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Magazine N ° 1 4 7 M A R S 2 0 1 2 w w w. po l y. f r

Dossier Tempête sur le droit d’asile Cabaret Les Scouts face à La Chouc’ Surréalisme et Dada Féconds croisements à Saint-Louis Les Giboulées La marionnette à Strasbourg

l’art de la guerre Éric Baudelaire détourne le réel au Frac


DU 8 MARS AU 5 AVRIL HÔTEL DU DÉPARTEMENT - PLACE DU QUARTIER BLANC À STRASBOURG Du lundi au vendredi de 10h à 18h, le week-end de 14h à 18h. Entrée libre.

« FEMMES

SUR LEUR

»

exposition photo

venez découvrir

67 femmes du Conseil Général du Bas-Rhin.


BRÈVES

MASTER Gastronomie et design se sont unis dans une même assiette lors du Trophée Chef & Designer, le 5 février à Genève. Le tandem vainqueur ? Vincent Minery, directeur de l’agence Innovation in design (Strasbourg) et Nicolas Multon, chef pâtissier de l’Arnsbourg, trois étoiles de Baerenthal (57) avec des desserts racontant une belle « histoire », dessinée et mitonnée, « du rapprochement du grain de café et de la fève de chocolat ». Une délicieuse complicité gustativo-plastique.

CHEFS

L’asso Zone 51 poursuit son travail de défricheur de nouveaux talents musicaux issus de la région avec le Tremplin Léz’Arts Scéniques. Vendredi 30 et samedi 31 mars au bar Le Tigre (Sélestat), huit groupes tenteront de glaner l’une des trois places pour se produire au Festival estival du même nom. Du rock version punk de Keys & Promises à l’electro folle de Mouse DTC en passant par la pop indie des djeun’s Elements 4, qui saura vous séduire ? www.lezartsceniques.com

Campanula vidalii © Karl Blossfeldt

TREMPLIN

La Fuite © Christophe Hohler

© Element 4

www.gourmet-expo.com

CAMPANULA

Jusqu’au 20 mai, le musée du Château des Ducs de Wurtemberg met en résonance une soixantaine de photographies noir et blanc de plantes prises par Karl Blossfeldt (1865-1932) avec des planches d’herbiers de naturalistes du pays de Montbéliard. Une compilation étonnante de spécimens immortalisés en très gros plans qui révèlent d’incroyables détails dont l’enseignant de dessin et de sculpture se servira comme support pour dispenser ses cours à Berlin. www.montbeliard.fr

ÉTATS D’ÊTRE Avec son saisissant Échiquier ou Le Pot de terre et le pot de fer en terre cuite ou ses toiles sombrement expressionnistes contant La Fuite ou le Feu de camp de personnages tourmentés, l’artiste alsacien Christophe Hohler se voit célébré par le Musée des Beaux-Arts de Mulhouse. Vous avez jusqu’au 25 mars pour découvrir les traits vifs et marqués, l’explosion de matière et la rage saisissante se dégageant de ses pinceaux et de son imagination. www.musees-mulhouse.fr Poly 147 Mars 12

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Le festivaL des accordéons du monde de La viLLe d’iLLkirch-graffenstaden

Le

s p m e t n Pri des

Les Tireux d’Roches

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Art Mengo

e t e l r l e B

Padam & Gullivan

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© Illiade d’après BLItz StudIo - Illustrations inspirées de dessins originaux de Vigdis Flaten

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0 !

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BRÈVES

sub-

marine Les rockeurs alternatifs de Yeallow, formation strasbourgeoise née en 2006 poursuivent leur chemin sur les scènes indés. Tout juste revenus d’une tournée en Allemagne et au Royaume-Uni, Fred (chant, gratte et claviers), Mister T (guitare, chœurs), Piment (batterie) et Bill (basse et claviers) donnent rendez-vous à La Salamandre (vendredi 23 mars, entrée libre) pour découvrir, en avantpremière, les titres pop-rock de leur second album…

LES CHEVEUX

DANS LE

VENT

Depuis quarante ans, la marque jurassienne Janod conçoit de très class jouets en bois. Naturels, écolos et résolument stylés, comme ce chouette scooter, cadeau idéal pour tous les petits Mods en herbe ou les bambins qui voudraient (déjà) se la jouer Vacances romaines… Une draisienne rétro, parfaite pour travailler son équilibre, à dégoter (à partir de 2 ans et demi, 79 €) chez Poids Plume, 7 place des Meuniers à Strasbourg. www.poidsplume.com

www.yeallow.net – www.lasalamandrestrasbourg.com

LOVE LOUVRE

Depuis 1978, la prestigieuse École du Louvre se déplace en région pour des cours d’Histoire de l’Art. Pour la 1re fois, la Kunsthalle de Mulhouse accueille ces rendez-vous recherchés avec un cycle sur la sculpture occidentale dans la seconde moitié du XXe siècle. Jeudi 15 mars sera posée la question du vivant, le 22 consacré au mouvement, la lumière et l’abstraction et enfin, la sculpture sera envisagée en regard de l’architecture le 29. Réservez ! 03 69 77 66 47

www.kunsthallemulhouse.fr

La Fin du Monde tel que nous le connaissons, 2010, Hadley et Maxwell © La Kunsthalle

FALL DOWN

America Rewind rassemble une centaine de photos couleurs prises à la chambre par Emmanuel Georges. Du 17 mars au 8 avril, le CEAAC (Strasbourg) accueillera, avec les clichés de Reinis Hofmanis, ses « résidus de rêve américain » captés dans ses régions les plus reculées. Cadrage frontal, lumière tantôt ocre et blafarde laissent poindre une once de nostalgie. De Detroit à Little Rock, les devantures n’ont plus, comme les voitures, leur lustre d’antan. Les détails laissent deviner un lent abandon, écho vibrant à la “photographie sociale” américaine… www.ceaac.org – www.emmanuel-georges.com

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BRÈVES

WEEK-END Sixième rendez-vous organisé par le réseau Trans Rhein Art, le week-end d’art contemporain des 17 et 18 mars prochains permet de parcourir l’Alsace à la découverte d’expositions, rencontres, ateliers, concerts, performances, projections… Les petits curieux pourront même bénéficier de circuits gratuits en bus afin de visiter pas moins de 12 lieux en deux itinéraires différents (réservation au 03 88 58 87 55 ou info@artenalsace.org). www.artenalsace.org

Buena Haguenau

Social

Après l’Afrique et le Brésil, le Maghreb, les Balkans et les Routes de l’Inde, Haguenau vibrera aux rythmes de Cuba, du 17 au 31 mars : expositions colorées (photos, peintures…), flash mob salsa, concerts de musique cubaine avec El Grupo Compay Segundo mais aussi des spectacles pour enfants, films et rencontres littéraires, stages de salsa et de cuisine, on entonne tous des Viva Cuba ! www.relais-culturel-haguenau.com

© Stéphane Louis

Club A horse with no name

Quand le folk faulknérien de Grand March rencontre le carnet de voyage américain de Stéphane Louis, cela donne All the pretty horses, photo-concert organisé samedi 31 mars à la Galerie Appolonia (Strasbourg). La série The Desert by the sea, découpée en neuf micro-fictions montées comme des courts-métrages entraîne une mise en abîme des vieilles histoires d’amour ou de caboches cabossées du groupe… www.grandmarch.fr – www.stephanelouis.com

ALBUM DE FAMILLE Ronan & Erwan Bouroullec (lire article sur www.poly.fr) persistent et signent un bel album, exposition de la Vitra Design Museum Gallery (Weil am Rhein jusqu’au 3 juin), regroupant des dessins originaux du duo de designers. Des croquis, des études de formes, témoins du processus créatifs ? Et bien plus encore : des œuvres d’art à part entière. On y retrouve les fondamentaux des frères : présence du végétal, importance de la répétition des motifs, etc. www.design-museum.de Poly 147 Mars 12

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Orchestre PHILHARMONIQUE DE STRASBOURG

itaelenne Cap ropé eu

ORCHESTRE NATIONAL

TÊTEs RONDEs ET ̂ TÊTEs pOiNTuEs 13 mars > 1er avril 2012 • De Bertolt Brecht •

Mise en scène christophe rauck

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SAMEDI 3 MARS PMC Salle SChweitzer 20h30 ConCerto italiano

• rinaldo alessandrini direction • Chœur akademia Françoise lasserre chef du chœur

ViValdi SAISON 2011>2012 Renseignements : 03 69 06 37 06 / www.philharmonique.strasbourg.eu Billetterie : caisse OPS entrée Schweitzer du lundi au vendredi de 10h à 18h Boutique Culture, 10 place de la cathédrale du mardi au samedi de 12h à 19h

Réagir sur le

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SUPER

BRÈVES

Voici venir la troisième session printanière du festival Supersounds concocté par la fédération Hiéro, à Colmar et Strasbourg, du 9 au 31 mars. Au programme de cette édition : Shannon Wright pour un show à fleur de peau, le duo Ovo et son italo-rock qui fait mal aux cheveux, Disappears et sa noise sonique (avec Steve Shelley, batteur de Sonic Youth !) ou Lonesome French Cowboy et sa pop parfaite pour les grands comme les petits (lapins). Ne pas rater Xiu Xiu (photo) et sa musique aussi géniale qu’azimutée. http://hiero.fr

© André Morain

H(I)EROS

Naissance de l’homme bleu, de Valère Novarina

BABEL

Au charbon « Le théâtre instruit mieux qu’un gros livre » écrivait Voltaire. Voilà pourquoi Marion Bierry choisit de monter Les Peintres au charbon de Lee Hall. Du 15 au 18 mars, le Taps Scala prend des couleurs anglaises pour retraçer l’histoire de mineurs passant des cours du soir sur l’Art à la peinture, dans les années 1930. Autodidactes talentueux, les voilà tiraillés entre leur condition et cette révélation. Le ton anglais drôle, touchant et “vrai” nous emporte sur le terrain du rôle de l’art…

Du 23 au 31 mars, la quatrième édition de Traduire l’Europe célèbre les littératures du continent avec moult rencontres, lectures et conférences. Des écrivains de renom seront à Strasbourg : la franco-canadienne Nancy Huston ou encore Tzvetan Todorov. Sera aussi remis solennellement le Prix européen de littérature 2011 au slovène Drago Jančar. Valère Novarina sera récompensé de son Prix de littérature francophone Jean Arp 2011. La Galerie Chantal Bamberger présentera pour l’occasion un choix de dessins et peintures de cet artiste touche-à-tout (22 mars au 14 avril). www.strasbourg.eu – www.galerie-bamberger.com www.prixeuropeendelitterature.eu

www.taps.strasbourg.eu

NI CLOU, NI VIS L’Édito est un site présentant des projets de design à coéditer (un peu comme My Major Company pour la musique). En gros, il faut que 300 personnes achètent une part (10 €) d’un produit pour que le buffet, la chaise ou le porte-manteaux soit référencé. Soutenez par exemple la Table Souveraine dessinée par le Strasbourgeois Alix Videlier et constituée d’une seule plaque découpée. On l’imagine déjà se répéter, dans notre intérieur, telle une pièce de puzzle. www.ledito.com

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www.arte-cucine.fr

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POUR TOI ARMÉNIE THE OFFICE Pour la huitième fois, l’Ensemble Amalgammes, principalement composé de membres de l’OPS et du SWR-Sinfonieorchester BadenBaden, organise un concert de bienfaisance (samedi 31 mars à la Cité de la Musique de Strasbourg). Une soirée au profit de l’internat de Vardachen (Arménie) et de l’association Parole sans frontière avec le célébrissime Pierre et le Loup de Prokofiev. Venez très nombreux ! http://ensemble-amalgammes.com

Installés au Bastion 14 (Strasbourg), Vincent Godeau, Julia Coffre, Arnaud Finix et Vincent Broquaire se sont réunis au sein du Bureau… qui n’est « pas un meuble mais un collectif » proposant des projets mêlant graphisme, design et art : performances multimédias, expositions (au Musée textile de Wesserling en juin) ou créations d’espaces (vitrine à Chaumont). À découvrir sur leur nouveau site. www.le-bureau-collectif.com

PRINTEMPS

JAZZY

IRON SHOES

Retour de Marckolswing !!! Du 15 au 17 mars, Marckolsheim vibrera, pour la septième fois, au rythme du jazz classique : la fougue du guitariste Gary Potter, la classe du saxophoniste Frank Roberscheuten mais aussi le meilleur de la scène locale avec le Feeling Jazz Quintet de Werner Brum. Voilà quelques éclats d’un passionnant programme. http://marckodrom.free.fr

Dans l’écrin chic et cosy du magasin appartement Il Salone (Strasbourg), Éric Meyer expose, jusqu’au 22 mars, ses chaussures en tôle, rencontre inattendue d’art brut et de glamour glacé. De ce mariage tout de force et de sensibilité, en sculptures, gravures et dessins, il ose, à sa manière, une ode à la féminité… www.ilsalone.com

PORTRAITS DE FEMMES Stéphane Lallemand, Le Salon (Télécran, 1991)

Les étudiants de Licence 3 Arts visuels organisent une exposition conçue à partir d’œuvres issues de la collection du Frac Alsace : Les Troublantes, du 12 mars au 6 avril au Palais Universitaire (Strasbourg). Y sont rassemblés, des travaux marqués par la présence de la figure féminine, qu’elle soit évoquée (l’Odalisque d’Aya Dorit Cypis) ou plus directement exposée aux regard (Le Sommeil de Bernard Plossu). www.unistra.fr – www.culture-alsace.org Poly 147 Mars 12

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sommaire

22  Dossier : État des lieux du démantèlement du droit d’asile en France par le prisme de l’association Casas

26 La Revue Scoute contre celle de la Choucrouterie 32 Interview de Spiro Scimone et Francesco

Sframelli, pourvoyeurs d’un théâtre italien engagé à découvrir au TNS

34  L a Follia est quadra et fête ça en concert à Mulhouse

40

38  Découvrez le nouveau directeur du TJP, Renaud

Herbin, pendant les Giboulées de la marionnette

40  Affinités, déchirures & attractions, nouvelle exposition choc au Frac Alsace

42  Grand Magasin fait son show à La Filature pendant le Festival Tran(s)e

58 Carnet de création de Tout un homme, pièce de Jean-Paul Wenzel au Carreau de Forbach

68 Un regard sur les portraits sociologiques de

68

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Norbert Ghisoland et d’Éric Didym

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Promenade dans le Ried et ses étendues glacées

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Le design gourmant de Sonia Verguet

COUVERTURE

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Une tuerie en Irak. Un conflit au Proche-Orient. Un massacre “reconstitué”, comme dans une enquête policière, un jeu (dangereux) de rôle, une superproduction hollywoodienne… Cette photo d’Éric Baudelaire (détail du diptyque The Dreadful Details, lire pages 40/41) a été prise dans un studio de ciné. Toute ressemblance avec des faits réels n’est pas que pure coïncidence.

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OURS / ILS FONT POLY

Emmanuel Dosda (né en 1974) Il forge les mots, mixe les notes. Chic et choc, jamais toc. À Poly depuis une dizaine d’années, son domaine de prédilection est au croisement du krautrock et des rayures de Buren. emmanuel.dosda@poly.fr

Ours

Liste des collaborateurs d’un journal, d’une revue (Petit Robert)

Thomas Flagel (né en 1982) Théâtre moldave, danse expérimentale, graffeurs sauvages, auteurs algériens… Sa curiosité ne connaît pas de limites. Il nous fait partager ses découvertes depuis trois ans dans Poly. thomas.flagel@poly.fr

Dorothée Lachmann (née en 1978) Née dans le Val de Villé, mulhousienne d’adoption, elle écrit pour le plaisir des traits d’union et des points de suspension. Et puis aussi pour le frisson du rideau qui se lève, ensuite, quand s’éteint la lumière. dorothee.lachmann@poly.fr

Benoît Linder (né en 1969) Cet habitué des scènes de théâtre et des plateaux de cinéma poursuit un travail d’auteur qui oscille entre temps suspendus et grands nulles parts modernes. www.benoit-linder-photographe.com

Stéphane Louis (né en 1973) Son regard sur les choses est un de celui qui nous touche le plus et les images de celui qui s’est déjà vu consacrer un livre monographique (chez Arthénon) nous entraînent dans un étrange ailleurs. www.stephanelouis.com

Éric Meyer (né en 1965) Ronchon et bon vivant. À son univers poétique d’objets en tôle amoureusement façonnés (chaussures, avions…) s’ajoute un autre, description acerbe et enlevée de notre monde contemporain, mis en lumière par la gravure. http://ericaerodyne.blogspot.com/

Rheinfelden 2011, Photo : Hervé Lévy

www.poly.fr RÉDACTION / GRAPHISME redaction@poly.fr – 03 90 22 93 49 Responsable de la rédaction : Hervé Lévy / herve.levy@poly.fr Rédacteurs Emmanuel Dosda / emmanuel.dosda@poly.fr Thomas Flagel / thomas.flagel@poly.fr Dorothée Lachmann / dorothee.lachmann@poly.fr Ont participé à ce numéro Sophie Barthélémy, Irina Schrag, Lisa Vallin, Daniel Vogel et Raphaël Zimmermann Graphistes Pierre Muller / pierre.muller@bkn.fr Anaïs Guillon / anais.guillon@bkn.fr Maquette Blãs Alonso-Garcia en partenariat avec l'équipe de Poly © Poly 2012. Les manuscrits et documents publiés ne sont pas renvoyés. Tous droits de reproduction réservés. Le contenu des articles n’engage que leurs auteurs. ADMINISTRATION / publicité Directeur de la publication : Julien Schick / julien.schick@bkn.fr Co-fondateur : Vincent Nebois / vincent.nebois@bkn.fr

Gretel Weyer (née en 1984) L’illustratrice passée par l’Ésad s’apprête déjà à partir (du 16 mai au 20 juin) pour Alma au Québec, dans le cadre du programme de Résidences croisées. Elle y déploiera son univers fantasmagorique. gretel.weyer@free.fr

Administration, gestion, diffusion, abonnements : 03 90 22 93 38 Gwenaëlle Lecointe / gwenaelle.lecointe@bkn.fr Nathalie Hemmendinger / gestion@bkn.fr Publicité : 03 90 22 93 36 Julien Schick / julien.schick@bkn.fr Catherine Prompicai / catherine.prompicai@bkn.fr Vincent Nebois / vincent.nebois@bkn.fr Magazine mensuel édité par BKN / 03 90 22 93 30 S.à.R.L. au capital de 100 000 e 16 rue Édouard Teutsch – 67000 STRASBOURG

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Dépôt légal : mars 2012 SIRET : 402 074 678 000 44 – ISSN 1956-9130 Impression : CE COMMUNICATION BKN Éditeur / BKN Studio – www.bkn.fr


presents

Samstag

Freitag

Donnerstag

Kurhaus Baden-Baden Einlass mit Livemusik & Bewirtung 19.00 Uhr Konzertbeginn 20.00 Uhr

15. 03. 2012

Mezzoforte 16. 03. 2012

Jane Monheit 17. 03. 2012

Mr. M’s All Stars Jubilee Jazz Jam

Judy Niemack, Jeff Cascaro, Torsten Goods und Marc Marshall


édito

le blanc d’Alsace voit rouge E Par Hervé Lévy Illustration signée Éric Meyer pour Poly

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n raison d’une météo capricieuse, la vendange 2010 avait été exceptionnellement faible en Alsace avec 911 000 hectolitres, soit une baisse de 22% par rapport à 2009 (et de 20% si on compare avec une moyenne sur cinq ans), un chiffre global incluant des chutes spectaculaires pour certains cépages (-43% pour le Gewurztraminer) selon le Conseil Interprofessionnel des Vins d’Alsace. La conséquence ? Les chiffres du CIVA qui viennent de tomber sont éloquents : une érosion des ventes de 4,5% en 2011 (139,9 millions de bouteilles) ayant des incidences plus fortes sur le jaja de tous les jours que sur les produits de luxe (les Grands Crus progressent de 4,8%). Après une année 2010 médiocre – baisse de 1,5% – le mouvement se poursuit.

ce frêle athlète de la vie / L’huile qui raffermit les muscles des lutteurs. » Il importe simplement, en ces temps de patriotisme économique retrouvé – un des thèmes de la campagne électorale, et pas uniquement du côté de la droite nationale – de rappeler les vertus d’une maxime anglo-saxonne bien connue : Think global, act local. Alors oui, achetons plutôt du Grand Cru Kanzlerberg (le plus petit de la région avec ses trois hectares à Bergheim) qu’un quelconque pif californien. Soutenons toutes les initiatives visant à promouvoir la production alsacienne : une vitrine des producteurs en plein Strasbourg ? Bonne idée !!! La présence de viticulteurs haut-rhinois dans un salon professionnel ouzbèke ? Bravo !!! Une association visant à réhabiliter le trop méconnu Rouge d’Ottrott ? Hip, hip, hips, hourra !!!

