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FRANCE SEPTEMBRE 2019

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« Sous nos casques, nous sommes juste des pilotes » Shayna Texter est un phénomène en Flat Track, le reste est secondaire...


ÉDITORIAL

L’IMPORTANT, C’EST LE RESTE

Dans et hors de la course, sa ténacité et sa détermination font sensation. Le pilote à l’honneur ce mois-ci est un phénomène du Flat Track – des courses de moto disputées sur un circuit ovale, à fond la caisse, jambe gauche sortie dans les ­virages. Un coup de frais pour une discipline qui a bénéficié d’un regain de notoriété ces dernières années. Shayna Texter page 22, notre pilote en question, y est l’une des deux seules femmes présentes à haut niveau. Dans son histoire, l’important n’est pas cela, mais tout le reste. Chez WondaGurl, là encore, l’essentiel n’est pas que la Canadienne soit l’une des rares femmes ­productrices dans le rap game, mais bien que ses instrumentaux d ­ échirent. Jay-Z ou Rihanna lui doivent certains de leurs succès et dans les hautes sphères des charts où ils évoluent, l’important, ce n’est pas le genre, mais le talent et le travail. Lisez plus ! Votre Rédaction

CONTRIBUTEURS NOS ÉQUIPIERS

ANTOINE CARBONNAUX

Apprécié des milieux culturels branchés et rédacteur en chef de Red Bull Music France depuis 2015, Antoine Carbonnaux explore et documente les coulisses de la création musicale. Dans ce numéro, il est allé à la rencontre de la Canadienne dont toutes les stars du hiphop US s’arrachent les services : WondaGurl. C’est en clôture de sa résidence de création aux Red Bull Studios Paris qu’Antoine a rencontré cette « force tranquille ». Page 42

« Texter m’a bluffée, tant elle s’acharne dans un milieu dominé par les hommes, qui plus est une discipline sportive : la moto, dit la journaliste, récemment relocalisée à Santa Fe pour intégrer la rédaction d’Outside. Elle pense qu’elle peut affronter et battre ­n’importe qui, sincèrement. En la fréquentant, je me suis demandé si je pourrais adopter le même état d’esprit. Elle m’a inspirée et fait changer de philosophie. » Page 22 Le succès de Shayna Texter, pilote de moto Flat Track pro, est le dernier chapitre d’une saga qui inclut son grand-père, Glenn Fitzcharles, légende du Sprint Car.

4 



THE RED BULLETIN

LAURA BARISONZI (COUVERTURE)

GLORIA LIU


SOMMAIRE septembre 2019

78 Le festival Nyege Nyege, raison

suprême de bouger en Ouganda

82 Avec la méthode Isele, c’est

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Y a-t-il un capitaine de soirée dans la teuf ? Plongée à l’ancienne dans les premières raves anglaises.

sur lesquelles passer des heures 14  Avec ses personnages mythiques, Stan Lee a installé le concept de superhéros dans notre quotidien 16  Se mettre en condition pour la vie sur Mars ? On file en Chine 18  L’idée, en achetant cette moto, c’est de ne plus jamais en acheter d’autre… La Zeus de chez Curtiss Motorcycles est un rêve électrique aux prétentions durables 20  Pour trouver des vinyles, Vincent Privat ne lâche rien, quitte à vider un entrepôt deux jours durant

2 2  Au bout de l’ovale

Grâce à Shayna Texter, star dans sa discipline, le Flat Track ne tourne pas en rond

34  R etour au Vietnam

Pour un saut rare en wingsuit

42  L a force tranquille

Vous dansiez sur ses sons sans la connaître : présentations !

50  L e club de Mikey

Dans la sphère de Mikey Alfred, jeune ricain créatif et connecté qui excite la scène urbaine US

42

WondaGurl : d’un naturel plutôt posé, cette jeune femme bâtit des sons hiphop à tout casser.

5 4  Marins, after all

L’élite française de la voile se frotte au SailGP… et apprend

64  O bjectif R.A.V.E

Un photographe au cœur du ­Second Summer of Love

70  P lanches de salut

Ce que le surf peut apporter aux Jamaïcaines en difficulté

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THE RED BULLETIN

DAVE SWINDELLS, ARARSA KITABA, BERNARD LE BARS

8  Moto, surf ou skate, trois photos

pieds sur terre et yeux fermés que le grimpeur se prépare 84 Ce Minecraft en réalité virtuelle pour smartphones contribue au réel de manière intelligente 85 Plein écran : faites vos courses sur Red Bull TV, sans bouger 86 Brocante géante, FMX de haut vol, électro et course sur le mont Blanc : l’agenda sans équivalent 88 Sape : abordez l’hiver sereinement avec une sélection des meilleures vestes disponibles sur Terre 98 Un cliché fou du Red Bull Jour d’Envol qui a fait monter la ­température à Lyon le 30 juin


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Quand le boss de l’America’s Cup lance un nouveau concept, le SailGP, on se pointe à SF se tenir au courant.

THE RED BULLETIN 

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CAINEVILLE, UTAH

Du neuf avec du vieux

CHRIS TEDESCO

La photo est depuis longtemps indissociable de l’univers des sports ­d’action, mais sur ce coup, l’environnement de la prise de vue la hisse aux sommets du genre. Réalisée à Caineville, dans l’Utah, par le photographe Chris Tedesco, elle montre le vainqueur des X Games Tom Parsons sur un terrain d’exception. « Le mélange entre le paysage ancestral grandiose et la performance de haute volée rend ce cliché unique ; l’immuabilité des roches contraste avec l’énergie instantanée et éphémère du pilote », explique ­Tedesco. Une séquence nominée dans la catégorie Best of Instagram du concours photo Red Bull Illume en février ­dernier. Instagram : @tedescophoto




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REN MCGANN


AUSTRALIE-­ OCCIDENTALE

Face au colosse

Lorsqu’une énorme houle parcourt l’océan Indien, elle peut engendrer des vagues colossales sur « The Right », ce récif meurtrier situé en Australie-­Occidentale. Seuls les plus courageux des surfeurs osent les affronter. Pour le photographe Ren McGann, le défi était de ­saisir le moment où le surfeur tente de ­dominer la vague. « Cette photo est probablement celle dont je suis le plus fier. Me fondre dans la nature est pour moi le but ultime. Le voyage commence dès que je prends mon ­appareil, charge la voiture et démarre. Une fois à l'eau, être entouré de ­vagues géantes m’apaise comme­ rien d’autre. » Instagram : @renmcgann



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FILLINGES, FRANCE

Avec ses lignes épurées et ses contras­tes forts, on comprend a­ isément pourquoi cette image de BMX a été élue meilleure de la catégorie Best of Instagram du concours Red Bull Illume l’hiver dernier. Au moment où le photographe et vidéaste Baptiste Fauchille ­installe son appareil au bowl de ­Fillinges, ville de Haute-Savoie, il ne se doute pas qu’il va y réaliser une photo bientôt primée. « J’ai d’abord envisagé une vidéo avec mon drone. Puis j’ai réalisé que le bowl était immaculé : pas un graffiti, pas une saleté. Ce qui permettait de bien faire ressortir le rider et son ombre. J’ai demandé à Alex Bibollet (un rider dans l’équipe qui accompagnait Fauchille, ndlr) de me donner ce qu’il avait de mieux et j’ai pu ­capturer le moment. » Instagram : @baptistefauchille

BAPTISTE FAUCHILLE/UNICORN WE ARE LEGENDS

Un plan en béton




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THE STAN LEE STORY, L’OUVRAGE

Le culte du héros

« Si vous parvenez à soulever ce livre, c’est que vous faites vraiment partie de notre merveilleux monde de superhéros. » Ce sont les mots de Stanley Martin ­Lieber, alias Stan Lee, auteur légendaire, rédacteur en chef et même star de l’univers cinématographique Marvel. Qu’il l’ait écrit dans l’avant-­ propos d’un livre qui célèbre à titre posthume sa propre magnificence résume l’essentiel de ce que vous devez savoir sur l’incroyable, l’étrange, l’inimitable sens de la mise en scène de l’un des plus grands bardes de la culture pop du XXe siècle. Avec ses 444 pages, The Stan Lee Story, publié par Taschen, est un pavé énorme (tout comme son prix, 2 000 €), mais néanmoins à peine capable de résumer la vie et la carrière d’un homme qui a commencé à 17 ans comme garçon à tout faire chez Timely Comics (à remplir les encriers des artistes dessinateurs et apporter leur déjeuner) pour devenir éditeur du Marvel Comics Univers tout en co-créant des personnages tels que SpiderMan, Hulk et Black Panther. Lee a réinventé le support BD dans sa fabrication (en développant la méthode Marvel : une 14  



Stan « The Man » Lee dans les bureaux de Marvel à Manhattan, NY, en 1968.

Mille exemplaires de ce livre de 444 pages ont été imprimés, et huit années ont été nécessaires à sa conception. Rare ! THE RED BULLETIN

TASCHEN, 2018 MARVEL ENTERTAINMENT, LCC, COURTESY STAN LEE AND 1821 MEDIA/ PARIS KASIDOKOSTAS LATSIS AND TERRY DOUGAS LOU BOYD

Tant qu’à concevoir un livre sur l’un des créateurs de BD parmi les plus doués de l'Histoire, autant que ce soit fait par lui-même… Et c’est tant mieux.


Lee en agent de sécurité dans le film ­Captain America : Le soldat de l’hiver.

« Bon, les gars, on va créer un empire de la bande dessinée... »

Illustre ! Stan, un héros pour de nombreux fans de superhéros.

technique de storyboard ­collaborative entre scénariste et artiste permettant d’accélérer le rythme de production des planches) et sa perception. Les histoires et la prose de Lee respirent la finesse et l’humour, et ses héros ne sont pas que de gros bras mais des personnages complexes avec des soucis quotidiens et des failles, des profils auxquels le lecteur s’identifie. L’histoire de Marvel est, à bien des égards, l’histoire de Stan Lee, et qui mieux que l’auteur même de ses légendes et le créateur de plus de 200 personnages pouvait la raconter ? THE RED BULLETIN 

« C’est une corne d’abondance, une idée folle, une attitude à la Don ­Quichotte, pour échapper à la routine et à la banalité », confiait Lee à propos de son œuvre ­maîtresse. « Une fête pour l’esprit, l’œil et l’imagination ; la célébration littéraire d’une créativité débridée, associée à une touche de rébellion et au désir insolent de cracher dans l’œil du dragon. » Lee s’en est allé à l’âge de 95 ans en novembre dernier, mais ses ­histoires et son héritage lui survivront. Les True Believers le savent : le meilleur reste à venir ! taschen.com   15


MARS BASE ONE

Sur la Terre et au-delà Center. « La base permet aux visiteurs de comprendre les enjeux de la vie dans des espaces clos où tous les aspects de la vie quotidienne doivent être maîtrisés avec des ressources très limitées, nous explique-t-on du côté du C-Space. Chaque goutte d’eau doit être récupérée et recyclée. La nourriture doit être riche en protéines pour assurer la bonne santé des occupants et les sorties s’effectuent en combinaison spatiale avec passage par la cabine de pressurisation. » Ouverte au public, cette installation éducative de 1 115 m², toute terrienne soit-elle, espère bien inspirer la prochaine génération d’aventuriers de l’espace tout en aidant la Chine à rattraper les États-Unis et la Russie dans leur quête interplanétaire.

C-Space (C comme Communauté, Culture et Créativité), la base créée pour les ados chinois, a coûté près de 8 millions d’euros et a pour but d’initier la jeunesse à l’exploration spatiale et à la vie sur Mars.

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JONATHAN BROWNING

Mars Base One se situe dans un paysage aride et poussiéreux avec des roches rouges à perte de vue. Sans la moindre trace de vie dans le nuage de sécheresse qui l’enveloppe. Sauf qu’elle n’est pas sur Mars. Située dans le désert de Gobi, à 40 km de la ville de Jinchang (nord-ouest de la province chinoise du Gansu), elle vise à simuler l’expérience de la vie sur la planète rouge. Composée de neuf capsules (une salle de contrôle, un module biologique combinant serre et labo, un sas, des installations médicales, une unité de recyclage, des salles de vie et une salle de sport et de détente), la base a été créée par C-Space avec l’aide du Centre des astronautes de Chine et du China Intercontinental Communication

LOU BOYD

Cette base de préparation permet de vivre comme un ­astronaute sur la planète rouge. Sans q­ uitter la planète bleue.

Le blé pousse dans le module serre/ laboratoire qui étudie la croissance des plantes et des animaux dans un climat martien. THE RED BULLETIN


Le désert de Gobi a été choisi pour la base Mars One à cause de son paysage rappelant celui de Mars, ses conditions chaudes et sèches, ses fréquentes tempêtes de sable et une forte pollution issue des mines de lithium de la ville de Jinchang, à 40 km.

Mars Base One a été utilisée par l’émission de télé-réalité Space Challenge, dans laquelle six volontaires dont cinq célébrités chinoises devaient vivre à la base après une formation d’astronaute. THE RED BULLETIN 

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CURTISS MOTORCYCLES

Déesse de l’Olympe Inspiré de la mythologie grecque et de la première moto de vitesse de légende, ce bolide pourrait être le dernier que vous achèterez.

sées en 1907 (219,45 km/h), avec une moto équipée de l’un de ses moteurs d’avion V8 de 40 chevaux. Les ­versions Zeus Cafe Racer et Bobber sont des innovations que Curtiss approuverait : des monstres électriques de 190 chevaux atteignant 100 km/h en 2,1 sec soit 0,7 sec de moins que la ­Koenigsegg Agera RS, la plus rapide des voitures. La nouvelle Zeus Radial V8, dont les cylindres embarquent des ­batteries brevetées, s’inspire du modèle vieux de 112 ans à l’origine du record. « Notre objectif est de produire des machines inusables, poursuit Cornille, avec pour ­ urtiss slogan : Achetez une C et transmettez-la à vos enfants et petits-enfants. Nos batteries sont échangeables et recyclables, c’est la garantie de bénéficier toujours du ­meilleur de la technologie. » curtissmotorcycles.com

LOU BOYD

Rêves électriques : carénage monocoque en aluminium, jantes prototypes en carbone et tableau de bord à écran ­tactile, les créations de Curtiss Motorcycles redéfinissent le design de la moto. Le modèle Zeus (notre photo) incarne cette vision.

Curtiss Motorcycles conçoit des motos uniques : à titre d’exemples, les modèles Zeus (photo) et Hera semblent davantage sortis d’un film de science-fiction que de la réalité. « Nous avons remis en cause la forme même de la moto, explique le concepteur en chef Jordan Cornille. Depuis plus d’un siècle, celle-ci est déterminée par les pièces qui la constituent. Donner à ces bolides l’allure moderne d’une machine à combustion n’avait pas de sens. » L’entreprise US porte le nom de son fondateur, l’aviateur et inventeur Glen Curtiss, célèbre pour avoir mis au point le moteur V-Twin américain, et pour son record de vitesse terrestre sur deux roues motori-

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Intérim

À la petite cuiller (1989)

« Envoyer des bouteilles à la mer… »

Puzzle Pulsion

Pygmalistique (1986)

« Ne négliger aucun disque… »

Afric’ Rhythm

Sans Frontière (1990)

« Appeler cent fois s’il le faut… »

Le disquaire parisien que le monde entier nous envie partage quatre de ses plus belles trouvailles. Des années durant, Vincent Privat a reçu à domicile. Une adresse que les DJs des quatre coins du monde s’échangeaient, avides de ses découvertes musicales. Chineur depuis l’adolescence, ce digger chevronné s’est imposé comme une référence incontournable parmi les collectionneurs de vinyles. Du funk breton aux chants médiévaux, les disques rares qu’il débusque sont désormais accessibles à tous chez Dizonord, la boutique qu’il a ouverte dans le XVIIIe arrondissement de Paris. C’est au comptoir de celle-ci qu'il partage avec nous sa philosophie du digging et quelques-unes des plus belles trouvailles qui ont forgé la réputation de ce passionné.

Vincent Privat jouera ses meilleurs disques sur un sound-system d’exception à l’occasion du Red Bull Music Festival Paris le 29 septembre. Plus d’infos sur redbull.com/parisfestival 20  



Raphaël Toiné

Femmes pays douces (1986)

« Remonter la piste de l’artiste… » « Une autre méthode consiste à ­retrouver le contact de l’artiste. J’ai écrit au musicien antillais Raphaël Toiné et suis allé chez lui à Genève. Le train était hors de prix, je n’avais pas un rond à l’époque, mais je me disais que ça valait le coup. On a fouillé dans ses affaires, ressorti les photos d'époque, les articles de presse, il m’a raconté son histoire, des anecdotes incroyables. Mais ­impossible de mettre la main sur le disque. Soudain, un cri au bout de la pièce : Raphaël venait de retrouver 200 albums neufs ! Chacun valait 200 €, je les ai mis en vente à 50. Tout est parti en deux heures avec un simple post Facebook. On a partagé les bénéfices avec Raphaël. Et nous sommes devenus amis. »

« Un jour, auprès d'un label, j’ai récupéré une boîte de K7 démos qu’ils avaient reçues, mais probablement jamais écoutées. Je m’étais gardé celle-ci pour la fin, avec sa pochette faite main, un dessin d’enfant colorié au feutre. Dès la première seconde, grosse claque : une musique électro africaine lo-fi entre Francis Bebey et Ata Kak. J’ai appelé des centaines de fois le numéro de téléphone figurant sur la jaquette, jusqu’à ce qu'on me réponde : le frère de l’artiste. Ils sont fâchés et il ne veut pas me donner son contact, à moins de débourser une certaine somme, ce qui me ­dérange, éthiquement parlant. La ­situation est donc bloquée... J’adorerais rééditer cette musique, mais contrairement à certains, je ne veux pas agir dans le dos de l’artiste. »

ANTOINE CARBONNAUX

« Faites tous les bacs à disques ! »

MATHILDE AYOUB

VINCENT PRIVAT

« Je chinais dans le stock d’un ­producteur de musique africaine en banlieue parisienne quand je suis tombé sur une pochette de ce disque de zouk hyper recherché. Si la pochette est vide mais qu’elle est neuve, c’est peut-être qu’il y a le disque quelque part. Alors on a vidé intégralement les deux box de stockage… 50m³ ! Ça nous a pris deux jours. Et c’est dans la dernière boîte, forcément, que j’ai trouvé une dizaine d’exemplaires du disque. C’est la première fois que je trouvais un vrai lot de disques rares en parfait état. Ça s’est vendu jusque 380 € le disque. Règle numéro 1 : toujours ­finir le stock, faire tous les bacs, jusqu’au dernier disque. »

« Un disque incroyable d’un groupe anarchiste des années 1980. J'ai beaucoup joué Mobutu, un morceau lent avec une voix féminine qui ­dénonce le système politique qu’on retrouve dans beaucoup de pays africains. Les noms des musiciens n’étaient pas simples à identifier, ils utilisaient des pseudos, alors j’ai envoyé des lettres au hasard en ­remontant les Pages Blanches. Je suis resté sans nouvelle pendant un an, jusqu’à ce qu'un certain Michel m’écrive par e-mail. En déménageant, il était retombé sur un carton de ce disque et s’était remémoré ma lettre. Conclusion : ne jamais lâcher et envoyer des bouteilles à la mer. »

THE RED BULLETIN


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L’AUTRE PILOTE

L’histoire que les gens se plaisent à raconter au sujet de SHAYNA TEXTER est aussi opportune que prévisible : celle d’une femme qui bat des hommes. Mais sa ­véritable histoire est bien plus intéressante que cela. Texte GLORIA LIU  Photos LAURA BARISONZI


« Je veux être la meilleure. Je veux être leur égale », dit Texter, photographiée le 12 juin au Grandview Speedway à Bechteslville en Pennsylvanie.



