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la cellule d’habitation

Un héritage standardisé pour une population diversifiée

Joseph QUEMARD - Mémoire de Master sous la direction de Marion FAUNIERES Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Bretagne ENSAB - Rennes / Février 2015


Remerciements Ce mémoire terminé, je veux remercier tout ceux qui m’ont aidé dans sa conception et réalisation. En premier lieu, je tiens à remercier mon directeur de mémoire, Marion Faunières, qui m’a accompagné tout au long du travail de recherche et de rédaction, en me guidant et conseillant sur les pistes à suivre afin d’être le plus complet possible. Je remercie aussi mes parents, mes proches, et mes amis qui ont eu le courage et la générosité de donner de leur temps pour participer à la réalisation de ce mémoire, que ce soit lors de la réflexion, des discussions, ou de la relecture. Enfin je remercie l’Atelier d’Architecture Yves Marie Maurer, et en particulier Angélique Gilbert, qui m’a beaucoup apporté en documents, connaissances et informations utiles à la réalisation de ce mémoire sur le logement.

Merci à toutes et à tous.

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Sommaire Introduction - Les signes révélateurs d’un mal ëtre inconscient

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Partie 01 - La reconstruction comme point d’origine

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La réflexion des grands ensembles

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L’architecture dite «Statistique»

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L’apparition de l’habitat Standard

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Conclusion : L’après guerre ou le choc de la modernisation

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Partie 02 - évolutions sociologiques, normatives et surfaciques

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Les évolutions de la société amènent des questionnements nouveaux

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De l’Architecture Statistique à l’Architecture Réglementaire : La Normalisation

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Conclusion : une évolution de la cellule en marge de la population

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Partie 03 - Réinterroger la cellule d’habitation

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Quelles évolutions pour les dispositifs qui forment la cellule ?

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Composer la cellule d’habitation, principes de partitionnement

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Flexibilité de la cellule d’habitation pour s’adapter aux habitants

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Conclusion - Une évolution dans l’air du temps et avec lui

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Annexes

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Bibliographie

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Introduction - Les signes révélateurs d’un mal être inconscient

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« Il est intéressant de noter que la maison du futur est toujours présentée dans les revues comme un logement où l’évolution technique est première alors qu’à entendre les habitants, le principal est que l’organisation de nos lieux de vie soit adaptée aux réalités de notre vie quotidienne ». 1 Malheureusement le confort et les usages des futurs habitants sont très peu considérés dans la conception des cellules d’habitations du logement collectif, et cela même si selon l’INSEE 2, 98,6% des logements bénéficient du confort. Cette statistique peut s’expliquer par la définition que l’Institut s’en fait puisqu’un «logement est considéré comme confortable s’il dispose des équipements sanitaires de base et si, selon le ménage occupant, il ne comporte aucun défaut. Le logement est de confort moyen s’il compte un ou deux défauts et de confort insuffisant s’il liste trois défauts ou plus ». Cependant, ces chiffres de 2010 n’ont connu aucune évolution puisqu’ils étaient déjà présents en 2005. En effet 64,1% des ménages considèrent leur résidence principale comme confortable, 33,4% comme moyennement confortable et 2,4% avec un confort insuffisant, [ des raisons le plus souvent mises en avant qui restent la difficulté de bien chauffer ou le coût que cela représente (problème d’isolation), l’humidité, le bruit, le manque de lumière (9,1% des habitants trouvent leur logement trop sombre) ]. On observe des chiffres différents selon le statut des habitants. En effet ¾ des propriétaires accédants jugent leur logement confortable contre un locataire du privé sur deux, et seulement un ménage modeste sur deux juge son habitation confortable contre trois ménages aisés sur quatre. Le logement social qant à lui, permet aux ménages modestes d’accéder à un habitat plus confortable. En effet, 60% des ménages ayant les revenus les plus faibles résident dans un logement du parc social qualifié de confortable, contre 47% de ceux qui résident dans le parc privé.

1 – Monique Eleb Entre confort, désir et normes : le logement contemporain (1995 – 2010) Rapport Août 2012 page 4 2 - une enquête de 2010 sur le confort des logements

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Les

signes révélateurs d’un mal être inconscient

Introduction

D’autres études se sont intéressées à ce qui rendait un logement confortable pour les habitants. Les réponses varient. Si la première conforte l’idée qu’un logement confortable est un logement bien équipé, (effet pervers semble-t-il de l’arrivée il y a quelques années des équipements de cuisine ou de salle de bain qui ont pris une part importante dans la notion de confort), d’autres attachent plus d’importance la notion de sécurité du logement. Enfin pour d’autres, l’ambiance chaleureuse qui y est générée est la première des choses. On doit s’y sentir bien. Le logement doit être un lieu de convivialité, de détente, et de repos, le lieu refuge de l’intimité de la famille. Un cocon. En effet, les organisations spatiales doivent donner du substrat matériel aux pratiques quotidiennes qui s’inscrivent dans une culture en évolution et qui contribuent à la stabiliser. Elles affirment ainsi un confort et un bien-être. Hélas la manière de faire le logement a bien du mal à évoluer, tout comme la surface stagnante des appartements, qui reste bloquée à 65m² en moyenne depuis 25ans, et qui a même diminuée dans les grandes villes dans le cadre de la production privée, et cela malgré la réglementation d’accessibilité PMR de 2007, consommatrice d’espace. 3 « Une stratification des normes du logement qui s’imposent à l’architecte et finissent par produire un logement qui en est directement issu, donc un « logement réglementaire », adapté à on ne sait plus quel mode de vie, ligoté par des injonctions liées le plus souvent à des questions financières et constructives. Ainsi les frères Goldstein remarquent : « Dès qu’un logement dépasse 2,50m de hauteur sous plafond on commence à respirer […] Que veut-on que les architectes imaginent avec une surface totale de 60m² pour un F3, le coin jour, le coin nuit, le label Qualitel, le règlement pour handicapés, etc » » 4 Alors on arrive à une pauvre diversité d’offres proposées par la maîtrise d’ouvrage qui provoque une attente inconsciente de la population bloquée dans une idée unique du logement. Ces offres qui s’attachent à des règles de conception spatiale encore trop largement inspirées d’une réflexion vieille de plus de cinquante ans, est ponctuée par des opérations plus modernes, qui servent l’image de la maîtrise d’ouvrage, privée, qui les finance. Cependant, s’il faut s’appliquer à modifier les préceptes de la fabrication du logement collectif en s’attachant aux évolutions sociologiques de la population, sans retomber toutefois dans les travers statistiques et techniques de l’après guerre qui ont conçus la cellule type d’habitation familiale. « Critiquer la standardisation du logement et montrer la nécessité à toutes positions et situations possibles, [ … ], c’est affirmer autant

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3 – Deuxième partie «Les évolutions sociologiques, normatives et surfaciques» page 4 4– Monique Eleb Entre confort, désir et normes : le logement contemporain (1995 – 2010) Rapport Août 2012 page 105


la tolérance vis à vis des diverses façons de vivre que l’incapacité de l’époque à prendre position sur les évolutions ». 5 C’est donc ici que s’inscrit la problématique de ce mémoire, à travers la compréhension des éléments qui ont poussés à la standardisation de la cellule du logement collectif, (pensée constructive d’après guerre, réglementation technique des dernières années), et l’observation de certaines opérations de logements plus ou moins récentes, qui prouvent le mal être ambiant. Car si l’époque est au consensuel, à la négociation, à la production moyenne, acceptable, réglementaire, nous verrons aussi que quelques architectes et maîtres d’ouvrages s’évertuent à sortir de ce carcan pour proposer des dispositifs nouveaux ou rénovés, qui essayent de s’écrire un avenir dans l’histoire du logement collectif.

Alors comment la cellule d’habitation répond-t-elle a un besoin de flexibilité induit par les modes de vie contemporains, malgré sa standardisation appliquée depuis la deuxième moitié du XXe siècle ?

5 - Penser l’Habité le logement en question PAN 14, Monique Eleb-Vidal, Anne-Marie Chatelet, Thierry Mandoul, deuxième édition, édition Pierre Mardaga éditeur, Juin 1988 page 51

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Partie 01 - La reconstruction comme point d’origine

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Le logement contemporain trouve ses origines après la Seconde Guerre Mondiale. Certaines façons, manières, envies de concevoir la cellule de logement ont été insufflées à cette époque par la nécessité de construire et le besoin de revivre. Cette première partie relatera donc un constat d’époque, prenant en compte l’idéologie, les acteurs et leurs manières de venir palier cette crise du logement et l’engrenage qui s’ensuivra lors des « 30 Glorieuses  », afin d’assimiler les bases de la cellule de logement en France.

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La réflexion des grands ensembles La

période de l’entre-deux-guerres, stagnation du collectif et nouvelles

pensées sociales

Pour bien comprendre l’évolution du logement sur le dernier siècle et les évolutions qu’il a connu, il est nécessaire de remonter lors de la période de l’entre-deux-guerres, période soumise à une réflexion sur le social, due à la Première Guerre Mondiale et les stigmates qu’elle laisse. La reconstruction physique et psychologique va permettre de soulever de nouvelles réflexions, et c’est sous la bannière de « l’État providence », qu’est née la volonté d’abolir toutes les frontières intérieures entre les régions et surtout entre les classes sociales. C’est une prise de conscience de l’individu qui s’est accompagnée des premières bourses et indemnités aux combattants de la guerre, belle évolution marquée toutefois par des abus et des détournements de fonds, et par le non accompagnement des sinistrés, seulement réconfortés par leur prime indemnisation. Mais si l’effort est gangrené par quelques dérapages, l’évolution du mode de pensée est bien présent et a pour effet d’amener à de nouveaux principes, dont celui du logement pour tous. Une volonté qui s’accompagne cependant d’un fort refus du collectif entre 1919 et 1928. Ce mode d’habiter, pauvre en diversité, se résume seulement alors par l’habitat haussmannien en France. Petite parenthèse sur le logement haussmannien puisqu’il s’avère être une manière de concevoir le logement pour le moins novateur à l’époque. Il est intéressant de noter qu’avant le XIXe siècle et le logement haussmannien, le logement « collectif » ne connaît pas la notion d’appartement comme nous le connaissons aujourd’hui. Les logements sont souvent sur tout un étage, suite de pièces donnant l’une sur l’autre à la surface identique et aux usages indéfinis, le tout avec peu de vues sur la rue, cela s’expliquant par l’étroitesse et la profondeur des parcelles sur lesquelles étaient construits les immeubles. Inspiré des appartements aristocratiques du 18ème siècle, le logement haussmannien a profondément modifié cette façon de concevoir le logement. Le plan intérieur développe une enfilade de pièces nobles (salon, salle à manger,

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La

reconstruction comme point d’origine Partie 01

chambre principale) donnent sur la rue, tandis que les pièces de services (cuisines et salles d’eau) viennent donner sur la cour intérieure. Et, changement majeur dans l’agencement, un couloir en cœur d’appartement qui permet de distribuer les différentes pièces, installant ainsi une relative intimité à chacune. Mais malgré cet élan hygiéniste, seul l’habitat bon marché (HBM) des années 30, construit pour les classes moyennes, a marqué une relative évolution du logement collectif, et cela même s’il reste une pâle adaptation du logement bourgeois. Fin de parenthèse qui montre que L’entre-deux-guerre n’a pas été propice au développement du collectif, les solutions du logement s’axant plus sur les lotissements et les cités-jardins. Seule l’année 1929, et sa crise boursière, a eu une influence sur le marché de la construction du logement de l’après Seconde Guerre mondiale, sujet relaté plus tard dans ce mémoire.

Seconde Guerre

mondiale : la situation d’urgence appelle une solution

radicale

C’est la fin de la Seconde Guerre. Le contexte est absurde, poussé à son paroxysme avec la découverte des camps de concentration. Le climat qui règne est paradoxal et soulève un besoin de structures fortes, poussé par une situation d’autant plus chaotique car la joie de la Libération laisse vite place à un besoin réel de reconstruction. Les bombardements alliés ont laissé des villes détruites et par conséquent des milliers de sans-abris à quoi s’ajoute une forte reprise démographique. Une véritable crise de logement s’abat sur tout le pays. Les baraques américaines et les taudis fleurissent à l’entrée des villes. L’après-guerre, c’est la guerre au taudis. Il faut donc choisir entre la fabrication bâclée made in USA, une fabrication plus traditionnelle du logement ou encore une troisième voie qui propose de construire des structures lourdes capables de palier aux situations d’urgences, (des structures voulues définitives autour d’un provisoire destiné lui à être modifié).

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Plusieurs solutions sont envisagées, comme de venir retravailler l’espace pavillonnaire, (solution non réalisée par peur de replonger dans les scandales des années 30 qui pointaient du doigt l’éloignement des réseaux de transports et des services, ainsi que les abus sur les terrains vendus qui devenaient invivables en hiver), voire de venir reformuler l’urbanisme et l’architecture des centres anciens.. Mais toutes se retrouveront à travers une proposition qui se veut issue de l’idéologie


des CIAM (Congrès International d’Architecture Moderne) et de leur charte d’Athènes 6 publiée en 1941 sous le titre de la « ville fonctionnelle », dans un cadre de réflexions sur l’évolution des villes, et qui impliquait le désir d’implants nouveaux. Cependant, l’urgence de la situation et une industrialisation très présente ont eu raison de cette pensée, en l’utilisant dans son minimal requis. Ainsi naît le HARD FRENCH, gigantesque simplification, un produit passe partout, capable de régénérer aussi bien les centres anciens que les banlieues ou la campagne, il représente la panacée de la reconstruction française, l’initiateur des grands ensembles. Ce sera le modèle de la reconstruction française qui sera exporté sans se soucier de trouver des qualités dans d’autres modèles de construction étrangers, et « bien que systématiquement impliqués par le problème du logement, peu de gouvernements, même inspirés par la France, iront aussi loin dans leurs directifs avec l’économie privée de la construction » 7. Un système qui cultivera un chauvinisme à peine camouflé, avec un outil de fabrication comme étendard : le béton.

Les mesures précurseuses des grands ensembles Suite au chaos engendré par la Seconde Guerre mondiale, un ministère, le MRU ou le Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme, a été mis en place en fin d’année 1944, juste après la Libération, avec l’objectif de pallier cette situation d’urgence. Fortement appliqué dans le renouveau français, il va, suite à plusieurs mesures, amener à la démocratisation des grands ensembles et leur apogée. Une des premières mesures du MRU, et cela dès la sortie de guerre, a été de venir créer les ISAI (Immeuble Sans Affectation Immédiates). Ces immeubles s’inscrivent dans un premier refus de l’affectation individuelle, puisqu’ils regroupent les sinistrés en associations syndicales de futurs copropriétaires. Ils deviennent le germe d’une première copropriété égalitaire qui annonce un renouveau de la distribution du logement mais surtout les prémices de celui d’aujourd’hui à travers le futur locatif à bas prix. Ces opérations seront très présentes au début de la reconstruction, comme par exemple au Havre, où le ministre de la reconstruction, François Billoux, dégagera des crédits d’Etat pour financer la construction de 560 de ces logements dès 1946. 6 – Cette charte est le résultat du IVème Congrès International d’Architecture Moderne, tenu lors d’un voyage maritime entre Marseille et Athènes en 1933. Publiée en 1941, elle révèle une réflexion qui a aboutie sur l’urbanisme et l’évolution de la ville. Elle comportera 95 points différents qui traiteront en autres des tours d’habitations, des moyens de transport, de la préservation des quartiers historiques et de certains bâtiments, à travers un sloggan de ce mode de penser : « habiter, travailler, cultiver son corps et son esprit, circuler ». 7 - Bruno Vayssière in Reconstruction – Déconstruction, aux éditions Villes et Sociétés, 1988, page 63

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La

reconstruction comme point d’origine Partie 01

Notons que ces ISAI ont été les initiateurs de la Tour Perret à Amiens, et même la première Cité Radieuse de Marseille de Le Corbusier achevée en 1952, marquant son temps par l’hybridation de programmes qu’elle possède et surtout la nouvelle pensée de conception de la cellule d’appartement engendrée par le « Modulor » 8 et l’agencement novateur. Le Corbusier s’est servi de deux séries de Section d’or, la série bleue basée sur la hauteur d’un homme debout, la bras levé : 2,26 m et la série rouge basée sur la hauteur de l’homme mesurée au sommet de la tête : 1,83 m. Il est une représentation étalonnée de la règle du « module or « établie dans son livre manifeste de 1950. C’est à cette période de recherche sur le logement, vers 1950, que vont voir le jour les nouveaux HLM, les immeubles d’Habitation à Loyer Modéré, qui sont venus assister la création d’une double classe de locataires, ceux à très faibles revenus et ceux aux revenus plus élevés, ce qui aurait dû permettre de ne pas orienter à sens unique le marché du logement social. Cependant l’année 1954, qui a vu l’Appel de l’Abbé Pierre, a révélé la faiblesse des premiers HLM, et l’impossibilité pour les travailleurs pauvres de se loger aux conditions de loyers de rentabilité des HLM créés seulement quatre années plus tôt. Enfin, le MRU va développer des concours afin de proposer des solutions pour des villes durement touchées par la guerre. Ainsi, entre janvier 1952 et mars 1953, Strasbourg verra surgir de son sol le premier grand ensemble : La cité Rotterdam. Issue d’un concours lancé par le MRU dans le cadre d’un programme de 1 000 logements, cette cité n’en comptera que 800, et s’implantera en bordure d’un grand parc, près du quartier des Quinze, avec onze immeubles de tailles et de hauteurs différentes, (le plus haut comportant treize étages, contre deux ou quatre pour les plus petits). C’est l’architecte Eugène Beaudouin qui en fut l’initiateur, avec une pensée architecturale nouvelle en matière de répartition des habitants, puisque les logements pour célibataires étaient situés dans les immeubles les plus hauts, les étages inférieurs laissés aux familles qui bénéficiaient d’une plus grande superficie. Néanmoins, la volonté de l’architecte a été que chacun de ces logements, qu’ils soient familiaux ou pour célibataires, puissent être « distribués autour d’espaces libres, regardant le jardin et faisant face au soleil ». Quoi qu’il en soit, cette opération novatrice pour l’époque en termes de réflexion

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8 - Le Modulor est une création de Le Corbusier qui voit le jour en 1945. Cet outil lui a permis de concevoir l’architecture et les espaces pour avoir un confort maximal dans les relations entre l’homme et son espace vital. Sa réflexion sur le comportement de l’homme, sur l’équilibre des volumes, de leurs dimensions et proportions l’amène à établir une grille de mesures harmoniques s’appuyant sur le «Nombre d’Or», qu’il va construire et représenter sur la silhouette d’un homme debout, levant un bras.


Premiers immeubles ISAI, Immeubles de Graville, Le Havre, initiés par François Billoux en 1946 Photo H.Gillet

La Tour Perret, Amiens, 1959 Auguste Perret. Photo D.R

Photo de La Cité Radieuse de Marseille, achévée en 1953 et conçue par Le Corbusier à l’aide de son Modulor qu’il exploitera pour la première fois à Marseille. Photo D.R

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reconstruction comme point d’origine Partie 01

Plan de situation Source : CUS - SIG 2004

Maquette photographiée par Eugène Beaudouin Source : Cahiers du Centre Scientifique et technique du Bâtiment, 1951

La pelouse de la cour Albert 1er Photo : Thalès Architecture, 2004

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La cité Rotterdam à Strasbourg (67), premier des Grands Ensembles, nouveau modèle de construction. Eugène Beaudouin architecte, 1953


architecturale, deviendra le modèle le plus reprduit en ce qui concerne la période des grands ensembles français. « L’architecture de l’homme nouveau se présuppose de hiérarchie ou de parasitage spatiaux […] Le mécanisme de planification à l’origine du Hard French a voulu réaliser le rêve démiurgique d’une architecture sans classe ». 9

9 - Bruno Vayssière in Reconstruction – déconstruction, aux éditions Villes et Sociétés, 1988 page 196

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L’Architecture dite «Statistique» Définition Apposer le mot statistique à l’architecture soulève déjà une question. Comment l’art qu’est l’architecture peut il être calibré de façon statistique ? Pourtant, le Hard French va la théoriser, la métrer, et lui agrafer des axiomes architecturaux tenaces et encore visibles de nos jours. A la recherche d’une solution efficace et rapide, la réflexion de l’époque a été à l’essentielle, que ce soit en terme d’usage, d’architecture... Et d’homme. « Chaque Français qu’il soit sinistré, ou plus simplement, demandeur d’un nouveau logement, n’est pas à considérer comme un individu mais comme un segment de population apte à être additionné avec d’autres. Puisque, pour tout bon comptable, des unités différentes ne peuvent appartenir au même ordre majeur, il convient d’optimiser le plus petit commun multiple. Ce sera la « cellule » concrétisée en bloc de base, à l’image des parpaings de ciment dont elle deviendra parfaitement homothétique : on rêvera de préfabriquer en trois dimensions de gigantesques parpaings creux grands comme des pièces d’habitation... Ce sera le parachèvement de ce mode de pensée ». 10 En effet, c’est après la guerre que la maison individuelle se trouve réduite à une cellule normée. Très vite le deuxième niveau va être supprimé. La cave, les greniers et autres parties de la maison qui pouvaient accueillir les mêtres carrés superflus vont être supprimés au détriment d’une logique rationnelle, au service d’une fiscalité avantageuse, puisque très loin d’une réflexion Corbuséenne à travers un Modulor qui conférait un espace minima mais cependant adéquat à une bonne assimilation spatiale par le corps, et par conséquent, L’homme. La maison se retrouve ici en plan unique, avec des pignons aveugles, participant à la logique d’assemblage. Le collectif horizontal est né, et avec lui la gamme d’habitation, à l’image des maisons Phénix.

10 - Bruno Vayssière in Reconstruction – déconstruction, aux éditions Villes et Sociétés, 1988 page 130

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La

reconstruction comme point d’origine Partie 01

Assemblage en immeubles collctifs de maisons Phénix pour les castrs (900 logements éxécutés), lauréat du concours MRU, 1950,1275 heures de travail par maison à Tours, murs en dalles de béton agrafées sur des IPN de 80 et doublés de carreaux de plâtre sur rubéroid. Source : Reconstruction – déconstruction, aux éditions Villes et Sociétés, pages 180-181, 1988

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F3 et F5 à Panti-Bobigny, route d’Aubervilliers, Heaume et Persitz architecte.Programme quiquenal de 5 000 logements OCIL, 1956, .A voir la longueur de la trame variable selon la longueur du bâtiment) Source : Reconstruction – déconstruction, aux éditions Villes et Sociétés, page 194, 1988


Ces « grands pans latéraux lissés sont présents dès le bloc individuel  ; normal puisqu’il est destiné à être d’abord assemblé en longues bandes avant de se superposer en plusieurs couches  ; ce particularisme caractérise parfaitement l’architecture statistique, monstrueuse dans l’histoire de l’architecture par ces pignons aveugles. Ils expriment deux événements à notre avis complémentaires : l’absence de limites illustre la pertinence sans concession d’un système architectural parfaitement numérisé selon un seul linéaire, celui de la façade principale ». 11 Les barres des grands ensembles suivent cette logique additionnelle, puisqu’elles ne seront que l’assemblage de blocs identiques, l’appartement, aux pièces également identiques. Pourquoi alors ne pas comprendre le malaise qui allait suivre dans une population différente, à qui on propose des solutions identiques ? Il n’est donc pas surprenant de voir ces opérations de logements prendre le sobriquet de cages à lapins, identiques dans l’espace, une similarité encore plus frappante lorsque les matériaux et les parties qui les composent le sont aussi. Que ce soit l’assemblage de logement, F1 avec un F5, F2 avec F4, F3 avec F3, qui résumera la seule alternance dans un module de deux appartements qui s’additionnent autour de cages d’escaliers, claustras, de répétitions à l’identique, de proportion de baies, un systématisme des ouvrants... Un ensemble qui annihile les subtiles hiérarchies et les décrochements gratuits de la décennie précédente. Un constat qui s’explique par la mainmise de l’industrie sur le monde du bâtiment, via des théoriciens et des métreurs fonctionnaires préoccupés par des questions avant tout axées sur un ordre plus économique.

