piano. Très atmosphériques, les arrangements ne parviennent que trop rarement à se jouer de la nostalgie mainstream dans laquelle la voix de Jorn Broekaert, qu’on jurerait inventée pour chanter le dépit amoureux, les entraîne spontanément. Des titres comme ‘Mesmerized’ ou ‘Extras’, davantage libérés de cette dépendance, indiquent peut-être la voie à suivre pour le deuxième essai. D’ici là, les Tindersticks resteront les seuls capables de nous réconforter avec de la mélancolie. (gle)

Babils ’Wah! EP’ Camera Obscura/Mandai

Ca fait quarante ans qu’on le sait, un éléphant ça trompe énormément, demandez aux Bruxellois de Babils, ils vous en feront un disque. Pour se rafraîchir le bulbe, direction leur ‘The Joint

Clapping Music/Pias

De Ramón, enfant perdu sur toutes les îles, il ne nous manquera dans ce disque que le rire, cette avalanche désarmante d’oiseaux-mouches. C’est qu’on ne met jamais sous cage toutes les facettes d’un phœnix et il s’agit bien ici d’une authentique résurrection pour un garçon qui flottait aussi simplement que Peter Pan, mais dont les mésaventures dérivantes ne conduisaient pas uniquement au Pays Imaginaire, plutôt en bord de champs, baraque, précipice. Revenu grandi du bout des mondes après sept ans, il n’a pas vu se dissoudre son falsetto mais en fait désormais bien plus que l’organe d’un phénomène de foire néo-folk, un véritable allié, une langue de ‘Fairy Tales’ dépouillée de toute couleur délétère. Qu’on ne vienne pas croire pourtant qu’il y a plus de plomb que de plumes dans ‘Quinn To New Relationships’ : clavecins, pianos et violoncelles des sobres et éclairés Marina Voyznuk, Dom La Nena et Gaspar Claus font finement léviter notre Pierrot sans qu’il rompe avec sa prise de terre, sans qu’il chute trop souvent dans la préciosité. On croisera dans le royaume de ce prince sans terre des ‘Thrones’ construits avec un décalage surprenant, des ‘Others’ qui te tutoient d’emblée et t’invitent à hululer, des ‘Horses’ lancés à toute bride ludique dans un galop de touches sur le fil de la paresse, des révérences gracieuses. Quant à ‘Spring’, en couacs et à bout de souffle, c’est peut-être l’étoile la plus éblouissante de cette galaxie singulière et définitivement libre. (alr)

Between’, seul effort longue durée du sextet bruxellois dont la fréquentation six ans après est toujours des plus recommandables. Enregistré en une seule séance improvisée au Laboratoire Central, ‘Wah!’ démontre que les qualités innées de Gabriel Séverin, Stéphan Barbery & co ne se diluent pas dans le temps qui passe. Formidable de groove – merci la basse de Patrick Bellefroid – et d’énergie, l’inaugural ‘Ousianah’ met directos tout le monde d’accord, vive le free rock à la No-Neck Blues Band. Un second passage plus en roue libre – malgré la trompette réverbérée toujours barnumesque de Lukas Vangheluwe – débouche sur l’autre temps fort ‘O Pel de Ghen’, et sa post new wave fantomatique, avant que les terres du Godspeed n’accueillent un Dracula gothique en quête d’une ultime pinte de sang frais. Ah les joies du grand air... (fv)

que c’est interminable. Pour résumer : un espèce d’hip hop branchouille torché par un jeune black de Sacramento, mais plouc et très fier d’avoir produit le rappeur blanc Joey Bada$$, qui jouait encore surement aux aréoles de sa mère quand Prodigy balançait son ‘Firestarter’, tube de l’année (on se demande toujours pourquoi) 1996. Il a dû l’entendre et essayer de singer le bazar tout en s’appliquant à tenter de sortir un disque alla El-P mais la sauce ne prend pas. C’est bourrin et les parties instrumentales, parfois à la limite d’un dubstep atroce, finissent par effacer un flow déjà pas tellement prégnant. Big caca. (lg)

Karim Baggili

Dans le genre pas né à la bonne époque, Beachwood Sparks a toujours fait fort. Avec sa collection de vestes à franges, ses moumoutes de hippies et ses guitares millésimées, la formation californienne a toujours vécu dans un passé fantasmé, composé aux côtés de ses héros préférés (Buffalo Springfield, The Byrds, Gram Parsons, The Beach Boys). Après trois essais signés, coup sur coup, à l’orée du XXIème siècle, le groupe s’est réuni en 2012 sous le toit de Sub Pop pour glisser ‘The Tarnished Gold’ sur la platine. Disque de cow-boy fringant, cet album se portait au chevet de l’histoire pour exhumer des harmonies sixties et une science de la mélodie héritée de la décennie suivante. Aujourd’hui, le groupe fouille dans ses tiroirs et dégote d’inoubliables souvenirs. Compilation enfermant singles, titres rares et autres embryons à la grâce sans nom, ‘Desert Skies’ est peut-être bien le meilleur album de Beachwood Sparks. Ici, tout y est : les mélodies ensoleillées, les guitares électriques à cheval sur la country, le surfing U.S.A réinventé. En douze chansons, Beachwood Sparks concocte un solide plat de résistance pour tous les fins gourmets, amateurs de Teenage Fanclub et autres connaisseurs de Big Star. Enregistrés entre 1997 et 1998, ces morceaux ont ouvert la voie à des groupes comme The Shins et au catalogue folk-rock récemment défendu par l’écurie Sub Pop. Un petit bijou. (na)

‘Kali City’ Homerecords

Jeune guitariste prodige, prodigue en effusions, Karim Baggili tire de ses origines plurielles (yougoslave, jordanienne et belge) une partie de ses inspirations. Pour ce nouvel album, le quatrième pour le label Homerecords, c’est à l’oud qu’il se voue corps et âme. En première partie, c’est au Trio Joubran qu’il se frotte. Très vite, on perçoit les affinités sélectives qui unissent les trois frères palestiniens dans leur jeu éprouvé à celui, espiègle mais assuré, de ce joueur amateur, à tel point que l’on finit par se demander qui emmène qui. En seconde partie, c’est à une bande d’amis de Jordanie à qui il a fait appel. Oud, à nouveau, mais aussi d’autres instruments traditionnels de là-bas. Pour sa part, outre l’oud, Baggili assure de beaux passages de basse et de guitare. Sur ‘Arabic Circus’, un morceau phare de l’album, il s’aventure en terrains morriconesques avec habilité. Au final, la grosse douzaine de compositions s’avèrent très bien balancées. Elles témoignent de la créativité d’un garçon dont le parcours est, pour son âge, impressionnant. Live, elles s’apprécient également sans la magie de l’orchestre, Baggili assurant lui-même, au travers une installation vidéo amusante et interactive, un one-man show riche en couleurs. Sans le revendiquer et sans s’en jouer, Karim Baggili est un peut-être un des meilleurs et des plus dignes représentants actuels de la scène world du Royaume. (et)

Lee Bannon ‘Alternate / Endings’ BigDada/Pias

C’est mis en exergue sur la pochette : « length : 61 minutes ». Et, mashed potatoes (purée, quoi),

Beachwood Sparks ‘Desert Skies’ Alive Natural Sound

Blevin Blectum ’Emblem Album’ Aagoo Records

Disque électronique majeur de l’année 2008, ‘Gular Flutter’ avait placé avantageusement son auteure Blevin Blectum sur la carte de la pop digitale – alors que c’était déjà son quatrième album. Plus de cinq années ont passé et voici son

successeur qui, comme son titre l’indique (ou pas), risque bien de devenir emblématique (ou pas). Empreint d’une techno énervée, elle est heureusement en marge des beats pour bestiaux de nombre de DJ hollandais, lavée à coups de game boy pop, le (donc) cinquième essai de l’artiste américaine balance ses grands revers morveux à la face d’un monde entre Felix Kubin et Ergo Phizmiz. Toutefois, il serait faux d’uniquement situer la frangine de Kelley Polar dans les interstices de l’electro pop dadaïste. Car, variées et dynamiques, et ça secoue rudement le plumier, les manifestations rythmiques de Blevin Blectum se nourrissent aussi aux mamelles d’un broken beat désarçonnant de nerfs à fleur de peau, voire à une minimale en pleine cure de vitamine C. En de rares endroits, une telle témérité donnerait plutôt à l’auditeur une envie de souffler deux minutes au bord du chemin, c’est sans compter sans la machine infernale assemblée par la productrice californienne, dont l’univers sans paroles vaut bien mieux qu’un exposé sans fin. (fv)

bEEdEEgEE ‘Sum/One’ 4AD

Claviériste de Gang Gang Dance, Brian DeGraw joue de ses initiales sur ce premier projet solo. Le résultat cumule libertés et limites identiques à son groupe : s’y entrechoquent influences éclectiques et mélodies moins immédiates qu’évidentes. DeGraw flirte avec les clichés, plonge sur le premier son venu, favorise les stéréotypes du genre (en particulier sur ses inspirations world), sans que cela constitue une réflexion, une relecture, mais plutôt une facilité, un réflexe pavlovien purement illustratif. Tourisme organisé en territoires synthétiques, avec vue sur boucles tribales. On souhaiterait qu’une véritable audace soit à la base de cette danse new age, une vision nouvelle et éclairante de cet exotisme de pacotille, à l’image d’un Onehotrix Point Never qui ne craindrait pas d’être mainstream. Pour autant, ‘Sum/One’, cohérent d’un bout à l’autre, n’est pas dénué d’une certaine flamboyance et le pire y côtoie souvent le meilleur au sein d’un même morceau, comme ‘Like Rain Man’, plombé par ses chœurs et une ligne de clavier hors de propos, mais porté par une envolée lyrique obsédante. C’est sur la fin, avec ‘Quantum Poem Riddim’ et surtout ‘Flowers’, dégoulinante ballade 80s en franglais, que bEEdEEgEE accouche enfin de deux bâtards suffisamment dégénérés pour susciter une véritable fascination. (ab)

The Belle Game ‘Ritual Tradition Habit’ Boompa

Je me souviens de ce poème de Marcel Thiry appris par cœur à quinze ans pour un professeur de Français dont la barbe en collier m’évoquait Jacques Mesrine, c’est dire si le type me fascinait. « Toi qui pâlis au nom de Vancouver… » et qui ne jure plus aujourd’hui que par la clique à Taylor Kirk et son folk rock timbré, noir et méchant, ce disque est taillé pour ta déprime de fin d’hiver. Sorti là-bas en 2012, chez nous fin novembre, il donne à entendre ces climax folk hantés typiquement canadiens (guitares pas toujours claires à l’arrière-plan, cuivres dépressifs) qui rappelleront donc, par leurs ambiances plombées, Timber Timbre (la tuerie ‘River’) comme, par la voix de leur chanteuse, Laura Gibson (le superbe ‘Wait Up For You’ qui ravivera la flamme de l’increvable ‘La Grande’) ou toutes ces filles pas drôles que portent nos petits cœurs (Alela Diane, OhBijou, etc.). Chaque écoute renforce la première impression : celle de tenir entre ses mains un objet précieux, une forme d’or. (lg)


THE JICKS us + 01.02 STEPHEN MALKMUS & no THE MEGAPHONIC THRIFT

ProPulse : IT IT ANITA - ELECTRIC CHÂTEAU 05.02 THIBET - THE FEATHER - APACHES

presenteert

coprod. Fédération Wallonie-Bruxelles en partenariat avec CourtCircuit et AssProPro

ProPulse : BISHOP DUST - QUARK 06.02 FRANK SHINOBI - LE COLISÉE - CASTUS

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ProPulse : SONS OF DISASTER THE FABULOUS PROGERIANS - CRYSTAL AND 07.02 RUNNIN’ WILD - JANE DOE AND THE BLACK BOURGEOISES - A SUPERNAUT coprod. Fédération Wallonie-Bruxelles en partenariat avec CourtCircuit et AssProPro

BICYCLE CLUB gb 09.02 BOMBAY + THE RAMONA FLOWERS gb • sold out 10.02 11.02 13.02 15.02 15.02 16.02 17.02 18.02

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…ET TOUTE LA SUITE DE L’AGENDA 02.218.37.32 – WWW.BOTANIQUE.BE

28.02 @ AB: YUKO, KING DALTON, THE FEATHER, VISMETS, ROBBING MILLIONS 01.03 @ BOTA: BILLIONS OF COMRADES, HITSVILLE DRUNKS, NICOLAS MICHAUX, MINTZKOV, THE SORE LOSERS 31.01 | CUSTOMS + DE STAAT 01.02 | INTROSPECTIVE A POST-ROCK DOCUMENTARY @ HUIS 23 05.02 | TO KILL A KING + SPRING OFFENSIVE 06.02 | MOONFACE (WOLF PARADE/SPENCER KRUG) 09.02 | BULLET FOR MY VALENTINE + CALLEJON + COLDRAIN 11.02 | BILL CALLAHAN + ALASDAIR ROBERTS 11.02 | Q&A WITH BILL CALLAHAN @ HUIS 23 11.02 | DAPTONE RECORDS PROUDLY PRESENTS… THE COMO MAMAS 12.02 | MONSTER MAGNET + CHURCH OF MISERY 13.02 | MINERAL + BROADCAST ISLAND 16.02 | CITY AND COLOUR + HANNAH GEORGAS 17.02 | HANGGAI + LOW WORMWOOD 17.02 | ST. VINCENT + GLASS ANIMALS 20.02 | SENNE GUNS 23.02 | BOOTSY COLLINS - A FUNK SPECTACULAR 25.02 | AB & BEURSSCHOUWBURG: TERA MELOS 26.02 | COCA-COLA SESSIONS: DVKES + TUBELIGHT 26.02 | JOHN NEWMAN 27.02 | CATE LE BON 02.03 | YOUNG FATHERS 02.03 | MIDLAKE + ISRAEL NASH 07.03 | TRUCKFIGHTERS + WHITE MILES + VALLEY OF THE SUN 08.03 | FANFARLO + LILIES ON MARS 09.03 | TINARIWEN 10.03 | JOHN MURRY 14.03 | CULTS 16.03 | JOAN AS POLICE WOMAN 18.03 | araabMUZIK 19.03 | FRANK TURNER & THE SLEEPING SOULS 19.03 | ELVIS PEETERS & DE LEGENDE 20.03 | EARL SWEATSHIRT 23.03 | YOU ME AT SIX 24.03 | ANNA CALVI 25.03 | GREGORY PORTER 26.03 | THUMPERS 27.03 | GABBY YOUNG & OTHER ANIMALS 28.03 | SCORPION CHILD + HORISONT 28.03 | JOOLS HOLLAND 29.03 | LA CHIVA GANTIVA 31.03 | BROKEN BELLS 04.04 | THE SUBS 06.04 | FOREST SWORDS 09.04 | GRUPPO DI PAWLOWSKI 11.04 | CHANNEL ZERO 11.04 | BM [INSPIRED BY BLACK METAL] PRESENTS LOCRIAN 12.04 | SILENCE IS SEXY: HAUSCHKA 13.04 | ASG + ANCIIENTS


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Earteam

De Beren Gieren ‘A Raveling’

San Fermin

De Beren Gieren/Igloo

‘San Fermin’

On aurait tort de passer ce disque sous silence au simple motif qu’il ressort du jazz. Constitué sous la forme d’un trio piano/basse/batterie, De Beren Gieren se plaît à construire de petites compositions espiègles, alertes et pas ours pour un sou. Si la paternité de celles-ci en incombe au pianiste hollandais Fulco Ottervanger, ce dernier ne cherche jamais à s’en jouer et le groupe fonctionne en véritable symbiose collective. Ici pas de soli démonstratifs ou de tirades expansives, mais un jeu clair et limpide laissant libre cours à l’humour et à la flexibilité stylistique. La presse néerlandophone s’est montrée très enthousiaste pour ce deuxième album. A juste titre. Au moment où nous écrivons ces lignes, le groupe se sera produit au festival Winterjazz à Flagey avant d’entamer une tournée européenne, ce qui est plutôt de bon augure. (et)

Downtown/Pias

Billions Of Comrades

Une classe infinie, une science exacte de la pop mélodramatique : San Fermin vient de publier un des meilleurs albums de l’année…dernière. C’est souvent comme ça : à quelques heures des galoches sous les branches de gui, du champagne sur la cravate et des huîtres gratinées, on a la tête ailleurs. Pendant ce temps-là, quelques disques mettent à profit les derniers jours de l’an pour s’élancer dans un anonymat assez consternant. Trop tard pour les tops de fin d’année, trop tôt pour janvier, ils passent à la trappe pour rejoindre le paradis des trésors cachés. Là-haut, bien au-dessus du lot, on trouve désormais ‘San Fermin’, premier album du génial Ellis Ludwig-Leone. Ce surdoué new-yorkais, diplômé en musicologie à l’université de Yale, s’est réfugié quelques jours dans les montagnes pour cogiter sur le sens de sa vie. Après mûres réflexions, les thèmes de la jeunesse, de l’anxiété, de la nostalgie et de l’amour sont venus nourrir des chansons habitées de cuivres, de cordes et d’autres détails sonores à l’élégance rare. Chaînon manquant entre The National et Sufjan Stevens, San Fermin allonge sa voix grave sur un lit de chœur féminin. Sous la couette, on assiste à une bamboula sophistiquée, agencée de main de maître par le compositeur Nico Muhly (Grizzly Bear, Antony and the Johnsons). Bourré de mélodies crève-cœurs et d’envolées lumineuses, cet album enferme des chansons mémorables (‘Crueler Kind’, ‘Daedalus’, ‘Casanova’) et des morceaux profilés pour dégager les glandes lacrymales (‘Methuseah’). Beau à pleurer. (na)

‘Brain’ Black Basset Records

De la part d’un groupe dont le nom sonne comme un appel à la révolution, on est en droit d’attendre de la fougue et du panache. C’est assurément le cas avec ce collectif de huit musiciens que l’on avait découvert grâce à un ‘Brass EP’ qui laissait présager de bien belles choses. Avec ‘Brain’, Billions Of Comrades franchit une étape supplémentaire et nous gratifie d’un excitant cocktail rock électro d’inspiration post punk, le tout saupoudré d’une once d’esthétique post hardcore et d’un goût pour l’expérimentation poivrant l’ensemble sans pour autant altérer l’évidence mélodique des compos. Sur cet album, tous les titres sont très bons, depuis le post punk très accrocheur d’‘Altars’, ‘Panda’ ou ‘Squadra’ jusqu’au psychédélisme de ‘Harders’, sans oublier le goût pour le risque affiché par ‘Keone’. On soulignera aussi le charisme du chanteur Johnathan Manzitto, sorte de Robert Smith moderne, ainsi que le recours au tenori-on, séquenceur générant des sons assez incroyables (‘Robots’). On ne peut que vous inciter à vous procurer ce disque, d’autant qu’il est disponible en vinyle bleu du plus bel effet et que le graphisme de la pochette, signé par Gabrielle Fabry, est superbe. (pf)

Birds of Passage ‘This Kindly Slumber’ Denovali/Sonic

Tomorrow We Sail ‘For Those Who Caught the Sun in Flight’ Gizeh Records/News

Reste t-il encore quelque chose à tracer dans le sillage de Sigur Rós ? Reste t-il encore quelque chose à tenter ? Le filon semble avoir été exploité jusqu’à l’usure et les redites, pour ne pas dire les imitations et ersatz, s’alignent les unes après les autres sans que nous n’y prêtions véritablement attention. Ainsi de la Néo-zélandaise Alicia Merz qui présente ici, sous l’alias Birds of Passage, son quatrième album, publié, à l’instar des trois autres, par la maison Denovali. Affectionnant les compositions vaporeuses et éthérées, elle se joue et joue de la fragilité comme d’une posture de laquelle elle peine à se départir. Le fait qu’elle compose et joue seule nourrit cette démarche. Préférant les mots aux onomatopées, elle se fait entendre aux travers des petits textes à haute teneur poétique qui, s’ils ne déplaisent pas, ne brillent pas non plus. Chez Tomorrow We Sail, un septuor de Leeds, les voix sont plurielles même si la composante masculine l’emporte. Pas de falsetto mais un chant ardent et fervent, comme transporté par une liturgie éplorée. Musicalement, les mises en abîmes sont impressionnantes tant

dans les sonorités qu’elles engendrent que dans la richesse des instruments déployés. Les deux singles qui terminent l’album, ‘The White Rose’et ‘For Rosa’, tempèrent l’ambiance pour la ramener à une plus grande retenue. Mais au fond, à y tendre l’oreille de plus près, ces complaintes ont quelque chose de déjà entendu, quelque chose de faussement accablé mais de véritablement morne. N’est pas Sigur Rós qui veut. N’est pas poète qui veut. (et)

