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MODE CULTURE TENDANCES

NUMERO 17


DIRECTEUR DE LA PUBLICATION / RÉDACTEUR EN CHEF

Enrique Lemercier

PHOTOGRAPHES

Pauline Darley, Matthieu Dortomb, Maxime Stange

RÉDACTION

Deborah Bannwarth, Antoine Bertoni, Juliette Cany, Armelle H., Alexandra Le Fur, Enrique Lemercier, Marie Parent, Marine Revel, Chris Sengthong

STYLISTES

Cécile Réaubourg (Trouvailles Chics), Tatiana Dumabin, Antoine Mont

ILLUSTRATIONS

Philippe Dufour-Loriolle, Marygribouille, Sess GRAPHISME

Sabrina Berguer et Enrique Lemercier

CORRECTRICE/TRADUCTRICE

Corinne Garcia REMERCIEMENTS

Nous remercions les personnalités qui nous ont fait confiance et qui ont accepté d’être présentes dans ce numéro : Julien Doré, Yodelice, Micky Green, Emilie Gassin, Alka, Fabien Constant, Elephanz, Pendentif, Elisa Jo, Thierry Neuvic et Baptiste Lecaplain. Un grand merci à leurs équipes pour nous avoir permis d’organiser ces différentes séances photos et interviews.

© 2013. Tous droits réservés. Pose Mag, marque déposée. Représentant légal: Enrique Lemercier La reproduction même partielle des articles, textes et photographies parues dans Pose Mag est interdite sans autorisation écrite préalable de directeur de la publication. La rédaction n’est pas responsable des textes et images publiées qui engagent la seule responsabilité de leur auteur. Les marques et adresses qui figurent dans les pages rédactionnelles de ce numéro sont données à titre d’information, sans but publicitaire. Ce magazine ne peut être vendu.

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EDITO

REMÈDE AUTOMNAL par Enrique Lemercier

« Les feuilles mortes se ramassent à la pelle », en d’autres termes, l’automne est là et nous comptons bien vous aider à affronter cette rude période. Pas facile en effet de s’acclimater à cette chute des températures, à cette humidité constante, à ces journées qui raccourcissent subitement en raison du changement d’heure. Il paraîtrait que la musique adoucit les mœurs. C’est pourquoi nous la mettons à l’honneur dans ce nouveau numéro. Vous allez retrouver une playlist de huit artistes que nous avons sélectionnés pour vous dans ces nouvelles pages. Au programme, Julien Doré, découvert dans La Nouvelle Star et qui nous présente aujourd’hui son nouvel album. Un nouvel opus qui nous offre un duo avec Micky Green, qui affirme également son retour sur la scène musicale et que nous avons conviée en compagnie de la jeune chanteuse Emilie Gassin pour une séance photos et interview. Leurs points communs ? Deux artistes musicales australiennes installées à Paris, mais pas que... (nous vous laissons découvrir leur interview croisée). « Square Eyes » de Yodelice a retenu également toute notre attention : une belle rencontre avec l’artiste qui s’est tenue dans le fumoir atypique du restaurant Le Derrière à Paris. S’en suivent deux groupes français qui nous prouvent que la pop française a encore de belles heures devant elle : Elephanz et Pendentif. Et enfin, Elisa Jo et Alka deux jeunes femmes charmantes, qui, en collaboration avec Benjamin Biolay (à la réalisation), nous offre un album aux accents pop/folk pour Elisa Jo et un album très mélancolique pour Alka. Cette dernière signe un virage dans sa carrière puisqu’elle a fait ses débuts au cinéma et au théâtre (notamment aux côtés d’Edouard Baer). Transition faite et au regard de nos précédents numéros, nous tenons à ce que mode et musique forment un accord parfait sans pour autant délaisser l’univers du cinéma. Pour preuve, la présence des acteurs Thierry Neuvic et Baptiste Lecaplain, ainsi que l’interview de Fabien Constant à qui on doit, entre autre, le documentaire « Mademoiselle C », consacré à la célèbre rédactrice de mode Carine Roitfeld, actuellement diffusé au cinéma. Ajoutons à cela des témoignages, des chroniques, une enquête sur le phénomène des hipsters, une sélection shopping pour hommes et femmes afin d’affronter au mieux toutes les configurations météorologiques possibles de cette saison, … Vous détenez désormais le cocktail parfait pour tenir le coup jusqu’à l’arrivée de l’hiver !

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MODE& TENDANCES SHOPPING

p16

PRÊTS POUR L’AUTOMNE !

CHRONIQUE

p20

MANIFESTE ANTI-MINET

INTERVIEW

p66

FABIEN CONSTANT

ENQUÊTE

p72

APOLOGIE D’UN BOUC-EMHIPSTER

p102

CULTURE INTERVIEW YODELICE

p10

RENCONTRE ALKA

INTERVIEW

p22

p44

BAPTISTE LECAPLAIN

EN COUVERTURE JULIEN DORÉ

p78

INTERVIEW CROISÉE

p102

MICKY GREEN ET EMILIE GASSIN

PORTRAIT ELEPHANZ

p112

POSE MUSICALE

p118

LA SELECTION DE LA RENTRÉE

INTERVIEW ELISA JO

p120

RENCONTRE

p126

THIERRY NEUVIC

PORTRAIT PENDENTIF

p22

4

p134


ET AUSSI

LES CAUCHEMARS...

p40

APOLOGIE D’UN ÉTÉ EN VILLE

p10

CHRONIQUE

p42

CHRONIQUE

p62

“PRETTY LITTLE LIARS” OCYTOCINE, AUSSITÔT OUBLIÉE.

TEMOIGNAGE

p64

TEMOIGNAGE

p76

VIS MA VIE DE COMMUNITY MANAGER LE JOUR OÙ LE SYSTÈME M’A DEVORÉE

CHRONIQUE

p96

POSE DRINK

p98

LA MALÉDICTION DU CONCERT... LOUISE DESCHAMPS WALLON

p110 CHRONIQUE p116 CHRONIQUE

MOBILITÉ CITOYENNE SPORT = SANTÉ + MENTAL D’ACIER

POSE DÉCO

p124

BANKRUPT CHIC

p112

POSE ASTRALE HOROSCOPE

p130

LA POSE POSTALE

p136

LE COURRIER DES LECTEURS

p78 5


ANTOINE BERTONI

JULIETTE CANY

ARMELLE H.

/REDACTEUR

/REDACTRICE

/REDACTRICE

Les gens m’appellent l’idole des jeunes, mais je préfère me définir comme un mec d’exception. Un pinceau à la main et mon imper’d’intervieweur de renom sur le dos : « Ich bin hier für dich ».

Cany. Juliette Cany. Agent sous couverture, j’espionne, collecte, décortique puis balance tout à Pose Mag ! Mon terrain de jeu ? Le monde en général. Mode, musique, ciné, fête du cochon ou évènement mondain, tout m’inspire ! Curieuse, passionnée, optimiste (et très modeste !), je rêve d’évasion. Plusieurs grands voyages m’ont appris à ne pas avoir peur du changement. Mon leitmotiv: tout faire à fond ! J’aime saisir les opportunités et j’ai donc attrapé Pose Mag au vol, en espérant que ça vous plaise...

Armelle H. est rédactrice freelance presse écrite, auteure de plusieurs ouvrages et manager d’artistes. Elle collabore également au blog Pose Mag : Culture, Interview et chronique hebdo «Homme, Femme, Mode d’Emploi». Elle a d’ailleurs sorti un livre qui regroupe une sélection de chroniques et interviews qu’elle a réalisées pour notre support : « Rédactrice pour Pose Mag ! » (Editions Baudelaire). http://armelleh.com/

ALEXANDRA LE FUR

MARIE PARENT

MARINE REVEL

/REDACTRICE

/REDACTRICE

/REDACTRICE

La vie sans musique ne vaut d’être vécue. C’est avec cet adage vissé au corps que je traine mes converses trouées à tous les concerts et festivals possibles. Secrètement, je veux faire comme Dalida et mourir sur scène (enfin, ça, c’est le plan ! L’initiatrice ayant échouée, la place est libre pour le Guinness Book). Dans les tribulations de la quête de l’artiste de la journée, de la semaine, du mois, de l’année, de la décennie, je traque les nouvelles sorties comme un détective privé, jamais rassasiée.

Community manager, blogueuse, «liseuse de magazines», fan de True Blood, compte se marier avec Eric Northman d’ici quelques temps. C’est un vampire ? M’en fous ! Compte monter les marches de Cannes un jour (même si je ne travaille pas dans le Cinéma) et remporter un Oscar pour l’ensemble de ma carrière (je m’entraîne toutes les semaines pour mon discours, un vase à la main). www.laventuriere.com

Titulaire d’un BEP Astres Célestes obtenu en 1982 à l’Université de Gentilly, je lis le ciel comme on lit la presse people, de travers et uniquement dans le train. «Jamais sans ma lunette astronomique», telle est ma devise. Je sais de quoi demain sera fait, et croyez moi, c’est pas jojo.

CONTRIBUTEU

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CHRIS SENGTHONG

DEBORAH BANNWARTH

ENRIQUE LEMERCIER

/REDACTEUR

/REDACTRICE

/RÉDACTEUR EN CHEF

Ne le dites à personne, mais je suis Superwoman: comédienne/assistante d’un prof d’anglais aveugle/habilleuse sur les défilés de mode/ lindy hoppeuse... Je suis «multi-capelines» en fait. L’année prochaine, j’irai chercher ma Palme d’Or. Mais en attendant, j’y vais gaiement de mon petit commentaire, et de ma petite vacherie, parfois. http://danslesacdunefille.jimdo.com/billets-dhumeur/

Grand lecteur de magazines depuis mon plus jeune âge, j’avais toujours rêvé de pouvoir diriger mon propre support. Désormais à la tête d’une équipe de passionnés talentueux, j’officie en tant que rédacteur en chef de Pose Mag pour apporter un regard nouveau et décalé sur la mode, la culture et les tendances. J’ai également une addiction aux motifs animaliers sur les vêtements, je devais me confesser. Twitter : @MisterPoseMag

PAULINE DARLEY

MATTHIEU DORTOMB

MAXIME STANGE

/PHOTOGRAPHE

/PHOTOGRAPHE

/PHOTOGRAPHE

Photographe sur Paris, j’ai suivi des études en communication et effectué des stages vers le monde de l’image pour m’ouvrir à un environnement photographique. J’aime créer avec l’humain et composer en mode et portraits. Pour résumer mon travail en photographie je pourrais citer plusieurs mots : symbolisme, ambiances, émotions mais surtout passion. http://paulinedarley.com/

Après des cours aux Beaux Arts et son BTS de graphisme en poche, il s’installe à Paris pour acquérir une expérience plus complète. Ses photographies sont souvent reconnaissables par leur côté ludique, coloré et décalé. Matthieu Dortomb insulfe de la poésie à travers des tapisseries rétros, des jouets, du maquillage... jouant ainsi sur notre rapport nostalgique à l’enfance. http://www.matthieudortomb.com

Photographe depuis 5 ans, je me suis spécialisé d’abord dans le portrait, et en arrivant à Paris, j’ai commencé à «étudier» la photographie de mode. Je la pratique depuis un an, et je trouve tous les jours, des nouveaux défis à relever dans ce domaine, et des choses à faire évoluer, dans mes lumières, dans mes traitements, dans mes prises de vues... Le réel travail d’une vie en perspective. www.maxime-stange.com

Ce rédacteur freelance, spécialisé dans la mode et le lifestyle au masculin, collabore avec divers titres et sites web, dont Menlook.com et TÊTU. Touche-à-tout, dans la limite de la décence, ce «monsieur qui fait de l’internet», comme l’appellent ses parents, aime s’essayer à la photographie et l’illustration, quand il ne s’excuse pas de son humour douteux ou de ses références musicales plutôt honteuses. http://chris-sengthong.com

URS

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MARYGRIBOUILLE

PHILIPPE DUFOUR-LORIOLLE

SESS

/ILLUSTRATRICE

/ILLUSTRATEUR

/ILLUSTRATEUR

J’ai 28 ans, je suis illustratrice indépendante, je vis et gribouille dans mon petit appartement près de la mer, au Havre. Mon univers est coloré, frais, avec des personnages pétillants et décalés. Je travaille pour le web, la publicité, l’édition, la presse et les particuliers. Je m’amuse et raconte mes petits quotidiens sur mon blog (http://www.marygribouille.net).

PDL est graphiste et illustrateur à Paris. Il affronte les contrariétés de la vie armé d’une pointe BIC afin de vous en livrer, à chaque numéro, une brochette aux vertus exutoires. http://www.summerkisses.fr

Sess a commencé à travailler pour Pose Mag en tant que maquilleur. Il signe d’ailleurs avec sa fidèle coéquipière Camille (avec qui il forme le duo de maquilleurs Mademoiselle Mu) le make-up pour l’édito Merwif dans ce numéro. A côté de cela, Sess est également dessinateur de BD et illustrateur. Vous retrouverez également ses illustrations dans notre désormais célèbre Pose Astrale ! http://10placeducolonelbourgoin.blogspot.com et sur Facebook : Mademoiselle Mu

CONTRIBUTEU

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CÉCILE RÉAUBOURG

TATIANA DUMABIN

ANTOINE MONT

/STYLISTE

/STYLISTE

/STYLISTE

Styliste freelance, blogueuse, rédactrice… ou juste une passionnée, dingue de mode, dénicheuse de bonnes adresses, un peu geek sur les bords. Une fille élevée au chocolat, bercée par le Prince de Bel-Air, Beverly Hills, Friends, SAX… bon je m’arrête là ! Bref, une féministe qui travaille dans la Mode, si si c’est possible ! S’amuser, s’exprimer, oser et surtout ne pas se prendre la tête pourrait être ma devise ! http://trouvailleschics.over-blog.com/

Après des écoles de mode et d’arts appliqués à Paris, j’ai multiplié les expériences et collaborations auprès d’un costumier, de maisons de prêt-à-porter et de rédactions mode mais aussi en tant que conseillère en image. Je suis passionnée depuis toujours par la mode et en particulier par l’univers des années 50, la folie punk/grunge de l’Angleterre des 70’s mais également par le style Hip hop des années 90. http://www.tatianadumabin.fr

Jeune parisien, styliste photo et artiste peintre à ses heures perdues... Toujours le sourire aux lèvres, curieux, épicurien mais sérieux. Je suis passionné par la vie et tout ce que celle-ci peut m’apporter afin de nourrir mon imagination et mon inspiration, pour me permettre de grandir artistiquement.


CORINNE GARCIA

SABRINA BERGUER

/CORRECTRICE

/GRAPHISTE

Passionnée par les voyages et la lecture, j’ai vécu plusieurs années aux Etats-Unis et j’habite aujourd’hui à Ottawa au Canada. J’aime surfer sur les blogs et les webzines de toutes sortes. Anglais, français, peu m’importe, j’aime naviguer d’une langue à l’autre. Mon petit côté perfectionniste pour l’orthographe me vaut le surnom de MissTypo.

« Si le JT de France 2 marche moins bien que celui de TF1, c’est aussi parce que le rouge en est la couleur dominante. Le rouge c’est l’urgence, le danger, le stress. C’est anxiogène. Pour adoucir, ils ont mis du blanc. Résultat : une ambiance aseptisée, genre hôpital. Le bleu nuit c’est neutre et plus élégant. ». Le pire c’est que j’y crois. Twitter : @NabrisaBerg

URS

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INTERVIEW YODELICE 11


Il y a des artistes qui abordent avec succès des virages à 180 degrés. C’est le cas de Maxim Nucci qui a su faire de son personnage Yodelice un artiste musical atypique et talentueux. De retour avec un troisième album intitulé « Square Eyes », qui a séduit l’ensemble de notre rédaction, nous avons souhaité partir à la rencontre de Yodelice afin d’en savoir plus sur lui et percer les mystères de ce personnage.

Bonjour Maxim, enfin Yodelice, enfin je ne sais pas trop comment je dois t’appeler en fait ?

l’ombre, qu’est ce qui t’as décidé à vouloir faire ta propre musique ?

Tu m’appelles comme tu veux en fait ! (Rires) C’est sûr qu’Enrique, c’est plus simple !

Quand j’étais plus jeune je voulais être musicien de studio. J’ai toujours rêvé de ces musiciens californiens qui jouaient à la fois pour Michael Jackson ou pour Elton John, c’était ce que je voulais faire. Je ne me suis jamais vraiment vu (même encore aujourd’hui) comme un chanteur mais plutôt comme un musicien. Et donc avant j’étais déjà très heureux de pouvoir vivre de cette passion, ce qui est quand même pas donné à tout le monde, et de participer à des grands disques de variétés. Ensuite, la vie fait son œuvre et un jour on se réveille et on a des choses à raconter, l’envie de faire une proposition artistique, des chansons que je n’avais pas envie de donner parce que j’estimais qu’elles étaient vraiment personnelles.vraiment personnelles. Avant je

Pourquoi as tu créé ce personnage Yodelice? Est-ce par timidité ou pour faire table rase de ton parcours précédent ? C’était par envie de faire une proposition artistique qui soit un peu plus que de la musique. J’avais envie d’explorer aussi, pouvoir proposer un univers visuel qui soit autre chose que le quotidien d’un citadin parisien. Avant on peut dire que tu étais plutôt un homme de 12


Avant, je ne me voyais pas comme un artiste, je n’avais pas grand chose à raconter. J’étais plus un technicien de l’industrie et après est venue l’envie de faire mon propre truc. Tu es de retour avec un troisième album intitulé Square Eyes, qui sortira le 21 octobre, depuis quand travaillais-tu sur ce nouvel opus et comment as-tu abordé cette nouvelle phase créatrice ? J’ai bossé dessus un an et demi je crois, il s’est fait de manière extrêmement détendue, dans le sens où d’habitude, je vais enregistrer un album et je m’enferme en studio pendant un mois ou deux et je ne fais que ça. Là, j’ai fait une semaine par-ci, par-là, j’ai pris mon temps, j’ai passé beaucoup plus de temps sur la production que sur les albums précédents, ce n’était pas un accouchement difficile ! On ressent des influences très rock dans Square Eyes, on dirait que tu as voulu mêler à la fois la musique de la fin des Doors, la bonne époque des Stones dans les années 70, du Bob Dylan, de la New Age, est-ce effectivement le type de musique qui t’inspire ? Tout ça me va, merci beaucoup. Ecoute, voilà on en reste là, c’est génial ! (Rires) C’est marrant parce qu’en plus tu parles de grands artistes que j’adore, mais je n’ai pas cherché à mélanger des styles, mais des textures. C’est vrai que techniquement, j’avais envie que ce disque ait un son particulier, de pas tomber dans les standards de ce qu’on fait d’habitude. Je suis un peu un geek de vieux matos d’enregistrement, de vieux micros, de vieux compresseurs, de vieux magnétos... Du coup, on a enregistré les basses, les guitares comme dans les années 60, d’ailleurs on a utilisé la même chaîne de micro, la même chaîne de pré-ampli, de compresseurs et de magnétos. On a ajouté à cela les batteries, les claviers plus comme dans les années 70, avec ces premiers synthés analogiques qui datent de début 70 jusqu’à début 80. Après c’est trop numérique pour moi. J’ai cherché à rendre une texture sonore en mi-poussière, mi-futuriste, je cherchais quelque chose d’assez atypique, c’est pour ça que j’ai passé du temps dans la production. Dans certains titres, il y a également des sons très eighties comme le pont dans « Time » par exemple, qui fait penser à des musiques de séries à la K2000 ou Supercopter.

cuivres. D’ailleurs, il y a un petit côté Bill Conti aussi, Rocky... C’est marrant à l’époque je faisais aussi la musique pour « Blood Ties », le film de Guillaume Canet et il y avait les mêmes références. Après je me suis dit finalement c’est une partie très cuivrée, tu imagines bien des cors la jouer, mais je me suis dit que finalement je voulais l’interpréter avec un clavier. On parlait des 80’s, est-ce que tu es un grand nostalgique de cette époque ? Pas du tout. C’est plutôt drôle parce que je redécouvre cette époque qui est la mienne puisque je suis né en 1979, mais c’est une musique qui ne m’a jamais touché. La boîte à rythmes, les synthétiseurs, la mode, j’étais hermétique à tout ça pendant des années et mine de rien avec ce revival récemment des années 80, je me suis mis à réécouter d’autres trucs et je me suis dit qu’il y avait quand même des choses pas mal. Entre autres, Bowie ou des albums comme ça qui sont absolument déments en terme de production. Quand j’étais gamin, ma culture musicale s’est un peu construite sur les années 70, sur le rock, sur une musique de lâcher prise, essentiellement sur l’énergie... Les années 80 c’était plutôt graphique, c’est le début des programmations, des boîtes à rythmes, c’est un rythme qui n’est plus humain, ce sont des structures, on commence à rentrer dans des formats... Pour moi, c’est synonyme de liberté d’expression et artistique hyper limitée. Finalement, il y a quand même des grandes chansons qui ont été écrites à cette époque-là, mais c’est vrai que ça n’a pas été tout de suite évident pour moi musicalement. Quel est l’album que tu écoutes régulièrement et dont tu ne te lasseras jamais ? Il y en a plein... Je pense que ce serait « Harvest » de Neil Young. C’est un album dont je ne me lasse pas, je l’écoute régulièrement, mais il y en a plein, c’est difficile ce genre de question ! Et ton dernier coup de cœur actuel, c’est quoi ? J’adore le dernier Arctic Monkeys, je trouve qu’il y a une belle évolution qui s’est faite. J’étais assez fan de la première école du petit Anglais assez énervé qui joue des chansons à cent à l’heure. Alex Turner est un excellent songwriter. Après ils sont partis en Amérique et ils ont travaillé avec Josh Homme de Queen Of The Stone Age, les tempos sont ralentis, le mec est devenu ultra sexy, je suis assez fan de ce groupe. Le dernier Franz Ferdinand est bien aussi.

