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La reproduction dans ce catalogue d’extraits de journaux décrivant des événements historiques réels se fait dans le cadre d’une initiative non commerciale et sans but lucratif, à caractère culturel et éducatif. Cette initiative est de nature limitée et ne porte pas atteinte à l’exploitation normale de l’œuvre ni ne cause un préjudice injustifié aux intérêts légitimes des auteurs et des titulaires de droits. Les ouvrages imprimés reproduits dans ce catalogue sont de domaine public ou leur utilisation à cette fin particulière est couverte par diverses exceptions et limitations des droits d’auteur. Ces dernières incluent, entre autres, celles liées à « l’usage raisonnable », « l’utilisation équitable » et la conformité aux « bons usages », ainsi que celles qui s’appliquent à l’utilisation des œuvres à des fins éducatives, de recherche ou d’archivage, ou à la diffusion des nouvelles du jour et la fourniture d’informations à la presse.

Ce catalogue accompagne l’exposition de premières pages de journaux originaux de la Collection Josep Bosch, intitulée « Premières Lignes, la Grande Guerre a la Une » présentée au 28e Salon du Livre et de la Presse à Genève du 30 avril au 4 mai 2014. Commissaire de l’exposition : Josep Bosch Direction administrative, logistique et communication : Luisa Ballin Direction artistique, scénographie et graphisme :  Claire Peverelli & Muriel Dégerine Cette exposition a été rendue possible grâce au soutien du

Photos : Jay Louvion / Studios Casagrande Impression : Atar Roto Presse SA, Genève

et de la Famille Firmenich. Nous remercions également la RTS, la Bibliothèque nationale suisse et Payot SA pour leur collaboration.

Le catalogue a été subventionné par la Ville de Genève.


Collection Josep Bosch de journaux historiques

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Forger l’opinion La commémoration des 100 ans du début de la Première Guerre mondiale suscite, et c’est heureux, de nombreuses publications et expositions. Toutes honorent le devoir de mémoire face à ce conflit militaire qui a provoqué plus de morts et causé plus de destructions matérielles que toute autre guerre antérieure.

nationaux de la presse, eux-mêmes tenus par les commandements des armées. Une situation qui confortait le vieil adage anglais : « La vérité est la première victime de la guerre. » Il devait être difficile, pour toute personne éloignée des champs de bataille, de se faire une idée de l’horreur du conflit…

Dans le cas présent, ce catalogue présente quarante « unes » de journaux internationaux. Parallèlement à la publication, elles sont exposées dans une scénographie originale au Salon du Livre et de la Presse 2014 de Genève, ville de paix et de dialogue et capitale mondiale des droits humains.

Pour autant, derrière ces « unes », on devine bien le public avide d’informations sur « cette guerre qui n’en finit pas »…

L’idée de présenter ces « unes » de journaux est particulièrement intéressante. D’abord, car elles présentent la manière dont la population était informée, évidemment sans recul, des événements tragiques qui se déroulaient à courte ou longue distance des civils. Ensuite, car la presse des belligérants était très souvent tenue au contrôle des différents bureaux

Je souhaite à cette exposition « Premières lignes – La Grande Guerre à la Une » et au catalogue qui l’accompagne de parvenir à sensibiliser le public à ce conflit pendant lequel quatre empires se sont écroulés et qui a transformé la carte de l’Europe. Sami Kanaan Conseiller administratif de la Ville de Genève, en charge du Département de la culture et du sport www.ville-geneve.ch

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La Suisse : Un engagement pour la paix Guerre totale, ayant causé des pertes humaines et entrainé des dégâts matériels d’une ampleur alors inégalée, la Première Guerre mondiale a également été marquée par l’utilisation à grande échelle pour la première fois de l’arme chimique. L’engagement de ces armes d’un type nouveau a mis encore plus fortement en exergue la barbarie de ce premier vrai conflit de l’ère industrielle. A la dureté de la vie dans les tranchées, à l’horreur des barrages d’artillerie massifs et des charges meurtrières venait s’ajouter un nouvel ennemi sournois, à la fois invisible et engendrant des souffrances terribles perdurant longtemps après la mise hors de combat des soldats. Profondément révulsée par l’horreur et les conséquences de la Grande Guerre, la communauté des États a cherché à renforcer les processus permettant un règlement pacifique des différends internationaux, à réduire le coût humain des conflits à travers un renforcement du droit international humanitaire et du droit de la guerre où à entreprendre des efforts de désarmement, y compris l’interdiction de certaines catégories d’armes. Genève a été au cœur de ces efforts. Que ce soit à travers l’établissement de la Société des Nations en son sein, des activités du Comité internationale de la Croix-Rouge ou des nombreuses négociations en vue de résoudre des conflits armés, Genève a graduellement acquis son surnom de Capitale mondiale de la Paix. Ce rôle reste pleinement d’actualité aujourd’hui, Genève étant le centre mondial tant des droits de l’homme, des activités humanitaires que de désarmement, pour ne citer que quelques exemples. C’est ainsi à Genève que les initiatives visant à interdire les armes de destruction massive ont pu se concrétiser. Le premier instrument à cet effet, à savoir le Protocole interdisant l’emploi des armes chimiques et biologiques, y fut adopté en 1925. Si cet instrument était en partie inabouti, interdisant le recours mais pas la production et la possession d’armes chimiques et biologiques, il n’en fut pas moins important en établissant une première norme claire en la matière.