Blitz Kids ‘The Good Youth’ Red Bull Records

Adoubé par Marc Ysaye himself, ce groupe anglais ayant grandi en écoutant Green Day et System of a Down déclare vénérer le punk, le post hardcore, l’émo ou encore le nu-métal tout en mettant en avant une identité pop fièrement revendiquée. ‘The Good Youth’est à l’image de la déclaration de foi du groupe, lui qui regorge de titres indéniablement pop traversés par des effluves soft des genres plus durs précités. C’est donc très catchy, ultra radiophonique, et les ados vont à mon avis adorer. Pour ma part, je me contenterai de dire que ‘The Good Youth’est une œuvre sympathique mais un peu lisse. (pf)

Boy & Bear ‘Harlequin Dream’ Net t werk/V2

En embuscade au pays des kangourous, Boy & Bear a profité de la tournée australienne des insupportables Mumford & Sons pour rebondir d’une première partie à la reconnaissance internationale. C’est que les cinq garçons ont de solides arguments à faire valoir : une musique folk bodybuildée, des gueules de playboys et un second album charpenté par Phil Ek, architecte de quelques constructions de renom pour Built To Spill, The Shins ou Fleet Foxes. A l’écoute de leurs chansons, on pense d’ailleurs bien souvent aux caresses vocales dispensées par Robin Pecknold, le grand chef des renards. Mais, chez Boy & Bear, la voix du chanteur Dave Hosking flirte avec une certaine concupiscence. ‘Harlequin Dream’veut séduire à tout prix. L’opération de charme fonctionne sur l’un ou l’autre morceau (‘Southern Sun’) mais s’épuise inexorablement sur la longueur. (na)

Breakaway ‘Breakaway/Straight On To The Top!’ BBE/V2

Kendra Morris ‘Banshee’ Naïve

Algebra Blesset

‘Recovery’ BBE/V2

Ce triptyque désespéré commence à la fin des années 1970, période de l’histoire choisie par le groupe Breakaway pour planter sa discosoul(ante) dans le lounge bar d’un hôtel de luxe réputé pour ses magnifiques ficus et son service irréprochable : leurs petits fours à la crème d’asperge sont notamment restés dans les annales, contrairement aux deux premiers albums de Breakaway (‘Breakaway’, ‘Straight On To The Top!’). Aujourd’hui réédités pour d’injustifiables raisons, ces deux objets devraient faire fuir toute votre attention. Dans la foulée, on débarque dans le loft de Kendra Morris, blonde pulpeuse, spécialiste des productions les plus sirupeuses de l’histoire de la Motown. Depuis New York, la belle demoiselle réédite sa première cuvée R’n’B (‘Banshee’) et applique parfaitement la règle du triple « L ». Lent, langoureux et lancinant, son disque est d’un ennui sans nom. On croit ensuite rêver en voyant apparaître la fée Algebra Blessett sur la pochette de son ‘Recovery’. Emmaillotée dans une robe de soirée équipée d’ailes de papillon, la belle Américaine se pose sur les fleurs fanées des plus beaux succès de Mary J. Blidge, Toni Braxton et autres Brandy & Monica. Qui qu’en veut ? (na)

Jake Bugg ‘Shangri La’ EMI

Le chéri de Nottingham pose fièrement sur une pochette à la symbolique phallique évidente. Un effet de manche qui ne sera pas le dernier puisque ce disque reprend peu ou prou les choses là où son premier opus les avaient laissées il y a moins d’un an, compensant en énergie hormonale leur manque foncier d’originalité. Enregistré en quinze jours, ‘Shangri La’ possède tous les stigmates de cette urgence. Avec l’accent et la gouaille d’un Gallagher, cette voix nasillarde à la Dylan et un débit que ne renierait pas Eminem, le jeune gandin ne s’embarrasse pas de préliminaires. A l’image de la centaine de secondes du très vintage ‘There’s A Beast And We All Feed It’et de la fougue britpop de ‘Slumville Sunrise’ qui ouvrent le disque. Et même si le « nietzschéen » ‘What Doesn’t Kill You’ rappelle les primitifs Arctic Monkeys, la production très américaine de Rick Rubin semble prendre le dessus. Moins dépouillé, le disque peine alors un peu dans les côtes et fait place à des ballades aguicheuses (‘Me And You’) ou poussives (‘A Song About Love’). Retrouvant de la fraîcheur en même temps que son insularité, il balance avec ‘Messed Up Kids’ le meilleur morceau de l’album en même temps qu’une chronique sociale de l’Angleterre des années 2010. Jake Bugg prouve qu’il est bel et bien l’enfant lé-

gitime des amours adultérins entre l’Angleterre des La’s et d’Oasis et l’Amérique de Dylan et Johnny Cash. (gle)

Casa De La Muerte ‘Hillbilly Tanzbar’ Sonic Rendezvous

Avec ce nom de scène qui sent le mezcal à des kilomètres à la ronde, on pensait tomber nez à nez avec une bande de mariachis en transe. Et là, planqué derrière un cactus, on voit surgir six Bataves obsédés par le rockabilly, les rythmes gipsy et la musique tzigane. Sur le papier, ce drôle de mélange peut provoquer quelques sensations de nausée mais, sur disque, la recette passe (plus ou moins) bien. Dans une ambiance de fin de soirée, les chansons se bousculent sur des airs festifs malmenés à la guitare électrique. Derrière le bar, les roucoulades sexy de la chanteuse Foxy Roxy répondent à la voix rauque et imbibée de ce bon vieux Lee H. Cobra. Dans leur couple, c’est un peu comme dans la série ‘Six Feet Under’ : toutes les histoires s’achèvent ou commencent par la découverte d’un macchabée. Avec son humour noir et ses dix hymnes à la débauche, ‘Hillbilly Tanzbar’fait mieux que se défendre. Il se défonce à mort. (na)

Nick Cave ‘Live From KCRW’ Mute Records/Pias

Crise oblige, les concerts en appartement sont l’un des concepts les plus hype du moment. Avec un brin d’imagination, ce ‘Live From KCRW’vous offre la possibilité fantasmagorique d’accueillir Nick Cave dans votre salon. L’ambiance sera sombrement vénéneuse et ouatée, oscillant constamment entre recueillement et émotion. Capturés dans les locaux de la radio californienne KCRW, ces instants de grâce bénéficient en effet d’une production dont l’élégance et la classe subliment des compositions pourtant déjà de très haute tenue. Dans son costume de prêcheur de l’apocalypse, l’Australien égrène son chapelet de psaumes issus du brillantissime ‘Push The Sky Away’ou offre une relecture de ses classiques, autant de joyaux qui ont balisé son chemin de croix depuis plus de 25 ans. Dans la fulgurance de l’instant, par la grâce de l’alchimie sans cesse renouvelée avec la technique et le génie de Warren Ellis, les morceaux s’offrent dans des versions très épurées où les silences et l’intimité accentuent subtilement leur dramaturgie intrinsèque. A l’image du sermon inaugural, le glaçant et bavard ‘Higgs Boson Blues’ de cette version électrique de ‘Jack The Ripper’, tendue comme une corde de pendu. Ou encore de la déclinaison piano-voix de l’inévitable ‘The Mercy Seat’sur laquelle c’est un violon crépusculaire qui se charge de l’injection létale. Frissons garantis. (gle)

Luz Casal ‘Alma’ Parlophone Music Spain/Warner

Des signes difficiles à détromper, un pathos immédiat : un périple de prima donna qui prend ses marques amères sur ‘Mi Sono Innamorata Di Te’ de Luigi Tenco et qui, « il est loin l’âge tendre », erre ensuite dans les allées contrites du ‘Jardin d’hiver’ sera inévitablement imprégné de saudade. Compter ensuite sur le talent d’Antonio Carlos Jobim (‘O Amor Em Paz’, ‘Wave’ aux accents plus ludiques, ‘Triste’) pour s’éloigner de l’affliction serait oublier combien la bossa nova véhicule de nostalgie acidulée. On aurait soudain envie de laisser entrer le soleil, mais RodaGil met dans l’air des cyclones et bien peu de miettes sur le lit. Quand le plaisir des larmes se chante avec grandiloquence dans toutes les langues, restent sur les gradins les Carmen, les tra-


JACCO GARDNER (@EXIT07) 09-02-2014

CASCADEUR 13-02-2014

BOY & BEAR 06-03-2014

BEADY EYE 21-02-2014

DAN LE SAC VS SCROOBIUS PIP 07-03-2014

SKUNK ANANSIE ACOUSTIC SHOW 13-03-2014

RAIME • EMPTYSET SUAREZ 21-02-2014

THE FIELD ZOMBY • RONE

KORELESS • MOODPRINT • MAVERICK

KLINGANDE 22-02-2014

THE 1975 10-03-2014

LAUREL HALO METRONOMY 31-03-2014

MAXÏMO PARK 24-02-2014

FR EE

EN TR Y

THE RANGE (DJ-SET) VUURWERK • DELVAUX.

FENNESZ & LILLEVAN CLOUD BOAT

CLOUD BOAT 26-02-2014

RAUELSSON • PATTEN YVES DE MEY • INWOLVES

WWW.ARTEFACT-FESTIVAL.BE

JAMES ARTHUR 01-03-2014

THE SUBS 17-05-2014

www.rockhal.lu Rockhal, Esch/Alzette (LUX) // infos & tickets: (+352) 24 555 1 Rockhal recommends to use public transport: www.cfl.lu


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Earteam

gédiens et les romantiques : les autres chercheront ailleurs l’exaltation de l’’Alma’, des ‘Paisajes’ moins tourmentés. (alr)

CEO ’Wonderland’ Modular/News

Fraîche et revigorante, mais aussi terriblement inoffensive, l’electro pop de CEO lance ses quelques atouts dans une sphère ultra-concurrentielle, comme on dit dans les cours de marketing. Pour arriver à ses fins, Eric Berglund (exTough Alliance) balance quelques beat(eke)s en soldes chez Animal Collective et s’essaie aux arpèges comme d’autres épluchent les asperges, tout en prétextant de faire son foutraque – ce mot banni depuis 2008 – avec des harmonies vocales désossées. Sans doute inspiré par un bootleg de Gang Gang Dance acheté dans un quelconque boutiquier de Brooklyn en faillite, le boss du label Sincerely Yours essaie pourtant de se - de nous – faire plaisir, il y parvient même à l’occasion, notamment sur le morceau-titre, en dépit d’idées totalement cheap et inconsistantes. (fv)

La Chiva Gantiva ‘Vivo’ Crammed Discs

On connaît l’histoire démarrée à Bruxelles il y a six ans : des jeunes musiciens colombiens qui se rassemblent pour jouer ensemble des percussions et qui finissent par rajouter à leur boucan quelques touches de rock et de funk (paroles un poil concon en Français, clarinettes et tralala) pour faire monter la mayo. Bon, très bien, mais aujourd’hui, à l’heure du toujours difficile deuxième album, les choses se compliquent. Difficile, de fait, d’éviter la redite. On pensera inévitablement à Manu Chao qui, depuis son premier album solo fin du siècle passé, ne fait que recycler la même chanson – ce qui, quand on prétend défendre à ce point l’altermondialisme et l’écologie, est sans doute un crédo, une manière de montrer l’exemple… Bref, avec la Chiva, c’est toujours le même ragout d’influences latino-latines dans ce qu’elles ont de plus festives. Un peu de mélancolie ne ferait tout de même pas de mal. (lg)

Department M ‘Department M’ Fierce Panda

Department M est le genre de groupe qui privilégie les petites touches impressionnistes aux grandes démonstrations tape-à-l’oeil. Il en résulte un univers délicat où chaque titre s’inscrit de façon harmonieuse dans un ensemble dominé par des nappes laidback et des beats inventifs et parfois tortueux. La voix du chanteur, fragile et touchante, sert à merveille les mélodies qui interpellent dès la première écoute sans être directement immédiates (à l’exception de l’évident ‘The second prize’), mais dont la structure devient de plus en plus palpable au fil des écoutes successives ( ‘I’ll fax you an apology’,‘Miscellany’ou le plus dark ‘J-Hop’). Si les auditeurs avertis relèveront des accointances avec des sonorités 80s de bon goût, d’autres apprécieront la présence d’éléments renvoyant à la scène électro plus contemporaine. Tous, en tout cas, reconnaîtront la grâce d’un ensemble dégageant une beauté quasi pastorale (le majestueux et bien nommé ‘Sleepwalker’). Classe. (pf)

Dum Dum Girls ’Too True’ Sub Pop

Same old shit pour les Dum Dum Girls, deux bonnes années après un ‘Only In Dreams’ écoutable, et ça rime avec oubliable. Toujours aussi inspirée, pour ne pas dire nostalgique, d’une pop shoegaze aux forts relents early nineties, style Lush, Dee Dee Penny et sa troupe enchaînent les titres uptempo comme d’autres collectionnent les tasses de marché de Noël. C’est

Nils Frahm ‘Spaces’ Erased Tapes

Depuis plusieurs années déjà, le nom de Nils Frahm revient ci et là dans ces pages, ces derniers temps de manière plus soutenue, que cela soit sous le couvert de son activité de producteur ou de celle de musicien. Etabli à Berlin où il y a bâti son propre studio, cet orfèvre du son est régulièrement appelé à la rescousse par des artistes qui se pressent à sa porte. Outre ses collaborations renouvelées avec Peter Broderick ou Anne Müller, on l’a vu ces derniers temps aux côtés d’Olafur Arnalds et de F.S. Blumm. La liste de ses participations est tellement vaste qu’elle semble bien inexhaustible. ‘Spaces’ est un compte-rendu de plusieurs de ses prestations en concert réalisées au cours de ces deux dernières années. Ce disque a été réalisé, dit-il, à la demande de ses fans qui se déploraient ne pas avoir de témoignage fidèle et autorisé de ses prestations en public. Plus qu’un simple ‘live’, ‘Spaces’ reprend en réalité et en majorité des morceaux inédits ou des versions nouvelles de morceaux déjà publiés antérieurement. Davantage encore, ce qui importe c’est d’entendre Frahm dans un milieu naturel, celui qui le voit confronté aux aléas d’une salle ou d’une technique d’enregistrement qui s’avère parfois non optimale, celui qui le voit face à son audience et à lui-même. Qu’il se trouve aux commandes de son piano à queue, de ses claviers ou d’un harmonium d’emprunt, Frahm donne le meilleur de lui-même et confirme, si besoin était, son rang au sein des figures musicales les plus créatives actuelles. (et)

joli à regarder (ah ça oui), le son des dinguelingling rappelle des souvenirs de Perfecto qu’on croyait enterrés, du moins sous cette forme, bref ça glisse tout seul sans le moindre effort. Et vous l’avez déjà compris, si ça se déguste sans peine et sans reproche, l’impact sur la mémoire à long terme n’est pas garanti sur facture, fût-elle signée Sub Pop. (fv)

East India Youth ‘Total Strife Forever’ Stolen Recordings/Rough Trade

Le disque débute par deux morceaux instrumentaux assez simplistes basés sur le son modulaire d’un clavier. Passé ce prologue un rien ronflant, la voix s’annonce et le chant finit par s’exhiber. C’est une électro-pop léchée et cirée qui s’impose à l’oreille. A mesure que progresse le disque on cherche une intrigue, quelque péripétie. En vain. Malgré un travail vocal notable, il s’achève sans réelle surprise et sans nous procurer la moindre démangeaison auriculaire. East India Youth est le pseudo choisi par le jeune Anglais William Doyle qui signe ici son premier album. De ses dires, sa gestation fut longue et douloureuse. Gageons que le second sera plus fécond. (et)

Ejecta

Babatunde et Lord Kimo (Asian Dub Foundation), MC londoniens, bâtissent un empire de béton et de poussière en compagnie de Ghislain Baran, réalisateur breton. Ensemble, ils rêvent de rues désertes, traversées de silhouettes punks, amoncellements de dunes et de crânes, de grues fracassées et de carcasses figées dans les promesses stériles d’un monde oublié. Mad Max Reloaded. Empire Dust soulève les éboulis, appelle aux armes, cautionne les métissages, rassemble hip-hop 90s, new wave, guitares et claviers sous une même bannière en lambeaux. Quelque part entre Asian Dub, PWEI, Buck 65 et un Naive New Beaters en mode badass (‘Empire Dust’), on assiste à la marche implacable de loqueteux oubliés, bien décidés à reprendre le contrôle des rues (‘Think Out The Box’, ‘The Apartment’, magistral). Fusion des genres et des drapeaux, Empire Dust est un poing dressé au milieu des ruines, par-dessus la saleté, là ou brille encore le soleil. (ab)

Ensemble Economique ‘Light That Comes, Light That Goes’

’Dominae’

Denovali/Sonic

Happy Death/News

Le caractère collectif et austère de ce nom cache en réalité le travail d’un seul homme, celui en l’occurrence de Brian Pyle. Après avoir œuvré au sein des combos Starving Weirdos et RV Paintings, après avoir partagé des split singles avec d’autres, Pyle s’est lancé dans un travail solo, ramenant à lui ce qui lui semblait essentiel. Ce disque est le premier qu’il réalise pour Denovali. Il aligne six compositions atmosphériques directement inspirées par l’environnement qui l’entoure, là où il vit en Californie du nord. Pyle confesse son attrait pour les promenades en solitaire mais aussi son attirance pour l’isolement, voire pour l’isolation. Il recourt à des enregistrements de terrain et affectionne les drones mais aussi les extraits de narrations comme cette voix féminine qui s’exprime par moments dans un français impérieux et qui semble provenir d’un film oublié. Un disque d’atmosphères esseulées, assurément. (et)

Déçu par la dernière livraison d’Au Revoir Simone ? Rassurez-vous, vous n’êtes pas le seul et voici largement de quoi sécher vos larmes. Ca s’appelle Ejecta, c’est un duo h/f de la Grosse Pomme et ça fait le boulot quand on en rentre (du boulot, faut suivre dans le fond). Même si quelques sourcils vont se froncer à l’écoute de moult souvenirs avariés, genre Orchestral Manœuvres in the Dark, sur deux-trois titres (dont le premier et mal-nommé ‘Mistress’), les dix chansons de la paire Leanne Macomber – Joel Ford ont ce côté touchant et maladroit de ces disques mineurs qui donnent chaud au slip. Accords très cons au synthé, rythmes binaires au QI de moule, effets de basse en hypothermie, tout pourrait faire de ce ‘Dominae’ un accident industriel destiné à l’iPhone de Nabila (non, je n’ai pas dit Sold Out). Et pourtant, par le miracle de je ne sais quel mécanisme cérébral, sans doute la voix mutine de la demoiselle au micro qu’on verrait bien en quatrième membre des ARS, mais aussi un second degré détaché à la Stereo Total (mais en moins cool nimportenawak), ça le fait et on y retourne. (fv)

Empire Dust ‘Empire Dust’ Last Exit Records

Sur les cendres d’un projet avorté qui les a mené de la perfide Albion à la France profonde,

Neil Finn ‘Dizzy Heights’ Lester Records

Hey now, hey now. On te demande de parler de Neil Finn, et autant essayer d’attraper un déluge dans un gobelet de carton. Concentretoi. Crowded House ? Si, je t’assure, fais l’essai : ‘Don’t Dream It’s Over ‘ et déjà tu luttes contre tous les murs du monde. 27 ans après, tu écoutes ‘Flying In The Face Of Love’, et cette

basse funk te fait dodeliner du chef, le vétéran garde un pouvoir d’immédiateté pétaradante presqu’honteuse qui aurait fait son effet dans les charts de l’époque. Mais aujourd’hui, tu ne sais guère à quel râtelier l’accrocher : si ‘Divebomber’, songerie vacillante dont Jonathan Donahue aurait pu faire son miel te rappelle que Dave Fridmann a posé sa patte fantasque sur l’épaule du néo-zélandais, le reste tient un peu de la salade niçoise : beaucoup de tentatives, parfois riches, le plus souvent indigestes et à dire vrai, assez datées. (alr)

The Flaming Lips ‘Peace Sword’ Bella Union

Dire de ‘Peace Sword’ qu’elle est la sortie la moins intéressante des Flaming Lips depuis leur transhumance vers un label indé peut paraître cruel. Mais lorsqu’on aime, on ne compte pas sa déception. Originellement prévus pour orner la bande son du film SF ‘Ender’s Game’, des 6 titres (pour 36 minutes au compteur tout de même) seul le titre phare ‘Open Your Heart’ aura fait mouche à l’oreille des producteurs. Et on ne pourra que rougir d’être ainsi du côté du grand capital tant l’inspiration a manqué aux trublions d’Oklahoma City sur la majorité de ces nouvelles mélodies. Un retour marqué vers la pop, certes, mais loin des fulgurances passées et - à l’image d’un Wayne Coyne plus aphone que jamais, voici que s’offrent aux fans une demi-face A accompagnée de 5 vraies faces B. On pardonne et on patiente jusqu’au « Record Store Day » où, on l’espère, The Flaming Lips nous enchantera de sa copie revue et corrigée de l’album mythique des Stone Roses. Encore combien de fois dormir ? (dark)

