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MODE ET CULTURE NUMERO 23


DIRECTEUR DE LA PUBLICATION / RÉDACTEUR EN CHEF

Enrique Lemercier PHOTOGRAPHES

Marie Canciani, Pauline Darley, Matthieu Dortomb, Servan Edern-Ilyne, Louis-Adrien Le Blay, Gabrielle Malewski, Guillaume Malheiro, Rachel Saddedine, Nicolas Simoes, Maxime Stange RÉDACTION

Nicolas Deshais-Fernandez, Mélissandre L., Enrique Lemercier, Emilie Malfaisan, Marie Parent, Marine Revel STYLISTES

Kenny Guetta, Le choix du style ILLUSTRATEURS

Alan Cloiseau, Emilie Malfaisan, Marygribouille CORRECTRICES/TRADUCTRICES

Mélissandre L., Marine Revel GRAPHISME

Cécile Santos REMERCIEMENTS

Nous remercions les personnalités qui nous ont fait confiance et qui ont accepté sans hésiter d’être présentes dans ce numéro : The Shoes, Alessia Cara, Marion Motin, Syrus Shahidi, MS MR, Inna Modja, Paul Zivkovich, Zella Day, Alice on the roof, Stéfi Celma, Hugo Matha, Charlotte Globus et A-WA. Un grand merci à leurs équipes pour nous avoir permis d’organiser ces différentes séances photos et interviews.

© 2016. Tous droits réservés. Pose Mag, marque déposée. Représentant légal: Enrique Lemercier La reproduction même partielle des articles, textes et photographies parues dans Pose Mag est interdite sans autorisation écrite préalable de directeur de la publication. La rédaction n’est pas responsable des textes et images publiées qui engagent la seule responsabilité de leur auteur. Les marques et adresses qui figurent dans les pages rédactionnelles de ce numéro sont données à titre d’information, sans but publicitaire. Ce magazine ne peut être vendu. Si vous souhaitez rejoindre notre équipe de rédacteurs, écrivez à redac.pose@gmail.com

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EDITO ABSENCE DE JUSTIFICATION par Enrique Lemercier

On dit parfois qu’il ne faut pas se justifier, que la justification peut être signe de faiblesse et de culpabilité. Oui mais voilà, il y a quelques jours, lorsqu’est arrivé le moment de rédiger cet édito, on a pensé qu’on vous devait peut-être quelques explications... Que s’est-il passé au sein de la rédaction ? Le magazine a-t-il failli s’arrêter ? Pourquoi une si longue absence ?... L’absence, c’est surtout cela qu’il faut garder en tête. On avait simplement besoin de s’éloigner, de vaquer à d’autres occupations. Faire une pause, prendre du recul, dans un contexte de relation de couple, ce n’est pas forcément quelque chose auquel on croit et auquel on a envie d’adhérer mais dans un contexte professionnel et artistique, cela fait plus sens pour nous. Et puis si on était en couple, je vous dirais de ramasser vos chaussettes qui trainent et je vous rappellerais que vous avez encore oublié d’acheter de la litière pour le chat. Lorsque l’on fait des recherches sur l’absence, certains se demandent si elle est amie ou ennemie du couple justement. Ce cher Jean de La Fontaine disait d’elle qu’elle était le plus grand des maux. Alors si elle fait mal, on doit s’en excuser. Balavoine a quant à lui écrit que l’absence avait des torts que rien ne défend. A quoi bon alors chercher à se justifier ? Un an d’absence oui, mais nous sommes de retour. Et l’avantage d’une si longue coupure est que l’on a eu le temps de faire beaucoup de rencontres, qu’elles soient françaises ou internationales, musicales, cinématographiques ou chorégraphiées, créatrices ou entrepreneuriales, masculines ou féminines. De The Shoes il y a plusieurs mois à Marilou Berry il y a quelques semaines, en passant par MS MR, Alessia Cara, A-WA, Zella Day et Inna Modja pour ne citer qu’eux. De bien belles rencontres que l’on vous raconte dans les pages qui vont suivre et que l’on vous offre comme des photos souvenirs, des petits présents que l’on vous rapporte de cette année sabbatique, dans le but plus ou moins caché de se faire pardonner. Mais au final, on sait que vous ne nous en voudrez pas, car comme le disait si bien Alfred de Musset : « L’absence ni le temps ne sont rien quand on aime ». Et de notre côté, on ne vous en voudra même pas pour les chaussettes !

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MODE& TENDANCE SHOPPING

p16

LE RETOUR DE LA ROBE EN JEAN

TENDANCES

p46

LES BONS TUYAUX DE BARBIE© DITES-LE AVEC UN CADEAU

SHOPPING

p58

BOMBER STORY

ÉDITO

p16

p66

WHO ARE YOU HIDING?

SHOPPING

p94

TENDANCES BIPOLAIRES

INTERVIEW CREATEUR

p102

10 QUESTIONS À HUGO MATHA

SHOPPING

p130

MY DEAR LOOK

ET AUSSI POSE DECO

p28

GONFLÉ À BLOC

POSE VERTE

p138

FEUILLETON

p102

CHRONIQUE

p116

UN JARDIN SUR MA FENÊTRE JURASSIC PARKA - ÉPISODE 2

p28

ANNONCER SA GROSSESSE

PROFESSION ATYPIQUE : POSE ASTRALE HOROSCOPE

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p140

10 QUESTIONS À CHARLOTTE GLOBUS

p160


p10 p72

CULTURE PORTRAIT

p10

ALESSIA CARA

RENCONTRE

MARION MOTIN

INTERVIEW TOM ODELL

ÉDITO

p18

p42

p30

p122

MARILOU BERRY

INTERVIEW MS MR

PORTRAIT

INNA MODJA

p52

p60

EN COUVERTURE THE SHOES

INTERVIEW ZELLA DAY

PORTRAIT

p72

p96

p114

PAUL ZIVKOVICH

RENCONTRE

SYRUS SHAHIDI

EDITO

p122

p132

STEFI CELMA

RENCONTRE THE SEASONS

p144

POSE MUSICALE

p148

MESSAGE SUBLIMINAL

PORTRAIT

p150

p132

ALICE ON THE ROOF

INTERVIEW A-WA

p156

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MARIE CANCIANI

Photographe et retoucheuse numérique basée à Paris depuis plusieurs années, je suis passionnée par l’image et l’esthétisme, j’aime créer pour chaque série des univers très différents. http://marie-canciani.com/

PAULINE DARLEY

MATTHIEU DORTOMB

Photographe sur Paris, j’ai suivi des études en communication et effectué des stages vers le monde de l’image pour m’ouvrir à un environnement photographique. J’aime créer avec l’humain et composer en mode et portraits. Pour résumer mon travail en photographie je pourrais citer plusieurs mots : symbolisme, ambiances, émotions mais surtout passion. http://paulinedarley.com/

Après des cours aux Beaux Arts et son BTS de graphisme en poche, il s’installe à Paris pour acquérir une expérience plus complète. Ses photographies sont souvent reconnaissables par leur côté ludique, coloré et décalé. Matthieu Dortomb insulfe de la poésie à travers des tapisseries rétros, des jouets, du maquillage... jouant ainsi sur notre rapport nostalgique à l’enfance. www.matthieudortomb.com

CONTRIBUTEU GABRIELLE MALEWSKI

Photographe de portrait parisienne, je travaille régulièrement avec des comédiens et musiciens, pour des séries de portraits ou les immortaliser sur scène. Passionnée par l’art et le cinéma, j’aime établir une complicité avec mes modèles afin de révéler leur beauté, leur personnalité et leur grain de folie. www.gabriellemalewski.book.fr

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GUILLAUME MALHEIRO

RACHEL SADDEDINE

Après l’obtention de mes diplômes aux écoles d’Arts de Paris et de communication visuelle, c’est tout naturellement, il y a 10 ans, que je me suis dirigé vers la photographie. Mon univers coloré, créatif et sensuel caractérise parfaitement mon travail. Autours de nombreux voyages, à la recherche de nouveaux sujets, et nouvelles émotions... www.guillaumemalheiro.com

Photographe freelance basée sur Paris. Sans cesse influencée par la musique, le cinéma et ses icônes, c’est dans la mode et le portrait qu’elle développe son travail de photographe. Elle recherche des ambiances, des attitudes, des gueules, et à en tirer ce qu’elle y voit. http://rachelsaddedine.com


SERVAN EDERN ILYNE

LOUIS ADRIEN LEBLAY

Basé à Barcelone depuis plusieurs mois, je fais une cure d’images au soleil avant de revenir à Paris l’année prochaine avec un book rempli de cactus et de ciel bleu. www.servanilyne.com

Photographe depuis une dizaine d’années, Louis Adrien est un aventurier urbain en quête de nouveaux territoires. Sa recherche photographique consiste à faire revivre le patrimoine industriel et culturel oublié. Sensible aux mouvements du corps et à l’étrangeté de la nature humaine, le choix d’intégrer un travail graphique et coloré permet à Louis-Adrien d’aller vers la photo de mode. http://www.load-leblay.com

URSLES PHOTOGRAPHES NICOLAS SIMOES

MAXIME STANGE

Photographe mais avant tout mannequin, j’ai voyagé à travers le monde et décidé de mettre en image toutes les expériences que je ferai. Passionné d’aventures et de nouvelles expériences, je me suis spécialisé dans le portait et la photo événementielle qui sont en parfaite harmonie avec mon métier de mannequin. hwww.santossimoes.com/

Photographe depuis plusieurs années, je me suis d’abord spécialisé dans le portrait et en arrivant à Paris, j’ai commencé à «étudier» la photographie de mode. J’y trouve tous les jours des nouveaux défis à relever dans ce domaine et des choses à faire évoluer, dans mes lumières, dans mes traitements, dans mes prises de vues... Le réel travail d’une vie en perspective. www.maxime-stange.com

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NICOLAS DESHAIS-FERNANDEZ

MÉLISSANDRE L.

RÉDACTEUR

RÉDACTRICE

EMILIE MALFAISAN RÉDACTRICE

Nicolas est paysagiste DPLG et botaniste indépendant. Il collabore notamment avec Gilles Clément, le collectif Coloco et le Jardin Botanique de Bordeaux, tout en développant ses propres projets hybridant la ville et le végétal avec un regard biologique non conventionnel. www.facebook.com/atelierndf

Auteure touche-à-tout. C’est sous prétexte de s’essayer à tous les genres littéraires (polars, SF, jeunesse, etc), qu’elle se crée des avatars à tour de bras. @Melissandre_L

Styliste freelance, gribouilleuse et plume à mes heures perdues. « Malfaisan », rousse, gauchère, lesbienne, rire de cochon… Bien que ma carrière dans les ordres fut très tôt compromise, il s’avère que je ne brûle pas en entrant dans une église (testé et approuvé). Elevée aux frites et à la bière, passionnée et infiniment maladroite, j’ai toujours mon mot à dire sur tout. Bref, vous saisissez, en plus d’être malfaisante, je suis parfaite, CQFD. @malfaisante

CONTRIBUTEU ALAN CLOISEAU ILLUSTRATEUR

Diplômé de l’École Boulle, je suis illustrateur freelance la nuit et designer chez Deezer le jour, depuis bientôt trois ans. J’ai 28 ans et j’aime beaucoup dessiner dans le métro ! www.alancloiseau.com @Attention_a_la_marche

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MARYGRIBOUILLE

LE CHOIX DU STYLE

ILLUSTRATRICE

STYLISTE

J’ai 31 ans, je suis illustratrice indépendante, je vis et gribouille dans mon petit appartement près de la mer, au Havre. Mon univers est coloré, frais, avec des personnages pétillants et décalés. Je travaille pour le web, la publicité, l’édition, la presse et les particuliers. Je m’amuse et raconte mes petits quotidiens sur mon blog. www.marygribouille.net

Le Choix du Style est une agence de conseil en style réservée aux professionnels et aux particuliers: magazines, comédiens, artistes ou toute personne ayant des fonctions de représentation. A sa tête : Gayanée Pierre, parisienne passionnée d’art et de mode qui habille célébrités et girls next door. www.lechoixdustyle.com


MARIE PARENT

MARIE REVEL

RÉDACTRICE

RÉDACTRICE

ENRIQUE LEMERCIER RÉDACTEUR EN CHEF

Community manager, blogueuse, «liseuse de magazines», fan de True Blood, compte se marier avec Eric Northman d’ici quelques temps. C’est un vampire ? M’en fous ! Compte monter les marches de Cannes un jour (même si je ne travaille pas dans le Cinéma) et remporter un Oscar pour l’ensemble de ma carrière (je m’entraîne toutes les semaines pour mon discours, un vase à la main).

Titulaire d’un BEP Astres Célestes obtenu en 1982 à l’Université de Gentilly, je lis le ciel comme on lit la presse people, de travers et uniquement dans le train. «Jamais sans ma lunette astronomique», telle est ma devise. Je sais de quoi demain sera fait et croyez moi, c’est pas jojo.

Passionné de magazines en tout genre depuis ma plus tendre enfance, j’avais toujours rêvé de pouvoir diriger mon propre support. Désormais à la tête d’une équipe de passionnés talentueux, j’officie en tant que rédacteur en chef de Pose Mag. Notre but : apporter un regard nouveau et décalé sur la mode et la culture et surtout, mettre en avant des artistes en devenir, en parallèle d’autres plus établis, que cela soit dans la sphère musicale, cinématographique ou encore télévisuelle. @MisterPoseMag

URS ET TOUS LES AUTRES CAMILLE OSSCINI

CÉCILE SANTOS

MAKE-UP ARTIST

GRAPHISTE

Jeune trentenaire parisienne et mère de famille, Camille exerce le métier de maquilleuse professionnelle depuis plusieurs années. Elle officie en tant que «Mademoiselle MU», le duo professionnel qu’elle forme avec son compagnon, Sess. Magazines, web, personnalités, catalogues... Rien ne leur résiste ! http://www.mademoisellemu.fr/

Couteau Suisse dans mes choix professionnels, après les visuels en Projection Monumentale et pluiseurs années dans l’édition, j’explore depuis quelques mois l’univers du packaging. Et aussi quelques animations videos et illustrations. Côté perso, je reste dans cet univers avec un chien nommé Plume. www.cecilesantos.com

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PORTRAIT ALESSIA CARA

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ALESSIA CARA LA QUINTESSENCE DU COOL Depuis quelques mois, un nom résonne sur toutes les lèvres (ou plutôt les comptes Twitter) des people américains, celui d’Alessia Cara, jeune Canadienne de 19 ans à la voix soul puissante mais teinté de cette fraicheur adolescente qui ne se feint pas. Quand Taylor Swift, Drake et Perez Hilton vous recommandent à leurs fans, on imaginerait aisé de prendre la grosse tête. Pourtant Alessia Cara est la quintessence du nouveau cool : une interview avec la jeune artiste est comme passer un après-midi avec votre meilleur ami d’enfance. Elle navigue entre les questions complexes et les plaisanteries avec une légèteré contagieuse et une maturité optimiste, Pose Mag vous laisse découvrir ce personnage atypique aussi rafraichissant que ses chansons.

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Les vidéos de ton EP four Pink Walls, toutes tournées par toi avec une perche à selfie, capturent à la perfection la maladresse adolescente dont tu parles dans tes chansons. Comment gères-tu cette tournée de presse, est-ce que ça te met mal à l’aise ou bien est-ce que tu commences à t’y habituer ? C’est vrai que je suis timide dans la plupart des situations (rires), mais quand il s’agit de parler à la presse, ça va. Du moins maintenant ça va. C’est une simple conversation et puis souvent les questions sont sympas et orientées vers mon travail, alors Et puis à force, je m’y suis habituée : plus on fait d’interviews, plus on est à l’aise ! Tu as commencé à poster des vidéos sur youtube à 13 ans, tu en as 19 et es l’artiste la plus jeune de ton label, qu’espère-t-on d’une carrière à cette âge-là, qu’as-tu envie de faire au niveau professionel ? Oh ça, c’est une question difficile (rires). Il y a tellement de choses que je voudrais accomplir ! La plus importante, c’est de réussir à atteindre une certaine longévité dans ce milieu. Je veux que ma musique puisse durer dans le temps et pas simplement sortir une chanson ou un album à succès et que les gens m’oublient l’année d’après. Je veux qu’on se souvienne de moi pour ma créativité. Aborder la vingtaine, c’est aussi avoir de très grands rêves, quel est la chose la plus folle que tu souhaites réaliser avant d’avoir 29 ans ? J’adorerais faire du parachute ou un truc complètement dingue dans ce genre ! Même si je serais sûrement terrifiée ! Tu es très fan d’Amy Winehouse, as-tu peur que commencer une carrière aussi jeune, comme elle, soit difficile à vivre ? As-tu des plans pour mieux supporter tout le succès qui t’attend ? C’est vrai que débuter jeune est assez terrifiant, parce que l’industrie de la musique et du spectacle est énorme et qu’elle implique tellement de gens qu’il y en a forcément quelques uns qui tenteront de vous influencer, vous donner leur opinion. Il faut savoir garder la tête sur les épaules. Je déconseillerais aux jeunes de moins de 18 ans de s’y risquer. J’ai commencé tôt, mais jamais je n’aurais imaginé qu’en postant mes reprises sur youtube, cela pourrait m’amener là où je suis aujourd’hui. J’ai été découverte à 16 ans, écrit mes chansons à 17, et finalement, je n’ai réellement introduit le système qu’en mai dernier. Je suis suis vraiment heureuse que ça se soit passé graduellement comme ça. Si tout s’était acceléré plus jeune, je ne sais pas si j’aurais été capable de faire face. C’est beaucoup de choses à gérer. Compter sur une famille et des amis solides, qui sont là, être aussi bien entourée, c’est une chance. Mon père voyage tout le temps avec moi. Tu es très différente dans ta musique et dans ton style des autres stars adolescentes. Un peu plus humaine et normale peut-être ? Est-ce que ce côté réel est un aspect que tu veux garder pour ta future musique ? La musique est meilleure quand on est honnête avec les gens, que ça vient de soi. Le public n’est pas idiot, on sait faire la différence entre ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas. En tant qu’êtres humains, on ressent des choses et je crois que le seul moyen de s’identifier à une musique est lorsque l’artiste défend de véritables sentiments. C’est très important pour moi. Lorsque je chante, il faut que je ressente ce que je dis dans les paroles, ça doit être personnel. Parle-nous de la création de l’album, quelle part as-tu pris dans son écriture ? L’EP et l’album ont été entièrement écrits par Sebastian Kole (compositeur du label Mottown Records*) et moi. Sebastian a été incroyable et l’album est beaucoup naturel comme cela. Quand on travaille avec 36000 personnes sur un même album, on peut se perdre, oublier l’objectif qu’on s’était donné. En petit commité, ça permet de rester soi-même. Pour le prochain album, j’écrirai probablement tout toute seule. J’en ai toujours eu envie. Même si, j’avoue que dans le même temps, j’ai du respect pour beaucoup d’auteurs-compositeurs et forcément l’idée de collaboration peut-être très tentant (rires) ! Quoi qu’il en soit, je veux continuer à être une part intégrante de toutes les étapes de la création. Je ne suis pas du tout de ceux à qui ont file une musique et à qui l’on dit “voilà tu vas chanter ça” (rires). (*note de la rédaction)

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À part Amy, quelles sont tes dernières influences musicales ? Il y a pas mal d’artistes cools en ce moment, ils n’ont pas influencé cet album-ci, mais pourquoi pas pour le prochain ! Il y a cette fille Melanie Martinez qui mélange des thèmes de l’enfance avec des situations d’adulte. Le concept de son album Cry Baby est étrange, mais j’aime vraiment et le son est très intéressant. J’aime que son album soit si homogène et cohérent. J’aime aussi l’Australien Troy Sivan qui vient de sortir un EP intitulé Wild. Les deux sont de la pop alternative, presque un peu electro. C’est vraiment ce que j’aimerais essayer de faire. Peux-tu nous parler de tes autres inspirations, en dehors de la musique ? Je suis intéressée par tellement d’autres choses, mais principalement par les gens, ce qu’ils disent. J’adore étudier les gens autour de moi. J’aime beaucoup lire de la philosophie, des livres ou des films qui font réfléchir ou se remettre en question. J’aime des films comme Inception par exemple. Mais si je ne devais recommander qu’un seul livre, ce serait le roman jeunesse Looking for Alaska de John Green. Ça m’a énormément touchée, surtout quand, enfin... Il faut le lire (rires) ! L’écriture a beaucoup d’importance pour toi, tu as notamment écrit des poèmes, des raps, est-ce que tu envisages des formats plus épais, des romans, des documentaires ? Pourquoi pas, j’ai commencé à écrire de la poésie et des nouvelles. Alors peut-être qu’un jour, je sortirai un recueil de tout cela, ou pourquoi pas un roman ? J’adore l’écriture, vraiment tout le procédé que ça représente. Je sais que beaucoup d’artistes sortent des biographies, mais soyons honnêtes, ils ne les écrivent même pas eux-même. Si je sors un livre, je veux pouvoir être capable d’écrire l’histoire du début à la fin. Je ne sais pas si j’aurai le temps par contre (rires) ! Il existe un lien youtube où tu avoues regarder des vidéos de dermato enlevant des points noirs, c’est fou ! En parlant d’astuces beauté, quelles seraient tes trucs à donner aux autres jeunes « to freeze the time at seventeen » avoir toujours l’air d’avoir 17 ans ? Ahah oui, je ne sais pas pourquoi ces vidéos me fascinent, ça doit être cathartique et puis ça se finit toujours bien ! Je suis plutôt mauvaise question astuces beauté (rires). Je dirais : de ne jamais oublier l’anti-cernes, j’ai de gros soucis avec ça. Du coup, j’utilise un correcteur couleur pêche en premier, pour rééquilibrer la teinte de ma peau et ensuite je pose l’anti-cernes. L’autre astuce que je vous donnerai, c’est celle du coton tige, pour corriger les erreurs, notamment au niveau de l’eyeliner.

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Dans la même vidéo, tu parles de la poutine comme d’un plat sacro-saint, as-tu eu le temps de tester des spécialités françaises ? Les macarons et aussi les crêpes, pour la première fois de ma vie et c’est quelque chose que je ne suis pas prête d’oublier (rires). Dans toutes les interviews que tu as donné, les journalistes te posent les mêmes questions, si tu avais le choix de quoi aimerais-tu parler là tout de suite, maintenant ? Le féminisme ! C’est important de pouvoir en parler parce beaucoup trop de gens considèrent encore qu’il s’agit d’une mauvaise chose, ou que les féministes détestent les hommes. Ce qui est complètement faux. Je ne comprends pas comment on ne peut pas être pour l’égalité. Je ne considère pas illégitime que des hommes se revendiquent fémjnistes, ça a pour le moment presque plus d’impact puisqu’ils ont pour le moment les privilèges d’être entendus. Bien sûr, les droits de la femme ont évolué, mais il y a encore tellement à faire sur le plan sociétal, je m’en rends compte régulièrement, même si j’ai la chance de ne pas avoir été concernée directement. Les femmes sont des êtres vivants, mais parfois, on a l’impression de ne pas être traitées comme tel. Par exemple, dans certains clips de musique. Je tiens à faire des clips que l’on peut regarder avec ses parents sans en être gênée ! J’ai d’ailleurs fait une chanson dans ce sens, sur l’image de soi, elle s’appelle Scars till you’re beautiful. Les filles de mon âge pensent qu’elles doivent agir de telle ou telle façon, ressembler à tel cliché pour être belles, et c’est de cela j’ai envie de parler. Du fait d’être une femme, on va souvent remettre en question votre valeur, il ne faut pas hésiter à prouver le contraire, montrer ce que l’on vaut et qui nous sommes. Propos recueillis par Mélissandre L. et Enrique Lemercier Crédit photos : Rachel Saddedine pour Pose Mag

Son actualité : L’album d’Alessia Cara, «Know-it-all» est disponible depuis mars 2016. La sortie de l'album est prévue pour début 2016.


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SHOPPING LE RETOUR DE LA ROBE EN JEAN Bonne ou une mauvaise nouvelle, peu importe, il faut s’y résoudre : On ne blackliste plus les 70’s. Je répète, on ne blackliste plus les seventies ! Non pas que les cols pelle à tarte nous avaient vraiment manqué (d’ailleurs, qui à osé un jour dessiner ça ? On se le demande tous...) mais de nombreux stigmates de cette époque haute en couleur font leur comeback cet été ! Et parmi eux, la robe en jean. Evidemment, quand les grands de la mode décident de ressortir une pièce bannie des garde-robes pendant près de quarante ans, il est tout à fait légitime de se demander comment faire pour suivre la tendance et ne pas avoir l’air d’être tout droit revenue du passé. Pour vous aider à y voir plus clair, voici deux looks complètement différents, qui illustrent bien le côté caméléon de cette bonne vieille robe en jean ! LOOK 1 Pour ce premier look, j’ai craqué sur un ensemble à l’inspiration résolument nippone, couvrant et large, parfait pour préserver sa peau diaphane et fragile des premiers rayons de soleil. J’ai donc sélectionné une robe chemise oversize, un jegging noir et une paire de mules noires à semelles compensées. Pour accessoiriser le look, on opte pour un sac modulable (comme cela, plus besoin de choisir entre pochette ou sac) en suèdes, une paire de lunette de soleil en cuir bleu et une jolie manchette. Ainsi, me voilà lookée minimaliste mais sans être ennuyeuse !