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1,50 m pour 45 kilos. Shayna est devenue la première femme à remporter une épreuve majeure de Flat Track en 2011.


T

ous les pilotes moto savent qu’ils doivent réaliser un bon départ. Le circuit ovale et plat, en terre battue, d’environ 800 mètres de la Texas Motor Speedway à Fort Worth est exigeant. Il est donc crucial de s’emparer de la meilleure position dès le départ. C’est pourquoi, lorsque la moto orange numéro 52 tressaille légèrement sur la ligne de départ au feu jaune, puis s’enraye une fraction de seconde lorsque le feu passe au vert, sa course est perdue. Un essaim d’une dizaine de coureurs voraces a déjà pris les devants. Mais le 52 reprend les choses en main. Comme possédé. La moto avec le plus petit pilote transperce le peloton, se faufilant vers les espaces qui s’ouvrent et se ferment en quelques secondes. Dixième place. Cinquième. Troisième. Si rapidement que les speakers mettent un temps à comprendre. Leurs voix se perdent dans l’excitation de la foule et le vrombissement des 17 motos qui grondent telles mille frelons. Les coureurs se balancent sauvagement dans le troisième virage, les pieds sortis. Les semelles d’acier de leurs bottes gauche glissent sur la terre graisseuse et chauffent par friction. Mais le 52 se balance un peu moins. Pendant quelques secondes, il est côte à côte avec le deuxième pilote, si près qu’ils pourraient se toucher. Puis sa moto passe en avant. La coureuse fait le dos rond, comme un chat qui se prépare à bondir. Un autre passage et elle prend la tête. Les jeunes types à moto derrière elle tenteront tout les six tours suivants. Ils la traquent, introduisent brièvement leurs roues avant dans son espace, mais elle se met hors de portée. La pilote numéro 52 se lève sur son engin, de son mètre cinquante, poing serré. Shayna Texter a gagné. Encore. Shayna Texter, la nana qui bat les mecs. C’est un bon sujet, ça ! La jeune femme de 28 ans a l’habitude qu’on lui rebatte les oreilles avec cela, comme un ­surnom. Ça et « le visage du Flat Track américain », une discipline de course motocycliste où les coureurs se déchaînent autour de circuits ovales en terre battue allant du quart de mile (400 mètres) au mile (1,6 kilomètre), dérapent avec puissance dans les virages et entrechoquent leurs guidons quand ils manœuvrent pour monter au classement. Sur des engins qui n’ont des freins qu’à l’arrière, ils atteignent des vitesses de 200 à 225 km/h dans les lignes droites, jusqu’à 150 dans les courbes. Les conditions varient d’un circuit à l’autre, d’un jour à l’autre, voire d’un tour à l’autre. Et les accidents sont fréquents. Perdu dans l’obscurité de nombreuses années, le Flat Track américain connaît une résurgence grâce



à un important travail de rebranding en 2017, un nouveau contrat de diffusion avec le réseau NBCSN et un livestream qui attire un public plus jeune et international. La discipline est toujours éclipsée par d’autres formules comme le Supercross, davantage sponsorisé. Mais, même dans son sport de niche, ­Texter s’est fait connaître non seulement en tant que l’une des deux seules coureuses du circuit pro mais également comme l’une des meilleures, tout sexe confondu. En 2017, Texter a remporté cinq courses. En 2018, trois. Chaque fois, elle s’est classée troisième de sa série. Connue pour ses prouesses sur les parcours d’un mile et d’un demi-mile, de nombreux jaloux disent que sa petite taille lui permet d’être plus aérodynamique dans les lignes droites et que son poids léger (45 kilos) lui offre de meilleures accélérations. Ces théories déplaisent à Shayna et à ses proches qui attribuent plutôt son succès à sa finesse, à son agressivité et à sa détermination. Pour sûr, Texter a remporté plus de courses que n’importe quel autre coureur de sa catégorie.

E

t c’est bien pour ça que ses fans l’adorent. Bien que la catégorie des Singles de l’AFT (American Flat Track) dans laquelle Texter pilote une moto monocylindre de 450 cm³ pour l’écurie Red Bull-KTM soit généralement considérée comme un tremplin vers la catégorie des Twins (moto à moteur bicylindre) de haut niveau, où les pilotes courent sur des motos de 750 cm³ plus puissantes, le PDG de l’AFT, Michael Lock, affirme que « lors des rencontres sur des compétitions, la queue la plus longue est celle devant la tente KTM pour voir Shayna. De loin ». Des médias comme le New York Times, Forbes et le Wall Street Journal lui ont consacré des articles. Bien que ces articles insistent souvent sur le fait que Texter est une source d’inspiration pour une nouvelle génération de jeunes filles souhaitant s’initier à la moto, la plupart de ses fans appartiennent au profil type traditionnel de l’AFT : des mecs, souvent tatoués, look de dur à cuire. Chaque semaine, ils patientent, attendant leur chance de dire à la petite au visage juvénile à quel point elle est badass.

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Shayna n’est pas allée à son bal de promo ni à sa remise de diplôme. Au lieu de cela, elle était sur des courses avec son frère et son père. Texter vient d’une longue lignée de coureurs et a passé sa vie à réparer ellemême ses motos.

Shayna court sur une moto monocylindre sous les couleurs du team Red Bull-KTM.

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S

hayna aime à dire que virer à gauche sur une piste est dans son sang. Son père, Randy ­Texter, était un coureur professionnel sur ­circuit ; son grand-père maternel, Glenn Fitzcharles, est au Panthéon des pilotes de Sprint Cars. Son frère aîné, Cory Texter, 31 ans, participe aux courses de l’AFT et, au moment de la rédaction de cet article, son petit ami, Briar Bauman, 24 ans, menait la catégorie des Twins aux points. La mère de Cory et de Shayna, Kim Mitch, s’est séparée quand Shayna avait un an, mais elle et son frère se souviennent d’une enfance heureuse. Quand Shayna était avec la famille Mitch à Limerick, en Pennsylvanie, elle jouait au football et allait chasser avec ses oncles. Quand elle se trouvait à une heure de route, dans la boutique Harley-Davidson de son père à Lancaster, au cœur du pays Amish, elle et Cory ­soulevaient des nuages de poussière géants dans le parking sur leurs mini motos. Shayna a appris à conduire des motos dès l’âge de 3 ans et a commencé à courir à 12. Puis à partir de la seconde, elle a suivi une scolarité par correspondance afin de se concentrer sur les courses. Shayna n’est pas allée à son bal de promo ni à sa remise de diplôme.

Au lieu de cela, elle était sur des courses avec son frère, son père et tous leurs meilleurs amis au sein de la communauté soudée et familiale du Flat Track. C’était le bon temps. Le magasin était leur sponsor principal et le daron s’occupait naturellement de la mécanique. Chaque fois qu’ils avaient besoin de quelque chose, ils le prenaient sur une étagère et mettaient l’étiquette du prix sur le bureau de leur père. Randy Texter est décédé subitement le 30 août 2010, à l’âge de 48 ans seulement. Il luttait contre un cancer et avait des problèmes cardiaques depuis des années ; il attendait une transplantation cardio-­ pulmonaire à l’hôpital lorsqu’il a été emporté par une septicémie. Ce jour-là, Shayna participait à une course à Indianapolis. Avant de partir, elle avait dit au revoir à son père. C’est la dernière fois qu’ils se sont parlé. Shayna a toujours été la plus mature de ses quatre frères et sœurs (elle et Cory ont un demi-frère et une demi-sœur plus jeunes qu’eux). Elle était celle vers qui on se tournait. À 19 ans, c’est elle qui a organisé les funérailles de son père. Elle s’est occupée de tout, des fleurs jusqu’au cercueil, en passant par les vêtements qu’il porterait.


La dynastie Texter : Shayna, Randy (le père) et Cory (le frère). En bas à droite : cuissardes ou bottes de moto ? Shayna a choisi.

L’année suivante a été la plus difficile de sa vie. Car Randy Texter avait accumulé des dettes importantes et pour les rembourser, les membres de sa famille ont dû vendre les fourgonnettes qu’ils utilisaient pour se rendre aux courses ainsi que la part sociale du magasin Harley qui avait toujours été promise à Cory et Shayna. « On a tout perdu », dit Shayna. Enfin, presque tout : elle et son frère ont hérité de la maison de Lancaster et ils avaient toujours leurs motos. À l’hôpital, quelques minutes après le décès de Randy, Shayna s’est tournée vers Cory et lui a dit : « On doit retourner sur la piste. » Mais les courses n’étaient plus les mêmes sans Randy. Shayna devait chaque semaine trouver un moyen de transport pour s’y rendre. Et elle a dû se débrouiller pour couvrir les paiements de l’hypothèque de la maison.

C

e combat s’est également fait sentir sur le ­circuit. Shayna s’y faisait bousculer et chutait. À court d’argent, elle a envisagé de tout abandonner. Mais elle a appelé un mécano avec qui elle et son père travaillaient depuis longtemps. « Écoute, a-t-il dit à Shayna. Soit tu te barres, soit tu prends le dessus et tu leur montres qui tu es, tu leur prouves qu’ils ont tort et que tu vas batailler. » Ce qu’elle a fait. Peu après, en septembre 2011, Shayna a pris la tête lors d’une course à Knoxville, Iowa. Elle s’est ­battue jusqu’à la ligne d’arrivée contre un jeune espoir du nom de Briar Bauman et a remporté sa ­première victoire professionnelle. Ce fut aussi la première épreuve professionnelle sur circuit remportée par une femme. La nuit où elle est entrée dans l’histoire, elle a dormi sur le siège avant du van d’un ami, sur le parking d’un relais routier, la tête sur le volant. Shayna a remporté d’autres victoires par la suite. Entre-temps, elle s’est forgé une réputation de spécialiste du mile. Ses points faibles restaient les pistes courtes où il y a davantage de bousculades et moins 28  



d’occasions de s’échapper ainsi que les épreuves de TT (« Tourist Trophy »). Il lui fallait changer de cap. En 2014, Shayna est passée de la catégorie Singles à celle de Twins. Mais là encore, elle a dû se battre. Son équipe n’arrivait pas à s’ajuster à ses spécificités – ­certaines semaines, le moteur ne démarrait pas, se souvient Gary Nelson, mécanicien de l’équipe. D’autres semaines, le guidon se mettait à vibrer ­dangereusement à grande vitesse. Pendant les trois saisons où elle a couru en Twins, Shayna s’est rarement qualifiée pour les épreuves principales. Son équipe en venait à se demander : « Mais pourquoi fait-on tout ça ? » « Mais Shayna s’est présentée chaque semaine, le sourire aux lèvres, avec de la détermination pour les battre, dit Nelson. N’importe qui avec moins de motivation aurait jeté l’éponge. » Pourtant, lorsque l’AFT a changé de nom et restructuré ses catégories en 2017, Shayna a pris la difficile ­décision de revenir aux Singles. Pour reprendre confiance en elle, et réapprendre à gagner. « Tout à coup, nous étions en quête de championnat », rembobine-t-elle. Cette année-là, elle a remporté cinq courses et a été en tête du classement jusqu’à ce qu’un pneu crevé l’oblige à abandonner lors d’une course cruciale. En 2018, elle a remporté trois victoires, dont une à Lima, dans l’Ohio, sur une piste d’un demi mile en gravier qui, selon plusieurs pilotes, était la plus dure et la plus exigeante du circuit physiquement. « Certains disaient : “Tu n’as du succès sur les courses d’un mile que parce que tu es petite et que ta moto est donc plus rapide...” et là, tu leur prouves qu’ils ont tort en remportant Lima. C’était important pour elle d’y aller et de le faire », dit Scott Taylor, le manager de Shayna.

E

n 2019, Shayna veut plus que jamais remporter cet insaisissable championnat des Singles. Mais le Flat Track est en train de changer. Davantage de téléspectateurs signifie davantage de sponsors et de jeunes coureurs affamés. Et d’autres courses TT


« Sous nos casques, nous sommes juste des pilotes », dit Shayna Texter, qui veut être appréciée sur un pied d’égalité.

SEQUE PEL INVENIMPOR DE QUAT VOLUPT ATIBUS RE


Texter travaille avec un coach connu pour aider les champions de motocross, afin d’améliorer ses capacités et sa puissance dans l’anneau de Flat Track.

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THE RED BULLETIN


« Je réfléchis à tout. Les plus jeunes n’ont pas peur, ils le font, sans y penser. » ont été ajoutées au calendrier. Pour gagner la série, Shayna ne peut plus compter uniquement sur ses prouesses sur le circuit ovale – elle doit s’améliorer en Tourist Trophy.

Ê

tre une star dans un sport qui a failli disparaître il y a huit ans est particulier. Premièrement, cela vous maintient les pieds sur terre. Shayna se souvient encore de l’époque où elle et les autres coureurs regardaient leurs fans vieillissants dans les tribunes et se demandaient : « Que va-t-on faire quand ils auront disparu ? » Aujourd’hui encore, Briar, elle et une dizaine d’autres pilotes seulement sont issus d’écuries bénéficiant d’un soutien total (son compagnon roule pour le team dominant Indian Motorcycles Wrecking Crew). Ils font partie des rares chanceux qui peuvent maintenant prendre l’avion pour se rendre à leurs courses au lieu d’un volant et de dormir dans leurs fourgonnettes. Mais Shayna mène toujours une vie simple et rangée. Elle et Briar possèdent une cabane de bois rond sur un terrain boisé de 2 hectares dans le village de Schnecksville, en Pennsylvanie, à seulement 3 kilomètres de chez sa mère. C’est le refuge de Shayna où elle recharge ses batteries, entre deux courses, avec sa famille, Briar et Ogio, son puggle (chien issu du croisement entre un beagle et un carlin). Toute une galerie de personnages occupe la chambre d’amis en permanence, généralement des copains du Flat Track, au mode de vie indépendant et à la recherche d’une pause dans leur #vanlife. Sur les courses, Shayna est professionnelle et s’exprime posément – sa mère avait pour habitude de passer en revue ses prestations lors de ses interviews – et il se dégage d’elle une intensité certaine. Elle est sérieuse et déterminée. « Mais un seul jour par semaine », précise-t-elle.

L

a Shayna que je rencontre lors de mon séjour de trois jours chez elle et dans les environs est d’une convivialité désarmante. Elle est ouverte, facile d’approche et parle avec l’accent traînant de Pennsylvanie (“silence” devient “sahl-ence”, “racing”, “racin” et “last”, “l-ayas-t”). Elle balance des vannes puis sourit en grimaçant. Elle est gentiment et constamment attentionnée, le genre de personne qui vous propose de tenir votre café quand vous devez aller aux toilettes de la station-service ou qui vous pose des questions sur vous et se souvient de vos réponses. D’une personne qui s’offre des sensations fortes à passer à travers une meute de motocyclistes enragés, on s’attendrait qu’elle soit intrépide et invulnérable. Mais Shayna évoque plusieurs choses qui lui font peur – qui la « terrifient », comme elle le dit. Parmi

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ces trucs qui terrifient ou ont terrifié Shayna Texter, on trouve les motos. C’est l’une des raisons pour lesquelles elle n’a commencé à courir qu’à l’âge de 12 ans. De même, appuyer sur la gâchette de son fusil quand elle a tiré sur un animal à l’âge de 9 ans (elle a mis tellement de temps à passer à l’acte que son beau-père, résigné, avait rangé son appareil photo). Autre chose : la moto sur laquelle elle a couru en Twins, qui vibrait comme si elle allait exploser. Ou bien la crainte d’être kidnappée, parce qu’elle est si petite. Une dernière : faire des sauts à moto la fait flipper. C’est pourquoi nous nous dirigeons vers une piste de motocross à Millville, au New Jersey, pour y passer une journée entière. Durant l’heure et demie que dure le trajet, avec Briar au volant et son ami et compagnon de route Jake Johnson également assis à l’avant, Shayna me raconte comment cette saison, elle et son équipe se concentrent pour améliorer ses courses en TT. Elle travaille avec l’entraîneur Aldon Baker, connu pour accompagner des champions de motocross et de Supercross comme Ricky ­Carmichael. Elle a passé l’hiver dans les installations de Baler en Floride où il lui a construit un circuit d’entraînement pour le TT. Shayna a toujours fait de ­l’entraînement cardiovasculaire et de la musculation mais pour la première fois, elle suit un programme structuré qui comprend des sessions de course à pied et de vélo basées sur sa fréquence cardiaque, des poids et haltères, un plan nutritionnel qui exige qu’elle lui envoie des photos de ses repas et, bien entendu, des séances hebdomadaires de moto.

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hayna en a marre qu’on lui dise qu’elle doit s’améliorer en TT. Elle ne lit plus les commentaires sur les médias sociaux, ni les rapports de course de l’AFT. Parfois, elle veut juste répondre en disant : « Monte sur une moto, on verra comment tu t’en sors. » Mais elle sait qu’elle doit rester professionnelle. Elle sait aussi que la plupart de ces remarques sont bien intentionnées. « Je pense que tout ce que les fans veulent, c’est que je réussisse. Ils veulent que je gagne le championnat », admet-elle. Faire des sauts, comme l’exige une course en TT (où l’on tourne aussi à droite), n’est pas dans sa zone de confort, surtout après les mauvaises chutes qu’elle a faites. Pendant longtemps, elle s’est contentée d’éviter le TT. « Mais maintenant, je veux relever le défi, dit-elle. Je n’abandonnerai pas, c’est sûr. » Sur la piste, nous rencontrons Mike Lafferty, huit fois champion national d’enduro, qui est ici pour entraîner Shayna. À l’écart, je la regarde, ainsi que Briar, Mike et Jake faire des tours d’échauffement sur le vet track, plus court et moins difficile. Les gars ont l’assurance de ceux qui ont fait de la moto toute leur vie, secouant l’arrière de leur machine pendant les sauts. Shayna Texter a parfois du mal à la réception de ses propres sauts. Elle est impatiente d’en arriver au point où tout cela sera devenu naturel, où elle ne pensera plus ni à sa vitesse ni à sa technique à chaque saut. Pendant notre pause dans le parking, elle mange son déjeuner habituel, un sandwich au beurre d’amande et à la   31


« Je veux jouer la “carte féminine” pour contribuer à développer mon sport. Mais je dois avant tout ­gagner des courses. »

gelée, et me dit : « Je réfléchis beaucoup à tout. Tout le temps. À l’inverse, les plus jeunes n’ont pas peur, ils le font, sans y penser. Je dois m’habituer à être à l’aise et confiante. » Lors de la dernière séance de la journée, les gars passent sur la piste professionnelle, plus longue mais Shayna reste sur celle de l’entraînement. J’observe cette petite silhouette solitaire s’approcher d’un tabletop de douze mètres qui lui a donné du fil à retordre toute la journée. Je perçois un sursaut d’énergie, voire une vengeance. Le talus à gauche qui mène au saut a été labouré tellement de fois par ses pneus qu’on dirait une plantation. Elle explose et pousse l’accélérateur au maximum tout au long du saut, comme Mike le lui a dit, les coudes sortis, sans frein, sans hésitation – et le franchit de justesse. Shayna a toujours voulu courir avec les hommes : « Je veux être la meilleure. Je veux être leur égale. Je veux qu’on se souvienne de moi. » Ses proches disent que c’est cette attitude qui la distingue de la plupart des autres athlètes féminines. « Beaucoup de femmes consacrent tout leur temps à atteindre ce niveau professionnel juste pour pouvoir 32  



dire qu’elles l’ont atteint, et ensuite elles veulent battre d’autres femmes, explique son frère Cory ­Texter. Shayna, elle, veut battre tout le monde. »

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n demande souvent à Shayna ce qu’elle pense d’être la seule femme dans le paddock, mais elle insiste sur le fait que ses adversaires la traitent comme n’importe qui d’autre : « Sous nos casques, nous sommes juste des pilotes. » Seulement ce n’est pas si simple. « Quand elle met son casque, elle est toujours Shayna Texter, et les fans le savent », dit Scott Taylor, son entraîneur. Il demeure que Shayna attire l’attention parce qu’elle est une femme qui impose son succès dans un sport dominé par les hommes – une attention qui la met mal à l’aise mais elle est assez astucieuse pour savoir en tirer parti. Elle réalise l’immense valeur marketing de son parcours. Après tout, Shayna a vu comment d’autres pilotes ont joué ce qu’elle appelle « la carte féminine » pour attirer l’attention, notamment des sponsors. « Ce n’est pas mauvais en soi », dit-elle, mais ce n’est pas comme ça qu’elle veut procéder. « Je veux jouer la “carte féminine” pour contribuer THE RED BULLETIN


« J’aurais pu me barrer et me trouver un emploi normal, mais ce n’est pas ce dont je rêvais.» à développer mon sport. Je veux être reconnue d’abord comme une bonne pilote de moto puis comme une femme, poursuit-elle. Et pour y arriver, il faut le mériter. Je dois gagner des courses. » Par un coup du sort et des conflits d’horaire, la seule course de Shayna à laquelle je peux assister est celle où l’on ne s’attend pas à un bon résultat de sa part. La Short Track Laconia, qui a lieu le 15 juin à Loudon, au New Hampshire, a été ajoutée cette année au calendrier de l’AFT. La piste de sable d’un quart de mile nouvellement conçue est aussi lisse qu’une plage. Dans le premier tour d’essai, je regarde les pilotes glisser dans le premier virage, reprendre en se secouant leur position verticale pendant que les motos menacent de déborder, puis accélérer de nouveau dans la ligne droite, l’arrière de la moto s’agitant dans le sable brun profond. Au fur et à mesure que la journée avance, le sol se tasse et crée des bosses de freinage en forme de vagues si hautes qu’elles propulsent les roues à quelques centimètres au-dessus du sol.