(Il fredonne le générique de Supercopter) Je l’avais en tête depuis longtemps, mais je l’imaginais faite par des

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Tu as débuté ta tournée, comment te sens-tu et comment perçois-tu les retours du public ? Je me sens bien, j’ai une nouvelle famille avec moi, des nouveaux musiciens, ce nouveau répertoire. Là, c’était cool parce qu’on est parti un peu sur les routes rapidement, on a fait quatre jours de répétition. C’était un peu risqué de faire ça. C’est presque une tournée d’enfant gâté car tu ne pars pas en tournée si ton disque n’est pas sorti, si ça ne fait pas partie d’un processus promotionnel. J’ai une petite communauté facebookienne qui est là, qui me suit et qui est très encourageante. J’avais hyper envie de leur présenter l’album de cette manière, sur scène, sans mise en scène, juste la musique, dans des petits clubs, des petits lieux, c’est un truc que j’adore faire. Et c’était génial, et puis même professionnellement parlant, ça nous sert aussi de training, même si ce n’était pas le but. Pour t’avoir vu en concert la semaine dernière au Nouveau Casino, je peux dire que j’ai trouvé que les morceaux de ce nouvel album avaient une dimension encore plus rock sur scène que sur le cd, retravailles-tu les morceaux spécifiquement pour le live ? Non pas du tout, je pense que c’est un truc d’énergie, de mixage, d’instant. C’est vrai que sur scène, on met nos amplis à fond, on met des larsens partout. Je pense que c’est vraiment au niveau de l’énergie, parce qu’en termes d’instrumentation, il n’y a rien de plus, il n’y a rien de moins que sur le disque.

termine sur une petite touche d’espoir dans le titre « Familiar Fire ». Est-ce que tu es plutôt optimiste en amour ? Ça dépend en fait, j’ai des hauts des bas ! C’est marrant parce que les trois disques de Yodelice correspondent vraiment à mes humeurs de vie, à ce que je vis. Pour « Tree of «  par exemple, j’étais au bout du rouleau, j’étais en dépression. « Cardioid », je commençais à sortir la tête de l’eau. Et celui-là, je le sens pas trop mélancolique, je sens un truc de montagnes russes, de hauts et de bas mais il tend vers quelque chose de beaucoup plus lumineux que les autres et je pense que c’est mon état d’esprit aujourd’hui. Je termine parfois mes interviews en demandant à l’artiste ce qu’on peut lui souhaiter pour la suite. Ce dernier me répond alors souvent que son disque rencontre le succès. Te concernant, on a eu un vrai coup de cœur pour cet album qui marque un virage décisif dans ton parcours musical. Comment abordes-tu l’avenir musical de Yodelice ? Merci beaucoup ! Si je pouvais garder cette liberté artistique, ce serait génial. Qu’on me souhaite ça, ce serait super parce qu’il n’y a rien de plus épanouissant que ça !

Ta dernière folie dépensière, c’était pour acheter quoi ? Du matos de musique, c’est une catastrophe... Et si là je te donne 1000 euros, tu achètes quoi ? Un truc de musique, je pense que je rajouterai au bout parce que ça coûte cher le matos ! Quel est le dernier film que tu as vu ? Jack et le Haricot Magique avec mon fils ! La dernière chanson que tu as écoutée ? Le single des Arctic Monkeys, « R U Mine? ».

Album « Square Eyes » disponible depuis le 21 octobre

Ton dernier orgasme culinaire ? Les cookies de Marion Cotillard, dimanche dernier ! Pour en revenir à l’album, je trouve qu’il a un petit côté dark et mélancolique dans les textes, mais il se 14

Propos recueillis par Enrique Lemercier et Alexandra Le Fur Crédit photos : Pauline Darley et son assistante Lara Guffroy Lieu : Le Derrière, Paris


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SHOPPING PRÊTS POUR L’AUTOMNE ! Par Cécile Reaubourg (Trouvailles Chics) et Enrique Lemercier

Nouvelle saison, nouveau dressing. Oui oui, il y a toujours de bonnes excuses pour faire du shopping ! Oui mais voilà, l’automne est arrivé et la météo fait des siennes. Aucune constante dans le temps qu’il fait et nous voilà donc complètement perturbés lorsque l’on doit choisir sa tenue le matin. Alors nous avons décidé de vous aider en vous proposant une sélection shopping pour homme et femme, en fonction du type de temps qu’il peut faire en automne. Journée chaude et ensoleillée, journée pluvieuse, temps gris et froid, nous avons pensé à tout ! UNE JOURNÉE D’AUTOMNE DOUCE ET ENSOLEILLÉE

Pull Kenzo sur www.lagarconne.com 265 € Jupe T by Alexander Wang sur www.brownsfashion.com £625 Etui smartphone chauve-souris Zara sur www.zara.com 9,95 € Rouge à lèvres MAC sur http://shop.nordstrom.com 11,52 € Sac à bandoulière Zara sur www.zara.com 49,95 € Escarpins Dolten IRO sur www.iro.fr 380 € Baskets Nike LunarEclipse sur www.theiconic.com.au 219,99 $ 16


Lunettes de soleil Illesteva sur www.mrporter.com 175 € / Jeans Saint Laurent sur www.mrporter.com 320 € T-Shirt Saturdays Surf NYC sur www.mrporter.com 35 € / Baskets AMI sur www.mrporter.com 195 € Chemise Burberry Brit sur www.mrporter.com 225 € / Coque iPhone Native Union sur www.colette.fr 50 € Montre Uniform Wares sur www.mrporter.com 495 €

L’AUTOMNE SOUS LA PLUIE

Veste Anthony Vaccarello sur http://en.colette.fr 1600 € / T-Shirt LPD New York sur www.net-a-porter.com 83,72 € Jupe New Look sur www.newlook.com £17.99 / Chapeau Maison Michel sur www.matchesfashion.com 510 € Parapluie à pois Zara sur www.zara.com 12,95 € /Sac Givenchy sur www.luisaviaroma.com 715 € Baskets New Balance sur www.asos.fr 80,87 € / Collant Zara sur www.zara.com 12,95 € 17


Trench Hardy Amies sur www.mrporter.com 575 € / Bottines Kate Philippe Zorzetto sur http://philippezorzetto.com 370 € Jean gris The Kooples sur www.thekooples.com 145 € / Sweat Marc by Marc Jacobs sur www.mrporter.com 205 € Cartable The Cambridge Satchel Company sur www.asos.fr 208,91 € / Parapluie London Undercover sur www.mrporter.com 75 €

COMBATTRE LE FROID AUTOMNAL

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Manteau Phillip Lim sur www.lagarconne.com 908,20 € / Sac à dos Shadowplaynyc x Khoi Le sur www.shadowplaynyc.com 360 $ Fard à paupières sur www.beauty.com 24 $ / Bonnet Huf sur www.urbanexcess.com 23,60 € Vernis à ongles Nars coloris Galathee sur www.shopstyle.com 19 $ / Echarpe en cachemire Isabel Marant sur www.net-a-porter.com 270 € Gants Zara sur www.zara.com 22,95 € / Bottines IRO sur www.shopbop.com 465,49 € / Pull Mary Katrantzou sur www.net-a-porter.com 920 € Collier Allsaints sur www.allsaints.com £198.00 / Pantalon en cuir Balmain sur www.montaignemarket.com 2945 €


Caban The Kooples Sport sur www.thekooples.com 395 € / Chaussettes White Mountaineering sur www.mrporter.com 40 € Blouson en cuir The Kooples sur www.thekooples.com 595 € / Gants en cuir The Kooples sur www.thekooples.com 95 € Chaussures Lanvin sur www.mrporter.com 745 € / Pull laine et cachemire Burberry Prorsum sur www.mrporter.com 1095 € Pantalon Alexander McQueen sur www.mrporter.com 725 €

LES INDISPENSABLES DE L’AUTOMNE POUR VOUS MESDAMES Si nous devions vous conseiller deux pièces pour cet automne, cela serait un manteau oversize en laine. Nous avons choisi ici un modèle noir, de la marque Chalayan. Et pour les chaussures, des boots courtes et ouvertes sur les cotés. Cela permet de ne pas couper la jambe et elles ont l’avantage de convenir à tous les types de silhouette. Elles sont plus originales que des rangers (très à la mode cet hiver), chics mais sans talon. C’est donc le mix parfait pour allier confort et style. Enfin, elles s’adaptent aux looks rock, preppy, casual, classique chic.... et vont avec tout : jeans, slim, robe longue ou courte, jupe....

Manteau en laine Chalayan sur www.net-a-porter.com Chaussures Fringe Revets Aperlai Paris 19


CHRONIQUE MANIFESTE ANTI-MINET Barbants avec leurs barbes trop bien taillées, blazants dans leurs blazers taillés à la perfection, ils sont toujours plus beaux, toujours trop propres… bref, toujours plus lisses. Mais ils sont passés où, les mecs, les vrais ?

©Carven 20

©Paul and Joe

©Paul Smith


Les grands gourous des tendances, les fameux trendsetters et autres Madame Irma dans l’âme nous l’avaient prédit, pire encore, nous l’avaient promis. Après le métrosexuel, place à l’übersexuel, au mâle, au vrai, celui-là même qui fait «mmh ! Chabal» et qui n’a pas peur de se moucher dans sa chemise de bûcheron. Sauf qu’au final, bien loin des combats de boue ô combien virils, il semblerait plutôt que l’on nous roule dans la farine, anti-grumeaux s’il-vous-plaît...

«Mon amour, tu peux m’épiler le bas du dos ?» «D’abord la lotion nettoyante, toujours, le toner uniformisant, puis la crème hydratante, et enfin une gorgée de Volvic, toujours», aurait pu dire Zizou s’il avait tourné ce spot publicitaire en 2013, et pour cause, le mec d’aujourd’hui prend très, très soin de lui. Propre, le poil soyeux, il a ri des minets version boysbands des années 90 mais ressemble à s’y méprendre à un membre de One Direction. Comme la légende du phoenix, comme diraient nos amis casqués, le Ken d’antan renaît de ses cendres et se la joue plutôt Barbie, enfin, preppy modasse, aux vêtements parfaitement repassés, la chemise boutonnée comme il le faut, la raie bien coiffée sur le côté, et son autre raie épilée à la cire. Il faut souffrir pour être belle, certes, mais le faut-il pour être beau ? En mode minet Et pourtant, le doux monde de la mode masculine a bien tenté de nous faire croire au revival du mec, du vrai, mais c’est au final trois pauvres bûcherons perdus sur le Faubourg Saint-Honoré que l’on retrouve face à une armée de mecs grunge, pardon, grunge hipsterisé version 2013, en Saint-Laurent-j’aiacheté-mon-jean-450€-déjà-tout-troué. Pire encore, il semblerait qu’il y ait eu un hold-up dans le rayon fournitures scolaires, avec un grand come-back du sac à dos pour les adultes, ou encore des baskets des cours d’éducation sportive, maintenant disponibles jusqu’à la taille 45 pour le bonheur de ces messieurs pris d’une envie régressive. Les mannequins n’en sont pas en reste, avec, quoi qu’on en dise, 95% de minets imberbes au physique de twink, et un petit groupe qui résiste encore et toujours à l’envahisseur, tel un quota Cotorep au poil hirsute et bien tristement trop faible. «Où sont les hommes ?» Lorsque l’on en vient à citer et parodier Patrick Juvet, une chose est sûre : l’heure est grave. Version gym queen en survêt’ Dior Homme à l’Usine, reine des modasses parmi les modasses dans les rues de NoMa (comprendre ici «North Marais», véridique), on aime vous détester, et l’on déteste surtout vous aimer, avec votre peau naturellement photoshoppée à la perfection et ce teint si parfait que le hashtag #nofilter sur Instagram semble avoir été créé pour vos selfies. Au revoir chemise amidonnée, adieu chaussures tellement cirées qu’on en serait ébloui, exit les anti-cernes, anti-rides, et autres anti-tout-ceque-tu-veux, les mecs au naturel sont beaux, alors laissons-leur un peu de place ! Loin d’être un coming out, une simple déclaration d’amour du barbu négligé dans l’âme, et modasse imberbe aux airs de minet que je suis dans la vraie vie : hommes, je vous aime… Chris Sengthong

©AMI 21


ALKA

PHOTOGRAPHE : MAXIME STANGE MAKE-UP : MADEMOISELLE MU HAIR : PIERRE SAINT SEVER STYLISME : CÉCILE REAUBOURG (TROUVAILLES CHICS) RÉALISATION : ENRIQUE LEMERCIER LIEU : CAFFÉ BURLOT PARIS

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Pull Simone Rocha chez Colette

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Teddy en cuir Roseanna, collier Ligiadias chez l’Exception, t-shirt The Kooples, jupe T by Alexander Wang chez Colette, bagues chaines Eddie Borgo chez Colette, bagues main droite Dear Charlotte et Ma Demoiselle Pierre, chaussures Christian Louboutin 24


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Chapeau Maison Michel, chemisier en dentelle The Kooples, jean Current/Elliot chez Colette, bagues Ma Demoiselle Pierre, Dear Charlotte et 27 vintage, chaussures Christian Louboutin


Chemise L’Herbe Rouge, jupe Surface to Air, collier Yazbukey, le tout, chez l’Exception. Bagues Ma Demoiselle Pierre, Dear Charlotte et vintage

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Ensemble Jean-Charles De Castelbajac, bagues chaines Eddie Borgo chez Colette et bagues Ma Demoiselle Pierre, Dear Charlotte et 30vintage, chaussures Christian Louboutin


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Robe Gaelle Constatini Chez l’Exception, bagues Ma Demoiselle Pierre


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INTERVIEW

ALKA

On l’a vue au théâtre aux côtés d’Edouard Baer mais aussi au cinéma, Alka est une artiste aux multiples facettes puisque son premier album intitulé «La première fois» vient de sortir. Elle débarque donc sur la scène musicale et est bien accompagnée puisque ce premier opus est signé Benjamin Biolay. C’était donc l’occasion pour nous de partir à sa rencontre pour savoir ce qui a motivé ce nouveau choix de carrière et mieux comprendre qui se cache derrière cette jeune femme charmante qui aime «les amours qui font mal». Nous sommes à une dizaine de jours de la sortie de ton premier album. Comment te senstu? Je me sens très excitée, très heureuse et un peu perdue parce que je me suis battue très longtemps pour que ce jour arrive. Le fil conducteur de ce premier opus est « l’amour qui fait souffrir », comme tu l’as déclaré. Selon toi, l’amour est donc toujours synonyme de peine ? Non, mais moi ce que j’aime, c’est l’amour qui fait souffrir. Au quotidien, ce n’est pas toujours comme ça, mais ce que je trouve beau et inspirant, c’est l’amour qui fait souffrir. On t’en parle à chaque fois mais c’est Benjamin Biolay qui a écrit les textes et les musiques de ce disque. Si cela n’avait pas été lui, avec qui aurais-tu aimé travailler pour cet album ? Je n’aurais pas aimé faire appel à quelqu’un. Ce que j’aime, c’est les gens qui m’aiment (rires). Je suis assez ouverte et je suis heureuse d’inspirer quelqu’un donc je n’aurais pas aimé solliciter quelqu’un qui n’aurait pas réellement d’intérêt pour moi. Je veux que ce soit extrême. Je pourrais quand même citer des noms comme Chateau Marmont, Sébastien Tellier, Jean-Jacques Debout, je suis fan de lui ! Et Alka en signature de textes ou de musiques dans un futur album, tu penses que cela serait possible ?

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Oui, je pense que cela serait possible. C’est juste que quand quelqu’un écrit des chansons mieux que moi, cela ne me vient pas à l’idée d’en écrire ! Auparavant j’avais un autre projet pour lequel c’est moi qui écrivais les textes, j’ai déjà composé une mélodie pour un film donc oui, cela serait possible. Je pense que c’est un mélange parce que je suis flemmarde et je n’ai pas assez confiance en moi... Je trouve qu’il y a tellement de gens qui le font mieux que moi que pour l’instant, la question ne se pose pas. Tu as enregistré des duos avec Lafayette et Chateau Marmont. Comment sont arrivées ces opportunités ? Chateau Marmont, ce sont des amis et ils m’ont fait cette proposition alors j’ai accepté simplement. Lafayette, j’étais en soirée et j’ai entendu une de ses chansons. Je ne connaissais pas du tout et ensuite, on nous a fait nous rencontrer et on s’est beaucoup apprécié. On va sûrement continuer à travailler ensemble d’ailleurs. Je travaille toujours avec des amis, des gens que je connais, j’aime que ça soit familial, je me sens mieux comme ça. Avec qui aimerais-tu enregistrer un prochain titre ? Alex Beaupain, Lafayette, Chateau Marmont, ce sont toujours un peu les mêmes noms qui me viennent !


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Avant de devenir chanteuse tu es passée par la case comédienne au théâtre puis au cinéma. Est-ce que ce sont des activités que tu souhaites poursuivre en parallèle de cette nouvelle carrière ? Oui, c’est sûr ! Pour moi, c’est presque la même chose. Je suis une interprète, que ce soit des films, des chansons, du théâtre, pour moi c’est pareil, c’est le même métier.  Mais pourtant, tu sais qu’en France, ce n’est jamais très bien vu de multiplier les casquettes. Cela ne te fait pas peur ? Pas du tout, j’en ai rien à faire ! (Rires) Je fais mon truc, je ne me pose pas la question de savoir ce que les gens penseront. J’essaie juste de bien faire mon métier et d’être heureuse. Danseuse, comédienne, chanteuse et devant l’objectif, comment te sens-tu ? A priori je me sens bien. Je dis ça avant que ça commence donc je ne vais pas trop m’avancer mais je me sens plutôt à l’aise oui, ça fait partie du truc. Ça m’amuse et tant que ça m’amuse, ça va !  38

Tu as déclaré dans une interview que ton corps appartenait à une autre époque. Et bien justement, est-ce que tu aurais aimé vivre à une autre époque ? Je ne sais pas, c’est compliqué car à la fois, je suis très bien dans mon époque. J’aime bien être mélancolique d’une époque mais cela ne me dérange pas de vivre à notre époque ! Je pourrais dire les années 1950, 1960, je suis très mélancolique de ces époques-là mais je ne sais pas si j’aurais aimé vivre durant ces décennies. On l’a dit, ton premier album sortira dans quelques jours. Quels sont tes autres projets jusqu’à la fin de l’année ? En ce moment je tourne dans le prochain film d’Alexandre Arcady, puis un autre tournage en décembre. Et mon album surtout, que je veux chanter, faire plein de clips et faire un nouvel album très vite ! Pour finir, quelques questions plus perso, inspirées par des paroles de ton album...


« Au commencement, y avait rien ». Pour toi, au commencement de ta vie professionnelle, il y avait ce job de vendeuse chez Agent Provocateur. Est-ce que tu pensais à l’époque que le cinéma et le théâtre allaient t’ouvrir leurs portes et que Benjamin Biolay allait t’écrire un album ? J’étais déjà actrice à cette époque et je chantais déjà, c’est juste que je ne gagnais pas encore ma vie grâce à cela. Donc au commencement, il n’y avait pas rien. Il y a toujours eu ça, c’est juste que j’avais besoin de faire des petits boulots pour gagner ma vie. Cela a toujours été en moi. « D’un amour à l’autre, on chiale ». Tu as eu beaucoup d’amours toi dans ta vie jusqu’à maintenant ? Pas tant que ça non. De vrais amours, très peu et d’amourachages, énormément !  « Tu m’aimes mal, tu m’aimes, malgré tout c’est pas mal ». Finalement, tu n’es donc pas si exigeante que cela en amour, non ? Si car j’aime bien qu’on m’aime mal, c’est une exigence. J’ai envie qu’on m’aime mal, ça me plait.  Qu’entends-tu par t’aimer mal ? C’est ne pas savoir m’aimer, me faire souffrir. « La première fois qu’on se fâche, la première fois qu’on se lâche, qu’on se dit des mots défendus ». Et ton dernier coup de gueule alors, c’était quand ? Tout le temps ! Il y a une heure ! Je dis très souvent des mots défendus, j’appuie toujours sur les boutons qui font souffrir, je suis vraiment insupportable. Je ne vais pas faire rêver grand monde comme cela mais c’est moi ! « Je vais te satisfaire, je peux même me taire. Tu peux me satisfaire et me traiter de fermière ». Pour ces paroles, c’est l’imagination de Benjamin Biolay qui a un peu débordé ou bien est-ce qu’on est dans un de tes fantasmes ? On rentre dans un de mes fantasmes ! Je ne sais pas quoi dire d’autre...

Le premier album d’Alka est disponible depuis le 14 octobre

Propos recueillis par Enrique Lemercier 39


LES CAUCHEMARS...

Texte et illustration par Philippe Dufour-Loriolle

La vie, ce n’est pas que le chant et la danse. Parfois c’est une suite d’agacements et d’incompréhensions face à un Grand Tout qui s’amuse à cacher dans les éléments les plus innocents l’ignoble contrariété qui vous laissera mal vissé pour toute la journée. Nous essaierons, dans cette nouvelle rubrique de Pose Mag, d’en faire un inventaire certes non exhaustif mais qui se révèlera, espérons-le, exutoire.

Notre saga : “Les cauchemars... ignominieusement tapis dans nos cuisine”

1- “Fatiguer” la salade Parce que techniquement parlant on ne remue pas une salade, on la «fatigue”. Comme on “fatigue” ses nerfs en essayant de mélanger ET de contenir ses feuilles trop grandes dans un récipient évidemment (et toujours) trop petit. A priori rien n’est plus inoffensif qu’une salade. Que ce soit la laitue et ses larges feuilles vert tendre ou la romaine fièrement cambrée et croquante, on croit innocemment à une promesse de bonheur simple. Et pourtant... Tel le Gizmo sujet à une fringale post-midnight, une fois ointe de gras, la feuille verte n’aura de cesse, organisme nouvellement vivant et malveillant, de sauter par dessus les rebords du saladier afin d’ atterrir de préférence sur votre blouse achetée chez un créateur de toute façon surestimé et à un prix qui fragilise vos deux équilibres, psychique et économique. Parce qu’évidemment il n’est pas question de se couvrir d’un tablier devant vos convives. Sinon pourquoi s’endetter sur 3 ans?...

2- “Garmonbozia” Attention. Le fait déjà d’écrire/de lire ces lignes nous propulse directement vers les rives comateuses et soufrées du Styx. Car il y a là, tapi dans votre frigo (ou plutôt celui de votre grand-mère), roulé en boule sur lui-même comme pour mieux concentrer ses sucs de vice, l’expression pure du Mal, la preuve même de l’existence du démon sur la surface de la terre : l’anchois. Abomination culinaire, tout ce qui passe à ses alentours prendra son détestable et violent goût de rance. La sauce tomate sur laquelle il repose. L’olive noire à proximité. Même le verre d’eau posé devant s’irradiera de vilenie.