Al Green ‘Let’s stay together’ (1972) ‘I’m still in love with you’ (1972) ‘Greatest hits’ (1975) Hi Records/Fat Possum Records

La soul music est le temple de la sensualité. Au panthéon des chanteurs soul ayant porté cette émotion à son pinacle, Al Green occupe une place de choix. Fat Possum réédite aujourd’hui les deux albums enregistrés par Al Green en 1972, au début de sa carrière avec le label Hi records de Chicago, et qui furent par ailleurs ses plus grands succès commerciaux. Le style d’Al Green s’y affirme définitivement, passant du toujours très rythm’n’blues ‘Let’s Stay Together’ à la mesure parfaite de d’‘I’m still In Love With You’ jalonné de pépites dont le sublimissime ‘Simply Beautiful’. Au centre des ébats : cette voix douce, suave à souhaits qui n’hésite pas à susurrer à l’oreille avec un érotisme à peine feint d’inlassables histoires d’amour, une voix qui grimpe aux aigus comme aux rideaux les filles dont il n’a de cesse de chanter les vertus dans ses chansons. Le reste forme le parfait écrin ; tout est dans le dosage et surtout la retenue... La rythmique est basique et obstinée, la basse mélodieuse et moelleuse comme un matelas. Guitares et orgues font des incursions aussi discrètes que pertinentes. Le tout est enveloppé par des arrangements de cordes et de cuivres de haute volée, liquides mais pas sirupeux. Dans la foulée, Fat Possum réédite aussi ses Greatest Hits de 75, avec immanquablement des doublons, mais aussi le meilleur des 5 autres albums réalisés depuis 71, pourtant peutêtre dispensable hormis l’éternel ‘Tired Of Being Alone’et le surprenant ‘Let’s Get Married’. 40 ans après, une partie du répertoire de la soul a le cuir trop tanné, mais le lustre de celui d’Al Green est toujours impeccable. (sca)

Helium Horse Fly ‘Helium Horse Fly’ Dipole Experiment Records

Helium Horse Fly est un quatuor belge proposant un rock expérimental assez exigeant et fran-


SCÈNE DE MUSIQUES ACTUELLES TOURCOING

fév. mars

05.02 CONNAN MOCKASIN + GUEST 12.02 GOÛTER-CONCERT > 16H : CASCADEUR 12.02 CASCADEUR + BARBAROSSA 20.02 PEGASE + YUCK + CATE LE BON PubliqueRoubaix : PubliqueR 21.02 FIREWORKS ! Festival à la Condition PubliqueRo BRETON + ROCKY + OF MONTRÉAL + AU REVOIR SIMONE + THE RANGE 13.03 THOMAS AZIER + OWLLE 14.03 THE NOTWIST + COMPACT DISK DUMMIES + JEL 21.03 PLAY@HOME #8 : SCYLLA + MC METIS + 17 ANS D'AVANCE 25.03 ANTHONY JOSEPH + EBO TAYLOR 27.03 FESTIVAL LES FEMMES S'EN MÊLENT : CULTS + EMILY JANE WHITE + CHANTAL ACDA WWW.LEGRANDMIX.COM +33(0)3 20 70 10 00

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2014

FEV/FEB

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Earteam

chement engageant, notamment parce que la chanteuse Marie Billy a une voix superbe, forte et riche, capable d’exprimer une impressionnante palette d’émotions. On ne peut qu’être séduit par les textes qui expriment une poésie sombre et un rien surréaliste (‘It’s raining oysters in the hall/It’s raining green thumbs on the wall/ Oh hell’. Musicalement parlant, Helium Horse Fly surprend aussi en jouant avec les ruptures de construction et la dissonance sur des compos au style assez unique et indéfinissable, entre noise, hardcore, classique contemporain et math rock, mais toujours avec une approche résolument alternative et expérimentale, aussi bien maîtrisée sur les titres concis que sur des compos longues de plus de dix minutes. (pf)

His Golden Messenger ‘Bad Debt’ Paradise Of Bachelors

Il semblerait qu’encore une fois on ait raté un épisode. Soit le disque d’un folkeux dylanophile (il ne le cite pas comme influence mais il évoque beaucoup les Byrds, ce qui revient quasiment au même) qui ne s’est probablement jamais remis de la version larmoyante du classique de Cohen par l’imbuvable Jeff Buckley. Le pleurnichard – M.C. Taylor de son vrai nom – enregistra ainsi une grosse dizaine de titres avec sa voix nasillarde et son fingerpicking autour d’une table de cuisine dans sa maison de campagne du Piedmont, pendant l’hiver 2010, seul à se cailler les burnes. Le truc, forcément rachitique, est sorti une première fois la même année et personne n’a vraiment crié au nouveau Bon Iver. Il y a pourtant de jolies choses. Et, au bout de trois écoutes, ce disque finit même par devenir une évidence. Il est beau et simple et incroyablement chaleureux comme le dernier album ultra épuré du Bony King Of Nowhere. Depuis, His Golden Messenger a sorti deux autres rondelles dont une en avril dernier. Il ne serait peut-être pas stupide d’aller y jeter une oreille. (lg)

Hooverphonic ‘Reflection’ Sony

Hooverphonic affiche désormais 19 ans au compteur et pas moins de quatre chanteuses s’y sont succédées. Il demeure pourtant une cohérence dans la formation belge à l’écoute de ce huitième album, depuis un sens de la mélodie non démenti à la voix parfaite de Noémie Wolfs, ici accompagnée de chœurs masculins. Enregistré chez des particuliers, décision motivée par la volonté d’un son « domestique » à l’encontre de l’électronique et du synthétique de circonstance, ‘Reflection’ est un album pop tourné vers la fenêtre, léger et inoffensif. Parfois s’y dessine même une élégance americana, échappée d’un Lynch ou d’un tableau de Hopper, qui disparaît aussi vite qu’elle s’est esquissée, éclipsée au profit de la sucrerie suivante. Malins, les Hooverphonic n’abusent pas : si les morceaux sont nombreux (cinq de trop au moins), ils dépassent rarement les trois minutes, explorent leur potentiel doucereux dans l’urgence et la brièveté du moment présent. Pareil à lui-même, le groupe délivre un album mignon, dont les meilleurs moments sont les plus discrets. (ab)

Ignatz / Harris Newman ‘Bring You Buzzard Meat’ Okraïna Records

Ignatz (à la ville Bram Devens) est cette souris narquoise qui depuis quelques années déjà nous balance à la tête, nous les matous au pelage blasé, des cassettes (ces nouveaux 78rpm !) où ses cordes peuvent faire éclore des baraquements balayés par les sables, des attaques de cavalerie au ralenti, des oiseaux de proie et des charpentes dépiautées de troupeaux. Enregistré en binôme suite à un concert avec Harris Newman, et jusque là uniquement disponible en cdr lors d’une tournée cana-

Howe Gelb ‘The Coincidentalist’ New West Records

Hors-la-loi le plus classieux de l’Ouest, Howe Gelb sort des disques plus vite que son ombre, multipliant les projets comme pour exorciser les dangers d’une sieste prolongée sous le soleil de l’Arizona. Et si sa discographie pléthorique comporte son lot d’albums mineurs ou moins inspirés, ceux-ci ne sont jamais désertés par une écriture racée et par une foi solide dans les chemins de traverse empruntés, seule garantie éventuelle de survie, même en cas de traversée du désert de Mojave. La preuve en est à nouveau faite avec ‘The Coincidentalist’ qui, à défaut de révéler de saisissantes surprises, poursuit la tentative d’évasion du pénitentiaire de l’Americana dans lequel d’aucuns voudraient l’enfermer. Car, après s’être fait coffrer l’année dernière (‘Little Sand Box’), c’est en activant son carnet d’adresses que Gelb a réuni une bande de pieds-nickelés qui doivent improviser l’opération. Car c’est bien l’improvisation qui semble être le fil conducteur du projet. En compagnie de M.Ward à la guitare, d’Andrew Bird au violon, de Steve Shelley à la batterie et de KT Tunstall et Will Oldham au chant, l’américain dépoussière d’abord la country (‘Vortexas’, ‘The Coincidentalist’, ‘An Extended Plane Of Existence’), avant d’anesthésier en douce le rock paresseux (‘Unforgivable’, ‘Triangulate’), d’improviser un jazz de saloon où le fantôme de Thelonius Monk joue au poker menteur avec Leonard Cohen et Ennio Morricone (‘The 3 Deaths Of Lucky’, ‘Picacho Peak’,’Instigated Chimes’). Aucune révolution artistique à rechercher ici mais Howe Gelb démontre à nouveau une obstination et un génie certain pour scier les barreaux de sa prison mordorée. (gle)

dienne, ‘Bring You Buzzard Meat’ est le terrain d’entente de deux guitaristes qui ont bâti des stèles à John Fahey avec leurs propres pierres, qui ont usé leurs phalanges en invoquant Skip James, soupesé toute l’âme de Geeshie Willey dans ses arrangements. Adossés imperturbablement sous le porche de ce double 10 inch - remasterisé pour sa sortie sur Okraïna Records et orné de la palette épatante de Gwenola Carrère - ils font de leurs traversées expérimentales de l’Ouest des blues palimpsestes où seuls les échos de voix subsistent, où les trains rationnent le charbon pour que les passagers aient tout loisir de palper les anfractuosités des Rocheuses. Voici cinq tranches contemplatives mais loin d’être dépeuplées, qui, à défaut de doter Carla Bruni d’un message politique, vous feront chérir la compagnie des spectres. (alr)

chante sans faire appel à l’exotisme des rues parfois mélo de ses débuts. Multi-support (BD au graphisme qui pète la classe, album, clips tournés à Nollywood), confrontée à une réalité quotidienne (Lagos est une ville de fou, au taux de crime indécent), ‘Captain Rugged’ permet à Keziah Jones de prolonger ses références (Fela Kuti en tête) avec un appétit nouveau. Il abolit les frontières de son genre et manipule son funk affecté de toutes les façons, multiplie les accompagnements, avec moins d’échecs que de succès (‘Utopia’, ‘Lunar’ et l’impressionnant morceau de clôture, ‘Praise’). Album concept dangereusement ambitieux, ‘Captain Rugged’ évite l’écueil attendu et apparaît comme une collection de titres certes inégaux, mais dont les réussites témoignent d’une palette à laquelle le Nigérien ne nous avait pas habitué. (ab)

Illum Sphere

Marsen Jules

‘Ghosts Of Then And Now’

’Beautyfear’

Ninja Tune

Ok taf/News

Les grands amateurs de musique d’ascenseur et d’ambianceurs à la James Blake peuvent foncer : ‘Ghosts Of Then And Now’ est le spectre idéal d’un fond sonore au-dessus duquel on pourra refaire le monde en s’avinant à petit feu pendant que les enfants jouent avec toutes sortes d’objets bruyants ; ce disque a été pensé pour ça, pour s’effacer. L’homme qui bidouille le machin – un claviériste dj de Manchester – s’appelle en réalité Ryan Hunn et, d’après quelques fouilles, serait un grand pote d’un prénommé Jonny Dub, celui-là même (?) dont Gaslamp Killer – pourtant pas un imbécile – aurait dit qu’il est, right now, son dj préféré. Les convives se laisseront bercer et l’amphitryon sortira sa culture générale postdubstep jazzy électro-chic au moment où, relevant l’oreille sur un beat plus appuyé du titre éponyme, l’un d’entre eux, déjà ivre, se risquera à un tiens, c’est pas mal ce qu’on écoute là. Personne ne lui donnera tort. (lg)

Artiste majeur, notamment en 2013 où sous son Marsen Jules Trio il avait revisité en majuscules une certaine électroacoustique jazzy, Martin Juhls revient à ses premières amours en cette fin d’hiver. Version new ambient par instants terrifiante de la musique néo-classique electronica, ‘Beautyfear’ écharpe à qui mieux mieux les commodités du genre, au-delà d’une première écoute qui révèle – à tort – peu de passages surprenants. Ce n’est qu’une fois poussée la porte de son château hanté que le vrai raffinement de l’électronicien allemand dévoile ses saveurs spectrales – petit à petit, encore bien. A touches infinitésimales, Marsen Jules empile les couches, tant les courants d’air qui traversent le lieu sont glaciaux, tout en parvenant (ô bonheur) à distiller un élixir à la fois raffiné et long en bouche. Plus que souvent, on pense à l’immense Wolfgang Voigt sous les traits de GAS, mais aussi aux immenses cathédrales sonores d’Anton Bruckner – ouais, carrément – qui aurait quitté son tombeau de Sankt Florian pour ressusciter en maître teuton de l’électronique. Ca vous situe l’ampleur dramaturgique du geste. (fv)

Jones ‘Captain Rugged’ Because Music

Captain Rugged, super héros nigérien, impose sa loi dans les rues de Lagos où règne en maître la corruption organisée. Captain Rugged, c’est la victoire de la volonté individuelle de s’en sortir, c’est chaque habitant de Lagos, réfugié, immigré, repat (natif revenu à la ville après avoir tâté de l’étranger), c’est bien sûr Keziah Jones lui-même, de retour au pays après plus de vingt ans. Si le bonhomme n’a rien perdu de sa prétention (il faut l’avoir vu sur scène pour comprendre), cette volonté d’embrasser à nouveau ses racines apporte une lumière nouvelle à son œuvre, plus complexe qu’à l’accoutumée, tou-

Kadebostany ‘Pop Collection’ V2

‘Hey’, si on envahissait la Corée du Nord avec des autotamponneuses munies de sièges en fourrure bleue? Si on déroulait sur l’Europe des tapis à base de poils de moustaches? On se revendiquerait d’une contrée fictive à brande-

bourgs et goulags, on n’hésiterait pas à sortir son plus bel accent de Borat de Tchouvachie, ses réminiscences d’Electric Six chez les Soviets, sa chorégraphie de Bratisla Boys. On rameuterait tous les cuivres recalés du No Smoking Orchestra pour faire claquer des étendards clinquants dans le souffle pétrifiant de l’Est, pour reconstituer un péplum aux hymnes martiaux où des squelettes de mariachis pourraient twerker avec Amina, bad girl de bastringues où l’on ne sert que des doubichous, M.I.A. lestée aux beats mi-vodka vérolée mi-lipstick gras. L’’Invisible Man’ serait à deux phalanges d’une sidérale occlusion intestinale. ‘Goodbye’, au revoir Président! (alr)

The Killers ‘Direct Hits’ Island Records/Universal

« On se sent nuls d’avoir sorti notre album bestof maintenant, si ça ne tenait qu’à nous, nous aurions attendu encore dix ans ». Trop occupé à battre la mesure sur des hymnes putassiers qu’un stade rempli de malades d’Alzheimer n’aurait aucune peine à reprendre en chœur, Ronnie Vannuci n’avait pas lu les alinéas en petits caractères du contrat scellant la collaboration entre son groupe et son employeur. A l’image de sa pochette, ce ‘Direct Hits’ est une cible facile pour des chroniqueurs qui auraient profité de la trêve des confiseurs pour reconstituer leurs stocks de fiel. Restituant tubes de manière chronologique, ce best of est surtout l’occasion de constater la lente décadence d’un groupe qui a d’abord essayé de se faire passer pour de vagues cousins éloignés des Smiths ou de New Order. C’était à l’époque de la fameuse trilogie ‘Mr Brightside’, ‘Somebody Told Me’, ‘All These Things That I Have Done’. Un album et une poignée de singles plus tard, les masques tombaient et la lente agonie des espoirs placés dans le quatuor de Vegas pouvait commencer. Presque fascinants à force de clinquant et de pompiérisme incontrôlé, les titres sélectionnés provoquent rapidement une sensation de vertige tant l’abîme semble se creuser toujours plus profondément. Paradoxalement, c’est peut-être leur manque de second degré et de cynisme qui les préserve d’une posture arrogante encore plus risible. (gle)

Justus Köhncke ‘JK & The Wonderful Frequency Band’ Kompak t/News

Réfléchissez bien avant d’acheter un laptop allemand sur ebay, même pas cher du tout. Je suis reconnaissant à Justus de me donner l’opportunité d’enfoncer la touche ö de ce sqtqn7 clqvier qwertz: Deuxième leçon apprise récemment: TOUJOURS réécouter un album de Köhncke. J’ai d’abord trouvé ça kitsch, voire carrément agaçant: chez JK aussi, les accents se trouvent à des endroits bizarres. En funk azertyien, nous disons «Lét’s!!göoö!!dàäàncîîng!!», chez JK, cela devient: «Lt’s g dcinngg». Vous notez qu’il manque des fréquences et des accentuations, ce qui n’empêche nullement ‘A New Dimension’ d’onduler parfaitement. (En 2009, Justus avait déjà testé ce funk-not-funk sur un maxi, ‘Now Phreeq’, constitué de trois étonnantes reprises de Chic.) Autre problématique, les mélodies vocales: là où un chanteur classique dirait «aeiou stuvwx aeiou vwxyz», JK dira «aeaiae aiaoai aeaiae». Je ne vous cache pas qu’au début, cette manie de ratatiner les mélodies est un peu crispante. Mais quand arrive ‘Loop’, force est de constater qu’un petit bout de mélodie peut donner une grande chanson. JK est quasi quinqua, fan de balades romantiques et de textes tonguein-cheek, de Scritti Politti, de Pet Shop Boys et de Hildergard Knef, la légendaire «femme fatale» allemande: tout ça s’entend. Il est également un des (discrets) piliers de Kompakt, et ça s’entend aussi. Quatre oreilles ne seraient pas de trop, vous n’en avez que deux. Un homme azerty n’en vaut qu’un demi. (ag)


‘Infamous’ VMV Music/Rough Trade

Parmi ceux d’entre vous qui ont franchi le cap de la quarantaine et qui sont friands de foot, le nom de Lato devrait évoquer des souvenirs émerveillés. C’est que Lato, Gregor de son prénom, était un attaquant exceptionnel de technique et de vista qui a fait les beaux jours de l’équipe nationale polonaise et de Lokeren voici plus de trente ans. Alex Lato, lui, ne joue pas au foot mais sort des albums. A l’écoute d’‘Infamous’,je doute fort qu’Alex soit en mesure de vous procurer des frissons de plaisirs comparables à ceux générés autrefois par Gregor. A moins, bien sûr, que vous ne raffoliez de ballades bien collantes et faussement touchantes ou de pop bancale convenue aux arrangements oscillants entre rock pour gens qui n’aiment pas le rock et électro de supermarché. (pf)

London Grammar ’If You Wait’ Metal & Dust/Universal

Très grosse sensation de la fin 2013, à tel point qu’il est devenu impossible de parcourir son fil Facebook sans les voir, London Grammar a déboulé en trombe dans le cœur des fans d’indie pop – du moins ceux qui pensent l’être – finissant même à truster les charts dans nombre de pays. Aujourd’hui réédité en version deluxe, augmenté d’un second cd six-titres, les chansons du trio anglais confirment nos craintes de l’an passé. D’une sagesse plan plan qui voudrait nous faire croire à l’originalité, mais le piège est gros comme un beat de Paul Van Dyk, et tant pis si on se fâche avec les trois quarts de notre lectorat, les tracks du trio anglais évoquent (beurk) un mauvais trip où Lana Del Rey se pointerait déguisée en Florence & The Machines à une première partie d’Elton John. Non seulement les vocalises pseudo-sentimentales de Hannah Reid ne font que souligner son lyrisme fringué chez H&M – ok, on est en période de soldes mais tout de même – et pour encore ajouter le crispant à l’insupportable, les arrangements ne font que davantage souligner la vacuité du projet. Même si, soyons honnêtes, les pop songs des gens de Nottingham témoignent d’un savoir-faire mélodique évident, bien que très premier de classe, leur volonté de plaire à tout prix inscrit plus ses pas dans une diarrhée verbale à la Nelly Furtado qu’à la classe infinie d’une Fiona Apple. Vite, un Prozac. (fv)

Lucy ’Churches Schools And Guns’ Stroboscopic Ar tefacts

Second essai de l’Italien Luca Mortellaro, alias Lucy, ’Churches Schools And Guns’ appelle à la barre les mêmes armes – en gros, une techno très minimaliste mâtinée d’ambient – pour un résultat glissé entre deux eaux. Proche d’une esthétique des Allemands de Centrozoon, notre homme n’étant pas résident berlinois pour rien, l’approche du producteur transalpin produit les mêmes effets que celle de ses confrères teutons. Ça et là, une certaine fascination morbide dessine des traits blafards, d’autres instants n’expriment qu’ennui et désolation, notamment en raison d’un manque de variété criant. Quand les idées se mettent en place, et surtout quand Mortellaro esquisse les contours d’une fausse mélodie échappée du béton, la sauce prend et le trip devient fécond, quand la revendication se fait trop insistante et répétée, l’envie de tourner la page guette et devient irrésistible. Le plus étonnant étant que d’une écoute à l’autre, les défauts d’un jour deviennent les qualités du lendemain. A vous de dessiner la suite... (fv)