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6. 1. Lunettes de soleil Fire SLAVE TO ANCESTORS 550€ 2. Manchette BALENCIAGA EN CUIR 205€ 3. Sac modulable BE UNPERFECT 360€ 4. Robe en chambray JUNYA WATANABE COMME DES GARÇONS 445€ 5. Jean skinny FRAME DENIM 216 € 6. Tong en suède NEWBARK 498€ 16


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SELECTION ET ILLUSTRATIONS EMILIE MALFAISAN

LOOK 2 Pour l’autre look, j’ai décidé de la jouer davantage femme fatale. J’ai d’abord choisi une petite robe en jean un brin girly, avec une jolie coupe. Bien sûr, j’aurais pu choisir de continuer dans l’identité girly, mais comme j’aime jouer des contradictions, j’y ai ajouté une paire de cuissardes dont le talon est un briquet et un bomber noir pour mettre l’accent sur mon coté badass. Pour le sac, on confirme le coté décalé du look, avec un sac à dos tout droit sorti d’une bande dessinée ! Sur la tête, mon beanie, les ongles fardés de mon vernis holographique favori, un joli rouge à lèvres prune et me voilà parée pour faire tomber la ville à mes pieds. 1. Bomber avec zip devant et dos VETEMENTS 1190€ 2. Robe en denim CO 446€ 3. Cuissardes en jersey et talons briquets VETEMENTS 1390€ 4. Sac à dos JUMPFROMPAPER 100€ 5. Beanie BETON CIRÉ 85€ 6. Rouge à lèvres URBAN DECAY 22€ 7. Vernis IL ETAIT UN VERNIS 12,90€

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RENCONTRE MARION MOT

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Elle chorégraphie les concerts de Christine and the queens, mais s’est occupée aussi de Stromae, a dansé aux cotés de Madonna... Marion Motin a plus d’une corde à son arc puisque c’est elle qui signe également les choreographies de la comédie musicale Résiste. France Gall et sa joyeuse bande d’artistes y rendent hommage aux plus belles compositions de Michel Berger. Rencontre avec la chorégraphe qui a le vent en poupe, la belle et talentueuse Marion Motin. Pour commencer, si on revient sur ton parcours, on peut voir que tu as débuté très tôt avec la danse classique, comment est né ce désir pour la danse et comment expliques-tu le virage vers le hip-hop ? En fait ça a toujours été le hip-hop. A l’époque, il n’y avait pas vraiment de cours alors ma mère m’a inscrite au conservatoire pour avoir des bases de danse classique. J’y ai fait du contemporain et du solfège. Je n’ai jamais vraiment porté la danse classique dans mon cœur, en tout cas je n’ai jamais vibré avec. D’ailleurs, je me faisais un peu réprimander pendant les cours parce que je faisais des tombés en grands écart à la James Brown, la prof a vite capté que la danse classique n’était pas pour moi. La danse est arrivée très tôt pour moi, via la musique. Je ne parlais pas beaucoup lorsque j’étais petite, je m’exprimais plus par le corps. Il parait qu’une de tes profs te disait à l’époque que tu aurais du faire du French Cancan, justement à cause du grand écart, tu ne regrettes pas trop de ne pas t’être dirigée vers cela ? Non (rires), à l’époque pour la prof, un tombé grand écart c’était le French Cancan, moi dans ma tête j’avais James Brown ou Mickael Jackson, c’était différent. On n’avait pas les mêmes références ! Une sœur illustratrice et toi danseuse et chorégraphe, la fibre artistique c’est un peu inné chez les Motin ? C’est vrai que depuis toutes petites, ma sœur et moi, on a toujours dansé et dessiné. A la maison quand on s’ennuyait et qu’il ne faisait pas beau, on dessinait, on a toujours dansé aussi. On savait faire les deux, maintenant on avait des prédispositions et des préférences. Il parait que tu bougeais en rythme sur les jappements du chien quand tu étais petite, c’est comme ça qu’on reconnait un futur talent en danse ? Un futur talent en danse ou une autiste ! (rires) Ma mère a préféré voir le talent artistique plutôt que l’autiste, même elle s’est inquiété de temps en temps c’est vrai, on en reparle régulièrement.

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Je me mettais aussi sur l’aspirateur quand il était allumé, je restais scotchée dessus, les vibrations me parlaient. Ca va avec le fait que j’ai parlé tard, j’étais dans mon monde intérieur. On te pose souvent la question, mais ça fait quoi de danser à côté de Madonna ? C’est cool ! Après elle vole un peu trop la vedette, du coup au début c’est bizarre, tu te dis « Bah pourquoi les gens ne me regardent pas » ! Et puis tu comprends qu’ils regardent tous Madonna. Je n’avais plus l’habitude, je sortais d’une ou deux années de compagnie, les gens venaient vraiment voir des spectacles de danse et la première scène avec Madonna m’a vraiment marqué, j’ai regardé le public et j’ai vu qu’ils étaient tous accaparés par elle. Mais c’est normal, il fallait juste que réalise que ce n’était pas du tout un spectacle de danse mais un concert. Mais sinon, c’est cool ! Tu as eu des contacts directs avec elle ? Oui, elle est très cool, elle parle, pendant les répétitions elle blague, elle taquine, elle vanne. Elle parle avec tout le monde, elle n’est pas du tout distante. Après Madonna, comment tu pourrais faire plus fort ? Est- ce qu’il y a des artistes avec qui tu aimerais travailler, qui te font rêver ? Oui, Stromae, Christine & the Queens (rires). C’est vrai, ils me font rêver. Je le dis souvent, mais j’aimerais bien travailler aussi avec des acteurs, peut-être Leonardo DiCaprio, des mecs comme ça, qui ont un truc, ou même

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des réalisateurs, Tim Burton, des projets un peu fous. J’aime bien ce que dégage la fille de Will Smith, Willow. Elle a un univers qui m’intéresse, elle développe vraiment un truc intéressant. J’aime aussi Tylor, The Creator ? J’aime les gens qui ont un univers marqué et une forte personnalité. On t’a pas mal vue dans la presse ces derniers mois, comment expliques-tu cet intérêt grandissant pour la danse ? C’est parce que les chanteurs se mettent à danser, tout simplement. Ce sont eux le média direct avec le grand public. Ce sont eux qu’on voit au devant de la scène, il y en a plein qui se mettent à danser, donc forcément la danse revient à la mode. Tu travailles avec la désormais célèbre Christine & The Queens, qu’on a eu en vedette dans le magazine il y a bientôt trois ans, comment s’est faite cette rencontre ? C’est son directeur artistique, de la Gaité Lyrique, Benoît Rousseau, qui m’a contacté parce qu’il fallait chorégraphier sa tournée. Elle avait vu mon boulot et elle aimait bien, donc voilà ils m’ont contacté directement. Elle semble complètement habitée lorsqu’elle est sur scène, lorsqu’elle danse, c’est toi qui lui as aussi insufflé ce truc ? Non non, elle est vraiment habitée, ça ne s’insuffle pas ce genre de chose ! (rires) Je pense que tu peux le faire se déclencher chez des personnes en leur faisant prendre


conscience de ça mais Christine est quelqu’un d’habité. Ca fait un an et demie qu’elle tourne, elle est entourée de danseurs, au bout d’un moment tu te lâches et tu vas encore plus loin dans ce que tu fais, mais elle est habitée avant ça, ils sont quarante dans sa tête ! (rires) On comprend donc mieux comment tu peux te retrouver aux commandes des chorégraphies de la comédie musicale Résiste, comment est née cette opportunité et est-ce que c’est un exercice que tu as déjà fait ? C’est Hakim Nassouh qui m’a contacté pour m’occuper des chorégraphies, c’est un exercice que je n’avais jamais fait, c’est tout nouveau pour moi. J’aime bien les challenges et les nouvelles expériences. Le hip-hop, Michel Berger et France Gall, tu crois que ça peut vraiment faire bon ménage ? Dans la compagnie de danseurs, il n’y a pas que des danseurs de hip-hop, il y a de tout, et moi je ne me considère pas comme danseuse hip-hop. Je viens du hiphop et ce qui me parle et ce que je garde du hip-hop, c’est les tripes et le côté instinctif, maintenant aujourd’hui je danse et je m’exprime corporellement, ma source et mon déclencheur a été le hip-hop. Je pense que Michel Berger, France Gall et le hip-hop, en tout cas l’instinct et l’énergie qui s’en dégagent, vont très bien ensemble.

Comment s’est déroulé le travail de préparation des chorégraphies ? Ca fait combien de temps que tu travailles dessus, quelles ont été les grandes étapes ? On a commencé les vraies répétitions en mai ou juin dernier et on a eu dix jours pour créer un maximum de chorés. J’ai travaillé chez moi le soir, j’imaginais des trucs, je testais sur les corps des danseurs, on a fait des ateliers, on a exploré. C’est la première fois que tu travailles pour une comédie musicale, est-ce que tu en as vu plein avant ? Pas du tout ! Je n’aime pas trop les comédies musicales ! (rires) J’en ai vu quelques unes, mais elles m’ont laissé indifférente. Vu que ce n’est pas trop mon truc, je travaille main dans la main avec Ladislas qui fait la mise en scène. Pour moi c’est comme créer un spectacle de danse, il y a une narration, un thème, un sujet, une histoire et les chansons. Avec la danse, je les mets en corps. Je ne pense pas comédie musicale, je pense narration, je pense émotion et énergie, et comment faire passer l’énergie de la chanson dans le corps des danseurs, c’est tout. Est-ce que les chorégraphies sont amenées à évoluer au fil des représentations ou est-ce que c’est un truc qui est figé avant la première et qui ne bougera plus du tout ? L’idéal, c’est que ça bouge pas. Après ça évolue toujours

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une chorégraphie, c’est un art éphémère, ce ne sera jamais deux fois le même spectacle, c’est jamais deux fois la même chorégraphie. C’est fixé, mais si demain il y a un truc qui me gène, je prendrai la liberté de le changer. Je n’aime pas fixer un truc définitivement. Le but, c’est vraiment que tous les danseurs habitent et s’approprient les chorégraphies. Plus ça va, plus ça prend corps. C’est comme sur Christine & The Queens, le premier spectacle est différent de celui d’aujourd’hui, ce n’est plus le même parce qu’ils ont absorbé, digéré et ils vivent les chorégraphies, ça bouge forcément un peu mais c’est ça qui est beau et intéressant. Dans la chanson Résiste il y a cette phrase « si on te fait danser sur une musique sans âme », c’est quelque chose qui t’est déjà arrivé, danser sur une musique sans âme ou du moins que tu n’aimais pas du tout, si oui est-ce que c’est pas trop difficile ? C’est hyper dur parce que ce qui te transporte dans une musique, ce qui te fait danser, c’est justement l’âme que le chanteur, le musicien ou le producteur a mis dans cette musique. Parfois dans le hip-hop, en battle, ils créent des chansons absolument inintéressantes, des espèces de boucles d’instruments hyper répétitifs, c’est indansable pour moi parce qu’il ne se passe rien. Du coup, tu pars dans une exécution de mouvements qui n’est pas habitée. Pour moi danser sur une musique sans âme, c’est hyper difficile ou alors il faut carrément que je fantasme et que je me projette dans un tout autre monde. Il faut que j’aille chercher loin pour ramener mon âme sur un truc sans âme, mais c’est difficile. Pour finir, si on se quittait sur une parole d’une chanson de Michel Berger et France Gall, ce serait laquelle ? (rires) Il y en a tellement… « Et pour quelles raisons étranges les gens qui ne sont pas comme nous, ça nous dérange ».

Propos recueillis par Enrique Lemercier Photographe : Matthieu Dortomb pour Pose Mag La Comédie Musicale « Résiste » repartira en tournée en France à partir du 16 septembre. Elle passera entre autre par Lyon, Epernay, Nantes, Amiens, Rennes, Lille... Retrouvez toutes les dates et actualités de la comédie musicale sur le site officiel : http://resistelacomediemusicale.fr/

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POSE DECO GONFLÉ À BLOC Les objets insolites ne cessent d’envahir notre intérieur. En tout cas, ils ont bel et bien envahi le mien. Si je fais un tour d’horizon rapide de mon appartement, j’aperçois par exemple un vase cactus, une table basse avec des pieds façons pattes d’oiseaux et une tirelire hamster. Préparant ces pages shopping, en quête de décoration atypique, je me suis retrouvé sur plusieurs sites qui proposaient des objets gonflables. J’ai alors pu retrouver ceux qui ont inondé Instagram l’été dernier (bouées licorne, bretzel ou donut en tout genre). Ces photos nous ont donné envie de vacances, de mer et de soleil mais aussi bizarrement de chevaucher vaillamment un flamant rose !

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Voici donc une sélection composée de bouées qui ne manquerons pas de vous faire remarquer à la plage cet été et qui vous garantiront par la même occasion une bonne dose de likes sur les réseaux sociaux ! Pour ceux qui n’ont pas de plan vacances à venir, vous pourrez toujours les utiliser en déco dans votre salon, en guise de fauteuil pour les invités. Attention tout de même, cela reste fragile. Pensez donc à instaurer un périmètre de sécurité entre votre chat et l’objet gonflable et à dire à votre cousine Jessica, lorsqu’elle passera vous rendre visite, de ne pas s’asseoir. Tant pis pour elle, elle n’avait qu’à pas vous faire l’affront de porter une nouvelle fois son jean Kaporal avec des fermetures sur les poches arrière. Pour varier un peu, vous retrouverez aussi dans cette sélection quelques objets gonflables improbables, mais qui pourront faire leur effet pour casser le style un peu trop lisse de votre intérieur. Et pour finir, afin de ne pas heurter la sensibilité de notre jeune lectorat, j’ai évité tout ce qui était dans la catégorie poupée. Ne me remerciez pas.

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EDITO MARILOU BERRY PHOTO MATTHIEU DORTOMB MAKE-UP ARTIST MADEMOISELLEMU COIFFURE BRIGITTE MEIRINHO USING @TIGI STYLISME GAYANÉE PIERRE - LE CHOIX DU STYLE RÉALISATION ENRIQUE LEMERCIER

Blouson JEAN PAUL GAULTIER Boucles d’oreille JOON JEWELLERY 30


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Veste JEAN-PAUL GAULTIER Top et jupe KNITSS Bijoux JOON JEWELLERY Chaussures vintage

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Robe PIERRE-HENRY BOR

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Robe KNITSS Boucle d’oreille SWAROVSKI

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Veste JEAN-PAUL GAULTIER Body ZARA Ceinture AZZEDINE ALAÏA Bijoux JOON JEWELLERY 38


Elle nous a ému et bousculé dans « Vilaine », elle nous a fait beaucoup rire dans « Les Reines du ring » ou encore dans « Joséphine », dont elle a assuré la réalisation du second volet, qui était il y a quelques semaines en salle. L’humour, elle en a fait sa force et si les personnages sont souvent taillés pour elle, il suffit de suivre Marilou Berry sur les réseaux sociaux pour comprendre que le rire et le second degré font intégralement partie d’elle et de son quotidien. C’est donc sans hésiter qu’elle a répondu positivement à notre demande, lorsque nous lui avons proposé un shooting ultra glamour, avec plusieurs clins d’oeil à cette chère famille Kardashian. Ce fut l’occasion pour nous d’en savoir plus sur cette femme très sympathique, généreuse, talentueuse et sincère, qui a rapidement démontré qu’elle n’était pas seulement « la fille de ».

Tu as eu ta première expérience au cinéma très tôt, dans le film « Ma vie est un enfer ». Quel souvenir gardes-tu de ce tournage ? C’était une figuration, un clin d’œil. J’en garde un assez mauvais souvenir ! Beaucoup de trac, la sensation d’être extrêmement mauvaise. C’est ce que je me dis quand je revois l’extrait et que je m’entends chanter !

été super importants pour moi. Il est repassé à la télé il n’y a pas longtemps et je l’ai regardé. Je le trouve super touchant ce film, il a bien vieilli, il n’a pas d’âge. Il est universel, c’est un personnage qui parle à plein de gens. En plus mes chats sont ceux du film, alors j’ai beaucoup de liens affectifs avec « Vilaine » !

Une mère actrice et un père sculpteur. Tu as décidé au final de suivre la voie de ta mère. Pourquoi ? Tu n’étais pas assez douée pour la sculpture ? Oui, même si j’aime bien ça. J’en ai fait beaucoup avec mon père, j’en fais toujours d’ailleurs, mais ce n’est pas mon truc. Pour le coup, je pense que je n’ai pas eu la fibre qui m’a donné envie de pousser plus loin. Je pense que boulangère ça aurait été bien sinon ! (rires)

Est-ce qu’il y a quelque chose que tu regrettes dans les choix professionnels que tu as pu faire jusqu’à aujourd’hui ? Non, à chaque fois que j’ai refusé un film, je ne l’ai jamais regretté. Tous les films que j’ai fait, j’ai vraiment aimé mes personnages. J’avais toujours quelque chose à y défendre sincèrement. Même dans des films plus populaires comme « La croisière », j’ai adoré jouer mon personnage. Être une gogo danseuse en étant la femme de Patrick Bouchitey, c’est fou ! Ça ne peut pas se regretter.

On parlait de tes parents mais tu as aussi un oncle de renom, qui n’est autre que Richard Berry. Est-ce que ce dernier t’a épaulé dans ton parcours de comédienne ? Avec mon oncle, j’ai été stagiaire régie sur un de ses premiers films en tant que réalisateur et j’ai adoré. C’était la fin de ma scolarité et j’avais envie d’être sur des plateaux. Je faisais assistante mise en scène ou régie sur les films de ma mère de temps en temps. Sur « Un grand cri d’amour » par exemple et également sur un film de mon oncle qui s’appelle « L’art délicat de la séduction » avec Patrick Timsit et un des tous premiers rôles de Cécile de France. J’ai adoré, je me suis super bien entendu avec l’équipe. J’ai eu l’appendicite alors je n’ai pas pu finir le tournage, mais c’était génial. Le déclic est quand même venu avant, j’avais envie de pouvoir être sur un plateau, de regarder, mais ma mère et mon oncle ont permis de réaliser ça. On peut dire que le film « Vilaine » a vraiment marqué ta carrière. Huit ans après la sortie, quel regard portestu sur ce film et sur le rôle de Mélanie que tu as joué ? J’adore ce film ! Pour moi, il y a « Comme une image » et « Vilaine ». Malgré leurs différences ils ont tous deux

Il y a quelques années, tu as décidé de changer ton image en perdant du poids et en devenant blonde. Comment te sens-tu désormais ? Est-ce que ton apparence est en adéquation parfaite avec ta personnalité ? Pour le coup, je suis devenu blonde pour « Joséphine », donc ce n’était pas un choix personnel, mais après j’ai beaucoup aimé, donc j’ai perduré dans la blondeur ! Mon apparence a toujours été en adéquation avec ma personnalité. L’apparence, c’est un pendule, ça change, encore plus dans mon métier. C’est ça que j’aime bien, pouvoir changer de tête à chaque fois. Avoir aussi bien des dreadlocks que des rajouts et jouer une pétasse… Ou être plus sèche et faire du sport pour faire du catch. J’aime beaucoup me changer, jouer avec mon physique. Je trouve qu’un acteur est amené à se transformer. C’est vrai, les femmes moins que les hommes, parce qu’elles restent souvent dans leur rôle de jolie, qui est souvent la femme du personnage principal... Alors que c’est génial de pouvoir changer de tête.

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Nous nous apprêtons à te faire endosser le rôle de Kim Kardashian pour notre séance photo. Que penses-tu de cette femme ? Elle est incroyable. Ce sont des gens qui me fascinent. Déjà l’entreprise est quand même dingue parce que c’est énorme et basé sur du rien. Faut être super fort pour faire ça ! C’est fou, c’est leur mère qui a tout monté, qui mène le truc à la baguette depuis le départ, qui fait rouler le business, qui organise des shows à la con, qui vend la sextape de sa fille. C’est vraiment « Amour Gloire et Beauté » puissance vingt ! Avec en prime, le petit surplus drama avec le changement de sexe de leur beau-père ! On pouvait pas faire plus américain que ça ! Ça me fait rire, mais je me demande comment sont ces gens dans la vie. Je trouve ça super intriguant, mais en même temps, ce n’est pas forcément une situation que j’envie. Tu es proche de Zahia si je ne me trompe pas, à qui tu as d’ailleurs offert un rôle dans « Joséphine s’arrondit ». Est-ce que tu as donc une petite passion cachée pour les femmes plantureuses, voire les bimbos ? Zahia, je ne trouve pas qu’elle soit bimbo. Je trouve qu’elle dégage un truc. Elle m’intrigue, elle a quelque chose d’incroyable, déjà physiquement. C’est un ovni. Et puis je trouve qu’elle n’est pas vulgaire. Elle n’a pas une grosse bouche refaite, elle n’a pas un petit nez. Elle a une originalité dans son physique. Elle n’est pas comme Kim Kardashian, ce n’est pas la même culture. Elle n’est pas dans ce schéma d’uniformisation esthétique du visage, des traits. Et elle est en même temps ultra féminine. Je trouve qu’elle a des seins incroyables, elle a des hanches hallucinantes de femme. Et puis cette économie de parole ! Avoir réussi à faire tout ce qu’elle a fait avec un dossier aussi lourd que le sien au départ, c’est génial et c’est super intelligent. C’est quelqu’un qui m’impressionne. Et puis j’aime bien la nana. Quelle transformation physique refuserais-tu absolument, même si c’était pour un premier rôle dont tu rêves ? Aujourd’hui, l’avantage, c’est que les transformations physiques extrêmes peuvent se faire avec des trucages. Même si on me demandait de prendre 92kg, j’aurais toujours un moyen de les prendre autrement qu’en vrai. Sinon, les choses qui sont irréversibles. Reprendre beaucoup de poids serait compliqué, parce que c’est toujours plus facile dans l’autre sens. Faudrait vraiment que le jeu en vaille la chandelle. Mais je ne suis pas fermée ! (rires) J’avais refusé à regret « La compagnie du pélican » (de Peter Greenaway). C’était entièrement à poil, dans des conditions compliquées. En même temps c’était super intéressant et le film s’est monté différemment. Il a abandonné l’idée de le faire avec des acteurs classiques, il a pris des amateurs et des gens issus du porno ou

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de l’érotisme. Ça racontait l’histoire d’une compagnie de théâtre qui rejoue en 1600 l’histoire d’Adam et Eve. Il m’avait proposé le rôle d’Eve. Au final, le film est très bien, avec une esthétique incroyable. Ça s’est fait avec rien, dans un décor unique. C’est pas tant la nudité mais plutôt les détails, l’intimité... qui me dérange. J’aurais du mal. Et d’ailleurs, quel serait le rôle parfait pour toi ? Celui que je n’ai pas encore joué pour le moment ! Moi j’aime bien les surprises. Des personnages différents, noirs, plus matures, de mère, des choses qui changent. Et celui que tu aurais aimé joué ? Y’en a plein ! Après, ce sont souvent des rôles d’hommes, ils sont souvent mieux au cinéma. Que ce soit « The Truman show », « Menteur, menteur », « Big », « Un jour sans fin »… J’aurais bien aimé joué avec les Monty Python aussi, ça devait être sympa. Dans d’autres registres, « Monster », ces films-là, avec des femmes. Ou encore « Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? », si j’étais plus vieille. On parlait tout à l’heure du film « Joséphine s’arrondit », qu’est-ce qui t’a décidé à passer derrière la caméra pour cette suite de Joséphine ? C’était quelque chose qu’on s’était dit dès le départ avec le producteur, sur le tournage du premier. Moi j’avais déjà envie de réaliser et j’étais sur l’écriture de mon prochain film. Et il m’a dit « bah écoute, si on en fait un autre, tu le réaliseras. » Parce qu’il avait envie de produire mon premier film. Et quand est venu le moment de se poser la question, je me suis dit « pourquoi pas ? ». Parce que c’est un personnage que j’aime beaucoup, qui est proche de moi. C’est un univers que j’ai envie de développer, sur lequel j’ai pas mal de trucs à dire. Le thème de la grossesse et du couple est un sujet qui n’a pas été trop revu à travers les yeux de notre génération. Il y a eu des classiques mais aujourd’hui, les gens de trente ans n’ont pas leur film sur ce sujet. J’avais envie d’y mettre toutes mes angoisses, de m’approprier la chose. Donc c’est venu assez naturellement. On dit « jamais 2 sans 3 » ? Je ne pense pas. Pas tout de suite du moins. Parce que deux, c’est bien. S’il y en a un autre, je pense qu’il faut laisser les personnages vieillir un petit peu, donc ce n’est pas à l’ordre du jour. On t’a vu sur France 2 dans un épisode de la série « Accusé ». Nous n’avons pas l’habitude de te voir dans ce type de rôle. Comment cela s’est passé et qu’estce qui t’a convaincu dans cette proposition ? J’aime beaucoup le concept d’avoir un accusé, un personnage par épisode, dont on retrace son parcours.


Et puis le personnage, l’histoire. J’aime l’idée d’aller au travers d’une minorité, atteindre un thème très universel qui est l’indifférence, l’injustice. Comme d’habitude, tout est plus facile pour les hommes. Je trouve que c’est plus difficile d’être lesbienne qu’homosexuel au masculin. Parce que c’est une minorité moins visible, ça a moins évolué dans notre société d’image. Aujourd’hui, l’homosexualité masculine est beaucoup plus ancrée dans la société que l’homosexualité féminine qui est encore représentée par soit une « Marie-Jo », soit le fantasme masculin de base de deux nanas qui se roulent des pelles dans un film porno. Alors que les homosexuels d’aujourd’hui, ce n’est pas écrit sur leur tête forcément. En discutant avec une copine homo, j’ai tilté sur des choses auxquelles je n’avais pas pensé. Elle me parlait d’une nana qu’elle avait essayé de draguer et ça ne s’était pas fait. Et je lui dis : « De toutes façons, tu as un dîner ce soir, tu vas rencontrer des gens. ». Elle me répond : « Non mais en fait, à un dîner, moi, j’ai une chance sur 100 pour qu’il y ait une nana potentiellement qui puisse être intéressée. Moi les hétéros qui ont envie d’aller faire un tour pour voir comment ça se passe, ça ne m’intéresse pas. ». Ce n’est pas comme quand t’es hétéro, que tu sors dans un endroit et qu’il y a 75 personnes qui font partie de ton univers sexuel et que tu peux cibler. Chez les femmes, c’est d’autant plus compliqué. Dans notre culture, il y a une imagerie de l’homosexuel homme sympathique, drôle, bon en mode... Alors que chez la femme, c’est assez absent. Donc c’est le fait que ce soit ce sujet-là, abordé de cette manièrelà, à travers l’injustice pesante de l’épisode. On reste tout le temps avec mon personnage et on a qu’une seule envie, c’est la sortir de là. Je trouve qu’on se projette très facilement à sa place. Et puis l’univers de Mona Achache, la réalisatrice, est intéressant. Je ne savais pas trop comment terminer cet interview et j’ai alors vu que tu étais née le 1er février 1983 (quelques jours avant moi). Alors j’ai simplement envie de te demander si tu ne trouves pas toi aussi que l’année 83 est un super cru et que les verseaux sont des gens merveilleux ? (rires). L’année 83, c’est la meilleure année ! Très bon cru.

