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DÉCOUVREZ NOS HORS-SÉRIE

EXTRAITS DE LECTURE ISSUS DU > Hors-série Bordeaux en 101 sites et monuments > Hors-série L’Aquitaine en 101 paysages > Hors-série le Bassin d’Arcachon en 101 sites et monuments > Hors-série le Pays Basque en 101 sites et monuments > Hors-série le Lot-et-Garonne en 101 sites et monuments > Hors-série 101 Objets et symboles qui racontent Bordeaux


> Motifs

EXTRAIT DE LECTURE ISSUS DU > HORS-SÉRIE L’AQUITAINE EN 101 PAYSAGES

D. R.

Carte

d’identité Aquitaine 617 sites protégés,

couvrant une surface d’environ 295 904 ha, soit 7,2 % de la superficie de la région Aquitaine (41 308 km2).

La route de la Corniche basque.

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155 sites classés (30 580 ha / 0,74 %) 462 sites inscrits (265 324 ha / 6,42 %)

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Le rôle clé de la Dreal La Dreal Aquitaine (Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement) a pour mission de mettre en œuvre, à l’échelon régional, les politiques de l’État impulsées par le ministère de l’Écologie, du Développement Durable et de l’Énergie, et le ministère de l’Égalité des territoires et du Logement. Sous l’autorité du préfet de région, la Dreal pilote les politiques de développement durable résultant notamment des engagements du Grenelle de l’Environnement. Ainsi en est-il de la Politique des Sites qui relève de la responsabilité de l’État et est cogérée par la DREAL et la DRAC (Services Territoriaux de l’Architecture et du Patrimoine de la Direction Régionale des Affaires Culturelles).

Le village de Clermont-Soubiran.

aquitaine.developpement-durable.gouv.fr

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Deux formes de protection Les sites classés et inscrits sont des espaces protégés d’importance nationale. L’objectif est de conserver l’esprit des lieux et de les préserver de toutes atteintes graves. Une réglementation très stricte doit donc être respectée. Les sites classés sont les sites et monuments naturels dont l’intérêt paysager, artistique, scientifique, légendaire ou pittoresque est exceptionnel et qui méritent à cet égard d’être distingués et rigoureusement protégés. Les sites classés ne peuvent être ni détruits ni modifiés dans leur état ou leur aspect sauf autorisation spéciale. Les sites inscrits sont les sites qui, sans présenter une valeur ou une fragilité telles que soit justifié leur classement, ont suffisamment d’intérêt pour que leur évolution soit surveillée de très près. Tout changement d’aspect du site est soumis à déclaration préalable, à l’avis simple de l’architecte des Bâtiments de France et à son avis conforme pour les démolitions. www.aquitaine.developpement-durable.gouv.fr/sites-classes-et-inscrits-r43.html

Le plateau de Bious-Artigues.

4 • L’Aquitaine en 101 paysages


d’environ 11 610 ha, soit 2,5 % de la superficie du département.

80 Sites Inscrits

> Carte d’identité

10 Sites Classés

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94 Sites Inscrits

68 sites protégés

couvrant une superficie d’environ 140 865 ha soit 14,3 % de la superficie du département.

Pyrénées-Atlantiques

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couvrant une superficie 25 Sites Classés d’environ 65 719 ha, 43 Sites Inscrits soit 6,09 % de la superficie t a ill é e > p a ge dé du département. e t sites classés

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couvrant une superficie d’environ 38 673 ha, soit 4,26 % de la superficie du département.

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Lot-et-Garonne 104 sites protégés couvrant une superficie d’environ 11 610 ha, soit 2,5 % de la superficie du département.

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Pyrénées-Atlantiques 147 sites protégés couvrant une

10 sites classés 94 sites inscrits

superficie d’environ 39 037 ha soit 5,09 % de la superficie du département.

Dune du Pilat (33)

45 sites classés 102 sites inscrits

Vallée de la Vézère (24)

Typologie des sites en Aquitaine La région Aquitaine offre une diversité de sites qui ont été classés en 6 types illustrés par les pictogrammes suivants pour chacun des sites présentés.

Les bourgs, centres anciens, bastides, places de bastide et autres ensembles de patrimoine urbain.

Les sites naturels et les grands ensembles paysagers. Cela englobe les grands sites comme le val de l’Eyre, les étangs littoraux, les vallées de la Vézère et de la Dordogne mais également les sites naturels plus restreints tels que le courant Huchet.

Les châteaux, parcs et jardins, domaines, allées d’arbres et squares.

Les sites archéologiques, les mottes féodales, sites souterrains.

Les monuments naturels ponctuels : rochers, rocs et falaises, sources, arbres isolés…

Le patrimoine bâti protégé isolément : maisons fortes, église, abbaye, moulin, distillerie, airial, ferme… Cette catégorie regroupe les protections du patrimoine bâti limitées à l’élément bâti et à ses abords immédiats.

L’Aquitaine en 101 paysages • 5


CABINET

DE CURIOSITÉS

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TÉTRODON RÉ G E N T

4 | 101 objets et symboles qui racontent Bordeaux

du Chapeau-Rouge… À ne pas confondre non plus avec le « Bistro Régent », une enseigne customisée par l’artiste Jofo (voir p.112), dont on retrouve les adresses en de multiples endroits de la ville, y compris sur les bassins à flot, où un bateau-brasserie (H) a jeté l’ancre.

D’après le texte de Marc Saboya paru dans Bordeaux, l’architecture et son double, éd. Le Festin, 2013.

© Xavier Rosan

Un régent est une personne qui exerce le pouvoir dans certaines circonstances exceptionnelles, qui gouverne, qui administre, voire qui enseigne dans une faculté (mais c’était sous l’Ancien Régime) ou encore qui exerce une profonde influence sur les goûts, les tendances de ses pairs, de ses contemporains. De cette position dominante, plusieurs établissements de bouche à Bordeaux, se disputent désormais le titre. De longtemps, le Café Régent de la place Gambetta fut une brasserie de premier ordre où le ban et l’arrière-ban de la bourgeoisie locale, mais aussi intellectuels et artistes, se réunissaient. D’autres adresses n’attendirent pas qu’il fût transformé en pizzeria (et changeât d’appellation) pour s’emparer du nom. On parla même de « guerre des Régents »... Si vous fixez un rendez-vous au « Régent, face au Grand-Théâtre », prenez soin de préciser s’il s’agit du restaurant du Grand Hôtel de Bordeaux (qui ne s’appelle d’ailleurs plus ainsi, mais les habitudes ont la vie dure), place de la Comédie, face aux colonnes de Victor Louis, ou celui du n° 2, cours

Les Tétrodons (du grec tetra – quatre – et odous – dent) ne sont pas véritablement bordelais, puisque, jusqu’en 2012, ils étaient 90 au village de vacances de Claouey (commune de Lège-Cap-Ferret, sur le Bassin d’Arcachon) où ils avaient été installés en 1978, avant d’être pour certains détruits, pour la plupart rachetés par Jean-Marc Gancille et Philippe Barre qui pilotent le projet Darwin sur la rive droite de Bordeaux. Il s’agit de constructions modulaires industrialisées, inspirées du container et imaginées en 1972 par trois architectes de l’agence AUA, Jacques Berce, Henri Ciriani et Borja Huidobro, et construites par le groupe Barbot. Le Tétrodon se présente comme un parallélépipède en verre de polyester et mousse de polyuréthane soufflés, d’où font saillie comme des dents les coques de différents volumes intérieurs. Ces excroissances sont tournées vers l’intérieur pour le transport et repoussées à l’extérieur lorsque le Tétrodon – qui est aussi le nom d’un poisson qui se gonfle lorsqu’il est en danger – est en place. Ces véritables petites maisons, comportant chambres, cuisine, salon, salle de bain, sanitaires et rangements, s’intègrent dans un cadre d’acier aux dimensions d’un container (6 à 12 m de long, pour 2,44 m de large et 2,59 m de haut), ce qui facilite leur transport et permet de les associer pour former des unités de logements dans les trois dimensions. On peut donc en voir à Darwin, ou encore à l’école nationale d’architecture et de paysage, à Talence.


C A B I N E T D E D E C U R I O S I TÉ S

EXTRAIT DE LECTURE ISSUS DU > HORS-SÉRIE 101 OBJETS ET SYMBOLES QUI RACONTENT BORDEAUX

Affluence sur les quais lors de l’escale de L’Hermione à Bordeaux, en 2015.

Touristes

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Réhabilitation des quais, arrivée du tramway qui, du fait des travaux d’aménagement requis, embellit tout ce qu’il frôle sur son passage, intense campagne de ravalement des façades, transformation de la rive droite… En 2007, Bordeaux est fin prête pour recevoir l’extrême onction patrimoniale : le prestigieux label Unesco. L’année précédente, la ville, déjà candidate, s’était vue souffler la préséance au bénéfice du Havre. Le dossier, alors limité au secteur correspondant au « Port des Lumières » (c’est-à-dire les quartiers des négociants dans l’environnement des quais), avait été retoqué en partie pour son caractère par trop limitatif. La nouvelle candidature élargit en conséquence le périmètre à l’ensemble de la rive gauche, mettant en relief la grande diversité artistique qui transparaît dans son architecture, de l’Antiquité (vestiges du Palais Gallien, voir p. 108) aux formulations les plus contemporaines (Tribunal de Grande Instance de Richard Rogers, mais aussi les aménagements urbains des quartiers de Mériadeck ou du Grand Parc), en passant par le sacro-saint classicisme des Intendants et son lot de chefs-d’œuvre (place de la Bourse, façade des quais, GrandThéâtre) ou les nombreuses traces XIXe ou Art déco (Bourse du Travail, stade Chaban-Delmas…). Cet élargissement des perspectives

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UNESCO

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vaut en conséquence à la capitale régionale de rejoindre le club assez select des villes françaises distinguées par l’instance patrimoniale internationale, en tant qu’ensemble urbain exceptionnel. Le périmètre retenu concerne un vaste secteur de 1810 ha et concerne pas moins de 130 000 habitants. La ville, qui compte par ailleurs 474 édifices protégés au titre des Monuments historiques (100 classés – dont 8 appartenant à l’État, 3 au département de la Gironde, 40 à la commune et 49 sont privés – et 374 inscrits sur l’Inventaire supplémentaire des MH), disposait déjà de trois monuments labellisés Patrimoine mondial de l’Unesco. Il s’agit, depuis 1998, de la cathédrale Saint-André et des basiliques Saint-Michel et Saint-Seurin, au titre des Chemins de France de Saint-Jacques de Compostelle. La qualité de « patrimoine mondial », qui n’est associée à aucun financement particulier, a essentiellement valeur de référence auprès du grand public et de levier économique, notamment via le tourisme, qu’une telle distinction ne manque pas d’amplifier.

Longtemps, Bordeaux a ignoré le touriste, et inversement. Retournement complet de situation depuis le début du XXIe siècle et le lifting opéré grâce au dieu tramway (auquel il faut ajouter le réaménagement des quais, dont le miroir d’eau n’est pas un des moindres atouts, ou encore les événements qu’ont représenté l’édification du pont levant Jacques Chaban-Delmas et la construction du Grand Stade – en attendant la Cité du Vin). En 2015, la ville a été élue « meilleure destination européenne » lors d’une consultation en ligne 1 où elle a recueilli plus de 42 396 votes, soit 17 % des suffrages, assez nettement devant Lisbonne (37 621) et Athènes (28 184). Deuxième ville touristique de France après Paris en nombre de visiteurs (5,8 millions, contre 2 millions il y a dix ans), elle se hisse au 10e rang au niveau national pour le nombre de nuitées (derrière Paris, Lyon, Lourdes, Toulouse, Nice, La Rochelle, Honfleur, Carcassonne et Strasbourg), avec 2,7 millions, et en 4e position en terme de tourisme d’affaires après Paris, Nice et Toulouse. « La métropole bordelaise entraîne avec elle des noms et des sites prestigieux : l’estuaire de la Gironde, la presqu’île du Médoc, le Bassin d’Arcachon, la dune du Pilat, la citadelle de Blaye et le Verrou Vauban et bien sûr les milliers de châteaux, terroirs et appellations qui composent le plus célèbre vignoble de la planète », a déclaré Alain Juppé le 24 avril 2015, lors de la signature du Contrat de Destination touristique, en présence du ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, lequel a reconnu que « Bordeaux est un exemple à suivre ». Si les touristes français sont de loin les plus nombreux, les étrangers représentent désormais jusqu’à 25 % de la fréquentation totale, au rang desquels les Anglais – histoire oblige – se classent en tête, devant les Espagnols, les Américains (grâce aux croisières), tandis qu’Asiatiques (et notamment Chinois) et Australiens ne sont pas en reste. 1 Par European Best Destination, site en ligne anglophone basé à

Bruxelles, qui s’efforce de promouvoir le tourisme en Europe, en partenariat avec les offices de tourisme de 150 villes du continent. europeanbestdestinations.com.

101 objets et symboles qui racontent Bordeaux

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> Motifs du Pays Basque

Le Pays Basque par les peintres par Dominique Dussol

« L’âme d’un pays, même d’un petit pays, est chose impénétrable à des yeux superficiels. Il faut un long séjour, il faut avoir assisté aux diverses variations des saisons pour connaître vraiment les êtres et les choses qui vous entourent. » Henri Godbarge, Arts basques anciens et modernes

© Musée Basque et de l’histoire de Bayonne, cl. Alain Arnold

L’invention de la peinture basque s’inscrit dans le grand mouvement régionaliste qui se développa en France vers la fin du XIXe siècle. Cherchant à se démarquer des courants nationaux, plusieurs artistes, regroupés en associations, tentèrent d’affirmer avec leurs pinceaux leur identité sur une aire géographique et linguistique s’étendant sur sept provinces des deux côtés des Pyrénées. Cependant, tras los montes, les revendications, les intentions, comme les stratégies furent bien distinctes. Parmi les peintres du Pays basque nord, on peut attribuer à Gustave Colin un rôle de précurseur, puisque cet artiste natif d’Arras inaugura avec un réalisme vigoureux les thèmes de la ruralité ou du jeu de pelote en Euskadi, essaimant les premiers jalons d’une tradition picturale euskarienne. Dans le même temps, se constituait autour de Léon Bonnat, une hypothétique « école de Bayonne ». Bergès, Etcheverry, Caro-Delvaille, Pascau ou Henri Zo se rassemblèrent autour du vénéré maître, succombant eux aussi au pittoresque de quelques sujets basques, mais sans partager pour autant un véritable consensus esthétique si ce n’est celui d’un académisme tenace. Gustave Colin (1828-1910), Partie de pelote sous les remparts de Fontarabie.

© Lysiane Gauthier, mairie de Bordeaux

Pierre-Albert Bégaud (1901-1956), Fronton à Bidarray.

12 • Le Pays Basque en 101 sites et monuments


> Le Pays Basque par les peintres

© Musée Basque et de l’histoire de Bayonne, cl. Alain Arnold

© Musée Basque et de l’histoire de Bayonne, cl. Alain Arnold

EXTRAIT DE LECTURE ISSUS DU > HORS-SÉRIE LE PAYS BASQUE EN 101 SITES ET MONUMENTS

Ramiro Arrue (1892-1971), Famille de pêcheurs et de paysans.

Félix Tobeen (1180-1938), Buveur au xahakoa.

Henri Zo (1873-1933), Euskal Herria.