La faute aux conditions climatiques ? Même si les gelées hivernales et le printemps perturbé expliquent en partie les choses, le mauvais temps ne peut tout justifier. Il n’est pas question de se livrer à un panégyrique de la consommation inconsidérée de pinard rhénan –  les tristes âmes, les tenants d’une société de plus en plus aseptisée et autres biens pensants ne le pardonneraient jamais – ou de jeter au vent mauvais les fameux vers de Baudelaire dans L’Âme du vin : « J’allumerai les yeux de ta femme ravie / À ton fils je rendrai sa force et ses couleurs / Et serai pour

Il en va de notre responsabilité de consommateur de privilégier, dans tous les cas, les circuits courts… et pas uniquement pour les vins. Toute action individuelle, quelle que soit son ampleur – adhésion à une Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne, achat de knacks made in Alsace à la Coop, apéritif à la Perle ou à la Météor, utilisation du Melfor dans l’assaisonnement de sa salade, etc. – va dans le bon sens. Des petits ruisseaux naissent les grandes rivières. Nous avons trop souvent tendance à oublier cette vérité première.


ille La lvidaire so

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RAISONS DE BIEN VIVRE

ENSEMBLE La Ville lutte contre les inégalités et favorise le bien-être de tous.


LIVRES – BD – CD – DVD

Premier envol L’association strasbourgeoise Rodéo d’âme, non contente de produire des expositions et les catalogues qui vont avec (Mémoires Vivantes et Des Voix dans la nuit), des colloques ou des pièces de théâtre, se lance dans l’édition avec la très jolie collection L’Oiseau-Mouche. Un logo en forme d’origami / tamgram pour une « célébration de la jeune écriture contemporaine en version bilingue » (français et allemand). Claire Audhuy, directrice artistique, ouvre le bal avec deux de ses textes : Une Poignée de terre, pièce de théâtre éponyme autour des camps et de la mémoire qu’elle monta l’an passé, et Misères de vie, recueil de poèmes ciselés comme des haïkus, inspirés de l’histoire de Jean-Hugues Bourgeois, agriculteur ayant eu maille à partir avec tout un village. Un fait divers intriguant, illustré avec talent par Nicolas Lefêbvre dont on retrouvera les planches originales, jusqu’au 9 mars, à la Maison Interuniversitaire des Sciences de l’Homme-Alsace, à Strasbourg. (I.S.) Une Poignée de terre & Misère de vie, Éditions Rodéo d’âme, Collection L’Oiseau-Mouche (19 € et 16 €) – www.rodeodame.fr

l’aventurier Découvert avec une hilarante relecture de Robin Hood (voir Poly n°134 www.poly.fr), Simon Roussin, sorti depuis des Arts déco, signe une épopée philosopho-hémoglobo-sentimentale aux Éditions 2024. Lemon Jefferson reprend tous les clichés du genre : un héros qui découvre que son mentor le Capitaine Masqué l’a trompé et, pour l’amour d’une belle (ou de deux ! Ici des sœurs jumelles), réussit à renverser des montagnes (ou plutôt y entrer pour féconder des femmes aux courbes oblongues et ainsi sauver l’humanité toute entière !) avec l’aide de compagnons aussi fidèles qu’hors normes (un géant au grand cœur, un homme mystérieux portant chapeau et imper bleu). Dans son style pictural sans pareil, des couleurs savamment criardes et des traits incisifs au feutre dans une technique lo-fi, la grande aventure ainsi contée ricane du meilleur comme du pire, en chacun de nous et jusqu’à la fin des temps. (T.F.) Lemon Jefferson et la grande aventure, paru aux Éditions 2024 (19 €) – www.editions2024.com

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Dans la famille Voilà un jeu des sept familles (pour parents et enfants à partir de quatre ans) intégralement made in Mulhouse puisqu’il a été réalisé par des illustrateurs du cru : Lili Aysan, Bearboz, Hugues Baum, Fanny Delqué, Clémentine Martinez, Laurence Mellinger et Johanny Melloul. Le résultat ? Un brin foutraques, désopilantes en diable et joyeusement brindezingues, des cartes réussies et rigolotes. Dans la famille Beurk, je voudrais le père, un mec cracra mal rasé, scotché devant la télé, en chaussettes


un destin dans la tourmente

Le troisième tome de la série Malgré Nous est la suite – et pas encore la fin – d’une saga qui prend une dimension nouvelle avec cet album, celle de Louis Fisher, Alsacien engagé malgré lui dans la Waffen SS. Plus intimiste que les deux précédents opus, Germania entraîne son lecteur dans l’atmosphère confinée et blafarde – rendue avec finesse par le trait sourd et réaliste de Marie Terray – des hôpitaux où se remettent les “héros” de guerre nazis. Cauchemars oppressants en forme de réminiscences du front de l’Est, confusion des identités, corps et âmes tourmentés, aventures rocambolesques teintées de love story improbable… Le scénario imaginé par Thierry Gloris (inspiré de son histoire familiale) distille son angoisse à petites gouttes lancinantes et tient le lecteur en haleine. (H.L.) Germania est paru chez Quadrants (10,95 €) – www.quadrants.eu

AGENTS SECRETS

C’est un secret bien gardé qui devrait éclater au grand jour : Secretive (ex-Secretive Show) compose depuis 2006 des chansons douces aux mélodies addictives, capables de séduire au-delà du cercle fermé des fans de pop délicate. Autour d’Antoine Villard (chant, guitare…), cheville du groupe dont le line-up évolue au fil du temps, tournoient les notes de piano, les cordes grattées et le chant fragile de Chloé Devouge. L’image de la pochette – une femme en apnée dans un élément marin, jolie illustration d’Ayline Olukman – de ce second long format laisse imaginer un disque agréable comme un bain moussant. C’est sans compter sur des pluies électriques guitaristiques et une batterie métronomique créant des tensions, des remous. Entre folk à l’Anglaise, noise new-yorkais et post-rock chicagoan, les Strasbourgeois n’ont pas choisi. Mais chut, c’est une confidence… (E.D.) Secretive, album éponyme sorti sur Collectif Kim www.secretive.fr – www.collectifkim.org

VELOURS RAPEUX

famille…

de tennis (blanches à bandes tricolores), un verre de pif à la main. Dans la famille Caprice, je demande la fille lookée comme une fashion victim cucul la praline. Dans la famille Gaspi, je cherche le grand-père qui pollue la planète entière avec son 4x4 pourri. On ne se lasse pas de contempler les dessins… mais on peut aussi jouer ! (H.L.) En vente à La vitrine, 53, avenue Kennedy, à Mulhouse (10 €) www.danslavitrine.com www.old-school.fr

Quelques années après son Hommage à Serge Gainsbourg enregistré lors du festival C’est dans la Vallée, Rodolphe Burger s’est attaqué, sans peur, ni reproche, à un autre monstre : le Velvet Underground. Une série de concerts et, à présent, un disque avec un artwork signé Charles Berberian, reprenant les tubes de Lou, John et les autres. Sa découverte du Velvet ? « C’était presque dix ans après, à une période où j’avais arrêté la musique. » Celle des NewYorkais ne le lâchera cependant plus, habitant les morceaux de Kat Onoma et ses productions solo. À tel point qu’il a longtemps considéré le groupe à la banane comme trop encombrant et a repoussé le moment de cet hommage… Passés entre les doigts de Burger,

Waiting For My Man, All Tomorrow’s Parties ou Venus In Furs sortent plus âpres, démontrant que le velours peut être une matière très rugueuse. (E.D.)

This is a Velvet Underground song that i’d like to sing, album sorti sur Dernière Bande http://dernierebandemusic.com www.rodolpheburger.com

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CINQ QUESTIONS À…

pascale gendrault Pour l’adjointe chargée de la culture d’Illkirch-Graffenstaden l’engouement autour du Printemps des Bretelles n’est pas le fruit du hasard… Entretien à l’occasion de la quinzième édition du festival.

Par Emmanuel Dosda Photo de Benoît Linder pour Poly

Le Printemps des Bretelles, à Illkirch-Graffenstaden, à L’Illiade (mais aussi au Magic Mirror, à la Médiathèque Sud et dans divers bars et restos de la ville) du 23 mars au 1er avril 03 88 65 31 06 wwww.illiade.com www.printempsdesbretelles.com

Un des buts du festival a-t-il été de “déringardiser” le piano à bretelles que l’on voit aujourd’hui un peu partout : dans le jazz, les musiques du monde ou même l’electro ? Mission accomplie ? Très clairement oui ! Avec l’équipe de L’Illiade, nous avons pris conscience de tous les possibles de l’accordéon, presque exclusivement associé à la musette. Beaucoup d’artistes, dans des domaines très différents, l’utilisaient alors qu’on en avait en France une image poussiéreuse. Au bout de la quinzième année, la fidélité et la diversité du public prouvent que nous avons relevé le challenge. Le Printemps des Bretelles fait partie des trois grands festivals d’accordéon en France et, quelque part, nous avons permis de changer le regard porté sur lui.

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S’il fallait prendre la défense d’un autre instrument, qui passe trop souvent au second plan selon vous, quel serait-il ? C’est très personnel, j’adore la contrebasse, présente dans de très nombreux champs musicaux, mais toujours un peu en retrait. Elle passe pour un instrument d’accompagnement alors que je l’ai découverte, il y a une quinzaine d’années, au sein de L’Orchestre de contrebasses, réunion de grands contrebassistes qui montraient la richesse de sa palette. Est-ce que je me sens “frustrée” par le cadre serré d’un festival dédié à l’accordéon ? Pas du tout, car la manifestation s’inscrit dans la saison annuelle de L’Illiade où l’on défend d’autres propositions.

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Société alsacienne de Constructions mécaniques

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L’accordéon est présent dans de nombreuses musiques, de France (cette année, la musette du Balluche de la Saugrenue), de Grèce (Paka Paka Corporation), d’Amérique du Sud (Nathan & The Zydeco Cha Chas qui débarquent

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de Louisiane) ou d’Europe (le jazz manouche de Marcel Loeffler). Vous permet-il de parcourir le monde ? C’est un axe très fort défendu depuis le début. Il suffit de voyager dans le monde pour se rendre compte que cet instrument s’inscrit dans beaucoup de traditions : en Asie, en Amérique, au Maghreb… C’est un excellent fil conducteur pour faire découvrir des cultures différentes. Cette ouverture sur le monde fait le sel du Printemps des Bretelles. Durant l’édition 2012, nous ferons chaque jour un zoom, sous le chapiteau du Magic Mirror, sur des artistes du monde, grecs, polonais ou même alsaciens… Partout, il est très populaire. Le festival propose, depuis le début, deux tiers de spectacles gratuits. L’accès à la culture pour tous est-il important à vos yeux ? Nous désirons offrir une vie culturelle accessible au plus grand nombre. L’Illiade, théâtre municipal, avec sa politique tarifaire, permet d’assister à des spectacles de qualité dans tous les champs disciplinaires. Grâce au festival nous faisons descendre la culture dans la rue et allons à la rencontre de tous les habitants, partout dans la ville et à toute heure. C’est une grande fête à laquelle amateurs et professionnels, les curieux et les familles peuvent participer.

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En 2013, la Maison d’enseignement et de pratique des arts viendra compléter les équipements culturels. Y a-t-il une “fibre artistique” propre à IllkirchGraffenstaden ? L’École municipale de musique et de danse s’est bien développée depuis une quinzaine d’années. Petit à petit, nous l’avons agrandie, installant des studios, ici ou là, dans la ville. Pour mieux valoriser les pratiques en amateur,


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nous avons décidé de lui consacrer un lieu rassemblant toutes les disciplines – musique et danse, mais aussi arts plastiques ou théâtre – qui vont pouvoir se croiser. Cet engouement pour la musique vient de l’usine SACM* qui a fondé ce qu’est la ville aujourd’hui et a créé une chorale, un chœur d’hommes devenu

mixte, une harmonie, aujourd’hui municipale. Toutes ces pratiques artistiques nées autour de l’industrie continuent d’exister. La Maison a trouvé sa place en plein centre… dans l’ancienne chaufferie de l’usine. La boucle est bouclée et l’histoire se prolonge !

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tempête sur la casas Le 16 juin 2011, le Parlement français publiait une cinquième loi sur l’immigration en sept ans. Peu à peu, le pays de la Déclaration droits de l’homme et du citoyen ferme ses portes aux demandeurs d’asile et succombe à la politique du chiffre initiée par le gouvernement de Nicolas Sarkozy. État des lieux d’un lent démantèlement par le prisme d’une association menacée : Casas, Collectif d’accueil des solliciteurs d’asile à Strasbourg.

Par Thomas Flagel

CASAS, le Collectif pour l’accueil des solliciteurs d’asile à Strasbourg est situé 13 quai Saint Nicolas 03 88 25 13 03 www.casas.fr Simone Fluhr, Mon Pays n’est pas sûr, coédité par Scribest Publications et Dora Films, collection Les Contemporains (12 €)

Les Éclaireurs, documentaire de Simone Fluhr et Daniel Coche, produit par Dora Film (10 €)

Projection du 9 au 12 mars au Festival international des Droits de l’Homme de Paris, le 15 mars à l’Institut Le Bel (Strasbourg), le 16 mars à Sewen (68), le 19 mars au ciné Le Comté de Poligny (39), le 20 mars à l’ARES de Strasbourg www.dorafilms.com

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année 2012 est celle de tous les dangers pour les étrangers demandant l’asile. Casas et les associations du même type dans le reste de la France – qui accompagnaient jusqu’ici les demandeurs d’asile dans leurs démarches administratives auprès de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) qui siège à Paris et à la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) – ont été touchées de plein fouet par le revirement de l’État supprimant ses aides. Et par ricochet, les centaines de familles concernées, déstabilisant ce qui relevait déjà du parcours du combattant. Jusqu’à présent, les migrants qui se présentaient à Strasbourg dans la petite maison jaune du 13 quai Saint Nicolas trouvaient une équipe (cinq permanents et demi et plus d’une centaine de bénévoles parmi lesquels de nombreux traducteurs) pour les aiguiller et les aider à constituer leur dossier de demande à l’OFPRA mais aussi les nombreux recours auprès de la CNDA, du Tribunal administratif ou de la Cour d’appel selon les cas. Simone Fluhr, l’une des permanentes de Casas, rappelle que pour la seule année 2010, « l’équipe a constitué 660 dossiers pour l’OFPRA et 317 recours auprès de la CDNA. Au total, 1179 personnes ont été accompagnées dans ces démarches administratives qui nécessitent une grande rigueur sous peine de voir les demandes invalidées sur la forme, au mépris du fond. » Début janvier, l’Office français de l’immigration et de l’intégration annonçait la restructuration des moyens mis en œuvre pour l’organisation de l’accueil des demandeurs d’asile : une baisse drastique des subventions et donc de l’aide effective. L’État subventionnait deux-tiers des 300 000 € de budget

annuel de Casas. Pour 2012, plus rien, elle ne peut compter que sur les dons et le bénévolat. Finie aussi l’aide juridique au recours devant la CNDA – « vidant ainsi de sa substance la Convention de Genève » – alors même que « les chiffres tendent à prouver que la véritable instance de protection se situe à la CNDA et non à l’OFPRA qui ne délivre des statuts de réfugié qu’au compte-goutte », assure-t-elle. « Nous en sommes venus à considérer l’Office comme un stade administratif à franchir avant de pouvoir se battre réellement auprès de la CNDA pour faire entendre la nécessité d’être protégé. » Les nouvelles mesures entraînent aussi la précarisation de l’aide à la constitution des dossiers de demande d’asile en retirant les moyens octroyés aux associations pour le recueil du récit de vie qui ne sera, désormais, plus que retranscrit en Français. « Ce récit est le point crucial de la demande. Nous menions jusqu’à présent trois entretiens personnels avec les demandeurs : un pour renseigner le fameux formulaire et recueillir leur récit, c’est-à-dire les raisons de leur exil et de leur demande d’asile, un second au cours duquel nous essayons de le préciser, en leur faisant raconter les atrocités vécues en allant au-delà de la détresse émotionnelle de personnes bien souvent persécutées dans leur pays d’origine. Enfin, un troisième où on relit le tout, dans leur langue, avant de l’envoyer, après traduction, à l’OFPRA. » C’est d’ailleurs au cours de ces trois entretiens que « la confiance se noue, que l’invitation à parler librement de ce qui leur est arrivé produit des paroles personnelles, sachant que cette instance considère bien souvent les déclarations du demandeur comme stéréotypées et les rejette.  » Sans


cette aide spécifique, les plus fragiles, les plus cassés par la vie, meurtris par les violences subies dans leur pays auront encore plus de mal à faire valoir leurs droits. Car l’asile est bien un droit constitutionnel en France depuis 1946.