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3- Les trucs coincés dans le goulot de l’évier Parce que ça fait de vos doigts des tractopelles à merde. Parce que, en bons aliénés que nous sommes tous, le pain croustillant et blond si appétissant dans son état optimum vire à la méduse urticante une fois mouillé. Parce que le spaghetti vigoureux éminemment désirable dans votre assiette (phase 1) aura la sexytude des pires lendemains de cuite dans sa phase 2, avec sa consistance molle et détrempée. J’eu pu négocier des jus d’orange fraîchement pressés (et filtrés) par mes soins tous les matins pour mes colocataires en échange de la corvée «nettoyage de goulot» sans JAMAIS le regretter.

4- Les non-sens J’aurais pu vous parler des abats. Vous dire qu’aucun organe vital ne devrait être considéré comme comestible (fut-il même semi-vital, ou de simple confort, pourquoi pas : manger de la cervelle n’est pas plus acceptable que manger des gencives). Mais non. Je préférerais vous parler des non sens culinaires. Le “contre-nature”. Les créations des Docteur Moreau des fourneaux. Il a récemment été porté à ma connaissance l’existence de la soupe de lasagnes (en boîte) (Si). Ainsi que des pizza-dogs (une simple pizza avec une saucisse planquée dans la pâte alentour). Voire de cheeseburger-zza, un concept qui demande une petite minute de mise en perspective (physique, mais aussi idéologique). Il s’agit donc toujours d’une innocente pizza qui, alors qu’elle n’a rien demandé à personne, voit ses contours élargis et arrondis en une succession de «lagons à gras,» accueillant en leurs centres un steak haché, sur lequel un fromage 100% polyamide se laisse mollement fondre vers la mort. Pour moi ce sera un verre d’eau, merci.

Dans un prochain numéro, je vous expliquerai les détails de mon régime parano-amaigrissant consistant essentiellement à regarder une poire et respirer du thé.

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CHRONIQUE “ PRETTY LITTLE LIARS ” (SI CELA N’AVAIT PAS DÉJÀ ÉTÉ PRIS, C’EST COMME CELA QUE J’AURAIS INTITULÉ CET ARTICLE)

Je suis plutôt une fille honnête. Ayant grandi sous la menace de me transformer en affreux pantin de bois au nez plus flexible qu’un télescope (tel Pinocchio, roi des mytho) j’ai appris à tourner 7 fois ma langue dans ma bouche avant d’en faire jaillir des cracks.

Je ne mens pas, je ne vole pas, si la dame de la caisse se trompe en me rendant la monnaie je le lui dis, si le monsieur fait tomber son portefeuille je le lui rends, si ma copine essaye un manteau en laine qui lui donne clairement l’air d’un ourson Cajoline, je la sauve du ridicule (en tous cas je lui signale avec tact et doigté que « la coupe ne flatte pas sa silhouette »). Bref, j’essaye d’être une personne fiable. Je suis bien droite dans mes bottes. Je marche la tête haute. La plupart du temps.

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Parce que, je l’avoue, il m’arrive de faire quelques petits arrangements avec la réalité. Que celle qui n’a jamais dit « j’arrive tout de suite, je suis à Châtelet » alors qu’elle sort à peine de sa douche, une culotte dans une main et le mascara dans l’autre, me jette la première pierre. Soyons sincères, et mettons un instant nos cœurs sur la table : un micro-mensonge, une contrevérité badine ou une légère omission n’ont jamais fait de mal à personne.


D’ailleurs c’est pour ça qu’on les appelle des « mensonges pieux » : parce qu’en vrai, ils sont purs. Ils peuvent sauver des vies. J’irai même jusqu’à dire que le mensonge, c’est la vie, en mieux. Par exemple, il est plus facile de dire à son neveu de 5 ans que le Père Noël a fini les Chockobons (même si les résidus chocolatés sur le coin des lèvres attestent que le coupable ne vit pas au Pôle Nord. Mais les enfants si délicieusement naïfs, ne pas leur mentir serait presque un attentat au bon sens). Il est plus simple de dire à sa mère qu’on ne pourra pas venir le week-end prochain parce qu’on travaille (alors qu’en fait on préfère aller à son cours de zumba burlesque plutôt que de la regarder remplir et re-remplir son assiette de gratin de courge butternut). Il est moins suicidaire de dire à son rédac chef que son article est presque bouclé alors qu’on n’en a pas pondu une fichtre ligne, et qu’on n’a même pas idée de ce qu’on va raconter dedans. C’est bien plus…

Bip bip biiiiip (Ceci et le signal que la rédaction de cette chronique vient d’être interrompue par une sonnerie de portable). « Coucou toi ! Désolé je vais pas pouvoir venir ce soir, mon petit frère vient d’être hospitalisé, je dois aller lui tenir compagnie. Mais on se capte bientôt, à plus ! ». Le bâtard. Il n’a pas de frère. Cœur qui se brise, déception, tristitude, larmes contenues au prix d’un effort incommensurable. Oubliez tout ce que j’ai dit plus haut. Le mensonge est un crime terrible qui devrait être passible de châtiment corporel et de l’écoute prolongée d’un CD de Philippe Katrine remixé par David Guetta. Je ne mentirai plus jamais.

Deborah Bannwarth

Et pour les accros aux mensonges, je ne peux que vous conseiller de regarder la série Pretty Little Liars, qui est une grande source d’inspiration pour moi !

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BAPTISTE LECAPLAIN PHOTOGRAPHE : MATTHIEU DORTOMB STYLISTE : ANTOINE MONT MAKE UP/HAIR : NADIA WICKER REALISATION : ENRIQUE LEMERCIER LIEU : LES DOCKS - CITÉ DE LA MODE ET DU DESIGN

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Veste The Kooples, chemise Melinda Gloss

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Teddy Schott, jeans Guess, chaussures Repetto 47


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Teddy Schott, chemise APC, tee-shirt The Kooples 49


Sweat AMI, chemise Eleven Paris 50


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Costume The Kooples, chemise Melinda Gloss, chaussures Repetto 52


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Tee-shirt Eleven Paris

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Caban Petit Bateau, tee-shirt Eleven Paris

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INTERVIEW BAPTISTE LECAPLAIN

Après s’être « tapé l’affiche » depuis quelques mois avec son spectacle, Baptiste Lecaplain terminera cette tournée aux Folies Bergères à la fin de l’année. En parallèle, il prépare la sortie de ce spectacle en DVD, a commencé l’écriture du nouveau mais également d’un film et on le retrouvera très bientôt à l’affiche de deux films. Une actu très chargée donc pour le jeune homme qui a réussi tout de même à nous accorder du temps pour une séance photo aux Docks de Paris et une interview à son image, drôle et sincère.

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On te retrouve aujourd’hui à Paris à La Cité de la Mode et du Design, sous la pluie. As-tu profité de l’été pour aller prendre le soleil ? Oui, cela faisait très longtemps que je n’avais pas pris de vacances et là je suis parti au Portugal. J’ai loué une maison avec des amis, c’était super. J’ai fait une halte à Séville aussi et j’ai beaucoup aimé. Tu seras en décembre prochain sur la scène des Folies Bergères. Quels sont tes autres projets pour cette rentrée ? Là je suis en train de tourner un film de Julie LopesCurval, avec Ana Girardot. C’est plutôt du cinéma d’auteur et je suis très content d’être sur ce projet. Il va y avoir aussi la sortie du film de Benjamin Guedj, que j’ai tourné en juin dernier et qui s’appelle « Libre et assoupi », avec Charlotte Le Bon et Félix Moati. Il y a encore des dates de tournée du spectacle actuel, « Baptiste se tape l’affiche », la sortie du DVD début novembre puis les dernières dates aux Folies Bergères. A côté de cela, je suis en train d’écrire mon nouveau spectacle et j’écris un film aussi. C’est donc une rentrée assez chargée ! Quelques mots sur tes débuts. Comment passet-on d’un parcours d’étudiant en fac d’anglais, passionné de basket à humoriste ? Etudiant en fac d’anglais, je l’ai été seulement deux mois et demi ! Je n’ai pas fait attention à ce changement de vie car en étant à la fac, je voulais faire ce que je fais maintenant. C’est juste que je ne suis pas du genre à me précipiter. Je voulais écrire d’abord, voir comment ça se passe et gagner ma vie donc j’ai été animateur pour enfants pendant deux ans et demi pour avoir de l’argent, payer mon appartement et monter à Paris. Tout s’est fait petit à petit. Tu as déclaré dans une interview que tu étais timide mais que tu te soignais. Et donc, c’est quoi ton remède ? Je ne sais pas ! Il y a des trucs pour lesquels je suis encore vraiment nul. Il y a des situations toutes bêtes, quand on vient me voir dans un restaurant par exemple et qu’on me dit à voix haute « j’aime beaucoup ce que vous faites » et que tout le monde entend, je suis très mal à l’aise. Dans mon immeuble, c’est pareil, mes voisins savent ce que je fais mais je pense que je ne leur donne pas du tout envie d’aller me voir ! J’ai cette nature timide, j’essaie de la calmer mais les conversations d’ascenseur, je n’arriverai jamais !

Et juste avant de monter sur scène, tu te sens comment ? Cela dépend. Quand je n’ai pas joué le spectacle depuis longtemps j’ai le trac. Quand j’ai enchaîné les dates au Bataclan, j’étais super heureux. Quand je vais jouer des nouveaux sketchs, j’ai très peur, ça varie vraiment. Dans un de tes sketchs, tu parles de ton enfance, quand tu portais les robes de ta mère. Tu n’es pas trop déçu qu’on ne t’ait prévu que des vêtements masculins pour notre séance photo ? (rires) Ca c’est faux, c’était juste pour la blague ! Ma mère, elle ne porte pas de robe en fait, donc je n’avais pas l’occasion de mettre ses robes ! C’est vrai que c’est une phrase qui choque, je me rends compte qu’il faut que je la désamorce ! C’est comme les enterrements de vie de garçon, avec les mecs qui s’habillent en fille... Il faut vraiment arrêter avec ça, c’est horrible ! Est-ce que tu t’intéresses un peu à la mode ? Comment choisis-tu tes vêtements ? Est-ce que tu as des marques et/ou créateurs préférés ? Oui, j’en ai. Et d’ailleurs, mon banquier m’a un peu engueulé ! En une année, je crois que tous les deux jours, j’achetais un truc, du coup, j’en ai donné plein à des potes. C’est un peu mon péché mignon, j’adore APC, Nike, The Kooples... Tu jouais le rôle du colocataire dans la série Bref. Quel est le meilleur souvenir que tu gardes de cette aventure ? C’est le succès, car Kyan c’est un de mes meilleurs amis. Mon meilleur souvenir de Bref, c’est la dernière au Grand Journal, où il y avait l’épisode qui était diffusé et il y avait Kyan et ses parents dans le public, c’est un chouette souvenir. Tu as reçu plusieurs prix depuis le début de ta carrière d’humoriste. Est-ce que c’est important pour toi d’être reconnu par les professionnels ? Oui, bien sûr, mais le prix qui me tenait le plus à cœur dans tous les festivals auxquels j’ai participé, c’est le prix du public. C’est toujours plus gratifiant de faire rire 500 personnes que 4 !

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On t’a découvert au cinéma pour la première fois dans le film Nous York. Comment est arrivée cette opportunité ? Grégory Weill était venu me voir jouer au Trévise et mon attaché de presse me disait qu’il fallait absolument que j’ai un agent et que cela soit Grégory car il s’occupait déjà de pas mal de jeunes comédiens. On s’est rencontré après le spectacle et on a eu un super feeling. Il m’a fait passer le casting pour Nous York. Mais c’est une histoire très drôle et horrible à la fois parce qu’en fait, j’ai fait un up and down avec Nous York. J’ai passé le casting puis j’ai vu Géraldine Nakache et Hervé Mimran à un anniversaire de Gal Elmaleh. Ils m’ont dit qu’ils allaient voir mes essais deux jours après, qu’ils avaient hâte. Quelques jours après, je vais voir le spectacle du Comte de Bouderbala et il y avait Géraldine et Leïla Bekhti à côté de moi. Et Géraldine ne m’a pas parlé. J’ai passé le pire spectacle de ma vie en me disant que c’était mort. Cela a duré une semaine et en fait, le directeur de casting avait oublié de leur montrer. Ils m’ont rappelé ensuite pour me dire qu’ils avaient adoré ! Et de toi à moi, c’est qui la plus sympa, Géraldine ou Leïla ? Promis, je ne le répéterai pas !

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(rires) C’est impossible à dire ! Géraldine me fait hurler de rire, Leïla aussi. C’est très dur. Leïla nous faisait bien à manger, mais une fois, Géraldine a organisé une soirée chez elle et il y avait Rose Byrne, c’était trop bien. Donc égalité, juste pour Rose Byrne! En parlant du tournage de ce film, tu as déclaré que tu avais passé les trois meilleurs mois de ta vie. Est-ce que tu penses que sur du long terme, tu pourrais délaisser ta carrière d’humoriste pour celle d’acteur ? Non, c’est impossible. Quand j’étais à New-York, je ne jouais pas le spectacle et cela me rendait fou. J’ai besoin de faire rire, j’adore ça. C’est une sensation extraordinaire. Le cinéma, c’est très bien aussi, j’aime beaucoup, j’adore l’ambiance de plateau mais ce n’est que du bonus ! Tu t’investis beaucoup dans l’association Un cadeau pour la vie. Est-ce que tu peux nous en parler un peu ? Je suis un des deux parrains, l’autre c’est Kyan Khojandi. C’est une super association. Bruno, le directeur est venu nous voir en nous disant qu’il


récoltait des fonds pour équiper les hôpitaux, pour acheter des télévisions pour les chambres, des jouets pour les enfants... Les infirmiers font un travail sur du long terme avec les enfants et c’est dur pour eux quand des personnes appartenant à des associations arrivent en inondant les enfants de cadeaux car du coup, les enfants ne sont tournés que vers eux. Avec cette association, on ne se met pas en avant, on veut simplement équiper les hôpitaux. Donc si je fais le bilan : Sportif, drôle, beau gosse, talentueux, généreux... Et sinon, ça ne te dirait pas d’en laisser un peu aux autres quand même ? Je ne sais pas quoi dire du coup ! Beau gosse non ! C’est ma mère qui est contente surtout. Je n’ai pas l’impression de prendre la place de quelqu’un. Je ne fais pas beaucoup d’apparitions télé, je ne cherche pas la notoriété immédiate. J’ai simplement la chance de pouvoir faire ce qui me plait. Je ne cherche pas non plus à être beau gosse, je transpire sur scène. Je veux surtout qu’on retienne de moi que je suis drôle et bon comédien, et poli, c’est très important pour mes parents ! C’est la première chose que mon père demande aux personnes avec qui je suis ! Propos recueillis par Enrique Lemercier

Le DVD sera disponible à la vente à partir du 5 novembre

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CHRONIQUE OCYTOCINE, AUSSITÔT OUBLIÉE. J’ai passé 2012 et la majeure partie de 2013 à rabâcher à qui voulait bien l’entendre, Wikipedia sur le cœur, que l’amour était en réalité une vilaine question d’hormones et qu’on ne me la ferait pas, pas à moi, « bitch, please ! ». Dans cet ordre.

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L’hormone en question, ou, pour être plus exacte, l’hormone peptidique en question, porte le doux nom d’ocytocine. En gros, en très gros, c’est grâce à elle que toutes les femmes du monde n’égorgent pas leur nouveauné après s’être fait déchirer la paroi utérine et avoir possiblement fait caca devant le corps médical en présence. J’en profite pour passer un big-up à toutes les sages-femmes qui nous lisent. Respect et robustesse.

Magie de l’assimilation par le cerveau de la diffusion de celle que l’on surnomme l’hormone du câlin, le corps étranger expulsé, son premier réflexe n’est pas de manger sa progéniture (eh coucou les truites !) mais de l’aimer très fort. C’est bio, c’est beau.

L’ocytocine est libérée en méga-masse au moment où la future maman sait qu’elle va douiller et est censée rendre la chose moins pénible. Je pense que toutes les femmes passées par la case maternité seront d’accord pour dire que quelques hectolitres de plus ne seraient pas de trop.

Je vous l’annonce, je suis d’humeur assez thèse/antithèse/synthèse aujourd’hui. Nous avons ainsi pu lire que l’ocytocine rendrait heureux, qu’elle rendrait amoureux, qu’elle rendrait fidèle, que les câlinous sont un excellent moyen de s’y shooter à pas cher et que la répétition des dits câlins

Partant de là, tout un tas de petits chercheurs se sont dit que « hey ! Mais est-ce que cette hormone ne serait pas l’hormone du love ? ». Alors oui. Oui, mais non. Mais revenons d’abord sur le oui.


et donc des montées hormonales qui les accompagnent favoriseraient l’assimilation du partenaire comme le love de toute une vie, ou de toute une semaine. Mais quoi qu’il en soit, entre le câlin et le bas du ventre qui papillonne, il n’y a qu’un pas, que l’ocytocine nous aiderait à franchir. Plus précisément, l’absorption d’ocytocine chez les rats de laboratoire avant leur accouplement stimulerait la libération d’ovules et favoriserait le transport du sperme. Je vous avais promis de l’amour, j’y viens. Et quand je dis que j’y viens, c’est pour vous parler d’orgasme. La love hormone serait également libérée au moment de la petite mort et la chute de celle-ci serait suffisamment progressive pour permettre aux amants de se regarder dans le blanc des yeux de bon matin et se dire des petits mots doux choupis, en souvenir de ces 7 minutes inoubliables, d’il y a 6 heures. J’en reviens à maman, grosso modo, nous ressentirions après une première nuit (réussie) la même réaction chimique qu’au moment de la naissance, un attachement instantané, qui s’entretiendrait à coups de piqûres de rappel faites de tendresse (virgule bordel !). En sus de ce que je viens de vous exposer de manière scientifiquement douteuse, on prête à l’ocytocine toutes les vertus comportementales possibles et imaginables, elle serait le liant du tissu social, l’hormone de la morale, le Graal de la pax universalis. Sauf que ça, c’était en 2012 et qu’en 2013 nous n’avons plus peur de clamer « Ocytocine ? Bullshit ! ». Sous couvert d’expériences scientifiques mêlant endocrinologie et sociologie, nous nous sommes fait vendre l’ocytocine comme le remède miracle, le temps d’un effet de mode qui est (malheureusement) passé plus vite que les creepers aux pieds des hipsters. Slate a d’ailleurs anticipé la tombée en disgrâce en juillet 2012 avec son excellent article « Non, l’ocytocine n’est pas la molécule de l’amour et de la morale : Pourquoi la mode de l’ocytocine est idiote et dangereuse », que je vous invite vivement à lire. On y apprend surtout qu’il est dangereux de considérer qu’une seule hormone pourrait régler tous les maux connus (duh !). Notre hormone miracle, comme tout génie qui se respecte, a aussi sa dark side. Elle pourrait favoriser la jalousie et la peur. Elle diminuerait, chez les personnes anxieuses et socialy awkward, la confiance. Parce qu’en fait, il aurait été intéressant de se dire en amont que tous les Hommes ne naissent ni libres ni égaux devant la loi et l’ocytocine. Bah ouais, les récepteurs de l’ocytocine diffèrent génétiquement d’un individu à l’autre et ainsi, les réactions attendues. Vous ne vous y attendiez pas, à celle-là, hein ? J’en reviens à ce qui fait pleurer les blondes et tourner le monde : l’amour. À l’heure des friends with benefits, des PQR dénichés

sur Le Bon Coin ou sur Meetic, pour les plus romantiques, je m’interroge sur ma propension à attribuer, sans réfléchir, à l’ocytocine mes coups de cœur. Je me revois assurer à mon entourage, froidement, que je n’y étais pour rien et que mon corps choisirait pour moi. J’avançais également assez fréquemment la théorie séduisante d’un ami, selon laquelle nous ne serions pas attirés bêtement par des gens suffisamment sains mais par des personnes dont le système immunitaire était radicalement opposé au nôtre, pour envisager d’ouvrir une usine utérine à bébés bien portants. Et tous ces beaux discours pourquoi ? Pour me justifier d’avoir passé presque deux ans avec un individu dont je n’ai jamais été amoureuse, sous couvert d’une vie sexuelle plus épanouie que la moyenne. Alors que, rétrospectivement, je me dis que cette vie sexuelle aurait pu bénéficier d’un peu de stimulation intellectuelle. Mais, voyez-vous, j’étais shootée à l’ocytocine et visualisait inconsciemment l’hétérogénéité de nos systèmes immunitaires respectifs, ce n’était pas de ma faute, je n’étais pas du tout dans une logique d’autosatisfaction par la médiocrité et cela n’a rien à voir avec le fait que l’on m’ait bien souvent répété que le mieux est l’ennemi du bien. Alors que, putain, mecton, meuf, mais le mieux c’est la vie ! Finalement, toutes ces théories hormonales séduisantes, si elles sont interprétées à la lumière d’autres théories, sociologiques et psychologiques gagnent en richesse et en finesse d’analyse. Sans parler de ces autres théories, comme celle de l’olive, selon laquelle si l’un des partenaires adore les olives tandis que l’autre les a en horreur, l’harmonie du couple est assurée. Certes, la crédibilité scientifique d’How I Met Your Mother est discutable, mais elle tient debout, même si (spoiler alert !) le partenaire en question faisait semblant de ne pas aimer les olives pour les offrir à sa moitié (quintessence de la choupitude signalée). C’est quand même plus sexy que l’idée initiale qui est, je le rappelle, de ne pas tabasser ou manger ses gosses. Sans parler non plus, de cet immense point d’interrogation, ce flou plutôt douillet. Celui qui, à la question cheesy par excellence, « pourquoi tu m’aimes ? », nous plonge dans un interminable silence, parfois un peu gênant. Et de citer Anatole France, « On n’aime vraiment que lorsqu’on aime sans raison ». Marine Revel Illustration : Philippe Dufour-Loriolle 63


TEMOIGNAGE VIS MA VIE DE COMMUNITY MANAGER

Aujourd’hui, tout le monde sait ce qu’est un community manager (ou CM pour les habitués), c’est une personne qui passe sa vie sur Facebook et qui se fait passer pour une marque ou pour un organisme quelconque. Mouais, ça c’est ce qu’on dit au plus grand nombre pour qu’on nous laisse tranquille mais en fait, le métier de CM c’est pire que ça...