Celle-ci fut renforcée par la négociation à Genève en 1972 de la Convention sur l’interdiction des armes biologiques, instrument interdisant tant la production, la possession que l’utilisation de ces armes. Un instrument d’une portée similaire relatif à l’interdiction des armes chimique fut adopté en 1992 par la Conférence du désarmement, principal forum du désarmement de la communauté internationale établi au Palais des Nations. Et c’est également à Genève qu’a été négocié le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires à la fin des années soixante, pierre angulaire s’il en est du système de sécurité internationale. Si une très vaste majorité d’États a souscrit aux normes établies par ces différents instruments, une poignée reste en marge de ces régimes internationaux. L’emploi d’armes chimiques en Syrie est venu illustrer ce fait très récemment. Et si les tractations entre le Secrétaire d’État américain et le Ministre des Affaires étrangères russe à Genève en septembre 2013 ont permis de déboucher sur un accord relatif à la destruction de l’arsenal d’armes chimiques détenu par la Syrie, des efforts sont encore à consentir en vue de l’interdiction pleines et entières de ce type d’armes. Les rapides développements scientifiques et technologiques caractérisant nos sociétés soulèvent de plus de nouveaux défis à la mise en œuvre continue des régimes internationaux liés aux armes chimiques et biologiques, lesquels nécessitent de ce fait une attention constante et un accompagnement soutenu. La Suisse, pour sa part, continue de jouer un rôle plein et entier dans ce processus, assumant par exemple la Présidence de la Convention sur l’interdiction des armes biologiques en cette année 2014.

Ambassadeur Urs Schmid Représentant permanent de la Suisse auprès de la Conférence du Désarmement (CD) des Nations Unies. www.eda.admin.ch/eda/fr/home.html 7


1914-2014 L’an 2014 marque le centenaire du début de la Première Guerre mondiale, la soi-disant « Grande Guerre », qui était décrite comme « la guerre pour mettre fin à toutes les guerres » mais qui, en réalité, a fait naître de nouveaux conflits.

Ces pages, reproduites de ma collection de journaux historiques, offrent un aperçu de la façon dont ont été vécus les moments historiques du conflit, avec toute la force de son impact immédiat puisqu’il s’agit parfois des éditions spéciales de la presse du jour même.

Les pages suivantes reproduisent la « une » de journaux de divers pays du monde, couvrant quelques-uns des principaux événements de l’année 1914 et des années qui ont suivi. Des évènements qui ont changé le cours de l’histoire et qui ont été la cause d’une succession d’événements historiques décisifs tout au long du XXe siècle.

Des journaux déjà disparus, oubliés dans les archives pendant un siècle, retournent à la lumière et, de par leurs gros titres, nous font revivre cette tragédie, l’une des plus barbares de l’histoire.

On a dit que les deux balles qui ont tué l’héritier du trône austro-hongrois et son épouse á Sarajevo le 28 juin 1914 ont été l’élément déclencheur de la Grande Guerre, qui a eu pour effet d’entraîner la mort de plus de huit millions de personnes au cours des quatre années suivantes. La douleur, la misère, les tragédies humaines engendrées par ce conflit se reflètent clairement dans les « unes » que je vous propose de lire ici.

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La Collection Josep Bosch est un projet privé dont le but est de récupérer, restaurer, conserver et exposer des journaux historiques du monde entier. La collection regroupe des milliers de journaux de différents pays, ayant la particularité, pour la plupart, d’être du jour et de l’endroit mêmes où l’événement qu’ils annoncent s’est produit. Josep Bosch www.josepbosch.net


Sarajevo, 28 juin 1914 Le meurtre de l’héritier du trône d’Autriche-Hongrie, l’archiduc François Ferdinand de Habsbourg, à Sarajevo en juin 1914, déstabilisa l’équilibre précaire des forces politiques en Europe, suscitant de nouveaux conflits et ravivant la rage d’étendre conquêtes et influence. L’Autriche déclara la guerre à la Serbie pour venger l’assassinat, puis les affaires se compliquèrent rapidement : la « Grande Guerre » avait commencé et, en l’espace de quelques jours, les grandes puissances de l’Europe s’affrontaient. Le 1er août, le Kaiser allemand déclara la guerre à son cousin le Tsar de Russie. Le 3, l’Allemagne déclara la guerre à la France, et le 4, la GrandeBretagne la déclara à son tour à l’Allemagne en réponse à l’agression de ce pays contre la Belgique. La presse de l’époque se trouva entraînée dans les passions nationalistes du moment, mais quelques journaux affirmèrent que cette folie collective ne ferait que précipiter l’Europe vers une énorme catastrophe. Ils avaient raison. Tout avait commencé un dimanche matin ensoleillé, le 28 juin 1914. L’archiduc, neveu de l’empereur François-Joseph, était venu assister, lors d’une visite officielle à Sarajevo, à des manœuvres militaires en Bosnie-Herzégovine, ancienne province turque annexée six années plus tôt par l’empire austro-hongrois. François-Ferdinand de

Habsbourg, en uniforme de gala de général de cavalerie, se rendait de la gare à l’hôtel de ville de Sarajevo à bord d’une voiture découverte, accompagné de sa femme, Sophie, duchesse de Hohenberg. Déjà de bon matin, l’héritier du trône avait été la cible d’un attentat à la grenade en se rendant avec sa délégation à la cérémonie d’accueil officielle organisée par les autorités bosniaques. Le couple était sorti indemne de justesse de l’attentat. À la fin de la cérémonie officielle, l’archiduc et sa femme se dirigèrent, toujours en voiture, vers l’hôpital militaire, sans qu’aient été prises des mesures de sécurité spéciales en prévision d’un autre attentat. Le conducteur de la voiture prit un mauvais itinéraire et, quand il voulut quitter la rue dans laquelle il s’était engagé par erreur, l’illustre couple essuya deux coups de feu d’un meurtrier posté à cet endroit. François-Ferdinand reçut une seule balle dans le cou et mourut en quelques minutes. Il était onze heures et quart. C’était un acte de protestation contre la monarchie austro-hongroise organisé par un groupe d’agitateurs politiques. L’auteur des coups de feu, un jeune homme de dix-neuf ans appelé Gavrilo Princip, qualifié souvent de « nationaliste serbe », fut arrêté et finalement condamné à 20 ans de prison.