Remise en question politique

Restent des justes comme Simone Fluhr, bien décidés à se battre bec et ongles pour que la France qu’ils aiment, celle « des valeurs, du partage, de la fraternité » ne disparaisse pas sous les coups de boutoir à droite d’une majorité présidentielle qui a progressivement et inlassablement stigmatisé les clandestins, lancé des débats nauséabonds sur l’identité nationale, la déchéance de la nationalité, mais aussi livré les Roms à la vindicte populaire et fait planer le doute sur les intentions de sans-papiers et d’étrangers en situation irrégulière, bien souvent criminalisés par avance car soupçonnés, pour le mieux, de venir profiter du système social français. Cette politique s’accompagne depuis près de dix ans d’une augmentation de la précarité des demandeurs

d’asile. Les cinq lois sur l’immigration votées ces sept dernières années, notamment la “loi Besson” du 16 juin 2011, n’y sont pas étrangères. Elles ont progressivement supprimé leur droit au travail, baissé l’aide juridictionnelle à un montant dérisoire, réduit les délais de recours, systématisé les injonctions à quitter le territoire sans délai. La politique du chiffre qui a vu Claude Guéant (actuel Ministre de l’Intérieur, de l’Outre-mer, des Collectivités territoriales et de l’Immigration) se donner pour objectif 30 000 expulsions annuelles, pousse à expulser un maximum de personnes détenues en Centre de Rétention administrative (comme ceux de Geispolsheim ou de Metz dans le Grand-Est) avant le cinquième jour de rétention. C’est le temps durant lequel un étranger peut être privé de liberté, pour le seul fait d’être en situation irrégulière, sans voir le Juge de la Liberté et de la Détention qui examine la légalité des conditions de son interpellation et se prononce sur sa remise en liberté ou sur la prolongation de sa rétention. En comparaison, le régime le plus strict de garde-à-vue, pour les personnes soupçonnées

Glossaire Asile protection qu’accorde un État d’accueil à un étranger qui ne peut, contre la persécution, bénéficier de celle des autorités de son pays d’origine CASAS collectif d’accueil des solliciteurs d’asile à Strasbourg, association créée en 1983 CNDA cour nationale du droit d’asile, juridiction administrative qui statue en dernier ressort sur les recours formés contre les décisions du directeur général de l’OFPRA CRA centre de rétention administrative, local surveillé de placement des étrangers dans l’attente d’une reconduction à la frontière OFPRA office français de protection des réfugiés et apatrides, administration unique chargée de la reconnaissance de la qualité de réfugié, d’apatride et à l’admission à la protection subsidiaire en application des lois françaises et des conventions européennes et internationales

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de terrorisme, est de quatre jours. Les procédures prioritaires d’expulsion, sans attendre le jugement des recours entamés devant le Tribunal administratif ou la CNDA qui ne sont pas suspensifs, se sont multipliés. Des gens sont ainsi expulsés alors qu’ils pourraient obtenir l’asile. La “loi Besson” a même inventé le bannissement définitif avec les interdictions de retour sur le territoire français. Cette dégradation des droits et des conditions d’attente des personnes recherchant l’aide de Casas à Strasbourg ont poussé Simone Fluhr à prendre la plume pour témoigner. En septembre 2011, paraissait Mon Pays n’est pas sûr, ouvrage coup de poing détaillant par l’exemple les mauvais traitements réservés à des personnes recherchant protection. On y lit l’insécurité de familles vivant dans la rue, sans ressources, dans l’attente interminable du droit de se reconstruire en France après des années de souffrances. Les témoignages, aussi éloquents que poignants, se succèdent : Nino a fui la guerre civile géorgienne, Souleymane militait pour les droits de l’homme au Tchad, les journées entières à la Préfecture, la peur d’être arrêté… et de disparaître comme Elanchelvan Rajendram, Tamoul assassiné par l’armée sri-lankaise après avoir été renvoyé par la France. « Mon pays n’est plus sûr pour les plus faibles d’entre nous » écrit-elle. Aujourd’hui les demandeurs d’asile sont « malades, affamés, marqués par la rue. Il faut que les citoyens le sachent ! »

De témoignages en résistance

Simone Fluhr, de Casas, par Benoît Linder pour Poly

le droit d’asile en chiffres

1 Produit par Dora Films www.dorafilms.com 2 La Cimade est une association de solidarité active avec les migrants, les réfugiés et les demandeurs d’asile 3 Centres et locaux de rétention administrative, Rapport commun 2010 – www.cimade.org

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D’après son Rapport d’Activité 2010, l’OFPRA a traité 52 762 demandes d’asile (mineurs inclus), dont 36 931 premières demandes. Il n’a rendu que 5 096 décisions d’accord, soit 13,5 % des demandes acceptées. Sur les 32 571 demandes rejetées, la CNDA en a annulé 5 244. Ce sont donc au total 10 340 personnes (27,5 % des demandeurs) qui ont été « placées sous la protection de l’Ofpra », selon la formule consacrée, en 2010. La France considère donc avoir eu affaire à 42 422 fausses demandes ! Le Rapport d’Activité 2010 de l’Ofpra est téléchargeable au www.ofpra.gouv.fr

En 2006, déjà, Simone Fluhr et Daniel Coche avaient réalisé La Casa à la rue1, documentaire témoignant à la manière d’un carnet de notes et d’images tenus entre 2000 et 2006, de la détresse sociale de 21 familles (dont 44 mineurs) demandant l’asile à Strasbourg qui avaient, avec le soutien de Casas, campé face à la Préfecture sur la place de la République, en plein hiver, pour réclamer un logement d’urgence. Ils remettent ça avec Les Éclaireurs, sorti simultanément avec le livre. Les images dévoilent l’insoutenable de trajectoires humaines terribles. Le regard d’une jeune rwandaise de 20 ans – qui a vu ses parents se faire massacrer, sauvée par le Haut Commissariat aux Réfugiés avant d’échapper au génocide et à la haine de ses voisins – qui se demande pourquoi elle n’a pas eu le droit de mourir avec ses parents nous hantera longtemps… Mais l’on découvre aussi un quotidien fait de dizaines de personnes à aider. Des his-


Entre écoeurement et découragement, détresse et colère, se dévoile l’immense force de l’équipe de Casas, mais aussi sa précarité. L’association n’est, depuis une dizaine d’années, plus seulement un lieu d’aide au recueil des récits de persécutions pour constituer les dossiers de l’OFPRA et autres recours, mais elle va plus loin, palliant comme elle peut aux déficits de places du Samu social (115). Y séjourner est de toute façon devenu trop dangereux lorsqu’une procédure de recours au rejet de l’OFPRA est faite car il faut y indiquer une adresse. En conséquence, la Police de l’Air et des Frontières rôde aux abords des accueils de nuit, des Restos du cœur et des bureaux de Casas, prête à les cueillir comme de la mauvaise herbe, braves gens. Si elle se refuse à parler de traque, Simone Fluhr n’en appelle pas moins à « une loi supérieure à toutes celles édictées par un État, celle de la conscience personnelle. Même si nous l’avons oubliée car nos périodes sombres sont anciennes : on ne peut obéir aveuglément. Il faut se rappeler ce que l’obéissance aux lois et aux ordres a engendré. » Le 13 septembre dernier, deux mères de famille tchétchènes sont arrêtées à proximité de Casas où elles venaient chercher des tickets de cantine pour leurs enfants. Comme si la France se sentait menacée, qu’elle devait avoir peur de ces étrangers en demande de sécurité et d’asile. Aujourd’hui, la Cimade2 estime à 35 000 le nombre de demandeurs d’asile sur les listes d’attente d’un centre d’accueil. Comment laisser ces gens à la rue et rentrer chez soi ? Comment ne pas résister à un système du chiffre ne considérant plus l’humain ? Avec de la débrouille et sans compter les heures, en sollicitant amis, connaissances, réseaux, associations en tous genres et citoyens solidaires, ils finissent par trouver un toit et de la nourriture aux familles, repoussant sans cesse les limites de l’association et de chacun des membres avec le désagréable sentiment que « tout cela arrange l’État, car le manque est comblé. La misère moins visible, mais où est passée la fraternité de la Déclaration universelle des droits de l’homme ? »

En attendant, les Centres de Rétention Administrative (CRA) se remplissent et se modernisent, avec le même effet pervers que dans les prisons de dernière génération. Le dernier en date, créé au Mesnil-Amelot (77), peut accueillir 240 retenus. « Rien à voir avec celui de Geispolsheim qui est à taille humaine », confie Muriel Mercier, coordinatrice de la Cimade Grand-Est de 2006 à 2010. « Mesnil-Amelot est une industrie à enfermer pour expulser » dénonce Simone. « La bonne nouvelle c’est qu’après l’expulsion politique de la Cimade des CRA, qui dérangeait avec ses rapports de plus en plus durs contre ce qu’elle y constatait, cinq associations se partagent désormais les CRA (Cimade, Forum Réfugiés, Ordre de Malte, ASSFAM et France Terre d’Asile). Elles viennent de sortir un rapport commun3. Ils n’ont donc plus un contradicteur, mais cinq ! Je crois que si les gens savaient vraiment ce qui se passe, on n’en serait pas là. C’est ce qui me porte… » Pour Muriel Mercier, aujourd’hui en poste dans le Languedoc-Roussillon, « l’iniquité des procédures de recours écrites en CRA ou quasiment aucun retenu n’écrit notre langue, est patente. De plus le recours doit être effectué en cinq jours avec, bien souvent, un interprète au téléphone… Rien n’est fait pour le faciliter. Pire, les renvois en dehors de nos frontières avant le passage du Juge de la liberté et de la détention ne sert qu’à gonfler les chiffres, mais ne luttent aucunement contre l’immigration clandestine ! Les demandeurs d’asile expulsés reviennent de toute façon en France. L’État ne fait qu’augmenter ses statistiques en mélangeant immigration clandestine et demandeurs d’asile sans régler aucun problème. »

Un avenir en pointillés

Pour Casas, l’avenir s’écrit au conditionnel. Pour l’instant, les dons ont pallié aux baisses de subventions. Mais jusqu’à quand ? Pour Simone l’écoeurement est palpable : « Une année de fonctionnement de Casas revient à 300 000 euros. Nous sommes prêts à nous battre pour continuer à fournir un travail fou dans cette précarité, mais pas à renoncer à aider ces gens. Sinon, que deviendraientils ? » L’association recherche donc d’autres sources de financement et continue de se battre. Hauts les cœurs !

Aller plus loin Retrouvez une interview de Simone Fluhr sur www.poly.fr

Migrations – État des lieux 2012, édité par La Cimade, janvier 2012 www.lacimade.org

Centres et locaux de rétention administrative, Rapport 2010 de l’Assfam, du Forum Réfugiés, de FTDA, La Cimade et l’Ordre de Malte, décembre 2011 www.lacimade.org

Cette France-là, Volume 1, paru le 6 mars 2009, épuisé mais disponible gratuitement en ligne www.cettefrancela.net

Cette France-là, Volume 2, annales de la politique d’immigration hexagonale entre le 1er juillet 2008 et le 30 juin 2009, paru le 8 avril 2010, (18 €) – www.cettefrancela.net

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toires lourdes où la peine est double : les exilés subissent la violence de leur passé, mais aussi celle qu’on leur fait endurer ici. Nombreux sont à la rue, ne parlent pas notre langue et sont déboussolés par toutes les étapes de leur demande d’asile.


grand entretien

scouts vs chouc’ À ma gauche, Roger Siffer, l’âme (damnée) de La Choucrouterie. À ma droite, Daniel Chambet-Ithier, son homologue chez Les Scouts. Que la battle verbale commence entre deux des plus fins bretteurs du cabaret alsacien. Dialogue au 345 654e degré…

Par Hervé Lévy et Thomas Flagel Photos de Benoît Linder pour Poly

Indignés presque parfait est à voir à Schiltigheim, à la Salle des Fêtes, jusqu’au 2 avril (puis en tournée dans toute l’Alsace) 03 88 83 84 85 www.ville-schiltigheim.fr Apolcal’hips Show est à voir à Strasbourg, à La Choucrouterie, jusqu’au 1er avril (à 20h30 en alsacien et à 20h45 en français) 03 88 36 07 28 www.theatredelachouc.com

Pouvez-vous vous présenter l’un l’autre ? Daniel Chambet-Ithier  On s’est séparés il y a trois ans… Roger Siffer  Il a la garde des enfants ! DCI  Présenter Roger Siffer ? Quelqu’un qui défend les valeurs de la culture régionale, souvent de manière provocatrice, et c’est la seule chose qui m’intéresse parce que si c’est pour les défendre avec des thèses universitaires que personne ne lit… La seule manière d’être audible aujourd’hui, est la provoc’ même si avec le grand âge, Roger a de plus en plus de mal à sortir les dents. Mais il y arrive encore de temps en temps. RS  Je pense que je t’ai connu à L’Ange d’Or. Vous aviez des noms de totems scouts à coucher dehors ! DCI  Ah non, des noms très intelligents. J’étais Scolopendre agile, Chevallier était Cloporte hilare… RS  Moi qui ai été scout, je trouvais ça un peu blasphématoire. À Villé, il n’y avait pas beaucoup de possibilités. Soit on était scout, soit on restait à la maison. DCI  En fait, t’es un peu catho de gauche, non ? RS  De gauche, sûrement.

Vous êtes réunis par un fonds com­mun de personnages, vos meilleurs 26

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ennemis : Robert Grossmann, Gilbert Meyer, Philippe Richert, Roland Ries… RS  La satire et le cabaret aussi ! DCI  Mais nous sommes de deux écoles différentes. La Choucrouterie a une approche plus alémanique du cabaret, plus engagée politiquement, plus militante. Les Scouts sont plus mâtinés de café-théâtre parisien, on y trouve plus de légèreté. RS  C’est notre 18e revue. Je ne voulais pas en faire du vivant de celui qui m’a tout appris : Germain Muller. DCI  Paix à son âme (dit-il en se signant, NDLR). RS  Il m’a montré que cette région est une des seules de l’hexagone à avoir ce sens du cabaret. Je m’apprête à le faire reconnaître par l’Unesco. On a un vrai amour de la dérision, il n’y a pas que Les Scouts ou nous, mais une quinzaine d’autres. C’est dû à une situation historique et géographique : il fallait se protéger, avec le rire, du puissant voisin… DCI  Tu parles de la Belgique ? RS  Du Luxembourg ! Ma seule école ? Les deux années passées derrière le rideau à regarder comment Germain Muller, arrivant sur scène et ouvrant grand les yeux, faisait rire 500 personnes. DCI  Nous n’avons pas le même respect pour Germain Muller. Je ne le connaissais pas, et


suis venu de Paris pour essayer d’évangéliser cette région. Depuis 40 ans je m’y casse les dents mais, putain, j’y arriverai ! L’ouverture vous différencie aussi. Les Scouts évoquent longuement la Grèce, les révolutions arabes, “Fukushimeim” alors que La Chouc’ est plus centrée sur l’Alsace… RS  C’est toujours le cas chez nous. Germain n’est qu’un maillon d’une filiation beaucoup plus ancienne : Sébastien Brant et sa Nef des Fous, Wimpheling et son livre de blagues, Hansi qui mettait, à ses débuts, du Schnaps sur la chaise où un soldat prussien s’était assis pour la désinfecter… Cet engagement est plus régional, c’est pourquoi on traite l’affaire DSK, par exemple, sous l’angle du pacte entre le Haut-Rhin et le Bas-Rhin. DCI  Nos sujets sont plus nationaux ou internationaux, mais sont vus par le prisme alsacien. On présente les femmes de Ben Ali et de Moubarak en les mettant au Printemps de Strasbourg. Le “printemps arabe” au magasin de Strasbourg…  Chantal Auger fait une entrée fracassante dans les deux revues… DCI  C’est un sketch qui ne durera pas dans le temps, car les gens s’en fichent…

RS  Moi je l’ai placée dans une chanson sur la Place du Château pour coller à l’actu’ mais je sens déjà, trois semaines après, que le rire est moins fort. Il va aussi falloir la changer. Ce procédé d’actualisation des sketchs est-il permanent ? RS  Oui… Mélenchon, par exemple, avec l’histoire du Concordat étendu à la France entière : un naufrage annoncé, le Costa Concordat ! Mélenchon est propulsé par les Scouts en haut de l’affiche avec ses “Mélenchonnes”… DCI  Ces femmes s’investissent corps et âmes pour défendre une cause ! En même temps, il est tellement couillu… C’est ce qui nous manquait. Ce n’est pas avec Bayrou qu’on va trouver de la couille, ou alors de la couille molle. Si la Chouc’ a toujours défendu le dialecte, jouant simultanément sa revue en français et en alsacien, les Scouts y semblent moins attachés ? DCI  Je vous ai déjà dit que j’étais venu ici pour essayer de faire en sorte qu’il disparaisse. C’est une espèce de chancre mou dans le paysage culturel français. Depuis 40 ans, j’échoue, mais je m’accroche ! Cette langue

Daniel Chambet

– Je suis venu ici pour faire en sorte que le dialecte disparaisse Roger Siffer

– Impossible, les Alsaciens recherchent le plaisir de son excès, sa grossièreté

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L’équipe au complet de la Choucrouterie (à gauche) et trois Scouts de Schilick

Retrouvez une interview de Robert Grossmann et une critique de son livre Culture en Alsace, la panne sur www.poly.fr

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est vivace. Elle devrait logiquement mourir… et pourtant les gamins dans les villages continuent de la parler. Nous ne mettons pas de dialecte mais quand un sketch est un peu fragile on installe deux répliques en alsacien, et ça repart ! RS  Le succès de la revue alsacienne est extraordinaire. Les gens recherchent le plaisir de la langue, son excès, sa grossièreté.

Et Robert Grossmann, que feriez-vous sans lui ? DCI  Moi je l’ai vu aux Scouts et je lui ai dit que notre avocat allait s’occuper de lui parce que dans son dernier livre*, que peu de gens ont lu, il dit du bien de notre revue, ce qui peut nous porter préjudice ! Je me demande jusqu’à quel point Roger ne l’a pas payé pour qu’il dise du mal de lui…

Vous intégrez petits à petit des jeunes à vos revues. Comment voyez-vous la relève ? DCI  Il va falloir faire vite parce que dans l’état où est Roger… RS  C’est difficile de trouver de la jeunesse en dialecte. Il ne suffit pas de le parler, il faut un minimum de métier. Souvent ils sont déformés par le théâtre : il faut combattre les blancs, leur expliquer de jouer avec les gens. Au théâtre, tu peux rester deux heures sans considérer le public, tu t’en fous, il applaudit à la fin ! Au cabaret, c’est lui qui te donne le rythme du sketch. C’est son secret. Il faut créer le rythme en coupant le rire, ce qui est très compliqué : laisser arriver le rire mais pas le laisser retomber. Dès qu’il est au paroxysme, on doit donner sa réplique suivante dans le rire. DCI  L’idéal est d’arriver à l’asphyxie du public, le moment où il n’arrive plus à reprendre sa respiration entre les rires. On peut avoir un ou deux arrêts cardiaques par saison… RS  J’ai proposé à Roland Ries de créer Une École de Cabaret pour enseigner ces techniques. Une fois que les dinosaures que nous sommes ne transmettront plus ça, qui le fera ?

C’est vrai qu’il s’acharne sur vous, Roger… RS  Je ne l’ai pas lu ! On m’en a parlé, j’ai lu vos papiers, mais j’ai toujours dit que je lirai Grossmann quand il écrira lui-même ses livres. Il va d’ailleurs monter un spectacle ici. C’est un scoop ! DCI  Tu lui as proposé, mais il ne t’a pas encore répondu. Je connais tout de lui. RS  Moi ça m’intéresse qu’il fasse quelque chose, d’avoir un personnage comme lui qui vienne sur scène pour régler ses comptes avec moi. Il veut aussi dire des textes plus sérieux, du Malraux sur l’art par exemple. Je pense que je vais me débarrasser du problème en lui donnant carte blanche. DCI  En même temps c’est le seul qui parle encore de culture et qui s’y intéresse, même s’il est difficilement gérable. Ce n’est pas avec Ries et consort qu’on va avancer sur ces questions ! Le mot “culture” est sorti du vocabulaire des politiques…


littérature

au nom de roz Avec une vie digne d’un roman d’aventures, la franco-afghane Chékéba Hachemi raconte dans L’Insolente de Kaboul ses quinze dernières années de combats pour la cause des femmes dans son Afghanistan natal.