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Le community manager est devenu au fil des années une sorte de souffre-douleur pour son client et pour sa/ses communautés (c’est un peu exagéré certes mais c’est pas loin de la réalité). Côté client, ce dernier pense qu’il connaît les ficelles du digital. Sauf que non, il n’y connaît rien mais alors rien du tout ! Non, il est impossible de changer la couleur du pull dans le visuel posté cinq jours plus tôt parce que finalement, il ne trouve pas ça joli. Non, il est impossible d’insulter les fans qui viennent critiquer leur marque. Non, nous ne pouvons pas aller insulter les marques concurrentes en utilisant des faux profils. Non, nous ne pouvons pas faire «comme sur la page Oasis» parce qu’un saucisson qui parle on dirait un organe sexuel masculin ! Bien entendu, parfois ils sont sympas, ils nous disent «Moi aussi je gère une page, celle de l’amical des anciens camarades de classe de Notre Dame de Grâce, allez y jeter un oeil» (genre «on fait partie de la même équipe, je connais ton métier, ne me la fais pas à l’envers»). Et parfois ils sont tellement à fond sur les réseaux sociaux qu’ils nous conseillent vivement d’aller sur Google+ parce que c’est Google alors forcément, c’est l’avenir (mais tais-toi donc !). Certains pensent que nous ne gérons que leur budget : «Je suis Dieu, tu es mon esclave alors tu réponds dans la minute ok ?». D’autres pensent que le community manager crée les applications, fais la créa, danse la gigue et répond aux ordres de sa communauté : «Vous voulez pas tourner le bouton «j’aime» vers la droite, parce que là sur la gauche c’est pas beau». Et puis il y a le con, le VRAI con, le con de base, le mec que t’as envie d’exploser parce que lui aussi il veut une page «comme Oasis» alors qu’il a un budget de 2 euros et qu’il vend des tractopelles ! Alors lui, il vient t’apprendre ton métier : «Moi ce que je veux c’est un visuel impactant et un texte court» (il te le répète 800 fois, au cas ou tu n’ais pas compris). Tu as alors juste envie de lui dire «Ecoute tu vends des tractopelles donc ton texte court et ta photo «impactante» tu te la mets dans ton....» (enfin vous imaginez la suite). Et bien entendu, il y a les «fans»/followers/igers/Pinterest addicts... Alors eux, il faudrait au moins trois encyclopédies pour en parler ! Il y a plusieurs catégories alors allons-y, dans l’ordre :

vas publier lorsque tu lances un jeu pour gagner 1 tote bag et 3 cacahuètes. Le concouriste peut te pourrir et surtout il peut appeler à la rescousse tous ses amis concouristes si t’as le malheur de l’envoyer sur les roses. Là en gros t’es mort, ta carrière est foutue, le concouriste t’a mangé tout cru et il est content parce qu’il a finalement reçu son tote bag et ses cacahuètes. Bref le concouriste est un nuisible qui passe son temps à t’épier. Parfois, quand tu gères plusieurs pages, tu le retrouves, il est là, il attend tapi dans l’ombre que tu lui donnes un cadeau. 2. Le dépressif Alors lui il est sympa mais il te prend la journée. Il te raconte qu’il aime bien ta page parce que ça lui permet de passer le temps. Il ne faut jamais répondre trop vite à un dépressif car il te prend rapidement pour son assistante sociale, il te demande ton avis et si tu as le malheur d’oublier de lui répondre il t’envoie 18 messages à la seconde genre «Hey, vous n’êtes pas là ? - Pourquoi vous me répondez plus ? - Je ne vous intéresse pas c’est ça ? - Ah bah sympa, je vois que vous avez mieux à faire !» et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il vous insulte. 3. Le chelou Alors lui il vous envoie des messages privés genre «Hey comme qu’c’est?» ou «On peut se rencontrer ?». Bien entendu, il ne vaut mieux pas lui répondre à moins que vous n’ayez vraiment rien d’autre à faire. 4. Le neuneu Bon lui il est gentil mais alors c’est une plaie parce que déjà il écrit mal et vous passez une heure à le déchiffrer : « Moa jème bi1 la paj paske vou aite gentil et moi je ve dé cado é vou pouvé mlé donné paske je sui simpa». Peu d’intérêt, mais bon, il ne dérange pas. 5. Le «pas content» Jamais content, s’il pouvait vous tuer ainsi que le reste du monde, il le ferait. Il n’aime pas ce que vous faites, il n’aime pas vos produits, il n’aime pas votre marque, il n’aime pas Facebook et Twitter, il n’aime rien mais il vient vous le dire tous les jours. Bref le community manager est une sorte d’électron libre qui a pris place dans la vie de tout le monde sans que personne ne s’en aperçoive. Cependant, il y a bien pire comme job et finalement, on a toujours une anecdote à raconter. Car oui, forcément, c’est toujours plus marrant qu’être contrôleur de gestion ou huissier de justice ! #allez @bientôt !

1. Les concouristes Eux, c’est ce qu’on appelle dans le jargons les «relous». Ils vont éplucher chaque règlement que tu

Mélusine Pampelune (c’est mon pseudo quand je n’assume pas !) 65


INTERVIEW FABIEN CONSTANT «Mademoiselle C» est dans les salles depuis le 16 octobre. C’est LA sortie ciné que les passionnés de mode ne peuvent pas râter. Ce documentaire consacré à Carine Roitfeld, la célèbre rédactrice de mode qui a régné sur le Vogue Paris pendant dix ans, nous fait entrer dans les coulisses de la création du premier numéro du CR Fashion Book, le magazine qu’elle a souhaité lancer après avoir quitté Vogue. A l’initiative de ce film, Fabien Constant. Nous avons donc décidé de le rencontrer afin de connaître les raisons qui l’ont amené à faire ce documentaire, la façon dont il a procédé pour le réaliser, sa relation avec Carine Roitfeld... Pourrais-tu revenir en quelques mots sur ton parcours jusqu’à ce jour ? Oh je suis vieux, donc ça va être long (rires). Je suis un gars qui aime le cinéma du coup j’ai fait des études de cinéma à Censier. J’étais un peu un branleur, mais j’étais un étudiant cinéphile et cinéphage. J’ai bouffé du cinéma en quantité industrielle. Ces études durant lesquelles je me disais que ce n’était pas très cool de dépenser l’argent de mes parents pour regarder des films toute la journée, c’est le truc le plus utile que j’ai fait dans ma vie et ça me sert dans tout ce que je fais, dans tout ce que j’aime et dans tout ce que je pense. Sauf qu’au moment où il a fallu bosser, il fallait faire un choix car à Censier tu apprends seulement à disséquer de l’image, mais pas à en faire. Tu es loin d’être un cinéaste à la sortie. Soit tu pars en production ciné et c’est long et fastidieux, soit tu as envie de voir davantage de films et j’ai donc voulu être journaliste cinéma. J’ai commencé à la télé dans l’émission « Courts particuliers » sur Paris Première et présentée par Elisabeth Quin. J’ai fait énormément de choses sur cette émission : programmation, recherche/documentation, script, chargé de production… Depuis je fais toujours tout et je suis devenu journaliste cinéma et culture. J’ai fait les émissions cinéma de Canal + pendant des années. Je me suis mis à la production de mes propres trucs et j’ai produit des documentaires mode avec Loïc Prigent, notamment sur Marc Jacobs. On a fait de la production durant huit ans environ ensemble, notamment « Le jour d’avant… ». J’ai continué à faire des sujets culturels, avec Nouvelle Star par exemple, mais aussi des vidéos mode pour des maisons. Il y a deux ans j’ai eu l’opportunité de faire cette histoire avec Carine Roitfeld. J’ai toujours su que je voulais faire quelque chose 66

avec elle mais j’attendais le bon moment. Quand elle m’a dit qu’elle tentait l’expérience de lancer son propre magazine, je lui ai dit directement que j’allais la suivre en train de le faire. Dans une interview, tu as déclaré ne pas faire partie du milieu de la mode. Comment définirais-tu alors ton rapport avec ce domaine ? En effet, je n’appartiens pas du tout à la mode, mais je la côtoie depuis des années avec Loïc Prigent. Du coup je la connais maintenant et je la regarde. Elle m’amuse, elle m’inspire, elle m’intéresse, elle me fascine et me rebute parfois. Au delà des clichés c’est un sujet passionnant la mode. Est-ce que cela a été difficile de convaincre Carine Roitfeld ? Carine n’aime pas la caméra. Elle est cependant très gentille donc elle essaye aussi de s’arrêter, faire des photos et répondre au plus de gens possible durant les défilés. Mais elle est assez timide l’air de rien. Comme elle me fait confiance ce malaise se dissipait quand on a travaillé ensemble. Du coup, elle n’aime pas la caméra, mais je sais qu’elle est d’accord avec l’idée d’avoir une caméra avec moi derrière. Elle a souffert durant tout le tournage et elle n’a sûrement jamais oublié qu’il y avait une caméra en train de la regarder. Heureusement Carine me voyait comme un interlocuteur de plus dans la pièce et pas comme une simple caméra. Elle me sollicitait beaucoup. Elle est toujours très enthousiaste. Elle aime la mode viscéralement.


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Quel est le meilleur souvenir que tu gardes de ce tournage ? De façon générale, on m’avait dit qu’il y aurait des imprévus. On m’a dit que Carine n’accepterait pas d’être filmée tous les jours et qu’elle voudrait gérer plein de choses, mais ce n’est absolument pas arrivé. Elle ne m’a jamais fait faux bond ! Je lui demandais quinze jours ou trois semaines à l’avance son planning pour que je la prévienne quand je voulais venir, et elle le notait. Et le pire ? Il y a toujours des moments délicats, notamment les moments de fatigue, de jet lag total… Mais je crois que Carine a un emploi du temps de fou, et du coup je vivais cette vie-là aussi. Sa fatigue était la mienne, et elle respectait ça. Le plus dur c’était les journées très longues de shootings. La mode se fait la nuit, c’est bien connu. L’air de rien j’ai dit oui à la réalisation d’un film dans des conditions minimales. J’avais une caméra de cinéma que je gérais seul et j’étais avec un ingénieur du son pour qu’on soit le minimum possible. Tu dois tout gérer avec des tas de kilos sur les épaules toute la journée. La contrainte est donc physique. Est-ce que ta vision de cette femme a changé après l’avoir suivi pendant le tournage ? Oui et non. Non car elle a toujours été constante et d’humeur égale. Elle est l’opposé de ce cliché de la mode qu’est l’hystérie et des drames… Elle a bossé 30 ans de sa vie pour en arriver là. Elle déteste les conflits, elle déteste la panique, du coup elle est très organisée donc tout le monde agit de la même façon. Sachant qu’elle est toujours polie et accessible avec toute l’équipe. Quand elle a quelque chose à dire, elle le fait les yeux dans les yeux avec la personne. En même temps ce qui m’a surpris c’est que même en pleine tempête le roseau ne plie pas. Ma scène préférée dans le film c’est la séquence de danse le matin chez elle quand elle explique que faire un grand écart à son âge et à 8h ça fait mal. Mais il ne faut pas le montrer et il faut prendre sur soi. Elle fait tout dans une recherche de beauté du geste. Le concept de souffrance elle ne connaît pas ; il existe, mais elle ne le montre pas. Je pense qu’on a dû et qu’on va encore souvent comparer « Mademoiselle C » à The September Issue. Selon toi, en quoi ces deux films sont différents ? Je n’ai pas bataillé pour le rendre différent de The September Issue. On a une histoire similaire, la fabrication d’un magazine. Après j’aime à penser

que son réalisateur, R.J. Cutler, a été très intelligent et a très bien filmé le pouvoir d’Anna Wintour, mais il s’est vite rendu compte que l’attraction qu’on pouvait avoir pour ce personnage froid et puissant, était lié de fascination, mais pas d’affection. Il fallait aimer un personnage dans le film pour s’y attacher et c’est comme ça qu’il a déplacé sa caméra sur Grace Coddington. Finalement, avec Carine j’ai un peu les deux. J’ai l’icône inaccessible et puissante et en même temps j’ai aussi la « Grace » en Carine car elle crée et est au cœur de son journal. Son métier, plus que celui d’Anna, est de continuer à faire des photos. Elles ont chacune leurs compétences. J’ai donc Anna et Grace à la fois en la seule personne de Carine Roitfeld. Mais du coup j’ai aussi filmé d’autres personnes qu’elle car elle n’a pas le temps de faire tous les shootings. Ces séquences n’ont pas trouvé leur place dans le film après parce qu’elles n’étaient pas nécessaires. On s’attache vraiment à Carine et on n’a pas besoin d’aller respirer ailleurs ! Ce documentaire n’est diffusé que dans deux cinémas seulement à Paris. Est-ce que tu es un peu déçu ? Pas du tout. Je suis même surpris. Au final c’est stratégique, car comme un documentaire c’est petit et il y a énormément de films en ce moment, du coup c’est plus facile de remplir une salle quand il est peu diffusé. Les exploitants ne prolongent pas un film s’il ne remplit pas une salle. Puis c’est un documentaire qui parle à une niche, celle de la mode. J’ai la chance d’avoir réussi à faire frétiller la niche, mais ça reste un petit groupe. Après j’espère que les gens qui n’aiment pas forcément la mode s’intéresseront au portrait de la femme que je présente, en dépassant les clichés. Carine est un anti-cliché ! Le film n’est pas un échec financier, c’est déjà extraordinaire. Après, le but c’est qu’il tienne sur la durée. A côté de cela, les retombées presse sont énormes et Mademoiselle C a même été projeté à La Maison Blanche. Comment vis-tu ce succès ? C’est totalement disproportionné par rapport à l’objet. Je fais un petit film et il est projeté à la Maison Blanche, et des films français qui le sont, il n’y en a pas énormément. C’est tellement fou que cela me fait vraiment marrer. Cela me passe totalement au dessus, c’est rigolo. Ca sert à me dire qu’après tout, il y a des gens qui ont de l’intérêt pour ce sujet et pour Carine. Cela me servira peut- être à me faire faire d’autres choses dans ma vie. 69


De toi à moi, Carine a l’air très sympathique dans ce documentaire, malgré son statut de prêtresse de la mode et son côté nonchalant que l’on pourrait lui trouver à priori. Tu as un peu enjolivé sa personnalité ou est-elle vraiment comme ça ? Les gens me disent ça, mais non ! Au début j’ai pensé qu’on aurait du drame, mais pas du tout. Carine bosse pour éviter cela comme je disais. Si un mannequin s’annule au dernier moment, dans l’heure elle est remplacée par une autre de même qualité. Je l’ai rencontré pour filmer sa présentation de la Vogue Fashion Night Out, cela devait être hyper rapide. Puis finalement on a fait la séquence et elle m’a gardé une heure dans son bureau, pour discuter de tout et de rien. Elle interroge toujours les personnes autour d’elle pour puiser l’énergie. Au bout de quelques minutes, quand j’ai remballé ma caméra elle m’a dit que cela devait être lourd et m’a demandé où j’allais ensuite. Comme c’était sur sa route, elle m’y a conduit avec son chauffeur privé alors que je n’étais que le simple caméraman, et pas un réalisateur ou journaliste important. Je ne vais pas la présenter comme le diable qu’elle n’est pas. Je ne dis pas que c’est un ange avec un quotidien tout rose et fleuri non plus. C’est Emmanuelle Alt qui a succédé à Carine en tant que rédactrice en chef du Vogue Paris. Que penses-tu de son travail pour ce support ? C’est compliqué et pas vraiment à moi de juger. Il y a une continuité et une différence. Elles étaient très complémentaires avec certaines aspirations similaires, mais aussi différentes cependant. Le Vogue d’aujourd’hui n’est pas celui de Carine. Aux autres de juger celui qui est le mieux, mais elles ont chacune leur personnalité. Il n’y a que très peu de programmes télévisés consacrés à la mode. Et au contraire, nous sommes envahis par des programmes en rapport avec la cuisine. Comment expliques-tu cela et penses-tu que la mode devrait être plus présente à la télévision ? La mode n’est pas assez présente en France, pas qu’à la télévision. C’est un sujet tabou ici ! Il rapport de l’argent sur un capitalisme éhonté qui fait flipper le Français moyen, à juste titre parfois, mais à tort car c’est une industrie flamboyante. C’est la première industrie d’exportation, c’est la première vitrine de la France dans le monde entier. C’est un monde fait de gens qui courent après un nouveau sac à main tous les trois mois, mais qui sont aussi polyglottes, parcourent le monde, ont vu des millions d’endroits et de cultures. Ce sont des gens au final très cultivés. 70

Il y a très peu de milieux socio-professionnels aussi ouverts d’esprit et intéressés aux autres. Il faut que la France change sa manière de voir la mode ! Sur les réseaux sociaux, on peut voir que tu as une certaine addiction à James Franco. Est-ce que tu veux qu’on en parle ? Cela fait partie des notes personnelles dans Mademoiselle C. Il me ressemble beaucoup, si on me connaît bien. Mais oui cela fait partie d’une fascination pour la pop-culture que j’ai et que j’assume. Cela part du même principe que j’aime les choses transversales. J’ai du respect pour des personnes venant d’univers totalement différents et je pense que le monde devrait être comme ça. Du coup j’ai une fascination pour James Franco parce qu’il est beau, malin et j’adore ce qu’il tente dans la transversalité. J’aime aussi que Miley Cyrus soit en train de péter les plombs en ce moment.


Et dans l’intimité, tu es plutôt porno chic ou romantique choc ? Porno choc (rires).

Est-ce que « Monsieur E » laissera tout filmer ? Même les jours où il a des cernes sous les yeux, même la danse à 7h du matin et ses auréoles sous les bras ? Il faut que Monsieur E me donne sa confiance totale pour ça.

Quels sont tes projets pour la suite ? De continuer de faire des vidéos dans la mode car j’aime ça et c’est un véritable laboratoire d’images. Sans doute de faire un autre documentaire long format mais qui prendra du temps et qui ne sera pas forcément sur la mode. Il y a aussi un premier projet de fiction qui est en train de s’écrire. Et pour finir, j’aimerais bien qu’on se donne rendez-vous dans quelques années pour un documentaire consacré à Pose Mag qu’on pourra appeler « Monsieur E », tu serais partant ?

Plus sérieusement, quels conseils pourraistu nous donner pour qu’on continue à développer notre support ? De continuer à le faire et de l’imposer en le mettant sous le nez des gens jusqu’à ce qu’ils veuillent bien le regarder. Propos recueillis par Enrique Lemercier Crédit photos : Pauline Darley

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ENQUÊTE APOLOGIE

D’UN BOUC-EMHIPSTER

Oui, j’aurais pu commencer cet article par une description caustique et pleine de lieux communs du hipster. Des vannes sur les chemises à carreaux, les lunettes rondes et la barbe, sur la minimale allemande, le synthé, voire sur le quinoa, histoire d’aller plus loin dans les amalgames. C’eût été si drôle, nous aurions tous pu pointer du doigt nos contemporains, nous moquer d’eux parce qu’ils « faisaient des trucs avant qu’ils ne soient cools ». Loin de moi l’envie de me sacrifier sur l’autel du lol facile. Mon lectorat - parce que j’ai décidé que maintenant que j’étais au chômage et qu’écrire pour Pose Mag était ma seule activité, j’avais un « lectorat » - mon lectorat, disais-je, vaut mieux que ça. D’une part, ma description, en plus d’être déjà vue et insipide, serait erronée. D’autre part, une telle démarche irait à l’encontre du message que je souhaite faire passer. Ayant, contre toute attente, conservé quelques neurones (alors que j’ai mangé deux fois devant Jean-Luc Reichman chez ma grand-mère cette semaine) j’ai décidé de ne pas sombrer dans la facilité du bon mot au détriment du propos.

certain manque de nuance dans le jugement de cette culture alternative. Il écrit : « There were no neutral words in this vocabulary; it was put up or shut up, a purely polemical language in which every word had a job of evaluation as well as designation. These evaluations were absolute; the hipster banished all comparatives, qualifiers, and other syntactical uncertainties. Everything was dichotomously solid, gone, out of this world, or nowhere, sad, beat, a drag. ». 3. Mais la démocratisation du Jazz aura raison des original hipsters, première expérience de la mainstreamisation d’une culture qui se voulait hermétique. Le terme réapparaît furtivement en 1960, grâce à l’écrivain et moraliste anarchiste américain Paul Goodman. Dans son Growing Up Absurd, pavé sociologique qui aurait, selon certain, posé les bases d’une nouvelle gauche aux Etats-Unis, il est fait référence au hipster comme « cette personne, très valorisée par le système [qui] se persuade qu’elle est cool, qu’elle sait y faire, tout en masquant un sentiment intime de ne pas du tout savoir au fond, car ne l’ayant jamais testé ».

L’ancien Testament hipster Déclinaison du wolof « hepi » ou « hipi », qui signifie « ouvrir les yeux » ou « prendre conscience », les locutions « hep » ou « hip » signifiaient « être bien informé » ou « être à jour » 1. Pour vous la faire courte, aux débuts du Jazz, les musiciens et ceux qui gravitaient dans ce milieu utilisaient le terme « hep » pour se désigner, entre vrais reconnaissent vrais. Ils furent bientôt surnommés les « hepcats ». À mesure que le Jazz remplaçait le Swing, le « hep » est devenu le « hip » et les « hepcats » des « hipsters » 2. Vous suivez ? Dans les années 1940, déjà, les hipsters avaient le swag. Dans A Portrait of the Hipster, publié en 1948 dans Partisan Review, Anatole Broyard développe une analyse historique de l’évolution du hipster des années 40, où il met déjà en exergue un 72

4. « Cool », l’adjectif est lancé. Hip, hype, branché, avant-gardiste, … Dès l’origine, les hipsters ont tout misé sur l’anticipation. Mais entre 1940 et 1960, le hipster est devenu blanc. Il semble qu’il ait perdu en profondeur et en sincérité pour se muer en simple poseur avant de sombrer dans l’oubli au profit du bon million de satellites de contre-cultures émergeant en réponse aux bouleversements sociétaux qui ont agité le monde entre les années 1970 et 1990. Putain de Guerre froide… Redécouverte et expansion du phénomène : 1990-2000 Fin des années 1980, début 1990, quelque part dans Williamsburg, des artistes un peu crappy parce que plus ou moins fauchés, envahissent la place. Les médias US les appellent encore les Bohemians.


