

La prospérité pour tous
L’Institut Emile Vandervelde (IEV) est le centre d’études du Parti Socialiste, au service des militants, des élus socialistes et ouvert à la population. En tant que laboratoire d’idées et fournisseur d’alternatives socialistes, l’IEV se consacre à l’analyse, la réflexion et la formulation de propositions politiques sur tous les sujets d’intérêt général, social et sociétal. L’IEV joue un rôle central dans le travail d’éducation populaire, d’animation du débat public, de valorisation de la mémoire socialiste et ses apports contemporains.
INTRODUCTION
1. LA RÉALITÉ BUDGÉTAIRE : UNE CRISE DE RECETTES
2. LE CERCLE VICIEUX DE L’AUSTÉRITÉ
3. DES RÉFORMES IDÉOLOGIQUES QUI NE RÉDUISENT PAS LES DÉFICITS
4. BILAN :
:
ET
1. UNE STRATÉGIE EUROPÉENNE D’INVESTISSEMENTS
2. UNE VRAIE STRATÉGIE INDUSTRIELLE POUR
3.
INTRODUCTION
Les gouvernements de droite, de tout temps et en tout pays, appliquent les mêmes recettes : comprimer les salaires, réduire les revenus des pensionnés, des malades et des invalides, sabrer dans les services publics, affaiblir les droits des travailleurs.
Et de tout temps et en tout pays, la droite prétend que ces politiques sont nécessaires pour rétablir les comptes publics et qu’« il n’y a pas d’alternative ». Comme le malade imaginaire de Molière, qui s’inflige des purges et des saignées pour recouvrer la santé, les gouvernements de droite imposent des cures d’austérité sous prétexte de rétablir la prospérité.
Le petit livre que vient de publier Bart De Wever est, de ce point de vue, exemplaire. On y trouve, en quelques dizaines de pages, un parfait condensé des préceptes les plus éculés de la pensée libérale-conservatrice. On passera sur les innombrables contresens qui émaillent les pages de « La prospérité ». Si l’auteur était historien, il saurait que la Sécurité sociale n’est pas une invention du mouvement nationaliste et conservateur, comme il le prétend, mais le résultat de longues luttes sociales menées par les organisations syndicales et les partis socialistes. Il saurait aussi, s’il était historien, que le gouvernement conservateur de Gaston Eyskens, qu’il prend pour modèle, a engendré la plus grande mobilisation sociale que le pays ait connue – et que, réprimée par la gendarmerie et l’armée, elle a fait quatre morts et de nombreux blessés. Il saurait que ce qui a fait de la Belgique l’un des pays les plus prospères et les plus égalitaires du monde, ce ne sont pas les politiques d’austérité, mais au contraire des décennies d’investissement massif, à l’initiative des socialistes, dans l’enseignement et la santé. Il saurait enfin que Singapour, loin d’être
l’Eden démocratique et social qu’il dépeint, est un pays de tradition autoritaire, dont la prospérité repose en grande partie sur l’exploitation d’une large main-d’œuvre immigrée qui ne profite pas des fruits de son travail.
Au-delà de ces distorsions de l’histoire, ce qui frappe dans le texte de Bart De Wever, c’est la totale contradiction entre ses propos et les résultats de son gouvernement. Installé depuis un peu plus d’un an, le gouvernement De Wever fait tout l’inverse de ce qu’il prétend faire. La rigueur budgétaire est présentée comme son objectif ultime, mais il fait doubler le déficit et aggrave dramatiquement l’endettement du pays. Il prétend améliorer le taux d’emploi, mais on n’a jamais vu autant de faillites, et le chômage repart à la hausse. Il affirme « récompenser les travailleurs », mais il gèle les salaires et impose deux sauts d’index à la moitié des salariés. Il dit vouloir sauver la solidarité, mais plonge des centaines de milliers de personnes, demandeurs d’emploi, pensionnés, malades et invalides, dans la pauvreté – alors que le gouvernement précédent, à l’initiative des socialistes, avait fait baisser le taux de pauvreté de près d’un tiers, grâce notamment à l’augmentation spectaculaire du salaire minimum et des pensions les plus basses. La prospérité à la mode De Wever, c’est, dans les faits, un taux de croissance plus bas que celui de tous les pays voisins, un taux d’emploi en baisse, des déficits qui s’envolent, et une hausse sans précédent du taux de pauvreté et du nombre de malades de longue durée.
Le livre de Bart De Wever a au moins un mérite, celui de la franchise. L’auteur ne cache pas, en effet, qu’il travaille pour la Flandre, accessoirement pour la Wallonie, sans jamais mentionner Bruxelles, qui n’existe pas dans sa vision du monde, ni la Belgique, qui n’est pour lui qu’une coquille vide, dont il ne cache d’ailleurs pas qu’il entend la vider plus encore de la substance, en pratiquant dès aujourd’hui des transferts de charge massifs du fédéral vers les villes et les régions, déjà lourdement affectées, et en préparant une réforme de l’État qui conduira à terme à une Belgique confédérale, privée de toute solidarité.
La droite, aujourd’hui, a le vent en poupe. Dans l’ensemble du monde occidental, les forces de gauche, politiques et syndicales, sont affaiblies. Des milliardaires sans scrupules monopolisent les médias et les réseaux sociaux, et inondent le débat public de lieux communs conservateurs, quand ils ne servent pas directement les forces d’extrême droite. Cela ne rend que plus urgente la résistance que mènent les socialistes, dans leur travail d’opposition et de refondation.
Car il existe des alternatives, qui sont à la fois plus justes et plus efficaces que les vieilles recettes néolibérales. Plutôt que de sanctionner aveuglément les demandeurs d’emploi, sans tenir compte de leur parcours, de leur âge et des efforts qu’ils accomplissent pour se former et trouver un emploi, on peut déployer un vaste plan visant le plein emploi, et créer plus de 100 000 postes de travail. Plutôt que de forcer tous les travailleurs à travailler plus longtemps, au risque de les pousser vers la maladie, on peut mettre en place un plan juste de pensions pour tous, qui tienne compte des conditions de travail réelles. Plutôt que de multiplier les économies dans les soins de santé, on peut investir dans les politiques qui améliorent le bien-être et la productivité de tous. Plutôt que d’éroder les droits des travailleurs, on peut construire de nouvelles protections, à l’heure où des dizaines de milliers d’emplois risquent d’être remplacés par l’intelligence artificielle.
Plutôt que de multiplier les accords de libre-échange sans règles, on peut investir massivement dans la transition énergétique et la productivité, et reconstruire une industrie européenne robuste.
Plutôt que de comprimer les salaires, on peut mieux rémunérer les travailleurs, et contribuer ce faisant à rendre le travail plus attractif, et à mieux financer les services publics et la sécurité sociale. Et plutôt que de faire porter tous les efforts par les travailleurs et les classes moyennes, on peut mettre en œuvre une réforme fiscale qui fasse contribuer équitablement toutes les sources de revenus, et qui s’attaque rigoureusement à la fraude fiscale et sociale.
Ces alternatives, ce sont celles que les socialistes ont proposées et défendues quand ils étaient au gouvernement, et qui ont permis, sous la législature précédente, malgré la crise sanitaire et la crise énergétique, de créer 300 000 emplois et de sortir 400 000 personnes de la pauvreté.
Ces alternatives, ce sont celles que nous défendons, tous les jours, dans tous les parlements, depuis les bancs de l’opposition, pour faire reculer les gouvernements des droites, et démontrer que d’autres politiques sont non seulement possibles mais aussi crédibles – comme le prouvent les avis rendus par des institutions indépendantes comme la Cour des comptes.
Ces alternatives sont surtout infiniment plus désirables. Parce qu’elles récompensent vraiment le travail, parce qu’elles soutiennent notre productivité à court et à long terme, et parce qu’elles sont fondées sur la connaissance intime de la vie des gens, de leurs souffrances et de leurs craintes, mais aussi de leurs désirs et de leurs espoirs.
L’austérité n’est pas une fatalité mais un choix politique, celui d’une prospérité précaire et inégale, qui profite plus à la Flandre qu’à la Wallonie et à Bruxelles, et plus aux nantis qu’au grand nombre des travailleurs et des pensionnés. L’alternative est socialiste, et comme le montre l’exemple du gouvernement espagnol, dirigé par le socialiste Pedro Sánchez, elle permet d’atteindre une vraie prospérité, solide et durable, et une prospérité pour tous, pas pour quelques-uns. C’est cette perspective que résume ce livret, écrit par les collaborateurs de l’Institut Émile Vandervelde, dans un style que nous avons voulu le plus simple et le plus clair possible, pour qu’il puisse nourrir un vaste débat public, et préparer l’indispensable relève.
Paul Magnette

