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Fenêtre ouverte sur la gauche en Flandre : Journée du socialisme à Gand

Hebdomadaire Belgique • België P.P. Bruxelles X 1/2771 Bureau de dépôt: 1099 Bruxelles

P509685

> 8-9

Expéditeur & éditeur responsable: M.R. Eligius, bd M. Lemonnier 171, 1000 Bruxelles ■ 1,50 euro ■ 41iéme année  ■ n° 38 [1850) ■ 13 octobre 2011

Hebdomadaire du Parti du Travail de Belgique | PTB

La facture du sauvetage de Dexia

Grève et occupation à ArcelorMittal contre la possible fermeture de l’usine de Liège > 7

Il y a

nationalisation et

SNCB : «  Le plan le plus désastreux de la dernière décennie » > 10

nationalisation

Photo Salim Hellalet

Occupy Wall Street : les 99 % luttent contre les 1 % > 3

Histoire oubliée : une centaine de morts à Paris en 1961 > 18

l a i c é p S > 11-15 > 4-6

« Un même combat » | Action PTB et Parti communiste de Grèce le 19 octobre > 16




13 octobre 2011 | 38

www.solidaire.org Rédaction

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| EDITO |

Armistice communautaire ? Et tope-là ! Nous avons notre sixième réforme de l’État en annoncent 2014 (après les prochaines élections) comme quarante ans. Devant les caméras, on nous l’assure, cela nouvelle échéance. Quatre ans de crise politique pour permet « de sortir le pays de la pire crise institutionnelle aboutir à... seulement deux ans de stabilisation. de son histoire ». C’est même « une des réformes les plus Au Nord, la N-VA annonce déjà qu’elle continuera importantes de l’histoire de la Belgique ». Rien que ça. son agitation nationaliste. Et les autres partis au pouvoir Alors, enfin sortis du tunnel de la crise communautaire ? continuent à la suivre sur le fond, tout en assurant arriver On peut en douter. Dans l’immédiat, les vainqueurs sont aux mêmes buts immédiats par la négociation. les huit partis autour de la table. Mais celui qui a gagné Au Sud, tous les partis au pouvoir affirment qu’il faut stratégiquement la manche, c’est la N-VA. Elle a imposé accepter les nouvelles compétences comme une chance les thèmes essentiels des négociations : autonomie à saisir pour la Région. Et ils osent affirmer qu’en dix ans, la Wallonie pourra assumer seule le fiscale, synonyme de concurrence fiscale, financement des compétences reçues (les régionalisation de compétences sociales, Cet « accord historique » n’est transferts s’arrêtant complètement en synonyme de début de scission de la 2020). Ce qu’elle n’a pas réussi à faire en sécurité sociale. Et, dans cette sixième donc certainement réforme de l’État, on cherchera en vain des pas un point final. Les trente ans, elle le ferait donc en dix ans ; une décennie qui commence pourtant mesures visant à renforcer la coopération accords contiennent par la pire crise économique mondiale entre les Régions et Communautés. les sources de depuis les années trente. Cet « accord historique » n’est donc Comme en Flandre, on travaille les esprits certainement pas un point final. Les accords nouveaux conflits. pour réaliser « l’union des forces vives », contiennent les sources de nouveaux du patron à l’ouvrier, pour défendre « sa » conflits. Les plus optimistes annoncent une stabilisation pour dix ans. La plupart des autres Région. Pas question de défendre les acquis sociaux. Ni encore moins de faire grève. Ça ferait tache. Dans l’application de la réforme, des pressions énormes seront exercées également sur le mouvement syndical pour qu’il se scinde lui aussi, afin de « s’adapter aux nouvelles institutions ». En Flandre, le VOKA (le patronat flamand) rêve déjà de ce scénario pour forcer au niveau régional la suppression des négociations sectorielles. Aujourd’hui, on voit l’État fédéral, les Régions et communes se disputer pour savoir par quel canal local, régional ou fédéral, on fera payer au citoyen la facture Dexia. Alors que les vrais responsables de cette crise financière, les spéculateurs, les super banquiers et, surtout, tous ceux qui se ont enrichis pendant les années dorées restent hors d’atteinte. Le monde du travail ne peut pas accepter de se laisser diviser. Durant ces quelques mois d’armistice communautaire, il peut reconstruire aussi dans les combats contre la crise, une unité dont il a tant besoin. Nous avons notre sixième réforme de l’État en quarante ans. Devant les caméras, on nous l’assure, cela permet « de sortir le pays de la pire crise institutionnelle de son histoire ». Alors, enfin sortis du tunnel de la crise communautaire ? On peut en douter. (Photo Belga)

Envoyez un petit message à Elio

< David Pestieau - Rédacteur en chef

Envie de réagir ? david.pestieau@solidaire.org

Elio Di Rupo cherche huit milliards d’euros. Il a prévu de prendre cette somme dans votre poche. Pourtant, c’est la somme que rapporterait la taxe des millionnaires. Il faut (sans doute) le lui rappeler. Envoyez-lui un maximum d’e-mails. Participez à l’action sur

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| INTERNATIONAL |

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États-Unis | Occupy Wall Street

« Nous sommes les 99 % » u Mercredi dernier, des dizaines de milliers de manifestants ont défilé dans les rues de New York. Depuis trois semaines, des citoyens américains occupent le parc proche de la bourse américaine. Le mouvement « Occupy Wall Street » s’est étendu, la semaine dernière, à 120 villes dans l’ensemble des ÉtatsUnis. Les interventions musclées de la police ont eu l’effet inverse de celui escompté. Après l’arrestation de 700 manifestants samedi dernier, la police new-yorkaise poursuit la répression du mouvement « Occupy Wall Street ». Ainsi, les policiers ont attaqué des manifestants qui, le 5 octobre dernier, avaient défilé dans le centre de New York par solidarité avec les occupants de Wall Street. Sans la moindre raison, les policiers se sont mis à matraquer les manifestants, à user de leurs sprays au poivre et à procéder à des arrestations. La presse a été adroitement tenue à l’écart. Cette provocation n’a toutefois pu empêcher le mouvement de gagner encore en ampleur au cours des derniers jours. Au début de l’occupation du parc Zuccotti, le 17 septembre, ils n’étaient encore que quelques centaines. Mercredi passé, ils étaient des dizaines de milliers à défiler à New York. Des membres des quinze principaux syndicats du pays ainsi que des étudiants de l’Université de New York et de l’Université de Columbia se sont joints aux manifestants. Plus tôt cette semaine, le syndicat des transports avait déposé une plainte contre la police new-yorkaise parce que celle-ci avait réquisitionné des bus de la ville pour transporter les manifestants arrêtés.

Lors d’un meeting, de nombreux manifestants ont pris la parole. Comme Stephanie Cuevas, une étudiante de 19 ans : « Les écoles reçoivent moins d’argent et le gouvernement s’en fout. Il donne de l’argent aux banques quand celles-ci se retrouvent dans les problèmes, mais il laisse crever les pauvres. » (Photo Barry Yanowitz)

Cesser de claquer l’argent dans les guerres La colère suscitée par le système politique s’étend à tout le pays : dans plus de 120 villes ont lieu des occupations et manifestations similaires. Les principaux slogans sont « Des impôts pour les riches », « Nous sommes les 99 % » et « On aide les banques en nous faisant les poches ». À Los Angeles, par exemple, le square Pershing, au centre-ville, est occupé depuis le 1er octobre. Lors d’un meeting, de nombreux manifestants ont pris la parole. Stephanie Cuevas, une étudiante de 19 ans : « Les écoles reçoivent moins d’argent et le gouvernement s’en fout. Il donne de l’argent aux banques quand celles-ci se retrouvent dans les problèmes, mais il laisse crever les pauvres. » Kevin Baker, un activiste et vétéran de la guerre en Irak : « Le véritable ennemi du monde du travail, ce n’est pas le peuple irakien, afghan ou pakistanais, mais ces messieurs de Wall Street, du Congrès et de la Maison-Blanche. » Il a été particulièrement applaudi lorsqu’il a déclaré : « On doit cesser de claquer de l’argent dans des guerres au Moyen-Orient au lieu de l’utiliser

pour créer de l’emploi dans le secteur des soins et dans l’enseignement aux États-Unis mêmes. » À Minneapolis, l’occupation de la Government Plaza a débuté le vendredi 7 octobre à 9 heures du matin. Les occupants ont rebaptisé la place en « People’s Plaza » et ont adopté comme principal slogan « Les gens avant le profit ». Des actions et occupations similaires ont débuté dans d’autres villes comme Boston, St. Louis, Chicago et ailleurs.

< Tony Busselen \ Carte et rapport des faits dans les 120 villes : www.motherjones.com.

Sources :www.fightbacknews.org,www.pslweb.org/liberationnews,www.peoplesworld.org,www.workers.org,www. democracynow.org et www.motherjones.com.

« It’s the inequality, stupid !» u « C’est l’inégalité, crétin ! » Tel est le titre d’un article publié sur le site motherjones.com et traitant de l’inégalité croissante aux États-Unis. Aux États-Unis, cette phrase est aussi connue que la fameuse phrase d’Yves Leterme « Il faut cinq minutes de courage politique pour scinder BHV ». C’était Bill Clinton qui, lors d’un débat électoral, avait de la sorte apostrophé son adversaire, George Bush senior : « It’s the economy, stupid ! » Tout comme les Belges, les Américains sont aujourd’hui avertis. Ni l’approche économique de Clinton, ni celle de Bush junior après lui n’ont amélioré leur situation. Au contraire, aujourd’hui, les statistiques officielles des États-Unis font état de 46 millions de pauvres, soit 15,6 % de la population américaine. 20,5 millions d’entre eux vivent dans une extrême pauvreté : ils doivent s’en sortir avec 11.000 dollars par an pour une famille de quatre personnes. Cette pauvreté frappe surtout les enfants : 16,4 millions, soit 22 % des enfants américains, vivent aujourd’hui dans des familles pauvres.

Entre 1997 et 2007, les revenus du 1 % des plus riches ont augmenté de plus de 120 %, alors que les revenus des 99 % d’autres baissaient. En 2009, les administrateurs des grandes sociétés ont gagné en moyenne 185 fois le salaire des travailleurs ordinaires. Les impôts des sociétés aux États-Unis ont baissé, passant de quelque 30 % dans les années 50 à moins de 10 % en 2007. Durant la même période, les impôts sur les salaires sont passés de 10 % à plus de 40 %. Entre 2007 et 2009, les bénéfices à Wall Street ont grimpé de 720 % et, dans un même temps, les chiffres du chômage ont augmenté de 102 %. Et cela ne s’améliore pas. Le 29 septembre dernier, l’organisation patronale « Business Roundtable » révélait les résultats d’un sondage effectué parmi ses 140 membres : le nombre d’entreprises qui prévoyaient de licencier des travailleurs a doublé par rapport au trimestre précédent. (T.B.) http://motherjones.com/politics/2011/02/income-inequality-in-america-chart-graphet Workers World, 7 octobre




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| BELGIQUE |

Dexia : pourquoi devrions-nous  payer les pots cassés ?

u Dexia Banque Belgique rachetée pour 4 milliards, 54 milliards de garanties de l'État sur une bad bank : après 2008, l'État remet la main à la poche pour sauver une banque en un week-end. Combien cela va-t-il nous coûter ? « Une opération neutre », nous affirment Leterme et Reynders. « La facture sera lourde pour le citoyen », rétorque le PTB, qui plaide pour que les vrais responsables paient. Et, face à la crise financière qui s'annonce, pour que le secteur bancaire devienne un secteur public. < David Pestieau

La facture sonne toujours trois fois

L'ancien Crédit communal, la banque des communes, est devenu, depuis 1996, un grand groupe financier, le groupe Dexia, à coups de fusions et de rachats de filiales à l'étranger. Rattrapé par la crise de 2008, ce groupe bancaire a été une première fois sauvé en 2008 par l'État belge, français et luxembourgeois. 56 % du capital du groupe Dexia était ainsi public, à travers différents acteurs (en particulier les communes), tandis que 14 % était dans les mains d'Arcofin, bras financier du Mouvement ouvrier chrétien. Depuis ce week-end, ce groupe a été démantelé : - Dexia Banque Belgique, la filiale bancaire belge, descendante directe du Crédit communal, a été nationalisée et rachetée par l'État belge pour 4 milliards d'euros. - La branche française de Dexia est reprise par l'État français via une alliance avec la CDC (Caisse des dépôts et consignations) et La Poste française. La filiale turque sera vendue. La

branche luxembourgeoise, spécialiste en gestion de patrimoines (belges) est reprise par le fonds souverain du Qatar. - Ce qui reste du groupe Dexia (et ce qui reste donc dans les mains des actionnaires actuels), est ce qu'on considère comme les branches pourries du groupe : des obligations d'États (comme 4 à 5 milliards de dettes grecques, 50 milliards de dettes italiennes), des restes de crédits pourris, des prêts à long terme accordés à des communes sont logées dans une bad bank.

Facture n° 1

Le rachat de Dexia Banque Belgique L'État belge débourse 4 milliards d'euros pour le rachat de Dexia. Pour cela, il emprunte sur les marchés. Coût direct : 160 millions d’euros à payer chaque année pour les intérêts.

Coût indirect : Des dizaines voire des centaines de millions d’euros d’intérêts supplémentaires à payer sur la dette globale de l’État en raison de la hausse de cette dette. En effet, avec le rachat de Dexia, la dette belge de 354 milliards est augmentée de 1 %. Elle atteint 97 % du produit intérieur brut (PIB), soit le niveau de dette le plus haut de la zone euro après la Grèce et l’Italie. Ceux qui prêtent (les grandes banques, les spéculateurs) risquent d’augmenter leurs taux d’intérêt. Le Soir écrit ainsi ce lundi : « Les États devront recapitaliser leurs banques, mais ils seront une nouvelle fois pénalisée par les agences de notation. Et leur endettement en pâtira… Une spirale infernale. »

Facture n° 2 La garantie   sur la bad bank

Tous les placements à problème sont mis dans une bad bank, appelée... groupe Dexia. Cette bad bank doit pouvoir emprunter pour couvrir ses opérations financières. Or elle ne pourra que difficilement le faire, vu qu'elle abrite des placements pourris. C'est là que les États français et belge interviennent. D'un côté, cette bad bank est recapitalisée par la vente des filiales bancaires saines de Dexia. De l'autre, les États belge, français et luxembourgeois offrent des garanties, à hauteur de 90 milliards d'euros, sur les emprunts que la bad bank devra conclure pour ne pas faire faillite. La Belgique s'est engagée à hauteur de 54 milliards. Entre-temps, cette bad bank devrait progressivement se

défaire de ses produits pourris. Mais comment fonctionne une garantie ? Imaginez que votre fils ou votre fille rentre à la maison en vous disant que sa banque est prête à lui faire un prêt, mais seulement avec une caution. De nombreux parents le font, mais ce n’est bien sûr pas sans risque. La caution, que le gouvernement en affaires courantes de Leterme vient d’autoriser, avec l’accord du formateur Di Rupo, est semblable. Mais malheureusement, l’argent n’est pas pour un enfant de confiance, mais bien pour une bad bank. La possibilité que ces garanties doivent effectivement être mises tôt ou tard sur la table est grande. Et, dans ce cas, la Belgique sera en faillite. Comme l’éditorialiste Yves Desmet l’a écrit dans De Morgen : « Si ça tourne mal, le gouvernement enfoncera les générations suivantes dans l’esclavage de la dette, tout comme en Grèce ou en Irlande. C’est un énorme coup de poker, ce n’est ni plus ni moins jouer avec l’avenir. » Coût indirect : à moyen terme en cas de défaut nul, partiel ou total de paiement, de 0 à 54 milliards d’euros. Coût indirect : des centaines de millions d’euros supplémentaires pourraient être payés comme charge d’intérêts sur la dette. La garantie offerte par l’État belge équivaut, en effet, à 15 % du PIB. Les taux d’intérêts sur la dette vont augmenter si la notation financière de la Belgique est dégradée par les agences de notation, ce qui est plausible. Yves Leterme, lui-même doit avouer qu’il espère que « le taux d’endettement de la Belgique ne va pas augmenter trop rapidement »1.

\ Retrouvez les chiffres de l'impact de la chute

du groupe Dexia sur les finances communales, commune par commune, sur www.ptb.be

Facture n° 3

La faillite programmée du Holding communal Les communes ont accumulé une (bonne) partie de leur patrimoine dans le Holding communal, actionnaire à 14 % de Dexia. Ce Holding détient des actions Dexia dont la valeur est calculée dans ses comptes à 8,25 euros l'action. Or l'action oscille aujourd'hui entre 0,85 euro et 1 euro. Résultat, si le Holding communal devait vendre ses actions aujourd'hui, les communes perdraient près de 2 milliards d'euros de capital. Sans compter que, selon le service d'études du PTB, les communes ont perdu 1,17 milliard d'euros depuis 2008, à cause des dividendes non versés par Dexia et la recapitalisation exigée en 2009. La perte est ainsi estimée à 221 millions d'euros pour la ville d'Anvers, 136 pour Charleroi, 109 pour Schaerbeek et 83 pour la ville de Liège ! En outre, les Régions ont engagé 450 millions de garanties qui pourraient devoir être activées en cas de défaut de paiement du Holding communal. Sachant que les fonds propres du Holding communal ne se montent qu'à 1,2 milliard et que ses dettes se chiffrent à 1,4 milliard, on comprend mieux que le Holding est déjà virtuellement en faillite Coût direct : 3,16 milliards d’euros pour les communes. Coût indirect : de 0 à 450 millions d’euros pour les Régions. Un bras de fer a encore lieu, au moment où ces lignes sont écrites, pour que les Régions et communes limitent leurs pertes, par une reprise de garantie par l’État. Mais les solutions reporteraient alors le poids sur... l’État fédéral, autrement dit, aussi sur le contribuable.


| BELGIQUE |



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Il y a nationalisation et nationalisation u Est-ce que le gouvernement, en reprenant Dexia Banque Belgique, suit la piste d’un secteur public bancaire, piste prônée par le PTB depuis 2008 ? Non. Nous l’avons déjà vécu avec la nationalisation éclair de Fortis en octobre 2008. C’était une étape intermédiaire pour vendre la banque à BNP Paribas. C’est la même opération qui est envisagée maintenant. La nationalisation ne serait que temporaire et la filiale serait revendue à un acteur privé. Dexia Banque Belgique serait alors vendue à une banque étrangère pour un prix bradé. Les noms de Santander, la Deutsche Bank, Rabobank ou la Société Générale sont évoqués. Pour calmer les actionnaires comme le Holding communal, le gouvernement promet aux actionnaires de

Dexia qu’ils toucheront 100 % de la plus-value d’une revente à une autre banque privée si elle a lieu dans moins de 18 mois. Alors, pas d’alternative ? Si. Toutes les options envisagées par les partis au pouvoir partent du dogme libéral que « l’État et les communes n’ont pas vocation à gérer une banque ». Or la pratique de Fortis comme de Dexia est que les seuls qui ont prouvé — dans la pratique — qu’ils n’avaient pas vocation à gérer une banque, les seuls qui ont prouvé qu’ils nous conduisaient droit dans le mur, c’est le privé.

Un nouveau crédit communal Il existe une autre option. D’abord, il ne s’agit pas seulement de nationaliser à 100 % Dexia Banque Belgique pour qu’elle continue à se comporter comme une banque privée. Il s’agit de

transformer Dexia Banque Belgique en un nouveau Crédit communal, une banque des communes, basée sur les dépôts et l’épargne des ménages, des prêts aux communes (belges), sans exiger un profit maximal et sans spéculation en Bourse. Les structures, les activités, le fonctionnement de Dexia Banque Belgique doivent être assainis : par la suppression des activités de spéculation, par la transformation des prêts actuels souvent à taux variables aux communes en produits de long terme avec taux de change fixes, par le départ des postes à responsabilités de ceux qui ont participé aux activités du passé... Ce secteur public bancaire doit aussi pouvoir fixer des critères stricts et garantir une gestion transparente. Ses dépenses et ses recettes devront être soumises à un contrôle public cohérent, ce qui implique l’abolition du secret bancaire. Les administrateurs

Une banque 100 % belge ? Nous l'avons déjà vécu avec la nationalisation éclair de Fortis en octobre 2008. C'était une étape intermédiaire pour vendre la banque à BNP Paribas. C'est la même opération qui est envisagée aujourd’hui. (Photo Solidaire, Salim Hellalet)

La chute du domino bancaire   impose des solutions radicales u Si, aujourd'hui, une nouvelle crise beaucoup plus importante arrive, l'État doit prendre des mesures exceptionnelles et saisir toutes les banques, y compris les good banks, et créer un secteur public bancaire, pour éviter la faillite de l'État et des contribuables. Durant des crises, des mesures radicales s’imposent. Mais, contrairement à ce que nos gouvernements font, elles ne doivent pas se faire contre les travailleurs, mais contre les vrais responsables.