S

hayna a eu un début de saison plutôt lent. Elle a gagné le Texas Half Mile mais le Sacramento Half Mile, qu’elle a remporté trois fois au cours des dernières années, a été reporté en raison du mauvais temps ; et elle a terminé deuxième au Lexington Mile la semaine précédente. À part cela, le calendrier est rempli de courses en TT. Shayna s’améliore, mais lors de son dernier TT, elle était dans la première moitié du peloton avant qu’un autre coureur ne la sorte des demi-finales. Malgré tout, elle roule bien aujourd’hui, sur cette courte piste ­physiquement exigeante où elle rencontrait tant de difficultés. Elle termine troisième aux qualifications, puis cinquième en demi-finale, manquant de peu un départ en première ligne dans l’épreuve ­principale.

Au calme : une fois chez elle, dans sa campagne de Pennsylvanie, le phénomène du Flat Track améliore sa technique à l’arc. THE RED BULLETIN 

Son dur labeur semble porter ses fruits. Puis tout ­s’effondre. Quand le feu vert s’allume lors de l’épreuve principale des Singles, le peloton se précipite vers l’avant. Je cherche les couleurs bleu et orange de l’équipement de Shayna, mais je ne la vois nulle part. Non, attendez, la voilà. Parmi les derniers. Alors que le groupe rugit sur la piste, nous projetant du sable à chaque passage, Shayna se retrouve en dernière position.

U

n accident survient. La course est arrêtée et le pilote est transporté hors de la piste. Les mécanos se précipitent sur leurs pilotes pour voir si tout va bien, et quand Justin, celui de Shayna, revient, il nous informe qu’une fois passée en troisième, sa moto tourne à vide. Lorsque la course reprend, privée de puissance maximale, Shayna est en perdition. Elle termine seizième sur seize coureurs… Ce n’est pas ainsi que cela doit se passer. Shayna est la fille qui bat les garçons. C’est ce qu’ils disent, pas vrai ? C’est une bonne histoire, une histoire qui attire un flot incessant de fans à sa table chaque week-end – les gars en gilets de cuir qui l’encouragent à « faire vivre l’enfer aux autres coureurs », les enfants timides, les femmes qui font aussi de la moto. Ils adorent regarder Shayna parce qu’elle montre comment on peut être sous-estimée, dépassée en force et en nombre, et néanmoins gagner. Mais ce que la plupart d’entre nous ne réalisent pas, ou peut-être oublient, c’est que le fait d’arriver en dernière place fait aussi partie de son parcours. Shayna n’a pas été un feu de paille. Elle n’est pas intrépide et sa préparation mentale n’est pas sans faille. Elle a travaillé pendant des années dans un sport de niche par amour pour celui-ci. « J’aurais pu abandonner en 2011 avant de remporter cette première course », m’avait rappelé Shayna en Pennsylvanie, quelques semaines auparavant. « J’aurais pu me barrer et me trouver un emploi normal. Mais ce n’est pas ce dont je rêvais. » Quand on est l’outsider, quand on est en position ­d’infériorité, on ne gagne pas tout le temps. Peutêtre même pas la plupart du temps. Mais si tu n’abandonnes jamais, ton heure va venir. Tu peux leur ­montrer qu’ils ont tort. Tu n’as qu’à croire en toi.

J

e vais voir Shayna et Scott sous leur tente. Il est soulagé d’apprendre qu’il s’agissait d’un problème mécanique et que cela n’a pas à voir avec sa conduite. Mais il réfléchit déjà à ce qu’il va falloir dire : aux détracteurs chroniques, aux fans, au nouveau manager de l’équipe qui est impatient d’obtenir des résultats. Que c’est injuste ! « On aurait presque aimé pouvoir lancer une fusée éclairante, se lamente-t-il, comme pour dire : “C’est un problème mécanique, son embrayage a grillé !” » Mais Shayna lui fait ce sourire en grimaçant. Elle lui tape le bras. « Ça va, dit-elle. On les battra la prochaine fois. » Et je sais qu’elle le pense vraiment. Deux semaines plus tard, au Lima Half Mile, sur la piste où elle a surpris tout le monde l’an dernier, Shayna gagne à nouveau, par 2,57 secondes. Et prouve une fois de plus qu’elle a sa place dans le milieu de l’ovale.   33


Howell et sa wingsuit Phoenix-Fly Rafale : un modèle de grande taille, idéal pour le vol à haute altitude et les départs courts.


72 heures de trajet pour 40 secondes de plaisir Jusqu’où un base jumper d’élite est-il prêt à aller en vue d’élargir l’horizon de son sport ? La réponse de TIM HOWELL fut un voyage de trois jours au Vietnam… pour un vol d’une poignée de ­secondes. Texte JOHNNY LANGENHEIM Photos JAMES CARNEGIE



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im Howell ne répond pas à nos appels. Tout ce que le photographe James Carnegie et moi entendons, ce sont des échos qui rebondissent sur les rochers et les gorges en contrebas. La corde de Howell, attachée à une roche creuse, serpente à ­travers une épaisse végétation dans une pente presque verticale. Quelque part en bas se trouve une falaise calcaire de 300 mètres, et il la cherche. Soudain, nous entendons des jurons de bonheur. Tout va bien. Mieux, il pense avoir trouvé une zone de départ. Howell a vu le Vách đá Trăng au ­Vietnam pour la première fois en 2017. L’alpiniste et base jumper britannique de 30 ans était à la recherche de sites potentiels pour des sauts en wingsuit lorsqu’une spectaculaire falaise blanche est apparue sur son Instagram. En consultant les forums de base jump, il se rend compte que personne n’a jamais fait de vol en wingsuit au Vietnam. Six mois plus tard, avec sa fiancée Ewa Kalisiewicz, également adepte du base jump, il se met en route vers Hà Giang, la province la plus septentrionale du ­Vietnam. À mi-chemin du pic de 1 364 m et de la fameuse falaise, sous une pluie battante, ils doivent rebrousser ­chemin. Sans perspective d’amélioration côté météo et en raison d’impératifs en Europe, le couple rentre chez lui. Dégoûté. Quinze mois plus tard, en mars de cette année, Howell tente l’expérience à nouveau. Cette fois, nous le suivons. Pour venir ici, nous mettrons trois jours : un vol Londres-Hanoï, puis un train de nuit pour la province de Lào Cai à la frontière nord-ouest de la Chine – nous trois (Tim, James et moi-même) dans un compartiment de wagon-lit à quatre couchettes, en compagnie d’un jeune Vietnamien au visage éclairé par des jeux télévisés bruyants qu’il regarde 36  



Train de nuit pour Lào Cai. Masque anti-pollution pour l’habitant (en bas).

toute la nuit sur son smartphone. Suivi d’un trajet de six heures en minibus vers l’est, le long de la frontière jusqu’à Hà Giang, d’une traversée de hauts plateaux sur des chemins de terre, puis de sept heures dans un bus jusqu’à Ðông Văn. En compagnie de sacs de riz (quatre canards squattent le toit). 72 heures de voyage pour documenter un vol en wingsuit de 40 secondes… la destination finale a intérêt à être à la hauteur. Nous y voilà enfin, ou presque. Pas le temps de sauter aujourd’hui : il est presque 17 heures et Howell a besoin d’une machette pour dégager son point de départ, de contrôler son équipement et de se préparer pour le point de non-retour. Une plongée dans le vide. Pas deux. Ce matin, nous avons tous les trois ­parcouru la zone d’atterrissage, descendu et remonté une piste boueuse et escarpée, THE RED BULLETIN


Howell aime ouvrir de nouvelles routes. Tel un explorateur. Un vent frais fait claquer le drapeau vietnamien à travers les gorges du col du Mã Pí Lèng. Exceptionnel, ce point de vue était la base d’opérations de l’équipe.


Crapahuter vers le sommet à la recherche d’une zone de départ (en haut). Howell et sa machette font place nette – un départ encombré peut s’avérer fatal.

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« Faire ce qu’ils savent déjà faire… beaucoup s’en contentent. » coupé à travers des terrasses pentues et plantées de maïs et de manioc, sommes passés devant des maisons faites de boue séchée et de paille, blotties les unes contre les autres, pour descendre sur les rives du fleuve Nho Qué. Après un bol de thé vert amer et une saucisse grillée dénichée au marché de fortune du belvédère avoisinant, nous partons à la recherche du point de départ. Howell, 30 ans, est un ancien commando du corps des marines britanniques qui a gravi la face nord de l’Eiger ; le photographe James Carnegie est un coureur extrême habitué aux balades de 100 km. Tous deux tiennent une cadence implacable malgré leurs lourds sacs à dos. Or, nous ne pouvons escalader le Vách đá Trăng. Et ses flancs – à l’exception de la falaise calcaire – sont recouverts d’une épaisse végétation qui rend la progression extrêmement pénible. Nous marchons jusqu’au point où Howell et Kalisiewicz ont fait demi-tour la dernière fois – carrément à la fin de la piste. « À partir d’ici, il va falloir débroussailler, dit Howell enthousiaste. On doit se diriger vers ce filon de pierre. » Il pointe du doigt une ­fissure à peine visible dans la végétation. Sans machette, difficile. Nous nous frayons un chemin à travers le feuillage touffu et sur les rochers, des cailloux schisteux cèdent sous nos mains alors que les plantes grimpantes nous prennent au piège. On tourne à gauche pour éviter les accidents près du bord. Une demi-heure plus tard, nous sommes couverts de coupures et nos pantalons sont en lambeaux. Le doute s’installe… Howell sait-il ce qu’il fait ? Le temps qu’il trouve le point de départ, toutes les idées préconçues sur les pilotes de wingsuit, des trompe-la-mort et des accros aux émotions fugaces, ont disparu. C’est plutôt une folie méthodique. « J’ai déjà consacré dix jours de travail à ce saut, dit Howell ce soir-là dans un café pour routards à Ðông Văn, notre base d’opérations. Beaucoup de gens se contentent de faire ce qu’ils savent déjà faire, là où ils le font d’habitude. C’est beaucoup plus difficile d’ouvrir un saut THE RED BULLETIN 

(créer un saut jamais tenté auparavant, ndlr). » Pour Howell, le base jump, c’est la liberté. Son approche accorde autant d’importance à l’exploration et à la préparation minutieuse qu’au saut dans les précipices. L’alpinisme, le ski et l’escalade font partie de l’équation. Howell n’a rien d’un junkie à l’adrénaline, mais dans un sport qui exige tant d’adresse et de sang-froid, cette perception qui fait la une des journaux est le plus souvent hors de propos. L’aventure est un marché encombré. Alors que notre soif de contenus devient de plus en plus importante et que les endroits au bout du monde se transforment en d ­ écor pour selfie, les extrêmes ont tendance à s’amplifier. Mais si Howell – par nécessité – habite le monde du sponsoring et des médias sociaux, ses projets offrent en revanche un charme rétro. Comme il le dit, il est plus enclin à grimper sur la glace jusqu’à un point de départ de base jump dans les Alpes qu’à faire un double saut arrière à partir d’une grue de 50 mètres. Et il aime essayer de nouveaux projets, ouvrir de nouvelles routes, être le premier. C’est le propre d’un explorateur. « Mon père était parachutiste ; j’ai grandi en voyant des photos de lui en parachute au Kenya dans les années 70 ou

Howell utilise des jumelles de télémétrie laser et son smartphone pour calculer la trigonométrie de sa trajectoire de vol. Il doit s’assurer que cette dernière lui permettra d’éviter de heurter les lignes électriques en contrebas dans la vallée.

escaladant le Mont Blanc sur la glace », dit Howell. Sa mère, quant à elle, était hôtesse de l’air. « Elle m’a emmené sur des vols long-courriers quand j’étais tout petit, me planquant dans les quartiers de l’équipage », dit-il en riant. À l’école, c’était un élève agité, avec de la difficulté pour se concentrer – des traits de caractère qu’il pense être typiques des personnes du type aventureux : « On a tous vécu des moments, quand on était enfant où l’on ne voulait pas se conformer ou se faire dire quoi faire. » Alors pourquoi avoir passé huit ans chez les Royal Marines ? Cela lui a permis de voyager, dit-il, et de développer des aptitudes ­mentales dans des situations extrêmes, comme ce séjour dans la province du ­Helmand, en Afghanistan, pour former les forces afghanes à combattre les insurgés. Le lendemain matin, en sortant de ­l’hôtel, une épaisse brume grise baigne la région. Cela n’augure rien de bon pour le vol d’Howell prévu pour aujourd’hui, et on annonce des nuages pour toute la semaine. En revanche, les rues sont inondées de couleurs. C’est jour de marché et partout il y a des commerçants représentant les différents groupes ethniques qui peuplent les montagnes : Hmong, Dao, Nung, Tay. Nous achetons enfin une machette, prenons notre équipement puis partons sur nos vélomoteurs de location. Pendant que les deux autres se fraient un chemin vers le point de départ, je me dirige vers une passerelle juste au-dessous de la falaise pour essayer de saisir le décollage. Mais le nuage ne disparaît pas. Nous discutons par talkie-walkie – ils ont trouvé le point, un affleurement d’à peine trente centimètres de large. Howell enlève les broussailles, sans être troublé par le vide qui l’entoure. Quand il n’est pas lancé dans une aventure, il travaille comme technicien d’accès par corde, se balançant précairement aux gratte-ciels et aux ponts. Mais la visibilité est nulle. Toute la journée, le brouillard flotte sur la montagne, se soulève comme pour nous narguer, puis redescend quelques instants plus tard. Howell ne peut pas voler à l’aveugle : des lignes électriques se trouvent en contrebas. À 17 heures, on décide de s’arrêter là pour la journée et de redescendre. Howell a accumulé plus de 600 sauts dont la moitié avec une wingsuit. Au 300e, il a eu un accident. Il faisait partie d’un groupe à Beachy Head, dans l’East Sussex, lorsqu’il a tenté un tonneau, figure qu’il ne connaissait pas très bien. Son parachute s’est emmêlé et il a heurté   39


Après avoir passé la journée sur la zone de départ en attendant que le brouillard se lève, Howell se lance du Vách á Trang : une chute de 300 m le long de la falaise avant de reprendre assez de vitesse pour aller de l’avant.

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Les minutes passent. « Trois… Deux… Un… » Il n’est plus là.

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la falaise à deux reprises, accrochant presque fatalement la voile sur un rocher. Il a durement heurté le sol et a eu de la chance d’échapper à de graves blessures. « Ce jour-là, j’ai appris une leçon importante sur la mentalité de groupe et le triomphalisme. Depuis, il y a eu des tas de fois où j’ai laissé tomber des départs quand je n’aimais pas les conditions, même si d’autres ont sauté toute la journée sans problème. » L’année dernière a été une mauvaise année pour le base jump avec 32 décès enregistrés. L’une des victimes était un ami de Kalisiewicz. D’autres étaient des gars avec qui Howell avait sauté. Le nombre d’accidents fatals a augmenté avec l’avènement du base jump en wingsuit. Sans doute le sport le plus dangereux qui soit. Howell est réaliste ; il fait confiance à sa marge d’erreur personnelle. Le lendemain matin, notre homme est dépité. Toute la falaise du Vách đá Trăng est enveloppée d’une brume fermée aux percées. Le temps presse et il commence à envisager d’autres options. Il trouve un autre sommet, non loin, pour un éventuel point de départ dans la gorge en contrebas, mais la falaise n’est pas assez à pic. Alors qu’il reprend la route, le Vách đá Trăng Trăng apparaît à nouveau. Il pousse soudainement un cri. Le brouillard s’est levé et le sommet est visible. Il le tient, son créneau ! Howell se tient debout sur un rocher solitaire, sa corde, lâche, à la main, le vide devant lui. Son costume et son gréement base, de la taille d’un petit sac à dos, semblent absurdement fragiles, mais son visage est aussi déterminé que les montagnes. « Appelle mon père s’il y a un problème. » Puis il se tait. Les minutes passent. « Trois… Deux… Un… Ciao ! » Et il n’est plus là. On entend un claquement quand les poches de sa wingsuit se remplissent d’air, puis le silence… jusqu’à ce qu’il réapparaisse, effleurant un pic avoisinant. Trente secondes plus tard, son parachute s’ouvre au-dessus de la rivière. Des rugissements triomphaux retentissent du fond de la vallée. Nous retrouvons Howell alors qu’il revient sur la route. Il est avec un couple de vieux Hmong qui rient en faisant des gestes de vol plané. À part nous, il n’y a qu’eux, leurs voisins et quelques animaux de basse-cour qui ont été témoins de cet événement monumental. Le Vách đá Trăng se retire finalement pour de bon derrière son voile de nuages, ce qui signifie qu’il n’y aura pas d’autres vols prométhéens. Nous plions bagages et préparons le long voyage de retour. Vous savez, ces fameuses 72 heures... timhowelladventures.com   41


La force tranquille Travis Scott, Rihanna, Jay-Z, Young Thug… tous doivent un peu de leur succès et de leur saveur à son talent. À 22 ans, Ebony Naomi Oshunrinde, aka W ­ ONDAGURL, fait partie des beatmakers les plus demandés sur la scène hip-hop US. En toute tranquillité.