Par Thomas Flagel Photo de Thierry Rateau

Retrouvez un entretien avec Chékéba Hachemi sur www.poly.fr

L’insolente de Kaboul, Anne Carrière Éditions, 2011 (18,50 €) www.anne-carriere.fr

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on père disait que la France offrait un rêve au monde et que l’on peut partager un rêve comme on embrasse un idéal. » Voilà le premier modèle qui forgea la jeune Chékéba, élevée dans la bourgeoisie de Kaboul. Ses frères, elle les a vus fuir, un à un, la conscription pendant l’occupation russe avant de devoir, au sortir de l’enfance, passer à son tour clandestinement au Pakistan, à travers les bombardements faisant rage dans les montagnes. Destination Alfortville dans un petit appartement transformé par ses frères en lieu d’accueil de la résistance et de tous les Moudjahidines en exil. Transiteront des commandants ou encore le frère de Massoud, Ahmed Zia, futur vice-président afghan. Chékéba mène de front des études en école de commerce et deux jobs pour les payer, assurant en plus, tout le quotidien pour la famille. Quand les Talibans renversent le gouvernement des Moudjahidines en 1996, instaurant un régime islamiste ultra répressif, elle monte l’ONG Afghanistan Libre pour bâtir des écoles et défendre le droit des femmes. Avec une ténacité doublée d’un culot à toute épreuve, elle remue ciel et terre, organise événements et collectes de fonds pour venir en aide à la région du Panshir où résistent Massoud et ses hommes. Début 2001, le monde s’émeut bien plus du dynamitage des Bouddhas de Bâmiyân par les Talibans que des lapidations de femmes dans le stade de Kaboul. Chékéba œuvre en coulisses, auprès de Massoud, qui prononce un discours remarqué devant le Conseil de l’Europe à Strasbourg, dénonçant la montée d’un terrorisme qu’il voit, prophétiquement, se propager au reste du monde. La stature internationale de chef d’état qu’il acquiert « a sûrement précipité sa perte quelques mois plus tard ». Pas de quoi entamer la ténacité de celle qui devient diplomate à Bruxelles. Trois ans à batailler au cœur même des méandres administratifs de l’Union européenne. Peu

importe. Seuls comptent les résultats pour son pays ravagé. « Je suis binationale comme on est bipolaire, soumise et féministe, et seule l’action me hisse au-dessus de ma mêlée intime », confie-t-elle. Sa plus grande fierté sera d’avoir réussi l’incroyable pari de créer Roz, avec l’aide des journalistes de Elle. Le premier – et le seul ! – magazine féminin fait par et pour les Afghanes qui sort, depuis avril 2002, chaque mois. En 2005, le vice-président afghan Ahmed Zia Massoud la propulse au rang de conseillère, à Kaboul. Un salaire de misère (300 $ par mois) pour une lutte sans fin contre les préjugés machistes de son gouvernement – incapable de concevoir qu’une femme soit à son poste pour ses qualifications – et contre la corruption généralisée. C’est d’ailleurs pour la dénoncer qu’elle quittera ses fonctions. Rien n’y fera. Insolente et insoumise, Chékéba continue ses combats depuis la France, tête haute, regard fixe et humour bien trempé dans une vie d’épreuves.

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SURRÉALISME & DADA – SAINT-LOUIS

chemins de traverse Avec ce Chassé-croisé Dada-Surréaliste, l’Espace d’Art contemporain Fernet-Branca propose une promenade buissonnière dans l’art de 1916 à 1969. Les grands noms y côtoient avec bonheur des créations excitantes d’artistes méconnus.

Par Hervé Lévy

À Saint-Louis, à l’Espace d’Art contemporain Fernet-Branca, jusqu’au 1er juillet 03 89 69 10 77 www.museefernetbranca.org

A

près les 130 œuvres de la collection Planque1, Fernet-Branca accueille une nouvelle collection privée. Riche de plus de 300 pièces de 98 artistes, elle appartient à un couple parisien qui, comme le veut l’expression consacrée, a souhaité conserver l’anonymat. Le visiteur est invité à un parcours en forme de collage, tantôt chronologique, tantôt thématique, au cœur d’œuvres d’artistes ayant participé à deux aventures majeures du XXe siècle, Dada et le Surréalisme, qui ont été portées par des « individus

révoltés, des partisans de l’automatisme, des collagistes de la rencontre, des découvreurs du moment opportun » selon Georges Sebbag2, commissaire de l’exposition avec Auguste Vonville.

Au fils des ans

L’exposition inclut un pan chronologique rassemblant les Références (ceux qui ont été des sources vives, Chirico, Picabia ou Klee avec le traitement chromatique d’une intense subtilité du Schweizer clown), les Surréalistes

Max Ernst, Fleurs-coquillages, 1932, Photo : Alberto Ricci © ADAGP, Paris, 2011 30

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(des débuts à l’après-guerre) et les Dadas. On y découvre huit œuvres de Jean Arp qui participa, avec, entre autres, Tristan Tzara, Hugo Ball et Hans Richter, à la création du mouvement, au Cabaret Voltaire. Pour lui, « Dada est pour le sans sens ce qui ne signifie pas le non-sens. Dada est sans sens comme la nature. Dada est pour la nature et contre l’“art”. Dada est direct comme la nature et cherche à donner à chaque chose sa place essentielle. Dada est pour le sens infini et les moyens définis. » Surréalistes du “premier cercle” – l’éblouissant Deux oiseaux de Max Ernst ou des Merveilles des mers mélancoliques à souhait d’Yves Tanguy – voisinent avec figures oubliées… Et c’est grâce à ces découvertes que l’exposition séduit tant. Citons les Orages magnétiques de Wolfgang Paalen (hybridant Dali et Tanguy dans un maelström fuligineux) ou les curieuses couleurs, à la fois sourdes et éclatantes, de Stanley William Hayter. Après guerre, on découvre un Surréalisme foisonnant, une multiplicité de propositions oscillant entre respect des canons historiques du courant (que l’on compara souvent à une secte dont André Breton aurait été le gourou vieillissant et intransigeant) et exploration de leurs limites. Parmi les créateurs présentés, remarquons l’Italien Enrico Baj et son éblouissant Generale rosso, créature ubuesque et allégorie burlesque de tous les autoritarismes, quelque part entre Staline et le général Alcazar.

Au fil des thèmes

Le second corpus de l’exposition est d’essence thématique et rassemble des sections aussi diverses qu’Ésotérisme et folie, Seize femmes surréalistes (avec le romantisme parfois gothique de Valentine Hugo), Pleine marge (les “apparentés” comme Francis Bott), etc. Plus que dans le versant chronologique, les grands noms se font rares – même si les cinq rayogrammes3 de Man Ray sont de pures merveilles – et c’est tant mieux. Le visiteur sort des sentiers battus pour découvrir une “autre histoire” de l’art et constater que les deux mouvements ne se limitent pas à quelques patronymes figés dans le marbre de la mémoire. Si certaines pièces ne surprennent guère comme Le Démon mesquin de Jane Graverol (dans la filiation très, voire trop, directe de Magritte), d’autres sont des coups de poing à l’estomac : le collage de Meret Oppenheim (qui fut une modèle de Man Ray) intitulé Reisergalerie, une réflexion sixties sur le Scarabée d’or d’Edgar Allan Poe, est de ceux-là. Très

belle surprise également avec les œuvres de Wols, dans une zone improbable entre Dada et Surréalisme, qui retraite un matériau premier, où pointent, évanescentes, les ombres de Picabia ou Chirico. Dans une gouache de 1940, évoluent d’étranges créatures au profil que n’aurait pas renié le dessinateur de BD Caza, au milieu de ce qui semble être une allégorie du taudis moderne. Dans une autre, trois cheminées dégingandées – un motif récurrent chez l’artiste allemand – se dressent vers le ciel, branlantes et hésitantes. Grâce à ces chemins buissonniers inspirés et rafraichissants, l’exposition de Saint-Louis prend tout son sens.

Enrico Baj, Generale rosso, 1961, Photo d’Alberto Ricci © ADAGP, Paris, 2011

1 Exposition présentée du 30 mai au 24 octobre 2010, voir Poly n°134, www.poly.fr 2 Écrivain, docteur en philosophie, historien du Surréalisme qui a participé aux activités du groupe entre 1964 et 1969 3 Des images photographiques obtenues en plaçant des objets sur une surface photosensible exposée à la lumière

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THÉÂTRE – STRASBOURG

le padre, le flingue et les poteaux Venant du Sud sinistré de l’Italie, Spiro Scimone et Francesco Sframelli mettent en scène et jouent leurs propres textes, joyaux de simplicité et de justesse. Avec Nunzio et Pali, nous découvrons au TNS un théâtre contemporain réfléchi et engagé. Rencontre.

Par Thomas Flagel

Nunzio de Spiro Scimone (en italien de Sicile surtitré en français), au Théâtre national de Strasbourg, du 13 au 18 mars Pali (Poteaux) de Spiro Scimone (en italien surtitré en français), au TNS, du 20 au 25 mars 03 88 24 88 24 – www.tns.fr

1 Elle a présenté Le Pulle et Vita Mia, au Maillon, en 2009. Retrouvez un entretien avec la metteuse en scène de Palerme sur www.poly.fr 2 Projection au Cinéma Star de Due amici (Deux amis) d’après Nunzio, Lion d’Or de la première œuvre, à Venise en 2002. Elle sera suivie d’une rencontre avec les auteurs, samedi 17 mars, à 16h www.cinema-star.com

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Nunzio et Pali recèlent les mêmes procédés d’écriture : des situations simples, d’apparence banale, dans lesquelles sont distillées avec parcimonie et dans une économie de mots des éléments contextuels et biographiques qui nous font voyager avec les personnages… Spiro Scimone  Dans les mots et la construction des dialogues, on recherche une grande simplicité. Pour obtenir cette pensée exprimée avec dépouillement, il faut énormément de travail. Les situations que nous présentons sont faites de petites phrases traduisant une multitude d’images. C’est le “sous-texte”, ce qu’on ne dit pas. Et pour dire ce qu’on ne dit pas, il faut bien sûr avoir un texte ! Dans l’amitié très forte entre les deux personnages de Nunzio, un tueur à gages et un homme un peu simplet qui sont coupés du monde, on sent la violence, l’exclusion mais aussi l’amour, comme dans Pali. La dénonciation du monde d’aujourd’hui y est évidente… Francesco Sframelli  Dénoncer est un très beau mot. On dénonce à travers l’humanité des personnages. Mais dénoncer pour dénoncer ne sert à rien. SS  Ce qui nous intéresse est d’arriver à dénoncer, à accuser en arrivant au drame par le biais de la promiscuité mais aussi d’un sourire, bien souvent amer. Tout cela sert à créer un conflit en cherchant à mettre ensemble deux éléments souvent totalement opposés. Dans Pali, les personnages sont en bas de l’échelle, dans la merde. Leur vie est en équilibre instable, comme leurs corps sur les poteaux où ils

se réfugient. Pourquoi, quand on fait quelque chose de dramatique face au spectateur, cela nous porte à ressentir quelque chose alors qu’au contraire, regardant des images réelles à la télévision ou quelqu’un dans la rue en train de souffrir, on ne ressent rien ? C’est parce qu’au théâtre, pendant qu’on est en train de faire semblant, on doit être réel. Au contraire, dans la réalité, l’homme continue de faire semblant. Dans Pali vous évoquez le besoin du public de jouir de la violence et de la douleur de l’autre, dénonçant le voyeurisme actuel. Cela rappelle les pièces d’Emma Dante1 qui vient aussi du Sud de l’Italie. Est-ce qu’il y a un lien entre l’état actuel de la région et ce terreau engagé que vous incarnez ? FS  Tout à fait, le Sud est productif car nous sommes en difficulté. Le théâtre réveille des consciences, les gens ont besoin de ça, même si les tenants de la vieille garde s’offusquent toujours d’une certaine vulgarité. SS  Ils préfèrent un théâtre à l’eau de rose. Nous avons surtout des difficultés dans des endroits où le théâtre d’état nous empêche de jouer. Les gens sont habitués à voir des pièces de Pirandello, avec des scénographies poussiéreuses. Il faudrait éventrer ces mises en scène. En Italie, les compagnies sont peu soutenues. Quel regard porte l’État lorsque vous appelez, comme dans Pali, à relever la tête, regarder le monde en face et refuser ce qu’on nous inflige ? FS  Nous vivons un moment historique terrifiant. Au lieu de nous appuyer sur la culture,


Quand on parle de Berlusconi ou de Sarkozy, il ne faut pas oublier que les Italiens et les Français les ont produits !

on la met de côté alors même qu’on en a le plus besoin. Les compagnies théâtrales qui se battent sont constituées de gens se rebellant et contestant avec des choses concrètes. SS  Et pour défendre la culture, il faut faire. Et quand on nous en empêche, faire encore plus. FS  Quand on parle de Berlusconi ou de Sarkozy, il ne faut pas oublier que les Italiens et les Français les ont produits ! Il y a malheureusement quelque chose de vulgaire dans l’homme. Et c’est à nous, journalistes, metteurs en scène, comédiens, de réveiller les consciences, de se lever et de le dire clairement, même si ce n’est pas facile. À l’engagement du cinéma italien des années 1960-70 a succédé le théâtre depuis une dizaine d’année. Est-ce dû à votre totale indépendance vis-à-vis des subventions d’État alors même que le cinéma doit rendre des comptes à ses financeurs ? FS  La grandeur du cinéma italien est derrière nous. Il est devenu plat. Nous payons souvent notre indépendance durement, mais arrivons tout de même à vivre de notre art. Quand nous avons fait un film tiré de Nunzio2, nous avions dit d’emblée que nous déciderions tout dans ce film. Sinon, nous refusions de le faire. C’est fondamental que les producteurs ne mettent pas leur nez dedans. SS  Surtout qu’en Italie les deux seules maisons de productions sont la Rai et Mediaset… C’est donc nous, par le biais du théâtre qui pouvons arriver à un cinéma engagé. Mais on doit toujours partir d’une qualité artistique, d’un projet qui ne soit pas uniquement la dénonciation des errements politiques.

Spiro Scimone (à gauche) et Francesco Sframelli (à droite) dans Nunzio

Dans Pali, la religion est très présente par le biais de références et de questions «  au Padre », qui ne répond jamais, laissant les gens « dans la merde ». Un thème central dans la très religieuse Italie où le pouvoir du Vatican est important ? SS  C’est une question très forte que de chercher si Dieu existe. Moi-même je me la pose. Le rechercher, l’appeler pour voir s’il est là, est un besoin et une nécessité de créer avec lui un rapport. FS  Par contre ils en parlent comme si c’était le voisin d’à côté, lui demandant une poêle ou d’autres choses comme cela. (Rires) Un effet comique immédiat. Poly 147 Mars 12

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la follia à l’âge classique Pour fêter ses quarante ans d’existence, le seul orchestre de chambre d’Alsace, La Follia, prend un nouveau virage sous l’impulsion de son directeur musical arrivé en 2009, Hugues Borsarello.

Par Hervé Lévy

Les 40 ans de La Follia seront fêtés à Mulhouse, au Théâtre de la Sinne, vendredi 23 mars 03 89 33 78 01 www.mulhouse.fr À voir également un concert “Cuivres et Classique” (avec des œuvres de Rossini, Mozart, Bacri…), à Niederbronn-lesBains, au Moulin 9, vendredi 20 avril 03 88 80 37 66 www.niederbronn-culture.com www.la-follia.org

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lus de 2 000 concerts, une trentaine de créations mondiales, le Grand Prix de l’Académie du Disque lyrique et le Grand Prix de la SACEM pour l’enregistrement du Stabat Mater de Boccherini… L’histoire de La Follia, déjà riche, s’apprête à prendre un tour inédit avec, depuis peu, une nouvelle qualification – “Orchestre de Chambre d’Alsace” plutôt qu’“Ensemble musical” – pleine d’enseignements. Si la formation dont le nom découle d’une célèbre partition pour violon d’Arcangelo Corelli était surtout connue jusque-là pour faire voisiner perles baroques et expérimentations contemporaines, elle se tourne désormais, sans abandonner ses fondamentaux, vers « la musique classique de la seconde moitié du XVIIIe siècle ». Son directeur musical et violon solo, Hugues Borsarello rajoute : « Mozart et Haydn sont les figures les plus célèbres de cette époque… Tellement célèbres d’ailleurs qu’elles ont jeté dans l’ombre tous les autres compositeurs. » Avec un orchestre “de Mannheim” (12 cordes, 2 hautbois, 2 cors), La Follia nous fera mieux connaître les grands oubliés

que sont Ignace Pleyel – qui ne fut pas que le célèbre facteur d’instruments – le Chevalier de Saint-George ou François-Joseph Gossec. Pour leur quarantième anniversaire, les musiciens en résidence à Sélestat (depuis 2007) sont de retour, le temps d’un concert, à Mulhouse, cité qui les a vus naître. Ils ont concocté un programme emblématique du changement d’ère qui s’annonce rassemblant des œuvres de Haydn (son Concerto en do, avec, comme invité de marque, un des plus grands violoncellistes de la planète, Gautier Capuçon), Mozart (la Symphonie Concertante) ou Nicolas Bacri (la Symphonie n°4 du compositeur né en 1961). Cerise sur la gâteau, nous pourrons entendre quelques extraits des Musiques pour kiosque d’Eugène Damaré (1840-1919) qui écrivit des pages pour piccolo, parmi les plus excitantes du répertoire dédié à l’instrument. Décidément, La Follia continue son œuvre salutaire d’agitation, mêlant de manière jubilatoire les répertoires et faisant découvrir à l’auditeur des pièces rares. L’histoire se poursuit.


Gainsbourg forever

Création d’après les textes des chansons de Serge Gainsbourg Par la compagnie Théâtre Lumière Vendredi 23 mars 2012 à 20h30 Au Moulin 9 à Niederbronn-les-Bains Renseignements et réservations : relais.niederbronn@wanadoo.fr 03 88 80 37 66

Media Création / D. Schoenig

Dans le cadre de la tournée 2011/2012 des Régionales

Christophe

HOHLER

Musée des Beaux-Arts de Mulhouse 4 février - 25 mars 2012 tous les jours (sauf mardis et jours fériés) de 13h à 18h30

Entrée libre


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CLASSIQUE – STRASBOURG

bain de jouvence Pour cette deuxième édition du Concert “jeunes talents” de l’Orchestre philharmonique de Strasbourg, c’est Marko Letonja, futur directeur musical de la phalange strasbourgeoise, qui est au pupitre. Voilà une belle illustration d’un fameux proverbe : « La valeur n’attend pas le nombre des années ».