Car soyons clairs, la chute de Dexia n’est que le premier domino européen d’une crise bancaire profonde, deuxième phase de la crise de 2008, une crise aggravée par la crise des dettes publiques. Face à cette situation exceptionnelle, une telle mesure exceptionnelle s’impose. Entre octobre 2008 et décembre 2010, les pays européens ont consacré 1240 milliards d’euros d’aide aux banques, dont 757 milliards de garanties. Aujourd’hui, on parle de recapitalisation des banques européennes de 100 à 200 milliards d’euros, sans compter les garanties d’États. Dexia est dans le collimateur, mais demain

la KBC peut être touchée, ainsi que BNP Paribas, fortement exposée à la dette grecque. C’est un cycle qui n’a pas de fin. Pourquoi devrait-on croire ceux qui nous ont garanti en 2008 que cela ne se reproduirait plus ? Si l’État met de l’argent dans les banques, ce n’est pas pour être une vache à lait du privé, qui nationalise les pertes et privatise les profits. C’est pour en prendre le contrôle, garantir l’épargne, permettre que les prêts soient faits au bénéfice de la collectivité, éviter la spéculation, contrôler les flux financiers. 1. De Zevende Dag, VRT-TV, 9 octobre 2011

ne peuvent avoir, ni avoir eu, de liens avec le secteur bancaire privé. Ils doivent agir selon la politique de secteur public bancaire, contrairement aux administrateurs actuels qui ont agi selon les critères de banque privée, avide de profit maximal. Un comité de contrôle composé de représentants syndicaux, de petits commerçants et d’organisations de consommateurs doit avoir un droit de veto sur les orientations et les principales décisions prises.

à contribution, en ce compris les grandes fortunes (Lippens, Frère...) du secteur financier. Une cession sans indemnisation à l’État d’une partie des actions des autres banques privées profitables devrait être aussi envisagée. Les différents éléments du secteur financier sont très liés et collectivement responsables du désastre.

Envoyer la facture aux responsables

Et quid de la garantie des 54 milliards ? Il n’y aucune raison que l’État en soit garant. Les actionnaires privés de Dexia (30 % du capital) doivent subir en premier lieu les pertes éventuelles, de manière intégrale. Au-delà, ce sont les communes, Régions et l’État, donc le contribuable, qui devraient payer. Ce n’est évidemment pas acceptable, puisqu’aucun citoyen n’a décidé que sa banque pouvait aller jouer en Bourse avec son épargne. Où trouver l’argent alors ? Par la nationalisation de tout le secteur bancaire en commençant par les trois autres plus grandes banques du pays : KBC, ING et BNP-Paribas Fortis. Il n’y a pas de raison que l’État ne puisse racheter que les banques en difficulté. Il a aidé deux de ses trois grandes banques en 2008.

Ensuite, il ne s’agit pas que le simple contribuable paie la facture de cette nationalisation (les 4 milliards). Il ne s’agit pas que les communes paient non plus. L’État doit imposer ceux qui sont responsables de la crise financière et qui ont profité du système pendant des années. Une contribution réparatrice du secteur financier devrait être immédiatement instaurée pour financer le rachat de Dexia Banque Belgique : il s’agirait d’une taxe exceptionnelle sur les responsables directs en Belgique de cette crise. À partir d’un audit précis, les holdings financiers qui ont investi dans les banques pendant les années dorées (de 2000 à 2008) seraient mis

Nationalisation des good bank

Le PTB plaide   pour un secteur public bancaire depuis 2008 

Le PTB a avancé cette idée d’un secteur public bancaire dès le début de la crise bancaire en 2008. Le livre de Peter Mertens, Priorité de gauche, paru en 2009, consacre un chapitre à ce sujet. Un site Internet initié par Danny Carleer, membre du PTB, www.banquepublique.be, a publié plus de 600 articles sur le sujet et est devenu une référence. Marco Van Hees, membre du service d’études du PTB, a sorti le livre Banques qui pillent, banques qui pleurent (Aden, 2010). \ Retrouvez les communiqués de presse, plus de chiffres et d’analyses sur www.ptb.be




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Dexia :   comment en est-on arrivé là ? u « Les communes doivent assumer elles-mêmes les risques qu’elles ont pris en investissant dans Dexia », estiment certains ministres, tels Leterme et Van Quickenborne. N’empêche que les partis gouvernementaux ont joué un rôle important dans la saga de Dexia, tant aux niveaux fédéral et régional que communal. Dans le temps, la Belgique a connu plusieurs organismes publics de crédit (OPC), dont, parmi les plus connus, la Caisse générale d’épargne et de retraite (CGER) et le Crédit communal de Belgique (CCB). Ces institutions financières se contentaient d’une modeste marge bénéficiaire et évitaient les risques comme la peste. Leurs clients recevaient un intérêt convenable sur leurs économies et ils pouvaient en outre emprunter de l’argent à des conditions attrayantes. Le Crédit communal était numéro un sur le marché des bons de caisse et en tant que financier public. Le service était excellent et tout le monde pouvait s’adresser aux OPC, même les moins nantis. La CGER avait été fondée en 1865, le Crédit communal cinq ans plus tôt. Ce dernier, surtout, était fortement politisé. Des hommes politiques des divers partis traditionnels s’y partageaient les sièges (voir encadré). En 1987 est fondé le Crédit local de France, censé se charger du financement des autorités locales. En 1999, Dexia Belgique et Dexia France l’intégreront au groupe Dexia, qui reprend également une banque en Israël.

La vague de privatisations En 1996, le Crédit communal est vendu. Les trois grandes familles politiques prétendent à qui veut l’entendre que, ce faisant, elles sauvent la sécurité sociale et allègent considérablement la dette publique. Les OPC sont vendues nettement en deçà de leur valeur réelle. Toutes sortes d’actionnaires font leur entrée chez Dexia, dont le Holding communal, car, avec le Crédit communal, les administrations locales avaient fait de bonnes affaires. Elles souhaitent également profiter des bénéfices en hausse proposés par les nouveaux banquiers privés et, par conséquent, les politiciens locaux mettent encore plus d’argent sur la table pour acquérir des parts. Ils sont représentés par le Holding communal, mais, du fait que ça va si mal aujourd’hui avec Dexia, le Holding prend également sa part de coups.

Fini, la prudence Après les privatisations, la prudence dans les opérations bancaires s’est envolée. Tout comme la banque belgo-néerlandaise Fortis (qui a accueilli la CGER), Dexia (aujourd’hui

Dans le temps, la Belgique a connu plusieurs organismes publics de crédit, dont, parmi les plus connus, la CGER et le Crédit communal. Ces institutions financières se contentaient d’une modeste marge bénéficiaire et évitaient les risques comme la peste. Leurs clients recevaient un intérêt convenable sur leurs économies et ils pouvaient en outre emprunter de l’argent à des conditions attrayantes. (Photo Solidaire, Salim Hellalet) un groupe franco-belge) s’est lancée dans une expansion importante. Pour Fortis, en 2008, à peine dix ans après la privatisation complète de la CGER, cela allait avoir des conséquences fatales. Dexia tient le coup un peu plus longtemps, mais là non plus, les acquisitions nouvelles ne sont pas un succès. Chez Dexia, les reprises se sont souvent situées dans ce qu’on appelle le core business, l’activité principale : être le banquier des autorités. On allait également s’écarter de cette voie, parfois avec bien peu de succès. En 2000, Dexia reprend Aegon, banque néerlandaise. Après le krach boursier de 2001 éclate l’affaire des actions en leasing chez une filiale de la banque d’affaires néerlandaise Labouchère. Celle-ci fait endosser aux participants (dont Dexia) une dette énorme. Bien des clients perdent leurs économies en se lançant dans l’aventure avec la filiale de Dexia. Pour les banques d’affaires néerlandaises Labouchère et Kempen, Dexia avait mis plus de 2 milliards d’euros sur la table et, dans les années qui suivraient la reprise, Labouchère allait s’épuiser totalement dans des procès. En 2004, la banque Kempen était revendue à la hâte pour 85 millions d’euros. Ceux qui avaient crié « qui trop embrasse, mal étreint » avaient mille fois raison.

États-Unis, elle annexait FSA (Financial Security Assurance), l’assureur des administrations publiques. Du coup, Dexia se proclamait « numéro un sur le marché mondial des services financiers au secteur public ». Et se muait bientôt en numéro un de la douleur : FSA entassait de plus en plus de produits toxiques dans son portefeuille. Lors de la crise de 2008, ces risques non couverts – liés à la débâcle des subprimes – faisaient subir à FSA des pertes colossales. Au début de la crise, c’est surtout la situation de FSA qui cause des soucis. Il faut des milliards en argent des impôts pour maintenir Dexia à flot. La Belgique, la France, le Luxembourg et quelques actionnaires injectent 6,4 milliards d’euros dans Dexia. Plus tard, les autorités régionales et locales belges devront encore sortir leur portefeuille à diverses reprises. Au total, on peut certainement porter 4 milliards d’euros au compte des diverses autorités. Aujourd’hui, pour son soutien aux actions de Dexia qui, à l’époque, valaient encore 9,90 euros, le gouvernement reçoit 1 euro à peine. Leterme qualifie cette perte de « virtuelle », sans 1 cent de perte réelle pour les caisses de l’État.

Les produits toxiques

Pour pouvoir vendre FSA, le gouvernement Leterme a dû concéder des garanties colossales. Non sans risques, répète aujourd’hui Leterme. À ce

La soif du profit allait faire courir à Dexia d’autres risques encore. Aux

Une saignée pour les caisses de l’État

propos, la Cour des comptes écrivait dans son rapport du 22 septembre 2010 : « En tout cas, vu leur ampleur, les garanties accordées par l’État aux institutions financières, suite à la crise financière, demeurent un facteur important d’incertitude quant à la future évolution des finances publiques. » La Cour des comptes peut être considérée comme une source digne de foi et ses propos n’ont certes rien de rassurant. En 2008, Dexia reçoit pour 150 milliards de garanties, lesquelles doivent être couvertes pour respectivement 36,5 % et 60,5 % par l’État français et l’État belge. En comparaison avec l’apport français, c’était scandaleusement trop. Par calcul politique égoïste et/ou par inconscience, Leterme et Reynders ont pris bien trop de risques, surtout en comparaison avec les Français. À la TV, ils ont affirmé en souriant

qu’ils avaient tout fait pour garantir l’argent des épargnants. Aujourd’hui, ils semblent enfin avoir compris qu’ils se sont fait avoir. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’à l’époque, Leterme et Reynders ont eux aussi pris des risques irresponsables en hypothéquant lourdement l’avenir de tous les Belges. Et ils remettent le couvert aujourd’hui ! L’effondrement de l’action Dexia, de 9,90 euros (valeur en 1996) à moins de 1 euro, fait encore plus de victimes. Le holding du MOC, Arco, souffre d’une perte « provisoirement fictive » de 2 milliards d’euros. En 1996, le Holding communal a acheté pour 1,7 milliard d’euros d’actions Dexia. À 8,25 euros l’unité. Là aussi, ce holding encourt une énorme perte.

< Danny Carleer

DannyCarleerestlecréateurdusitewww.openbarebank.beet délégué CGSP chez Fortis et, auparavant, à la CGER.

Les hommes politiques qui sont déjà passés par le conseil d’administration de Dexia

Au groupe Dexia Elio di Rupo (PS), Serge Kubla (MR), Francis Vermeiren (Open Vld), Jean-Luc Dehaene (CD&V), Karel De Gucht (Open Vld), Eric André (MR), FrançoisXavier de Donnéa (MR), Didier Donfut (PS), Frank Beke (sp.a) À Dexia Banque Belgique Marc Deconinck (PS), Jef Gabriëls (CD&V), Patrick Janssens (sp.a), Patrick Lachaert (Open Vld), Luc Martens (CD&V), Tony Van Parys (CD&V), Wivina Demeester (CD&V), Jean-Jacques Viseur (cdH), Herman Van Rompuy (CD&V), Louis Bril (Open Vld), Benoit Drèze (cdH), Antoine Duquesne (MR)


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13 octobre 2011 | 38



Fin d'une grève historique à ArcelorMittal

Les sidérurgistes font plier Mittal u Ce mardi 10 octobre, après neuf jours de grève, le travail reprenait sur base des concessions de Mittal aux revendications du front commun syndical. Entre le lundi 3 octobre et le mardi 11 octobre, les usines de la sidérurgie intégrée du bassin liégeois ont été mises à l’arrêt. Tous les jours, au piquet, plusieurs centaines d'ouvriers se sont relayés au centre acier de Flémalle, le siège administratif d'ArcelorMittal Liège, occupé par les travailleurs depuis le début de la grève. Pendant 9 jours, à l’appel du front commun syndical, des centaines de travailleurs se sont relayés au centre acier de Flémalle, siège de la direction. Les deux premiers jours, deux directeurs ont été invités à rester dans les locaux tant qu’une ouverture de négociation ne voyait pas le jour. Ils ont finalement quitté les lieux moins de deux jours plus tard, car le siège central d’ArcelorMittal à Londres a désavoué l’autorité de ces deux directeurs. À partir de ce moment, le centre est resté occupé par les grévistes.

Le fond du conflit Les actionnaires du groupe Mittal, qui emploie 350 000 personnes dans le monde entier, exigent un retour sur investissement de 15 %. Jusqu'ici, Mittal faisait tourner ses hauts fourneaux européens à 78 % de leurs capacités. Il a encore fait 2,9 milliards d'euros de bénéfices nets en 2010... Or, ces derniers mois, deux changements importants ont eu lieu. D'une part, Mittal a acheté des mines de fer et de charbon en Afrique. Le profit qu'il accumule dans ces mines est faramineux par rapport à celui que lui rapporte une sidérurgie continentale européenne (où les coûts sont plus élevés). D'autre part, la crise qui redouble d'intensité a fait baisser la consommation d'acier sur les marchés européens. Pour Mittal, il s'agit de maintenir son retour sur investissement de 15 % en faisant baisser le coût de la tonne d'acier en Europe. Pour y arriver, l'objectif est de faire fonctionner ses hauts fourneaux à une capacité de 100 %. Conclusions : on ferme les hauts fourneaux qui procurent le moins de bénéfice en Europe, à commencer par les sites continentaux (ceux qui ne se trouvent pas près de la mer). C’est dans ce cadre que Mittal a décidé de stopper la production (sans date de reprise fixée) du haut fourneau b, le seul encore en fonctionnement (le hf 6 étant sous cocon depuis 2008). La fermeture de ce haut fourneau empêche évidemment l’approvisionnement des autres sites du chaud et met en péril directement l’approvisionnement des sites du froid où l’on transforme les bobines. Liège était encore jusqu’ici technologiquement à la pointe de la production, avec la fabrication

A partir du lundi 3 octobre, des centaines de travailleurs se sont relayés au centre acier de Flémalle, siège de la direction. Les deux premiers jours, deux directeurs ont été invités à rester dans les locaux tant qu’une ouverture de négociation ne voyait pas le jour. Jusqu’au 10 octobre, le centre est resté occupé par les grévistes. (Photo Solidaire, Oswaldo Palumbo) de « l’ultra light charbon ». Cet acier haut de gamme est maintenant aussi fabriqué à Dunkerque, site maritime. Le risque est que, dans quelques mois, les lignes à froid de Liège ne produisent plus un acier à haute valeur ajoutée, et donc rapportent moins de bénéfices.

celle « de la dernière chance », avec la direction. Celle-ci a refusé de négocier, et cela s’est terminé par une fin de non recevoir quant à l’ouverture de discussions constructives sur la mise en oeuvre des conventions. C’était l’étincelle qui a mis le feu aux poudres et lancé la grève.

Pourquoi la grève a éclaté la semaine dernière ?

Quels sont les résultats de la grève ?

En 2004, quand la sidérurgie a été relancée après le rachat d’Arcelor par Mittal, des conventions ont été signées entre patron et syndicats. Celles-ci stipulaient notamment le reclassement des contrats à durée déterminée (CDD) dans l'entreprise en cas de baisse de la production. Ces conventions garantissaient aussi le paiement d'un complément patronal en cas de chômage économique. Et elles ne remettaient pas en cause le paiement du sursalaire du dimanche. Il y avait donc des garanties de revenu. Or, à l'annonce de la fermeture (sans date de relance) du haut fourneau b, la direction a refusé l'application de ces conventions et refuse même toute négociation. Quand les syndicats s'interrogent sur l'avenir du bassin, qui emploie encore 10 000 emplois directs et indirects, la direction fait la sourde oreille. Ce lundi 3 octobre, les syndicats ont participé à une cinquième réunion,

Après 9 jours de grève, Mittal a du concéder plusieurs choses qui paraissaient impensables avant l’arrêt de la production. Premièrement, il réintègre les CDD et les intérimaires. En tout cas ceux qui occupaient des postes stratégiques dans la production. Deuxièmement, il y a des signaux positifs pour que les conventions de 2004 soient respectés. Quant à l’avenir de la sidérurgie intégrée du bassin, une réunion est programmée au Luxembourg lundi prochain. Ce n’est pas rien d’avoir fait plier une multinationale aussi puissante que Mittal. Même si le combat pour le maintien d’une sidérurgie intégrée est loin d’être gagné, les travailleurs et leurs délégations en ressortent plus forts. C’est une bonne chose. Pour Robert Rouzeeuw, délégué principal FGTB – MWB, « le combat n’est pas gagné. Mais nous avons réussi à imposer un électrochoc à la direction, qui a du faire marche arrière. Nous avons gagné

des choses. Sur d’autres, nous avons reconstruit un dialogue. Ce que nous voulons pour le futur, c’est une usine qui fonctionne à long terme et pas “quand le marché le permet” ». Pour David Camarini, délégué principal CSC – Metea, « le combat a permis de reconstruire quelque chose de fondamental : la solidarité entre les travailleurs de tous statuts avec la réintégration et le reclassement des CDD et des intérims. Grâce à notre grève, la direction a dû faire un virage à 180 degrés. »

< Damien Robert

PTB : « la seule formation politique à commenter cette actualité brûlante »

Le PTB, comme le soulignait un article du Soir mardi matin, est « la seule formation politique à commenter cette actualité brûlante ». Mais il est aussi le seul qui soutient les travailleurs. Hans Krammisch, conseiller communal du PTB à Seraing, a introduit une motion de soutien pour sauvegarder la sidérurgie intégrée à Liège. Le parti, avec ses sections de Flémalle, Seraing, Herstal et Liège a répondu à l’appel des organisations syndicales qui demandaient à venir soutenir les grévistes e rendant des visites au piquet. Un toute boîte de soutien du PTB est diffusé dans les communes avoisinantes. Et régulièrement, des tracts sont distribués au piquet à Flémalle. Le PTB y présente son analyse et ses solutions. Plus d’infos sur www. ptb.be.




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Fenêtre ouverte sur la Flandre

« Pour un virage vers la gauche » u Si on en croit la presse traditionnelle ou certains clichés qui circulent, la Flandre est politiquement à droite, bien plus à droite que Bruxelles ou la Wallonie. Mais une initiative remarquable vient contrecarrer cette idée : des centaines d’intellectuels, syndicalistes et militants s’associent pour mener un débat en profondeur sur le socialisme. C’est le 29 octobre prochain, à Gand, que se concrétisera cette initiative, pour la deuxième année consécutive. Tout comme en mars 2010 pour la première édition, des centaines de personnes, des plus intellectuels aux plus actifs, et parfois les deux à la fois, se rassembleront pendant une journée pour débattre sous le mot d’ordre général « Socialisme, lutte et solidarité ». Divers ateliers seront organisés, sur plusieurs thématiques et sous différentes formes : la bataille linguistique, un salon et atelier culturel, les révolutions arabes, l’Union européenne, les femmes. « Toute action a besoin de ses spécialistes », explique Dominique Willaert, un des initiateurs

de la Ronde tafel van socialisten (table ronde des socialistes). Car il n’est pas question que de blabla. Un atelier est également consacré aux nouveaux moyens d’actions locaux et internationaux.

Ils maintiennent les gens dans le calme En période de crise économique, un débat sur d’autres perspectives que le capitalisme tombe à pic. « Je trouve de plus en plus hallucinant que, malgré cette crise persistante, le capitalisme parvient à s’en sortir, s’indigne Dominique Willaert. Surtout grâce aux médias et à la place dominante qu’ils occupent dans ce système. C’est une grave critique des médias, mais le fait est qu’ils vont toujours rechercher des comités d’experts de droite et des économistes néolibéraux pour “expliquer” prétendument la crise et ainsi maintenir les gens dans le calme. » Karim Zahidi, un des initiateurs également, trouve encourageant la résistance qu’il observe de plus en plus : « Plus encore qu’au moment de notre première édition. Il y a l’opposition en Grèce, au Portugal, en Italie et

D’une initiative flamande à un projet national ?