© Jean-Christophe Garcia

On pourrait tout autant revendiquer le terme « d’école de Ciboure » pour désigner les artistes de la génération suivante qui se retrouvèrent dans ce village de pêcheurs en marge de l’effervescence des proches stations balnéaires. Ainsi, au début des années 1920, « le groupe des Neuf » rassemblait, autour de la figure dominante de Ramiro Arrue, René Choquet, Pierre Labrouche, Perico Ribera, Raymond Virac, Charles Colin et, de façon plus sporadique Jean-Gabriel Domergue et Henri Godbarge. Tous s’attachèrent à montrer le charme des paysages bucoliques, la noblesse des activités agricoles ou maritimes, le pittoresque haut en couleur des coutumes festives ou sportives. La terre, la famille, la solidarité entre les hommes d’un même pays apparaissent alors comme des valeurs stables et intemporelles. Cette imagerie rassurante, mise au service d’un programme idéologique et didactique, entend exalter les vertus de la « race basque ». Dans ces conditions, l’expression picturale reste sage, le dessin solide, le propos lisible. C’est cette permanence qu’exprime la peinture de Ramiro Arrue dont le calme classicisme regarde parfois du côté des simplifications cubistes. D’ailleurs, chacun puise modérément dans l’héritage des avant-gardes, retenant des leçons post-impressionnistes, ici une franchise picturale, là des couleurs vives et sensuelles, ailleurs une écriture plus froide et synthétique. Le pléthorique Louis Floutier ou le talentueux illustrateur Pablo Tillac contribuent à leur tour à populariser le Pays basque, tout comme l’avait fait, en 1925, l’Exposition des Arts décoratifs à Paris. Bientôt, les voisins bordelais, Basques d’adoption, tous professeurs à l’École des beaux-arts – Roganeau, Buzon, Bégaud, Cami, Marty, mais aussi Sonneville – passent leurs vacances dans les environs de Bidarray et multiplient les paysages de Basse-Navarre, bien différents du réalisme poétique d’un Tobeen. Le Pays basque fut donc une inépuisable source d’inspiration pour les peintres. Aussi, faut-il voir derrière l’imagerie parfois naïve des pelotaris, contrebandiers ou danseurs de fandango, un sentiment plus subtil capable d’exprimer la profondeur de l’âme basque.

© Musée Basque et de l’histoire de Bayonne, cl. Ludovic Zeller

L’école de Ciboure

Louis-Benjamin Floutier (1182-1936), Mariage basque, coll. R. Poulou.

Le Pays Basque en 101 sites et monuments • 13


Bordeaux, le temps de l’histoire

De l’opulente Burdigala romaine qui tira de substantiels bénéfices du commerce du vin, l’amphithéâtre du Palais Gallien demeure l’unique vestige encore sur pied. La toponymie vient à la rescousse des temps enfouis : la rue des Piliers-de-Tutelle évoque le grandiose forum situé en bordure du fleuve dont les dernières ruines furent démolies après la Fronde (quelques morceaux des volumineuses colonnes sont conservés dans les réserves du Musée d’Aquitaine).

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Lampe en terre cuite du cimetière galloromain de Terre-Nègre (Musée d’Aquitaine).

Le quartier de Terre-Nègre garde le souvenir du crématorium réservé aux plus humbles et dont les cendres noircissaient le sol du cimetière.

Bordeaux, sur la Carte générale de la France, par Cassini.

Détail du plafond du Grand-Théâtre, peint par François-Maurice Roganeau.

IIIe

récupérer la région et ses ressources au profit d’un pouvoir central qui affiche immédiatement sa défiance à l’égard de la population bordelaise en érigeant deux grandes forteresses, le Château Trompette, au nord, et le fort du Hâ, à l’ouest. L’introduction, au sein de la ville, de nouveaux bastions militaires est vécue comme une astreinte insupportable aux yeux des habitants désormais coutumiers de la liberté d’échange et de circulation. Le sévère édifice vient également contredire la profonde transformation urbaine en cours (notamment au niveau des Chartrons où l’essor du négoce hâte la construction d’entrepôts et de chais).

siècle

du xiiie siècle – incluant le bourg Saint-Éloi avec les rues de la Rousselle et Bouquière –, suivi d’un troisième au siècle suivant, incluant les quartiers de Sainte-Croix, Saint-Michel et Sainte-Eulalie. La ville, étendue sur 170 ha, abrite alors 30 000 habitants.

La « Petite Rome », alors forte de 20 000 habitants, s’organise selon un quadrillage imposé par de grands tracés, les cardo (axe nord-sud, approximativement rue Sainte-Catherine) et decumanus (est-ouest, rue Porte-Dijeaux), tandis que le port Navigère s’insère dans la ville au niveau des actuelles rues du Parlement et Cancéra. Ce n’est qu’à la fin du iiie siècle que la cité, jusque-là ouverte, se retranche derrière une première enceinte, épaisse muraille de 9 m de haut, hérissée de « tours si hautes que leur faîte perce les nuages du ciel », d’après le poète Ausone.

1154 C’est sous la domination anglaise, consécutive au mariage (1154) entre Aliénor d’Aquitaine et Henri II Plantagenêt, que Bordeaux connaît une nouvelle période de croissance économique particulièrement favorable à l’enrichissement de son patrimoine (basiliques Saint-Michel, Saint-André).

Moyen Âge

1453

Avec la chute de l’empire romain, l’ancien emporion (pôle de commerce), pillé par les Vandales dès le ve siècle, sombre dans l’oubli, jusqu’au retour de la paix, vers le xe siècle. La ville se reconstruit à partir des édifices religieux, tels le sanctuaire de Saint-Seurin et le monastère de SainteCroix dont les nouvelles transformations expriment le renouveau roman. Un deuxième rempart, le burgus, est élevé au début

La bataille de Castillon, en 1453, voit les armées françaises triompher et

XVIIe

siècle

La ville vit un véritable âge d’or, grâce au marché

© Musée des beaux-arts de Bordeaux

Début du 1er millénaire

© Jacques Péré

siècle av. J.-C.

Les Bituriges Vivisques, peuple celte, s’établissent au confluent de plusieurs cours d’eau se jetant dans la Garonne.

D. R.

IIIe

1711

Joseph Vernet, Vue du port de Bordeaux, prise du Château Trompette, 1759. 6 | Bordeaux en 101 sites et monuments

du vin, mais également du fait de l’obtention, décidée par Colbert, du monopole du négoce avec les Antilles, faisant du port une plaque tournante du commerce international, avec les réserves de tissus, d’armes, de farine, de café, de cacao ou de sucre. Bordeaux est, vers cette période, le deuxième port d’Europe et le premier de France, position qui s’appuie substantiellement sur l’essor du commerce triangulaire : des populations de l’Afrique noire sont achetées et déportées vers les îles des Caraïbes où les survivants sont envoyés en esclavage afin d’y cultiver les plantations de canne à sucre. Le plafond du GrandThéâtre (voir pp. 38-39), peint à l’origine par Robin, accueille une des rares illustrations que l’on peut croiser dans la ville de ce trafic négrier (avec quelques mascarons disséminés sur des façades des quais, et une section au Musée d’Aquitaine).

La toute puissance de Bordeaux, qui coordonne les échanges entre son arrièrepays, les Îles et l’Europe du Nord, est mise au service de son propre embellissement.


© Alban Gilbert

© Thomas Sanson / Ville de Bordeaux

LE TEMPS DE L’HISTOIRE

EXTRAIT DE LECTURE ISSUS DU > HORS-SÉRIE BORDEAUX EN 101 SITES ET MONUMENTS

Les allées de Tourny, depuis la terrasse du Grand-Théâtre.

La place de la Bourse, somptueuse vitrine de la ville.

1720

C’est entre 1720 et 1757 que les intendants Boucher, puis Tourny modifient notablement la morphologie de Bordeaux. La ville se défait des anciens remparts qui obstruaient son accès au fleuve, expose au grand jour son activité trépidante et ses richesses, se modernise.

1733

1744 Au-delà, dans la partie nord du centre historique, Tourny s’emploie également à moderniser les abords du Château Trompette pour l’agrément des citadins. Il dessine des promenades publiques, des allées et un cours (aujourd’hui GeorgesClemenceau) qui portent son nom et un Jardin public. Dans un souci de salubrité publique, la ville s’aère aussi de l’intérieur, avec la création de places – Dauphine (Gambetta), Saint-Julien (Victoire), Bourgogne (Bir-Hakeim), Saint-Germain (Tourny) –, l’érection de plusieurs portes monumentales et l’accomplissement de nouveaux quartiers autour des actuels cours de la Marne, Aristide-Briand, d’Albret et GeorgesClemenceau.

D.R.

L’écrin de la place de la Bourse (autrefois dite « royale » voir pp. 22-23), prolongée par la façade des quais, constitue une magnifique vitrine destinée à accueillir les étrangers arrivant par bateau. Sa somptuosité parfaitement équilibrée, dénuée d’ostentation, semble

exprimer l’assurance d’une fortune qui dialogue en harmonie avec l’éternité.

Démolition du cloître de la Cathédrale, et percée du cours Alsaceet-Lorraine, par Léo Drouyn.

1773

organisant aussi bien le contournement que l’accès au centre-ville. On pave les rues, éclaire la voirie, installe des fontaines, on crée de nouveaux marchés, on rectifie le port, assainit les palus environnants, corrige les lits du Peugue et de la Devèze…

En 1773, l’architecte Victor Louis donne son chefd’œuvre, le Grand-Théâtre, couplé à un îlot d’hôtels particuliers, jetant ainsi les assises du futur quartier des Quinconces – tandis que Joseph Étienne et Richard François Bonfin élèvent de leur côté le palais Rohan en regard de la cathédrale Saint-André, siège de l’archevêché destiné à devenir plus tard, sous la République, l’hôtel de Ville (1837). XIXe

1821 C’est au niveau du fleuve que se produisent les changements les plus significatifs. La ville a jusqu’ici privilégié son débouché avec l’Atlantique plutôt que ses relations avec l’autre rive de la Garonne. Premier franchissement sur la rivière, le Pont de pierre (1821) permet de désenclaver la rive droite où s’organisent rapidement les quartiers ouvriers de La Bastide et La Benauge. De même, la mise en place de quais verticaux, en remplacement des plages de gravier et de sable, poursuit la modernisation du port, en voie d’industrialisation

siècle

Au xixe, on ne tergiverse pas avec les besoins d’un Bordeaux qui ne saurait être moderne seulement en façade mais nécessite des infrastructures et des équipements d’envergure. Comme à Paris à la même période, ingénieurs et édiles agissent sans scrupule, éventrent la cité, rasent les vieilles masures pour dégager des artères tirées au cordeau : les cours Alsace-et-Lorraine ou Pasteur au sud, du Médoc ou Balguerie-Stuttenberg au nord, la rue Vital-Carles au centre, dessinent des axes de circulation larges et fonctionnels, complétés, à partir de 1867, par le tracé semi-circulaire des boulevards, enceinte d’un nouveau genre, composée de « barrières » (intersections avec les avenues qui rejoignent les communes limitrophes),

(modernisation des chantiers de construction navale, implantation d’usines chimiques).

1825 En ville, de nouveaux édifices voient le jour, tels l’hôpital Saint-André (1825) et le palais de justice (1846), de part et d’autre de la place de la République, le dépôt de mendicité (aujourd’hui lycée Gustave-Eiffel), ou encore les facultés du cours Pasteur et de la place de la Victoire. Au demeurant, les architectes de l’époque s’inscrivent dans une certaine continuité avec leurs prédécesseurs du xviiie, contribuant à consolider l’unité stylistique de la ville : l’achèvement de la place du Parlement et la fontaine de Louis Garros en son centre, le répertoire décoratif de la façade du « château » Descas, le hall de la Bourse, et jusqu’à la bourse maritime de 1925… attestent de cet attachement persistant au classicisme.

© Isabelle Minbielle

Un premier alignement de façades est proposé dès 1711 le long des fossés qui mènent à l’hôtel de Ville de l’époque (actuel cours Victor-Hugo) : une suite de maisons neuves de gabarit identique forme ainsi la première façade bordelaise.

Le Pont de pierre relie le quartier de La Bastide à la rive Gauche.

Bordeaux en 101 sites et monuments | 7


> Motifs du Bassin

© Antoine Guilhem-Ducléon

EXTRAIT DE LECTURE ISSUS DU > HORS-SÉRIE LE BASSIN D’ARCACHON EN 101 SITES ET MONUMENTS

La pinasse,

tout un mythe

par Alain Aviotte

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Les ères mécaniques

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12 • Le Bassin d’Arcachon en 101 sites et monuments

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www.ville-gujanmestras.fr www.lapinasse.fr

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L’avènement des bains de mer et les vertus « de l’air balsamique » vont changer la donne. En 1900, le retour des parcs ostréicoles fraîchement créés se fait encore en pinasse à voile. Idem pour la pêche à la « trahine », ou traine, dans les eaux intérieures. En 1905, l’équipement d’un monocylindre utilisant le pétrole comme carburant transforme l’embarcation en pétroleuse ! Les moteurs à essence apparaissent en 1922, et il faudra attendre 1942 pour que le premier moteur diesel soit installé à bord par le chantier Dubourdieu. Entre-temps, la pinasse s’est émancipée. Bois précieux et laiton poli ont fait leur apparition. Le système dit à crémaillère (on peut relever l’arbre d’hélice en fonction du tirant d’eau) a équipé les pinasses ostréicoles et la coque à talon devient monnaie courante sur la « pinasse de Monsieur », très souvent dotée d’un marin local à la manœuvre. Les Années folles sont passées par là. Sur la « pinasse de Monsieur », les robes en lin blanc habillent le corps des baigneuses de transparence et les soupers sont fins ! La légende est en marche. Un compromis technique entre ossature en bois et coque en plastique a permis de développer la construction de bateaux contemporains dans la lignée de la « pinasse ». Il reste encore cependant quelques exemplaires des pinasses historiques dans leur jus. Icônes emblématiques du Bassin, elles en sont aussi la mémoire. Véritable Sisyphe à maintenir en état, elles ont tendance à s’échouer un peu partout en tant qu’objets mémoriels de décoration ! Sortez les appareils photo quand vous en croisez une sur l’eau et saluez en guise de remerciement les marins qui ont choisi de naviguer sur un mythe.

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Inutile de survoler l’histoire des bateaux de la Royale ou celle de Jack Sparrow et son Black Pearl pour parler pinasse. Il suffit d’échouer modestement sur les rives du Bassin d’Arcachon où on en trouve une première trace de vente chez un notaire testerin dans des documents de 1553 et 1556. Quand la petite et la grande tillole à rames apparaissent sur le Bassin, elles ont des faux airs de « pointu » de la Méditerranée. Entre la pinaccia italienne et la tilla galicienne. Étymologiquement, tout tourne autour de la bordée qui tapisse les flancs du bateau. De là à en déduire que l’utilisation du bois de pin fut un acte de baptême, il n’y a qu’un pas, trop rapidement franchi. Pin, pinasse, l’homophonie est tentante. À y regarder d’un peu plus près, le « bordage » en pin est fréquent, mais l’utilisation de l’acacia est évidente pour les membrures ployées. La quille principale et la quille d’angle, l’étrave, l’étambot et les varangues sont en chêne. Pour ne parler que du secteur de Gujan-Mestras, une dizaine de chantiers sont à l’œuvre au début du XXe siècle, construisant des chaloupes pour la Royale, des maquereautiers, thoniers, pinasses sardinières ou autres « pinasottes ». Les bateaux en bois, pinasses incluses, qui sortent de ces chantiers, sont essentiellement des bateaux de pêche. Le Masson du Parc, dans un procès-verbal daté de 1727, décomptera 204 « pinasses » réparties sur l’ensemble du Bassin. Ces bateaux sont apparentés à la catégorie des « tilloles » : « Une navette aux deux bouts un peu relevés, entre 6,50 et 7,15 m de long, de 1,80 m de large », peu élevée sur l’eau et destinée à la pêche locale en baies peu profondes.