ARARSA KITABA

Texte ANTOINE CARBONNAUX

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WondaGurl est l’un des secrets du ­succès de Drake ou de Rihanna.


the red bulletin : En 2012, âgée d’à peine quinze ans, vous remportez le Battle of The Beat Makers de votre ville, Toronto, au Canada. Comment vous êtes-vous retrouvée à participer à ce concours ? wondagurl : La première fois que j’en ai entendu parler, c’était via le logiciel que j’utilise pour composer, FL Studio. Il y a une petite fenêtre en haut à droite de l’interface où défilent les infos et les mises à jour. Personne ne lit ce qui y est écrit. Mais quand j’ai vu le mot « Toronto » s’afficher, j’ai automatiquement cliqué. Ils annonçaient l’ouverture des inscriptions pour le Battle of The Beat Makers. Aviez-vous déjà fait écouter vos productions à quelqu’un à l’époque ? Non, à part peut-être quelques personnes de l’école. Pendant longtemps, j’ai fait des beats, seule, dans ma chambre. J’aurais voulu faire connaître mon travail mais à l’époque, je n’avais que treize ans, et le concours était réservé aux personnes majeures. Alors j’ai envoyé un message aux organisateurs dans lequel je leur expliquais à quel point j’étais motivée pour participer. Ils m’ont dit de m’inscrire l’année suivante. C’est ce que j’ai fait. Et j’ai fini en demi-­finale dès ma première participation. Comment fonctionne ce genre d’événement ? C’est comme un tournoi sportif. On est 32 au départ, à chaque tour, deux personnes s’affrontent et font écouter leur beat devant un jury qui sélectionne le meilleur des deux, et ainsi de suite. C’est là que vous avez rencontré votre mentor, Boi-1da ? Oui, il faisait partie du jury lorsque j’ai gagné le concours l’année suivante. Ça m’a permis d’accéder à The Remix ­Project, un programme qui permet aux

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QUENTIN MAHÉAS, APOLLINE CORNUET/LA CLEF PROD, WILLIAM K

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rtiste précoce, cette compositrice d’instrumentaux pour des rappeurs parmi les plus écoutés du globe collectionne les titres depuis son adolescence : deux nominations aux Grammy Awards, un triple disque de platine et autant de disques d’or qui lui ont valu de figurer l’an passé parmi les trente personnalités de moins de 30 ans les plus influentes selon le magazine américain Forbes. Une nomination prestigieuse qu’elle accueille avec simplicité : la Canadienne de 22 ans, d’un naturel ­toujours posé, garde la tête froide et préfère s’en tenir à son rôle d’architecte sonore de l’ombre au service de superstars. Ebony Naomi Oshunrinde n’en oublie pas pour autant les talents moins exposés. La preuve, son dernier challenge a été d’enregistrer en dix jours une mixtape inédite pour le Red Bull Music Festival Paris, avec des rappeurs français. Rencontre.

THE RED BULLETIN


C’est dans un Red Bull Studios Paris flambant neuf que WondaGurl a pris ses quartiers pour enregistrer une mixtape avec des newcomers de la scène rap. Récemment relocalisé au dernier étage de l’institution culturelle parisienne la Gaîté Lyrique, le studio s’étend sur un vaste espace aménagé et équipé pour permettre aux artistes de collaborer dans les meilleures conditions. Pendant dix jours, Nepal, Luidji, Youv Dee et Némir, ainsi que la MC londonienne Nadia Rose et les Belges Primero et Moka Boka se sont succédé pour poser sur des instrus inédites de la beatmakeuse canadienne. À écouter sur les plateformes de streaming.

« J’ai fait des recherches sur la production, les producteurs et ce qu’ils faisaient… Puis j’ai téléchargé le logiciel gratuit le plus facile que j’ai pu trouver. » THE RED BULLETIN 

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Vous souvenez-vous d’une chose qu’il vous ait apprise en particulier ? À l’époque, je trouvais que mes productions n’étaient pas assez marquées. ­J’essayais de trouver une technique pour avoir un son de batterie plus fort et un kick parfait. Boi-1da m’a expliqué et montré comment y arriver. C’est là que tout a changé pour moi. Aviez-vous suivi une formation ­musicale plus jeune ? Ma grand-mère m’a offert un synthé quand j’avais neuf ans. Je me suis mise à composer des mélodies, des motifs de batterie… Avec ma sœur, on s’amusait à faire des petites jam sessions, elle avait une belle voix, alors elle a commencé à chanter sur mes morceaux. Ensuite, j’ai acheté un ordinateur et j’ai voulu mieux comprendre comment tout cela fonctionnait. J’ai fait des recherches sur ce qu’était la production, qui étaient les producteurs et ce qu’ils faisaient… Puis j’ai téléchargé le logiciel gratuit le plus facile que j’ai pu trouver parce que je n’avais pas d’argent. Ça s’appelait Magix Music Maker. Comment avez-vous appris à vous en servir ? En regardant des tutoriels sur YouTube. Y avait-il des musiciens dans votre famille ? Non, mais on écoutait beaucoup de styles de musique différents. Ma grand-mère est nigériane. Quand j­ ’allais chez elle

« J’ai envoyé une vidéo Instagram à Drake où mon instru tournait en fond… C’est devenu le titre Used To qu’il a sorti avec Lil Wayne. » 46  



le week-end, on écoutait de la musique ­africaine. Ma tante, elle, aimait bien le chanteur country Kenny Rogers ; ma mère écoutait surtout du R’n’B et Marilyn Manson. Ces influences musicales variées influencent-elles votre manière de composer ? Je pense que oui, d’une certaine manière. Je n’aime pas m’en tenir à un seul genre, j’ajoute un tas de sonorités différentes dans ma musique. Quel serait alors le dénominateur ­commun de vos compositions ? Difficile à dire… On me dit souvent que ma musique est sombre. Est-ce que vous composez tous les jours ? Plus ou moins. Je n’ai pas vraiment de programme à suivre, mais j’essaie en général de créer cinq beats par jour. ­Souvent, j’ai une idée assez précise en tête, je la réalise et une fois que j’ai le sentiment que ça sonne comme je ­l’imaginais, je passe à autre chose. Et ensuite, vous avez envoyé vos ­productions en DM sur Instagram comme avec Drake ? Ah ça… (rires) Je lui ai envoyé une vidéo avec le beat qui tournait en fond sonore, il m’a répondu qu’il le trouvait génial et m’a demandé de lui envoyer… Alors je lui ai filé le MP3, et c’est devenu le titre Used To qu’il a sorti avec le rappeur Lil Wayne. Est-ce que vous bossez essentiellement seule, de votre côté ? Cela dépend, la plupart des morceaux que j’ai placés auprès des artistes étaient déjà enregistrés mais ça m’arrive d’aller en studio. Pour leur faire écouter des choses ou créer un son à partir de zéro, pour eux. Parfois, ils se retrouvent avec d’autres artistes à qui ils font écouter mes prods et qui m’appellent ensuite. C’est ce qu’il s’est passé avec Jay-Z ? Oui, j’avais commencé à bosser avec ­Travis Scott à l’époque. Il avait déjà pris une de mes instrus alors je continuais de lui envoyer ce que je faisais, en espérant qu’un son lui plairait à nouveau. Puis un jour, il m’a appelée pour me dire que Jay-Z allait utiliser une de mes productions. Je ne savais même pas qu’ils ­travaillaient ensemble.

Validée par les plus grand(e)s Comment les créations de WondaGurl sont ­passées entre de très bonnes mains pour construire des hits planétaires qui cumulent des millions d’écoutes et de vues. Jay Z – Crown (2013)

En pleine préparation de Magna Carta Holy Grail, Jay-Z s’est entouré de plusieurs artistes, dont Travis Scott, pour travailler à la confection de son douzième album studio. Lorsque Scott s’est rendu au studio et qu’il a ouvert son ordinateur portable, une instru s’est lancée automatiquement et a résonné dans toute la pièce. En l’entendant, Jay-Z s’est tout de suite exclamé : « Qu’est-ce que c’est que ça ? Il me faut ce beat ! » THE RED BULLETIN

ALEX UNCAPHER/RED BULL SOUND SELECT/CONTENT POOL

jeunes de développer leurs talents et de se professionnaliser, soit dans la musique, soit dans la photographie ou le graphisme… Ils vous obligent à vous fixer des objectifs sur six ou neuf mois et vous aident à les atteindre. Vous devez aussi choisir un mentor. C’est comme ça que j’ai ­commencé à travailler avec Boi-1da.


Travis Scott prend la température à Minneapolis lors d’un show en 2015.

Travis Scott lui a alors fait écouter plusieurs productions qui traînaient sur son disque dur, dont plusieurs signées WondaGurl avec qui le rappeur collaborait. Ils en retiendront une et créeront le morceau Crown avec. « Après ça, ma vie a changé », confesse WondaGurl.

Travis Scott – Antidote (2013)

284 millions de vues sur YouTube. « Celle-ci est pour les vrais fans, les vrais fanatiques ! » Dévoilée sur scène à l’occasion d’un concert à ­Dallas, Antidote n’était initialement pas prévue sur le très attendu premier album de ­Travis Scott, Rodeo. Mais face à la réaction du public ce jour-là et à la popularité grandissante des extraits du concert publiés sur les réseaux sociaux, le morceau sera finalement intégré au tracklisting et fera même office de single. Construite sur un THE RED BULLETIN 

sample d’un morceau de Lee Fields, l’instru est signée ­WondaGurl et Eestbound, qui étaient assis au Keg Steakhouse dans le centre-ville de Toronto lorsque la chanson du chanteur soul américain s’est glissée dans les haut-parleurs du restaurant. Les deux producteurs ont alors entrepris de sampler différentes parties du morceau, en n’en gardant que les éléments essentiels, de sorte à produire une instru minimaliste laissant de la place à l’artiste pour s’exprimer et improviser. Travis Scott s’en donnera d’ailleurs à cœur joie, plaçant tout un tas d’ad-libs comme “It’s lit !” ou “Straight up !” tout au long du morceau.

Rihanna – Bitch Better Have My Money (2015)

190 millions de vues sur ­YouTube. “Bitch better have my money” : c’est avec ces paroles que Rihanna marque un retour

« Travis Scott a changé ma vie dans l’industrie de la musique », raconte WondaGurl. En la prenant sous son aile, le rappeur texan (ici en photo) ne s’est pas contenté d’utiliser ses productions pour son compte, il a aussi grandement participé à sa reconnaissance dans le milieu, en faisant écouter son travail à d’autres artistes, des superstars comme Jay-Z ou Rihanna.

fracassant en 2015 après trois ans d’absence. Une instru trap à la rythmique lente et saccadée sur laquelle la chanteuse déverse toute sa rage dans un flow marqué de son accent barbadien natal. Derrière ce carton mondial se cache tout un travail collaboratif et une division des tâches propre à la pop américaine et sa fabrique à hits. À l’origine du morceau, Bibi Bourelly, une jeune chanteuse berlinoise de vingt ans exilée à Los Angeles qui a écrit le titre pour s’amuser, « en trois heures » avec Deputy de Roc Nation, le label de Jay-Z sur lequel est signée Rihanna. La maquette de la chanson finira par circuler entre plusieurs mains, Travis Scott l’enverra à WondaGurl qui ajoutera quelques détails de production, avant que celle-ci n ­ ’atterrisse, par l’intermédiaire de Kanye West, entre les mains de Rihanna. Elle en fera le hit ­mondial que l’on connaît aujourd’hui.

Drake – Used To (2015)

75 millions de vues sur YouTube. C’est en envoyant un message privé à Drake sur ­Instagram que WondaGurl a réussi à placer cette instru auprès du rappeur canadien. Publié à l’origine sur la mixtape Sorry For The Wait 2 de Lil Wayne, le morceau sera également intégré à la mixtape If You’re Reading This It’s Too Late de Drake, mais dans une version amputée de l’outro signée Riff Raff. Sur le morceau, le rappeur de Toronto explique dans le refrain de ne pas avoir « ressenti la pression depuis un petit moment » et qu’il va devoir s’y habituer. Des affirmations rapidement confirmées par les scores de la mixtape. Streamée 17,3 millions de fois sur Spotify, Drake bat son propre record et devient ainsi le premier rappeur à se hisser à la tête du Billboard Artist 100 américain.

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« Booba ? Ses intrus défoncent, surtout les trucs à l’ancienne. »


Est-ce que ça a changé quelque-chose pour vous ? Absolument. Ma vie a complètement changé après cela. J’ai commencé à attirer l’attention sur les plateformes. Les gens se sont intéressés à ce que je ­faisais, ils se sont mis à me suivre sur I­ nstagram et sur Twitter. Et vous vous retrouvez à collaborer le hit mondial de Rihanna, Bitch Better Have My Money. Il y a près de dix ­personnes créditées sur ce morceau, quelle a été votre contribution précise ? Je suis arrivée à la fin du processus, l’instru était déjà presque terminée quand Travis Scott me l’a envoyée. J’ai ajouté quelques détails dessus, des « hi-hats », un peu de 808 (la célèbre boîte à rythmes du fabricant Roland, ndlr). Je n’avais aucune idée qu’il serait destiné à Rihanna au final !

ARARSA KITABA, SARAH BASTIN/RED BULL CONTENT POOL

Du studio au live

Toronto Paris : une mixtape i­nédite de WondaGurl enregistrée pour le Red Bull Music ­Festival Paris. Voilà trois ans que le Red Bull Music Festival Paris réitère l’opération. Le concept ? Inviter un beatmaker américain à Paris, en studio, pour rencontrer de jeunes rappeurs francophones et ­enregistrer avec eux une mixtape i­nédite. The Alchemist ouvrait le bal en 2017 pour un projet de huit titres avec des artistes à l’époque peu connus : Lomepal, Roméo Elvis ou C ­ aballero et JeanJass figurent ainsi au tracklisting de Paris L.A. Bruxelles. Le collaborateur de Eminem avait même poussé le vice à rechercher des disques français rares chez les disquaires parisiens et dans les marchés aux puces de la capitale pour pouvoir les sampler et composer des instrus originales teintées de sonorités locales. Harry Fraud a suivi l’année d’après et enregistré Brooklyn Paris avec Dinos, Triplego ou encore Jok’Air. Cette année, c’est WondaGurl qui a accepté l’invitation à relever ce challenge. Pendant une semaine, la collaboratrice de Travis Scott s’est enfermée au THE RED BULLETIN 

La chanson a été écrite par la chanteuse Bibi Bourelly et c’est finalement Rihanna qui l’a interprétée. Vous arrive-t-il de travailler avec des paroliers ? Oui, c’est plus facile de travailler directement avec un songwriter pour ensuite placer la chanson auprès d’un artiste connu.

Red Bull Studios Paris pour ­produire Toronto Paris. Les rappeurs parisiens Nepal et ­Luidji, Youv Dee, Nemir, la MC londonienne Nadia Rose, le Bruxellois Primero du groupe L’Or Du Commun et le rappeur belge Moka Boka sont ainsi venus poser leur couplet sur des instrus spécialement produites pour l’occasion par la beatmakeuse canadienne. Dévoilée début septembre sur les plateformes de streaming, les morceaux de cette mixtape exclusive seront interprétés lors d’un show unique réunissant tout le monde sur scène à la Machine du Moulin Rouge le 20 septembre ­prochain.

Chaque année, le ­projet studio entre un beatmaker étranger et des newcomers francophones donne lieu à un live d’anthologie lors du Red Bull Music Festival Paris. En haut, sans haut : Blu Samu. Ci-dessus, très chauds : Roméo Elvis, Caballero et JeanJass.

Et comment est-ce de travailler avec des artistes qui rappent en français ? La plupart d’entre eux ne parlent pas anglais. Et même si je ne comprends pas ce qu’ils disent, je ressens l’énergie sur leurs morceaux, c’est très cool. Étiez-vous familière avec le hip-hop français avant cela ? J’avais déjà écouté Booba, c’est vraiment bon et les instrus défoncent ! Surtout les trucs à l’ancienne. Est-ce que l’un des MCs présents sur la mixtape que vous avez conçue pour le Red Bull Music Festival Paris a plus particulièrement retenu votre attention ? Quand j’ai reçu la liste des participants, j’ai tout de suite accroché sur ce que faisait Youv Dee. Ce qu’il fait avec l’autotune, un peu à la Young Thug, ça m’a tout de suite parlé. Mais j’aime aussi ce que font les autres. Ce qui est bien, c’est que tout le monde a son style propre et surtout tous sont de très bons rappeurs. J’ai hâte que ça sorte maintenant.   49


Quand il ne produit pas un film avec Jonah Hill, ne part pas en tournée avec Kendrick Lamar ou ne collabore pas avec Vogue, MIKEY ALFRED gère son propre collectif créatif. À 24 ans seulement, ce faux nerd n’en est qu’à ses débuts. Texte MOLLY OSWAKS

Le fameux passage à l’âge adulte : voilà le fil conducteur de 90’s, premier film de l’acteur hollywoodien Jonah Hill, inspiré de sa propre adolescence parmi les skateurs de Los Angeles. Un film qui nous montre qu’il n’est jamais trop tard pour se réinventer, mais que les décisions prises à l’adolescence – picoler ou non, skater ou aller en cours – donnent le ton pour tout ce qui viendra ensuite. Une leçon que l’on pourrait tout aussi bien apprendre en étudiant les choix de vie du coproducteur du film, Mikey Alfred. Même si, dans son cas, c’est plutôt un exemple de réussite précoce et d’écho retentissant qui est au cœur du scénario. « La première impression que j’ai eue de Mikey, c’était celle d’un type mûr, engagé et réfléchi, révèle Jonah Hill. Il avait une telle assurance pour son âge. » À 24 ans, Alfred est le fondateur ­d’Illegal Civilization, un collectif de skateurs versé dans le cinéma et la mode, et basé à North Hollywood en Californie. Aux côtés de ses amis Davonte Jolly et Shawn Rojas, lui et sa marque ont eu les honneurs du média alternatif Vice, ont filmé des vidéos pour Vogue et ont eu droit à leur propre cycle de trois épisodes dans ­Ballers, une série sur le sport aux accents de comédie dramatique avec ­l’emblématique Dwayne « The Rock » Johnson. Entre autres. 50  



« J’arrête l’école, j’arrête la chorale. Je veux faire des vidéos de skate. » THE RED BULLETIN

KOURY ANGELO/RED BULL CONTENT POOL

Le club de Mikey

Plus récemment, Illegal Civilization a organisé son propre événement en journée au célèbre Pink Motel dans le quartier de Sun Valley, mêlant musique et skate, et nous y a conviés. Devant la scène, les skateurs enchaînent les figures dans la ­piscine vide de cet hôtel des années 50, sous les yeux de jeunes gens tous plus branchés les uns que les autres. Une créature orange et chauve au nez pointu, affublée d’une salopette rose et d’un tee-shirt blanc – la mascotte d’Illegal Civilization grandeur nature dans un costume en peluche – se balade à l’extérieur de l’hôtel avec un hamburger sur un ­plateau. À la clé, la photo parfaite pour les fans de la marque et, pour IC, une ­visibilité gratuite bienvenue si le selfie se retrouve sur les réseaux sociaux. Alfred arrive en milieu d’après-midi, vêtu d’une chemise blanche amidonnée, d’une cravate jaune, d’un cardigan rouge avec le nom de sa marque brodé au dos, d’un pantalon kaki, de chaussettes blanches, de mocassins en cuir noir et de lunettes à large monture. Oui, c’est bien ce mec au look de nerd le patron de l’événement. Manifestement à l’aise, il circule dans la foule en distribuant les poignées de main. Deux semaines plus tard, je retrouve Alfred chez lui à Century City (un quartier d’affaires à l’ouest de Los Angeles), dans un appartement minimaliste et spacieux en haut d’un immeuble, avec une vue superbe sur Downtown L.A. et les collines d’Hollywood. Ayant passé les vingt premières minutes de notre interview seule pendant qu’Alfred répondait à un appel professionnel, j’ai pu observer ses effets personnels, essayant d’en tirer quelques traits de sa personnalité. Chez lui, bibliothèques et étagères sont remplies de centaines de coffrets DVD d’intégrales de séries, notamment Les Simpson, Larry et son nombril, Les Soprano et The Wire, ainsi que de nombreux livres sur les vieux films hollywoodiens, le cinéma et la musique. Sur une desserte derrière le canapé s’entassent des dizaines d’exemplaires d’un magazine de skate japonais aux côtés d’anciens numéros de Rolling Stone. Sur le plan de travail dans la cuisine, une


Gilet rouge : Alfred a réalisé un docu sur son pote Tyler, The Creator, dans lequel Lil Wayne et Kanye West font des apparitions.