« Dès que notre capacité d’organisation et que nous aurons les reins un peu plus solides, nous organiserons notre Journée pour le socialisme à Bruxelles, pour les Flamands, les Wallons et les Bruxellois, confie Willaert. Nous avons suffisamment de partenaires avec qui nous collaborons très bien. Mais dans tout notre programme et notre stratégie, nous pensons selon un mode très Belgique unitaire et très européen. Ça, les syndicats le savent aussi. Nous essayons dès maintenant déjà d’ouvrir notre programme aux francophones… ». Karim Zahidi ajoute qu’à ManiFiesta, « manifestement, ça marche très bien d’organiser une fête de solidarité pour toute la Belgique. Nous, pour l’instant, nous ne pouvons encore que rêver d’un tel événement. » Les organisateurs ont déjà annoncé qu’au moins un atelier serait traduit simultanément, et peut être même deux. « Et le principal orateur du meeting de clôture sera Marc Goblet, de la FGTB Liège. C’est un choix délibéré. Il a beaucoup à dire sur la lutte sociale, sur l’unité du mouvement ouvrier belge. Il y aura d’ailleurs aussi un syndicaliste de France », annonce le syndicaliste et co-organisateur Luc Vandenhoeck.

L’initiative adopte une attitude très ouverte à l’égard d’organisations fortes, comme les deux grands syndicats, les mutualités, les organisations d’immigrés et de femmes… Sur la photos, trois initiateurs de la Ronde tafel van socialisten (table ronde des socialistes) : Luk Vandenhoeck (CGSP, syndicaliste à la VRT), Karim Zahiri (mathématicien et philosophe, UA Anvers) et Dominique Willaert (travailleur socioculturel chez Victoria Deluxe). (Photo Solidaire, Gaston Van Dyck) aussi les révolutions arabes qui sont une énorme protestation contre les conséquences de la néolibéralisation. Avec le mouvement Occupy Wall Street, nous voyons même une révolte au cœur même de tout le système. Les gens sont en permanence bombardés d’histoires sur la fin de la crise et la lumière au bout du tunnel, mais ils continuent pourtant à s’insurger, malgré l’hégémonie écrasante des médias de droite. » Dans le climat politique actuel d’austérité et où le nationalisme est très présent, les organisateurs veulent participer à un virage à gauche. Selon eux, il ne faut plus compter sur un virage à gauche des partis politiques établis. « Depuis les années 1990, les social-démocrates ont opté pour la “troisième voie”, poursuit Dominique Willaert. Ils ont pris fait et cause pour le libre marché et ils ne veulent plus que

le “corriger socialement” çà et là. »

Avec les syndicats, les mutuelles La Ronde tafel van socialisten est née, selon Willaert, « afin de plaider, au sein du monde universitaire, socioculturel, syndical, etc. pour un virage vers la gauche, non pas de façon populiste, mais de façon limpide et bien argumentée. » L’initiative adopte une attitude très ouverte à l’égard d’organisations fortes, comme les deux grands syndicats, les mutualités, les organisations d’immigrés et de femmes… afin de collaborer et discuter avec elles. Karim Zahidi ajoute qu’au sein des syndicats, « des gens se rendent compte que cette sorte d’“aliment idéologique” a été perdu de vue et ils veulent à nouveau lui donner une place. Sans syndicats,

nous serions vraiment un salon de discussion isolé. »

< Lizz Printz

et Gaston Van Dyck

Les syndicats soutiennent

La 2e Journée du socialisme bénéficiera d’un soutien accru des syndicats, par rapport à la première édition de mars 2010. Ce soutien sera assuré par la FGTB Métal Anvers, la CG d’Anvers, la CGSP Culture, la CGSP VRT, la CG ACV Bruxelles, le Setca Anvers, la FGTB Métal Flandre orientale, le Setca flamand, la FGTB Région d’Anvers.

www.rondetafelvansocialisten.be

Pour tous renseignements et inscriptions pour participer à la Journée du socialisme : www.rondetafelvansocialisten.be. La participation coûte 10 euros (5 euros pour les étudiants et les gens avec revenu de remplacement).

Programme de la   2e journée du socialisme 29 octobre, au Vooruit, à Gand

En 2010, la première journée du socialisme rassemblait 750 personnes. Le 29 octobre prochain, plus de monde encore est attendu. Et pour les années à venir, les organisateurs envisagent de l’organiser à Bruxelles plutôt qu’à Gand, afin de rassembler les Flamands, les Wallons et les Bruxellois. (Photo Solidaire, Dieter Boone)

12 h – 13 h : Accueil 13 h : Cérémonie d’ouverture dans la salle de théâtre Chorale Brussels Brecht-Eisler Mot de bienvenue d’Ivan Van Praet, Nadine Peeters et Bart Vandersteene Syndicalistes belges et européens 14 h 15 – 18 h : groupes de travail 16 h : Pause café 18 h : Pause sandwichs et boissons 18 h 40 : Cérémonie de clôture « Socialisme, lutte & solidarité » avec Mohamed Waked (militant égyptien et coéditeur du magasine en ligne Jadaliyya), Marc Goblet (FGTB Liège), Anke Hintjens et Peter Mertens + Conclusions finales de la Journée 21 h : Prestation de Robb Johnson & Friends (UK) dans la salle de bal du Vooruit.


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13 octobre 2011 | 38



TEC Charleroi | Agressions à répétition

Sous les pavés, des travailleurs… u Dimanche 2 octobre, quatre bus du TEC Charleroi ont été attaqués. En une semaine, c’est pas moins de sept agressions que les conducteurs de bus ont subies. Deux jours de grève ont suivi. Retour sur un phénomène inquiétant. Les conducteurs de bus de Charleroi ont fait la une des journaux pendant une semaine. En cause, une vague d’agressions d’une violence rare. On est passé tout près de plusieurs drames. Un pavé qui atterrit sur le pare-brise d’un bus qui transporte plusieurs dizaines de personnes, ça peut faire pas mal de dégâts. Si les agressions envers les employés des transports publics ne sont pas rares, que ce soit à Bruxelles, en Flandre ou en Wallonie, une telle escalade n’est pas chose courante, heureusement. Mais comment expliquer ce phénomène ? D’après Carmino Fasano, secrétaire régional du secteur Tram-Bus-Métro (TBM) de la CGSP Charleroi, les événements des dernières semaines s’ajoutent à d’autres problèmes vécus quotidiennement par les conducteurs des TEC : « Les chauffeurs sont interpellés pour les retards qui ne sont pas de leur responsabilité, mais dus à la circulation par exemple. Et quand un bus met son clignotant pour repartir après un arrêt, il doit forcer le passage. Les autres automobilistes sont fâchés, dépassent le bus pour lui faire des queues de poisson, etc. Il y a souvent des altercations entre automobilistes et conducteurs de bus. C’est à tout cela que s’ajoutent les agressions, les jets de pavés. Heureusement que les incidents

des dernières semaines ne sont pas quotidiens. Ici, cela a été un concours de circonstances, une escalade folle. Cela fait longtemps que l’on n’avait plus connu cela. »

Les raisons de la colère des jeunes ? Lorsque l’on demande au représentant syndical les raisons qui poussent des jeunes à jeter des pavés sur des transports publics, il avoue : « Je n’en sais rien. C’est inexplicable. C’est peutêtre une surenchère entre bandes de jeunes qui se disent “nous on sait arrêter un bus, les autres bandes ne savent pas le faire”. Peut-être est-ce autre chose. C’est un fait de société que nous ne savons expliquer. » Germain Mugemangango, secrétaire régional du PTB Hainaut, se pose la même question : « Ce n’est sans doute pas un hasard si ces incidents surviennent dans des quartiers défavorisés. Pas de surprise, Gilly, Charleroi Nord ou Farciennes sont toutes des zones en grandes difficultés économiques. Farciennes est toujours la ville la plus pauvre de Wallonie par exemple. Mais cela n’excuse pas tout. Les délinquants qui provoquent ces incidents doivent prendre conscience de la gravité de leurs actes. Un sentiment d’impunité envers les chauffeurs TEC ne doit pas subsister. Sinon les conditions de travail vont encore empirer. » Le dispositif sécuritaire est pourtant déjà bel et bien présent, selon Carmino Fasano : « On a essayé de sécuriser les bus au maximum. Depuis 1998, on est arrivé à avoir un système de sécurité qui fonctionne plus ou moins bien. Des voitures

banalisées de la police suivent les bus dans certains quartiers chauds. Les contrôleurs sillonnent un peu plus les lignes où les incidents se sont passés. On a essayé, avec tout cela, que les chauffeurs de bus se sentent un peu plus en sécurité. » Le responsable local du PTB avance d’autres sources de tensions potentielles : « D’après les chauffeurs eux-mêmes, un nombre important de conflits naissent au moment du contrôle du titre de transport. Il est évidemment légitime que les passagers soient contrôlés. Seulement, le chauffeur est obligé de cumuler plusieurs rôles dans son bus. Il le conduit, il est le contrôleur et bien souvent le gardien de sécurité de son bus. Ce serait intéressant, comme ça existe autre part, de séparer la fonction de chauffeur de celle de contrôleur. C’est possible en organisant la vente de billets de transports à l’extérieur du bus. Dans des aubettes par exemple. Une source de conflit potentiel disparaîtrait de cette manière. »

Le travail continue Malgré la peur, les travailleurs des TEC de Charleroi ont repris le travail après une grève de deux jours qui a été bien comprise par les usagers. Une peur compréhensible, d’après Germain Mugemangango : « Il faut reconnaître que le souci de sécurité est complètement légitime chez les chauffeurs du TEC. Lundi, lorsqu'ils étaient au Palais de justice de Charleroi (les conducteurs de bus ont manifesté devant

le bâtiment le lundi 3 octobre dernier pour exprimer leur colère, NdlR) j'ai pu constater que certains chauffeurs, malgré leur courage et leur conscience professionnelle, allaient au boulot sans savoir ce qui allait leur arriver durant la journée. La peur est présente. » Le syndicaliste confirme : « La colère des conducteurs de bus est toujours sous-jacente. Ce n’est pas parce qu’il n’y a plus d’agression pour le moment (mais ça peut arriver à n’importe quel moment) qu’ils ont repris le travail avec gaieté de cœur. Ils ont toujours la peur au ventre, le phénomène n’est pas résorbé. » Qu’en pensent les syndicats ? « Ce n’est pas au syndicat, mais à l’employeur de garantir la sécurité de ses employés, et c’est à lui de trouver les moyens nécessaires pour les mettre en sécurité sur leur lieu de travail. Nous, nous avons eu beaucoup de propositions à formuler, mais c’est le patron qui doit prendre ses responsabilités pour sécuriser les travailleurs » , répond Carmino Fasano.

La police n’est pas la solution Le représentant syndical émet des réserves quant à une solution exclusivement répressive : « Que la police mette plus de policiers à la disponibilité des TEC est une bonne chose, mais ce n’est pas pour ça que le problème sera réglé. N’importe où, une personne

peut avoir l’idée de jeter un pavé sur un bus. La police ne peut régler le problème seule. La solution ne sera pas uniquement sécuritaire. » Et il avance une piste de solution : « La police, avec la ville de Charleroi, s’est mise en contact avec les éducateurs de rue. Ces derniers peuvent sensibiliser un peu les jeunes des quartiers défavorisés où ce sont passés les événements. C’est une petite piste de solution envisageable à court terme. » Le secrétaire régional du PTB conclut sur deux idées : « Ce qui pourrait aussi être intéressant, c’est d’adjoindre une seconde personne dans le bus à côté du chauffeur. Il aurait un rôle de contrôle et aiderait le conducteur à faire face en cas de problème. C’est une solution qui pourrait réduire les violences perpétrées à l’encontre des conducteurs et aussi créer de l’emploi. Enfin, une démarche plus sociale est nécessaire dans les quartiers où ces incidents se produisent. Aucune raison de se mettre la tête dans le sable. Les mesures judiciaires ne vont pas, à elles seules, régler le problème. Un travail de fond avec les acteurs sociaux de ces quartiers est nécessaire. Donner des perspectives de vie décente aux jeunes de ces quartiers est indispensable. »

< Jonathan Lefèvre

Malgré la peur, les travailleurs des TEC de Charleroi ont repris le travail, après une grève de deux jours qui a été bien comprise par les usagers. En cause, une vague d’agressions d’une violence rare. (Photo Solidaire, Salim Hellalet)


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Pauwels Sauzen • Oelegem

Grève contre des licenciements

La semaine dernière, les 130 travailleurs de Pauwels Sauzen à Oelegem ont fait grève pendant plusieurs jours, car la direction voulait licencier un délégué FGTB, qui travaillait dans l’usine depuis près de 20 ans. Ces quatre dernières années, la boîte a déjà licencié cinq délégués. Cette fois, leurs collègues ont fait grève pendant trois jours, avec le soutien de la CSC et de la FGTB. Vendredi matin, 73 % des travailleurs ont accepté un compromis. Il y aura un arrangement financier pour les personnes concernées et un coaching extérieur pour les cadres. La direction ne reviendra pas sur les licenciements, mais, pour la première fois, les travailleurs se sont trouvés unis dans une action collective. En 2010, Pauwels Sauzen a réalisé 3,7 millions d’euros de bénéfice, soit deux fois plus qu’en 2009, entre autres grâce à une déduction d’intérêt notionnel de 431 204 euros.

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SNCB | Navetteurs et travailleurs contre le plan de la direction

« Le plan le plus désastreux de la dernière décennie »

ArcelorMittal • Gand

Plainte contre « sanctions sur salaire »

Le conseiller communal PTB de Zelzate, Dirk Goemaere, a déposé une plainte auprès de l’inspection sociale contre le fait que plusieurs travailleurs des sections d’entretien d’ArcelorMittal à Gand ont été sanctionnés de quatre heures de salaire pour une action perlée d’un quart d’heure. Les syndicats ont évoqué l’affaire lors du conseil d’entreprise du 7 octobre, mais en vain. Ils veulent désormais aller au tribunal du travail pour réclamer le salaire retenu à chaque travailleur. Goemaere insiste sur le fait que la mesure ne figure même pas dans le règlement de travail. Il parle de limitation du droit de grève et d’intimidation. Depuis mai, l’agitation sociale règne parmi le petit millier de travailleurs de l’entretien.

AkzoNobel • Vilvorde, Machelen

Grève contre des licenciements (2)

Vendredi dernier, les travailleurs du fabricant de couleur AkzoNobel à Vilvoorde et Machelen se sont mis en grève parce que la direction veut supprimer 66 postes d’employés. Au début de cette semaine, un conseil d’entreprise extraordinaire a eu lieu autour de la restructuration, suivi d’une assemblée du personnel organisée par les syndicats. AkzoNobel a une usine à Machelen et des services de vente et de marketing ainsi qu’un laboratoire à Vilvoorde. D’ici peu, ce dernier va fermer et, dans les autres sections de Vilvoorde, 44 emplois vont passer à la trappe. À Machelen et Vilvoorde, AkzoNobel emploie en tout quelque 500 personnes.

Secteur intérim • Belgique

Un accord pour un demimillion d’intérimaires

Les syndicats et les patrons du secteur des intérims ont dégagé un accord pour 2011-2012. Il concerne plus d’un demimillion de travailleurs intérimaires. Il ne porte pas sur les salaires, vu que, en principe, les intérimaires gagnent 90 % du salaire de l’usine où ils travaillent. Ils toucheront toutefois désormais une prime de fin d’année plus élevée, et il va y avoir de nouvelles règles en matière de précompte d’entreprise, afin que les intérimaires ne doivent pas trop payer lors du calcul final de leurs impôts. On négocie toujours autour de l’introduction d’une pension complémentaire.

Plus de 250 personnes se sont retrouvées devant le siège de la SCNB. « Je ne peux comprendre qu’une entreprise qui, chaque année, transporte plus de voyageurs, engrange plus de recettes, et ce, avec de moins en moins de personnel à la base, puisse quand même faire des pertes », explique Jos Digneffe de la CGSP-Cheminots. (Photo Solidaire, Martine Raeymaekers)

u Vendredi 7 octobre, les voyageurs et le personnel de la SNCB menaient ensemble une action devant le QG de la compagnie ferroviaire à Bruxelles. Ils protestaient contre le plan visant à supprimer plus de 300 trains et des dizaines de gares. Vendredi matin, la direction de la SNCB a discuté un plan d’économie prévoyant la suppression d’au moins 300 trains. Ensuite, elle voulait également fermer les guichets de dizaines de gares. C’est aller bien trop loin, estiment les syndicats CGSPCheminots et CSC-Transcom. C’est pourquoi, vendredi, en compagnie des organisations de voyageurs TreinTramBus et Navetteurs.be, ils ont mené une action face au siège principal de la SNCB à Bruxelles. Le PTB et son mouvement de jeunes Comac sont également venus soutenir l’action. « C’est le plan de restructuration le plus désastreux de cette dernière décennie, chez l’exploitant de la SNCB (exploitant des trains de voyageurs et de marchandises, NdlR) », déclare Jos Digneffe, secrétaire général de la CGSP-Cheminots. Il estime que ce plan compromet quelque mille emplois parmi le personnel du rail : « On supprime des trains, on ferme des guichets, dans l’entretien on introduit le nouveau système de production B-Lean… Si on fait le total, ça revient à près d’un millier de travailleurs en danger. Bien sûr, ils ne seront pas licenciés, mais, les prochaines années, il y aura beaucoup moins d’embauches qu’il ne devrait. » Pour les voyageurs en train aussi,

le plan d’économie de la SNCB est un sale coup. Sur bien des lignes, le premier train du matin et le dernier risquent d���être supprimés. Gianni Tabbone, de l’association de voyageurs Navetteurs.be, explique : « Le problème c’est qu’il y a des personnes qui ont des horaires fixes qui doivent commencer très tôt le matin ou qui doivent terminer très tard le soir. Souvent, ce sont des personnes qui n’ont pas de véhicule privé et qui dépendent à 100 % du transport en commun. Ça risque de poser des problèmes au niveau professionnel pour ces gens-là. »

Un petit jouet libéralisé « Ce qu’on fait maintenant aux chemins de fer, c’est le démantèlement du service public, ajoute Jos Digneffe. C’est ma grande inquiétude. Je ne peux comprendre qu’une entreprise qui, chaque année, transporte plus de voyageurs, engrange plus de recettes, et ce, avec de moins en moins de personnel à la base, puisse quand même faire des pertes. En 2010, l’exploitant de la SNCB a fait d’un seul coup 150 millions de pertes. Ce n’est pas rien. On peut expliquer une partie de ces pertes, qui a trait aux prix de l’énergie qui ont grimpé en raison des mauvais contrats conclus par la direction. Mais tout le reste… » Digneffe n’hésite pas à désigner le coupable : SNCB-Logistics. D’après lui, l’argent du transport des voyageurs est transféré dans le pot marchandises de la SNCB. « Là, avec l’argent public, on développe des initiatives privées. Une fois ce processus bien enclenché, la section marchandises sera vendue et nous

resterons avec les morceaux qui ne sont pas rentables. SNCB-Logistics est occupé à faire le jeu de la faillite virtuelle du groupe SNCB. Je vous prédis aujourd’hui déjà qu’avec le groupe SNCB, nous allons nous retrouver dans un scénario catastrophe si nous ne nous débarrassons pas bien vite du petit jouet libéralisé de Marc Descheemaecker (PDG de la SNCB, NdlR), qui a pour nom SNCB-Logistics. Si nous laissons la SNCB subsister sans SNCB-Logistics, nous survivrons facilement. »

Revenir sur la scission Tony Pirard, de la section Rail du PTB, était lui aussi présent lors de l’action de vendredi matin : « Le PTB est contre la diminution des prestations de service aux voyageurs. Plus tôt cette année, on a déjà supprimé plusieurs trains P et on a fait savoir que la liaison ferroviaire Bruxelles-Maastricht serait supprimée en décembre. De même, le très populaire train international du Benelux, Bruxelles-Amsterdam, va disparaître au profit du train

Fyra… Tout cela va à l’encontre du contrat de gestion entre l’État et la SNCB, qui stipule que la SNCB doit transporter 25 % de voyageurs en plus pour 2012, par rapport à 2008. Comment pourra-t-on faire rimer moins de trains, moins de guichets, moins de personnel… avec plus de voyageurs ? » « Si on veut quand même faire des économies et, en même temps, accroître l’efficacité, alors, qu’on annule la scission de la SNCB en trois parties (Infrabel, SNCB-Holding et SNCB, NdlR) qui, selon le patron de SNCB-Holding, Jannie Haek, coûte plus de 100 millions d’euros, continue Tony Pirard. Bénéfice : 100 millions d’euros. Bonus : à nouveau un transport de voyageurs plus efficace. Car la ponctualité des trains, la suppression de trains en raison de pannes et le chaos lors des problèmes n’ont jamais été aussi grands que depuis la scission de la SCNCB par le gouvernement, voici 5 ans. »

< Nick Dobbelaere

Une dimension de plus

Ce qui est surprenant, c’est que l’action de vendredi ait été menée conjointement par les syndicats et les associations de voyageurs. « C’est en effet la première fois que nous menons une action ensemble, explique Gianni Tabbone de Navetteurs. be. Il y a longtemps qu’on discute avec les syndicats pour essayer de trouver des alternatives à la grève. C’était une bonne occasion de marquer le coup. Une dimension supplémentaire, c’est que c’était aussi bien la partie francophone que la partie néerlandophone du pays au niveau des syndicats, mais aussi au niveau des associations. Cela montre bien que les problèmes ne s’arrêtent pas à la frontière linguistique et que les plans de la direction du rail posent des problèmes aussi bien aux usagers francophones que néerlandophones. » (ND)


