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Conception graphique Maurice Renoma


Lettre d’amour aux camés Par JEAN SEBERG (Libération du 10 septembre 1979).

Dans les archives de «Libé» il y a trente-deux ans. Révélée en France dans «A bout de souffle» de Godard, l’égérie de la Nouvelle Vague a été retrouvée morte à l’arrière de sa voiture. Nous avions alors republié son courrier adressé au journal en février 1978. Salut les cons, les voyous, les roadies, et les blues jeans Renoma : je suis de passage et j’ai deux ou trois trucs à vous dire, comme ça. De quoi je me mêle ? De vous tous et de milliers d’autres. Une gueule est faite pour parler et une machine pour taper, et un être humain pour - comme disait le plus grand planeur de tous les temps - «aimer son prochain». Voilà. Le shérif est en ville, et il va tirer. Et rien à foutre. Et un peu partout. Salut les reines des restes : restes de vous - même avec vos bébés nés en manque car vous étiez trop lâches pour avouer au toubib que vous étiez toxicos enceintes. Le môme pleure dans le coin, le linge sale et le ventre vide : pas de Nesquik pour lui, pas assez de blé. Juste assez pour que maman achète sa poudre. Juste assez pour qu’elle baise n’importe qui, n’importe comment pour avoir de quoi retrouver son dealer, sous une porte cochère. Vite. Vite. Il neige sur Paris… pied ! Rare ! Rien à en foutre, on veut de la neige dans nos veines. On espère qu’entre-temps le même n’a pas renversé ce qui traînait de Mari sur le canapé sale, à côté du dernier Mandrax. Fixette. Vite. Aiguille sale ? Hépatite ? Rien à foutre. San Sebastian de la Blanche, c’est pas notre faute. La société nous a fait comme ça. Mon vieux est un con. Maman n’a rien compris. Leila m’a laissé pour une autre. Tralala là et chiale, chiale. Chier, faites chier. Tous. Salut mes loulous, mes rouleurs de mes deux, kamikaze de la Harley, mes bras restent. C’est bien ? Tu es cool. Cool. Je sais. Si cool que tu peux plus réchauffer les pieds de ta bonne femme. Ecroulés côte à côte - hmmm, hmmm, pied - et si on essayait de baiser ? Blff. Tellement mieux le flash, tellement mieux. Sales cons minables, vous osez vous défoncer en écoutant Dylan et Lay, Lady Lay. Vous êtes obscènes. Lui, il a ses emmerdes aussi, il doit vivre avec son génie - chose jamais facile, demande à Baudelaire, demande à Garrel, demande à Romain Gary et demande à Eustache - avec ses problèmes conjugaux. Et il bosse, le mec. Il est sur pied tous les jours, pour chanter Hurricane Carter pour vous. Vous êtes obscènes. (Putain, elle nous emmerde, mettons sa lettre dans les chiottes). Rien à foutre. Elle est vraiment trop square). D’accord, j’ai rien dit. Mais j’ai quand même envie de causer encore. Vous me casseriez la gueule ? Essaie donc : Pierrot mon Loulou élu viendra te saluer. Certains amis au teint basané me trouvent assez sympathique. Vous vous défoncez avec Sonny Criss ? Je vous l’interdis.