LES POLITIQUES DE DROITE NUISENT À LA PROSPÉRITÉ

LA RÉALITÉ BUDGÉTAIRE : 1
UNE CRISE DE RECETTES
Les politiques défendues par De Wever ne sont ni nouvelles ni courageuses. Elles s’inscrivent dans le vieux dogme libéral popularisé par Thatcher : There is no alternative (TINA). Partout où ce modèle a été appliqué, il a produit les mêmes effets : désindustrialisation, précarité, stagnation économique et explosion des inégalités. Pourtant, la droite continue de le présenter comme inévitable, verrouillant le débat démocratique et renforçant le sentiment de déclassement dans les classes moyennes et populaires.
Les faits récents (deux majorités de droite au niveau fédéral sur les trois derniers gouvernements en place depuis 2014) montrent que, loin de l’image de « bons gestionnaires » et de « responsables budgétaires » qu’ils tentent de se donner, ce sont bien les partis de droite qui creusent les déficits en réduisant les recettes de l’État.

L’exemple le plus parlant est celui du tax shift engagé par le gouvernement MR–N-VA à partir de 2015.
Dès 2016, Bart De Wever, alors président de la N-VA, reconnaissait que « le tax shift n’est pas suffisamment financé » de manière délibérée, ce qui engendre une logique d’austérité infernale pour imposer des coupes dans la sécurité sociale1 .
Dix ans plus tard, l’ONSS confirme que le tax shift plombe le budget de l’État d’environ 15 milliards en 2025 2 et que la facture va encore s’alourdir dans les années à venir.
LE MYTHE DE LA DROITE SUR LES DÉPENSES SOCIALES
Face à cette situation budgétaire, le récit politique de la droite est connu : la situation de la Belgique se dégraderait à cause du « poids » de l’État providence et en particulier des dépenses de sécurité sociale. Ce narratif ne résiste pas aux faits. Le mythe de la Belgique qui serait la championne toute catégorie des dépenses sociales est faux 3 . La Belgique se situe dans la moyenne, en consacrant 28,9 % de son PIB en dépenses sociales contre 30 % en Allemagne et 34,5 % en France.
Ces données sont corroborées par les institutions indépendantes. Selon l’étude de la Banque nationale de Belgique 4 , les dépenses de protection sociale (pensions, chômage, maladie-invalidité, etc.) représentent en Belgique une part inférieure à la moyenne des trois pays voisins de référence : Allemagne, France et Pays-Bas.
Cette réalité nuance fortement le narratif classique : la Belgique n’est pas la championne européenne des dépenses sociales par rapport à ses principaux voisins. L’excédent belge en termes de dépenses publiques (4–5 points de PIB par rapport à la moyenne Allemagne–France–Pays-Bas) provient donc beaucoup moins d’un « État-providence démesuré » que d’autres postes : services généraux de l’État et dépenses d’affaires économiques (aides aux entreprises, subventions sectorielles). Entre 2004 et 2022, les aides publiques aux entreprises ont par exemple augmenté 1,5 fois plus rapidement que les dépenses sociales 5 .
LES MAUVAISES RECETTES DE LA DROITE
Cet écran de fumée de la droite sur l’État providence masque par ailleurs toute la problématique des recettes. L’analyse de la trajectoire budgétaire de la Belgique depuis 2013 démontre en effet que le déficit budgétaire s’explique en grande partie par la baisse des recettes. Les dépenses baissent mais les recettes baissent plus vite encore6 .
Si la Belgique avait maintenu son niveau de recettes de 2013, la situation budgétaire serait à l’équilibre depuis 2016 (sauf pour les années 2019 et 2020 liées à la crise du coronavirus).

Le gouvernement De Wever aggrave cette tendance et accentuera dans les prochaines années la baisse des recettes7.
Cette baisse des recettes est par ailleurs injuste car elle ne bénéficie pas aux travailleurs et aux classes moyennes, ni à leur pouvoir d’achat ni aux services aux citoyens.
D’un côté, des baisses de recettes sont réservées aux plus fortunés :
• le gouvernement Arizona a, par exemple, décidé de limiter les cotisations sociales patronales pour les personnes qui gagnent 22 500 €8 par mois entraînant une perte de recettes d’au moins 150 millions ;
• le gouvernement présentera prochainement une réforme fiscale non financée qui consistera à relever la quotité exemptée d’impôt et donc de faire bénéficier l’ensemble de la population de cette réduction fiscale, y compris les ultra-riches et les multimillionnaires.
De l’autre côté, des augmentations de taxes pour les travailleurs et les ménages :
• Le gouvernement de Bart De Wever a décidé d’augmenter toute une série de taxes et tarifs (énergie, accises, prix des médicaments, etc.) qui pèsent davantage sur les ménages ;
• Le Gouvernement De Wever a également décidé deux sauts d’index partiels pénalisant 50 % des salariés et des pensionnés.
Le gouvernement de Bart De Wever argue souvent que les épaules les plus larges contribuent à l’effort budgétaire via notamment la taxe sur les plus-values. Or, cette taxe frappera surtout les personnes qui ont souhaité diversifier leur patrimoine et non les ultra-riches vu l’ensemble des exonérations prévues et les montages financiers qu’ils mettent en place (par exemple, la constitution de sociétés qui gèrent leur patrimoine financier).
« C’est
le refus persistant de la droite de faire contribuer réellement les épaules les plus larges qui explique le déficit via la baisse des recettes. »
Dans l’effort présenté par le gouvernement, ceux qu’il qualifie d’épaules les plus larges ne devraient contribuer qu’à hauteur de 5 %, laissant reposer 95 % de l’effort sur la classe moyenne et les plus précaires.
En outre, le gouvernement n’avance aucune stratégie économique pour générer de nouvelles recettes sans alourdir la fiscalité, le principal levier étant à cet égard la création d’emplois. Dans son accord de majorité, le gouvernement De Wever affichait pour ambition d’augmenter le taux d’emploi à 80 % en 2029 et de générer, par cette augmentation, 8 milliards de recettes supplémentaires. Ces 8 milliards représentaient même plus d’un tiers de la trajectoire budgétaire accompagnant l’accord de gouvernement.
Pour y parvenir, le ministre de l’Emploi argumentait que l’accord de gouvernement contenait des centaines de mesures censées mener à cet objectif de 80 % et aux 8 milliards d’« effets retours » positifs sur le budget.
Une fois de plus, le gouvernement De Wever a été rattrapé par la réalité des chiffres. Selon les dernières projections, le taux d’emploi s’élèvera à 74 % en 2029. Soit un taux d’emploi similaire à ce qui était envisagé avant la mise en place du gouvernement 9 . Les effets retours, vu la stagnation du taux d’emploi, ne se sont pas matérialisés. C’est notamment ce trou budgétaire supplémentaire au niveau des recettes qui explique les mesures supplémentaires adoptées en novembre dernier par le gouvernement (sauts d’index partiels, hausse de la TVA, etc.). La Belgique affiche un taux de croissance inférieur à celui de la zone euro. Or, si d’autres pays européens s’en sortent mieux dans le même contexte international, c’est bien la preuve que la croissance n’est pas une fatalité
extérieure mais aussi le résultat de choix politiques nationaux.
Le pouvoir d’achat, l’investissement public et privé, le soutien à l’emploi et aux services publics sont des leviers décisifs. En les affaiblissant, on freine la croissance.
Comment se traduit in fine cette politique budgétaire des partis de droite au niveau de nos finances publiques ?
En deux chiffres :
• Le gouvernement De Wever ambitionnait un retour à un déficit de 3 % dans son accord de gouvernement. Il s’agissait d’un des objectifs prioritaires de cette majorité. Après moins d’un an, le gouvernement de Bart De Wever a abandonné cet objectif ;
• Le déficit de la Belgique passera de 17 milliards en 2024 à environ 35 milliards en 2029 selon le Bureau du Plan.
Le gouvernement de droite de Bart De Wever aura donc doublé le déficit.
Sans changement de cap, cette politique budgétaire laissera des stigmates durables sur nos finances publiques. Le Bureau fédéral du Plan annonçait dans ses dernières perspectives un déficit de plus de 6 % et une dette de plus de 120 % du PIB pour l’ensemble de la Belgique en 2031.