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? s n a ix d s n a d n o t a r e s Où e n Edito I

l y a dix ans, peu de jeunes Grecs pensaient se retrouver là où ils en sont aujourd’hui. Depuis des mois, le peuple grec est forcé par la Commission européenne d’accepter une baisse incroyable de son niveau de vie : diminutions des salaires et des allocations de chômage, augmentation du coût de la vie, licenciements par milliers, privatisations des services publics, recul sans précédent des les droits collectifs des travailleurs, etc. Derrière les chiffres, ce sont des millions de vies humaines qui sont ainsi chamboulées et oppressées. Des parcours interrompus, des perspectives détruites. Des études qu’on ne fera pas, des vocations qu’on ne réalisera pas, des emplois qu’on n’aura pas. Tout ça pour quoi ? Pour rembourser aux spéculateurs et aux millionnaires l’argent qu’ils ont prêté à l’État grec. Et pourquoi l’État grec avait-il dû emprunter autant d’argent ? Pour sauver les banques en 2008 lorsqu’elles étaient au bord de la faillite. Une faillite causée par… ces mêmes spéculateurs et millionnaires. Les plus riches organisent, en ce moment même, le hold-up du siècle. C’est un pays entier qui plonge en enfer. Et qu’ont eu à dire les jeunes Grecs et leurs familles là-dessus ? Rien. Et nous, où en sera-t-on dans dix ans ? La Grèce n’est pas un cas isolé, même s’il est le plus frappant. Tous les États européens se sont endettés jusqu’au cou pour sauver les banques. Aujourd’hui, Dexia en faillite fait à nouveau appel à l’État belge. Dans tous les pays, le débat est posé : qui doit payer pour la crise ? Et, dans tous les pays, les gouvernements imposent une réponse unique : c’est à nous, jeunes et travailleurs, de réduire notre niveau de vie, mais, en tout cas, ils préfèrent laisser les vrais (riches) responsables tranquilles. En Belgique aussi, c’est l’avis du futur gouvernement. Après près de 500 jours de négociations, on entend : « Ouf, on a enfin un accord. » Mais sur quoi se sont-ils mis d’accord en réalité ? Sur une progression

historique dans la division du pays, sur la scission de la sécurité sociale et sur le fait de nous faire payer leur crise, à travers des mesures d’austérité impressionnantes. Pourtant, le revenu des actionnaires a triplé en dix ans, et on voudrait nous faire croire qu’il n’y a pas assez d’argent pour l’enseignement aux jeunes et leur donner du boulot ? Les débats de société n’ont jamais été aussi globalisés, et on voudrait nous faire croire que francophones et néerlandophones vont mieux y faire face chacun dans leur coin ? Mais comment osent-ils ? Et nous devrions être contents, car ils ont enfin un accord ? Non, ceci ne se fera pas en notre nom. Comme disent les indignés, nous ne sommes pas des marchandises entre les mains des banquiers et des politiciens. Pas d’accord de prendre le chemin de l’enfer grec. Pas d’accord de jouer notre avenir en bourse sans qu’on nous pose même la question. Pas d’accord avec l’idée qu’il n’y a pas d’alternative. Un autre monde est possible, qui ne sera pas dicté par la logique du profit. Et cet autre monde, c’est le socialisme. C’est pour cela que nous affirmons : « CHEnge the world ». Mais cet autre monde ne nous sera pas donné en cadeau. C’est pour ça que, dans ton école, ton unif ou ton quartier, il faut réagir. Dans les pages qui suivent, tu trouveras un article sur le mouvement des Indignés, des infos sur tous les débats en cours dans l’enseignement Edito supérieur et le travail syndical étudiant de Comac. Et, enfin, tu en apprendras plus sur les enjeux de la réforme des pensions et en quoi ça nous concerne directement, ainsi que sur le chômage des jeunes. Bref, voici de quoi se faire des armes pour les actions à venir.

< Aurélie Decoene, présidente de Comac

Les Indignés à Bruxelles

En route vers un 15 octobre contre l’austérité u Samedi 8 octobre, en fin de journée, la centaine de marcheurs « indignés » venus d’Espagne, de France, d’Allemagne et des Pays-Bas est arrivée à Bruxelles.

tion démocratique qu’offre notre système politique : voici les premières raisons d’agir du mouvement des Indignés.  Ce rendez-vous bruxellois durera jusqu’à ce samedi 15 octobre, mais certains parlent déjà de rester plus longtemps. Au programme : des proalgré le temps, l’ambiance était au rendez-vous au parc jections, des ateliers et Élisabeth à Koekelberg, où environ 400 personnes des actions. Aux côtés ont accueilli l’arrivée des marcheurs en scandant El d’ateliers de chants chapueblo, unido, jamás será vencido. maniques, on retrouve ainsi « Nous ne sommes pas des marchandises aux mains des banquiers et des politiciens », « ils ne nous représentent pas », au programme tels étaient les mots d’ordre des débats de lancés en Espagne au mois de grande actualité mai. Contestation face à la sur les mesures crise du capitalisme et d’austérité en critique du manEurope, la crise que de partigrecque et les cipaluttes contre la privatisation de l’eau. Chaque soir ve r s 18 heures, place aux assemblées, où sont discutées les questions liées au mouvement. Moment phare, celles-ci attirent beaucoup de curieux. Les marcheurs espagnols ont apporté avec eux un know-how de gestion des Quelques centaines de jeunes européens sont arrivés à Bruxelles le samedi 8 assemblées qui dénote avec les octobre pour une semaine d’indignation contre les institutions européennes celles de juin à Bruxelles et à Liège. principalement. (Photo Solidaire, Martine Raeymaekers) Mais cela ne suffit pas à permettre

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aux assemblées de réellement débattre de l’orientation du mouvement et de prendre des décisions. L’heure entière de débat dimanche soir sur le thème « faut-il oui ou non laisser les médias filmer l’assemblée ? » en a rebuté plus d’un. La discussion contradictoire ne manquait pas d’intérêt, mais la recherche d’un consensus, moins. La méthode de prise de décision sera certainement un débat important, dans lequel nous défendrons la nécessité de voter quand c’est nécessaire. Car si l’on se rassemble, c’est pour agir. Comme le dit justement un article distribué avec le programme de la semaine : « L’indignation n’est que l’expression d’une prise de conscience. La réalisation de cette dernière n’est possible que par l’action. » Parlant d’action, un enjeu important des discussions sera notamment la manifestation du 15 octobre. Alors que le gouvernement fédéral vient de mettre 4 milliards d’euros sur la table pour racheter les avoirs belges de Dexia, le débat sur qui doit payer la crise se fait encore plus pressant. C’est un débat qui concerne tous les jeunes rassemblés à Koekelberg, car il vaut aujourd’hui dans tous les pays européens. Et pour cause, nous avons un ennemi commun : l’Union européenne et les grands monopoles qu’elle représente, qui dictent une politique d’austérité drastique pour tous ses États membres. Il est donc crucial d’unir les forces pour refuser de payer pour leur crise. Et cela comprend autant les Indignés que les organisations syndicales et toutes les parties du mouvement social. C’est le message que nous défendrons dans les assemblées.

< Nabil Boukili et Maxime Van Laere


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Enseignement | Interview de Marie Schmit (FEF)

« C’est un choix difficile de financer cinq années d’études » u Il y a près d’un mois, c’était la rentrée dans l’enseignement supérieur. Le principal syndicat étudiant en Communauté française, la Fédération des Étudiants francophones (FEF), est très actif sur les campus. Marie Schmit, nouvelle secrétaire générale de la FEF et membre de Comac, le mouvement de jeunes du PTB, décrit la situation. Vous êtes depuis peu la nouvelle secrétaire générale de la FEF. Quels sont votre parcours et vos responsabilités ? Marie Schmit. Je viens de terminer mes études d’institutrice primaire à la HEB Defré. Cela fait deux ans que je suis active dans la délégation étudiante, d’abord à Defré, puis à la FEF. J’ai connu la FEF en participant avec Comac à la campagne Respact pour la réduction du coût des études. C’est alors que je me suis engagée en tant que déléguée. J’ai été membre du Bureau pendant un an avant de devenir secrétaire générale. Je suis maintenant la responsable finale de l’organisation interne. J’organise et centralise le travail local des organisateurs, des délégués et des militants dans leurs régions. La FEF est active sur le terrain depuis quelques années. Expliquez-nous vos actions, vos réussites. Marie Schmit. Depuis quatre ans, la FEF a développé une ligne politique propre. Nous défendons un enseignement public, de qualité et gratuit. La FEF est militante, se veut proche des étudiants, partant des problèmes locaux pour défendre leurs droits par des campagnes. Nous voulons tenir compte de leur avis. C’est pourquoi nous effectuons souvent des enquêtes de terrain. Nous avons constaté que le coût des études était un problème majeur. Nous en avons donc fait notre cheval de bataille pendant quatre ans. Grâce à des mobilisations locales, des manifestations, des pétitions, nous avons obtenu une victoire importante, le décret Wendy de juillet 2010. Un volet concerne tous les étudiants : le gel du minerval pendant cinq ans. Ensuite, nous œuvrons à la suppression du minerval et du coût des syllabus pour les étudiants boursiers. Nous sommes satisfaits que, grâce à notre combat, 30 000 étudiants boursiers puissent s’inscrire à des études supérieures gratuitement. Mais nous voyons plus loin. Nos revendications sur le transport, le minerval, le logement, les frais de stage n’ont pas encore été entendues. Il y a encore du travail. Mais nous voyons cependant que la lutte et la démarche militante paient. C’est une première dans l’histoire du mouvement étudiant, surtout en contexte

de crise économique.

nerval différencié qui serait largement augmenté dans les filières où il y a beaucoup d’étudiants, filières inutiles pour le marché. C’est inadmissible.

Vu le contexte politique et social actuel, on s’attend à d’importantes coupes budgétaires dans les services publics. Quels sont vos projets Marie Schmit. Effectivement, la crise pour cette année ? économique est profonde. Le pire est Marie Schmit. Nous avons l’ambition à venir. On voit maintenant venir les de mener plusieurs campagnes de front. mesures d’austérité que d’autres pays Vu les attaques du ministre à la fois sur ont déjà subies. le décret Wendy La FEF s’attend à et sur la sélection, « Grâce à notre des attaques sur nous allons mener l’enseignement. deux campagnes combat, 30 000 Le 5 octobre, les distinctes pour ce étudiants boursiers étudiants ont enrepremier semestre. peuvent accéder aux gistré un premier La semaine derétudes supérieures recul de leurs droits nière, nous avons après un vote de commencé à nous gratuitement. » la majorité Olivier mobiliser contre la (PS-Ecolo-CdH) à remise en cause la Communauté du décret Wendy, française. Les étudiants boursiers en et 16 assemblées générales ont été master ne recevront plus leurs sylla- organisées un peu partout. Près de bus gratuitement, ce que le décret 800 étudiants y ont participé. Deux Wendy prévoyait pour la rentrée 2011. rassemblements ont également réuni Il y a maintenant deux catégories de chacun 150 manifestants. Ce n’est boursiers : ceux avec des droits (en qu’un début. bachelier) et ceux avec moins de droits Ensuite, nous mènerons une cam(en master). En plus de rogner sur les pagne spécifique sur la sélection à acquis du décret Wendy, le ministre l’entrée afin de sensibiliser tous les envisage différentes mesures de étudiants. Ces deux problèmes sont dus sélection à l’entrée des études. à un manque de financement public S’il n’y a pas de réelle volonté politi- de l’enseignement. Notre fil rouge que de refinancer l’enseignement, une de l’année sera donc une troisième fausse bonne solution est bien sûr de campagne pour un enseignement filtrer les étudiants pour faire des éco- financé, à hauteur des besoins. nomies. Notre activité sur le coût des Au Chili, le mouvement études empêche de préparer une attaque frontale massive sur le sujet, comme dans d’autres pays. En Flandre, un recteur d’université plaide pour un mi-

Les étudiants manifestaient ce vendredi 7 octobre devant le cabinet du ministre Marcourt qui a enterré un acquis du décret Wendy : la gratuité des syllabus pour les étudiants boursiers en master. (Photo Ludovic Voet)

étudiant est très populaire.

d’enseignement, des supports et Marie Schmit. En effet. C’est im- outils pédagogiques variés… Un pressionnant de voir l’ampleur de la enseignement de qualité et gratuit mobilisation des étudiants, largement pour tous, donc sans sélection sociale, soutenus par la population, dans les n’est possible que s’il est financé exsondages et dans la rue. Le syndicat clusivement par l’État. étudiant est un moteur principal de la Aujourd’hui en Belgique, s’il est lutte. Tout comme nous, ils défendent majoritairement financé par l’État, un enseignement l’enseignement public, de qualité est aussi financé « Notre combat sur et gratuit, ce qui par des entreprises, le coût des études nous conforte dans et le développeempêche le ministre notre combat. ment d’un marché Nous ne devons concurrentiel entre de préparer une pas avoir peur de les universités. Ces attaque frontale sur mener ouvertement trois aspects sont le financement de ici un débat sur un actuellement inl’enseignement. » enseignement gradissociables. Pour tuit. Le cas du Chili y arriver au seul nous prouve que financement public, ce message peut il faut un refinanceêtre soutenu massivement par les étu- ment important de l’enseignement. diants et leurs familles. Nous voulons aussi collaborer avec les syndicats des Le Bureau de la FEF travailleurs et les professeurs pour est désormais paritaire qu’ils rejoignent notre combat. Mais, hommes-femmes. C’est pour cela, il y a encore du pain sur la une nouveauté, non ? planche. Marie Schmit. Il est vrai que, cette année, 50 % des membres des organes Vous défendez donc un dirigeants de la FEF sont des femmes. enseignement public, Dans son histoire, la FEF a surtout été de qualité et gratuit. dirigée par des hommes. C’est une Marie Schmit. L’enseignement en avancée et, surtout, une nécessité de Belgique reste très inégalitaire. On ne renforcer la mixité homme/femme, se rend pas compte à quel point, pour mais aussi université/haute école afin un grand nombre de familles, c’est de représenter au mieux la diversité un choix difficile de financer 5 ans du public étudiant. 55 % des étudiants d’études ou plus pour leurs enfants. sont des femmes. Nous n’avons pas eu Seulement 40 % des jeunes font des besoin de études supérieures, et ils sont encore quotas moins nombreux à en sortir diplômés. pour L’enseignement doit être de qualité y pour tous. J’entends par qualité le nombre de professeurs et d’assistants, un développement adapté à notre époque, des infrastructures

Pour inverser le rapport de force défavorable qui amènera des économies dans l’enseignement supérieur, la FEF prend le pari de mobiliser les étudiants pour défendre leurs droits. (Photo Solidaire, Martine Raeymaekers.

arriver. Il suffit d’abandonner les clichés sexistes et d’aller vers tous les étudiants et étudiantes pour les impliquer.

ses campagnes. C’est aussi le cas de nombreux écologistes, socialistes ou sans appartenance politique. Et c’est tant mieux ! La pluralité au sein de la FEF la renforce et l’enrichit. On croirait parfois qu’on veut interdire à un étudiant d’avoir une conscience politique !

En mai dernier, le journal Le Soir « révélait » une soi-disant infiltration de la FEF par le PTB. Qu’en pensez-vous ? Marie Schmit. Au sein de la Fédération, ce n’est pas une grande nouvelle Représentez-vous la mouvance que des membres du mouvement de très à gauche au sein de la FEF ? jeunes du PTB participent. En avril Marie Schmit. Ça fait 2 ans que dernier, lors de son 3e congrès, Comac je suis active au sein de la FEF sans a adopté une vision que mon identité politique unifiée communiste ne « Nous ne devons pas sur l’enseignement. pose problème. Nous voulons un C’est possible que avoir peur de mener enseignement qui mon accession au ouvertement le débat rompt avec la logiposte de secrétaire sur la gratuité de que capitaliste d’un général dérange. l’enseignement. Le enseignement qui Mais je dissocie répond aux besoins mon engagement cas du Chili prouve du marché question à la FEF de mon que cela peut être main-d’œuvre quaengagement à soutenu massivement lifiée. Nous voulons Comac qui me perun changement de met de lutter sur par les étudiants et société, une société des thèmes plus leurs familles. » des gens d’abord, larges. Avec Copas du profit. mac, je revendique La FEF ne défend un enseignement pas le même projet que Comac mais national, refédéralisé. regroupe toutes les forces qui défendent Je participe à ses manifestations un enseignement accessible à tous. contre la présence de cercles racistes C’est pourquoi la FEF se revendique sur les campus en Flandre, pour l’insnon partisane, mais en aucun cas tauration d’une taxe des millionnaires, apolitique. Comac veut renforcer la pour le climat, etc. Pourquoi ne s’inFEF dans sa démarche militante pour surge-t-on pas de la même manière faire avancer les droits des étudiants. quand il s’agit d’un membre d’Ecolo ou Il ne faut pas oublier que les membres du PS qui dirige la FEF ? Ou le fait que de Comac actifs à l’autre organisa« Comac veut renforcer la FEF, mais aussi tion étudiante, au VVS du côté la FEF dans sa démarche l’Unecof, soit flamand, ont été dirigée par des militante pour faire élus dans leurs jeunes libéraux avancer les droits établissements. ou cdH ? Et ils Ils sont soutedéfendent un des étudiants. » nus largement autre projet pour par les étudiants, l’enseignement souvent même ils que moi. gagnent des élections face à d’autres D’ailleurs au Chili, la présidente du listes qui défendent une autre ligne syndicat étudiant, Camila Vallejo, est politique. militante du parti communiste. Cela C’est la démarche de terrain, n’empêche pas des centaines de mild’implication des étudiants qui fait liers d’étudiants de la soutenir dans la souvent la différence et qui rallie le lutte contre les projets du président soutien des étudiants. Je ne com- de droite Piñera. C’est sur mon travail prends pas l’inquiétude par rapport qu’il faudra me juger. à la présence de militants de Comac, puisque ceux-ci renforcent la FEF dans < Lizz Printz

D Dee llaa ccllaassssee :   : l   l a a n n o i o t i t a a n n u u a a e e v i v i n n u u a ’ a ’ u u q q s jjuus s t s t n n a i a i d d u t u t é é s s é é u u lleess ddéélléégg t t n n e e s i s i n n a a g r g r o ’ o s ’ s maacc ddee CCoom

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epuis des années, Comac est actif dans les mouvements étudiants. « Régulièrement, on a rencontré des étudiants qui étaient motivés pour se bouger avec nous, mais sans vouloir être nécessairement membres de Comac. On ne savait pas comment travailler avec eux », déclare Romain, délégué étudiant de Cardijn, à Louvain-la-Neuve. C’est ainsi que les membres de Comac de la délégation étudiante ont pris l’initiative de lancer un courant syndical actif partout en Belgique : Priorité Étudiante (PE) – Voorrang aan studenten (VAST). Ayant fait ses débuts à l’ULB il y a deux ans, PE s’est récemment développée dans plusieurs autres campus. Avec l’ambition de se coordonner au niveau national dès cette année, ce qui manquait par le passé. Grande première, donc, dans un paysage communautarisé depuis les années 1980 et qui entre en décalage avec la progression actuelle vers une division toujours plus grande du pays. « Ce n’est pas un hasard, précise Laszlo Schonbrodt, de l’ULg. Nous combattons ce qui pousse à la division en Belgique. Nous réclamons une refédéralisation de l’enseignement. »

Les délégués Priorité étudiante en action Les délégués PE ont pour vocation d’œuvrer à tous les niveaux de décision : de la classe jusqu’au niveau national. PE travaille ainsi dans les structures participatives où les étudiants élus peuvent être présents. Mais, en même temps, PE veut être sur le terrain et mobiliser les étudiants. PE pense pouvoir obtenir un rapport de forces favorable, car il ne suffit pas de s’asseoir autour d’une table avec les « autorités » pour obtenir des avancées pour les étudiants. PE est proche des étudiants et se bat pour des victoires concrètes afin d’améliorer leur quotidien. Ainsi, Gilles Marot, délégué étudiant à l’ULB, évoque leur revendication phare : « Les étudiants se plaignent à chaque session du peu de temps qui leur est laissé entre deux examens. Un sondage a confirmé ce problème et, depuis, nous nous battons pour qu’il y ait au moins 36 heures entre deux examens. C’est une revendication très concrète qui touche les étudiants. »

Que défend Priorité étudiante ? PE défend aussi un enseignement accessible à tous. Selon Mathias, délégué étudiant à Gand, « l’enseignement supérieur reste encore limité à une élite socio-économique. Seuls 3 % d’enfants d’ouvriers terminent l’université, alors que les enfants de cadres y sont 80 % ! » Le mot gratuité prend ici tout son sens : minerval, livres, logement, nourriture, allocation d’étude mensuelle... PE s’oppose catégoriquement à la politique européenne du processus de Bologne qui vise à faire de l’enseignement une marchandise. À l’opposé, PE demande un financement exclusivement public à hauteur de minimum 7 % du produit intérieur brut (ensemble des richesses produites en un an dans un pays). Voilà qui est loin des préoccupations de notre futur gouvernement, sur le point de conclure un plan d’austérité jamais vu en Belgique. Il est clair que les étudiants seront touchés de plein fouet. L’année promet de nombreuses luttes sur les campus francophones et néerlandophones. La porte est grande ouverte à tous ceux qui sont motivés pour lutter à nos côtés !