Interdis. C’était mon copain, et il essayait avec moi de vous décrocher. Et il jouait presque aussi bien que Yardbird Parker qui, sur son lit de mort, suppliait les jeunes musiciens de le croire quand il disait que son génie ne venait pas du cheval. Ça venait de son génie et de ses efforts au-delà du possible. Point c’est tout. Il travaillait. Ça s’apprend le sax. Tu te shootes avec Miles ? Ça se travaille la trompette. Des heures et des années chaque jour. Paul Desmond vous branche ? Moi aussi. Il fumait même pas les joints (à propos, puisque vous êtes tous si together, savez-vous qu’il vient de mourir avant la cinquantaine… de cancer ?). Et il est sublime Mick Jagger. Et Keith peut-être plus. Et ils se donnent à ne plus en finir pour vous. Et gracias, de nada, vous restez contre le mur avec le garrot, trop défoncé pour l’enlever. Et Bobby Marley ? Qui ne l’aime pas ? Et il fait de la musique et de la politique, et il risque sa vie. Sniffette, sniffette. Et n’écoutez plus, je vous en prie, mon ami Memphis Slim. On est cool, huh ? (Elle peut pas la fermer celle-là. Pour qui elle se prend ? Pour une girl-scout ?). Et Hakim Jamal ?, cousin de Malcom X, ex-toxico, taulard, Muslim noir, plus bel homme qui a jamais marché sur la terre : il est mort mon Jamal - huit balles dans le ventre. Trois junkies revenus du Vietnam l’ont fait. Vietnam. OK (circonstance atténuante), mais vous m’avez tué Jamal. Oh, t’en fais pas, je fais pas du racisme à l’envers. J’ai connu des salauds et des minables, des crados et des paresseux de toutes les couleurs. Bon, basta. J’arrête. Je fume une sèche, je bois une bière. Et je plane. Avec Count Basie, The Count. Je vais prendre un bain et mettre des pétales de rose dedans. Je la boucle, vous me fatiguez trop. Juste, une dernière chose, les copains, André Malraux, connais ? Moi, si. Assez bien. Et de toute sa vie, il a fumé trois boulettes d’opium, juste pour décrire le vieux Gisors. Trois. OK ? Salut les vauriens. Bacci. The Count joue Two for the blues et ça plane sec ! Navré pour la sèche, Madame Weil… Personne n’est parfait, n’est-ce pas ? Quinze minutes. Me revoilà ! Caftan, encens, parfum. The Count joue Jump for Johnny et je laisse tranquille mes camés avec leur overdose : qu’ils crèvent dans leurs vomis. […] Et je m’adresse maintenant aux poulets. Calmement. Je sais que vous faites un métier aliénant. Je sais que vous en avez marre. Mais ce n’est pas une raison pour terroriser Garrel et sa belle dame et tous les autres. […] Ne frappez plus mes potes qui essaient douloureusement de sortir de leur désespoir. Tenez-vous bien, je vous en prie. Vous savez mieux que moi où est la came, vous savez qui la fabrique, d’où elle vient, et qui en profite. Soyez des gardiens de la paix : DE LA PAIX. C’est noble. […] Bref, n’oubliez pas votre premier catéchisme. «Aime ton prochain comme toi-même !» Donc tenue et calme et aimez-vous les uns les autres. Chacun de nous chante ses blues. Merci. PS : Je sais que je vais trop loin, mais je n’aime pas à oublier cette phrase d’André Malraux : «Faire connaître aux hommes la grandeur qu’ils ignorent en eux.» Salut.


THE BEAT GENERATION THE BEAT GENERATION DE KEROUAC… à… JAMES DEAN A l’occasion de la réouverture du Renoma Café Gallery le 22 mars dernier, Maurice Renoma a présenté son exposition : “ The Beat Generation : de Kerouac… à… James Dean”, véritable invitation au voyage dans l’Amérique de la contre-culture des années 50-60, tournée vers l’évasion à tout prix. Pour le styliste Maurice Renoma, l’itinéraire de James Dean se calque sur le mouvement contestataire de la Beat Generation. Tout comme les principales figures de ce mouvement : Jack Kerouac, William Burroughs, Allen Ginsberg… , l’acteur aux multiples facettes évolue dans un milieu marginal où se côtoient écrivains, poètes, musiciens, et tous ceux qui se révoltent contre la société puritaine et castratrice, voleuse de rêves et d’avenir.

La révolte est intemporelle : de James Dean à Kerouac, de Kerouac aux Punks.