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Bosnische Post La nouvelle de l’attentat de Sarajevo arriva rapidement à Vienne. En dépit du fait que l’archiduc n’était pas très populaire et qu’il était peu connu dans son propre pays, les journaux publièrent immédiatement des éditions spéciales. Il s’agissait parfois d’une seule feuille imprimée uniquement au recto, avec la simple annonce des deux attentats du jour et de la mort de l’héritier de la couronne et de son épouse, qui tenait en deux paragraphes dans les premières éditions. À Sarajevo, le principal journal en allemand, le Bosnische Post (1884-1918), publia plusieurs éditions spéciales le jour même, à mesure qu’étaient connus les détails de la tragédie, et ça bien que, normalement, le journal ne s’imprimât pas le dimanche. En première page, dans cette troisième édition spéciale ci-contre, le journal raconte la soif de détails qui saisit la population, et le succès de ses deux éditions spéciales antérieures : « À mesure que nous apprenions des détails de la catastrophe, nous sortions des éditions spéciales pour le public avide de plus d’informations. Une foule immense a fait masse devant notre rédaction

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et a cerné le bâtiment. Les téléphones sonnent continuellement. Des témoins oculaires arrivent et racontent comment ils ont perçu les événements. Tout le monde veut connaître de nouveaux détails. En entendant la nouvelle, la tristesse et l’émotion la plus profonde se sont emparées de toute la population. » Le 25 août 1992, les bombardements serbes pendant le siège de Sarajevo ont causé la destruction complète de la Bibliothèque nationale et universitaire de Bosnie-Herzégovine. Parmi les pertes, on pouvait compter environ 700 manuscrits et une collection unique de publications en série de Bosnie, dont certaines remontaient au milieu de la renaissance culturelle bosniaque du XIXe siècle. Des éditions des journaux locaux, y compris le Bosnische Post, ont également été détruites. Avant l’attaque, la bibliothèque contenait 1,5 million de volumes, parmi lesquels plus de 155 000 livres et manuscrits rares. Quelques citoyens et les bibliothécaires ont essayé de sauver les livres en bravant les tirs de snipers, et au moins une personne a trouvé la mort de cette façon.


28 juin 1914

Bosnische Post, Sarajevo. Publié à Sarajevo, en allemand, de 1884 jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale. « Die Attentate » (Les attentats) L'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand d'Autriche et de son épouse par un Serbe bosniaque, au cours d'une visite à Sarajevo.

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29 juin 1914

Die Neue Zeitung,Vienne (1907-1934). Journal indépendant mais d’orientation catholique qui finira par soutenir le parti Nazi pendant les années 30. « L’héritier présomptif et son épouse assassinés »

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29 juin 1914

Excelsior, Paris (1910-1940). Un pionnier du photojournalisme dans la presse française. « François-Ferdinand, archiduc héritier, et sa femme assassinés hier à Sarajevo »

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5 juillet 1914

La Domenica del Corriere, Milan (1899-1989). Supplément du dimanche du Corriere della Sera. L’assassinat à Sarajevo d’après Achille Beltrame, l’un des plus célèbres illustrateurs de journaux de l’époque qui a illustré les premières pages de cette publication pendant 50 ans.

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24 juillet 1914

Neues Wiener Journal,Vienne (1867-1945). L’un des plus forts tirages des journaux de qualité de Vienne, à cette époque. « L’ultimatum à la Serbie. Il expire samedi, à 6 heures du soir » Ultimatum envoyé au gouvernement royal de la Serbie à la suite des assassinats à Sarajevo.

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La Guerre Exactement un mois après l’assassinat à Sarajevo, convaincu que la Serbie était derrière cet assassinat, le ministre des Affaires Étrangères du gouvernement austro-hongrois envoya un télégramme au Premier ministre serbe, dans lequel la guerre était déclarée à la Serbie en ces termes : « Le gouvernement Impérial et Royal se voit dans l’obligation de sauvegarder ses droits et ses intérêts et, avec cet objectif, de recourir à la force des armes. Par conséquent, l’Autriche-Hongrie se considère dès maintenant en état de guerre avec la Serbie ». C’était à midi, le 28 juillet 1914. Le lendemain, 29 juillet, presque à l’instant où la guerre commençait, les journaux autrichiens publièrent, souvent sur toute l’étendue de leur première page, un manifeste de l’Empereur, intitulé « À mon peuple », dans lequel FrançoisJoseph se référait aux «  exemples répétés d’hostilité, de haine et d’ingratitude du Royaume de Serbie contre [sa] personne et [sa] couronne » et disait : « Dans cette heure grave, je suis totalement conscient de toutes les conséquences de ma décision devant Dieu Toutpuissant. J’ai tout pris en considération et tout examiné. C’est avec la conscience tranquille que

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je m’engage sur la route où mon devoir me presse (…). J’ai confiance que Dieu Tout-puissant aidera mes armées à obtenir la victoire ». Avec la mobilisation des armées, une longue spirale d’épisodes parmi les plus terribles de l’histoire de l’humanité et surtout d’Europe venait de se déclencher. L’Empereur François-Joseph lui-même décéda le 21 novembre 1916, en pleine guerre, après un règne de presque 68 ans. Son petit-neveu Charles I (le « bienheureux Charles d’Autriche ») lui succéda. Mais la guerre fut également la cause de la fin de leur dynastie. Le 11 novembre 1918, son empire s’effondrant autour de lui, Charles I – dernier souverain des Habsbourg, qui régnait également sous le nom de Charles IV de Hongrie – publia une proclamation reconnaissant le droit de l’Autriche à déterminer l’avenir de l’État et renonçant à tout rôle dans les affaires de l’État. Deux jours plus tard, il publia une proclamation séparée pour la Hongrie. Bien qu’il ne s’agissait pas d’une abdication officielle, cela fut considéré comme la fin de la dynastie des Habsbourg. Une nouvelle république venait d’être proclamée.


25 juillet 1914

Neues Wiener Journal,Vienne (1867-1945). L’un des plus forts tirages des journaux de qualité de Vienne à cette époque. « Guerre avec la Serbie » Édition spéciale du journal, d’une seule feuille, avec l’information (un peu prématurée) du début de la Première Guerre mondiale.