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> Motifs du Bassin

Le pays de l’huître par Sébastien Gazeau

Il fut un temps où l’huître était le coquillage le plus abondant de nos régions. Il suffisait d’aller draguer en chaloupe ou de ratisser les crassats du Bassin d’Arcachon, ces trous restés en eau à marée basse, pour en rapporter de pleins paniers. On le fit tant et si bien au cours du XVIIIe siècle que les gisements sauvages vinrent à diminuer et qu’on envisagea d’en développer la culture. Les premières demandes de bancs d’huîtres artificiels furent déposées en 1848. Puis il fallut attendre 1860 pour que Napoléon III en accordât quelquesunes et que l’huître s’ouvrît à l’ère industrielle. En ce temps-là, on ne trouvait que la plate – appelée gravette – dont on ignorait encore qu’elle allait disparaître. Son éviction fut précipitée dès 1868, après qu’une cargaison d’huîtres creuses portugaises fut jetée par-dessus le bord du Morlaisien dans l’estuaire de la Gironde, où cette nouvelle espèce prospéra. D’estrangeyre, la portugaise devint dominante, puis la seule (ou presque) à croître dans le Bassin d’Arcachon avant de s’éteindre vers 1970, date à laquelle on dut importer une troisième variété. Ce fut encore une creuse, originaire cette fois du Japon, savamment nommée crassostrea gigas.

Le charme des villages ostréicoles Entre-temps, les premiers parqueurs avaient inventé l’ostréiculture moderne. Dès 1865, un maçon de La Teste-de-Buch, Jean Michelet, avait conçu un mélange de sable et de chaux qui, enduit sur des tuiles elles-mêmes plongées à des endroits précis du Bassin, permettait de collecter les larves d’huîtres venues s’y déposer. Il s’agissait ensuite de détroquer les naissains, c’est-à-dire de retirer délicatement ces larves devenues jeunes huîtres, les laisser « faire de la coquille » pendant près de trois ans avant de pouvoir les consommer. Les techniques mises en place il y a 150 ans sont toujours en vigueur, et c’est sans aucun doute cette étrange impression qui fascine lorsqu’on déambule parmi les cabanes ostréicoles éparpillées tout autour du Bassin. Celles de la côte noroît sont à ce titre remarquables car elles forment un chapelet de villages au charme intact, tous inscrits à l’inventaire des sites pittoresques et rattachés à la commune de Lège-Cap-Ferret. En tout, ce sont plus de 1500 cabanes qui abritent, bon an, mal an, le rude travail des ostréiculteurs.

Les huîtres sont un des trésors du Bassin d’Arcachon, un bien d’autant plus précieux qu’il est l’objet d’un commerce fait, comme la marée, de hauts et de bas. D’où la volonté affirmée, ces dernières années, soit par la filière ostréicole elle-même, soit par les villes qui en vivent en partie, de mieux faire connaître cette réalité aussi fragile que vivace. À Gujan-Mestras, où plus de la moitié des huîtres du Bassin sont produites, la Maison de l’Huître s’est ainsi donnée pour mission, il y a quelques années, de faire découvrir cette culture autochtone et de la préserver. On y apprend mille choses, dont la plus importante concernant les huîtres : qu’il faut les déguster face au Bassin ! Maison de l’Huître Port de Larros T. 05 56 66 23 71 www.maisondelhuitre.fr Pescatourisme Pêche et ostréiculture sur le Bassin avec des professionnels. Sorties selon les horaires des marées. www.bassin-arcachon.com/embarquez-a-la-maree-bassin-arcachon.html

Le Bassin d’Arcachon en 101 sites et monuments • 13


VIEU X BORDEAUX La façade des quais est aussi l’image de la ville, celle que découvre le voyageur. Au-dessus de ce gigantesque ruban de pierre qui épouse les formes du fleuve, pointe la cité médiévale, avec ses toitures, ses clochers et ses tours. En un coup d’œil, se dévoile le panorama de quelques siècles.

Place de la Bourse 1733-1755

Quai du Maréchal-Lyautey | Tram C, Place de la Bourse

Depuis le règne d’Henri IV, les grandes villes de province, suivant l’exemple de Paris, s’enorgueillissaient de nouvelles places royales qui servaient d’écrin de pierre à l’effigie des rois. Les jurats bordelais réclamaient leur monument, mais ce vœu resta en suspens quelque temps, car où trouverait-on, dans cette ville close, emmurée depuis quatorze siècles, un espace suffisamment digne par ses proportions pour accueillir la statue du souverain ?

Un si grand spectacle que ce port Après quelques tentatives avortées au cours du xviie siècle, le marquis de Durfort-Boissière proposa en 1700 d’ouvrir une place Royale en regard du fleuve. Mais c’est l’intendant Claude Boucher qui, dès son arrivée à Bordeaux en 1720, entreprit de mettre ce projet à exécution. Confié à l’architecte Héricé, qui suggéra, en hommage à Louis XIV, une place ovale accolée aux remparts, le projet, un peu étriqué, souleva un tollé de protestations. Celui confié en 1728 à Robert de Cotte n’eut pas davantage de succès. Pour couper court à de nouveaux refus, le contrôleur général Le Pelletier chargea un architecte du roi, Jacques Gabriel (cousin et élève de Jules Hardouin-Mansart, il avait déjà été chargé de la reconstruction de Rennes) de se rendre sur place. En arrivant à Bordeaux, en 1729, il déclara, après avoir admiré la courbe du fleuve, qu’il n’avait « jamais vu un si beau coup d’œil et un si grand spectacle que ce port ; il mérite bien de faire quelque chose qui soit recommandable à la postérité ». Pour cela, il proposa la même année trois projets, dont le moins audacieux du point de vue urbain fut retenu par les Jurats. Après plusieurs modifications, il signa les plans définitifs de la place Royale, le 22 mars 1733.

Le salon Gabriel Dédiée au roi Louis XV « le bien-aimé », elle se présentait comme une place rectangulaire à pans coupés, devancée par une terrasse ouvrant sur le

22 | Bordeaux en 101 sites et monuments

fleuve. Se détachant de l’architecture uniforme des façades, deux édifices publics, directement liés à l’activité portuaire, se dressaient aux angles de l’espace avec un traitement particulier qui correspondait à leur fonction. Il s’agissait, au sud, de l’hôtel des Fermes (1738, il accueille actuellement les Douanes) et, au nord, de l’hôtel de la Bourse (1749, où sont logés la chambre du commerce et de l’industrie de Bordeaux, ainsi que le tribunal du commerce), dont les frontons sculptés et les campaniles redonnaient un équilibre harmonieux à l’ensemble. Autour de la statue royale, élevée sur un piédestal et érigée au centre de la place, se dressait une rangée de façades régulières sur trois côtés, dans un style parisien, inhabituel à Bordeaux et qui « évoquait l’idée d’un salon Louis XV dont les boiseries auraient été de pierre » (Paul Courteault). Reposant sur un puissant rez-dechaussée, percé d’arcatures et orné de refends, se superposent les baies de l’étage noble et de l’étage attique, une corniche et une rangée de balustres – chaque travée étant rythmée par des pilastres colossaux. Pour la toiture d’ardoise, le comble brisé est percé de lucarnes. Sur cette trame orthogonale, on plaqua une élégante décoration sculptée, traitée dans « le goût rocaille » par le sculpteur versaillais Verberckt, aidé de Van der Woort qui greffèrent mascarons, agrafes, trophées et pots à feu sur l’architecture classique de Gabriel. Dans la cour intérieure de l’hôtel des Douanes, une élégante fontaine rocaille, adossée au mur et signée de Verberckt, rappelle celle de la place Saint-Projet.

Le dialogue des siècles En 1742, la chambre de commerce de Bordeaux, créée au début du siècle, s’installa enfin place de la Bourse. L’année suivante, un an après la mort de Gabriel, le marquis de Tourny fut nommé à l’intendance de Guyenne et prit la succession de Boucher. Le décor était planté pour accueillir la statue équestre de Louis XV, qui sortit des ateliers des Lemoyne père et fils. Dans la dernière

phase des travaux de la place, les initiatives du nouvel intendant étouffèrent quelque peu le talent de Jacques-Ange Gabriel, qui avait succédé à son père. L’architecte se contenta de concrétiser les idées de Tourny, pressentant peut-être que d’autres chantiers prestigieux l’attendaient à Versailles ou à Paris. Descendue de son socle, la statue royale fut démantelée en 1792 par les Révolutionnaires (une réduction en bronze est conservée au musée des arts décoratifs de Bordeaux). Les bas-reliefs du piédestal, sculptés par Francin dans le marbre de Carrare, furent conservés (exposés au musée d’Aquitaine). Sous la Restauration, l’architecte Durand érigea une colonne et un bassin, dont la première pierre fut posée par la duchesse de Berry en 1828. Enfin, en 1869, le maire Guillaume Brochon commanda au statuaire parisien Gumery, aidé par le Bordelais Jouhando, une fontaine dite « des trois Grâces » (Euphrosyne, la Joie, Aglaé, la Beauté, et Thalie, la Floraison), dessinée sur les plans de Visconti. Lors des travaux de calepinage, en 2005, on hésita à redonner à la place sa physionomie d’origine, en réalisant une copie de la statue équestre. On opta finalement pour la restitution, après restauration, de la belle fontaine du Second Empire, et c’est tant mieux. Car les siècles se côtoient sur la place de la Bourse : son cadre architectural du xviiie siècle, sa fontaine du xixe siècle et le tramway qui se glisse silencieusement entre la place et le miroir d’eau donnent l’image d’une ville qui respecte son patrimoine, mais qui ne reste pas figée dans le passé. DD Musée national des Douanes Ouverture : tous les jours sauf les lundis, 1er janvier et 25 décembre, de 10 h à 18 h. Renseignements : 05 56 48 82 82 www.musee-douanes.fr

© Alban Gilbert

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EXTRAIT DE LECTURE ISSUS DU > HORS-SÉRIE BORDEAUX EN 101 SITES ET MONUMENTS

En haut : la fontaine des Trois-Grâces trône au milieu de la place. En bas, à gauche : le hall rénové de la CCI. À droite : un des salons de la Douane.

Bordeaux en 101 sites et monuments | 23


> Marmande © Musée Albert-Marzelles

© Michel Dubau

EXTRAIT DE LECTURE ISSUS DU > HORS-SÉRIE LE LOT-ET-GARONNE EN 101 SITES ET MONUMENTS

Abel Boyé, La femme à la cruche. La petite fille au panier.

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Marmande > 91, rue de la Libération

Chapelle Saint-Benoît XVIIe siècle | MH 2005

Située dans la partie ouest de la ville, la chapelle Saint-Benoît est le seul vestige du couvent des Dames de Saint-Benoît, fondé en 1645 par Antoinette d’Esparbès de Lussan, marquise de Grignols. La plupart des bâtiments composant le couvent, confisqué à la Révolution, furent détruits pour construire la sous-préfecture. La chapelle échappa quant à elle à ce triste sort ; elle servit de grange puis de lieu de spectacle. Ce n’est qu’après 1839 qu’elle a été rendue à l’exercice du culte. L’entrée s’effectue par la façade, d’inspiration classique, donnant sur la rue de la Libération. La teinte méridionale des briquettes contraste avec l’imposant portail en pierre de taille, comportant un tympan en menuiserie orné de deux têtes d’angelot. Sur la belle porte en chêne, trumeau et linteau sont sculptés de grappes de fruits. De plan très simple – nef unique, chevet plat et deux chapelles latérales, ajoutées au XIXe siècle –, l’intérêt du monument réside surtout dans la voûte lambrissée du chœur, entièrement ornée d’un décor peint du XVIIe siècle : trois médaillons représentant des scènes bibliques, inscrits chacun dans un quadrilobe puis un carré, sur fond de rinceaux, de feuillages et de bustes d’anges, ornementation caractéristique du décor baroque. Toujours à l’intérieur de la chapelle, sept grands tableaux représentent des épisodes de la vie du Christ. Signés pour trois d’entre eux, leur style homogène laisse entendre qu’ils sont de la main du même auteur, le peintre Jean Michel (1659-1709), originaire d’Ariège. Celui-ci réalisa cette suite entre 1703 et 1705, alors qu’il venait de perdre sa place de peintre officiel de la Ville de Toulouse – susceptible, il avait frappé un capitoul qui avait insulté son travail… La Flagellation, particulièrement belle, s’inspire d’une fresque de Sebastiano del Piombo à San Pietro in Montorio à Rome. Les chapelles latérales abritent, pour l’une un autel de style baroque du XVIIe siècle, pour l’autre des pièces d’orfèvrerie du XIXe. 30 • Le Lot-et-Garonne en 101 sites et monuments

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Marmande > 15, rue Abel-Boyé

Musée Albert-Marzelles 1984

Le musée est situé dans une maison du centre ville qui appartenait à Monsieur Albert Marzelles, notaire originaire de Marmande et qui fut léguée à la Ville en 1937. Ouvert au public en 1984 après restauration du bâtiment, le musée est labellisé Musée de France par le ministère de la Culture. Il a une double vocation, artistique et historique, et propose, tout au long de l’année, une riche programmation d’expositions de peintres et sculpteurs de grande renommée, des conférences d’histoire de l’art, des animations pour le public scolaire et des ateliers d’arts plastiques. Les collections du musée Albert-Marzelles se sont enrichies, au fil des ans, grâce à des legs, des dons ou des acquisitions provenant de familles illustres qui ont marqué la IIIe République. La collection la plus remarquable est celle de peintures du XIXe siècle de l’artiste marmandais Abel Boyé, exposée actuellement dans la salle du premier étage du musée. Abel Boyé (1864-1933), peintre académique, était l’un des artistes les plus célèbres de son époque. Après de brillantes études, il entre en 1883 à l’école des beaux-arts de Paris, où il est l’élève de Benjamin Constant. Travailleur acharné et infatigable, il expose jusqu’à la fin de sa vie dans les galeries d’art les plus réputées et les salons généralement fermés aux artistes novateurs tels les impressionnistes. Outre les grandes commandes d’État, Abel Boyé a réalisé de nombreux travaux pour des particuliers mais aussi les décors d’églises et de théâtres. Il a connu tous les honneurs, ou presque, que pouvait envisager un peintre notoire, et l’on trouve ses œuvres dans de nombreux musées. Une trentaine de tableaux, composée d’une majorité de portraits, est notamment conservée au musée Albert-Marzelles. Aujourd’hui perdue de vue, l’œuvre d’Abel Boyé demeure cependant un très vivant témoignage du goût et de la culture officielle de la fin du XIXe siècle et du tout début du XXe. Pascale Maurel Ouvert du mercredi au vendredi de 15 h à 18 h et le samedi de 10 h à 12 h et de 15 h à 18 h. Fermé les jours fériés. T. 05 53 64 42 04 www.mairie-marmande.fr


© Michel Dubau

> Marmande

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Marmande > Allée de l’Église

Église Notre-Dame et son cloître XIVe-XVIIe siècles

Au sein du quartier Labat, issu de l’enceinte du XIIe siècle, l’église Notre-Dame se dresse au-dessus de la ville dans ce faubourg qui s’est créé avec une trame urbaine rappelant celle des bastides. Quelques demeures à pans de bois y sont encore en élévation, notamment la Maison des métiers d’art, construite à l’extrême fin du XVe siècle ou au début du XVIe, et qui est aujourd’hui la mieux conservée d’entre elles. Les parties les plus anciennes de l’église, de style gothique, semblent remonter au XIVe siècle. Malgré de nombreuses réfections – elle a été agrandie et remaniée aux XVIe et XVIIe siècles –, Notre-Dame présente une certaine homogénéité. Composée d’une grande nef flanquée de deux bas-côtés et d’un chevet polygonal, l’église repose sur un plan que l’on retrouve dans d’autres grands édifices de la région. Les hautes arcades brisées, le triforium et les fenêtres à remplages confortent cette interprétation. Côté cloître, la façade extérieure, sobrement ornée, met en valeur l’harmonie des fenêtres hautes. Les culées massives et leur pinacle accentuent la verticalité des lignes tout en donnant une impression de robustesse à l’édifice.