Magik Markers ‘Surrender To The Fantasy’ Drag Cit y/Konkurrent

Ce genre de persistance rétinienne : une salle éphémère. Une combinaison de facteurs

aléatoires. Face à face, Ben Chasny et Elisa Ambrogio, corsetée dans une panoplie de secrétaire pré-Mad Men qui restreint à peine ses battements de jambes. Une électricité lascive. Et cette fois-là pourtant, il n’était plus question que Carry aille au bal du diable, aucune violence ne s’abattrait sur l’’Inverted Belgium’. Quatre ans après ‘Balf Quarry’, il semble que les très prolifiques Magik Markers aient ralenti la circulation de leur impétueux sang noise, emmagasiné l’hypnotisme doux né de cette parenthèse de leur buisson d’aubépine, sans toutefois renoncer à toute férocité. ‘Bonfire’ pratique la politique de la terre brûlée façon Kathleen Hanna quand ‘Mirrorless’ slalome comme les Shaggs égarées en terre de Movietone et que ‘American Sphinx Face’ nous rappelle combien il est judicieux de tremper le vernis de Kim Gordon dans une solution psychédélique abrasive. Joliment bancal, inégal et jamais tout à fait dans le bon pot, voilà pourtant le genre de bourgeon qu’on prendra plaisir à laisser foisonner sur nos platines en manque de ‘Screams of Birds and Girls’. (alr)

Behemoth & Cradle Of Filth

23/2

06/07

Peder Mannerfelt

William Fitzsimmons

’Lines Describing Circles’ Digitalis

A la lecture de la présente chronique, pas sûr que vous ayez envie de partir en trip Tomorrowland avec Peder Mannerfelt, pas sûr non plus que vous aurez raison. Plus connu sous le moniker de The Subliminal Kid, qui l’a vu jouer en compagnie de Fever Ray, le producteur suédois range au placard les oripeaux technoïdes sous son vrai blaze, direction une ambient trouble, voire blafarde, qui nous emmène plus – et c’est un euphémisme – du côté de Svarte Greiner que de The Knife. Entre grésillements tortueux, pulsations sur une jambe et demie (on se croit plus d’une fois sur le label Raster-Noton), défrisage electronica qui appelle au feu les pompiers, la maison brûle en sourdine et à la fin de l’exercice, on ne résiste plus au plaisir masochiste de se jeter dans l’incendie. (fv)

Marijuana Deathsquads

EUROPE 2014

‘Oh My Sexy Lord’ Memphis Industries

Groupe cryptique et concept fumeux, Marijuana Deathsquads est d’abord un gang composé – ou pas – de personnalités connues – ou pas. Si le noyau dur du projet relève des volontés électroniques et surexcitées de Ryan Olson (Gayngs) et Isaac Gale, le reste n’est pas très clair. Certains auraient aperçu Justin Vernon (Bon Iver) dans le groupe, d’autres ont discerné les ombres de David Yow (Jesus Lizard) et Matt Sweeneey (Chavez). D’ici, en tous cas, on n’a rien vu. Mais on a tout entendu. Pour son premier album, Marijuana Deathsquads fait dans la fricassée synthétique, tordue et frénétique. Grand délire improvisé ou pièce montée millimétrée, ‘Oh My Sexy Lord’joue invariablement sur l’ambiguïté. Plus ou moins interchangeables, les morceaux ressemblent à des slogans scandés au vocodeur par des adolescents attardés. Croisement improbable entre Wolf Eyes, The Residents et les Blood Brothers, Marijuana Deathsquads est incontestablement la bonne blague du mois. (na)

Maxïmo Park ‘Too Much Information’ Daylighting

Sur la pochette, on voit un type passablement fatigué en train de se raser la… langue. La question, d’office, se pose : barbant le cinquième album des mecs en noirs de Newcastle ? Même pas, mais rien de bien neuf à se caler sous la molaire. Il est à l’image du dernier The National, du dernier Interpol : une belle pierre de plus à l’édifice d’une œuvre (?) entièrement dédiée à la gloire d’un post-machin, entre new wave et punk, mais certainement pas la clef de voûte qui la cimentera dans la grande histoire de la pop.

28.05.2014

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Alex Lato


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Earteam

Quoique, on voit déjà débarquer quelques romantiques noirauds, simplets et aigris affirmer que sous le chapeau de Paul Smith (chateur marionnette à gueule de Mika), il y a du génie, que ce disque est la première marche vers quelque chose de différent, de sensiblement plus adulte et réfléchi. Peut-être. On l’espère. Ça serait tout de même dommage que dans deux ans, comme Placebo, ils refassent pipi dans leurs costards étriqués. (lg)

Zara McFarlane ’If You Knew Her’ Brownswood/News

L’an dernier, notre compatriote Mélanie De Biasio lançait une pernicieuse et captivante attaque sur la pop au travers de son univers jazz faussement smooth – salué à sa juste mesure, le geste continue de nous poursuivre. Personne ne sait si la nouvelle a traversé l’océan, mais avec son ‘If You Knew Her’, Zara McFarlane prend d’assaut la soul music avec des armes du même acabit, bien que l’amplitude jazzy de son propos nous semble davantage consensuelle que chez sa consœur bruxelloise. Inutile de se méprendre cependant, les dix titres chantés par l’artiste londonienne sont de très haute volée, notamment grâce à des inflexions vocales dignes, n’ayons pas peur des mots, de Nina Simone – ce qui, finalement, rétablit un certain équilibre. Un bémol toutefois, et il a déjà été soulevé, les arrangements de certains titres, dont ‘Move’, qui souffrent de la présence inutilement démonstrative des musiciens, chacun pensant plus à son bout de couverture qu’à l’unité de l’ensemble. Ca fera le miel des admirateurs du genre, adeptes de la branlette en piano solo, ça agacera beaucoup d’autres. She’s not perfect but she’ll be perfect for them. (fv)

James Vincent McMorrow ‘Post Tropical’ Believe Recordings/V2

« And I was (I was) in the dark ». Cette étiquettelà, solidement tatouée sur l’épiderme : folk singer. Avec ce qu’elle comporte de visions rugueuses qui crépitent, d’amoncellements de branchages et de parenté avec Justin Vernon, pour peu qu’on porte un bonnet en laine mérinos et un falsetto. Au sud de la rivière, au cœur de l’hiver, c’est un ‘Cavalier’ qui l’a arrachée, cette étiquette-là, pour lui substituer des vocalises alt-r’n’b apprêtées à la James Blake et toute l’ampleur solennelle qu’on puisse dénicher dans une caverne de glace lorsqu’on veut y projeter l’hologramme mouvant et morcelé de son premier amour. Baroque en chœurs et cordes mais propice à la méditation et au tintinnabulement, ‘Post Tropical’ pêche parfois par trop de joliesse, une rondeur démesurée, une propension aux adresses implorées à la lune (« Sometimes my hands they don’t feel like my own /I need someone to love I need someone to hold ») mais sous le satinage demeurent quelques exquis serments : ‘Gold’, sublime comète épique ou ‘Repeating’ et ses soulèvements surprenants. Vraiment de quoi s’attarder davantage sous ce climat polaire mais fondant. (alr)

Katie Melua ’Ketevan’ Dramatico

Très chère Katie, oui tu as un très joli minois, oui ta petite robe blanche te va à ravir (par contre, le fond d’écran dégueu de ta pochette, tu ne connais pas un graphiste digne de ce titre, par hasard ?), oui, ma petite Katie, je te kiffe tant que tu n’as pas la saugrenue idée d’enregistrer un disque. Parce que, comment dire sans tomber dans la vulgarité, chose que ta musique essaie de dissimuler derrière un trop-plein de bons sentiments et ça devient juste infâme de guimauve, ton nouvel album m’indiffère au plus point. Peutêtre est-ce ton quatrième ou ton soixante-quatrième, je m’en tape royalement, tant tes chan-

Hobocombo ’Moondog Mask’ Trovarobato

Figure aussi mythique que méconnue du grand public, Louis Thomas Hardin (alias Moondog, 1916-1999) bouscula les conventions, du classique au jazz en passant par la pop. Admiré de Leonard Bernstein, Philip Glass ou Julie Andrews, auteur d’un disque absolument essentiel et incontournable (son album éponyme sur CBS de 1969), le Viking de la Sixième Avenue n’a eu de cesse d’influencer nombre d’acteurs contemporains, et comme si les bonnes nouvelles ne suffisaient pas, le trio italien Hobocombo tire de la quintessence de son œuvre un disque absolument superbe. En onze étapes, dont l’extraordinaire chanson ‘East Timor’ – qui met une formidable branlée à tous les Polyphonic Spree et autres néo-hippies de la planète – Andrea Belfi, Rocco Marchi et Francesca Baccolini (ah, quelle voix divine !) – revisitent avec un égal bonheur toutes les facettes de la moondogsphère. Passages néo-renaissance (‘Theme and Variations’), échos balinais d’un Steve Reich reconverti en sunshine pop jazzy (‘Utsu’), transformisme minimaliste en souvenir de Johann Sebastian Bach (‘Canon #6 (Vivace)’) et on vous en passe comme ça treize à la douzaine, le second opus des musiciens transalpins est un ravissement pour l’oreille de tous les instants. En prime très accessible, ce qui ne l’empêche nullement de posséder une forte individualité, il constitue une porte d’entrée idéale sur le monde du musicien américain. (fv)

sons sont d’un passe-partout juste bon à accompagner les automobilistes trépignant derrière leur volant au carrefour Léonard vers 16h30. En prime, tu n’es jamais en retard d’une idée foireuse, genre Céline Dion sur fond de cabaret broadwaysien jazzy, même que Rufus Wainwright n’oserait pas. Et sinon, Mélanie De Biasio, tu ne connais pas ? Tu devrais. (fv)

satisfait (existe aussi en modèle Stromae). Ne soyons pas de mauvais compte toutefois, la voix distinctive du camarade Clemens dévoile un sacré potentiel, largement au-delà des limites de son jeune âge, et on se dit que passée la crise d’identité pubertaire, la paire de Kassel pourrait nous valoir de jolies surprises. (fv)

Menace Beach

‘Caramel’

‘Lowtalker EP’ Memphis Industries

Bien que moins prolifique que ses voisines Manchester, Liverpool voire même Sheffield, la scène musicale de Leeds a cependant vu éclore quelques groupes renommés, des Gang Of Four aux Kaiser Chiefs en passant par les Wedding Present ou plus récemment Alt-J. Menace Beach sera-t-il le prochain sur la liste ? On se gardera bien de tirer la moindre conclusion sur la seule foi de cet EP 5 titres. Quoique…En ouverture, la bouillie sonore de ‘Fortune Teller’prouve que le duo a bien potassé ses classiques 90’s. S’inspirant de la fraction la plus sonique de la noisy pop, le morceau propose une relecture scolaire de My Bloody Valentine raturée par une saturation vocale mal maîtrisée et vite irritante. Dans la foulée, ‘Honololu’embraie sur une resucée maladroite hésitant entre les Pixies ou les Smashing Pumpkins, voire les deux à la fois. Construits sur un schéma identique, les trois derniers titres ne se départissent pas davantage de cette impression de fourre-tout et parviennent encore moins à faire fonctionner le vieux ressort de la nostalgie. (gle)

Milky Chance ’Sadnecessary’ Lichtdicht Records/Pias

Gros carton dans son pays d’origine l’Allemagne, les débuts de Milky Chance déboulent en force au royaume de la Vedett et de StuBru – attendez-vous à un déluge radiophonique sur Pure et autres stations qui se croient encore indépendantes (hu, hu). Au menu des jeunots (ils ont la petite vingtaine) Clemens et Philipp, on trouve une pop qui glisse dans l’oreille toute seule comme une grande, sauf qu’elle n’a rien de bien originale et qu’elle s’inscrit dans une démarche mondialisée où l’on trouve les mêmes boutiques à Hambourg ou à Séoul. Ca bouffe un peu à tous les râteliers, ça pique une ou deux harmonies vocales aux Beach Boys, ça effleure de l’Arcade Fire en format lilliputien, et ça se pique d’ajouter un soupçon d’electro dub. Surtout ça ne ferait pas de mal à un troupeau de cucurbitacées en rut – déjà que les pauvres se sont infligés du Puggy à force de ne côtoyer que certains «critiques» habillés en noir-jaune-rouge, toujours prompts au cirage de pompes auto-

Connan Mockasin Because Music

Etrange et fascinante. Envoûtante et sensuelle. ‘Caramel’, la nouvelle expérience sonore du dandy néo-zélandais, colle effectivement davantage à la peau qu’elle ne colle aux dents. Et si la version officielle fait état d’un disque enregistré en un mois dans une chambre d’hôtel de Tokyo, il ne fait aucun doute que cet objet vintage non identifié a été conçu sur une peau de bête devant un feu ouvert. A l’image d’un Gainsbourg qui aurait troqué les Gitanes pour le LSD lorsqu’il composait des bandes originales de films érotiques dans les années septante. Une sorte de « Je te baise moi non plus » susurré à l’oreille. En parcourant ces onze tableaux de débauche sonore, on serait bien en peine de relever la moindre faute de goût. Groove langoureux, kama-sutra d’expérimentations, le psychédélisme aquatique de Mockasin se fait moite dans une véritable partouze de sons distordus, de sonorités complexes où s’ébattent au ralenti des guitares flottantes et des mélodies qui caressent une pilosité rétro. Sans véritables points d’accroches, lubrifié par le génie du troubadour androgyne, le disque alterne entre introductions à la Barry White, plages instrumentales, intermèdes suaves et petits cris ajoutant de la tension érotique aux ébats. Une révolution de palais entre caramel mou et caramel dur. Un Mockasin à gland à ne pas mettre entre toutes les oreilles. (gle)

Mogwai ‘Rave Tapes’ Rock Action/Pias

On ne s’y attendait pas vraiment mais les Ecossais tresseurs de climax en ont encore sous le kilt. Devenus une référence à la fin du siècle dernier sur base de quelques montées en puissance qui définissaient l’époque (c’était assez simple : un guitariste, un bassiste, des pédales et un batteur endormi programmé pour se réveiller en furie toutes les dix minutes), ils furent copiés – rarement égalés – par des centaines de groupes que plus personne n’écoute aujourd’hui sauf ceux – les malheureux – qui ont perdu leur virginité sur ces échappées belles. Sinon tout

le monde, après deux ou trois disques, a lâché l’affaire. ‘Rave Tapes’, huitième album du groupe si l’on ne tient pas compte de quelques bandes originales pour le coup pas très novatrices (‘Zidane, un portrait du XXIe siècle’, ‘Les Revenants’), est donc plutôt une belle surprise : on s’y endort moins qu’avant. Il y a même ‘Remurdered’, un titre fantastique de 6’25, roboratif à souhait, dont le passage à 3 minutes, plein d’électronique rétrograde, peut rendre fous certains trentenaires déjà frappés d’alopécie. Pour des vieux, c’est vraiment pas mal. (lg)

Moonscape Echoes ‘Electric Aftermath’ Fons Records/Rough Trade

Heavy, heavy, mais elle n’était pas toujours easy, la vie de Millionaire quand à défaut d’être Tim Van Hamel, on n’était que Ben Wyers, that guy on the side. On voulait aussi devenir un (Josh) Homme, envoyer gicler avec force ses propres riffs dans la Radio Infinity. Puis à force, on s’est rangé de l’huile capillaire et des boissons énergisantes : on trouvait qu’au fond, on recelait plus d’envoûtants fragments que quelques décharges arrachées à l’ombre des mentors. Qu’il y avait en nous, si pas le poète maudit, du moins le psych-ténébreux, qu’on pouvait nous aussi faire tournoyer la bise de l’’Interlude’ dans les saules et entamer la valse au sourire sépulcral de ceux qui, ‘Far >From Everything Real’, se muent en Ichabod Crane de leur contrée, en automates de manège au cœur plus gros que leurs circuits, aux fantasmes d’héroïnes drapées d’étoffes diaphanes bruissant dans l’onde. Ne resterait plus qu’à savoir si au-delà de quatre titres à l’étrangeté palpable, on serait à même de maintenir le cap sombre, le frémissement à l’ancienne. ‘Wait for me’ ? (alr)

Marc Moulin ‘Songs & Moods’ Parlophone/Warner

Un peu plus de cinq ans après son décès prématuré en 2008, Marc Moulin habite toujours le paysage musical belge. Compositeur inventif, claviériste adroit, grande voix de la radio, chroniqueur taquin, il demeure une figure culturelle belge contemporaine importante. Après la réédition sous le manteau de plusieurs vinyles de Placebo, son premier groupe de jazz fusion du début des années septante, après les hommages rendus à Telex pour son rôle déterminant dans l’histoire de la pop électronique du pays, après les remémorations radiophoniques de ses émissions, voici le temps, presque inévitable et prévisible, du réassortiment. ‘Songs & Moods’rassemble sur deux cd une série de morceaux phares qui ponctuèrent son parcours. Si le premier cd fait la part belle à la trilogie Blue Note des années 2000 (‘Top Secret’, ‘Entertainment’, ‘I Am You’), le second remet en selle quelques raretés de l’époque Placebo et de son premier album sous son nom civil, ‘Sam Suffy’, paru en 1975. Sur les trente entrées de cette compilation, seules quatre constituent véritablement des inédits. Outre une version a capella de ‘Promised Land’, ce sont des morceaux que Moulin préparait avant que le cancer ne finisse par le vaincre. Legs ultime, ce disque n’ajoute fondamentalement rien au triple ‘Best Of’sorti en 2009 mais enchantera les complétistes. (et)

Mutual Benefit ‘Love’s Crushing Diamond’ Other Music Recordings/Fat Possum

Il nous faudra cette fois emprunter l’un des ‘Seven Swans’ de Sufjan Stevens, et entre ses plumes de nacre, bâtir une nacelle du souvenir pour deux. Chalouper ensuite sur la ‘Strong River’, environnés par les clochettes, avant qu’à mi-voix Jordan Lee se mette à chantonner, laissant ruisseler le flux des violons et la quiétude, « it rolls along with such simplicity ». « We we-


07.02

Fatima Al Qadiri + Lucky Dragons + Soumaya aka Phéline

fr

14.02

Future Islands + Young Colour

sa

15.02

Crystal Antlers + Mountain Bike

we

19.02

Nixie’s: Ratzinger

tu

25.02

Tera Melos

we

26.02

Liesa van Der Aa + Hydrogen Sea

th

06.03

Planningtorock + Brain Rain + rRoxymore

fr

07.03

WhoMadeWho + Midnight Swim

th

13.03

AMple Play Night feat Bed Rugs + Sudden Death Of Stars

sa

15.03

Grails + Lilacs & Champagne

we

19.03

Horses On Fire

we

26.03

Felix Kubin + Miaux

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28.03

Glü

fr

02.04

Old Man Gloom + Circle + Oathbreaker

fr sa

04-05.04 Jazzeux

Rue A. Ortsstraat 20-28, Bruxelles 1000 Brussel

beursschouwburg .be concerts

fr


24

Earteam

ren’t made to be afraid »: tout comme cette fille qui chuchote, nous étions destinés à prendre l’envol des goélands, à nous soulager du poids des mots dans des torrents sans fond. Tu te souviens, ‘That Light That’s Blinding’ filtrait à travers les stores de cette chambre vide de motel, quelque part sur le Loch Lomond. Elle épousait les parois de nos silences, de nos égards, de nos égarements. Dans un coin, quelqu’un avait laissé un banjo, pour quiconque voudrait colorer l’atmosphère, et je ne pouvais m’empêcher de penser : « It makes me wish for eloquence / When it’s love that’s all I’ve got »... Tu étais un nageur vraiment expérimenté et tu m’avais appris à ne plus craindre les vagues énormes, à les paralyser en chuchotant, à ne pas les laisser emporter nos noms. Il est désormais temps de se débarrasser de l’allégresse et du chagrin…keep calm and carry on. (alr)

My Little Cheap Dictaphone ‘The Smoke Behind The Sound’ Pias

Si l’on devait encore comparer My Little Cheap Dictaphone à Arcade Fire – ce que l’on fit il y a quatre ans, quand la bande à Red Boy se lança dans l’entreprise pharaonique (et réussie) d’un opéra pop dont certains titres mixaient jusqu’à 220 pistes différentes –, on dirait qu’il se situe aujourd’hui quelque part entre ‘Neon Bible’ et ‘The Suburbs’, soit la queue du jeune chien fou rentrée entre les pattes d’un lyrisme désormais contenu. Exit donc les envolées surdimensionnées avec Jonathan Donahue (Mercury Rev) et, surprise de taille, passé deux premiers titres qui en rappelaient vaguement les fragrances, coucou la belle pop, ciselée et élégante, coulée aux claviers mélancoliques et/ou dansants, parfaitement dans l’air du temps. Pour arriver à un tel résultat (on ne jettera finalement que le dernier morceau), les Liégeois se sont acoquinés avec le producteur Luuk Cox (Buscemi, Shameboy, Girls In Hawaii). Concrètement, on doit quand même avouer qu’ils ont trouvé là leur espèce de Danger Mouse à eux, le type qui parvient à nous faire songer à Metronomy (l’ultra sautillant – mon fils de 750 jours adore – ‘Bitter Taste Of Live’) ou, mieux encore, carrément à Broken Bells (‘Summer In The Dark’, ‘Feather Smile’ et leurs petits airs de ‘The High Road’). ‘The Smoke Behind The Sound’ est comme ces vieux whiskies d’Islay : le lendemain matin, vous avez toujours le goût de la fumée au fond du palais. Et c’est vachement bon. (lg)