La revanche des nerds : basé à North Hollywood, Illegal Civilization – le collectif d’Alfred – mêle skate, mode, musique, cinéma, business et plus encore.

« Le skate m’a appris tout ce que je sais sur la vie. » 52  



édition spéciale du magazine Life, avec Michelle Obama en couverture. Et enfin, accrochée au mur, en orange fluo sur une grande toile jaune vif, on peut lire les Dix Commandements d ­ u collectif ­Illegal ­Civilization  : 1. Ne parle pas au cinéma. 2. L’attention est le meilleur cadeau que l’on puisse offrir. 3. Travaille dur pour ce que tu veux. 4. Ne te cherche pas d’excuses. 5. Poursuis ceux qui te poursuivent. 6. Respecte tes parents. 7. Ne mens pas sur tes sentiments. 8. Règle les problèmes quand ils se ­présentent. 9. Prends du temps pour toi. 10. Appelle les gens pour sortir et contente-toi de ça. N’attends rien d’eux.

« J’ai un rendez-vous tout à l’heure avec Barry Diller (grand businessman et magnat des médias, ndlr) chez lui, m’explique Alfred tout naturellement, même s’il ne peut pas encore révéler la raison de cette rencontre. Je suis super content de pouvoir le rencontrer. Après, je rentrerai pour jouer aux jeux vidéo. » Vantard le nerd ? Le fait est que c’est sur ce genre de rencontres qu’Alfred a bâti sa carrière. « J’avais dix ans, j’étais servant d’autel et je chantais à la chorale de l’église Saint Charles Borromeo (une église ­catholique de North Hollywood, ndlr), raconte Alfred pour expliquer comment tout a commencé. Et j’ai dit à ma mère : “J’arrête l’école et la chorale. Ce que je veux, c’est faire des vidéos de skate.” » THE RED BULLETIN


ANTHONY ACOSTA

« La première impression que j’ai eue de Mikey, c’était celle d’un type mûr, engagé et réfléchi. » Jonah Hill

En réponse, la mère d’Alfred, qui travaille depuis trente-six ans en tant qu’assistante personnelle de Robert Evans, le légendaire producteur d’Hollywood à qui l’on doit des films tels que Chinatown, les deux premiers Parrain ou encore ­Rosemary’s Baby, emmène alors son fils à son travail et l’installe devant son patron. « J’étais assis en face de lui, de l’autre côté du bureau, se remémore Alfred. Il m’a demandé : “Est-ce que tu veux faire une école de cinéma ?” » L’été suivant, Alfred le passe à l’université Columbia de New York pour suivre un cours de cinéma pour les jeunes de 10 à 17 ans. Son projet final est un court-métrage sur un garçon qui se fait voler sur le chemin entre le dortoir et sa classe. Il ne rencontre qu’un succès mitigé. « Les lumières THE RED BULLETIN 

se sont rallumées et le prof s’est contenté d’un “Suivant”. » Le suivant, c’était un gamin de treize ans avec huit minutes de film sur un trottoir de New York, sans ­dialogue ni musique. Il a eu droit à une standing ovation de toute la classe. Pour le prof, c’était un travail « courageux » et « inventif » – Alfred raconte cela d’un ton ironique. « Quand je suis rentré à Los ­Angeles, j’ai dit à ma mère : “Je n’irai pas à l’université. Je ne ferai pas d’école de cinéma. Mais je sais que je peux y arriver.” » L’année suivante, à tout juste douze ans, Alfred crée sa société, Illegal Civilization. « Il connaît tellement de gens, et il est tellement apprécié qu’il a cette capacité étrange à réussir tout ce qu’il entreprend – et ce en moins de deux », déclare Jonah Hill. Ce que l’acteur et réalisateur évoque ici, c’est la capacité d’Alfred à s’exécuter rapidement sur un projet. Voilà une excellente manière de décrire ce jeune entrepreneur, particulièrement efficace et au réseau professionnel très étendu. « Au début, on se contentait de faire des vidéos de skate et des tee-shirts, raconte Alfred. Notre bande de skateurs était connue comme le loup blanc à North Hollywood. » Et puis, à quinze ans, il rencontre Tyler, The Creator, un rappeur de Los Angeles, et ils partent rapidement en tournée ensemble, Alfred vendant des tee-shirts Illegal Civilization et des vidéos de skate à chaque étape. Il enchaîne sur d’autres tournées avec Frank Ocean, ­Kendrick Lamar et Mac Miller, tout en continuant à distribuer des produits ­Illegal Civilization et se constituant ainsi une base de fans et un réseau solide. Dix ans plus tard, Alfred collabore avec Converse, produit son premier film et joue son propre rôle à la télé. En ce moment, il travaille sur son nouveau film, North Hollywood, l’histoire d’un gamin qui rêve de devenir skateur, mais dont le père veut qu’il aille à l’université. « Cette histoire est centrée sur le moment où tu veux suivre tes envies mais

où tes parents veulent que tu choisisses une voie plus sûre, poursuit Alfred. C’est mon histoire. » Il ajoute : « Le skate m’a appris tout ce que je sais sur la vie. » Pour Alfred, la planche de skate a toujours ­clairement été bien plus qu’une manière cool de se déplacer. C’est une manière de s’exprimer. C’est un look et un style de vie. Une mode. Un art. C’est ce qui a donné naissance à un nouveau genre cinématographique. Et aujourd’hui, le skate entretient des liens étroits avec la scène musicale – d’où le succès d’Illegal Civlization quand Alfred a commencé les tournées avec Tyler étant ado, avant d’enchaîner avec Kendrick Lamar et les autres. « Mon objectif, c’est d’inspirer les jeunes à travers ma marque et ma voix, déclare Alfred. Je viens d’un milieu modeste et ce n’est pas trop mon truc de parler de mes projets en des termes ronflants. Je ne suis pas ce genre de mec. Mais je suis ma route et ça, vous pouvez le faire, vous aussi. » Je me demande si Alfred se retrouve dans le conflit au cœur de 90’s, le film de Jonah Hill qu’il a coproduit, la relation entre les deux personnages Ray et ­Fuckshit, et comment l’ambition et les soirées arrosées peuvent amener deux meilleurs amis d’enfance à s’éloigner l’un de l’autre. A-t-il vécu une expérience similaire ? A-t-il été à la place de Ray dans le film, qui préfère abandonner les fêtes et les excès pour aller de l’avant ? « Ce film, c’est l’histoire de Jonah, son expérience, répond Alfred. Moi, je traînais avec des gamins qui faisaient la fête tous les week-ends… et cela finissait par passer avant tout le reste dans leur vie, que ce soit le water-polo, le football américain ou les études. Dans le monde du skate, les gens faisaient la fête, prenaient de la drogue, et puis, tout à coup, ­certains arrêtaient le skate ou allaient en prison. » En parlant, Alfred se passe la main sur le crâne, rasé de près, à la manière dont un homme bien plus âgé se tortillerait la barbe. À l’écran, c’est un geste qui pourrait évoquer une personne sage, réfléchie, pensive. Chez Alfred, c’est le tic d’un jeune homme qui a déjà dix ans d’expérience professionnelle derrière lui, à l’âge où d’autres sont en pleine crise de la ­vingtaine. « Je me souviens qu’à quinze ans, je me disais : “Bon, je ne veux pas finir clochard… Je vais arrêter de faire la fête et je ne finirai pas comme ça.” J’ai dû faire un choix. » illegalcivilization.com   53


Marins, after all Avec ces bateaux volants, bêtes hi-tech les plus rapides au monde, l’espèce humaine repousse toujours loin les limites de la vitesse en mer. Illustration avec le CIRCUIT SAILGP, créé en 2018, concentré de voiles 3.0 réunies en mai en baie de San Francisco. Nous y étions avec l’équipe de France, portée par Billy Besson et Marie Riou, seule femme engagée sur ce format en cinq étapes qui s’achèvera à Marseille.


Entraînement pour les Français. Hormis la préparation hivernale en Nouvelle-Zélande, les équipes passent peu de temps à l’eau.

Texte PATRICIA OUDIT Photos BERNARD LE BARS 

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lameda, Californie. À une demi-heure de San Francisco, voici l’antre de la team base, ensemble de containers où sont entreposés les six catamarans en compétition, ces F50 en passe de révolutionner la notion de vitesse sur l’eau. Dans l’un d’eux, Franck Citeau, le coach de l’équipe de France, souriant mais sérieux, vient d’en convoquer ses membres. Le briefing, habituellement confidentiel, nous est ouvert, car ici, à la différence de la Coupe de l’America, pas de paranoïa. Pour ceux qui ont vécu la fameuse Coupe comme Matthieu Vandame, le régleur d’aile du F50 français, l’ambiance est radicalement différente : pas de secret de fabrication que provoque la course à l’armement, où l’écurie la plus riche peut faire la différence. Les équipes disposent toutes du même budget (5 millions de dollars ­chacun), alloués par la septième fortune mondiale, le PDG américain d’Oracle, Larry Ellison qui a injecté un total de 50 millions de dollars (44,8 millions ­d’euros) dans ce circuit. De même, elles ont accès à tous les réglages et aux centaines de données, collectées via les 1 200 capteurs fixés aux bateaux, et analysées par quatre experts confinés dans l’un des containers. Dans ce circuit à armes égales, avec ces monotypes de 15 mètres de long pesant 2,4 tonnes (soit, comme aime à le souligner l’organisation, « le poids d’un rhinocéros adulte ») et allant 15 % plus vite que les AC 50 de l’America’s Cup, aucune possibilité de piper les dés.

Dominer les bêtes

La confiance règne. Marie Riou, « régleuse de vol » et Billy Besson, le barreur du team France, ont l’air parfaitement détendus. Marie, ravie de naviguer sur des bateaux « qui sont le joujou ultime de la technologie » raconte la rencontre avec Russel Coutts, le boss du circuit. C’est lui qui a contacté Billy Besson, lequel a 56  



immédiatement réclamé la participation de Marie. « On a dit oui, car c’est un vrai championnat du monde, avec six nations qui s’affrontent et dans lequel ce sont les humains qui feront la différence. Il y a de la stratégie, de la tactique et ça nous excite ! » Et la tactique, parlons-en. Le briefing s’en charge. « Ce matin, de 10 à 15 heures, vous allez vous entraîner avec les Américains, récapitule le coach. Marie, il faut que tu te mettes en ligne droite pour régler la hauteur de vol, voir s’il faut changer les paramètres sur des phases de trente secondes. Une fois calé en ligne droite, Billy donnera le go et on balancera les virements. Il faut absolument qu’on se familiarise avec les finesses de réglage et qu’on soit au point sur les transitions. » Avant de sortir du container, chacun des cinq équipiers s’harnache. Un baudrier pour se longer, un gilet de sauvetage aux allures de gilet pare-balles, où est fixé une capsule d’oxygène en cas de chavirage, un coupe-filet jaune fluo à gauche, un couteau à droite. Enfin, un casque avec oreillette pour écouter les consignes du coach qui suit dans un zodiac où trônent des écrans d’ordinateur. Dehors, changement d’ambiance. La réalité 3.0 s’affiche sous nos yeux. Après un briefing de voileux qui respire la régate, une armée d’hommes casqués s’affaire autour de grues qui servent à mettre à l’eau les bateaux (en kit, il y a encore quelques minutes). Des avions, plutôt, avec leurs ailes rigides de 24 mètres de haut, dont les foils sont les frères marins des flaps (volets d’avion). Des bêtes qu’il va falloir dominer. Français, Anglais, Chinois, Américains, Australiens et Japonais – les deux derniers dominant actuellement le game – s’affrontent sur un site de 2,5 km sur 2 km, autour de quatre bouées. Le tout en deux manches, dont la première de trois runs et la seconde de deux runs suivie d’une finale, celle-ci se disputant en match race entre les deux premières équipes. Le tout multiplié par cinq étapes : Australie, États-Unis (San Francisco et New York), Angleterre et

Marseille pour finir. L’entraînement de ce matin a lieu entre le Golden Gate Bridge, la skyline et Alcatraz. Carte postale pour touristes. Sauf que Marie et Billy n’en sont pas. Leur pedigree est long comme un Vendée Globe : 4 fois champion du monde sur Nacra 17, ce duo complice entend progresser tous foils levés, même si selon Marie, « il s’agit là de passer sans frein du kart à la Formule 1 ». Franck Citeau les connaît bien, lui qui les entraîne dans ces disciplines olympiques. Casque relié à un micro, il donne des consignes à chaque pause. Chaque manœuvre est disséquée et analysée en temps réel. « Le plus dur, c’est de garder la hauteur de vol. Aujourd’hui, il n’y a pas assez de vent pour tenter un foiling tack. Il faudrait au moins 25 nœuds, soit dix de plus ! », regrette le coach. Foiling tack. THE RED BULLETIN


Le Golden Gate en mode marinière : les Français Billy Besson et Marie Riou, les deux killers du dériveur ­passés au SailGP.

L’entraînement de ce matin a lieu entre le Golden Gate, la skyline et Alcatraz. Carte postale pour touristes. Sauf que Marie et Billy n’en sont pas. Retenez bien l’expression : il s’agit d’un virement de bord en vol qui va devenir l’obsession des Frenchies à marinière. Il y a suffisamment de vent toutefois pour filer, se faire tasser dans les manœuvres et faire fuir les cinq baleines repérées sur zone. Les nombreux pélicans, eux, ne semblent craindre aucun foil, pourtant susceptibles de les découper, et pêchent THE RED BULLETIN 

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tandis que le team US déboule sur fond de rues à tramway. Charles, le plongeur posté à l’avant du bateau-coach, palmes aux pieds, garrot sur lui, prêt à sauter à l’eau au moindre problème et à prodiguer les soins de première urgence, désigne au loin l’un des deux points d’exfiltration médicale, afin que l’ambulance puisse accéder le plus vite possible aux blessés. Pendant les entraînements et la course, ce safety boat transportant plongeurs et médecins sillonne le plan d’eau, prêt à intervenir en cas de problème. L’heure est à la sécurité maximale. En 2013, lors de la 34e Coupe de l’America, un drame a endeuillé la baie : Andrew Simpson, le très expérimenté skipper d’Artemis, (bateau suédois) s’est noyé suite à un ­chavirage. Depuis, chaque équipe s’entraîne pour éviter le pire. « Plusieurs fois dans l’année, explique Marie, après avoir pris quarante aspirations dans la bonbonne d’oxygène, on saute à l’eau pour un parcours du combattant en apnée. Relié à une longe, on doit passer entre des filets. Entretemps, les instructeurs nous attachent les pieds, on doit enlever le gilet de sauvetage, faire le retour, ­toujours en apnée. Stressant ! »

Demander aux Américains… ici, c’est possible !

Soudain sur le plan d’eau, le catamaran français est à l’arrêt. Le staff technique de la course, seul à être habilité à intervenir, est appelé à la rescousse, et l’ingénieur finit par résoudre le bug informatique. Nicolas Heitz, wincheur et ex du Défi Français qui a profité de cette pause forcée pour se reposer sur le zodiac, confie : « En France, on est une dizaine à pouvoir naviguer au pied levé sur ces catamarans. Même si à bord, il n’y en a que trois qui jouent : Billy qui pilote en ligne droite grâce à cinq boutons et cinq pédales qui commandent des systèmes hydrauliques et électriques, Marie au réglage de vol, et Matthieu Vandame au réglage de l’aile, le seul homme du bateau qui ait une écoute dans une main ! » Les deux autres wincheurs, Olivier Herledant et Timothé Lapauw initialement remplaçant mais qui a succédé à Devan Le Bihan, blessé, sont là pour faire fonctionner le moteur électrique à coup de manivelles. Peu importe le poste : dès la reprise de l’entraînement, tous se font karchériser par une eau à 12 °C : le bateau, à ras de l’eau, cockpit ouvert, amplifie les sensations. « Quand on est à 35 nœuds au près avec 20 nœuds de vent, on se prend 110 km sur nous, et 58  



LA MOLETTE DE MARIE Cet instrument, ou Flight Controller en VO, situé dans chacune des coques du F50, sert à commander les foils, c’est-à-dire à régler le fameux rake : l’incidence (l’inclinaison en langage terrien) des foils d’avant en arrière afin de travailler avec le plus de pertinence possible la hauteur de vol. Plus on vole, plus on va vite, certes, mais il ne faut cependant pas compromettre l’équilibre du bateau. « Au début de la saison, explique Marie Riou, le flight controller était un joystick avec lequel je réglais l’assiette du bateau, auquel j’avais fini par m’habituer, même si j’ai regretté de ne m’être pas mise plus tôt aux jeux vidéo ! » D’autant que le joystick en question a été remplacé, juste après la première étape de Sydney en février dernier, par une molette qui ressemble davantage à une manette de PlayStation, et ce pour des raisons de précisions. Okay. Marie, qui navigue depuis l’âge de sept ans et a été élue meilleure navigatrice au monde suite à sa victoire sur la Volvo Ocean Race avec DongFeng, a l’habitude de se remettre en cause. Dès la deuxième étape de San Francisco, en accord avec Billy, qui définit la stratégie, elle a dû se mettre à la molette. Malgré sa simplicité d’utilisation (le côté droit commande le foil droit et inversement), elle a dû apprendre à la maîtriser dans un temps record. « En course, la première manœuvre est quinze secondes après la première bouée, autant dire que les prises de décision doivent être rapides. Et la molette est sensible ! Plus ­instinctive aussi : la preuve, elle a porté ses fruits rapidement, puisque grâce à elle, on a réussi nos premiers flying jibes (empannages en vol, ndlr) ! »

Ci-contre : débriefing post premier run. À droite : avec les gardiens des ailes rigides. L’avantage par rapport à une voile classique : elle fait gagner en ­vitesse, car elle est propulsive à 100 %, dans toutes les phases de navigation. En bas à gauche : ­séquence harnachement. À bord des F50, les ­marins sont attachés à des longes : si le bateau plante ou chavire, l’équipage est entraîné à s’en détacher via un mousqueton. En bas à droite : les bateaux sont treuillés pour la mise à l’eau.

il faut courir et changer de coque dans ces conditions », résume Billy. L’adrénaline est à son paroxysme : à bord, pas le temps d’échanger des regards, on se parle via des mots-clés évoquant les manœuvres. Les F50 français et américains se croisent dans des Air Prox, à requalifier en « Mer Prox », dignes de l’aviation, dans des sifflements incessants. Au loin, surveillant la bataille navale du futur depuis son yacht, Larry Ellison. Dans le ciel, un hélico filme. Ne manquent plus que deux ou trois James Bond girls au décor, et on se croirait en plein tournage d’un film d’action. Revenus à terre, Marie et Billy veulent comprendre la clé du foiling tack, ce virement de bord en vol qui coince. Marie, penchée sur son smartphone, part à la pêche aux infos. « Il y a un truc qu’on ne saisit pas… Le bateau monte en wheeling, sur l’avant, mais repose, alors qu’on devrait être à plat et rester sur les foils ! » Billy, pragmatique : « On va demander aux Américains ; aujourd’hui, ils les ont bien passés ! » Le coach Franck Citeau profite aussi de l’ambiance fair play où les teams s’échangent conseils et données, où l’on peut s’aligner sur les réglages des autres en allant voir le super mécano de SailGP : « Il pense qu’on est trop attentistes en ligne droite et qu’on perd de la vitesse… » Pendant ce temps, Yvan Joucla, responsable technique de l’aile rigide, effectue les vérifications réglementaires : il checke la structure des ribs (les côtes en carbone), qui sont souvent les premières victimes au tableau de casse, les quatre bras ainsi que tous les câbles et écrans électroniques à l’intérieur. Parfois, il faut aussi boucher le gap entre les flaps de l’aile avec du Clysar, un film plastique que l’on chauffe et que l’on tend. « Ici, note Yvan, les bateaux sont démontés chaque soir, à cause du vent et du courant du chenal, mais ce n’est pas toujours le cas. C’est une sacrée logistique, indispensable quand on a des bateaux qui se croisent à Mach 2 sur l’eau ! » Le lendemain, jour de la régate THE RED BULLETIN


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« C’est l’avenir de la voile. Des courses très serrées, de vrais combats sur l’eau ! » Larry Ellison, boss du SailGP


Ça brasse dans la baie. Départs à 40 nœuds. Puis baston entre les 6 nations de ce championnat du monde de F1 sur l’eau.