THE BEAT GENERATION Conception graphique Maurice Renoma


Conception graphique Maurice Renoma


Conception graphique Maurice Renoma


Conception graphique Maurice Renoma


Collection Punk Renoma


This retrospective will gather the various means of expression of the punk movement, particularly fashion and music. Punk Attitude exhibition brings to light the revolution caused by an energetic generation who knocked over posthippy codes and values. A movement born of the proletarian level of society – poor and lacking in inspiration –, Punk emerged in the 60’s and exploded in the 70’s in the United States (Detroit, MI) and in UK, in reaction against polite society and the economic crisis. But beyond the phenomenon, this is a state of mind, a state of alert, forever existing: the state of rebellion seizing the “small” when faced with social injustice. Punk attitude was revealed by young rebels: provocative and eccentric behaviours, nihilistic and “antiauthoritarianism” ideologies, “Do It Yourself” and “No Future” philosophy. Such a freedom of style - derived from the 50’s and 60’s, the Teddy Boys and the Mod, - inspired a lot of designers and advertising executives. Exceptionally gathered together, 17 famous photographers will be exhibited at the Renoma store and the Renoma Café Gallery, including many previously unpublished photos: Richard Bellia, Bruno Blum, Alain Dister, Brad Elterman, Férial, Danny Fields, Bobby Grossman, Bob Gruen, Jenny Lens, Mick Mercer, François Poulain, Pierre René-Worms, Marcia Resnick, Sue Rynski, Dominique Tarlé, Pierre Terrasson, Maurice Wagener. They all were privileged to witness the punk rebellion and captured the US scene with Iggy and The Stooges, MC5, The New York Dolls, Television, Richard Hell, The Ramones and The Cramps, the UK scene with The Sex Pistols, The Clash, The Damned, Siouxsie & the Banshees, the French scene with the Stinky Toys, Asphalt Jungle, Metal Urbain and the German scene with Nina Hagen … Within the exhibition - with a scenography by Maurice Renoma – a bookstore will feature the key books about Punk.

Cette rétrospective rassemble les divers moyens d’expression qui ont constitué le punk, notamment la mode et la musique. L’exposition Punk Attitude met en lumière la révolution engendrée par une génération énergique qui a renversé toutes les valeurs et les codes post hippies. Mouvement issu de la couche prolétaire, désargentée et en mal d’inspiration, le punk a émergé dans les années 1960 et a explosé dans les années 70 aux USA et en Angleterre, en réaction contre la société conformiste et la crise économique. Mais au-delà du phénomène, c’est un état d’esprit, état d’alerte, qui existe depuis toujours : celui de la révolte qui s’empare des « petits » face aux injustices sociales. L’attitude punk est révélée par les jeunes rebelles : allures provocatrices et excentriques, idéologie nihiliste et antiautoritariste, philosophie du Do It Yourself et du No Future. Une telle liberté d’expression vestimentaire, empruntée aux années 50 et 60, aux Teddy Boys et aux Mods, a inspiré de nombreux designers et publicitaires.

Exceptionnellement réunis, 19 photographes de renom sont exposés à la boutique Renoma et au Renoma Café Gallery, avec pour la plupart des photos inédites : Richard Bellia, Bruno Blum, Alain Dister, Brad Elterman, Catherine Faux, Férial, Danny Fields, Bobby Grossman, Bob Gruen, Jenny Lens, Mick Mercer, François Poulain, Pierre René-Worms, Marcia Resnick, Sue Rynski, Allan Tannenbaum, Dominique Tarlé, Pierre Terrasson et Maurice Wagener. Témoins privilégiés de la révolte punk, ils ont capté la scène US de Iggy and The Stooges, MC5, New York Dolls, Television et Richard Hell, les Ramones et les Cramps, la scène anglaise des Sex Pistols, The Clash, The Damned, Siouxsie & the Banshees, la scène française des Stinky Toys, Asphalt Jungle, Metal Urbain et la scène allemande de Nina Hagen … Au sein de l’exposition mise en scène par Maurice Renoma, une librairie regroupe les ouvrages incontournables sur le punk.


Debbie Harry and William Burroughs, West Village NYC, 1980. © Bobby Grossman

William S.Burroughs, Andy Warhol at The Factory, 1980. © Bobby Grossman


VOUS AVEZ DIT PUNK?

par Christian Eudeline, commissaire de l’exposition.

1977 est une année historique pour la musique. Mort et enterré, Elvis Presley passe le relais à la musique disco qui envahit clubs et cinémas, mais également à son pendant le plus cru, le punk-rock. Les Sex Pistols et le Clash sortent cette année-là leurs deux premiers albums et gravent les tables de lois d’un genre révolté mais salvateur. Autant la musique disco s’enivre des succès sans limite d’une société de plus en plus capitaliste, autant les punks crient leur haine du monde moderne. C’est en Angleterre que tout a commencé, pas un hasard. L’année précédente, l’inflation a battu des records, même les fonctionnaires qui ne craignent pourtant pas le chômage sont en grève, la vie est devenue si chère qu’ils sont dans une impasse. Les manifestations se multiplient et tournent souvent à l’affrontement physique avec les bobbies. Pire, l’Empire britannique, qui il y a peu rayonnait à l’international, est obligé de demander de l’aide pour renflouer ses caisses.