Son actualité : Le film « Joséphine s’arrondit » est disponible en DVD depuis le 15 juin.

Plus sérieusement, cela sera plus pertinent de te demander quels sont tes projets jusqu’à la fin de l’année ? Je suis partie un peu en vacances, c’était bien. Et pour l’instant, on est en train de mettre en route mon prochain film, que j’ai écrit avec Stéphane Debac, qui est acteur aussi. On va jouer et réaliser tous les deux. Donc on est en train de finir, de mettre ça en production. Après, j’ai un projet de premier film, du théâtre peut-être. Tout est un peu en chantier ! Propos recueillis par Enrique Lemercier

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INTERVIEW ÔDE À TOM ODELL Pour Tom Odell comme pour de nombreux surréalistes, la beauté se doit d’être convulsive, organique et incapable de laisser le coeur ou les oreilles indifférentes. L’équipe de Pose Mag ne pouvait rêver mieux qu’une interview du musicien anglais au sortir d’une performance live. C’est lorsque qu’il joue au piano, possédé comme un beau diable que l’auteur d’Another Love se révèle véritablement, hors de son corps et criant de vérité. Nous profitons d’une brève pause dans son marathon presse après son passage sur Virgin radio, pour lui proposer de se changer les idées et de parler littérature et écriture. Quelques minutes trop brèves à notre goût !

Tu viens de sortir deux premiers singles brillant du nouvel album « Wrong Crowd », est-ce que tous les titres répondent à cette thématique des mauvaises personnes, rencontrées au mauvais moment ? Cet album raconte une histoire au fil des titres, mais il se termine sur une note positive. En terme de paroles, la thématique se transforme et emmène l’histoire sous de nouveaux cieux. Les mauvaises fréquentations ne restent pas présentes très longtemps. Elles commencent ce récit, mais elles ne perdurent pas jusqu’à la fin. Alors l’histoire se finit bien pour le personnage ? Si on veut oui, si on veut… On avait envie qu’aujourd’hui, tu puisses te dire que tu as eu de bonnes fréquentations, alors nous te proposons une petite pause imaginaire. Quel serait ton jour parfait à Paris, tu n’as pas d’obligations de travail (il rit), pas de concert ce soir et pas de fatigue, que fais-tu ? Je suis venu ici il y a peu près quatre ans je crois avec ma petite amie de l’époque (ça passe vite, je ne lui ai pas parlé depuis des années). On était venus pour quelques jours, je me souviens. C’était une superbe expérience. On a marché pendant des kilomètres le long de la Seine. On a bien dû traverser la ville comme ça. C’était une belle journée de printemps et je suis tombé amoureux de Paris, c’était magnifique. J’aimerais beaucoup refaire ça un jour. Et peut-être prendre un bon déjeuner, ça aussi ça serait sympa. Et du coup quelle serait la meilleure bande originale à écouter ce jour-là ? Je ne sais pas… Peut-être Édith Piaf ? Ah non ! Ça c’est trop cliché ! Il faut nous donner un choix qui soit personnel ! Alors Daft Punk ? D’accord, quel album dans ce cas ? Discovery. D’accord. Vous semblez un peu déçus par ma réponse !

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Mais non ! C’est juste que tous les Anglais ou les Américains se sentent obligés de parler de Piaf lorsqu’ils viennent ici. En fait, la raison pour laquelle j’ai choisi Piaf, c’est que je viens de voir le film La vie en Rose. Je ne l’avais jamais vu, je l’ai trouvé vraiment beau et je l’ai adoré. En y réfléchissant un peu plus, j’adorerais passer ma journée à Paris avec Nancy Sinatra. Si elle était toujours en vie, l’avoir près de moi en train de chanter. (Il se met à fredonner “These boots are made for walking”) C’est vrai que la culture musicale anglosaxone, surtout anglaise est tellement généreuse. On vous compare souvent à tel ou tel artiste (Bowie, Elton John ou encore Jeff Buckey) C’est plutôt un avantage ou un défaut d’être issu d’une telle tradition ? Oui, en Angleterre, à Londres, on a une culture musicale assez riche. C’est quelque chose d’important dans la vie des gens. Dans la mienne évidemment, mais aussi dans celle de mes amis. On est tout le temps en train de parler de musique. C’est vraiment crucial de continuer à faire vivre la musique anglaise. Mais je ne suis pas certain que ça influence vraiment ma carrière, je ne considère pas être issu de quoi que ce soit. Bien sûr, j’adore Jagger, Bowie, Elton John, mais j’écoute également beaucoup d’autres musiques venant d’ailleurs. Cet héritage m’inspire et m’influence, mais ça n’est pas du tout un poids.

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En parlant d’influence, on a lu que tu étais un grand lecteur, est-ce que tu peux nous parler un peu de tes lectures ? J’aime lire à peu près tout. En ce moment, j’ai un livre génial que m’a offert George Belfield, le réalisateur des clips de mon nouvel album. C’est un homme qui m’inspire beaucoup sur le plan artistique. Il m’a donné un recueil de nouvelles de Woody Allen. C’est vraiment cool de pouvoir choisir une page au hasard et de lire ça. Quand on est crevé, juste avant de s’endormir, c’est parfait ! Et puis c’est vraiment très drôle, j’adore Woody Allen. Est-ce que la lecture joue un rôle important dans ton écriture ? Complètement ! C’est extrêmement important pour moi de lire quand j’écris des chansons. Ça permet d’ouvrir l’esprit, ça fait jaillir des phrases dans ma tête et ça m’aide énormément. Je n’ai jamais de problème de page blanche, ça coule tout seul. Et puis, vous savez, plus je lis, plus j’ai envie d’écrire. J’essaie d’écrire tous les jours, même une page ou deux. C’est un peu entre la prose et la poésie. Sur n’importe quoi, une scène à laquelle j’assiste “tiens, y’a deux personnes assises ici, et si j’écrivais là-dessus.” Il faut absolument que je garde ce flux constant. Sinon… Si on s’arrête d’écrire un moment, on finit par rouiller, vous savez. J’aime aussi beaucoup piocher dans les films et la musique. Lorsque j’avais 18 ans, un auteur compositeur


très connu m’a dit un jour “garde tes oreilles ouvertes et va marcher un moment.” C’est un des meilleurs conseils qu’on m’ait donnés. Lorsque je suis à la maison en période d’écriture, je prends toujours une pause d’une heure ou deux pour aller marcher. Je m’assois quelque part et j’écoute les conversations autour de moi. L’observation, c’est la clé ! Tu as dit un jour que les tournées étaient également un très bon moyen de trouver l’inspiration. Tu as fait pas mal de concert depuis ce début d’année, peux-tu nous raconter un peu ce que tu écris en ce moment ? C’est assez bizarre. J’ai ce livre de Nick Cave qui s’appelle le Sick Bag song (littéralement “La chanson du sac à vomi”). En fait, quand il était en tournée aux États-Unis, il écrivait constamment au dos des “sick bags”, vous savez, les sacs à vomi dans les avions ? Il écrivait ce genre de prose surréaliste. Ça m’a donné envie de tester cette méthode, d’écrire sur des sujets sans vraiment y penser. Il y a aussi cette artiste formidable, une amie à moi de Los Angeles qui s’appelle Sophie Kipner. Elle a commencé à faire ce truc, elle dessine sans regarder sa toile. Mon écriture revient un peu à la même chose, j’écris ce qu’il me passe par la tête et après je le retravaille sous forme de poème. Le souci, c’est que j’édite un peu trop ce que je fais… L’auteur français André Breton disait qu’il fallait écrire très vite pour éviter de trop se relire et se corriger, un peu comme s’il fallait écouter son instinct, non ? Oui, oui, oui ! Le subconscient est toujours la meilleure matière première ! C’est quand on s’assoie constamment dans l’idée d’écrire une bonne chanson que ça ne vient pas. Ça ne vient qu’accidentellement. C’est toujours un accident, c’est bizarre, non ? J’adorerais vivre dans cet état perpétuel où je ne pense à rien de particulier et où j’écris. J’imagine que c’est pour ça que certaines personnes prennent de la drogue… Mais pas moi ! Tom Odell nous promet alors une suite de cette interview une autre fois, le long des quais ou sur une péniche. En attendant cette belle journée, nous vous invitons à écouter le deuxième album de Tom Odell, Wrong Crowd, disponible depuis juin 2016. Propos recueillis par Mélissandre L. Crédit photos : Rachel Saddedine pour Pose Mag

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TENDANCE LES BONS TUYAUX DE BARBIE© DITES-LE AVEC UN CADEAU

Savoir recevoir c’est avant tout savoir offrir. En grande adepte de la réception de cadeaux, j’ai fait mienne cette maxime ancestrale que je viens d’inventer. Las, s’agissant d’offrandes, je me trouve régulièrement confrontée à ce que les spécialistes appellent la réalité. Et ma réalité, c’est que je tends invariablement vers l’état de courge lorsqu’il s’agit de dénicher des présents. Mais depuis que Barbie m’a donné la foi et qu’elle guide chacun de mes pas, j’ai enfin la solution à mon vertigineux souci. La clé du cadeau réussi, c’est le message que l’on souhaite faire passer à son bénéficiaire. Puisque nous avons établi que savoir recevoir c’est savoir offrir, je vais vous lâcher quelques idées et conseils clef en main : vous me devrez donc un cadeau à l’issue de votre lecture.

« JE NE T'APPRECIE PAS SUFFISAMMENT POUR ME DEPLACER PHYSIQUEMENT DANS UN GRAND MAGASIN BONDÉ » Il s’agit ici de shopper confortablement assis dans son canapé, ou dans l’open space. Quelques règles à respecter cependant : s’y prendre suffisamment à l’avance pour recevoir son colis en temps et en heure. L’autre règle à respecter, vu qu’on a tout son temps, qu’il ne fait pas 700 degrés et qu’on n’est pas entouré de gens relous, c’est de ne pas en profiter pour dépenser tout son PEL. #LesDangersDesInternet

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« TU SAIS STACY, CETTE TAILLE DE GUEPE, JE L'ENTRETIENS » Le subtil subterfuge subconscient pour faire comprendre à quelqu’un qu’il a un peu forcé sur le gorgonzola depuis qu’il a arrêté de fumer, et que ça commence à se lire sur son séant. Barbie préconiserait d'offrir innocemment une nouvelle tenue d’acrogym, un abonnement à la salle de sport ou une photo d’elle en train de faire des ronds de jambe avec Ken (avant qu’il ne lui fasse une #CaitlynJenner).

« IL Y AVAIT UN SEPHORA À L'ENTRÉE DU METRO » C’est-à-dire, au choix : coffret tout fait parfum + gel douche + déo « Chance » ou « Acqua Di Gio » ; le coffret à composer soi-même avec un gel douche, une fleur de douche et des sels de bain Sephora ; ou, si vous êtes vraiment très en retard, à peu près tout ce qui vous tombe sous la main et qui rentre dans un coffret. Le cadeau #AhBonCEstCeSoirSonAnniversaire dans toute sa splendeur. Prenez au moins la peine de choisir une jolie palette qui flatte le teint…

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… ou pas.

Mais également : « JE TE SUIS EN CACHETTE DEPUIS DES MOIS » Une ordonnance de restriction pour harcèlement #Creepy

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« TU POURRAIS FAIRE LE MENAGE DE TEMPS EN TEMPS » Des bougies #LifeStyle #Blogueuse #Wax

TEXTE MARINE REVEL PHOTOS ©2015 MATTEL 50


« JE T'AIME TO THE MOON AND BACK » Un voyage sur la lune #MuchLove

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INTERVIEW MSMR

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Ils sont deux, un homme, un femme. Miss a (souvent) les cheveux rouges, mais ils peuvent être aussi verts, bleus, ou encore roses, selon ses envies et ses humeurs. Mister est plus constant capilairement mais il aime aussi jouer avec son image, que cela soit sur scène, en total look blanc avec des bottes à franges ou bien dans un long manteau léopard lorsqu’on les a rejoint dans leur loge. C’était en novembre dernier, juste avant leur concert au Trabendo. Musicalement, ce duo américain s’est fait connaître avec leur premier single « Hurricane », en 2012 et « Bones » en 2013, que vous avez pu entendre dans la bande annonce de Game Of Thrones. Rencontre avec MS MR, deux jeunes gens hauts en couleurs, qui ont répondu avec bonne humeur et décontraction à nos questions.

Vous voilà à Paris, est-ce que c’est une première pour vous ? MS : C’est en fait la septième ou la huitième fois que l’on joue ici ! C’est super d’être de retour dans une autre salle de concert, celle-ci est vraiment cool. MR : Et dans un quartier différent ! MS : On est chanceux d’avoir pu venir si souvent et tôt dans notre carrière, pour voir nos fans français ! On adore être ici. Deux ans se sont passés depuis la sortie de votre premier album, « Secondhand Rapture ». Pour écrire le second, qui est sorti cet été, vous vous êtes enfermés dans une salle à Bushwick pendant trois mois. Pourquoi ce besoin de vous retrouver en vase clos ? MR : (rires) Quand on a commencé à écrire l’album, on a tenté de le faire dans un studio avec des ingénieurs et tous les instruments possibles et imaginables mais en réalité on trouvait ça trop distrayant de ne pas utiliser le même procédé que la première fois. A l’époque, on écrivait dans ma chambre et il y avait quelque chose de sympa dans la naïveté et la liberté créative de faire ça dans ce contexte. Donc on a essayé de le répliquer autant que possible avec le second, ce qui voulait dire que nous n’avions pas à rendre des comptes à un label et aucune obligation de jouer devant qui que ce soit avant de se sentir prêts. Ça nous a permis de laisser mijoter l’album d’une façon unique pour nous et de créer quelque chose qu’on voulait vraiment et non pas que quelqu’un d’autre voulait. Pas de disputes, rien du tout ? MS : Forcément durant le processus, les esprits s’échauffent parfois un petit peu, mais on trouve toujours un moyen d’avancer et si on devient trop passionné ou agressif à propos d’une idée, on sait bien tous les deux que c’est parce que l’on veut la meilleure version de la chanson possible. Mais en général je crois qu’on est très respectueux l’un de l’autre et de nos propres opinions. MR : Je pense que l’on a la même vision globale mais c’est la façon d’y arriver qui diffère parfois. Vous avez fait votre retour avec le single « Painted ». Est-ce que le choix de ce premier single n’a pas été trop compliqué ? MS : (rires) C’est clairement un choix de single amusant, ce n’est pas conventionnel, une chanson d’expérimentation un peu étrange, surtout pour nous, étant donné le ton que l’on a instauré dès le premier album. C’était la première fois que l’on écrivait pour le nouvel album et on a toujours pensé que ça devrait être la première chose qui serait présentée au monde car ça annonce bruyamment une sorte de nouvelle ère pour nous en tant que groupe. Notre single actuel est « Criminals » et j’ai l’impression que c’est un autre super « Painted » qui rétablit notre capacité à faire de la pop.

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Le clip du single « Hurricane », issu de votre premier opus, comptabilise plus de 5 000 000 de vues. Vous attendiez-vous à un tel succès lorsque vous avez écrit cette chanson ? MR : Pas du tout ! (rires) Sérieusement, quand on écrivait tout l’album on ne s’attendait à rien, on écrivait juste de la musique que l’on aimait et parce que ça nous éclatait et petit-à-petit c’est devenu notre métier. On n’a jamais eu l’espoir que quoique ce soit se produise! Avec le premier album tout ce qui est arrivé de positif était une surprise et tout ce qui était négatif n’était pas grave car on ne s’attendait même pas à ce que ça aille jusque là ! Mais 5 millions de vues, c’est fou ! Est-ce que vous aviez une idée du type de public que vous alliez toucher lorsque vous avez débuté et si oui, est-ce que votre public correspond à ce que vous pensiez ? MS : Je pense qu’on essaie avant tout de faire de la musique que l’on aime et dont on est fier. On apprécie beaucoup l’écriture de chansons classiques et sincères. On a jamais voulu être prétentieux sur qui devrait avoir accès à notre musique et ça nous a conforté dans notre choix de voir que toutes sortes de personnes l’aimaient peu importe leur genre, classe sociale ou ethnicité. Ça veut dire que ce mix fait vraiment partie de notre personnalité et c’est beau.

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MR : On est juste heureux d’avoir des fans ! Quels qu’ils soient ! Et je pense que les nôtres sont particulièrement créatifs et impliqués… MS : Et intelligents et gentils les uns envers les autres ! Parce que vous aussi vous êtes gentils ! MS : J’espère ! Vous serez en concert ce soir au Trabendo, puis vous allez passer par la Suisse, les Pays-Bas, l’Allemagne, la République Tchèque, ... Est-ce qu’avec l’expérience du premier album et de la précédente tournée, vous avez pu vous rendre compte des différences entre les publics selon les pays ? MR : Ça varie beaucoup d’un concert à l’autre et surtout du jour de la semaine ! Le samedi soir est fou, mais d’autres jours ça peut être assez calme ! Deux de nos plus gros marchés sont l’Allemagne et l’Australie, les concerts y sont toujours vraiment amusants, mais on a fait de supers concerts dans d’autres endroits tels qu’à Paris à la Maroquinerie. MS : Oui c’était génial ! Votre nouvel album est plus personnel que le premier, plus direct, à quoi peut-on s’attendre pour le troisième. Avez-vous déjà des idées ? MS : Pas vraiment non. On passe tellement de temps sur


un album que celui-ci semble encore assez frais. On ne sait pas du tout. MR : On aura peut être une vague idée pour commencer mais on peut faire ce que l’on veut. On aime écrire. MS : On aime écrire, on est des gens créatifs et parfois on a besoin d’écrire pour nous aider à gérer une crise émotionnelle que l’on traverse. On ne se dépêche pas et il faut donner à chaque album le temps d’être apprécié. Lizzy, tu es la co-fondatrice du label Neon Gold Records, chez qui on retrouve entre autre les artistes Marina and the Diamonds (que notre rédacteur en chef adore) et Christine and the Queens, que nous avons mis en couverture de Pose Mag à ses tous débuts, il y a deux ans. Comment est née cette volonté courageuse de fonder ton propre label ? MS : Oui on est tous les deux de grands fans ! Au moment où j’ai commencé le label, je marchais à l’instinct. C’était quelque chose que l’on avait toujours voulu faire. Max a trouvé Passion Pit et on a décidé de se lancer. Peut être qu’avec le recul c’était effectivement courageux, mais à l’époque ça ne semblait pas si effrayant. On était excités et on voulait combler ce vide entre le très indie et le très pop avec des groupes indie animés par des ambitions pop. Maintenant ces groupes dessinent en quelque sorte le paysage de la pop et c’est cool car on a l’impression d’y avoir un peu contribué. C’est aussi une identité, une approche et un état d’esprit similaire à celui que l’on occupe en tant que groupe et c’est mieux d’avoir eu cette expérience avant de le commencer ! Nous allons continuer avec quelques questions plus personnelles pour finir. Un des titres du nouvel album s’intitule « No guilt in pleasure ». Avez-vous des guilty pleasures ? MR : Et bien c’est ça l’intérêt de la chanson ! Pour nous la chanson est une sorte d’affirmation : il faut essayer de faire des choses qui nous font sentir bien avec nous mêmes ! Pourquoi se sentir coupable de ces choses ? En tant qu’amoureux de la musique pop on adhère totalement à ça et il faut essayer de le transformer en acceptation de soi. MS : Et c’est marrant, les gens ont tendance à se sentir coupables des choses qu’ils aiment vraiment et c’est idiot, si tu aimes quelque chose pourquoi ne pas dire « Putain j’aime vraiment cette chanson » ! Ca ne devrait pas être source d’embarras. Et quel est votre guilty pleasure musical ? MS : Tu sais quoi, j’adore Girls Aloud, un groupe de pop de Grande Bretagne, je pense sincèrement qu’elles sont de supers « popettes » et je n’ai pas honte de le dire !

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MS : J’aurais aimé avoir un exemple sous la main mais, quelque chose que l’on a en commun c’est que l’on n’est jamais dérouté par l’amour de la mode de l’autre. On est constamment, que l’on soit physiquement ensemble ou pas, en train de parler d’essayer des tenues, de faire du shopping, de s’envoyer des photos. C’est cool de partager cette conversation artistique et visuelle sur la mode. Aimez-vous les réseaux sociaux, y postez-vous beaucoup de photos, etc. ? MR : On poste peu de choses persos mais avec nos fans sur Twitter et Instagram on est plus impliqué dans leur vie et du coup on laisse percevoir un peu plus de la nôtre… Et c’est sympa, on réalise davantage l’importance de s’impliquer avec les gens. C’était plus un instrument un peu pesant au début mais maintenant, j’y prends du plaisir et je trouve ça fun. MS : Et c’est un équilibre à trouver entre promouvoir un album, un single ou un concert et utiliser les réseaux sociaux en tant que groupe, mais on trouve des brèches dans lesquelles on peut engager plus personnellement avec nos fans et c’est un vrai plaisir. Vous vous connaissez depuis longtemps puisque vous étiez étudiants. Est-ce que malgré ces années, vous continuez à découvrir des choses chez l’autre? MR : On n’était à la fac ensemble oui, donc ça ne fait pas si longtemps, mais on passe 24 heures par jour ensemble depuis cinq ans ! Je ne m’ennuie pas et il y a encore des choses à découvrir. MS : Il y a des moments parfois, lorsqu’on fait une interview par exemple, où on découvre quelque chose de nouveau chez l’autre et c’est agréable de se rendre compte que peu importe à quel point tu connais quelqu’un, il y a toujours quelque chose de nouveau à découvrir. Mais maintenant vous êtes comme frère et sœur ? MR et MS : Oui ! MS : C’est certainement la façon la plus proche de le décrire et d’une certaine façon je suis même plus proche de toi que de mon frère.

Et pour finir, on a parlé de la tournée, quels sont vos autres projets pour la fin de l’année et pour l’année 2016 qui arrive bientôt ? MS : Dans une semaine et demie on quitte l’Europe et on a une tournée d’un mois et demie en Amérique du Nord et au Canada. Max a un super projet de dance et on travaille sur des musiques de films pour la première fois. On étend notre champ de compétences mais on ne sait pas encore ce que l’on va faire l’année prochaine, certainement plus de tournées et des festivals autour du monde durant l’été. J’espère plus de musique, de vidéos... Propos recueillis par Sophie Baron et Enrique Lemercier Crédit photos : Gabrielle Malewski pour Pose Mag

Quel est le défaut qui vous insupporte le plus ? MS : Tout d’abord j’essaie toujours de regarder ce qu’il y a de meilleur en quelqu’un ! Mais par exemple on a des façons de gérer notre emploi du temps très différentes, surtout le sommeil. Ce n’est pas quelque chose qui me rend folle mais sur lequel on est en désaccord. Et la première qualité que vous trouvez à l’autre ? MR : C’est encore plus dur à dire ! (rires)

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Leur actualité : L’album de MS MR, « How does it feel » est disponible depuis juillet 2015.


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SHOPPING BOMBER STORY SELECTION ET ILLUSTRATIONS EMILIE MALFAISAN

CET ÉTÉ, L’HOMME SERA EN BOMBER OU NE SERA PAS. Pièce iconique des aviateur de l’US Air Force, elle a d’abord été récupérée par les subcultures britanniques, avant de finir aux mains des créateurs dans les années 1970. Disparu progressivement du devant de la scène depuis, cette pièce phare du vestiaire masculin fait son grand retour cet été. Et ce pour notre plus grand plaisir ! Evidemment, parce qu’ici on ne se cache pas d’être des fashion victims, on ne le choisira pas noir, bleu, ou gris. On le portera bordeaux et avec une chemise originale. En bas, on optera pour un pantalon à pli, d’inspiration militaire et une paire de grosses chaussures montantes à lacets, histoire de se prendre, le temps d’un instant, pour un vrai gros dur, comme Tom Cruise, dans Top Gun.

1. Bomber MA-1 ALPHA INDUSTRIES 127,07 € 2. Chemise à motif fourmi PAUL SMITH 400 € 3. Ceinture noire en cuir AGNES B 85€ 4. Pantalon à pli LEMAIRE 425 € 5. Trainers montantes BALMAIN 910€ 6. Bague en argent TITLE OF WORK 266€ 7. Sac à dos Bad Bugs FENDI 2700 €

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PORTRAIT INNA MODJA

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Nous l’avions rencontrée il y a quatre ans pour la promotion de son deuxième album. Inna Modja a fait son grand retour avec un nouveau disque « Motel Bamako » qui nous fait voyager vers le Mali. Porté par le très bon premier single « Tombouctou », qui marque un vrai virage musical dans l’univers d’Inna Modja, cet album a été un vrai coup de cœur pour nous. Nous avons donc décidé de donner rendez-vous à la chanteuse au Café Français à Paris pour en savoir plus sur son parcours depuis notre première rencontre et sur cet album atypique.