Par Hervé Lévy Photo de Pascal Bastien

À Strasbourg, au Palais de la musique et des congrès, mardi 3 avril 03 69 06 37 06 www.philharmonique. strasbourg.eu

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arko Letonja, aujourd’hui “directeur musical désigné” de l’OPS, entrera en fonction en septembre 2012. On peut déjà entrevoir, dans cette ferme volonté de pérenniser une manifestation initiée par son prédécesseur, Marc Albrecht, quelques contours de sa future politique artistique : dédié aux virtuoses en herbe, le Concert “jeunes talents” est « essentiel pour l’avenir du genre symphonique. Si nous ne nous mobilisons pas pour faire entendre ces musiciens, qui le fera ? » questionne le chef slovène. Autre volonté affichée dont témoigne

une soirée attendue, celle « d’une interaction plus importante de l’Orchestre avec la ville. Nous devons collaborer très activement avec l’Opéra national du Rhin et le Conservatoire. » Des projets communs sont d’ores et déjà sur les rails. L’ouverture de la saison 2012 / 2013 verra ainsi se produire, au Zénith, les chœurs des trois institutions. Ont ainsi été invités, comme l’année passée, des artistes nés dans les années 1980, pour la plupart, des lauréats de concours internationaux majeurs, comme le flûtiste Loïc Schneider (natif de Strasbourg, il a étudié avec la soliste de l’OPS, Sandrine François) ou le violoncelliste Tristan Cornut. Marko Letonja a cependant souhaité élargir le casting en conviant des artistes de l’Opéra studio de l’Opéra national du Rhin – le baryton Yuriy Tsiple et le ténor Xin Wang – et des étudiants du Conservatoire, les percussionnistes Ryoko Kondo et Claire Litzler ainsi que Bruno de Souza Barbosa qui joue du très rare cymbalum, également appelé piano tsigane, une sorte de cithare sur table avec ses cordes frappées par des baguettes. Le programme ? Il est à l’avenant de cette diversité artistique et ressemble à un feu d’artifices sonore où Kodály rencontre Haydn, Gounod ou Bizet. Inviter des interprètes trentenaires sur la scène du Palais de la musique et des congrès est aussi un moyen pour faire découvrir le répertoire symphonique à des publics nouveaux. « À l’OPS, l’action éducative est déjà efficace et structurée, mais il importe de se poser la question : pourquoi les jeunes ne viennentils pas assez au concert ? Pour y répondre, il faut évidemment mener une réflexion sur la programmation, mais aussi se rapprocher encore plus des écoles » conclut Marko Letonja.

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VOS PROCHAINS RENDEZ-VOUS! SI cARMEN M’ÉTAIT cONTÉE…

SHY’M

cIRQUE DU SOLEIL «ALEGRIA»

SEMINO ROSSI

SA 17 MARS

LU 19 MARS

DU ME 21 AU DI 25 MARS

LU 26 MARS

STÉPHANE ROUSSEAU

RFM PARTY 80’ LA TOURNÉE BEST OF

T’cHOUPI FAIT SON SPEcTAcLE

JULIEN cLERc «SYMPHONIQUE»

ANDRÉ RIEU

DISNEY LIvE

FESTIvAL DES ARTEFAcTS

vE 30 MARS

SA 31 MARS

DI 1ER AvRIL

JE 5 AvRIL

MA 10 AvRIL

SA 14 AvRIL

DU vE 20 AU DI 22 AvRIL

LAURA PAUSINI

MAGIc SYSTEM

LES 30 ANS DE TOP MUSIc

GUNS N’ROSES

THRILLER LIvE

ELIE SEMOUN «TRANcHES DE vIES»

ALANIS MORISSETTE

LU 30 AvRIL

ME 9 MAI

SA 26 MAI

LU 11 JUIN

JE 14 JUIN

vE 15 JUIN

ME 4 JUILLET

SHIM cHUNG

ORcHESTRE PHILHARMONIQUE DE STRASBOURG

MAMMA MIA !

BHARATI «IL ÉTAIT UNE FOIS L’INDE»

LE cASSE-NOISETTE DE ST-PETERSBOURG

THE cRANBERRIES

STATUS QUO

ME 12 SEPT

JE 20 SEPT

DU vE 12 AU DI 14 OcT

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ÉGALEMENT : HELENE FISHER «FÜR EINEN TAG» • TRYO • M POKORA • JAMEL DEBBOUZE «TOUT SUR JAMEL» • FOREvER KING OF POP EN 2013 : GOSPEL POUR 100 vOIX «WORLD TOUR 2013» • MIcHEL SARDOU «LES GRANDS MOMENTS» • LE LAc DES cYGNES • 1789, LES AMANTS DE LA BASTILLE

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INFOS ET RENSEIGNEMENTS

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FESTIVAL – STRASBOURG

qui suis-je, où vais-je ? Mélange des genres, présence de la musique électronique, partis pris audacieux…Les différents spectacles présentés pendant Les Giboulées de la marionnette par la compagnie de Renaud Herbin donnent une idée précise des préoccupations artistiques du nouveau directeur du TJP.

Par Emmanuel Dosda

Les Giboulées de la Marionnette, à Strasbourg, au TJP (mais aussi au MAMCS, au Hall des Chars ou au Molodoï), du 23 au 31 mars 03 88 35 70 10 www.tjp-strasbourg.com Plug, vendredi 23 mars à 21h au TJP grande scène Un rêve, samedi 24 à 20h et dimanche 25 mars à 16h au TJP petite scène Des nouvelles des vieilles, dimanche 25 mars à 12h au MAMCS Pygmalion miniature, dimanche 25 mars à 11h30 et à 12h30 au MAMCS

Renaud Herbin manipulant une marionnette durant son spectacle Pygmalion miniature © Estelle Chaigne 38

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Plug

« Plug est un spectacle de Paulo Duarte, plasticien qui a fait les Beaux-Arts de Porto. Il assume un univers plastique fort, se mettant en situation de jeu, sur le plateau, entre des éléments réels et d’autres, préenregistrés ou filmés en direct, qui sont projetés et se démultiplient » décrit Renaud Herbin. Une divagation plutôt qu’une narration… Entre rêverie, réalité et virtuel, il s’agit d’un espace d’errance à parcourir. La dimension sonore est importante et Morgan Daguenet, compagnon régulier de la compagnie LàOù, est présent pour l’appuyer. Ex-Mils, électronicien proche d’artistes comme M83 (lire page 52) ou Abstrakt Keal Agram, le musicien electro officie aujourd’hui sous le nom de Bertùf. Dans le cadre du festival, il se produira, durant un show case au casque, à la Fnac, mercredi 21 mars à 17h. Plug

Un rêve

Il s’agit de la traduction visuelle et sonore d’une courte nouvelle de Kafka (le spectacle est présenté dans le cadre d’un parcours dédié à l’écrivain pragois). Rêve ? Cauchemar ? Ce tout premier solo de Renaud Herbin (monté en 1999, il ne l’a pas joué depuis des années) plonge dans le songe d’un homme traversé par des idées noires. Une pièce désespérée, terrifiante ? « Non, pleine d’humour et de dérision, même si le personnage se voit être enterré dans sa propre tombe. À son réveil, il est tout à fait satisfait d’avoir vu son nom gravé, avec de belles lettres, sur la pierre tombale. ». Un clin d’œil de douze minutes pour présenter Renaud Herbin, « montrer d’où [il] vient ».

Des nouvelles des vieilles

« Depuis quelque temps déjà, Julika Mayer a engagé un travail de collecte de paroles auprès de femmes d’âge mûr. Leur rapport au territoire, à la féminité, au fait de vieillir… » La collaboratrice de Renaud Herbin a mis ces entretiens (diffusés sur des postes radios) en scène, créant un « lieu de corps à corps » entre une jeune femme, Julika, et une vieille dame, marionnette assez réaliste. Alors que Plug ou Un rêve font disparaître le corps du manipulateur, Des nouvelles des vieilles affirme sa présence.

Pygmalion miniature

Il s’agit d’un épisode des Métamorphoses d’Ovide. On passe « du minéral à la vie » et le sculpteur manipulé par Renaud Herbin tombe amoureux de sa création. La marionnette, objet de désir ? « Elle a une force incroyable de suggestion. Elle amorce un mouvement et laisse de la place au spectateur pour développer. Je n’aime pas les pièces univoques, qui me diraient quoi penser et la marionnette permet plusieurs sens de lecture. »

édition spéciale

Peut-on parler de ligne directrice alors qu’elle est double, concoctée par Murielle Chevalier, collaboratrice de Grégoire Callies, et Renaud Herbin, nouveau directeur (lire son portrait – www.poly.fr) ? Comment définir ce festival qui, de fait, est divers et varié ? Question futile selon le nouveau directeur du Théâtre jeune public : « La multiplicité des propositions fait le paysage actuel de la marionnette contemporaine. C’est la diversité d’approches qui m’intéresse. » Nous remarquons cependant un thème commun à certains spectacles : le temps qui passe, la filiation, la généalogie. Des nouvelles des vieilles (LàOù), Et il mangera (Vélo Théâtre), Mathilde (Stuffed Puppet Theatre) ou La maison de mon grand-père (La Rous Teatro) parlent de l’héritage et de la transmission. « C’est sans doute lié à l’histoire du lieu car nous sommes à un moment charnière où une histoire finit et une autre commence », analyse Renaud Herbin à propos d’une édition qui préfigure l’avenir du TJP. Dans ce territoire ouvert d’expérimentations et de recherches qu’est le festival, il apprécie particulièrement quand la marionnette s’articule avec les autres arts (plastiques et numériques), au théâtre, à la danse… Quand elle questionne son rapport à l’espace, au mouvement, au corps des manipulateurs, qu’elle s’adresse aux petits, mais pas seulement… Dans un futur proche, le TJP optera pour un nouveau nom (désolé, on ne peut pas vous en dire plus pour l’instant), moins directement associé au “jeune public”, pour affirmer sa position de Pôle européen de création artistique pour les arts de la marionnette. Les Giboulées 2012 s’inscrivent dors et déjà dans ce projet. www.tjp-strasbourg.com

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ART CONTEMPORAIN – SÉLESTAT

au-delà du réel Affinités, déchirures & attractions, exposition collective présentée au Frac Alsace, rassemble des œuvres (lui appartenant, mais pas seulement) chargées de réel et de faits d’actualité. Un corpus d’“embrayeurs de fiction”.

Par Emmanuel Dosda

À Sélestat, au Frac Alsace, jusqu’au 13 mai 03 88 58 87 55 www.culture-alsace.org

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n immeuble encore fumant, détérioré par un incendie, des civils tenus en joue par des militaires armés jusqu’aux dents, des corps inanimés, des membres humains éparpillés au sol, dans la poussière… Au centre de l’exposition trône un grand diptyque, se présentant comme une double page d’un magazine grand ouvert, qui heurte les yeux du visiteur. Le choc des photos ? À y regarder de plus prêt, le subterfuge se dévoile : nous ne nous trouvons pas face à un témoignage colossal (deux fois 2 m par 1,78 cm) de la guerre en Irak, mais devant une mise en scène où des figurants posent dans le décor en carton-pâte d’un studio de ciné. Dans la droite lignée des peintures de batailles héroïques (Delacroix…) et des films de guerre hollywoodiens (Green zone…), ce double cliché n’est pas l’œuvre d’un photojournaliste, d’un reporter de guerre, mais bien d’un artiste qui fait des clins d’œil à l’histoire de l’art tout en falsifiant le réel. Éric Baudelaire a même placé dans sa “fresque” un personnage immortalisant la scène sanglante avec son portable, comme pour rappeler qu’aujourd’hui chacun participe au

flux d’images qui nous inonde. The Dreadful details montre l’horreur de la guerre, certes, mais s’analyse également comme un appel à nous méfier des images qui mentent et piègent le regardeur. Selon Olivier Grasser, directeur du Frac Alsace, cette exposition est moins une mise en garde, qu’une invitation à les voir d’une autre façon. La genèse du projet se trouve dans un texte de Georges Didi-Huberman, auteur de Quand les images prennent position, qui « interroge leur portée politique. Il s’appuie sur un travail mené par Brecht au début des années 1940. Durant la guerre, alors qu’il était en exil, il réalisa un journal, un collage d’images ramassées dans la presse auxquelles il ajoutait des fragments de phrases. Didi-Huberman parle de ce montage hétérogène et de l’effet produit. L’écart de sens stimule la réflexion, l’imagination de ceux qui regardent cette composition. » Les œuvres exposées montrent un terrible crash – L’accident de Bertrand Gondouin – ou une guérilla kurde en Irak – Théâtre de guerre d’Émeric Lhuisset – mais il s’agit toujours de


“trucages”. La photo de Gondouin n’a pas été prise le 11 septembre à New York : il s’agit de l’agrandissement d’une scène de La Guerre des mondes de Spielberg. Les photographies “documentaires” de Lhuisset ? Des mises en scène reprenant des poses issues de peintures patriotiques illustrant la guerre franco-prussienne… Affinités, déchirures & attractions, en totale résonance avec le monde actuel, se veut comme une réflexion sur la force d’interpellation des visuels aujourd’hui. « Nous sommes bombardés d’images manipulatrices qui jouent sur l’émotion. Plus on en reçoit, moins on est sensible » insiste Olivier Grasser. Celles du Frac « provoquent une projection chez le regardeur, une empathie. » Les travaux exposés, traitant de sujets difficiles (les conflits au Moyen-Orient… notamment les photos de Produits de Palestine de Jean-Luc Moulène), représentent, parfois de manière détournée, la « réalité turbulente » à laquelle nous sommes tous confrontés, directement ou indirectement, via les médias. Mais il s’agit d’« embrayeurs de fiction. Formellement, les œuvres reposent sur des effets de montage et sont source d’introduction de la

fiction, de la mémoire. Elles perturbent la linéarité du temps. » L’installation de Stéphane Garin, (Gurs. Drancy. Gare de Bobigny…) consiste en des captations sonores, exemptes de toute dimension dramatique (on entend des cloches sonner ou le vent faisant bruisser le feuillage), dans différents camps de concentration ou lieux de déportation : Auschwitz, Sobibor ou Treblinka. Au spectateur de confronter les « images horribles » qu’il en a au son qu’il entend, de remplir les interstices. Pour Le Tourniquet, l’artiste allemand Jan Kopp a arpenté un quartier sensible, filmant des scènes de rue, dans une cité. Il a ensuite décalqué chaque image du film, une à une, avant de réaliser une sorte de dessin animé à partir de celles-ci. Réalité ? Fiction ? Manipulation ? Le Tourniquet fait tourner la tête. Il est à l’image de l’exposition. Les œuvres, qui puisent leur matière première dans l’actualité, immergées dans la bande son de Garin, sont ainsi liées et se lisent comme un vaste montage, un assemblage de bouts de réel qui prennent une dimension nouvelle. À chacun de s’y projeter. Et plus si affinités… 

Éric Baudelaire, The dreadful details, 2006

Provoquer une projection chez le regardeur, une empathie Olivier Grasser, directeur du Frac

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THÉÂTRE – MULHOUSE

ceci est un article sur grand magasin Entre conférence et performance, farce et non fiction, la compagnie Grand Magasin joue avec les mots et analyse les mécanismes du spectacle vivant. Dans Les Rois du suspense, présenté à La Filature lors du festival TRANS(E), tout est annoncé à l’avance.

Par Emmanuel Dosda

À Mulhouse, à La Filature, vendredi 16 mars 03 89 36 28 28 www.lafilature.org Dans le cadre du festival TRANS(E), immersion dans l’expression artistique allemande, française et suisse, du vendredi 16 au samedi 24 mars www.lafilature.org

«

N

ous faisons du théâtre », avancent sans grande conviction Pascale Murtin et François Hiffler, les deux fondateurs de Grand Magasin qui se considèrent toujours un peu comme des imposteurs dans le métier. Au départ, en 1982, le duo avait pour projet de faire des spectacles chorégraphiques. Se sentant « assez mal à l’aise avec un langage purement gestuel », la troupe se sert du verbe. En use, en abuse. « La quantité de mots prononcés a alors excédé le nombre de gestes accomplis », disent-ils en chœur. Passionnés par Raymond Roussel – auteur qui triture le langage, les mots et leur sens –  ou Ludwig Wittgenstein, Pascale et François produisent des spectacles proches de la démarche analytique du philosophe pour lequel, selon eux, « la réflexion est très laborieuse car avançant en faisant un pas en avant et trois en arrière ». Ton neutre, déco minimaliste, économie de moyens : plantés sur scène dans des vêtements de tous les jours, les comédiens évoluent entre quelques chaises en plastoc orange, deux / trois plantes vertes et un lecteur de cassettes diffusant une musique cheap et répétitive. Tels des conférenciers, ils dissèquent la construction du spectacle, énoncent les scénarios possibles et commentent obstinément leurs actions. Le point de départ des pièces ? Une question, « pas aussi simple qu’elle en a l’air », insiste François Hiffler. Élargir la recherche aux départements limitrophes, par exemple, part de cette interrogation : « Que se passe-t-il ailleurs, durant la représentation, en ce moment

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même ? » À la base de l’ovni théâtral Le 5e forum international du cinéma d’entreprise, il y eut ce désir de la compagnie « d’écrire une fiction, mais comme il fallait choisir un commencement, une suite, qui faisait quoi… nous nous sommes arrêtés : ces problématiques formaient un obstacle. » Et donc un thème : « Comment raconter une histoire ? » Grand Magasin, trop pointilleux quant aux outils du théâtre, ne parvient pas à construire de vrais récits. « Nous nous sentons obligés de vérifier l’alphabet avant d’écrire des mots » explique François, amusé. « C’est comme si nous voulions aller en voyage, mais que nous trouvions la mécanique de la voiture trop fascinante pour partir. Il nous est impossible de faire quelque chose sans interroger le médium et de nous poser des questions existentielles. » Les créations de la compagnie sont autant de faux départs… « Je vais prendre ce chariot. » « Je vais soulever ce vase. » « Je vais m’adresser au public. » Avec Les Rois du suspense, présenté à La Fi-


lature, tout est annoncé à l’avance, paroles ou actes. Le duo présente sa “pièce sur les didascalies” de cette manière : « Pour éviter toute surprise, chaque scène sera précédée d’un résumé qui en expose le déroulement et la chute, dévoilant l’intrigue. » Quel intérêt y a-t-il à voir une action énoncée à l’avance ? En quoi une chose dont nous sommes informés peut encore provoquer de l’étonnement ? François se réfère à Hitchcock, maître en la matière, pour esquisser une réponse : « C’est paradoxal, mais pour qu’il y ait suspens, il est nécessaire que le spectateur sache ce qu’il va se passer, qu’il soit au courant que l’assassin est caché dans la maison ou que la bombe va exploser dans cinq minutes pour qu’il ait peur. Je sais ce qui va venir, je le redoute, mais je l’attends et la tension s’installe. » Comme toutes les pièces des grands magasiniers, Les Rois du suspense s’avère sérieuse et terriblement drôle, intelligente et farfelue, absurde mais d’une logique implacable.

on connaît la chanson Le duo fait intervenir de nombreuses personnalités dans ses pièces : Bettina Atala (qui fit partie de Grand Magasin), Étienne Charry (musicien, exmembre du groupe Oui Oui avec Michel Gondry), Christophe Salengro (le président de Groland) ou encore le chorégraphe Jérôme Bel. Ces trois derniers sont au casting de Bilan de compétence, spectacle chanté, “bilan” des 30 ans de Grand Magasin. Les Rois du suspense sera suivi, à Mulhouse, de 25 chansons trop courtes interprétées par Pascale Murtin, avec François Hiffler aux claviers. Pascale, au sujet de la genèse de ce show : « J’ai écrit ces courtes chansons, en fait des jeux de mots, après une chute de vélo il y a trois ans. En me réveillant, je n’avais plus la capacité d’associer les mots et l’écriture m’a aidée à réapprendre à parler. » 25 chansons trop courtes, vendredi 16 mars, à La Filature www.grandmagasin.net

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Paroles sans musique – alsace

l’amour et cætera Avec sa dernière création, Gainsbourg Forever, le Théâtre Lumière de Christophe Feltz éclaire les textes de l’artiste d’un jour dramaturgique. Paroles sans musique pour raconter une histoire d’amour à trois : sensible, sensuelle et fragile.