L’industrie

du béton, initiatrice de l’Architecture

standardisation.

Statistique

et de sa

La nouvelle architecture d’après guerre ne cherche pas à initier des débats de formes. En effet, cette situation d’urgence va permettre de mettre en avant un acteur de la maîtrise d’oeuvre : les entreprises de BTP (Bâtiments et Travaux Publics). Pour comprendre pourquoi elles ont le pouvoir, il faut remonter de nouveau lors de l’entre-deux-guerres, et plus spécifiquement vers 1929. Cette année est marquée par une crise mondiale due au krach de la bourse de New York, qui va profondément affecter le monde entier et affaiblir l’ensemble du bâtiment, affaiblissement que Le génie civil français va mettre à profit pour s’installer durablement dans le monde de la construction en France. C’est grâce au plan MARQUET de 1930, plan qui avait pour objectif d’engager des grands travaux afin d’atténuer les conséquences de la crise, via un système s’appuyant 11 - Bruno Vayssière in Reconstruction – déconstruction, aux éditions Villes et Sociétés, 1988 page 233

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reconstruction comme point d’origine Partie 01

sur des plans de relance et de reconstruction axés sur les grands réseaux. Les grandes entreprises de Travaux Publics ainsi valorisées vont se développer, et presque toutes vont ainsi créer des filiales du Bâtiment à même de générer une demande directe de grands chantiers, la France étant d’ailleurs un des seuls pays à produire des géants du BTP qui vont s’exporter via les (ex-)colonies. Cette montée en puissance des entreprises du génie civile a eu des conséquences non négligeables après la Seconde Guerre mondiale, conséquences visibles dès la fin des années 30, avec les comités nationaux d’organisation de la France qui avaient déjà l’ambition d’une nouvelle pensée urbaine capable de relier fabrication et modélisation de l’habitat. En effet, la nouvelle architecture de l’après-guerre ne cherche pas à initier un débat formel, ou autre volonté artistique. Le cœur de cette réflexion prône un débat plus technique selon les concepts appliqués à la production de masse, soit « Rapidité – Économie - Uniformisation », ou comment créer un module de logement économiquement acceptable qui permet une rapidité d’exécution afin de sortir de la crise d’après guerre. Et c’est ici que les entreprises du BTP interviennent, avec une arme qui allait changer le cours de l’histoire du logement en France, et dans le monde : le béton. Ce matériau a su se développer durant la Seconde Guerre mondiale, via les besoins de l’occupant allemand à fortifier les côtes françaises en prévision d’un débarquement. Couplé à un plan général de restructuration des industries énergétiques et cimentières, le béton impose sa suprématie devant les autres matériaux, comme l’acier qui a été attribué à d’autres domaines que le bâtiment jusqu’en 1960 et le lancement d’une filière métallique pour les corps d’état secondaires (CES). Le béton est donc bien installé, et avec lui s’offre une large gamme de développement et un nouveau principe novateur et révolutionnaire : la préfabrication. Ainsi arrivent les parpaings et les panneaux de façades de 0,5x0,8m à 1,1x3m, correspondant à la dimension maximum d’une allège, les ouvrants des baies dimensionnés de 1,20x1,70m, et bien d’autres éléments essentiellement composés à partir de trames qui se doivent d’être des multiples de 0,3m.

Les conséquences sont directes, car cette structure réfléchie du bâtiment influence le diktat de la spatialisation de la cellule logement. Par des éléments préfabriqués, la cellule se couple avec efficacité à l’avancée de la réflexion industrielle qui fait l’époque et le bâtiment de logements en France.

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Stockage et reprise des éléments : procédé Stribyck, ZUP de Vaulx-en-Velin, 1968. Opération des 15 000, tranche de 1647 logements, Carrot et Delfante architectes, 1971 Photo D.R Source : Reconstruction – déconstruction, aux éditions Villes et Sociétés,page 128, 1988

Levage intérieur de panneaux au Pont de Sèvres, Zerfhuss architecte, 1950, Photo DR Source : Reconstruction – déconstruction, aux éditions Villes et Sociétés, page 189, 1988,

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L’apparition de l’habitat standard L’apogée du F4 Dans cette logique de conception statistique, et l’état d’urgence qui règne à cette époque, le parti pris a été de concevoir des logements qui regroupent essentiellement un groupe domestique favorisé. Comme cité précédemment, nous sommes dans une période d’uniformisation. La production des barres est identique, les appartements reflètent la recherche d’un standard national : la famille. La réflexion va porter sur l’analyse de comportements sociaux qui débutent dès 1931. En effet, une décohabitation s’amorce dans les ménages entre parents, enfants, aïeux, alliés, domesticité, ce qui engendre les prémices du futur « binôme réducteur » de l’après-guerre : le couple parental avec deux enfants. Bien évidemment, cela suit cette volonté d’institutionnaliser un usager moyen et la cellule mono familiale, qui va engendrer le fameux quatre pièces normalisé. Cette recherche de l’habitat standard débute dès 1939, avec «l’appartement idéal » mis au point par « l’architecture d’aujourd’hui » pour le XVIIe Salon des Arts Ménagers, dans la section habitat. Recherche qui est entrée dans une phase plus concrète de construction à partir de 1942, jusqu’à ce que les typologies F3 et F4 forment un compromis qui a constitué 75% des efforts programmatiques des offices HLM, et cela dès 1950, date de leur création, avec des studios et autres grands logements qui seront bannis des futurs grands ensembles. Cette recherche de l’appartement idéal va s’intensifier au fur et à mesure des années, avec de nouveaux aménagements à chaque nouveau salon des arts ménagers d’après-guerre, jusqu’à se confondre pleinement avec une cellule qu’on va poser à même le sol. Paradoxalement, cet appartement idéal s’éloigne de la maison «  Sam Suffit  » dont rêvaient 65% des français de l’époque. Les premiers changements sont pourtant en relation avec le pavillonnaire (verdure, jardin), mais c’est à ce moment qu’on verra disparaître les recoins issus de la maisonnette, autres débarras et appentis.

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La

reconstruction comme point d’origine Partie 01

Mulhouse, 1953. F3 Unité Bellevue, Rother et Girardet architectes, avec des séries de quatre appartements par palier, loggias et retours sur les pignons. Source : Reconstruction – déconstruction, aux éditions Villes et Sociétés, 1988, page 188 Photo D.R

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La maison idéale Balency extraite d’un immeible collectif conçu avec le même procédé de béton lourd préfabriqué (proposé par la firme Balency et Schul). Salon des Arts Ménagers, 1960 Source : Reconstruction – déconstruction, aux éditions Villes et Sociétés, 1988, page 183, Photo D.R


Plaquette de l’appartement Référendum, aux normes Afnor établies avec l’Union internationale des Organismes familiaux, Congrès de Cologne, 1957, Marcel Roux architecte. Source : Reconstruction – déconstruction, aux éditions Villes et Sociétés, 1988, page 189, Photo D.R

Plan «appartement Référendum» (traversant). Salon des Arts Ménagers, 1959, inauguration par le Ministre M.Sudreau. à ce projet présenté par les sassociations familiales et féminines, il fallait répondre oui ou non... Cette étude avait été commandée à l’Institut française d’information pour l’Economie ménagère, au Centre d’étude des Travaux féminins, à EDF, aux Charbonnages de France, et à une trentaine d’associations familiales soucieuses de recherches en normalisation. Source : Reconstruction – déconstruction, aux éditions Villes et Sociétés, page 185, 1988

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La

reconstruction comme point d’origine Partie 01

Rien ne viendra vraiment dissocier la conception de la maison et de l’appartement, même pas sa mise en place entre le collectif HLM ou l’habitat pavillonnaire, qui se recoupera à travers des cellules normées qui peuvent s’additionner, comme vu précédemment. Le plan de ce fameux F4, ou «l’appartement référendum» comme il était nommé lors des Salons des Arts Ménagers, garde une relative continuité avec ce qui existait dans le logement haussmannien. En effet, le couloir central est toujours présent, même s’il se retrouve encore assigné à un simple usage de desserte symétrique, prenant même le rôle de sas d’entrée. Pour le reste on conserve une relative similarité dans la taille des pièces, avec un séjour faisant face à la cuisine (suffisamment grande pour pouvoir y manger), créant ainsi un coin jour, proche de l’entrée, et au fond de l’appartement, les chambres et les pièces de services qui viennent former le coin nuit, et finir la bipartition de la cellule.

Mécanisation du logement « On ne devrait pas dissocier la révolution des petits équipements domestiques d’avec les promesses du F4 présenté comme l’appartement modèle pour tous les ménages ». 12 En effet, Le F4 comme appartement référendum a su intégrer à son évolution les principes technologiques venus d’outre atlantique (American way of life), qui se scelleront dans le béton des grands ensembles, à la fois comme évolution qu’en faux-semblants attractifs. Si les congrès d’Urbanisme et les autres expositions de l’habitat s’arrêteront entre 1946 et 1949, les derniers traiteront de cette «  mécanisation des foyers  ». C’est une situation qui fait débat, qui interroge sur le social, car cette technologie transforme les rapports et participe aux changements de statut, surtout celui de la femme et de la ménagère. Ces dernières peuvent enfin se libérer des tâches ménagères (grâce à une technologie qui les allège), changement interne au foyer accompagnant son nouveau statut de salariée dans la vie de tout les jours. Au Salon des Arts Ménagers, l’architecture y perd de plus en plus sa place au profit des arts ménagers, puisque le salon tient ce nom. En 1950, c’est le développement technologique, des robots et appareils intimes qui intéressent les visiteurs, plus que l’architecture du logement. Un autre débat est en train d’apparaître : le confort de la vie domestique. La cellule logement va elle aussi être appelée à se modifier, face au nouveau statut 34

12 - Bruno Vayssière in Reconstruction – déconstruction, aux éditions Villes et Sociétés, 1988 page 198


Visite du Premier Ministre M. Pompidou, au village expo de Saint-Michel-sur-Orge, où Pisani voulait lancer la première filière de pavillons préfébriqués lourds. 23 - 09 -1965 Source : Reconstruction – déconstruction, aux éditions Villes et Sociétés, 1988, page 42 Photo D.R

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La

reconstruction comme point d’origine Partie 01

Reconstruction d’un lavoir public, un an avant les machines à laver, Feugerolles. Source : Reconstruction – déconstruction, aux éditions Villes et Sociétés, 1988, page 66 Photo D.R

Stand d’accueil du MRU aux Arts Ménagers afin d’enquêter sur le norme future en matière de logement. Source : Reconstruction – déconstruction, aux éditions Villes et Sociétés, 1988, page 42 Photo D.R

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de la cuisine, l’arrivée des télévisions dans les salons, avec un rapport au lieu qui change. Mais surtout, c’est l’arrivée de la mécanisation dans les appartements qui change le rapport de chacun à l’intimité, au soin du corps, à l’hygiène. Les éléments techniques comme les gaines d’eau, de gaz, ou la VMC par exemple, replacent certaines pièces au cœur de la vie, que ce soit la salle de bain, ou encore la cuisine. Ce sont ces éléments qui vont faire que l’architecture n’aura pas le choix que de s’adapter, ou pire de s’y restreindre. L’architecture statistique doit savoir s’effacer progressivement pour ne plus devenir qu’une section marginalisée du salon des arts ménagers, « une excroissance ultime symboliquement transparente, point de rencontre des nouveaux réseaux urbains et des appareillages intimes ». 13 En 1962, le monopole du MRU pour ne plus être qu’un petit stand distribuant des tracts et des formulaires de primes. Ce sont les constructeurs privés des maisons individuelles, réintroduits en 1967 dans ces salons, qui vont profiter de ce recul du MRU, aidés en outre par des normalisations qui vont venir rigidifier presque tout l’ensemble des dispositifs internes. « On en vint presque à encastrer les récepteurs de télévisions... Puisqu’il fallait bien sceller les machines à laver ». 13

13 - Bruno Vayssière in Reconstruction – déconstruction, aux éditions Villes et Sociétés, 1988 page 285

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La

reconstruction comme point d’origine Partie 01

«Diplodocus» Paris-Normandie, p-5 29/01/1987 Publicité de l’agence Diamant Vert ochestrée par l’Union des HLM contre ces «enfants» de la première génération devenus des «ados» à problème. J.Grimal, illustrateur Source : Reconstruction – déconstruction, aux éditions Villes et Sociétés, 1988, page 10

Couverture du 19/02/1987 L’humanité, Libération, Le Quotidien de Paris, France-Soir et L’Evènement du Jeudi du 12/12/1985 Ce fut la première et dernière couverture médiatique intégrale d’un événement architectural. Source : Reconstruction – déconstruction, aux éditions Villes et Sociétés, 1988, page 10

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Conclusion : l’après guerre

ou le choc de la modernisation

La sortie de la Seconde Guerre mondiale a été un moment d’évolution soudaine pour le monde du logement même si le ressentiment de la population reste puissant envers ces dix millions de « diplodocus » du demi siècle passé. Cette période des grands ensembles a d’ailleurs été critiquée très sévèrement, se révélant salutaire, mais malheureusement sans solution solvable. La situation de crise qui s’était installée et la nécessité d’action ont obligé les gouvernements des pays victimes de la guerre à trouver des solutions qui se devaient d’être efficaces et économiques... Et surtout une réponse à l’instant. Monique Eleb, le dit fort à propos, on peut « critiquer la standardisation du logement tout en admettant, en tolérant une incapacité de l’époque à prendre position sur les évolutions». 14 La question qui se pose maintenant c’est de savoir si les leçons ont été retenues et si aujourd’hui, architectes et maîtrise d’ouvrage savent juger, jauger et assimiler ces évolutions ?

14 - Penser l’Habité le logement en question PAN 14, Monique Eleb-Vidal, Anne-Marie Chatelet, Thierry Mandoul, deuxième édition, édition Pierre Mardaga éditeur, Juin 1988 page 51

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Partie 02 - ĂŠvolutions

sociologiques, normatives et surfaciques

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Les évolutions de la société

amènent des questionnements nouveaux

Évolution des ménages Le constat a bien changé depuis la Seconde Guerre mondiale. En effet, la famille considérée comme normale, modèle type et fer de lance pour le développement de la cellule logement, est en passe de ne plus être majoritaire comme ménage dominant. De la même manière, le couple cède du terrain, et cela depuis plus de vingt ans déjà. En effet, en 1982, 83% des hommes de 35 ans vivaient en couple, contre 71% en 2005. Chez les femmes, on observe la même tendance avec 85% en 1982 contre 74% en 2005. Ainsi, les changements sociétaux font surgir de nouveaux types de ménages, alors que d’autres déjà existant se renforcent et prennent plus de poids dans les groupes domestiques d’aujourd’hui. La cohabitation est l’un d’entre eux. Stéréotype imaginaire de l’époque, la cohabitation est pour la mémoire collective associée à un groupe d’étudiants ou de jeunes personnes tout juste sorties du cocon familial et qui se lancent dans la vie. Cependant des études prouvent que ce groupe domestique regroupe toutes les classes d’âges, que ce soit des adultes, des séniors, ou même parfois entre classes d’âges mixtes. C’est un phénomène qui se démocratise de plus en plus, mais qui en soit a toujours existé, car elle est la réponse à de nombreux points noirs qui peuvent surgir dans la vie. Solitude, peu de moyens pour vivre, assistance, elle apporte une solution à de nombreux cas. On observe aussi de plus en plus de personnes vivant seules. En effet, c’est le cas de 14% de la population en 2015 : 3,4 millions d’hommes et 5,0 millions de femmes. Ensemble, ils sont 1,1 million de plus qu’en 1999. Et cette situation ne touche pas que les personnes âgées ayant perdu leur conjoint(e), on trouve aussi des étudiants, adultes célibataires, pouvant dans ce dernier cas, être des personnes issues de situations de divorce. Le divorce est d’ailleurs une des conséquences les plus importantes de cette évolution de la deuxième moitié du XXe siècle et du début du XXIe, car si en 1960, le taux de divorces était de 2,6 pour 1000 couples mariés, le taux a grimpé à plus de 10,6 pour 1000 couples mariés en 2008, avec une forte majorité qui ont lieu autour de la cinquième année de mariage. 15

15 – Chiffres issus de l’enquète de l’INSEE sur les conditions de vie de la société, enquête de 2010.

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Evolutions

sociologiques, normatives et surfaciques

Partie 02

Pour conséquence, le nombre de familles mono parentale augmente (en 2005 11,3% des femmes de 35 ans sont chefs d’une famille mono parentale et 8,7% vivent seules (contre 6,7% et 4,5% qui vivent seules en 1982)). Même constat avec les familles recomposées. Cette composition essentielle des ménages implique un nouveau regard envers le logement et la cellule habitat. La société étant nettement plus en mouvance qu’avant implique qu’un même logement va recevoir plusieurs groupes domestiques à des moments différents. La situation est fluctuante, d’autant plus que si la société a évolué en termes de ménages, elle a aussi modifié ses façons de vivre et ses modes d’habiter et de vivre.

Les nouveaux modes de vie Tous ces phénomènes repérés impliquent des changements radicaux dans les modes de vie de tous les jours, et par conséquent dans le logement, qu’ils en soient la cause ou la conséquence.

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La façon de communiquer d’aujourd’hui n’est plus la même qu’avant. La technologie s’est insinuée à l’intérieur du logement, et avec elle le monde, à travers les médias que sont la télévision, les téléphones (fixes ou mobiles), internet et les réseaux sociaux. Parfois, les personnes sont plus en relation avec l’extérieur depuis l’intérieur de leur logement que lorsqu’ils en sortent. L’être se diversifie à travers ces médias de communications qui ne modifient pas directement l’espace du logement, mais la façon dont les cohabitants vont le réinvestir. Par exemple, le séjour garde sa fonction unitaire comme il a toujours été, lieu où l’on se retrouve en famille ou entre amis, mais avec un liant nouveau qu’est la télévision, télévision qui peut même aller jusque dans les chambres. La chambre, elle, voit son statut au monde complètement bouleverser, via le média de l’ordinateur et de l’internet, même si ce n’est pas perceptible physiquement. Après tout, les parents n’ont pas toujours l’autorisation d’entrer dans la chambre d’un adolescent, quand ce dernier laisse y entrer ses amis via des écrans interposés. Mais c’est le téléphone qui a le plus perturbé l’équilibre propre des logements. Longtemps, il a vogué, de l’entrée à caractère public mais où il n’interférait pas avec le reste du groupe domestique, vers le séjour, commun à tous, puis vers les chambres pour gagner en intimité. Bien sûr aujourd’hui, il a investi l’ensemble de l’habitat, qu’il soit portable ou fixe, dans un logement qui dans son ensemble est relié au monde et où « La famille qui se justifiait autrefois par son existence dans un espace (physique ou relationnel) préservé du monde extérieur, perd sa cohésion en même temps que le logement perd un de ses murs protecteurs. Elle ne disparaît pas pour autant , mais se


recompose en redéfinissant le sens de ces espaces ». 16 Le travail aussi amène son lot de changements, avec un rapport à la société qui a largement évolué ce dernier siècle en France, que ce soit dans les conditions, en termes de temps consacré, ou encore du lieu où l’on exerce. En effet, depuis la réglementation des 35 heures de travail par semaine, on a connu une augmentation du temps libre qui de surcroît propose des temporalités différentes. Le logement les subit et doit s’y adapter selon le groupe domestique qu’il héberge et la façon qu’a celui-ci d’y vivre. On passe de plus en plus de temps dans son logement sans que ce soit seulement pour y dormir et s’y reposer. On y reçoit, amicalement ou professionnellement, on s’y retrouve, et même parfois on y travaille. En effet le travail est arrivé au sein du logement. Cette nouvelle activité implique alors des annexes qui lui sont dédiées, alors que d’autres se tourneront plus vers les rapports que le travailleur entretient avec le ménage auquel il appartient, dans un respect de l’intimité.

Public et intime : « Être ensemble mais sans contrainte » Les nouvelles manières de cohabiter, et la nouvelle fréquentation de son propre logement, fait de lui un lieu aux activités de plus en plus variées (lecture, bricolage, musique, vidéo, etc...), qui sont autant appelées à cohabiter que les individus qui les génèrent. Or, le rapport à l’autre au sein d’un même habitat est souvent source de conflits. Cela est encore plus présent dans des ménages comme les familles recomposées ou les cohabitations, pas toujours volontaires, si ce n’ait subies, et qui impliquent un fort sentiment territorial et de recherche de l’intime. Même si l’entente cordiale passe généralement via une charte de conduite inconsciente et générée par le groupe de cohabitants lui-même (issue de leur propre éducation), dissocier les espaces, les traiter de façons différenciées, ou les isoler phoniquement pour limiter les gènes, afin que toutes les activités puissent s’y dérouler simultanément, devient alors indispensable. Ce qui implique une remise en question de chaque espace, de son statut. Est-il intermédiaire, privé, public ? C’est cette recherche des lieux de l’individualisme, poussée par l’autonomie, l’épanouissement personnel, la recherche d’un type de rapport avec son corps (narcissisme et auto érotisme), qui poussent à réinterroger les espaces, impliquant selon les idéologies des membres, un choix plus communautaire avec des salles de réunions et des petites chambres, ou plus autonome et le choix de plus grandes chambres. 16 - Penser l’Habité le logement en question PAN 14, Monique Eleb-Vidal, Anne-Marie Chatelet, Thierry Mandoul, deuxième édition, édition Pierre Mardaga éditeur, Juin 1988 page 65

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Evolutions

sociologiques, normatives et surfaciques

Partie 02

Où se situe le pôle communautaire, lieu où l’ensemble du ménage se retrouve ? Quels sont les différents points de sociabilité ? Quels sont les lieux où l’on reçoit ? Et où se retrouve-t-on (seul ou à plusieurs) ? Par exemple, est ce que le séjour est-il toujours autant commun lorsqu’il est soumis à des usages différents par les membres du groupe domestique ? Dans le cas où l’autonomie de la personne est recherchée dans un lieu ou en même temps la valorisation du groupe domestique est elle-même recherchée, via sa fonction susnommée, on s’aperçoit que parfois la sociabilité va se déployer dans des espaces considérés comme servants, tel que la salle de bain ou la cuisine. Déjà en 1987, lors du PAN 14 (programme d’architecture nouvelle) 17, cette question avait été soulevée. L’équipe SAXO avait apporté une idée intéressante avec un choix porté sur une annexion de l’espace séjour par les chambres pour créer des séjours privés nommés « chambres de jour », qui ne sont pas des chambres en elles-même, celles-ci étant les «  chambres de nuit  », mais qui permettent aux cohabitants de jouir d’un espace plus autonome par rapport aux autres membres du logement, les vrais espaces communautaires se retrouvant être la cuisine et la salle de bain. Enfin, si le partage de l’espace peut être source de désagréments comme vecteur d’intimité, le partage de gènes sonores en est une autre, mettant à mal cette notion, voire même celle de confort. Il est préférable qu’aucun son ne rentre. Entendre les autres personnes de l’immeuble, ou les autres personnes de l’appartement, est une sensation désagréable. En outre, si le son rentre et nous perturbe, il faut sous-entendre qu’il s’échappe aussi. Et par conséquent que notre intimité est limitée. Proposer des solutions à la notion d’intimité, c’est réinterroger les dispositifs qui forment l’appartement, à la fois à travers son aménagement, que par les éléments techniques utilisés pour l’aménager. Le cloisonnement, qui a toujours partitionné l’appartement (appartement qui signifie espace divisé), ne peut-il pas évoluer et proposer des entre-deux à caractère intermédiaire ? Les pièces doivent-elles garder leurs usages assignés ? Ou bien le logement en tant que cellule finie ne peut-il pas évoluer dans sa forme générale ? Autant de questions générées par les nouveaux ménages et leurs modes de vie, et qui n’attendent que des solutions pour qu’on puisse enfin vivre ensemble... mais sans contrainte.