Tu as fait ton grand retour avec « Motel Bamako » fin 2015, comment s’est passé l’écriture de ce troisième album? C’est un album qui a pris encore plus de temps, j’aime bien prendre mon temps quand je fais de la musique, pour celui-ci je suis partie au Mali, chez mes parents, j’ai posé mes valises et j’ai commencé à écrire. Je n’avais pas envie de décider quand est-ce que je reviendrais en Europe, j’avais envie de rentrer chez moi, de me ressourcer, de refaire de la musique malienne et pour ça il fallait que je sois là-bas. J’ai mis presque un an et demi pour trouver le fil rouge de cet album et comment faire se rencontrer la musique traditionnelle malienne et la musique plus occidentale. Petit à petit, j’ai commencé à trouver en essayant, en écrivant, puis avec le temps j’ai invité des amis, des artistes que j’aimais beaucoup à collaborer sur l’album. Justement quelles sont les relations que tu entretiens avec ton pays d’origine ? J’y vais tout le temps. Je suis les trois quarts du temps là-bas, ma famille y habite donc j’y passe beaucoup de temps. J’avais envie d’y être mais sans me dire que j’y allais pour un mois ou deux. J’avais envie de me dire voilà, je suis là, j’habite ici et on verra. Cet album est totalement différent des deux précédents, est-ce que tu appréhendais la sortie, surtout pour le single « Tombouctou » qui est vraiment atypique ? Non, je n’appréhendais pas parce qu’à chaque sortie d’album, je ne sais pas à quoi m’attendre. J’essaiee d’être le plus intègre possible avec mes envies. Il n’y avait pas d’inquiétude, ce qui était le plus important c’était d’obtenir le son et de faire la musique telle que je l’imaginais. A partir du moment où c’est fait, qu’est-ce qui peut arriver de pire ? Les gens peuvent aimer ou détester mais si je suis en harmonie avec ce que je compose, il n’y a pas d’inquiétude parce que je ne pense pas en terme de vente d’albums... Je me demande plutôt si la musique que je suis en train d’écrire, j’ai co-réalisé cet album, va être à l’image de ce que j’avais prévu de faire. J’ai assisté à ton dernier concert à la Cigale à Paris, c’était vraiment une très belle surprise, je ne t’avais encore jamais vu en live. J’ai beaucoup aimé le fait que toutes les chansons de l’album étaient réarrangées pour le live. Pourquoi cette volonté ? Je fais souvent ça pour le live, je pense qu’il faut réadapter la musique. Il faut qu’elle vive différemment parce qu’on n’est pas en studio et on la partage avec des gens. En studio, on est vraiment dans un cocon, dans une bulle et là on est à plusieurs dans une bulle et surtout on n’a pas tous les instruments, les ordis, les pads… On réadapte pour que ce soit plus vivant encore, différent. Est-ce que la possibilité de te fermer à une partie de tes fans que tu avais avant t’as quand même un petit peu traversé l’esprit ? Non, ce n’est pas le genre de chose à laquelle je pense parce que si on commence à faire de

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la musique en pensant aux gens, est-ce qu’ils vont aimer ou pas, le résultat va être un peu biaisé. On ne peut pas plaire à tout le monde… Moi j’essaie de faire ma musique vraiment au plus près possible de ce que j’imagine, après la musique trouve son public. Est-ce que ce sont les mêmes ou des personnes différentes, je ne pense pas trop à ça. Les gens savent si tu fais de la musique avec l’intention de leur plaire et en général ça manque un peu de sincérité. Par contre, il y a des gens qui m’ont dit que j’étais complètement folle, que c’était trop risqué... Mais si je ne l’avais pas fait, je serais morte d’ennui. Je ne peux pas refaire la même chose en boucle, ça n’a pas d’intérêt, l’idée c’est de toujours faire une recherche artistique, d’évoluer, de tout remettre en jeu, c’est ce qui me plaisait. Justement c’est un pari gagné, l’album a été très bien accueilli, on te voit pas mal dans la presse.... Du coup tu fais aussi pas mal de photos pour les magazines, on sait que tu as été un peu mannequin, tu n’as jamais regretté ton choix pour la musique? J’ai commencé d’abord à faire de la musique, à 15 ans, le mannequinat est arrivé après. Je viens d’une famille de sept enfants et j’avais besoin d’être autonome pour payer ma vie, mes études... Je déposais des CV dans toutes les petites boutiques de vêtements, les fast-foods, personne ne m’a jamais rappelé. Un jour une dame m’a donné sa carte, j’étais au ciné avec des copains, c’était dans une belle agence de mannequins et je me suis dit pourquoi pas, ça va me rendre autonome. C’est un autre monde que je ne connais pas, je suis assez curieuse et comme je n’avais pas d’attentes particulières, je l’ai bien vécu.

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Mais je n’ai jamais eu l’ambition d’en faire une carrière extraordinaire. On t’avait rencontré dans Pose Mag, tu avais été en vedette d’ailleurs d’un des premiers numéros, à l’époque tu définissais ton style vestimentaire comme un mélange de rétro et de classique, trois ans après ça a changé ? Non ça n’a pas changé. Quand je dis rétro c’est vintage en fait. Depuis que je suis ado, j’adore faire les fripes, j’adorais farfouiller, trouver les choses qui me correspondent, me les réapproprier... J’ai toujours fait ça, je continue à le faire, à customiser des vêtements, à les rendre plus personnels... Alors tu as toujours ton petit sac Dior vintage ? Non, on me l’a volé en loge…Ca m’a vraiment fait embêté, parce que je l’adorais ce sac ! Je l’avais acheté aux EtatsUnis je crois, dans une friperie. Du coup ta pièce fétiche c’est quoi maintenant, tu l’as remplacé par quoi maintenant ? Je n’ai plus vraiment de pièce fétiche que je porte tout le temps, j’ai un peu arrêté ça d’ailleurs, je ne sais pas pourquoi, c’était assez naturel. Maintenant, j’aime bien les vestes, les vestes customisées surtout ! On t’a aperçu il y a deux ans dans un programme court dans le Grand Journal sur Canal Plus, la pastille « Pendant ce Temps », est-ce que la comédie est un truc qui pourrait t’attirer plus régulièrement ? J’ai fait ça pendant un an, c’était super, ça m’a permis de me


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faire de nouveaux copains, d’avoir une nouvelle expérience, j’ai adoré ça. Le cinéma, je n’avais pas envie d’en faire juste pour faire du cinéma, être une petite pépette dans un film ça ne m’intéressait pas particulièrement. Là, j’ai fait mon premier long métrage parce que le projet me parlait et me plaisait beaucoup, un film franco-malien qui va sortir en 2016, qui s’appelle « Wulu » j’ai le rôle féminin principal. C’était une très belle expérience, ça m’a vraiment donné envie d’en faire encore plus, j’ai adoré faire ça. Est-ce qu’il y a des choix professionnels que tu regrettes dans ta carrière? Non, je fais ce que j’ai envie de faire, je ne me force pas. Quel est l’exercice le plus difficile pour toi quand tu reviens sur le devant de la scène, par exemple à la sortie d’un album, c’est reprendre le rythme des lives, la promo ? J’adore le rythme des lives, j’adore la tournée, j’adore être sur la route, aller de ville en ville, découvrir de nouvelles choses... Rien n’est vraiment difficile. L’attente avant les concerts, le soir, quand on n’a pas l’opportunité de partir se balader et juste attendre, que les balances arrivent, que les balances passent, l’attente c’est un peu ennuyant. Mais à part ça, ça va ! Donc ce que tu préfères c’est vraiment le live ? Oui j’adore le live. J’aime le live autant que le studio parce je suis une vraie geek de la musique, j’adore bricoler, j’adore créer des chansons ou des sons. Pour moi le live est complémentaire en fait, c’est le moment de partager, c’est un art vivant. Donc là il y a la tournée, c’est quoi tes autres projets ? La tournée, le film qui va sortir, ça fait déjà beaucoup. L’album sort dans plusieurs pays, la promo va m’emmène un peu à gauche et à droite...

Propos recueillis par Enrique Lemercier Crédits photos : Pauline Darley pour Pose Mag L’album d’Inna Modja, « Motel Bamako » est disponible depuis octobre 2015. Elle sera en concert dans le cadre de plusieurs festivals en France, en Belgique, au Canada, en Angleterre... Suivez l’actu d’Inna Modja sur son site officiel www.innamodja.com 65


WHO ARE YOU HIDING? PHOTO MAXIME STANGE MODÈLE ALEXIA GIORDANO @ CRYSTAL MODELS MANAGEMENT PARIS MAKE-UP ARTIST AND SPECIAL EFFECT SESS BOUDEBESSE @ MADEMOISELLEMU COIFFURE SANDRA LAZAMBI YAZOUE STYLISME CHARLOTTE DUBOIS ASSISTANTE PHOTO FLORIAN FROMENTIN RETOUCHE LOIC VERA

top KAROLINE LANG jupe LN FAMILY manchette AMBRE ET LOUISE 66


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Gauche : culotte SANS COMPLEXE - colliers ROSANTICA Droite : collier crochet AMBRE ET LOUISE

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Gauche : top KAROLINE LANG - collier AMBRE ET LOUISE Droite : robe KAROLINE LANG - manchette SYLVIA TOLEDANO - bague PP FROM LONGWY

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THE SHOES PHOTO MATTHIEU DORTOMB MAKE-UP ARTIST LUDOVIC BOURRET COIFFURE KEVIN JACOTOT STYLISME KENNY GUETTA ASSISTANTE PHOTO EVA SILATSA RÉALISATION ENRIQUE LEMERCIER

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Marinière LE MONT ST MICHEL, Blouson ALL SAINTS

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Pull col roulé AMERICAN VINTAGE Manteau H&M Montre LOTUS

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Guillaume (à gauche) : Pull col roulé ZARA Manteau J.CREW, bijoux persos Benjamin (à droite) : Chemise EUROPANN 78


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INTERVIEW THE SHOES

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The Shoes est un duo français orienté électro-rock originaire de Reims. Créé en 2007, il est composé de Guillaume Brière et Benjamin Lebeau, tous deux auteurs, compositeurs et producteurs. En quelques années seulement, ils ont eu le privilège de travailler avec des très grands noms. Après un premier opus sorti en 2011 et porté par le single « Time to dance », devenu un tube incontournable, ils ont fait leur retour en septembre dernier avec « Chemicals ». Rencontre avec deux personnages talentueux, qui ont su cultiver la fraîcheur et la spontanéité d’éternels adolescents. Votre premier album, « Crack my bones » est sorti en 2011. Vous avez fait patienter vos fans quatre ans pour sortir le second. Pourquoi êtes-vous si cruels ? Benjamin : Oui, on a mis beaucoup de temps à en faire un second ! On voulait vraiment avoir envie de le faire. En plus, entre temps, on a eu beaucoup de propositions en tant que producteurs et comme on ne sait pas dire non, on a eu beaucoup de travail ! Guillaume : Il ne faut pas croire qu’on a rien foutu ! B : On a la chance d’avoir un label et un manager qui ne nous mettent pas la pression, ils attendent juste d’avoir des résultats de qualité. Vous l’avez dit, vous avez produit beaucoup d’artistes, comme Woodkid ou Julien Doré, si vous deviez choisir un jour entre la production et votre propre musique, ce serait quoi ? C’est un peu la même chose, on ne peut pas trop dissocier les deux. Peut-être la production parce que c’est plus confortable, il y a un côté rassurant, un peu dans l’ombre. Et puis on ne va pas faire les guignols sur scène jusqu’à quarante cinq ans, au bout d’un moment c’est ridicule ! Être dans l’ombre ça ne nous a jamais dérangé en fait, on n’a pas cette obsession. Dans nos clips ou sur nos pochettes, on n’apparaît pas, on n’est pas dans un truc d’anonymat genre Daft Punk évidemment, mais on ne s’est jamais vraiment mis en avant. La reconnaissance de nos pairs, du milieu musical, on trouve ça très valorisant. On adore évidemment quand le public réagit, mais les années passant, on se voit très bien être dans l’ombre. Dans la musique, il y a beaucoup de métiers, pas que musicien sur le devant de la scène et tous les autres métiers nous ont toujours intéressés. C’est pour ça qu’on s’est beaucoup orienté vers la production, les arrangements, l’écriture. On n’est pas des égomaniaques à vouloir être absolument sur scène, à se montrer. Après quand on fait un album qui est reçu comme celui-ci, ça fait vraiment plaisir, mais je pense qu’au final, on sera plus derrière les manettes que devant. Vous êtes très proches de Woodkid, comment s’est fait la rencontre avec lui? G : C’est notre manager qui avait rencontré Yoann et qui nous a demandé de produire son EP. B : D’ailleurs, tu as mis beaucoup de temps à retenir son nom. G : Je l’appelais Woonwin au départ… (rires)

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exemple par SBTRKT, je serais très content. J’ai envie d’être moi en tant qu’artiste et d’être produit par un producteur que j’admire. On aime bien aussi se laisser surprendre par des demandes assez incongrues qu’on a, par exemple au départ quand on a fait Gaëtan Roussel, sur le papier il n’y a pas grand-chose à voir entre lui et The Shoes. B : Ce sont les challenges qui nous plaisent, produire un groupe qui fait une musique un petit peu similaire à la notre, on ne voit pas vraiment l’intérêt en fait. Entre vous deux c’est une histoire qui dure depuis la sixième, c’est quoi le secret de longévité dans votre relation artistique, est-ce que c’est le fait justement d’aller voir un peu ailleurs au niveau des collabs ? B : Oui, c’est aussi de faire un peu nos trucs chacun de notre côté. Le secret, c’est qu’on est tous les deux complètement différents, moi je suis plus un peu le savant fou, et Guillaume c’est plus la rigueur, on est très très complémentaires et aussi parce qu’on n’aime pas les mêmes gonzesses ! (rires)

B : Maintenant tout le monde connaît son nom ! Ça a été une rencontre déterminante pour nous parce que déjà ça a été couronné de succès et puis Yoann est un artiste total, c’est-à-dire qu’il est réalisateur, il est graphiste, il est dessinateur, il écrit les paroles...Il nous a appris une rigueur que nous n’avions pas. Nous, on est assez bordéliques, le fait de travailler avec lui nous a beaucoup apporté par rapport à la discipline de travail. Et vous pensez quoi de sa décision de s’éloigner de la musique ? Que c’est des conneries ! (rires) Il a trop envie de refaire de la musique. Au moment où il l’a dit, je pense qu’il était très sincère mais je pense qu’il a très envie de refaire de la musique, tout comme il a très envie aussi de faire un long métrage. Mais oui, on pense qu’il y aura encore de la musique de Woodkid. C’est qui l’artiste qui vous ferait rêver pour une collaboration? B : Il y en a beaucoup qui sont morts déjà… G : Moi j’aurais plus envie justement de faire un disque en tant qu’artiste et d’être produit par un producteur, par

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Pour le second album, comment vous vous êtes répartis le travail? B : D’un morceau à l’autre on ne fait jamais de la même manière, on a jamais une recette. Pour un morceau, on est partis d’un beat que j’ai fait et Guillaume a fait le reste, ou un morceau que Guillaume avait presque fini et que j’ai repris après. On a vraiment pas de recette et tant mieux parce que je pense que le jour où on en aura une ce sera fini, enfin pour la musique. Je demande souvent aux artistes si c’est eux qui gèrent directement leurs réseaux sociaux mais je pense qu’avec vous on a bien compris que c’était le cas ! B : C’est plus Guillaume que moi, c’est un truc un petit peu comme on est, deux potes, pas un truc trop impersonnel... Justement je me demandais s’il y avait une ligne éditoriale ou si c’était plus au feeling ? Quand je vois « j’aime toujours Hélène Segara #affection », je pense que c’est plus au feeling. B : Oui, au feeling ! Est-ce qu’il y a un truc que vous ne voudriez surtout pas publier sur les réseaux sociaux? B : De la haine, se permettre de juger des choses. Vous avez remanié le second album après avoir joué les morceaux, apparemment dans le festival des Inrocks, vous n’étiez pas vraiment satisfaits? Maintenant que l’album est sorti, plus de regrets ? B : Plus de regrets, mais heureusement qu’il y a eu ce festival des Inrocks, on avait trop la tête dans le guidon, là au moins, on a pu avoir un retour. On était trop dans de la musique qui tabasse, il n’y avait plus assez de pop, heureusement qu’on a fait ce concert-là.


Maintenant, on en est super content. Guillaume, tu as déclaré dans une interview aux Inrocks que tu avais le coup de poing facile, tu t’énerves facilement ? G : Oui je suis colérique, c’est mon défaut. Mais à part ça, je n’ai aucun défaut ! (rires) Qu’est ce qui t’énerve facilement ? G : Quand dans un shooting, il n’y a pas ma taille dans les fringues ! Donc là tout va bien ? Là oui, vous êtes au top les gars ! On parlait de Woodkid tout à l’heure, vous avez dit qu’il était très impliqué. De vôtre côté, comment se passe le travail de préparation pour les clips, vous impliquezvous beaucoup ? G : On a la chance d’être dans un label qui, à mon sens, est le meilleur label français, avec quelqu’un qui s’appelle Pierre Le Ny et toute l’équipe derrière. Il a beaucoup de goût et il sait toujours repérer les réalisateurs qui émergent. Nous on s’occupe de la musique, et notre manager intervient beaucoup en termes d’image. Évidement, on valide, mais comme on a des goûts assez similaires, ça se passe très bien. Donc petite dédicace au passage, c’est grâce à lui qu’on a de beaux clips ! Jamais deux sans trois, donc le troisième album c’est pour quand ? Si on suit la chronologie c’est pour 2019 ou peut-être qu’on aura la chance de l’avoir avant ? G : Pour le troisième album, je pense qu’on va monter toute une équipe dans un studio et on va l’enregistrer en une semaine. On a beaucoup réfléchi, pendant de longues périodes, là on a envie maintenant de quelque chose de plus spontané, avec de la musique plus live. Ou ça sera peut-être un concept où il y aura deux morceaux de quarante minutes. Ou peut-être que ce que je viens de dire c’est n’importe quoi, mais on fera autre chose en tout cas. Pour finir qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour cette année 2016 ? G : Je vais être assez classique mais une belle tournée parce qu’on a monté un live où on s’est vraiment pris la tête, on a reconstruit tout le set up, les lumières, on a des projections d’un collectif qui s’appelle Dent de Cuir sur un écran de dix mètres, on a vraiment travaillé sur le visuel, sur le son, on se rapproprie les morceaux, on les incarne nousmêmes. On a envie de défendre ce disque là sur scène et de voir des gens qui connaissent le disque et qui chantent les paroles avec nous. B : Et d’être heureux, de kiffer. G : Et des vacances à un moment quand même. Une semaine à la Grande Motte par exemple ! (rires)

Leur actu : L’album de The Shoes, « Chemicals » est disponible depuis septembre 2015. Ils seront en concert à Besançon, au Havre, à Quimper et enfin à Paris à L’Élysée Montmatre pour une ultime date le 18 novembre 2016. Retrouvez toutes les dates et actualités de The Shoes sur leur page Facebook : https://fr-fr.facebook.com/THE.SHOES.FR

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Gauche : Chemise EUROPANN Droite : Pull col roulé ZARA, manteau J.CREW, montre LOTUS, bijoux persos, montre LOTUS

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Gauche : Pull col roulé ZARA, manteau J.Crew, pantalon ZARA, chaussettes ROYALTIES, derby ADIEV, montre LOTUS Droite : Guillaume (à gauche) : Manteau LOUIS VUITTON, chemise HILDITCH & KEY, jean ACNE STUDIOS Benjamin (à droite) : Bombers ETUDES, tee-shirt MAJESTIC FILATURES, jean ACNE STUDIOS

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SHOPPING TENDANCES BIPOLAIRES Si on en croit les tendances vues sur les podiums, la rentrée 2016 sera résolument bipolaire. En effet, on le trouve Sexy d’un côté, par des jeux de transparences, de découpes et de dentelles, et Streetwear d’un autre, par des blousons et baskets qui ne quittent plus le bitume depuis plusieurs saisons. Puisque je n’ai évidemment pas su choisir, entre la sexy attitude, qui rebooste toujours l’égo, et le streetwear si confortable, j’ai décidé d’être moi aussi bipolaire. Ok, pour la dentelle et la transparence mais sur un blouson, pour le coté sportswear. Ok pour les découpes, mais suggérées, sur un jolie combi (que je pourrai en plus ressortir en soirée). Evidemment, je fignole mon look avec des baskets compensées pour affiner ma silhouette. Tadam ! Me voilà sexy et cool pour profiter du soleil en terrasse en prévoyant mes futures vacances. Elle est pas belle la vie ?

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1. Blouson en tulle et satin 3.1 PHILLIP LIM 760€ sur net-a-porter.com 2. Bracelet manchette en métal H&M 4€ sur hm.com 3. Lunettes de soleil rondes en acétate LE SPECS 45€ sur net-a-porter.com 4. Pochette en cuir ALEXANDER MC QUEEN 625€ sur farfetch.com 5. Bonnet en laine mélangée H&M 7,99€ sur hm.com 6. Vernis à ongles CIRQUE Déco 12,49€ sur thenailistashop.com 7. Basket à semelles épaisses ALEXANDER MC QUEEN 695€ sur net-a-porter.com 8. Combinaison en maille SELF-PORTRAIT 390€ sur net-a-porter.com


SELECTION ET ILLUSTRATIONS EMILIE MALFAISAN

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INTERVIEW ZELLA DAY

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En Arizona il n’y a pas que des canyons, il y a aussi Zella Day ! Cette jeune américaine de tout juste vingt ans nous livre plus de détails sur la réalisation de son premier album « Kicker » qui est une véritable réussite et un succès mondial. C’est aussi le résultat d’un travail de longue haleine inspiré de sa terre d’origine. Tu as à peine 20 ans et tu viens de sortir il y a quelques mois ton premier album, que tu as écrit ! Quand as-tu débuté la musique ? J’ai commencé à faire de la musique à l’âge de 12 ans et ai sorti écrit mon premier album quand j’en avais 13. J’écris donc depuis longtemps maintenant. Comment s’est passée l’écriture de ton album? J’ai en fait commencé à écrire « Kicker » à la fin de l’année dernière. C’était à un moment assez intense pour moi, plusieurs choses se passaient et cet album est clairement une accumulation de qui j’étais à ce moment-là et de qui je suis maintenant. Tu viens de l’Arizona. Est-ce que tes origines influencent ta musique ? Oui, je viens d’une petite ville en Arizona, ce qui était difficile pour moi car j’avais de grands rêves et je voulais être dans une grande ville afin de les concrétiser. Mais lorsque cela s’est produit, j’ai réalisé à quel point ma ville d’origine était belle, avec ses canyons etc. ; ça m’a inspirée. Tu es la colocataire de Borns, qui était dans le dernier numéro de Pose Mag et en concert à Paris récemment. Est-ce que c’est la musique qui vous a fait vous connaître ou bien est-ce que c’est une coïncidence ? Non, c’était une coïncidence, on s’est rencontré autour d’un feu de camp et depuis on est amis ! Quels sont les artistes qui t’ont donné envie de faire de la musique ? J’ai commencé à jouer de la musique car j’avais pour habitude d’aller dans un coffee shop avec de la musique live. Mais il n’y avait pas d’artistes que j’aimais particulièrement étant enfant ou à qui je voulais ressembler. Y’en a-t-il que tu admires ? Oui ! J’admire beaucoup d’artistes féminines fortes, telles que Janis Joplin ou Stevie Nicks. Ce sont des personnes sur lesquelles je lis beaucoup et qui donnent

envie d’être comme elles. En parlant de carrière, la tienne est déjà très bien partie. Par exemple, le clip du titre « Hypnotic » comptabilise plus de 4 millions de vues. Est-ce que tu t’attendais à un tel succès ? Le processus d’enregistrement et l’organisation de la tournée ont quand même pris un certain temps… Ça a été beaucoup de travail. J’ai dédié toute ma vie à cet art. Ce succès me donne confiance et signifie que je peux continuer à travailler dans cette direction. Je ne sais pas si je m’y attendais, mais je suis vraiment heureuse. Ce clip est d’ailleurs vraiment très beau et avec une esthétique très travaillée. Est-ce que tu t’impliques aussi beaucoup dans tout ce qui est image (vidéos, photos...) ? Oui à 100% ! Je choisis les photographes avec lesquels je veux travailler. Ca fait maintenant trois fois que je travaille avec Alexandra Valenti. Elle a fait la couverture de mon album et elle a fait les trois derniers shootings réalisés à des fins commerciales. J’ai un ami qui m’aide avec le style mais tous les scénarios viennent de moi. J’ai une idée de ce que je veux visuellement et je choisis les bonnes personnes pour m’aider à le concevoir. Sur ton site officiel, un tumblr, on peut retrouver un mélange de visuels promos, de photos issues de shootings mais aussi des photos plus personnelles. Est-ce que c’est pour garder une certaine proximité avec ton public ? Oui, je commence tout juste avec les réseaux sociaux… J’étais réticente au début car je trouvais ça invasif et je n’étais pas sure de la quantité d’informations que je voulais divulguer sur ma vie. Mais maintenant je les ai adoptés et j’en ai fait quelque chose que j’apprécie. Je pense que les réseaux sociaux sont une forme d’art pour les musiciens qui veulent communiquer ce qu’ils pensent être beau car ça relie directement à leur musique. C’est une esthétique et ma vision de l’esthétique est en accord avec mon esthétique musicale. Il y a une intention derrière chaque post et j’essaye de ne pas poster des conneries sans intérêt !