< Sander Vandecapelle Haute école Cardijn : déjà une victoire concrète !

« Lors de la campagne électorale en avril 2011, raconte Romain, le PE a effectué un sondage. Il en ressortait que les étudiants se plaignaient de ne pas avoir accès à Internet dans leur haute école. Nous avons donc inscrit cela dans notre programme. Nous avons été élus et, dès la rentrée, nous nous sommes activés sur cette question. Résultat : les étudiants disposent maintenant du Wifi, ainsi que de nouveaux ordinateurs pour surfer sur le Net ! »


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Enseignement supérieur en Flandre

Trop d’étudiants ou trop peu de moyens ? u « Les écoles supérieures et les universités sont pleines à craquer », titraient les quotidiens néerlandophones en ce début d’année académique. Cette tendance à la hausse s’observe depuis quelques années déjà, mais le problème est aujourd’hui de plus en plus préoccupant.

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lusieurs propositions visant à absorber le surplus d’étudiants ont été passées en revue. Parmi celles-ci, l’idée de faire subir un test d’orientation aux étudiants avant d’entamer des études de manière à ce que « ceux qui n’ont pas leur place à l’université » changent d’avis. Bien souvent, les résultats obtenus à ce type de tests ne correspondent pas aux capacités réelles des étudiants. Ainsi, il ressort de l’étude MENO réalisée en 1995 que 18 % des étudiants qui avaient réussi en fin d’année échouaient au test de début d’année, démontrant que certains étudiants se voyaient donc injustement déconseiller ou refuser l’accès à l’université. Ce n’est pas tout, le milieu social dont est issu l’étudiant joue également un rôle crucial. Ainsi, les jeunes issus de milieux sociaux inférieurs sont plus souvent recalés à ce type de tests proportionnellement à leurs véritables chances de réussite. Bref, en plus de se révéler inexact, ce test va directement à l’encontre du fait que le droit aux études est un droit fondamental pour tous. Tous les jeunes doivent pouvoir entamer des études supérieures. Il est manifeste que ce type de test n’offre aucune solution structurelle face au problème de surnombre auquel sont confrontées les universités et les écoles supérieures.

Cours par Internet À la faculté des sciences sociales de l’Université catholique de Louvain (KUL), on « aborde » le problème de surpopulation d’une manière pour le moins particulière. Face aux auditoires pleins à craquer et aux professeurs qui ont des horaires archicomplets, il a été décidé que la moitié des étudiants irait au cours, tandis que l’autre moitié resterait à la maison et pourrait visionner sur Internet le cours qui aura été filmé. De telles mesures sont proposées non seulement parce qu’elles permettent de ne pas surcharger les professeurs, mais aussi parce qu’elles sont bon

marché. Le problème, c’est que la qualité de l’enseignement s’en trouve fortement réduite. Pour André Oosterlinck, président de l’association KULeuven, la solution consiste à doubler le minerval. Avec cette proposition, il se rapproche du cœur du véritable problème. En effet, tous ces pansements que sont les tests d’orientation ou les cours par Internet ne permettent évidemment pas de résoudre la question du sous-financement de l’enseignement supérieur. On l’a bien compris, le problème, ce n’est pas qu’il y a trop d’étudiants. Car si l’on veut construire une société de la connaissance, où un maximum de gens pourront profiter d’un enseignement supérieur, c’est justement une bonne chose. Le problème, au contraire, c’est qu’il faut des moyens pour offrir à tous ces étudiants un enseignement de qualité. La question qui se pose, alors, c’est « Qui va payer ? ». Oosterlinck a déclaré avec indolence que ce n’est pas l’État qui allait le faire et que, par conséquent, c’est aux étudiants de fournir l’effort. Nous réclamons au contraire une autre orientation : l’enseignement supérieur a besoin de plus de moyens, et ce sont les autorités qui doivent fournir un plus grand investissement.

Et le droit à l’avenir ? Avec les mesures d’austérité qu’on annonce, on veut nous préparer à l’idée qu’il n’est plus « possible » de financer les études pour tous les étudiants. C’est devenu trop cher. Sur ce point, Oosterlinck estime que c’est aux étudiants euxmêmes de payer leurs études. Or la possibilité d’étudier est un droit fondamental pour tous. Ainsi, priver d’avenir certains jeunes est tout simplement injuste. Et si la sélection se fait à nouveau sur base des revenus, les choses ne pourront qu’empirer. Autrement dit, ceux qui auront de l’argent pourront faire des études, et ceux qui n’en ont pas n’auront pas droit à un avenir. Augmenter les droits d’inscription n’est donc pas la bonne manière d’aborder le problème. Nous aspirons à un enseignement démocratique, et augmenter le minerval aura pour seul effet d’affaiblir le caractère démocratique de l’enseignement. Selon Ides Nicaise, chercheur à la KUL, l’afflux d’étudiants n’implique nullement la démocratisation de l’enseignement : « Cela ne permet pas aux groupes défavorisés comme les étudiants d’origine étrangère de rattraper leur retard en matière de

scolarisation ». Il ressort d’une étude que la décision de poursuivre ou non des études dépend grandement de facteurs financiers. Augmenter le minerval aura pour conséquence d’accroître ce phénomène. Si nous voulons un enseignement plus démocratique de qualité, il est temps d’investir sérieusement dans ce domaine. L’affluence d’étudiants ne peut nuire à la qualité de l’enseignement. Or on constate que les moyens alloués à l’enseignement ne cessent de diminuer. La part du produit intérieur brut (PIB) attribuée à l’enseignement est passée de 7 % dans les années 1980 à seulement 4,5 % aujourd’hui. Paul Van Cauwenbergh, recteur de l’Université de Gand, confirme ce problème : « L’Université de Gand comptera 3 % d’élèves en plus par rapport à l’année académique 2010. Le problème c’est que, si le nombre d’étudiants augmente, les subsides ne suivent pas ».

Question de priorités Il est un fait qu’une population instruite aura un impact positif sur la société tout entière. Diverses études, et notamment celle du professeur Nicaise, ont démontré qu’investir dans l’enseignement supérieur garantit un rendement élevé pour l’individu qui étudie, mais aussi pour l’État et la société dans son ensemble. L’enseignement a donc un impact financier et non financier positif pour l’individu. Chaque billet de 100 euros que l’État investit dans l’enseignement supérieur lui rapporte 103,9 euros. L’enseignement supérieur rapporte donc plus qu’il ne coûte. Tout est question de priorités. Et en ce moment, l’enseignement supérieur n’apparaît pas comme une priorité dans notre société. Si l’on cesse d’investir dans l’enseignement, son caractère démocratique qui est actuellement assez faible ne fera que diminuer. Pour cette raison, nous soutenons avec Comac toutes les forces qui s’investissent pour un enseignement démocratique de qualité et tentent de défendre ces revendications dans les comités étudiants.

< Line De Witte \ Line De Witte est sociologue et membre actif du cercle d’étudiants en sciences sociales de l’Université catholique de Louvain

Ceux qui auront de l’argent pourront faire des études, et ceux qui n’en ont pas n’auront pas droit à un avenir. Augmenter les droits d’inscription n’est donc pas la bonne manière d’aborder le problème. Cela aura pour seul effet d’affaiblir le caractère démocratique de l’enseignement. (Photo Hugo Alexandre Cruz)


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La bataille pour les pensions concerne aussi les jeunes u Les autorités veulent faire travailler les gens plus longtemps. On pourrait penser que les jeunes ne sont pas concernés, que cela regarde uniquement les personnes âgées alors que nous avons encore du temps devant nous. Pourtant… Détrompez-vous. Si on y regarde de plus près, l’impact sur les jeunes est bien plus important qu’il n’y paraît.

De quoi s’agit-il exactement ? Accédant aux revendications des organisations patronales et de la Commission européenne, Di Rupo envisage d’augmenter de deux ans l’âge légal pour pouvoir partir en prépension, qui passerait ainsi de 58 à 60 ans. D’autres mesures seront prises pour obliger les gens à travailler plus longtemps. Notamment en rendant plus difficile le fait d’obtenir sa pension de retraite complète. Mais ceci n’est encore qu’une première étape. Dans plusieurs autres pays d’Europe, l’âge légal de la pension est déjà fixé à 67 ans et la Commission européenne parle déjà de faire travailler les gens jusqu’à 70 ans.

« Les gens vivent plus longtemps, il est donc logique qu’ils travaillent plus longtemps » Au contraire, la logique nous échappe complètement, car le progrès, c’est justement que les personnes qui, durant des dizaines d’années, ont travaillé pour produire des richesses puissent choisir de profiter d’une pension bien méritée durant leurs vieux jours. D’autre part, il est évident que, dans certains secteurs professionnels, travailler au-delà de 55 ans devient très difficile. Nombreux sont ceux qui sont à bout de force après trente ans de carrière. Si vivre plus longtemps doit être ainsi sanctionné, c’est que le monde est tombé sur la tête.

Après le choc des civilisations, le choc des générations ? On entend souvent dire que ce n’est pas aux jeunes de supporter les charges des anciens. En d’autres mots, cela signifie qu’il ne restera plus d’argent pour payer nos pensions si nous n’appliquons pas la réforme dès à

présent. On tente ainsi de nous faire croire qu’il est dans notre propre intérêt que nos parents (et nous plus tard) acceptent de travailler plus longtemps. Le futur gouvernement oppose donc directement les intérêts des jeunes à ceux des plus anciens. Il omet toutefois de répondre à une question fondamentale, à savoir comment nous allons pouvoir donner du travail à tous ces jeunes sans emploi si tout le monde travaille plus longtemps. Les témoignages sur le marché du travail, recueillis dans différents quartiers de Bruxelles, révèlent qu’il est extrêmement difficile pour les jeunes de trouver un emploi. En Belgique, un jeune sur cinq se retrouve au chômage faute d’emplois suffisants. Concrètement, le taux de chômage chez les jeunes est deux fois plus élevé que le taux de chômage pour l’ensemble de la population. Et ce n’est pas en épuisant les anciens et en réduisant davantage les chances de trouver un emploi que l’on va résoudre le problème. Nous, les jeunes, nous voulons pouvoir travailler en sortant de l’école. Ainsi, la bataille pour les pensions est une bataille qui nous concerne directement. Car nous aussi nous allons devoir épargner toujours plus longtemps pour une pension décente, nous aussi nous allons devoir travailler 40 ans. Et je vous laisse calculer l’âge que vous aurez lorsque vous pourrez enfin prétendre à une pension bien méritée.

< Jouwe Vanhoutteghem

Sortir de sa tour d’ivoire L’année dernière, en France, entre le mois de mars et le mois de novembre, des manifestations ont eu lieu dans tout le pays contre la réforme des pensions. Ce qui a fait la force de ce mouvement (qui a mobilisé des millions de personnes), c’est justement qu’élèves et étudiants se sont joints aux travailleurs et employés pour manifester à leurs côtés. Leur slogan : « Les jeunes au boulot, les vieux au repos. » Avec les syndicats, le PTB et Comac, nous pouvons mener un même combat en Belgique.

L’emploi des jeunes

La réalité derrière les statistiques u Pour le dernier Street Art Festival, les jeunes de Comac-Quartiers Bruxelles ont réalisé une pièce de théâtre sur les difficultés qu’ils ont à trouver un boulot1. Ils se sont inspirés de leur propre vécu ou de celui d’amis et de connaissances. A Bruxelles, le chômage trouche plus d’un jeune sur trois, et encore plus les jeunes d’origine étrangère. Voici la réalité derrière les statistiques. « Je suis inscrit dans peut-être dix bureaux d’intérim. Je passe régulièrement, mais ils ne m’appellent pas. » « J’ai envoyé 40 candidatures. Je n’ai reçu aucune réponse. J’étais dégoûté : même pas une réponse ? » « A l’antenne locale d’Actiris, on m’a montré les ordinateurs, et “débrouille-toi”. Ecoute, un ordi, j’ai à la maison, je veux qu’ils m’aident à trouver un boulot ! » « Ils prétendent qu’il n’existe plus de discrimination raciale. Mon œil : mon expérience, c’est que ça continue. On dirait qu’ils ne veulent pas t’inscrire. Ou ils disent de s’inscrire via Internet. Il n’y a aucun contrôle sur comment ils traitent ces inscriptions. Une fois, on a carrément refusé

de m’inscrire. Ce n’est pas légal quand même ? » « Avec tous ces plans, Activa et autres, dès que tu ne rentres plus dans les conditions et que tu commences à coûter cher, c’est fini le boulot, retour à la case départ. » « Dernièrement, je suis tombé sur une bonne offre d’animateur, mais il fallait être chômeur depuis au moins 6 mois. Quoi, pour avoir sa chance, il faut surtout ne pas travailler ? » « On me casse la tête pour trouver une formation. Mais les formations qui débouchent sur un boulot sont pleines. Et je n’ai pas envie de suivre des formations juste pour m’occuper, qui ne me servent à rien, juste pour éviter d’être radié du chômage. » « Un ami à moi a dû quitter sa maison parentale. Quelques mois après, il s’est retrouvé dans la rue. Il n’arrivait pas à payer son loyer avec les petits boulots à gauche et à droite. C’est devenu presque impossible de joindre les deux bouts avec un chômage. » 1. A voir sur la page Facebook de Comac Quartiers.

< Dirk De Block

Pour certains étudiants à l’université, le campus s’apparente souvent à un cocon dont on ne sort guère, une « tour d’ivoire » éloignée de la réalité quotidienne des gens qui travaillent, de la vie dans les usines, entreprises et quartiers populaires. Une réalité qui se fait de jour en jour plus difficile. Avec Comac, l’espace de deux jours, nous allons découvrir le monde du travail. Nous irons sur le terrain, à la rencontre des travailleurs eux-mêmes, à l’écoute de leurs témoignages. Les 4 et 5 novembre, une centaine d’étudiants francophones et néerlandophones participera à « C’est du belge ». Ils visiteront une usine, discuteront avec la délégation syndicale et rencontreront les médecins du Peuple (MplP) locaux. Les étudiants de Louvain, de Bruxelles (ULB et VUB) et de Mons iront à Charleroi, tandis que ceux d’Anvers, Gand, Liège et Louvain-la-Neuve iront à Zelzate. Et le tout dans une ambiance bilingue bien de chez nous ! \ Infos et inscriptions sur www.c-est-du-belge.be


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Bolivie

La construction d’une route à travers une réserve naturelle fait débat u Un millier d’Indiens ont entamé une marche pour protester contre la construction d’une route qui traverse un parc national, projet du président socialiste Evo Morales. Et la droite traditionnelle en profite pour le discréditer. Les Indiens, soutien indéfectible de Morales en temps normal, ont protesté contre la construction d’une route entre deux grandes villes devant passer à travers le TIPNIS : le Territoire Indien et Parc National Isiboro-Securé, en Amazonie. Il s’agit d’une réserve naturelle d’un million d’hectares au sein de laquelle vivent environ 12 000 Indiens. Partis à pied de Trinidad le 15 août dernier, environ un millier d’Indiens marchent vers La Paz pour faire valoir leurs revendications auprès du gouvernement. Le dimanche 25 septembre, dans la localité de Yucumo, des affrontements violents avec la police, bien décidée à leur bloquer le passage, ont eu lieu sous l’œil des caméras. Bilan : des dizaines de blessés et d’arrestations. Depuis lors, les médias nationaux et internationaux s’en donnent à cœur joie pour passer en boucle les images des affrontements de Yucumo. Ils se

régalent de montrer Evo Morales en difficulté et de mentir sur les faits (la presse de droite a parlé de 6 puis de 9 supposés décès au cours des évènements).

La droite amnésique Le processus de changement entrepris par Morales et son gouvernement depuis janvier 2006 doit souvent faire face à une opposition féroce de la part de la droite traditionnelle bolivienne, qui n’hésite pas à mettre en œuvre tous les moyens pour discréditer l’action gouvernementale. La droite bolivienne, viscéralement raciste, oublie soudainement qu’elle a tué 19 Indiens sur ordre d’un gouverneur de province en septembre 2008, qu’elle a humilié publiquement sur la grand place de la capitale, en mai 2008, des Indiens venus soutenir « leur » Président Morales. Prise d’amnésie, elle se lie tout d’un coup d’amitié avec les Indiens qu'elle méprise d’habitude. Elle devient subitement écologiste et s’égosille à demander le respect de la biodiversité de la forêt amazonienne. Ce n’est pas la première fois que surgit une contradiction entre la politique de développement promue par Morales et les intérêts des populations indiennes. Les arguments

des deux parties sont néanmoins recevables. Morales souhaite augmenter l’interconnexion des villes boliviennes pour favoriser un développement économique encore balbutiant. La route en question est d’une importance stratégique et figure d’ailleurs dans les plans des différents gouvernements boliviens depuis les années 1980. Les Indiens du TIPNIS, quant à eux, ont peur que cette nouvelle route serve à attirer narcotrafiquants et exploitants illégaux de bois. Les Indiens craignent également que cette route n’entraîne l’établissement de milliers de personnes sur leur territoire et que leurs coutumes et traditions soient dès lors menacées de disparition. C’est pour défendre leurs intérêts qu’ils ont choisi de marcher vers La Paz.

Négociations et accords Ce que la presse traditionnelle ne raconte pas, c’est que le gouvernement d’Evo Morales insiste pour mettre en place une loi interdisant l’installation de nouvelles habitations au sein du TIPNIS. Il prévoit aussi de renforcer les contrôles aux abords du parc pour éviter tout type de trafic illégal. Depuis le début de la marche des Indiens du Tipnis, plusieurs émissaires

Les populations indiennes soutiennent généralement Evo Morales, ce qui n’empêche pas que surgissent par moment des contradictions entre différents intérêts. D’une part, Morales veut favoriser un développement économique, pour lequel cette route est stratégique. De l’autre, les Indiens ont peur que la route serve à attirer narcotrafiquants et exploitants illégaux de bois. (Photo Xinhua)

du gouvernement se sont réunis avec les leaders indiens pour négocier les garanties évoquées ci-dessus. Des accords ont été engrangés, et une partie non négligeable des marcheurs a même rebroussé chemin, considérant que leurs attentes avaient été prises en compte. La veille des affrontements de Yucumo, deux ministres du gouvernement étaient encore venus négocier avec les Indiens. Manipulés par une opinion publique surexcitée par les médias de droite et par des ONG liées de très près à l’ambassade étasunienne, la tension était montée d’un cran et les ministres avaient été retenus en otage durant plusieurs heures. Le lundi 26 septembre, c’est un Evo Morales ému qui présente ses excuses aux Boliviens. Lui, qui a participé à de nombreuses marches de ce type durant son passé de syndicaliste, jure que l’ordre de réprimer ne vient pas de lui. Il déclare solennellement l’ouverture d’une enquête pour déterminer les responsabilités. Au même moment, il annonce la suspension

t n e m e l b Rassem

bat mê me co m  : e u iq lg e e et de B ailleurs grecs, à rs de Grèc av Travailleu de soutien aux tr érale en Grèce. n n é io g t c e A de la grèv l’occasion rcredi ent le me m le b m e Rass es e à 17 h 30 19 octcohubmran (face au Connsee).il d oint S opé e n au rond-p res de l’Union eur minist  : es ot d’ordre Sous le m ipopulair

sures anrtnements et e m s e l e r « Cont ital, des gouve enne » du cap l’Union europé de

À l’appel du PTB et du Parti communiste de Grèce (KKE)

immédiate de toutes les démarches liées à la construction de la route et prévoit un référendum auprès des deux provinces devant être reliées. Le 28 septembre, la COB (Centrale Ouvrière de Bolivie) organisait une grève pour dénoncer les interventions policières de Yucumo. Le lendemain, Octavio Urquizo, un des leaders de la COB, dénonçait l’opportunisme de certains politiciens de droite ayant voulu récupérer le mouvement. Il soulignait également que « l’objectif de la COB n’est pas précisément de soutenir le gouvernement, mais bien de défendre le processus de changement qui nous a coûté, à nous les travailleurs, tant de luttes et tant de douleur » 1. Tant que les travailleurs boliviens resteront attentifs et défendront leurs conquêtes sociales, le processus de changement qui leur est si cher ne flanchera pas.

< André Crespin 1. www.rebelion.org/noticia.php


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Cuban Five

Luxembourg

René Gonzalez est libre… de rester à Miami

Montée en puissance des communistes

Lors des élections communales du 9 octobre, le Parti communiste du Luxembourg a fait une percée dans les communes ouvrières des « terres rouges », du bassin minier du sud du Luxembourg. À Differdange, à Esch-sur-Alzette et à Rumelange, le KPL gagne chaque fois un élu avec respectivement 4,84 % (+0,83 %), 5,25 % (+1,29 %) et 9,29 % (+3,04 %). Cela témoigne de la progression des communistes dans la classe ouvrière, si importante pour avoir une influence dans la lutte des classes qui se développe dans l’Europe entière, même dans les contrées financièrement avantagées que l’Union Européenne pourrait croire intouchables.