My Tv Is Dead ‘Gravity’ depot 214/cod&s

Certains biographes vendraient facilement un chat dans un sac. Et quand le chat est la nouvelle sensation belge (de 2010), c’est carrément à faire passer Stromae pour une gaufre au sucre aspartamée. Florilège sur douze lignes de bio : « guitares futées, voix lumineuse, secousse électroniques, facettes multiples, audacieuse désinvolture, mixage racé, modernité incontestable, hymne new wave, pépite pop, envolée psychédélique, disque protéiforme, dernière séquence d’un film rêvé, pulsions ultra kinétiques… ». A ce stade, le lecteur n’en peut plus, il bave, tremble et finit par s’évanouir. Gueule de bois : ‘Gravity’ est certes un très bon album mais il reste un disque de sous-genre. En l’occurrence, toutes les influences s’entendent à des kilomètres ; c’est un peu dommage mais, au final, pas bien grave : dEUS, David Bartholomé (la figure de Sharko est à chaque carrefour), Girls In Hawaii, Radiohead et même Brett Anderson (‘Lovers’, ballade suédoise en diable). ‘Gravity’ confirme une dernière chose : Amaury Massion est bien meilleur quand il chante en Anglais que quand

The Necks ‘Open’ ReR/Dense

Il est des disques – rares, précieux – où la notion de temps prend et perd à la fois de son sens. Cette prise de conscience et cette perte du temps ne sont pas antagonistes mais se répondent entre elles. Au temps suspendu, distendu à l’extrême, répond le temps condensé, le temps qui déjà n’est plus. Ce n’est pas tant le temps en tant qu’unité de mesure de la durée musicale qui me vient à l’esprit mais celui, plus général, qui est produit par l’observation et la perception. Dès l’écoute des premières notes de ce disque, on perçoit assez rapidement le jeu de ce temps. Un coup d’œil à l’écran marquoir du lecteur confirme cette impression : ici, pas de morceaux segmentés mais une seule et même plage. Celle-ci va s’étirer sur près de septante minutes. Elle ne rencontrera pour seule limite que celle afférente de la durée maximale au support cd. ‘Open’ porte bien son titre. Ce n’est pas seulement le temps, mais aussi l’espace qui s’ouvre ici pour laisser à chaque note la liberté de son étendue. Les jeux fluides des claviers de Chris Abrahams se lovent dans les rythmes épars de Tony Buck que vient consolider la basse flottante de Lloyd Swanton. Cet indéterminisme n’est qu’apparent. Le jeu de The Necks ne cesse jamais de se départir d’un état de conscience alerte et volontairement rétif à toute entreprise de séduction. Ce trio australien, qui existe depuis la fin des années quatrevingts, connu pour la qualité de ses prestations scéniques singulières, sort ici son dix-septième album. Ce n’est pas le nombre qui importe mais la survie même de ce combo à une époque où prévaut dorénavant le temps virtuel, le temps conditionnel. Respect. (et)

il se met à imiter Julien Clerc avec Lylac. Tout à fait correct. (lg)

Sumie Nagano ’Sumie’ Bella Union

Oh la belle découverte que voilà, preuve supplémentaire qu’en 2014, la maison Bella Union se porte à merveille. Après la très réussie union entre Stephanie Dosen et le boss Simon Raymonde sous le patronyme de Snowbird, que vous lirez ailleurs en ces pages, c’est au tour d’une totale inconnue de gâter nos pavillons – gageons qu’elle ne gardera pas ce statut douteux plus longtemps. Répondant au doux nom de Sumie Nagano, qui indique des origines japonaises en dépit de sa nationalité suédoise, la jeune femme montre qu’à l’instar d’une Laura Veirs ou d’une Sybille Baier, une simple guitare acoustique et un joli brin de voix féminin suffisent à engendrer des miracles poétiques. Tout en déclinant autour de sa formidable économie de moyens des airs downtempo à faire fondre définitivement la banquise, la (déjà) maman de deux enfants – et oui – tisse des entrelacs intemporels de subtilité. Toujours en recherche d’une sobriété où l’absence de tout spectacle gratuit donne des gages incroyablement vivants d’humanité, l’artiste scandinave ravive notre espoir en l’humanité, tout en intégrant à ses dix perles une fausse naïveté sincère et bluffante. Digne de Juana Molina ? Oh oui, monsieur. (fv)

Orelsan & Gringe

‘Northcote’ Xtra Mile Recordings/Ber tus

Raz Ohara

Slovenly Records

La salopette fraîchement repassée, on s’affaire au fond du hangar pour lubrifier nos tympans et dérouiller les premiers boulons de la saison. Dans l’atelier de confection du rock garage, deux formations allument le moteur à réacteur de leurs albums respectifs. D’abord, on sautille comme des civettes sauvages à l’écoute du ‘Bad Patterns’des Nightmare Boyzzz, quatre surexcités originaires d’un bled paumé quelque part en Alabama. Là-bas, ils picorent des amphétamines et rêvent d’une course de surf au paradis des rockeurs. Sur la planche, Joey Ramone défie Jay Reatard à travers les eaux agitées d’un océan punk et vaguement glam. Les yeux explosés, les nerfs en lambeaux, on tombe

Ato/Pias

Northcote

‘Todo Roto’

Wau Y Los Arrrghs!!!

‘The Silver Gymnasium’

ensuite sur cinq Espagnols déjantés réunis sous la tôle froissée d’un bolide au nom imprononçable : Wau Y Los Arrrghs!!! Depuis Valence, ces sniffeurs de colle Pritt défoncent leurs guitares sur des reprises convaincantes, mais totalement déstabilisantes car chantées dans la langue speedée de Fernando Alonso. Le ‘Time Will Tell’des Kinks se mue notamment en ‘Todo Lo Voy A Romper’pendant que Jacques Dutronc se fait ravaler le portait sur une relecture totalement méconnaissable d’un de ses morceaux (‘Casa, Trabajo, Coche Y Mujer’). Les temps sont flous, ces gens sont fous. (na)

Slovenly Records

‘Bad Patterns’

Okkervil River Emmené par le chanteur Will Sheff, Okkervil River est un combo qui revendique son américanéité et qui la brandit avec fierté comme un étendard. C’est dans le village de Meriden au New Hampshire que Sheff passa son enfance. Les souvenirs qu’il en garde sont manifestement chargés en affects et en émotions. C’est ce temps de la pré-adolescence, celui où il fut conquis par la musique que Sheff a voulu révérer sur ce disque. Une époque où il confesse avoir écouté John Mellencamp et Tom Petty à gogo. Pour mettre en sons et en place ses remembrances, il a fait appel à John Agnello, l’ingénieur son célèbre pour son travail avec Dinosaur Jr., Sonic Youth, Son Volt et plus récemment Kurt Vile. C’est qu’à ses débuts, Agnello travailla aussi avec Mellencamp, John Waite et même avec Springsteen sur ‘Born In The USA’, les sources d’inspiration qui guidèrent les premiers pas de Sheff. Le son s’avère poli et sonne trop authentique que pour l’être réellement. Quant aux textes des chansons présentes sur ‘The Silver Gymnasium’, ils sont autant de brefs épisodes d’une histoire fatalement personnelle qui prend parfois des allures narcissiques. Au final, c’est dans la diversité des instruments utilisés, notamment l’inaltérable Wurlitzer, qu’il faut chercher la vraie richesse de ce disque décidément trop américain. (et)

Punk à chiens de traîneau repenti, le Canadien Matt Goud évolue aujourd’hui dans le créneau d’un country/folk d’obédience rock encombré par bien des tâcherons. Son premier essai sous l’étiquette Northcote ne devrait guère contribuer à l’extraire de la masse car il souffre d’un mal assez incurable : il ne contient aucune bonne chanson. Ou presque. Chargées de gimmicks usés jusqu’à la six-cordes, ses compositions mal assurées voire paresseuses ne contiennent pas davantage de mélodies susceptibles de faire chavirer l’auditeur. Sans parler de cette voix gentiment rugueuse mais sans relief qui accentue encore la sensation d’ennui provoquée par l’écoute de ce disque ventripotent. Certes, les guitares s’offrent ici où là quelques envolées. Certes, ‘Hope The Good Things Never Die’ est une ode à l’optimisme qui pourrait avoir sa place sur n’importe quelle face B d’un ancien 45 tours de Springsteen. Mais la médiocrité reprend rapidement ses droits et c’est avec autant d’impatience que de soulagement qu’on accueille la dernière note. (gle)

Nightmare Boyzzz

lages d’art school, la musique du Danois de Berlin ne prend jamais son envol, tout en restant à l’ouest d’un monde entre rêverie épisodique et ferveur urbaine. Si quelqu’un a la clé du mystère, qu’il contacte bien vite la rédaction, qui transmettra à qui de droit. (fv)

’Moksha’ Album Label

Récente subdivision du label Shitkatapult, Album Label accueille pour son inauguration le revenant Raz Ohara, dont les dernières traces remontaient à… 2001 sur une autre officine berlinoise Kitty-Yo (Tarwater, Rechenzentrum, Peaches ou un tout jeune Gonzales, le back catalogue a de a gueule). Hélas, malgré les longues années passées à mûrir ses nouvelles ambitions, Patrick Rasmussen (pour la famille) se perd dans des circonvolutions lentes et arty sans but, si ce n’est de faire plaisir à son égo. Pourtant riche en ingrédients divers et variés, ils vont d’une dub en catimini à des percussions africaines rachitiques en passant par des col-

‘Casseurs Flowteurs’ Wagram/Pias

Projet enfanté dans une chambre d’adolescent, Casseurs Flowteurs scellent la réunion de Gringe et Orelsan, deux vieux camarades qui profitent de l’hiver pour rattraper le temps perdu et reprendre leur projet depuis le début. Formé depuis treize ans, le duo s’est longtemps effacé pour laisser émerger la personnalité d’Orelsan. Planqués sous un nom de scène piqué à Harry et Marvin, les véritables Casseurs Flotteurs du film ‘Maman, j’ai raté l’avion’, les deux compères mettent en son la journée pathétique et délirante d’une paire de losers magnifiques. L’album d’Orelsan et Gringe décalque la banalité d’un quotidien allumé sur un hip-hop bien dévergondé. Les Casseurs Flowteurs racontent la vie « en mode glandeur » : un après-midi ensoleillé passé affalé dans le canapé (‘Regarde comme il fait beau (dehors)’), des pétards fumés dans des endroits bizarres (‘Deux connards dans un abribus’), des visions éclairées (‘La mort du disque’), de la philosophie (‘Manger, c’est tricher’) et un paquet de potins débités entre potos légèrement écorchés du ciboulot (‘Les putes et moi’, ‘Johnny Galoche’). C’est parfois drôle, souvent fatigant, mais jamais bien méchant. Divertissant à défaut d’être intéressant. (na)

Painted Palms ‘Forever’ Poly vinyl Records

En mouvement sur des sentiers balisés par Animal Collective et Panda Bear, Painted Palms croise pulsions synthétiques et convulsions organiques sur une malheureuse réplique de ‘Merriweather Post Pavilion’. Malgré son intérêt limité, ce premier album (‘Forever’) abrite quelques jolies resucées (‘Too High’, ‘Hypnotic’, ‘Hope That You See It Now’) : des tubes en forme de lampes économiques qui devraient suffire à éclairer les soirées des assoiffés de pop moderne. (na)


MADENSUYU

Ann Peebles ‘I Can’t Stand The Rain’ Hi Records/Fat Possum

À St Louis, en pleine chicane du Missouri et du Mississipi, tu n’étais sans doute qu’une fourmi, une virgule noire parmi tes frères et sœurs, dans la chorale de ton pasteur de père. Je ne sais pas si toute cette eau mythique t’a donné du charisme, bénie d’un supplément de pugnacité. J’ignore aussi si ce soir de 1968, à Memphis, tu as pris la peine de battre des cils ou s’il est apparu évident à tous, à commencer par Gene Miller, que ta place était là, à frotter ta voix au poivré des cuivres, à irradier si fort qu’il n’y avait d’autre alternative que de faire de toi le saphir de Hi Records. Dorénavant, tu serais leur courrier du cœur en fractions, leur hiératique baromètre soul. Celle qui, dès 1974, ne supportant plus la pluie qui dégouline le long de vitres privées d’enlacements, impressionnerait John Lennon. Tu ferais tiennes les syllabes et les mains de Don Bryant, le songwriter maison, il te bâtirait des morceaux comblés d’ardeurs acrobates où déployer ta soyeuse personnalité, ton phrasé défiant, tes coups d’esquive assénés avec le plus bel aplomb : « Tell me do, do I need you? /Do I need the pain you might bring? ». ‘You Got To Feed The Fire’ : gardienne d’un temple et d’une époque, tu brandirais longtemps encore les tisons et nous, les rééditions. (alr)

Psycho 44 ‘Suburban Guide To Springtime’ Pias

C’est du belge et ça balance vraiment bien! Enregistré sous la houlette de Rudy Coclet qui a présidé à l’égide de pas mal de bonnes sorties dans le domaine du rock rugueux, ‘Suburban Guide To Springtime’ nous invite à goûter aux plaisirs d’un rock couillu bien torché et ultra accrocheur. Associant des influences hard, punk et hardcore avec parfois aussi une touche stoner, Psycho 44 brille par l’évidence mélodique de ses compos ainsi que par sa maîtrise technique. En outre, Gaëtan Corluy, le chanteur, passe avec beaucoup d’aisance d’un registre dur à des passages plus mélodieux. Varié, ultra énergique et affichant une originalité qui lui permet d’échapper au petit jeu consistant à relever les références évidentes, cet album tient la route du début à la fin et nous vaut plusieurs moments jouissifs avec les entêtants ‘All my demons have distortion’, ‘Surfer shell’, ‘Tender model blues’ ou encore le titre éponyme qui démarre comme une ballade avant de s’énerver et de rappeler les meilleurs moments de la scène indie U.S. 90s. Du tout bon ! (pf)

The Rifles ‘None The Wiser’ Cooking Vinyl/V2

Actif depuis une décennie déjà, The Rifles a réussi à s’ériger au rang de formation culte grâce à une pop sautillante et énergique rappelant celle de ce grand groupe qu’était The Jam. Après avoir opté pour un son plus orné qui ne sonnait pas forcément juste, le groupe a décidé de revenir à ses racines sur ce nouvel album débordant de refrains accrocheurs et de mélodies scintillantes. Dès le début des hostilités, on se voit gratifier avec ‘Minute mile’, ‘Heebie jeebies’, ‘Go lucky’ d’un triptyque à l’évidence pop fulgurante qui donne envie d’être heureux. Viennent ensuite les plus acoustiques ‘All I need’ et ‘You win some’ qui mettent en avant un visage différent, moins fanfaron mais tout aussi prenant. De manière générale, le temps qui passe semble donner l’envie à The Rifles d’explorer des thèmes plus

introspectifs et mélancoliques, ce qu’il fait avec brio (‘Electric ‘Eccentric’). La fraîcheur juvénile que l’on associe au groupe finit toutefois par prendre le dessus, ce qui nous vaut un ‘Catch her in the rye’ s’en prenant aux hipsters pédants et superficiels, tandis que l’album se termine avec le galvanisant ‘Under and over’, titre épique de huit minutes aux harmonies vocales superbes. Amateurs de ‘feel good music’, ceci est pour vous ! (pf)

Run The Jewels ‘Run The Jewels’ Fool’s Gold/Big Dada

Grosses basses direct dans les tibias, El P et Killer Mike vous veulent à genoux d’entrée de jeu : une vibration montre les dents et fricote avec claviers vintage et cuivres aphones sous avalanche de flows assassins. On ne sait pas ce qui se passe derrière ces vitres teintées et on n’est pas certain de vouloir le savoir tant les ombres inquiètent. Gangsta, abstract, tous les genres US passent à la moulinette dorée du duo rassemblé sous ce nouveau projet et le résultat est pour le moins explosif, bref et sec comme une balayette, définitif comme une rupture des vertèbres. Les morceaux et les styles s’enchaînent, parfaitement emboîtés, pressés d’en finir, pas de repos pour les braves. Le pouls ne ralentit pas, l’humanité s’effondre, parfum continu d’apocalypse sous scratches imprécatoires. Aucune poche d’air, aucun répit, le plongeon est sans escale. Grisant abandon à ces scansions brutales : ‘Run The Jewels’, aussi complaisant qu’intraitable, met tout le monde à l’index, eastcoast et westcoast, rebelles et fashion-victims, noirs et blancs. Une invitation qui se refuse d’autant moins qu’elle est gratuite, par ici : foolsgoldrecs.com/runthejewels/ (ab)

Shearwater ‘Fellow Travelers’ Sub Pop Records/Konkurrent

Eclats puis tâtonnements. Comment résumer autrement le parcours de Shearwater ? Probablement conscients d’être arrivés au bout d’un cycle avec le décevant ‘Animal Joy’ paru en 2012, les pensionnaires du label Sub Pop se confrontent aujourd’hui à l’exercice de la reprise. Conçu à l’origine comme un simple EP de transition, ce ‘Fellow Travelers’ s’est progressivement étoffé pour devenir un véritable long format composé exclusivement de titres empruntés à des formations ayant accompagné Jonathan Meiburg et ses acolytes en tournée ces dix dernières années. En poussant parfois le vice jusqu’à convier certains de ces fellow travellers sur des titres différents de ceux dont ils sont les auteurs. Partagé entre réinventions, hommages et collaborations, l’album ressemble davantage à une collection de titres bonus qu’à un projet réellement cohérent. Car même en injectant son ADN musical dans chacune des compositions revisitées, le spectre musical (entre Clinic et St-Vincent en passant par Folk Implosion et Coldplay) s’avère trop large pour les épaules et le talent d’interprétation des Texans. Hormis peut-être la version détonante de ‘I Luv the Valley OH!!’ de Xiu Xiu et le très réussi ‘A Wake for the Minotaur’ (sur lequel la voix cristalline de Meiburg épouse à merveille celle de Sharon Van Etten), aucun titre ne devrait laisser de trace vraiment durable dans la discographie de Shearwater. (gle)

assez inhabituel entre métal, hip hop, ragga et électro. Sur scène, le groupe fait un véritable tabac avec son cocktail parvenant invariablement à galvaniser les foules. Sur album, par contre, Skindred me convainc nettement moins, car en dépit d’un sens du groove indéniable et de la générosité d’un collectif engagé et aimant ce qu’il fait, l’ensemble apparaît fort hybride, les différentes influences semblant être plaquées les unes sur les autres dans un fourre-tout confus et plutôt indigeste. (pf)

Snowbird ’Moon’ Bella Union

01.02 08.02 22.03 11.04 24.05

De Haajf - Bilzen 25 jaar Charlatan @ Vooruit - Gand Magasin 4 - Bruxelles Camping Hertogenwald - Eupen Rockerill - Charleroi

RAKETKANON

DOUGLAS DARE

04.02 STUK - Louvain 19.04 More Music @ Concertgebouw - Bruges

SCARLETT O’HANNA

07.02 Vrijstaat O - Oostende

The Sore Losers

02.03 Vooruit - Gand

‘Roslyn’ Excelsior/V2

Face à ces minets de cuir vainqueurs de l’Humo’s Rock Rally en 2010, on aurait plutôt tendance à froncer du nez. Ce serait oublier que nos frères flamands ont du flair lorsqu’il s’agit de défendre et promouvoir leurs artistes. Le logo d’Excelsior, label hollandais derrière Alamo Race Track et Jacco Gardner rassure également. Après deux morceaux à peine, le doute n’est plus permis : The Sore Losers ont ça dans le sang. C’est carré, brut, efficace, ça ne tourne pas autour du pot, sans jamais se départir d’une authenticité garage (cette batterie, bordel!) et ce malgré une production nickel chrome. Il faut se convaincre qu’une telle déclaration d’amour aux rythmes bluesy et aux guitares saturées façon White Stripes nous vienne de nos propres frontières. L’on cherche même la supercherie devant cet étalage bluffant de chansons parfaites, ces riffs obsédants, cette capacité à saisir à vif l’essence même du genre. Débusquer la posture, flairer l’arnaque. Mais non, en l’état, ‘Roslyn’ est une tuerie, un putain d’album rock, un vrai, sur lequel on se surprend vite à secouer la tête, fredonner ou jouer de l’air guitar comme un con. Reste à voir si ces mauvais perdants auront la gagne modeste. (ab)