LA CERCLE VICIEUX DE L’AUSTÉRITÉ 2
Les mesures d’austérité imposées par les gouvernements de droite entretiennent un cercle vicieux qui fragilise les citoyens, l’économie et les finances publiques.

LA PERTE DE POUVOIR D’ACHAT NUIT
À LA DEMANDE
INTÉRIEURE QUI EST LE MOTEUR DE LA CROISSANCE
En réduisant le pouvoir d’achat10 , on diminue la consommation, ce qui provoque une diminution des ventes des entreprises. Les entreprises ont donc moins de moyens pour investir, ce qui réduit la productivité à long terme et le nombre d’emplois à court terme. Les recettes publiques chutent, ce qui conduit à de nouvelles mesures d’austérité.
Les attaques contre l’indexation, les blocages des salaires, l’augmentation des taxes, les coupes dans la sécurité sociale qui diminuent les revenus des travailleurs, des pensionnés, des malades et invalides affectent également lourdement la demande intérieure. La contribution de la consommation des particuliers à la croissance est en effet plus faible du fait des mesures adoptées par l’Arizona11 .
En outre, le dernier rapport du secrétariat du Conseil central de l’Économie12 montre que les salaires13 belges progressent moins que dans les pays voisins. Fin 2026, les salaires seront 1,1 % moins élevés en Belgique. Si l’on tient compte des 14,5 milliards d’euros de réduction de cotisations et subsides salariaux, on constate que les salaires belges ont perdu 4,6 % par rapport à nos voisins.
La demande intérieure (consommation des ménages) est pourtant le moteur de la croissance belge, surtout en Wallonie et à Bruxelles (puisque la Flandre est plutôt tournée vers l’exportation).
LES DÉSINVESTISSEMENTS QUI FREINENT L’ÉCONOMIE
À cela s’ajoute l’austérité qui freine les investissements publics, en particulier des pouvoirs locaux.
Ces désinvestissements mettent en péril des secteurs sensibles à la commande publique (bâtiment, travaux publics, logement public, infrastructures de transport en commun…).
Exemple : la réduction drastique des primes à la rénovation en Wallonie a totalement pénalisé le secteur de la construction et nettement freiné l’élan de rénovation.
Les chiffres d’Embuild sont édifiants :
• 72 % des entreprises constatent une baisse de la demande depuis la réforme, dont 66 % parlent d’une baisse « significative »
• 24 % des clients ont annulé leur projet
• 37 % l’ont revu à la baisse, et 21 % l’ont reporté
• 7 % signalent des retards administratifs dans le traitement des dossiers
Avec la baisse des dépenses publiques, en 2025, le secteur a connu un triste record, avec 2 780 faillites enregistrées.
Le désinvestissement en matière de transition climatique entraîne un ralentissement de la trajectoire vers la neutralité carbone, un surcoût économique futur ainsi qu’une aggravation des inégalités. Il conduit aussi à renoncer à des bénéfices potentiels notamment en matière d’emploi, d’innovation, de compétitivité des entreprises belges sur les marchés verts. Un rapport du Bureau fédéral du Plan consacré aux impacts physiques du changement climatique estime qu’en l’absence d’investissement suffisant, la Belgique pourrait perdre entre 2,8 % et 5 % de PIB à l’horizon 2050, avec une dette publique accrue d’environ 15 points de PIB 14 .
Le désinvestissement implique également le maintien d’infrastructures polluantes ou insuffisamment résilientes qui devront être remplacées plus rapidement, à un coût plus élevé, à l’avenir. À titre d’exemple, en 2023, la part des marchandises transportées par voie ferrée ne représente que 11 % de la répartition modale totale15 . Par ailleurs, le réseau ferroviaire ne dispose pas d’une capacité suffisante pour répondre pleinement à la demande ni pour soutenir un report modal significatif vers le rail. Sans renforcement de la capacité et de la fiabilité de l’infrastructure ferroviaire, cette configuration contribue à accroître les coûts logistiques, le coût de la congestion (estimé à environ 5 milliards d’euros en 2023), ainsi que l’exposition carbone de l’économie belge.



DES TAXES QUI TUENT L’ÉCONOMIE
Cette politique d’austérité s’accompagne de hausses de la fiscalité principalement sur la consommation, souvent décidées à la hâte et sans discernement, comme l’a montré le mauvais feuilleton autour de la hausse de la TVA, ou encore le retour de taxes pénalisant directement l’activité des entreprises (taxe sur les investissements industriels, taxe sur la force motrice…) que le MR et Les Engagés souhaitaient réinstaurer.
Ces taxes aggravent et accélèrent la désindustrialisation de la Wallonie.
ABV Development a fait des simulations sur l’impact de la réinstauration des taxes sur les outils productifs et indique dans l’Echo 16 que: « Sur le terrain, l’impact est très concret. Une entreprise de taille intermédiaire, ayant investi 100 millions d’euros sur 15 ans dans la modernisation de son site, pourrait voir ressurgir dès 2026 une charge annuelle comprise entre 800.000 et 1 million d’euros de précompte immobilier. Une hausse significative, indépendante de tout nouvel investissement, qui viendrait alourdir durablement les coûts fixes du site », ajoutant que toutes les entreprises soumises au précompte immobilier sur leur matériel devraient voir cette taxe au minimum doubler.

DES RÉFORMES IDÉOLOGIQUES QUI NE RÉDUISENT PAS LES DÉFICITS 3
Une réforme libérale des pensions qui ne va pas réduire les dépenses sociales
Pénaliser les travailleurs qui, après une longue carrière dans un métier pénible, ne sont plus en mesure de poursuivre leur activité professionnelle, ne constitue pas une solution budgétaire viable.
Les femmes seront particulièrement exposées à ces effets. Selon les estimations du Bureau fédéral du Plan, une salariée sur deux pourrait être touchée par le malus de pension. Ce chiffre illustre à lui seul le caractère profondément inéquitable d’une mesure qui frappe en priorité celles dont les parcours professionnels sont déjà les plus accidentés.
Réduire l’accès à la pension légale ne réduit pas les dépenses sociales, cela ne fait que les déplacer. Les personnes concernées, qui sont dans l’impossibilité de continuer à travailler, se tourneront inévitablement vers d’autres branches de la sécurité sociale. Autrement dit, l’économie espérée sur le budget des pensions se retrouvera intégralement absorbée par d’autres budgets de la sécurité sociale, provoquant ainsi un jeu à somme nulle pour les finances publiques, mais aux conséquences humaines et financières bien réelles pour les travailleurs concernés.
Il en va de même pour le mantra du « retour au travail ». Il est évident que le travail de qualité doit rester une valeur centrale
de notre société et que les capacités de tous les travailleurs et toutes les travailleuses doivent pouvoir être valorisées dans le cadre de parcours sécurisés de retour à l’emploi. Mais proclamer qu’on va « remettre 100 000 malades au travail » relève d’une prophétie auto-réalisatrice... qui ne se réalisera jamais si on ne s’attaque pas aux causes fondamentales de la dégradation de la santé au travail : pénibilité, épidémie de troubles de santé mentale, etc.
Évolution des effectifs et des dépenses de la sécurité sociale pour les malades de longue durée