Cuba

Indice de développement humain en amélioration

Le secrétaire général adjoint des Nations-Unies, Khalid Malik, a loué le 5 octobre la performance de Cuba en termes d’Indice de développement humain (IDH), combinant la santé, l’éducation et la richesse économique. Il a déclaré que l’île avait même amélioré sa situation en 2011 en terme d’IDH par rapport à 2010. Cuba est le seul pays d’Amérique latine à figurer parmi les 10 meilleurs pays. C’est la seule nation en développement qui connaît une telle progression sur cet aspect-là, avec une augmentation de deux ans de l’espérance de vie, et de cinq de la scolarisation. (Cuba Debate, 5 octobre)

Grande-Bretagne

René Gonzalez est libre mais doit rester à Miami pour trois ans. Une nouvelle épreuve pour lui et ses deux filles, Ivette et Irmita, ici en visite à la prison de Marianna, en Floride. (Photo www.cubanismo.net)

u Un des cinq Cubains, René Gonzalez, qui a purgé 13 ans de prison, est libéré. Mais il est obligé de vivre les trois prochaines années à Miami, en « liberté surveillée ». M. Gonzalez avait demandé l’autorisation de revenir à Cuba pour retrouver sa femme Olga et ses filles Ivette et Irma. Il y a plusieurs années, le Département d’État avait décidé de ne jamais donner de visa à Olga afin qu’elle puisse rendre visite à son époux. Quel intérêt peut bien avoir le gouvernement américain pour continuer à sanctionner une personne dont le seul délit est d’avoir lutté contre le terrorisme ? Pourquoi l’obliger à rester à Miami – un foyer de terrorisme anti-cubain – pendant les trois prochaines années ? Qu’importe si les terroristes, depuis leurs bases aux États-Unis, ont assassiné 3 478 Cubains et laissé handicapés 2 099 autres, au cours des cinquante dernières années ? De plus, comment la juge veut-elle que M. Gonzalez applique les conditions de sa « liberté surveillée » à Miami ? Parmi les conditions imposées par la Cour à René Gonzalez figure l’interdiction de « s’associer avec des individus ou des groupes terroristes, ou avec des membres d’organisations qui prônent la violence ». Elle lui interdit également de « s’approcher ou de se rendre dans des endroits spécifiques qui pourraient être fréquentés par des individus ou des groupes terroristes ». Cela ne veut-il pas dire que, pour accomplir la sentence, Miami est précisément le lieu où il ne devrait pas vivre, cette ville étant le sanctuaire des terroristes aux États-Unis ? Les terroristes que René était chargé de surveiller vivent toujours à Miami. Ils soutiennent ouvertement le recours à la violence contre Cuba. En avril dernier, Luis Posada Carriles, le commanditaire du sabotage d’un avion civil

cubain dans lequel sont morts 73 personnes, et d’une campagne de terreur contre La Havane, qui comprenait la pose de bombes dans les plus grands hôtels et restaurants cubains, a réaffirmé son engagement dans la lutte armée contre le gouvernement cubain. Or Posada Carriles et ses acolytes vivent à Miami. Pourquoi mettre en danger la vie de René Gonzalez et l’obliger à vivre les trois prochaines années côte à côte avec les mêmes terroristes qu’il surveillait à Miami lorsqu’il était agent du gouvernement cubain ?

Pas besoin des soins des États-Unis Dans une enquête réalisée la veille du procès contre les cinq Cubains, la psychologue Kendra Brennan a conclu que les Cubano-américains de Miami maintiennent « une attitude guerrière contre Cuba ». En outre, une étude sur la communauté cubano-américaine de Miami, publiée par Americas Watch, a révélé que « les forces dominantes et intransigeantes de la communauté des exilés cubains à Miami » tentent de faire taire par la violence les opinions divergentes sur Cuba. René Gonzalez n’est pas venu aux États-Unis pour commettre des actes d’espionnage contre le gouvernement ou pour commettre des crimes. Sa seule mission consistait à surveiller les terroristes qui agissent en toute impunité aux États-Unis, et dont les cibles sont des civils innocents à Cuba. Son seul objectif était de rassembler des preuves que Cuba a ensuite remises au FBI pour que Washington agisse contre ces gens. Ainsi, les terroristes cubano-américains ont préparé une série d’attentats à la bombe dans les hôtels et les restaurants les plus célèbres de La Havane, y compris le prestigieux Hôtel

National et le légendaire restaurant La Bodeguita del Medio. La campagne terroriste avait pour objectif de détruire l’industrie touristique à Cuba, et ainsi porter un coup à l’économie du pays, déjà affaiblie après la chute du bloc socialiste de l’URSS et de l’Europe de l’Est. La juge a également argué qu’elle a besoin de plus de temps pour que les États-Unis puissent donner à René Gonzalez « une préparation, une éducation et des services médicaux de la façon la plus efficace ». L’intéressé avait déjà déclaré qu’il n’avait aucune intention de rester vivre aux États-Unis. Son avocat a exprimé clairement qu’il a proposé de renoncer à sa citoyenneté américaine pourvu qu’il puisse rentrer chez lui à Cuba. Il n’a besoin ni de l’éducation ni de la préparation des États-Unis pour l’aider à se réinsérer dans la société. Il souhaite tout simplement revenir à Cuba auprès de sa famille, ne pas recevoir d’instructions sur la manière de vivre dans ce pays, et passer trois ans de plus séparé de son foyer. De plus, à Cuba, il aura à sa disposition les meilleurs soins médicaux, sans aucun frais ni pour les États-Unis ni pour lui-même. C’est cette même juge qui a décidé de ne pas inculper Posada Carriles pour terrorisme, bien que l’avocate du Département de Sécurité le lui ait demandé.

< José Pertierra José Pertierra est avocat à Washington D.C. Il représente le gouvernement du Venezuela dans l’affaire de l’extradition de Luis Posada Carriles. Article traduit de Granma International

\ Envoyez un mail à Obama pour qu’il mette fin à cette énorme injustice. Plus d’info www.cubanismo.net

Les bas salaires durement touchés par la crise

Les travailleurs à bas salaires sont les principales victimes de l’effondrement économique des trois dernières années. Les Britanniques les plus mal lotis ont fait les frais des pertes d’emploi, représentant près de la moitié des nouveaux demandeurs d’allocations de chômage, ceux-ci augmentant de 792 000 en 2008 à 1,58 million en juillet. Les travailleurs de la vente, des services et administratifs représentent même 40 % de ces demandeurs, selon le syndicat TUC. Les ouvriers, le personnel des bars, de la restauration et du nettoyage ont senti également la crise, passant de 86 000 chômeurs à 168 000 sur la même période. Finalement, les femmes ont été sévèrement touchées par les pertes d’emploi dans le secteur de la vente et par les coupes budgétaires dans le secteur public. (Morning Star, 10 octobre)

Chili

Nouvelle journée de manifestations le 19 octobre

La confédération des étudiants du Chili (Confech), au coeur de la lutte contre la réforme éducative du gouvernement conservateur de Sébastian Piñera, appelle à de nouvelles marches nationales les 18 et 19 octobre, pour rejeter l’éducation mercantile et promouvoir un enseignement supérieur public, de qualité et gratuit. Camila Vallejo, porte-parole de Confech, considère comme une provocation le fait que le gouvernement remette exactement la même proposition sur la table que trois mois auparavant. Elle critique également la décision du président Piñera de prendre des vacances dans le contexte actuel. « On voit ici les priorités de l’exécutif; pendant que nous travaillons et discutons de l’enseignement, il part en vacances », ajoute-t-elle. (Granma, 10 octobre)


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Cinquantenaire du massacre du 17 octobre 1961

Résister à l’oubli pour combattre le colonialisme u Le 17 octobre 1961, la police de Paris réprime dans le sang une manifestation pacifique du Front de Libération Nationale algérien. Plus de cent morts, des centaines de blessés et des pratiques de torture. La France a ainsi montré son vrai visage : colonial et oppresseur. Cinquante ans après, le gouvernement n’a toujours pas reconnu les faits.

pas à faire usage de violence. Un racisme institutionnalisé existe, qui condamne ces immigrés à vivre dans des logements de seconde zone, voire dans des bidonvilles.

domination sur le pays, ce qui lui permettra de rester influente dans la région. Mais, pour cela, elle doit briser la résistance. Elle diabolise donc le FLN et tente de le criminaliser pour l’affaiblir. La riposte sera néanmoins pacifique. La répression arrive Le Front invite tous les Algériens de en France Paris à manifester le 17 octobre au Le mouvement de libération est donc soir, bravant l’interdit et montrant aussi actif en France. Le préfet de la l’importance de la résistance du peuple, police de Paris est à l’époque Maurice au cœur même de la France, face à Papon. Ce fonctionnaire s’était fait la colonisation et à l’impérialisme. Le connaître penmot d’ordre des organisateurs Le 17 octobre 1961 est un des dant la Seconde La manifestation événements les plus marquants et Guerre monest très clair : pacifique tourne douloureux de la Guerre d’Algérie, diale, où il avait manifestation qui oppose, entre 1954 et 1962, l’État collaboré avec le pacifique, inau massacre colonisateur français au peuple algé- gouvernement terdiction de rien. La guerre a fait entre 600 000 de Vichy et avait porter quelque et 1,5 million de victimes. Le Front participé à la arme que ce de Libération Nationale (FLN) est la déportation de nombreux juifs vers soit, et invitation à venir en famille. principale organisation de résistance, les camps de concentration. La population d’origine algérienne luttant pour l’indépendance. Le pays En 1961, il a pour ordre d’éliminer le soutient massivement l’initiative, et était alors une des dernières colonies soutien au FLN en France. Il crée alors quelque 30 000 personnes participent françaises. Comme dans toutes une unité spéciale, la Force de Police à la manifestation. les colonies, les Algériens étaient Auxiliaire, qui est chargée de réprimer Malheureusement, le piège tendu discriminés, et toute manifestation la résistance algérienne. Cette force par Papon est en place. Très vite, la pour la revendication de droits ou utilise abondamment la torture. Les police commence à arrêter des mad’indépendance était systématique- arrestations brutales se multiplient, et nifestants. Les coups de matraque ment réprimée de plus en plus de pleuvent, et les forces de l’ordre dans le sang. corps d’Algériens commencent même à tirer dans la Le mot d’ordre Le FLN bénésont retrouvés foule. L’événement pacifique tourne ficie d’un soutien noyés dans la au massacre. Partout, des passages est très clair : important parmi Seine, victimes à tabac des militants algériens ont manifestation la population. Cela de ces pratiques lieu. Paris ressemble à un champ de pacifique se concrétise par barbares. bataille. Les rues sont jonchées de un appui massif à La goutte qui fait verre brisé et de flaques de sang. la lutte armée en déborder le vase Des centaines de manifestants sont Algérie, mais aussi arrive le 5 octobre admis aux urgences. Plus de 6 000 en France. À l’époque, de nombreux 1961. Maurice Papon décrète un cou- autres sont arrêtés, entassés dans des Algériens sont partis travailler en vre-feu à Paris, uniquement pour les fourgons et conduits de force au Palais France. En métropole aussi, la logique Nord-Africains. Cette mesure raciste des sports de la porte de Versailles. coloniale est à l’œuvre. Les immigrés a pour but de provoquer le FLN, afin Là-bas, nombre d’entre eux sont sont sous-payés et souvent moins bien de le discréditer. La France espère victimes de coups, et parfois même traités que les Français, notamment encore pouvoir se retirer d’Algérie torturés. Certaines arrestations, très par les forces de police, qui n’hésitent avec les honneurs, en gardant une arbitraires, durent jusqu’à trois jours,

Un graffiti sur les bords de la Seine rappelle les meurtres qui y ont été commis. (Photo jahrasta.skyrock.com) dans des conditions inhumaines et souvent accompagnées de coups. Jusqu’à aujourd’hui, le nombre exact de morts est inconnu. Les estimations les plus réalistes parlent de 100 à 300 morts rien que pour le soir du 17, sans compter les centaines de blessés ni les victimes des jours suivants, car la brutalité policière s’est poursuivie.

Le déni et l’oubli Dès le départ, le gouvernement impose une censure. Pourtant, les faits sont si énormes et si scandaleux que la plupart des journaux, sans s’avancer à donner des chiffres ou trop de détails, dénoncent les violences policières. Les procédures d’enquête qui suivront auront du mal à avoir accès à toutes les données, car la préfecture de police tente au maximum d’étouffer l’affaire. Cet événement choquant a beaucoup marqué les consciences à l’époque. Le gouvernement avait, en

effet, importé la violence coloniale à Paris. Pourtant, ce qu’il faut comprendre à travers ça, c’est justement que, dans le régime colonial français installé en Algérie, c’était tous les jours le 17 octobre… Cinquante ans après, aucune enquête officielle n’a été publiée. Le gouvernement français n’a jamais été condamné, et n’a jamais reconnu la teneur du massacre du 17 octobre 1961. Tout est d’ailleurs fait pour qu’il soit ignoré et oublié. L’idéologie impérialiste est restée très présente, et les gouvernements français successifs ont toujours tenté de garder une mainmise néocoloniale dans le Maghreb, en installant au pouvoir des hommes tels que Ben Ali. Aujourd’hui, heureusement, la Révolution tunisienne a réussi à inverser la tendance.

< Quentin Vanbaelen Pour en savoir plus

Une image du film Nuit noire, qui reconstitue la violence de la police, aux ordres du préfet Maurice Papon. (Photo tirée du film Nuit Noire. 17 octobre 1961)

De nombreux ouvrages ont été écrits sur la Guerre d’Algérie, ainsi que sur le massacre du 17 octobre 1961. Voici quelques sources intéressantes, pour en savoir plus sur le sujet : Livres : • Octobre 1961 : un massacre à Paris, Jean-Luc Einaudi, Éditions Pluriel, 2011, 12 €, et La bataille de Paris : 17 octobre 1961, Jean-Luc Einaudi, Points, 2007, 7,5 €. • Le 17 octobre 1961 : un crime d’État à Paris, Collectif, La Dispute, 2001, 19 €. • Meurtres pour mémoire, Didier Daeninckx, Folio policier, 1998, 5,70 €. Films : • Ici on noie des Algériens, de Yasmina Adi. Sortie le 17 octobre 2011. • Nuit noire. 17 octobre 1961, de Alain Tasma, sorti le 19 octobre 2005. BD : • Octobre noir, Didier Daeninckx et Mako, Ad Libris, 2011, 13,5 €. \ Plus d’infos et de sources sur www.17octobre61.org


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13 octobre 2011 | 38

Les Magasins du monde-Oxfam soufflent leurs 40 bougies

Comment la banane sandiniste a sauvé les Magasins du monde u Alors que la semaine du commerce équitable se poursuit jusqu’au 15 octobre, Ben Schokkaert publie un ouvrage relatant l’histoire des Magasins du monde-Oxfam. Solidaire résume un épisode de cette passionnante saga. Tout au long des années 80, la révolution sandiniste au Nicaragua a occupé l’avant-plan de l’actualité. Ce fut le combat de David contre Goliath, celui d’un petit pays d’Amérique centrale contre le géant du nord de ce continent. Le président américain Ronald Reagan et son administration suivent de près cette agitation révolutionnaire. Pour eux, le sandinisme fait la courte-échelle au communisme dans la région, et ils craignent un effet domino. La menace d’une intervention n’est jamais bien loin. Les États-Unis rompent toutes leurs relations commerciales avec le pays et soutiennent la « contra » qui, du Honduras et du Costa Rica, veut balayer les sandinistes du pouvoir. Et, dans les pays voisins comme le Guatemala et le Salvador, la lutte du peuple nicaraguayen donne de l’espoir à la population. Cette situation a été décisive pour les Magasins du monde-Oxfam. L’organisation soutenait les sandinistes et militait, entre autres, contre l’implantation de missiles américains sur le sol belge. Et, en Belgique, elle travaille avec de nombreux comités actifs autour de la question. En 1981-82, les Magasins du monde Oxfam décident d’instaurer un thème annuel, dont le premier est, bien sûr, les pays d’Amérique centrale. Ils organisent, entre autres, une semaine d’action, et des blocs-notes sont vendus au profit d’un projet d’alphabétisation au Nicaragua. Deux ans plus tard, en 1984, une nouvelle

semaine d’action a lieu. 7 500 plants de café sont vendus au profit du Nicaragua. Après les élections de 1985 au Nicaragua, les présidents des partis flamands se voient offrir du café et du rhum. Des gens des Magasins du monde partent travailler au Nicaragua. Nombre d’activités d’information et de soirées de solidarité sont organisées. A cette époque, mis à part le café, toutes sortes d’autres produits garnissent les rayons des Magasins du monde, comme le sucre (symbole de l’embargo américain du sucre), et le rhum (un des meilleurs exemples de l’économie mixte du Nicaragua). Un important maillon dans la chaîne entre les Magasins du monde et les sandinistes s’appelle Stefaan Declercq. En 1972, il fait partie des jeunes poulains qui, à Bruges, donnent naissance aux Magasins du monde-Oxfam. Après avoir travaillé, de 1978 à 1980, au secrétariat provincial des Magasins du monde du Brabant, Declercq part au Nicaragua et au Salvador comme coordinateur régional des projets et actions d’Oxfam Belgique en Amérique centrale et aux Caraïbes et comme agent de liaison pour les produits des Magasins du monde. Il y restera quinze ans. La vente des produits nicaraguayens ne va pas de soi. La qualité du café est variable, son goût fluctuant plus que le prix. En 1984, les ventes chutent de manière spectaculaire. Au fil du temps viennent s’ajouter d’autres problèmes. L’un d’entre eux est dû au fait qu’il n’y a qu’un seul fournisseur, qui achète d’assez grands stocks, mais les Magasins du monde-Oxfam manquent de liquidités. L’action « Oui aux 100 000 » est lancée. Il s’agit de faire en sorte que chaque magasin du monde réussisse à rassembler la somme de 100 000 francs, prêtée

En 1991, à l’occasion des 20 ans des Magasins du monde-Oxfam, Daniel Ortega, l’ancien président sandiniste du Nicaragua, reçoit une standing ovation à Gand. (Photo Oxfam Wereldwinkels) sans intérêts, afin que l’organisation ne doive plus consacrer d’argent aux intérêts bancaires.

Un fruit à haute valeur symbolique Mai 85 constitue un moment charnière. Les Magasins du monde-Oxfam mettent temporairement en vente des bananes provenant du Nicaragua. La vente de ces « Nica-bananes » est d’abord et avant tout une prise de position politique contre le boycott du pays par les Américains. Les Magasins choisissent bien leur moment : la mise en vente – qui se veut symbolique – tombe à pic dans l’actualité. « Les bananes du Nicaragua possèdent

Dix ans de pouvoir sandiniste : le bus à deux étages fait son Banana-tour. (Photo Oxfam Wereldwinkels)

toutes les caractéristiques du produit idéal pour nos magasins, écrit Ben Schokkaert. Elles sont un exemple de commerce injuste – prototype de celui du tiers-monde –, des cours aléatoires des denrées, des conditions de travail pénibles, avec intermédiaires florissants et monopole de quelques multinationales. » Elles proviennent d’un pays qui change ces données et ont donc une haute valeur symbolique. La vente temporaire dépasse toutes les attentes. Durant les six premiers mois de 1985, 46,5 tonnes de bananes sont vendues. L’assemblée générale décide alors que leur vente sera permanente. Pourtant, ce n’est toujours facile. La vente de fruits frais est nouvelle pour les Magasins, et il faut s’organiser pour en assurer la distribution et la fraîcheur. Jusqu’alors, les magasins locaux étaient approvisionnés, au départ d’un magasin national à Gand, par deux entreprises de transport commerciales. L’organisme roule alors pendant quelques mois avec des véhicules de location, puis pense à faire l’acquisition d’un camion. Et c’est le succès des Nica-bananes qui donne immédiatement corps au projet. Le 25 mars 1987, tout le monde agite la main pour saluer Luc, le chauffeur, qui met le contact du Daf de 7 tonnes, démarrant vers les routes du pays, chargé de palettes de produits des Magasins du monde. Pour garantir la qualité, trois chambres de maturation sont aussi construites. « Ces bananes n’étaient pas seulement un symbole de la révolution au Nicaragua, mais aussi un peu de la nôtre, confie Fernand Daenekynt, spécialiste de la maturation des bananes. A un certain moment, nous vendions 11 palettes de 80 cartons par semaine. A la fin de la saison, il ne nous restait plus que trois palettes

à vendre. » D’après Marc Bontemps, directeur des Magasins de 1990 à 2004, les Nica-bananes ont eu encore un autre avantage : le fait que les autorités nicaraguayennes ont tout de même pris le risque d’exporter ces fruits, malgré les difficultés et le fait que celles-ci n’étaient pas labellisées. Et les Magasins du monde-Oxfam en ont fait la promotion. Bontemps reconnaît que les bananes du Nicaragua ont sauvé financièrement les magasins du monde. En effet, à cette période, les affaires ne marchaient vraiment pas. « Les bananes, précise-t-il, et pas seulement celles des sandinistes, ont également rapporté de l’argent aux Magasins du monde par l’existence d’abonnements qui on fait en sorte que les clients franchissent beaucoup plus régulièrement le seuil de nos magasins. C’est le même système que celui des bouteilles consignées que les consommateurs rapportent au supermarché. »

< Thomas Blommaert \ Ben Schokkaert, Het koekje bij de koffie. 40 jaar Oxfam-Wereldwinkels, EPO (en néerlandais uniquement).