à blanc où la flotte au complet s’entraîne sur le plan d’eau, bingo : les Français réussissent leur premier foiling tack par 20 nœuds de vent. « Une embardée de fou », jubile Billy, le smile jusque-là, qui s’est vite remis de l’étrave des Chinois passée à deux mètres. Dans la zone mixte où se déroulent les interviews des skippers, Marie, la seule femme engagée sur le ­circuit, est très demandée. Celle qui a été élue meilleure navigatrice du monde en 2018 insiste aussi sur le plaisir qu’elle prend à bord de ces engins, « où la moindre micro faute se paie cash ». Jamais, heureusement, jusqu’au crash.

L’avenir de la voile

Jour 1 de la compétition. Côté français, cinquième après la première épreuve qui s’est déroulée à Sydney les 15 et 16 février derniers, on ne va pas attendre que la classique brume se lève sur la baie de San Francisco pour prendre des départs canons à 80 km/h. Le public s’est massé aux abords du San Francisco Yacht Club et sa vue imprenable sur le Golden Gate. Les spectateurs ne veulent pas perdre une miette de l’événement, même si l’on peut aujourd’hui être embarqué live dans cette course sans quitter son salon grâce à une appli – mieux qu’une GoPro ou que Virtual Regatta. Dans la baie, dans le vrai, les Français se montrent encore hésitants dans leurs transitions, mais Billy a vu le cul des Japonais (du moins de leur bateau) et a frôlé les Australiens. Combats au contact, coques qui se frôlent, Billy le barreur est une fois de plus aux anges. « À partir de 18 nœuds, c’est difficile de mettre le frein avec les foils qui poussent. On ne fait qu’accélérer ! » Après la jubilation, la tension monte d’un cran au débriefing de la première journée. Franck Citeau insiste sur la manche 2 et 3 où la gestion des problèmes techniques s’est amplifiée. « Pas assez de vitesse et de hauteur pour faire des manœuvres correctes ! » Billy évoque ce sentiment d’agacement généré par ces problèmes techniques. « Plus il y a de

« Plus il y a de vent, plus ça crie, plus c’est chaud. Pour faire avancer ces bêtes-là, il faut être précis et focus ! » Billy Besson, barreur   61


Billy vole d’une coque à l’autre, et les wincheurs, à la manivelle, alimentent en énergie le moteur électrique.

Voile olympique, coupe de l’America, course au large : les as du SailGP viennent de tous les horizons.


BIENVENUE DANS L’AÉRONAUTIQUE Pour rattraper ce fameux déficit d’expérience et continuer à apprendre, sachant que les temps d’entraînement sur l’eau sont limités par une lourde logistique et se passent en général juste avant les épreuves, la solution se trouve dans un simulateur installé à Londres et développé par les ingénieurs ­d’Artemis Technologies, l’équipe suédoise de la dernière America’s Cup. Ce simulateur de F50 a déjà permis aux équipes de s’entraîner à manœuvrer. « Les sessions d’entraînement durent deux jours, et on les cale de préférence avant chaque étape, explique Matthieu Vandame le régleur d’aile du team France. On travaille chacun à nos postes, avec Marie au réglage de vol et Billy au volant, par tranche de 20 minutes. À bord d’une demi-coque montée sur une plateforme à vérins, équipée de double commande puisque nous ne pouvons pas sauter d’une coque à l’autre comme sur l’eau, on enchaîne les différentes manœuvres. Le deuxième jour est généralement consacré à la simulation de la course sur un ghost, c’est-à-dire le film de nos actions précédemment retranscrites sur l’écran à 270 °. On court en quelque sorte contre nousmêmes ! » Artemis a poussé le réalisme jusqu’au bout en simulant aussi les bruitages via des enceintes. « Presque plus mouvementé et ­fatigant que la réalité ! », confirme Marie qui parle d’une grande fatigue mentale après chaque session, tant il faut de concentration durant ces deux jours. Autre plan B pour pallier le manque de navigation in situ : le dry sailing qui consiste à s’entraîner à terre. Chacun est à son poste, mais l’immobilité du bateau fait que l’on peut débriefer immédiatement au sortir de chaque manœuvre. THE RED BULLETIN 

Marie Riou et son casque à oreillette : pour ne rien perdre des consignes du coach.

vent, plus ça crie, plus c’est chaud. Pour faire avancer ces bêtes-là, il faut être précis et focus ! » Malgré tout, au dernier jour de compétition, les Frenchies sont comme scotchés. Petite déception d’une prestation qui s’explique par un déficit d’expérience. « Aujourd’hui, détaille le coach, c’était notre quinzième navigation sur le bateau. Nathan Outteridge, le barreur du F50 japonais, en était à sa 250e. Quand on passera tous les foiling tacks, on sera davantage au contact. Ces bateaux sont de vraies usines à gaz, et puis il y a la question de la vitesse. Jusqu’à 12 nœuds de vent, ça va. Mais au-delà, le bateau n’est plus le même, il faut passer cette appréhension, adapter les réglages, la puissance et le comportement à bord. » Par souci d’équité, SailGP s’efforce de donner la priorité aux derniers du

« On a dit oui, car c’est un vrai championnat du monde, avec six nations qui s’affrontent et dans lequel ce sont les humains qui feront la différence. » Marie Riou, flight controller

c­ lassement. « Pour que cela soit à chaque fois un entraînement, pas une reprise en main, insiste Matthieu Vandame. Chaque journée passée sur l’eau nous fait tellement progresser ! » Au lounge VIP, après la remise des prix, Larry Ellison, protégé par une paire de colosses munis d’oreillettes, s’entretient avec les vainqueurs – les indétrônables ­Aussies qui se sont jetés sur la ligne dans un saisissant sprint final avec les Nippons – puis avec Marie et Billy. Pour le multi-­ milliardaire passionné, ça ne sent pas que le retour sur investissement. « C’est l’avenir de la voile. Des courses très serrées, de vrais combats sur l’eau ! » Marie est d’accord sur l’analyse. Un regret affleure pourtant. « Vingt minutes la manche, c’est très, trop court : on a envie de naviguer plus ! Ces sensations, on ne les a nulle part ailleurs ! » Filer à 50 nœuds, 100 km/h, le chrono-Graal, quête de tous les équipages : l’addiction du marin 3.0 est désormais connue. Ne reste plus à Marie, Billy et leurs équipiers qu’à trouver la potion magique. Celle qui fera d’eux les rois et reines du foiling tack.

Pour assister à la grande finale du SailGP, à Marseille du 20 au 22 septembre, ­obtenez vos billets sur sailgp.com   63


« On vivait le début d’un truc énorme... » Il y a trente ans, une révolution culturelle frappait l’Angleterre. Encore aujourd’hui, l’impact des raves – une scène qui fédérait les sons de Chicago à Ibiza en passant par Détroit – est toujours palpable dans la création musicale. Le photographe DAVE SWINDELLS a documenté le Second Summer of Love.


Tottenham Court Road, Londres, juillet 1988 J’avais entendu dire qu’une fête sauvage allait avoir lieu à la fin de la soirée The Trip à l’Astoria à trois heures du mat’. Quand cette bagnole s’est pointée avec ses enceintes ­hurlantes et qu’une centaine de personnes se sont mises à sauter dans tous les sens, à danser dans la rue et sur le toit d’un abribus en hurlant « soirée sauvaaage ! » et « aciiiid ! », j’ai halluciné. Nous étions juste à côté du Dominion Theatre, en plein cœur de Londres, et on venait de créer un embouteillage. La police semblait voir en cette scène l’expression d’une joie de vivre plus qu’une nuisance, et les fêtards étaient déjà en train de bouger vers un parking sous-terrain à ­plusieurs niveaux. On imagine la tronche des propriétaires de Porsche venus récupérer leurs bagnoles au milieu d’une foule de raveurs underground en furie.



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Shoom club, Londres, mai 1988

Shoom club, Londres, avril 1988

Peu importait à la chanteuse Sacha Souter que son chapeau puisse éborgner la moitié du dancefloor… La plupart des danseurs étaient déjà bien allumés de toute façon. En fait, je ne l’ai remarquée qu’à 5 heures, quand les lumières du club se sont rallumées et que les fêtards sont sortis de leur relatif anonymat, tout en fluorescence. Avec un autre plan en tête : rejoindre la soirée RIP (pour Revolution In Progress, ndlr), sur Clink Street, et enchaîner, encore et encore.

Dans cette salle de sport transformée en club, près de 300 personnes se pressaient pour écouter le patron, Danny Rampling. Cette nuit-là, il a joué d’incroyables house et gospel house, le Let The Music (Use You) des Nightwriters ou le Promised Land de Joe Smooth. Dans ce maelström, j’ai photographié un régulier du Shoom, Andrew Newman. L’acid house était pour lui un prétexte à se saper à fond, enfilant sa veste du c­ réateur Stephen Sprouse… et à s’abandonner à la musique.

Ku club, Ibiza, juin 1989 Aujourd’hui, ce club s’appelle le Privilege. À l’époque, on y entrait à 7 000, et son toit était énorme, et il était encore à moitié à ciel ouvert. Donc, quand un violent orage a éclaté vers 4 heures du matin cette nuit-là, les plus peureux d’entre nous, parmi lesquels les artistes Boy George, Fat Tony, Mc Kinky et Adamski, sont allés se mettre à l’abri. Heureusement, il restait quelques Anglais toujours actifs malgré l’averse, tandis que le track orgiaque de Lil Louis, French Kiss, amenait la fête à un point culminant pour la troisième fois dans la soirée. Quand nous sommes enfin sortis du club à 7 heures, sous le soleil, on a vu sur le parking toutes ces petites jeeps Suzuki qui faisaient fureur à l’époque. Elles étaient bourrées de fêtards... façon sauna. 66  



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Soirée Tribal Dance, Sudeley Castle, août 1990 On m’avait demandé de filmer cette rave en Super 8, j’ai donc acheté une caméra d’occasion et j’ai tracé à l’ouest, vers le ­Gloucestershire. Une superbe et chaude nuit, pour une rave fabuleuse, mais il m’a été impossible de filmer à cause de la lumière. J’ai donc activé mon appareil photo, à la rencontre de tous ces danseurs. Et ce mec est sorti du lot : les T-shirts griffés Joe Bloggs étaient partout cet été-là. Celui-ci, associé à une salopette baggy, une chemise flashy et un sifflet accroché à un collier perlé faisait de ce ­danseur l’archétype du raveur.


Soirée Rage, Heaven club, Londres, 1990 Dans ce club, Fabio et Grooverider faisaient muter la house hardcore avec des rythmes accélérés et hachés, et encore plus de basses grondantes, préfigurant ce qu’allait être la jungle en 1991. Je voulais donc photographier ces deux DJs innovants, mais alors que je traversais le dancefloor, ces danseurs sur le podium ont attiré mon attention. Surtout le type à droite, nommé Leeco, qui assurait de brillants mouvements athlétiques avec ses nouvelles Air Max et son impressionnant pantalon baggy. Quand j’ai posté cette photo il y a quelques années, j’ai été ravi d’apprendre qu’il avait entrepris depuis une carrière à succès de danseur et de chorégraphe. 68  



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Le photographe, Dave Swindells Infiltré dans les nuits londoniennes depuis le début des années 80, Swindells (ici en short au premier plan lors d’une « rave orbitale ») était parfaitement positionné pour capturer ces moments pivots de la naissance des raves au printemps 1988. Les DJs et producteurs locaux Paul Oakenfold, Danny Rampling et Nicky Holloway avaient vécu une expérience à Ibiza l’été précédent et voulaient la transposer dans la scène club anglaise. « C’était intense et euphorique, de nouvelles fêtes et des raves en extérieur, tandis que les radios pirates fédéraient de plus en plus d’auditeurs, se souvient Swindells. Au même moment, une forme de démocratisation arrivait en Russie, le mur de Berlin s’effondrait, la révolution de Velours se déroulait en Tchécoslovaquie et Mandela était finalement libéré en Afrique du Sud. Comme si les régimes d’oppression prenaient une claque à travers le monde. » Sweet Harmony: Rave | Today, une exposition collective incluant les photos de David Swindells ; Saatchi Gallery, Londres, jusqu’au 14 septembre ; saatchigallery.com

Soirée Fascinations, Downham Tavern, Kent, juillet 1988 La première fois que j’ai vu un gyroscope dans une rave, j’ai halluciné. Que les fêtards aient pris des pilules ou pas, c’était un truc à vous faire vomir en moins de deux. Le promoteur de la fête, Tony Wilson, mettait aussi en place des effets pyrotechniques en intérieur, et il bookait régulièrement deux go-go danseurs venus des Troll, des soirées gays. Ils se collaient devant les lasers pour envoyer des pas de danse synchronisés avec les raveurs. Un truc plutôt radical pour l’époque.

Radio pirate Fantasy FM, 1990 Une tour de seize étages, quelque part dans le quartier d’Hackney. La planque de la radio pirate Fantasy FM. J’ai pu y accéder en promettant de ne pas révéler l’adresse du studio. En fait, j’avais assisté à leur démente soirée World of Fantasy à l’Astoria, où ils m’avaient proposé de passer au studio. J’imaginais y faire une photo des DJs jouant devant une baie vitrée avec une super vue sur la ville, mais on ne devait pas voir l’environnement du studio à l’image. Je me suis donc concentré sur des photos de DJ Stacey aux platines, tandis que DJ Foxy, alias Mystery Man, qui gérait la radio, était occupé dans le fond avec un téléphone mobile de la taille d’une brique. THE RED BULLETIN 

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PLANCHES DE SALUT

IMANI WILMOT s’est donné pour mission de dynamiser les Jamaïcaines et d’inspirer toute une génération de surfeuses afro-caribéennes. Texte LOU BOYD  Photos ISHACK WILMOT

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THE RIGHT TO ROAM FILMS

L’épanouissement par le surf, en Jamaïque. Le regard vers l’horizon et la mer des Caraïbes, elles laissent derrière elles une vie rude faite d’abus, de délinquance et de corruption.

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L

a jeune Imani Wilmot n’a pas souvent vu de femmes dans l’océan pendant son enfance à Eight Miles, Bull Bay, sur la côte sud-est de la Jamaïque. Fille de Billy « Mystic » Wilmot, fondateur de la JSA (Jamaican Surf Association) et connu localement comme étant le « ­Parrain du surf jamaïcain », elle a passé la majeure partie de son enfance sur la plage et sur l’eau avec ses frères mais a vite réalisé que la plupart du temps, elle était la seule fille. « J’entends dire depuis toujours aux Jamaïcaines qu’elles doivent rester hors de l’eau, dit Wilmot, qui dirige le Jam-nesia Surf Camp à Eight Miles. Moi, j’ai grandi avec le surf. » Quand elle commence à participer à des compétitions de surf, elle croise ­toujours le même petit groupe de femmes originaires d’un peu partout sur l’île. « Mon école m’a vraiment soutenue, se souvient Wilmot. On me faisait la fête quand je remportais des compétitions et montrais mes trophées mais cela n’empêchait pas que j’étais la seule surfeuse. J’ai réalisé à quel point il fallait plus de filles dans ce sport, à quel point il fallait plus de filles de couleur à l’eau afin que les autres réalisent qu’elles pouvaient le faire aussi. » À 17 ans, Imani fonde sa première école de surfeuses destinée aux femmes de la région. La culture caraïbéenne du surf est rarement représentée dans l’industrie en général. Bien qu’il y ait notamment une communauté passionnée et en pleine croissance en Jamaïque, celle-ci est négligée dans l’image globale de ce sport. ­Pour Wilmot, c’est l’une des principales raisons pour lesquelles de nombreuses femmes autour d’elle n’ont pas trouvé leur place sur l’eau. 72  



C’est sur la plage de Bull Bay que tout a commencé pour Imani. Aujourd’hui, elle y organise des camps de surf.

Wilmot pense que le changement se produira quand plus de femmes de couleur seront visibles dans le surf. « Il s’agit de prendre soi-même la situation en main parce que les gens de couleur investissent le plus d’argent là où ils sont représentés. Si d’autres femmes me voient animer mes camps, elles se diront : “Si ces femmes peuvent le faire, alors moi aussi.” » Ce qu’offrent les camps de surf de ­Wilmot est nécessaire à plus d’un titre : ils sont devenus un refuge pour de nombreuses femmes à Bull Bay et dans les environs. Sur une île où la culture jamaïcaine peut être particulièrement misogyne et violente, souligne la presque ­trentenaire. « Le camp est un endroit accueillant et agréable où les filles peuvent venir et apprendre à surfer, explique-t-elle. Je me fais beaucoup de souci pour elles et leur état émotionnel. Elles ont besoin de sentir qu’elles sont soutenues, et que leurs rêves et tout ce qu’elles veulent réaliser dans la vie sont légitimes. »

Véritables havres de bienveillance, ces camps ont attiré de plus en plus de femmes issues de tous les milieux, qui voulaient passer un peu de temps loin de leurs soucis. « Être une femme en Jamaïque, ça peut être très difficile, dit Wilmot. La façon dont les gens sont traités est parfois délicate à gérer et le surf représente un sas de décompression, un endroit où faire une pause à l’écart de ce qui se passe dans la société, que ce soit la corruption, les abus ou toutes sortes d’épreuves. » Accompagnant des groupes d’environ 10 à 15 personnes, Wilmot a commencé à enseigner à de plus en plus de femmes du coin comment surfer sur les vagues près de chez elles tout en créant un lieu où elles peuvent se rencontrer et se soutenir. «  Ce n’est pas forcément lié au surf, car avec cette communauté, nous partageons des expériences qui nous aideront à faire face aux différentes situations. On ne devrait jamais laisser personne entreprendre quoi que ce soit en se ­sentant seul, perdu et isolé. » THE RED BULLETIN


« J’ai réalisé à quel point il fallait plus de filles de couleur à l’eau. » Wilmot enseigne le surf et apporte un soutien émotionnel aux femmes de la région depuis qu’elle a 17 ans.