Depuis 2004, le renforcement du suivi des chômeurs de longue durée en Belgique a produit un effet inattendu. Si les contrôles ont légèrement augmenté les retours à l’emploi, ils ont surtout accéléré le basculement vers l’invalidité. Les études du DULBEAULB 17 le confirment : dans les trois ans suivant l’introduction du dispositif, les personnes concernées avaient près de 20 % de risque supplémentaire d’être reconnues invalides.
Ce mécanisme illustre un effet de vases communicants au sein même de la sécurité sociale : on supprime les prépensions, on relève l’âge légal de la pension, le chômage diminue artificiellement, l’invalidité augmente d’autant, sans réduction du coût global pour la collectivité.
En réalité, le gouvernement ne règle rien sur le fond. En voulant pousser les malades de longue durée à retourner au travail sans résoudre les causes profondes de leur incapacité, il déplace le problème plutôt que de le traiter. Il risque même de l’aggraver.
La Cour des comptes pointe d’ailleurs les limites des mesures de l’Arizona en matière de retour à l’emploi des malades de longue durée et soulève les risques de pression d’un régime à l’autre, sans solution structurelle ni création réelle d’emplois.
Les dispositifs décidés par l’Arizona participent de cette même logique coercitive (convocations systématiques, obligations de recherche d’emploi, sanctions) qui risque de produire les mêmes effets paradoxaux : non pas une réinsertion, mais une aggravation médicale ou psychosociale et un enfermement durable dans l’invalidité.
Ce paradoxe tient à deux réalités structurelles : d’une part, certaines personnes ne sont pas en mesure de reprendre une activité dans les délais imposés ; d’autre part, le marché du travail belge reste peu préparé à accueillir des travailleurs à capacité réduite, avec des aménagements flexibles et durables.
Il est un des moins inclusifs de l’UE pour les malades chroniques et les personnes en situation de handicap.
Une stratégie efficace doit rompre avec cette logique punitive pour revenir à un modèle, centré sur la prévention des causes de l’incapacité de travail et un investissement réel dans des parcours de réintégration qui mènent à des emplois de qualité.
Sans cela, l’activation appliquée mécaniquement à l’incapacité de travail n’aboutira pas à une hausse du taux d’emploi, mais consolidera l’invalidité comme voie de sortie par défaut.
DES EXCLUSIONS DU CHÔMAGE QUI RENVOIENT LES PERSONNES VERS LES CPAS OU SOUS LES RADARS
En un an, le nombre de demandeurs d’emploi inoccupés a augmenté de 13,3 % en Wallonie18 où l’on compte 271 110 demandeurs d’emploi 19 pour 44 205 offres d’emploi (y compris l’intérim).
Il y a donc six fois plus de demandeurs d’emploi que d’emplois disponibles.
Les prévisions de la Banque nationale du 19 décembre 2025 sont édifiantes : près de 80 % des exclus du chômage ne retrouveront pas d’emploi.
L’exemple de Cora montre que seul un salarié sur dix a retrouvé un emploi20 .
L’exclusion généralisée des chômeurs après un an ou deux n’aura pour effet que de les invisibiliser en les renvoyant vers les CPAS ou dans la précarité.
La charge sur les CPAS réduira aussi sensiblement la capacité des pouvoirs locaux à investir et ce, au détriment de l’économie.
Rien que pour la Wallonie, l’Union des Villes et Communes a chif-
fré qu’en tenant compte des compensations prévues, si un tiers des exclus dépendent du CPAS, cela entraînerait un impact financier de près d’un milliard d’euros sur la législature21 .
Malheureusement, les premières vagues d’exclusions démontrent qu’il y a bien plus qu’un tiers des exclus qui se tournent vers les CPAS.
Dans une ville comme Charleroi, jusqu’à 60 % des exclus pourraient dépendre du CPAS, laissant une ardoise de 1,4 million d’euros par an aux Carolos 22 .

L’AUSTÉRITÉ : UN REMÈDE QUI AGGRAVE LE MAL 4
L’austérité casse l’économie. Les mesures d’austérité actuellement appliquées sont doublement contre-productives : elles n’atteignent pas leurs objectifs budgétaires et aggravent les déséquilibres qu’elles visent à corriger.
Réduire les dépenses publiques dans un contexte de faible demande déclenche le paradoxe de l’épargne : lorsque tous les acteurs économiques épargnent simultanément, le revenu national baisse, les recettes fiscales chutent, et le déficit se creuse.
Le Bureau du Plan confirme cette dynamique pour la Belgique : le déficit continuera d’augmenter pour atteindre 5,9 % du PIB en 2029, le plus élevé de la zone euro, voire dépasser 6 % en 2030.
La dette, à 104,7 % du PIB en 2024, pourrait grimper à 126,4 % d’ici à 2035 selon la Commission européenne.
En comprimant la demande intérieure et en gelant les investissements publics, ces politiques détruisent les moteurs de la croissance.
Les politiques d’austérité frappent d’abord les plus vulnérables à travers trois mécanismes liés :
• Déplacement des coûts : les sanctions sur les fins de carrière pénibles – comme le malus pension – ne génèrent pas d’économies réelles, elles transfèrent les coûts vers d’autres budgets sociaux (santé, aide sociale).
• Contraction de la demande : la réduction des prestations sociales ampute le pouvoir d’achat des ménages modestes, qui consomment l’essentiel de leurs revenus, aggravant ainsi le ralentissement économique.
• Spirale précarité-santé : la précarisation détériore les conditions de vie et l’accès aux soins, génère des coûts de santé supplémentaires, qui à leur tour peuvent accentuer la précarité.
Au total, loin de produire des économies nettes, ces mesures déplacent et multiplient les coûts sociaux, tout en fragilisant la cohésion sociale et la demande intérieure.
Sans inflexion politique, la Belgique de 2030 risque une triple dégradation : croissance et économie atones, déficits lourdement aggravés, et protection sociale affaiblie pour les plus vulnérables. L’austérité n’aura pas assaini les comptes, elle aura appauvri le pays.
UNE AUTRE VOIE EST POSSIBLE.
Face à ce constat, une alternative se dessine autour de cinq principes :
• Une Union européenne ambitieuse et en soutien de la transition des États. L’Union européenne ne peut pas se limiter à un espace de circulation des biens et de capitaux comme le défendent les forces de droite. Elle doit devenir un levier de croissance. D’une part, au niveau des réglementations sociales et fiscales, pour éviter la concurrence entre les entreprises et les travailleurs européens qui tirent les protections vers le bas. D’autre part, au niveau des transitions numérique et climatique, en réalisant et en soutenant des investissements massifs.
• Une stratégie économique d’investissement qui crée de l’emploi et de l’activité afin de générer des recettes supplémentaires ;
• Demande intérieure : miser sur la consommation comme moteur de croissance, plutôt que de la comprimer ;
• Reconnaissance de la pénibilité : valoriser le travail difficile plutôt que de le sanctionner, car épuiser les travailleurs pour ensuite leur reprocher d’être usés est à la fois injuste et inefficace ;
• Des recettes justes : un budget sain se construit d’abord par des recettes justes et une réelle contribution des épaules les plus larges (ultra-riches, multinationales, secteur bancaire et énergétique notamment) ;