Par Dorothée Lachmann Illustration d’Anaïs Guillon pour Poly

À Illkirch-Graffenstaden, à L’Illiade, du 15 au 17 mars 03 88 65 31 00 www.illiade.com À Saverne, à l’Espace Rohan, mardi 20 mars 03 88 01 80 40 www.espace-rohan.org À Niederbronn-les-Bains, au Moulin 9, vendredi 23 mars 03 88 80 37 66 www.niederbronn-culture.com À Metz (57), à la Salle Braun, samedi 31 mars 06 76 49 41 41 www.sallebraun.com À Souffelweyersheim, à l’Espace culturel des 7 Arpents, vendredi 20 avril 03 88 20 00 12 www.souffelweyersheim.fr www.theatre-lumiere.com

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«

S

erge Gainsbourg, je l’ai découvert quand j’avais treize ans. Depuis, je n’ai jamais cessé de l’écouter. Avec Boris Vian et Léo Ferré, il fait partie de ceux qui m’ont éveillé à l’art. Grâce à lui, j’ai choisi de me lancer. » Pour Christophe Feltz, metteur en scène et comédien du Théâtre Lumière, faire entendre les phrases de Gainsbourg sur scène était donc une évidence. « Je me sens très proche de lui dans son écriture, sa poésie, son impertinence, son cynisme, son rapport à l’amour... » Homme de mots, plus que de notes, il s’est lancé le défi de théâtraliser les paroles des chansons. « C’est Gainsbourg le poète, l’écrivain, dont il est question ici. Nous gardons uniquement la matière première : le verbe. Sans la musique, on le redécouvre beaucoup plus profondément. Et c’est parfois une vraie surprise. » Pendant des mois, le comédien s’est plongé avec ses deux partenaires dans la “bible” parue en 2009, L’intégrale et cætera réunissant les 650 textes signés Gainsbourg. « Nous les avons tous travaillés ! Mais il a fallu faire des choix, la mort dans l’âme. » Au final, il en reste tout de même une soixantaine, sélectionnés pour servir la dramaturgie. « L’idée était de mettre du concret dans cette poésie, de raconter une

histoire d’amour en trio pour que le théâtre apparaisse. Le spectacle évoque toutes les étapes du couple : prélude, séduction, puis dépit et rupture. Le troisième personnage vient, tour à tour, enrichir ou perturber la relation », explique le metteur en scène. Et l’on constate avec ravissement que les textes se répondent et s’enchaînent le plus naturellement du monde, comme si, au fond, Gainsbourg n’avait jamais raconté qu’une seule et même histoire. Bien sûr, on n’échappera pas au Poinçonneur des Lilas ni à La Javanaise, on redécouvrira le Requiem pour un con et L’Anamour, mais la compagnie a aussi fouillé jusque dans les recoins les plus méconnus du corpus gainsbourien pour y dénicher des pépites comme Trois Millions de Joconde ou l’irrésistible Ballade comestible. Dans son décor, Christophe Feltz a glissé quelques clins d’œil comme ces quatre silhouettes féminines, symbolisant les love stories de l’homme à la tête de chou : Elisabeth Levitsky, sa première épouse, Bardot, Birkin et Bambou. Se trouvent aussi des références à Dali, que Gainsbourg avait rencontré et qu’il admirait tant. « C’est une façon de rappeler qu’à côté de la peinture, il considérait la chanson comme un art mineur. » La chanson, oui ! Mais la poésie ?


théâtre

TOuTe LiberTé 13.03.2012  20:30

Les Peintres au charbon de Lee Hall, inspiré du livre de W. Feaver – Éditeur et agent théâtral : L’Arche – Mise en scène Marion Bierry assistée de Marianne Radja Théâtre du Passage, Neuchâtel (Suisse) – création 2009 Taps Scala du jeudi 15 au samedi 17 mars à 20h30 dimanche 18 mars à 17h

info. 03 88 34 10 36 www.taps.strasbourg.eu

N° de licence d’entrepreneur du spectacle : 1050935-936-937 ~ Conception : starHlight / CHIC MEDIAS ~ Photo : ©Kim Savage

Visuel Kathleen Rousset, graphisme Polo

jeune public

dès 16 ans

www.lacoupole.fr


CIRQUE & DANSE – STRASBOURG

kafka sur le rivage De janvier à juin, Jean-Baptiste André présente pas moins de quatre pièces au Maillon et au festival Melting Pot. Une plongée dans les métamorphoses d’un danseur circassien touche-à-tout.

Par Thomas Flagel

Qu’après en être revenu (dès 10 ans), à Strasbourg, au Maillon-Wacken (avec Les Migrateurs), du 21 au 23 mars 03 88 27 61 81 www.le-maillon.com Dis-moi ce que tu vois, je te dirai… & Papiers découpés (formes courtes), à Strasbourg, au Théâtre de Hautepierre pendant le Festival Melting Pot, mercredi 13 et jeudi 14 juin 09 50 88 09 50 www.lesmigrateurs.org

www.cnac.fr 2 Rock expérimental avec beaucoup de riffs

J

ean-Baptiste André a plusieurs visages. Insaisissable équilibriste passé par le Centre national des Arts du cirque1, il crée un premier solo en 2004, Intérieur Nuit, qu’il continue de jouer, comme au Théâtre de Hautepierre à la mi-janvier. « Un moyen de l’emmener dans le temps, de le revisiter… J’en deviens presque son propre interprète et le vois se modifier, comme si je le regardais de l’extérieur », admet-il. Ce huis clos repose sur un jeu de vidéoprojections renversant les lois de la gravité. Jean-Baptiste y évolue dans une pièce – chambre ou prison ? – questionnant la réalité de l’être dans un jeu de corps mutant en jeu de l’esprit. L’identité et sa pluralité de facettes chevillées au cœur, La Métamorphose

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Comme en plein jour © Magali Fanjat

de Kafka comme inspiration existentielle à une réflexion psychologique et mouvementée de la transformation, du doute. De la solitude et de la folie. De l’ennui aussi. Son personnage « se bute au mur, se confronte à l’altérité avec un humour bien à lui », tout en nuances et en fulgurances, tel un éclat de rire, aussi léger qu’inquiétant. Ses premiers pas de soliste se couplent à ceux d’interprète sous la direction de Philippe Découflé. Le début d’une longue série de collaborations avec des chorégraphes de renom, Christian Rizzo, Rachid Ouramdane ou François Verret. Autant de masques qui déroutent, titillent le besoin normatif d’un milieu aimant les étiquettes bien reconnaissables : circassien, comédien ou danseur ? Metteur en scène, chorégraphe ou interprète ? « Je suis, tout simplement » réplique le jeune artiste, un brin goguenard. « La variété de ces expériences révèle en moi une personnalité. Tous ces grands chorégraphes me font prendre conscience de ma spécificité. Ils me poussent à affiner ma propre écriture qui se colore de la radicalité et de la forme de pensée plastique de l’espace de Rizzo, des interrogations dramaturgiques et politiques de François Verret ou encore de la force des témoignages réels utilisés par Rachid Ouramdane dans Des témoins ordinaires… » Des questionnements nés en seconde année du CNAC où il rencontre le metteur en scène Michel Cerda, son référent pour la spécialité clown, choisie après l’équilibre sur les mains. Ils ne se quitteront plus, Michel devenant dramaturge et “regard extérieur” de toutes ses créations, Intérieur Nuit, Comme en plein jour et Qu’après en être revenu, à voir au Maillon fin mars. « C’est pour moi un “maïeute”, un accoucheur d’esprit pratiquant l’art du détour », assure-t-il. « Pour


Qu’après en être revenu © Alain Julien

ma dernière création, j’avais envie d’un ballet d’équilibristes alors que notre discipline est plutôt solitaire. Convoquer sur le plateau plusieurs personnes pratiquant un même art permet d’en révéler les différences et les identités. » Ne voulant pas s’enfermer dans une position de soliste après son second spectacle, Comme en plein jour, Jean-Baptiste fait appel à Michel Cerda pour l’aider dans « l’épreuve de cette création de groupe où s’est posée la difficulté d’être à la fois dedans et dehors ». Derrière ses titres intrigants, se dévoile la face immergée de l’iceberg : le regard sur soi aiguisé d’un jeune artiste jouant sur les scènes européennes les plus prestigieuses. Tout de blanc vêtu dans Comme en plein jour, son corps devient support pour les projections vidéos qui s’y révèlent, potentiel de coloration et de matérialisation de l’âme pour celui qui, placé sous le feu des projecteurs, ne s’appartient plus tout à fait… Un sillon qu’il creuse dans Qu’après en être revenu, plongée dans le Grand Nord avec deux compagnons d’équilibre. Un pas de plus dans son exploration «  des limites géographiques, physiques et psychologiques du corps, de sa résistance ». Cette fois, le prisme du groupe prévaut sur l’individu dans cette équipée sauvage aux confins d’un immense espace blanc qui a fasciné les écrivains (Jack London) et les aventuriers comme Jean-Baptiste Charcot

dont les journaux de bord l’ont inspiré : « D’où vient donc l’étrange attirance si tenace, si puissante pour les régions polaires qu’après en être revenu, on oublie toutes les fatigues, morales et physiques, pour ne songer qu’à retourner vers elles ? » Sur scène, une immense feuille de journal, à la fois carte du territoire et matière blanche glacée, sert de terrain de jeu. « Elle se déploie comme un paysage pour devenir, tour à tour banquise, avalanche lorsqu’elle nous recouvre, robe blanche de neige dont on se pare pour finir comme un sac à dos qu’on emmène avec soi. » La sonorisation du plateau donne au froissement du papier le bruit des pas dans la neige dans un subtil rapport charnel à la matière renforcé par la présence et le jeu, en live, de Tony Chauvin. Ce guitariste de math rock 2, créateur du groupe Chevreuil, apporte respirations et contrepoints musicaux. Placé sous une herse de projecteurs diffusant la lumière criarde des bases de recherche du Pôle, il renforce la dimension psychologique de la quête du péril extrême, « cette fascination / obstination d’y retourner que je rapproche des obsessions du cirque et de la recherche artistique : pousser ses limites, aller au-delà, apprivoiser son corps pour se dépasser. » Perdre le Nord pour, peut-être, mieux se trouver.

Mon écriture se colore de la radicalité de l’espace de Rizzo, des interrogations dramaturgiques et politiques de François Verret, des témoignages réels utilisés par Rachid Ouramdane

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carnage chez les atrides Résolument tournée vers le théâtre pour adolescents, la metteuse en scène mulhousienne Anne-Laure Walger-Mossière transforme en boucherie le caveau du Taps Scala pour y décaper le mythe d’Électre.

Par Dorothée Lachmann Photo de Dorliss et Cie

À Strasbourg, au Caveau du Taps Scala, du 20 au 24 mars 03 88 34 10 36 www.taps.strasbourg.eu

1 La compagnie était en résidence de création à l’Espace Tival de Kingersheim du 14 février au 12 mars 2011 2 Chef de chœur dans la tragédie grecque

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A

vec leur programmation “Coups de pouce”, les TAPS soutiennent le travail de jeunes artistes et mettent à leur disposition le cadre intime et chaleureux du caveau du Scala. Accueillie pour cinq représentations, Dorliss et Cie 1 y présente Électre (viande hachée), un spectacle directement destiné aux ados. Ce public, Anne-Laure Walger-Mossière s’y consacre depuis ses premiers pas dans le théâtre. Une démarche qui fait mouche auprès d’une génération pourtant hypnotisée par les écrans et le virtuel. « Les ados ont une appétence particulière pour les sentiments, les passions, tout ce qui est immédiatement perceptible. Il faut partir de sujets qui les préoccupent, comme les relations parents / enfants ou la révolte, et aller vers des esthétiques qui leur parlent », explique la metteuse en scène. « Les grands mythes, avec leurs sentiments exacerbés, fonctionnent très bien. » Électre, me direz-vous ? Mais une Électre viande hachée. Si la tragédie antique est toujours une boucherie sans nom, Anne-Laure l’a prise au pied de la lettre. Le texte, revu et actualisé par la plume de Michel Meyer, évolue au milieu des hachoirs et des morceaux de barbaque sanguinolente. « La boucherie

offre trois niveaux de lecture : c’est d’abord un élément du quotidien qui permet d’entrer dans l’imaginaire de chacun. Elle est aussi le lieu symbolique de la chair à la fois nourricière et violente. Enfin, elle invite à une mise en scène décalée, bourrée de clins d’œil. » Si le mythe est respecté dans sa narration, la porte est grande ouverte à la fantaisie, à l’image de ce délirant Monsieur Fatoum, coryphée 2 fan de Michael Jackson, ou encore de ces têtes de porcs pendues dans la vitrine qui ne forment rien moins qu’un chœur antique. La chair est omniprésente sous l’inquiétante lame aiguisée des couteaux : « Pour les comédiens, c’était très particulier de devoir jouer avec cette viande qui les dégoûtait complètement au début. Ce sentiment s’est transformé en rage, le contact de la chair a provoqué chez eux une énergie très spéciale. » Une rage qui bouillonne dans les yeux de la jeune Électre, incapable de pardonner à sa mère Clytemnestre la mort de son père. « Dans cette version contemporaine, l’anorexie du personnage principal marque le rejet de la mère nourricière. Depuis l’Antiquité, la pièce nous parle des difficultés dans les relations familiales. » Famille recomposée, rapport à la nourriture, mère dévorante, émotions qui s’affrontent… Les ados adorent.


L’EntrE-DEux : DEs savoirs bouLEvErsés 16.02 J 29.04.2012

Les

maîtres du verre

Du 2 mars au 28 mai 2012 Musée de la Faïence - Sarreguemines

Entrée libre Tél. +33 (0)3 69 77 66 47 kunsthalle@mulhouse.fr www.kunsthallemulhouse.com

Visuel : Aurélien Froment ~ Pulmo Marina, 2010 – Courtesy de l’artiste, motive Gallery, Amsterdam et marcelle Alix, Paris Graphisme : médiapop + starHlight

15 rue Poincaré - Sarreguemines (57) Tljs sauf lundi, 10h-12h et 14h -18h www.sarreguemines-museum.com

www.imaginales.fr

11e édition

Salon du livre Café littéraire

31 mai 3 juin 2012 Accueil Espace Cours

Expositions Animations

illustration Christophe Vacher - Conception RECTOVERSO RC EPINAL B 340 995 323 00011

Jeux


JAZZ – STRASBOURG

thelonious mind Prenez un pianiste de jazz épatant, Jason Moran, et un concert mythique de Thelonious Monk. Mixez voix, musiques, photos et art contemporain. Voilà In my mind – Monk at town hall 1959, un spectacle très éloigné de toute fascination passéiste.

Par Sophie Barthélémy

À Luxembourg, à La Philharmonie, lundi 5 mars +352 26 32 26 32 www.philharmonie.lu À Strasbourg, à Pôle Sud, mercredi 13 mars 03 88 39 23 40 www.pole-sud.fr

L

es disques du pianiste Jason Moran – comme le dernier paru, Ten (Blue Note, 2010) – ont le ronronnement des belles machines que beaucoup envient mais que peu savent faire avancer. Ce pianiste trentenaire, talentueux et novateur, se balade depuis quelques années sur un mode croisant modernisme de bon aloi (n’a t-il pas intitulé un de ses morceaux You got to be modernistic ?), esprit expérimental (les bidouillages sonores chic et bien vus) et sens du patri-

moine. Il a ainsi joué avec certains grands ancêtres furieusement actuels, comme Wayne Shorter, Charles Lloyd et feu Paul Motian, ce qui en dit long sur sa capacité à croiser le fer avec des génies du répertoire tout en leur donnant sa vision rythmique et musicale. C’est justement de cela dont il s’agit avec le projet jazz le plus étrange que l’on ait vu et entendu depuis longtemps, In my mind – Monk at Townhall 1959, la réinterprétation d’un des célèbres concerts de Monk, donné en formation importante (et paru sur le label Riverside). Mais Jason Moran va encore plus loin dans l’expérience multimédia puisqu’il a plongé dans un matériau unique, des enregistrements d’interviews de Thelonious himself et des milliers de photos signées W. Eugene Smith. Tout cela documente admirablement le travail de cette figure mythique du jazz et de ses musiciens, irriguant les expérimentations de Moran et de ses acolytes. Jason Moran dirige à cette occasion une copieuse formation, The big Bandwagon, avec comme socle les membres de son trio habituel, le bassiste Tarus Mateen et le batteur Nasheet Waits, auxquels se joignent des souffleurs de choc. Le spectacle croise images fixes et animées, qui donnent à voir et à ressentir ce qu’était le milieu du jazz de la fracture des années 1950 / 1960 à Manhattan. Enfin, ajoutez à cela les créations de l’artiste contemporain Glenn Ligon, qui travaille notamment sur l’écriture et vous plongez dans un ensemble visuel et sonore loin des duos virtuels entre momies chantantes ou relectures d’albums de rock statiques. Avec In my mind – Monk at Townhall 1959 nous sommes surtout dans une véritable re-création contemporaine osée et passionnante de la musique cubiste monkienne, qui démontre – mais pouvait-on en douter ? – que l’énergie circule à travers les époques, sans perdre son intensité.

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POP GRANDILOQUENTE – STRASBOURG

supernova La “star” M83, musicien français que la planète nous envie, transportera son auditoire au centre de sa constellation sonique le temps d’un show à La Laiterie durant lequel il lui montrera la voie (lactée).

A

dulé par la presse anglo-saxonne, Anthony Gonzales, tête pensante de M83 (comme la galaxie) a débuté sur Gooom, petit (mais costaud) label electro hexagonal. Il aurait pu garder ce statut d’artiste discret d’Antibes, doué mais confidentiel… seulement le sort en a voulu autrement. Le départ de son binôme, Nicolas Fromageau, au bout de deux projets1 n’aura pas fait exploser le vaisseau en plein vol. Au contraire, la notoriété de M83 enfle, album après album, chacun rappelant immanquablement les ambiances électroniques de Boards of Canada et le rock brumeux de My Bloody Valentine. Le système stellaire mis au point par Anthony Gonzales ? Une ligne mélodique autour de laquelle il tournoie, l’enveloppant de strates : flots de synthés, vagues de guitares, airs joués au clavier ou chantés, batteries pesantes. Ses compos sont autant de typhons, de trous noirs où l’on s’engouffre. Ses disques ? L’alliance entre musique cérébrale – les boucles, la construction en couches – et populaire – l’influence de la pop 80’s, notamment de Talk Talk et Tears For Fears… qu’il apprécie particulièrement, nous confia-t-il sans complexe lors d’un de ses passages à La Laiterie. S’il n’écrit pas de chansons à proprement parler (la voix est utilisée comme un instrument parmi les autres), des thématiques parcourent des disques épais comme du brouillard. Saturdays = Youth (2008), par exemple, parle, en substance, de l’adolescence. Pas étonnant, dès lors, qu’Anthony cite comme références Gregg Araki et Larry Clark, cinéastes passionnés par l’univers des ados. Aujourd’hui installé aux USA, le Californien d’adoption voit les choses en grand. En plan américain. XXL. Échafaudé à Los Angeles où il réside depuis début 2010, Hurry up, we’re dreaming2 met les bouchées doubles avec vingtdeux titres. Ce péplum pop synthétique en deux chapitres débute en beauté, avec le sobrement nommé Intro et,

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surtout, la bombesque seconde piste, Midnight City, un tube. Si les voix, la sienne ou celle de la sirène Zola Jesus, sont davantage mises en avant, on retiendra surtout les synthétiseurs suintants, l’orgue cérémonial, les envolées de cordes, les chœurs angéliques, le saxo outrancier, l’emphase générale innervant l’ensemble. Quand c’est trop, c’est mégalo? La saturation est évitée grâce aux salutaires respirations, des bulles d’oxygène : le slow numérique Wait, l’electro-folk Year one, one UFO ou la comptine enfantine Raconte-moi une histoire… Nostalgique (les très nombreux clins d’œil à son enfance et aux eighties), cinématographique (les titres Steve McQueen et Klaus I love you, spéciale dédicace à Kinski), épique (à peu près tout le disque), Hurry up, we’re dreaming est une intrigante échappée cosmique et autobiographique. Une expérience à vivre en live.