‘Kill The Power’ DoubleCross Records/ Cooking Vinyl/V2

‘The Temperance Movement’

Né des cendres de Dub War en 1998, Skindred en est à son cinquième album. Sur ‘Kill the power’,la formule qui est de mise est celle qui a fait la renommée du groupe, à savoir un mix

De Casino - Sint-Niklaas STUK - Louvain (+ RAPE BLOSSOMS) De Kreun - Kortrijk MOD - Hasselt Nijdrop - Opwijk Belvédère - Namur More Music @ Concertgebouw - Bruges

On ne voudrait pas faire nos langues de teupu, mais ça ne nous étonnerait qu’à moitié que Simon Raymonde se soit amouraché de la croquignolette Stephanie Dosen – en dépit des deux albums solo de la demoiselle, aussi sympathiques que dispensables. Aujourd’hui en duo avec le boss de Bella Union, dont on ne vous fera pas l’injure de rappeler le rôle au sein des Cocteau Twins, la demoiselle de Minneapolis pose son doux filet de voix – très – éthérée sur les arrangements de son partenaire, aux enluminures aussi jolies que délicates. Renforcé par à-coups signés Ed O’Brien / Phil Selway (Radiohead), Eric Pulido / McKenzie Smith (Midlake), ou encore Jonathan Wilson, bref que du très beau monde qui n’est pas venu que pour cachetonner, le frêle esquif Snowbird surmonte la vague en toute élégance, on parie même que la ligne franchie, les tenues sont à peine chiffonnées et les coiffures pratiquement intactes. Pourtant, derrière cette apparente innocuité, voire cette inutilité de trompe-le-monde, se cachent des amours troublées à la Samara Lubelski, exposées à l’occasion sur des canevas où Sébastien Schuller prendrait les commandes de Camera Obscura. Et au fil des écoutes, ça se transforme en un monde enchanteur diablement accrocheur. (fv)

The Temperance Movement

Skindred

31.01 06.02 07.02 08.02 14.02 12.04 19.04

Earache Records

Tirant son nom d’un mouvement ayant milité en faveur de la prohibition dans l’Amérique du début du siècle passé, ce quintet n’en est pas pour

CHANTAL ACDA

07.02 Cactus @ MaZ - Bruges 15.02 Kunstencentrum - Hasselt 12.04 Mercelis Theater - Bruxelles

TRAAMS

07.02 De Kreun - Kortrijk 08.02 MOD - Hasselt

SOLDIER’S HEART

14.02 JOC Ieper - Ieper 21.02 We Are Open @ Trix - Anvers

THE GO FIND

21.02 02.03 14.03 01.04

We Are Open @ Trix - Anvers Vooruit - Gand Cactus @ MaZ - Bruges Het Depot - Louvain

CHILDREN OF THE PALACE

21.02 We Are Open @ Trix - Anvers

LUBOMYR MELNYK

22.02 CCHA - Hasselt

DAAU

22.02 We Are Open @ Trix - Anvers

LOVE LIKE BIRDS

22.02 Eden - Charleroi

ISLANDS

DEERHOOF + VIN BLANC/WHITE WINE

08.03 Vk* - Bruxelles 09.03 De Kreun - Kortrijk

HJALTALIN

09.03 Botanique - Bruxelles

PILLARS & TONGUES

10.03 Café Video - Gand

STADT

15.03 Cactus Club - Bruges

FATHER MURPHY

15.03 Vooruit - Gand

THE NOTWIST + JEL

19.03 Botanique - Bruxelles

A WINGED VICTORY FOR THE SULLEN

28.03 Botanique - Bruxelles 29.03 De Warande - Turnhout 01.04 CC Hasselt - Hasselt

ELYSIAN FIELDS

31.03 Botanique - Bruxelles

KURT VILE solo PALL JENKINS (Black Heart Procession)

11.04 Vooruit - Gand

MARISSA NADLER

17.04 Vooruit - Gand 26.04 Botanique - Bruxelles

SHEARWATER

29.04 Botanique - Bruxelles 04.05 DOKBox - Gand more concer ts : www.toutpartout.be Independent since 1994 Toutpartout agency Labelman Nieuwpoort 18 9000 Gand - Belgium Phone: +32 (0)9 233 06 02 infoNL@toutpartout.be www.toutpartout.be


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Earteam

autant une bande de rabat-joie prônant l’ascèse et la modération. Sa musique est d’ailleurs plutôt enlevée, évoluant dans un registre old school comme on l’aime, se situant quelque part entre rock sudiste et hard 70s. C’est sûr que ‘The Temperance Movement’n’est pas l’album qui va révolutionner le rock en 2014, mais en même temps, on aurait tort de bouder son plaisir et de ne pas balancer de la tête ou de battre la mesure à l’écoute de cette collection de douze titres tous aussi réussis les uns que les autres. Du groovy et bien boogy ‘Ain’t telling’à l’enjoué ‘Take it back’en passant par le laidback sudiste de ‘Know for sure’,ce disque ’affiche pas la moindre baisse de régime, parvenant même à séduire avec plusieurs ballades, registre ayant parfois tendance à faire retomber le soufflé. solide, donc. (pf)

Toy ‘Join The Dots’ Heavenly Recordings/Pias

Mine de rien, ces dernières années, on est souvent revenus vers des disques mineurs, guère originaux, mais foutrement persuasifs. Des skeuds pouvant allier une évidence pop à une rigueur métronomique teutonne, genre Complicated Universal Cum, Cold Pumas, Electricity In Our Homes (foncez réécouter l’énorme et bancal ‘Appletree’), Tame Impala. Le deuxième effort du quintet londonien viendra renforcer cette liste. Les qualités de ce disque sont celles évoquées plus haut : conjuguer les rythmes motorik à une pop psychédélique pour tous. Dit autrement, nous donner l’envie de se greffer aux chœurs, de sourire béatement, de taper du pied tout en sentant l’état d’hypnose s’imposer. Les effets krautrock de titres comme ‘Conductor’ (les 7 minutes d’entrée en matière), ‘Join The Dots’ ou ‘Fall Out Love’ (les dix minutes de conclusion) sont dévastateurs mais parfaitement contrebalancés par les éclaircies lysergiques de ‘You Won’t Be The Same’ ou ‘To A Death Unknown’. Un joli joujou pour enfants pas sages (et un des derniers grands disques de 2013). (lg)

Various ‘Haïti Direct’ Strut

Attention, c’est un fameux dossier : une trentaine de titres enregistrés par des groupes haïtiens aux noms à coucher dehors (on n’invente rien : Rodrigue Milien et son groupe Combite Créole, Les Difficiles de Piéton-Ville, Ra Ra de Léogane, Super Jazz des Jeunes, Les Pachas du Canapé Vert et, summum, Groupe Les Chleu-Chleu, tout de même, respect !) entre 1960 et 1978. L’affaire sous-titrée ‘Big Band, Mini Jazz & Twoubadou Sounds’ donne à entendre une bamboula géante où toutes les Caraïbes se seraient réunies. Ça swingue, ça couine, ça groove. Il y a de la cumbia, de la salsa, de l’Afrique itou. Il y a des mâles en rut, des giclées d’orgue aujourd’hui vintage – les cinq minutes complètement frappadingues de ‘Pile Ou Face’ par Les Loups Noirs en 1972 ou comment faire passer le ‘Tiger’ de Brian Auger pour une limonade tiédasse –, des mots de Français qui s’échappent de l’idiome vernaculaire au moment où l’on s’y attend le moins. Il faut à ce titre écouter l’énorme ‘Calma Pèlerin’ de l’Ensemble Méridional des Cayes, quasiment dix minutes, et se pincer. Sainte-Merde, ce passage après 2’15 où le type se met à réciter le théorème d’Archimède sur fond d’espèce de boléro lascif, c’est absolument démentiel. Comme d’habitude, tout corps plongé dans un disque du label Strut n’en remonte pas. (lg)

Mick Turner ’Don’t Tell The Driver’ Drag Cit y

Guitariste des Dirty Three, peintre, collaborateur de Bonnie ‘Prince’ Billy ou de Cat Power, Mick Turner a un CV artistique aussi long que sa discographique perso est courte – cinq albums depuis 1997, l’actuel étant la réédition d’un CD-R überconfidentiel sorti en… 2005. Heureusement, si la quantité n’est pas le point fort du quinquagénaire australien, la haute qualité de ses productions demeure un point d’ancrage aussi pertinent que souhaitable. Inspirées d’une americana sans failles, ses marques de dissonance tracent un sillon qu’on imaginerait dessiné par Sam Prekop, un soir d’ivresse post-blues évacué dans les locaux de Thrill Jockey. Toutefois, si la volonté expérimentale de Mick Turner est indéniable, quitte à laisser de marbre un public habitué aux formats standardisés, ses nombreuses déclinaisons folkisantes l’amènent en des territoires certes défrichés par d’autres, de Will Oldham (of course) à Jim White en passant par… mais oui, Ravi Shankar, notamment sur les neuf minutes du monumental morceau-titre.

Qui plus est entouré de compagnons de hauts faits d’armes, notamment les vocalistes aussies Caroline Kennedy-McCraken et Oliver Mann, l’homme de Melbourne n’offre certes pas toujours les clés d’une compréhension immédiate, mais qui sommes-nous pour lui reprocher un surcroit de curiosité intellectuelle ? (fv)

Various ‘Pippermint Twist’ Munster Records

À une époque où le web dépiaute toute matière de ses mystères, chacun est libre de (presque) tout savoir sur tout. Comme d’autres disciplines, la musique n’échappe pas aux règles omniscientes imposées par la toile. Si l’époque est à la couverture quasi exhaustive de l’actualité, il n’en a pas toujours été ainsi. La compilation ‘Pippermint Twist’ vient ainsi éclairer un recoin obscur de l’histoire du rock. Entre 1958 et 1966, la planète tourne essentiellement autour des productions anglo-saxonnes. Anglais et Américains squattent les platines des cinq continents. Face à ces envahisseurs écrasants, impossible de faire le poids, surtout dans un pays

en crise. En Espagne, sous la dictature du général Franco, ce n’est pas toujours la franche rigolade. Mais qu’importe : la jeunesse espagnole entend bien se dégourdir les guibolles et s’agiter en sous-sol. Dans les caves, une flopée de groupes locaux agresse ses guitares électriques pour faire danser les filles. Rock’n’roll, twist, cha-cha-cha et rockabilly se font une place à l’ombre du soleil ibérique. Noyés dans le flot des sorties internationales, désavoués des médias nationaux, les groupes du terroir signent des 45 tours héroïques et quelques hits météoriques. Complètement oubliés par l’histoire, ces tubes d’un soir refont aujourd’hui surface. Assez incroyable, mais vrai : un arrêt obligatoire pour tous les amateurs de guitare. (na)

Various ‘We make colorful music…’ …Because we dance in the dark Greco-Roman/Pias

En 2006, trois protagonistes des nuits hédonistes ont donné vie à Greco-Roman, label sorteur répondant fort logiquement aux appels du dance-floor. Fers de lance de la structure, Dom Bastyra, Alexander Waldron et Joe Goddard (Hot Chip) publient aujourd’hui une première compilation. Découpé en deux volets (‘We make colorful music…’ ‘…Because we dance in the dark’), l’objet fait d’abord honneur aux productions des habitués de la maison gréco-romaine (le patron Joe Goddard, Totally Enormous Extinct Dinosaurs, Disclosure ou Valentina). Pop, presque conforme aux lois du format chanson, ce premier versant, langoureux et ravissant, prépare gentiment les oreilles à éprouver l’avalanche synthétique de ‘…Because we dance in the dark’. Sous la boule à facettes, les remixes de Four Tet, Roman Flügel, Lone et autres Soulwax déversent une pluie électronique acide et minimale. Il y a des tueries, quelques cocasseries, à boire et à manger. De quoi faire la fête jusqu’au bout de la nuit. (na)

The Weatherman ‘Weatherman’ T W/Sonic Rendez-vous

Pompon d’un nom de scène über-ridicule, Monsieur Météo débarque avec un troisième disque dont, paraît-il, le single ‘Fab’ est un hit sur toutes les radios portugaises. Deux clics plus tard, on s’aperçoit qu’il existe bien un clip officiel très, très original (une blonde se promène dans Paris, même pas nue) vu environ… 20 000 fois. Tu parles d’un hit. Sinon, il y aussi une version longue avec interview sur BalconyTV Porto. Là, au moins, on voit le génie de l’éphéméride : Alex Monteiro, parfait sosie des morveux Gallagher, lunettes noires, coupe Beatles et guitare acoustique customisée rose bonbon. Pour le reste, l’album aligne les clichés usuels du pop-rock à nébulosité variable, du synthé joué à un doigt à la ballade pour jeunes filles en pleurs. Ultra convenu. (lg)

Within Temptation ‘Hydra’ Record Par tner/BMG

‘ Hydra’ est une référence à un serpent de la mythologie grecque qui avait pour particularité de voir deux têtes repousser à la place de celle qui avait été coupée. Cette métaphore a été choisie par le groupe afin de célébrer la sortie de cet album - son sixième depuis 1997, qu’il estime être le plus puissant qu’il ait jamais sorti. Il faut reconnaître que le plus mythique des groupes de métal symphonique n’a pas lésiné en matière d’invités prestigieux: on retrouve des gens provenant d’horizons aussi variés que l’icône du métal épique Tarja Turunen, le rappeur XZIBIT ou encore David Pirner de Soul Asylum. Comme toujours, la musique du groupe est ultra épique et baroque, lorgnant constamment du côté du grandiose. Nul doute que les fans se pâmeront à l’écoute des ces riffs métal énormes et autres


viewmaster claviers wagnériens couplés aux envolées lyriques opératiques de la chanteuse Sharon. Les autres, dont je fais partie, seront par contre vite menacés par l’indigestion. S’offrir une pièce montée dégoulinante de chantilly est vivement déconseillé après la période des fêtes. (pf)

Neil Young ‘Live At The Cellar Door’ Reprise Records

Peut-on reprocher à Neil Young de capitaliser sur son flamboyant passé ? La réponse est clairement négative tant ses placards semblent receler davantage de trésors que de cadavres. L’exhumation de ce ‘Live At The Cellar Door’ en est à nouveau la démonstration. Décembre 1970, le Loner donne une série de six concerts solo dans un petit club de Washington DC en guise de répétition pour les deux dates qui se profilent au Carnegie Hall de New York. Les semailles du futur ‘Harvest’ attendront encore quelques années la moissonneuse-batteuse, et le canadien a encore dans les veines son passé récent (‘After The Gold Rush’ vient à peine de sortir). La set-list fait donc la part belle à ce qui deviendront de futurs classiques (‘Tell Me Why’, ‘Old Man’ ou encore ‘See The Sky About To Rain’) présentés ici dans leur plus simple appareil. Dans une ambiance particulièrement détendue, Neil Young alterne entre guitare acoustique et piano, un instrument qu’il confie ironiquement maîtriser depuis « presque un an » et sur lequel il livre notamment une version unique de ‘Cinammon Girl’. L’émotion est palpable, renforcée par l’interprétation souvent bancale des morceaux et par une voix à la fragilité presqu’encore adolescente. Capturé sur un magnéto à bande, le son est brut et les bruits d’ambiance de spectateurs ont été conservés. Instantané d’un moment charnière dans la carrière du Loner, ce ‘Live At The Cellar Door’ est donc bien plus qu’une archive supplémentaire dans sa discographie, c’est une véritable pièce de musée. (gle)

Mia Zabelka, Zahra Mani, Lydia Lunch ’Medusa’s Bed’ Monot ype

Malgré deux noms au-delà du mythe à l’affiche (Lydia Lunch et Mia Zabelka), rejointes sur la couche de Médusa par la plus obscure Zahra Mani aux effets électroniques, on reste sur notre faim à l’issue de cette première collaboration. Bien sûr, le spoken word identifiable entre tous de la vocaliste américaine fait souvent son petit effet, mais les apports conjoints de ses deux complices n’apportent malheureusement rien de tranchant au projet. Pourtant, depuis son exceptionnel ‘M’, disque majeur de l’année 2011, la violoniste autrichienne Mia Zabelka a montré qu’elle savait faire rimer ambiances expérimentales et mise en pratique captivante. Hélas, il faut croire que l’ajout de sa compatriote Zahra Mani a quelque peu ankylosé ses mouvements – qu’on aurait souhaités plus amples et moins abscons, même si parfois, des échos lointains du ‘Ghost Sonata’ de Tuxedomoon se rappellent à notre excellent souvenir. Un conseil pour la prochaine fois : convoquer le duo portugais @c, passé maître dans le tissage d’ambiances tordues d’un tout autre calibre. (fv)

Morrisey ‘25 Live’ Eagle Vision/Pias

25. 25 ans déjà que Morrissey s’est lancé dans une carrière solo dont les origines étaient, à y regarder après coup, assez éloignées des contingences dans lesquelles il évolue aujourd’hui. A l’origine, un homme chante son désir de partager des émotions indicibles et trouve miraculeusement des mots simples et magnifiés pour y parvenir. Rétrospectivement, ‘Viva Hate’ témoigne de cette période à la fois perturbée par le split des Smiths et sanctifiée par la nécessité vitale de continuer seul ce qui avait été entrepris collectivement. Des chansons en solitaires éclairées que l’on retrouvera quelques années plus tard sur ‘Vauxhall and I’. Au cours de la décennie 2000, Morrissey ralentira la cadence tandis que ses publications discographiques et ses apparitions live se feront plus rares. Son dernier album solo remonte à 2009 (‘Years Of Refusal’) tandis qu’un ‘best of’ sortira en 2011. Ce dvd reprend un concert, enregistré dans l’école secondaire principale d’Hollywood, entre deux périodes d’hospitalisation. Sur scène, Morrissey donne beaucoup mais, signe des temps qui ne trompe pas, aime à se mirer pour parfois se figer dans une certaine retenue. Quinquagénaire bien avancé, on aimerait penser qu’il est demeuré intact et, quelque part, il l’est tant il semble qu’il lui restera toujours quelque chose à clamer. Pour l’heure, ces deux heures de film serviront utilement d’aide mémoire à ceux qui avaient perdu sa trace. (et)

The Rolling Stones ‘Sweet Summer Sun – Hyde Park Live’ Eagle Vision/Pias

En juillet 1969, les Rolling Stones envahissaient le temps d’un concert le parc le plus célèbre de Londres devant près de 500.000 personnes en émoi. Le film ‘The Stones in the Park’ témoigne de cet événement qui fit date, prenant place à un moment charnière de l’histoire du groupe, deux jours à peine après la mort inopinée de Brian Jones. Près de quarante-quatre ans presque jour pour jour, dans un tout autre contexte factuel, les Stones réitèrent l’expérience au même endroit. « Nous avons tardé à revenir, mais le jour en vaut la peine » lance Keith Richards à une audience sensiblement moins fournie de 65.000 personnes mais totalement acquise au moindre de ses faits et gestes. Sans surprise, le décor scénique sur lequel Richards et ses acolytes trônent est colossal, démesuré, flanqué d’une myriade de leds, de rails de projecteurs et de faux arbres, reléguant le cadre naturel du Hyde Parc à un vague ornement. En 2013, les choses sont l’avenant d’une époque que les failles perturbent. La sonorisation est au top, la sécurité omniprésente et la foule dûment canalisée. Pendant près de deux heures, les Stones parcourent un répertoire rodé dans ses moindres détails, jusqu’à la plus innocente mimique de ses protagonistes. A y regarder de plus loin, n’était-ce pour le titre, on pour-

Kraak Festival 2014

RASHAD BECKER (DE) — CALHAU! (PT) — MIKE & CARA GANGLOFF (US) — THE JOYOUS COSMOLOGY (BE) — ENZO MINARELLI (IT) — OLIMPIA SPLENDID (FI) — PUTAS BÊBADAS (PT) — RAMLEH (UK) — SWEAT TONGUE (NL) — ANTTI TOLVI (FI) — VARKENSHOND (BE) — JEROME COOPER (US) — FORM A LOG (US) — LEO KUPPER (BE) — +MORE TBA…

March 1st Netwerk

center for contemporary art (Aalst)

Expo

Bert Danckaert Sean Edwards Miks Mitrevics + Krist ne Kursiša

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rait se trouver dans n’importe quelle prairie à n’importe quel moment de l’année, les choses demeureraient imperturbablement les mêmes. (et)

Franck Vigroux ‘Entrailles’ D’autres Cordes

Il y a deux mois, nous vous présentions ‘Prisme’, le dernier album de Franck Vigroux, cinq pièces concises où s’entrechoquaient des sons électroniques puissants et trempés, point de départ du travail l’unissant à l’artiste visuel Fabien Zocco. Pour ce nouveau projet, c’est au cinéaste Gregory Robin que Vigroux a fait appel. La rencontre entre les deux protagonistes est relativement récente mais fait mouche. Entièrement filmée dans le musée de la mine de Saint-Etienne, la performance de Vigroux s’exécute dans le silence du lieu devant une audience absente. Les images de Robin sont magnifiques, à la fois physiques et organiques, tant les structures et les ombres des bâtiments sont restituées avec concision. Il ne faut pas s’arrêter au cadre. Il faut voir et entendre Vigroux concentré sur ses manipulations, ses incises, ses esquives. Un jeu qui dit à la fois peu et beaucoup. (et)

Muse ‘Live At Rome Olympic Stadium’ Helium-3/Warner

En quinze ans et des poussières, Muse est devenu une légende du rock dont les concerts prennent des allures de grand messe rassemblant des fans transis connaissant tous les titres par cœur. Cela donne lieu à un spectacle intense, à la fois fascinant et un rien trippant, comme en témoigne ce live romain enregistré le 6 juillet 2013. Proposant un CD et un DVD, cette sortie vaut surtout pour le DVD. D’abord parce qu’il reprend l’intégralité du concert, soit 20 titres contre 13 sur le CD. Ensuite, parce qu’un concert de Muse ne peut vraiment être appréhendé dans son intensité sans le support visuel. Et il faut dire que le groupe a une fois encore fait fort niveau débauche d’effets, se produisant dans un décor urbain post atomique, quelque part entre Blade Runner et Brazil, le tout avec jets de flamme et autres jeux de lumière et projections vidéo. Quant au groupe, il affiche une forme olympique, alternant titres récents et anciens, tubes et morceaux moins connus. L’ami Matthew s’en donne évidemment à cœur joie, donnant un aperçu exhaustif de son registre vocal, entre démonstration de crooner baroque, envolée lyrique et exercice obligé de falsetto. Sans surprise, ce concert est énorme, avec une mention spéciale pour les versions dantesques de ‘Supremacy’ et ‘Supermassive black hole’, le sommet étant atteint avec une version particulièrement baroque de ‘Knights of Cydonia’ avec intro empruntée à Morricone (‘Le bon, la brute et le truand’) et hululements en pagaille. Du grand spectacle ! (pf)


28 Propulse

Du 3 au 7 février Flagey, Halles de Schaerbeek, Botanique Le rendez-vous des Arts de la Scène en Fédération Wallonie-Bruxelles remet le couvert. Théâtre, danse et cirque ( Halles de Schaerbeek) viennent faire un tour de piste mais aussi les musiques de quelques talents belges (plus ou moins) fraîchement éclos. Si Flagey se charge d’accueillir la musique classique, le Botanique jouera son rôle habituel de phare. La 3ème édition accueille donc les programmateurs et professionnels mais entrouvre toujours ses portes au public. Apaches, Castus, The Feather, Le Colisée, Electric Château, Jane Doe & the Black Bourgeoise, Thibet, Frank Shinobi, Crystal & Runnin’ Wild… Une sélection bien trempée à 7 euros le ticket, une aubaine pour les curieux! Ca vous changera de votre tartine de Stromae.