UNE PROSPÉRITÉ DURABLE
ET QUI PROFITE À TOUTES ET TOUS

UNE STRATÉGIE EUROPÉENNE D’INVESTISSEMENTS 1
Le retour sur la scène internationale de forces impérialistes, qui tentent de s’emparer des territoires stratégiques et des ressources critiques, de se partager les zones d’influence et se livrent à des guerres commerciales, impose à l’Europe de réaffirmer sa souveraineté.
Ce qui se joue derrière ces évolutions, ce n’est ni plus ni moins que la possibilité pour les Européennes et Européens de décider de leur avenir.
L’épisode groenlandais a fini de démontrer que l’Europe doit retrouver son autonomie dans tous les domaines stratégiques afin d’assurer sa souveraineté industrielle, économique, technologique, militaire, sanitaire et alimentaire.
Dépendre de puissances étrangères pour nos médicaments, nos processeurs ou notre énergie est une faiblesse stratégique. Le climat international ne nous permet plus cette dépendance.
Ce n’est pas en soumettant le marché européen à un libreéchange débridé qui organise une concurrence déloyale entre nos entreprises et celles d’autres puissances qui n’appliquent pas les mêmes règles que nous retrouverons notre autonomie.
Ce n’est pas en bradant, comme le souhaitent l’Allemagne et l’Italie, nos règles sociales et environnementales protégeant les consommateurs et la santé des Européens que nous retrouverons notre souveraineté.
Il faut au contraire bâtir un socle européen solide et une plus grande coopération des États européens. Les rapports récents d’Enrico Letta et de Mario Draghi tirent la sonnette d’alarme : l’Europe souffre d’un retard structurel de compétitivité face aux États-Unis et à la Chine, en partie à cause d’un sous-investissement chronique et d’une dépendance aux technologies et chaînes d’approvisionnement extérieures. Draghi chiffre l’effort nécessaire pour combler ce retard à 800 milliards d’euros par an d’ici à 2030, soit environ 4,7 % du PIB européen, pour relancer l’innovation, les infrastructures, l’énergie et la productivité.
L’instauration d’une préférence européenne
Chaque année, les pouvoirs publics européens investissent 2 000 milliards d’euros. Malheureusement, les retombées économiques de ces investissements se font trop souvent en dehors de l’Union européenne.
Il faut faire en sorte que lorsque l’on attribue un marché, on veille systématiquement à choisir l’offre ayant les meilleures retombées pour l’emploi et l’économie européens.
Investir massivement dans notre industrie, notre défense et dans la sécurisation des technologies critiques
L’Europe souffre d’un retard structurel de compétitivité face aux États-Unis et à la Chine, en partie à cause d’un sous-investissement chronique et d’une dépendance aux technologies et chaînes d’approvisionnement extérieures.
Outre les causes politiques, ce retard s’explique également par plusieurs causes budgétaires et économiques.
La réindustrialisation de l’Europe, les transitions numérique et climatique nécessitent des investissements massifs que peuvent difficilement supporter isolément chaque État européen.
Or, les institutions européennes imposent un cadre budgétaire étriqué aux pouvoirs publics qui ne permet pas ces investissements d’ampleur. Une étude commandée par la Confédération européenne des syndicats23 démontre qu’avec les règles budgétaires européennes, la grande majorité des États européens n’ont pas les capacités d’investir les fonds nécessaires pour renforcer leurs infrastructures, développer leur tissu industriel, répondre aux besoins sociaux (écoles, hôpitaux, logements…).
Les règles budgétaires européennes doivent être largement revues pour rendre possibles les investissements qui permettent d’améliorer la situation budgétaire à moyen et à long terme.
C’est indispensable pour atteindre une énergie décarbonée à des prix compétitifs face aux autres régions du monde. L’Europe a besoin d’infrastructures modernes et efficaces, de vastes investissements dans la mobilité et l’aménagement du territoire, et de liens renforcés entre l’industrie et la recherche afin de soutenir l’innovation. Cela implique également des investissements publics ciblés dans des secteurs stratégiques et une politique commerciale exigeante, qui mette fin à la concurrence déloyale de partenaires ne respectant ni nos normes sociales ni nos exigences environnementales.

L’exemple de l’industrie européenne des panneaux photovoltaïques est interpellant.
Au début des années 2000, l’industrie européenne des panneaux photovoltaïques représentait plus de la moitié des capacités installées et de la demande mondiale. Mais dès 2004, la Chine, acteur marginalisé jusque-là dans ce domaine, investit massivement et progresse rapidement à tous les niveaux de la chaîne de valeurs. Cette montée en puissance est largement tournée vers l’exportation, la quasi-totalité de la production chinoise étant destinée aux marchés étrangers à la fin des années 2000.
Aujourd’hui, la Chine détient un quasi-monopole dans le secteur du photovoltaïque avec des parts de marché supérieures à 80 % laissant la production européenne de photovoltaïque sur le carreau. L’Europe n’a réagi qu’en 2012. Il était trop tard.
Un véritable budget européen qui mutualise nos emprunts et nos dettes
Des investissements massifs dans les domaines stratégiques sont indispensables pour sauver l’industrie et la prospérité européennes.
Comme durant la crise du coronavirus, mais de manière structurelle, l’Europe doit être à l’avant-plan et financer des politiques structurantes pour l’industrie européenne, via des moyens reposant sur des recettes et des emprunts au niveau européen.
Soutenir les États européens financièrement et dans leurs investissements
Un cadre budgétaire trop strict oblige les États européens à réduire leurs investissements en période difficile. Les États sont alors doublement pénalisés : une première fois du fait du contexte difficile qui pèse sur leurs recettes. Une seconde fois à cause d’un cadre étriqué qui retarde les investissements.
Enfin, dans un contexte de remontée des taux, les outils financiers doivent être davantage développés et mobilisés. Le rôle de la Banque européenne d’investissement pourrait, par exemple, être renforcé, pour garantir l’accès des États à une source de financement abordable pour leurs investissements.
Développer la solidarité européenne
Pour attirer des entreprises sur leur territoire, les États membres multiplient les exonérations fiscales et les subsides aux entreprises. Cela crée une forme de concurrence effrénée entre les États européens, une véritable course vers le bas.
Cette multiplication des niches fiscales et des subventions directes prive les budgets nationaux de recettes essentielles.
La concurrence ne joue pas que sur l’impôt, mais aussi sur les salaires, ce qui encourage une forme de dumping social. Pour sortir de cette spirale, l’Europe doit fixer un cadre commun équitable qui permette une compétition saine entre les différents États (comme un impôt et des salaires minimums).
Assurer notre souveraineté militaire
En matière de défense, l’Europe et la Belgique doivent regagner leur autonomie. La Wallonie est probablement la seule région du monde qui ait une industrie mature mais aucune stratégie d’investissement, alors que les États investissent comme jamais au cours des quarante dernières années. Chaque euro investi doit produire des emplois locaux, des compétences et de l’innovation, et non renforcer des dépendances extérieures.
UNE STRATÉGIE INDUSTRIELLE POUR LA BELGIQUE 2
La Belgique ne peut plus se contenter d’une politique industrielle fragmentée, rythmée par les crises successives et les ajustements budgétaires à court terme. Dans un contexte marqué par la transition climatique, les tensions géopolitiques, la transformation numérique, la pression concurrentielle internationale et le vieillissement démographique, l’absence de cap stratégique fragilise notre tissu productif et accentue les inégalités territoriales et sociales. Face à ces mutations structurelles, il est impératif de passer d’une logique de gestion des urgences à une logique de planification et d’anticipation.
La stratégie industrielle doit s’appuyer sur le maillage de notre tissu d’entreprises (grandes, moyennes et petites), en leur donnant un accès réel aux marchés publics, aux programmes européens et aux investissements stratégiques. Sans ces entreprises, il n’y a ni relocalisation, ni création d’emplois durables possibles.
Une stratégie industrielle crédible repose sur trois piliers indissociables, à savoir une énergie accessible et stable, un accompagnement social garantissant la sécurisation des parcours professionnels et une politique d’investissement ambitieuse orientée vers la décarbonation et l’innovation. En articulant les politiques budgétaires, industrielles, sociales et environnementales autour d’objectifs cohérents (tels que la relocalisation stratégique de certaines filières, la réduction des dépendances exté -
rieures et la sécurisation des sources d’approvisionnement), la Belgique peut renforcer son attractivité tout en consolidant sa résilience économique.
Une vraie stratégie énergétique
Les faiblesses des infrastructures énergétiques impactent énormément la compétitivité de la Belgique et la création d’emplois. En effet, le réseau électrique est de plus en plus saturé et il arrive de plus en plus souvent qu’une entreprise qui souhaite s’installer ou se développer doive attendre de longs mois (voire des années) pour être raccordée au réseau électrique.
« En raison d’un manque de prévisibilité,de nombreuses opportunités d’emplois sont donc
perdues »
La libéralisation du marché de l’énergie n’a pas atteint ses objectifs de baisse de prix ou de sécurité d’approvisionnement. Au contraire, les prix ont explosé (+84 % pour l’électricité entre 2007 et 2021) et la dépendance aux multinationales s’est accrue, générant des surprofits colossaux au détriment des ménages.
En Espagne, des années d’investissements orientés vers le renouvelable ont transformé le paysage énergétique : la part d’électricité verte est passée d’un peu plus de 20 % en 2019 à 56 % aujourd’hui. Résultat : une baisse des prix de l’électricité d’environ 40 %, améliorant la compétitivité des entreprises, l’autonomie du pays et l’indépendance énergétique.
Cela suppose une planification énergétique et industrielle coordonnée entre l’UE, le fédéral et les régions au travers d’un plan ambitieux, « Belgique 2050 », conditionnant chaque soutien public à un plan de décarbonation, à des engagements sociaux et à des investissements dans l’efficacité énergétique. Un tel plan renforcera la prévisibilité pour les acteurs économiques et industriels et accélérera les opportunités d’emploi.
En parallèle, un mix énergétique principalement renouvelable et des infrastructures interconnectées et résilientes devront garantir une énergie prévisible et abordable, notamment pour les consommateurs électro-intensifs exposés à la concurrence internationale.
L’isolation et la rénovation énergétique des bâtiments sont les leviers les plus efficaces pour réduire à la fois la facture des ménages, des entreprises et pouvoirs publics, ainsi que nos gaz à effet de serre. En Belgique, où le parc immobilier est ancien et énergivore, chaque euro investi dans l’isolation permet de diminuer durablement la consommation de chauffage, de protéger les consommateurs contre les hausses de prix de l’énergie et soutient l’activité économique dans le secteur de la construction et du bâtiment.
Développer notre fonds souverain d’investissements
La Société fédérale de participations et d’investissement (SFPIM) est un fonds souverain belge qui investit dans des PME et joue un rôle fondamental pour l’économie belge.
Actuellement, ce fonds gère des actifs d’environ 17 milliards d’euros pour l’État fédéral.
Ce fonds peut être renforcé afin d’accentuer les investissements publics et privés dans des domaines clefs au niveau économique, industriel, énergétique, technologique et militaire, pour renforcer notre économie et notre souveraineté.
Les comptes d’épargne belges atteignent un niveau record, avec près de 302 milliards d’euros, mais rapportent des taux très bas. Le succès du bon d’État lancé en 2023 montre que les citoyens souhaitent investir dans des projets sécurisés et utiles à la collectivité. Moyennant un dispositif financier attractif pour les épargnants, cette manne financière pourrait utilement être mobilisée par l’État pour renforcer sa stratégie d’investissement et afin de diversifier ses sources de financement.
Cela implique une véritable stratégie industrielle globale, ancrée dans les réalités économiques de nos territoires, en particulier en Wallonie et à Bruxelles, où l’industrie, la recherche, l’économie de la connaissance et les services à haute valeur ajoutée constituent des leviers essentiels de redéploiement économique. Concrètement, cela implique de reconstruire une base productive solide, en soutenant les centres de recherche, les universités et hautes écoles, ainsi que les filières industrielles existantes ou émergentes, sur la base d’un tissu déjà riche et prometteur.
Cela concerne notamment l’aéronautique et le spatial, la cybersécurité, l’intelligence artificielle, la gestion et la souveraineté des données, la sécurité des infrastructures critiques, le pharma et la bio-pharma, la chimie et la chimie verte, les matériaux avancés et composites, la métallurgie et les procédés industriels bas carbone, ainsi que l’agroalimentaire durable et de qualité.
À ces secteurs s’ajoutent d’autres
domaines stratégiques où la Belgique dispose d’atouts réels :
• les technologies de l’énergie (stockage, hydrogène, réseaux intelligents, efficacité énergétique) ;
• les biotechnologies industrielles et environnementales, au croisement de la santé, de l’agriculture et de la transition écologique ;
• les mobilités du futur (rail, mobilité électrique, logistique intelligente, décarbonation du transport) ;
• l’économie circulaire, le recyclage avancé et la valorisation des ressources critiques ;
• les technologies médicales et de la (e-)santé, combinant innovation numérique et excellence hospitalo-universitaire ;
• les industries culturelles et créatives, où Bruxelles joue un rôle européen majeur, notamment à l’interface entre création, numérique et innovation sociale.
L’enjeu est clair : accompagner la modernisation de ces filières vers des productions durables, innovantes et résilientes, créatrices d’emplois qualifiés, non délocalisables et ancrées en Belgique. Ces secteurs constituent un socle indispensable pour une souveraineté industrielle européenne qui protège, investit et prépare l’avenir.
On ne peut pas se contenter de parler de prospérité comme d’un slogan abstrait. La prospérité ne se décrète pas : elle se construit. Elle repose sur la création réelle de richesse, rendue possible par des investissements ambitieux dans nos outils productifs, notre industrie, notre recherche et notre innovation. Cette dynamique ne peut réussir sans une collaboration exigeante avec les entreprises : des acteurs privés qui investissent avec une vision de long terme, qui s’ancrent durablement dans les territoires et qui assument leur responsabilité sociale. Des entreprises qui reconnaissent que la valeur ajoutée n’est pas un miracle financier, mais le fruit du travail, des compétences et de l’engagement des travailleuses et des travailleurs qui donnent leur force de travail chaque jour.