Alors que la génération X a achevé d’uniformiser les goûts et les couleurs occidentaux, le hipster nouveau cherche ailleurs ses références, répugnant la mass culture MTV qui l’a pourtant biberonné. Erigeant l’underground en nouveau dogme, il part en quête, dans le passé, des codes qui lui permettront d’afficher le dédain qu’il porte à la société aseptisée qu’on lui sert sur un plateau d’argent. Ce citadin par excellence va alors annexer une à une les grandes capitales et faire de Berlin sa Mecque. L’effervescence arty consécutive à la chute du Mur et les stigmates de Berlin Est le séduisent plus sûrement qu’un Polaroïd vintage dans un vide grenier du 10ème. Le phénomène se répand à une vitesse exponentielle et des sous-catégories voient le jour. Blanc, vert, hip-hop, folk, chaque culture a son pan hipsterisant. Un ascension fulgurante qui crispe. Le sacrifice hipster : 2010’s L’agacement de la planète Terre toute entière débute par la vulgarisation du terme lui-même. On nous sert du hipster à toutes les sauces. Les médias les ont en horreur. Le hipster est devenu un « sociotype fourre-tout »

5. L’approximation méthodologique des journalistes désabusés élargit tellement la notion qu’à peu près n’importe quel individu âgé de 18 à 35 ans est passible de se rendre coupable du crime suprême de lèse-majesté. Les articles prophétiques annonçant la fin du phénomène se multiplient et leurs auteurs sont confortés dans leur démarche par les internautes (a.k.a leur source d’inspiration, la presse ne semblant plus se donner la peine de stimuler quoi que ce soit) qui dégomment du hipster avec la même frénésie masturbatoire que l’adolescent découvrant les tubes. Plus vraiment nouveaux, en phase de désintégration, les braves gens semblent s’être lassés de ces sympathiques petits jeunes et le couplet anti-mainstream est devenu old. Le hipster bashing devient le sport international à la mode. Les vidéos Fuck you hipsters, Being a dickhead’s cool cartonnent, Tumblr et Facebook regorgent de pages incitant à la haine ou tournant en ridicule des archétypes hipsteriens (Hipster or hobo ?, Look at this fucking hispter, Die hispter), bafouant ainsi au passage quelques conventions internationales sur les droits de l’Homme.

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Il faut bien avouer qu’à mesure qu’elle se répandait, la tendance hispter se vidait progressivement de sa substance pour ne donner naissance qu’à des caricatures de caricature (des meta caricatures ?). Les adeptes les plus récents, à force d’appropriation maladroite et d’éloignement progressif des centres névralgiques d’une certaine culture hype, ont fini par symboliser l’exaltation d’un culte du vide. Autant le hipster de Williamsburg est risible en ce qu’il va trop loin dans son délire anti-conformiste, autant celui de Poitou-Charentes manque de crédibilité. Rien ne pourra trouver grâce aux yeux de la sacro-sainte opinion publique, si ce n’est l’émergence d’un nouveau courant alternatif à tourner en ridicule. Et encore, la notion a réussi à s’ancrer si profondément dans l’inconscient collectif que n’importe quelle nouveauté sociologique prend le risque aujourd’hui de se faire taxer d’hipster. Outre les dommages que l’autre ennemi à moustache a fait subir à la culture, celui-ci semble également avoir ouvert une plaie économique béante. En témoignent les analyses socio urbanistiques sur la gentrification et ses méfaits. Le hispter a fait popper de la bulle immobilière, le bât’s ! En choyant les bas-fonds urbains et en y migrant en masse, il a contribué à chasser le brave détenteur de la couverture maladie universelle de ses quartiers généraux, contribué à l’explosion de l’épicerie bio et équitable au détriment du gentil monsieur qui vendait des produits à la date de péremption dépassée et ce bon vieux PMU de tier-quar a été laissé dans son jus… Mais les nouveaux proprios ont ajusté le prix de la pinte à la hausse proportionnellement à la baisse de qualité de la bière contenue dans les tireuses.

Parallèlement à cela, il est devenu über-chic de se moquer du hipster. Ils sont désormais tellement nombreux que la volonté de s’en démarquer en les raillant est le nouveau combat social à la mode. Et le serpent se mordit la queue et les hipsters, face à tant d’ironie, rirent très fort. Le hipster post 2010 est tellement protéiforme qu’il a réussi à infiltrer toutes les strates de la société, ou presque. Alors, bien entendu, au même titre que la petite caille de Levallois-Perret n’effraiera jamais le real gangsta d’Uckange (rappelons que le 5-7 est sur le trône du lascar game, dans mon cœur), le hipster berlinois qui fabrique des lampes avec des bouteilles de Gerolsteiner gazeuse ne peut pas vraiment être comparé à la collégienne niçoise qui vient d’acquérir son premier headband. Le fait est qu’ils sont partout. Le hipster est même devenu un meme dans le meme, comme un gros doigt à tout l’univers. Et moi, je l’aime. Marine Revel Crédit photos : Matthieu Dortomb Modèle : Guillaume@Studio KLRP Illustration par Marygribouille

La fin du hipster annoncée en 2010 par Mark Grief a certes été amorcée, oui, mais… Un Empire indéclinable ? Sitôt qu’American Apparel a émis des signes de perte de vitesse, de fins analystes ont sonné l’hallali (Meignan) du hipster : la disgrâce sociale s’accompagnait enfin de chiffres. Mais force est de constater qu’en 2013, il n’en est rien. American Apparel a remonté la pente et plus personne n’achète de lunettes Attol, à part M. Pokora.

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TEMOIGNAGE LE JOUR OÙ LE SYSTÈME M’A DÉVORÉE

Ça nous est tous passé par la tête une fois, cette envie viscérale de crier « fuck off » en open space, en plein coup de stress, de prendre son sac, d’envoyer une photo de soi faisant le fameux doigt à son PDG comme lettre de démission. Ce point de non-retour où la pression n’est plus gérable. On a même inventé une pseudo expression pour définir cet état de l’actif devenu hyper actif : burn-out. L’expression est laide, on le sait et l’état de burn-out l’est aussi. Alors, késako que le burn-out, le vrai ? C’est ce moment où ton travail qui te plaisait et te passionnait est devenu synonyme de torture. On a tous des moments où l’idée de rester au lit est plus séduisante que d’aller affronter les transports (amis parisiens, je vous salue) et le regard du n+1 quand on est en retard. Oui, mais ça, c’est pas un burn-out, c’est une flemme passagère. Non, le burn-out c’est violent, ça te fait te mettre dans des états impossibles, mêlant la fatigue physique et surtout nerveuse. Ta nuit de sommeil ne te repose pas, tu ne gères plus le stress au quotidien, planifier une réunion devient un casse-tête chinois, tu as des sautes d’humeur à la limite de la bipolarité, ton corps ne suit plus, tu t’obliges pendant des mois à y aller, parce qu’il faut, parce que c’est ce qu’on t’a appris, plus les matins passent, plus il est difficile de te convaincre qu’il faut y aller, tu n’as tout simplement plus envie. Et puis un jour, le corps accélère les signes, tu grossis alors que tu t’affames ou à l’inverse tu maigris alors que tu manges comme Shrek, ton cerveau se met en veille, en mode robot, tu fais les choses par automatisme, sans réfléchir, et pourtant faire toutes les choses du quotidien te demande plus d’effort que de faire le marathon de New York. C’est comme si ton cerveau te mettait sous le nez les signes qu’il faut que ça s’arrête. Oui mais alors, comment on fait une fois qu’on sait ? et bien on prend le fameux train du recul. Oui, ce petit train plus difficile à chopper qu’un TGV. On se met en retrait, on cherche de l’aide, parce qu’il faut être aidé 76


dans ces cas-là, et il faut savoir que ce n’est pas toi, en tant que personne, qui est en cause ou en tort. Il ne faut pas culpabiliser, il faut s’en remettre à ceux qui savent, à ceux qui tendent la main. Et donc on apprend à prendre le train du recul, et on observe, ce que l’on a accompli, ce (ou ceux) qu’on a aimé, ce qu’on veut, ce qu’on ne veut plus. Ce moment de repos nécessaire est là pour faire le point, et se remettre d’équerre. Parce que clairement, c’est un incident de la vie active qu’on sous-estime tous. Moi la première, avant que ça ne m’arrive, au point que l’idée de me foutre sous le métro devienne plus séduisante que d’affronter la journée, et que je comprenne que quelque chose ne tournait plus rond et que j’en étais arrivée à un point de non retour. Et après ? Après on construit, et non pas on reconstruit. Personnellement, je n’ai pas encore changé de travail, la « conjoncture » (que de mots horribles décidément) n’est pas des plus favorables. J’ai changé ma façon de voir les choses. J’ai changé mes priorités, mon travail passe de plus en plus après mes envies, mes coups de cœur. Ce n’est plus mon travail qui me guide, c’est moi. Je pense sincèrement que les craintes sociales et les maux qu’elles engendrent, telle que le stress, la compétitivité, le toujours plus, plus loin, plus fort, nous déshumanise. On a tous des faiblesses, acceptons-les. Et comme disait ma grand-mère (décidément quelle sage !) « On travaille pour vivre, on ne vit pas pour travailler ! ». A.

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JULIEN DORÉ

PHOTOGRAPHE : MATTHIEU DORTOMB MAKE-UP : MADEMOISELLE MU HAIR : BRIGITTE MEIRINHO STYLISME : CÉCILE REAUBOURG (TROUVAILLES CHICS) RÉALISATION : ENRIQUE LEMERCIER 78


Pull H&M, jean vintage 79


Veste 80

en cuir et jean vintage, collier et pendentif skull Rock Star chez Espace Kiliwatch, bague Corpus Christi


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Chemise AMI, bague Corpus Christi 83


Chemise H&M, bague Corpus Christi 84


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Costume La ComĂŠdie Humaine, chemise Commune de Paris, bague Corpus Christi


Veste en cuir et jean vintage, collier et pendentif skull Rock Star chez Espace Kiliwatch, bague Corpus Christi, chaussures Philippe Zorzetto 87


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Gilet Eleven Paris, bagues Corpus Christi, chaine longue Rock Star chez Espace Kiliwatch

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Manteau Commune de Paris, dĂŠbardeur et jean vintage, chaussures Philippe Zorzetto

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INTERVIEW JULIEN DORÉ Jamais deux sans trois. Avec la sortie de son troisième opus, Julien Doré nous prouve définitivement que l’on peut être issu d’un télécrochet et avoir une vraie légitimité en tant qu’artiste musical. Déjà séduits par le premier single, «Paris-Seychelles», l’écoute de ce nouvel album n’a fait que confirmer notre coup de cœur pour ce chanteur. Et c’est lors d’un après-midi d’octobre que nous avons appris à connaître l’homme au travers d’une séance photo et d’une interview. Un homme à l’image de l’artiste : déterminé, sincère, simple et profond à la fois et véritablement animé par la musique.

Tu as écrit, pour la première fois, la quasi totalité des chansons de ton nouvel album, intitulé « Løve ». Comment t’est venue l’inspiration ? J’avais commencé à écrire sur les deux premiers albums et là, j’avais envie que toutes les chansons soient liées les unes aux autres au travers de l’histoire d’amour que je décris dans cet album. Je voulais que cela soit mes mots. Est-ce que du coup, tu appréhendes plus la sortie de cet album ? Non, justement, c’est plutôt l’inverse. J’ai écrit cet album, je l’ai pensé, des premiers mots jusqu’à la pochette... Tout cela fait que je suis très heureux de ce disque, du son, de la façon dont il sonne, du groove qu’il y a dans les chansons, de la façon dont elles évoluent... Et ce titre « Løve », il t’est venu comment ? Le titre « Løve » avec le « ø », c’est un mot danois qui veut dire lion. C’est d’abord le mot « love », qui signifie amour en anglais, qui m’avait marqué dans l’idée qu’une des lettres soit barrée dans ce mot qu’on connait tous, comme s’il y avait une légère faille dans le mot amour. C’est ce que raconte le disque. Dans le clip, « Paris-Seychelles », tu apparais avec des lionceaux et on retrouve un lion sur la pochette de ton album. On t’avait déjà vu avec un bichon, avec des poules et des chiens dans le clip « Les limites ». Pourquoi ce choix ? Estce une envie secrète de devenir la nouvelle Brigitte Bardot au masculin ?

C’est lié à ma vraie passion pour les animaux, mais qui n’est pas une passion hystérique. La façon dont je les utilise dans mes clips et dont je m’en inspire, c’est parce que j’admets, en tant qu’humain, être un animal moi-même. C’est ancré en moi, dans ma façon d’être, de penser, d’agir par rapport à l’instinct et d’utiliser la partie de mon cerveau la plus active qui est le cerveau reptilien, qui est la chose la plus ancestrale en nous. C’est prouvé scientifiquement que nous sommes tous des animaux, ce n’est pas juste une pensée poétique. Pour le choix du premier single, est-ce que « Paris-Seychelles » t’est tout de suite apparu évident ? Oui, car je trouve que cette chanson, de part son texte et la musique, raconte l’histoire du disque. Il y a beaucoup de noms de villes dans ce disque, c’est à la fois un voyage intérieur et un voyage que j’offre, à travers mes mots, avec l’idée de voyager aussi à travers une histoire d’amour qui ne m’appartient pas. Cette chanson-là, dans le texte que j’ai écrit, il y a quelque chose de très simple et j’aime cette forme. La musique met en valeur cette idée de voyage. Ton entourage professionnel est très masculin et tu vis d’ailleurs en colocation avec le batteur de ton premier groupe. Est-ce une coïncidence ou bien est-ce que c’est un côté grand ado qui ne veut pas vieillir et qui a envie de faire la fête avec ses potes ? Le fait que je sois entouré de mes grands potes, c’est parce qu’artistiquement, ce sont des mecs qui font des choses que je respecte, j’aime 93


Je lui ai proposé, elle a accepté et a même écrit un couplet en anglais. Il y a également un duo avec Brigitte. Ce n’était pas trop dur de te faire une place parmi ce duo de femmes à fortes têtes ? Non, c’est plutôt l’inverse, c’était l’idée de ma voix basse dans le duo Brigitte et d’être entouré de ces deux artistes que j’aime beaucoup. J’avais envie d’être au centre de cette histoire que je raconte. Le titre avec Micky Green, « Chou Wasabi », ainsi que « Hôtel Thérèse » et ton premier single « Paris-Seychelles » sont dansants. Estce qu’on pourrait imaginer un jour un virage musical vers des morceaux plus « punchy », voire électro ou autre ? Oui, là toutes les sonorités dans la façon de produire le disque sont proches de sons dans le domaine du hip-hop. On a beaucoup écouté Franck Ocean, Kendrick Lamar... Il y a des textes qui pourraient aussi bien être parlés que chantés et disons donc que les influences de production sont plus proches du hip-hop américain que de l’electro. Si tu ne devais garder qu’un titre de cet album, lequel ce serait ? Et pourquoi ?

énormément travailler avec eux car cela me donne de la confiance. On est un groupe assez soudé, on travaille ensemble sur scène, en studio. Cette idée de « groupe », je ne l’ai pas forcément vécue quand j’étais enfant car j’étais plutôt solitaire donc je pense que c’est quelque chose que j’aime oui. J’aime être entouré de mes gars ! On retrouve tout de même une présence féminine dans le duo avec la chanteuse Micky Green. Comment est née cette collaboration ? Oui, cette présence féminine on la retrouve avec des personnes avec lesquelles je partage des choses plus artistiques, mais dans la partie technique, j’aime être avec mes potes. A côté de cela, les filles sont toujours présentes. Je n’ai d’ailleurs jamais fait de duo avec un homme. Cette chanson, «Chou Wasabi», je l’ai écrite en pensant à un duo et j’avais vraiment envie de chanter avec Micky. On se connaissait déjà mais on n’avait jamais chanté ensemble. 94

J’aime profondément cet album, donc j’aime tous les titres que j’ai choisi de mettre dedans. J’ai envie de toutes les chanter sur scène, j’ai envie qu’elles existent. Après, dans leur histoire, il y en a qui ont un sens plus ancré dans mon ventre. Je pense à «Corbeau blanc», l’avant-dernière du disque, qui est un texte que j’ai écrit très vite, très simplement. Ce sont mes mots dans ce qu’ils ont de plus simples et de plus abstraits. C’est comme cela que j’aime écrire, quand j’y arrive. Si je devais garder un texte avec moi pour le lire, le raconter, ce serait celui-là. Tu nous fais voyager avec ta musique, en évoquant souvent différents pays dans tes chansons. Si tu devais quitter Paris un jour, quelle destination choisirais-tu ? Le Sud de la France. Je me rends compte qu’en ayant enregistré ce disque dans le sud, en étant enfermé entre nous, avec des animaux justement, le soleil... Je trouve que ça se ressent beaucoup dans les sonorités. Ce soleil m’aide à ouvrir les choses les plus sincères, les plus pures pour écrire les choses que je souhaite, pour les jouer, les chanter au mieux. 


Une vidéo avec un cover de ton nouveau single a été postée dernièrement sur ta page Facebook. Qu’est-ce que tu ressens quand tu vois que des personnes reprennent tes chansons ? C’est la première fois que je poste cela. Hier soir, je suis tombé là-dessus, sur ce gamin qui fait un morceau avec une honnêteté, des imperfections mais c’est cela qui rend le truc très touchant. Cela m’est arrivé aussi de rire de parodies, mes clips sont faits pour cela. Quand je pense à un clip, je ne l’intellectualise pas. Le clip des Limites, j’étais inspiré de Gainsbourg et d’une archive d’émission télé que j’avais vue et je savais qu’il y avait des gamins qui allaient s’amuser à refaire cela avec le couteau et à danser... Et moi, c’est uniquement cela qui me touche comme retour. Je n’ai pas besoin qu’on y voit les sens pseudo intellectualisés qu’on peut parfois greffer à ce que je fais, parce que c’est l’inverse. J’agis sur une image qui me vient, c’est très instinctif, il n’y a jamais 12000 degrés de réflexion. Mais à partir du moment où on a les cheveux longs et des tatouages, qu’on danse, on paraît bizarre aux yeux de tout le monde. Ce que j’aime, c’est que les enfants n’ont jamais ces réflexes de se dire «tiens, là il y a de la bizarrerie donc il doit se foutre de notre gueule». Quel rapport entretiens-tu avec les réseaux sociaux ? C’est donc toi qui gère directement ta page Facebook ?

L’interview est quasi terminé et je me rends compte que j’ai complètement oublié de parler de La Nouvelle Star. Tu ne m’en veux pas ? Non mais tu sais, c’est ce qui a changé ma vie. J’ai adoré faire cette émission, j’étais libre, on m’a laissé faire ce que je voulais, je n’étais pas filmé en permanence, on me permettait juste d’avoir un rendez-vous le mercredi ou le jeudi soir où j’allais chanter devant les gens. J’ai fait mes propres interprétations des morceaux, on m’a laissé faire. Cela m’a ouvert les yeux sur moi-même, sur mes possibilités, sur les choses sur lesquelles je devais travailler pour ensuite me débrouiller seul. Je suis prêt à en parler pendant des heures. Jamais je ne renierai ce moment-là. Cela a existé, c’est toujours en moi, ça a créé un déclic très important. Un dernier mot (ou rugissement) pour nos lecteurs ? Que je suis fou amoureux de ce disque et que j’espère qu’il sera entendu, écouté, qu’il ne m’appartiendra plus à un moment donné et que je pourrai le faire revivre sur scène en février.

Propos recueillis par Enrique Lemercier

J’essaie de reprendre en main cette communication qui est importante, qui n’est pas la même que celle que je peux vivre sur scène après un an et demi de tournée, où je vois les gens dans les yeux... Mais c’est une sphère, une couche qui permet aussi d’avoir accès à tout cela et qui permet très simplement de poster des choses que j’aime, que j’ai envie de partager. Je me l’approprie, j’essaie d’être de moins en moins sauvage avec cela. L’album sortira le 28 octobre. Quels sont tes autres projets jusqu’à la fin de l’année ? Beaucoup de promo, du live, je commence à écrire mon spectacle que l’on va commencer en janvier et la tournée qui débutera en février. Avant cela, je travaille sur une musique de film et sans doute sur la réalisation d’un clip pour un autre artiste. Ensuite il y aura l’écriture et la réalisation de mon prochain clip.

L’album «  Løve  » de Julien Doré est disponible depuis le 28 octobre

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CHRONIQUE LA MALÉDICTION DU CONCERT...

Oui bon je dis «la» mais en fait, je vais être honnête, il s’agit de plusieurs malédictions... Vous ne voyez certainement pas où je veux en venir mais ces dernières années, j’ai eu la chance d’assister à pas mal de concerts : Woodkid, Lilly Wood and the Pricks, Puggy, Brigitte, Johnny (ouais, je sais...), les Pink Floyd (ouais Roger Waters tout seul mais Pink Floyd quand même), je ne vous embête pas avec les noms des groupes obscurs dans lesquels certains de mes amis jouent parce que je suis sympa. Bref j’ai assisté à beaucoup de concerts. Et grâce à cela, j’ai pu me rendre compte d’une chose : j’ai la grosse poisse quand je suis à un concert.