“La Ferme !!!” Festival 8 février – dès 18h30 Ferme du Biéreau, Louvain-la-Neuve

Axé sur les esthétiques indie et alternative, le festival “La Ferme !!!” propose une programmation buissonnière qui lui sied, entendez inédite et osée. Quadrupède (recrue du label DIY bruxellois Black Basset Records, les Manceaux proposent un math rock sans fioriture), The Physics House Band (trio de Brighton niché sur le label londonien Blood and Biscuits), Scarlett O’Hanna (on a déjà écrit ici tout le bien que nous pensons des arpèges au piano de la Bruxelloise, captivant davantage en quelques minutes que bien d’autres en une carrière - entre Shannon Wright et CocoRosie), Billions of Comrades (lire la review dans la Earteam), LITE (le math rock pour les nuls from Japan. Combien font boucle sur boucle et couche sur couche? Relevé des copies dans deux heures), Girls Names (cold-wave from UK et headliner désigné).

Black Rebel Motorcycle Club 13 février L’Aéronef, Lille

Nos motards retroussent leurs manches de cuir et, sans préméditation, brouillent à nouveau les pistes avec ‘Specter At The Feast’, manège rock où paradent des influences aussi diverses que bariolées, de Kyuss à Spiritualized en passant par U2 ; un carrousel fantomatique glissant sans accroc de plages éthérées à de gros riffs décoiffants, dense, complexe, à la recherche d’une réinvention dans l’affranchissement du passé.

Artefact Music Festival 13, 21 et 23 février Stuk + Het Depot

The Field

Le festival pluridisciplinaire Artefact ne boude pas la musique. Ah ça non, ma bonne dame! Il serait même du genre à concocter une affiche aux petits oignons. Le Stuk et Het Depot se partagent le magot, jugez plutôt : Raime + Emptyset (vision de l’electronica tordue et raffinée - le 13, Stuk), The Field (loops minimalistes et zones d’ombre du dancefloor) + Rone

samedi 01 février Imagine voorronde: Bad Karma, Callosity, Forty Seven Veins, Into Nebraska, Stien Bovijn, The Dangers, The Empathy, Emmie Lynn, O Gares, Pepijn, Yve, Broken Sticks, Act1, Black Leather Jacket @ Beursschouwburg, Bruxelles, beursschouwburg.be Pop.1280, Charnier, Bronco Bily vs Baroko Bahamas @ Rockerill, Charleroi, rockerill.com Safi & Spreej, Tourist, Seba & Karma, Geile Gleuf Maddefakkers, Brihang, Hakim, Kleine Ben en King B, Dyna Dee, Lerr, Grafgravers @ De Casino, Sint-Niklaas, decasino.be Mogwai DJ set, Mono/Poly @ Epaulé Jeté, Bruxelles, buzzonyourlips.be Mogwai, Forest Swords @ AB, Bruxelles, abconcerts.be The Ruins Of Beverast, Selim Lemouchi & His Enemies, Saturnalia Temple, Bölzer, Irkallian Oracle @ Magasin4, Bruxelles, magasin4.be Mauro Pawlowski, Miss Schwarzkopf, Louis Katorz, Polly Vinyk, Way @ Petrol & Piaf, Antwerpen, petrolclub.be Stephen Malkmus & The Jicks, The Megaphonic Thrift @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Radio Modern @ De Kreun, Kortrijk, dekreun.be Hannelore Bedert, Jonas Winterland @ De Roma, Antwerpen, deroma.be De Staat, The Mad Trist, Dvkes @ MOD, Hasselt, muziekodroom.be Dyscarnate, In Arkadia, Abstract Rapture, The Thin And The Fat Guys @ L’Entrepôt, Arlon, entrepotarlon.be Express Candy, Joy As A Toy, Robbing Millions @ Atelier Rock, Huy, atelierrock.be Dave Clarke, Mr Jones, Deg, Pierre @ Fuse, Bruxelles, fuse.be Lemon Straw @ Les Arbalestriers, Mons, clubplasma.be Girls In Hawaii @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Machine Gun, Dr Voy @ Le Salon, Silly, sillyconcerts.be Nashville Pussy, ... @ 4 Ecluses, Dunkerque, Fr, 4ecluses.com Gasandji @ CC Gérard Philipe, Calais, Fr, calais.fr Melanie De Biasio @ Rockhal, Esch/Alzette Lux, rockhal.lu

dimanche 02 février Taraf de Haïdouks, Astrakan Project @ CC René Magritte, Lessines, ccrenemagritte.be Erwin Helfer @ Ferme Madelonne, Gouvy, gouvy.eu/madelonne Mogwai, Mugstar; La Yegros @ AB, Bruxelles, abconcerts.be

lundi 03 février Immolation, Broken Hope, Sweetest Devilry @ L’Entrepôt, Arlon, entrepotarlon.be Heather Nova @ Neumünster Abbey,Luxembourg, atelier.lu Edward Sharpe and the Magnetic Zeros, Foy Vance @ den Atelier, Luxembourg, Lux, atelier.lu

gigs& parties fev 2014

vendredi 07 février ProPulse: Sons Of Distaster, The Fabulous Progerians, Crystal Ans Runnin’Wild, Jane Doe And The Black Bourgeoises, A Supernaut, Jawhar @ Botanique, Bruxelles, propulsefestival.be RX Bandits, P.O.Box, Face The Fax, Dirty Bees @ Magasin4, Bruxelles, magasin4.be Moonface @ Cactus MC, Brugge, cactusmusic.be Sincerity, Feed Them Lies, Sleeping Death @ DNA, Bruxelles, dnabxl.be Turno, Blackley, Simplistix, Natural Error, DJ Baz & Mamf, System D & Misctercrash, Ben Oneshot @ Le Studio 22, Liège, lestudio22.be Sysmo’s Birthday, DJ Odilon @ Recyclart, Bruxelles, recyclart.be Skarbone 14, BP Music, Ariane’s Euphoria, Baldy Gang @ L’Entrepôt, Arlon, entrepotarlon.be Madensuyu, Traams @ De Kreun, Kortrijk, dekreun.be Chantal Acda @ Cactus, Brugge, cactusmusic.be Liketrax, Krazy Ben, BSM DJ set @ Belvédère, Namur, belvederenamur.be A Day To Remember, Everytime I Die, The Story So Far @ AB, Bruxelles, abconcerts.be La Smala Et Moi, Skating Teenagers @ MJ, Ciney, mjciney.be Fatima Al Qadari, Lucky Dragons, Soumaya aka Phéline @ Beursschouwburg, Bruxelles, beursschouwburg.be Liesa Van der Aa & Shannon Wright @ Eden, Charleroi, edencharleroi.be Catfish, Delbi @ La Cave aux Poètes, Roubaix, Fr, caveauxpoetes. com Alvin & Lyle @ CarreRotondes, Luxembourg, Lux, rotondes.lu Duo Jason Van Gulick/Lê Quan Ninh, Peter Orins @ La Condition Publique, Roubaix, Fr

samedi 08 février

Quadrupède, The Physics House Band, Scarlett O’Hanna, Billions Of Comrades, LITE, Girls Names @ Ferme du Biéreau, Louvain-La-Neuve, lafermefestival.be soirée Bug de l’An 2000 @ Le Cadran, Liège, lecadran.be Muziek de Singe @ Maison de la Culture, Famenne-Ardenne mardi 04 février Ølten, electric)noise(machine @ DNA, Bruxelles, dnabxl.be Outer Space @ Vooruit, Gent, vooruit.be Marian D., Chacha, Phil Harvengt, Coco Noir, Weyrd Son @ La King Dalton @ Het Depot, Leuven, hetdepot.be Bodega, Bruxelles, lefantastique.net Holywave, The Spectors @ Madame Moustache, Bruxelles, Trash Sings Cash @ Nijdrop, Opwijk, nijdrop.be madamemoustache.be Supersuckers, Candybar Planet, Hootka @ De Casino, SintDouglas Dare, Astronaute @ Stuk, Leuven, stuk.be Niklaas, decasino.be And So I Watch You From Afar, Heartbeat Parade @ den Atelier, Go!Zila, Mountain Bike, Warm Toy Machine, Forever Pavot, DJ Luxembourg, Lux, atelier.lu Malik @ Rockerill, Charleroi, rockerill.com Darkstar, Hibou Blaster Crew @ La Cave aux Poètes, Roubaix, Fr, Do Or Die, Inimikall, Dogmeat, My Last Serenade @ L’Entrepôt, caveauxpoetes.com Arlon, entrepotarlon.be Tunng, Tim Fromont Placenti @ Aéronef, Lille, Fr, aeronefBen Klock, Rødhåd, Deg, Doubting Thomas, Borrowed Identity, spectacles.com Issa Maïga, Pierre @ Fuse, Bruxelles, fuse.be Madensuyu, Longlost, Traams @ MOD, Hasselt, muziekodroom.be mercredi 05 février Hans Liberg @ AB, Bruxelles, abconcerts.be ProPulse: It It Anita, Electric Château, Thibet, The Feather, Dream Theater @ Brielpoort, Deinze, livenation.be Apaches @ Botanique, Bruxelles propulsefestival.be James Pants, Jameszoo, Nosedrip @ De Kreun, Kortrijk, Rudimental @ Lotto Arena, Antwerpen, livenation.be dekreun.be Tigran Hamasyan Quintet @ De Roma, Borgerhout, deroma.be La Smala Bar, Scandales, Dans Ta Gueule, Mon Ex @ La Ovo, Aidan Baker & Jakob Thiesen, Alone @ Magasin4, Bruxelles, Taverne Chez Hassan, Quievrain, aredje.net magasin4.be Steel Panther @ den Atelier, Luxembourg, Lux, atelier.lu To Kill A King, Spring Offensive @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Kylesa, Sierra, Jagged Vision @ De Kreun, Kortrijk, dekreun.be dimanche 09 février Go!Zilla, Warm Toy Machine @ DNA, Bruxelles dnabxl.be De Jeugd Van Tegenwoordig @ Vooruit, Gent, vooruit.be Hiss Golden Messenger @ Huis 23, Bruxelles, abconcerts.be Hippocampe Fou, Carl Et Les Hommes Boîtes @ La Cave aux Bombay Bicycle Club, The Ramona Flowers @ Botanique, Poètes, Roubaix, Fr, caveauxpoetes.com Bruxelles botanique.be Connan Mockasin, Lena Deluxe @ Le Grand Mix, Tourcoing, Fr, Bullet For My Valentine, While She Sleeps, Callejon, Coldrain @ legrandmix.com AB, Bruxelles, abconcerts.be Flux Pavilion @ den Atelier, Luxembourg, Lux, atelier.lu Jacco Gardner @ Rockhal, Esch/Alzette, Lux, rockhal.lu jeudi 06 février Caspian, Miava @ 4 Ecluses, Dunkerque, Fr, 4ecluses.com Propulse: Bishop Dust, Quark, Frank Shinobi, Le Colisée, Castus Pierre Lapointe, Duo Des Falaises @ Aéronef, Lille, Fr, aeronef@ Botanique, Bruxelles, propulsefestival.be spectacles.com Opal Tapes labelnight: Basic House, Karen Gwyer, 1991, Lumisokea @ Vooruit, Gent, vooruit.be lundi 10 février Silver Rat Band @ Bar Du Matin, Bruxelles Moonface; Stoomboot @ AB, Bruxelles, abconcerts.be The Valerie Solanas @ Het Depot, Leuven, hetdepot.be Tigran Hamasyan Quintet @ Cinéma Le Parc, Liège, Maxïmo Park, His Clancyness @ Botanique, Bruxelles, lesardentes.be botanique.be The Perfect Tool, Bulls On Parade @ Nijdrop, Opwijk, nijdrop.be Birdy @ Cirque Royal, Bruxelles, livenation.be Taraf De Haïdouks @ De Casino, Sint-Niklaas, decasino.be Scott Kelly and The Road Home, Syndrome @ L’Entrepôt, Arlon, mardi 11 février entrepotarlon.be Duo Jason Van Gulick/Lê Quan Ninh @ Les Ateliers Claus, Bill Callahan, Alasdair Roberts; The Como Mamas @ AB, Bruxelles, lesateliersclaus.com Bruxelles, abconcerts.be Coilguns, Castles @ DNA, Bruxelles, dnabxl.be The Original Wailers, Unlisted Fanatic; The Perfect Tool, Bulls Jef Neve @ CC Westrand, Dilbeek, busker.be On Parade @ Vooruit, Gent, democrazy.be Dub FX @ VK*, Bruxelles, vkconcerts.be Within Temptation @ Lotto Arena, Antwerpen, livenation.be Madensuyu, Rape Blossoms @ Stuk, Leuven, stuk.be Nés Poumon Noir @ Eden, Charleroi, eden-charleroi.be Mademoiselle K @ La Cave aux Poètes, Roubaix, Fr


Birdy @ Cirque Royal, Bruxelles, livenation.be Dorian Wood @ Botanique, Bruxelles, botanique.be

mercredi 12 février Monster Magnet, Church Of Misery @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Girls In Hawaii, Robbing Millions @ Vooruit, Gent, democrazy.be Cascadeur, Barbarossa @ Le Grand Mix, Tourcoing, Fr, legrandmix.com

jeudi 13 février Artefact: Raime, Emptyset, Nosedrip @ Stuk, Leuven, artefact-festival.be Mineral, Broadcast Island; Lady Linn @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Memo Gonzalez & The Bluescasters @ MOD, Hasselt, muziekodroom.be Majid Bekkas Afro-Oriental Jazz Trio, Le Murmure de l’Orient @ Muziekpublique, Bruxelles, muziekpublique.be Mîkmâäk (XLBigband) @ Recyclart, Bruxelles, recyclart.be Red Soul Community @ Bar Du Matin, Bruxelles The Perfect Tool, Toxicity @ De Kreun, Kortrijk, dekreun.be Maaike Ouboter @ Music Village, Bruxelles, abconcerts.be Noa Moon @ Cinéma Sauvenière, Liège, lesardentes.be Avicii @ Sportpaleis, Antwerpen, livenation.be Cats On Trees @ Botanique, Bruxelles, botanique.be And They Spoke In Anthems, Horses @ JH Nijdrop, Opwijk, nijdrop.be Childish Gambino @ VK*, Bruxelles, vkconcerts.be Gary Numan @ Het Depot, Leuven, hetdepot.be Gabriel Rios @ Vooruit, Gent, vooruit.be Black Rebel Motorcycle Club, Kid Karate, Dead Combo, The Wayward Birds @ Aéronef, Lille, Fr, aeronef-spectacles.com Saroos @ La Malterie, Lille, Fr, toutpartout.be Cascadeur @ Rockhal, Esch/Alzette, Lux, rockhal.lu

vendredi 14 février Nés Poumon Noir @ Eden, Charleroi, eden-charleroi.be Mop Mop ft Anthony Joseph @ Espace Senghor, Bruxelles, senghor.be Pascal Mohy Trio @ Ex-Cale, Liège Madensuyu @ Nijdrop, Opwijk, nijdrop.be Twenty One Pilots; Psy4 de la Rime @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Ellie Goulding @ Forest National, Bruxelles, livenation.be Anatoli/Angélique Ionatos & Katerina Fotinaki @ MCN, Namur, province.namur.be Amenra, Eleanora @ 4AD, Diksmuide, 4ad.be Alabaster, Neige Morte @ DNA, Bruxelles, dnabxl.be Chris Watson @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Batteraaf, Limbolink presents: Ivory Gates, Onze Zaak @ MOD, Hasselt, muziekodroom.be Future Islands, Young Colour @ Beursschouwburg, Bruxelles, beursschouwburg.be Brain Damage meets Vibronics Wise Rockers @ Aéronef, Lille, Fr, aeronef-spectacles.com

samedi 15 février Rampage: Camo&Krooked, Flux Pavilion, Eptic, Sigma, Funtcase, Dj Guv, 50 Carrot, Murdock, Levela, Habstrakt, Coffi, Macky Gee, Soloman, Point.Blank, Fox Stevenson, Syndaesia, A.M.C., Bredren, Station Earth, Doctrine, M-Zine & Scepticz, Phase, Mc Mota, Quest One Mc, Mc Messenjah, Mc Carasel, Youthstar @ Sportpaleis, Antwerpen, rampage.be Slam, Adam X, Spacid, A-Tek vs Bion-X, Man At Arms vs Sorgenkint DJ @ Vooruit, Gent, retroacid.be Le Murmure de l’Orient @ Maison le la Culture, Namur, province.namur.be Suarez; Kathleen Vandenhoudt & Pascale Michiels @ AB, Bruxelles, abconcerts.be La Lune Noire, Organic, DJ’s Gianluca, Chacha, Stefke Van Namen @ Belvédère, Namur, belvedere-namur.be The Perfect Tool, Bulls On Parade @ MOD, Hasselt, muziekodroom.be Hardcell & Grindvik, Cari Lekebusch & Joel Mull, Redhead, Double U Jay @ Petrol, Antwerpen, petrolclub.be Steven Delannoye New York Trio ft Frank Vaganée @ Kulturzentrum Jünglingshaus, Eupen, eupen.be Of Montreal, Calvin Love @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Au Revoir Simone, The Range; Moaning Cities @ Botanique, Bruxelles botanique.be Aril Brikha, Terrence Parker, Fabrice Lig, Globule, Dirty Monitor @ Rockerill, Charleroi, rockerill.com Arcadium, Space Cowboys @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Goethe Institut Brüssel & Meakusma nights: Porter Ricks, Ekoclef alias Akoplekz & Bass Clef, Mis Mup @ Recyclart, Bruxelles, recyclart.be Bursting, Set The Tone, Eagles Road @ Atelier Rock, Huy, atelierrock.be Crystal Antlers, Mountain Bike @ Beursschouwburg, Bruxelles, beursschouwburg.be Franco Sillies: Jeronimo, Mademoiselle Nineteen, Guillaume Kedent & Guillemot, Va a La Plage, Robert G. @ Le Salon, Silly, ccsilly.be Driss El Maloumi, Dobet Gnahoré @ CC, Auderghem, ticketnet.be Pale Grey, The Feather, Fastlane Candies @ Alhambra, Mons, alhambramons.be Gablé, Mein Sohn William @ 4 Ecluses, Dunkerque, Fr, 4ecluses.com Mariam The Believer @ CarreRotondes, Luxembourg, Lux, rotondes.lu

29

dimanche 16 février I Like Trains; Aldebert @ Botanique, Bruxelles, botanique.be City And Colour, Hannah Georgas; Forest Swords @ AB, Bruxelles, abconcerts.be U.D.O. @ De Kreun, Kortrijk, dekreun.be Chapel Hill, Barlin @ Aéronef, Lille, Fr, aeronef-spectacles.com

lundi 17 février Suzanne Vega @ Kursaal, Oostende, livenation.be Vance Joy @ Botanique, Bruxelles, botanique.be St.Vincent, Glass Animals; Hanggai, Low Wormwood @ AB, Bruxelles, abconcerts.be

mardi 18 février Robben Ford & Band @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Mark Sultan aka BBQ @ Madame Moustache, Bruxelles, madamemoustache.be Mariam The Believer @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Gesaffelstein @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Karim Baggili @ Ferme du Biéreau, Louvain-La-Neuve, homerecords.be

mercredi 19 février Nixie’s: Ratzinger @ Beursschouwburg, Bruxelles, beursschouwburg.be James Vincent McMorrow, Broken Twin; Dråpe @ Botanique, Bruxelles botanique.be Customs, Tubelight @ Het Depot, Leuven, hetdepot.be Hatefull Monday, Struggling For Reason @ DNA, Bruxelles, dnabxl.be Behemoth, Craddle Of Filth, In Solitude, Inquisition, Svarttjern @ den Atelier, Luxembourg, Lux, atelier.lu

(le Parisien fait siennes les théories électroniques de la capitale allemande tout en promettant de jolies échappées hors les murs electronica) + DJ Maverick (le 21, Het Depot), Laurel Halo (le ‘Chance Of Rain’ de l’Américaine respire l’artisanat et chamboulera les âmes sensibles) + The Range + Vuurwerk + delvaux (Stuk), Cloud Boat + patten + Rauelsson + Inwolves (23, Stuk) et last but not least Fennesz + Yves De Mey (23, Het Depot). Vous reprendrez bien une larme d’électronique?