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17 – Le PAN ou Programme Architecture Nouvelle, était un concours ouvert aux jeunes architectes qui a pour but de promouvoir une réflexion innovante et permettre aux lauréats de faire connaître leurs idées et leur compétence en construisant ce qui est souvent leur premier bâtiment. Le premier a été initié en 1971. 1988 verra l’arrivée de l’Europan, poursuivant cette idée de concours mais à l’échelle Européenne. En effet, le prochain, n°13, aura lieu en Mars 2015, sur près de 50 sites, répartis dans 15 pays européens.


PAN 14 1987 - Cellule logement mise au point par l’équipe SAXO, dans leur projet «L’espace temps» Source : Penser l’Habité le logement en question PAN 14, Monique Eleb-Vidal, Anne-Marie Chatelet, Thierry Mandoul, deuxième édition, édition Pierre Mardaga éditeur, Juin 1988 page 70

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De l’architecture statistique à l’architecture réglementaire : la Normalisation Superficie des logements, le retard français La taille du logement est un problème conséquent puisque la surface moyenne stagne largement depuis la sortie de la Seconde Guerre mondiale. En effet, entre 1949 et 1981, la surface moyenne des logements collectifs tournait autour de 68m², alors qu’entre 1982 et 1992, cette surface tournait aux alentours de 64m². Aujourd’hui, la moyenne s’est fixée à 65m², impliquant une légère augmentation sur les dernières années, même si elle reste encore inférieure aux logements des grands ensembles. Une stagnation qui se retrouve à travers la définition du logement elle-même et de l’appartement « classique », à travers la loi ENL 18, le décrivant comme « Un logement pour une famille avec enfant(s) en bas âge (ce qui traduit la taille des chambres et leur faible autonomie les unes par rapport aux autres), où la partie publique (cuisine-séjour) et la partie privée (chambre-salle de bains) sont dissociées ». Ce modèle, qui n’est pas sans rappeler l’appartement référendum du dernier siècle, comporte de nombreuses portes et un sas encloisonné, généralement aveugle, et décrit l’appartement dit «  classique  », présupposant que toutes les typologies sortant de cet agencement deviennent «  atypiques  ». Ce dispositif est celui qui est conseillé dans la plupart des cahiers des charges des maîtres d’ouvrages qui remplacent « partie publique » et « privée » par « jour/nuit ». 19 Face à une définition qui perpétue l’héritage de la Seconde Guerre mondiale, puisque qu’on construisait aussi pour un couple et ses deux enfants, il faut reconnaître l’effort mis depuis quelques décennies en France par le logement afin de diversifier son offre pour répondre à cette mixité de population et de ménages qui sont apparues (cohabitation, personnes vivant seules, familles recomposées, … ). Ce qui aurait pu amener à des variations marquées dans la façon de concevoir des logements s’est malheureusement maintenu à redécouvrir des typologies oubliées ou refoulées à la sortie de l’après-guerre, retournant ainsi vers des T1, T1 bis, T2, typologies proscrites à l’époque, comme l’était le T5. La taille du logement, faussement appelée type (T4, T5,...) implique la surface 18 - www.logement.gouv.fr, engagement national pour le logement du 13 juillet 2006 19 - Voir Annexe 1 : Extrait du Référentiel constructions neuves de Archipel Habitat OPH de Rennes Métropole.

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Evolutions

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comme origine d’une certaine organisation, ce qui en fait une demande de plus en plus importante des promoteurs et maîtrise d’ouvrage puisque des logements de typologie variées nourrissent les mixités au sein d’une même opération. Et là où on pouvait croire à une union sacrée de la part des architectes dans cette quête de surface de logement supplémentaire, deux opinions existent. En 2005, lors de l’opération « voisins voisines » 20, Jean Nouvel affirme en rapport avec la cité manifeste de Mulhouse, « qu’un bon logement est un grand logement qui peut s’appuyer sur un arsenal de produits industriels qui ajoutent autant d’affirmation à l’image de l’habitat tout en rompant avec l’image stéréotypée des maisons traditionnelles et d’en jouer, mais surtout pour un même coup de réalisation, plus de surface ». Or, sur la même exposition, Bernard Bühler affirme qu’un bon logement peut être de taille et surface réduite dans la mesure où l’agencement que l’architecte compose soit correct en prenant acte des mœurs et du confort des habitants, tout en évitant l’opération onéreuse, l’écueil à éviter dans les opérations valorisant l’augmentation de surface étant bien évidemment un dérapage des coûts des loyers. Pourtant des opérations ont su se jouer des obligations normées pour développer des logements aux surfaces plus conséquentes. Par exemple, la maison RADU à Saint Nazaire, de Radu Vicenz architectes, est la composante d’un montage financier mêlant trois types de financement, permettant de générer des appartements de plus grandes tailles, adaptés à une population mixte tels que des ouvriers, des RMIstes que pour des maîtres de conférence à l’université ou encore des étudiants intéressés par les studios à terrasses (PLATS). 21 D’autres possibilités d’agrandissement viennent des bâtiments requalifiés et qui savent ajouter de la surface supplémentaire, avec un coût maîtrisé du loyer. On citera pour l’exemple la requalification de la tour Bois le Prêtre par Lacaton et Vassal, à Paris, ou encore leur opération Plein Ciel à Saint Nazaire, jouant de jardins d’hiver alloués aux habitations, qui ne sont pas des surfaces habitables, mais qui deviennent de véritables pièces de vie. Enfin, peut-être que dans des logements plus grands, avec une superficie plus acceptable, les normes qui gangrènent aujourd’hui le cahier des charges 22 des architectes pourraient s’assouplir. En effet, « Les réglementations n’existent pas ou sont largement moins contraignantes dans les pays du Nord ou de l’Est de l’Europe où les logements sont

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20 - Exposition tenue du 15 juin au 11 septembre à la cité de l’architecture de Paris 21- Le montage financier inhabituel de l’opération fut difficile. Il n’était pas banal, en effet, en 1996, de mêler trois types de financement pour un même immeuble, cela reste difficile aujourd’hui. L’idée consistait à faire cohabiter des populations diverses en proposant des dispositifs spatiaux censés faciliter la vie communautaire. Bref, un immeuble équipé, dont la forme traduisait l’idée d’ouverture et de la transparence. 22 - Voir Annexe 1 : Extrait du Référentiel constructions neuves de Archipel Habitat OPH de Rennes Métropole.


Façade de la maison RADU, Saint-Nazaire (44), Radu Vincenz architecte, m.o. Dominique Clergeau, Espace domicile Saint-Nazaire 1998Mixité par strates : PLA au rez de chaussée, aux 1er et 2e étages, PLATS aux 3e et 4e et PLI aux 5e et 6e Photo Monique Eleb

Réhabilitation de la Tour Bois-Le-Prêtre, Paris 17e, Frédéric Druot, Anne Lacaton et Jean Philippe Vassel architectes, m.o. Paris Habitat-OPH, (2006-2011), Photo Frédéric Druot.

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Evolutions

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Partie 02

grands. On en voit pas sur les plans la justification de la rotation du fauteuil roulant car elle est d’emblée possible. Donc cette réglementation n’est justifiée que par la petite taille des logements français. » 23

L’accessibilité PMR, le modulor du XXIe siècle L’accessibilité PMR ou accessibilité aux personnes à mobilité réduite est une loi rentrée en vigueur le 11 février 2005, et le 1er janvier 2007 sur les permis de construire. Dès lors, chaque nouveau projet de logements doit permettre une accessibilité totale aux personnes à mobilité réduite, avec pour les logements en duplex, une unité de vie accessible au rez-de-chaussée. Une unité de vie, c’est la composante nécessaire pour vivre dans un appartement à savoir un séjour accessible, une cuisine aux normes accessibles, un espace nuit composé d’une chambre accessible, avec Salle de bain et WC aux normes d’accessibilité. 24 C’est donc « Une loi qui impose une accessibilité totale, mais offre en compensation, lors des calculs de SHON, une dérogation de 5% de surface en moins pour chaque logement « handicapable ». Dérives des promoteurs qui en profitent pour rentabiliser en construisant 5% de SHON en plus sous forme de logements supplémentaires, au lieu d’allouer cette surface compensatoire à l’agrandissement des logements eux-mêmes. Cela favorise une densité globale, mais sans offrir aux habitants un intérêt immédiat ».25 Et c’est bien là le comble, puisque la seule possibilité donnée aux architectes de pouvoir générer des appartements de qualités aux normes PMR était bien de leur allouer quelque mêtres carrés supplémentaires afin de répondre à une norme consommatrice d’espace qu’est l’accessibilité PMR. Car aujourd’hui une typologie de logement X normale possède la même superficie qu’une typologie de logement identique mais aux normes PMR, impliquant des réponses malheureuses qui se généralisent. Ainsi Romain Levy, président de la SIEMP de Paris (Société d’économie Mixte de la ville de Paris, confirme que « L’évolution de la cellule est pour grande partie liée à la réglementation de l’accessibilité des personnes en situation de handicap. Sans parler de standardisation, nous pouvons observer une tendance générale à la réduction de la taille des séjours et à une augmentation des surfaces dédiées aux circulations, pièces d’eau et chambres. Ce qui peut poser des problèmes notamment pour les petits logements où les

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23 - Monique Eleb in Entre confort, désir et normes : le logement contemporain (1995 – 2010) Rapport Août 2012 Monique Eleb et Philippe Simon, Essai (broché). Paru en 04/2013, page 51 24 - Voir extrait Annexe 2 : «Circulaire Interministérielle n°DGUHC 2007-53 du 30 novembre 2007 relative à l’accessibilité PMR - Annexe 6 : Bâtiments d’habitation collectifs neufs». 25 - Monique Eleb in Entre confort, désir et normes : le logement contemporain (1995 – 2010) Rapport Août 2012 Monique Eleb et Philippe Simon, Essai (broché). Paru en 04/2013, page 39


espaces jour / nuit sont de moins en moins différenciés ». 26 Malheureusement la contrainte trop forte amène une réponse type et classique des architectes dans leurs plans qui participe à une normalisation du logement. Ainsi, plusieurs pièces clés de la composition du logement sont ainsi touchées, impliquant des modifications sévères, si ce n’est une disparition purement et simplement. Voici plusieurs espaces qui souffrent de cette réglementation. L’entrée dans le logement doit être assez vaste pour accueillir un fauteuil et ses déplacements face à la porte (1,2 par 2,2m avec une distance minimum de 30cm entre la serrure et les retours de parois). Le sas trop important correspond à une perte énorme de superficie pour le promoteur ou bailleur qui préfère alors supprimer le sas d’entrée en envisageant une entrée plus directe sur le séjour, conséquence non négligeable, puisque le sas d’entrée était gage d’intimité (sas phonique des sons venant des espaces communs), et un sas thermique. La cuisine aussi est un lieu qui souffre de cette réglementation handicapée puisque le fauteuil doit pouvoir se déplacer et se retourner devant tous les blocs services qui composent le plan de travail linéaire, retournement représenté en plan par le fameux cercle de 1m50, « modulor » PMR du XXIe siècle. Le séjour déjà transformé en sas d’entrée va maintenant accueillir la cuisine en son sein. En effet, une cuisine indépendante aux normes handicapables propose une valeur minimale de 8m², ce qui donne avec un séjour indépendant de 18 à 24m², une fourchette de l’ordre de 26 à 32m². Or, si vous supprimez la cloison pour ouvrir la cuisine sur le séjour, votre cuisine-séjour fera entre 22 et 24m². Joie des promoteurs qui jouent d’un dispositif de cuisine « américaine » afin de gagner de l’espace. Le couplage avec la cuisine dans un espace commun ou le fait de supprimer le sas d’entrée au logement, celui-ci se transformant en une simple porte s’ouvrant sur le séjour, créé un plan qui ne correspond à aucun mode de vie. On assiste alors à un bricolage de la part des habitants intervenant pour cacher ce qui est exposé aux regards, fermer ce qui a été livré ouvert, choses qu’ils interprètent comme du travail non terminé. Les pièces d’eau doivent pourvoir accueillir un fauteuil se résumant pour les WC à une possibilité de pouvoir rentrer sans manœuvrer dans un rectangle de 0,8 par 1,3m situé parallèlement à la cuvette, et pour les salles de bain une possibilité de retournement. Ce qui, pour une fois, trouve un effet positif via la norme PMR, générant des espaces légèrement plus généreux pour des espaces du soin du corps souvent délaissés... Sauf quand la chasse aux mêtres carrés superflus des promoteurs et bailleurs pousse l’architecte à intégrer les WC dans la salle de bain, au détriment des pratiques françaises. Enfin, les chambres se trouvent elles aussi modifiées. L’obligation d’une unité 26 - Monique Eleb in Entre confort, désir et normes : le logement contemporain (1995 – 2010) Rapport Août 2012 Monique Eleb et Philippe Simon, Essai (broché). Paru en 04/2013, page 39

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sociologiques, normatives et surfaciques

Partie 02

accessible au sein du logement impose une chambre apte à recevoir une personne à mobilité réduite. Ainsi, la réglementation impose une bande de circulation de 1,2m tout autour du lit et une possibilité de retournement via le cercle de 1,50m dans la chambre. On notera deux conséquences à cette accessibilité, la première étant l’effet proportionnel inversé sur les autres chambres du point de vue des surfaces. En effet, si la chambre handicapable consomme de l’espace, l’excédent de surface consommé est généralement celui qu’on annexe aux autres chambres, afin d’entrer dans les coûts en termes de budget. Pire. Pour conserver une superficie « confortable  » pour les autres chambres du logement, certains architectes vont jusqu’à penser le retournement obligatoire à prévoir pour une chambre accessible à cheval sur un meuble de rangement, éthique de mauvais goût qui signifierait devoir supprimer le rangement dans le cas où une personne à mobilité réduite habite le logement. Pas de bras, pas de chocolat. 27 Beaucoup plus inquiétant, on observe la disparition de typologie de logements comme les duplex inversés, dont le logement intermédiaire était friand puisqu’il permettait généralement au logement surplombant le premier d’entrer par un espace nuit avant de monter sur un espace de vie en hauteur, venant chercher la lumière et qui profitait du toit du premier logement pour y installer une vaste terrasse. En septembre 2010, devant la difficulté instaurée par cette norme, l’Ordre des Architectes a envoyé une lettre ouverte au secrétariat d’état du logement, Benoist Apparu, intitulée : « Accessibilité dans les logements : un enfer pavé de bonnes intentions » où les incohérences entre les règlements sont dénoncées, avec un point d’honneur des auteurs à souligner que celui des PMR « normalisent les plans et entraînent une dégradation de la qualité des usages » vers une Architecture qui se veut Réglementaire.

Normes écologiques : vers un confort technique Après l’accessibilité des personnes à mobilité réduite, premier front tenu par le gouvernement en terme d’amélioration du logement, voici les normes relatant les efforts énergétiques. Tout comme l’accessibilité PMR, celles-ci ont pour but de venir pallier les erreurs perçues lors de la construction des grands ensembles, mais ici dans un but de limiter l’effet énergivore des bâtiments de logements. Cependant, tout comme les normes PMR,

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27 - phrase célèbre extraite du film Intouchables, film français réalisé par Olivier Nakache et Éric Toledano, sorti en France le 2 novembre 2011 qui met en scène un la relation entre deux hommes issus de milieux différents : l’un, d’origine sénégalaise, (Omar Sy), vivant en banlieue parisienne, qui vient de purger une peine de six mois de prison et l’autre, riche tétraplégique, (François Cluzet), qui a engagé le premier venu comme auxiliaire de vie bien qu’il n’ait aucune formation particulière.


la réglementation thermique impact la cellule logement. Dans cette recherche de la bonne conduite écologique, le monde du bâtiment s’est vu contraint de plus en plus de répondre à une panoplie d’armes administratives censées permettre aux personnes vivant dans les logements un meilleur confort. C’est le cas de la RT 2012, et bientôt celle de 2015. La RT, pour réglementation thermique, est une loi applicable depuis le 1er janvier 2013 dans les logements neufs. Les effets sont d’ores et déjà présents en ce qui concerne l’éclairement naturel des pièces, l’épaisseur des enveloppes de façades et de dalles entre niveaux, ainsi qu’une simplification du plan général, en ôtant les retraits, les renforcements ou avancés pour ne garder qu’un plan compact, avec les conséquences que cela peut avoir sur la qualité spatiale, domestique et esthétique d’un projet. Par exemple, l’éclairement naturel dans la salle de bain est un élément qui se doit d’exister, et doit être encouragé. Rappelons que dans les années 60, et plus communément dans les logements de l’après-guerre, il était rare que cette pièce humide ne dispose pas d’un éclairage. Cependant, sa présence nécessaire à tout prix dans la salle de bain peut engendrer des dispositifs diminuant l’habitabilité. Des couloirs trop long, avec une distribution forcée, ou encore une salle de bain éloignée des chambres, puisqu’elle doit être nécessairement en façade pour avoir une fenêtre, modifiant parfois la compacité des plans. Certains architectes, comme Stéfania Stera, rue Doudeauville à Paris dans le 18ème, va créer une salle de bain en cœur de logement, mais qui sera éclairée en second jour, permettant tout de même son aération avec une lumière certes indirecte, mais naturelle. Autre exemple, l’impact généré par la VMC (ventilation mécanique contrôlée) double flux. Au delà de l’évolution que cet élément représente en terme d’énergie, et de thermie, la VMC n’est pas appréciée car trop bruyante. Le son est un élément important dans l’idéologie de confort que se font les habitants. Ainsi, les occupants des appartements coupent la VMC et préfèrent largement ouvrir les fenêtres et bénéficier ainsi d’une ventilation naturelle. Ce qui implique pour le coup un besoin de la salle de bain de s’ouvrir vers l’extérieur. Point qui à lui seul montre la contradiction des normes les unes avec les autres d’un point de vue de la réalisation et de la mise en place. Nicolas Michelin, dans une de ses réalisations à Dunkerque a supprimé la VMC et l’a remplacée par de la VNA (ventilation naturelle assistée), au grand plaisir des habitants. Ce principe associe une ventilation hybride avec une mécanisation non permanente, et donc non subie. En outre, Nicolas Michelin n’est pas le seul qui a su confondre la problématique thermique avec des qualités spatiales dans des réalisations architecturales, cependant, la plupart des projets exemplaires sont des projets coûteux, non envisageables pour la grande majorité des opérations. 55


Evolutions

sociologiques, normatives et surfaciques

Logement rue Doudeauville, Paris 18e m.o. RIVP 2009 Stera architectures Photo D.R

Logement ZAC du Grand Large, Neptune Dunkerque (59) AMNA Agence Nicolas Michelin et Associés m.o. CUD, Agur, S3D, Nexity, Nacarat, Beci, Le Cottage Social des Flandres,La Maison Flamande 2010 Photo Stephane Chalmeau

Opération de logements Plein Ciel Intérieur des logement avec Rideau thermique La Chesnaie, Saint-Nazaire (44) Anne Lacaton et Jean Philippe Vassal architecte, m.o. Silene OPAC de SaintNazaire, 2014 Photo Joseph Quemard

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Partie 02


La requalification est un des enjeux de ces normes, sur des bâtiments où le thermique pèche énormément. Le projet de requalification de Lacaton et Vassal sur La Tour bois le Prêtre est novateur puisqu’en plus d’amener une surface supplémentaire à travers les jardins d’hiver, ils arrivent avec le même dispositif à générer une meilleure empreinte thermique associée à une meilleure qualité de vie. En effet, « l’intérêt d’un travail thermique sur les parois extérieures permet de constater qu’à partir du moment où sont posées des menuiseries isolantes, les habitudes de vie se modifient, les habitants approchant leurs meubles des façades  » 28  . Le rideau thermique nécessaire au bon fonctionnement technique s’impose aussi par l’usage et l’ambiguïté qu’il installe entre l’intérieur et l’extérieur, transformant lui aussi l’usage des pièces et des balcons selon le temps et les saisons. D’autres réglementations existent et contraignent la fabrication de la cellule logement, que se soit les DTU (documents techniques unifiés), qui gèrent les réseaux d’alimentation, d’évacuation d’eau propre et sale, jusqu’au revêtement des parois, des sols et des murs, technique qui influence l’évolutivité des pièces et de la cellule dans son ensemble. Enfin, ces normes et documents obligatoires, devant les nouvelles ambitions du HQE (la haute qualité environnementale), se trouvent constamment dans le besoin de labeliser les bâtiments, ceci participant plus au jeu de publicité pour le promoteur qui a conçu le bâtiment que pour une qualité environnementale prônée à la base. Malheureusement, certains Labels, comme le label Qualitel, qui prône une qualité à travers un logement sain et durable, se sont imposés comme nécessaire alors qu’ils ne sont pas obligatoires. Encore un effet du Diktat de la mode « écologique ».