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14 13 mai octobre 20092011 | 20 | 38

Interrogations sur les spectaculaires résultats de l’expérience

Neutrinos, plus rapides que la lumière ? u Le 22 septembre 2011, la nouvelle tombe : des particules ultra-légères, des neutrinos1, auraient parcouru les 732 km qui séparent l’accélérateur de particules du CERN à Genève (Suisse) du détecteur OPERA du Gran Sasso dans les Abruzzes (Italie), à une vitesse supérieure à la vitesse de la lumière, . Si ce résultat2 s’avérait correct, la théorie de la relativité d’Einstein, datant d’un siècle, devrait être modifiée, au moins dans une certaine mesure. Car elle suppose qu’aucune particule ne peut dépasser la vitesse de la lumière. Il faut savoir que des technologies de pointe d’aujourd’hui sont en partie basées sur cette théorie. C’est, par exemple, grâce à l’exactitude de la théorie d’Einstein que le système GPS peut situer avec une précision extraordinaire les objets sur notre planète, comme les voitures, les bateaux ou les cibles des avions de l’Otan en Libye. La question posée est la suivante : la théorie de la relativité d’Einstein est-elle universellement vraie pour tous les phénomènes physiques ? Si l’expérience dit non, cela implique une révision importante de notre conception du monde physique, au moins dans certaines de ses parties. Cela ne fait pas peur aux scientifiques qui ont pour critère suprême l’expérience et non la théorie, si belle soit-elle, mais qui s’opposerait aux faits expérimentaux. La théorie est subordonnée aux faits expérimentaux, provenant de multiples sources et situations. Le 7 octobre, il y avait déjà 67 articles scientifiques, commentant cette expérience, qui ont été déposés dans la bibliothèque électronique de recherche la plus dynamique du monde - gratuite en plus - : arxiv. org.

Des neutrinos difficiles à détecter Parmi ceux-ci, a retenu particulièrement notre attention celui de Andrew G. Cohen et Sheldon L. Glashow3. Glashow a reçu le prix Nobel de physique en 1979. Avec panache, intelligence et connaissance profonde du sujet, ils montrent pourquoi le résultat de l’expérience OPERA ne peut être correct, non pas sur base de spéculations théoriques mais par la confrontation avec d’autres résultats expérimentaux. Pour faire apprécier la saveur du sujet, rappelons quelques éléments d’astrophysique. Le Soleil, source de toute énergie sur notre planète est une énorme centrale thermonucléaire qui émet un nombre immense de neutrinos et de photons (particules de lumière). Chaque seconde, 65 milliards de neutrinos émis par le soleil traversent

Les résultats de l'observation de la supernova SN 1987 A semblent contredire les résultats de l'expérience Opera. (Photo NASA/ESA) chaque centimètre carré de la surface terrestre (ou de la surface de votre corps). Moins d’ un de ces neutrinos sur 10 000 est intercepté par un atome de notre planète. Nous leur sommes transparents ! Ils sont partout et terriblement difficile à détecter. Et il faut dire que le Soleil apparaît très peu énergétique par rapport à une supernova.

Supernova Une supernova est l'ensemble des phénomènes qui suivent l'explosion d'une étoile, qui s'accompagne d'une augmentation brève mais fantastiquement grande de sa luminosité (photons) et de sa production de neutrinos. Les supernova visibles à l'œil nu sont rares, moins d'une par siècle. Une des plus célèbres, parue en 1572, est la supernova dite de Tycho, en l'honneur du Danois Tycho Brahé, un des plus grands astronomes de tous les temps. Il en fut un des observateurs les plus assidus. Elle joua un rôle essentiel dans l'évolution des conceptions du monde car elle fut utilisée par Tycho Brahé pour réfuter le dogme aristotélicien et chrétien de l'immuabilité des cieux. La «nouvelle étoile» a contribué à briser les anciens modèles des cieux et inaugurer une formidable révolution en astronomie En 1987, coup de tonnerre, une supernova apparaît le 23 février. C'est

la seule supernova qui a été détectée à l'œil nu au 20e siècle. Mais, il y a une nouveauté. Des détecteurs de neutrinos solaires ont été récemment mis en service. Quelle chance. Cette supernova (SN 1987 A) est relativement très proche. Elle ne se trouve qu'à 168 000 années-lumière. Cela veut dire que le 23 février 1987, on a assisté sur Terre à un super-explosion qui s'est passée 168 000 ans plus tôt. Cette explosion s'est faite à partir d'une étoile qui avait environ 20 fois la masse du Soleil. Elle a émis un nombre colossal de neutrinos et de photons.

4 ans au lieu de 3 heures Pour la première fois grâce à SN 1987A, l'émission de neutrinos par une supernova a pu être observée directement. Environ trois heures avant que la lumière visible du phénomène n'atteigne la Terre, un éclat de neutrinos fut observé dans trois observatoires de neutrinos différents (Kamiokande (Japon ), IMB (Etats-Unis) et Baksan (Union soviétique)). À 7 h 35 TU (Temps Universel), Kamiokande détecta 11 neutrinos, IMB 8 neutrinos et Baksan 5 neutrinos, le temps d’un éclair qui dura moins de 13 secondes. Bien que le nombre de neutrinos observés soit de seulement 24 au total, il s’agissait là d’une augmentation significative par rapport au niveau normal de réception de neutrinos (solaires,

particulièrement). Les observations corroboraient les estimations des modèles, avec un total de 10 exposant 58 neutrinos (1 suivi de 58 zéros) émis par SN 1987 A. Un autre résultat très significatif fut déduit des données collectées : puisque la lumière est arrivée sur Terre 3 heures plus tard que les neutrinos et puisque les modèles nucléaires prédisent que la lumière (photons) ne peut s’échapper de la supernova que 3 heures, après l ‘émission des neutrinos. Il en a été évidemment déduit que les neutrinos avaient parcouru la même distance que les photons (lumière) en 168.000 ans. Il est facile de calculer que, si les neutrinos émis par SN 1987 A avaient la vitesse qui est proclamée par l’expérience OPERA, il serait arrivé sur Terre environ 4 ans avant la lumière émise, plutôt que 3 heures avant ! Les neutrinos considérés par l’expérience OPERA sont au départ des neutrinos muoniques, ceux émis par SN1987 sont au départ des neutrinos électroniques. On pourrait argumenter que les neutrinos muoniques ont une vitesse supérieure à la vitesse de la lumière contrairement aux neutrinos électroniques qui iraient eux à la vitesse de la lumière. Mais Cohen et Glashow argumentent que cela n’est pas crédible car justement les (au moins) trois types de neutrinos électroniques, muoniques et tauïques se convertissent ou oscillent continuellement l’un dans l’autre au

cours du temps et que le mécanisme de conversion ne permet pas d’avoir un neutrino qui tantôt va à la vitesse de la lumière, puis à une vitesse audessus de la vitesse de la lumière.

< Jean Pestieau

JeanPestieauestprofesseuréméritedel'Universitécatholique de Louvain. Il est spécialiste de la physique des interactions fondamentales de la matière.

1. neutrinos : particules fondamentales de la physique des particules. Il en existe (au moins) trois types ou saveurs : électronique, muonique et tauïque. La charge électrique des neutrinos est nulle contrairement à celle de l’électron. L’électron est la particule électriquement chargée la plus légère. Il a une masse égale à cinq dix-millièmes de la masse d’unatomed’hydrogène.Lesneutrinosonttrèsprobablement une masse plus petite qu’un millionnième de la masse d’un électron. Le photon, particule de lumière, a une masse nulle. • 2. http://arxiv.org/abs/1109.4897 • 3. http://arxiv. org/abs/1109.6562•VoirégalementLuisGonzalez-Mestres, http://arxiv.org/abs/1109.6630

Cette note est écrite en mémoire de Hans Bethe (1906-2005), prix Nobel de physique 1967, qui a été le premier à expliquer en 1938 le mécanisme des réactions thermonucléaires dans les étoiles et particulièrement le Soleil. Il était un grand spécialiste des neutrinos et des supernovas. J'ai eu la chance de travailler dans son laboratoire durant deux ans, de 1968 à 1970.


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13 octobre 2011 | 38

Prix Nobel de physique 2011

Quoi de neuf

docteur ?

L’expansion de l’univers s’accélère u Le prix Nobel de physique 2011 a été décerné ce mardi 5 octobre 2011 aux Américains Saul Perlmutter et Adam Riess ainsi qu'à l'Australo-américain Brian Schmidt « pour la découverte de l'expansion accélérée de l'Univers » qu’ils ont déduite de l'observation de « plusieurs dizaines d'explosions d'étoiles, appelées supernovae ». En 1998, ces trois astrophysiciens ont fait sensation en annonçant que l’expansion de l’Univers, proposée par le Belge Georges Lemaître en 1927, mise en évidence par Edwin Hubble en 1929, s’accélère depuis 4 à 5 milliards d���années sous l’influence d’une mystérieuse «énergie noire», ou «énergie du vide», qui représenterait près des trois quarts de l’ énergiemasse1 de l’Univers. « On savait que l’Univers était en expansion après le Big-Bang qui s’est produit il y a 14 milliards d’années environ. Cependant la découverte que cette expansion s’accélère est étonnante », souligne le comité Nobel dans un communiqué. Les supernovae sont des étoiles très massives arrivées en fin de vie. Ayant consommé une bonne partie de leur carburant nucléaire, elles s’effondrent brutalement sur ellesmêmes et explosent. Ces événements cosmiques sont particulièrement violents et spectaculaires. C’est en observant des supernovae particulières, dites de type 1a, que les lauréats et leurs équipes ont fait leur découverte. Considérées comme des « chandelles standard » ou des « bougies de référence », ces explosions d’étoiles, dont on connaît bien la luminosité, servent à mesurer les distances dans l’univers. Saul Perlmutter qui dirige le Supernova Cosmology Project, à l’université de Californie, et l’équipe dirigée par Adam Riess et Brian Schmidt, au Centre astrophysique de Harvard (États-Unis), s’aperçoivent que ces objets lointains sont moins brillants

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Leen Vermeulen, médecin de Médecine pour le Peuple, Molenbeek-Saint-Jean

U De gauche à droite : Saul Perlmutter, Adam Reiss et Brian Schmidt. que prévu par la théorie. Pourtant, les énormes éclairs de lumière qu’ils captent pendant des semaines sont bien le fait d’explosions stellaires par ailleurs parfaitement bien référencées. Dès lors, une conclusion s’impose : l’apparente faiblesse de la lumière émise s’explique par le fait que les galaxies-hôtes de ces supernovae sont plus éloignées qu’on ne le pense. Donc, que l’expansion de l’Univers était moins rapide dans le passé. Et que, par conséquent, loin de se ralentir avec le temps, le phénomène ne fait au contraire que s’accélérer sous l’effet de ce qui est appelé « énergie noire ». Il faut savoir qu’on ne sait toujours pas aujourd’hui ce qu’est l’énergie noire. Au cas où la théorie de la gravitation d’Einstein venait à être modifiée et partant les équations de Friedmann2, qui préside à l’expansion de l’Univers, on pourrait expliquer les observations de Perlmutter, Riess et Schmidt sans nécessairement invoquer l’énergie noire.

« Energie noire » et « matière noire »3 Avec la matière que nous connaissons (protons, électrons, photons, etc.), la gravitation agissant sur des distances cosmiques n’explique pas ce que les astronomes observent. Les galaxies4 (composées de milliards d’étoiles), par exemple, devraient s’étaler dans l’espace. Aussi, on suppose qu’énormément de masse non observée à travers les télescopes

doit être là pour tenir ensemble les galaxies et éviter qu’elles se dispersent en morceaux. Les astrophysiciens ont alors postulé la « matière noire », invisible mais agissant à des échelles galactiques . A de très grandes échelle des échelles cosmiques - comme les nouveaux prix Nobel l’ont trouvé, l’expansion de l’Univers s’accélère. Nous avons pour cela besoin de l’ « énergie noire » qui agit pour accélérer l’expansion en opposition à la gravitation. La théorie actuelle déduit des observations astrophysiques que 70 % de l’Univers est de l’énergie noire, 25 % de la matière noire et juste 5 % du genre de matière que nous connaissons bien, celle que nous rencontrons tous les jours !

< Jean Pestieau JeanPestieauestprofesseuréméritedel’Universitécatholique deLouvain(UCL).Ilasuivien1964 le coursderelativitégénérale et de cosmologie donné par Georges Lemaître à l’UCL. 1. Il y a équivalence entre masse (m) et énergie (E), à travers la formule d’Einstein E = mc² • 2. Alexander Friedmann, mathématiciensoviétique.Seséquations(1922)gouvernent l’expansion de l’univers dans des modèles homogènes et isotropiques issus de la relativité générale d'Einstein (1915). Lemaîtreaapportéen1927l’interprétationphysique(décalage infrarouge) des équations de Friedmann (1927). En 1931, Lemaïtre propose ce qui s’est appelé par la suite la théorie du Big Bang. • 3. Voir l’épilogue de Le roman du Big Bang de Simon Singh,édité par JC Lattès, 2005 ; http://www.bbc. co.uk/news/science-environment-15165371 • 4. Il y a des milliers de milliards de galaxies dans l’Univers visible.

n étudiant de cinquième année de médecine est actuellement en stage dans notre maison médicale. Après plusieurs années de médecine théorique, ces jeunes sont souvent très heureux d’enfin entrer en contact avec de « véritables malades » et de pouvoir confronter la réalité à la théorie. Lorsque je lui demande ce qui l’a le plus marqué chez nous, il répond qu’il est épaté de voir combien nous prenons le temps d’écouter réellement nos patients, ce qui nous permet de mieux comprendre et cadrer leurs plaintes. Ainsi un mal de tête à première vue banal et peu inquiétant peut s’avérer subitement intéressant si l’on sait qu’il peut être causé par des tas de choses, comme des problèmes familiaux, problèmes financiers, problèmes relationnels, mauvaises conditions de travail, chômage, etc... En tant que médecin, on ne peut pas négliger toutes ces causes et se limiter à prescrire du paracétamol. Au contraire, il faut prêter une oreille attentive et, avec le patient, réfléchir à ses problèmes et essayer de trouver des solutions possibles. Il importe également de bien expliquer au patient que ce mal de tête ne peut pas venir de nulle part. Lundi soir, j’ai rendu visite à un patient en stade terminal à son domicile. Je suis tombée sur ses enfants qui m’ont demandé de leur donner des explications sur la maladie de leur père parce qu’à l’hôpital aucun médecin n’était disponible et ils ne savaient pas du tout à quoi ils devaient s’attendre. Le patient en question est décédé chez lui, le lendemain. La famille m’a remerciée pour mes explications, mes soins et ma présence à ses côtés durant les derniers instants de sa vie. De l’hôpital, ils ne recevront qu’un tas de factures. « Les gens d’abord, pas le profit », je vous invite tous, et en particulier les travailleurs de la santé, à lancer une campagne d’affichage pour dénoncer cette mentalité axée sur le profit et pousser les hôpitaux à revenir à leur objectif initial, à savoir s’occuper réellement des malades et de leur santé ! À bientôt, Leen

Temps (13,7 milliards d’années)

Présent Expansion accélérée Expansion lente

Supernova la plus éloignée

Expansion de l’Univers

Le schéma de l’accélération de l’expansion de l’Univers. (Photo desdelamediterrania.cat)


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13 octobre 2011 | 38

Partagez vos activités agenda@solidaire.org Retrouvez l'agenda complet sur www.ptb.be/agenda

B ruxelles

Samedi 22 octobre à partir de 16h

Repas de soutien au voyage de solidarité avec la Palestine • Projection du film « Avec un seul poumon », suivie d'un repas de solidarité avec la Palestine et animation musicale. Org. MPLP Où ? Centre Culturel de Schaerbeek, rue de Locht 91-93, 1030 Bruxelles. Prix : 8 € adultes / 4 € enfants. Réservation souhaitée au 02 245 98 50 ou emel.kaplaner@mplp.be

| BLOC-NOTES |

AGENDA B ruxelles

Jusqu’au samedi 15 octobre, à 20h30

Théâtre • Une société de services. Une pièce qui s’intéresse et explore le thème de la valeur du travail. Le samedi 15 aura en plus lieu un débat sur les conditions de travail en présence de Mateo Alaluf (professeur à l’ULB). Org. Zoo Théâtre Où ? Théâtre les Tanneurs, rue des Tanneurs 75 – 77, 1000 Bruxelles. Prix : 10/7,5/5 euros. Réservations au 02/512.17.84 ou reservation@lestanneurs.be. Info sur www.lestanneurs.be.

Samedi 15 octobre à 14 h

Indignés • Les indignés sont à Bruxelles. De nombreuses activités sont prévues toute la semaine, et une grande action internationale le samedi 15, dont une manifestation à 14 h à la gare du Nord. Info : bxl.indymedia.org et www.indignez-vous.be

Samedi 15 octobre

[Lemédecinvousrépond] Quand est-on dispensé du port de la ceinture de sécurité ? Le fait de ne pas porter la ceinture de sécurité est la cause du décès de centaines de personnes chaque année. C’est donc pour des raisons de sécurité essentielles que tous les sièges d’une voiture sont équipés d’une ceinture. Selon le Code de la route, le port de celle-ci est obligatoire pour tout passager. C’est seulement dans des circonstances exceptionnelles et avec attestation médicale que l’on peut en être dispensé. Que faire en cas de grossesse, par exemple ? En plaçant correctement la ceinture, tant la vie de la mère que celle du bébé sont protégées. Il ressort d’ailleurs d’une enquête que c’est seulement chez 3,8 % des femmes enceintes portant la ceinture que des bébés ont subi des lésions, contre 8,4 % chez des femmes qui n’en portaient pas. Attention : il faut faire passer la ceinture sous le ventre, sur le bassin. On peut toujours placer un petit coussin ou une housse matelassée autour de la ceinture, afin que celle-ci ne « coupe » pas le ventre lors d’un freinage brusque. Lors de blessures, d’affections cutanées, de mastectomies ou d’implantations, la peau peut être extrêmement sensible à la ceinture. Il existe à cet effet toutes sortes de petits coussins et « clips de confort » à placer sur la ceinture pour que celle-ci soit moins gênante et moins génératrice de tension. La ceinture n’a également aucun effet sur les personnes ayant un pacemaker ou un anus artificiel, et ne constitue pas non plus un obstacle à la respiration, même pour les personnes équipées d’une bombe d’oxygène. Une petite taille, l’obésité, les affections musculaires ou osseuses ne constituent pas non plus une raison de dispense. La plupart du temps, la ceinture peut être adaptée, allongée, munie d’un point de fixation supplémentaire, la hauteur du siège peut être réglée par des coussins surélevant et il existe des sièges de voiture spécifiquement adaptés. Il est toujours possible de s’adresser au Centre d’aptitude à la conduite et l’adaptation des véhicules (CARA). Lors d’affections psychologiques tels les phobies ou les syndromes post-traumatiques, on optera en premier lieu pour un traitement et non une dispense. Pour des personnes ayant moins de capacités intellectuelles, une attention toute particulière doit être accordée au port correct de la ceinture. Les patients en chaise roulante font usage des autres places que celle du conducteur. Si ce n’est pas possible, ils doivent se déplacer dans des véhicules adaptés. C’est la raison de notre devise : bouclez la ceinture, à l’avant comme à l’arrière. Et, bien sûr, les enfants également. D. Nele Vandebempt, Médecine pour le peuple Schaerbeek, www.mplp.be \ Vous trouvez qu’un sujet doit être abordé.

N’hésitez pas à envoyer vos propositions à redaction@solidaire.org

Action Dexia • Action devant les filiales pour dénoncer le financement des colonies israéliennes par la banque Dexia. Info : www.intal.be

Samedi 15 octobre à 11h

Meeting • Quelle Europe voulons-nous ? • Conférences et débats autour de la justice sociale, en lien avec la gouvernance européenne. En présence de nombreux représentants syndicaux. Org. Comités action Europe Où ? IHECS, rue du Poincon 16, 1000 Bruxelles. Info sur comitesactioneurope.blogspot.com

Dimanche 16 octobre

Manifestation contre les centres fermés • Aucun changement à la terrible réalité des centres fermés en Belgique. Au contraire, de nouveaux sont construits! Où ? Rendez-vous à 17h à la gare de Nossegem. Départs à vélo à 15 h 30 au rond-point Schuman, Bruxelles ou à 16 h 40 à la gare Centrale (train direction Leuven).