UNE BELGIQUE QUI SOUTIENT LE POUVOIR D’ACHAT 3
Notre économie est fortement basée sur la consommation des ménages, surtout en Wallonie et à Bruxelles.
Il est donc nécessaire de soutenir le pouvoir d’achat en particulier des bas et moyens revenus.
Augmenter les salaires
En dix ans, la part des richesses consacrée aux salaires a diminué de 3,4 %24 alors qu’elle est restée stable dans les autres pays de la zone euro.
Parallèlement, les marges de profits des entreprises ont fortement augmenté alors qu’elles sont restées relativement stables dans les autres pays.

Le dernier rapport technique réalisé par le secrétariat du Conseil central de l’Économie25 montre qu’en vingt ans, les coûts salariaux belges ont progressé de presque 5 % de moins que dans les pays voisins 26 . Parallèlement, les marges bénéficiaires brutes des entreprises sont passées de 36 % à 44 %. Une grande partie de la hausse de richesses produites par les travailleurs ne leur a donc pas été octroyée.
Afin de soutenir la demande intérieure, il est nécessaire de revaloriser les salaires. Nous souhaitons augmenter les salaires de 4 % c’est-à-dire d’1 % par an au-delà de l’indexation.
Cela permet de soutenir l’économie, en créant un cercle vertueux :
Augmentation des salaires
73 % des Belges estiment que leur pouvoir d’achat s’est détérioré depuis la mise en place du gouvernement Arizona.
Les enquêtes de Statbel montrent qu’au deuxième trimestre 2025, 30,7 % des travailleurs rencontrent des difficultés à joindre les deux bouts.
La revalorisation des salaires permet également d’améliorer la situation budgétaire. Cela pourrait rapporter environ : 1 milliard € en 2026, 2 milliards € en 2027, 3 milliards € en 2028 et 4 milliards € en 2029.
Préserver les revenus de remplacement
La sécurité sociale est un stabilisateur économique et social fondamental. La preuve par les chiffres : sous la Vivaldi, le taux de risque de pauvreté est passé de 16,4 % en 2018 à 11,5 % en 2024, soit une baisse de près de cinq points. Concrètement, tout en maintenant la demande intérieure en période de crise, le renforcement de la sécurité sociale a permis à 400 000 personnes de sortir de la pauvreté dans le pays.
Une réforme des pensions juste et humaine
Il faut reconnaître la pénibilité du travail exercé avec quatre critères objectifs :
• Les contraintes physiques (port de charges lourdes, postures pénibles, vibrations, etc.)
• L’organisation du travail (travail de nuit, travail à la chaîne…)
• Les risques pour la sécurité (exposition à des agents chimiques ou biologiques, au bruit, au froid ou à la chaleur, travail en hauteur…)
• La charge mentale et émotionnelle (exposition à la souffrance, au stress intense, à la mort…)
Ces critères, définis scientifiquement, permettraient à celles et ceux qui exercent un travail pénible de partir à la retraite plus tôt, sans perte dans le montant de leur pension.
Reconnaître la pénibilité, c’est reconnaître la valeur du travail, et c’est payable. Contrairement au discours alarmiste de la droite, le coût des pensions reste maîtrisable.
Sans les mesures de l’Arizona, le coût des pensions dans les années à venir augmente mais de manière tout à fait modérée.