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Ne me demandez pas pourquoi, je n’en sais rien du tout. Au début je me disais : «Non, tu délires, c’est pas possible, ça doit arriver à des tas de gens» (et ça vous arrive certainement, je n’en doute pas) mais au bout d’un moment mon mec m’a dit : «C’est vraiment bizarre mais ce genre de choses ça n’arrive qu’avec toi...». Ouiiiiiiii je sais, je ne vous ai toujours pas dit quelle était ma malédiction des concerts... Allez, je me lance comme si j’étais au milieu d’un groupe de soutien : Je suis un aimant à boulets ! S’il y a un mec ivre mort, un mec sous amphétamine, un pro du air guitare qui vous assomme d’un coup de coude dans le nez, un dépressif, un fan tellement fan qu’il hurle toutes les deux secondes «Whou, j’te kiffe trop», un fan tellement fan qu’il chante (faux) toutes les chansons du répertoire (même la chanson du rappel totalement improvisée, il la connaît) et bien il est pour moi. Il se trouve dans un périmètre de 5cm atour de ma personne et il ne se décollera pas une seule seconde. Et s’il y a un passage (en gros cet espèce de flot ininterrompu dans lequel les gens qui ont envie de bouger s’engouffrent pour aller d’un endroit à l’autre du concert) je suis PILE dedans et je me fais bousculer par la salle entière qui me répète sans cesse : «Pardon, pardon, pardon…». Dernièrement, j’étais au Stade de France (niveau places, logiquement, on est large) dans le carré or (c’est pas pour me la raconter que je vous raconte ça, mais c’est pour vous prouver que j’avais de la place autour de moi) donc j’étais bien, à l’aise, tranquille, easy, flex. Alors forcément, consciente de mon «handicap», je scrute qui pourrait venir ternir ce moment, je m’éloigne de celui qui boit trop de bière, de celui qui est déjà en pleurs avant même d’avoir vu son groupe préféré... Et me voilà proche d’un groupe de jeunes gens fort sympathiques, on discute, on rigole, je me détends, quand tout à coup, l’un d’entre eux me propose des «méta-amphétamines» que je décline en disant «Non, pas ce soir, je ne suis pas dans le mood», alors que j’avais plutôt envie de dire : « Mais tu es malade, jamais je prendrai ça, je pourrais mourir, je suis une grosse flipette... ». C’est là que j’aurais dû partir... Mais non ils me semblaient sympas... Sauf que non ! Quand le concert a commencé ils se sont mis à hurler, à se prendre dans les bras, à se raconter leurs vies, à se prendre la tête avec tout le monde, bref ils m’ont ruiné le début du concert. Au bout d’un moment je prends mon courage à deux mains et je leur demande de baisser d’un ton ou de bouger s’ils veulent continuer leur show.

Ils s’emballent mais ils partent quand même en insultant la terre entière. Vous pensiez que c’était fini ? Mais non, ce serait trop simple. Après le départ de nos «amis», un jeune homme se place devant moi, pas trop grand, parfait. Sauf que deux minutes après, ce dernier se met à me faire une démo de air guitare endiablé, tellement enjoué qu’il me met un coup de coude dans le ventre, aucune excuse, j’ai envie de l’assassiner. Il ne s’arrête qu’à la fin du rappel et repart comme il était arrivé, tranquille. Et ce n’est qu’un échantillon de tous les concerts auxquels j’ai pu assister. Lors du concert de Brigitte, une petite fille s’est collée à moi, comme si on était les meilleurs amies du monde ! Au début j’ai trouvé ça mignon mais au bout de quelques chansons, j’avais envie de profiter de mes copines, sauf que la demoiselle ne l’entendait pas de cette oreille et m’a carrément agrippé ! Vous auriez fait quoi à ma place? Un bon kick face et on en parle plus ? Bah non, vous êtes gentille et vous faites bonne figure... Au concert de Woodkid, j’ai eu une hystérique qui me hurlait dans les oreilles à chaque fois qu’il ouvrait la bouche (en plus c’est Woodkid, c’est pas ACDC...). Pour Lilly Wood and the Pricks, j’ai eu beau changer cinq fois de place, j’étais toujours dans le passage avec la foule qui m’engueulait parce que je ne les laissais pas passer... Je passe sur le couple qui était quasi en train de faire l’amour devant moi, la fille en transe qui se couchait littéralement sur moi, la bonne mère de famille qui vit son rêve en voyant son chanteur préféré et oublie complètement qu’elle est venue avec ses enfants qui se mettent à paniquer lorsqu’elle les quitte pour aller devant la scène (et je n’ai même pas eu 2 euros pour ma séance de baby sitting improvisée !). Enfin voilà, j’ai eu beau parler de ce syndrome de la loose en concert à plein de monde, personne n’a eu l’air de vivre les mêmes expériences que moi. Alors je fais quoi moi maintenant ? Je ne m’aventure plus dans les concerts ? J’y vais avec une batte ? J’insulte tout le monde ? Je ne sais pas... Vous qui me lisez, si vous vous sentez concernés par mes propos, n’hésitez pas à me contacter pour créer un groupe de la loose, on ira voir des concerts ensemble. Non ? Vous ne voulez pas ? Allez, soyez sympas ! Marie Parent

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POSE UN DRINK VERRE AVEC

LOUISE DESCHAMPS WALLON par Antoine Bertoni

M’inscrivant dans une ligne éditoriale dite « géniale » et me donnant corps et âmes, je me devais d’interviewer Louise Deschamps Wallon quelques minutes avant son enregistrement bagages. Cette dernière ayant pris la décision, il y a de ça quelques mois, de fuir la vie parisienne au bénéfice d’une vie los angelessoise. Je n’ai donc eu que très peu de temps pour vous faire découvrir cette artiste de talent avant son départ vers un ailleurs sans polaire. Ce que j’aime chez Louise, c’est le regard qu’elle porte sur les gens et les choses. Il y a toujours ce je ne sais quoi de bienveillant, de considération et de mise en lumière des gens qui l’entourent. C’est ce regard qui transparaît pleinement dans son travail de comédienne, de metteur en scène et d’écrivain. L’univers du théâtre n’étant jamais loin de son parcours, son dernier livre « Avant le Spectacle » paraît ces jours-ci. Elle y sublime l’atmosphère des coulisses, ce lieu ayant pour vocation première de tituber entre fiction et réalité. Vous souriez, vous êtes déjà ailleurs. A titre préliminaire, peux-tu nous confirmer que ton déménagement n’a rien à voir avec la mise au point du plus grand tableau excel concernant la population dite « hippie bio hipster vintage » de Silver Lake - Los Angeles ? J’adhère totalement au mode de vie des habitants de Silver Lake ou Los Feliz à Los Angeles ! Mais ce qui m’a séduit le plus c’est la beauté des ciels, la lumière et la végétation sauvage. Marion Cotillard aux Oscars 2008 a affirmé « Thank you life. Thank you love. It’s true there are some angels in this city ». A ce titre, pensestu écouter Robin Williams dans l’avion ? J’ai deux anges gardiens en Californie qui veillent sur moi ! Dans mes écouteurs, il y aura Aufgang ou Schubert. Et mon regard vacillera entre les dessins animés de mon fils Michka et l’écran de mon mari qui profite du voyage pour regarder les films ratés au cinéma: autant dire les daubes, car Simon va tout voir. Tout ça en buvant des canettes de bière, seul moyen que j’ai trouvé pour être relax dans l’avion !

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Ton nouveau livre « Avant le Spectacle » est sorti en librairie le 4 octobre. Quelle a été l’impulsion de ce recueil photographique dédié à ton enfance en plein coeur des théâtres ? J’étais en pleine tournée d’un Tartuffe dans lequel j’interprétais Marianne. Je me sentais plus proche des accessoires, des costumes et des coulisses que de la troupe et de l’univers du metteur en scène.


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D’où l’idée de rendre hommage à tous ces «amis invisibles», ces bouts de tissus et accessoires de théâtre qui m’accompagnent depuis ma naissance. J’ai hérité du «culte de l’objet « de ma mère, Macha Makeïeff.  J’ai voulu faire un livre sensoriel à l’échelle d’une Alice au pays des merveilles, qui rôde dans les coulisses de tous les théâtres. A ce titre, tu publies des photos mais tu utilises Instagram depuis peu, what the fuck ? J’utilise Instagram depuis peu et surtout depuis que je suis à LA pour partager d’une façon fréquente et ludique avec mes amis de Paris: ma tribu !

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L’adrénaline et le trac de ceux qui font les spectacles font partie de ma personnalité. Bref , je hais la tranquillité. Suite à ton interprétation magistrale du rôle de Marianne dans Tartuffe cette année et au regard de ton absence d’ambition en matière de télé-réalité, où et comment envisages-tu ta carrière de comédienne ? J’ai toujours travaillé en tant que comédienne avec des gens que j’admire humainement. Si je n’ai pas une confiance totale envers le metteur en scène, c’est compliqué ! J’ai appris à jouer avec mes parents qui sont très exigeants, j’ai toujours mêlé travail et affection.

Blague à part, ce qui transparaît à travers ces photos c’est la sublimation de l’imperfection mêlée au temps qui passe inlassablement. Ce recueil me semble faire écho à ton précédent livre « Au fond de la classe » dans lequel tu exprimais l’impossibilité d’enfermer l’enfance dans un cadre rigide imposée par des normes d’adulte. Qu’imaginais-tu du théâtre à cette période là ?

Aujourd’hui mon metteur en scène préféré c’est mon mari. Au cinéma, il a réalisé un film pour Michel Piccoli et moi; c’était un pur bonheur. 

Oui j’aime valoriser l’imperfection. C’est ce qui me touche le plus. Esthétiquement et chez les gens : une paire d’escarpins rouges couverts de poussière m’émeut, comme l’asymétrie des sourcils de mon mari. Enfant, vivre dans le théâtre et donc dans la fiction, c’était normal. Le reste l’était moins ! L’école m’a toujours profondément ennuyé. Je n’aimais et n’aime que les adultes qui s’amusent. Mes parents m’on transmis l’idée qu’avec trois bouts de ficelle et une petite lumière, on peut tout raconter. C’est là la vraie liberté. J’ai une admiration infinie pour les gens qui sont «avant le spectacle»: les techniciens, maquettistes, costumières et maquilleuses... Ne pas les montrer dans mes photos les évoquent d’autant plus.  Aujourd’hui quand je suis dans le public en tant que spectatrice, je n’arrive pas à me détendre:  je connais trop l’enjeu qui se cache derrière la scène. Dans les beaux sièges en velours rouge, je ne suis pas à ma place !

Pour éviter de finir larmoyants et nus sur un carrelage froid de salle de bains, peux-tu nous faire quelques confidences sur tes futurs projets ?

Si je te dis que tu vas carrément nous manquer, tu me crois ? Vous allez me manquer aussi mais, sans le savoir, vous partez avec moi. Vous: les gens que j’aime, je vous ai absorbé !

J’ai des projets de livres, et de films que je vais réaliser. Pour la comédie, je souhaite travailler avec Jean Bellorini: un metteur en scène de théâtre qui vient de monter pour les Ateliers Berthier La Bonne Âme du Se-Tchouan, à ne pas rater en décembre, c’est une merveille ! J’ai aussi un projet de film avec ma copine Judith Godrèche. Je vais aussi tourner à Chicago dans le polar de mon amoureux.


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MICKY GREEN EMILIE GASSIN PHOTOGRAPHE : PAULINE DARLEY ASSISTANTE : LARA GUFFROY MAKE-UP : MADEMOISELLE MU HAIR : FELIX PUGET STYLISME : TATIANA DUMABIN ASSISTANT : MARVIN LATOURNALD RÉALISATION : ENRIQUE LEMERCIER LIEU : LE CAFÉ FRANÇAIS À PARIS

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INTERVIEW MICKY GREEN

ET EMILIE GASSIN

Micky Green et Emilie Gassin sont unies par la même passion : la musique. Mais ce n’est pas leur seul point commun. Elles sont en effet toutes les deux australiennes et ont décidé de quitter leur pays natal pour venir s’installer à Paris. En pleine promo de son troisième album pour Micky Green et de son nouvel EP pour Emilie Gassin, nous leur avons proposé une interview croisée afin d’en savoir plus sur elles, de connaître les raisons qui les ont poussé à venir vivre en France et pour qu’elles nous parlent de leurs nouveaux projets musicaux.

Auteures, compositrices, chanteuses, Australiennes vivant en France. Quels sont vos autres points communs ? Vous êtes sur le même label mais vous connaissez-vous ?

la routine. Je me sentais un peu coincée à Melbourne, alors je suis revenue à Paris il y a quatre ans maintenant. L’Australie ne vous manque pas trop ?

Emilie : Non, en fait c’est la première fois qu’on se rencontre ! Je ne sais pas si on a d’autres points communs. Mickey tu es de Sydney et moi de Melbourne, donc nous ne sommes pas de la même région.. Micky : Nous nous sommes sans doute ennuyées en Australie toutes les deux, c’est ce qui nous a poussé à voyager ! Qu’est-ce qui vous a décidé à venir vous installer en France ? Micky : Cela fait presque dix ans que je suis ici, au début je suis arrivée à Paris pour mon métier de mannequin et puis je suis restée car je suis vraiment amoureuse de cette ville. C’est une très belle ville, très inspirante, stimulante. J’aime aussi l’idée que l’on puisse voyager seulement deux heures et se retrouver dans un autre pays, ou l’on parle une langue différente. En Australie, tout est si grand, tu pourrais voyager des heures et des heures et tu ferais face au même pays ! (rires) A mon avis c’est cela qui m’a fasciné et qui m’a donné envie de vivre ici. Emilie : Je n’ai pas du tout la même histoire. Je suis venue à Paris lorsque j’avais 16 ans car mon père avait été muté juste à coté de Paris. J’ai donc terminé ma scolarité, au lycée, en France. Je suis retournée en Australie mais comme disait Micky, je voulais voyager et continuer à découvrir, sortir de 104

Micky : Quelques fois oui.. Mes amies, ma famille me manquent bien sûr mais aussi la plage et le beau temps. Emilie : Je vois ce que tu veux dire, ma famille me manque mais la plage me manque cruellement aussi ! Parfois, j’aimerais pouvoir me dire je ne travaille pas aujourd’hui, je vais à la plage ! Donc Emilie vous parlez français puisque vous avez suivi votre scolarité ici et vous Micky, cela n’a pas été trop dur d’apprendre le français ? Emilie : A l’école en France, c’était très dur. J’ai grandi en écoutant beaucoup de français car mon père est Parisien donc il y avait du français à la maison mais moi je ne le parlais pas. Et j’ai vraiment regretté de ne pas avoir plus pratiqué quand je suis arrivée ici au lycée. Je ne comprenais rien du tout en classe, il m’a peut-être fallu presque 9 mois pour être à l’aise dans une conversation. Micky : Moi, cela m’a pris plus de temps car je parlais beaucoup en anglais avec mes amis français mais vers minuit ils me disaient « on en a marre de te parler en anglais, on parle français maintenant ». Donc j’ai appris sur le tas... J’étais obligée de parler français, je me retrouvais parfois sur des shootings où personne de l’équipe ne parlait anglais, donc j’ai du m’y mettre.


Micky Robe Giorgio Veste Ece Salici, chemise Asli Filinta, Collier Argument Jean Lewis, plateformes Minna Parikka 105 Chaussure Minna Parikka


Robe Karoline Lang / Collier et manchette Isabelle Michel 106


Quels sont les artistes musicaux français que vous écoutez ? Micky : Moi, j’aime beaucoup d’artistes « old school » comme Serge Gainsbourg bien sûr mais j’écoute aussi beaucoup d’artistes comme Air et Daft Punk évidemment. Voilà quelques uns de mes « frenchies » favoris. Emilie : J’aime beaucoup la chanson française classique mais j’écoute beaucoup d’artistes contemporains comme Renan Luce par exemple et aussi Camille. Micky : Oui, ce que fait Camille est génial. Emilie : Camille est assez connue en Australie, c’est sans doute une des jeunes artistes françaises les plus connues en Australie d’ailleurs. Mais c’est vrai que j’aime aussi beaucoup Gainsbourg, Françoise Hardy ou encore Georges Brassens. Micky, avant de devenir chanteuse, tu étais mannequin. Et toi Emilie, tu étais étudiante en arts plastiques. Qu’est-ce qui vous a décidé à vous tourner définitivement vers la musique ? Micky : J’ai commencé à jouer de la batterie très jeune, vers 11 ans. Il y avait aussi un piano à la maison, j’ai donc appris très jeune. En fait, j’écrivais des chansons bien avant de commencer à être mannequin. Et puis en grandissant, quand j’ai commencé à travailler, j’ai fait une pause mais je me suis vite rendue compte que dès que j’étais coincée dans un hôtel, que je devais patienter sur un shooting, je me mettais à écrire des choses, à tout moment du jour ou de la nuit. J’ai toujours voulu faire de la musique et j’ai toujours été obsédée par la musique depuis toute petite je crois. Emilie : C’est une bonne raison ! (rires) Personnellement, j’ai toujours aimé la musique et j’ai toujours chanté depuis toute petite également. J’ai commencé à prendre des cours de guitare vers 14 ans, j’écrivais des petites chansons. Je pense que je n’ai jamais pris la décision consciemment que ce que j’allais faire dans la vie, mon métier, allait être la musique mais quand j’ai commencé à gagner ma vie juste avec la musique, j’en ai pris conscience. Connaissez vous l’univers musical de chacune ? Si vous deviez définir chacune le style de musique de l’autre en trois mots, quels seraient-ils ?

Emilie : Bien sur, je connais bien ce que fait Micky, je dirais que c’est avant tout fun, colorful - Micky arrête-moi si je me trompe - et élégant. Micky : Merci beaucoup ! Je suis vraiment une mauvaise personne car je n’ai pas encore écouté l’EP d’Emilie ! Mais je vais le faire en rentrant ! (rires) Micky, ton prochain album sortira le 21 octobre et s’intitulera « Daddy I don’t want to get married ». Peux-tu nous expliquer le choix de ce titre, c’est une affirmation intéressante ? Micky : Tout a commencé avec ce titre, et je ne sais pas « Daddy I don’t want to get married » était drôle, c’était comme une déclaration de liberté. Ça transmet l’idée que l’on n’est pas obligé de faire ce que l’on attend de vous, qu’aujourd’hui on peut faire ce que l’on veut, être libre. J’ai eu la chance de l’écouter en avant-première et on peut dire que les titres mêlent, pop, ballade et aussi un son un peu plus « urbain » que sur les précédents. Est-ce que tu peux nous expliquer les influences de ce nouvel opus ? Micky : Je pense que tout cet album est beaucoup inspiré d’histoires d’amour car c’est toujours ce sujet qui vous fait commencer à écrire ! Mais j’ai commencé à écrire certaines de ces chansons il y a plus de 3 ans donc le processus a été assez long. D’abord j’ai commencé par tout faire moimême en studio, après j’ai retravaillé chaque titre. Si l’album est si différent de mon précédent, c’est que j’ai travaillé avec un autre producteur, qui maitrise très bien la musique électronique. Personnellement, même si j’adore la musique électronique, j’aime aussi l’acoustique. Donc nous avons essayé de combiner ces deux univers qui fonctionnent bien ensemble. En fait j’aime le disco ! J’aime beaucoup ces influences des années 70... Quant à toi Emilie, peux-tu nous parler de ton nouvel EP « A little bit of love » ? Emilie : C’est une chanson que j’ai écrite il y a un petit moment en fait quand j’étais à Melbourne. J’avais 18 ans, donc oui de l’eau a coulé sous les ponts depuis mais c’est une chanson d’amour. Disons que c’est une chanson d’amour générique, ce n’est pas à propos d’une personne que l’on a aimé mais aussi de l’amour que l’on doit ressentir

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pour soi même. C’est important d’être capable de s’aimer soi-même avant de pouvoir aimer quelqu’un d’autre et d’être en couple. C’est très fédérateur. Le clip est très drôle, très sixties ! Emilie : Oui, nous sommes partis dans un univers très sixties pour cette vidéo dirigée par Raphaël Friedman, qui avait déjà travaillé avec Ayo et Thomas Dutronc. La chanson est intitulée « a little bit of love » je ne voulais pas tomber dans le cliché et filmer une jeune fille sur la plage avec une guitare ! (rires) Je voulais quelque chose de plus deuxième degré et donc nous avons décidé de mettre en scène le mot « Love » comme un produit, un peu comme au télé-achat.

Pour finir, quels sont vos projets jusqu’à la fin de l’année ? Emilie : Je vais partir en tournée, c’est en train de s’organiser, je n’ai pas encore toutes les dates mais c’est en cours ! Micky : Mon album sort fin octobre et après même chose, il sera temps de partir en tournée. Vous aimez particulièrement la scène ? Micky : Oui j’adore me produire en concert. J’avoue ne pas être fan à l’idée de devoir vivre dans un bus pendant plusieurs semaines mais j’adore partir en tournée et rencontrer le public. Emilie : J’ai fait quelques festivals cet été comme Musik’elles, j’adore cette ambiance.

Où en est votre album ? Emilie : Je travaille dessus depuis presque 2 ans, il est terminé ! J’attends sa sortie avec impatience. Cela devrait être pour janvier 2014.

Propos recueillis par Manon Missonge

Vous vous apprêtez à prendre la pose devant notre photographe. Est-ce que vous aimez ce genre d’exercice ? Micky : En fait pas vraiment. C’est un peu bizarre d’être dirigée. Souvent on m’a demandé des choses un peu inhabituelles comme « souris-moi avec tes yeux » ou encore  « j’aimerais que tu souris tout en ayant l’air effrayée ». Comment je suis censée faire ça ! (rires) Emilie : Pour moi aussi c’est difficile de prendre la pose. La plupart du temps pour avoir quelques bonnes photos, il faut que je fasse une tonne de poses ! Des jeunes femmes charmantes comme vous doivent sûrement s’intéresser à la mode. Quel est votre rapport aux vêtements ? Comment les choisissez-vous ? Micky : Je dis toujours qu’il faut porter ce qui nous va, ce qui nous met en valeur. Je ne suis pas particulièrement la mode mais si quelque chose te rend belle et que tu te sens à l’aise dans ta tenue, il faut le porter. Mais j’avoue que j’achète énormément de vêtements, c’est un problème ! Emilie : Je commence juste à apprécier la mode. Ma relation avec la mode a toujours été « je t’aime moi non plus ». J’étais vraiment un garçon manqué quand j’étais jeune, je ne me sentais pas vraiment à l’aise que dans mes baskets. Donc ça m’a pris du temps mais maintenant je m’y intéresse et j’aime bien me sentir très féminine ! 108

L’album de Micky Green est disponible depuis le 21 octobre

L’EP d’Emilie Gassin est disponible depuis le 28 octobre


Top Karoline Lang, jupe Caroline Seikaly, bracelet Isabelle Michel

Robe Giorgio, collier Argument, chaussures Minna Parikka 109


CHRONIQUE MOBILITE CITOYENNE: CHANGER LE MONDE EN UN CLIC?

L’époque des supers stars Marvel volant dans le ciel en collant bleu, rouge ou vert est révolue ! Les héros d’aujourd’hui sont assis sur un canapé et portent un jean Levis dernier cri. Comment est-ce possible ? Grâce à une arme hyper pointue, une arme à la portée de tous (plus ou moins), une arme internationale, une arme nommée communément (roulements de tambours).... Internet !

Hé oui, plus besoin d’aller à la rescousse du pauvre en vitesse supersonique ou de faire fondre le métal à l’aide d’un rayon laser pour changer le monde. Un clic et tout devient possible. Mais par quel miracle me demanderezvous ? Tout simplement grâce à des sites web qui proposent de se mobiliser pour les plus démunis.