L’Angleterre est en crise.

C’est cette révolte contre une machine qui s’enraye que les punks portent en eux. Mouvement avant tout musical, les punks cassent les codes du politiquement correct et proposent un retour à une musique primale et bestiale. Le rock n’a pas besoin de fioritures pour être efficace, les morceaux seront courts et les tempos rapides, violents même. Les punks optent pour un look qui va de pair, à la poubelle costumes à paillette et couleurs flamboyantes, adieu aussi cheveux longs, ultime emblème de la coolitude seventies. Les punks veulent incarner le désarroi d’une rue abandonnée par les politiques, ils s’habillent avec les premières fringues venues, souvent de la récupération, et se coupent les cheveux comme une première mutilation. Le bourgeois est choqué, il les trouve même repoussants. Tant mieux. C’est bien là l’effet recherché. Les punks ont beau crier haut et fort qu’ils sont une génération spontanée, les plus fins observateurs observent des similitudes avec d’autres mouvements artistiques qui les ont précédés, à commencer par les beatniks des années 50 qui fuirent les diktats de la société traditionnelle, ou même les hippies qui rêvèrent d’un monde sinon meilleur, au moins différent. Musicalement aussi les punks ne sont pas nés de la dernière pluie, avant eux il y eut le Velvet Underground, les Stooges ou les New York Dolls. Ils répondent en fait à une séculaire loi de la nature devenue aphorisme sous la plume d’Antoine Laurent Lavoisier : Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme… En France aussi les Trente Glorieuses connaissent une période plus que difficile en ce milieu des années 70 et des groupes essaient de réagir avec leurs moyens dérisoires : un style, un micro et une guitare électrique. Ils n’auront jamais le succès de leurs collègues anglais, mais défricheront le terrain pour la génération suivante. Si les Bérurier Noir ont autant marqué les années Mitterrand, c’est bien évidemment qu’ils ont profité de l’expérience des Métal Urbain, Asphalt Jungle et autres Stinky Toys. En fait, en ce milieu des années 70, il n’y a qu’aux EtatsUnis ou le plein emploi est à l’ordre du jour, ce qui explique pourquoi les groupes américains n’ont de punk que la forme et pas le fond, il n’y a chez eux aucune nécessité d’un commentaire social énervé. C’est sans doute pour pallier ce manque de matière première, que certains (Patti Smith, Richard Hell) s’imaginèrent comme des héritiers des poètes maudits façon 19ème siècle. Les images présentées ici portent en elles ces stigmates ; en fermant les yeux il est facile d’imaginer la bande son qui les habille. Si j’ai tenu à participer à cette expo en réunissant ces quelques photos, c’est pour plusieurs raisons. Il y a une dizaine d’années j’ai écrit un livre « Nos Années Punk » (Denoël) que j’ai imaginé comme une grande enquête sur ce mouvement. Je voulais raconter une histoire, celle de ce mouvement, en passant par une lorgnette qui m’était chère, celle des groupes français. Mon grand frère a été le chanteur d’Asphalt Jungle, l’un des groupes pionniers du punk hexagonal. Les articles qui lui étaient consacrés dans les journaux tissaient comme une toile invisible entre mon quotidien d’écolier et le monde extérieur, cette nouvelle vague à laquelle je n’avais pas l’âge de participer mais dont je décortiquais dans les journaux la moindre news. En partant à la rencontre de ces groupes une vingtaine d’années plus tard, il y avait comme une complicité tacite, je prenais en quelque sorte le relais de mon frangin. Si je me suis concentré sur l’histoire de ces groupes français c’est parce qu’ils étaient pour moi plus faciles d’accès et aussi parce qu’aucun livre ne racontait leur histoire. Une injustice que je ne comprenais pas, car il me semblait évident que le mouvement punk n’était pas qu’un épiphénomène, même de ce côté de la Manche où Plastic Bertrand avait dansé son premier pogo chez Drucker, et où, des collections de Jean-Paul Gaultier aux livres de Virginie Despentes, l’esprit s’était très fortement répandu. J’ai posé à ces acteurs des questions simples : Pourquoi avaient-ils eu envie de créer un groupe ? Comment s’y étaient-ils pris ? Qu’en gardaient-ils ? Qu’étaient-ils devenus ? Avaient-ils abandonné ?

Et je me suis aperçu qu’être punk c’est d’abord une histoire de survie et de révolte.