Par Emmanuel Dosda À Strasbourg, à La Laiterie, samedi 17 mars 03 88 237 237 – www.laiterie.artefact.org M83, sorti en 2001 et Dead cities, red seas & lost ghosts, en 2003 Le double album Hurry up, we’re dreaming est sorti fin 2011 sur Naïve – www.naive.fr – http://ilovem83.com

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Strasbourg invite les littératures européennes Rencontres et expositions Écrivains / traducteurs

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NUNZIO traduire l’Europe mars 2012

13 > 18 mars 2012 • De Spiro Scimone • Mise en scène carlo cecchi

7es Rencontres Européennes de Littérature

La passion des langues L’avenir de la démocratie en Europe, avec Tzvetan Todorov 23 mars à 14h au Palais Universitaire de Strasbourg Rencontre avec Drago Jancar, Prix Européen de Littérature 2011 24 mars à 15h - Palais du Rhin, Strasbourg Boris Pahor : lecture « L’Homme de Trieste » par Marcel Bozonnet, 24 mars à 17h - Médiathèque André Malraux

PAL I 20 > 25 mars 2012 • De Spiro Scimone • Mise en scène FranceSco SFrameli

Spectacles en sicilien surtitrés en français

03 88 24 88 24 • www.tns.fr

Le français en partage Valère Novarina Prix de Littérature Francophone Jean Arp 2011 30 mars à 14h - Nouveau Patio, Université de Strasbourg (20 rue Descartes) Grand entretien avec Nancy Huston 31 mars à 15h - Médiathèque André Malraux

Expositions - Médiathèque André Malraux 16 mars au 12 mai - Familles d’Ados en Europe, 17 mars au 20 mai - Simultan en partenariat avec le CEAAC

Tout le programme sur : www.mediatheque-cus.fr www.strasbourg.eu www.prixeuropeendelitterature.eu www.unistra.fr

Réagir sur le

b l o www.tns.fr/blog


THÉÂTRE barré – SAINT-LOUIS

les tatas flingueuses Créé au Théâtre du Peuple de Bussang, Le Gros, la vache et le mainate déboule avec fracas sur la scène de La Coupole. Totalement barré et politiquement incorrect, ce spectacle de Pierre Guillois ne ressemble à aucun autre. Jubilatoire en diable !

Par Dorothée Lachmann Photo de David Siebert

À Saint-Louis, à La Coupole, samedi 17 mars 03 89 70 03 13 www.lacoupole.fr

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C

omment raconter un spectacle dont le créateur nous prie à genoux de ne rien révéler ? Car ce qui se passe sur scène avec ces fous furieux est en effet très loin du synopsis… pourtant déjà bien inquiétant. Jugez plutôt : on nous annonce, à la mise en scène, le sémillant Bernard Menez. Oh ! Oh ! Oh ! Jolie poupée, nous répondrez-vous d’un ton goguenard. Ce qui révélerait indubitablement votre méconnaissance de l’animal. Car dans le genre déjanté, en voilà un qui détient la palme. En s’acoquinant avec lui, Pierre Guillois, l’ancien directeur du Théâtre du Peuple – et accessoirement le coupable de ce grand n’importe quoi – réalise le casting le plus improbablement parfait qui soit. Et avec ces deux-là lâchés en roues libres, on peut s’attendre à tout, en particulier au meilleur qui n’est rien d’autre que le pire. Ou vice-versa. Le résultat donne une “opérette barge” totale-

ment hilarante et complètement givrée. Sans rien trahir des surprises que réserve ce spectacle, on peut néanmoins dévoiler qu’il y est question d’un gros (plus exactement d’un homme en cloque), d’une vache (on ménage le suspense) et d’un mainate (qui écoute Francis Lopez en boucle ; n’oublions pas que nous sommes dans une opérette). Mais aussi de deux tatas très folles, incarnées au-delà de toute imagination par Jean-Paul Muel et Pierre Vial, sociétaire honoraire de la Comédie Française « pour la malheureuse raison que nous n’avons pas trouvé d’actrices assez peu délicates pour incarner ces harpies », précise le metteur en scène. Et puisque nous évoquions ce jeune homme sur le point d’accoucher, vous attendez sans doute des nouvelles du bébé. Il se porte bien : 110 kg, une Kalachnikov en guise de hochet et une barboteuse sur mesure pour l’acteur Olivier Martin-Salvan, spécialiste du bruitage et des grimaces qui ne démérite pas dans ce rôle ingrat du “bébé qui dégoûte”. Au milieu de cette famille de frapadingues, la Beauté vient régulièrement frapper à la porte, sous les traits, tour à tour, d’un postier, d’un ambulancier ou d’un pompier au corps d’éphèbe qui se livre à des strip-teases chauds bouillants dont les tatas salaces ont du mal à se remettre. Quant au metteur en scène, il ne sait plus très bien ce qu’il fait là, et on le comprend un peu. Entre burlesque, humour noir et suprême mauvais goût, ses hurluberlus partent en vrille en repoussant à l’extrême les limites du rire. Et encore, vous ne savez pas tout...


Klaus STOEBER

JODI Karl KELS

Jonathan PORNIN Otto TEICHERT

Odile LIGER

Valerie PERRIN

Adrienne FARB

Jean EUSTACHE Fabrice LAUTERJUNG

Nicolas SCHNEIDER

Eric SUCHERE Corinne CHOTYCKI Philippe CYROULNIK

Yann BAUQUESNE

Ana CASANOVA

Lea BARBAZANGES

parti PRIS

SkanderZOUAOUI

Le 19, Crac

jusqu’au 22 avr. 2012

Le 19, Centre régional d’art contemporain de Montbéliard - www.le19crac.com - +33 (0)3 81 94 43 58

Ciné-concert

Speedy

Ciné-concert

Tabou

de Ted Wilde

de F.W Murnau et Robert Flaherty

Vendredi 16 mars à 20h30

Vendredi 20 avril à 20h30

Musique : Christofer Bjurström cinéduo

Musique : Christine OTT

Tarif s : 10€/8€/5,5€

Tarifs : 10€/8€/5,5€

Renseignements - billetterie : Mairie de Bischheim - Point Info Culture - tel : 03 88 333 668 - www.salleducercle.fr et réseau FNAC


Nicolas Schneider, Goodriver, 2011 / 2012

le goût des uns Au 19, Centre régional d’Art contemporain de Montbéliard, carte blanche est laissée à cinq “professionnels de l’art” qui croisent leurs regards et leurs coups de cœur dans une étonnante exposition nommée Parti pris.

Par Dorothée Lachmann

À Montbéliard, au 19, jusqu’au 22 avril 03 81 94 43 58 www.le19crac.fr

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l y a les invités, et puis les invités des invités. Forcément ça fait du monde. Une réunion hétérogène et foisonnante, sorte de tour de Babel inversée où chacun y va de son langage… et où tous se comprennent. Valérie Perrin, directrice de l’Espace multimédia Gantner, est accompagnée des vidéastes Yann Bauquesne et Jodi. L’écrivain et critique d’art Éric Suchère a invité deux jeunes peintres, Corinne Chotycki et Jonathan Pornin. L’artiste Fabrice Lauterjung défend un film de Jean Eustache. Quant au directeur du 19, Philippe Cyroulnik, il fait le choix de la couleur en conviant Ana Casanova, Adrienne Farb, Odile Liger et Klaus Stoeber. Et puisque tout le monde ici est de parti pris, soyons-le aussi ! En se concentrant sur les invités d’Otto Teichert et leurs procédés fascinants. Ils se nomment Léa Barbazanges, Karl Kels, Nicolas Schneider et Skander Zouaoui. « Aucun lien entre eux, apparemment, exceptée la relation singulière qu’ils entretiennent avec le temps. L’attente, la disponibilité et l’affût constituent des fils conducteurs. Idem pour la sobriété du vocabulaire utilisé et la grande simplicité des situations ou sujets choisis », souligne le directeur de l’École des Arts Décoratifs de Strasbourg. Ainsi des stu-

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péfiants “assemblages organiques” de Léa Barbazanges : ailes de mouches réunies en un fil reliant le sol au plafond ou réceptacle de verre entouré d’un fil de soie d’araignée de cent mètres de long. « La matière est choisie pour sa beauté, banale mais remarquable, et pour ce qu’elle rappelle de la fragilité de la vie : ces morceaux de réel sont parfois si raffinés qu’il est difficile de trouver la manière la plus juste de les montrer », explique-t-elle. À ses côtés, Nicolas Schneider expose ses dessins, qu’il inonde pour faire réagir le papier, avant de les travailler à l’ordinateur et de faire pleuvoir sur eux encore et encore. Apparaissent alors des silhouettes incomplètes, des paysages indéfinis, nés de l’eau et du trait, du hasard aussi. Cette exploration contemplative se poursuit avec la vidéo de Karl Kels, qui a posé sa caméra devant le bassin des hippopotames du zoo de Vienne, filmant un ballet à la lenteur incongrue. Un rapport au temps et à la simplicité que le sculpteur Skander Zouaoui recherche dans la céramique. « Une matière qui impose un temps qui lui est propre. » À eux quatre, ils composent un “parti pris” signé Otto Teichert, où « tout coule, s’écoule et s’impose, librement. Un ordre sans autorité. Une invitation à circuler dans le processus. »


musique danse tiques arts plas théâtre

s n e g s e es l L b a n n déraisnovoie sont e parition 30 de dis 16, 17 mars à 20 h , 15,

>Les 14 e 18 mars à 17 h anch même instant >mDpim u agnie A Co

no a t n o L Loin/ ars à 20h m dredi 2C3landestines n e V > Les nie Compag

Expositions : sculptures, peintures, photographies, productions d’enfants au Musée Historique, à la Médiathèque, à la Maison de l’Enfance, au Centre social et culturel Robert Schuman…

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1er Haguenau Salsa Flash Mob

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2 concerts de Grupo Compay Segundo au Théâtre

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Spectacles pour enfants, concerts, rencontres littéraires, projections de films

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Stages de salsa, cuisine, musique

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Spécialités à boire et à manger dans les restaurants, bars et pâtisseries partenaires

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Grande soirée festive de clôture, avec dîner, concerts et danse, salle des Corporations le 31 mars

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ts eim n des Ar La Maiso âteau - Lingolsh h C 2 8 u d 8 8 e u 8 8r 3 88 7 im.fr tions : 0 e a h v r ls e o s g é n R arts@li s e des Arts d n n o o is > ma la Mais e d il e u c c > ou à l’a rs de 14 à 20h) jou s le s u o (t

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Programme complet disponible dans les structures participant à l’opération et sur les sites

www.relais-culturel-haguenau.com www.ville-haguenau.fr

03 88 73 30 54


THÉÂTRE – FORBACH

journal de création Charlotte Lagrange, jeune metteuse en scène issue de l’École du Théâtre national de Strasbourg, assiste Jean-Paul Wenzel dans sa prochaine création, Tout un homme, au Carreau. Voici son carnet de bord de création.

Par Charlotte Lagrange Pochoir d’Ernest Pignon-Ernest et portrait de Chibani signé Éric Didym

Tout un homme de J-P. Wenzel À Forbach, au Carreau, du 9 au 17 mars 03 87 84 64 34 www.carreau-forbach.com À Metz, Théâtre du Saulcy, mercredi 21 et jeudi 22 mars 03 87 31 50 50 www.univ-metz.fr À Nancy, au Théâtre de la manufacture, du 24 au 28 avril 03 83 37 42 42 www.theatre-manufacture.fr

Les Chibanis, exposition photographique signée Éric Didym (voir p.69), du 7 au 31 mars, au Carreau 03 87 84 64 34 www.carreau-forbach.com www.ericdidym.fr

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Décembre 2009

écrire un “récit-fiction” sur les Algériens et les Marocains venus en nombre travailler dans les mines de la région. La matière du texte est la parole de ces mineurs, recueillie et rassemblée par l’Université de Metz, puis par Jean-Paul. Or, à peine la première partie du livre était-elle écrite que l’évidence s’est imposée d’en faire une adaptation, comme si cette parole demandait à être entendue. C’est ainsi qu’avec Arlette Namiand il fait éclore cette petite forme. Le livre comme son adaptation à la scène gardent la trace concrète du témoignage, traversé de respirations et d’hésitations. Cette sensation d’humanité vient aussi de ce qu’Ahmed n’est pas un seul homme mais une humanité à lui seul. Il est la figure d’une multitude de parcours : tous ceux qui ont quitté l’Algérie pour la France. La citation de Sartre en exergue du livre est percutante : « Si je range l’impossible salut au magasin des accessoires, que reste-t-il ? Tout un homme, fait de tous les hommes, et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui. »

Je suis surtout frappée par l’humanité qui se dégage de ce spectacle… C’est ce mot qui me vient en tête avec évidence : humanité. Peutêtre est-ce dû à la genèse du projet ? JeanPaul a été contacté par la sous-préfecture de Forbach, la Drac Lorraine et l’Association Sociale et Sportive du Bassin Houiller pour

Décembre 2010

Je suis à l’école du TNS en troisième année. Ce soir, un car nous emmène à Forbach où se joue une petite forme, mise en scène par JeanPaul Wenzel. Assis dans les vieux mais confortables fauteuils et canapés de l’Emmaüs où était présenté la pièce, nous écoutons le récit d’Ahmed, jeune algérien immigré travaillant dans les mines lorraines. C’est Hammou Graïa qui narre et incarne cette figure. Il est entouré de deux comédiens : David Geselson, pour tous les personnages masculins, et Messaouda Sekkal, pour les féminins. On est à la fois dans le récit et dans le théâtre. La langue est simple mais poétique. Surtout, elle est au centre du dispositif. Seules une table et quelques chaises viennent dessiner les différents espaces traversés par Ahmed. Le récit nous guide sur ce fil tendu entre l’Algérie et la Lorraine. Accompagnés par les notes d’Hassan Abd Alrahman (oud), les comédiens déploient l’univers d’Ahmed et avec lui, de tous les Algériens venus en Lorraine pour y devenir mineurs.

Le livre Tout un homme va paraître dans un mois. Jean-Paul envisage d’adapter au théâtre l’ensemble du récit et il me propose de faire partie de l’aventure comme assistante et dramaturge. Dans un an et demi, nous monterons la partie algérienne et la partie marocaine en


un seul spectacle. L’histoire de l’immigration marocaine est très différente de l’histoire de ces Algériens, représentés par la figure d’Ahmed. Elle permettra d’aborder des problématiques actuelles, le racisme et la religion… Faut-il la tisser à l’histoire d’Ahmed, ou au contraire, la distinguer fortement en créant un diptyque ? Le travail d’adaptation mené pour la scène par Jean-Paul et Arlette Namiand en décidera...

Juin 2011

Ils dirigent un “chantier nomade” près de Rennes. Avec des comédiens professionnels, ils expérimentent le passage du récit à la scène, de la deuxième partie de Tout un homme. L’histoire de Saïd et Omar, deux jeunes Marocains recrutés par les Français, appelle une nouvelle forme théâtrale. Parce que cette histoire concerne deux amis, parce que l’immigration a été massive et organisée, parce que ses écueils ont été le racisme et le communautarisme, c’est une forme chorale qui émerge de ce laboratoire théâtral. Une piste que nous creuserons bientôt.

Enfin, janvier 2012…

Les deux parties du récit formeront un diptyque théâtral qui se jouera dans deux mois à Forbach, puis dans une tournée nationale. Les répétitions commencent au Théâtre des

Amandiers, à Nanterre. Les comédiens Fadila Belkebla, Mounya Boudiaf, Hovnatian Avedikian et le musicien Jean-Pierre Rudolph sont venus agrandir l’équipe. Origines algériennes, marocaines, syriennes, arméniennes, juives, allemandes ou encore bretonnes et alsaciennes se mêlent sur ce projet. Un croisement dont on s’amuse, tant il est riche et évident. Nous retraversons l’histoire d’Ahmed, découvrons celles de Saïd et Omar. Jean-Paul Wenzel entraîne les comédiens dans une théâtralité si directe qu’elle semble à peine mise en scène. On ne doit pas être dans un théâtre de témoignage, ni de dénonciation. On raconte quelque chose à des gens et surtout, au présent. Pour trouver cette simplicité, les comédiens doivent jongler entre le récit et les situations, passer de l’un à l’autre sans appuyer des temps qui pourraient “psychologiser” le jeu. C’est un véritable numéro d’équilibrisme. Encore une piste de compréhension à cette sensation persistante d’humanité : c’est dans une relation directe aux spectateurs que les acteurs racontent cette épopée à multiples facettes. Une épopée qui fait partie de notre histoire humaine et politique récente et qui, par ricochet, fait écho à de nombreuses polémiques actuelles.

On ne doit pas être dans un théâtre de témoignage, ni de dénonciation

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ÉCHAPPÉES LYRIQUES

voix En quelques jours, le Festspielhaus accueille deux des plus grands ténors de la planète, Jonas Kaufmann et Rolando Villazón. Deux instants suspendus qui confirment la place de l’institution de Baden-Baden dans la galaxie lyrique : au sommet.

Jonas Kaufmann © Mathias Bothor / Decca

Par Hervé Lévy

À Baden-Baden, au Festspielhaus, dimanche 25 mars (Jonas Kaufmann) et vendredi 30 mars (Rolando Villazón) +49 7221 3013 101 www.festspielhaus.de

Jonas Kaufmann donnera aussi un intime récital de Lieder, au Festspielhaus, lundi 23 avril +49 7221 3013 101 www.festspielhaus.de

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e premier se nomme Jonas Kaufmann et bouleverse les scènes mondiales depuis une dizaine d’années. À un peu plus de 40 ans, le ténor allemand a quitté sa chrysalide de fragilité juvénile pour voguer sur les eaux d’une maturité glamour riche en couleurs et en robustesse… On le constate sur plusieurs disques récents, un enregistrement tout en sombre sobriété avec son complice le pianiste Helmut Deutsch, du cycle Die Schöne Müllerin de Schubert et l’étincelant Verismo Arias, où la netteté ne se laisse jamais subjuguer par l’émotion inhérente au patchwork musical choisi, dans lequel se mêlent extraits de Cavalleria rusticana, Andrea Chenier ou encore Adriana Leucouvreur. À Baden-Baden, avec le City of Birmingham Symphony Orchestra (dirigé par Andris Nelsons), Jonas Kaufmann nous entrainera sur les chemins croisés de Richard Strauss et de Gustav Mahler avec ses Kindertotenlieder (Chants des enfants morts), une des expressions introspectives parmi les plus violentes de la tristesse en musique. Changement complet d’atmosphère quelques jours plus tard avec le vibrionnant Rolando Villazón et l’orchestre de chambre Nuevo Mundo. Nous quittons le

chagrin germanique aux accents intimistes pour entrer dans un univers ensoleillé et exubérant fait de trésors (et de raretés) du bel canto signés Bellini, Donizetti, Rossini, Verdi… Un répertoire aimé avec passion par le ténor mexicain qui n’hésite jamais à faire des incursions hors de l’univers classique stricto sensu : des disques aussi passionnants que La Strada rassemblant des chansons tirées de films ou ¡México!, étonnante exploration des musiques du pays natal de l’artiste (avec des standards comme Bésame mucho ou Cucurrucucú paloma arrangés pour orchestre de chambre). On vérifiera cette empathie naturelle avec le bel canto, fin mai, lorsqu’il interprétera Nemorino dans L’Elisir d’amore de Donizetti dans sa propre mise en scène. Entre passion exacerbée, expressionnisme (parfois hors de toute mesure), aigus bouleversants et fougue bouillonnante de tous les instants, l’ardent latin lover de l’art lyrique séduit… et pas uniquement les spectatrices.