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Est-ce que c’est toi qui gères tes réseaux sociaux ? Est-ce que tu accordes de l’importance aux commentaires qui sont postés... ou bien est-ce que tu préfères garder un peu de distance par rapport à cela, pour éviter d’être blessée par d’éventuelles critiques par exemple... Oui c’est moi qui m’en occupe, quelques personnes m’aiguillent quand je ne suis pas sure mais oui c’est moi qui gère ça. Je fais attention aux commentaires par-ci par-là, par moment j’efface encore certains commentaires sur Instagram !! Ça m’atteint encore un petit peu. Ta tournée t’amène à donner des concerts dans beaucoup de pays comme l’Angleterre, la France, l’Allemagne, la Russie, la Suède... Est-ce que tu es désormais complètement à l’aise ou bien est-ce que tu as encore un peu le trac ? Est-ce qu’il y a un public que tu appréhendes d’avantage pour ta tournée ? Oui je suis un petit peu nerveuse car je vais jouer dans des endroits où je n’ai jamais fait de concert auparavant. Même aux États-Unis ça varie beaucoup d’un endroit à l’autre, les gens ne perçoivent pas la musique de la même façon en fonction de leur positionnement géographique parfois ! Je ne sais pas vraiment à quoi m’attendre, si le public sera charismatique ou très calme. Mais ce n’est pas grave car c’est une première pour moi. Je vais juste me concentrer sur ma musique et m’assurer que je suis connectée avec ce que je dis car si je crois à ce que je dis, alors le public aussi. Les gens ressentent la musique de la même façon mais ne réagissent pas toujours de la même façon. C’est ce qui me rend nerveuse, leur réaction. Est-ce que tu peux nous parler de Day x Day, une web série dans laquelle on a pu te retrouver ? J’ai eu l’idée de créer Day by Day avec un ami. Ce sont des images qui nous montrent ensemble en tournée à LA ou qui montre n’importe quoi que l’on trouve de beau, des moments de ma vie vraiment personnels et en coulisses. Tous les audio sont enregistrés sur mon téléphone ! C’est quelque chose que je fais souvent et que je voulais partager avec mes auditeurs. J’écris beaucoup de chansons tout le temps et le Day by Day me permet de mettre ces morceaux quelque part. Est-ce que la comédie pourrait t’attirer ou tu souhaites te focaliser sur la musique ? Je veux rester concentrée sur la musique car c’est encore très récent et pas encore bien établi. Je dois encore travailler dur mais peut être plus tard… Est-ce que c’était ton rêve de petite fille d’être chanteuse ou bien est-ce que tu t’imaginais dans un tout autre domaine ? J’ai toujours joué de la musique et je n’ai jamais arrêté. Mais je n’en rêvais pas non plus la nuit. Ca a toujours fait partie de ma vie et ca n’était pas vraiment une option de faire autre chose. Pour finir, on parlait de rêve de petite fille juste avant, ton rêve de jeune femme de 20 ans, c’est quoi ? J’aimerais pouvoir arriver jusqu’aux Grammy, pas forcément gagner mais faire partie de cet ensemble de jeunes artistes qui créent et font bouger la musique. J’aimerais aussi éventuellement faire un album dans lequel je joue absolument tous les instruments.

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Propos recueillis par Alice Puissesseau et Enrique Lemercier Crédit photos : Guillaume Malheiro pour Pose Mag


Son actualité : L’album de Zella Day, « Kicker » est disponible depuis juin 2015.

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INTERVIEW 10 QUESTIONS À HUGO MATHA

Si vous lisez régulièrement des magazines féminins ou bien des sites Internet consacrés à la mode, son nom et ses créations vous diront sans doute quelque chose. Hugo Matha semble en effet avoir conquis le cœur des journalistes mode et pour cause. Derrière le jeune homme au visage angélique se cache un créateur bourré de talent. Ses sacs, pensés comme des créations uniques, font fureur dans le milieu de la mode. Hugo fait d’ailleurs partie cette année du concours de l’ANDAM dans la catégorie Accessoires de mode. Nous l’avons rencontré dans son atelier parisien, le temps de 10 questions pour en savoir plus sur lui. 1. Tu aimes créer des objets depuis que tu es petit et maintenant, c’est avec les accessoires que tu t’exprimes. Penses-tu que plus tard tu auras envie de créer des choses totalement différentes ? Oui, je suis sur le lancement du prêt-à-porter en septembre. J’aimerais aussi beaucoup faire des objets. Là, je suis sur des projets avec un ami qui s’appelle Jean-Guillaume Mathiaut qui a fait toute la scéno lors de ma dernière présentation. Cette fois, on va faire des cabanes façon art contemporain dans des vignes chez mes parents. On a plusieurs projets comme ça qui sont plus entre l’art contemporain, le design et l’architecture. Finalement, tout se mélange un peu, il y a toujours un lien, c’est assez cool. Pour le cabinet de curiosités de Thomas Erber, j’ai fait une valise qui est plutôt une valise objet on va dire. C’est une très grande valise en métal et en cuir, donc on est plus sur de l’objet. 2. Tu as crée ton propre label très jeune, est-ce que ça t’a fait peur ? Je crois que j’ai eu plus peur après que lorsque je l’ai lancé. Quand j’ai vu tout ce que c’était... Mais en fait au tout début, je me suis dit « Avant de travailler pour quelqu’un, je le fais, au moins je n’aurai pas de regrets ». J’ai foncé tête-bêche et je me suis dit « Voilà, je n’ai pas le choix, il faut foncer, il faut le faire ». Je n’ai pas eu le temps d’avoir peur à ce moment-là, mais c’est vrai qu’après, au bout de deux ans, il y a plein de trucs qui se rajoutent. Et à un moment donné, ça fait un peu plus peur mais finalement c’est beaucoup de travail mais quand c’est de la passion, on a arrive à surmonter cette peur. 3. Tu as vécu et travaillé en Chine pendant plusieurs mois. Est-ce qu’il y a un autre pays, autre que la France, où tu aimerais vivre plus tard ? La Chine, j’ai adoré, c’était génial mais je n’aurais jamais pu y vivre à cause des expatriés français. Je les trouve un peu horribles, immondes, en mode colonial... Il y a plusieurs pays qui sont comme ça je trouve, pas que les Français, les Européens. Jj’ai beaucoup de mal avec le non-respect de la personne… New-York, je ne pourrais pas y vivre, tout est compliqué. Il faut toujours tout prévoir à l’avance. A Paris, ce que j’aime bien, c’est vraiment la spontanéité, tu vas croiser quelqu’un tu vas pouvoir boire un verre facilement. Tu vas sortir du bureau, tu vas boire un verre, tu vas retrouver des potes que tu vas appeler, alors qu’ailleurs il faut toujours tout prévoir. La seule ville je pense où je pourrais vivre, j’y suis allé récemment, c’est à Beyrouth. Je trouve qu’il y a une énergie incroyable, c’est aussi beaucoup de monde la nuit, la fête, mais derrière il y a plein de choses intéressantes et il y a une culture incroyable de l’architecture et de l’art contemporain qui est en train de se développer.

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4. Tu es très présent dans la presse féminine et tes accessoires sont également en vente chez Colette. Selon toi, qu’est-ce qui fait que le succès de ta marque ? Je pense que c’est parce qu’on revient à des lignes assez épurées, assez brutes, avec des matières précieuses. L’idée au début de ma marque, c’était de créer un objet pérenne, l’objet d’une vie, l’objet d’un héritage. On n’était pas dans la complexité de se dire on va faire ça pour créer une espèce de mode, c’était l’objet simple qui rentre dans le quotidien très facilement. Au-delà d’un accessoire de mode, ça peut être aussi un objet qui ait deux usages, on va rentrer chez soi, on va le poser, il va rester là une semaine sur la table et ça va devenir un objet à part entière. 5. On parlait des cabanes dans les vignes et tu vas apparemment ouvrir aussi ton propre atelier dans l’Aveyron d’où tu es originaire. Pourquoi cette envie et où en est ce projet ? C’est en cours, on est en train d’essayer de voir comment on peut faire. L’idée c’est de reprendre la vigne en même temps. Comme je suis fils unique, j’aime bien aller me reposer là-bas et je me suis dis que je pourrais allier les deux ? C’est à une heure de Paris en avion, c’est assez paisible pour y travailler, j’avais vraiment envie de mettre l’accent aussi là-dessus, faire l’atelier au dessus des vignes. Il y a quelque chose d’assez incroyable dans ce lieu et j’aimerais aussi y créer ma première boutique. Il y a aussi le Musée Soulages qui vient d’ouvrir à Rodez, plein de choses bougent là-bas, je trouve que c’est assez intéressant d’y développer son atelier et puis ce sont mes origines. 6. Quelle est la création dont tu es le plus fière à ce jour? C’est la pochette basique en alligator burgundy et le socle noir en bois d’un chêne qui est resté mille cinq cent ans au fond de l’eau. C’est l’eau qui l’a pigmenté, ce n’est pas une teinture. ET le panier aussi je suis assez content ! 7. Tu as collaboré avec la maison Causse pour une collection de gants pour cet hiver, comment est née cette collaboration ? Ce qui est assez marrant c’est que Causse est aveyronnais. Ils sont à Millau, pas très loin de chez moi. A l’époque, j’avais fait un premier projet et Causse a été le premier sponsor, il y a très longtemps…Je connaissais très bien les propriétaires mais ils ont été rachetés par Chanel donc je n’ai plus eu aucun lien avec eux . Ce sont c’est les Métiers d’art Chanel qui m’ont appelé pour faire cette collaboration. Cela a été incroyable, je ne pensais pas que travailler sur des gants pouvait être aussi compliqué. Il faut toujours que ça reste fin, travailler la matière différemment et surtout les différentes découpes... Le pouce est à part par exemple et pour les coutures, il y a des techniques assez incroyables. Cela a été un travail en binôme, entre les ateliers et moi, assez fou et ça nous a permis de nous surpasser. 8. Quelle est la maison avec laquelle tu adorerais travailler ? J’aime beaucoup les maisons qui ne sont pas trop dans mon univers et où tu dois justement te surpasser. Rick Owens par exemple, j’aime beaucoup, ou bien Hermès ou Goyard. Moins des maisons de mode, mais plus de vrais maroquiniers… Le fait que ce soit complètement différent de ton univers, ça repousse vraiment tes limites, ça te provoque des choses qui te font avancer. 9. Et des personnalités que tu aimerais voir porter tes créations ? Ou bien au moins une Je ne sais pas vraiment, celles qui ont envie de les porter les portent. Après moi je ne suis pas du tout star système, ricaines... J’ai déjà de très belles filles qui les portent mais en y réfléchissant, la reine d’Angleterre, ça serait drôle ! 10. Pour finir, quels sont tes projets pour la suite ? L’homme est arrivé il y a quelques temps et le prêt-à-porter également, c’est déjà pas mal ! (rires)

Propos recueillis par Enrique Lemercier Crédit photo (portrait) : Marie Canciani pour Pose Mag Pour en savoir plus sur l’univers du créateur, rdv sur son site internet : www.hugomatha.com

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FEUILLETON JURASSIC PARKA TEXTE MÉLISSANDRE L. ILLUSTRATIONS ALAN CLOISEAU

EPISODE 2 CARNIVORES AWARDS Les samedis soirs d'Hubert semblaient avoir été scénarisés par les auteurs de Sex and the City, Cosmopolitain au jus de cranberries frais compris. C'était le seul soir de la semaine où il s'accordait le luxe d'une grève de la cuisine, s'octroyant un piquet bien mérité à baver devant les cartes de CookAtHome.com. Hubert surfait sur un site de livraison culinaire comme d'autres écument le web pour faire des rencontres coquino-romantiques. Chaque semaine, le rituel commençait par cette quête insatiable d'une âme sœur à son estomac. Ce soir, il s'était laissé tenter par les charmes rustiques d'un simple risotto et de ses antipastis affriolants. Puis, il fallait se faire beau avant la rencontre du plat. Il profitait alors de l'absence de ses colocs pour transformer les 4m2 de leur salle de bain en un spa 5 étoiles. Boule de bain effervescente au romarin, masque nourrissant maison moutarde et yaourt, huile de coco capillaire et la touche finale du Chef: deux fines tranches de concombre glacé sur les paupières.

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C'est ce moment précis que choisit Gabriel pour infliger une crise épileptique interminable à son téléphone. Hubert tout en concombre et en crédulité ne mit guère longtemps à réagir. C’était sûrement le livreur, zélé et en avance mais perdu à quelques mètres de l’appartement. Répondre à cet appel relevait d’un courage de chevalier gourmand et la faim justifiait l’abandon du bain. Il se précipita hors de la baignoire pour aller porter secours à l’appareil qui était resté hors de la “Zone Zen”, tout en essayant de contrôler les éruptions de yaourt sur les murs de l’appart.

ON NE VOUS APPRENDRA RIEN, C'EST SOUVENT EN SOUHAITANT LIMITER LES DÉGÂTS QUE L'ON SONNE L'HEURE DE LA CATASTROPHE. C’est un Hubert mouillé, irrité et songeant au temps qu’il faudrait pour tout nettoyer qui décrocha : – C’est tout droit en prenant la Rue de l’avenir sur votre gauche ! – Mon Ü-Bear, j’ai pas d’avenir sans toi. – C’est la première fois qu’un livreur me fait une si belle déclaration… Répondit Huserpillère mi-figue, mi moutarde de découvrir qu’il s’agissait de son colocataire.

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– Attends, retiens tes chevaux… Gab t’a vraiment dit ça ? C’est quoi son urgence de vie ou de mort ? – Marla, c’est moi qui raconte. Dans ma version des faits, il est ultra reconnaissant de tous les services qu’on lui fournit au quotidien. – Dans ce cas, pesta Marla, j’espère que ton histoire se termine quand il nous offre une console flambant neuve pour le salon, parce que c’est la dernière fois que je lui file un coup de main, la prochaine fois qu’il a besoin d’une entrée pour THE EVENT, il ira les réclamer à quelqu’un d’autre. Ça fait trois semaines que j’avais pas vu Victor ! – Écoute, crois-le ou non, mais j’avais aussi des plans ce soir et encore faudrait-il qu’on le retrouve, c’est énorme la Maison de la Mutualité ! – En attendant, raconte, il t’a dit quoi exactement ? « – C’est une longue histoire, mais j’ai ultra besoin de toi, je suis coincée aux chiottes. » Ü-Bear sentit sa colère dégonfler à la tonalité désespérée de l’interlocuteur. – T’es vraiment obligé de passer par la troisième personne du singulier ? Si j’ai pourri ma soirée pour un souci digestif de Môssieur Gabriel, ça va chier. – Tu veux savoir ce qu’il a dit ou pas ? Marla roula des yeux, il en fallait des trésors de patience pour supporter les deux cinglés qui vivaient sous son toit. “– Qu’est-ce qui se passe ? Demanda Hubert en épongeant son masque du mieux possible sans lâcher le combiné.” Et Gaby de contrôler les larmes, le palpitant qui lâche et les nerfs qui s'effondrent pour lui délivrer le message. – Ok, donc on est partis pour la version longue avec les commentaires du réalisateur, su-per. – C’EST MOI QUI RACONTE ! Répéta Hubert, sa voix tonitruante un peu trop menaçante pour le reste du wagon qui leur jeta des regards lourds de soupçons. – C’est bon, chuchota Marla, je mets tais, mais accouche !

COINCÉ DANS LA CABINE DES TOILETTES, GABRIEL RETENAIT SON SOUFFLE, SON HALEINE ET LES EFFLUVES JAVÉLISÉS DES ENVIRONS. Attendant ses amis avec la foi du paralysé qui espère un miracle, le jeune homme se demandait s’il aurait pu éviter cette chaîne d’évènements ou bien si la poisse s’acharnait sur son dos, juste pour le fun. Bien sûr, il aurait dû se débarrasser de cette idée de blog avant que tout cela ne dégénère, il s’était bien rendu compte que personne ne vous lit quand vous n’appartenez pas au gratin de la mode ou du web. Il avait beau solliciter des shootings à droite et à gauche, sans book solide, personne ne daignait même lui répondre. Il allait raccrocher quand Marla avait ramené son Victor à la maison. Trop fière pour s’étendre sur le succès de son nouveau Beau, elle avait laissé mariner ses colocs jusqu’à ce qu’ils découvrent le pot-aux-roses en fouillant sur Facebook. Le Victor en question pesait 40 millions de vues sur Youtube à parler de jeux-vidéos, de gadgets japonais plus glauques les uns que les autres et des derniers épisodes d’X-files. Jamais deux personnes n’étaient autant faîtes l’une pour

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l’autre que cette star des nerds et leur Marla. C’était lui qui avait proposé à Gabriel de lui refiler ses places pour les Platinum Vlogs de la fin du mois. “Pour provoquer des contacts” avait-il soutenu. Le contact, Gabriel s’en passerait bien ce soir. Au grand point d’eau de l’Internet, seuls les carnivores pouvaient siéger sans crainte. Une petite bestiole chétive dans son genre subsistait en voie d’extinction à la seconde où il se pointait là. Il aurait dû faire demi-tour dès le videur minutieux, à l’entrée de la salle de spectacle. Un mec qui vous palpe sous toutes vos coutures, mais qui n’est pas capable de réaliser que le nom sur votre place V.I.P. ne correspond pas à celui de votre pièce d’identité ne présage rien de bon. Sans transition, il avait été jeté en pâture aux raptors, un groupe de jeunes blogueuses aux dents longues qui entendant annoncer la présence du maître des Vlogs de Victor, s’étaient emparé de son bras et avaient décidé de lui tenir la jambe le plus longtemps possible. Groupieraptor #1 : Ça fait super plaisir de te rencontrer enfin ! Groupieraptor #2 : On adore tes vidéos, t’es le boss final de l’Internet ! Et puis, t’es vachement mieux sapé que c’qu’on aurait imaginé ! – Euh... merci ?! Pris de court par le quiproquo, Gabriel s’était dit qu’il valait mieux jouer le jeu que de devoir repasser par les paluches inquisitrices du videur à deux mètres de là. Il laissa les grelûches l’emporter loin de la liste des invités sans trop suivre leur discussion. Groupieraptor #3 : Ça fait du bien de voir un vrai vlogueur tu sais ? – Ah ?.. Groupieraptor #2 : Ouais, y’a plein de wannabes, des gens avec genre 200 followers sur Twitter qui ont dû chopper des places par des potes… L’imposteur déglutit en songeant aux trois pelés et deux tondus qui le suivaient sur la toile. S’il avait bien tenté de cultiver son bébé blog entre deux papiers pour son postdoc, il avait en revanche laissé son compte de microblog en jachère. Sans commune mesure, dans ce monde-ci, le nombre d’années d’études ne faisait pas le poids face aux quotas d’adeptes virtuels. Groupieraptor #1 : Nan mais j’te jure, y’a cinq minutes, avant que tu arrives, y’en a une qui m’a entendu raconter comment c’était dégueulasse que je sois nominée QUE dans la catégorie “Vlog incontournable de l’année” Et là, elle me sort : “C’est génial ! Je rêverais trop d’être à ta place !” Groupieraptor #3 : Mais allô quoi ! La nana, elle fait des tutos de pâte à sel, quoi ! Groupieraptor #2 : C’est vraiment mélanger les torchons Héma et les serviettes Burberry cette soirée, j’te jure ! Gabriel envisagea de se détacher de l’emprise de ces lézards à langue de pute. Ailleurs, leur soif de sang lui aurait fait pitié ; mais ici, coincé entre deux de leur spécimens, il ne voulait pour rien au monde savoir ce qu’elle lui feraient en apprenant qu’il n’était pas celui à qui elles croyaient avoir à faire. – J’avoue que je ne suis pas trop habitué à ce genre d’évènements… Y’a pas mal de vlogs de mode et de lifestyle ce soir, non ? Groupieraptor #3 : Ah, ouais t’es un timide dès qu’il n’y a plus de caméra ! – Voilà,... C’est ça ! Groupieraptor #1 : T’inquiète on va te présenter.

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Les tribus contemporaines, se mélangeaient aussi peu que les dinosaures qu’il étudiait au labo. Tandis que les dents longues brandissaient leurs griffes rétractyles vers les différents groupes d’homnidés présents à la soirée, Gabriel se demandait si ce manque d’égard et d’empathie n’était pas la source du déclin de toute espèce dominante. Pas besoin de météorite, pour courir à sa propre perte, il suffisait de mépriser suffisamment les autres.

Dans cette affluence de leggings et de lèvres glossées, une silhouette retint son attention. Rousse incandescente, dont le charisme menaçait de lui cramer la rétine à tout instant. Elle n’avait guère besoin de cette couronne déposée avec nonchalance entre ses boucles. On savait au premier coup d’oeil que la reine de la soirée, c’était elle. Gaby n’était pas un expert en peinture, mais tout dans son attitude transpirait l’icône romantique : de la tunique étoilée abandonnée contre ses courbes, à ses gestes plus gracieux les uns que les autres… Un véritable Rosetti sur talons hauts. Il se risqua à demander à ses hôtesses : – Et c’est qui, cette fille ultra sapée ? Groupieraptor #1 : Ça c’est Proserpine, elle a un blog et une chaîne de mode, c’est une bitch, faut pas la fréquenter. Groupieraptor #3 : Tu dis ça parce qu’elle a eu ses 2 millions d’abonnés avant toi ! Groupieraptor #1 : T’es rien qu’une bitch toi aussi… Rappelle-moi pourquoi on se fréquente ? Groupieraptor #3 : Parce que je peux t’avoir des plans de collab avec Sephora ?

PROSERPINE...

Même son pseudonyme propageait une aura de classe qui surpassait n’importe qui. La divinité numérique dût sentir la plèbe parler d’elle, elle se mit à leur jeter un regard impitoyable. Aussitôt les raptors, courageuses derrière leur écran mais plutôt pleutres IRL, leur firent changer de cap.

ET C’EST LÀ QUE TOUT A DÉRAPÉ. MAUVAIS SCÉNARIO DE COMÉDIE ROMANTIQUE AMÉRICAINE, CLICHÉ SCÉNARISTIQUE CRIANT, DEUS EX MACHINA À DEUX BALLES. DE TOUS LES RENDEZ-VOUS MONDAINS, IL AVAIT CHOISIT PILE CELUI OÙ GABRIEL DEVAIT SE MONTRER. FLORIAN LEFALLO, LE CONNARD PAR QUI TOUT AVAIT COMMENCÉ*. Toujours dans le métro, Marla se rongeait les ongles en écoutant Hubert prolonger le suspense : – Sérieux, Florian s’est pointé aux Platinum Vlogs ? – Attends, c’est pas fini.

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entraînant nappe de buffet bien repassée, plats de traiteur Figurez-vous que cela arrive plus souvent qu’on ne auparavant délicieux, verres à pieds bien remplis et toute l’imagine ici ; Paris n’est qu’un aquarium, on aura beau once de dignité. en faire le tour mille fois, on y croisera toujours la même faune aux mêmes endroits. Un instant, Gabriel oublia le À l’évidence, un tel tohu-bohu ne prédateur et se rappela comme il faisait passa pas inaperçu, la réplique du bon et chaud dans les bras de Flo. Un séisme ne se fit pas attendre : instant seulement... L’instinct de survie – Oh mais c’est ce bon vieux Gabriel ! prit le dessus, en aucun cas il ne devait MAIS MÊME être vu et démasqué par le journaliste. La proie se dégagea de ses geôlières Le ton mielleux de Flo ne laissait aucun L’ADRÉNALINE NE PEUT en leur proposant : doute quant à ses intentions perverses. VOUS DÉFAIRE DE Ça ne lui avait pas suffit de l’écraser MILLIONS D’ANNÉES DE – Mesdemoiselles, je peux vous prendre dans un article de son journal*, il était MALADRESSE. en photo ? C’est pour mon insta ! bien parti pour l’achever tant qu’il était Chorale de Groupieraptors : Ah ouais ! à terre. Gaby se dépêtra des débris Grave ! alentours et du serveur sonné pour se relever avant l’arrivée de son ex. Mais même l’adrénaline ne peut Il tenta de décrotter son costume de vous défaire de millions d’années de maladresse. En se ses lambeaux de petits fours, mais les carreaux de son pantalon Paul Smith lui en voulaient terriblement pour reculant pour prendre le cliché, l’apprenti photographe cette tâche non identifiée et dégueulasse qui s’étalait de se prit les pattes dans un serveur qui zigzagait parmi la l’entrejambe à son genou gauche. foule et les deux jeunes hommes tombèrent à la renverse

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Groupieraptor #1 : Gabriel ? Mais non ! Il s’appelle Victor ! Tu sais, les Vlogs de Victor ! – Mesdemoiselles, il me semble qu’il y a confusion, je suis sorti avec Gabriel et c’est un peu le dernier à savoir comment tenir un vlog et dénicher de nouvelles tendances. Il est plutôt du genre à se rouler dans la poussière, comme vous pouvez le constater. Des fossiles intéressants par terre ? – ...

Gaby, pétrifié de honte, n’avait rien répondu sur le fait, c’est une fois dans les toilettes les plus éloignées de la salle principale, ayant enlevé son pantalon pour le lessiver grossièrement avant d’aller reprendre le métro qu’il rétorqua dans le vide “À part tes vannes de merde, non les fouilles sont plutôt infructueuses…” Il laissa le vêtement pendre sous le séchoir à mains et alla chercher quelques feuilles de papier dans une cabine pour se moucher et éponger un début de larmes.

Soudain, le calme relatif des commodités fut brisé par l’arrivée d’un groupe. Ça gloussait dans les toilettes et malgré une correspondance sonore plus proche de dindes que de reptiles, il n’y avait aucun doute sur l’identité des inconnues. Les raptors étaient dans la place, prêtes à le manger tout crû. Stupéfait par l’effroi, il eut tout juste le temps de s’enfermer à clé. Groupieraptor #2: Alors comme ça, on s’est foutu de notre gueule ?... De dépit, Marla s’essuya le visage avec la main : – Oh, non, non, non, Gaby non ! – T’as compris ? – Ces salopes lui ont piqué son pantalon. – Voilà, mais c’est pas fini, déclara Hubert en se mordant les lèvres. L’histoire avait beau être affreuse, une petite partie de lui savourait cette cascade de mauvaises nouvelles. – Le problème n’est pas que Gabichou soit en slip dans un endroit publique rempli de smartphones… Le problème c’est que... Hubert se pencha vers sa colocataire pour lui chuchoter le fin mot de l’histoire. Marla outrée ne prit pas les mêmes pincettes et s’exclama pour tout le métro : – Nan mais t’es sérieux ? Il a mis son slip imprimé dino sous son costume à deux smics ? – C’est son slip porte-bonheur, justifia Hubert, considérant qu’avec le nombre de culottes Pokémon disséminées régulièrement aux quatre coins de l’appartement, Marla n’avait de leçons à donner à personne.

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IL A MIS SON SLIP IMPRIMÉ DINO SOUS SON COSTUME À DEUX SMICS ?

Cela faisait bientôt 40 minutes que Gabriel avait appelé Hubert à la rescousse. Si tout se passait comme convenu, Marla, munie d’une ultime place VIP pour les Platinum l’avait rejoint à Champs-Élysées Clémenceau et ils ne devraient plus tarder à lui livrer de quoi se changer. En attendant, Gaby sacrifiait ses derniers moment de batterie à fouiller les profils de Flo en ligne. Vérifier qu’il ne parlait pas de leur rencontre malencontreuse. Le téléphone se mit à vibrer et durant une minute, jamais le jeune paléontologue n’avait été plus heureux de vivre à l’ère technologique.