En effet, il faudrait fournir un effort temporaire d’en moyenne :
• Seulement 0,07 % du PIB par an pendant 25 ans
• Suivi d’un effort de 0,02 % du PIB par an jusqu’en 2070.
Ensuite, le coût des pensions diminuera.
Il suffit donc d’appliquer une norme de croissance budgétaire raisonnable pour garantir un financement soutenable des pensions.
Concrétiser le droit au logement
Le droit à un logement est inscrit dans la Constitution. Pourtant, de nombreux Belges peinent à accéder à un logement décent à un prix raisonnable. Premier poste dans les dépenses des ménages, le logement, souvent vétuste et mal isolé, engendre également d’importants coûts énergétiques.
Afin de résoudre la crise du logement que nous connaissons et d’assurer à chacun l’accès à un logement décent, il est essentiel de favoriser les investissements publics et privés dans le logement, de faciliter les constructions neuves, d’inciter à la rénovation du bâti et de renforcer la régulation du marché immobilier, notamment par un encadrement réel des loyers, des mesures favorisant les petits propriétaires plutôt que les grosses sociétés d’investissement, la lutte contre la financiarisation du logement et la mise en place d’aides ciblées à l’accès à la propriété.
Une fiscalité qui soutient les indépendants, les TPE et PME créateurs d’emplois
Aujourd’hui, les niches fiscales profitent de manière disproportionnée aux multinationales et aux grandes entreprises tandis que le Belge moyen supporte l’essentiel de l’effort fiscal.
Une étude27 le démontre : il est possible de dégager 40,6 milliards d’euros en 2029 en corrigeant ces distorsions, sans dégrader le niveau de vie des ménages.
Un Belge moyen paie 42 % d’impôts sur ses revenus totaux, contre seulement 24 % pour le pour cent des plus fortunés qui bénéficient d’une architecture favorable aux revenus du capital.
On constate une concentration de plus en plus grande des richesses. En Belgique, les 10 % des ménages les plus riches détiennent 55 % du patrimoine des ménages. En Europe, les 10 % les plus riches détiennent près de 60 % du capital, tandis que les 50 % les plus pauvres n’en détiennent que 5 %. Une étude de l’Observatoire européen de la fiscalité, publiée en octobre 2023,
montre que la taxation des milliardaires est régressive. En clair, plus on est riche moins on paie d’impôt.
Lors du sommet du G20 de juin 2024, le Brésil, en collaboration avec des économistes comme Gabriel Zucman, a proposé l’instauration d’une taxe mondiale minimale de 2 % sur le patrimoine des 3 000 milliardaires que l’on compte au niveau mondial. Le rapport d’Oxfam de 2024 montre que les 1 % les plus riches ont accumulé plus de 40 000 milliards de dollars en dix ans, mais bénéficient d’une imposition remarquablement faible. Si les milliardaires européens étaient taxés à un taux forfaitaire de 2 %, cela rapporterait 42,3 milliards d’euros de recettes à la collectivité.
En Belgique, les impôts reposent encore, pour plus de 70 %, sur les revenus du travail et la consommation des ménages, notamment la TVA et les accises, alors que ces taxes pèsent plus lourdement sur les ménages à faible revenu. Il n’est pas acceptable que notre pays attire les grandes fortunes par le biais d’une fiscalité trop clémente sur le capital alors que, dans le même temps, il frappe sévèrement les revenus des travailleuses et travailleurs. Rien ne justifie qu’un travailleur soit beaucoup plus imposé sur les revenus de son travail qu’un rentier sur les revenus de son portefeuille d’actions, l’activité principale de ce dernier étant de le faire fructifier.
Nous proposons un rééquilibrage clair : taxation des plus-values, impôt progressif sur les grands patrimoines, renforcement de la taxe sur les comptes-titres et lutte contre les montages d’évitement, taxation des surprofits bancaires et offensive déterminée contre la fraude fiscale et le blanchiment. Avec cette approche, l’objectif est clair : faire contribuer davantage le grand capital, récupérer des milliards pour financer les services publics et alléger la pression sur les travailleurs. Plutôt que de subventionner ceux qui optimisent déjà leurs profits à l’international, investissons dans celles et ceux qui créent réellement la richesse : les travailleuses et travailleurs, les classes moyennes et populaires, les indépendants, les TPE et PME qui produisent de la valeur ajoutée, font vivre l’économie locale et génèrent des emplois durables.
Des subsides efficaces
Les aides publiques aux entreprises privées représentaient 51,9 milliards d’euros 28 en 2022, dont les deux tiers sous la forme de subventions salariales (réduction de cotisations).
Ce type d’aides a doublé en vingt ans, entraînant une crise des finances publiques.
Les réductions linéaires de cotisations sociales n’ont pas tenu leurs promesses 29 .
Les aides à l’emploi et réductions de cotisations sociales doivent être profondément repensées et strictement conditionnées afin d’être efficaces.
Nous proposons que les services publics et les entreprises de plus de 50 travailleurs engagent 3 % de chômeurs de longue durée et y soient aidés par une réduction fiscale annuelle de 15 000 euros 30 .
La Cour des comptes a confirmé que cette proposition peut créer jusqu’à 102 000 emplois et rapporter un montant net d’1,5 milliard par an au budget de l’État 31 .
Les territoires zéro chômeurs et les agences locales pour l’emploi (ALE) rejoignent cette logique, en conditionnant les aides publiques à la réinsertion professionnelle des chômeurs 32 . Ils permettent de répondre à des besoins sociaux non rencontrés, en remettant à l’emploi des personnes éloignées du travail. Ces mécanismes doivent être développés, valorisés et encouragés.
Une (para)fiscalité qui favorise les bonnes conditions de travail
La (para)fiscalité doit encourager la création d’emplois stables et de qualité qui permettent de soutenir notre économie et d’assurer la confiance des consommateurs.
Or, aujourd’hui, certaines subventions salariales privilégient les conditions de travail pénibles dont on sait qu’elles entraînent des conséquences importantes sur la santé des travailleurs, ainsi que sur notre compétitivité et, à terme, nos finances publiques.
Les deux principaux subsides salariaux sont une dispense de versement du précompte professionnel pour le travail de nuit et d’équipe. En moins de dix ans, le budget de ces deux subsides a doublé et représente aujourd’hui plus de 2 milliards 33 .
L’organisation du travail pénible est donc encouragée.
Pourtant, les études démontrent l’impact de ces conditions de travail sur la santé.
Par exemple, en 2018, l’Inserm a montré qu’une femme qui travaille régulièrement entre minuit et cinq heures du matin présente 26 % de risques supplémentaires de développer un cancer du sein. Et ce risque peut tripler après dix ans de travail de nuit trois fois par semaine34 .
Il faut par ailleurs mettre fin à la concurrence entre les statuts sociaux (salarié, indépendant, flexi-jobs, étudiants, heures supplémentaires…) qui fracture le marché du travail et prive la sécurité sociale de recettes essentielles.
À titre d’exemple, les flexi-jobs représentent un vrai manque à gagner pour la sécurité sociale (en 2029, à trajectoire inchangée, c’est 479 millions d’euros35 qui sont perdus). Les flexi-jobs se substituent également à l’emploi36 offrant moins de perspectives de réinsertion sur le marché du travail.
La protection sociale des indépendants doit également être harmonisée sur celle des salariés. Il est par exemple injuste que les années de travail comme indépendant ne soient pas prises en compte de sorte qu’un chômeur de plus de 55 ans avec une longue carrière soit exclu. Les personnes qui se lancent dans l’entrepreneuriat doivent également bénéficier d’une protection sociale adéquate.