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1 août 1914

Berliner Tageblatt, Berlin (1872-1939). Journal libéral critique du parti nazi pendant les années 30, qui fut fermé par le gouvernement de Hitler en 1939. « La Mobilisation » 9.750.000 hommes de 17 à 45 ans sont soumis aux obligations militaires.

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2 août 1914

La Libre Parole, Paris. (1892-1924). Journal antisémite, anticapitaliste, catholique et ultraconservateur. « C’est la Guerre » La mobilisation générale a aussi été décrétée en France.

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4 août 1914

Le Matin, Paris (1884-1944). Un des plus importants journaux français de l’époque, avec une circulation de plus d’un million d’exemplaires en 1914. « L’Allemagne déclare la guerre à la France »

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5 août 1914

Neues Wiener Journal,Vienne (1867-1945). L’un des plus forts tirages des journaux de qualité de Vienne, à cette époque. « Le déclenchement de la guerre germano-anglaise. Déclaration de guerre de l’Angleterre à l’Allemagne »

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5 août 1914

The Daily Citizen, Manchester. Journal travailliste anglais de très courte vie, fondé en 1912. Les jours avant la déclaration de guerre, le journal avait prévenu plusieurs fois d’une grande catastrophe pour l’Europe. « L’Angleterre et l’Allemagne en guerre »

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La vie aux tranchées (Témoignage d’un soldat allemand sur la guerre) « À l’ouest rien de nouveau », D’Erich Maria Remarque. … « Ces premières minutes avec le masque décident de la vie ou de la mort : le tout est de savoir s’il est imperméable. J’évoque les terribles images de l’hôpital : les gazés qui crachent morceau par morceau, pendant des jours, leurs poumons brûlés… » … « L’air irrespirable, après cela, éprouve encore davantage nos nerfs. Nous sommes assis comme dans notre tombe et nous n’attendons plus qu’une chose, qu’elle s’écroule sur nous… » … « Il nous faut veiller à notre pain. Les rats se sont beaucoup multipliés ces derniers temps, depuis que les tranchées ne sont plus très bien entretenues. Detering prétend que c’est le signe le plus certain que ça va chauffer. Les rats sont ici particulièrement répugnants, du fait de leur grosseur. C’est l’espèce qu’on appelle « rats de cadavre ». Ils ont des têtes abominables, cruelles et pelées et on peut se trouver mal rien qu’en voyant leurs queues longues et nues... ». … « Voici que j’entends un sifflement, je m’aplatis et, lorsque je me relève, la paroi de la tranchée est recouverte d’éclats d’obus brûlants, de lambeaux de chair et de débris d’uniforme. Je reviens dans notre abri… » … « A côté de moi un soldat de première classe a eu la tête emportée. Il fait encore quelques pas,

tandis que le sang jaillit du cou comme un jet d’eau… » … « Mais nous sommes de nouveau entraînés en avant, malgré nous, et pourtant, avec une fureur et une rage folles ; nous voulons tuer, car ceux de là-bas sont maintenant des ennemis mortels ; leurs fusils et leurs grenades sont dirigés contre nous. Si nous ne les anéantissons pas, ce sont eux qui nous anéantiront… » … « Nous sommes des morts insensibles qui, par un stratagème et un ensorcellement dangereux, sont encore capables de courir et de tuer… » Quatre années de guerre ont causé 8,5 millions de décès et 21 millions de blessés. Certains combats furent particulièrement cruels. A la bataille de la Somme, au nord de la France, 1,2 millions de personne perdirent la vie. La bataille est surtout connue pour son premier jour, le 1er juillet 1916, pendant lequel les Britanniques subirent 57.420 pertes, dont 19.240 morts : le jour le plus sanglant de l’histoire de l’armée britannique à ce jour. L’autre bataille tristement fameuse est celle de Verdun, qui causa entre 755.000 et près d’un million de morts. Les trois batailles d’Ypres causèrent, quant à elles, 900.000 morts. L’horreur fut égale dans les deux camps ; c’est ce qu’on a décrit comme « la réciprocité de la barbarie ».

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20 juin 1915

Le Petit Journal, Paris (1863-1944). L’un des quatre journaux français les plus importants avant la Seconde Guerre mondiale. « Victimes de leur propre barbarie » Le vent a retourné contre les Allemands une attaque au gaz qu’ils avaient lancée contre les Russes.

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2 janvier 1916

Excelsior, Paris (1910-1940). Un pionnier du photojournalisme dans la presse française. Cette édition spéciale capte une image typique de la Première Guerre mondiale : les soldats dans leurs tranchées.

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4 mars 1917

Le Miroir, Paris. Hebdomadaire fondé en 1912, qui connût sa plus grande diffusion pendant la Première Guerre mondiale et qui utilisait parfois des photos faites par des soldats au front. « Les chevaux eux-mêmes sont protégés contre les gaz asphyxiants »

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27 mai 1917

Le Miroir, Paris. Hebdomadaire fondé en 1912, qui connût sa plus grande diffusion pendant la Première Guerre mondiale et qui utilisait parfois des photos des soldats eux-mêmes. « Les chiens du front eux-mêmes portent des masques à gaz »

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8 octobre 1916

Excelsior, Paris (1910-1940). Un pionnier du photojournalisme dans la presse française. Une autre image de l’attente tendue dans les tranchées, avant d’attaquer l’ennemi.

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10 octobre 1914

La Domenica del Corriere, Milan (1899-1989). Supplément du dimanche du Corriere della Sera. « Agonie et chute d’Anvers » La ville fut occupée par les Allemands le 8 octobre 1914.

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22 novembre 1914

La Domenica del Corriere, Milan (1899-1989). Supplément du dimanche du Corriere della Sera. Croiseur allemand « Emden » détruit par le croiseur australien « Sydney ».