Malgré l’aspect érodé de l’ensemble, la richesse et la variété de l’ornementation en font un monument remarquable. Chaque pilastre est agrémenté d’un losange ou d’un cercle, les chapiteaux inspirés du corinthien sont ornés de rinceaux, de feuillages, de personnages, de guirlandes de fleurs… Une galerie d’art sacré a par ailleurs été aménagée dans l’ancienne bibliothèque paroissiale. Elle abrite plusieurs objets et éléments de mobilier religieux de premier plan, certains classés Monuments historiques, notamment un calice en argent doré et un plat à quêter en laiton (XVIIe siècle), ainsi qu’une croix de procession en argent ( XVIIIe). Depuis la fin des années 1950, le carré central est aménagé en jardin à la française, inspiré par les dessins des massifs du château de Langeais, avec son plan symétrique, son bassin central et ses broderies de buis. Il a été classé « jardin remarquable » en 2007. Le cloître et son jardin servent aujourd’hui de décor à de nombreuses manifestations culturelles et patrimoniales.

Du monde sacré au monde profane Le cloître de style Renaissance, adossé à son flanc, est quant à lui daté, selon une épigraphe, de 1540. Ses deux galeries, composées d’une série de petites arcades en plein cintre, devaient servir autant de lieu de méditation pour les moines que d’ossuaire.

Le Lot-et-Garonne en 101 sites et monuments • 31


> Bayonne © Gabrielle Duplantier, pour les deux pages

Façade des maisons du quai Galuperie bordant la Nive.

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Bayonne > Place Paul-Bert

Quartier du Petit Bayonne xve-xxe siècles

Au Moyen Âge, les remparts du castrum romain s’ouvrent sur la Nive et l’urbanisation de la cité gagne bientôt la rive opposée pour investir le Bourg Neuf, connu désormais sous le nom de Petit Bayonne.

L’empreinte de Vauban En pénétrant dans le quartier par la porte Mousserolles, située à l’est de l’enceinte, le portail Mocoron, édifié sur le modèle des constructions du règne d’Edouard Ier, témoigne du passé anglais de Bayonne. En 1451, le retour au sein du Royaume de France est marqué par la construction du Château Neuf (MH 1929). Ce monument massif, longtemps perçu comme une menace avec ses deux tours à canon tournées vers les habitations, renferme de trop méconnues salles voûtées et offre un point de vue imprenable sur l’ensemble de la ville. L’urbanisation militaire du quartier, après l’intervention de Vauban, se poursuit jusqu’au XIXe siècle par la modernisation du système défensif, ainsi que la construction de l’hôpital militaire et des casernes sur l’emplacement d’anciens couvents d’ordres mendiants. Le rayonnement religieux du Petit Bayonne, qui remonte au XIIIe siècle, est aujourd’hui difficile à imaginer, tant les vestiges architecturaux ont été absorbés par le tissu urbain. Quelques petits trésors subsistent encore cependant. Il suffit de pousser la porte du bar Kalostrape pour imaginer les visitandines emprunter les arcades encore en place. 24 • Le Pays Basque en 101 sites et monuments

Puis il faut attendre le XIXe siècle et l’édification de Saint-André (place Paul-Bert) pour que la présence religieuse se réaffirme dans le paysage. L’église, édifiée en 1889 dans un style néo-gothique par les architectes Guichenné et Durand, doit cependant renoncer dès 1901 au maintien de ses deux flèches en raison de l’instabilité provoquée par le sol marécageux. Cette mésaventure rappelle qu’au Petit Bayonne, la présence de l’eau est partout. Sur les bords de Nive, bien sûr, mais également au travers des rues Marengo, Tonneliers, Coursic ou Pontrique, qui sont autant de témoignages des anciennes voies d’eau qui pénétraient le cœur du quartier jusqu’en 1578, date du détournement de l’Adour. La plupart ont conservé leurs arcades permettant alors d’abriter passants et marchandises fraîchement débarquées des tilholes, gabarres et galupes.

Émergence d’un quartier culturel Depuis quelques années, le quartier a bénéficié de nombreuses restaurations. Ainsi l’ancien Arsenal abrite désormais les bâtiments du conseil général et l’université. La bibliothèque universitaire, insérée dans le cavalier Sainte-Claire, illustre le pari audacieux de mêler patrimoine et architecture contemporaine (voir p. 19). Née avec le musée Bonnat, la vocation culturelle du Petit Bayonne s’est poursuivie avec la création du Musée Basque et de l’histoire de Bayonne, puis confirmée avec l’ouverture du Carré Bonnat, espace dédié à l’art contemporain (voir pages suivantes).


> Bayonne

EXTRAIT DE LECTURE ISSUS DU > HORS-SÉRIE LE PAYS BASQUE EN 101 SITES ET MONUMENTS

La place Paul-Bert.

Arcades des bords de la Nive.

Intérieur du trinquet Saint-André.

Enfin pour saisir l’âme du Petit Bayonne, il faut accepter de s’y perdre. Depuis la place Paul-Bert, lieu de rendez-vous incontournable, un choix de rues et ruelles s’offre aux curieux comme autant de rencontres possibles. La première sera sans doute au plus près, sur les tribunes du trinquet Saint-André qui, depuis le XVIe siècle, est le théâtre des jeux de pelote dont le claquement ne semble jamais devoir s’arrêter. Puis, en suivant le flot bruyant des fêtards qui s’emparent des rues et, de bar en bar, confirment l’esprit rebelle de cet îlot bigarré et envoûtant. AG

Eugène Pascau, La Sainte Famille (ou Le Charpentier de Nazareth), chapelle latérale gauche, église Saint-André.

Le Pays Basque en 101 sites et monuments • 25


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EXTRAIT DE LECTURE ISSUS DU > HORS-SÉRIE 101 OBJETS ET SYMBOLES QUI RACONTENT BORDEAUX

CACOLAC

À l’origine de cette fameuse boisson, il y a une dynastie de laitiers et leurs femmes, dont les troupeaux broutaient l’herbe tendre d’un endroit qui en est dÊsormais peu pourvu, la CitÊ Pinçon, à La Benauge.

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 Chez les Lanneluc, on a le lait dans les veines‌  Après un Êpisode menÊ par des investisseurs inquiets de faire dÊcoller les ventes en baisse au tournant des annÊes 1990, c’est le nouveau propriÊtaire qui a entrepris de redonner du souffle au cacao lactÊ girondin, soucieux de rendre son produit plus en phase avec les demandes des consommateurs. Sans oublier pour autant que, malgrÊ sa taille, moins importante que sa grande notoriÊtÊ, la marque Cacolac fait partie des cinquante prÊfÊrÊes des Français, un sacrÊ capital pour qui rêve d’exporter la boisson nÊe à La Benauge‌

CANNELÉS

IL Y A CANNELÉS ET CANELÉS

David Vincent DR

28 | 101 objets et symboles qui racontent Bordeaux

L’AVENIR EST DANS LE LAIT Cacolac a grandi, s’est dÊveloppÊ, a conquis des marchÊs, s’est lancÊ dans la publicitÊ, a rÊcoltÊ les fruits de son image singulière pour en faire un slogan. Il a quittÊ La Benauge pour gagner LÊognan et construire une usine plus moderne.

DR

LE CLUB DES AMATEURS DE CACOLAC Mais qui se souvient des vaches de Mme Bacquey, sinon la famille d’Albert et Charles Lanneluc, les plus industrieux de cette lignÊe, qui, après guerre, s’en revinrent d’un instructif voyage en Hollande avec l’idÊe du brevet qui ferait leur fortune ? Chez les Lanneluc, associÊs plus tard avec les Lauseig, on a le lait dans les veines, on voue à Pasteur et à son procÊdÊ le culte de celui à qui on doit tout. Y mettre du cacao Êtait tellement peu une Êvidence en 1954 qu’il y a encore des gens aujourd’hui pour s’Êtonner d’un tel mÊlange et jeter un œil moqueur ou compatissant au quidam attablÊ en terrasse qui en fait la commande. On aime railler l’amateur de Cacolac, tant on associe la boisson lactÊe à l’enfance. Elle renvoie à un âge d’or, ce temps de l’innocence oÚ le calcium pouvait s’accumuler en prÊvision d’une vieillesse aux os fragiles.

Š Christophe Goussard

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Une lÊgende tenace fait naÎtre l’ÊlÊgante pâtisserie connue sous le nom de  cannelÊ  dans les cuisines du couvent de l’Annonciade de Bordeaux (actuelle Drac Aquitaine), à la fin du XVIIe siècle. Les documents d’archives et l’archÊologie l’infirment catÊgoriquement. À cette même Êpoque, apparaÎt en effet à Bordeaux la  canole , spÊcialitÊ originaire de Limoges consistant en un pain  qui se fait avec la plus pure farine, & des jaunes d’œuf . Les artisans qui confectionnent ce produit sont regroupÊs dans la corporation des  Boulangers de pain-bÊni, Canauliers, Gostiers & Pancoussiers . Les  canaules  ou  canoles  de l’Ancien RÊgime, sont-elles les ancêtres de nos cannelÊs, que certains orthographient d’ailleurs  canelÊs  et encore  canelets  ? Cela semble vraisemblable, mais ces  canaules  ressemblaient-elles, quant à leur forme, aux cannelÊs ? Cela paraÎt en revanche fort improbable.

L’IDÉE, LA FORME ET LE MOULE

À quelle Êpoque la canaule reparaÎt-elle sous sa forme actuelle de cannelÊ ? Certaines personnes nÊes au tout dÊbut du xxe siècle ne se souviennent pas d’avoir jamais connu Bordeaux sans cannelÊs. D’autres qui sont leurs contemporaines jurent ne pas avoir vu de cannelÊs avant l’après-Seconde Guerre


2¸/CB@3A>ÆB7AA3@73A On a souvent exprimÊ l’opinion que Bordeaux n’Êtait pas une ville de pâtisserie. L’emblÊmatique cannelÊ n’est pourtant pas l’unique douceur produite ici. Au moins deux produits rÊgionaux se font une sÊvère concurrence sur les tables bordelaises.

DR

Les plus anciens se souviennent des beaux et bons puits d’amour, que confectionnait et Êcoulait la regrettÊe pâtisserie de la rue Fondaudège. Au-dessus de sa devanture, rÊgnait un gros puits en demi-relief qui signalait la spÊcialitÊ de la maison. Beaucoup plus petits que n’Êtaient ceux-ci, les puits d’amour |1| de Captieux, que l’on trouve dÊsormais aujourd’hui aussi à Bordeaux-CaudÊran (Maison Seguin), sont Êgalement en pâte à choux et crème caramÊlisÊe : leurs fanatiques les tiennent pour les meilleurs du monde ! Pas moins.

Plusieurs recettes, bien sÝr très proches les unes des autres, s’Êchangent dans la ville. Celle du cÊlèbre chef Jean-Marie Amat semble la plus proche de la canaule du XVIIIe siècle : il exclut formellement l’utilisation du blanc d’œuf et se montre particulièrement gÊnÊreux sur les quantitÊs de vanille et rhum à employer dans sa pâte. Toutes les recettes s’accordent en tout cas sur le fait que la pâte à cannelÊ doit être confectionnÊe vingt-quatre heures avant sa cuisson. MHM et PM

DR Š X. Rosan

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DR

mondiale‌ Quoi qu’il en soit, de la date exacte à laquelle il eut cette inspiration de gÊnie, et quel qu’il fÝt, un pâtissier qui avait conservÊ ou retrouvÊ la recette des canauliers, la remit à la mode au XXe siècle en l’amÊliorant par l’ajout de rhum et de vanille. Une vague homophonie lui donna-t-elle l’idÊe de confÊrer à ce modeste gâteau l’apparence que nous lui connaissons encore aujourd’hui ? Plus encore que le cannelÊ lui-même qui, par dÊfinition, est ÊphÊmère, le moule dans lequel il cuit constitue un objet tout aussi achevÊ que l’Êpingle à linge, la boÎte à chaussures ou le pallium des Êvêques. Jusqu’à il y a encore une vingtaine d’annÊes, le moule à cannelÊ Êtait fabriquÊ en cuivre dans sa version  canonique  à douze cannelures. Il s’en produit aujourd’hui dans deux autres tailles, dites moyenne et petite, et l’on peut en trouver qui sont en aluminium ou en silicone.

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L’estuaire est un incroyable fournisseur de bouche, on le sait : esturgeon et caviar, crevettes et lamproies‌ Mais voila aussi le croquant de l’estuaire |3|, hÊritier d’une vieille famille charentaise. De teint hâlÊ comme le limon des rives girondines, parsemÊ d’un granulat croustillant, c’est une baguette magique, fondante, qui s’installe bien en bouche pour vous aider à dÊguster cafÊ ou liqueur. C’est craquant ! Toute en douceur, comme une mousse figÊe, peuton oublier la couronne des rois |4| ? Non ! Rien à voir avec la galette parisienne fourrÊe de frangipane ou le briochÊ provençal garni de fruits confits‌ Beaucoup plus discrète, un rien trop rÊservÊe comme une Bordelaise de Bordeaux, la couronne des rois cache sa chair lÊgère sous une fine croÝte parsemÊe de grains de sucre : pour combler le gourmand, elle attend la cuiller de confiture de melon dit d’Espagne. Parlera-t-on enfin du macaron|5|, le biscuit indiscutablement liÊ au collage du vin ? Il a perdu sa simplicitÊ et les petits doigts gourmands ne peuvent plus s’empresser de le dÊcoller du papier à dÊcouper sur lesquels on le cuisait. Il a en revanche beaucoup gagnÊ en couleurs !‌

Š Christophe Goussard

DR

Jusqu’à il y a encore une vingtaine d’annÊes, le moule à cannelÊ Êtait fabriquÊ en cuivre dans sa version  canonique  à douze cannelures.

Plus rÊcemment, les mieux informÊs disent qu’en 2008, fut rÊvÊlÊe aux mutants dÊsignÊs par le substantif  Ferretcapiens , la dune blanche |2| (Chez Pascal), qui se peut dÊcrire comme une chouquette fourrÊe d’une mousse parfumÊe à la vanille. Pas de sable, pas de coquillages pour garnir cette dunette qui s’intègre parfaitement dans le volume de votre palais. Ainsi, pas de traÎtrise : la crème ne s’Êchappe pas pour glisser sur votre menton ou rebondir sur le polo rose de votre voisin.

MHM et PM |5|

Maison Seguin $OdS\cS1VO`ZSaRS5OcZZSÂ’0]`RSOcf Chez Pascal "$`]cbSRc1O^4S``SbÂ’:|US1O^4S``Sb :Sa2{ZWQSaRSZ¸3abcOW`S @cSRc;{R]QÂ’BOZ[]\bac`5Wronde

101 objets et symboles qui racontent Bordeaux

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> Le Bassin côté sud

Aérium St-Vincent-de-Paul 1880

> 160, boulevard de la Côte-d’Argent

Ville balnéaire, climatique puis thermale, Arcachon a toujours su tirer le meilleur parti de ses eaux de mer et de source, ainsi que de son air. Le Dr Louis Lalanne, originaire de La Teste, a été un de ces médecins de la deuxième moitié du XIXe siècle qui, engagés dans la lutte contre la tuberculose, voulaient en prémunir particulièrement les enfants. Pendant qu’une dame Engrémy faisait un don en argent, le docteur Lalanne cédait donc à titre gratuit un terrain pour construire un sanatorium.