Que c’était un parfait avant-goût à ces années de démerde généralisée. Que les punks se posaient non pas des questions existentielles mais des questions de première nécessité, ils n’ont pas été les premiers et ne seront pas les derniers. Ils m’ont fait comprendre également que les choix de jeunesse ne se renient jamais. Que « punk un jour punk toujours », et que surtout, ils nous manquent énormément. Maurice Renoma est-il punk ? Non, bien évidemment que non, mais son anti conformisme (il est bien le seul styliste à refuser depuis toujours d’organiser des collections) est la preuve évidente d’une certaine logique et le fruit d’une rébellion. S’intéresser à tous ces groupes après une vie bien remplie l’aide sans doute à mieux comprendre son propre itinéraire, et apporte une preuve supplémentaire à l’ouragan artistique que ce fut. Les punks sont désormais dans les galeries, profitons.


1977 was a historical date for music. Dead and buried, Elvis Presley passed the baton to Disco music invading the clubs and movie theatres, but also to its rawest counterpart, Punk rock. The Sex Pistols and The Clash issued their first albums this same year and etched the Tables of the Law of a rebel yet saving genre. Whereas disco music was getting dizzy with the boundless successes of a more and more capitalist society, the punks shouted their hatred of the modern world. Everything started in the UK, and this is no mere accident. The year before, inflation broke records, even the civil servants – who did not fear unemployment though – were on strike. Life had become so expensive that they had reached deadlock. Demonstrations multiplied and often turned into physical confrontation with the “bobbies”. Even worse, the British Empire, that used to shine abroad not long before, had to ask for help in order to refill the coffers. UK was in crisis. Punks bore in them this rebellion against a jamming machine. Initially a musical genre, Punk broke the rules of political correctness and offered a return to primal and bestial music. Rock does not need any frills to be efficient: the pieces shall be short and the beats fast, if not violent. Punks chose a matching look: they got rid of sequined suits and bright colours, they also said good bye to long hair, the ultimate symbol of the 70’s cool attitude. Punks wanted to embody the helplessness of people in the streets, abandoned by politicians. They wore the first togs they picked, mostly recycling and cut their hair as a first mutilation. The bourgeoisie was chocked, they found them repulsively ugly. That’s fine! As it was the expected effect. Even though Punks shouted out loud and clear that they were a spontaneous generation, the finest observers can see similarities with other artistic movements that preceded them, starting with the 50’s beatniks who fled from the diktats of traditional society or even the hippies who dreamed of a - if not better – different world. Also musically, Punks were not born yesterday: before them, there were the Velvet Underground, the Stooges or the NewYork Dolls. They actually followed an age-old law of nature which has become an aphorism under Antoine Laurent Lavoisier’s pen: “Nothing is lost, nothing is created, all is transformed…” In France too, the Glorious Thirty faced a difficult period in this middle of 70’s and some bands tried to react with derisory means: style, a mic and an electric guitar. They never met with success in the same way as their British peers, but they cleared the way for the next generation. If the Berrurier Noir left such a mark on Mitterand years, it is obviously because they benefited from the Metal Urbain’s, Asphalt Jungle’s or Stinky Toys’ experience. Actually, in the middle of the 1970’s, only the United States were enjoying full employment. That is the reason why American bands were punk only in the form and not in the content: they didn’t feel the need for an angry social comment. And that was probably why some of them (such as Patti Smith or Richard Hell) imagined themselves as XIXth century-style accursed poets, because they wanted to fill this lack of raw material. The images that will be shown here bear in them those stigmata. If you close your eyes, you can easily imagine the soundtrack that goes with them. I wanted to take part in this exhibition and gather those photos for various reasons. Ten or so years ago, I wrote a book entitled, “Nos Années Punk” (Denoël) that I imagined as a big survey about this movement, looking through the narrow view that was dear to my heart, that of the French bands. My older brother was the singer of Asphalt Jungle, one of the pioneer bands of French punk. The press articles about him used to weave an invisible web between my school boy day life and the outside world: this new wave in which I was too young to take part but whose slightest info I was dissecting in the Press. While going to meet those bands some 20 years later, there was a kind of tacit complicity; I somehow took over from my bro. If I focused upon the history of those French bands, it is because they were for me more easily accessible and also because no other book told their story. It was an injustice that I did not understand, for it seemed obvious to me that the Punk movement here was not only an epiphenomenon, even on this side of the Channel where Plastic Bertrand had performed his first pogo dance on Drucker’s show, and where – from Jean-Paul Gaultier’s collections to Virginie Despentes’ books – the spirit of punk already widely spread out. I asked those protagonists simple questions: Why had they felt like creating a band? How did they do it? What was left of it? What did they become? Did they give up? And I realized that “being punk” was a matter of survival and rebellion… That it was a perfect foretaste of these years of global “sort if out yourself”… That punks did not wonder about existential questions but absolutely essential questions. They were not the first and will not be the last. They also made me understand that youthful choices can never be betrayed. That “once punk, forever punk”, and most of all, that we miss them a lot! Is Maurice Renoma punk? No, of course not! But his non-conformism – he is the only designer refusing for ages to organize fashion shows – is the fruits of a rebellion and the substantial evidence of certain logic. His interest for all those bands – after a very busy life – certainly helps him to understand his own career. It also is an extra proof of the artistic hurricane it was. Punks are now in galleries; let’s make the most of it!