CONCLUSION
L’objectif de cet ouvrage était simple : illustrer, avec des exemples concrets, que l’austérité n’est pas une fatalité. C’est un choix politique. À force d’être répété et présenté comme une évidence, ce discours s’est imposé dans le débat public jusqu’à devenir un mythe selon lequel il n’existerait aucune alternative.
Nous défendons et proposons l’inverse !
En effet, les socialistes défendent un tout autre projet : celui d’une économie qui crée de la richesse pour mieux la partager, tout en préparant l’avenir. Cela passe par des stratégies ambitieuses de réindustrialisation, par des investissements publics et privés à la hauteur des défis de notre époque et par une véritable politique d’innovation reliant entreprises, universités, centres de recherche et pouvoirs publics. Cette dynamique doit aussi accompagner la transition climatique, en développant des industries propres, en accélérant l’innovation énergétique et en transformant notre modèle productif pour qu’il soit à la fois plus durable et plus créateur d’emplois de qualité. Dans cette vision, l’innovation technologique et l’innovation sociale vont de pair. Les gains de productivité doivent bénéficier à celles et ceux qui créent la richesse : les travailleuses et les travailleurs. Cela signifie de meilleurs salaires, de meilleures conditions de travail, un droit au logement, des pensions dignes, des services publics solides et une fiscalité plus juste où chacun contribue selon ses moyens.
En clair, nous défendons une économie forte pour une prospérité partagée. Ce combat s’inscrit dans une longue histoire : celle d’un mouvement socialiste qui a su transformer les progrès économiques et technologiques en progrès sociaux pour le plus grand nombre.
L’enjeu reste aujourd’hui le même : faire en sorte que les transformations économiques, industrielles et technologiques profitent à toute la société, et pas seulement à quelques-uns. Défendre ces idées aujourd’hui, c’est refuser une société où l’on demande toujours plus à celles et ceux qui ont déjà le plus de mal.
Comme hier, lorsque de grandes conquêtes sociales ont été arrachées, de nouvelles avancées sont possibles. À condition d’avoir l’ambition de (re)créer de l’activité économique, d’investir dans le travail, dans l’innovation et dans la solidarité.
C’est précisément le rôle de l’Institut
Émile Vandervelde : décrypter les mutations de notre époque, analyser les choix politiques à l’œuvre, produire des idées nouvelles et proposer des solutions concrètes qui améliorent la vie des gens. En nourrissant le débat public, en éclairant et en soutenant l’action politique, nous contribuons à donner au mouvement socialiste les propositions nécessaires pour répondre aux défis de notre temps.
Car les conquêtes sociales ne naissent jamais par hasard. Elles sont le fruit d’idées, d’analyses, de combats et d’engagements.
Et c’est ainsi que, face aux défis économiques, technologiques et sociaux d’aujourd’hui, nous pouvons préparer les conquêtes de demain.
ANNEXES & BIBLIOGRAPHIE
1. La déclaration de De Wever en néérlandais dans le texte : “En het klopt dat de tax shift niet voldoende gefinancierd is. Men heeft doelbewust gekozen om niet alles mee te rekenen. Dat dringt op termijn een infernale besparingslogica op, en dus komt men terecht bij de overheidsuitgaven waar ze nog zitten: de sociale zekerheid. Ik heb begrip voor de frustratie daarover. Maar men moet niet op de pianist schieten. Men heeft die zaken toch mee goedgekeurd? Men was toch wel wakker op dat moment? Men wist toch wel goed wat er zat aan te komen? En nu zeggen ‘dat is allemaal de schuld van Van Overtveldt? Dat gaat naar het infantiele op de duur. Alsof een andere minister met een toverstok zou kunnen zeggen, ‘alles is opgelost’.”
En français, cela donne « Et il est vrai que le tax shift n’a pas été suffisamment financé. On a délibérément choisi de ne pas tout comptabiliser. Cela impose, à terme, une logique d’austérité infernale, et l’on finit donc par
s’attaquer aux postes de dépenses publiques encore existants : la sécurité sociale. Je comprends la frustration que cela suscite. Mais il ne faut pas tirer sur le pianiste. Ces décisions ont tout de même été approuvées. On était bien éveillé à ce moment-là, non ? On savait très bien ce qui allait arriver. Et maintenant dire « tout est de la faute de Van Overtveldt » ? À la longue, cela devient infantile. Comme si un autre ministre pouvait, d’un coup de baguette magique, déclarer : “tout est réglé” ». https://newsmonkey.be/bartde-wever-n-va-snoeihardvoor-wie-coalitie-maakt-mepvda-dat-is-het-restafvalvan-de-20ste-eeuw/
2. https://www.lachambre.be/ doc/CCRA/pdf/56/ac302.pdf
3. https://www.levif.be/ belgique/social/non-labelgique-nest-pas-lachampionne-des-depensespubliques-les-chiffres-qui-
4. « Quelles dépenses publiques sont élevées en Belgique ? Une comparaison avec les pays voisins », Revue économique, septembre 2021
5. https://www.econospheres. be/Les-aides-publiques-auxentreprises-ont-augmente-15-fois-plus-rapidement-que
6. https://www.econospheres. be/Recettes-en-baissedeficits-en-hausse-lesrevenus-de-l-Etat-et-de-lasecurite
7. Voir les perspectives économiques 2026-2031 du Bureau fédéral du plan, disponible à l’adresse https://www.plan.be/fr/ publications perspectiveseconomiques-2026-2031pour-la
8. 270.000 € par an
9. Voir Commentaires et observations sur les projets de budget de l’État pour l’année budgétaire 2026, https://www.ccrek.be/ fr/publication/budgetde-l-etat-pour-l-anneebudgetaire-2026, p.10.
10. Avec des sauts d’index (partiels), de nouvelles taxes, des coupes dans la sécurité sociale provoquant des pertes de revenus pour les pensionnés, les malades, les invalides…
11. Voir la comparaison entre les perspectives économiques du Bureau du Plan de juin 2024
et les perspectives de février 2026.
12. https://www.ccecrb.fgov. be/p/fr/1345/rapporttechnique-du-secretariatsur-les-marges-maximalesdisponibles-2025
13. Au sens large c’est-à-dire en intégrant l’ensemble des coûts salariaux
14. https://www.plan.be/sites/ default/files/documents/ REP_13181_EN.pdf
15. https://opendata.infrabel. be/explore/dataset/ indicator_modalshift/ dahsboard/?disjunctive. type_de_transport=&flg=engb&utm_source=chatgpt. com&disjunctive. type_transport
16. https://www.lecho.be/ economie-politique/belgique/ wallonie/la-wallonie-taxe-anouveau-les-investissementsindustriels-realisesdepuis-2005/10645405.html
17. De Brouwer, Leduc & Tojerow, 2021 ; Tojerow & De Brouwer, 2023
18. https://www.leforem.be/ stats-emploi
19. Idem
20. https://www.lecho.be/ entreprises/grandedistribution/un-salarie-corasur-dix-a-retrouve-un-emploia-ce-jour/10645287.html
21. https://www.uvcw.be/ insertion/actus/art-9826
22. https://www.lavenir. net/regions/charleroi/ charleroi/2026/02/23/astatistiques-inchangees-lapremiere-vague-dexclusionsdu-chomage-coutera-14million-deuros-aux-carolosle-president-ducpas-monte-au-creneauWBQ5NCWLCD4UW6HO3XHGU/
23. https://www.etuc.org/sites/ default/files/press-release/ file/2024-04/Fiscal%20 Rules%20Report.pdf
24. Principalement en raison du saut d’index et au blocage des salaires imposés par le gouvernement MR-NVA de Charles Michel
25. https://www.ccecrb.fgov. be/p/fr/1345/rapporttechnique-du-secretariatsur-les-marges-maximalesdisponibles-2025
26. Fin 2026, les coûts salariaux auront progressé d’1,1 % de moins que dans les pays voisins. Si on intègre les subsides salariaux et les réductions de cotisations sociales – qui, en 2024, faisaient que les coûts salariaux ont évolué 3,5 % moins vite – on peut estimer qu’en 2026, les salaires (au sens large) belges auront évolué, d’au moins 4,6 % moins vite que dans les pays voisins.
27. https://www.econospheres. be/Budget-Trouver-40milliards-sans-faire-payer-
ceux-qui-ont-peu
28. https://www.econospheres. be/Un-pognon-de-dingue
29. https://www.econospheres. be/Ou-sont-passes-les-jobsjobs-jobs-promis-1133
30. https://www. lachambre.be/FLWB/ PDF/56/0889/56K0889001.pdf
31. https://www. lachambre.be/FLWB/ PDF/56/0889/56K0889003.pdf
32. https://emploi.wallonie.be/ home/creation-demploi/ agences-locales-pourlemploi.html
33. https://www.ccecrb. fgov.be/dpics/ ichiers/2026-02-18-03-33-14_ doc260451fr.pdf
34. https://www.inserm.fr/ actualite/travail-nuit-etcancer-sein -nouveauxarguments-en-faveur-lien/
35. https://www.econospheres. be/Analyse-du-manque-agagner-pour-la-securitesociale-des-cotisationsreduites
36. En février 2019, la Cour des comptes a constaté qu’au moins 35,3 % des flexi-jobs « ne constituent pas de nouveaux emplois, mais des glissements à partir d’emplois existants » : https://www.ccrek.be/sites/ default/files/Docs/2019_05_ IncidencePlanHoreca.pdf