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« Le surf attire votre regard vers l’horizon, loin des aspects négatifs de la société. »

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Des images du documentaire Surf Girls Jamaica qui vous ­immerge dans une communauté où le surf devient nécessaire.

L’efficacité du surf comme forme de thérapie est connue depuis des dizaines d’années. Ces camps ne sont pas les premiers à utiliser le sport comme moyen d’éducation sociale. Mais Wilmot a apporté quelque chose de totalement nouveau dans son voisinage. Et les camps sont un reflet d’elle-même : attentionnée et solidaire, mais s’attendant aussi à ce que les membres déploient tous les efforts possibles. « Le surf est l’un des sports les plus positifs qui existent parce qu’il attire le regard vers l’horizon, loin des aspects négatifs de la société, pointe Wilmot.

L’océan est beaucoup plus grand que nous ; il n’est pas confiné. Si vous pouvez puiser dans cette force et l’utiliser pour quelque chose de positif, pour un bien ­global, cela ne peut être qu’une bonne chose. »

Regardez Surf Girls Jamaica sur la chaîne Real Stories sur YouTube. En bouclant ce numéro, nous avons reçu la triste nouvelle qu’un incendie avait détruit la maison de Billy Wilmot, le père d’Imani. Les liens pour soutenir la reconstruction de ce haut lieu du surf local sont sur le compte Instagram : @jamnesiasurf THE RED BULLETIN

THE RIGHT TO ROAM FILMS

L’histoire de Wilmot a récemment été racontée dans un documentaire réalisé par les cinéastes britanniques Joya ­Berrow et Lucy Jane : Surf Girls Jamaica. Elles sont allées en Jamaïque pour relater non seulement le parcours de Wilmot mais aussi celui d’autres femmes qui se sont jointes à ses camps de surf. Melissa Fearon, une femme de la région, qui a découvert les camps alors qu’elle traversait des difficultés dans sa vie, a retenu l’attention des cinéastes et est devenue un personnage important dans leur récit. « Grandir en Jamaïque, c’est dur, dit Fearon dans le film. En tant que femme, c’est dur. Il n’y a pas de relations sérieuses ; baiser, ça ne représente rien. Si un homme vous viole, on dira que vous l’avez provoqué. » Les problèmes personnels de Fearon incluent son arrestation pour tentative de contrebande de marijuana aux États-Unis. « L’esclavage mental dans lequel nous grandissons, les classes sociales et la question raciale, la classe moyenne supérieure, les beaux quartiers et le centre-ville, cela nous affecte, ditelle. Les gens ne parviennent pas à trouver l’argent nécessaire pour s’instruire alors ils se retrouvent à faire un job qu’ils ne veulent pas faire. Pour moi, ce job était de transporter de l’herbe aux États-Unis, et suite à cela, j’ai été condamnée à deux ans de travaux forcés dans une prison pour femmes. Ne pas pouvoir trouver un emploi convenable parce que j’ai un casier judiciaire, ça a changé ma vie ; ça m’a vraiment rendue instable. » C’est à cette époque que Fearon a commencé à surfer avec Wilmot. Peu à peu ses perspectives ont commencé à changer. « Un jour, je suis arrivée sur la plage et Imani m’a dit : “Viens surfer avec moi”, se souvient-elle. Le surf m’a aidée à me libérer, à retrouver un certain niveau d’unité avec moi-même, avec ce que je ressentais, à me sentir valorisée. » Après avoir rejoint les camps, elle a commencé à s’impliquer dans la mission de Wilmot. « Mel voit tous ces changements en elle et elle aime ça, dit Wilmot. Elle souhaite transmettre cela à d’autres. Elle veut être coach et faire découvrir l’idée que ce sport peut vraiment changer une vie. »


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Cette méthode permet aux grimpeurs de s’entraîner les yeux fermés, comme sur une paroi.

Le jeu à succès envahit nos smartphones et s’est déjà incrusté dans notre quotidien.

L’été est aussi la meilleure saison pour réfléchir à quoi porter quand il fera froid.

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NYEGE NYEGE

Oubliez les festivals branchés en Stan Smith… le top du top est en Ouganda ! PAGE 78

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Faire.

Ça percute ! Avec ces Burundais membres du collectif funk The Kuruka Chama.

LE FESTIVAL D’UNE VIE

PLUS RAPIDE EST LA VITESSE DU SON L’électro futuriste rencontre les sons traditionnels de l’Afrique orientale sur les bords du Nil : Gareth Main assiste en Ouganda à un festival hautement palpitant.

I

l est deux heures du matin, l’air humide est saturé de fumée de cigarette, la musique est forte et je me tiens au milieu d’une foule dense. Sur scène, le Nilotika Culture Ensemble et ses trente musiciens s’éclatent sur des tambours de toutes sortes, tandis que

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dans le public, les corps s’agitent et sautillent au rythme des percus. On a l’impression d’être pris au milieu d’un joyeux chaos et pourtant tous sont au diapason, les percussionnistes au taquet et la musique incroyable. Les nombreux musiciens, tous des

La DJ somalienne Hibotep et ses mixes ultra branchés.

THE RED BULLETIN


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Mangez un Rolex et goûtez à la fontaine de jouvence : ce qu’il faut savoir avant votre départ pour la perle de l’Afrique. Le festival a lieu au ­début de la deuxième saison des pluies qui s’étend de septembre à novembre. La température en journée avoisine les 28 degrés.

Quatre jours de son non-stop : au Nyege Nyege, la musique ne s’arrête jamais.

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GARETH MAIN

Si à 50 ans, on n’a pas mangé un Rolex sur un festoche en Ouganda…

v­ irtuoses, déroulent sans relâche à un rythme effréné. Je n’ai jamais rien écouté de tel auparavant. Comme hypnotisé par le son (et le gin local), je renonce à compter le nombre d’artistes qui varie constamment. Je me laisse porter. La troupe ougandaise de percussionnistes finit par s’arrêter, je suis étourdi. Combien de temps ont-ils joué ? Quelle heure est-il ? Cela n’a plus importance. Je viens de recevoir ma première leçon ougandaise : ici, la vie ne s’arrête jamais. On le pressent dès l’arrivée à l’aéroport d’Entebbe où une mêlée de chauffeurs de taxi annonce le prix de la course aux clients potentiels. Ce comité d’accueil dynamique n’est qu’un

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Ma première leçon ougandaise : ici, la vie ne s’arrête jamais. avant-goût de l’énergie qui anime le festival Nyege Nyege, situé à Jinja, que l’on atteint après quatre de route en plus des douze heures de vol depuis l’Europe. Les trois premières éditions du festival ont suscité un grand intérêt des médias internationaux. The Guardian, CNN, la BBC et ­Rolling Stone ont tous loué sa ­programmation novatrice. Le magazine londonien FACT le

SE NOURRIR

BON À SAVOIR

ROLEX Impossible de se rendre en Ouganda sans goûter au Rolex, une omelette avec des légumes enroulés dans un chapati.

ORIGINE C’est à Jinja, ville d’accueil du Nyege Nyege, que le Nil prend sa source.

PORC Si vous aimez la viande, optez pour ces restaurants servant 2 kilos de porc frit pour environ 6 €. POSHO Les plats ougandais se veulent aussi appétissants que pratiques. Le posho, une pâte à base de maïs, incarne bien cette idée et s’utilise comme du pain avec les plats et les sauces.

RECORD Environ 50 % de la population a moins de 15 ans, ce qui en fait le deuxième pays le plus jeune, après le Niger. VIE SAUVAGE L’Ouganda est l’un des trois pays d’Afrique (avec le Rwanda et la RDC) où vivent des gorilles de montagne en liberté. DIALECTES On en dénombre plus de quarante dans le pays. Le luganda est le plus parlé.­

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Faire.

voyage

SANS VOUS DÉPLACER

PÉPITES D’AILLEURS

Les initiateurs du festival dirigent aussi deux labels : Nyege Nyege Tapes et Hakuna Kulala. Ces trois albums sont emblématiques d’un catalogue à découvrir.

À ÉCOUTER

SLIKBACK – TOMO Un EP aux beats intenses et agressifs, typique de ce producteur kenyan qui repousse les limites de la bass music. Retrouvez-le lors de la soirée Double Jeu du Red Bull Music Festival Paris le 28 septembre.

COMPILATION – SOUNDS OF SISSO Sisso, producteur du label éponyme, est le créateur du Singeli, une musique dance au rythme dément. Il a également popularisé la scène underground de Dar es Salam (Tanzanie) à travers le monde.

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­ ualifie même de « meilleur q ­festival de musique électro au monde ». Le mélange de musique électronique contemporaine, avant-­gardiste et de musiques traditionnelles d’Afrique centrale et orientale (près des 80 % des plus de 200 artistes présents sont africains) n’a pas d’équivalent dans le monde. Le seul point commun avec un festival européen de taille moyenne plus traditionnel est la nature du site : un camping avec une demi-douzaine de scènes. Néanmoins, le lieu (une magnifique forêt le long du Nil), la nourriture (il faut goûter au Rolex), et l’absence d’heure de fin font que la musique est jouée non-stop durant les quatre jours du festival. L’an dernier, à la veille de la quatrième édition du festival dont le nom signifie « excité, excité », le pasteur Simon Lokodo, ministre d’État ougandais à l’éthique et à l’intégrité, tente d’annuler le festival pour incitation des jeunes à l’homosexualité. Un procès d’un autre âge qui n’altéra aucunement la motivation des près de 9 000 festivaliers présents sur cette édition. Nous avons cherché à comprendre la signification de « nyege nyege » dans le dialecte local lugandais,

qui le décrit comme « une envie soudaine et irrépressible de bouger, de danser », une description que la musique estampillée « traditionnelle » par la programmation semble incarner au mieux. Parmi les phénomènes à l’affiche lors de notre venue, Otim Alpha, ex-kick­ boxeur natif de Gulu, au nord de l’Ouganda. Le voir se déchaîner en chemise t­ ie-dye sur sa géniale musique électro Acholi vaut son pesant d’or. Sa musique tourne à plus de 160 BPM, soit environ 50 % plus rapide qu’un rythme disco moyen. Et celle de Sisso se base sur un rythme encore plus rapide. Ses sets de plusieurs heures ne descendent jamais en deçà de 200 BPM. Musicalement, cela équivaut à la différence d’accélération entre une deux-chevaux et une voiture de sport. Ne jamais s’arrêter, tel est le mot d’ordre du Nyege Nyege, et si vous pensez avoir déjà expérimenté un festival épuisant, celui-ci mettra votre endurance à rude épreuve. Mais il est surtout une exploration perpétuelle de sons extraordinaires sur les bords du Nil, au cœur des ténèbres. Nyege Nyege, 5 au 8 septembre, Jinja, Ouganda ; nyegenyege.com

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ZAHARA ABDUL PHOTOGRAPHY

NIHILOXICA – NIHILOXICA Fruit d’une collaboration entre les percussionnistes du Nilotika Culture Ensemble et les Anglais Jacob MaskellKey (batterie) et Pete Jones (synthés), l’album est un florilège de sons inédits issus de sources traditionnelles.

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Danse ancestrale et rythmes électro pour le show d’un héros local, Faizal Mostrixx.


HORS DU COMMUN Le prochain numéro le 19 septembre avec    et le 3 octobre avec  dans une sélection de points de vente et en abonnement DENIS KLERO / RED BULL CONTENT POOL


GUI D E

Faire.

fitness

PROJETEZ-VOUS

Le grimpeur Michi Wohlleben, confiant en la méthode Isele.

LES YEUX FERMÉS

Grâce à la visualisation, ils peuvent améliorer leurs meilleures perfs : mode d’emploi. PRÉPARATION Connaître les différentes ­sections de l’ascension aussi bien que possible. POINT DE DÉPART Tout lieu paisible fera l’affaire. Mais le point de départ idéal dépendra de l’atmosphère particulière qui y règne. PROCESSUS DE RÉFLEXION Fermer les yeux. Puis mimer l’escalade en effectuant chaque geste et, très important, en ­sollicitant les muscles comme si vous y étiez.

La méthode Isele aide les grimpeurs à simuler chaque détail d’une ascension.

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LA PASSION S’impliquer émotionnellement dans la situation permet au corps, à ­l’esprit et au cœur d’œuvrer de concert pour ­une ­fluidité totale. FLORIAN OBKIRCHER

L’Autrichien Klaus Isele a mis au point une méthode d’entraînement assurant aux grimpeurs de réaliser le maximum pendant leurs performances.

C

TOM MACKINGER

LA FORCE DE L’ESPRIT

omment les grimpeurs se préparent-ils pour leurs grands rendez-vous ? Avant tout en visualisant la voie d’escalade. L’ostéopathe Klaus ­Isele a travaillé pendant dix ans avec l’équipe nationale autrichienne d’escalade et affirme que cet exercice à sec offre un potentiel énorme. Le point de départ de leurs recherches a été le souci de maintenir les grimpeurs en forme durant les périodes d’inactivité, avec pour objectifs de limiter la perte de masse musculaire et préserver une mémoire précise des mouvements. Pour ce faire, Isele a une solution : la Visualisation 2.0, plus intensive que celle pratiquée jusque-là par les grimpeurs. Cette visualisation se fait allongé sur le dos, les yeux fermés, avec une précision et une intensité physique comparables à celles qu’ils expérimentent sur un mur. Le meilleur grimpeur allemand Michi Wohlleben ne jure que par la technique Isele. Elle améliore sa mobilité et lui permet d’intérioriser une multitude d’automatismes tout en sollicitant moins son corps. Résultat : Wohlleben a escaladé il y a quelques semaines la voie la plus difficile de sa carrière (difficulté 9a).

« La visualisation exige une parfaite harmonie entre le corps et l’esprit. » Klaus Isele, ostéopathe, physiothérapeute et coach d’escalade

physioandclimb.com

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MORITZ ATTENBERGER, ANNELIESE ISELE

VISUALISATION 2.0

LES DÉTAILS La précision, c’est l’alpha et l’oméga ! Prêter une grande ­attention à chaque détail, seule façon de bien mémoriser les gestes. Les mauvaises habitudes ont la vie dure.


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Faire.

gaming

structures 3D, précise-t-il. Plus polyvalent que les autres logiciels de visualisation moléculaire, il permet de se mouvoir autour des molécules comme le montrent mes tutoriels de biochimie accessibles sur le serveur Minecraft. »

UNE PIERRE À L’ÉDIFICE Si beaucoup y voient une version numérique du jeu de Lego, Minecraft n’en est pas moins un outil puissant capable d’améliorer notre réalité.

A FICHE ­E XPERT MARK LORCH FORMATEUR MINECRAFT Biochimiste, auteur et professeur en sciences de la communication à l’Université de Hull (­Angleterre), Mark Lorch utilise M ­ inecraft pendant ses cours afin de modéliser des molécules. Il a collaboré avec Microsoft pour ajouter un module de chimie au jeu, ­intitulé MolCraft.

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vec plus de 176 millions d’exemplaires achetés, Minecraft est le jeu le plus vendu au monde. Son graphisme pixelisé où l’on se déplace gauchement pour couper des arbres, construire des maisons et éliminer des zombies touchent à des instincts profonds de l’humain. À présent, Minecraft Earth, la version smartphone à réalité augmentée permet de s’approprier ce monde fait de blocs. Mais à vrai dire, il fait partie de notre réalité depuis un moment déjà. « En 2013, Google crée le mod qCraft qui permet d’illustrer de manière simplifiée la physique quantique à l’aide de blocs représentant la superposition et l’intrication quantique en fonction du point de vue du joueur. » Le potentiel est illimité selon Mark Lorch, expert Minecraft. minecraft.net/earth

CONSTRUIRE UN MONDE MEILLEUR La fondation Block by Block soutenue par l’ONU (blockbyblock.org) ­illustre bien la façon dont Minecraft met des projets complexes à la portée de tous. Dans le cadre d’ateliers, les résidents d’un quartier participent à la planification des espaces publics recréés dans Minecraft : des enfants éclairent le chemin menant à leur maison, des habitants du Kosovo créent leur premier skate park, etc. « Si vous conce-

vez une simulation Minecraft 3D accessible, les gens peuvent s’y plonger et collaborer, explique Lorch. Elle élimine la barrière des connaissances techniques et tous les risques potentiels. » JOUER AVEC L’INFINIMENT PETIT Biochimiste, Lorch a développé MolCraft à partir de Minecraft pour modéliser les molécules de protéines et d’ADN en 3D. « Minecraft a l’avantage d’être facilement modulable pour visualiser les

Les réalisations des joueurs sont visibles sur smartphone avec l’appli Minecraft Earth.

FORMER L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE « Microsoft utilise M ­ inecraft pour son projet Malmö, une plateforme d’expérimentation IA », explique Lorch. Concevoir un robot et le lâcher dans la nature pour finir au fond d’une étendue d’eau est un moyen coûteux d’entraîner son cerveau. Minecraft fournit une simulation adaptable clé en main où les objectifs de l’IA peuvent être définis. « L’Intelligence Artificielle apprend et reproduit nos actions en les observant. Au plus près de la réalité. » FABRIQUER DE VRAIS OBJETS Minecraft est un bac à sable polyvalent capable d’échapper au virtuel. « Minecraft peut exporter des objets dans le monde réel. Certains modes enregistrent vos constructions dans des formats compatibles avec l’imprimante 3D, poursuit Lorch. Un logiciel de CAO (Conception assistée par ordinateur, ndlr) permet aussi de transférer dans le jeu les ­objets conçus. »

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MATT RAY

PENSÉE CONSTRUCTIVE

MICROSOFT

Avec Minecraft Earth, les joueurs collaborent à des tâches via la RA.

CREUSER LE FOND Vous pensez maîtriser Minecraft après avoir construit votre première pyramide avec ascenseur ? Attendez de voir la carte topographique de la Grande-Bretagne réalisée par la British Geological Society. « La carte inclut toutes les strates du sol, précise Lorch. Vous pouvez creuser la couche arable jusqu’à atteindre toutes les strates disponibles. Les données d’études de haut niveau sont ainsi ouvertes à un plus large public. »


Voir.

FAITES LE PLEIN DE COURSES

Au menu ce mois-ci sur Red Bull TV, une course auto off-road dans le W ­ isconsin, du VTT héroïque dans les Appalaches et un rallye dans les vignobles a­ llemands. Chaud devant !

août/septembre

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Bryce Menzies : l’as du off-road et v­ étéran du circuit Crandon. er

septembre   LIVE 

COUPE DU MONDE À CRANDON

Le circuit International Off-Road Raceway, situé dans le Wisconsin, est l’un des plus réputés au monde, un graal dans les sports mécaniques. Dédié au hors-piste, il attire chaque année de plus en plus de fans de courses sur tracé court : plus de 40 000 spectateurs sont attendus sur cette édition. Sensations fortes garanties.

6 DANIEL SCHENKELBERG, JAANUS REE/RED BULL CONTENT POOL

au 8 septembre   LIVE 

UCI MTB WORLD CUP ­FINAL, SNOWSHOE (USA)

REGARDEZ RED BULL TV PARTOUT

Red Bull TV est une chaîne de télévision connectée : où que vous soyez dans le monde, vous pouvez avoir accès aux programmes, en d ­ irect ou en différé. Le plein de contenus originaux, forts et c­ réatifs. Vivez l’expérience sur redbull.tv

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Située dans les Appalaches, en Virginie-Occidentale, Snowshoe accueille pour la première fois la CM de VTT au moment où le championnat 2019 approche de son dénouement. Qui sera sur le podium ?