« PUNK » YOU SAID ? by Christian Eudeline

The Cramps, Lux Interior, Zenith de Paris, 1995. © François Poulain


LE Entretien avec Maurice Renoma par Anne-Sophie Rivière. Après vos expositions précédentes : Gainsbourg, Rolling Stones, Hendrix, James Dean et la Beat Generation, pourquoi avoir choisi le Punk ? Après mes expositions précédentes, que pouvais-je choisir d’encore plus fort ? La Beat Generation était déjà un mouvement très fort, marqué par une réaction anti-sociale, contestataire et une atmosphère révoltée. J’ai toujours aimé la révolte. Toutes mes expos racontent une histoire de révoltés qui prennent le contre-pied d’une mode en déréliction. Le punk, c’est le mouvement de révolte suprême pour moi : révolte sociale et vestimentaire. Les Punks n’ont pas toujours très bonne réputation dans notre société : on les voit volontiers comme des marginaux, sales et hirsutes. Vous qui êtes dans la mode du côté dandy parisien, comment intégrez-vous ce mouvement dans votre univers ? Je suis anti-mode. Pour moi, le mouvement punk n’est pas une mode mais une attitude, une façon de vivre. Pour créer un mouvement de mode ou de contestation, il faut sentir le mouvement et le précéder. Le mouvement Punk n’est pas un mouvement à la mode au départ, ce sont des jeunes de 16 ans issus du milieu prolétaire ; il n’est pas question de marketing. C’est quoi la mode Punk ? Un peu de style motard, un peu de “Fureur de Vivre”, c’est un peu tout, le Punk. Ça a toujours existé, le système D, le recyclage, la récup’… J’ai toujours fait ça. Quel genre de punk étiez-vous en France dans les années 70 ? Avez-vous suivi le mouvement punk ? Je n’ai pas suivi le mouvement. Comme je vous l’ai dit : suivre le mouvement pour moi c’est être à la mode, et je n’aime pas ce qui est à la mode. Dans les années 70, j’avais la tête dans le vêtement : j’étais concentré sur le toucher d’un tissu, sa couleur … De toute façon, je trouve que le mouvement punk en France a été plus discret qu’outre-Manche. Le style punk est surtout lié au mouvement anglo-saxon : en France, on est moins démonstratif, moins “agressif”. On a plus l’état d’esprit hippie que punk. En Angleterre, le Punk a été récupéré et commercialisé par Vivienne Westwood et Malcom McLaren. Pour moi, le Punk, c’est un état d’esprit, c’est la grande liberté. Etre punk, c’est casser les codes établis. Si on considère que le Punk est une façon de vivre, alors je suis punk. J’ai fait la guerre aux conventions moi aussi : avant, on ne pouvait pas imaginer aller au restaurant sans cravate, il ne fallait pas s’habiller en vert … J’ai viré la cravate de mes collections et mis du vert partout. Le style Renoma a donc contribué à l’abolition de la cravate, et de toutes les superstitions sociales qui vont avec. Pour vous, qui est le plus représentatif du mouvement Punk en France ? Les Bérurier Noir. Ils ont bien rendu l’esprit anti-fasciste et anti-militariste du Punk. J’ajouterai Gainsbourg, pour cet état d’esprit rebelle et provocateur. Vous avez assorti vos collections mode à chacune de vos expositions précédentes : comment allez-vous exprimer l’attitude punk à travers le vêtement, l’accessoire ? Avec mon équipe, je vais customiser des Perfecto afin de créer une expo dans l’expo. Ce ne sera évidemment pas commercialisé. Il s’agira d’objets d’art, de pièces uniques. Quelques amis photographes et artistes nous accompagneront peut-être dans cette collection de Perfecto. Le but, c’est de rendre hommage au mouvement Punk, et de s’amuser.