28 - Monique Eleb in Entre confort, désir et normes : le logement contemporain (1995 – 2010) Rapport Août 2012 Monique Eleb et Philippe Simon, Essai (broché). Paru en 04/2013, page 46

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Conclusion : une évolution de la cellule

en marge de la population

« J. Guadet, dans son cours à l’usage des architectes remarquait en 1902 que les salons servaient rarement et les chambres toujours. Ainsi conseillait il aux architectes de demander à leurs clients de choisir eux-même ce qu’ils voulaient sacrifier, de l’apparat ou de l’intimité. » «  Les architectes aujourd’hui sont face à eux-même et réfléchissent en faisant appel à leurs propres valeurs, façons de vivre, sensibilités, avant toutefois que les maîtres d’ouvrage ne leur rappellent la position moyenne qualifiée de « bon sens ».» 29 La «  normalisation  » du logement établie par le cumul des contraintes, amène une revendication de la «dé-normalisation» du logement de la part des architectes, dénormalisation qui passerait essentiellement par un retour à l’individualisation des logements. A chacun son mode de vie et donc son type de logement, sans obligation commune. Cependant, cette application à vouloir le rendre unique ramènerait à un fonctionnalisme qui par l’usage d’un groupe de personnes attaché à une typologie, rendrait le logement discriminant, au delà de la condition social, puisqu’il s’attaquerait à la liberté du mode de vie. Ainsi, bien que critiquées pour leur manque de souplesse, les lois et normes, sont des cadres qui permettent de lutter contre les excès et les distinctions entre les habitants. Cela par essence et éthique. Les règles imposent une égalité, facteur d’intégration des populations les plus fragiles et les plus faibles. Comment alors atténuer les règles, sans perdre de vue leur rôle symbolique ? Fautil seulement réinterroger les contraintes administratives ou les composants et la manière de faire le logement ?

29 - Penser l’Habité le logement en question PAN 14, Monique Eleb-Vidal, Anne-Marie Chatelet, Thierry Mandoul, deuxième édition, édition Pierre Mardaga éditeur, Juin 1988 page 86

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Partie 03 - RÊinterroger la cellule d’habitation

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Réinterroger

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la cellule d’habitation

Partie 03

Un des plans des 43 logements locatifs + locaux d’activité, Rue Paul-Bert, Cité Prost, Paris 11e, Odile Bermond-Porchon architecte, m.o. OPAC de Paris (2007), Les cahiers techniques du bâtiment, septembre 2007, p 57


Quelles évolutions pour les dispositifs

qui forment la cellule

?

Devant les nouvelles contraintes qui s’appliquent à la conception de la cellule de logement, que ce soit en termes de changements sociologiques qu’en termes normatifs et réglementaires, l’architecte a le devoir d’interroger la source même de son objet de travail : la cellule de logement elle-même et les dispositifs qui la composent ! Quel est leur statut par rapport aux habitants ? Quelles évolutions ont-ils subis ces dernières années  ? Mais surtout ces dispositifs sont-ils toujours aussi légitimes ou ne sont-ils qu’une obstination de la part de la maîtrise d’ouvrage et des architectes ?

L’entrée Le dispositif de l’entrée a déjà été abordé un peu plus en amont dans ce mémoire sur la question de l’accessibilité PMR. Déjà, on observait une tendance nette à la disparition de cet élément à cause d’une chasse aux mêtres carrés résiduels au profit des pièces principales. Au delà, le dispositif d’entrée souffre d’un effet de la publicité et d’un engouement du décloisonnement provoqué par un effet « loft » 30, qui prôné par certains acteurs du logements et par des journalistes. Et pourtant l’entrée a toujours été un élément important dans la fabrication de la cellule logement, avec un argumentaire qui devrait encourager sa conservation, si ce n’est son retour. Passé la réflexion sur sa fonction technique en tant que sas thermique et phonique entre les espaces communs de desserte de l’immeuble et l’intérieur du logement, cet espace est un véritable sas de transition en terme de statut public et intime. Un manque existe lorsque l’entrée est supprimée et que l’on rentre directement sur le séjour. En effet, les habitants vont générer un « pseudo » sas d’entrée, que ce soit à l’aide de leur mobilier pour séquencer l’espace, (par exemple le canapé mis devant l’entrée mais dos à celle-ci spécifie un espace), ou alors un effet plus proche du bricolage par la mise en place d’un placard devant afin de « camoufler » l’intimité interne du logement. Par quoi s’explique ce besoin des habitants de simuler cet espace ? Tout simplement par le côté rituel qu’il possède. C’est l’endroit où l’on enlève son manteau, ses chaussures 30 - Logement jouissant de grands volumes non cloisonnés et en double hauteur, reprenant faussement le nom d’espaces industriels réinvestis en logements. Cette notion sera étudiée plus tard dans ce mémoire.

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Réinterroger

la cellule d’habitation

Partie 03

parfois, lieu où l’on laisse les effets de la vie extérieure, afin d’entrer dans un lieu plus serein, plus secret, plus intime qu’est le logement... Qu’est son propre logement. L’entrée, c’est l’antichambre du logement. Heureusement, des alternatives ont été trouvées, plus complexes, plus osées, pour détourner l’obligation de suppression. Par exemple l’Atelier Yves Lion, à Villejuif en 1995, propose un ensemble de onze immeubles de 78 logements simplex ou duplex. L’entrée se fait via de belles terrasses qui , à l’image de la maison individuelle, implique une traversée d’un espace semi public extérieur avant de pénétrer son logement. Ainsi, même si le sas d’entrée dans le logement n’existe plus, le franchissement de la terrasse se ré-approprie cette idée de transition. Autre exemple qui s’est démocratisé, l’entrée en chicane reprise dans les immeubles de Vincen Cornu. À Montreuil ces entrées, en plus d’être en chicane, sont équipées de penderies ou de placards toujours dans cette idée « de se débarrasser du dehors  »... L’entrée du logement comme rituel. Et parfois, l’entrée peut aller au delà de son rôle de pénétration dans le logement, puisque doublée, elle permet dans des cas comme des cohabitations diverses, le travail à domicile, d’accentuer un effet d’autonomie ou d’intimité à un membre du groupe à travers une entrée plus libre, (recevoir sans déranger le reste du groupe)... Enfin, une dernière piste a été lancée ces dernières années, amenant une réflexion sur l’entrée intime. Dans certain cas l’entrée se fait via les parties plus privées de la cellule, utilisant le couloir qui desserre les chambres comme un sas, et donc un parcours de l’entrée vers les pièces de vie qui se fait en passant devant toutes les portes. Cette tendance n’est pas habituelle en France puisqu’elle est contraire à la culture française qui fait qu’on ne doit pas rentrer dans les espaces privés, et cela depuis plusieurs siècles. Cependant, cette inversion trouve sa raison dans une recherche de l’optimisation des plans des immeubles et du rapport circulation/logement, avec par conséquent un éloignement des entrées de logements des façades (diminution des espaces communs en cœur d’immeuble), et un séjour qui se trouve dans la diagonale, proche de la façade, bénéficiant ainsi d’un meilleur éclairement comme le fait Bernard et Marie Bühler, rue de Chanzy à Paris.

Le séjour

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C’est la pièce préférée des Français à hauteur de 55% d’après une enquête de 2009 de l’IPEA (Institut de prospective et d’études de l’ameublement). Toujours tiré de


Plans de logements de la ZAC des Hautes Bruyères, à Villejuif (94), Yves Lion Architecte, m.o.o OPHLM de Villejuif (1992)

Cellule d’habitation de l’opération de logements de la ZAC Walwein, à Montreuil (93), de Vincen Cornu, m.o.o Semino-B, SAIEM Montreuilloise d’habitation (2004)

Plans de logements rue de Chanzy, à Paris 11e, Bernard et Marie Bühler architectes, m.o.o Paris Habitat-OPH, (2007)

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Réinterroger

la cellule d’habitation

Partie 03

la même enquête, les Français consacreraient 34,6% de leur budget alloué au logement pour l’aménagement et l’ameublement de cet espace. Elle reste la pièce noble de l’appartement, souvent mise en valeur par la qualité lumineuse, (jouant de nuances, un espace plus sombre étant préférable pour les écrans qui investissent les salons), et la relation qu’elle entretient avec la cuisine et les balcons, jardins d’hiver. Cet espace à malgré tout assez peu bougé, avec soit un accueil de la cuisine dans son espace ou, quand les surfaces le permettent, un travail sur une géométrie plus complexe afin de le séquencer en espaces divers, participant du même coup à une diversité des usages par les membres d’un groupe domestique. Par exemple Gaetan Le Penhuel, dans ces logements à Reims, utilise le bloc de services ( la salle de bain et les WC ), pour diviser le séjour en un espace de réception salon et un autre plus proche de la cuisine qui s’assimilerait à une salle à manger. Cette solution interpelle et ouvre sur de nouvelles voies quand on sait que le séjour reste le lieu de tensions les plus importantes pour les familles avec enfants, les uns voulant recevoir leurs amis, quand les autres veulent lire ou regarder la télévision. Mais malgré son importance dans le cœur des habitants, c’est elle qui est soumise le plus à la loi PMR, amenant de nouvelles problématiques. Bien qu’étant à l’origine la pièce génératrice de convivialité, le lieu de sociabilité de l’appartement, ce rapport se transforme lorsqu’il devient l’espace d’entrée. Cette tendance a longtemps été bannie par la maîtrise d’ouvrage, mais l’arrivée du PMR, oblige parfois les architectes à prendre cette décision. Le séjour devient alors un espace traversé par des couloirs informels qui forcent l’habitant à regrouper son espace de vie au centre de la pièce. Ce principe a pour conséquence la réduction d’une surface réelle de 20m² à une surface habitable de 9m², si ce n’est moins lorsque la cuisine vient en plus lui annexer de la surface en s’ouvrant sur son espace.

La cuisine

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Si un espace a beaucoup évolué ces dernières années, c’est bien la cuisine. Qu’elle est loin la cuisine où l’on prépare les plats, à l’opposé du lieu où on les savoure. La cuisine ne se cache plus, elle s’invite. Mieux, elle se montre. D’ailleurs cette pièce est le deuxième préféré des Français après le séjour. Elle est de plus en plus un espace d’apparat, un espace chaleureux, lieu de rencontre, de réception, où les enfants font leurs devoirs, lieu où l’on fait ses confidences, et un nouveau rapport à l’action de manger sous le signe du plaisir, et moins de la nécessité. C’est un espace où on passe du temps, comme le montre cette enquête sur le mobilier de l’INSEE de 1988 (enquête non renouvelée depuis), où 81,4% des Français affirment prendre leurs petits déjeuners dans la cuisine, 63,5% des dîners dans la semaine, 54,1% des repas le dimanche, et 14,4% des repas avec invités.


«Tourner autour», plans de l’opération de 107 logements collectifs (phase 1), Reims (51), Gaëtan Le Penhuel avec l’Atelier 3 architectes, m.o. L’Effort et le Foyer Rémois (2000).

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Réinterroger

la cellule d’habitation

Partie 03

C’est depuis l’après-guerre que s’est opéré le changement, avec l’arrivée de l’électroménager et la ventilation mécanique, les évolutions sociales (statut de la femme, autonomisation des membres de la famille), et les façons de s’alimenter. Malheureusement il reste un espace technique soumis aux fiches des bailleurs ou promoteurs, requestionné de plus en plus par de nouveaux usages et actes écologiques (tri collectif pour les déchets, micro-ondes, qui font partie de la vie de tous les jours mais qui ne sont pas pris en compte dans les fiches des promoteurs, et encore moins dans les espaces). Ces règles ont tendance à travers les modules réglementaires à faire de ce lieu un espace fonctionnel et technique, avec une qualité de pièce principale mise à mal sous prétexte, une fois de plus d’un gain d’espace comme le montrent les termes « coin cuisine », ou pire, « kitchenette ». D’ailleurs, ce lieu est le plus souvent l’origine des TMA31 (Travaux Modificatifs Acquéreurs) souhaités par les futurs habitants qui achètent leur logement sur plan. Malgré tout, la cuisine est devenue une rivale du séjour en termes de lieu fédérateur, de part la reconquête de la salle à manger, quasi disparue comme pièce, mais pas en termes d’élément propre. Philippe Gazeau dans son bâtiment à Seine Rive Gauche, Paris, a su en faire un lieu habitable qui prend en compte les mœurs de vie mouvante. En effet, sa forme trouve un écho dans la tablette qu’il met en valeur, tablette qui devient l’endroit où l’on peut prendre quelques repas. Mais la cuisine est un lieu que les architectes vont chercher à mettre en relation avec d’autres parties, que ce soit l’entrée et le séjour. À Grenoble, le groupe d’architectes Tekhné a conçu un immeuble de logement avec la particularité d’avoir les futurs acquéreurs comme promoteurs, ce qui amène une différence entre les cellules de logements au nombre de cinq, et autant dans les cuisines. Cette relation peut se trouver à travers des dispositifs oubliés comme le passe plat d’Edith Girard. La cuisine a su aussi développer ses propres déclinaisons, de plus en plus variées. En effet, si on peut trouver la grande cuisine, lieu qui a son identité propre, éloignée non pas pour les odeurs mais parce qu’elle devient le lieu d’intimité familiale à travers l’acte de manger, on trouve à l’opposé la fameuse cuisine ouverte dite « américaine ». Cette cuisine est très présente mais peu appréciée. Elle a été utilisée à maintes reprises par les promoteurs pour réduire les surfaces en l’intégrant dans le même espace que le séjour, (au mieux d’un séjour plus une cuisine de 9m², on a une cuisine-séjour de surface moindre), qui joue de l’apparat, mais qui déplaît par la nécessité d’entretien que

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31 - Les TMA, possibles que dans le privé, permettent de modifier avant les travaux les plans de l’appartement. Cependant, les modifications, passant par les architectes, amènent un coût supplémentaire pour l’acquéreur, et cela si seulement le promoteur en autorise la modification.


Plans de la composition minimal recquise D’après le Référentiel des constructions neuves d’Archipel Habitat, OPH de Rennes Métropole, voir annexe 1.

Logement avec cuisne ouverte sur le séjour mais orienté vers la vue de Seine, ZAC Seine Rive Gauche, Paris 13e, Philippe Gazeau architecte, m.o. Groupe Immobilier 3F 1996 Photo D.R

Cuisine à passe-plat et donnant sur un balcon, vue depuis le séjour. Immeuble de la Rue des Vignoles, Paris 20e. Edith Girard architecte. Photo D.R

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Réinterroger

la cellule d’habitation

Partie 03

cela engendre. Cette cuisine pose un problème d’intimité, chère aux yeux des habitants puisqu’ils n’étaient que 6% à la choisir en 1947, contre... 6% aujourd’hui. La cuisine Living Room de Mobalpa à encore du chemin à faire si elle veut séduire les habitants... On trouve aussi la cuisine équipement, cuisine comme coin du séjour, avec les équipements alignés le long du mur, comme peut l’être les autres mobiliers du séjour. Erik Van Egeraat Associated Architects (EAA) utilise cette technique dans ses logements du Monolithe à Lyon, avec une cuisine qui fait partie intégrante du salon, sans réelle dissociation. Cette solution rapproche la cuisine d’un mobilier de plus qui pourrait s’assimiler à un placard. Lors du PAN de 1987, certains concourants, J.Delsalle et J.B Lacoudre, avaient émis l’idée d’une cuisine placard camouflée derrière des panneaux coulissants, solution qui se rapproche du dernier dispositif : la cuisine laboratoire. Ce dispositif fermé, intègre l’alignement des modules de cuisine demandés par la maîtrise d’ouvrage, ce qui en fait un lieu fonctionnel à l’espace rentabilisé, ressemblant plus à un couloir qu’une pièce. Son existence peut venir de plusieurs faits, puisqu’on est bien loin de la convivialité prônée par cet espace aujourd’hui. Peut être que la source de plaisir de manger trouve sa consistance dans un autre espace que celui de la préparation, ou alors à travers les changements d’alimentation qui nécessite peut être moins la cuisine, voire une demande plus stricte du cahier des charges de la maîtrise d’ouvrage. Tétrarc reprend ce système dans leurs logements de l’île de Nantes, le projet Arborea, qui joue d’une parois coulissante afin d’ouvrir l’espace cuisine sur le séjour. Enfin comment imaginer la cuisine sans ses annexes, comme le cellier qui tend à réapparaître, et qui apporte une qualité supplémentaire à la cuisine ? Patrice Mottini va même dans une opération de logement à Reims, intégrer un balcon vitré qui lui est dédié. Alors peut-on imaginer la suppression de l’élément cuisine quand certains modes de vie, changements alimentaires, peuvent modifier notre manière d’envisager nos repas qui, selon l’humeur, l’appétit, se prend sur un coin de table, dans sa chambre, sur le balcon ?

La salle à manger

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Abordée à travers le séjour ou la cuisine, la salle à manger est aujourd’hui un espace disparu au profit des deux espaces nommés avant. Bien entendu, cet espace existe toujours mais pas en tant que pièce définie, plus en tant qu’espace attribué. à l’origine, cet espace est un dispositif spatial de l’habitat bourgeois. Sa condition impliquait une connexion avec la cuisine, qui bien que séparé physiquement, se retrouvait à travers l’acte de manger, tout en conservant un éloignement qui au XIXe se faisait à cause des


Publicité de Mobalpa sur la «cuisine Living», 2011

Logement avec cuisne ouverte dans le Monolithe, Erik Van Egeraat Associated Architecte (EAA), ZAC Confluence, Lyon (69) m.o. ING Real Estate - Atemi

Logement île de Nantes, Tétrarc, m.o. Lamotte Consructeur Nantes, 2006

Cellule de logement du Jardin de la Vesle, Reims (51), Patrice Mottini architecte, m.o. L’Effort Rémois (2001)

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Réinterroger

la cellule d’habitation

Partie 03

PAN 14 1987 - Cellule logement mise au point par l’équipe SAXO, dans leur projet «L’espace temps» Source : Penser l’Habité le logement en question PAN 14, Monique Eleb-Vidal, Anne-Marie Chatelet, Thierry Mandoul, deuxième édition, édition Pierre Mardaga éditeur, Juin 1988 page 70

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«Tourner autour», plans de l’opération de 107 logements collectifs (phase 1), Reims (51), Gaëtan Le Penhuel avec l’Atelier 3 architectes, m.o. L’Effort et le Foyer Rémois (2000).


domestiques et des maîtres, alors qu’aujourd’hui il se justifie par un espace qui devient un lieu de repas, intime pour la famille, et occasionnellement de réception, mais dans un but précis : manger. L’équipe SAXO, qui a présenté lors du PAN de 1987 la théorie des «  chambres de jour  », citée précédemment 32, en fait le lieu de sociabilité du logement, un espace central, proche de la cuisine qui s’appuie sur le repas comme élément de convivialité et de sociabilité, lieu où on se retrouve le week-end, au moment où les rythmes de vie sont identiques. Gaëtan Le Penhuel, dans son opération de logements à Reims, a réintégré la salle à manger au delà de la simple annexe du séjour ou de la cuisine, mais bien comme un espace à part entière, espace en connexion. Cette connexion avec le séjour implique a fortiori une relation entre le séjour et la cuisine, où la salle à manger devient espace tampon, qui en fait un espace rituel dans l’acte de manger et de réception. La réception se commencera au salon, avant de se poursuivre dans la salle à manger, qui par l’acte de manger sera en relation avec la cuisine, avant de retourner au salon. Cela montre qu’un dispositif architectural bien pensé peut servir à la renaissance d’un espace oublié et pourtant important dans l’inconscient communautaire.

La salle de bain La salle de bain est le dispositif le moins apprécié des Français, avec seulement 1,3% de la population d’opinion favorable, (toujours selon l’enquête de l’IPEA de 2009), car elle est rarement éclairée naturellement. Cette habitude de préférer les bâtiments épais et moins coûteux, ainsi que la mécanisation et l’arrivée de la VMC, a eu pour conséquence la suppression de la fenêtre de la salle de bain. Les Français d’ailleurs lui assignent le plus petit budget avec seulement 3,5% du budget total qu’ils consacrent au logement, ce qui étonne lorsque l’on sait que la notion de plaisir au soin du corps est une tendance en nette progression. De plus, les Français sont souvent mécontents de cet espace. Le manque de rangements, le manque d’éclairage et une ventilation trop présente ou absente par le manque d’ouverture, sont les plaintes qui reviennent le plus souvent. Car en soit, l’espace et la lumière sont deux conditions qui permettraient de matérialiser les revendications légitimes pour le bien être corporel. La salle de bain a tout de même vue sa surface augmenter, en partie en raison des normes PMR, comme nous l’avons déjà expliqué, mais partiellement disponible lorsque les WC s’y installent. La loi PMR empêche parfois l’aménagement de la salle de bain comme le souhaiterait 32 - Voir la deuxième partie «Evolutions sociologiques, normatives et surfaciques» page 47

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la cellule d’habitation

Partie 03

Cellule de logement du Jardin de la Vesle, Reims (51), Patrice Mottini architecte, m.o. L’Effort Rémois (2001)

La salle de bain éclairée naturellement avec coin buanderie. Passage Lacour, Saint-Ouen (93), Paul Chemetov et Borja Huidobro architectes, m.o. Semiso, 1997

Plan d’étage de l’opération «la Salière», à Grenoble (38), Christian Chalignon et Sarah Véricel, Tekhné architectes m.o. Collectif la Salière (5 familles), 2006

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les occupants. La baignoire, marqueur social, a tendance à revenir dans les logements français (et cela malgré le tournant du XXe siècle de la France vers la douche, douche qui reste la plus présente, de part son côté plus économique et moins consommateur), se voit souvent refoulée au profit d’une douche plein pied qui ne gène pas la rotation du fauteuil PMR. Ce problème récurrent dans les salles de bain, encore confrontées à une offre d’équipements bien trop grands par rapport à la pièce, due à un marché qui se tourne plus sur le logement individuel. Une salle de bain qui se résume alors très rapidement à un lieu d’hygiène rudimentaire, très loin du lieu de plaisir qu’il pourrait être, correctement aménagé. Et encore, s’il n’y avait que ça. Malheureusement la salle de bain souffre souvent d’un manque de rangements, voir d’un lieu pour y intégrer un lave linge, qui dans la cuisine est mal perçu. Car le linge c’est à la fois la fierté des gens, et en même temps, le laisser sécher dans l’appartement, c’est comme laisser un peu de son intimité aux yeux des visiteurs. Patrice Mottini fait de l’espace balcon-cellier de sa cuisine un espace commun à la salle de bain permettant d’avoir un lieu fermé, pour y mettre son linge. Autre opération, celle de Paul Chemetov et Borja Huidobro à Saint-Ouen qui intègre une buanderie qui suit la salle de bain, annexe très appréciée en terme de rangement et de lieu de séchage du linge. La Salière, l’opération auto-promue par les acquéreurs de Grenoble, citée plus haut, intègrent des petites salles de bain, proches des façades, mais parfois directement intégrées à la chambre. Ce n’est pas anodin. La salle de bain reste une pièce qui est une relation directe à soi-même, un travers l’hygiène de son corps, un moment intime. C’est un espace, qui lors d’une collocation est source de conflit, puisqu’il impose des règles diverses dans un contexte de respect des autres, bien plus important que dans le séjour par exemple. Ainsi, proposer des salles de bain individuelles aux chambres est un moyen de venir supprimer des tensions tout en accompagnant un désir de l’intime plus marqué de cet espace. C’est ce qu’a fait l’Atelier Yves Lion , à Villejuif, en proposant à chaque chambre une salle de bain, permettant une intimité, une autonomie des membres. Cependant, un couple partageant la salle de bain de la chambre peut être dérangé si les deux personnes ne partagent pas un créneau horaire identique.