We Are Open 2014

21-22 février Trix, Anvers

Le Trix sonne la rentrée. D’une part avec une sélection de six jeunes pousses ayant remporté récemment un tremplin pop provincial : Yawns (Antwerpen), The Glucks (West-Vlaanderen), Nicely Dressed (OostVlaanderen), Five Days (Vlaams-Brabant), Evil Invaders (Limburg) et Thibet (Brussel). D’autre part avec un plateau de noms plus confirmés. A l’heure où nous écrivons ces lignes nous pouvons dores et déjà mentionner The Go Find, Psycho 44 (rock couillu bien torché et ultra accrocheur, lire la review dans la Earteam), DAAU (retour un poil plus minimaliste du combo anversois), Soldier’s Heart et Children Of The Palace. Entrez, c’est ouvert!

jeudi 20 février Balthazar; Senne Guns @ AB, Bruxelles, abconcerts.be The Garden @ Madame Moustache, Bruxelles, madamemoustache.be Staer, Batalj, Zoho, Horacio Pollard @ Magasin4, Bruxelles, magasin4.be Soldier Hems band ft Jupiter Diop, DJ Las @ Kultuurkaffee, Bruxelles, kultuurkaffee.be Black Rebel Motorcycle Club, Calvin Love @ Trix, Antwerpen, trixonline.be One Horse Land; Nick Mulvey @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Dragon Fli Empire @ Bar Du Matin, Bruxelles Girls In Hawaii @ Het Depot, Leuven, hetdepot.be Mofo Party Band @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Totorro @ DNA, Bruxelles, dnabxl.be Pegase, Yuck, Cate Le Bon @ Le Grand Mix, Tourcoing, Fr, legrandmix.com

Yuck Botanique 25 février Botanique, Bruxelles

vendredi 21 février Artefact: The Field, Koreless, Moodprint @ Stuk; Zomby, Rone, Maverick@ Het Depot, Leuven, artefact-festival.be We Are Open: And They Spoke In Anthems, Evil Invaders, The Glücks, Yawns, Soldier’s Heart, The Go Find, Children Of The Palace, Psycho 44, King Dalton, Sunday Bell Ringers, Yuko, Shun Club, Horses, Robbing Millions, Mountain Bike, Go March, Say Say @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Re-Beats @ Cactus MC, Brugge, cactusmusic.be Jarring Effects labelnight: Al’Tarba, DJ Nix’On, Yoggyyone, ... @ Recyclart, Bruxelles, recyclart.be The Garden, Spaggguetta Orghasmmond, JR de Montreal @ Rockerill, Charleroi, rockerill.com The Exploited, Funeral Dress @ MOD, Hasselt, muziekodroom.be Teengirl Fantasy @ Vk*, Bruxelles, vkconcerts.be Gorki @ 4AD, Diksmuide, 4ad.be Balthazar @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Girls In Hawaii @ Manège de la Caserne Fonck, Liège, lesardentes.be Black Rebel Motorcycle Club, Dead Combo; Ages And Ages @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Castles & Apaches @ MJ Le Prisme, Braine-l’Alleud, leprisme.be Daan @ Espace Culturel Victor Jara, Soignies, ccrc.be De Ferre Trio @ Ex-Cale, Liège Samsara @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Gablé, Facteur Cheval @ Belvédère, Namur, belvedere-namur.be Fastlane Candies, The Feather, Leaf House @ Atelier Rock, Huy, atelierrock.be Mike Watt and the Missingmen, Guess What, L’Oeillère @ ARA, Roubaix, Fr, ara-asso.fr Fireworks: Breton, Rocky, Of Montreal, Au Revoir Simone, The Range @ Le Grand Mix, Tourcoing, Fr, legrandmix.com Beady Eye; Suarez @ Rockhal, Esch/Alzette, Lux, rockhal.lu

samedi 22 février Artefact: Laurel Halo, The Range, Vuurwerk, Delvaux @ Stuk, Leuven, artefact-festival.be We Are Open: Flip Kowlier, Customs, DAAU, MCLD, MannGold, Altrego, Tout Va Bien, Double Veterans, Spectors, Astronaute, Five Days, Angels Die Hard, Falling Man, Spookhuisje, Thibet, Nicely Dressed, SimpleSongs, Tone Zones @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Kraakpand: The Antler King, Statue, Robbing Millions, Marcin Masecki @ Ha’, Gent, handelsbeurs.be Metal Battle pre-selektie: Immanent Destance, Primal Creation, Reject The Sickness, Shadowdust, Signs Of Algotithm,

Un brin shoegaze, un brin rock garage, on se croirait revenu au beau milieu du rock indé US 90’s – une nostalgie parfumée au lo-fi radical. Sans révolutionner les codes, sans mettre sans dessus dessous l’histoire du rock, Yuck trace une piste dans l’esprit de l’auditeur. Avec ses titres faits de bouts de ficelles et de guitares jouées par des manchots, on découvre tout un bouquet d’émotions et de sensations feutrées typiques des adolescents timides. Un charme et un charisme sans prétention se dégagent de ce petit bijou indie faisant revivre les meilleurs moments d’un Dinosaur Jr. ou d’un Pavement. Avec la complicité du Botanique, nous avons 2x2 places à offrir pour ceux qui se sortiront les doigts du Yuck. Un mail à fabrice. rifraf@skynet.be et houlahup, barbaYuck!

Julien Doré

27 février Philarmonie Luxembourg, Luxembourg Le mec a toujours su prendre à rebrousse-poil la variété française pour l’emmener vers des sommets affriolants, à la croisée de la déconne, du pathos et du drame. Hier, pour un ‘Kiss Me Forever’, un ‘Glenn Close’. Aujourd’hui, c’est la vitesse supérieure : pour un ‘Platini’, un ‘Corbeau Blanc’. Rarement des disques aussi plébéiens auront été d’une telle qualité musicale et littéraire. Il y a dans ‘Løve’, qui veut dire lion en Danois, mille raisons de tomber amoureux et de r(o) ugir de plaisir.


30 ABBota 2014

28 février et 1er mars AB, Bota, Bruxelles

Hitsville Drunks C’est devenu un rendez-vous : ABBota signe la collaboration entre les deux salles bruxelloises bien connues. Le centre de Bruxelles et le haut de la ville traversent la frontière linguistique et s’associent 2 jours durant pour chaperonner quelques-uns de leurs protégés! Soit 1 combi-ticket (18 euros) pour une sélection de 10 groupes belges sous les feux de la rampe...et non des moindres. Vendredi 28 février à l’AB: Yuko (le meilleur de la scène germanique (The Notwist, B. Fleischmann) à l’essentiel de la scène de Philadelphie - lisez Espers), King Dalton, The Feather (la tête pensante de Dan San livre un premier disque drôlement juste, sensible), Vismets, Robbing Millions (pop éclairée, astiquée et chatoyante). Le 1er mars au Bota: The Sore Losers (déclaration d’amour aux rythmes bluesy et aux guitares saturées façon White Stripes), Mintzkov (pop de haute facture), Nicolas Michaux, Hitsville Drunks, Billions Of Comrades (rock électro d’inspiration post punk, la petite bête qui monte). Mangez-en c’est cadeau!

Kraak Festival 1er mars Netwerk, Aalst

Comme de bien entendu, c’est sous pavillon underground, lo-fi et DIY que le vaisseau Kraak Festival entend lever l’ancre en cette entame de saison. A son bord, que des pirates aux mines patibulaires (mais presque) : Rashad Becker, Calhau!, Jerome Cooper, Form A Log, The Joyous Cosmology, Mike & Cara Gangloff, Enzo Minarelli, Olimpia Splendid, Putas Bedadas, Ramleh, Sweat Tongue, Antti Tolvi, Varkenshond. Mon tout s’attaque à l’abordage par les moussaillons les plus aventureux nantis de 20 pièces d’or.

Midlake

2 mars AB, Bruxelles

Emperors Of Decay @ OJC Kompas, Sint-Niklaas MNF: On-Point label night: The Essence, The Big Whoop, Seiren, Jazz Neversleeps, Billy Palmier @ Bellevue; museumnightfever. be; MNF Afterparty: DJ set Vive La Fête, ... @ BEB, Bruxelles, museumnightfever.be Ramona Cordova @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Puggy @ Forest National, Bruxelles, livenation.be Willis Earl Beal @ Botanique, Bruxelles, botanique.be You India Like?: Ali Kawa Brothers, DJ Sebcat’s Maj Tahal, DJ Sofa @ Recyclart, Bruxelles, recyclart.be UK Subs, Les Slugs, Tv Smith @ CC René Magritte, Lessines, ccrenemagritte.be Thee Silver Mt.Zion Memorial Orchestra @ 4AD, Diksmuide, 4ad.be The Sore Losers, Psycho 44 @ MOD, Hasselt, muziekodroom.be Monkey Dress, Frau Blücher And The Drünken Horses, La Smala Et Moi, Les Shadocks @ Le Passage Oublié, Florennes, aredje.net Girls In Hawaii @ Eden, Charleroi, eden-charleroi.be Dub Revolution @ Cactus MC, Brugge, cactusmusic.be Delrue; Intergalactic Lovers @ AB, Bruxelles, abconcerts.be MHD, Corbillard, Jean-Jacques & The Bernards @ Salon, Silly, sillyconcerts.be Black Rebel Motorcycle Club, Dead Combo @ De Kreun, Kortrijk, dekreun.be Bombino @ De Casino, Sint-Niklaas, decasino.be Love Like Birds @ Eden, Charleroi, eden-charleroi.be Jane Doe & The Black Bourgeoises @ Les Halles, Schaerbeek, halles.be The St-Gillbillies & DJ’s @ Café Excelsior, Jette, rootsrockcardinal.com Impure Wilhelmina, Augures @ DNA, Bruxelles, dnabxl.be MHD, Corbillard, Jean-Jacques & The Bernards @ Salon, Silly, sillyconcerts.be Vegas, Pink Velvet Paradox @ Belvédère, Namur, belvederenamur.be Professeur Markass, Idiot Saint Crazy @ Le Phoenix, Mons Klingande @ Rockhal, Esch/Alzette, Lux, rockhal.lu Talisco, Gang Clouds @ Aéronef, Lille, Fr, aeronef-spectacles.com Zoe, Spermicide, The Witches @ 4 Ecluses, Dunkerque, Fr, 4ecluses.com

dimanche 23 février Artefact: Cloud Boat, patten, Rauelsson, Inwolves @ Stuk; Fennesz, Eavesdropper @ Het Depot, Leuven, artefact-festival.be Origami Classics: From Baroque to Tango @ Beursschouwburg, Bruxelles, beursschouwburg.be Heather Nova, Bonfire Lakes @ CC Strombeek-Bever, ccstrombeek.be Stnnng, Shub, Massis @ Magasin4, Bruxelles, magasin4.be Bootsy Collins @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Breton @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Foire aux Disques @ CarreRotondes, Luxembourg, Lux, rotondes.lu Trentemøller @ den Atelier, Luxembourg, Lux, atelier.lu

lundi 24 février Motörhead, Saxon @ Brielpoort, Deinze, livenation.be MAKYzard @ Tamines Speedy Ortiz, Eagulls @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Haim @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Keith Rowe, Jacques Foschia @ Kultuurkaffee, Bruxelles, kultuurkaffee.be Me First And The Gimme Gimmes @ Het Depot, Leuven, hetdepot.be Crooks On Tape @ MOD, Hasselt, muziekodroom.be Crystal Antlers @ De Kreun, Kortrijk, dekreun.be Beady Eye @ Cirque Royal, Bruxelles, livenation.be Maximo Park @ Rockhal, Esch/Alzette, Lux, rockhal.lu

mardi 25 février Yuck @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Tera Melos @ Beursschouwburg, Bruxelles, abconcerts.be James Arthur @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Royal Hunt @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Heather Nova @ Het Depot, Leuven, hetdepot.be Les Volleyeurs @ 4 Ecluses, Dunkerque, Fr, 4ecluses.com

mercredi 26 février

© Bil Zelman Après s’être fait peur en côtoyant les fantômes du folk britannique, Midlake a mis un pied dans l’audelà. Amputé de son membre fondateur et principal compositeur, le gang de Denton a finalement retrouvé ses esprits et sa motivation d’antan. Enregistré dans leur fief texan, le récent ‘Antiphon’ témoigne de cette passion renouvelée. Le groupe s’appuie sur son expérience et se réinvente à la lueur de ses meilleurs souvenirs. Le fabuleux ‘The Trial of Van Occupanther’ est ainsi le plus proche voisin de ce nouvel album. Inespéré.

Ry X @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Marble Sounds, Astonaute @ Nijdrop, Opwijk, nijdrop.be Recorders @ Kultuurkaffee, Bruxelles, kultuurkaffee.be WBBbb @ Ferme du Biéreau, Louvain-La-Neuve, fermedubiereau.be Spin Doctors, Duckstore @ Het Depot, Leuven, hetdepot.be Liesa van Der Aa, Hydrogen Sea @ Beursschouwburg, Bruxelles, beursschouwburg.be Brother & Bones @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Crooks On Tape @ Vooruit, Gent, vooruit.be Dvkes, Tubelight; John Newman @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Motorama @ CarreRotondes, Luxembourg, Lux, rotondes.lu Cloud Boat @ Rockhal, Esch/Alzette, Lux, rockhal.lu

jeudi 27 février Motorama @ Maison des Musiques, Bruxelles, vkconcerts.be Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra @ Botanique, Bruxelles botanique.be mvp’s @ Water Moulin, Tournai, watermoulin.bandcamp.com Ligne 81, JCR, Romeo Elvis, RNS & Proï-B @ Atelier 210, Bruxelles atelier210.be

Cloud Control, Dvkes; Kraantje Pappie, Fata @ Vooruit, Gent, democrazy.be Cate Le Bon @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Gregoir Tirtiaux & Friends @ Recyclart, Bruxelles, recyclart.be The Aristocrats @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be The Wolf Banes @ Het Depot, Leuven, hetdepot.be

vendredi 28 février ABBota: Yuko, King Dalton, The Feather, Vismets, Robbing Millions @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Pieter Embrechts @ CC, Strombeek-Bever, ccstrombeek.be Shlomo, Illum Sphere @ VK*, Bruxelles, vkconcerts.be Roland @ CC De Stroming, Evere, busker.be Acherontas, Infinity, Veneror @ Magasin4, Bruxelles, magasin4.be A Clean Kitchen Is A Happy Kitchen @ Trix, Antwerpen, cleankitchen.bandcamp.com Anne Crescent, Vincent Artaud, ... @ Les Halles, Schaerbeek, halles.be Amenra, Family Of Dog @ Nijdrop, Opwijk, nijdrop.be Danny Brown @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Cheveu, Scorpion Violente, Plastobéton @ Atelier 210, Bruxelles, atelier.be Birdpen, Transcoder @ 4AD, Diksmuide, 4ad.be The 45’s @ Café Excelsior, Jette, rootsrockcardinal.com Museum @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be

samedi 01 mars Kraak festival: Rashad Becker, Calhau, Mike & Cara, Gangloff, The Joyous Cosmology, Enzo Minarelli, Olimpa Splendid, Putas Bebadas, Ramleh, Sweat Tongue, Antti Tolvi, Varkenshond, Jerome Cooper, Form A Log, Leo Kupper, ... @ KC Netwerk, Aalst, kraak.net ABBota: Billions Of Comrades, Hitsville Drunks, Nicolas Michaux, Mintzkov, The Sore Losers @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Les Slugs, Frau Blücher And The Drunken Horses, Missiles Of October @ Garcia Lorca, Bruxelles, aredje.net The Opposites, Ronnie Flex, afterparty @ Area V, Hasselt, hjlive.be Nina Persson @ Arenberg, Antwerpen, arenbergschouwburg.be Flip Kowlier; Kraantje Pappie @ AB, Bruxelles, abconcerts.be A Clean Kitchen Is A Happy Kitchen @ MOD, Hasselt, cleankitchen.bandcamp.com BirdPen @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Combo Agency label night @ MOD, Hasselt, muziekodroom.be Howe Gelb, FRançoiz Breut, Faustine Hollander @ Atelier 210, Bruxelles, atelier210.be DJ Waikiki aka Wilf, film ‘Fat Cat’ @ Water Moulin, Tournai, watermoulin.bandcamp.com Muziek de Singe @ Jam’in’ Jette The Kids, Belgian Asociality, Flatcat, Funeral Dress @ Het Depot, Leuven, hetdepot.be Joe T Vannelli, M.I.K.E. aka Push, Jones & Stephenson, Systematic Parts aka Marco Joosten, Yves De Ruyter, Quincy, Bountyhunter, Phi Phi, Marko de La Rocca, Lil’Louis, Ron Trent, Franky Jones, Jan Van Biesen, Michael Forzza, Jaydee, Sven Van Hees, DJ Prinz, Eric B, Philippe Traikos @ Artcube, Gent, ageoflove.be Suarez @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Alix Perez, Icicle, Rockwell, Spectrasoul, Fourward, SP:MC MC Mantmast One87 & Mc Mush Prisma @ Vooruit, Gent, starwarz.be Hippocampe Fou, Veence Hanao @ Alhambra, Mons, alhambramons.be James Arthur @ Rockhal, Esch/Alzette, Lux, rockhal.lu

dimanche 02 mars London Grammar, Bipolar Sunshine; Mutual Benefit @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Thalia Zedek Band, Reena Riot @ 4AD, Diksmuide, 4ad.be Midlake, Israel Nash; Young Fathers @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Zolle, Henry Blacker, Quails @ Magasin4, Bruxelles, magasin4.be Howe Gelb ft Steve Shelley @ Ha’, Gent, handelsbeurs.be Islands, The Go Find @ Vooruit, Gent, democrazy.be Erwin Helfer @ Ferme Madelonne, Gouvy, gouvy.eu/madelonne M2B, Avant-Bande @ 4 Ecluses, Dunkerque, Fr, 4ecluses.com

lundi 03 mars Neneh Cherry, Rocketnumber9 @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Fandango, Pete Gumbogumbo @ Het Depot, Leuven, hetdepot.be

mardi 04 mars Nick Lowe @ CC De Spil, Roeselare, despil.be OneRepublic @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Motorama @ MAD Café, Liège Voorronde 3 Rockrace @ Kultuurkaffee, Bruxelles, kultuurkaffee.be Camel @ Vooruit, Gent, livenation.be Darkside @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Lavvi Ebbel @ 4AD, Diksmuide, 4ad.be Fall Out Boy, The Pretty Reckless; The Original Wailers @ den Atelier, Luxembourg, Lux, atelier.lu

plus des concerts sur: rifraf.be/concerts-gigs



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