Collection Punk Renoma


PUNK

Interview with Maurice Renoma by Anne-Sophie Rivière Following your previous exhibitions about Gainsbourg, The Rolling Stones, Hendrix, James Dean and The Beat Generation, why did you choose the Punk subculture? Following my previous exhibition, what could I choose that would be even stronger? The Beat Generation was already a very strong movement, marked by an anti-social and anti-establishment reaction as well as a rebellious atmosphere. I always loved rebellion. All my exhibitions tell a story of rebels taking the opposite view of a fashion in dereliction. Punk is for me the supreme rebellious movement: a social and clothing rebellion. Punks do not ever have a very good reputation within our society: we easily imagine them as dirty and shaggy-haired eccentrics. How do you – working in the Parisian dandy’s side of the fashion business – integrate this movement into your world? I am anti-fashion. According to me, the punk subculture is not a fashion but an attitude, a way of life. If you want to start a fashion or a protest movement, you have to feel this movement and precede it. The punk subculture was not, in the beginning, a trendy movement: it comes from 16 year old youngsters from the working class; there is no marketing issue. What is Punk fashion? A bit of biker style, a few “Rebels without a Cause”, and you will get Punk. It ever was: resourcefulness, recycling… I’ve always done that. What kind of punk were you in France in the 70’s? Did you follow the punk movement? I did not follow the movement. As I told you: tagging along with the crowd, according to me, is being in fashion, and I don’t like what is fashionable. During the 70’s, I was into clothing: I was focused on the feel of a fabric, its colour… Anyhow, I think that the punk subculture was more discrete in France than across the Channel. Punk style is mainly linked to the Anglo-Saxon movement: in France, we are less demonstrative, less “aggressive”. We have a more hippy than punk frame of mind. In England, Punk has been hijacked and marketed by Vivienne Westwood and Malcolm McLaren. For me, Punk is a frame of mind, it’s great freedom. Being punk is breaking the rules. If you consider Punk is a way of life, then I am punk. I also fought the conventions: it used to be inconceivable to go to the restaurant without wearing a tie, you could not wear green either… I booted out ties from my collections and put green everywhere. Renoma style thus played a part in the abolition of the tie and all social superstitions that went along with it. According to you, who is the most representative artist of the punk subculture in France? The Bérurier Noir. They really conveyed the anti-facist and anti-militarist spirit of Punk. I would also add Gainsbourg, for his rebellious and provocative frame of mind. You matched your collections with each of your previous exhibitions. How will you express the punk attitude through clothing and accessories? With my team, I will customize some rocker jackets in order to create a show within the show. Of course, they will not be marketed. They will be works of art, unique pieces. Some photographer and artist friends will maybe join us with this collection. The aim is to pay tribute to the punk subculture and to celebrate.


THE DEFECTS, groupe punk de Belfast, Irlande du Nord, fondÊ en 1978. Concert, Dortmunder Dungeons, Leeds, Angleterre Š Mick Mercer


Š Allen Tannenbaum

Š Allan Tannenbaum


© Dominique Tarlé


ance, Longwy 1983. No Class. Porte de Fr d Bellia n est baisÊ" Š Richar "o e gl sin du te et ch Po


Collection Punk Renoma


© Bob Grue

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Iggy Pop, 1979 © Ray Stevenson

Debbie Juvenile and Soo Catwoman, 1976 © Ray Stevenson

Jordan, Liverpool 1976 © Ray Stevenson

Siouxsie and Debbie Juvenile, Screen onthe Green 1976 © Ray Stevenson Tracey O’Keefe © Ray Stevenson

Christov Ruhn & Antoine Heidler de Private Vices, MARQUEE CLUB, mars 1978. © Bruno Blum

Iggy Pop, Londres, 1978. © Bruno Blum

Soo Catwoman 1976 © Ray Stevenson

Steve Jones & Sid Vicious. Sex Pistols, Brunel University, Uxbridge, près de Londres, 16 décembre 1977. © Bruno Blum