Le préventorium Armaingaud Antoine-Arthur Armaingaud, médecin diplômé de la faculté de Paris en 1867, était, quant à lui, membre du conseil d’hygiène de la Gironde. En 1882, le Congrès international d’hygiène de Genève lui confie la rédaction d’un rapport sur les hospices et sanatoriums maritimes pour les enfants scrofuleux et rachitiques. Le sanatorium d’Arcachon est construit à son initiative, selon un plan rationnel et économique dû à l’architecte Marcel Ormières, par ailleurs constructeur de nombreuses villas à Arcachon. La revue d’architecture La Construction Moderne, publie, dans son numéro d’avril 1893, les plans et la vue générale du sanatorium. Le pavillon d’entrée – actuel pavillon Engrémy – abrite un parloir, le logement et le bureau du directeur, la pharmacie, une pièce de couture et la lingerie. De part et d’autre, séparés par une cour, les dortoirs des filles et des garçons. Le pavillon des classes ferme la cour au fond. Le plan montre une autre cour à l’arrière, bordée par une série de dortoirs qui n’ont pas été construits. À son ouverture en 1888, le sanatorium accueille 40 enfants et jusqu’à 250 par la suite. Y sont reçus les enfants « atteints de lymphatisme, de scrofule, anémie, rachitisme ou prédisposés à la phtisie. Ne peuvent être admis ceux qui sont atteints d’épilepsie, de danse de Saint-Guy, d’hystérie, de teigne faveuse, tondante ou pelade. » La ville acquiert l’établissement en 1928. Devenu « préventorium Armaingaud », l’ensemble est ensuite échangé avec un bâtiment que possédaient en ville les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul. L’institution porte encore le nom d’aérium Saint-Vincent-de-Paul. BC T. 05 57 52 76 00

40 • Le Bassin d’Arcachon en 101 sites et monuments

© Joël Garrigou

© Joël Garrigou

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Arcachon | Le Moulleau

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Arcachon | Le Moulleau

Préventorium La Dune 1933

> 156, boulevard de la Côte-d’Argent

C’est à la Ville de Bordeaux que la veuve du Dr Lalanne fait don d’un terrain au Moulleau pour construire un nouveau « préventorium » ou « sanatorium ». L’établissement est destiné à accueillir des enfants malingres venus des écoles bordelaises.

Un hameau des Landes Arcachon « ville sanatorium », Arcachon « ville de tuberculeux » ? Ces clichés pourraient à la fin porter préjudice à la réputation de la ville et de la station balnéaire, fréquentées pour leur bon air par de « belles personnes » installées dans de belles villas. Plutôt qu’un hôpital-bloc réunissant tous les services, mais risquant de déplaire aux villégiateurs ou de les effrayer quelque peu, un plan « aéré » est donc choisi, avec bâtiments à faux pan de bois rouge sur murs blancs et toits à doubles pentes, l’ensemble donnant au projet l’aspect d’un hameau des Landes. L’architecte bordelais Jacques d’Welles, nommé architecte en chef de la Ville de Bordeaux en 1929 par le maire Adrien Marquet, soucieux de voir aboutir sa politique de grands travaux, propose les plans du sanatorium en 1930. Inaugurés en 1933, les bâtiments sont orientés le plus favorablement et s’adaptent au terrain irrégulier. L’implantation des pavillons des filles et garçons, des cuisines, du réfectoire et du centre médical n’obéit à aucun ordre apparent et la volonté de préserver le cadre forestier est affirmée. En 1947, l’établissement est classé « aérium » et bénéficie d’une subvention de l’État. Mais un aérium n’est rentable que deux mois par an : en 1948, une lettre du maire demande une subvention à la Sécurité Sociale pour la transformation de l’aérium en préventorium. Des classes sont alors construites par l’architecte arcachonnais Henri Hourtic. La réception définitive de ces travaux a lieu en 1950. Une galerie de cure, un pavillon dortoir, un lazaret sont construits au cours des années suivantes. En 1988, l’établissement a cessé ses activités d’aérium pour héberger des personnes âgées. Actuellement, La Dune propose de nombreuses activités de loisir. C’est notamment un centre de vacances pouvant accueillir 130 enfants. BC T. 05 56 83 80 65


> Le Bassin côté sud

© Vincent Monthiers

EXTRAIT DE LECTURE ISSUS DU > HORS-SÉRIE LE BASSIN D’ARCACHON EN 101 SITES ET MONUMENTS

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Arcachon | Le Moulleau

Maison P. 1991

> 38, avenue Saint-Antoine-de-Padoue

De la demeure familiale des années 1920, où il passait ses vacances avec son ami d’enfance, l’architecte Laurent Duplantier a retenu un élément essentiel qui va se retrouver dans d’autres projets de villas : l’ouverture maximale sur l’environnement. « L’intérêt d’une résidence sur le Bassin, c’est bien de pouvoir vivre dehors le plus souvent, en ne séparant jamais complètement l’intérieur de l’extérieur. Cette disposition de l’habitat arcachonnais a toujours nourri mon imaginaire d’enfant et se retrouve naturellement dans mes partis pris d’architecte. » Pour la maison P., cette évidence s’impose : même abrités des intempéries, les occupants ont la sensation d’être immergés au cœur de la forêt de pins, tout en étant à deux pas de l’océan. Le terrain, exigu, n’offre guère de dégagement et la voirie est proche. Plutôt que de se lover dans un vaste jardin, la maison profite de la vue sur ceux qui l’entourent. Positionnée en hauteur, calée au nord contre une barrière existante en béton, elle surplombe ainsi la rue, offrant un panorama sur le couvert des arbres. À la façade nord, seulement percée de hublots pour la ventilation, s’opposent les façades sud et est qui s’ouvrent très largement par un ample vitrage courbe.

Un vaisseau parmi les pins Épousant cette logique contemporaine, l’intérieur s’organise en plan libre sur 140 m2 habitables avec beaucoup d’amplitude entre les différents espaces. Au rez-de-chaussée, un simple meuble bar mobile sépare la cuisine du séjour, qui communique avec l’étage par une vaste mezzanine. La maison est couverte d’un toit à trois pentes en tuiles canal. Débordant pour former un auvent protégeant des intempéries, ce dispositif s’inspire des précédents séjours de l’architecte en Guyane. Mais Laurent Duplantier réinterprète également des éléments issus de la culture régionale : l’emploi de matériaux traditionnels – comme le pin des Landes à l’intérieur – dialogue avec des éléments en inox empruntés à la viticulture pour leur caractère industriel. L’inox donne ainsi à la maison P. sa ligne contemporaine qui se lit dans les superbes poteaux effilés et le garde-corps filiforme de la terrasse supérieure. Depuis cette réalisation, Laurent Duplantier est intervenu à plusieurs reprises sur le pourtour du Bassin d’Arcachon, que ce soit aux Abatilles, sur les communes d’Arès, Lège, La Vigne ou à Arcachon. Des toiles tendues, tels des vélums, apparaissent ici ou là, ombrant des terrasses, flottant au gré de la brise. Les volumes parallélépipédiques sont percés de ces vastes baies qui gomment la frontière entre intérieur et extérieur. D’après Caroline Mazel, « La Maison et le Bassin », Le Festin, n°70. Propriété privée. Ne se visite pas. Le Bassin d’Arcachon en 101 sites et monuments • 41


> Anglet © Le Festin

EXTRAIT DE LECTURE ISSUS DU > HORS-SÉRIE LE PAYS BASQUE EN 101 SITES ET MONUMENTS

© Gabrielle Duplantier

© Gabrielle Duplantier

Entrée du golf-club. À droite : la villa Bagheera.

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Anglet > Boulevard des Plages

Golf de Chiberta 1927

« Aux nombreux terrains de golf que possède déjà la France, un nouveau vient de s’ajouter, que ses proportions, sa beauté pittoresque et l’attrait de son parcours signalent à tous les amateurs de ce sport de plus en plus répandu chez nous : c’est celui de Chiberta, sur la côte basque, auprès de Biarritz. » C’est par un article louangeur qu’un chroniqueur de L’Illustration évoque ce nouveau golf créé en 1927 par le financier belge Albert Loewenstein. Au-delà de la qualité des links, tracés par l’Anglais T. Simpson, le journaliste vante la situation exceptionnelle de ce site de 150 ha qui s’étend presque en front d’océan. Il apprécie la diversité des paysages environnants, avec la présence d’un lac artificiel, et savoure les senteurs marines apportées par le vent du large, qui viennent compléter les charmes de cette oasis verdoyante. Il poursuit : « Chiberta, ne veut pas être qu’un golf, mais le noyau de toute une cité touristique et climatique : parcs et jardins de plaisance, villas, chalets et cottages, champ de courses, terrain de polo […], piscine pour bains de mer tièdes, tels sont quelques-uns des projets dont la réalisation a commencé. » Si cet ambitieux programme concernant les « sports élégants » ne fut pas complètement réalisé, c’est dans la pignada, autour du golf et du lac de Chiberta, que des maisons de villégiature s’implantèrent à la fin des années 1920. 40 • Le Pays Basque en 101 sites et monuments

Élégances et modernités Dès 1927, le Country-club (104, boulevard des Plages) donne le ton. Les architectes associés Paul Furiet, Georges-Henri Pingusson et Henri Godbarge prêtent à ce bâtiment d’accueil l’allure d’une vaste demeure de style vaguement méditerranéen entourée de terrasses en gradins. Les accents régionalistes, d’inspiration navarraise, apportés par les toitures de tuile, les murs ocre et les génoises sont tempérés par la rigueur géométrique de l’ensemble qui affirme sa modernité. À l’intérieur, le bar, décoré des fresques de Guy Arnoux, ouvre sur un patio pavé d’azulejos. Quant à sa presque voisine, la villa Bagheera, elle fut commandée l’année suivante et achevée par les mêmes architectes Furiet et Pingusson en 1930. Elle reprend, comme au country-club, le parti d’un emboitement de volumes, percés de vastes ouvertures aux arêtes vives. S’inscrivant dans la mouvance néo-hispanique, ses murs restent nus et lisses, à l’exception d’un unique décor : le blason qui couronne la porte cintrée de la salle à manger, figure la panthère de Kipling, ici toute blanche, se détachant d’un fond constellé de cabochons en ciment moulé.


© Gabrielle Duplantier

> Anglet

© Jacques Pavlovsky

© Gabrielle Duplantier

Villa Les Œillets. En haut, villa Arguia.

Villa Prinkipo..

Audaces inclassables La villa Arguia (9-11, allées des Crêtes), construite en 1927 par Charles Siclis, fut commandée par un industriel du sucre, l’américain Bayer. Là encore, la modernité de cette maison blanche, d’une volumétrie quasi cubiste, parvient à s’intégrer à l’environnement architectural basque. Une terrasse couverte hors d’œuvre, percée de grandes ouvertures arrondies ne parvient pas à troubler la rigueur géométrique de l’ensemble. Très originale est la villa des Œillets (82, boulevard des Plages), édifiée en 1929 par André Pavlovsky. Par ses volumes emboîtés, ses décrochements de façade et l’irrégularité de son plan, la villa gagne en pittoresque, d’autant que l’architecte semble s’être amusé à surdimensionner les détails architecturaux, ou bien il pose le balcon sur une pergola. De fait, cette étonnante maison reste inclassable.

Plus historiciste, Prinkipo fut construite dans les années trente pour la riche famille anglaise des Poole. Située à l’extrémité sud du golf, elle est ceinturée par une sorte de cloître qui l’isole de la voierie. Son style néo-roman aux lourds chapiteaux cubiques et ses moucharabiehs mauresques, qui lui donnent fière allure, sont taillés dans une simili pierre en ciment. À la lisière des greens, le lotissement de Chiberta offre une belle déclinaison de villas « modernes » des années trente qui composent habilement avec le style local. DD golfchiberta.com T. 05 59 52 51 10

Le Pays Basque en 101 sites et monuments • 41


> Gironde

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Carcans, Hourtin

Étang de Carcans-Hourtin SC Étang 16/12/1968 | SC Rives 29/09/1983 • 575,3 ha

Le second littoral d’Aquitaine s’ouvre de manière imposante avec l’étang de Carcans-Hourtin, le plus vaste de la région, et l’un des plus grands de France. Comme ses homologues qui se succèdent jusqu’à l’entrée du Pays basque, il est le résultat d’un phénomène naturel simple : la rétention des eaux s’écoulant du plateau landais contre la dune de sable qui s’élève le long du littoral. Avec eux, il partage la même organisation paysagère : la puissance de l’océan d’un côté du cordon dunaire boisé, la quiétude d’un plan d’eau douce abrité des vents de l’autre.

Des espaces sauvages préservés Est-ce sa taille qui l’a relativement préservé de la pression touristique ou la concentration historique de celle-ci à Lacanau, première ville aux environs à se transformer en cité balnéaire au début du XXe siècle ? L’étang de Carcans-Hourtin a sans aucun doute bénéficié de cette double situation pour donner l’impression, aujourd’hui, d’avoir su absorber l’arrivée de foules humaines sur un site où, il y a un siècle, s’aventuraient uniquement une faune 60 • L’Aquitaine en 101 paysages

abondante et ceux qui s’en nourrissaient. L’ampleur de ce phénomène est à l’origine de la Miaca1 dont l’action conduisit à l’inscription du site des étangs girondins dès 1967, avant que les plans d’eau de Carcans-Hourtin et de Lacanau ne soient classés l’année suivante, classement étendu en 1983 aux rives du premier. Ces protections contribuèrent à limiter une urbanisation croissante et à sauver des espaces naturels si sauvages qu’ils ont justifié la création de la réserve naturelle des dunes et marais d’Hourtin en 2009. Sur 2 150 ha – ce qui en fait la deuxième plus grande d’Aquitaine – celle-ci s’étend à l’ouest et au nord de la pointe septentrionale de l’étang. Elle est emblématique des caractéristiques de ce lac aux innombrables recoins, terre d’accueil pour une faune et une flore particulièrement diverses, où les pins maritimes omniprésents sur la dune font un peu de place ici à des chênes verts et pédonculés, où la rive gauche est bordée de marais qui conditionnent l’appréhension du site.


> Gironde

EXTRAIT DE LECTURE ISSUS DU > HORS-SÉRIE L’AQUITAINE EN 101 PAYSAGES

© Michel Dubau

Un havre de paix S’il sait que l’étang de Carcans-Hourtin couvre une surface d’environ 57 km2, qu’il s’étire sur 18 km de long et 5 de large, le promeneur a peu d’occasions sur place de prendre la mesure de l’espace qui s’offre à lui. À l’est, les zones humides limitent l’accès au rivage et barrent la vue. À l’ouest, le sentier domanial qui serpente dans la forêt comporte peu de fenêtres sur le lac. Il faut, de ce côté-ci, avancer au bout des pointes qui donnent à cette rive la forme d’un peigne édenté pour saisir qu’il se trouve au bord d’une véritable petite mer intérieure. L’autre moyen d’apprécier l’endroit consiste à rejoindre certaines des zones habitées en bordure de lac ou à s’essayer à l’une des multiples activités sportives qui y sont proposées. Preuve que la protection d’un site ne signifie pas son évacuation ou sa mise sous cloche. Celui de Carcans-Hourtin gagne en effet à être vécu de différentes manières. Même si elles tendent à évoluer, les anciennes concessions donnant droit à la construction d’habitations précaires forment

des quartiers d’où les vues sont imprenables, notamment à Piqueyrot. La base de loisirs de Bombannes avec, notamment, ses maisons de bois mêlées à la forêt est un havre de paix (hors saison…) qui devient en été le paradis sur terre pour qui aime profiter de l’eau. Quant au port de Hourtin, seule infrastructure de ce type sur l’étang, il satisfait les envies de grand large des marins d’eau douce dont l’horizon, ici, est une ligne verte. SG 1. Miaca : fondée en 1967, la Mission interministérielle pour l’aménagement de la côte aquitaine instaura une organisation originale de l’aménagement et du développement des activités sur et aux abords du littoral aquitain. medococean.com T. 05 56 03 21 01

L’Aquitaine en 101 paysages • 61


© Valéry Hugotte

© Michel Dubau

© Valéry Hugotte

ATLANTES ET CARIATIDES

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« Les atlantes sont des statues viriles, les cariatides, des figures féminines. »

VOYAGEURS IMMOBILES

En face (n°4) l’ancien hôtel Pichon, qui devint le magasin La Belle Jardinière, ajoute à son décor des cariatides de dos et de face, belles figures féminines aux formes opulentes et sensuelles entre académisme et Art nouveau (Veunevot-Leroux, vers 1900). En cette fin du XIXe siècle, les décors figurés se multiplient. Le sculpteur

58 | 101 objets et symboles qui racontent Bordeaux

Gaston Schnegg fait porter le balcon de sa maison, rue du Docteur-AlbertBarraud, par un douloureux atlante. Sur le pavillon de départ de la gare Saint-Jean, deux statues viriles – Bacchus et Neptune – tournent le dos à la ville (par Beylard), tandis que les atlantes portant le balcon de l’hôtel Terminus accueillent les voyageurs (Veunevot-Leroux). Ailleurs, des figures plus graciles remplacent ces athlètes. L’architecte Charles Durand installe sur l’hôtel du Paty, en 1876, quatre cariatides engainées, aux formes douces et à la poitrine dénudée (place Jean-Moulin). Cours Victor-Hugo, l’élégante Maison Dorée offre une longue ordonnance de délicats atlantes engainés, tandis que, rue des Menuts, en 1805, Rochefort ne craint pas de mutiler une de ses quatre cariatides pour ouvrir une baie. MS 1 | Claude Deschamps, un des atlantes-tritons de l’hôtel Aquart, vers 1790, cours de l’Intendance. 2 | 3 | Cariatides sculptées sur la façade de l’ancien hôtel Pichon lorsque celui-ci est devenu le grand magasin La Belle Jardinière, en 1903. 4 | Atlante de la maison du sculpteur et peintre Gaston Schnegg, vers 1900, n°9, rue du Docteur-Albert-Barraud.