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28 août 1916

Corriere della Sera, Milan (publié depuis 1876). Pendant la Première Guerre mondiale c’était le principal journal italien en nombre de lecteurs. « La déclaration de guerre de l’Italie à l’Allemagne »

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Gazette des Ardennes Après l’invasion de la France en août 1914 et l’occupation de son Front Ouest, les journaux de cette région furent remplacés, dès le 1er novembre 1914, par un journal de propagande publié en français par les Services de Renseignement allemands. Le titre de ce journal était la Gazette des Ardennes et il était imprimé à Charleville-Mézières. Dans son premier numéro, le journal fit une déclaration d’intentions dirigée « Aux populations » (occupées) qui disait : « Les nouvelles de la guerre, qui paraîtront dans ces colonnes, seront extraites des dépêches officielles du Bureau Wolff, le Grand Quartier général allemand, qui peuvent être considérées comme absolument exactes et dignes de foi. La Gazette des Ardennes s’abstiendra rigoureusement d’insérer toute fausse nouvelle, comme il s’en comporte trop fréquemment et dont certains journaux sont si souvent remplis ». Cependant, le journal fut rapidement connu comme « le journal des menteurs » et traité avec

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dédain par la population française. Il commença comme hebdomadaire, avec une modeste circulation de 4000 exemplaires, mais celle-ci s’accrut considérablement lorsqu’en avril 1915 commencèrent à être publiées les listes, et parfois les photos, des prisonniers de guerre français et de ceux morts en captivité. En 1917 la circulation atteignit les 175.000 exemplaires et le journal publia un supplément illustré de 1915 à 1918. La Gazette des Ardennes publia son dernier numéro le 8 novembre 1918, soit le jour avant l’abdication du Kaiser. Dans cette édition spéciale dirigée aux soldats français, la Gazette tente de réfuter une déclaration qu’avait faite quelques mois auparavant le général Pétain. Dans cette déclaration, le général avait accusé l’Allemagne d’avoir voulu la guerre, d’être le seul pays à l’avoir préparée, de la continuer dans le but de réaliser ses prétentions démesurées de domination et d’être le seul obstacle à la paix.


Sans date

Gazette des Ardennes, Charleville-Mézières. Journal publié par les Services de Renseignement allemands pour la population des pays occupés. « Aux poilus de France »

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3 avril 1917

The New York Times. Fondé en 1851, le New York Times est largement considéré comme le plus prestigieux journal aux États-Unis. « Le président demande la déclaration de guerre, une force navale plus forte, et une armée de 500. 000 hommes »

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5 mars 1917

Birgevie Vedomosti, Saint-Pétersbourg. « Révolution. Nouveau gouvernement. Nicolas II abdique »

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21 août 1917

Le Petit Parisien, Paris (1876-1944). L’un des quatre plus grands journaux français du début du 20e siècle. « Victoire devant Verdun  » Une des plus fameuses et sanglantes batailles de la guerre.

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31 octobre 1917

(13 novembre 1917 d’après le calendrier russe) Trud, Moscou. Organe du Comité de Moscou du Parti des socialistes-révolutionnaires. « Soulèvement bolchevique » Premiers rapports de la révolution bolchevique à Petrograd.

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6 décembre 1917

The New York Times. Fondé en 1851, le New York Times est largement considéré comme le plus prestigieux journal aux États-Unis. « Les ruines des Halles aux draps à Ypres » Un des plus grands bâtiments civils de style gothique en Europe, détruit pendant la guerre.

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Sans date

Courier Journal, Louisville, Kentucky (publié pour la première fois en 1868). « Prisonniers allemands capturés par les Américains passant devant des soldats américains blessés »

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Sans date

Courier Journal, Louisville, Kentucky (publié pour la première fois en 1868). « La Marne fatale – la seconde traversée de la rivière par les Allemands »

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10 février 1918

Journal de Genève (1826-1998). Journal suisse de qualité disparu. « Contre l’emploi des gaz vénéneux » Le Comité international de la Croix-Rouge a mené une campagne contre l’utilisation de gaz toxiques pendant la Première Guerre mondiale.

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Novembre 1918 : La fin Après plus de quatre années de combats et plus de huit millions de morts, la plus grande part provenant d’Allemagne, de Russie, de France et d’Autriche-Hongrie, le lundi 11 novembre 1918 à 5 heures du matin, l’armistice mettant un terme à la Grande Guerre fut signé. Les canons et les fusils se turent six heures plus tard, à 11 heures exactement. Sur les champs de bataille sanglants de l’Europe, trompettes et clairons annonçaient le cessez-le-feu aux soldats épuisés. Dans les villes et les villages d’un bout à l’autre du continent, où la guerre avait répandu la souffrance, la destruction et la misère, les cloches sonnèrent joyeusement, la population se précipita dans la rue, les usines furent fermées et le travail s’arrêta. Sirènes, canons, engins à vapeur et tout ce qui pouvait faire du bruit emplissaient l’air. Ce fut particulièrement le cas dans les rues de Londres et de Paris, où les gens perdirent toute retenue. La plus grande guerre que le monde ait jamais connue prenait fin. Dans les quelques semaines précédentes, l’écroulement de son front occidental avait forcé l’Allemagne à accepter la défaite et à négocier le cessez-le-feu. C’est ainsi qu’arriva la fin des combats et de la guerre. Une guerre dont le degré de barbarie inhumaine avait été tel que l’Europe civilisée en éprouvait un immense sentiment de honte. Mais si en ce jour de novembre un cauchemar se terminait, un autre ne faisait que commencer : la famine, la dévastation et nombre de graves maladies comme la grippe, la typhoïde et la variole... «  La guerre pour terminer toutes les guerres  » laissa des blessures profondes, et dans toute l’Europe, un continent dont la carte politique était maintenant bouleversée, la soif de revanche était si grande que quelques hommes politiques furent élus sur un programme clair : faire payer l’Allemagne. Le maréchal Foch avait négocié un cessez-le-feu à bord d’un train à Compiègne, mais la victoire contre les Allemands n’était pas encore nette. Le traité final