La chambre La chambre est le lieu qui est meublé et décoré le premier au moment de l’aménagement et à plusieurs étapes pour les chambres accueillant les enfants. Si acheter un lit est une nécessité, la décoration de l’espace, lui, se fait après le reste

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Réinterroger

la cellule d’habitation

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Plans de logements de la ZAC des Hautes Bruyères, à Villejuif (94), Yves Lion Architecte, m.o.o OPHLM de Villejuif (1992)

Photo salle de bain de logements de la ZAC des Hautes Bruyères, à Villejuif (94), Yves Lion Architecte, m.o.o OPHLM de Villejuif (1992) Photo D.R

PAN 14 1987 - Cellule logement mise au point par l’équipe SAXO, dans leur projet «L’espace temps» Source : Penser l’Habité le logement en question PAN 14, Monique ElebVidal, Anne-Marie Chatelet, Thierry Mandoul, deuxième édition, édition Pierre Mardaga éditeur, Juin 1988 page 70

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de l’appartement, car la chambre est généralement considérée comme le lieu refuge de l’intimité, celui qu’on ne montre pas, et qui ne nécessite donc pas une décoration immédiate. C’est une pièce qu’on montre avec réticence, encore plus lorsque le manque de rangements implique un usage particulier de la chambre comme lingerie ou espace de séchage du linge. C’est pourquoi, et contrairement a ce qu’on pourrait croire, la chambre est un lieu mal aimé. En effet, toujours à travers l’enquête de l’IPEA de 2009, seul 5,3% des Français considèrent la chambre comme leur pièce préférée. De plus, seulement 8,1% la considèrent comme une pièce à vivre. D’où peut provenir un tel malaise ? Peut-être cela vient-il de la façon de concevoir les chambres dans la cellule. Le «  bon sens  » prôné par les maîtres d’ouvrage, invite les architectes à concevoir deux types de chambres, la première dite «  chambre principale  » et anciennement appelée «  chambre parentale  », est la plus grande, et qui, dans la pensée des concepteurs est souvent destinée aux parents. Cette chambre, unique généralement dans l’appartement, est souvent celle qui est conçue aux normes PMR, avec une surface tournant autour de 12-15m². Le deuxième type appelé « chambre secondaire » ou « pour enfant », est plus petite (9m² généralement), est admise à recevoir les enfants dans la pensée des concepteurs. Cependant, la grande chambre est rarement utilisée par les parents qui la laissent aux enfants, aptes à recevoir les rythmes de vie qu’ils ont. Car les enfants vivent dans leur chambre, ils jouent, travaillent, reçoivent leurs amis... Bref, elle est mouvante. C’est une pièce qui n’a la dénomination de chambre seulement parce qu’elle accueille un lit. Elle devient un lieu de sociabilité. Par essence, on y retrouve presque la notion et la définition qu’elle avait au XVIIIe dans l’habitat bourgeois, un lieu de réception privée, à l’échelle aujourd’hui d’un enfant, et même de l’adolescent qui en fait un véritable séjour protégé. Le projet du PAN de 1987 de SAXO (cité plus haut sur le context de la salle à manger), et leur « chambre de jour » est un exemple révélateur de questionnement que doit porter l’architecte et la maîtrise d’ouvrage au dispositif qu’est la chambre. C’est un lieu polyfonctionnel, qui se doit d’évoluer avec l’enfant qui l’habite, et cette évolution constante de l’espace explique le fait que la chambre principale est souvent laissée aux enfants, quand les parents vont dans la chambre plus petite. Chambre qui se recoupe presque avec la relation stable que les adultes entretiennent avec cet espace. C’est le lieu de repos, ou parfois on aime à se retrouver seul, pour lire, mais aussi lieu des ébats du couple, élément qui soulève la question de la notion d’intimité, et donc du rapport que les chambres entretiennent entre elles... Sont elles accolées comme c’est souvent le cas ou séparées par d’autres éléments du logement ? Des dispositifs existent comme celui de déplacer une chambre à l’entrée de l’appartement, qui par son emplacement lui apporte une certaine autonomie et une relative indépendance. Ce un dispositif s’est développé dans le public et qui a été

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repris par les promoteurs privés, lorsqu’ils ont remarqué le côté pratique qu’il possédait lorsqu’un enfant devient adolescent, ou jeune autonome, voir quand un parent devait cohabiter avec la famille classique. Ce dispositif est utilisé par exemple à travers l’opération du Monolithe à Lyon, par l’architecte Erik Van Egeraat qui le met en place dans le fragment de bâtiment qui lui était attribué , ou encore dans l’opération de logement du parc André Citroën à Paris de Christian Devilliers, les deux plaçant la chambre à l’entrée de l’appartement en y intégrant sa propre salle de bain, ce qui facilite son autonomie et favorise l’intimité. Enfin, il est possible de venir mettre une chambre attenante au salon, et donc desservie par ce dernier. Ce dispositif bouscule la partition jour-nuit classique du logement mais décuple les usages de cette pièce. Au delà de la chambre, elle peut être bureau, salle à manger, cellier. Cependant, utilisée comme chambre par une famille classique, elle oblige presque les parents a s’y installer, « obligés » disent-ils s’ils veulent conserver la maîtrise du séjour, acceptant du coup de subir un problème d’intimité lié à la proximité du salon.

Balcons, loggia et jardins d’hiver L’origine du balcon se situe en Espagne, autour de la Plaza Mayor. Là, il faisait office de gradin afin d’observer la foule où les défilés, si ce n’est pour se montrer et être soimême observé. Le balcon est arrivé en France pour le logement « collectif » qu’à partir de la période haussmanienne, et surtout celle des provinces, à l’image d’étroites galeries d’environ 1,20m de profondeur au XIXe siècle. «  Autrefois rehaussé, hiérarchisé, individualisé, il sera progressivement ravalé au rang de coursives banalisées. On retrouve le système des plazas mayores, mais inversé : le spectacle est à l’intérieur de chaque foyer, ni collectif ni véritablement individuel, ni totalement secret, ni totalement privé. L’important est de ne rien exhiber pour ne pas trahir la communauté : la ligne de jointure du balcon entre espace public et privé doit devenir paradoxalement le premier « no man’sland » de la modernité » 33. L’usage des balcons va ainsi radicalement se modifier, utilisé à l’inverse de son sens premier, puisque ces espaces ne seront plus destinés à abriter du soleil mais à préserver le linge de la pluie. Usage que la maîtrise d’ouvrage va prendre comme un acte (inconscient) de dénonciation des manques des logements proposés aux habitants, à travers le dépôt et l’accumulation de tout ce qu’ils ne pouvaient ranger à l’intérieur. La population exprimait ainsi l’insuffisance de surfaces de rangement à l’intérieur de la cellule de logement, 78

33 - Bruno Vayssière in Reconstruction – déconstruction, aux éditions Villes et Sociétés, page 263


le Monolithe, Erik Van Egeraat Associated Architecte (EAA), ZAC Confluence, Lyon (69) m.o. ING Real Estate - Atemi

Un plan centré avec séjour distributif, avenue de l’Arche, ZAC des Fauvettes, Courbevoie (92), Christophe Ouhayoun et Nicolas Kiesel (Koz) architectes, m.o. Groupe Immobilier 3F (2007 - 2010)

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comme l’absence de cellier ou de buanderie, ou encore l’espace dérisoire que représentait le balcon, qui par sa taille (parfois ridicule), doublée d’une intimité inexistante, ne pouvait avoir l’usage que d’un débarras privé à ciel ouvert. Le balcon et la terrasse, sont pour les habitants bien plus que des annexes extérieures du logement, et par conséquent doivent pouvoir générer une intimité à la même échelle que le logement, avec la condition de voir mais sans être vu. C’est pourquoi cet espace est 9 fois sur 10 la « panacée des réhabilitations », avec cette idée qui s’inscrit de plus en plus, que seuls les balcons seraient capables de guérir les maux architecturaux que connaît le logement aujourd’hui. Ainsi, il a connu de nombreux changements lors des dernières décennies, comme sa transformation en véritable pièce en plus, à travers le thème de la double façade et des jardins d’hiver, thème déjà abordé en amont avec les architectes Lacaton et Vassal et leur opération de requalification du Bois le Prêtre 34. Ce système permet de générer des usages nouveaux et une relation au logement et aux pièces variable selon les temporalités de l’année. Dans le même esprit, la paroi amovible est un autre dispositif mis de plus en plus souvent en place dans les opérations de logements. Un exemple proche de nous puisque l’Atelier d’Architecture Yves Marie Maurer utilise ce dispositif dans ces logements du Jardin des Brasseurs, à Rennes (35), qui procure aussi le même sentiment de pièce en plus, et d’usages variés. On trouve aussi le thème de la pièce extérieure, élément traité dans le projet d’Edouard François à Montpellier, qui installe des boîtes largement décollées de la façade, auxquelles on accède via des rampes, véritable petit salon ou salle à manger, mais par conséquent en extérieur. Cependant, cet espace extérieur très apprécié par les habitants qui en possèdent, peut être soumis à des difficultés de mise en place. Et ce à cause des normes PMR. En effet, le traitement des ponts thermiques implique parfois des interventions dures, sans qu’il y ait pourtant un seuil supérieur à 2 cm entre l’extérieur et l’intérieur afin de permettre l’accessibilité des personnes à mobilité réduite. Mais, le combat contre les infiltrations d’eaux impose un ressaut obligatoire, maximum de 2 cm. Ces éléments provoquent parfois des impossibilités d’accéder aux terrasses et balcons, dispositifs qui auront tout de même reçus un VISA positif des bureaux de contrôle. La conséquence, l’accessibilité totale à tout espace extérieur revient à fabriquer « de véritables machines à gaz » à fort surcoût et à mauvaise pérennité. 80

34 - Voir Lacaton et Vassal page 51


Barres de la reconstruction construitent dans le sud de Rennes (35), dans le quartier Bourg-L’Evèque. Elles possdent de petits balcons sans intimité e trop petits pour un autre usage que un débarras. Photo : Joseph Quemard

Le Jardin des Brasseurs, ZAC Saint Hélier - Rennes (35) Atelier d’architecture Yves Marie Maurer et Catherine Proux architecture. m.o. Groupe OCDL Giboire, 2013 Balcons fermables. Photo : Michel Denancé

Château-Le-Lez, Montpellier (34), Edouard François architecte, m.o. Pragma Immobilier, (2000) Photo D.R

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Les rangements L’absence ou l’insuffisance de rangements, est, avec les nuisances sonores, un des problèmes récurrents. Avoir des rangements dans son appartement devient de plus en plus synonyme de luxe. Mal pris en compte dans la conception de logements neufs, il a trop souvent été négligé impliquant, et nous l’avons déjà cité plus haut, des interrogations quant à la question du linge, ou encore des outils utiles au nettoyage, « soutien nécessaire à la détente chez soi ». L’harmonie du logement et le calme sont liés à la capacité qu’offre le logement « de cacher les embarras » selon l’expression de Palladio. 35 Les cahiers des charges de la maîtrise d’ouvrage indiquent parfois l’obligation d’un seul placard dans la chambre, si la demande n’est pas un linéaire métré à diviser selon les envies de l’architecte à travers l’appartement, linéaire fluctuant selon la taille des typologies. 36 On l’a vu, les règles PMR influencent la présence des rangements 37, qui si nécessité il y a au moment de l’accueil de la personneà mobilité réduite, est simplement supprimée pour permettre son retournement, affaiblissant le linéaire initialement établi, et qui ne trouve pas de remplacement ailleurs dans le logement. Et pourtant le rangement c’est important. Au delà des plaintes émises, on s’aperçoit à travers l’opération auto promue La « Salière » à Grenoble, que les entrées souhaitées sont souvent larges afin d’accueillir des rangements eux aussi conséquents. Certains architectes n’hésitent plus maintenant a utiliser le rangement comme un véritable dispositif spatial. En effet, correctement pensé et amené dans la cellule, le rangement peut permettre de venir qualifié, isolé les autres dispositifs de la cellule. On notera l’exemple de l’Atelier Bob 361, qui utilise un assemblage de deux rangements mis dos à dos pour créer un bloc central. Ce système permet d’avoir une entrée spacieuse qui dessert à la fois le séjour et de l’autre le couloir qui donne accès aux chambres. La «  maison rouge  » de Marjolijn et Pierre Boudry, à Ivry sur Seine, développe également un mur de placards pour les 8 logements. Ils séparent ainsi l’entrée, un couloir et la partie nuit du séjour, amenant une meilleure isolation phonique entre les espaces qui composent la cellule. Malheureusement, on ne peut que regretter la disparition des grands rangements que sont le cellier ou le dressing, qui malgré la difficulté ont une tendance à revenir, sous forme de pièces en plus extérieures. Cependant, on peut observer leur mise en place sur les terrasses ou balcons, comme par exemple les logements de Loeiz Caradec

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35 - Les quatre Livres de l’Architecture, 1750. 36 - Voir Annexe 1 : Extrait du Référentiel constructions neuves de Archipel Habitat OPH de Rennes Métropole. 37 - Voir extrait Annexe 2 : «Circulaire Interministérielle n°DGUHC 2007-53 du 30 novembre 2007 relative à l’accessibilité PMR - Annexe 6 : Bâtiments d’habitation collectifs neufs».


Plan d’étage de l’opération «la Salière», Grenoble (38), Christian Chalignon et Sarah Véricel, Tekhné architectes m.o. Collectif la Salière (5 familles), 2006

Plans delogements avec assemblage de deux placards dos à dos pour créer un bloc central, Opération rue de la Colonie, Paris 13e, BOB 361 architectes, m.o. RIVP (2003)

Mur de placards aménagés dos à dos et ouverts des deux côtés, «Maison rouge», Ivry-Sur-Seine (94) Marjolijn et Pierre Boudry architectes, m.o. SVC Maison Rouge (2009)

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Façade où l’on devinne les celliers de balcons. ZAC La Courrouze, Rennes (35) Loeiz Caradec et Françoise Risterucci architectes, m.o. Aiguillon Construction, 2012 Photo : Joseph Quemard

Le Jardin des Brasseurs, ZAC Saint Hélier - Rennes (35) Atelier d’architecture Yves Marie Maurer et Catherine Proux architecture, OCDL Groupe Giboire, 2013 Celliers sur coursive Photo Michel Denancé

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et Françoise Risterucci architectes à la Courrouze à Rennes, qui proposent des celliers extérieurs. On observe aussi des rangements individuels dans les espaces communs de dessertes du logements, comme dans l’opération du Jardin des Brasseurs de l’Atelier d’Architecture Yves Marie Maurer, à Rennes.

La pièce en plus C’est un système qui s’exprime à travers plusieurs essais de spatialisation depuis les années 1970. Portant plusieurs noms, elle est l’outil qui appelle de la surface supplémentaire non attribuée à un usage. On nottera les noms suivants : espace initiateur d’appropriations, la pièce inutile, la petite pièce inutile, l’espace de dégagement, l’espace de réserve, la pièce complémentaire, l’alcôve, et enfin, la pièce en plus. George Pérec écrivait ceci : « J’ai plusieurs fois essayé de penser à un appartement dans lequel il y aurait une pièce inutile. Ça n’aurait pas été un débarras, ça n’aurait pas été une pièce supplémentaire, ni un couloir, ni un cagibi, ni un recoin. Ç’aurait été un espace sans fonction. Ça n’aurait servi à rien, ça n’aurait renvoyé à rien. » «  Il m’a été impossible, en dépit de mes efforts, de suivre cette pensée, cette image jusqu’au bout. Le langage lui même, me semble-t-il, s’est avéré inapte, à décrire ce rien, ce vide, comme si l’on ne pouvait parler de ce qui est plein, utile, fonctionnel. » 38 Cet espace, caractérisé par l’impalpabilité des usages qu’elle peut amener à créer, permet aux habitants qui vont suivre leurs prédécesseurs, de faire des choix d’aménagements différents, selon leurs envies et besoins. Car l’impression d’avoir le choix compte plus que l’utilisation réelle. Concrètement on peut en observer la mise en place à travers un très bon exemple dans l’opération de logements des architectes Pierre du Besset et Dominique Lyon, ZAC Jean Bouin a Gagny(93), qui intègrent une pièce de 7m² dans tout les logements, contiguë à la cuisine et séparée par une cloison, ce qui donne à celle-ci la possibilité de devenir rapidement une extension de la cuisine portant celle-ci à 18m², qualité qui se retrouve dans la relation qu’elle entretient également avec le séjour. En outre, si elle suit des espaces forts de l’appartement, elle devient véritable espace servant, une extension possible si ce n’est des possibles. L’équipe Boskop à Nantes va également proposer leur propre traduction de cette pièce en plus, à travers un espace satellite nommé «  +  », non rattaché physiquement puisqu’il est placé de l’autre côté du jardin, proposant une surface équivalente à la superficie des pièces qui composent la cellule première. Ces espaces proposent alors 38 - in Espèces d’espace, Edition Galilée, 1974

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la cellule d’habitation

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La pièce supplémentaire, Zac Jean-Bouin, Gagny (93), Pierre du Besset et Dominique Lyon architectes, m.o. Travail et propriété (1998)

La Sècherie, La BottièreChénaie, Nantes (44), Boskop architectes, m.o. Atrealis Promotion (2008)

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Coupe des logements, Cité Manifeste de Mulhouse (68), où la hauteur sous plafond des séjours atteint 3,20m. Lacaton et Vassal architectes (2005)


un véritable étalage d’usages, qui se nourrissent de l’intimité proposée par ce dispositif. Enfin certains architectes vont plus loin comme Jean Nouvel, Anne Lacaton et Jean Philippe Vassal, qui proposent des variantes de la pièce en plus avec leurs garages et combles dans la cité manifeste de Mulhouse, espaces réintégrés et détournés dans une polyfonctionnalité. En effet, ils peuvent servir de lieux de regroupement pour une famille recomposée comme soupape de sécurité, comme d’un lieu de bricolage, d’un lieu pour jouer sur les écrans sans déranger la sociabilité des autres membres du groupe domestique, de bibliothèque, de salle de musique, ou encore de demeure pour la jeune fille au pair... Cet exemple transcende ainsi les qualités qui font la pièce en plus, lui assignant un gage de sociabilité comme d’intimité, au moyen des possibilités qui peuvent faire d’elle un lieu de réception, comme une chambre d’ami (face à la tendance de plus en plus actuelle à passer ses vacances chez ses amis), voire une chambre pour loger la personne aidante pour un habitant handicapé, etc. En somme, un espace qui sert les mœurs d’une population qui évolue toujours plus vite.

Les couloirs Un espace souvent oublié, parfois volontairement, ou à cause de l’usage qui lui est attribué. Le couloir est un espace mal aimé par le Mouvement Moderne car il représentait à lui tout seul un gâchis d’espace. C’est vite oublier qu’il a été une révolution à travers le logement haussmannien que nous avons cité dans notre première partie. Au delà du simple rôle de desserte qu’on lui alloue si facilement, le couloir est un lieu tampon à travers les dispositifs qui composent l’appartement, à travers un sas qui se veut finalement fonctionnel et relationnel. Il est le lieu qui accueil le sale, le bruit, le désordre loin des espaces intimes ou des espaces plus nobles. C’est là aussi que des usages, qui ont été oubliés dans la pensée conceptrice des architectes et de la maîtrise d’ouvrage, trouvent leur place, comme le linge qui y sèche ou encore le bricolage. Sa largeur est donc appelée à évoluer, car si pour l’instant elle est soumise à la loi PMR, 0,9m pour une unité de passage, 1,20m par la présence de portes, augmenter sa largeur c’est aussi y intégrer tous les usages perdus. Il en devient le dépositaire dans une volonté qui suit une logique déjà émise par Andrea Palladio, qui écrit la nécessité que pour « bien distribuer l’habitation, les pièces doivent être placées de façon à s’entre-servir » 39 le mieux possible en proposant des pièces principales et des pièces qui les servent, ces dernières pouvant accueillir le dispositif « couloir ». 39- in Les quatre livres de l’Architecture, 1750

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Composer la cellule d’habitation

principes de partitionnement

La bipartition Cette partition du logement est la manière la plus courante de générer le logement, avec une démocratisation qui s'est faite en France lors de la période qui a suivi la Seconde Guerre mondiale avec les grands ensembles comme figure de proue. Généralement ce sont les appartements de trois à quatre pièces qui obéissent à cette règle qui partitionne l'espace de la cellule en deux parties distinctes selon les usages de jour ou de nuit, dans un souci issu de l'architecture statistique de vouloir définir les usages du logement. Ainsi, un plan bipartitionné privilégiera le séjour et la cuisine dans une partie nommée partie publique (si on se réfère à la définition du logement du ENL cité précédemment), nommée plus coin jour, puisque ces deux espaces sont censés être des lieux ou le groupe familiale est censé se retrouver, lieux de convivialité, vecteur de rassemblement. A l'inverse, les chambres et les blocs humides iront dans une zone indépendante, espace qu'on nommera zone privée ou coin nuit, puisqu'il est censé regrouper les éléments à l’usage essentiellement du sommeil et de l'hygiène du corps, point intime de la personne. L’espace nuit est utilisé comme préservation de l'intimité, un refuge du non vu et du sale, que l'on ne veut pas montrer, même à des amis qu'on reçoit, provoquant une gène non dissimulée. Renzo Piano dans ces logements rue de Meaux, génère des cellules qui arrivent à conserver l'intimité des pièces du bloc nuit, à travers un séquençage hiérarchique de l'appartement, allant du public vers l'intime. Un principe qu'il tire de la continuité d'une réflexion généralisée sur les transitions qui conduisent de la ville vers son logement (public à travers la ville, semi public avec l'îlot, privée avec le logement). Cependant, les modes de vie bouleversent cette partition du logement, rendue caduque par la remise en question des éléments de composition de la cellule logement, eux aussi mouvant. En effet, est-ce que le séjour d'aujourd'hui est le même que celui d'il y a cinquante ans ? Question légitime quand on observe les différents modes de vie qui ont pris

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la cellule d’habitation

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Bande publique - service

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Bloc jour «semi -public»

Bloc Nuit «privé»

220 logements Rue de Meaux (93), Paris 19e, Renzo Piano Building Workshop, m.o. Régie immobilière de la Ville de Paris et les Mutuelles du Mans (1991)


possession du logement. La chambre est-elle seulement un lieu que l'on doit cantonner à l'espace nuit, puisqu’elle ne reçoit que l'acte de dormir ? On l'a vu, les enfants démontrent que leur chambre est bien plus qu'un espace de repos. Enfin, est-il raisonnable d'obliger des espaces qu'on stigmatise par leurs usages à cohabiter dans un même segment de la cellule logement ? Est-ce que les chambres du logement doivent être les unes à côté des autres ? Ce partitionnement, issu d'une réflexion passée est en phase de ne plus être l’unique réponse à l'agencement du logement. Nous l'avons vu, les composants « pièces » évoluant avec les usages, il est évident que leur agencement entre eux, ainsi que leur rapport, au sein de la cellule est appelé à évoluer aussi.