Gabriel fulmina en repensant au videur, à son professionnalisme fluctuant et à l’ironie de son propre undress code. – Du coup, on va essayer de filer le pantalon à quelqu’un qui sort fumer, reprit Ü-Bear. – Attends nan, vous pouvez pas faire confiance à n’importe qui !

– Bon Gabychou, j’ai une mauvaise nouvelle. – Tu veux dire plus mauvaise que tout le reste de ma soirée ? – Écoute, on a fait ce qu’on a pu. On est bien arrivé, mais le videur refuse de laisser entrer Marla. La place est au nom de Victor et apparemment “on n’est pas assez bien habillé”…

PAR VOUS ABANDONNER AU MOMENT OÙ VOUS EN AVEZ LE PLUS BESOIN.

Mais avant qu’Hubert ne puisse réfléchir à une autre solution, le smartphone se soumit à la loi de Murphy n°456 : LA TECHNOLOGIE FINIT TOUJOURS

QUELQUE SOIT LA SITUATION, IL FALLAIT BIEN ADMETTRE QUE TOUT ÉTAIT TOUJOURS PLUS SIMPLE AU CRÉTACÉ.

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PORTRAIT PAUL ZIVKOVICH Il y un an, lors d’un séjour à New-York, j’ai assisté à quelque chose qu’il est difficile de définir... En effet, Sleep No More, ce n’est pas une simple spectacle ou une comédie musicale... C’est une expérience artistique à part entière et unique. Complètement conquis, j’ai cherché à en savoir plus et notamment sur le parcours des acteurs, que j’ai trouvé brillants. Et c’est comme cela que j’ai débuté mes recherches sur Paul Zivkovich, qui interprétait alors le rôle de MacBeth. J’ai profité du fait qu’un de nos photographes était à New-York pour proposer à Paul de prendre la pose pour nous dans Central Park et de répondre à mes questions.

Peux-tu nous résumer ton parcours professionnel en quelques mots ? Il faut d’abord que je commence par vous dire à quel point j’ai eu de la chance. J’ai eu de superbes opportunités de travailler avec de nombreux artistes tout autour du monde et des troupes merveilleuses. Ma carrière a commencé en Australie où j’ai commencé à travailler avec un l’Australian Dance Theatre. Puis l’Europe m’a offert le plaisir de collaborer avec Rafael Bonachela, Akram Khan, Punchdrunk et l’unique Sidi Larbi Cherkaoui. Avec eux, j’ai pu innover et partir en tournée à l’international. Entre temps, j’ai pu explorer la chorégraphie pour des clips vidéos, de la télé ou même des films, c’est une activité qui me fascine de plus en plus. Qu-est-ce qui t’a décidé à quitter l’Australie ? J’ai beaucoup tourné avec l’Australian Dance Theatre. Pendant des années, je me suis plongé avec passion dans le déferlement de performances, de trains, d’avions, d’hôtel et de langages différents. Et j’ai simplement aimé ça, apprécié le côté éphémère de tout cela. L’Europe me fascine tout particulièrement, il y a tellement d’endroits à voir, si près les uns des autres. J’ai vécu l’Europe comme un terrain de jeu, un changement d’environnement bienvenu et très attrayant. Tout était si différent de ce avec quoi j’avais grandi, que ce soit culturellement ou artistiquement. Alors travailler à l’étranger s’est fait très naturellement. Durant

une tournée, j’ai été invite à travailler à Londres avec Rafael Bonachela (d’ailleurs, c’est amusant, il est désormais le directeur artistique de la Sydney Dance Company). À ce moment-là, j’ai pris une grande respiration, j’ai souri et j’ai décidé d’habiter Londres. Est-ce que pays te manque ? Ma famille et mes amis me manquent. J’ai souvent des envies soudaines des biscuits que je mangeais quand j’avais 6 ans, des plages, ou encore de la pâte à tartiner salée que l’on mange là-bas, la Vegemite. Et comme j’ai des nièces et des neveux, cela rajoute une autre frange de la famille qui me manque. Heureusement qu’il y a Skype et que les fuseaux horaires m’avantagent pour le moment. Mais à part cela, je suis bien où je suis, dans mon travail, comme dans mes relations. D’où te vient cette passion pour la danse ? Je ne suis pas sûr, il me semble que c’est un mélange de nombreuses choses différentes. Je suis quelqu’un de très physique, j’adore les sensations liées au physique. Ça me force à être présent et réceptif, disponible et honnête. Cela génère du challenge et du plaisir. Et en même temps, c’est une confrontation avec soi-même, c’est très addictif. Cela dit, je suis certain que c’est ce que je n’arrive pas à mettre en mots qui répond le mieux à cette question.

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Si tu n’en avais pas fait ton métier, qu’aurais-tu aimé faire d’autre ? J’ai du mal à me projeter et à regarder autre chose que ce que je fais maintenant. J’aime imaginer que je ferais quelque chose d’artistique. Peut-être une activité que j’ai déjà exercée, mais de façon plus permanente. Toute ma carrière a été dirigée par la danse, alors j’avoue que je serais curieux de savoir quels autres chemins j’aurais pu explorer, que ce soit dans la comédie, la réalisation, le design, etc. Quel est ton plus beau souvenir sur scène à ce jour ? Je n’en avais pas conscience à ce moment précis, mais c’est clairement la première fois que ma maman et mon papa sont venus me voir danser en 1999. Comment se passe le quotidien d’un danseur ? Sport et nourriture saine tous les jours ? La routine varie selon la période, si je suis en train de jouer, en tournée ou autre. Néanmoins, durant les dernières années, je me suis établi à New York et je danse régulièrement le soir dans “Sleep no more”, ce qui me demande beaucoup d’énergie. Alors le jour, je me repose, je mange bien, je prends soin de mon corps et évidemment, je profite de ce que New York a à offrir. Tu interprètes le rôle de MacBeth dans le fantastique spectacle « Sleep No More » à New-York. Comment est arrivée cette opportunité ? En 2011, j’ai travaillé sur l’adaptation en film d’Anna Karenine de Joe Wright. C’est l’un des acteurs qui m’a appris que Punchdrunk recherchait un danseur pour “Sleep no more”. J’ai décidé de passer l’audition et là encore, après un sourire et une grande inspiration, j’ai déménagé à New York. Comment se sont déroulées les préparations avant ta première à « Sleep No More » ? C’était totalement différent de tout ce que j’avais pu voir ou faire dans ma carrière. Les artistes et le publique

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sont entremêlés dans un univers assez complexe. Ce travail m’a demandé d’absorber de nombreux savoir-faires tout en perfectionnant ceux que j’avais pu accumuler durant ma carrière. C’est une expérience très enrichissante et un job de rêve. Est-ce que tu as une anecdote particulière par rapport à ce spectacle ? Le plus grand secret concernant nos coulisses, c’est qu’il n’y a pas de coulisses ! J’ai ressenti tout un tas d’émotions très différentes et intenses lorsque je suis allé voir « Sleep No More ». Est-ce qu’il t’est déjà arrivé d’être confronté à des réactions bizarres de spectateur durant une représentation ? Le show propose au public d’être une partie intégrante de ce monde, de cette histoire et des vies de ces personnages. Peut-être que le public a l’impression d’être un personnage. Alors c’est vraiment un plaisir de découvrir qu’un spectateur a vécu beaucoup d’émotions différentes durant le spectacle. Quelques fois, il peut arriver que ces émotions restent sous la peau et fassent surface longtemps après en pensées, en souvenirs ou encore en rêves. D’autres fois, il peut arriver que ces

émotions explosent, ça se fait souvent en silence et de façon très belle, c’est rarement risqué lorsque cela arrive. On essaie de gérer ça avec les autres performers, de la façon la plus organique possible. C’est un show qui brouille les limites entre l’artiste et le public et cela ne peut créer qu’une certaine excitation, qui est évidemment la bienvenue. Nous avons eu la chance de pouvoir illustrer ton interview avec des magnifiques photos de Lois Greenfield. Comment a eu lieu votre collaboration ? Est-ce que c’est elle qui t’a contacté ? Ou l’inverse ? Nous nous sommes rencontrés en 2003 à Adelaide en Australie, lorsque je travaillais avec l’Australian Dance Theatre. Elle avait été invitée par la production pour nous suivre à l’international. Après cela, elle m’a convié dans son studio à New-York de nombreuses fois, sans aucune pression de produire des images spécifiques comme dans ses calendriers ou dans ses livres. Je crois que c’est cette liberté qui a donné à notre relation une facilité et un dynamisme spontané. Ce genre d’élan a créé des résultats qui nous enthousiasment énormément. Depuis que j’habite à New-York, nous avons collaboré sur plusieurs shoots, des images pour des expositions, des calendriers ou encore son nouveau livre “Moving

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Still”. C’est un véritable cadeau de pouvoir amener au studio tout ce que j’ai accumulé durant ma carrière et de pouvoir insérer cela dans son esthétique à elle. C’est également très amusant de me voir littéralement grandir, prendre de l’âge et de la maturité sur ces clichés puisque cela fait désormais une dizaine d’années que nous collaborons. J’aime dire que notre relation est une “collision délicate”. Quels sont tes projets pour cette rentrée 2016 ? Cet automne, je serai en Chine, puisque Sleep no More y sera joué en décembre. Et pour la suite ? Tellement de choses… J’aime performer plus que jamais, j’aime New-York, même si ma famille me semble loin. J’adorerais pouvoir questionner le mouvement différemment, au théâtre ou dans des films, que ce soit en tant que réalisateur ou acteur. Tant que cela m’apporte un certain challenge, je serai satisfait. Pour finir, quelle serait l’expérience professionnelle que tu rêverais de vivre ? Récemment, j’ai eu l’honneur de travailler à la mise en scène d’une série appelée “Tin Star”. C’était une véritable joie, un grand défi personnel et plus encore. Je sais que je dois continuer à performer en tant que danseur, mais j’ai un désir de plus en plus grand de faire l’acteur. Pousser mon corps pour voir ce qu’il est capable d’accomplir. Le rêve serait de réaliser tout cela en même temps ! De nouvelles collisions. Propos recueillis par Enrique Lemercier et traduits par Mélissandre L. Crédits photos : Nicolas Simoes et Lois Greenfield (ci-contre)

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CHRONIQUE ANNONCER SA GROSSESSE Il y a un moment particulier dans la vie d’une fille où tu passes de trentenaire insouciante «« apérophile»/clopeusophile» » à trentenaire « jusdetomatophile/piscinophile». (Le cap est énorme mais la transition prend environ deux minutes, à peine le temps de percuter ce qui vient de t’arriver). Comment ça se passe ? Tu fais pipi sur une tige en essayant de ne pas la louper (on te dira après que tu pouvais faire pipi dans un gobelet et tremper la dite tige dedans) et là un « + » apparaît, qui va changer ta vie à jamais. Voici ce qui se passe ensuite (dans l’ordre) : Le sol se dérobe sous tes pieds, tu ne pensais pas que ça arriverait aussi vite, tu te demandes pourquoi tout le monde te dit que la moyenne c’est un an alors que vous avez mis trois mois. Encéphalogramme plat dans tout le corps, penser à respirer. « P***** JE SUIS ENCEINTE !!! ». PEUR. JOIE. PEUR. JOIE. Encéphalogramme plat dans tout le corps. Et c’est à ce moment que tu te dis que tu vas – quand-même – aller prévenir celui qui a participé à ce projet.

LE GÉNITEUR Tel un robot tu te diriges vers votre chambre, ton test « positif » à la main préalablement nettoyé. Tu le réveilles en chuchotant, moitié tremblante, moitié morte de trouille : « Hey, tu peux te réveiller, j’ai un truc à te dire ». Quand il voit le test, tu découvres dans ses yeux un mélange d’émotions assez variées, mais toujours ces deux tendances majeures : la joie et la peur. Une fois que vous avez à peu près digéré la nouvelle, ce qui équivaut à se répéter 1000 fois « oh P***** je suis enceinte », vous gardez la nouvelle pour vous deux, comme si vous aviez trouvé l’emplacement d’un trésor caché. Puis vient l’annonce de la nouvelle en avant-première, à un comité trié sur le volet. LA MEILLEURE AMIE Alors elle, de toute façon, tu comptais lui annoncer juste après ton mec, elle sait tout de ta vie, elle est déjà passé par là et… tu te rappelles qu’elle se marie dans une semaine et tu réalises que tu ne vas pouvoir ni boire ni fumer. Pour résumer la situation, après une heure où tu n’as pas su comment lui annoncer, tu réussis à glisser dans la conversation que tu ne pourras pas boire à son mariage. S’en suit un long silence, ponctué de bruits chelous, que tu analyses comme étant des pleurs. Mais elle est contente, hein, vraiment très contente, d’autant plus qu’elle va faire de sacrés économies sur le champagne le jour J. LES PARENTS Pour tes parents, tu veux une révélation marquante alors tu imagines un stratagème mignon à base de photos d’enfants et de point d’interrogation. Tu trouves ça tellement génial ! C’est un gros échec, tes parents sont tellement choqués qu’ils passent une heure à vous contempler sans piper mot. C’est assez gênant. Bon, il faut tu dire que tu les prends par surprise car tu n’as jamais abordé la question bébé… Mais finalement ils sont très heureux (passé le cap du choc, entendons-nous bien). Pour ton beau-père, amateur de très bons vins avec qui tu pars en vacances toute une semaine, il faut être réactif : il veut toujours te faire plaisir en amenant de bonnes bouteilles. Mais ton mec souhaite lui annoncer tout seul. Pas de problème, tu attendras un peu plus loin, le temps que beau-papa apprenne qu’il va devenir « beau-papi ». Beau-papi a chialé. Même réaction chez belle-mamie. LES POTES Il y a ceux qui s’en doutaient parce que tu passes aux softs du jour au lendemain, en plein été, et, arrêtons de nous mentir : c’est bizarre te concernant. Ce qui est bizarre aussi, c’est que tu te rends compte que tu dois passer pour une alcoolique. Il y a ceux, désarmants, qui ont eu les larmes aux yeux. D’autres, qui ont eu une réaction très étrange, terrifiés à l’idée que vous ne lanciez une mode parmi vos amis. Enfin, il y a ces petits rigolos qui vous bombardent d’idées d’activité du type « déguiser son enfant en Minion », « maquiller son bébé » et autres concours de mini-miss, qui vous font déjà regretter de leur avoir annoncer. Et voilà, maintenant que tout le monde est au courant, ce qui n’était pas toujours facile, c’est à vous d’assurer la suite de cette aventure ! (PEUR) Marie Parent 120


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RENCONTRE SYRUS SHAHIDI

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Syrus Shahidi fait partie de la jeune génération d’acteur qui n’a pas fini de faire parler de lui. Avec un parcours atypique et une arrivée presque par hasard dans le milieu du théâtre, il a très vite pris ses marques et a prouvé son talent. Alternant aujourd’hui entre théâtre et cinéma, Syrus joue déjà dans la cour des grands. Nous l’avons rencontré autour d’un verre au Berliner à Paris pour en savoir plus sur lui.

Pour ceux qui ne te connaissent pas encore, tu as 26 ans, tu es parisien, un vrai, né à Paris, tu as débuté le théâtre il y a 5 ans, est-ce que jusque-là tout est juste ? Jusque-là oui. D’où te vient cette passion pour la comédie, est-ce que c’est le fait d’avoir été serveur durant le festival de Cannes quand tu avais 18 ans ou est-ce que cela est venu avant ? Non, c’est venu après en fait. J’ai travaillé plus de trois ans pour le magazine Citizen K, j’étais devenu le bras droit du directeur du magazine, je faisais le tour du monde, je faisais les fashion week, je le représentais sur les shootings, je faisais la DA, c’était un super taf, par rapport à mon âge. J’avais 18 ans quand j’ai débuté et un jour, j’ai commencé à vendre de la pub pour le magazine. J’ai eu des rendez-vous avec des dircoms et dans le milieu de la mode, les dircoms ce sont souvent des femmes de 35-40 ans, un peu frustrées parfois. Tout cela m’a fait un peu peur, je me suis vu vieillir là-dedans en vieux beau en train de draguer des dircoms pour qu’elles achètent des trucs... Et par hasard, une dame m’a proposé de me donner des cours de théâtre gratuitement. C’était une femme qui a fait trente ans de Comédie Français. Mon patron de l’époque m’a dit un jour que ça serait bien que je prenne des cours de théâtre car je parlais trop vite et j’ai croisé cette femme la même journée. J’ai donc débuté les cours et j’ai rapidement décidé lâcher le reste pour faire ça. J’ai un peu galéré au début mais au final, cela a été assez vite. J’ai fait six mois de cours puis je me suis retrouvé sur scène, j’ai joué deux ans et demi un spectacle, j’ai eu un agent, puis j’ai passé des castings, et j’ai commencé à jouer dans des films et voilà. C’est cool ! Tu as débuté le théâtre avec un rôle très fort où tu étais seul sur scène dans « Le Journal d’un fou » de Gogol, comment est arrivée cette opportunité ? Quand je prenais des cours de théâtre, à la fin de l’année il y a eu une sorte de représentation. Je travaillais encore

pour le magazine mais je n’en avais pas parlé des cours à mon patron. Enfin, je lui avait dit que je n’y allais qu’une fois par semaine. Tout cela pour dire que la dame qui me donnait les cours m’a dit que cela lui ferais plaisir que je joue pour elle et j’ai choisi d’arrêter mon travail. Je suis allé vers ce texte car je ne voulais pas passer pour le mec beau gosse qui a envie de faire du théâtre en misant sur son physique. A la base, je ne devais jouer qu’une scène du « Journal d’un Fou », pour la représentation de fin d’année mais j’ai rencontré un metteur en scène qui m’a proposé de monter la pièce en entier. Je ne devais avoir que cinq dates et je suis resté six mois dans un petit théâtre et puis après je suis resté ensuite deux ans dans un autre théâtre. Est-ce que c’était le type de rôle que tu souhaitais décrocher quand tu as commencé à étudier le théâtre ? Je n’avais pas envie de tomber dans des choses caricaturales, des trucs de comédie romantique... Du coup, je suis content de faire des trucs un peu plus intéressants. Je crois que j’aime la performance, il fallait que je prouve des choses à cette époque-là. Aujourd’hui, avec du recul, je me dis que je n’avais peut-être pas les épaules pour le faire vraiment mais je me suis donné à 150 % et je pense que cela s’est ressenti. Dans une interview tu as dit qu’un des conseils que tu pourrais donner à un jeune comédien qui souhaite se lancer serait de faire attention aux charlatans. Est-ce que toi tu en as rencontrés ? Oui, tu en rencontres beaucoup, des gens qui te promettent des choses en échange d’un truc. Je travaillais aussi à la porte d’une boite de nuit quand j’ai commencé le théâtre et combien de gens venaient vers moi et me disaient « Ah t’es comédien, super, je vais venir te voir au théâtre, ça a l’air super ce que tu fais, tu sais que j’ai un projet de film... ». Et puis à la fin de la conversation, il te dit : « Au fait j’ai deux trois potes qui vont arriver, y’a moyen de les faire rentrer ? » (rires) Ce genre de truc-là. Des fausses considérations...

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Quel est le rôle que tu aurais adoré jouer, que ce soit au théâtre ou au cinéma ? Il y a un film que j’adore et un acteur que j’adore, « Un Mauvais Fils », Patrick Dewaere est génial dedans. J’aime beaucoup ce film et j’aime beaucoup ce qu’il fait. Tu es théâtre actuellement dans la pièce « Diktat », qui relate l’histoire de deux demi frères qui vont se retrouver vingt ans après avoir été séparés par une guerre. Comment t’es tu senti à la veille de la première ? J’étais plutôt confiant, j’avais hâte. J’adore la scène, du coup je suis assez content, c’est un superbe texte, j’ai eu la chance de rencontrer l’auteur et il nous a réécrit une nouvelle version. C’est une pièce qu’il avait écrit il y a vingt ans. C’est donc une nouvelle version avec vingt ans de sagesse en plus, c’est une sorte de version exclusive de la pièce. On a pu te voir dernièrement au cinéma aussi car tu étais à l’affiche du film « Une histoire de fou ». Dans ce film tu jouais le rôle d’Aram, un jeune Marseillais d’origine arménienne qui va commettre un attentat à Paris dans les années 80, comment s’est déroulé ce tournage ? Pour moi, c’est la plus belle expérience de ma vie ce tournage. J’ai rencontré des gens extraordinaires, dont Robert Guédiguian, le réalisateur du film. C’est son vingtième film je crois. Il tourne depuis toujours avec les mêmes gens, la même équipe, souvent les mêmes acteurs, l’équipe technique c’est pareil, ils ont commencé à 25 ans. Je connaissais un petit peu son cinéma. Quand Robert m’a rencontré il m’a dit que normalement, il ne faisait appel qu’à des amis mais qu’il lui fallait un mec dans mon genre. Je l’ai vu sept fois avant qu’il me choisisse, il est venu me voir au théâtre, il est allé voir les rushs d’un film que j’avais fait, ça a mis beaucoup de temps mais après j’ai compris qu’en fait il avait besoin d’être sûr que j’étais assez proche du rôle pour le faire. C’est quelqu’un qui laisse beaucoup de liberté à l’acteur, qui nous donne un cadre et puis après nous laisse assez libres. C’est un film sur le génocide arménien, moi je ne connaissais rien à la cause arménienne, enfin je savais qu’il y avait eu un génocide mais je ne savais pas tout. Fin des années 70 et dans les années 80, il y a une lutte armée qui s’est organisée, c’était des jeunes de la troisième génération d’arméniens, petits fils d’arméniens, qui se sont regroupés pour faire des attentats politiques pour faire reconnaître le génocide arménien. Des attentats politiques envers les turcs et les gouvernements turcs, et les politiques turques, tous ceux qui étaient responsables de ce génocide... L’équipe m’a pris sous son aile, je suis parti en Arménie aussi, juste avant de tourner et ça m’a fait beaucoup de bien. J’ai rencontré un mec qui était manchot et aveugle parce qu’une bombe avait explosé dans ses mains, j’ai parlé pendant des heures avec lui parce que c’était le mec qui était actif à cette époque-là. J’ai rencontré tous les arméniens de là-bas, c’était super émouvant parce que dans leur yeux il y a la tristesse, tant que le génocide ne sera pas reconnu, ils souffriront, ils n’arriveront pas vraiment à avancer et faire le deuil de ça. Ce fut une super expérience qui a duré au final presque un an. Quand ça s’est arrêté, j’étais un peu triste. Ca s’arrête d’un coup, tu retournes à ta vie en te demandant ce qu’elle est vraiment. Du coup, je suis parti seul un mois au Laos en mode sac à dos. (rires)

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Les rôles dans lesquels on peut te retrouver jusqu’à maintenant sont toujours assez forts et graves, est-ce que c’est un style dans lequel tu veux rester ou est-ce qu’on peut t’imaginer par exemple dans une comédie, dans quelques années ? Je pense que j’aimerais bien aussi essayer une comédie intéressante, qui sort un peu du lot, avec grand plaisir. Maintenant c’est vrai que j’ai cette chance-là, mais je pense que c’est quelque chose que j’ai provoqué en faisant « Le journal d’un fou », ça m’a amené vers des rôles plutôt forts on va dire, du coup oui j’espère rester un peu là-dedans quand même, mais il ne faut pas que je m’enferme que dans ça, je le sais bien et c’est ce que me dit mon agent. Mais pour l’instant, cela me tient à cœur de faire des trucs intelligents. J’aime bien ce que dit Robert Guédiguian, que dans ses films il aime bien que les gens sortent plus intelligents et plus émus que lorsqu’ils y sont rentrés. J’aspire à ça aussi au final.

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« Le journal d’un fou », « Une histoire de fou », est-ce que c’est la folie qui vient vers toi ou est-ce que c’est toi qui va vers la folie ? Je crois que c’est moi qui vais vers la folie ! (rires) Dans ta bio on peut voir que tu es ceinture noir de judo apparemment, tu fais de la boxe anglaise et à côté de ça tu fais de l’alto et du piano aussi ? C’est ma mère ça. Depuis que je suis tout petit, je suis fils unique, je n’ai grandi qu’avec ma mère et elle m’a beaucoup poussé. Quand mes potes se retrouvaient en étude, moi j’allais au judo, j’allais à l’atelier polyphonique, j’allais au solfège, à l’alto. Ca me soulait quand j’étais petit mais au final, aujourd’hui, je suis content parce que ça m’aide aussi beaucoup dans ma vie de tous les jours. Tu développes un certaine sensibilité en faisant de la musique et tu développes en faisant du judo une certaine connaissance de ton corps. C’est aussi grâce à ça que je pense être un acteur assez physique. Aujourd’hui, tu continues tout ça ? Le judo moins, parce que j’ai des problèmes du coup de genoux, je me suis fait enlever les deux ménisques, je pense que je vais avoir de l’arthrose bientôt, je suis un peu tout cassé (rires). L’alto, je reprends doucement parce que j’ai arrêté pendant longtemps et j’ai perdu, tu perds très vite, dans les doigts, l’habitude, les doigts ne suivent plus, j’ai encore un joli vibrato et une jolie oreille mais dès que ça va un peu vite, mes doigts ne suivent plus et du coup, il faut que je bosse un peu. Pour finir, si je te demandais de choisir entre le théâtre et le cinéma... Je n’aimerais pas choisir ! (rires) Le cinéma c’est cool pour l’égo, pour le prestige, parce que ça reste en fait, tu pourras dire « j’ai vu ce film, ce mec était super... » et tu pourras revoir le DVD, sauf qu’au théâtre, t’auras beau te dire qu’il était super, au final tu t’en souviendras plus vraiment et tu ne pourras pas le revoir. Pour moi, c’est la plus grande différence. Bien sûr après, il y a le rapport direct avec le public mais je trouve que la performance reste dans le ciné et au théâtre elle s’oublie un petit peu, c’est des souvenirs. Propos recueillis par Enrique Lemercier Crédit photos : Louis Adrien Le Blay pour Pose Mag Lieu : Bar Le Berliner à Paris

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SHOPPING

SELECTION ET ILLUSTRATIONS EMILIE MALFAISAN

MY DEAR LOOK Le temps est venu pour moi de vous parler d’une de mes obsessions : les motifs et le jacquard anglais. Non sans imaginer que ma ressemblance physique avec le stéréotype britannique par excellence ait pu influencer cet amour inconditionnel pour ces tissus, mais je suis littéralement fan du style, de l’élégance et de l’originalité que peuvent apporter ces étoffes à une tenue. MESSIEURS, J’AI DONC DÉCIDÉ DE VOUS CONCOCTER UN LOOK AUX ALLURES BRITANNIQUES ! Tout d’abord, on commence par une veste Prince de Galles revisitée. Savezvous d’ailleurs que le Prince de Galles tel qu’on le connaît, a été rendu célèbre par le fils du Prince de Galles, Edward VII, connu pour son dressing plus que débordant (vous pourrez désormais ressortir cette anecdote culturelle à votre prochain apéro entre amis, ne me remerciez pas) ! Avec une veste aussi forte, rien de tel qu’un chino sobre et bien coupé, une chemise sans bouton apparent pour ne pas surcharger l’allure, un joli nœud papillon, une boutonnière de gentleman (oui, les oursons, c’est hyper class‘) et un magnifique sac pour finaliser le tout. Ajoutez à ça, une touche de flegme britannique et vous voilà paré pour tenter une petite incruste au prochain tea time à Buckingham.