© Jean-Christophe Garcia

Quand ces personnages ont le bas du corps pris dans un socle de pierre plus large en haut qu’en bas on dit qu’ils sont « engainés ». Le classicisme bordelais a rarement utilisé ces supports que l’on rencontre plus fréquemment dans l’art baroque. Mais cette rareté n’affecte pas la qualité et l’originalité de ces décors parsemés dans la ville. En 1788, sur la façade de l’hôtel Acquart, Louis Combes, qui soutenait la théorie de Vitruve sur les origines anthropomorphes de l’architecture, fait sculpter par Deschamps deux puissants atlantes mi-hommes, mipoissons qui portent un lourd balcon sur leurs épaules.

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EXTRAIT DE LECTURE ISSUS DU > HORS-SÉRIE 101 OBJETS ET SYMBOLES QUI RACONTENT BORDEAUX

GROSSE CLOCHE @cSAOW\b8O[Sa’XIIIe-XVIIIe siècle DR

Š Xavier Rosan

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1 | Façade sud de la Grosse Cloche. 2 | Porte de la Grosse Cloche, par Adrien Dauzats, vers 1850.

C’est la plus emblÊmatique des portes de Bordeaux, celle qui figure sur les armoiries de la ville depuis le Moyen Âge. Sa silhouette massive et bon enfant a rassurÊ des gÊnÊrations de Bordelais. Mais, à l’origine, la porte, seule survivante des portes du XIIIe siècle, Êtait sans cloche et s’appelait Saint-Éloi.

UNE PORTE, DEUX TOURS ET UNE CLOCHE SituÊe à l’extrÊmitÊ mÊridionale de la rue Saint-James, la porte protÊgeait la maison des Jurats et l’Êglise Saint-Éloi, qui se trouvait entre les deux courtines. Car elle se composait de quatre tours rondes, basses et crÊnelÊes, auxquelles on ajouta deux tours supplÊmentaires en 1246 pour en renforcer le caractère dÊfensif. L’aspect qu’elle prÊsente aujourd’hui est postÊrieur à la pÊriode gothique. Lors d’un premier remaniement, en 1449, on ne conserva que deux tours, surÊlevÊes et reliÊes entre elles par un bâtiment qui accueillait une cloche. Un siècle plus tard, dÊsirant mater les rÊvoltes bordelaises, Henri II supprima les privilèges de la ville et fit dÊposer  la Grosse cloche  et l’horloge. La plus importante rÊfection eut lieu en 1757, après l’incendie qui s’Êtait dÊclarÊ dans le tout proche hôtel de Ville et qui avait endommagÊ la partie supÊrieure du beffroi. L’ÊlÊgante grille en fer forgÊ qui ferme la baie de la cloche date de 1774 est due au ferronnier AndrÊ Tullier.

 Ces antiques tours, qui font partie des armoiries de la Ville de Bordeaux, sont les restes d’un hôtel de Ville qui existait sur la promenade des FossÊs. Elles renferment une magnifique horloge et un bourdon, que l’on sonne à grandes volÊes lors des fêtes publiques ; il sert aussi à donner l’alarme dans les incendies. 

DR

LÊonce de Lamothe, Nouveau Guide de l’Êtranger à Bordeaux, 1870.

UNE HORLOGE PEUT EN CACHER UNE AUTRE Autre horloge cocasse, l’une des deux qui ornent depuis 1912 la façade de l’Êglise du SacrÊ-Cœur prÊsente la particularitÊ d’accueillir un cadran de 24 heures, tandis que sa sœur jumelle mesure le temps selon un cycle plus classique de 12 heures.

UNE QUESTION DE TEMPS L’horloge que l’on peut voir aujourd’hui fut rÊalisÊe en 1759 sur les plans du mathÊmaticien astronome Paul Larroque. Elle a ÊtÊ restaurÊe d’après le mÊcanisme installÊ en 1912 par l’horloger-mÊcanicien bordelais Gaston-Jean Guignan. Son fronton en demi-lune graduÊe accueille un cadran d’Êquation solaire qui permet de rectifier les variations avec le temps habituellement comptÊ, puisque la durÊe entre deux passages du soleil peut osciller jusqu’à un quart d’heure. BÊnÊficiant d’une rÊcente restauration, la Grosse Cloche s’illumine dÊsormais d’une lumière bleu Klein lorsque tombe la nuit, ce qui lui donne un aspect irrÊel et un peu fÊerique. DD

101 objets et symboles qui racontent Bordeaux

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SA IN T-SE UR IN | LA BOT TIÈ R E

© Michel Dubau

EXTRAIT DE LECTURE ISSUS DU > HORS-SÉRIE BORDEAUX EN 101 SITES ET MONUMENTS

© Michel Dubau

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Palais Gallien ier et iiie s. / 1st & 3rd c.

Rue du Docteur-Albert-Barraud | Bus 26, Palais-Gallien

Le Palais Gallien semble se jouer des visiteurs non avertis : non seulement le seul témoignage monumental encore debout de la Burdigala romaine n’est pas un édifice palatial, mais sa construction n’a rien à voir avec l’empereur Gallien, qui régna de 253 à 268. Lorsque le promeneur s’arrête en plein croisement des rues Sansas et du Colisée (la circulation peu dense le lui permet), et qu’il tourne son regard vers le couchant, ce sont en fait les vestiges intérieurs de la façade nord-ouest d’un amphithéâtre qu’il contemple. Il se trouve

66 | Bordeaux en 101 sites et monuments

alors au cœur de l’arène, ce que confirment les prises de vues aériennes verticales du quartier : s’y lit encore de manière étonnamment vivace le tracé elliptique de l’édifice, partiellement intégré dans l’architecture des maisons avoisinantes, construites au xixe siècle. Tous ces vestiges, et l’élévation heureusement préservée de la porte du Couchant, permettent aux architectes de restituer le plan d’ensemble de l’édifice. Construit sur terrain plat et adoptant une structure creuse, l’amphithéâtre mesurait 132 m sur 110. Sa façade harmonieuse, dont

l’appareil alternait régulièrement sept assises de moellons et trois rangs de briques, était composée de deux étages d’arcades superposées, selon un schéma identique, malgré quelques variantes, à celui de l’amphithéâtre d’Arles. Un système d’escaliers en charpente, intégrés à la structure creuse de l’édifice, permettait aux spectateurs d’accéder aux gradins en bois. L’édifice pouvait sans doute en accueillir plus de 22 000, une capacité légèrement supérieure à celle des amphithéâtres de Saintes ou Périgueux.


(Institut culturel Bernard Magrez)

1773

16, rue de Tivoli | Bus 29, Godard

Antoine Gonzalès, La Porte sud du Palais Gallien, gouache, 1777, coll part.

Les légendes du Palais La chronologie du monument reste ouverte aux discussions : on a jadis proposé une datation sévérienne (193-235) pour sa construction, sur la base de parallèles architecturaux qui se révèlent en dernière analyse peu probants ; en revanche, les fouilles archéologiques des 25 dernières années ont bien montré que la première ville romaine s’est établie selon un plan régulier sur la rive gauche de la Devèze, dès les premières décennies de notre ère, et c’est en marge de ces aménagements, mais selon une orientation différente, que l’amphithéâtre fut réalisé. Faut-il dès lors placer sa construction dans la foulée de ce premier élan urbanistique, à une date malheureusement indéterminée ? L’édifice aurait ensuite été abandonné, voire détruit (ce que laisserait penser une couche de cendres retrouvée lors de fouilles dans les années 1950) à la fin du iiie siècle, époque à laquelle la ville déplaça son centre de gravité vers le sud-est et se retrancha à l’abri de remparts nouvellement érigés. Les ruines firent ensuite l’objet de spéculations au Moyen Âge, et certains auteurs crurent y reconnaître les vestiges d’un palais que Charlemagne (ou un roi de Bordeaux) aurait fait construire pour son épouse Galiène. C’est de cette légende que l’édifice tire le nom sous lequel il est encore connu aujourd’hui, en dépit des travaux de l’humaniste Elie Vinet, qui démontra dès 1580 la vraie nature de ces ruines. Depuis cette date, et alors que le monument ne cessait d’être victime de détériorations au cours des xviiie et xixe siècles, des générations successives d’historiens ont corroboré cette identification, sans bouleverser les représentations des habitants : le Bordelais restera le plus souvent perplexe si vous lui demandez le chemin de l’amphithéâtre romain, alors qu’il s’empressera de vous renseigner si vous mentionnez le Palais Gallien… Bertrand Goffaux

Vers la fin du xviiie siècle, les frères Jacques et Antoine Labottière ordonnent la reconstruction de la maison qu’ils possèdent sur un petit domaine viticole situé au nord du faubourg Saint-Seurin. Ils font appel à Étienne et Jean Laclotte qui, avec leur troisième frère Michel, participèrent à la plupart des opérations immobilières importantes de la fin de l’Ancien Régime à Bordeaux. L’entrée du domaine se faisait depuis l’actuelle rue Labottière.

De la maison des champs au château Idéalement proportionnée, la maison repose sur un large socle formé d’un terrassement rectangulaire. Ce véritable petit château, coiffé par une toiture de tuiles creuses masquées par une balustrade, s’élève sur deux niveaux. L’élévation principale, au sud, présente sept travées de baies rectangulaires, à l’exception de la porte d’entrée, au-devant de laquelle se dressent deux colonnes toscanes. Une loggia, que ferme un garde-corps de ferronnerie au dessin chantourné, surmonte le porche à l’étage. Deux colonnes ioniques encadrent et précèdent la baie qui en commande l’accès. La travée centrale est surmontée d’un fronton triangulaire à modillons, dans le tympan duquel deux amours ailés présentent un parchemin sur lequel figure le monogramme des Labottière.

SAI NT-S E UR I N | L ABOT TI È R E

D. R.

041 Hôtel Labottière

Un décor du Siècle d’Or au service de l’art d’aujourd’hui Bien que l’intérieur de Labottière ait été restauré, son plan général n’a que peu varié. Un vestibule axial aux angles abattus conduit vers le salon ovale, qui correspond à l’avantcorps en arc de cercle ; depuis celui-ci, on accède aux deux pièces qui l’encadrent. L’escalier tournant, à volées droites et rampe de fer forgé (dû au maître serrurier Bigot, de même que toutes les ferronneries de la demeure), prend naissance depuis un second vestibule. De la décoration originale pourrait subsister celle du salon ovale, aux murs compartimentés en faux-lambris. On retrouve les solutions habituelles utilisées par les Laclotte, telles que les trumeaux en plein-cintre, mais aussi des panneaux ornés de grotesques d’une préciosité inusitée chez ces architectes. Du milieu du xixe siècle jusqu’en 1904, l’édifice abrita Tivoli, collège de Jésuites, puis servit de résidence dans l’entre-deux-guerres à l’architecte Pierre Ferret. Entièrement rénové en 2010 et ouvert au public, le château Labottière, devenu Institut culturel Bernard Magrez, reçoit désormais des expositions d’art moderne et contemporain. Institut culturel Bernard Magrez Renseignements : 05 56 81 72 77 www.institut-bernard-magrez.com

© Jean-Claude Monin

Visites par l’Office de Tourisme : de juin à fin septembre, de 13 h à 18 h. Renseignements : 05 56 48 04 24

Bordeaux en 101 sites et monuments | 67


© Michel Dubau

© Michel Dubau

© Michel Dubau

> Gironde

045

Les Artigues-de-Lussac

Abbaye de Faize SI 30/06/1976 • 125,10 ha

L’ancienne abbaye de Faize est logée dans un petit vallon boisé où serpente un ruisseau, un peu à l’écart d’Artigues-de-Lussac, non loin de Libourne. Cet emplacement respecte ainsi la règle cistercienne qui imposait à ses communautés de s’établir à bonne distance de l’agitation « urbaine », dans un espace hospitalier naturellement ravitaillé en eau. De cette époque fondatrice – l’abbaye fut achevée en 1137 –, émergent sur le domaine les traces de tout un réseau hydraulique qui laisse imaginer une vie collective, certes ascétique mais soucieuse d’organisation et de salubrité.

Des moines cisterciens à l’académicien Maurice Druon Les siècles suivants ont produit d’autres vestiges, encore visibles ou mentionnés par les historiens, au premier rang desquels se trouvait Maurice Druon. L’académicien fut, de 1972 jusqu’à sa mort en 2009, le propriétaire de ce lieu longtemps délaissé. Par son entremise, le site de l’abbaye de Faize fut restauré et recouvra une partie de sa mémoire. Les fouilles archéologiques qui suivirent son classement en 1974 au titre de Monument historique mirent à jour les fondations de l’abbatiale et du cloître. L’un et l’autre furent incendiés par les protestants en 1662, énième assaut porté à un site qui, dès la fin du Moyen Âge, n’était déjà plus entre les mains des cisterciens. Le long bâtiment qui constitue l’essentiel du site construit actuel date du XVIIIe siècle. L’endroit suscita en effet un regain d’intérêt à cette période et fut confié à des abbés commendataires qui en 70 • L’Aquitaine en 101 paysages

tiraient plus de profit financier qu’ils n’y insufflaient un esprit pieux. La beauté austère de cette construction d’un étage, les deux galeries d’arcades superposées qui demeurent sur sa façade orientale, la vue qu’on a depuis le premier étage vers le jardin simplement agencé et le parc arboré, confèrent au site une atmosphère somme toute spirituelle.

Au-delà des murs Comme toujours dans une inscription, ce n’est pas seulement la partie « construite » qui est protégée mais le cadre où elle prend place. La zone en question, établie en 1976, s’étend au nord pour englober le hameau de La Forêt, ainsi qu’un deuxième vallon. Cette zone, en partie invisible depuis le site, méritait d’être protégée, à la fois pour rappeler l’aire d’influence historique de l’abbaye, mais aussi pour éviter toute nouvelle construction incongrue à proximité. Les abords d’un site préparent et participent au plaisir que le visiteur aura une fois sur place. Leur qualité tient un rôle essentiel dans l’appréciation d’un patrimoine. Afin de parfaire cette dimension, l’idée court en ce moment de mettre en valeur la voie qui mène naturellement vers l’ancienne abbaye de Faize, une ruevillage d’à peine 150 m, construite dans l’axe du portail d’entrée. En plus de mettre en lumière ce minuscule bourg typique de la Renaissance, une protection complémentaire offrirait un nouveau point de vue à la hauteur du site, simple et harmonieux. SG


> Gironde

© Michel Dubau

EXTRAIT DE LECTURE ISSUS DU > HORS-SÉRIE L’AQUITAINE EN 101 PAYSAGES

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Saint-Émilion

Esplanade de la Porte Brunet, terrasses de Plaisance et du Cap de port SC 27/12/1935, 26/06/1936 • 3 ha

Inscrit depuis 1968, Saint-Émilion est la seule ville du Bordelais à avoir conservé d’aussi vastes pans en élévation (sur près de 1 500 m) de son enceinte médiévale. Celle-ci remonte au XIIIe siècle ; une lettre du roi de France Louis VIII adressée aux bourgeois de Saint-Émilion évoquait, en 1224, l’entreprise de clôture de la ville. De fait, les segments qui s’étendent à l’ouest (vers le logis Malet) présentent des caractères de cette époque, comme les contreforts plats que l’on retrouve sur la Tour du Roy.