La tripartition La tripartition est un élément qui vient réinterpréter les dispositifs qui composent la cellule comme réflexion qui va porter sur le regroupement des dispositifs considérés comme des services afin de dégager des surfaces libres de contraintes et de proposer une écriture de l'ensemble différente de la cellule. Généralement, cette manière de faire le logement s'inscrit à travers un besoin de regroupement des éléments techniques, qui permettait de rationaliser leur positionnement et minimiser l'impact et le coût de mise en place. Cependant, les architectes ont vu à travers ce regroupement technique un moyen de questionner la bipartition largement généralisée dans le logement, en organisant le logement de façon à générer des espaces mieux qualifiés, qui peuvent réapparaître, voire qui peuvent se créer. Certaines opérations illustrent ce renouveau partitionnel de la cellule logement, comme c'est le cas des trois exemples qui vont suivre. Philippe Dubus, dans son opération du Bois Habité à Lille, vient proposer un regroupement des WC, de la Salle de bain et des rangements dans un bloc central, agençant l'appartement en trois segments, l'espace nuit (les chambres), l'espace d'entrée technique et l'espace réception jour. Cependant, sa position au cœur d'une grande surface ouverte, transpose ce bloc technique comme l'aménageur de l'espace jour, créant ainsi une circulation en boucle qui fait le lien entre le séjour, un vrai sas d'entrée et les chambres. Cela permet de créer des espaces divers suffisamment larges pour recevoir des usages multiples, bien plus variés que le simple dispositif relationnel et traversé qu'aurait été le couloir en temps normal. 91


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la cellule d’habitation

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Plans de logements dans l’opération du Bois Habité, Lille (59), avec un bloc central regroupant cuisine, WC, salle de bains et rangements. Philippe Dubus architecte, m.o. Palm Dubois promotion (2007)

«Tourner autour», plans de l’opération de 107 logements collectifs (phase 1), Reims (51), Gaëtan Le Penhuel avec l’Atelier 3 architectes, m.o. L’Effort et le Foyer Rémois (2000).

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Plans delogements avec assemblage de deux placards dos à dos pour créer un bloc central, Opération rue de la Colonie, Paris 13e, BOB 361 architectes, m.o.o RIVP (2003)


Dans le même esprit l'opération d'Atelier 3, conçu par Gaétan Le Penhuel, déjà pris pour exemple, utilise la tripartition afin de générer bien plus qu'une séparation de l'espace jour et nuit. En effet, bien qu'on observe des logements organisés autour d'un bloc salle de bain-WC qui structure le plan et évite une circulation en cul de sac, il explose le bloc nuit, à travers des chambres disposées aux extrémités d'une des diagonales de l'appartement. Ces chambres retrouvent alors une véritable intimité qui leur est propre tout en gardant un rapport égalitaire au reste du séjour, rapport qui font d'elles de véritables nids à usages aussi divers que variés. Dernière opération du groupe Bob 361, déjà cité un peu plus haut à travers leur travail sur un bloc de rangements générateur de l'entrée. Ce bloc intègre une bande centrale de services qui comporte alors l'entrée, les rangements, la salle de bain et les WC, générant pour les appartements une tripartition qui exprimée par une limite séparative des blocs jour et nuit, disposés de part et d'autre.

Duplex, Loft et variation de hauteur Si les deux règles de compositions précédentes s'attachent aux logements simplex (un seul niveau), le duplex lui définit les logements qui possèdent deux niveaux, (un triplex s'ils en possèdent trois, etc). Souvent il se nourrissait de la bipartition, l'étage d'entrée recevant les éléments du bloc jour alors que l'étage devenait dans son ensemble le refuge de l'intimité en intégrant les éléments du bloc nuit. Par exemple, Le Corbusier intègre pleinement ce principe dans ses Cités Radieuses, qui se composent presque essentiellement de duplex, qui par leur forme, sont les appartements le plus proche de la maison individuelle , si chère au cœur des français. Cependant, les duplex et l'ensemble des appartements étagés ont vu leur disposition changer, que ce soit leur intégration au sein des immeubles, ces appartements n'étant pas obligatoire dans les immeubles de moins de quatre étages ou moins de quinze logements, ou à cause de l'accessibilité PMR, qui impose une cellule de vie au niveau d'entrée de ces appartements ou la création d'une autre porte d'entrée aux autres étages au cas où la cellule de vie n'est pas entière au premier niveau. Ainsi, l'escalier qui représentait la frontière physique et subconsciente du public et de l'intime dans l'appartement, perd son rôle quasi sacré pour ne devenir qu'un espace technique de desserte au sein de l'appartement. Heureusement, cette perception de frontière de cet élément persiste dans l'inconscient de la population, comme persiste cette mystification de l'étage, quand il n'amène pas une qualité spatiale à certains espaces à travers des doubles hauteurs généreuses (trop parfois pour des promoteurs qui y voient

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la cellule d’habitation

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une perte de surface qui aurait pu permettre d'autres pièces). Question : ces contraintes auront-elles raison d'un type de logement de plus en plus attractif pour les français ? Pour l'instant non. Et ce grâce à un dispositif qui n'est autre qu'une déclinaison de ces systèmes de duplex et qui porte un nom tout aussi détourné... Le Loft. Le loft, dont l’origine provient de grands espaces industriels (usine, … ) regroupe les caractéristiques spatiales d'un lieu de travail réinvesti en habitation conservant le décloisonnement de l’espace. Objet de désir, détourné par la mode comme arrière fond, le loft offre une qualité d’espace qui lui est propre : il s’extrait de la production de logements actuels par une spatialité très flatteuse et photogénique, grâce à de grands volumes en double hauteur. Cependant, ce dispositif perd son charme une fois qu'une famille s'y installe, et qu'elle s’aperçoit qu'un grand espace partagé avec des enfants devient une source perpétuelle de conflits due à une intimité perdue. C'est pourquoi, l'espace du logement dénommé « Loft », intègre rarement l'espace des chambres, chambre qui devient alors le vrai lieu de refuge de l'intimité, qui rapproche alors le Loft d'un Duplex plus classique. Malgré tout, les doubles hauteurs génèrent une qualité spatiale réelle. Ainsi les Frères Goldstein, intègrent depuis leur premier bâtiment, un jeu de variation de hauteur dans leurs logements, et pas seulement pour des appartements à étage. Par exemple, dans leur opération de logements à Saint-Ouen dans le 93, Serge et Lipa Goldstein font varier la hauteur des plafonds, et par conséquent les planchers des logements supérieurs, ce qui qualifie des lieux à l'intérieur d'un espace ouvert (la cuisine sera accessible via quelques marches, quand un séjour pourra jouir par rapport à un espace contiguë, d'une hauteur sous plafond plus haute). X-Tu joue de ce système rue Marcadet à Paris dans le 19ème, pour venir qualifier le séjour qui jouit alors d'une double hauteur, le rendant plus noble à l'échelle de l'appartement. Cette recherche originale de la spatialisation domestique des logements des immeubles collectifs trouve sa limite dans l'application de la loi PMR de 2007, qui dans sa volonté d'une accessibilité totale et généralisée au logement, obligent au nivelage des sols, quand les maîtres d'ouvrages ne trouvent pas un manque à gagner dans une double hauteur qui prend la place d'une chambre. Cette qualité spatiale aurait-elle donc encore beaucoup à prouver par rapport à la rentabilité ? 94


Axonométrie et plan de logements d’un duplex de la cité Radieuse, Marseille (13), 1955 Le Corbusier

Duplex imbriqué, immeuble rue René Boulanger Paris 10e, Frédéric Schlachet architecte, m.o. SIEMP (2011) Photo D.R

Un séjour à sur-hauteur, 1-3 rue Marcadet 27 -29 rue Ordener, Paris 18e X-tu architectes, m.o. Paris Habitat-OPH (2009) Photo Monique Eleb Coupe de l’immeuble à logements (PLA et PLI) et des maisons (PLA), Avenue Victor-Hugo, Saint-Ouen (93), Serge et Lipa et Goldstein architectes, m.o. OPHLM de la Ville de Saint-Ouen, 1999

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Flexibilité de la cellule d’habitation pour s’adapter aux habitants « La polyvalence est un souci constant de l’époque que l’on retrouve notamment dans le domaine de l’automobile au travers de plusieurs modèles récents (Citroën C3 Pluriel, Monospace en général, etc,...). Dans l’habitat, cette tendance aboutit à opter pour des solutions mobilières et immobilières modulables : les meubles se transforment : canapé-lit, tables gigognes ou pliantes, lit-tiroirs, etc Les pièces ont plusieurs fonctions : bureau et chambre d’amis, salle de bain dotée d’un appareil de gymnastique, garage transformé en bureau ou en chambre, etc... Les pièces changent de fonction : en témoigne la propension à préférer des cloisons modulables, ce qui peut permettre de transformer un coin du salon en pièce où l’on dort, une partie de la chambre en coin bureau ». 40 Sous l’angle de l’habitat la notion de flexibilité intègre la question de l’adaptation de la cellule aux modes de vies de ses usagers, et les possibilités d’appropriation de ces logements par ses habitants. Une flexibilité très demandée par les habitants même si d’après une enquête de Leroy Merlin sur le confort du logement en 2002, cette qualité intervient après la plupart des autres qualités de confort qu’on a pu expliciter plus haut, sauf en ce qui concerne le séjour. Mais dans ce cas, le changement de place des meubles pourrait suffire à pallier ce besoin, ce qui applique de la part de l’architecte une étude du logement qui intégrera systématiquement une possibilité multiple d’aménagement. Car réfléchir à la flexibilité de la cellule logement, c’est intégrer les turbulences de la vie des habitants, impliquant soit le besoin d’une évolution interne des dispositifs de la cellule de logement, quand parfois elle nécessitera l’évolution totale de la cellule et de sa surface (l’arrivée d’un bébé, ou d’un parent âgé dans la famille)...

Deux expériences du siècle dernier, révélateur d’une réflexion qui perdure La réflexion sur la flexibilité des cellules de logements commence dès les années 50 avec un groupe de chercheurs qui a insisté sur la nécessité d’expérimenter sur les logements évolutifs, comme un sentiment qui a précédé les problèmes qui allaient surgir 40 - Guillaume Rener «A la découvere de la maison relationnelle», www.maisonenfrance.com

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de l’expérience des grands ensembles. L’apogée de cette réflexion va surgir dès les années « 1970 », amenant beaucoup de projets expérimentaux qui ne seront pas des succès, passant par de nouvelles recherches qui amèneront aux concours du PAN (programme architecture nouvelle), qui permettront de perpétuer la réflexion. Deux interventions se détachent toutefois par leur pensée révolutionnaire dans la recherche de la pérennité, qui au delà du changement des habitants, s’inscrit dans une permissivité des évolutions que le bâtiment peut subir, puisqu’il est pensé pour évoluer. La première opération marquante est celle des Marelles, à Yerres, construite entre 1971 et 1975, et que l’on doit aux architectes Bernard Kohn et Georges Maurios. Ces logements constituaient un progrès évident de l’habitat évolutif à travers trois points essentiels qui nourrissaient leur idée de l’habitat évolutif : - Le plan technique doit permettre une flexibilité - Le plan sociologique permettant d’accueillir plusieurs groupes sociaux grâce à des logements en accession (censés au delà de la mixité que cela engendrerait, souscrire à la motivation des acteurs). - L’encadrement de l’expérience à travers un protocole rigoureux de maquettes au 1/10ème et des simulations grandeur nature des espaces souhaités. Au delà, les objectifs étaient mixtes, regroupant, à l’image de l’époque, une réflexion technologique qui allait de paire avec une réflexion sociologique. En effet, la volonté technologique allait imposer un système de construction, qui jouait de petits systèmes préfabriqués, permettant de placer à l’intérieur de l’immeuble un nombre impressionnant de gaines techniques. Les éléments techniques, autrefois très contraignants car limités dans les premières constructions lourdes de logements, permettaient ici d’assouplir un aménagement de la cellule logement, que chaque acquéreur pouvait alors dessiner à sa guise. De plus, selon leurs besoins, les habitants auraient tout loisir de venir modifier le périmètre de leur cellule de logement, en accord avec leur voisinage, principes de renouvellement interne qui pouvaient être répétés sans contrainte technique.

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Autre expérience novatrice est celle des frères Arsène-Henry et de leur associé Bernard Schoeller, à Montereau-Fault-Yonne (77) dans la ZUP de Montereau-Survill, entre 1969 et 1971. Une opération plus ancienne que celle des Marelles mais qui reste intéressante puisqu’elle pose le problème de déclinaisons de plusieurs cellules de la même surface. Le plan d’étage de l’immeuble se compose d’un carré de 24m de côté, composé de quatre cellules (non aménagées), d’une même surface de 83m². Ces futurs appartements ont été disposés en angle autour d’un noyau central qui regroupe les dessertes communes,


OpĂŠration de logements Ă Yerres, les Marelles, Bernard Kohn et George Maurios, 1971 - 1975, Photos D.R

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à savoir l’escalier et l’ascenseur, ainsi qu’un vide ordure collectif et les gaines techniques, le tout isolé via une coursive commune qui dessert les appartements. Un plateau de 83 m² marquait l’empreinte de la cellule de base, avec possibilité de venir en coupler deux pour former un plus grand appartement. Le rectangle de base au dimensions de 6,30m par 13,50m, était conçu sur une trame successive de 0,9m, une de ses trames accueillant au centre du plateau une gaine unique qui regroupait tout les fluides, les évacuations et la ventilation mécanique. Cette gaine technique est le seul élément immuable, intégrée par les architectes, permettant aux équipements tels que la salle d’eau, les WC et la cuisine de venir s’y raccorder autour des trois faces, la quatrième faisant face à l’entrée étant réservée à une armoire sèche-linge ventilée automatiquement par la VMC. Toute cette réflexion exceptionnelle pour l’époque, avait été formulée dans des guides d’informations, sous forme de petites plaquettes informatives, comportant onze plans de cellules déjà réfléchies et proposées par les architectes pour venir aménager les trente six logements (37 avec celui du concierge) qui se répartissent sur les neuf niveaux, les deux premiers niveaux ayant été réservés pour des expériences menées dans le cadre de l’adaptation des habitations aux personnes handicapées moteurs. Cependant, aucun des plans d’aménagement de cellule n’a été repris dans leur intégralité par les habitants, au point qu’aucuns des plans conçus par ces derniers ne soient semblable à un autre. Il faut quand même dire que les architectes n’ont pas laissé les acquéreurs dessiner complètement leur cellule, puisqu’elles ont été réalisées lors d’une séance de travail entre les futurs habitants et les architectes, notamment Bernard Schoeler, parfois à partir d’une première esquisse apportée par le ménage, et en présence d’un sociologue – observateur. Les prémices de la concertation...

Une flexibilité d’évolution par le plan libéré Cette notion implique un travail structurel sur l’ensemble du bâtiment en amont de la conception de la cellule de logement. Cependant, c’est un vecteur essentiel, puisque comme on a pu l’entrevoir à travers le travail de Bernard Kohn et George Maurios, il offre la possibilité d’une réelle évolution aux cellules d’habitation. Le plan libéré est un concept qui se rapproche très largement du plan libre de Le Corbusier 41, s’appliquant à rechercher une structure globale du bâtiment avec le moins d’impact possible permettant d’aménager l’espace intérieur de manière libre, et ainsi

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41 - En 1927, un an avant de recevoir la commande de la Villa Savoye, Le Corbusier théorise les acquis stylistiques du Mouvement Moderne en promulguant cinq principes fondamentaux : «les cinq points d’une architecture nouvelle» à travers les pilotis, le toit terrasse, le plan libre, la façade libre, la fenêtre en longueur ou fenêtre-bandeau.


Montereau-Fault-Yvonne (77), ZUP de Montereau-Survill, Les frères Arsène-Henry et leur associé Bernard Scholler 1969 - 1971, Photos D.R

Cellules proposées par les architectes dans la plaquette d’information. Photo D.R

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pour le logement, de concevoir des cellules modulables. Cette manière de faire implique une flexibilité totale, puisqu’à l’intérieur d’une enveloppe de bâtiment pré établi, on laisse toutes possibilités de partition du logement. On assiste alors à une dissociation de l’enveloppe et de l’aménagement. Par exemple Francis Soler, à Clichy, dans une opération de 70 logements PLA/PLA 42 , au maximum la structure du gros œuvre, avec des poteaux de 0,22m en béton haute performance en façade et un noyau porteur composé essentiellement des circulations verticales. Seuls les éléments sanitaires fixes à l’intérieur des plateaux deviennent des contraintes de conception des différentes cellules, avec la limite de l’enveloppe bien évidement. L’immeuble implique alors dans sa conception une réflexion sur ses capacités à accepter un changement d’affectation (du logement vers des bureaux), ou une évolution interne des cellules de logements. Nicolas Michelin emploie une flexibilité plus partielle puisque dans son opération de logements à Nantes, il dispose tous les murs porteurs en façade et au niveau des limites séparatives entre les cellules d’habitation. Cela permet d’imaginer avec les acheteurs des adaptations possibles, laissant à la volonté de chacun la possibilité de faire évoluer à terme chaque logement, dans le périmètre cependant de la cellule initiale. De manière générale Edith Girard revendique de ne pas placer de mur porteur entre les séjours et les autres pièces afin de pouvoir faciliter les évolutions de la cellule selon les besoins du ménage qui s’y installe. Elle indique par exemple pour une famille qui subirait le départ des enfants, que cette gestion du gros œuvre permet de modifier le plan initial et d’agrandir le séjour. Cependant elle regrette le fait que « Nous n’avons pas à ce jour réussi à ce que les logements collectifs soient évolutifs autant que la maison individuelle. Cela tient au mode dominant de construction, le béton banché. Il reste malheureusement 30% moins cher que les solutions composites ossatures plus remplissage ». 43 Attention tout de même à bien prendre note que dans le cas où la flexibilité se résume à proposer un plateau libre avec des cloisons mobiles qui permettent de choisir l’affectation des pièces, elle déçoit les habitants car ses cloisons sont rarement isolantes en terme de bruit. Dans cette recherche de flexibilité totale, Édouard François dans son opération

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42 - Catégories du logement social définies selon les revenus du ménage ou de la personnes recherchant un logement. Aux nombres de trois, le PLUS ou Prêt Locatif à Usage Social, est celui qui sert de référence en termes de ressources et de loyers plafonds. Viennent ensuite le PLA (Prêt Locatif Aidé) et le PLAI (Prêt Locatif Aidé d’Intégration) destinés aux ménages dont les revenus ne dépassent pas 60% du plafond PLUS. Enfin, le PLS (Prêt Locatif Social), destiné aux ménages dont les revenus ne dépassent pas 130% du plafond PLUS. 43 - « Offrir au collectif les qualités de l’habitat individuel » interview d’Edith Girard par Armelle Lavalou, d’A n°148, août-sept 2005 page 36


Plans, immeuble de logements, allée Paul Signac, Clichy-la Garenne (92), Francis Soler architecte, m.o. Sarel, 1997-2001

Les murs porteurs en façades et au niveau des séparatifs entre logements Plan de logement du bâtiment de AMNA - Agence Nicolas Michelin & Associés, Nantes (44), m.o. ING Real Estate, GLEEDS, SAMOA (2007)

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Château Le Lez à Montpellier, dit à propos de cette dernière, qu’il n’y a « aucun point porteur dans le logement. Même les logements qui atteignent 120m², il n’y a pas de poteau dedans. Donc à tout moment on peut bouger les cloisons, faire une chambre de 30m² si on veut, une plus petite, un bureau ; et j’ai pris des dispositions pour qu’on puisse mettre les salles de bain absolument partout. Donc les gaines sont dans les parties communes et en surabondance, si bien que celui qui veut 4 salles de bains ou la cuisine à tel endroit, parce qu’il estime que pour bien vivre, c’est mieux d’avoir la cuisine dans sa chambre, et bien il peut le faire ». 44 Une opération qui se rapproche de la manière de penser de George Maurios et Bernard Kohn dans la multiplication de blocs techniques qui participeraient à l’évolution des cellules d’habitation. Cela démontre que les innovations d’aujourd’hui ne sont parfois qu’une redécouverte des solutions passées, même si Edouard François regroupe l’ensemble de ces gaines au centre du bâtiment, ce qui libère les pièces principales. Dernier exemple de plan libéré, l’opération de Cédric Petitdidier et de Vincent Prioux Architectes, à Lyon sur la Zac de la Duchère. Cette opération de plusieurs immeubles qui intègrent une cellule d’habitation par étage. Un noyau central intègre la circulation verticale commune, et une façade porteuse qui induit une logique de plan sans mur ni poteau font de ce projet un cas particulier. Le niveau appartement se compose alors d’une circulation en boucle au sein du logement tournant autour du noyau de circulation commune, en desservant dans tout les espaces les uns après les autres, de la cuisine ouverte au séjour, en passant par une chambre, les pièces d’eau et sanitaires, et une seconde chambre. D’autres dispositifs enfin jouent d’une flexibilité «  technique  », mais ils resteront seulement à la phase d’esquisses, jamais réalisées en France. Ces idées sont pourtant assez vieilles puisqu’elles datent du PAN de 1987, où des équipes avaient proposées l’idée de jouer du mobilier pour modifier l’appartement en fonction du besoin de la journée. Par exemple l’idée de la cellule-placard proposée par J.F Delsalle et J.B Lacoudre, à travers leur projet « Hosi » qui présente un espace ouvert, qui se forme d’un plancher à « dalle alvéolaire » permettant le passage des réseaux et qui repose sur des murs de refend perpendiculaires aux façades. Ces murs techniques accueillent les services et les rangements. Ce dispositif atypique, libère l’espace de vie des contraintes, qui devient adaptable, appropriable, mais qui soulève quand même la question d’une réelle habitabilité, doute probablement à l’origine de la non réalisation de ce dispositif.