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fut signé en mai 1919 à Versailles, où les délégués allemands à la Conférence de la Paix reçurent les termes du traité et réagirent avec horreur à leur sévérité, bien qu’ils n’eurent d’autre choix que de les accepter. Ce fut, dirent-ils, une immense humiliation. En Allemagne la fin de la guerre arriva avec l’abdication de l’empereur Guillaume II, l’homme qui y avait entraîné son pays avec tant d’empressement. Ce fut la fin de l’Empire allemand. À Berlin, ouvriers, soldats et manifestants pacifistes occupèrent les casernes, prirent des armes et renversèrent le gouvernement. Ce fut une révolte populaire contre l’ancien ordre. Les monarchies des différents États allemands s’effondrèrent. Une coalition populaire menée par le Parti Social-Démocrate (SPD) prit le pouvoir et proclama une nouvelle République. Le social-démocrate Friedrich Ebert, un leader syndicaliste, fut nommé premier chancelier du nouveau régime et annonça la formation d’un gouvernement populaire. Le journal officiel du parti, Vorwärts (page suivante), publia plusieurs éditions spéciales annonçant l’abdication de l’empereur et du Kronprinz et la naissance du nouveau régime. Ce fut un enchaînement d’événements capital. Le 9 novembre au matin, l’empereur abdiqua sous la contrainte de sa propre armée. Dans la soirée, les journaux allemands l’annoncèrent dans des éditions spéciales. Le message était bref : « L’Empereur et Roi a décidé de renoncer au trône », signé : Maximilien de Bade, chancelier impérial. Les journaux disaient que le Kaiser avait signé son abdication dans son quartier général «  avec une profonde émotion » en présence de son entourage, et que le Kronprinz « pleurait comme un bébé ». Le 10, il partit en exil à la frontière hollandaise, dans un convoi de douze automobiles, avec son épouse et des domestiques. Un train composé de vingt voitures chargé de bagages et de biens le rejoignit en Hollande.


9 novembre 1918

Vorwärts, Berlin. Organe officiel du Parti Social-démocrate allemand fondé en 1876. « L’empereur a abdiqué ». « Les coups de feu sont terminés ».

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10 novembre 1918

Le Petit Journal, Paris. (1863-1944). L’un des quatre journaux français les plus importants avant la Seconde Guerre mondiale avec Le Petit Parisien, Le Matin et Le Journal. Déjà en 1890, il avait une circulation d’un million d’exemplaires. « Le Kaiser abdique »

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10 novembre 1918

La Presse, Paris. Journal conservateur populaire qui commença sa parution en 1836. « La révolution triomphe à Berlin »

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11 novembre 1918

Evening Standard, London. Publié pour la première fois en 1827, fut converti en journal gratuit en 2009. « Fin de la guerre. L’Allemagne signe nos conditions »

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11 novembre 1918

Berliner Tageblatt, Berlin (1872-1939). Cette édition, très rare, fut publiée à Londres en anglais. « Acceptation des conditions de l’armistice » La première phrase de l’article disait : « l’Entente a dicté à la nation allemande des conditions d’armistice d’une cruauté inouïe... »

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12 novembre 1918

Journal de Genève (1826-1998). Journal suisse de haute qualité qui a fusionné avec la Gazette de Lausanne en 1991, et plus tard avec Le Nouveau Quotidien, pour devenir Le Temps. « La fin »

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11 novembre 1918

Boston American (1904-1961). Un tabloïd qui appartenait au célèbre magnat de la presse américaine William Randolph Hearst. « La guerre se termine » L’annonce de la fin de la Première Guerre mondiale.

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12 novembre 1918

Corriere della Sera, Milan (publié depuis 1876). Pendant la Première Guerre mondiale, c’était le principal journal italien en nombre de lecteurs. « Capitulation de l’Allemagne : l’armistice est signé »

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12 novembre 1918

Le Petit Parisien, Paris (1876-1944). L’un des quatre plus grands journaux français du début du 20e siècle. « Le Jour de Gloire » L’ennemi a capitulé. La guerre est finie.

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12 novembre 1918

L’Éclair, Paris (fondé en 1883). « La guerre est terminée »

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29 juin 1919

Le Matin, Paris (1884-1944). L’un des plus importants journaux français de l’époque, avec une circulation de plus d’un million d’exemplaires en 1914. « La paix est conclue » Signature du Traité de Versailles le 28 juin 1919.

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21 juillet 1919

Daily Sketch, Londres. Fondé à Manchester en 1909, il fusionne avec le Daily Mail en 1971. « La marche triomphale des vainqueurs »

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Une tranchée pour se souvenir Vénétie. Un été de vacances à l’adolescence. Nous rentrons d’une excursion à la découverte de la Sérénissime. Sur la route qui mène de Trévise à Feltre et avant de bifurquer pour arriver au village de Pederobba, la voiture longe un imposant monument : l’ossuaire des soldats français morts sur le front italien pendant la Première Guerre mondiale. Inaugurée en 1937, pour sceller l’amitié franco-italienne et enterrer les restes de ces hommes tombés loin de chez eux, la nécropole mystérieuse m’intrigue. Combien étaient-ils ? Un millier, dit-on. Comme le nombre de pierres portant chacune le nom d’un combattant tué sur les rives du fleuve Piave, dont la crue soudaine empêcha l’ennemi de passer comme le chanteront les survivants transalpins de la « der des der ». La Grande Guerre. Evoquée brièvement et pudiquement par le père de mon père lorsque nous passions devant le « Monument aux Français ». Un grand-père qui parlait aussi d’une tranchée. S’y était-il caché, enfant, ou n’avait-elle existé qu’à travers les récits de son père mort à la guerre ou dans les livres qu’il chérissait ? Les décades ont passé. J’ai oublié de lui demander. Un jour l’Histoire nous a rattrapés, au hasard de la mise sur pied d’une exposition de « unes » de journaux de la Collection Josep Bosch. Premières Lignes. Voici que la Guerre de 14-18 est à nouveau à la Une. Mais qui pour dessiner la scénographie d’un concept ? Le souvenir de la tranchée surgit. Comment l’imaginer ? Comment récréer l’idée d’un espace où des hommes, qui n’avaient rien demandé, ont vécu l’enfer, comme les Français enterrés dans l’ossuaire de mon enfance. Une amie qui connaît un ami qui connaît une scénographe nous met sur la piste de celle qui saurait esquisser la tranchée. Rendez-vous est pris.