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au 25 août   LIVE 

RALLYE D’ALLEMAGNE

De l’action vous attend dans les ­vignobles proches de la Moselle. Premier rallye sur route de la saison, le Rallye d’Allemagne exige des réglages auto très différents. Ott Tänak et Martin Järveoja a­ lignerontils une troisième victoire consécutive ?

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Faire.

12 au 22 sept. Scopitone Festival

Le Marché d’Intérêt National ­accueille la 18e édition du ­festival nantais. Dix jours de festivités musicales et numériques avec expositions, performances, ­installations immersives, concerts et DJs sets. Un lieu ­emblématique que pourront ­découvrir les 60 000 festivaliers avant sa destruction ! Nantes ; stereolux.org

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et 15 septembre

Rendez-vous en terre bretonne pour l’un des événements les plus emblématiques du FMX et du BMX Dirt ! Les plus grands riders internationaux se réunissent à Briec pour présenter leurs dernières figures et offrir un show unique aux spectateurs. Parmi eux, le double médaillé des derniers X Games Tom Pagès (photo), ou encore l’Espagnol Dany Torres. Le public pourra à son tour s’essayer au BMX ou au mini-bike, et profiter de nombreuses animations sur site. Briec ; finistairshow.fr

23 86  



au 25 août Start to play Le festival des jeux vidéo et du ­esport revient à Strasbourg avec un programme copieux : gaming zone en accès libre, des zones ­rétrogaming et PC, des bornes d’arcades, un espace de réalité virtuelle, des tournois d’esport, et même un concert. Grâce à un tirage au sort très original, vous pourrez rejoindre Luffy, l’un des patrons de Street Fighter, dans l’espace VIP, pour un moment ­privilégié d’échange et de jeu. Strasbourg ; start-to-play.fr

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août au 1er sept. Braderie de Lille Lille devient, cette année encore, la capitale mondiale de la chasse aux bonnes affaires ! Près de deux millions de personnes envahiront durant 2 jours et 2 nuits les rues du centre-ville à la recherche de la perle rare, ou tout simplement pour déguster les fameuses moules-frites locales et s’imprégner de la chaleureuse ambiance lilloise. Rendez-vous le premier week-end de septembre. Lille ; braderie-de-lille.fr

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nov. au 20 déc. Oxmo Puccino Le rappeur franco-malien prépare son grand retour ! Après l’annonce de la sortie de son nouvel album La nuit du réveil, l’une des voix les plus singulières du rap français repart en tournée. À partir du mois de novembre, il sillonnera la France pour faire découvrir ses compositions à son public. Il y aura forcément une date près de chez vous et pour les Parisiens, ça se passera en décembre à La Cigale, les 8, 9 et 10. Partout en France ; oxmo.net

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JEAN-FRANCOIS MUGUET, REMY GOLINELLI, LITTLE SHAO/RED BULL CONTENT POOL, DAVID GALLARD

FINIST’AIR SHOW


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août- septembre

au 15 sept. L’expérience Hello Birds Le festival Hello Birds prolonge l’été, les pieds dans l’eau, sur la côte d’Émeraude à Saint-Malo. Monté par une bande de copains amoureux de la Bretagne et de la Normandie, Hello Birds propose un format inédit mêlant musique, balades sportives en pleine nature et expériences culinaires. Une invitation (gratuite) à découvrir le paysage côtier dans une ambiance festive. Saint-Malo ; hellobirdsfestival.fr

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août au 1er sept. Ultra-Trail du Mont-Blanc Ils seront près de 10 000 à s’élancer à l’assaut du massif du MontBlanc fin août. Une aventure qui emmènera l’élite mondiale et les coureurs passionnés sur les chemins français, italiens et suisses du ­célèbre massif. Cette course de 171 km mobilise aussi bien l’endurance que le sens de l’orientation puisqu’elle se déroule hors des sentiers battus. Attention à la préparation ! Mont-Blanc ; ­utmbmontblanc.com

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septembre Red Bull Dance Your Style La cité phocéenne se déhanchera sous l’impulsion des seize danseurs venus s’affronter pour la ­finale nationale du Red Bull Dance Your Style. Après une sélection en régions, les finalistes se retrouveront pour d’ultimes b ­ attles sur le rooftop R2 de Marseille. Sur des tubes intemporels, ils devront tenter, à l’aide de leurs meilleurs moves, de séduire le public, seul juge de la compétition. Marseille ; redbull.com

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GORE C7 SHAKEDRY

Les activités cardios comme le vélo rendent accro, c’est connu. Dès les premiers résultats, on en veut toujours plus et les o ­ bjectifs sont sans cesse revus à la hausse. Cette veste vous aidera à les atteindre par tous les temps. Très respirante et ne pesant que 85 g, sa membrane se passe de tissu ­extérieur, évite au corps de se refroidir et a l’avantage d’être aussi imperméable que le Téflon. 279,95 € ; gorewear.com

PRENEZ UNE VESTE Seconde peau légère et technique, veste confortable et robuste ou style urbain, anticipez le choix de votre prochaine veste. Texte SHANNON DAVIS


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L É G E R

TOPO DESIGNS ULTRALIGHT

On assure bien sa voiture, sa baraque et sa santé alors pourquoi pas sa prochaine course, randonnée ou escalade ? La veste UL de TOPO est l’une des polices d’assurance les moins chères du marché. Elle vous assurera contre le vent et la pluie. ­Design ingénieux, épuré et élégant, elle tient dans une poche de poitrine ; se range facilement ou se fixe à un harnais d’escalade. 80 € ; topodesigns.com

VARCTERYX INCENDO SL

Véritable tour de force, l’Incendo atteint, pliée, la taille de deux sachets de gel énergétique et est si légère qu’on peut y voir à travers. Très innovante, elle semble faite pour courir sur Mars. Mais on la recommande aussi sur Terre. Le tissu ripstop au niveau du torse et des bras protège du vent et des intempéries tandis qu’une couche respirante au dos et sous les aisselles régule la température. Le tout pour moins de 80 g. 120 € ; arcteryx.com THE RED BULLETIN 

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É TA N C H E

Cette veste vous protège lorsque pluie et vent viennent corser les dernières bornes de la course.

OUTDOOR RESEARCH ­REFUGE AIR HOODED

Encore un bon déjeuner au soleil ? Ne vous faites pas d’illusions : l’hiver approche. La Refuge Air est une veste de demi-saison idéale. Isolante et poids plume, elle s’adapte à la température de votre corps grâce à son traitement “Active-temp” qui modifie la surface de la doublure en fonction de la température du corps. Plus elle est élevée, plus le tissage se dilate pour augmenter la ventilation. 203 € ; outdoorresearch.com

STIO SECOND LIGHT

En haute montagne, la météo peut vite se dégrader. Et sur la chaîne Teton dans les Rocheuses, lieu d’origine de Stio, le vent sur les crêtes n’est pas une éventualité mais une certitude. Cette veste est pensée pour les coureurs à pied, les grimpeurs et les skieurs. Elle tient dans un mouchoir de poche (114 g) et fournit, si besoin est, la couche supplémentaire pour aller au bout. Sobre, elle peut aussi se porter en ville. 105 € ; stio.com

FJÄLLRÄVEN HIGH COAST SHADE

Cette veste en polyester recyclé et coton biologique convient aux randonnées durant les saisons et dans les régions où le soleil tape plus fort qu’on ne le souhaite. La veste que tous les concurrents de l’émission Retour à l’instinct ­primaire auraient aimé avoir. Et pour plus d’imperméabilisation, Fjällräven propose un ­mélange de paraffine et de cire d’abeille à e­ nduire sur la veste. 185 € ; fjallraven.com   89


COLUMBIA OUTDRY EX ALTA PEAK

Une veste pour les milieux froids et ­humides. La couche extérieure Outdry est imperméable, résistante et respirante, et la couche intérieure évacue l’humidité. Les coutures sont étanches et son pouvoir gonflant est de 700. Si vous prenez de l’altitude cet hiver, vous ne l’enlèverez jamais. 280 € ; columbia.com


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C H AU D

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C O N F O R TA B L E

Cette veste est l’une des plus chaudes sur le marché. SITKA GRINDSTONE  

SMARTWOOL SMARTLOFT 60

Sitka naît au cœur du Montana après que deux amis, partis chasser sans ­vêtements adaptés, ont été victimes d’une hypothermie. Depuis, ­l’entreprise de textiles pour la chasse connaît une forte croissance aux États-Unis. Grindstone ne se limite pas à un usage pour la chasse ou ­l’alpinisme ; très résistante, elle inclut outre une couche coupe-vent Goretex, une isolation ­Primaloft Silver. De quoi traverser plusieurs ­saisons en montagne. 250 € ; sitkagear.com

Sa laine tient chaud, même mouillée, et ses ­propriétés naturelles repoussent les odeurs. Le filage fin moderne la rend aussi douce qu’une plume. La doublure et le d ­ uvet sont en laine (dont 50 % en laine recyclée), et le ­revêtement en nylon bloque le vent et des intempéries. Bref, cette veste est un bijou, et votre meilleure amie pour les randonnées automnales. 195 € ; smartwool.com

BLACKYAK NIATA Si vous rêvez de haute montagne, vous savez que le froid, le vent, le soleil et le manque d’oxygène y rendent la vie difficile. La doudoune Niata ne protège pas de l’hypoxie, mais elle améliore votre confort grâce à sa coupe bien ajustée, ses inserts extensibles au dos et sa capuche élastique qui s’ajuste d’elle-même et vous évite toute prise de tête avec les cordons de serrage. C’est la meilleure sur le marché en ce moment. À partir de 190 € ; blackyak.com

BIG AGNES CHILTON/TIAGO

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En anglais, l’acronyme KISS signifie “Keep it Simple, Stupid” et nous le trouvons adapté concernant la conception de ces vêtements. Cette veste bouffante, remplie d’un hydrofuge à 700, ne paie pas de mine, mais sort du lot grâce à son design destiné aux athlètes de montagne. Sa coupe plus longue et ample améliore le confort, et les astucieux trous de pouce gardent les mains et les articulations au chaud. Le tout pour un poids de moins de 370 g. 160 € ; bigagnes.com

DYNAFIT FT INSULATION

Son rapport chaleur/légèreté en fait la veste la plus chaude qui existe. On le doit à l’utilisation du Primaloft Gold (isolant synthétique à base de matières recyclées) tissé avec de l’Aerogel, un isolant puissant développé à l’origine par la NASA pour l’espace et composé à 95% d’air, ce qui en fait le plus léger des matériaux solides. Cette barrière thermique bloque la chaleur et le froid pour une taille minimaliste. 290 € ; dynafit.com   91


BLACK DIAMOND BOUNDARY LINE MAPPED

Dotée d’une « thermorégulation intelligente », la Boundary Line possède une membrane intérieure en laine Lavalan (laine ouatée très fine destinée à la thermorégulation). Elle est adaptée au ski alpin, de randonnée ou de fond et aux remontées mécaniques par jours de grand froid. Sa capuche imperméable et respirante BD Dry Shell compatible avec le casque de ski complètent le tout. Poids : 992 g, pas léger mais robuste. 354 €; blackdiamondequipment.com


GU I D E

FAC E

AU X

É L É M E N T S

MARMOT ROM

THE NORTH FACE FUTURELIGHT FLIGHT

En montagne, le vent est souvent plus violent que la pluie et si les précipitations peuvent l’être aussi, elles restent plus prévisibles et plus brèves, contrairement au vent incessant et glaçant. La Marmot ROM vous aidera à triompher des ­éléments et des sommets que vous gravirez. Ce coupe-vent en tissus Gore Windstopper et softshell, plus respirant dans les zones à haute température, n’est pas totalement imperméable mais ­résiste aux pluies modérées. 190 € ; marmot.com

Inventé en 1969, le Goretex a révolutionné ­l’équipement outdoor. Depuis son invention, c’est la course au meilleur tissu respirant et ­imperméable, car elle garde les aventuriers au sec en limitant la transpiration. The North Face lance une nouvelle charge avec son Futurelight, un polyuréthane nanofilé qui, selon les tests en labo, est deux fois plus respirant que son meilleur concurrent. 330 € ; thenorthface.com

Cette veste technique est adaptée à de nombreuses situations.

PATAGONIA ASCENSIONIST

Dès cet automne, Patagonia fabriquera toutes ses tissus avec des matériaux recyclés dans des usines certifiées équitables. L’objectif est la réduction de l’empreinte carbone et le respect des employés. 62 produits sont concernés. La star du lot est la nouvelle Descensionist, une veste de 370 g ultra-respirante et étanche, à trois couches Goretex Active. Elle est étonnamment douce et parfaite pour se déplacer agilement en montagne. 480 € ; patagonia.com THE RED BULLETIN 

FILSON NEOSHELL RELIANCE

Envie d’Alaska, de randonnée, de pêche, de chasse, de spéléologie, de rafting ou d’une méga expédition ? Cette armure imperméable et ­respirante triple couches est ce qu’il vous faut. Une sensation d’invincibilité agrémentée d’un stretch dans les quatre sens et sa doublure ­intérieure d ­ uveteuse boostent la chaleur et le confort. Une veste technique tout terrain. 495 € ; filson.com   93


CANADA GOOSE NOMAD/NOMAD HYBRIDGE SYSTEM

Rares sont les marques qui parviennent à ­séduire deux clientèles si antagonistes : ­Canada Goose est aussi populaire auprès des chercheurs du pôle Sud que de la jeunesse ­dorée urbaine. Et pour cause : ses créations tiennent leurs promesses de durabilité et de confort. Imperméable, respirante, et ­résolument é­ légante, elle est proposée pour elle et lui. 725 € ; canadagoose.com

Imperméable et respirante, elle est proposée pour elle et lui.


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L ’ É L É GA N C E

PONCHO PRANA COZY UP

Composé de chanvre, de polyester recyclé et de fibre Lyocell (dérivée de la pulpe de bois), ce poncho n’est clairement pas prévu pour un trail ou l’Everest, ni même pour une balade par temps humide. En revanche, sous des latitudes plus clémentes, en mode chill sous un patio, il fera parfaitement l’affaire. Car ici, il est avant tout question de détente. 88 € ; prana.com

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SALEWA FANES SARNER LIGHT

Les vrais montagnards préfèrent souvent les ­vêtements au style noble et intemporel. Un simple chandail de laine évoquera pour eux les équipées vers les sommets, avec leurs lots de récits. La laine polaire Fanes ­Sarner Light revisite ce classique. Fabriquée en Italie, cette polaire est idéale pour le farniente comme pour un apéro dans la fraîcheur alpine qui rappelle que la vie a encore ­beaucoup à offrir. 230 € ; salewa.com

P R I M E

NORRONA OSLO La ligne Oslo de cette marque norvégienne est aussi discrète que sophistiquée, avec un profil technique adapté aux longues virées sous un ­climat rigoureux. Elle se décline pour tous les goûts : des trenchs imperméables aux manteaux amples, mais notre préféré (malgré son nom) est cette « shacket », une veste-chemise. Sa doublure extérieure en Pertex soyeux résiste aux intempéries, et le Primaloft assure l’isolation. 199 € ; norrona.com

GOLDWIN N-3B

Connue des initiés, cette marque japonaise cultive pourtant une riche tradition pour le ski. Fournisseur de l’équipe nationale ­suédoise à la fin des années 1980, Goldwin est encore aujourd’hui une marque technique au style fun et original. La N-3b utilise le ­duvet Kodenshi (utilisé uniquement par ­Goldwin et The North Face Purple Label), un mélange de duvet et de viscose plus performant pour la rétention de la chaleur corporelle. 797 € ; usshop.goldwin-sports.com

TNF 1995 RETRO DENALI

Ceux qui ont connu les années 90 en avaient une à la fac et se souviennent de la photo d’Alex Lowe la portant sur un pic himalayen. Pour les plus jeunes, c’est une découverte. Quoi qu’il en soit, la polaire la plus célèbre du monde est rééditée en style rétro, un hommage aux alpinistes d’alors, comme Todd Skinner et Paul Piana effectuant leur première ascension en libre du Salathé Wall à Yosemite par exemple. Respect ! 176 € ; thenorthface.com THE RED BULLETIN 

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MENTIONS LÉGALES Rédacteur en chef Alexander Macheck Rédacteurs en chef adjoints Andreas Rottenschlager Directeur créatif Erik Turek Directeurs artistiques Kasimir Reimann (DC adjoint), Miles English, Tara Thompson Directeur photos Fritz Schuster Directeurs photos adjoints Marion Batty, Rudi Übelhör Responsable de la production Marion Lukas-Wildmann Managing Editor Ulrich Corazza

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Maquette Marion Bernert-Thomann, Martina de Carvalho-Hutter, Kevin Goll, Carita Najewitz Booking photos Susie Forman, Ellen Haas, Eva Kerschbaum, Tahira Mirza Directeur commercial & Publishing Management Stefan Ebner Publishing Management Sara Varming (Dir.), Ivona Glibusic, Bernhard Schmied, Melissa Stutz, Mia Wienerberger Marketing B2B & Communication Katrin Sigl (Dir.), Agnes Hager, Teresa Kronreif Directeur créatif global Markus Kietreiber Co- Publishing Elisabeth Staber, Susanne Degn-Pfleger (Dir.), Mathias Blaha, Vanessa Elwitschger, Raffael Fritz, Marlene Hinterleitner, Valentina Pierer, ­Mariella Reithoffer, Verena Schörkhuber, Julia Zmek, Edith Zöchling-Marchart Maquette commerciale Peter Knehtl (Dir.), Sasha Bunch, Simone Fischer, Martina Maier, Florian Solly Emplacements publicitaires Manuela Brandstätter, Monika Spitaler

The Red ­Bulletin est ­actuellement distribué dans sept pays. Vous voyez ici la couverture de l'édition anglaise, dédiée aux ­talents du Red Bull ­Music Festival. Le plein d’histoires hors du commun sur redbulletin.com

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THE RED BULLETIN France, ISSN 2225-4722 Country Editor Pierre-Henri Camy Country Coordinator Christine Vitel Country Project M ­ anagement Alessandra Ballabeni, alessandra.ballabeni@redbull.com Contributions, traductions, révision Lucie Donzé, Frédéric & Susanne ­Fortas, Suzanne K ­ říženecký, Claire S ­ chieffer, Jean-Pascal Vachon, Gwendolyn de Vries Abonnements Prix : 18 €, 12 numéros/an getredbulletin.com Siège de la rédaction 29 rue Cardinet, 75017 Paris +33 (0)1 40 13 57 00 Impression Prinovis Ltd. & Co. KG, 90471 Nuremberg Publicité PROFIL 134 bis rue du Point du jour 92100 Boulogne +33 (0)1 46 94 84 24 Thierry Rémond, tremond@profil-1830.com Elisabeth Sirand-Girouard, egirouard@profil-1830.com Edouard Fourès efoures@profil-1830.com

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Pour finir en beauté

Le 30 juin, sur la darse de Confluence, 15 000 spectateurs ont bravé la canicule (40 °C) pour l’incroyable Red Bull Jour d’Envol. Comme la Ch’tite Équipe (photo), c’est depuis une plateforme de 6 mètres de haut que se sont élancés les 36 engins « volants » (aubergine, bobsleigh rasta, ring de MMA...) pour planer le plus loiiin possible.

Le prochain THE RED BULLETIN n° 92 disponible dès le 19 sept. 2019 98  



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