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Parmi les plus connus, on trouve notamment Avaaz.org ou Change.org créés tous deux en 2007 mais d’autres existent et tous comptent sur nous pour réduire les injustices et faire évoluer les mentalités. Comment ça marche ? Ces sites proposent aux citoyens d’agir sur les questions internationales les plus urgentes par le biais d’une signature électronique.


C’est en fait la pétition version 2013 ! Exit le Bic, bonjour Mac, Pc, tablettes et souris ergonomiques. Ces sites web ont un pouvoir de diffusion illimité et quand il fallait arpenter le quartier pour récolter la signature des voisins, il n’est plus nécessaire aujourd’hui d’user ses baskets pour toucher le monde entier ! Là où c’est vraiment malin, c’est qu’en plus des pétitions planétaires soumis aux dirigeants, ces sites font lumière sur des causes souvent inconnues. C’est alors que tels des papillons attirés par la flamme, les journalistes s’emparent du sujet en créant un buzz qui renforce le mouvement initial ! L’effet boule de neige est alors lancé et la victoire devient possible.

wwParmi les victoires les plus importantes on retiendra la création d’une législation pour la chasse à la baleine (juillet 2010) ou d’un programme de bourse scolaire pour les enfants pakistanais (octobre 2012), une loi limitant la corruption de la police au Brésil (juillet 2010), la signature d’un code contre le trafic sexuel dans les hôtels Hilton (janvier 2011), l’arrêt de la discrimination de caste dans une ville d’Inde (juillet 2012) etc... La liste n’est pas exhaustive et je vous renvoie aux différents sites afin d’en savoir plus. Eux disent : « Nous agissons pour un monde où le pouvoir est accessible à toutes et tous, un monde où créer le changement fait partie du quotidien ». Bref, croyez en la force de votre index !

Outre les sujets politiques sensibles, ces sites offrent à chacun la possibilité de lancer une pétition sur un sujet qui lui tient à cœur. C’est alors que le destin des Massaï, l’avenir de la forêt amazonienne ou encore le combat pour le droit des femmes sont étrangement mêlés sur les différentes pages d’accueil à des pétitions moins « urgentes », comme la demande d’une journée sans alcool ou encore le maintien du TER dans telle ou telle ville par exemple. Petites ou grandes pétitions, le principe est le même... C’est nous qui avons le pouvoir... Et ça marche !

Juliette Cany

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INTERVIEW ELEPHANZ 112


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Après un premier EP sorti en 2009, « Ideal Roommates » et un second en 2011 qui marque le début de leur succès avec le titre « Stereo », Elephanz s’apprête à sortir son premier album. Derrière ce groupe, on retrouve deux frères nantais, Jonathan et Maxime. Bercés pendant leur adolescence par les mélodies des Beatles, Polnareff, the Kinks, Bowie ou encore Gainsbourg, ils ont rapidement eu envie de s’adonner à l’écriture. Ils s’apprêtent à lancer leur premier opus « Time for a change » aux accents pop et avec des titres aux refrains très efficaces qui restent en tête. Rencontre avec ces deux frères qui vont prouver une fois de plus que les Français ont tout à fait leur place dans l’univers pop. Deux frères qui font de la musique, c’est plutôt atypique. Est-ce que vous êtes liés par cette passion depuis votre plus jeune âge ? Avec Jonathan, nous avons écouté les mêmes trucs de 0 à 15 ans. Pendant cette période, on jouait et on chantait ensemble des airs de Bach ou des standards. Je suppose que ça a joué oui, même si pendant nos études, avant Elephanz, nous nous étions tournés chacun vers des genres musicaux assez distincts. Est-ce que votre relation a changé depuis que tout cela s´est concrétisé et que la musique est devenue votre métier ?

En parlant de changement justement, pourquoi «Time for a change» ? « Time for a change », c’est un impératif que nous nous adressons à nous-mêmes. Nous sentions l’envie de nous évader un peu du quotidien et une chanson est un support rêvé pour une telle aspiration. Une envie de voyage, fut-elle de quelques kilomètres pour rejoindre la mer. Cette chanson évoque le besoin de se couper un peu du monde pour prendre du recul, mais aussi la révolte. Si vous deviez définir votre album en trois mots... Sucre, labyrinthe, coup-de-foudre !

Non, notre relation est restée à peu près la même je crois. Bien sûr, on ne bosse pas avec son frère comme on travaille avec des collègues et ça brouille parfois les repères, mais honnêtement, c’est beaucoup plus simple que les relations professionnelles classiques. 114

Si l’un de vous deux souhaitait tout arrêter, arriveriez-vous à poursuivre cette aventure musicale sans l’autre ? Non, pas dans ce projet.


Quelle est votre plus grande fierté à ce jour ? Nous avons peu l’occasion d’être fiers, ou alors au contraire, nous pourrions être fiers de l’intégralité du chemin parcouru. Mais à titre anecdotique, j’ai été très fier le jour où « Stereo » est rentré en playlist sur Nova. J’ai été encore plus fier de l’écouter dans la voiture ! Et votre plus grosse honte ? M’étaler au milieu de la cour pour un lacet défait (je vous parle d’un temps immémorial là) ! La dernière chanson que vous avez écoutée... « Cucurrucucu Paloma » interprétée par Caetano Veloso, puisque c’est la chanson préférée de ma mère et qu’elle la réclame souvent au cours de déjeuners dominicaux ! Et votre dernier coup de gueule musical ? Je suis contre « Wake up » le titre remixé par Avicii. Je trouve que cette chanson fait l’effet d’une expérience scientifique (ratée) visant à créer des organismes nouveaux sans l’aval du comité de bioéthique. C’est sorcier ! Pourquoi avoir fait le choix de chanter en anglais ? Pour Jonathan qui faisait du slam en français, l’anglais a sonné comme une récréation. Dans notre manière de composer, la mélodie tient une place centrale. Lorsque nous la trouvons, évidemment, les paroles n’ont d’abord aucun sens. Ca n’est qu’après que nous faisons correspondre le texte au phrasé mélodique. Et là, l’anglais s’impose car il nous offre beaucoup plus de liberté. Une manière lapidaire de répondre consisterait aussi à dire que c’est par la pop «british» que nous sommes entrés dans la musique et c’est donc elle que nous souhaitons reproduire. Nous adorons la chanson française et nous en faisons parfois, mais c’est un peu une autre manière de travailler je pense.

Or une fois la mélodie trouvée, on s’est aperçu que le textes griffonné en français convenait parfaitement au pas de la mélodie. C’est donc encore une fois un hasard. Et en tout cas, nous ne fermerons jamais la porte à de tels accidents fortuits. Notre album reste un album de pop. Anglaise ou française, là n’est pas la question. Votre single «Time for a change» a été choisi comme musique de la dernière publicité Volvo. Pour quel type de produit auriez-vous strictement refusé ce type de collaboration ? Des tanks ou du maïs transgénique… Votre premier album va sortir dans quelques jours. Comment vous-sentez-vous ? Nous aimerions que le temps ralentisse un peu. Nous sommes euphoriques et un peu fébriles. J’imagine que vous allez donc attaquer la promo autour de cet opus mais quels sont vos autres projets jusqu’à la fin de l’année ? Finir le 3ème album, que nous écrivons entre deux concerts. Pour finir, je vous propose de lancer un appel! Avec quels artistes aimeriez-vous collaborer pour votre prochain album ? Keren Ann, Pauline Croze, Helena Noguerra, Carl Barat, Stromae, Paul McCartney. Propos recueillis par Enrique Lemercier Crédit photos : Matthieu Dortomb

Et pourquoi ce titre «Je n’ai jamais» en français? Comme je l’expliquais avant, nous construisons une chanson à partir d’une mélodie. En cela la genèse de «Je n’ai jamais» n’est pas différente des autres chansons. Jonathan avait quelques bribes de textes sur son bureau destinées à autre chose. L’album d’Elephanz est disponible depuis le 28 octobre 115


CHRONIQUE SPORT = SANTÉ + MENTAL D’ACIER

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Une soirée entre amis dans un bar lounge parisien… une coupette à la main, un toast dans l’autre, l’heure est à la détente et à la convivialité…. lorsque soudain, Sophie, plus rayonnante que jamais, nous avoue enfin le pourquoi de sa métamorphose. Et non, elle n’a pas rencontré un homme, mais des hommes ! Où ça ? Dans un club de sport, où elle vient d’adhérer, sur les r ecommandations de ses copines. Sa motivation est débordante de fantasmes en tout genre… Entre les machines mises à sa disposition et tous ces hommes qui suent non des perles, mais des gouttes, tout en exhibant leurs corps musclés… Waouh !!!! Le sujet est lancé ! Un débat ouvert sur toutes les disciplines offertes qui se pratiquent en collectivité ou individuellement. Quel bonheur de les entendre débattre ! Je me sens littéralement hors-sujet mais guette néanmoins l’argument implacable qui pourrait peut-être m’extirper de ma non-activité musculaire. Preuve que je ne suis pas bornée ! Un besoin frénétique de brûler ces fameuses calories, de secréter de l’endorphine durant l’effort, de sculpter son corps, … Bref ! Certains avouent même, sans pudeur aucune, qu’ils courent plusieurs fois par semaine dans le but de pouvoir festoyer le week-end. Deux jours de relâche pour cinq jours de souffrance. Chacun son trip ! Par définition, affronter son quotidien est déjà un sport en soi, non ? De là à s’imposer une discipline plus technique en parallèle ressemblerait, pour ma part, à du masochisme pur. Je m’explique… Dès le lever, nous courons déjà tout en dégainant une dose d’adrénaline impressionnante. Lever les enfants, les préparer, les faire déjeuner, faire les chambres, nettoyer la salle de bains, enfourner tout son petit monde dans la voiture, les déposer à l’école,… tout cela dans un temps restreint, soit l’équivalent d’un footing à l’aube. Puis, direction bureau ! Découvrir des post-it vous signalant vos priorités du jour, assurer le suivi régulier des dossiers, répondre au téléphone, gérer les impondérables, le stress et l’exigence croissante de nos supérieurs, sauter le repas de midi pour pouvoir récupérer les enfants à la sortie de l’étude. L’équivalent d’un triathlon !

Fin de journée ! Place à la danse et aux étirements multiples ! Et c’est reparti pour une choré de ouf ! Faire quelques courses avant de rentrer à la maison, assurer le suivi des devoirs des petits tout en préparant le dîner, doucher la marmaille, dresser le couvert et espérer pouvoir se poser dix minutes seulement à table si personne ne réclame sel, ketchup, pain, eau et j’en passe … Dès 21h, assouplissements divers ! Remplir le lave-vaisselle, préparer ou étendre une machine et s’attaquer au repassage. N’allez pas me dire après ça que la majorité de vos muscles ne travaille pas quotidiennement !!! OK J’avoue ! N’en déplaise aux copines, dame nature s’est penchée sur mon berceau à ma naissance et m’a dotée d’un atout non négligeable qui consiste à me régaler sans trop incliner la balance sur les chiffres de droite. Quant à mon tempérament, quelque peu nerveux, il me permet de brûler mes calories à la vitesse de l’éclair. Alors, malgré leurs doléances diverses et leurs offres d’essai gratuit, je ne parviens toujours pas à adhérer à leur frénésie sportive, qui vous en conviendrez, doit rester une démarche personnelle. OK J’en conviens ! J’admire leur force de caractère et je respecte leur motivation personnelle, mais sincèrement, quitter la maison en fin de journée, d’autant plus en période hivernale, pour infliger à son corps des étirements en tout genre… Quelle force de caractère, chapeau bas ! Tout ça pour vous dire que… Le travail c’est la santé ! Et pour se forger un moral d’acier, les aléas du quotidien s’en chargent aussi. Mais rien ne vous empêche de pratiquer un sport qui vous défoulera. Allez ! Oust ! Non mais, bande de feignants !!!

Armelle H. Illustration : Olivia à Paris

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POSE MUSICALE LA SELECTION

DE LA RENTRÉE par Alexandra Le Fur

Eh oui ! Adieu sable, soleil, cocotiers. Toutes les bonnes choses ont une fin, disent-ils… Bonjour grisaille, vent, manteau, pluie, mauvaise humeur ! Ici Paris, en direct de la rentrée ! Bon, ok, c’est pas cool annoncé comme ça. Tu sais ce qui est cool ? Ce sont les pépites de cette rentrée 2013. Et on est gâté en termes de qualité ! On commence le tour d’horizon, casque vissé dans le métro, c’est parti !

Babyshambles : Le retour des dandys déglingués. 7 ans après Shotter’s Nation (ouais, je sais, le temps passe !) revoilà le gang d’Albion avec Sequel To The Prequel. Et finalement, sept ans, c’est pas mal comme rythme, en ce sens qu’en 2006, Babyshambles avait déjà exploré le champ de leurs possibles, clairement le groupe était en bout de course (cf.frasques et se remettre d’une rupture avec Kate Moss, ça prend du temps visiblement). Sequel to the Prequel est un album globalement bon, ne boudons pas notre plaisir de retrouver Doherty en forme et toujours aussi productif. Qu’est ce que Sequel to the Prequel (je ne me lasse pas de ce titre, désolée) nous offre de plus que les précédents ? Rien, c’est du Babyshambles, ça se sent, mais vous savez quoi, c’est comme retrouvez des vieux potes après une longue absence, on se sent chez soi, c’est juste bon, et c’est largement suffisant. Emiliana Torrini : Un peu de douceur dans ce monde de brut, diantre ! Figurez-vous qu’en Islande il n’ya pas que Björk ou Sigur Rós (entre autres), non, il y a la douce Emiliana. Vous avez tous entendu sa voix (que celui qui n’a pas vu le Seigneur des Anneaux se dénonce immédiatement !) et pourtant, on connaît mal cette artiste en France, et franchement ? Eh bien c’est honteux ! Emiliana c’est la douceur certes, mais c’est un univers cocon. Si, tu sais, celui que t’aime bien le dimanche matin d’hiver, le tout doux, tout moelleux, mais surtout, celui qui te fait te sentir bien. Bah voilà, la musique d’Emiliana Torrini ressemble un peu à cet état. Alors bien sur, les influences islandaises sont présentes, on reconnaît cet univers particulier, dont Björk a posé les jalons. Tookah sorti en cette rentrée est une pépite pop folk à écouter absolument. J’ai patienté quatre années pour ce nouvel album et en écoutant ce nouvel album, on se dit que ça vaut le coup d’apprendre la patience.

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Arcade Fire Ladies and gentlemen, les revoilà ! Après trois ans d’absence, les Canadiens au nombre variable reviennent avec un bijou, et surtout entouré de mystère. Reflektor est une pépite, qui déboussole au premier abord. Plus électro, quasi disco, un featuring du grand David Bowie (excusez du peu). Une vidéo réalisée par l’immense Anton Corbijn (réalisateur de génie à qui on doit notamment Control, la photo de The Joshua Tree de U2 et énormément de clips de Depeche Mode). L’album est annoncé pour fin octobre. Et personnellement je l’attends avec autant d’impatience qu’une enfant de cinq ans le matin de Noël.

Arctic Monkeys Ou quand les Anglais font un tour au pays de l’Oncle Sam. Y a-t-il une recette Arctic Monkeys ? Je veux dire, à chaque album tu es pris(e) du même étonnement, comment font-ils pour être aussi efficaces ? C’est vif, c’est percutant. Et cette fois, ils se sont plutôt bien entourés (on parle notamment de Josh Homme le brillantissime frontman de Queens of The Stone Age). Bref, l’album est un bijou rock, un renouveau, et cette nouvelle production leur sied à merveille. Arctic Monkeys a le don pour te faire espérer en la qualité, et ils déçoivent très rarement.

The Civil Wars : les folkeux. Alors, là, on ne va pas être d’accord les mecs ! En traînant sur l’internet, j’ai visité pas mal de sites présentant le groupe comme country. Alors non, définitivement non, ce n’est pas de la country (terme très péjoratif pour nous autres sur le vieux continent), c’est de la folk. Maintenant que c’est dit, passons à cet album éponyme du duo de Nashville. Eh bien globalement c’est frais, ça passe bien. L’alternance des voix est des plus intéressantes et personnellement je verrais bien quelques chansons illustrer des séries ou des films. C’est assez profond comme univers. Ou tu adhères ou tu détestes, en tout cas, tu ne peux pas rester insensible. Personnellement j’ai adoré.

Franz Ferdinand : right thoughts, right words, right actions. (right band!) Mes chouchous de 2006! Bon, vous aurez compris, je me fais un revival début de la vingtaine en cette rentrée 2013. Franz Ferdinand c’est le feel good band. C’est joyeux, c’est festif, mais c’est pointu, travaillé et terriblement bien produit. C’est le groupe qui te met un coup de pied au derrière le matin ! Et ce coup de pied, il fait du bien. C’est entraînant, c’est vivant. Ça paraît terrible comme ça, mais trouver un groupe qui, quoiqu’il sorte, te donne envie de bouger cette partie ronde de ton anatomie, c’est pas donné à tous les groupes, et Franz Ferdinand c’est ça. Ce nouvel opus ne déçoit absolument pas, et ça faisait bien longtemps que je ne m’étais pas déhanchée comme ça.

Il y en a bien d’autres dont j’aurais pu vous parler, mais on y resterait des semaines. L’actualité musicale est très riche, il a donc fallu faire des choix. Certains m’ont brisé le petit cœur musical mais j’ai essayé de vous faire une sélection du meilleur du moment. Le reste pour bientôt, promis.

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INTERVIEW ELISA JO Elle est jeune, belle et pétillante et vient tout juste de sortir son premier album intitulé « Colours in my mind », réalisé par Benjamin Biolay. Séduits par l’univers frais et coloré d’Elisa Jo, nous nous sommes promenés dans les rues de Saint-Germain-des-Prés avec la chanteuse afin d’en savoir plus sur elle et d’immortaliser cette rencontre. À tout juste 20 ans, tu te lances en tant que chanteuse avec un premier album. Est-ce que la chanson était une vocation depuis ton plus jeune âge ? Oui et non. J’ai toujours adoré chanter et aimé la musique, c’est une vraie passion. Maintenant, quand j’étais toute petite je me disais « Un jour je serai chanteuse », mais je me suis vite recadrée. J’ai pensé que ce n’était pas forcément mon but ultime, que ce n’était pas un rêve. Je ne rêvais pas de ce monde-là en tant que métier. La musique c’était avant tout le plaisir et je me suis surtout entourée de personnes qui pensent comme moi. A partir du moment où ce n’est plus du plaisir, ce n’est plus de la musique. Des rencontres ont fait qu’aujourd’hui j’en fais mon métier et j’ai énormément de chance.

Ce premier album est disponible en digital, et en physique depuis début octobre. Il est présenté dans ta bio comme un album de rétro pop-rock-blue eyed soul. Est-ce que tu peux nous expliquer plus longuement tout cela ? Je pense que c’est un peu compliqué d’étiqueter un album, surtout celui-là parce que j’ai beaucoup d’influences. Cela va de la pop en passant par la soul et le hip-hop. Rétro c’est assez clair car la majeure partie de mes influences se trouvent dans les années 60 et 70. Blue eyed soul, c’est le nom que l’on donne à la soul qui est chantée par des blancs. La pop, c’est parce qu’il y a une couleur pop évidente dans les chansons et les arrangements. Et rock car c’est le mélange des mes influences qui s’entrechoquent.

Quel est ton parcours jusqu’à présent ? Au niveau de mes études je me suis arrêtée en licence de Langues Étrangères Appliquées (LEA). J’ai fait une section européenne au collège et lycée car j’adore les langues, c’est ma deuxième passion. Mais je me suis lancée dans ces études en même temps que le projet musical car je ne voulais pas arrêter là. Surtout qu’à l’époque il n’y avait pas de grandes ambitions artistiques. Je voulais au moins avoir quelques bases, même si la fac de langues n’est pas le plus déterminant. C’était un moyen de garder les pieds sur terre. A quel moment t’es-tu rendu compte que ta voix avait une vraie particularité ? Ce n’est pas vraiment moi qui m’en suis rendu compte en fait. J’ai toujours chanté pour mon propre plaisir et celui des autres. C’est mon professeur de piano, quand j’avais 10 ans, qui a décelé ma voix et qui m’a proposé qu’on fasse des chansons ensemble. En 2008, on a commencé cela, il écrivait les mélodies en tant que compositeur et moi j’écrivais les paroles en tant qu’auteure. Ce sont ces morceaux qui sont sur l’album.

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Il est produit par Benjamin Biolay. Comment est arrivée cette collaboration ? C’est mon manager qui le connaît depuis longtemps. Ils se sont retrouvés en studio pour un projet très différent. A l’époque j’avais des maquettes de chansons que je jouais sur scène. Il lui a fait écouter ces maquettes et il se trouve que l’on avait besoin d’un réalisateur et Benjamin Biolay a répondu présent. Il nous a dit « Moi je veux le faire », donc c’était une super nouvelle. J’avais déjà pensé à lui quant je réfléchissais à quel réalisateur pourrait bosser sur cet album. C’est quelqu’un que j’aime beaucoup. Il a un vrai talent, surtout celui de savoir ce qu’aiment les personnes avec lesquelles il travaille. Il arrive à faire une harmonie avec toutes les influences qui partent dans tous les sens.


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Tu as débuté une série de concerts depuis le début de l’année. Comment te sens-tu sur scène ? Très bien. La scène c’est un peu mon deuxième salon ! J’ai commencé la scène quand j’étais au lycée car j’avais un groupe de rock avec lequel on jouait dans les bars. J’ai toujours aimé cette approche de jouer devant un public. J’ai aussi fait pas mal de premières parties également, mais c’était important pour moi d’aller à la rencontre des gens et d’avoir un échange réel. Internet, c’est un super outil pour se lancer, mais cela reste de l’ordre du virtuel. A mes débuts, j’ai eu un buzz sur MySpace, mais cela ne restait que des chiffres. C’est difficile de se projeter. Quand on rencontre les gens, c’est du concret et c’est bien plus intéressant. On peut dire que tu as un look bien à toi et très travaillé. Est-ce que l’image est aussi importante que la musique selon toi ?