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44 - Interview de Monique Eleb à l’occasion du film « innovation  » de la série «  architecture de l’habitat  », La cinquième/Lieurac production, 2000


Plan d’étage de l’opération du Château-Le-Lez, Montpellier (34), Edouard François architecte, m.o. Pragma Immobilier (2000)

Plan de l’immeuble des maisons plateaux, un étage = un logement, ZAC de la Duchère, Lyon (69) Cédric Petitdidier et Vincent Prioux architectes, m.o. Groupe Alliade (2011) Photo D.R

La cellule placard immaginée par J.F Delsalle et J.B Lacoudre lors du PAN 14 en 1987 sur le logement Source : Penser l’Habité le logement en question PAN 14, Monique Eleb-Vidal, Anne-Marie Chatelet, Thierry Mandoul, deuxième édition, édition Pierre Mardaga éditeur, Juin 1988

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Une technique interne au service d’une flexibilité permanente Si dans le paragraphe précédent nous avons traité d’une technique qui génère des propositions d’évolutions de la cellule d’habitation dans son ensemble, certaines techniques permettent de conserver un aménagement global fini, mais avec des parties mouvantes. Ces dispositifs ne sont pas si nombreux mais ils permettent de faire évoluer la hiérarchie privée et public au sein du logement, et cela en fonction du temps, des envies, des habitudes de tout un chacun. L’élément le plus connu est bien évidemment la porte. Presque anodin dans un premier temps, elle est pourtant le premier rempart de l’intimité. Une porte fermée implique généralement qu’une personne extérieure ne peut pas rentrer sans permission, et doit soumettre une demande pour la franchir (frapper à la porte). Classiquement, elle est sur des gonds qui lui permettent de tourner, provoquant la faille dans le mur qui permet le franchissement. Cette porte a évolué pour devenir coulissante. Inspirée du Japon, elle a d’emblée changé le rapport à l’intimité en France, puisqu’elle reste plus facilement ouverte, provoquant une ouverture d’un espace à un autre, sans réelle interruption, si ce n’est que l’ouverture reste soumise à un gabarit de passage. Peu importe le procédé de porte choisi, qu’elle soit ouverte ou fermée, la porte répond à une ouverture d’espace. Seulement, si cette porte pouvait évoluer sur toute sa hauteur et pivoter, afin de quasiment disparaître, elle ne serait plus une ouverture d’espace mais une ouverture sur l’espace. Une relation qui s’inscrit par une continuité non interrompue. Bernard et Marie Bühler joue avec ces cloisons mobiles dans leur opération de logements rue de Chanzy, à Paris, avec des cellules d’habitations qui bénéficient parfois de parois coulissantes, jusqu’à trois pour certaines, entre la cuisine et le couloir, ou encore le séjour, la salle de bain, et une chambre ouverte sur le séjour à paroi mobile. On retrouve ce dispositif dans les logements du REX de Cremonni, Gaubert, Lauvergeat et Moget, construits en 1993 à Reims, et qui font suite à l’EUROPAN 3, l’équivalent du PAN (programme architecture nouvelle). La cellule la plus intéressante de ce projet comporte deux cloisons coulissantes, et un séjour qui peut être divisé en trois espaces : un, central, pour la collectivité (familiale ou autre), et les deux à chaque extrémité pouvant être appropriés à des degrés variables, par les usagers des deux chambres attenantes. Ce projet n’est pas sans rappeler la cellule d’habitation imaginée par SAXO lors du PAN de 1987 sur le logement, que nous avons déjà analysée en amont dans ce mémoire, qui au delà de la question de flexibilité, intégrait une réelle notion d’intimité. 45 106

45 - Voir Pages 47-72-76


Parois coulissantes dans les logements rue de Chanzy, à Paris 11e, Bernard et Marie Bühler architectes, m.o.o Paris Habitat-OPH, (2007) Photo D.R

REX de Cremonni, Gaubert, Lauvergeat, et Moget Logement à Reims issus de l’EUROPAN 3 1993

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Le plan neutre Ce dispositif interroge plus la composition d’aménagement du plan de la cellule d’habitation, comme peut l’interroger la bipartition ou la tripartition. Ce modèle de composition commence tout juste à être évoqué en France même si d’une certaine manière il a toujours plus ou moins existé. Devant les incertitudes quant à l’évolution de nos modes de vie, des architectes ont proposé l’idée de logements possédant des pièces équivalentes, de bonne surface mais qui permet toutefois des choix différenciés d’aménagement selon le ménage ou dans le temps. Les Suisses ont nommé ce dispositif « le plan neutre ». Déjà en 1907, l’architecte Henri Sauvage avait construit un immeuble sur ce principe à Paris, dans le 13ème, boulevard de l’hôpital. Contrairement à l’idée d’une surface identique pour tout les dispositifs constituant la cellule de logement, Henri Sauvage n’avait intégré cette notion d’égalité surfacique que pour les chambres de ses logements. Certaines règles semblent s’être initiées autour du plan neutre. En effet, une surface semble avoir été définie comme une juste mesure pour un équilibrage des usages, et tournerait autour de 15 à 16m², y compris pour la cuisine qui se voit ainsi confirmer son statut de pièce principale. Cette surface laisse le loisir de jouer selon le temps entre les caractéristiques privées ou publiques de chaque espace, ou encore d’élargir son territoire. Odile Seyler qui reprend le système du Plan neutre dans ses 42 logements à Aubervilliers nous dit de « ne plus raisonner en surface mais en nombre de pièces : les affectations figent les modes d’occupations quand des pièces indifférenciées, neutres, d’une taille d’environ 15 mètres carrés, peuvent servir à plusieurs usages ». 46 L’équipe Boskop utilise le Plan Neutre dans son opération de logement à Nantes, sans pour autant lui donner ce nom. La surface des pièces est de 15m² , puisque « pour les architectes, ce n’est pas la taille de la pièce qui lui donne sa qualité première mais ses prolongements, son orientation, ses vues, les colorations extérieures et le type de baie ».47 Pourtant ce Plan Neutre, comme toute solution n’est pas sans faiblesse, puisque malgré les variétés d’appropriations offertes aux futurs habitants, on observe que l’orientation des pièces, la présence des gaines, les vues proposées, la dispositions des balcons loggias et autres annexes du logements, influencent la façon qu’ont les groupes domestiques d’aménager la cellule, avec pour la plupart du temps une manière identique.

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46 - Interview d’Armelle Lavalou pour le magazine D’Architectures n°148, (article « Odile Seyler, plaidoyer pour le confort » 47 - Monique Eleb Entre confort, désir et normes : le logement contemporain 1995 – 2010) Rapport Août 2012 Monique Eleb et Philippe Simon, Essai (broché). Paru en 04/2013, page 111


Plan du bâtiment du boulevard de l’Hôpital, Paris 13e, Henri Sauvage architecte (1907), in G.Lefol, Grandes constructions à loyers économiques, Paris, Ch Massin, ed s.d.c 1920

La Sècherie, La Bottière-Chénaie, Nantes (44), Boskop architectes, m.o. Atrealis Promotion (2008)

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Cependant les pistes que nous avons évoqué plus haut dans ce mémoire, que ce soit des dispositifs des pièces elles-mêmes, ou du travail structurel sur l’immeuble dans son ensemble, permettent d’imaginer une réelle neutralité de ce dispositif qui gagne encore en qualité par son adaptation immédiate aux normes d’accessibilité PMR. Peut-être que la réponse est alors celle apportée par Nicolas Michelin dans ses logements à Nantes, où il propose des chambres de 16m² qui contrebalancent un séjour avec cuisine ouverte proportionnellement plus petit, jouant sur le thème du rééquilibrage.

Le logement modulable comme source de flexibilité Si on devait donner une définition pour ce dispositif on parlerait de logements qui peuvent s’additionner ou se soustraire afin de s’adapter à la taille du ménage qui l’occupe, sur différentes périodes que ce soit au moment de l’entrée, à des fluctuations de la vie ou lors du déménagement ou l’arrivée d’un des membres au sein du groupe domestique. Cependant cette réponse au logement trouve de la part des gestionnaires un engouement frileux, puisqu’un tel dispositif amène des difficultés de gestion ainsi qu’une augmentation des coûts d’aménagement et parfois des loyers, pour une solution qui est perçue alors comme trop radicale. Pourtant cette solution intègre plusieurs échelles d’interventions. D’abord d’échelle réduite, où l’idée est de jouer sur l’intégration d’une pièce comme élément fluctuant entre différents appartements. Ainsi, et selon la population qui est présente dans un logement, une pièce pourra appartenir à une cellule logement, qui lors du changement de ménages n’en aura plus besoin, permettant ainsi à la cellule voisine de s’en saisir. C’est ce que fait l’agence Badia – Berger architectes, rue des Maraichers à Paris. Voici comment Marie Hélène Badia décrit son projet : « Faire varier la taille du logement : les trois ou quatre pièces autour d’un studio qui peut leur être associé, pour servir à agrandir l’appartement ou pour recevoir une utilisation connexe : bureau, chambre indépendante, etc... Cette association est réversible et s’adapte à des variations de situation professionnelle ou financière : vendre le studio et conserver l’appartement, vendre l’appartement et conserver un pied à terre, etc.  ; faire varier l’affectation des espaces  : le plan en grille est conçu à partir d’une unité capable d’accueillir indifféremment une chambre, une salle à manger, ou une cuisine ; le séjour compte deux, trois unités. Sur la façade, des loggias, occultables par des volets coulissants, offrent une pièce extérieure ». 48 Ces appartements ont été cependant vendus sur plan sans que la mécanique dont ils sont l’œuvre ne soit d’avantage exploitée, à la grande déception des architectes. 110

48 - Marie hélène Badia, « l’évolutivité au cœur des projets », in « Bien habiter la ville », sous la direction d’Ariela Masboungi, éd du Moniteur, 2010, pages 60-67


Plan de logement du bâtiment de AMNA - Agence Nicolas Michelin & Associés, Nantes (44), m.o. ING Real Estate, GLEEDS, SAMOA (2007)

111 Plan meublé dans l’immeuble de l’agence Badia-Berger, m.o. Bouwbonds Marignan, 44 rue des Maraîchers Paris 20e , 2007


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Logement à pièce ou studio supplémentaire liés par une terrasse. ZAC des Brouets, Mantes-La-Ville (73) Raphaëlle Hondelatte et Matthieu Laporte architectes. m.o. Foncière Logement - Immodieze (2011)


D’autres architectes vont aller encore plus loin jusqu’à développer un dispositif appelé « l’appartement autonome  ». Ce dispositif permet d’intégrer au sein d’un projet un espace qui soit autonome, et qui, dans le cas où il n’est plus nécessaire, puisse se détacher et devenir un appartement à part entière. C’est ce que font les architectes Raphaëlle Hondelatte et Mathieu Laporte dans leur projet Les Brouets à Mantes la Ville. Cette opération se divise en six plots reliés entre eux par des passerelles en bois qui font office de balcons. Certains desservent, outre le séjour d’un grand logement, un logement annexe appelé « studio + » par les architectes, possèdant une entrée individuelle sur une circulation commune. Cela fait de lui un prolongement du premier appartement, pour un jeune adolescent d’une famille ou un tiers membre du groupe domestique, si ce n’est un appartement à part entière sans aucune relation avec l’autre. Dans ce cas, la passerelle sera divisée pour créer deux terrasses indépendantes. Ces solutions permettent d’imaginer de multiples scénarios qui accompagnent la vie des occupants des logements. Cependant, nous sommes forcés d’admettre la prise de partie de la maîtrise d’ouvrage qui tremble devant un tel dispositif, qui au delà de générer des difficultés de mise en place, se révèle issue d’une réflexion utopique. Heureusement, dans ce dernier cas, les deux appartements sont reliés par des terrasses, ce qui facilite la séparation si deux groupes différents intègrent les logements, chose plus difficile si les appartements étaient communs au même plot.

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Flexibilité et réversibilité imaginée par Frédérique Monjanel avec ING et des architectes, «Comment je fais évoluer mon appartement», document de présertation d’un programme d’ING à Evry (2008).

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Conclusion - Une Êvolution dans l’air du temps et avec lui

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« Comment évoquerons-nous dans 20 ou 30 ans ce moment de l’architecture de l’habitat ? Les façades étaient le plus souvent vertes ou verdies car les architectes semblaient vouloir exhiber leur obéissances au DD (développement durable), grâce souvent aux profusions végétales. Elles étaient aussi colorisées, ou « dansantes », leurs étages décalés et superposés étaient le signe ostensible de la mixité programmatique, fonctionnelle ou sociale.» « Et puis il y avait aussi les résistants adeptes de la retenue, de la géométrie, du blanc et souvent passionnés par l’usage, la domesticité, la convivialité de voisinage, peu invités dans les revues. […] D’autres, et parfois les mêmes, se passionnaient pour des organisations spatiales qui étaient censées soutenir des changements de mode de vie ou des transformations inter-individuelles : pièces en plus non affectées pour s’abandonner à ses divers penchants, appartements associés à des studios pour donner de l’autonomie à un des membres du groupe domestique, qu’il soit adolescent, jeune adulte, grand-mère ou fille au pair ou pour faire revenir le calme entre enfants dans une famille recomposée etc. Ces utopies construites allaient-elles devenir courantes ?» «  C’était une interrogation pour certains, mais beaucoup avaient la certitude que les exigences thermiques, phoniques, etc, permettraient de parvenir au logement idéal, l’arrogance techniciste balayant du revers de la main les changements dus aux transformations des modes de vie (le rapport au travail ou la recomposition dans les familles, par exemple), à la multiplication des phases de la vie et à son allongement. »49 Alarmés par une standardisation qui semblait s’être installée dans la conception du logement en France, nous pouvons être surpris d’observer certaines opérations qui émergent par leurs qualités et leurs idées novatrices. Si les normes ont dans un premier temps été un des points de stagnation de l’évolution du logement, elle a été aussi à l’origine d’expérimentations de nouveaux dispositifs qui ont réformé, voir modifié, le rapport à certains dispositifs de la cellule logement, impliquant un travail des architectes dans une réflexion qui portait sur un des principes même de leur métier : répondre à des problématiques sociales. Bien que soulignant un besoin urgent de s’adapter aux évolutions de la population, 49 - Monique Eleb Entre confort, désir et normes : le logement contemporain (1995 – 2010) Rapport Août 2012 Monique Eleb et Philippe Simon, Essai (broché). Paru en 04/2013, page 158

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Une

évolution dans l’air du temps, et avec lui

Conclusion

elles imposent une certaine retenue, loin d’une utopie incontrôlée, et d’un certain radicalisme effrayant. Puisqu’il faut changer changeons, mais, face aux stigmates laissées par les années de la reconstruction, accompagnons la société sans nous précipiter. Or aujourd’hui, le problème n’est plus de vouloir évoluer. Architectes, maîtrise d’ouvrage, et les autres acteurs s’accordent sur la nécessité de le faire. Cependant, il faut passer à l’acte. Dans une architecture du logement qui s’est scellée sur des acquis d’une conception normée rassurante, inscrite dans les esprits comme la seule façon de faire, le changement souhaité va devoir s’inscrire dans une transition lente mais essentielle, afin de révéler les possibilités qui existent. Cette manière de faire est déjà en marche. En effet, toutes les opérations qui ont été présentées lors de ce mémoire n’instaurent pas un changement entier et radical de la cellule, mais des changements portant généralement sur un point, que ce soit un dispositif qui compose l’habitat (séjour, chambre, cuisine,...), ou sur l’association de ces dispositifs entre eux, permettant d’expérimenter de nouvelles manières de faire le logement, sans perturber et terrifier la maîtrise d’ouvrage ou les usagers des logements. Ainsi, la parcimonie des expériences de la cellule amène, si elle fonctionne, un changement de l’état d’esprit des acteurs qui les reconduiront, ou dans le cas d’une mauvaise expérience, une opération qui ne souffrira pas d’un manque d’occupant, la modification de la cellule étant minimale. « Au delà de la conception de l’architecture comme une simple image, au delà de l’apparence privilégiée pour le «  passage en revue  », ou de l’interprétation plate des règlements qui conduirait à donner un espace strictement adapté et répétitif, de nombreux architectes tentent, de manières diverses, de magnifier les lieux de la vie quotidienne en donnant le plaisir d’un espace qui facilite les mouvements du corps, qui par des espaces intérieurs/extérieurs approche des fameux objets à réaction poétique de Le Corbusier... Magnification de la vue, du paysage proche, jeu avec les façons d’entrer chez-soi, ouverture vers de nouvelles pratiques... ». 50 Mais ces expériences semblent encore bien sages quand on interroge ces questions de fluidité de l’espace dans l’histoire plus ou moins récente de l’architecture « savante », où le travail de la lumière. Des éléments pourtant très présents dans d’autres pays, que ce soit au Japon, à travers des opérations comme celle de Arata Isozaki et Kazuyo Sejima, à Kitagata – Gifu, et leur travail sur l’enfilade de pièces reliées à « l’engawa » qui relie toutes les pièces entre elles tout en étant en leur servant de véritable extension, ou encore les logements des pays du Nord Est, comme au Danemark, qui proposent, autre que des superficies plus importantes qui assouplissent de base le rapport à l’accessibilité 120

50 - Monique Eleb Entre confort, désir et normes : le logement contemporain (1995 – 2010) Rapport Août 2012 Monique Eleb et Philippe Simon, Essai (broché). Paru en 04/2013, page 160


Arata Isozaki et Kazuyo Sejima architectes, opération de 107 logements à Kitagata – Gifu, Japon 1994 - 2000 Photo D.R

Résidence Gemini, Copenhague, Danemark. 84 appartements, m.o. NCC, Copenhagen, Denmark MVRDV architecte, 2006

121


Une

évolution dans l’air du temps, et avec lui

Conclusion

PMR, une réelle évolution sur le travail de l’intimité perçue et la transparence, via des expériences comme l’opération de MVRDV et la résidence « Gemini », requalification de silos sur le port de Copenhague. Bien sûr, le logement est, plus que toute autre architecture, lié à la culture du pays où elle est construite. Mais dans un pays comme la France qui a toujours été un lieu d’accueil et d’intégration, s’ouvrir à de nouvelles manières « étrangères » de concevoir le logement, reste une solution plus que nécessaire. D’ailleurs, de plus en plus d’architectes étrangers construisent en France, que ce soit des architectes de pays européens comme Renzo Piano (Italie), Erik Van Egeraat (Hollande), ou encore de nouveaux architectes comme le Japonais Sou Fujimoto, connu pour sa « House N », qui fait actuellement parler de lui pour la future opération de logements de « l’Arbre Blanc » à Montpellier, (projet qui devrait être livré début 2018 ), tous amenant avec eux leurs sensibilités, leurs envies, et l’expérience qu’ils ont acquis dans leur pays d’origine. Et ce mariage des cultures, couplé à une réflexion des usages commandée par la population permettra de reformer la manière de faire le logement en déterminant de nouveaux objectifs évolutifs. « Ils ne s’agit pas seulement ici de revendiquer pour les habitants une attention à l’usage, mais aussi de réclamer pour eux que les architectes reviennent à une architecture savante de l’habitation, qu’ils convoquent ou révoquent de façon maîtrisée les principes de distribution. Qu’ils reviennent au travail savant de la mise en place des pièces, de leurs liaisons, qu’ils réfléchissent, comme tous leurs prédécesseurs, aux dispositifs adaptés aux modes de vie actuels mais assez flexibles pour tenir dans un futur proche ». 51

122

51 - Anne Marie Châtelet in Urbanité, sociabilité et intimité des logements d’aujourd’hui (Broché) Monique Eleb et Anne Marie Châtelet, mars 1998 page 305


N House, Préfecture Oita, Japon, 2007 Sou Fujimoto architecte. Photo D.R

Opération de 120 logements, l’Arbre Blanc, Montpellier, livraison prévue pour Juillet 2007 Sou Fujimoto architecte, Nicolas Laisné et Manal Rachdi architectes. m.o. HELVIA PROMOTION (86). Photo D.R

123


Annexes Annexe 1 : Extrait du Référentiel constructions neuves Archipel Habitat Annexe 2 : Extrait de la Circulaire interministérielle n°DGUHC 2007-53 du 30 novembre 2007 - Annexe 6 : Bâtiment d’habitation collectifs neufs

125


Annexe 1 : Extrait du Référentiel constructions neuves

Archipel Habitat OPH de Rennes Métropole

127


1, rue Jean Coquelin – BP 40805 35208 RENNES CEDEX 2 Direction HABITAT-DEVELOPPEMENT : 02.99.22.22.26  : 02.99.41.84.26 : contact@archipel-habitat.fr

Cahier des Prescriptions Fonctionnelles Générales (CPFG)

CPFG - Version 12/2009 – page 1


SOMMAIRE I.

ENJEUX ET OBJECTIFS.......................................................................................................................... 4 I.1 I.2 I.3 I.4

II.

ENJEUX ENVIRONNEMENTAUX, ECONOMIQUES ET SOCIAUX............................................ 4 OBJECTIFS ......................................................................................................................................... 4 OPTIMISATION ................................................................................................................................. 5 RESPECT DE LA REGLEMENTATION ET LEGISLATION........................................................... 5 CONCEPTION DES BATIMENTS .......................................................................................................... 6

II.1 CONCEPTION GENERALE DES BÂTIMENTS....................................................................................... 6 Enveloppe du bâtiment .................................................................................................................................. 6 Structure ........................................................................................................................................................ 6 Hauteur sous plafond .................................................................................................................................... 7 Distribution ................................................................................................................................................... 7 Nombre et emplacement des logements, des locaux ou des surfaces techniques à prévoir ........................... 7 Les ratios ..................................................................................................................................................... 10 II.2 CONCEPTION PARTICULIERE DES CELLULES-LOGEMENTS....................................................... 10 Surfaces habitables type .............................................................................................................................. 10 Surfaces annexes ......................................................................................................................................... 10 Orientation : ................................................................................................................................................ 11 Intérieur de la cellule .................................................................................................................................. 11 Habitabilité.................................................................................................................................................. 11 Gaines techniques........................................................................................................................................ 12 Eclairage naturel......................................................................................................................................... 12 Balcons/loggias ........................................................................................................................................... 12 Logements handicapés................................................................................................................................. 12 II.3 LOCAUX COMMERCIAUX - TERTIAIRES .......................................................................................... 13 III. EXIGENCES FONCTIONNELLES ET DIMENSIONNELLES ......................................................... 14 III.1. LE LOGEMENT ..................................................................................................................................... 15 L’entrée ....................................................................................................................................................... 15 Circulations intérieures............................................................................................................................... 15 Le Séjour...................................................................................................................................................... 15 La Cuisine.................................................................................................................................................... 16 Les Chambres .............................................................................................................................................. 16 La Salle de Bains ......................................................................................................................................... 17 Le Cabinet de toilettes ................................................................................................................................. 17 Le WC.......................................................................................................................................................... 18 Les Rangements ........................................................................................................................................... 18 Les Balcons/Terrasses ................................................................................................................................. 18 III.2. PARTIES COMMUNES – CIRCULATIONS ............................................................................................... 19 Le Hall d’entrée........................................................................................................................................... 19 Les circulations horizontales....................................................................................................................... 19 Les circulations verticales ........................................................................................................................... 20 Ascenseurs ................................................................................................................................................... 20 III.3. LES LOCAUX COMMUNS ..................................................................................................................... 21 Local Poubelles ........................................................................................................................................... 21 Locaux cycles .............................................................................................................................................. 21 Locaux landaux-poussettes.......................................................................................................................... 21 Locaux de service ........................................................................................................................................ 21 Autres locaux techniques ............................................................................................................................. 21 III.4. STATIONNEMENTS SOUS SOL ............................................................................................................... 22 Porte collective et porte piétonne................................................................................................................ 22 Stationnements et circulation ...................................................................................................................... 22 Rampe d’accès............................................................................................................................................. 22 Communication............................................................................................................................................ 22 Ventilation du parking en sous-sol .............................................................................................................. 22

CPFG - Version 12/2009 – page 2


Sol................................................................................................................................................................ 22 Sécurité Incendie ......................................................................................................................................... 22 III.5. STATIONNEMENTS EXTERIEURS .......................................................................................................... 23 Stationnements et circulation ...................................................................................................................... 23 Accès............................................................................................................................................................ 23 ANNEXES ....................................................................................................................................................... 24 Logements handicapés de niveau 2 et 3 ...................................................................................................... 25 Dimensionnement des cuisines .................................................................................................................... 29

CPFG - Version 12/2009 – page 3


Les ratios Le maître d’œuvre devra les remettre à chaque phase dès l’APS. RATIOS Surface Habitable / SHON réglementaire

0,80 (Valeur minimale absolue)

Surface Habitable / SHOB

Pas de valeur Sert de comparatif entre projets.

imposée.

Surface Pas de valeur Sert de comparatif entre projets.

imposée.