Claire Peverelli prend place. Elle nous scrute et nous écoute. Quelques mots suffisent pour stimuler son imagination. Une tranchée  ? Certes, mais dans quel matériaux la façonner ? Impératif : il faut faire simple, vite, original et à moindre coût. Message reçu. L’idée surgit. Elle nous séduit. C’est dit : la tranchée naîtra d’un amoncellement de palettes, savamment disposées. L’ensemble architectural se construira et se déconstruira au fil des aléas de la Grande Guerre et de ses destructions. Claire Peverelli s’allie à sa complice en créativité, Muriel Dégerine, qui imagine le visuel de l’exposition « Premières Lignes – La Grande Guerre à la Une ». Les deux créatrices collaborent depuis 2005. En 2013, elles ont remporté le concours pour le mandat de direction artistique, de conception et d’aménagement du Bioscope, le laboratoire public des sciences de la vie de l’Université de Genève. Cherchez la femme, une troisième surgit : Nadia Crivelli assurera la coordination technique d’une scénographie épurée que n’aurait pas reniée Ernest Hemingway, lauréat du Prix Nobel de littérature en 1954, longtemps après avoir été ambulancier sur le front en Vénétie lors de la Grande Guerre, celle des tranchées. Hemingway, homme de lettres qui fit de sa vie et de ses passions une œuvre, auteur de « L’adieu aux armes », roman de référence qui figure en bonne place sur l’un des présentoirs de « La Librairie de la Grande Guerre », pour accompagner le visiteur dans son voyage au bout de la tranchée éphémère. Où le fantôme du grand romancier lui adressera un clin d’œil, avant de disparaître vers d’autres aventures d’écriture. Luisa Ballin, journaliste www.luisaballin.com

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notrehistoire.ch : construire une mémoire collective audiovisuelle La collection des « unes » de journaux couvrant la période de la Première Guerre mondiale réunie par Josep Bosch, et présentée au Salon du livre et de la presse de Genève en mai 2014, met en exergue ce constat qui peut paraître étonnant au lecteur du début du XXIe siècle : la place de l’image et de l’illustration est secondaire dans ces pages au graphisme suranné et aux colonnes sans fin. La presse d’alors est une presse de l’écrit – elle le restera quelques décennies encore – à une période où la photographie et le film profitent pourtant d’un succès grandissant. Parmi ses aspects sans commune mesure avec les conflits précédents, la Guerre de 14 sera aussi une guerre de l’image. Par la caricature de l’ennemi, l’illustration patriotique, la photographie du quotidien des tranchées ou par le film qui connaît ses premières heures de propagande. C’est dans le but de réunir des documents photographiques de la Première Guerre mondiale issus principalement de sources privées, c’est-à-dire d’albums de famille, que la plateforme notrehistoire.ch a collaboré à cette exposition, mettant à disposition son outil d’édition pour la valorisation de photographies inédites qui semblent répondre, en quelque sorte, aux « unes » de journaux conservés à la Bibliothèques nationale suisse et dont un choix a été publié sur la plateforme. Lancée le 29 octobre 2009 sous l’égide de la Fondation pour la sauvegarde du patrimoine audiovisuel de la Radio Télévision Suisse (FONSART), notrehistoire.ch est la première plateforme participative dédiée exclusivement aux archives de Suisse romande. Elle permet à des particuliers et des institutions impliquées dans la sauvegarde du patrimoine audiovisuel, des bibliothèques, des musées et des associations de mettre en commun leurs archives et de participer à un projet éditorial d’envergure :

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illustrer l’histoire sociale et culturelle de la Suisse romande au XXe siècle. La plateforme réunit des documents (photographies, films super 8mm/8/9,5/16 mm, enregistrements sonores et témoignages écrits) pour la plupart inédits. Ces documents enrichissent des groupes d’intérêt édités par les utilisateurs de la plateforme qui s’articulent autour de quatre axes : les personnalités, les lieux, les événements et les faits de la vie quotidienne. Ces axes sont en outre divisés en thématiques (politique, culture, société, sport, éducation, etc.). Au fil des contributions, c’est ainsi une mémoire collective qui se constitue, s’enrichit du partage de connaissance et offre une nouvelle approche par l’image de l’histoire de la Suisse romande. Ce travail sans équivalent dans notre pays a été possible grâce à la Fondation pour la sauvegarde du patrimoine audiovisuel de la Radio Télévision Suisse. Fondée au printemps 2005, la FONSART a pour objectif de réunir les moyens nécessaires à la sauvegarde et à la numérisation des archives de la RTS. Elle a également pour but de valoriser ces documents auprès du public. Dans ce cadre-là, la fondation a lancé son programme de sauvegarde à l’automne 2005. Elle a déjà sauvé 5’000 heures de films et numérisé 70’000 heures de programmes de télévision, et a lancé une opération similaire pour ses archives sonores constituées de plus de 100’000 heures de programme. La FONSART se charge également de la mise en valeur de ce patrimoine, notamment sur le site des archives de la RTS et sur la plateforme notrehistoire.ch. Claude Zurcher, Responsable de la plateforme Notre Histoire.ch www.rts.ch/archives www.notrehistoire.ch