La porte aux trésors L’enceinte était ouverte par sept portes et poternes dont il ne subsiste que la porte Brunet, au sud-est, mentionnée au début du XIIIe siècle. Assez bien conservée, celle-ci se présente comme un massif quadrilatère de 9,50 m sur 3,90 m que l’on traverse sous un arc brisé. On l’aperçoit, en hauteur, depuis la place Bouqueyre, avec au premier plan des parcelles plantées de vignes. Cependant, et parce qu’elle marque toujours la limite de la ville, c’est lorsqu’on arrive à sa hauteur que les vues sont les plus spectaculaires. La porte une fois passée, on découvre l’ancien pont qui enjambait les douves. S’ouvre alors une large perspective s’étendant à perte de vue sur le paysage, légèrement vallonné et vert, donnant à voir également le bas de la ville niché dans la combe et une partie des quartiers ouest. C’est pour préserver ce panorama exceptionnel et empêcher que de nouvelles constructions ne soient implantées là, que le site, composé de la porte et de la bande de terrain plantée de vignes qui la jouxte, a été classé dès le 27 décembre 1935. Avec près de trois

hectares, l’esplanade de la porte Brunet est le plus grand site classé de la ville.

Terrasses en vue Deux autres sites saint-émilionnais offrent de belles perspectives : la terrasse du Cap de Port et celle de Plaisance, qui permettent d’adopter un angle de vue renouvelé, complémentaire, sur la ville et son écrin viticole, dans une juridiction inscrite depuis 1999 sur la liste du patrimoine mondial, établie par l’Unesco, au titre des paysages culturels. La terrasse du Cap de Port se présente comme un véritable balcon situé sur le haut du versant est du vallon occupé par la ville. La façade occidentale de l’église du couvent assure le « fond de scène » alors qu’en contrebas, les maisons aux vastes couvertures en tuile canal offrent des premiers plans de grande qualité et laissent le regard filer. La terrasse de Plaisance se trouve presque en vis-à-vis. C’est un balcon encore plus spectaculaire par les à-pics qui l’isolent du bâti à l’est et au sud. Il domine la place du marché et offre des vues panoramiques principalement vers le sud. Pour profiter du site, il faut pénétrer dans l’enceinte d’un hôtel haut de gamme. L’espace non bâti est aménagé en terrasse. De là, on jouit d’une vue splendide sur la ville et le paysage alentour. Les terrasses en contrebas sont aménagées simplement ; des parterres enherbés y accueillent des sculptures contemporaines. saint-emilion-tourisme.com T. 05 57 55 28 28 L’Aquitaine en 101 paysages • 71


> Le Bassin côté sud © Antoine Guilhem-Ducléon, pour la page entière.

EXTRAIT DE LECTURE ISSUS DU > HORS-SÉRIE LE BASSIN D’ARCACHON EN 101 SITES ET MONUMENTS

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Arcachon | Ville d’Automne

Quartier de L’Aiguillon 1900

> Église Saint-Ferdinand : place Saint-Ferdinand

La vie réelle des quartiers et leur identité sont sûrement moins perceptibles à Arcachon aujourd’hui qu’au siècle dernier. Cela même si les Arcachonnais tiennent toujours à certaines distinctions qu’ils évoquent comme une évidence. En ce sens, L’Aiguillon n’avait pas la réputation d’un quartier « chic ». On a souvent mis en avant l’authenticité de ce quartier de pêcheurs, aux petites maisons si typiques, dont les habitants peuvent se dire résidants de la Ville d’Automne. Cette division, dont l’aire géographique s’étend autour du boulevard Deganne dans sa partie est, est relativement récente. Sa dénomination se comprend par rapport à celle de la Ville d’Été (pour parler de la ville basse), plus ou moins inventée vers la fin du XIXe siècle par opposition à la Ville d’Hiver (installée parmi les dunes).

Saint-Ferdinand, marraine de l’Aiguillon Mais les habitants de L’Aiguillon peuvent également revendiquer leur appartenance à la paroisse Saint-Ferdinand. Le décret impérial du 12 février 1870 a érigé en succursale cette chapelle, créant de ce fait une deuxième paroisse à Arcachon. La statue du SacréCœur, du sculpteur Edmond Chrétien, veille sur l’ensemble du port depuis le clocher de l’église. Un premier édifice avait été construit 76 • Le Bassin d’Arcachon en 101 sites et monuments

en 1855, béni par le cardinal « Ferdinand » Donnet. Trop petite, endommagée par une forte tempête, la chapelle est détruite en 1898. L’église actuelle, d’inspiration romane, édifiée selon les plans de l’architecte bordelais E. Hosteing, a été consacrée en 1900, mais le clocher et la statue ne furent achevés qu’en 1927. Entre-temps, le peintre Jean-Baptiste Vettiner en avait décoré la nef et le chœur en 1921. La fresque du porche représentant Le Baptême du Christ a été exécutée par Gaston Parison. Marécage au XIXe siècle, comme l’atteste une gravure de Léo Drouyn, la pointe de L’Aiguillon est par la suite devenue le secteur industriel de la ville avec ses pêcheries et ses conserveries, puis des chantiers navals. Ce n’est qu’ensuite que des immeubles de résidences secondaires ont occupé les lieux. De nos jours, autour du port de plaisance et du port de pêche, le quartier a en partie fait l’objet d’une rénovation, notamment l’arrivée depuis La Teste. La grande résidence Les Lumières a été construite en 2008, tandis que nombre de petits commerces en rez-de-chaussée contribuent à animer joyeusement le quartier. BC


> Le Bassin côté sud

© Joël Garrigou

© SIBA - Brigitte Ruiz

© Joël Garrigou

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Arcachon | Ville d’Automne

Ports de pêche et de plaisance 1958-1968 | 2004

> Place Pierre-Dignac

Si les projets immobiliers ont été florissants et menés tambour battant sur le site de la nouvelle commune d’Arcachon créée en 1857, les projets portuaires, tant pour la pêche que pour la plaisance, ont été des dossiers compliqués et ont pris du temps. En bref, il faut attendre 1944 pour que ces questions soient sérieusement examinées et que l’on envisage de les traiter.

À bons ports… C’est l’année de la création de la criée municipale, en 1950, que le maire Lucien de Gracia pose les arguments en faveur de la construction d’un port de pêche à Arcachon, « seul port de la côte Gasconne entre l’embouchure de la Gironde et celle de l’Adour. À côté de la pêche hauturière représentée par ses chalutiers, il convient de mentionner la pêche côtière exercée par des bateaux sardiniers et la pêche dans le Bassin au moyen de pinasses. » Pourtant, en octobre 1954, lors d’une réunion de la commission du Port qui se tient à l’hôtel de Ville, le député-maire souligne à nouveau que « des fonds seront employés pour la construction d’un port de pêche et de yachting », précisant que « c’est M. Ferret, architecte de l’urbanisme délégué tant aux villes d’Arcachon que de Royan, qui a fait part de cette intention ». Comme rien n’avance, la menace est même brandie que si Arcachon ne se décide pas rapidement, la Ville de Royan demandera le report des subventions à son profit. En conséquence de quoi, comme l’indique une note conservée aux archives municipales, en « l’an 1956, le 6 juillet, la première pierre du port de pêche d’Arcachon a été posée par M. Auguste Pinton, secrétaire d’État aux travaux publics, aux transports et au tourisme ». Et le site est inauguré deux ans plus tard. Puis le 13 mai 1968, la page « Arcachon » du journal La France titrait : « Journée mémorable pour notre cité, M. Chaban-Delmas ouvre le port de plaisance en présence de nombreuses personnalités et de la foule arcachonnaise. »

Aujourd’hui, la flottille du port de pêche compte 27 bateaux, pour environ 250 pêcheurs pratiquant la pêche au chalut classique. Les « fileyeurs », eux, capturent particulièrement la sole, tandis qu’une vingtaine de petites embarcations pratiquent la pêche intra-Bassin. De plus, le port s’est doté d’une zone technique permettant aux chalutiers d’effectuer des réparations et aux plaisanciers de faire leurs travaux d’entretien. Le port de plaisance, pour sa part, seul port en eau profonde du Bassin, offre aujourd’hui plus de 2 600 anneaux sur une superficie de 21 ha. Une promenade sur le môle vers le monument des péris en mer, réalisé par le sculpteur Claude Bouscau, permet d’admirer les deux ports avec, en arrière-plan, le quartier Saint-Ferdinand. La halle aux pêcheurs Située entre le port de plaisance et le port de pêche, au centre de la place Pierre-Dignac, la halle a été construite en 2004 par les architectes bordelais Fabien Pédelaborde et Laurent Gouyou-Beauchamps. La structure métallique est légère, un système de claires-voies en bois habille ce vaste espace sur ses élévations latérales, tandis qu’une verrière zénithale laisse largement entrer la lumière. Les architectes ont donné à leur construction la silhouette des marchés couverts du XIXe siècle, qu’ils ont toutefois épurée. Cette halle est en fait un édifice multifonctions, la première d’entre elles étant d’abriter les filets de pêche pour le séchage et la réparation. Des cartes postales anciennes montrent de tels filets accrochés à des poteaux séchant à l’air libre en « rade » de Saint-Ferdinand, à l’emplacement actuel du port de plaisance. Mais la halle peut aussi accueillir des projections de films, des concerts ou des fêtes populaires. Cet édifice offre donc au port d’Arcachon un équipement à la fois utile et de belle facture. Il vient plus généralement enrichir le paysage architectural du quartier de l’Aiguillon, par ailleurs récemment restructuré. BC Criée d’Arcachon Visites guidées sur réservation T. 05 57 52 97 97 Le Bassin d’Arcachon en 101 sites et monuments • 77


> Penne-d’Agenais © Rémi Chambelland pour la page entière

080

Penne-d’Agenais

Place forte XIII-XIVe siècles

Penne-d’Agenais se dresse au confluent du Lot et du Boudouyssou, sur un éperon occupé à la Protohistoire, puis au Moyen Âge, puisqu’un castrum est mentionné avant 1087. Au sommet, le site du château offre un point de vue panoramique exceptionnel. Au début du XIIIe siècle, la place est puissante derrière ses remparts de pierre : en 1212, Simon de Monfort ne parvient pas à faire tomber le castel à coups de mangonneaux, et doit l’assiéger presque deux mois. C’est finalement la soif, dans la chaleur de juillet, qui vient à bout de la résistance des défenseurs. Malgré ces événements, Penne se relève, profitant de la navigation sur le Lot et de l’activité de Port-de-Penne, et connaît une prospérité certaine entre la mi XIIIe et la mi XIVe siècle : promue à la tête d’une baylie royale, représentée par huit consuls, elle reçoit des coutumes et un marché. La place Paul-Froment, jadis du Mercadiel, concentre les vestiges de l’ancienne église et de la maison commune.

106 • Le Lot-et-Garonne en 101 sites et monuments

Avant 1285, les Cordeliers construisent un couvent où les familles seigneuriales des environs se sont disputé l’honneur d’y faire inhumer leurs morts. Elles ont richement doté l’institution en conséquence, comme en témoigne une fenêtre à remplage rayonnant, vestige de la grande église gothique. Cette période faste a laissé de solides remparts percés de quelques portes de ville, et nombre de maisons avec des ouvertures en arcs brisés ou des fenêtres géminées, trilobées, à colonnette, dans un paysage urbain aux couleurs de pierres ocre et de briques. La Tour d’Alaric est un bel exemple d’ostal en hauteur, avec habitation à l’étage éclairée de baies géminées, et atelier-commerce-entrepôt dans le vaste espace du rez-de-chaussée partiellement troglodyte. Sans cesse attaquée et disputée, la cité souffre des guerres, notamment en 1373 entre Français et Anglais et en 1561 entre protestants et catholiques. Le bourg présente aujourd’hui des rues, ruelles et places aux allures médiévales, bordées de maisons restaurées. HM


> Penne-d’Agenais

© Rémi Chambelland pour la page entière

EXTRAIT DE LECTURE ISSUS DU > HORS-SÉRIE LE LOT-ET-GARONNE EN 101 SITES ET MONUMENTS

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Penne-d’Agenais > Rue de Peyragude

Basilique Notre-Dame de Peyragude XIX-XXe siècles

Le piton rocheux de Peyragude (pierre aiguë en gascon), qui surplombe les vallées du Lot et du Boudouyssou, est l’un des sites les plus hauts perchés de l’Agenais (231 m). Quoi de plus naturel alors que d’y implanter un sanctuaire dédié à l’Assomption de la Vierge ? Des quatre ou cinq chapelles qui se succédèrent en ce lieu à partir du XIVe siècle, il ne reste que le souvenir. Les guerres de Religion (1562), les aliénations révolutionnaires (1796) ou la foudre (1850) ruinèrent à chaque fois tout effort de reconstruction. Pourtant, le pèlerinage à Notre-Dame, avec son lot de pieuses légendes (l’apparition obligée de Marie à une jeune bergère en 1562) et ses faits avérés (la procession des échevins de Villeneuve pour conjurer la peste de 1653), perdura en dépit des vicissitudes – même si l’absence de patronage royal ne lui permit guère de rivaliser avec le succès de Bon-Encontre, favorisé par Marguerite de Navarre. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, le développement spectaculaire du culte marial – réponse offensive de l’Église au modernisme scientiste du temps –, coïncidant avec une énième destruction du sanctuaire, incite l’évêché d’Agen, propriétaire des lieux, à étudier un projet plus pérenne. Après plusieurs faux départs, Mgr Cœuret-Varin adopte en 1893 le plan ambitieux du Marmandais Charles Bouillet. Les travaux, commencés en 1897 à partir du chœur, puis interrompus par la guerre, reprendront en 1935 sous la direction de Maurice Hénonin – qui modifie notablement le parti initial – pour ne s’achever qu’après la Libération. L’église est consacrée le

11 septembre 1949 sous le vocable du « Cœur immaculé de Marie refuge des pécheurs ». En revanche, faute d’une érection canonique par Rome, le titre de basilique que lui décernent libéralement les guides touristiques n’est que de courtoisie.

Forteresse mariale Plus que le choix du style romano-byzantin, déjà expérimenté à Sainte-Catherine de Villeneuve, c’est celui du plan centré qui fit date : certes imposé par la configuration du site, il s’inscrit plus généralement dans l’évolution de l’architecture de pèlerinage de l’époque. La croix grecque, d’ailleurs imparfaite (le bras oriental est allongé d’une travée de chœur), s’articule autour d’une croisée carrée couverte d’une vaste coupole sur trompes, tandis que quatre chapelles circulaires viennent se greffer sur la croix. L’aspect de citadelle de la foi ou de « forteresse mariale » est renforcé par l’appareil quasi militaire déployé à l’extérieur : mâchicoulis et tourelles d’angle cantonnant le puissant massif occidental, coursière ajourée sur consoles ceinturant le pourtour de l’édifice… Pour humaniser cette rudesse un peu intimidante, il fallait bien les talents conjugués du peintre parisien Henry Lefai (Litanies de la Vierge, 1948) et, plus encore, du Moissacais Jacques Leuzy, auteur de l’admirable série de verrières consacrée aux Mystères du Rosaire (1946-1956), délicate action de grâces à « la Mère universelle ». JPM

Le Lot-et-Garonne en 101 sites et monuments • 107


ÉCHAPPÉES AUTOUR DE BORDEAUX

© Christophe Goussard

EXTRAIT DE LECTURE ISSUS DU > HORS-SÉRIE BORDEAUX EN 101 SITES ET MONUMENTS

Rive droite

De la presqu’île d’Ambès à Bouliac, la rive droite offre le long de la Garonne des paysages insolites, des architectures de prestige et des points de vue panoramiques sur la ville centre. R D.