Mercredi 19 octobre à 17h30

Rassemblement • Nous sommes tous des Grecs. Action de soutien au peuple grec en lutte contre les mesures d’austérité. Org. Comac et KKE Où ? Rond-Point Schuman. Info à la page 16 de ce journal ou sur www.ptb.be

20 octobre 2011 à 19h30

Formation à l'action directe non-violente : Travailler avec les Médias • Pour apprendre comment rentrer en contact avec la presse et susciter leur intérêt, comment faire passer au mieux son message dans

[livre]

un communiqué, etc. Org. Action pour la Paix et le MIR_IRG Où ? Maison de la Paix, rue van Elewyck 35, 1050 Ixelles. Gratuit. Inscription : training@actionpourlapaix.be avec ton prénom, ton numéro de téléphone et l’intitulé de la formation que tu voudrais suivre. Info sur www.actionpourlapaix.be

Vendredi 21 octobre, 18 novembre et 16 décembre de 13h30 à 17h

Conférences • La Convention de Genève, hier, aujourd’hui et demain • Un cycle de conférences sur les thèmes des réfugiés hier et aujourd’hui, ainsi que sur l’état de la question de la Convention de Genève. Org. Vluchtelingenwerk Vlaanderen, le CIRÉ et le Comité belge d'Aide aux Réfugiés

Samedi 22 octobre

6 heures pour l’école démocratique • Journée d’ateliers autour de l’enseignement. Au programme : communautarisation de l’enseignement, enseignement musical, Congo, Israël, cours de philosophie, une formation polytechnique pour tous, les réformes de la formation des enseignants, la marchandisation de l’enseignement, la pédagogie active… Org. APED Où : Institut Saint Julien Parnasse, avenue de l’Église Saint Julien 22, à Bruxelles (Auderghem). Inscriptions (avant 14/10) : 6/8/10 € sur www.ecoledemocratique.org.

C harleroi

Jusqu’au 15 janvier

Expo • Le Temps des cerises. La Commune en photographies. Une expo qui retrace l’histoire des journées d’insurrection parisienne en 1871. Où ? Musée de la Photographie à Charleroi, avenue Paul Pastur 11, 6032 Charleroi. Info au 071/43.58.10 ou www.museephoto.be

Du mercredi 19 au samedi 22 octobre

Théâtre • Une société de services. Le travail, c’est la santé ! Ah bon ? À travers la réalité du télémarketing, la question est ici clairement posée. Avec légèreté et conviction. Où ? Théâtre de L’Ancre, Rue de Montigny 122, Charleroi. Prix : 15/11/7/5 euros. Mercredi et samedi à 19h, jeudi et vendredi à 20h30. Info : www.ancre. be

G and

Samedi 29 octobre de 13h à 23h

2e journée du Socialisme. Un journée d’action et de réflexion pour le socialisme, la lutte et la solidarité. Au Vooruit, Sint-Pietersnieuwstraat, 23. Info : www.rondetafelvansocialisten.be

H erstal

Dimanche 23 octobre à 9h30

Promenade • La Braise, en collaboration avec Médecine pour le Peuple-Herstal vous invite à une balade, à l’occasion du « Rendez — vous sur les sentiers ». Org. La Braise et MPLP. Où ? Rendez-vous à MPLP Herstal, Avenue Francisco Ferrer 26, 4040 Herstal. Info sur www.liege.labraise. be

L iège

Samedi 15 et dimanche 16 octobre 2011

Foire du livre politique. Avec : Les Éditions Aden, Le CRISP, Les Éditions du Cerisier, CATDM, Les dossiers de la FGTB, Les Amis du Monde diplomatique, Le GRESEA… Où : Le Manège (ancienne Caserne Fonck), Rue Ransonnet, 2. Ouvert de 13h à 20h ; nocturne le samedi soir. Info : www.lafoiredulivre.net ou Jérôme Jamin 0479/24.96.39

Samedi 22 et dimanche 23 octobre de 13h30 à 16h

Formation-débats • Le concept de la dette honteuse. À l’heure où la dette fait de plus en plus parler d’elle en Europe, cette formation présentera les moyens pour la contester et les alternatives à y opposer pour sortir de la crise par le haut. Org. CADTM Où ? Espace Belvaux, rue Belvaux 189, 4020 Grivegnée (Liège). Info sur www.cadtm.be

Jeudi 27 octobre à 19h30

Formation • Parti et Front. À l'heure de la crise, des mesures anti-sociales européennes, quels peuvent être les rapports entre un parti marxiste et les organisations de masse ? Laura Leon Fanjul se basera sur son expérience personnelle en tant que membre de Comac pour répondre à cette question. Org. La Braise culture asbl. Où ? La Braise, Rue Mathieu Laensbergh 20, Esplanade Saint-Léonard, 4000 Liège. Tarif : 1 euro.

Y pres

Samedi 22 octobre à 14h

Course pour la paix • La course de la Paix Käthe Kollwitz se veut un appel à la paix, à l’amitié et à la solidarité et veut contribuer à un monde où tous jouissent des mêmes droits et des mêmes opportunités. Où ? Fenixzaal, Jeugdstadion, Leopold III-laan, 8900 Ypres. Info sur www.vredesloop.be

Pour la justice sociale et pour le climat « Deux sources de prospérité : le travail humain et la nature. La problématique du climat est un conflit d’intérêts ». Dans cette phrase est résumé le grand enjeu de cet ouvrage. Le problème de l’écologie n’est pas neuf, et devient de plus en plus important et urgent à régler. Mais il n’est pas quelque chose de naturel, ou un simple accident de parcours. En effet, la question du climat est intimement liée à la gestion faite par notre société capitaliste des ressources qu’elle exploite. Wiebe Eekman montre dans son livre que le système capitaliste, par sa logique même, n’est pas capable de réaliser un développement durable et juste socialement, de par son fonctionnement basé sur la soif de profit toujours plus grand. L’auteur défend ensuite une alternative de société : le socialisme. Un projet de société qui peut réaliser à la fois la justice sociale et sauvegarder la planète. Il fait l’inventaire des propositions issues des milieux de gauche pour lutter contre la crise climatique, et explique les stratégies et revendications des communistes dans ce domaine. Wiebe Eekman est membre actif du groupe de travail environnement du PTB, et participe également à des mouvements tels que Climat et justice sociale et la Coalition climat \ Wiebe Eekman, Pour la justice sociale et pour le climat, EPO, 2011, 6 €, disponible sur www. ptbshop.be

Lumière, caméra, révolution [Film]

La révolution tunisienne caméra au poing. C’est ce qu’a réalisé le cinéaste Mourad Ben Cheikh dans son film « Plus jamais peur ». Dès les premiers jours de révolte, le réalisateur est descendu dans la rue, et a commencé à filmer. Il a ainsi accompagné le mouvement, et a suivi certaines de ses figures emblématiques. De la blogueuse Lina Ben Mhenni à Radhia Nasraoui, en passant par les nombreux anonymes qui ont pris la rue et ont renversé le régime dictatorial de Ben Ali, tous ont leur mot à dire, leurs images à montrer, et leur courage à partager. Il ne s’agit donc pas vraiment d’un documentaire, d’un film d’analyse et de recherche sur le sujet. Au contraire, « Plus jamais peur » est un témoignage direct, du cœur de l’action. C’est ainsi que Mourad Ben Cheikh déclarait dans un entretien accordé au Soir : « J’étais citoyen parmi les citoyens, corps parmi les corps. » Un film à voir pour se défaire du fatalisme et de la peur, pour encourager au changement et à la révolte. \ Plus jamais peur de Mourad Ben Cheikh, 2011.


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Texto | écrivez-lui Lizz Printz Solidaire, bd M. Lemonnier 171 1000 Bruxelles • lettres@solidaire.org • Vous pouvez aussi donner votre avis sur le site Internet: www.solidaire.org

Est-il possible de distribuer du courrier dehors pendant 7 h 36 ?

Dans notre bureau, 4 facteurs participent actuellement aux tests médicaux de la VUB, commandés par Bpost. Durant 2 semaines, ils distribuent du courrier sur des tournées de 1 300 à 1 400 boîtes aux lettres. Durant 7 h 36 dehors, à partir de 9 h du matin. Ils sont déjà au bureau dès 8 h 30 pour prendre en charge les sacs de courrier. Normalement, ils terminent vers 16 h 30. Durant la deuxième semaine, les scientifiques de la VUB mesurent leurs performances physiques. Ce sont des scientifiques du laboratoire d’étude de l’effort et des activités sportives. Question : faut-il être un sportif pour pouvoir exercer le métier de facteur ? Car ce labo, le BLITS, est spécialisé dans l’effort et le sport d’élite ! Cette semaine, nos collègues-tests ont dû porter un masque 3 fois durant une demi-heure. Le masque

mesure leur consommation d’oxygène, ce qui renseigne les chercheurs sur l’état de fatigue. En même temps, ils portent un bracelet avec un accéléromètre, qui enregistre leurs mouvements au long de la journée, et enregistre leur dépense de calories et le rythme cardiaque. Justement ce lundi, nous avions beaucoup de courrier et 3 toutes-boîtes. Nos collègues-tests ont donc terminé très tard, à 18 h 45 et à 19 h 45. Et ça alors qu’ils travaillaient dès 8 h 30 du matin. Sachant aussi que ce sont des jeunes facteurs, pas des anciens. Résultat : plus personne ne veut entendre parler du projet de distribution pure, durant 7 h 36 dehors. Car avec les jours forts et faibles à la Poste, cela signifie qu'on peut se retrouver dehors durant 11 heures. Faudra pas s’étonner du nombre de malades ! Même des jeunes facteurs, encore en forme, le disent : « Le jour où la direction instaure ça, je quitte la Poste ! »

« Ce sera plus difficile de vendre les économies aux Belges (…) s’ils ont l’impression que l’on jette l’argent par les fenêtre pour le plaisir des banquiers. » Etienne De Callatay (Banque Degroof), Le Soir (10/10/11)

Nous attendons les résultats du test. Mais nous sommes sceptiques. Car le masque et l’accéléromètre ne sont pris en compte que durant les 7 h 36, pas durant les 3 h de travail en surplus ! Ce n’est pas la faute des chercheurs, mais de la direction de Bpost. En effet, Bpost a demandé à la VUB de faire des tests sur la faisabilité de travailler durant 7 h 36 à l’extérieur, pas sur la faisabilité des tournées qui peuvent dépasser les 7 h 36 ! De plus, le test se fait aujourd’hui par beau temps. Mais quoi en plein hiver, alors qu’il y a toujours un pic de courrier ? Autre question : un sportif exerce-t-il son sport durant 7 h 36 et plus à l’extérieur, et ce durant les 240 jours ouvrables de l’année ? Un facteur

Vatican généreux ?

Le Vatican déborde de richesses à un tel point que les banquiers en sont jaloux. L’Eglise catholique est avare de biens matériels au point que cela en

Études marxistes n° 95 :

donne la nausée. Pourtant, la Bible nous apprend à partager avec les plus démunis. Une attitude vraiment chrétienne serait de vendre la plupart des tableaux du Vatican, les bijoux et autres quincailleries et de donner la recette aux ONG qui font de la coopération au développement en faveur du Tiers et du Quart Monde. Cela permettrait de combattre dans une certaines mesure les injustices les plus criantes dans les pays du Tiers Monde et dans nos pays dits « riches ». Le Vatican ferait bien de vendre ses richesses pour faire vœu de pauvreté et pratiquer ce à quoi l’Eglise catholique s’est engagée depuis 1968, à savoir l’option préférentielle pour les pauvres dans la pratique et pas seulement dans la théorie. A la base, il existe une minorité de prêtres qui distribuent leurs biens autour d’eux. Mais, plus on grimpe dans la hiérarchie de l’Eglise, moins on en voit ! J. Vanderheyden, Liège.

Peter Mertens, Le coup d’État de BusinessEurope, ou comment les multinationales mettent les États nationaux sous tutelle. Wiebe Eekman, Climat et justice sociale, propositions pour une vision marxiste de la crise de l’environnement. Cécile Chams et Jean Pestieau, Les Grecs en colère : les mesures d’austérité et comment les Grecs y résistent. Daniel Zamora, Les communistes et leur histoire, le point de vue de Domenico Losurdo. Hommage à Ludo Martens.

Prix : 7,50 €. Promotion spéciale : le numéro 94, avec la Résolution du PTB sur la crise, gratuit avec tout nouvel abonnement (Vente et abonnements : www.marx.be)

Un parti qui « manifieste »

Succès de ManiFiesta, le 24 septembre, à Bredene. Comme à la fête de l’Humanité, débats, concerts et ateliers y ont eu lieu (…). Ce fut l’occasion pour Peter Mertens, le président du PTB, d’évoquer, dans son discours, la situation économique du pays. « J’accuse les banques, les grands actionnaires et les millionnaires », a-t-il clamé. L’Humanité Dimanche, 25/09 au 5/10

ManiFiesta

Tout d’abord, merci pour l’organisation sans faille avec ses nombreux et aimables bénévoles. Il faut le faire : rassembler 7 500 personnes toutes rayonnantes de joie. Nous avons profité des événements à petites doses : Les Fils de l’Autre nous ont émus avec leurs textes originaux et leur inépuisable énergie. Chapeau aussi à notre omniprésente présentatrice qui n’a cessé de rapprocher le public et les artistes sur scène (au propre comme au figuré)!

Par moments, le Working Class Hero a fait ronfler la salle. La musique de l’orchestre du Vetex était si entraînante que tout le chapiteau n’a pas tardé à swinguer. Dans toute cette ambiance fantastique, pouvoir encore se régaler de sublimes beignets asiatiques, de poulet africain et d’un mojito bien frais… c’est un peu le paradis, non ? Bref, pour nous, ManiFiesta est exactement le genre de fête qui vous donne la pêche toute une année afin de poursuivre le combat pour une société alternative. Willem et Annemie, Dilbeek


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| EXPRESSO |

Le travail, c’est la santé… Bpost

LA PHOTO DE LA SEMAINE

ne tolère pas la santé fragile. La CSC Transcom a récemment révélé dans un communiqué de presse que l’entreprise avait une fâcheuse tendance à licencier les salariés trop souvent absents. C’était notamment le cas, apprend-on, d’une employée de 45 ans qui avait été absente plusieurs fois pour raisons de santé. Ces absences avaient une cause jugée inacceptable par la direction : un cancer. Bpost licencie en moyenne plus d’un agent par jour, dont seulement 2 à 3 % pour incompétence. Les postiers ont donc intérêt à ne pas tomber malade, leur job pourrait en dépendre. La direction de bpost s’est défendue en affirmant respecter « scrupuleusement » les lois du travail. Les esclavagistes du 18e siècle pourraient en dire autant…

Pas si cool, le séparatisme . Un sondage du quotidien Het Nieuwsblad et

Bruxelles Le ministre De Crem donnait une conférence à la VUB sur le thème « Intervention internationale en Libye : la participation de la Belgique ». Une raison suffisante pour organiser une action selon l’ONG intal. Mardi 4 octobre, une trentaine de militants d’intal et de COMAC VUB et ULB ont organisé la « Flash-Mob Die-in ». Cela fut un succès car, finalement, Pieter de Crem a dû enjamber des « cadavres » pour pouvoir aller vendre son plaidoyer en faveur de la guerre. Intal mène actuellement une campagne « F-16 hors de Libye », et récolte des signatures sur son site www.intal.be. (Photo intal, Mario Franssen)

Les platanes sont sauvés ! La justice a donné raison aux

citoyens qui se sont mobilisés pour la défense des arbres de l’avenue du Port. Une décision qui remet cependant en cause la bonne foi de la ministre bruxelloise des Travaux Publics et des Transports, Brigitte Grouwels (CD&V). Celle-ci avait en effet refusé le dialogue avec les associations luttant contre le chantier qui menaçait de détruire la configuration actuelle de l’avenue du Port et ses arbres, défendus par les habitants. L’initiative APPP (Action Patrimoine, Pavés, Platanes) a mené un combat pour plus de participation des citoyens aux décisions d’aménagement de l’espace public. Que les politiques responsables en prennent de la graine… (http://www.avenueduport.be)

Prix Nobel de la guerre . La

semaine dernière, sur la radio néerlandophone Radio 1, on a demandé à plusieurs VIP à qui ils décerneraient le prix Nobel de la paix. Mia Doornaert, journaliste et conseillère du Premier ministre Leterme estimait – sans sourciller – que le prix devait revenir à… l’Otan ! Et de reservir la leçon officielle disant que l’Otan avait sans doute sauvé bien des vies dans le bastion rebelle de Benghazi. Des 50 000 Libyens tués par les bombardements de l’Otan et la guerre civile, notre « papesse de l’atlantisme » – dixit le spécialiste du Moyen-Orient Lucas Catherine – n’a pas pipé mot. Pas plus qu’elle n’a parlé du pétrole libyen.

BIEN JOUé

Musique, camarades ! Ce 8 octobre a eu lieu un festival d’un genre peu connu. Il s’agit du Festival de la Chanson ouvrière, qui a attiré plus de 500 spectateurs. L’initiative, lancée par l’asbl Jeunes Tabous, avait pour but de valoriser le patrimoine culturel ouvrier. Treize groupes ont ainsi repris des chansons représentatives de cette culture. Cette manifestation avait le mérite de réunir des artistes du Nord comme du Sud du pays, pour chanter ensemble et faire vivre les chansons qui ont accompagné de nombreuses luttes sociales. Un jury a distribué des prix aux meilleures interprétations. La première place est revenue au groupe Iris et à leur version de « Which Side Are You On », une chanson syndicaliste des mineurs américains. Simon et Edgar Funkel sont arrivés deuxièmes, avec « Djet su sauleye », chant wallon qui a été interprété entre autres par un néerlandophone de Charleroi. Jan Busselen du groupe Matos Ferros, et membre du PTB, est arrivé troisième avec « Le front des travailleurs », une chanson sur l’unité de la classe ouvrière, au-delà des différences linguistiques, nationales…

de Koppen a révélé que 74 % des personnes interrogées sont « assez fières » (54 %), voire « très fières » (20 %) d’être Belges. 8 % seulement n’en sont « absolument pas fières » et 18 % « pas tellement fières ». Ce qui prouve que le projet séparatiste avec lequel nous bassine De Wever depuis quelques années n’accroche pas vraiment. Le sentiment d’être belge est encore plus fort chez les jeunes (80 %) et très affirmé chez les étudiants (90 %). Ce qui confirme nos soupçons : les auteurs de mails haineux sur les forums font surtout partie d’un groupe de vieilles barbes aigries et sans éducation.

Le panier de la famille à 604,59 euros. C’est la dernière estimation du

CRIOC (association de consommateurs) des dépenses nécessaires à une famille moyenne au cours d’une semaine. Début septembre 2008, ce panier valait 573,26 euros. L’avenir est loin d’être serein. En particulier en raison de l’augmentation continue du prix des produits pétroliers qui influencent grandement nos dépenses. Le CRIOC conclut : aujourd’hui, un ménage moyen doit disposer de 2 619,89 euros par mois pour faire face à toutes ses dépenses. Pour rappel, plus d’une personne sur quatre avoue avoir difficile, voire très difficile, à joindre les deux bouts.

Les ripoux de Hasselt. L’émission Panorama, sur la Eén (VRT), a révélé des pratiques scandaleuses de la police de Hasselt. Le chef de la police se servait abondamment dans la caisse et se faisait payer illégalement un max de primes, de défraiements, etc. Tout en arrosant ses petits copains au passage. Quand certains ont voulu dévoiler le pot aux roses, on les a brimés, privés de leur gagne-pain et même poursuivis en justice. Bref, le monde à l’envers. La bourgmestre et chef de la police Hilde Claes en prend elle aussi pour son grade, pour n’être pas intervenue assez vite contre les officiers corrompus. Quant au procureur du roi Marc Rubens, lui qui est toujours dans le coup pour poursuivre des syndicalistes, n’est, dans le cas des flics ripoux, pas intervenu, et a même traité ceux qui voulaient dénoncer l’affaire de « fouteurs de merde à qui on devrait clouer la gueule »…

CARTON ROUGE

La guerre médiatique contre la Syrie

La semaine dernière, la TV syrienne montrait Zaïnab alHosni, une jeune femme de 18 ans dont on avait prétendu qu’elle avait été assassinée par les services de sécurité syriens. Elle a en fait raconté qu’elle s’était enfuie de chez elle parce que ses frères la battaient. Malgré cela, l’info du meurtre horrible de Zaïnab al-Hosni a fait le tour du monde en tant que symbole de la cruauté avec laquelle l’opposition est opprimée en Syrie. Amnesty International et Human Rights Watch qui, plus tôt, avaient déjà dénoncé l’assassinat de prisonniers, avaient cité ici en exemple le cas de Zainab. Dans le conflit complexe qui se déroule aujourd’hui en Syrie s’activent des forces qui veulent garder le silence sur leurs commanditaires, et dont le but est de déclencher une intervention militaire comme en Libye. Des organisations syriennes des Droits de l’homme condamnent la campagne médiatique contre leur pays, qui n’a pour seul but que d’« attiser la violence entre civils et militaires ». Elles ont demandé à HRW, AI et d’autres ONG de présenter leurs excuses à la famille al-Hosni et au peuple syrien. (AFP, 5 octobre 2011)


Special Comac