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En proportion non car la musique est plus importante pour moi. Mais c’est quand même intimement lié. Dans ma tête j’ai des images et des couleurs qui viennent quand j’écoute de la musique. J’aime m’exprimer autant à travers ma musique qu’à travers mon image, mon style. Je suis une grande collectionneuse de vêtements, d’accessoires… Comment définirais-tu ton style justement ? Je ne le définis pas vraiment. Je fais un peu comme avec la musique, c’est un patchwork d’influences et j’en fais mon mix à moi. Je prends des choses un peu fripe et rétro, beaucoup de fringues de ma grand-mère. J’aime aussi le style saxon très coloré et punchy, très blingbling donc H&M, New Look... Est-ce que tu t’intéresses aux défilés, aux dernières tendances... ? Et est-ce que cela influe sur tes choix vestimentaires ?


Assez vaguement en fait. J’aime beaucoup les fringues, mais de là à dire que j’aime la mode… Je m’intéresse de loin. C’est à dire qu’il y a toujours des choses intéressantes à regarder. La mode pour moi c’est un vrai art, la haute couture peut être réellement magnifique, mais cela reste dans un coin de ma tête. Il m’arrive de dessiner des vêtements pour moi et j’ai l’avantage d’avoir un grand-père couturier donc il me les fait ! On le disait précédemment, un premier album produit par Biolay et donc pour le second, tu as déjà des idées de collaborations ? La grande question se pose. Enfin j’y pense car il faut envisager la suite puisque j’ai déjà des chansons qui commencent à naître, mais j’avoue que je ne sais pas vraiment. Si je pouvais travailler avec un réalisateur anglais cette fois-ci, ce serait bien, sans vraiment de nom en tête pour le moment. Avec qui aimerais-tu enregistrer un duo ? J’ai déjà collaboré avec Hugh Coltman qui m’avait invitée sur scène pour son concert à la Cigale. J’adore ce qu’il fait car il a une voix de dingue et je suis très sensible à sa musique. On avait une connaissance en commun donc on s’est rencontré et j’ai eu la chance de faire un duo avec lui sur un titre « Carnival ». Pour moi les collaborations, c’est une question de rencontres. C’est comme la musique en général, ça ne se commande pas. Ton clip « Back around » comptabilise à ce jour plus de 170 000 vues. Est-ce que tu t’attendais à un tel succès ?

L’album d’Elisa Jo est disponible depuis le 7 octobre

Non, mais en fait je ne regarde pas les chiffres. Je ne savais même pas qu’il y en avait autant. Je trouve ça super et en même temps c’est encore abstrait. Je ne m’attendais pas à ça puisque quand je me suis lancée dans ce projet je n’avais aucune ambition. Aujourd’hui j’en suis là, j’en suis heureuse et je souhaite juste que cela continue. Quels sont tes projets jusqu’à la fin de l’année ? Des concerts et la promo autour de la sortie de l’album, bien évidemment. Concert, concert, concert. Au Trois Baudets et dans toute la France. Je commence aussi à bosser sur d’autres chansons et à penser à la suite. Je ne m’arrête jamais. Et justement, que peut-on te souhaiter pour la suite? Que ça continue, c’est tout ce que je souhaite ! Propos recueillis par Enrique Lemercier

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POSE DECO BANKRUPT CHIC par Antoine Bertoni Je pourrai me satisfaire de cette baisse des températures et vous annoncer que c’est le temps idéal pour parfaire votre décoration d’intérieur d’un ton, somme toute, enjoué. Mais arrêtons de nous leurrer les amis, je sais que vous n’avez pas un rond et l’idée de passer une soirée seul, dans un appartement glacé, en compagnie de votre avis d’imposition vous déprime. Je me suis résolu à faire cette sélection shopping pour combattre de front les éléments financiers et météorologiques. En tout cas, on a passé un super été. A+

BIS décoration Murale sur habitat.fr 64x64cm / 70 euros 124


Housse de coussin mĂŠduse Zarahome 30x40cm / 35,99 euros

School desk sur Etsy.com 94,70 euros

Miroir barbier sur laredoute.fr 55x27cm / 99 euros

Vase Olive sur Ikea.com 13cm / 0,99 euros 125


INTERVIEW THIERRY NEUVIC Il a séduit le grand public dans la série « Clara Sheller » il y a quelques années, puis dans son rôle dans « Comme t’y es belle ». On l’a découvert ensuite dans un rôle plus sombre dans la série Mafiosa. Thierry Neuvic est un acteur aux multiples facettes. Nous l’avons rencontré afin de faire le point sur sa carrière et pour qu’il nous parle de ses projets sur le petit et le grand écran et un éventuel retour au théâtre. Vous avez fait le Cours Florent et suivi des cours à l’Ecole Nationale Supérieure d’Arts et Techniques du Théâtre. Est-ce que vous avez donc su très tôt que vous vouliez être comédien ? Je ne l’ai jamais vraiment formulé. J’ai toujours joué depuis que je suis petit, je racontais des histoires, des mises en scène. Ce n’était pas un désir de métier. Avec les cours on prend plus conscience des choses, cela devient plus sérieux, on vous oriente en passant des castings professionnels. On se rend compte alors que cela devient un métier. Vous vous êtes également adonné au théâtre il y a quelques années, à la sortie des cours justement. Est-ce que c’est quelque chose que vous laissez désormais de côté ?

Tout pour plaire, Comme t’y es belle, Clara Sheller, est-ce que c’est votre truc les comédies « légères » et « girly » ou est-ce que vous préférez les rôles plus dramatiques comme celui que vous aviez dans « Les papas du dimanche » par exemple ? Je n’ai pas de genre attitré en fait. C’est surtout ce vers quoi on vous oriente. Puis au fil du temps, on touche un peu à tout. Je n’ai pas de registre préféré. A partir du moment où c’est de qualité, que ça me plait, que ça me touche et qu’il y a un écho chez moi, que ce soit dramatique ou de la comédie, je le fais. Quel est le rôle que vous auriez aimé joué ? Le prochain. Celui que je n’ai pas encore joué. Et celui que vous aimeriez qu’on vous propose ?

Non, du tout. A la base je ne voulais faire que ça, je ne voulais pas faire d’images et je me suis fait avoir en cours de route. Cela fait treize ans que je n’ai pas fait de théâtre et ça commence à me démanger sévèrement. J’en ai très envie et je pense que je vais y retourner très bientôt. Je suis en train lire des choses qui m’intéressent là... Est-ce qu’il y a une expérience professionnelle (un long ou court métrage par exemple) que vous regrettez d’avoir fait ? Non. Je ne regrette absolument pas tout ce que j’ai fait. Les gens s’en chargent à ma place ! Il y avait toujours une bonne raison de le faire donc aucun regret. Et au contraire, quelle est votre plus grande fierté professionnelle à ce jour ? Il y en a plusieurs, notamment d’avoir travaillé avec des gens que j’admire comme Michael Haneke, Clint Eastwood, Guy Ritchie. Au théâtre avec des personnes comme Jeanne Moreau, mais également avec les personnes qui m’ont dirigé. 126

Certainement un rôle ou un caractère que je n’ai jamais interprété. A partir du moment où c’est riche et qu’il y a des choses à explorer… J’aime explorer l’humain quand je travaille. Il y a plein de choses que je ne suis pas encore allé gratter et fouiller. Du nouveau donc ! Vous étiez un des personnages principaux de la série « Mafiosa ». Que retenez-vous de cette aventure ? Cela a été six belles années de ma vie, durant lesquelles j’ai fait de belles rencontres et j’ai pu nouer amitiés précieuses et profondes. Cela m’a permis aussi de découvrir plus profondément la Corse, à laquelle je suis très attaché. J’ai l’impression que je suis Corse, mais finalement non. Et puis je retiens le personnage de cet homme qui est plein de couleurs. Il n’est pas fini, il n’a pas grandi complètement, il est brisé. Dans le jeu c’était plutôt chouette à interpréter. Cela m’a demandé une vraie implication sur le long terme. Cela m’a permis de gratter et d’aller chercher encore plus profond dans ce rôle.


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Veste, veston, chemise et jean persos, montre Duomètre Jaeger-LeCoultre, chaussures The Kooples


Et si je vous pose la question pour « Clara Sheller », que nous évoquions précédemment ? C’est tellement vieux aujourd’hui. C’était une belle aventure, un temps nouveau à l’époque avec la saison 1. C’était neuf et cela bousculait les codes de la télévision. Le souvenir que j’en ai c’est la trace que ça a laissée et que cela laisse encore. Et bien sûr la rencontre avec Renaud Bertrand, un metteur en scène que j’aime beaucoup. Ce sont aussi des rencontres professionnelles intéressantes. Dans tous les personnages que vous avez incarnés à ce jour, quel est celui qui vous ressemble le plus ? Ce serait un cocktail subtil de Jean-Michel Paoli dans « Mafiosa » et le fameux Michel-Ange de « Comme t’y es belle ». Ce serait un mix curieux des deux. Après se définir soi c’est assez compliqué, mais ce serait dans cette orientation-là. Quels sont vos projets jusqu’à la fin de l’année et pour l’année prochaine ? Je termine un téléfilm pour France Télévisions, réalisé par Nicolas Herdt, avec Lola Dewaere entre autres. Ensuite, je vais enchaîner sur un long métrage qui racontera la traque de Guy George, mis en scène par Frédéric Tellier qui a notamment réalisé « Les Hommes de l’ombre ». Puis j’ai aussi des projets personnels d’écriture sur lesquels je suis.

Veste AMI, pull La Comédie Humaine

Après cet interview, nous allons passer à la séance photo. Est-ce que c’est un exercice avec lequel vous êtes à l’aise ? Au début j’étais une truffe en photo, il faut l’avouer. Cela me terrorisait et j’avais des suées très vite car le figé m’angoisse. J’ai appris avec le temps qu’on pouvait vivre sur une image fixe donc je commence à y prendre du plaisir. J’ai gagné une aisance qui me permet de me libérer quand je le fais. Cela ne reste tout de même pas mon exercice favori. Je suis un acteur, pas seulement une image. Je dois vous avouer que j’ai fait pas mal d’envieuses quand j’ai dit que j’allais vous interviewer. Est-ce que vous avez conscience de votre fort potentiel de séduction ? Je l’entends assez souvent, mais je n’en fais rien car je ne vois pas quoi en faire. Tant mieux, mais je ne m’enorgueillis pas de ça. Si c’est un plus, très bien, mais je ne m’étends pas là-dessus. Je laisse faire. Un dernier mot alors pour vos admiratrices justement ? Jamais de dernier mot, mais un premier peut-être. Ce serait trop bête un dernier. Je les embrasse tendrement et je les remercie. Propos recueillis par Enrique Lemercier

Photographe : Maxime Stange Make-Up : Camille Lutz Hair : Jonathan Dadoun Styliste : Tatiana Dumabin Assistant : Marvin Latournald Réalisation : Enrique Lemercier Lieu : Le Citizen Hotel à Paris 129


POSE ASTRALE

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Bélier : Vous écoutez parfois Saez en douce, je le sais, ne niez pas.

Taureau : Tel Attila, là où vous passez, l’herbe ne repousse pas. À cause de vous, c’est tout le 12ème arrondissement qui a dû arrêter de fumer. Merci bien !

Gémeaux : Je ne vous ai jamais aimé. Je ne comprends pas que vous soyez encore un signe astro.

Cancer : Novembre va être compliqué, faitesvous marabouter.

Lion : Quand l’appétit va, tout va. Surtout l’obésité morbide.

Vierge : Je vois clair dans votre petit jeu.


Horoscope librement sorti de la boule de cristal de Marine Revel Illustrations par Sess / http://10placeducolonelbourgoin.blogspot.fr/

Balance : Votre mère ne vous a jamais vraiment désirée ? Ce n’est pas grave, votre mari non plus. Comme ça vous n’êtes pas dépaysée, hein.

Scorpion : Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin vous êtes toute mouillée.

Sagittaire : Là, tout de suite, je n’ai pas le temps.

Capricorne : Vous êtes allé chez le coiffeur ? C’est bien ce que je me disais. Dommage.

Verseau : Si j’avais votre physique, je ne me la ramènerai pas trop.

Poissons : cf. cancer. Pas le truc du marabout, non. Votre médecin vous expliquera mieux que moi.

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INTERVIEW PENDENTIF La pop française aux accents 80’s a le vent en poupe ces derniers temps. La preuve avec Pendentif, un jeune groupe français qui sort son premier album. Nous sommes partis à la rencontre des cinq membres du groupe afin d’en savoir plus sur eux.

Alors, comment on se sent trois jours après la sortie de son premier album ? On est dans le même état que trois jours avant. On avait hâte qu’il sorte surtout pour avoir les échos de certaines personnes, mais trois jours après ça va, on est assez détendus. Cela fait un moment qu’on était dessus donc on était assez contents qu’il sorte enfin ! Maintenant on attend surtout les chroniques et les retours. On vous retrouve aujourd’hui en pleine journée promo. Est-ce que c’est un exercice avec lequel vous êtes à l’aise ? Ce n’est que notre deuxième jour de promo, mais on commence à être un peu au fait. Ce n’est pas dérangeant, c’est même plutôt cool ! On doit souvent vous poser la question mais pourquoi « Pendentif » ? Parce qu’en fait c’est la première chanson que l’on a composée. C’était un objet masculin souvent porté par des filles donc cela montrait bien la mixité du groupe. Puis il y a ce coté romantique derrière cet objet car ta grand-mère peut te l’offrir ou ton petit copain et cela nous plaisait bien. C’est très français comme nom en plus.

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Quels sont vos parcours respectifs ? Est-ce que vous étiez tous déjà dans la musique avant la formation de Pendentif ? Cindy : Je suis la seule à ne pas venir de ce milieulà, j’ai fait du théâtre pendant dix ans. Puis de traîner avec eux, j’ai fait un peu ce qu’ils faisaient et cela m’a tenté comme challenge. Les garçons : On était potes, on avait fait des démos et on lui a proposé de venir tester et chanter dessus. Il s’est avéré qu’elle avait un sens inné pour le chant, rythmiquement elle avait ça dans le sang. Du coup ça a révélé un univers et on s’est dit que l’on tenait quelque chose. Elle avait une voix un peu neutre à la Lio, à la Vanessa Paradis. Une voix fragile qui nous plaisait bien. Sinon, nous venions tous de la musique et de groupes. Depuis quelques temps, il y a une vague d’engouement pour la pop française dansante et joyeuse, souvent aux accents 80’s, avec des artistes comme Granville, Liza Manili, Lafayette, Aline, Exotica... Selon vous, qu’est-ce qui fait la particularité de Pendentif ? Cela dépend des chansons. Il y a des choses qui se croisent. On a des sons de guitare qui peuvent rappeler Granville. Les derniers morceaux avec la basse font sûrement plus penser à Exotica. Ce qui nous caractérise c’est le fait qu’on chante tous, notamment en live. C’est un aspect très collectif que l’on ne retrouve pas forcément dans les autres projets. Quels sont les artistes avec lesquels vous aimeriez collaborer ? Cindy : J’aimerais bien travailler avec Lescop donc s’il m’entend, je suis là (rires). Les garçons : On connaît bien Lafayette. On l’avait invité à jouer avec nous à Bordeaux et on le réinvite le 14 novembre. Il a fait un remix de l’un de nos titres qui s’appelle « Jerrican ».

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Vous avez déjà fait pas mal de premières parties de grands artistes comme Catherine Ringer, Indochine, La Grande Sophie... et vous allez enchaîner les concerts cet automne avec un passage à La Maroquinerie le 14 novembre. Comme vous sentezvous sur scène ? Il y a toujours du travail, mais les dates que l’on a faites nous permettent de se rassurer et de retravailler ce qu’il faut. On a mis un peu de temps à sortir l’album, mais finalement c’est pas mal car on a fait une centaine de dates du coup ce qui permet d’avoir un live solide. On sort d’une résidence de cinq jours où on a rebossé les morceaux notamment sur les parties dansantes pour que ce soit transcendé et différent de l’album. Votre clip « Embrasse-moi » comptabilise aujourd’hui plus de 89 000 vues. Est-ce que vous vous attendiez à un tel succès lors de sa mise en ligne en mai dernier ?

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Franchement non. Les trois premiers jours ont été hallucinants. On était super contents de voir le nombre de vues. On faisait en même temps la première partie d’Indochine quand le clip est sorti donc c’était assez fatiguant et c’était un bon résultat. Ce qui est bien c’est que le clip a été réalisé avec très peu de moyens en plus. C’est très artisanal. Cindy, être la seule fille au milieu de 4 garçons, ce n’est pas trop difficile ? Je les maintiens, je les frappe (rires). Non je le vis bien, ce sont mes grands frères. Au contraire, je n’aimerais pas qu’il y ait une autre fille dans le groupe. On est tout le temps ensemble même en dehors des tournées. On a créé une famille. J’en profite pour te poser une question un peu « girly ». C’est quoi ton accessoire fétiche ? Tu as le droit de répondre autre chose qu’un pendentif, on ne t’en voudra pas !


Le premier album de Pendentif est disponible depuis le 24 septembre

Je suis fan de headbands. Et j’en ai un que j’adore, c’est celui que la copine de Ben m’a fait pour mon anniversaire avec de grosses fleurs noires. Je les associe toujours avec mes tenues. Après je ne suis pas une fana de bijoux. Et vous les garçons, quel est votre rapport à la mode? Par exemple, comme choisissez-vous les vêtements que vous portez lorsque vous êtes sur scène ? C’est Cindy qui mène la danse donc on essaye de suivre en fonction de ce qu’elle va mettre. Elle change de tenue donc on a parfois du mal à suivre. Mais on essaye de rester assez naturel. Cela fait partie de notre garde-robe quotidienne. On cherche juste l’unité. Je sais que votre premier opus vient à peine de sortir mais est-ce que vous pensez déjà au prochain et si oui, est-ce que vous avez déjà travaillé dessus ?

On en parlait justement hier, et on a déjà commencé à enregistrer quelques trucs en studio. On pense directement au prochain album puisque le premier a été réalisé sur une période de trois ans. Il y a des morceaux qui sont donc différents. L’esthétique sera sûrement plus resserrée sur le nouvel album. On ne se contente pas d’un style défini, on fait selon l’humeur du moment. On essaye plein de choses. On se découvre encore dans de nouveaux styles, même funk, hip-hop… C’est ce qui est intéressant au final. Pour finir, si l’on devait vous souhaiter de connaître la même carrière qu’un groupe que vous admirez, ça serait quel groupe ? Phoenix bien sûr. En groupe français c’est l’exemple absolu ! Propos recueillis par Enrique Lemercier Crédit photos : Maxime Stange 135


LA POSE POSTALE Par Antoine Bertoni

Bonjour, je m’appelle Julien. J’aimerais savoir pourquoi les vendeurs des enseignes branchées sont la plupart du temps si prétentieux ? Il s’agit d’un principe très ancien selon lequel «je vends, donc je suis». Ainsi le vendeur n’a d’autre moyen que de développer envers les clients une extrême prétention du fait de s’être auto-décreté mannequin et/ou créateur de la marque. Il vous regardera avec dédain en prenant tout un tas de poses semi-lascives. En effet, ce petit bonhomme est dicté par la conviction que pour être branché, il faut oublier tout idée d’éducation et d’élégance. Oui, vous avez raison, c’est un con.

Bonjour, je m’appelle Louis. J’aimerais savoir si vous êtes pour ou contre le travail le dimanche ? Ne trouvez-vous pas que la France ne travaille pas assez ? Vous remarquerez que ce sont à ceux qui n’ont pas des conditions géniales de travail la semaine, qu’il est demandé de travailler le dimanche. Donc non, je suis contre le travail le dimanche. Pendant toutes mes années universitaires, j’ai été entouré de personne proclamant la valeur travail à la moindre évocation des 35 heures. Ces mêmes personnes avaient tendance à ranger dans leur valise la valeur travail entre une crème solaire et un maillot de bain dès l’été venu. Vous comprendrez dès lors que je suis prêt à tuer toute personne évoquant cette dite valeur.

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Bonjour, je viens de découvrir des petites affiches «numéros utiles» dans mon hall d’immeuble. Est ce que ce sont de véritables numéros utiles ? Ce sont des numéros utiles si vous souhaitez payer un devis de changement de serrure 850 euros (donc sans compter la réparation). En effet, au titre du droit de la consommation, les professionnels sont tenus à une obligation préalable d’information. Ces petites affiches ont pour seul but de vous informer par des caractères minuscules que toute intervention d’un réparateur sera facturée 850 euros sans la moindre réparation. Il est donc conseillé de jeter ces affiches et de contacter des réparateurs par téléphone. Ainsi, si un déplacement est nécessaire, il sera dans l’obligation de vous informer expressément du coût du déplacement.

Le passage à l’heure d’hiver me fout toujours un cafard monstrueux. Qui est à l’origine de ce truc stupide ? Le passage à l’heure d’hiver vient du lobby des gens qui se lèvent tôt. Ces gens réveillés à 4h30 et qui s’empressent de manger un grand bol d’amandes et boire un verre de lait de soja enrichi en calcium pour mieux se faufiler dans leurs vêtements en polycarbonate de chafouinette ++ et courir des kilomètres avant d’arriver au bureau frais comme des gardons. Outre le fait que ce changement d’heure leur est favorable, il s’agit surtout d’une pression portée sur le reste de la population qui se couche un peu trop tard, qui boit un peu trop, en fumant un peu trop et qui ne bénéficiera jamais de cette heure de luminosité matinale. Qu’ils profitent, nous prendrons notre revanche au printemps.

Pendant l’été, j’ai vu quelques statuts Facebook du genre «Les shorts sont à la mode, ce que la Compagnie Créole est à la chanson». Pose Mag n’a pas fait de post sur ces revendications, qui ne dit mot consent ? Après réunion de la rédaction, je suis disposé à affirmer que Pose Mag est favorable au port du short. En effet, dépassant le fait qu’édicter des normes en matière vestimentaire me dépasse, il va de soit que l’indicateur chaleur induit fringues adaptées. Cependant, ce qui me tue le plus dans ce statut, c’est le fait de considérer que la Compagnie Créole n’a pas une place de choix dans la culture musicale française. Avez-vous remarqué qu’il suffit de chanter un simple refrain dans un métro bondé pour que tout le monde se mettent à chanter et danser ? Ce sont les seuls qui arrivent à ce résultat dit de communion et d’échange. Ainsi avant de parler de chanson, je voudrai que l’on parle d’aventure humaine. 137



Pose mag 17