1. Nœud Papillon japonais à fine rayures LE COLONEL MOUTARDE 35€ 2. Cartable Berluti 2340€ 3.Broche boutonnière ourson M DE PHOCAS 201€ 4. Chino en coton INCOTEX 270€ 5. Chemise MATHIEU JEROME 329 € 6.Blazer en seersucker de coton DE FURSAC 485€ 7. Derbies DR. Martens 135 €

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EDITO STEFIE CELMA Et si on arrêtait avec le cliché (très français) de l’artiste qui ne peut être performant que dans un seul domaine ? La preuve avec Stéfi Celma, une chanteuse que l’on a pu découvrir il y a quelques années dans « Sol en cirque », le conte musical écrit par Zazie. A côté de la musique, Stéfi aime jouer la comédie et elle le fait très bien ! La preuve avec son rôle dans la série « Dix pour cent », de Cédric Klapisch, que l’on a pu découvrir dernièrement sur France 2. Rencontre avec une jeune femme pétillante qui, on en est sûr, n’a pas fini de faire parler d’elle. Si je te demandais, pour commencer, de te présenter en quatre mots, quels seraient-ils ? Femme, comédienne, musicienne, passionnée. Tu as débuté dans la chanson, est-ce que c’est un domaine que tu as abandonné définitivement ? La musique fait partie de ma vie. Je me réveille en musique, je pense musique, je m’endors en musique. Chanter, jouer de la musique, composer des chansons c’est mon quotidien, ça m’apporte un équilibre. Depuis que j’ai commencé à jouer la comédie j’ai souvent eu l’occasion de jouer, chanter. D’ailleurs, dans « Dix pour cent », Cédric Klapisch m’a fait ce cadeau. Cela me convient très bien d’allier les deux, de faire des bœufs de temps en temps avec les potes, de découvrir de nouveaux artistes… J’allais justement te parler de la série « Dix pour cent » sur France 2. Comment est née cette opportunité ? J’ai passé des premiers essais puis quelques temps après j’ai été rappelée et j’ai passé une audition avec Grégory Montel, merveilleux partenaire, devant Cédric Klapisch, que j’admire depuis longtemps, Lola Doillon et Antoine Garceau, merveilleux réalisateurs, la directrice de casting Constance Demontoy et Marine son assistante qui sont superbes. C’était assez impressionnant, mais toute l’équipe, très bienveillante, m’a mise de suite à l’aise et j’ai pris énormément de plaisir à passer ces essais. J’avais ma guitare, j’allais en répétition après et on s’est mis à parler musique, j’ai joué un morceau à la fin de l’essai. Un merveilleux souvenir.

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Une seconde saison est prévue, est-ce qu’on aura le plaisir de t’y retrouver ? Oui, j’ai la chance de faire partie de la deuxième saison. Les scénaristes sont encore en écriture mais on a déjà eu un aperçu de ce qui allait arriver à chacun d’entre nous et ils m’ont bien gâtée. On a hâte de commencer. Dans la vie, tu es plutôt du genre à voir le verre à 10% vide ou à 90% plein ? Je ne sais pas si j’ai compris la question, on parle d’alcool ? C’est du premier degré ? Si c’est ça, le verre à 10% vide. (rires) Quel est le rôle que tu aurais adoré jouer ? Il y en a plein, mais là tout de suite me vient celui de Miles Teller dans « Whiplash », ou celui de Nathalie Portman dans « Black Swann ». Un rôle avec une performance artistique, physique. Et un rôle que tu ne pourrais pas accepter ? Je ne me suis jamais posée cette question. Tout m’intéresse du moment que le scénario me plaît, que le personnage est intéressant, sincère. C’est un peu bateau, mais c’est ce que je pense. On t’a pas mal vue dans la presse ces derniers temps et notamment sur le site GQ avec un article dont le titre te qualifiait de « nouvelle arme de séduction massive ». Est-ce que tu as conscience de tes atouts et de ton charme ? Est-ce que tu en joues ? J’essaie de ne pas réfléchir à ce que je peux provoquer chez l’autre et d’être dans toutes les situations, fidèle à ce que je suis. Apres c’est sûr que lorsqu’on reçoit ce type de compliment, ça fait toujours extrêmement plaisir.


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Est-ce que la mode est quelque chose qui t’intéresse ? Comment qualifierais-tu ton style ? J’aime beaucoup la mode. Et ce qui est très sympa dans ce métier c’est d’avoir la chance de porter des pièces de créateurs que tu ne portes pas au quotidien, pour des divers évènements. C’est assez magique ! J’aime pouvoir changer, justement ne pas me cantonner à un style : il y a des marques dans lesquelles je me sens bien, de jeunes créateurs comme Karoline Lang, dont j’adore les coupes structurées, DeuxA, Lyubov, mais aussi Dior, Kenzo, Alaïa… mais aussi un bon vieux jean, t-shirt et baskets. Tu es assez active sur les réseaux sociaux, on peut en effet te retrouver sur Facebook, Instagram... Quel rapport entretiens-tu avec cela ? Est-ce que tu es accro ? Je m’en sers essentiellement pour communiquer sur mon actualité, sur des évènements auxquels je participe. Je ne suis pas accro. Je dirais même que ça n’est pas un réflexe mais je m’y mets petit à petit. Tu auras 30 ans cette année. Qu’est-ce que cela te fait ? Tu appréhendes, tu n’y penses pas ? Je trouve que c’est un bel âge, une autre étape peut être. Et je me dis que c’est passé vite et qu’il faut encore plus profiter de chaque instant. Est-ce que tu t’étais fixée des objectifs à atteindre pour tes 30 ans et si oui, est-ce que tu les as accomplis ? Pour mes 30 ans, pas particulièrement mais mon objectif de vie est d’être heureuse, épanouie, sereine, entourée des miens. Ça peut paraître bateau mais c’est l’essentiel. La vie m’a réservée des surprises incroyables auxquelles je ne m’attendais pas du tout, comme devenir comédienne, par exemple. Ne connaissant pas du tout cet univers, ayant des parents complètement étrangers à ce milieu, je n’osais même pas y rêver. Et ça c’est un cadeau incroyable ! Et en parlant de l’avenir, quels sont tes projets pour la suite ? Je reviendrai vous en parler !

Découvrez Stéfi Celma dans la série Dix pour cent, disponible en DVD et Blu-Ray.

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Propos recueillis par Enrique Lemercier Photographe : Pauline Darley avec Sony alpha 99 Make-up : Mademoiselle MU Hair : Brigitte Hairstylist using Beadhead by Tigi

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POSE VERTE UN JARDIN SUR MA FENÊTRE - « Tu es Paysagiste ? Tu dois connaître toutes les plantes alors ! Ça tombe bien j’ai une plante verte chez moi je ne sais pas pourquoi elle perd ses feuilles la pauvre. Elle manque d’eau ? Elle a une maladie ? P*****n c’est trop bien que tu sois là je vais pouvoir te demander plein de conseils ! » Pupilles étincelantes, émotion palpable, je voyais dans le regard de mon partenaire de beuverie que j’étais devenu une sorte de Père Noël et que dans ma hotte se cachait 1001 astuces pour verdir son intérieur. Ni une ni deux, j’enfilai ma cape de Super Paysagiste. M. Jean-Pierre vit dans un 2 pièces de 30m2 à Paris. Il ne possède que deux rebords de fenêtre qu’il aime fleurir lorsqu’il n’oublie pas d’arroser ses pots. Comment répondre à notre besoin de nature, si petit soit-il, lorsque nous ne possédons pas d’extérieur suffisamment généreux pour accueillir une forêt amazonienne urbaine ? Les jardinières sont-elles suffisantes pour exprimer toute la quintessence de la nature en ville ? La réponse est OUI. Double OUI. Zoom sur les recoins cachés de nos - petits - logements en attente de chlorophylle.

« C’EST L’HISTOOOOIRE DE LA VI-I-IE » Y’a pas à dire, un rebord de fenêtre, c’est moche et ça ne sert à rien. Les fumeurs s’en serviront pour y mettre un cendrier dégueulasse qu’ils ne videront jamais et les autres ne connaissent même pas son existence. Pourtant, une nouvelle tendance prend de l’ampleur partout où elle passe et elle s’appelle : la bombe de graines. Boum ! Le terme « seed bomb » a été pour la première fois utilisé par Liz Christy en 1973 quand elle démarra à New-York la « green guerilla » qui est considéré comme étant la première action de fleurissement sauvage urbain. Les premières bombes végétales étaient fabriquées à partir de graines de fleurs sauvages, d’eau et d’engrais. Les « seed bomb » aujourd’hui employées s’inspirent d’une technique inventée par Masanobu Fukuoka, le père de l’agriculture du non-agir (une forme de culture bio). Elles étaient employées pour la réhabilitation de terrains arides, la reforestation et l’agriculture naturelle. Ces bombes de graines permettent de végétaliser facilement des espaces urbains inhospitaliers, y compris les rebords de fenêtres (tiens, tiens, tiens). Elles sont composées d’un mix de graines, d’1/3 d’argile (celle pour les poteries, pas celle des masques anti-acné) et de 2/3 de terre. On roule, on pose délicatement autant de bombes de graines sur le rebord de notre fenêtre que l’on souhaite et on attend. Les graines inclues dans le mélange ont ainsi à disposition immédiate tout ce dont elles ont besoin pour pousser. Ne reste qu’à attendre un peu de pluie pour lever la dormance et activer la germination. Au-delà de l’aspect ludique et pédagogique, c’est un geste militant et engagé qui nous incite à mieux connaître les plantes. Si le lancer de graines permet d’embellir certains endroits, il permet aussi de se réapproprier des espaces ingrats et de les investir de façon positive à moindre coût. L’occasion aussi de se retrouver en famille (ou entre amis, ne faites pas semblant, ça vous donne envie) et de mettre les mains dans la terre. 138


POUSSIÈRES D’ÉTOILES ET QUINOA Ok me diriez-vous, j’ai envie de faire des seed bombs, mais avec quelles graines ? Plusieurs options : Pour les lecteurs les plus baroudeurs, les marcheurs et les voyageurs normands, vous pouvez récolter vos propres graines à l’automne, c’est no limit (maintenant c’est trop tard, faudra revenir l’année prochaine). Par contre le pourcentage de germination n’est pas folichon. Le côté ludique, test et filière courte est intéressant mais le résultat non garanti. Bien évidemment, évitez de récolter des graines qui seraient plus grosses que la bombe elle-même. On évitera donc toutes les noix de coco (pour les voyageurs tropicaux) et les olives (pour les randonneurs méditéranéens). On préfèrera d’avantage les petites graines. Mais n’oubliez pas que nous sommes en France, évitons les végétaux qui ne pousseraient pas spontanément chez nous, sinon, ça ne marchera pas ! Pour les lecteurs adeptent du health-food, organic-food et du quinoa-food sachez que vous pouvez faire des bombes de graines avec toutes vos graines préférées : pavot, lin, tournesol, radis et même quinoa à condition qu’elles ne soient pas torréfiées. Cerise sur le gâteau, vous pourrez manger les germes ! Ça sent la petite salade vegan « home made sur mon rebord de fenêtre ». Pour les lecteurs trop « busy » qui ne sortent pas de Paris intramuros, il y a une merveilleuse boutique au 4 Quai de la Mégisserie dans le 1er arrondissement qui propose un tas de graines anciennes, de collections, originales ou classiques. Il y en a pour tous les goûts. Pour les lecteurs alternatifs, Kokopelli propose toujours ses semences libres pour préserver le droit de semer des semences potagères et céréalières, de variétés anciennes ou modernes, libres de droits et reproductibles. Loin des lobby des grands semenciers stériles. Perso, on s’approvisionne ici. Pour les autres, ceux qui ont la flemme de récolter ou même de faire leur propres bombes de graines, il reste la solution de l’achat sur internet. Sentant bien le filon commercial derrière cette tendance, nombreuses sont les enseignes à avoir lancé leur gamme de seed bombs. On sélectionnera plutôt les petites start-up aux mastodontes déjà forts enrichies.

Pour aller plus loin : http://green-guerilla.arte.tv/fr/node/15 Les adresses pour trouver des graines : • Association Kokopelli : 22 Cap de l’Ourm - 09290 Le Mas d’Azil www.kokopelli-semences.fr • Vilmorin : 4 Quai de la Mégisserie - 75001 Paris www.vilmorin-jardin.fr Où trouver des bombes de graines prêtes à germer ? Sur les sites : radisetcapucine.com www.etsy.com www.growland-hydroponics.fr

Nicolas Deshais-Fernandez

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PROFESSION ATYPIQUE : VENTS MANAGER 10 QUESTIONS À CHARLOTTE GLOBUS 1. Conciergerie de luxe, concierge privée, concierge d’hôtel… On ne sait où donner de la tête. Tu es quoi toi ? Peux-tu expliquer en quelques mots à nos lecteurs ce qu’est la conciergerie ? Par définition, un concierge est un gardien qui a pour fonction de garder des bâtiments, de gérer l’accueil, de renseigner les visiteurs, mais il assure aussi la distribution du courrier et l’entretien des parties communes. Avec les années le métier de concierge s’est diversifié pour être à la disposition d’une clientèle plus privée, aux demandes plus excessives. Cela a d’ailleurs entrainer des dérives et a privilégié l’argent au détriment de l’aspect humain. La société est en crise, les gens sont tous confinés dans une bulle, ils ne prennent plus de temps pour eux, mais le contact humain est la partie primordiale de ce métier. Comprendre et analyser la demande, pouvoir créer et apporter sa touche artistique, élaborer un plan marketing précis pour chaque événement. Voilà ce qui peut résumer mon travail. Pour ma part, je travaille avec des compagnies aux secteurs d’activité très diversifiés, en France et à l’international. Je peux par exemple citer Dior, Porsche, Chanel, Harry Winston, Chopard, Charles Zana Architects, Givenchy, Kering, Rolex, Louis XIII Cognac, Sotheby’s, Messika…. Je suis également en charge de plus petites structures dont je pressens un fort potentiel de développement dans les années à venir. Mon travail est avant tout d’écouter et d’analyser ce dont vous avez réellement besoin. Je suis « Planner/Events Manager », « Consultante Marketing », « Directrice Artistique »... Nous sommes dans un monde où il faut absolument donner une étiquette à tout. Je déteste les étiquettes et je déteste être formatée. Je travaille pour des hommes d’affaires, célébrités, mais à l’inverse d’une conciergerie qui se rend tout de suite disponible, j’ai la chance de pouvoir sélectionner mon client. D’un point de vue perso, je suis très directe, ouverte d’esprit, flexible sur beaucoup de choses. J’estime que la confiance entre deux individus passe également par le feeling. J’organises des mariages, des diners d’affaires, des soirées pendant les festivals ou les fêtes de fin d’année, Grand Prix, Gala, fashion week, toutes sortes de salons. Je travaille en collaboration avec des gens de tout milieu.

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2. Comment en es-tu arrivée à faire cela ? Quel est ton parcours auparavant ? Je suis une vrai touche-à-tout, des études littéraires puis commerciales avec un Master en RH, une licence en droit des affaires et langues étrangères, de la musique, du théatre au conservatoire de Paris, j’ai toujours travaillé en parallèles de mes études, et bien sûr, la mode, la mode, la mode ! Je me souviens, à 16 ans, je suis rentrée en stage chez Jean Charles De Castelbajac puis chez Trussardi, Cerruti 1881, De Fursac puis je suis arrivée chez Iro. J’ai beaucoup appris de cette maison, de l’immobilier chez Sotheby’s, des RP chez Aston Martin... Et puis un soir, lors d’un dîner de la fashion week, une amie m’a remercié pour une réservation dans un hôtel full booked, l’autre pour une invitation pour un défilé et elles ont fini par me demander pourquoi, vu mon réseau, je ne créais pas ma boite. Dès le lendemain, la machine était en marche ! 3. Et lorsque tu étais petite fille, que rêvais-tu de faire ? Je rêvais de faire toute sorte de métier en un seul, mais des professions pouvant aider chaque individu, améliorer l’humain par des actions positives et concrètes. 4 . Quelle est la chose la plus folle que tu as dû faire pour le travail ? La folie est subjective. Les choses les plus folles sont parfois les plus simples, enfin presque ! Un soir, un client américain m’a appelé très tard dans la nuit, vers 4h (décalage horaire) pour me demander d’organiser une visite privée au célèbre musée du Louvre, en pleine nuit, pour pouvoir demander la main de sa fiancée avec en fond sonore son chanteur/pianiste préféré. Le tout arboré d’une sublime installation florale, leurs 2 meilleures amies en témoin, un prêtre et le tour est joué ! Je me suis dit que le mec était dingue et je l’ai simplement demander de me rappeler plus tard. Mais au final, avec beaucoup de patience, on a pu lui organiser sa demande ! 5 . Et des demandes trop folles pour que tu puisses y répondre ? Pour rester dans le même registre de l’amour, on en a besoin en ce moment, j’ai un charmant monsieur qui m’a demandé d’organiser son arrivée devant sa femme et ses invités lors de leurs mariage, façon James Bond, en parachute. On l’a fait et tout le monde a cru que c’était un malade qui avait atterri au mauvais endroit, on a bien ri ! Chaque demande est très variée et j’essaie vraiment de sélectionner celle qui est unique, où dont l’histoire me touche. Celle-ci par exemple : Une femme m’avait appelé de Chicago pour retrouver un vinyle collector d’un célèbre saxophoniste de Jazz, John Coltrane. C’était une demande très précise car c’était pour l’anniversaire de son père, qui était lui même saxophoniste.

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6. Je sais que tu t’intéresses de plus en plus à l’architecture. D’où te vient cette autre passion ? Que serait un monde sans architectes ? Ce serait une sorte d’orchestre sans chef d’orchestre. Notre oeil est en permanence soumis à des propositions de formes variées et diversifiées. Elles varient selon notre culture, notre religion dans chaque pays et continent du globe. J’écris et dessine énormément pour poser mes idées, puis petit à petit, avec le temps, mes dessins ce sont dirigés vers des maisons hors du temps, dans des endroits isolés entourée de végétations. J’aime mettre en adéquation des univers complément différents. Mes inspirations : CharlesÉdouard Jeanneret-Gris (Le Corbusier), Zaha Hadid Architects, Peter Marino et mes camarades avec qui j’ai l’immense privilège de travailler : Charles Zana Architects, Bjarke Ingels Big, Peter Dunham, Robert Stilin, Youssef Tohme. Je travaille aussi avec le talentueux photographe Fernando Guerra, sur un projet très particulier, autour d’une exposition photo mélangeant nos 2 univers. 7. Et le look que tu arbores, souvent en noir, tailleur pantalon, chemise blanche, c’est quelque chose qui t’est venu comment ? Ma mère est arrivée en France, plus précisément à Paris, fin des années 70. Elle a travaillé au sein de la prestigieuse maison de couture YSL. Elle m’a inculqué les valeurs, le savoir des codes du « bon goût » à la française. Ma marque de fabrique : Chemise blanche soigneusement repassée et tailleur noir coupe masculine. Se sentir bien dans sa peau et ses vêtements, c’est primordial, mais pour cela, il faut prendre le temps de se connaitre. 8. En fait, Charlotte Globus, c’est la fille que l’on voit partout, sans trop savoir vraiment ce qu’elle fait, ni qui elle est. Tu aimes entretenir le mystère ? « Entretenir le mystère » comme dans une enquête du célèbre détective Colombo ? (rires) On a tous en soi un petit jardin secret qu’il faut, je pense, protéger à notre époque et fleurir. Maintenant avec tous les réseaux sociaux, nous avons justement tendance à trop dévoiler notre vie. Mon métier m’oblige à garder une certaine rigueur et une certaine discrétion auprès de clients que je représente. Certaines personnalité aiment se mettre sur le devant de la scène mais d’autres préfèrent rester dans l’ombre. 9. Mais sans en dire trop sur toi, comment te définiraistu en trois adjectifs ? Hyperactive, sensible et déterminée. 10. Avec une énergie comme la tienne, je suppose que l’on ne s’arrête jamais. Alors quels sont tes projets pour la suite ? Le lancement d’une application mobile, des mariages, un livre, des projets dans l’immobilier et dans l’architecture, une expo photo… Force et courage ! On n’a qu’une seule vie, on aura le temps de se reposer quand on sera mort !


Propos recueillis par Enrique Lemercier CrĂŠdit photos : Marie Canciani pour Pose Mag

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RENCONTRE THE SEASONS

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On les a découverts sur la scène du Petit Journal de Canal+. The Seasons, ce sont quatre jeunes canadiens qui cartonnent dans leur pays et qui ont décidé de conquérir le reste du monde. On les a retrouvés dans un bar parisien, ils étaient habillés, comme à leur habitude, avec des vêtements vintage qui leur confèrent des looks aux accents 70’s. Rencontre avec Julien, Hubert, Rémy et Samuel, des jeunes gens plein d’énergie et de bonne humeur.

Comment se sont passés les jours avant la sortie de votre premier album, est-ce que vous étiez stressés, impatients ? Les jours ont passé, on n’a pas vraiment senti de pression parce que le travail était fait, on en est fier. Je ne me rappelle même pas ce qu’on a fait en particulier quand l’album est sorti. Moi je me souviens qu’on était très occupé en fait, à un moment t’as pas le temps vraiment d’être préoccupés sur des choses que tu ne peux pas contrôler, parce que tu as tellement de choses à faire, des entrevues, des performances à donner donc stressés oui un peu, mais plus par ce qu’on avait à faire dans le moment présent et non pas pour la sortie de l’album. Il y a un super dispositif qui a été mis en place il y a quelques mois, avec tous les concerts que vous avez fait, des sessions acoustiques sauvages en fait, qui a eu cette bonne idée ? C’est le label qui a eu l’idée. On l’a trouvée très bonne, on l’a donc validées et on a juste ajouté notre touche personnelle. Du coup comment ça s’est passé ? Et est-ce que le public français est différent du public canadien ? Oui, je pense qu’il est différent. Je dirais que le public français ou européen - on a été en Allemagne, en Belgique, un peu partout - est plus réceptif à ce qu’on essaie de faire. Le public au Canada qui vient nous voir en concert, eux ce sont des vrais fans. Mais les français étaient curieux. On n’était pas encore très connus et il y avait du monde à nos spectacles. Dans tous les concerts un peu sauvages que vous avez faits il y a quelques mois, quel est celui qui vous a le plus marqué ? Au Ground Countrol ! On a joué là-bas, l’environnement était génial. Quelles sont vos influences musicales ? Sont-elles communes au groupe ou est-ce que vous écoutez des choses différentes ? C’est assez commun, ça fait environ trois ans qu’on fait de la musique ensemble, avec le temps, on a fait qu’un album mais on se rejoint sur les influences. Quand le groupe a commencé, on écoutait des trucs différents quand même. Sam écoutait beaucoup de rock, parfois, on écoutait du métal. Le cœur des influences se rejoint mais il reste des genres de tentacules personnelles que chacun a de son côté et qu’il va partager avec les autres,

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c’est ce qui fait la force des quatre. Si les quatre avaient les mêmes influences, ça ne servirait à rien. Est-ce qu’il y a un groupe qui vous fait rêver en termes de carrière ? Il y en a beaucoup ! On exclut les légendes parce que c’est trop facile. N’importe qui qui réussi à faire une longue carrière, sans compromis, en faisant la musique qu’il voulait, pour nous c’est un exemple.

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opportunité parce qu’il y a beaucoup de téléspectateurs. On l’a ressenti directement sur notre page Facebook. Les retours ont été très bons et Yann est venu nous voir après et il a dit qu’il avait vraiment aimé. C’est une bonne émission, qui instruit les gens au lieu de les abrutir. C’était bien d’en faire partie.

Justement votre carrière vous la voyez comment, vous êtes encore jeunes, est-ce que vous faites vraiment que de la musique ou est-ce que vous avez encore gardé des choses à côté ? Non, on fait ça vraiment à 100 %. Ca n’a pas toujours été comme ça, cela s’est fait vraiment progressivement. La musique a pris naturellement de plus en plus de place, on est tous heureux.

Vous parliez de votre page Facebook, vous êtes présents sur les réseaux sociaux. C’est vous qui les gérez directement ? Oui, c’est nous. Parfois l’équipe promo s’en occupe mais c’est plus pour programmer des choses. On a trouvé personne qui était capable de comprendre exactement ce qu’on voulait faire ! On prend souvent des photos en tournée et on les poste comme si on envoyait la photo à quelqu’un. C’est important pour nous de les gérer, nous pensons que c’est une bonne manière de garder le contact avec les fans.