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Le parc de l’Ermitage.

Le parc des Coteaux

Balcons sur la Garonne À Lormont, le parc de l’Ermitage, ancien sanctuaire du Moyen Âge, transformé au XXe siècle en carrière d’extraction de calcaire, a été racheté en 1997 par la municipalité. Cet espace de 30 ha a été complètement réhabilité par la paysagiste Graziella Barsacq, le grand plan d’eau servant désormais de refuge à la faune et à la flore. Traversé d’une longue promenade agrémentée d’essences de haute futaie, le parc Palmer de Cenon est à l’origine un domaine acquis après la Révolution par le Britannique Charles Palmer. Le château accueille désormais les associations locales. Non loin, l’école de musique est installée dans le château Tranchère, ancienne

L’observatoire de Floirac. 132 | Bordeaux en 101 sites et monuments

Le Rocher de Palmer.

exploitation viticole réputée. S’y ajoute, depuis 2010, la salle de concerts du Rocher, bâtiment spectaculaire conçu par l’architecte Bernard Tschumi. À Floirac, au point culminant du coteau, se dissimule en retrait l’observatoire créé en 1878 par l’astronome Georges Rayet. Bâti sur des parcelles viticoles inexploitées, il permettait aux chercheurs d’effectuer leurs mesures dans la sérénité de la campagne (Rens. : visites@obs.u-bordeaux1.fr). Non loin, le domaine de la Burthe, le plus vaste des parcs de la rive droite (66 ha très boisés), pourvu d’équipements sportifs, d’un centre équestre, se développe sur plus de 8 km de sentiers. Les versants plus résidentiels de Bouliac font aussi de la nature un atout. Depuis la place qui jouxte l’hôtel-restaurant Saint-James dessiné par Jean Nouvel (où le chef Nicolas Magie fait des merveilles), les reliefs plus étagés de la vallée de la Garonne s’ouvrent merveilleusement sur l’Entre-deuxmers et son vignoble. © Michel Dubau - Inventaire/Région Aquitaine

Le long du haut plateau calcaire de la rive droite fortement urbanisé, s’étend le cordon végétal du parc des coteaux, dont une centaine d’hectares a été aménagée. S’égrènent ainsi de nombreux espaces verts, tels les domaines de Séguinaud et de Beauval (et sa fameuse éolienne) à Bassens, qui ont conservé châteaux et dépendances. Aujourd’hui élément structurant du parc des Coteaux, le château du Prince Noir, à Lormont, occupe une position privilégiée, près du Pont d’Aquitaine. Ancien château ducal, puis royal, l’édifice fut le lieu de séjour du fameux « Prince Noir » durant la Guerre de Cent Ans. Il tient sa forme actuelle de transformations réalisées à la fin du XIXe siècle : au petit pavillon classique conservé fut accolée une fantasmagorie crénelée dans la veine néo-gothique. Sous l’impulsion du maître d’ouvrage Norbert Fradin, château et dépendances ont été l’objet d’une réhabilitation attentive à la valeur patrimoniale du lieu, dans

lequel prennent place des bureaux et une table gastronomique (arch. Bernard Bühler). Les larges baies du restaurant panoramique sont surmontées d’une résille d’acier galvanisé doré, les trois salles offrant différentes ambiances, intimes et chaleureusement colorées, ou baignées de lumière naturelle. Après le chef Jean-Marie Amat, c’est Vivien Durand qui régale les papilles.

D. R.

La presqu’île d’Ambès, jonction entre Garonne et Dordogne, est une langue de terre de plusieurs milliers Le Bec d’hectares qui démarre d’Ambès. après la zone du « Grand port maritime de Bordeaux » à Bassens, et se conclut à Ambès, connue pour son « Bec » où les industries sont rassemblées. On trouve, sur ces terroirs alluviaux des bords de fleuve, plusieurs domaines viticoles toujours en activité, tel le Château Peychaud, à Ambarès-et-Lagrave, Madran et Sainte-Barbe à Saint-Louis-de-Montferrand. Le territoire se caractérise également par la présence de plus de 400 ha de zones lacustres, précieux réservoirs de biodiversité.


© Xavier Rosan

ÉCHAPPÉES AUTOUR DE BORDEAUX

Côté Garonne Vers le Sud, à Bègles, la rive hésite entre savane arborée et jungle tropicale humide. Certains soirs, quand la lumière du couchant confond les cieux et les eaux, le rivage, à contre-jour, rêve d’Indochine…

© Julien Roques

Le prieuré de Cayac.

Art déco et création franche

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Carrelet rive d’Arcins.

Carrelets des rives d’Arcins

2-14, rue Carnot, 33130 Bègles Tél. : 05 56 85 86 39

Une série de petites constructions munies de passerelles (appelées pontons ou carrelets) surplombe les hautes eaux du fleuve. Quelquesunes reposent sur des minces pilotis, d’autres sur des fûts métalliques vides faisant office de flotteurs. Toutes finissent par une fine architecture soutenant un treuil et des arceaux où repose un filet carré, appelé « carrelet » (ou quelquefois, quand il est circulaire, simplement « rond »). Le poisson pris dans ses mailles est relevé à l’aide d’un treuil. Les passerelles, fermées, dès la rive, par une porte à claire-voie, se terminent par un petit abri de bois et de tôles de récupération. Plus ambitieux, d’autres établissements se prolongent d’une véritable plate-forme lacustre. Une cabane y est construite, souvent décorée d’ornements végétaux, plantes et fleurs. Ces bungalows abritent mobilier léger, ustensiles de cuisine, engins de pêche, matériel divers. De nos jours, le statut des pontons se transforme : de simples postes de pêche, ils deviennent de petites résidences secondaires familiales, suspendues entre ciel et eau.

Bègles accueille également le Musée de la Création Franche, rassemblant des œuvres de créateurs dont la démarche est qualifiée d’« art brut » (tel que l’a défini et popularisé Jean Dubuffet) ou d’« art en marge ». La collection (riche de plus de 15 000 œuvres) et les expositions temporaires de cet établissement très dynamique ont pour cadre une vieille demeure bourgeoise au fond d’un parc. C’est l’un des plus importants lieux de ce type en France avec le LaM de Villeneuved’Ascq. 58, avenue du Maréchal-de-Lattrede-Tassigny, 33130 Bègles www.musee-creationfranche.com

Sculpture en bois polychrome de Jean Dominique.

Détail Art déco de la piscine de Bègles.

Prieuré de Cayac Plus au sud, à Gradignan, les pierres et les briques du prieuré de Cayac ont été, au cours des huit derniers siècles de l’histoire, un passage obligé sur la route de SaintJacques-de-Compostelle. Le parti général de cet ensemble architectural (qui fut construit dans les premières années du règne de Saint Louis) était celui adopté par un certain nombre des hôpitaux jalonnant l’itineri Sancti Jacobi : une église et un hospice de part et d’autre de la voie, réunis par une construction établie à l’étage sur une voûte ou un plancher. Si l’église fut transformée, sous la Révolution, en manufacture de verre et le prieuré en maison bourgeoise, le charme de ce fragment jacquaire miraculeusement préservé n’en est pas moins incontestable. La manière d’airial landais mâtiné de jardin anglais qui entoure les bâtiments constitue, avec le petit musée Georges de Sonneville logé dans les dépendances, l’un des pôles majeurs de la banlieue sud de Bordeaux. Musée : 1, rue de Chartrèze, 33170 Gradignan Renseignements : 05 56 75 34 28 che n Fran Créatio

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Bègles recèle un des plus beaux monuments Art déco de Bordeaux et du Sud-Ouest. Commandé en 1930, la piscine et les bainsdouches constituent un ensemble monumental symboliquement placé au cœur géographique de la commune. Depuis le hall central, ouvert en angle de rues, partent deux ailes, l’une dédiée à la piscine couverte et l’autre aux bains-douches bordant à l’origine le bassin d’été. Les décors géométriques et stylisés de brique, de mosaïque, de vitraux et de fer forgé, les lignes pures et sobres aux réminiscences classiques et la typologie sont éminemment représentatifs du style Art déco. En 2005, Patrick Bouchain, architecte et scénographe, associé à Nicole Concordet, a été chargé de la réhabilitation de la piscine, réouverte l’année suivante.

© Musée de la

Bordeaux en 101 sites et monuments | 133


> Motifs de Lot-et-Garonne

Bonne chère et bonnes tables Le Lot-et-Garonne abonde en restaurants de toutes catégories essaimés sur l’ensemble du territoire. Sélection non exhaustive de cuisine régionale, de lieux pittoresques et de chefs étoilés.

Le Café de la Paix, à Bruch.

© Michel Dubau

Restaurant du Midi, à Beauville.

© Michel Dubau

© Michel Dubau

© Céline Domengie

La Table d’Armendie, à Agen.

La Taulejada, à Frespech.

Agen

Mariottat

Beauville

L’Atelier

Du nom de son chef étoilé (Éric, de son prénom), le Mariottat est établi dans un magnifique hôtel particulier du XIXe siècle du quartier des Jacobins. Service raffiné, cuisine subtile et cadre soigné sont au rendez-vous.

Restaurant du Midi

25, rue Louis-Vivent T. 05 053 77 99 77 www.restaurant-mariottat.com

Boé

En plein centre d’Agen, une cuisine gourmande, légère et inventive mise en valeur par d’excellents produits régionaux. Bon rapport qualité-prix. 14, rue du Jeu-de-Paume T. 05 53 87 89 22

Le Tram’s Le restaurant de Michel Trama mise sur la modernité, par son décor mais également par sa cuisine fusion, associant les saveurs des différents continents. Rue du Trech ZAC Agen Sud T. 05 53 98 48 14 www.letrams.com

La Table d’Armandie Michel Dussau a pris le parti de démocratiser la belle cuisine et puise son inspiration dans l’air du temps. Les gourmands s’extasieront devant « l’ardoise du joueur » le midi. 1350, avenue du Midi T. 05 53 96 15 15 www.latabledarmandie.fr

138 • Le Lot-et-Garonne en 101 sites et monuments

Le Margoton Plats goûteux et délicats avec, notamment, une belle carte de poissons, le Margoton reçoit dans un cadre ancien plein de charmes, sans pour autant être dispendieux. 52, rue Richard-Cœur-de-Lion T. 05 53 48 11 55

Le Washington Dans une maison bourgeoise agenaise du XIXe siècle édifiée par le célèbre architecte Charles Garnier, le Washington est une bonne table traditionnelle du centre ville. 7, cours Washington T. 05 53 48 25 50

Restaurant familial où l’on est assuré de trouver une cuisine régionale et copieuse. Place de la Mairie T. 05 53 95 41 18

Château Saint-Marcel Dans une belle bâtisse du XVIIe siècle totalement rénovée, entourée d’un somptueux parc arboré, le restaurant dispose d’une carte inventive et restreinte, gage de qualité. Route de Toulouse T. 05 53 87 17 80

Le 6 Au sommet d’un immeuble moderne, une cuisine simple et de saison. À déguster sur une terrasse panoramique des plus agréables. 6, rue Albert-Ferrasse T. 05 53 66 10 05 www.latrille.com


> Bonne chère et bonnes tables

L’Auberge du Prieuré, à Moirax.

Le Moulin, à Penne-d’Agenais..

© Michel Dubau

© Maïtetxu Etcheverria

© Michel Dubau

© Céline Domengie

EXTRAIT DE LECTURE ISSUS DU > HORS-SÉRIE LE LOT-ET-GARONNE EN 101 SITES ET MONUMENTS

L’Aubergade, à Puymirol.

L’Hôtel du Nord, à Tombebœuf.

Imagine

Francescas

La Maison sur la Place

Une des très bonnes tables des environs d’Agen. Terrasse avenante au bord du lac de Passeligne et carte « de marché » privilégiant les produits frais.

Relais de la Hire

Dans cette maison cosy, la cuisine invite aux voyages. Des plats maîtrisés, originaux et variés.

Lac de Passeligne - Pont Bourbonnais T. 05 53 68 58 16

Bruch Café de la Paix Outre la cuisine traditionnelle, ce caférestaurant permet surtout, le temps d’un repas ou d’un verre, d’admirer les fresques représentant Napoléon Ier et son neveu Napoléon III ornant ses murs. Allée Albret T. 05 53 95 25 54

Buzet-sur-Baïse L’Auberge du Goujon qui Frétille Comme son nom le suggère, cette adresse fait la part belle aux poissons, mais également aux producteurs locaux qui sont nombreux dans le département.

Restaurant authentique dans un ancien hôtel particulier du XVIIIe siècle. Un chef inventif qui n’hésite pas à réactualiser des classiques de la cuisine du terroir, avec succès. Terrasse agréable au milieu d’un jardin coquet. 11, rue Porte-Neuve T. 05 53 65 41 59

Frespech La Taulejada Installée dans les remparts de Frespech, la Taulejada vous fait partager son décor médiéval du XIIIe siècle, mais aussi son foie gras (spécialité de la maison) sous toutes ses déclinaisons.

La Grange

La Vieille Auberge

Table authentique d’un standing certain dans un ancien couvent du XIXe siècle. L’assurance de produits du terroir mais aussi d’une carte des vins alléchante : nous sommes à Duras ! Boulevard Jean-Brisseau T. 05 53 83 74 58

52, rue Royale www.aubergade.com

Tombebœuf

Le Bourg T. 05 53 88 83 15 www.ajas-traiteur.fr

Casteljaloux

Hostellerie des Ducs

Les plats de Michel Trama, chef doublement étoilé, ne laissent pas indifférent. Sa cuisine oscille souvent entre terroir, produits et inventivité. Doté d’une carte des vins très riche, et d’une salle voûtée du XIIIe siècle.

Marmande

13, rue de l’Hirondelle T. 05 53 20 81 88

Duras

L’Aubergade

Hôtel du Nord

Au cœur de Marmande, cette ancienne grange aménagée propose une cuisine préparée avec des produits du marché dans un cadre rustique séduisant.

11, rue Posterne T. 05 53 93 01 36

Puymirol

Le Bourg T. 05 53 48 18 18

Boulevard de la République T. 05 53 84 26 51 www.aubergedugoujon.com

Une adresse phare de Casteljaloux, notamment grâce à son cadre convivial et sa cuisine soignée, tout en restant très abordable. Ne pas résister à l’incontournable ris de veau braisé aux trompettes noires.

T. 05 53 01 29 18 www.lamaisonsurlaplace.com

Moirax L’Auberge du Prieuré Cuisine audacieuse et de grande qualité, dans une maison vieille de plusieurs siècles, qui a gardé toute sa splendeur. Le Bourg T. 05 53 47 59 55 www.aubergeduprieuredemoirax.fr

Penne-d’Agenais Le Moulin Cuisine de qualité dans un cadre idyllique : la terrasse offre une vue imprenable sur le Lot. Grand choix de poissons frais à la carte. 4, rue du Port T. 05 53 41 21 34

Magnifique panorama sur les collines de l’Agenais depuis la salle du restaurant.

Tonneins Quai 36 Situé en bords de Garonne, d’où sa terrasse offre une vue imprenable, le Quai 36 est un restaurant résolument contemporain, aussi bien à travers son décor que sa cuisine. 36-38, cours de l’Yser T. 05 53 94 36 38 www.quai36.fr

Villeneuve-sur-Lot La Table des sens Raffinement et originalité sont au service des produits, authentiques et sélectionnés avec soin. À tester : ris de veau caramélisé, petite brunoise braisée, jus aux morilles séchées. 8, rue de Penne T. 05 53 36 97 04 www.latabledessens.com

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