Les écrivains et la Grande Guerre Alors que, pour la première fois dans l’histoire, des moyens modernes d’information – cinéma aux plans saccadés, correspondants sur le front, photos transmises par bélinographe – l’auraient permis en direct, c’est à la littérature qu’est revenu de témoigner des horreurs de la Grande Guerre. Dans tous les pays, la réaction fut la même : censurer, empêcher que l’on sache. Pour préserver le moral des troupes, le prestige d’étatsmajors dépassés, le secret de stratégies désastreuses, l’aura de la guerre… Ce que les gardiens de ce monstrueux désordre n’ont pu empêcher, c’est que la vérité viendrait de la littérature. Que partout les écrivains, intellectuels douillets, fils du peuple casse-cous, aristocrates, journalistes ou poètes, se lèveraient pour donner à leur temps ce que lui refusait « l’élite de la nation » : l’image révoltante et si profondément humaine de la guerre comme elle se vit, se souffre et se meurt. Enrôlés ou volontaires de tous pays, ils seront nombreux à se retrouver sur le front. Et à y craindre, nuit et jour, la « marmite » qui fera s’effondrer la tranchée sur les hommes, la boue qui transformera la blessure en gangrène, les rats qui dévorent les maigres rations, l’embuscade qui transformera un bucolique chemin des Dames en charnier et un copain en mort pour la Patrie, la panique qui pousse, dans un instant de folie, à partir droit devant jusqu’à finir déserteur au poteau d’exécution. La « der des ders », la fleur au fusil et le retour pour Noël, rares sont ceux qui y ont cru. Alors, pour tenir, ils écrivent la terreur quotidienne, insidieuse ou violente, qui fait de chaque soir un exploit au goût de terre, de poudre et de sang. Et puis, si souvent, la mort, dans le fracas d’une explosion – ou les sanies d’un lazaret sans médicaments… Ils ont écrit et leurs noms, par une victoire différée mais définitive, brillent toujours, davantage même aujourd’hui qu’hier, au firmament de la littérature. Jean Giono qui en deviendra pacifiste et le paiera cher, Maurice Genevoix à qui il fallut trente ans pour parvenir à dire

Ceux de 14, Guillaume Apollinaire le désinvolte nobliau mittel Europa devenu fervent Français sous les drapeaux, Romain Rolland, idéaliste pragmatique qui hisse l’Homme Au-dessus de la mêlée, Stefan Zweig osant espérer la chute de l’empire des Habsbourg pour que cesse la boucherie, Ernest Hemingway engagé à dixneuf ans et auquel quelques semaines de conflit suffiront pour nourrir L’adieu aux armes, Ernst Jünger la tête brûlée, engagé plus jeune encore mais qui, gradé et médaillé, dénonça dès 1920 les effrayants Orages d’acier qui avaient ravagé toute une civilisation, Raymond Dorgelès le journaliste potache qui peindra pourtant les poignantes Croix de bois. Et John Dos Passos, le kid fortuné de Chicago que ses études en France conduisirent, Initiation d’un homme ineffaçable, en première ligne avec les ambulanciers. Et Blaise Cendrars, le Chaux-de-fonnier bourlingueur à La main coupée avouant J’ai tué. Ou LouisFerdinand Destouches, le méprisable petit docteur qui signa Céline ce Voyage au bout de la nuit. Et à ce bataillon glorieux s’en ajoute un autre, forgé par l’élan même de l’Histoire qui a imposé, tant bien que mal, l’instruction « publique, gratuite, laïque et obligatoire ». Aux côtés des écrivains, ils ont été des milliers, toutes langues et cultures confondues, à écrire du front lettres et carnets, tenus au milieu de l’hécatombe pour se souvenir de quoi les hommes sont capables : la cruauté, la traîtrise, mais aussi la camaraderie, le courage, le dévouement. Si leurs noms sont inconnus, leur orthographe bancale et leur style hasardeux, la force de leur témoignage est aussi grande que celle des auteurs les plus reconnus. Jamais guerre ne fut grande, et celle-là encore moins que les autres, mais elle aura comme jamais consacré la puissance des mots contre l’horreur, l’absurdité et l’oubli. Que cela n’ait servi à rien est ce qui unit ces anonymes aux plus grands noms, et c’est à tous que revient l’hommage de la lecture. Joëlle Brack Payot Libraire www.payot.ch 57


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La reproduction dans ce catalogue d’extraits de journaux décrivant des événements historiques réels se fait dans le cadre d’une initiative non commerciale et sans but lucratif, à caractère culturel et éducatif. Cette initiative est de nature limitée et ne porte pas atteinte à l’exploitation normale de l’œuvre ni ne cause un préjudice injustifié aux intérêts légitimes des auteurs et des titulaires de droits. Les ouvrages imprimés reproduits dans ce catalogue sont de domaine public ou leur utilisation à cette fin particulière est couverte par diverses exceptions et limitations des droits d’auteur. Ces dernières incluent, entre autres, celles liées à « l’usage raisonnable », « l’utilisation équitable » et la conformité aux « bons usages », ainsi que celles qui s’appliquent à l’utilisation des œuvres à des fins éducatives, de recherche ou d’archivage, ou à la diffusion des nouvelles du jour et la fourniture d’informations à la presse.

Ce catalogue accompagne l’exposition de premières pages de journaux originaux de la Collection Josep Bosch, intitulée « Premières Lignes, la Grande Guerre a la Une » présentée au 28e Salon du Livre et de la Presse à Genève du 30 avril au 4 mai 2014. Commissaire de l’exposition : Josep Bosch Direction administrative, logistique et communication : Luisa Ballin Direction artistique, scénographie et graphisme :  Claire Peverelli & Muriel Dégerine Cette exposition a été rendue possible grâce au soutien du

Photos : Jay Louvion / Studios Casagrande Impression : Atar Roto Presse SA, Genève

et de la Famille Firmenich. Nous remercions également la RTS, la Bibliothèque nationale suisse et Payot SA pour leur collaboration.

Le catalogue a été subventionné par la Ville de Genève.


PREMIERES LIGNES - LA GRANDE GUERRE A LA UNE  

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