Surface entrée + dégagement Habitable du logement

/

Surface annexes / Surface Habitable du < 0,15 logement Sachant que les annexes sont prises en compte pour 9 m² maxi dans les loyers. Surface Habitable / Ancienne Habitable réglementaire

Surface < 0,05 Ce ratio est calculé sur la moyenne des surfaces de l’ensemble du projet.

Il devra également être fourni un cubage de bois consommé pour l’ouvrage comme stipulé par le décret et arrêté du 26 décembre 2005 relatifs à l’utilisation du bois dans certaines constructions. Voir annexe 4 pour le calcul du cubage en bois.

II.2 CONCEPTION PARTICULIERE DES CELLULES-LOGEMENTS Surfaces habitables type Type de logements

Surfaces Cible

Maxi

T1 bis

30 m²

(32 m²)

T2

46 m²

(48 m²)

T3

60 m²

(63 m²)

T4

73 m²

(77 m²)

T5

88 m²

(92 m²)

Surfaces annexes Seules sont admises la réalisation des annexes définies selon l’arrêté du 9 mai 1995 modifié pris en application des articles R. 331-10 et 353-16-2° du CCH "Les surfaces annexes sont les surfaces réservées à l’usage exclusif de l’occupant du logement et dont la hauteur sous plafond est au moins égale à 1,80 mètre. Elles comprennent : les caves, les sous-sols, les remises, les ateliers, les séchoirs et celliers extérieurs au logement, les resserres, les combles et greniers aménageables, les balcons, les loggias, les vérandas et «…» les parties de terrasse accessibles en étage ou aménagées sur ouvrage enterré ou semi-enterré ». La surface de ces annexes sera doublement limitée à 9 m² par logement et globalement à 15 % du total de la surface habitable du programme.

CPFG - Version 12/2009 – page 10


Orientation : •

Chaque cellule devra posséder un maximum d'ouvertures vers l'ensoleillement.

Aucun logement ne devra avoir l'ensemble de ses pièces principales ouvrant au NORD.

T1bis :

Prévoir un coin nuit ou si possible une chambre.

T2 :

Simple orientation autorisée. Dans le cas de T2 à double orientation, la cuisine ne devra pas être en "second jour".

T3 :

Double orientation à privilégier. Simple orientation tolérée si elle favorise l'ensoleillement ou la vue. (* l'orientation des T3 prime sur celle des T2).

T4, T5 et plus :

Double orientation obligatoire.

Dans tous les cas :

Privilégier l'orientation des séjours au SUD ou à l'OUEST. Prévoir des ouvrages de protection des baies vitrées contre un important ensoleillement d’été si nécessaire (confort d’été).

Intérieur de la cellule •

Distribution des locaux la plus simple possible au profit de la surface habitable des pièces.

Réduire au maximum le linéaire des dégagements sans pour autant créer de pièces principales « commandées » qui sont à proscrire.

Les pièces seront de forme orthogonale et de dimensions homogènes pour chaque type de logement.

Eviter que la largeur d'une pièce dépasse 4,00 ml (largeur d'un lé PVC).

Prévoir des surfaces de rangements (placards/celliers).

Habitabilité •

L'accessibilité des pièces tiendra compte du transport du mobilier lors des déménagements, en particulier la possibilité de rentrer un sommier de 140 x 200 x 40 (cm) dans toutes les chambres, sans dégrader les circulations.

Eviter les décrochements de cloisons.

Les poteaux isolés sont proscrits.

Pour éviter toute ambiguïté de conception et de réalisation, les emplacements de tous les équipements devront être implantés et matérialisés sur les plans dès le stade de l'avantprojet sommaire : - Appareils sanitaires : évier, lavabo, baignoire, douche, cuvette WC… - Appareils ménagers : machine à laver le linge, machine à laver la vaisselle, réfrigérateur, cuisinière, table de cuisine et buffet… - Appareil de chauffage : chaudière, radiateur/convecteur… - Meubles : lits, armoire de chambre en absence de placard,…

CPFG - Version 12/2009 – page 11


Gaines techniques •

Prévoir une seule gaine technique par appartement pour les T1, T2, et si possible T3.

Pour les T4 et T5, 2 gaines techniques admises (3 gaines interdites).

Pour les T6 et plus, 3 gaines autorisées.

S'il y a deux gaines, essayer de n'avoir qu'une colonne montante VMC, avec piquages horizontaux le plus court possible.

Les gaines devront obligatoirement se "plomber" d'appartement à appartement. Il ne sera admis aucun parcours horizontaux des gaines (EU, EV et ventilation) dans les étages.

Les gaines seront correctement dimensionnées. Pour éviter toute ambiguïté les réseaux intérieurs des gaines (EU, EV, VMC, EF-ECS…..) seront représentés sur les plans dès le stade de l'avantprojet.

Eclairage naturel Surface vitrée minimale :

- Séjour : Shab / 6 - Chambre : Shab / 10 - Autres pièces : pas de contraintes avec toutefois obligation d'un éclairage naturel en cuisine (pas de pièce en "second-jour"). Seules les salles de bains, WC et rangement/cellier pourront s’il n’y a pas d’autres solutions être en "pièces noires".

Confort visuel : Pour assurer un bon confort visuel grâce à l’éclairage naturel, la profondeur de la pièce éclairée doit être au maximum égale à 2.5 H, avec H = hauteur (dimension) de la fenêtre .

Balcons/loggias • •

Ils sont à prévoir au droit des séjours et des cuisines pour tous types d'appartements. Etudier possibilité d’y aménager un espace de rangement extérieur fermé

Logements handicapés •

Suivant le protocole en 1998 signé entre tous les bailleurs sociaux et Rennes Métropole, il a été défini 4 niveaux d’adaptation de logements pour personnes handicapées : - Niveau 1 : logements adaptables. Sans objet car correspond aux exigences de base actuelles - Niveau 2 : logements adaptés destinés aux personnes en fauteuil roulant ou ayant des difficultés de motricité pour les membres supérieurs. Il s’agit d’une adaptation personnalisée. - Niveau 3 : logements adaptés répondant aux besoins des personnes très dépendantes (exemple : myopathie – tétraplégie)

CPFG - Version 12/2009 – page 12


-

Niveau 4 : logements adaptés de niveau 3, regroupés pour faciliter le maintien à domicile des personnes lourdement handicapées, avec une gestion spécifique pour l’attribution des logements

Les travaux correspondants aux niveaux 2 et 3 sont décrits en annexe 1. •

L’ensemble de ces travaux devra faire l’objet d’un chiffrage séparé à tous les stades de l’opération.

II.3 LOCAUX COMMERCIAUX - TERTIAIRES En fonction des règles d’urbanisme et des besoins locaux, des locaux commerciaux et/ou tertiaires pourront être réalisés à rez de chaussée. Sauf observations dans la fiche programme, ceux-ci seront à prévoir « bruts et fermés ». La partie « locaux commerciaux –tertiaires » devra fonctionner de manière autonome par rapport aux logements tant du point vue fonctionnel (accès indépendant) que du point de vue technique (réseaux distincts et boites à lettres séparées) Chaque cellule disposera de réseaux en attente : •

1 raccordement eau potable par cellule en attente pour pose ultérieure de compteur 1ère prise + arrivée d’eau laissée en attente à l’emplacement des sanitaires

1 branchement EDF (tarif bleu) par cellule + fourreau électrique laissé en attente entre gaine technique et cellule

1 attente télécom par cellule sur réglette + fourreau laissé en attente entre gaine technique et cellule

Attentes EU/EV par cellule

Attentes évacuation VMC par cellule

Le dispositif de stockage des déchets sera à valider auprès du service concessionnaire. Une gestion individualisée sera privilégiée.

CPFG - Version 12/2009 – page 13


III. Exigences Fonctionnelles et Dimensionnelles Prise en compte de la réglementation handicapée (arrêté du 1er août 2006) : Pour les logements situés au rez-de-chaussée ou en étages desservis ou susceptibles d’être desservis par ascenseurs ,l’unité de vie est réalisé sur un seul niveau et est constitué des pièces suivantes : - la cuisine ou partie du studio aménagée en cuisine, - le séjour, - une chambre ou la partie du studio aménagée en chambre, - un cabinet d’aisances, - et une salle d’eau. Les règles minimales sont rappelées ci-après. Toutefois, il est fortement conseillé d’appliquer des sur côtes prenant en compte les implantations des équipements du logement (chauffage, appareils ménagers, appareils sanitaires, mobilier).

CPFG - Version 12/2009 – page 14


III.1. Le logement L’entrée -

-

-

Espace d'accueil indépendant de préférence, voire en relation semi-directe avec le séjour et de dimensions suffisantes selon la typologie du logement pour pouvoir la meubler et s'y maintenir à plusieurs personnes. Fonction SAS entre l'environnement (circulations communes) et l'appartement : •

Isolement phonique,

Isolement visuel.

extérieur

-

La plus petite cote sera de 1,50 m mini.

-

Sa surface minimum sera de 3,00 m² (compris penderie de 0,75 m² mini)

-

Largeur de la porte d’entrée ≥ 0,90 m.

-

Dimensions respectant les dispositions prévues par la réglementation relative à l’accessibilité HP des bâtiments d’habitation en vigueur

Elle commande : •

Obligatoirement le séjour,

L'accès à la cuisine,

L'accès au coin nuit.

-

Elle est éclairée indirectement par la porte vitrée (oculus) du séjour.

-

Elle possède toujours un placard penderie.

Circulations intérieures - Largeur des circulations intérieures ≥ 0,90 m. - Largeur des portes intérieures ≥ 0,80 m . - Dimensions respectant les dispositions prévues par la réglementation relative à l’accessibilité HP des bâtiments d’habitation en vigueur

Le Séjour -

Il est directement commandé par l'entrée, la porte étant prévue avec grand oculus et vitrage clair normal.

-

Prévoir un pan de mur meublable (sans porte, fenêtre, ni radiateur) d'au moins 3,50 ml.

-

Il comprend :

-

Être attentif à la position de la prise TV par rapport au contre jour et au radiateur.

-

Largeur mini = 3,30 ml

-

Rapport préconisé : longueur/largeur < 1,6

-

Forme rectangulaire.

-

Surfaces

Un coin "repas" du séjour qui communique (ou est en accès direct) avec la cuisine.

Un espace salon (canapé, table basse, TV)

≥ 18 m² pour T2 ≥ 20 m² pour T3 ≥ 24 m² pour T4, T5, T6.

CPFG - Version 12/2009 – page 15


La Cuisine

La disposition et la surface doivent permettre, en fonction de la taille du logement, d'y prendre des repas, et d'assurer un linéaire de plans de travail conforme aux prescriptions du guide QUALITEL (cf annexe 2). Nous imposons :

-

Elle est commandée par l'entrée à partir du T4,

-

Elle communique avec le séjour (elle est éventuellement ouverte sur le séjour),

-

Elle est obligatoirement fermée à partir les T5 (ou peut être fermée par un bâti menuisé 3 faces de 180 de large)

-

3,60 m mini pour T2

-

3,90 m mini pour T3 et T4.

-

Elle est parfaitement isolée du coin nuit à partir du T3

-

Elle communique éventuellement avec un cellier intérieur

- 4,20 m mini pour T5 et T6. Le bloc cuisson-évier-MALV respectera la disposition suivante (encombrement des appareils 60 x 60). > 10 m²

L'évier ne sera pas sous une fenêtre (pour permettre une hauteur de faïence suffisante et l'échappement de l'ouvrant sur le col de cygne du robinet).

-

Cas des logements situés au rez-de-chaussée ou en étages desservis ou susceptibles d’être desservis par ascenseurs

La cuisine doit offrir un passage d’une largeur minimale de 1,50 m entre les appareils ménagers installés ou prévisibles compte tenu des possibilités de branchement et d’évacuation, les meubles fixes et les parois, et ce hors du débattement de la porte.

Les Chambres -

-

Surface :

(possibilité 4 à 5 m² pour T1Bis). -

Dimensions : la plus petite largeur ne sera jamais inférieure à 2,10 m (2,40 à 2,50 souhaitable).

-

Prévoir un pan de mur meublable (sans portefenêtre, ni radiateur) d'au moins 2,50 ml.

-

Largeur mini = 2,60 ml.

Une chambre pourra être commandée par le séjour uniquement dans certains cas de T2 ou de T6.

-

Rapport longueur/largeur < 1,6 souhaité.

-

Forme rectangulaire.

Un placard (sans aménagement intérieur) est à prévoir pour chaque chambre. (longueur mini 1,00 m - soit 0,60 m² mini). Il pourra ouvrir sur le dégagement de manière à faciliter l’ameublement de la chambre.

-

Surfaces :

Les chambres seront normalement commandées par un dégagement (pas de chambre directement commandée par l'entrée).

Cas des logements situés au rez-de-chaussée ou en étages desservis ou susceptibles d’être desservis par ascenseurs

1 chambre > 11 m² (+ placard) Autres chambres : > 9 m² (+ placard) -

La chambre la plus grande sera considérée comme "chambre principale" (pour téléphone, télévision,….etc).

-

Les logements adaptés HP auront au moins une chambre de dimensions : 3,10 m x 3,80 m mini.

-

Une chambre doit au moins offrir, en dehors du débattement de la porte et de l’emprise d’un lit de 1,40 m x 1,90 m : - Un espace libre d’au moins 1,50 m de diamètre,

- Soit un passage d’au moins 0,90 m sur les deux grands côtés du lit et un passage d’au moins 1,20 m sur le petit côté du lit,

- Soit un passage d’au moins 1,20 m sur les deux grands côtés du lit et un passage d’au moins 0,90 m sur le petit côté du lit. Dans le cas d’un logement ne comportant qu’une pièce principale, le passage de 0,90 m n’est exigé que sur un grand côté, le lit pouvant être considéré accolé à une paroi. CPFG - Version 12/2009 – page 16


La Salle de Bains -

Elle se situe toujours dans le "coin nuit".

-

Elle est normalement commandée par le dégagement.

-

S'il existe un éclairage naturel, celui-ci ne devra être en aucun cas dans le volume baignoire et/ou lavabo.

-

La disposition et la surface doivent permettre d'y placer rationnellement un meuble de rangement en plus des appareils sanitaires et de la machine à laver le linge (attention au positionnement du radiateur).

-

La porte ouvrira de préférence vers l'extérieur.

-

Les WC peuvent être intégrés à la salle de bains en T1 ou T1bis uniquement.

-

Elle est équipée d’un receveur de douche dans 100% des T2 et éventuellement quelques T3

Cas des logements situés au rez-de-chaussée ou en étages desservis ou susceptibles d’être desservis par ascenseurs

-

De forme rectangulaire les dimensions ne seront jamais inférieures à : 1,72 x 2,10 = 3,61 m²

-

1,70 m. = Longueur mini de la baignoire (éviter les tablettes-paillasses en bout de baignoire).

-

2,10 m. = largeur baignoire + lavabo + MALL.

-

Prévoir l’installation d’un miroir au-dessus d'un petit dosseret de faïence.

-

A partir du T5, équiper la salle d'eau pour avoir la possibilité d’y installer, en sus des équipements de base, un sèche linge.

- « Pour les PC déposés à partir du 1er janvier 2010, au moins une salle d’eau doit être équipée de manière à ménager la possibilité d’installer une douche accessible. Lorsque la douche n’est pas installée dès l’origine, son aménagement ultérieur doit être possible sans intervention sur le gros oeuvre. Lorsque le logement comprend plusieurs salles d’eau, la salle d’eau ainsi équipée est située au niveau accessible. » Une salle d’eau au moins doit offrir un espace libre d’au moins 1,50 m de diamètre en dehors du débattement de la porte et des équipements fixes.

Le Cabinet de toilettes -

Existe en complément de la salle de bains à partir du T5.

-

Il est normalement commandé par le dégagement.

-

La porte ouvrira vers l'extérieur.

-

Le receveur de douche sera encloisonné sur 3 faces.

-

Doit permettre de loger un bac à douche 80 cm x 80 cm et un lavabo.

CPFG - Version 12/2009 – page 17


Chaudière

Appareil 4

Lave Vaisselle

Evier

Cuisinière

Appareil 3

VMC

>> 60

libre avec 15 mini pour

1

120 1

60 1

60 1

0 ou 60 mini 1

passage tuyaux chaudière

Lave Vaisselle

Evier

Cuisinière

Chaudière

VMC

>> 60

libre 1

120 1

60 1

15 mini pour passage tuyaux chaudière

60 1

1

CPFG - Version 12/2009 – page 30


Annexe 2 : Extrait de la circulaire interministÊrielle n°DGUHC

2007-53 du 30 novembre 2007

141


Bibliographie - Ouvrages, publications, sites Internet

157


158


Ouvrages, étudiés ou cités Penser l’Habité le logement en question PAN 14, Monique Eleb-Vidal, Anne-Marie Chatelet, Thierry Mandoul, deuxième édition, édition Pierre Mardaga éditeur, Juin 1988 Reconstruction – Déconstruction, Bruno Vayssière, aux éditions Villes et Sociétés, 1988 Entre confort, désir et normes : le logement contemporain (1995 – 2010) Rapport Août 2012, Monique Eleb et Philippe Simon, Essai (broché). Paru en 04/2013 Espèces d’espace, George Pérec, Edition Galilée, 1974 Urbanité, sociabilité et intimité des logements d’aujourd’hui, Monique Eleb Châtelet, édition Broché, mars 1998.

et

Anne Marie

Articles, étudiés ou cités «Odile Seyler, plaidoyer pour le confort», interview d’Armelle Lavalou, D’architecture n°148 p 64-65 «Offrir au collectif les qualités de l’habitat individuel», interview d’Edith Girard par Armelle Lavalou, d’A n°148, août-sept 2005 page 36 «L’évolutivité au cœur des projets», in Bien habiter la ville, sous la direction d’Ariela Masboungi, éd du Moniteur, 2010, pages 60-67

159


Sites internet, étudiés ou cités Normandie Actu http://www.normandie-actu.fr/larchitecture-perret-au-havre-quen-pensez-vous_26300/

Site de l’agence Stera Architecture http://www.steraarchitectures.com/#/projets/realisations_publiques/doudeauville_

Site de l’agence Hondelatte Laporte Architectes http://www.hondelatte-laporte.com/projets/mantes/index.html

Site de l’agence Bronzac et Gonzalez architectes http://www.brenac-gonzalez.fr/fr/projet/126-logements-sociaux-m07-chevaleret

Site de l’agence X-tu architectes http://divisare.com/projects/16340-X-TU-Logements-Rue-Duploye-Paris-18-

Manuel Periáñez : L’habitat évolutif : du mythe aux réalités ( 1993-2013) http://mpzga.free.fr/habevol/evolutif2013.html

Site de l’INSEE (Institut Nationale de la Statistique et des études économiques) http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=T10F032

Engagement national pour le logement du 13 juillet 2006 www.logement.gouv.fr

Guillaume Rener «A la découvere de la maison relationnelle» www.maisonenfrance.com

160


Table des matières Remerciements

Page 03

Sommaire

Page 05

Introduction - Les signes révélateurs d’un mal être inconscient

Page 07

Partie 01 - La reconstruction comme point d’origine

Page 13

La réflexion des grands ensembles

Page 17

- La période de l’entre-deux-guerre, stagnation du collectif et nouvelles pensées sociales

Page 17

- La Seconde Guerre Mondiale : la situation d’urgence appelle une solution radiacle

Page 18

- Les mesures précurseuses des grands ensembles

Page 19

L’architecture dite «Statistique»

Page 25

- Définition

Page 25

- L’industrie du béton, initiatrice de l’architecture statistique et de sa standardisation

Page 27

L’apparition de l’habitat Standard

Page 31

- L’apogée du F4

Page 31

- Mécanisation du logement

Page 34

Conclusion : L’après guerre ou le choc de la modernisation

Partie 02 - évolutions sociologiques, normatives et surfaciques Les évolutions de la société amènent des questionnements nouveaux

Page 39

Page 41

Page 43

- évolution des ménages

Page 43

- Les nouveaux modes de vie

Page 44

- Public et intime : «être ensemble mais sans contrainte»

Page 45

De l’Architecture Statistique à l’Architecture Réglementaire : La Normalisation

Page 49

- Superficie de logements, le retard français

Page 49

- L’accessibilité PMR, le Modulor du XXI siècle

Page 52

e

163


- Normes écologiques : vers un confort technique

Conclusion : une évolution de la cellule en marge de la population

Partie 03 - Réinterroger la cellule d’habitation Quelles évolutions pour les dispositifs qui forment la cellule ?

Page 59

Page 61

Page 63

- L’entrée

Page 63

- Le séjour

Page 64

- La cuisine

Page 66

- La salle à manger

Page 70

- La salle de bain

Page 73

- Les chambres

Page 75

- Balcons, Loggia et Jardins d’hiver

Page 78

- Les Rangements

Page 82

- La pièce en plus

Page 85

- Les couloirs

Page 87

Composer la cellule d’habitation, principes de partitionnement

Page 89

- La bipartition

Page 89

- La Tripartition

Page 91

- Duplx, Loft et variation de hauteur

Page 93

Flexibilité de la cellule d’habitation pour s’adapter aux habitants - Deux expériences du siècle dernier, révélatrices d’une réfléxion qui perdure

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- Une flexibilité d’évolution par le plan libéré

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- Une technique interne au service d’une flexibilité permanente

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- Le Plan Neutre

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- Le logement modulable comme source de flexibilité

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Conclusion - Une évolution dans l’air du temps et avec lui

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Annexes

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Annexe 1 : Extrait du Référentiel constructions neuves Archipel Habitat

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Annexe 2 : Extrait de la circulaire interministérielle n°DGUHC 2007-53

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Bibliographie

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Ouvrages, étudiés ou cités

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Articles, étudiés ou cités

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Sites internet, étudiés ou cités

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La cellule d’habitation Un héritage standardisé pour une population diversifiée Face à une population qui évolue dans ses modes de vie et ses mœurs, la cellule d’habitation d’immeubles de logements collectifs stagne autour d’une conception standardisée, héritage du mode de réflexion d’après guerre, réglementée par des normes de plus en plus présentes. Une

nécessité d’évolution apparaît pourtant, devant un mal

être qui ressort de la part de la population, devant une production non diversifiée de logements.

Une offre unique pour des individus variés. Cependant, dans ce carcan conceptuel de la cellule logement, quelques architectes et maîtrise d’ouvrage, réussissent à proposer des solutions nouvelles ou redécouvertes, qui trouvent auprès de la population de bonnes critiques... Mais est ce pour autant synonyme de changement ? Ce

mémoire se propose d’analyser cette évolution du

logement afin de comprendre comment la cellule d’habitation répond a un besoin de flexibilité induit par les modes de vie contemporains, malgré sa standardisation appliquée depuis la deuxième moitié du

XXe

siècle..

Joseph QUEMARD - Mémoire de Master sous la direction de Marion FAUNIERES Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Bretagne ENSAB - Rennes / Février 2015

La cellule d'habitation, un héritage standardisé pour une population diversifiée mémoire joseph quem  

Mémoire de Master - ENSAB

La cellule d'habitation, un héritage standardisé pour une population diversifiée mémoire joseph quem  

Mémoire de Master - ENSAB

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