Siouxsee & the Banshees, Music Machine, Londres, 1978. © Bruno Blum

Poly Styrene, Roundhouse, 1978 © Ray Stevenson

Pogo Pogo. Rotten & Sid Vicious. Sex Pistols, Brunel University, Uxbridge, près de Londres, 16 décembre 1977. © Bruno Blum

Debbie, Tracey and Mick in that same lift © Ray Stevenson

Public Image Limited et Saskia Cohen-Tanugi, metteur en scène française. Jim Walker, Jah Wobble et John Lydon chez lui à Edith Grove, Fulham, 1979. © Bruno Blum


No Class. Longwy 1983. Photo publiée dans la compilation "Chaos en France Vol 1" © Richard Bellia­­


Collection Punk Renoma


Ron Asheton, James Williamson and Iggy Pop of the Stooges, in the back room of Max’s Kansas City, New York, 1973. © Danny Fields Patti Smith, David Johansen, Night Bob, Cyrinda Foxe and Lenny Kaye at the «War Is Over» protest, Central Park, New York, 1975. © Danny Fields Johnny, Tommy, Dee Dee and Joey Ramone, in the alley behind CBGB’s, New York, 1976. © Danny Fields Ron Asheton and Iggy Pop performing, upstairs at Max’s Kansas City, New York, 1973. © Danny Fields


BLONDIE, groupe punk américain - Camden Roundhouse, Londres. Fondé en 1975 par Debbie Harry et Chris Stein. © Mick Mercer

© Maurice Renoma


Joey Ramone and Gaye Advert, Londres 1978 © Alain Dister Newcastle 2006 © Alain Dister


Darby Crash, Germs, Gutter, June 1977 © Jenny Lens

Screamers Trio Profile, April 9, 1977 © Jenny Lens

Darby Cr Sc r e a m e r s Screamers Debut, May 28, 1977 © Jenny Lens


Š Maurice Renoma


king kurt, Londres, 1983. © Pierre Terrasson

© Catherine Faux

Johnny Rotten PIL. Paris holidays inn republique 1987 © Pierre Terrasson

© Catherine Faux

Niagara, Destroy All Monsters, backstage à Cleveland, Ohio, 1977. © Sue Rynski


SEX GANG CHILDREN, groupe important de la nouvelle scène post-punk/gothique. Fondé à Londres en 1981. © Mick Mercer

FLESH FOR LULU, groupe rock alternatif/gothique Les coulisses de The Fridge, Brixton, Londres avec quelques amis. Fondé à Brixton en 1982. © Mick Mercer

DEAD MAN’S SHADOW, groupe punk anglais - leur «QG»… leur pub à Londres. Le groupe s’est formé en 1980. © Mick Mercer


© Dominique Tarlé


© Dominique Tarlé


© Bob Gruen


Collection Punk Renoma


Punk, Le Havre, 1983 Š Pierre Terrasson


Š Brad Elterman

Š Allan Tannenbaum


© Sue Rynski

© Pierre Terrasson

© Pierre Terrasson

© Pierre Terrasson

© Pierre Terrasson

© Pierre Terrasson

© Pierre Terrasson

© Pierre René-Worms

© Mick Mercer

© Mick Mercer

© Maurice Wagener

© Marcia Resnick

© Marcia Resnick

© Maurice Wagener

© Maurice Wagener


y Lens n n e J Š

Š Jenny Lens


© Bob Gruen


Screamers Street, 1977. Š Jenny Lens


The Ramones, 1975. Š Bob Gruen


Š Alain Dister


Collection Punk Renoma


présente

Exposition du 21 octobre au 21 janvier 2012

129 bis rue de la Pompe 75116 Paris www.renoma-paris.com Du mardi au samedi de 10h à 19h Contact presse : Margo Bourcier / Anne-Sophie Rivière Tél : 01.44.05.38.18 presse@renoma-paris.com Design Graphic : adelap.com

118 rue de Longchamp 75116 Paris Du mardi au samedi de 10h à 19h

Renoma présente la Punk Attitude  

Après avoir exposé la Beat Generation, Maurice Renoma présente: PUNK ATTITUDE Cette rétrospective rassemble les divers moyens d’expression q...

Renoma présente la Punk Attitude  

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