On vous a vu il y a plusieurs semaines en live dans l’émission « Le Petit Journal » sur Canal+. C’est une super opportunité pour vous, comment ça s’est passé et est-ce que Yann Barthès a été gentil avec vous? Oui super gentil, il nous a donné son tampon ! (rires) Que demander de mieux ? Pour nous, c’était une belle

Au niveau des vêtements, les looks que vous avez, qui sont vraiment originaux, ce sont des trucs que vous avez créé pour le groupe ou vous étiez déjà comme ça avant ? On était pas comme ça avant, dans le sens où c’est sûr qu’on a évolué, c’est un peu la même chose qu’avec la


musique. On s’est rallié à un même style, sans porter non plus les mêmes vêtements. Chacun a ses trucs, on s’habille de la manière qu’on veut. Mais les pièces qu’on porte en concert, en promo... Ce sont les mêmes pièces que l’on porte dans la vie de tous les jours. Ce ne sont pas des costumes. Et pour en revenir à la musique, quand a-t-elle débarqué dans vos vies ? Hubert et moi, quand on était jeunes il n’y avait pas de musique à la maison. Le seul album qu’on écoutait, c’était en fin d’année, des chansons de Noël. Pour Rémy et Sam, c’est différent, ils ont grandi avec la musique. Dernière question, la suite vous l’imaginez comment ? Par exemple, si je vous dis dans dix ans vous vous voyez comment ? Et toujours ensemble ? On va déjà commencé à faire le deuxième album ! Dans dix ans, l’important c’est qu’on soit heureux. On ne peut pas espérer que les choses restent les mêmes par contre, ça change forcément. On espère que dans dix ans on sera toujours amis. Peu importe si le groupe existe encore, on espère qu’on se retrouvera parfois pour jouer ensemble les vieilles chansons.

L’album de The Seasons, « Pulp » est disponible depuis septembre dernier.

Propos recueillis par Enrique Lemercier Crédit photos : Marie Canciani pour Pose Mag

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POSE MUSICALE

SELECTION ENRIQUE LEMERCIER

MESSAGE SUBLIMINAL

ILS NE SONT PAS ENCORE DANS POSE MAG... La rédaction vous a concocté une petite Playlist pour cet été à base d’artistes divers et variés, qui n’ont pas eu l’honneur d’être dans Pose Mag. Nous sommes actuellement en pourparlers avec les maisons de disque et les agents. Ils nous harcèlent tous mais on n’est pas sûr encore, on va peut-être craquer pour un ou deux, à la rentrée, on ne sait pas...Plus sérieusement les gars, c’est quand vous voulez, on vous garde une place. Pour écouter cette playlist sur Spotify, c’est par ici :

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WILD BELLE Throw down your guns

MYKKI BLANCO FEAT. WOODKID Highschool never ends

SIA Cheap thrills

DIE ANTWOORD Baby's on fire

ARIANA GRANDE Into You

CHVRCHES FEAT. HAYLEY WILLIAMS OF PARAMORE Bury it

RAE SREMMURD No type

EMPIRE CAST SERAYAH Look but don’t touch

JACK GARRATT Worry

GRIMES Kill V. Maim

MEGHAN TRAINOR No

JOHN GRANT Disappointing

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PORTRAIT ALICE ON THE ROOF

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De la Belgique à la France, il n’y a qu’un pas et c’est le single « Easy Come Easy Go » qui a permis à la jeune chanteuse Alice On the Roof de le franchir avec brio. Coup de cœur dès la première écoute, nous avons senti que cette petite avec un truc différent et nous sommes donc partis à sa rencontre en octobre dernier, pour savoir ce qui se cachait derrière se petit brin de femme aux cheveux roses.

Pour ton premier album, qui sortira au printemps 2016, tu as travaillé avec le producteur Tim Bran qui a collaboré avec London Grammar, La Roux, … comment as-tu eu l’idée de lui envoyer tes maquettes? D’abord j’ai simplement connu son nom via internet, je suis fan du groupe London Grammar, j’ai trouvé dans les crédits que c’était lui le producteur. Un peu au culot, je me suis dis que je n’avais rien à perdre, autant essayer, parfois ça marche et parfois ça marche pas et cette fois là ça a marché, il a répondu, il était enthousiaste et il était libre. Parfois il faut tenter sa chance. Tu avais essayé avec d’autres ? Non, c’était du premier coup en plus. C’est vraiment super chouette, vraiment beaucoup de chance. Quels sont les artistes musicaux que tu écoutes en ce moment? Alors…J’ai découvert, il y a quelques années, qu’en fait tous quasiment les groupes que j’écoutais venaient du Nord, des groupes un peu scandinaves, c’est un genre d’ambiance que j’adore et je trouve que leur cerveau n’est pas fait comme le nôtre (rires), ils sont super sensibles et fins, ils maitrisent très bien les sons, et donc par exemple j’écoute beaucoup une jeune chanteuse qui s’appelle Emilie Nicolas, je suis complètement fan de son univers et Mø a sorti son nouveau single dont je suis fan, évidemment. Si tu devais en choisir un pour un featuring, ce serait qui? Ce serait difficile mais je suis super fan de l’artiste Kate Bush. Le truc improbable, mais c’est quelqu’un qui a un univers vraiment très marqué, j’aime bien les gens qui sortent un peu des normes, qui osent entreprendre des trucs nouveaux. Sa voix est chaleureuse et j’ai toujours été attirée par ce genre de voix. Dans une autre vie peut-être…(rires) Tu étais sur scène il y a quelques semaines au Divan du Monde à Paris dans le cadre du festival Mama, comment ça s’est passé, est-ce que tu avais déjà chanté en France et est-ce que le public est différent de ton public belge? Je n’ai pas encore eu énormément l’occasion de le tester mais il s’est passé un truc marrant, c’est que juste avant de monter sur scène, je faisais la remarque que chez moi en Belgique les gens qui viennent me voir c’est un peu tous les âges, mais il manque de beaux jeunes garçons là, à Paris, il y en avait plein ! (rires) Sinon, ils étaient accueillants, à l’écoute et bienveillants donc ça c’était super chouette et ça me donne envie d’aller encore plus à la rencontre de la France ! Du coup c’était ton premier concert en France? Non j’ai fait une première partie du groupe Oscar And The Wolf, qui est belge qui monte très bien chez nous, au Café de la Danse. C’était déjà une très chouette expérience.

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Tu vas enchainer ensuite avec plusieurs dates jusqu’en février en Belgique, comment appréhendestu le live, es-tu déjà complètement à l’aise sur scène ou as-tu encore un peu le trac? La chance que j’ai c’est que… Il y a un an j’ai démarré la musique donc c’est allé assez vite. Je suis de nature un peu timide et du genre à ne pas trop me prendre au sérieux, la scène a été un cap à passer qui n’était pas évident au départ, même si maintenant je me rends compte que c’est le moment le plus fort et qui nous lie à la musique finalement, je prends de plus en plus d’ampleur et je prends plus mes marques sur scène. Je suis plus dans la communication donc ça va mieux, mais j’ai du apprendre vite. Et avant tu faisais quoi du coup? Ben je me cachais un peu derrière mon micro, j’étais tout le temps en train de penser « qu’est-ce qu’ils sont en train de penser de moi », j’ai fait un petit travail sur moi-même, maintenant avant de rentrer sur scène, je me mets vraiment en condition « imagine que c’est ton dernier spectacle, donnes tout » et je me concentre sur le fait que chaque mot qui sort de ma bouche je dois vraiment le penser, le délivrer. Tu as dit que tu avais débuté la musique il y a un an, avant cela tu étais dans un autre milieu ? J’ai toujours fait de la musique c’est vrai, mais mon projet Alice On The Roof a démarré il y a un an.

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Tu avais d’autres projets, quand tu étais petite ? J’ai fait l’Académie classique, le piano, j’étais dans une chorale pendant plusieurs années, ça a été super important pour moi et puis j’ai des parents qui sont super cools et ouverts, qui m’ont amené voir plein de concerts, la musique a toujours été là, elle a pris son ampleur il n’y a pas si longtemps que ça. Il parait que tu étais également dans une chorale dans l’Oregon, tu peux nous raconte un peu ça? Tout à fait, je suis allée étudier là-bas pendant un an et j’ai vu qu’ils sont à fond sur les chorales là-bas, tout le monde sait chanter (rires), tous les américains savent chanter, je me suis inscrite et ça a été vraiment la plus belle expérience de ma vie, c’était une chorale un peu comme dans Glee, où beaucoup plus que chez nous, il fallait danser, il fallait être plus dans la performance et moi j’avais tendance à me cacher, à ne pas avoir du tout confiance en moi donc ça m’a permis d’améliorer ça chez moi. Tu avais un peu des cours de danse aussi ? Non, pas de cours de danse, c’était juste vraiment le fait d’oser, de faire ça avec du plaisir, ça m’a vraiment marquée. J’ai l’impression qu’en Amérique ils sont moins pudiques que nous, comme s’il y avait plus de culot, et donc par exemple, si quelqu’un apprend à jouer du piano le samedi, le samedi suivant il va faire un petit concert devant sa famille, devant ses voisins, ça ne va pas lui poser de problèmes et c’est vraiment un truc qui m’a marquée et que je trouvais assez fascinant parce que, du coup, ils osent franchir des trucs alors que nous on reste bloqués


et ça m’a donné un petit déclic. On parlait de la danse, est-ce que c’est un truc qui pourrait t’attirer, est-ce que tu as envie peut-être de prendre des cours pour tes futurs concerts, imaginer des chorégraphies ? Oui, tout à fait, petit à petit. Je sais bien que la musique c’est une chose mais il y a plein de choses qui tournent autour, il y a la mode et puis l’inspiration peut venir de tout aussi. Sur scène, j’aime m’ouvrir et j’aimerais bien envisager la danse. Je ne suis pas danseuse, je n’ai pas fait du hip-hop pendant quinze ans (rires) mais un petit peu de mouvement. Tu disais que la musique a toujours été dans ta famille. Quand cela a-t-il commencé pour toi, tu as vraiment démarré toute petite à prendre des cours? En fait c’est mon papa qui a commencé la musique quand il avait seulement vingt ans, et il avait une petite frustration car c’était un peu tard. Il m’a donc poussée dedans un peu quand j’étais petite et j’ai commencé la chorale quand j’avais cinq ou six ans. Après, ça m’a juste appris à chanter, je ne chante plus comme à la chorale mais ça m’a appris à chanter juste et à développer mon gout pour le fait de mélanger des voix et harmoniser des trucs et en studio c’est vraiment cette partie là que j’adore, quand il faut un peu explorer sa voix.

Dans l’album il y aura trois titres issus de ton EP. Pour les autres à quoi peut-on s’attendre, est-ce que ça va être différent de ce qu’on a pu entendre? Il y a un peu de différence. En fait, arrivée à la moitié, plus ou moins, de l’écriture de l’album, je me suis rendue compte que c’était assez mélancolique, parce que… je ne sais pas, c’est un sentiment dans lequel on se laisse facilement aller, ça je crois que c’est un peu tout le monde qui ressent ça, donc je me suis dit « bon allez ! » Je suis quelqu’un d’assez positif, j’avais envie que ça se ressente quand même dans mon album. Je me suis dit qu’il fallait explorer d’autres univers, j’en ai un peu parlé à mon producteur, Tim Bran, qui m’a dit « mais oui, pourquoi pas, écoute ça et ça », et du coup il y aura aussi des trucs un peu plus ensoleillés, un peu groovy, funky, qui font un peu plus danser. Les cheveux roses c’est pour ancrer le personnage d’Alice on the Roof ou tu les avais déjà avant? Je ne les avais pas avant, effectivement ça a été aussi un déclic qui s’est fait avec la musique. En fait je me suis dit « bon, Alice tu as les regards sur toi ». Évidemment, maintenant il faut un peu faire attention à ça et j’avais envie de quelque chose qui sorte un peu de l’ordinaire, un peu de fantaisie et de folie, j’ai vingt ans, je me suis dit que si je ne le faisais pas maintenant je le ferai quand, ces cheveux roses ?

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En termes d’image est-ce qu’il y a un ou une artiste que tu admires particulièrement? Mø par exemple, je suis assez fan de son image, c’est un style nineties qui est hyper accrocheur. Yelle, de chez vous, qui travaille avec le même styliste que moi - et c’est via son travail que je me suis intéressée au styliste - qui a des super belles tenues de scène, qui a aussi un univers complètement déjanté, ça me plait beaucoup. Donc tu vas tendre vers un passage un peu excentrique ? Oui et en même temps c’est ça l’équilibre à trouver, c’est que c’est chouette d’apporter un peu de folie mais en même temps je n’ai pas envie de créer un personnage, j’ai envie d’être sincère, d’être moi-même, il faut trouver le chemin vers ça. Pour finir, mis à part la tournée en Belgique, les concerts en France, c’est quoi tes autres projets ? La sortie de mon album, ça me prend pas mal de temps finalement ! (rires) Est-il déjà complètement terminé ? Il est terminé, j’ai décidé le titre, petit à petit ça prend forme et normalement je reviendrai chez vous pour promouvoir ça. Tout est fait, même les visuels de l’album? Il faut encore que je fasse l’intérieur de l’album, j’ai envie d’apporter aussi un truc un peu personnel. Et puis franchement, sur scène c’est vraiment un gros travail que je suis en train d’entreprendre parce que j’ai la chance, en tout cas chez moi en Belgique, que ça prenne vraiment bien, les gens accrochent et donc les salles se remplissent, mais du coup ça met une petite pression aussi, j’ai envie que les gens soient satisfaits évidemment quand ils ressortent de mon petit concert et donc je travaille vraiment sur le live en ce moment. Propos recueillis par Enrique Lemercier Crédit photos : Servan Ilyne pour Pose Mag

L’album « Higher », d’Alice On The Roof est disponible depuis mars 2016. Elle est actuellement en tournée en Belgique, aux Pays-Bas et au Luxembourg. Retrouvez toutes les dates de la tournée sur son site Internet www.aliceontheroof.com 155


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INTERVIEW A-WA Dès les premières notes de leur single « Habib Galbi », nous avons senti que ce nouveau groupe, A-WA, était un ovni dans le paysage musical. Les trois sœurs ont su mêler parfaitement chants yéménites à des beats hip-hop. Mix parfait également au niveau esthétique avec leurs looks atypiques composés de tenues traditionnelles accessoirisées de pièces urbaines contemporaines. Elles ont grandi dans un petit village israélien et ont baigné depuis leur plus jeune âge dans la musique. Leur premier album est à la hauteur du single. Nous avons donc profité de leur venue à Paris pour organiser une rencontre haute en couleur avec Tair, Liron et Tagel.

Vous avez commencé à chanter ensemble lorsque vous étiez très petites. D’où vous vient cette passion pour la musique ? Tair : C’est comme si la musique nous avait choisies. Ça nous est venu naturellement et c’est quelque chose que nous avons toujours fait ensemble. Depuis l’enfance, ça a toujours pris une place énorme dans notre vie. On chantait partout dans la maison et notre père nous filmait avec un vieux camescope. Maintenant on a toutes ces cassettes vidéos très fun de nos débuts ! (rires) Quelle est la chanson que vous aimiez le plus chanter lorsque vous vous étiez petites ? Tair : En pop, c’est clairement Mickael Jackson qui a été notre plus grande inspiration. Le fait qu’il créait ses propres beats et sa voix magnifique nous rappelait un peu la musique yéménite qui est également basé sur la rythmique et sur la voix.

On partage la même vision finalement. Liron : On adore la musique yéménite, par exemple Aharon Amram. C’est vraiment le pionnier dans ce domaine. On aime également beaucoup les femmes dans la musique yéménite. Tair : On adore la folk également, ou la musique traditionnelle africaine. Tout ce qui peut avoir ce groove tribal, tout ce qui sonne un peu différent. On adore explorer, mélanger l’ancien et le nouveau. Quand on trouve un son aussi unique, ça prend la dimension d’un trésor. On a aussi volé la collection de disques de nos parents dans laquelle on trouve pas mal de rock des années 70, comme Pink Floyd, les Beatles qu’on adore, du Funk ! On est très inspirées par les chanteuses de Motown, ce sont elles qui nous ont permis de nous entrainer à chanter en harmonie. On a tout un panel de styles dans lesquels on puise, mais c’est vraiment avec la musique yéménite traditionnelle que l’on se sent à la maison. Ça nous touche réellement.

Est-ce que vous écoutez le même type de musique toutes les trois ou bien avez-vous des goûts différents ? Tagel : Fort heureusement, nous avons des goûts assez similaires, ce qui est très utile pour créer ensemble !

Comment vous est venue l’idée de mélanger chants et musique traditionnels avec un mélange de musique électro et hip-hop ? Tair : Ça s’est fait plutôt naturellement puisque la musique

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yéménite est celle que nous écoutions depuis la petite enfance. En grandissant, nous avons appris à expérimenter avec celle-ci, à aller de plus en plus loin. Quand nous avons commencé à travailler sur cet album il y a 4 ans, on s’est réunies à la maison de nos parents, on a simplement sorti un clavier, créé un beat et commencé à placer des chants yéménites dessus. On s’est vite rendu compte que le tout se mélangeait à la perfection. Ça semblait presque logique de continuer à travailler dans cet esprit-là ! Est-ce que vous n’avez pas eu peur de surprendre, voire de choquer les puristes ? Tair : Qu’une chose soit claire : nous n’avons peur de rien ! On s’en moque si les gens sont choqués. C’est vrai ! On n’y a même pas pensé à vrai dire. On ne savait pas si notre musique allait plaire à tout le monde, aux vieilles tribus (les yéménites ayant immigré en Israël il y a plusieurs générations comme nos grands-parents). On a cru à ce projet, on y a mis tout notre amour. Et surtout, on s’est engagé avec un tel respect sur cette voie que l’on s’est dit que les gens allaient le ressentir. Et fort heureusement, même les vieilles tribus nous ont donné leur bénédiction. Tagel : On a eu des commentaires de soutien incroyables, que ce soit en Europe ou dans les pays arabes. On est très reconnaissantes ! Le clip de votre single « Habib Galbi » compte plus de 3 500 000 vues ! Comment vivez-vous ce succès ? Liron : Wooow ! Tair : C’est fou ! C’est juste génial, on espérait que ça pourrait toucher les gens. C’est évidemment au-delà de tout ce que l’on pouvait imaginer ! C’est si important pour nous de transcender les frontières, de diffuser tout cet amour le plus loin possible. Dans ce clip, on peut vous voir porter des tenues traditionnelles mais on peut vous voir aussi souvent avec des tenues occidentales et modernes. Ce qui est sûr, c’est que vous aimez les couleurs ! Quel est votre rapport à la mode ? Tagel : À l’image de notre musique, nos goûts vestimentaires mélangent l’ancien et le moderne. C’est également ce que nous faisons dans nos visuels, notre graphisme*. On adore ce mélange de robes traditionnelles et de streetwear. Tair : Les bijoux yéménites aussi ! Tagel : Ces robes sont des robes de Hora, une danse folklorique en Israel et elles sont rebrodées d’éléments arabiques. Vous êtes nées à Shaharut, une petit village dans le sud de l’Israël. Dès l’écoute de votre single « Habib Galbi », on sait que vos origines ont une incidence sur

votre musique. Pouvez-vous nous parler un peu plus de votre culture ? Liron : Le fait d’avoir grandi dans le désert nous a permis de développer non seulement notre imagination, mais également notre curiosité. Que ce soit des autres cultures mais aussi des autres gens tout simplement. Tair : Grandir dans notre ferme avait quelque chose de « La petite maison dans la prairie » ! (rires) Plus sérieusement, c’était tellement beau, les étoiles la nuit par exemple... Notre culture est très simple, très ouverte… Liron : Et aussi très riche. Tair : Oui, car dans le désert, tout est à créer puisqu’il n’y a rien. C’est ce qui explique la richesse de notre culture, de notre artisanat : La broderie, les bijoux, la cuisine, la danse. Dans notre clip, qui a été tourné dans notre village, on peut voir un peu de tout cela. La richesse s’explique aussi par la transmission du patrimoine. Nos chansons, ce sont des textes qui ont été créés par des femmes au Yemen et qui se sont transmis oralement de génération en génération. Ils n’ont été enregistrés qu’au moment de l’immigration en Israël dans les années 50. On se sent très proche de ces traditions de transmission. Cela ne vous manque pas durant vos voyages de promotion ? Tair : Au début c’était un peu plus impressionnant. Tagel : Ça nous permet d’atteindre un certain équilibre, on a vécu dans un endroit si calme, que toute cette agitation, c’est fun, on en profite. Tair : C’est très excitant de vivre toutes ces aventures en famille ! Avec quels artistes aimeriez-vous collaborer ? Tair : Il faut dire à Stromae que l’on veut collaborer avec lui ! (rires) Mark Ronson serait aussi intéressant. En photo, on adore le travail du marocain Hassan Hajjaj. En fait, on a vraiment envie de collaborer dans plein de domaines différents : avec des photographes, des musiciens, des designers. On est pas simplement chanteuse, on peut diffuser notre culture dans tous les domaines. On est un peu un package tout-en-un ! (rires) Pour finir, mise à part le succès pour votre album, que peut-on vous souhaiter ? Tagel : De continuer à créer des choses nouvelles, de nouveaux clips. Tair : De pouvoir continuer sur ce chemin merveilleux. De pouvoir aussi collaborer comme nous le disions avec des artistes passionnants. Et continuer à rendre heureux les gens, tout autour du monde.

Propos recueillis par Mélissandre L. et Enrique Lemercier *Tagel designe les pochettes du groupe

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L’album d’A-Wa, « Habib Glabi » est disponible depuis le 27 mai 2016. Pour suivre l’actu du groupe A-WA, rdv sur leur site officiel : www.a-wamusic.com 159


POSE ASTRAL LA RENTRÉE 2016 DANS a

BÉLIER Pour la rentrée, le mot d’ordre sera la sérénité. Vous n’avez pas d’argent, mais vous en fichez car vous n’avez pas d’ami avec qui faire des trucs chers, genre prendre le bus. Travail : Votre conseiller pôle emploi a démissionné, mais vous être serein. Amour : Vous êtes plutôt eau fraîche en ce moment. Eau fraîche et sérénité, donc.

b

TAUREAU Cette rentrée vous attend au tournant. Il (elle ?) est là, tapi-e au croisement de la rue des solitaires et d’une sombre impasse, prêt-e à vous sauter à la gorge en criant « FILE-MOI TON LARFEUILLE ». Travail : Résultat des courses, une ITT de 6 mois, à cause du choc. Amour : Vous faites l’amour avec un gilet pare-balles et ça incommode les gens.

c

GÉMEAUX Vous aviez promis que le début d’année serait la dernière période pourrie de votre vie. Je vous suggère donc d’en finir rapidement, car mon boule de cristal m’indique le contraire. Travail : HAHAHAHA ! Oh, vous voulez vraiment savoir ? Amour : C’est un bien grand mot pour qualifier la relation qui vous lie à votre boulanger.

d

CANCER Cette année a un jour de plus. Tenez bon, un jour ce n’est pas grand chose. Les 365 autres risquent d’être un peu longuets, en revanche. Travail : Vous ne rêvez pas, votre boss vous déteste. Vos subalternes aussi.

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i

SAGITTAIRE J’ai envie de vous laisser la surprise. Ce serait dommage de vous gâcher le « plaisir ». Et je ne peux décemment pas vous annoncer ÇA. Travail : On ne peut pas vraiment parle de « travail » vous concernant. Amour : Voyez le bon côté des choses – vous allez pouvoir réfléchir tranquillement.

j

CAPRICORNE Je vois les Anges de la téléralité, je vois Arthur, je vois un téléfilm TMC, je vois 4 mariages pour une maison d’hôte presque parfaite, je vois, je vois… Travail : …Ah c’est ça, je vois le chômage. Amour : Vous avez déjà essayé d’envoyer Love au 8 12 12 ?

k

VERSEAU Vous vous croyez fort. Vous vous voyez déjà en haut de l’affiche ? Vous êtes un grand rêveur un peu niais, c’est adorable. Travail : Ce n’est pas comme ça que vous aurez le Prix Nobel de votre job. Amour : Là aussi, on reste dans le domaine de l’onirique.

l

POISSON J’ai pris la décision d’arrêter d’être plus désagréable avec vous qu’avec les autres. Je ne peux cependant pas faire de miracles, hein. Travail : C’est triste, je vous le dis gentiment, mais c’est vraiment ZÉ-RO… Amour : Sans vouloir paraître désagréable, laissez tomber. À JAMAIS.


LE MON BOULE DE CRISTAL 

*

TEXTE MARINE REVEL ILLUSTRATION ALAN CLOISEAU

e

LION Ingonyama bagithi baba sithi uhhmm ingonyama nants ingonyama bagithi baba sithi uhhmm ingonyama siyo nqoba ingonyama ingonyama nengw’ enamabala. Travail : C’est l’histoire de la vie, le cycle éternel, qu’un enfant béni rend immortel. Amour : La ronde infinie de ce cycle éternel : c’est l’histoire, l’histoire de la vie.

f

VIERGE Une rentrée sans alcool, la fête n’en sera que plus folle ! Mais comme vous n’êtes pas invité, vous ne verrez de toute façon pas la différence. Travail : Comme vous ne sortez pas, vos performances pro sont excellentes. Amour : Comme vous ne sortez pas, vous ne baisez pas des masses.

g

BALANCE Est-ce que cette rentrée ne serait pas la bonne ? Celle où vous vous rendez enfin compte que quoi que vous fassiez, ce sera un échec cuisant ? Travail : Ca vaut aussi pour le travail : échec, échec, échec. Amour : Tout pareil.

h

SCORPION L’hiver était moyen-moyen. L’été est bof-bof. La rentrée sera couci-couça. Remarquez tous les synonymes choupis de médiocre que j’emploie rien que pour vous ! Travail : C’est pas la folie-folie, hein… Amour : On ne peut pas dire que ce soit tip-top.

* je suis désopilante 161


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Pose Mag 23  

Pose Mag n°23. En couverture : The Shoes Et à l'intérieur : Des interviews et séances photos avec MS MR, Alessia Cara, Zella Day, Marion Mo...

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