© Tanja Dorendorf

Christoph Marthaler, en habitué des lieux, est de retour au Theater Basel avec Lo Stimolatore cardiaco (4, 10, 20 et 26 mars, ainsi que 2 et 9 avril). Sous-titrée Una soluzione transitoria con sopratitoli in tedesco e musica italiana di Giuseppe Verdi, voilà une relecture jubilatoire du vérisme italien. Comme à son habitude le metteur en scène helvète triture un matériau dans tous les sens, en tirant la substantifique moelle… Ceux qui ont vu sa roborative Grande duchesse s’y rueront. www.theater-basel.ch

© Guillaume Bonnaud

extatique

tragique Avec Idomeneo, re di Creta présenté dans la très belle mise en scène de Yannis Kokkos (lundi 12 et mercredi 14 mars), le Grand Théâtre de Luxembourg propose une version inspirée de l’opéra de Mozart où le bruit se fond dans la fureur. Passions incandescentes, relations familiales et devoir s’entremêlent dans un maelström qui transcende les canons jusque-là rigides de l’opera seria, puisque les influences allemandes, italiennes et françaises viennent s’y rencontrer de la plus vibrionnante des manières. www.theatres.lu

Librement inspiré d’Opening Night de John Cassavetes, The Second woman est un opéra de Guillaume Vincent (créé aux Bouffes du Nord en 2011) où se mêlent réminiscences baroques et véristes, dissonances et impressions made in Broadway. Un melting-pot au bord de la crise de nerfs qui se déploie, entre nostalgie sonore et innovations lyriques, sous la baguette de Jean Deroyer, au Théâtre de Besançon, lundi 19 mars. www.letheatre-besancon.fr

© Pascal Victor

cinématographique

© A.T. Schaefer

lyrique À voir encore (les 3, 6, 10, 13 et 18 mars) au Staatstheater Stuttgart une très belle version de La Sonnambula dans une mise en scène cosignée par Jossi Wieler et Sergio Morabito. Amours suspendus, lyrisme exacerbé, airs d’anthologie (dont le fameux « Ah ! Non credea mirarti / Si presto estinto, o fiore » qui figure sur la pierre tombale du compositeur). Voilà sans doute le chef-d’œuvre de Bellini. www.staatstheater-stuttgart.de Poly 147 Mars 12

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voir & collectionner Au cours de la neuvième édition d’Art Karlrsruhe se côtoient classiques de la modernité et avant-gardes expérimentales. Promenade dans les allées d’une foire qui, en quelques années, est devenue un événement marquant du paysage culturel rhénan.

Par Raphaël Zimmermann Photo de Jürgen Rösner

À Karlsruhe, à la Messe, du 8 au 11 mars +49 721 3720 5200 www.art-karlsruhe.de

La 46e édition d’Art Cologne se déroulera du 18 au 22 avril www.artcologne.de 2 La 43e édition d’Art Basel se déroulera du 14 au 17 juin www.artbasel.com 3 www.galeriecharlot.com 4 www.contempop.com 1

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eux cent vingt-deux galeries (dont 41 nouvelles) venues de 12 pays, réparties sur une surface de 35 000 m2, plus de 45 000 visiteurs attendus en quatre jours… Les chiffres de l’édition 2012 d’Art Karlsruhe positionnent d’emblée la manifestation, initiée par le galeriste Ewald Karl Schrade, comme une des plus importantes avec Art Cologne1 (rassemblant 230 exposants sur 33 200 m2 et attirant 60 000 personnes durant cinq jours), juste derrière l’inatteignable étoile qu’est Art Basel2. Preuve s’il en fallait que la foire a su s’imposer rapidement dans le paysage. Son credo ? Une exploration de la création, tous médias confondus, depuis la période moderne jusqu’à la contemporanéité la plus pointue en compagnie de galeries de premier plan, avec le top du top du made in Germany… mais pas uniquement, puisqu’on y trouve aussi les excellents Parisiens de la Galerie Charlot3 (avec Antoine Schmitt et son fascinant minimalisme en mouvement) ou les surprenants Israéliens de Contempop4 pour une découverte du bouillonnement de Tel Aviv et des environs. Une des caractéristiques majeures d’Art

Karlsruhe est la place importante laissée aux sculptures monumentales installées, comme dans une ville, sur des places qui rythment la déambulation du visiteur. Cette année, un des événements demeure la découverte de la collection de Pop art de Gunter Sachs (19322011), photographe, playboy multimillionnaire, ex-mari de B.B. et collectionneur avisé. Galeriste à Hambourg entre 1972 et 1975, il organisa notamment une exposition dédiée à Andy Warhol. Dans cette présentation se déployant sur 400 m2, une large place est laissée aux œuvres du “pape du Pop” qui côtoient celles de Roy Lichtenstein ou Tom Wesselmann. Rencontres, tables rondes, remises de prix, vernissages, visites guidées… Il se passe toujours quelques chose dans les allées de la foire, mais s’il fallait choisir un événement parmi les centaines proposés, on mentionnerait l’accueil de la collection Marli HoppeRitter sous l’intitulé – référence à une série de Josef Albers – d’Hommage au carré. Une quarantaine de pièces toutes inspirées de cette forme… L’abstraction géométrique passée à un prisme inédit : surprenant et roboratif.


PHOTO & MUSIQUE – METZ

l’amour et la violence Ambiance cabaret obscur et déglingos à l’occasion de The Ballad of sexual dependency, diaporama de Nan Goldin mis en musique par The Tiger Lillies à L’Arsenal de Metz. Une rencontre musicalo-photographique des plus évidentes. Elle-même accro à la drogue (avant sa rehab), la célèbre photographe est très vite devenue le témoin n°1 des déambulations des junkies, des trans et travelos (représentants du « troisième sexe » selon elle), des laissés pour compte et âmes en peine, afin de « documenter » sa vie. Cette faune nocturne fait partie de sa famille, aussi large et marginale soit-elle. Dans un rapport de connivence avec les modèles, essentiel à son travail de captation de l’intime, elle immortalise ses proches avec ce projet : parler de la condition humaine. Rapidement, Nan Goldin se penche sur l’idée de dépendance sexuelle : « Pourquoi le besoin d’être deux est-il si fort ? » se questionne-t-elle, notamment au travers de sa Ballad of sexual dependency, série évolutive depuis 1981.

Par Emmanuel Dosda

À Metz, à L’Arsenal, samedi 3 mars 03 87 39 92 00 www.arsenal–metz.fr

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ès son arrivée à New York en 1978, après ses études aux Beaux-Arts de Boston, l’Américaine se frotte au punk – ses photos trahissant une évidente urgence “No Future” –, écoute en boucle la playlist de ses potes drag queens (Comme ils disent d’Aznavour…) et découvre la no wave (Lydia Lunch…) des clubs underground. C’est en ces lieux que Nan met au point les premiers diaporamas musicaux (ou slide shows), procédé qu’elle développera sa vie durant, utilisant Fais-moi mal, Johnny de Vian ou des extraits de L’Opéra de quat’sous de Brecht. En 2001, elle proposa notamment, au Centre Pompidou, l’enchaînement de 245 clichés couleur rassemblés sous le nom de Heartbeat et accompagnés par la voix cristalline de Björk. Le sujet principal : le sexe, traité de manière crue, mais avec une réelle tendresse envers les protagonistes.

Dès 2009, The Tiger Lillies joue en direct durant la projection en diaporama de la Ballad. La musique du trio londonien ? Une plongée dans une partition de Kurt Weill, une virée dans une gravure d’Otto Dix ou un portrait de travesti peint par Christian Schad, une escapade dans un bordel berlinois ou un cabaret de la République de Weimar. Accoutrés et maquillés comme Klaus Nomi, un chapeau melon vissé sur la tête, les auteurs de Heroin and Cocain décrivent un monde sombre et mélancolique. Le chant strident très haut perché, la scie musicale qui sanglote, le piano triste, la contrebasse, l’accordéon… et les images de Goldin. Des couples affalés sur des lits (et il y en a beaucoup, de lits…), un type empoignant un flingue, Nan Goldin herself, s’affichant avec les yeux au beurre noir. Des baisers et des étreintes, des rires, des silences et des pleurs, des pauses lascives. De la dope, de l’alcool, des armes à feu… et d’innombrables jeux de miroir. I’ll be your mirror dit la chanson du Velvet et Nan Goldin lorsqu’elle affirme chercher, toujours, à « montrer la beauté et la vulnérabilité de [s]es amis ».


où trouver Les lieux référents (plus de 120 exemplaires) Bas-Rhin

Strasbourg La Boutique Culture, CG67, Cinéma L'Odyssée, Graphigro, Restaurant la Victoire, CUS, Région Alsace, Pôle Sud Oberhausbergen PréO Haguenau Médiathèque, Théâtre, Mairie Sélestat Frac Alsace, Mairie Schiltigheim Mairie, École de Musique, Le Cheval Blanc Illkirch L’Illiade Bischwiller MAC

 ? Focus référents

Haut-Rhin

Colmar Le Poussin Vert, CG68, Cinéma Colisée Kingersheim Espace Tival Mulhouse Cinéma Bel Air, Mairie Saint-Louis Mairie, Musée Fernet Branca

Franche-Comté

Belfort Centre chorégraphique Montbéliard L’Allan

Lorraine

Forbach Le Carreau

Communauté urbaine de Strasbourg www.strasbourg.eu

Les lieux de diffusion ++ Bas-Rhin

Bischheim Mairie, Centre Culturel, Salle du Cercle, Bibliothèque (Cour des Bœcklin) Haguenau École de Musique, Musée Historique, Relais Culturel Hœnheim Mairie Illkirch Mairie Lingolsheim Mairie Obernai Espace Athic Ostwald Mairie, Château de l'Île, Le Point d'Eau Sélestat ACA Saverne Rohan Schiltigheim Ferme Linck Strasbourg Arte, CIRDD, Espace Insight, FEC, La Choucrouterie, L'Artichaut, Le Kafteur, Lisaa, La Maison des Associations, Stimultania, Strasbourg Événements, 3 magasins Bemac Mésange, Neuhof & St Nicolas, Café Broglie, Snack Michel, Trolleybus, Archives de la Ville de Strasbourg et de la CUS, CEAAC, CRDP, Restaurant Chez Yvonne, Cinéma Star St Éxupéry, IUFM, Afges, Électricité de Strasbourg, MAMCS, TJP Petite Scène et Grande Scène, Espace avenir de l'Université de Strasbourg, CCI de Strasbourg, La Laiterie, les Taps Gare et Scala, Pôle Sud, Le Vaisseau, l'École d'Architecture de Strasbourg, Fnac, BNU, Bibliothèques du Neudorf, Hautepierre, Kuhn, Meinau & de Cronenbourg, Creps Cube Noir, Le Maillon, l'Opéra National du Rhin, l'École supérieure des Arts décoratifs, Le Théâtre national de Strasbourg Vendenheim Mairie

Haut-Rhin

Altkirch Crac Alsace Cernay Espace Grün Colmar Hiéro Colmar, Lézard, Le Grillen, Civa, Bibliothèque Municipale, Musée d'Unterlinden, Fnac Guebwiller Les Dominicains de Haute-Alsace, IEAC Huningue Triangle Illzach Espace 110 Kembs Espace Rhénan Kingersheim Créa Mulhouse Société Industrielle, Maison du Technopole, La Filature, Fnac, Bibliothèque Médiathèque, Bibliothèque FLSH, Musée des Beaux Arts, École Le Quai, Bemac, CCI, Kunsthalle, Théâtre de la Sinne, Hôtel du Parc, L'Entrepôt, Musée de l'Impression sur Étoffes, Office du Tourisme Ribeauvillé Salle du Parc Rixheim La Passerelle Saint-Louis Théâtre de la Coupole, Médiathèque Thann Relais Culturel

Le Carreau, scène nationale de Forbach et de l’Est Mosellan –­ www.carreau-forbach.com

Ferme Linck (service des affaires culturelles) Schiltigheim – www.ville-schiltigheim.fr

Franche-Comté

Belfort Mairie, Le Granit, Bourogne Espace Multimédia Gantner Montbéliard Le 10neuf Et dans plus de 100 autres lieux (bars, restaurants, magasins…) Société Industrielle de Mulhouse www.sim.asso.fr

Les lieux de lecture cL  es salles d’attente des Hôpitaux

Universitaires de Strasbourg, Mulhouse, Montbéliard c 70 bars c 50 restaurants c Contact : gwenaelle.lecointe@bkn.fr

c 60 salons de coiffure c 40 cabinets médicaux et dentaires

Si vous souhaitez vous aussi devenir un lieu de diffusion pour Poly, n’hésitez pas à nous en faire la demande. Le Granit de Belfort www.legranit.org


L’ILLUSTRATRICE

gretel weyer Étudiante à l’Université de Metz puis à l’École des Arts décoratifs de Strasbourg, Gretel Weyer conçoit des univers fantasmagoriques via la sculpture ou le dessin. Telle une conteuse, elle décrit des saynètes « sordides et merveilleuses » toutes en contrastes, « entre rêve et cauchemar, réalité et fiction, idéalisation et monstruosité ». Des contes de fées ? Sauf que chez la plasticienne, les récits ne se terminent pas comme dans La Belle au bois dormant ou Blanche Neige façon Walt Disney. Moins d’happy end, plus d’angoisse… gretel.weyer@free.fr

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Dans le cadre de Traduire l’Europe

Simultan 17 mars - 20 mai 2012

Erik Bünger Gary Hill Bethan Huws Christoph Keller Anri Sala Albrecht Schäfer Lidia Sigle Mladen Stilinovi´c Céline Trouillet Katarina Zdjelar Commissaire : Bettina Klein

CEAAC, 7 rue de l’Abreuvoir, Strasbourg

Médiathèque André Malraux, 1 Presqu’île André Malraux, Strasbourg www.mediatheques-cus.fr

AFFINITÉS, DÉCHIRURES & ATTRACTIONS EXPOSITION 08:02 C 13:05:2012

FONDS RÉGIONAL D’ART CONTEMPORAIN Agence culturelle d’Alsace

Le CEAAC est membre de TRANS RHEIN ART réseau art contemporain Alsace www.artenalsace.org

visuel: Bethan Huws, The Plant, 2003

ÉRIC BAUDELAIRE CLÉMENT COGITORE MARCEL DINAHET OMER FAST STÉPHANE GARIN BERTRAND GONDOUIN JAN KOPP LA RIBOT ÉMERIC LHUISSET ADRIEN MISSIKA FRÉDÉRIC MOSER & PHILIPPE SCHWINGER JEAN-LUC MOULÈNE DEIMANTAS NARKEVICIUS TILL ROESKENS ROY SAMAHA 1 espace Gilbert Estève Route de Marckolsheim BP 90025 F-67601 Sélestat Cedex tél. : + 33 (0)3 88 58 87 55 http://frac.culture-alsace.org

La Ribot, Laughing Hole, 2006. Performance, avec Naton Goetz. Photo : Nicolas Dautier

www.ceaac.org le CEAAC est ouvert du mercredi au dimanche de 14h à 18h - Entrée gratuite


Norbert Ghisoland © Marc Ghuisoland

un regard

norbert ghisoland Par Emmanuel Dosda

Exposition de Norbert Ghisoland à la galerie Stimultania (Strasbourg), du 16 mars au 13 mai 03 88 23 63 11 www.stimultania.org

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Crochet, uppercut, direct du gauche. Face à la chambre photographique, braquant fièrement ses poings vers l’objectif, cet athlète refait le match, dans un short moulant très saillant en affichant un sourire béat… hum, radieux. Paf, bang, poum, clic-clac, dans la boîte. Cet apprenti Marcel Cerdan, boxeur anonyme et hirsute, pose dans un décor théâtral homemade : le studio de Norbert Ghisoland (18781939), portraitiste de Frameries en Belgique. Durant 40 ans, ce fils de prolo prend des clichés, à l’éclairage naturel, de la population

locale – notables distingués ou mineurs de fond – et accumule les négatifs sur plaque de verre (quelque 90 000 parait-il, même s’il n’en reste aujourd’hui que la moitié) exhumés par son petit-fils, Marc. Déco en trompe-l’œil peinte par le photographe, mises en scène incongrues et sujets trop sérieux, engoncés dans des costumes rigides, participent à l’étrangeté irriguant des images à la fois fantomatiques et pleines de punch. De la grande photo, entre art brut et document sociologique.


les chibanis par éric didym Par Thomas Flagel

Exposition au Carreau (Forbach), du 7 au 31 mars 03 87 84 64 34 www.carreau-forbach.com www.ericdidym.fr

Le photographe lorrain Éric Didym, frère du théâtreux Michel, s’est penché sur le sort des “Chibanis” (les “anciens” en arabe, usité pour désigner les immigrés maghrébins de la première heure) vivant dans les foyers pour travailleurs migrants de Lorraine. Des portraits carrés dans lesquels le noir et blanc remonte le temps à la recherche des histoires zébrant la peau tannée par les années de labeur en France. Coincés de ce côté-ci de la Méditerranée s’ils veulent toucher leur retraite de misère, la patine du temps a creusé des

sillons, amaigri les visages. Mais les coiffes sont dignes et les regards continuent de briller tels deux astres perçants, louvoyant dans les méandres d’un écartèlement identitaire entre deux mondes, deux vies, deux cultures à jamais partagées. Pas d’ici, plus vraiment de là-bas. Les mots du poète Aziz Chouaki embrassent, toujours : « Dans le désert des cœurs poussent les amnésies, les regards se détournent, les murs se rasent en silence. »

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dans l’ombre

la gardienne du trésor Anaïs Stoecklé est biblio-technicienne à la Bibliothèque Humaniste de Sélestat depuis trois ans. Sa mission principale est de numériser les ouvrages les plus précieux pour leur offrir l’éternité.

Par Dorothée Lachmann Photo de Benoît Linder pour Poly À Sélestat, à la Bibliothèque Humaniste, jusqu’au 24 mars Les Amis de la Bibliothèque Humaniste (1951-2011), une rétrospective sur 60 années de contribution au patrimoine 03 88 58 07 20 www.bh-selestat.fr

C

est une veinarde et elle le sait. Anaïs Stoecklé passe ses journées à côtoyer Beatus Rhenanus, Martin Bucer et Érasme de Rotterdam. Elle a la clef de tous les trésors de la Bibliothèque Humaniste de Sélestat. « Ce que je préfère ? Plonger dans les collections, feuilleter les livres, regarder l’iconographie. Quand vous tenez un manuscrit mérovingien du VIIe siècle entre les mains, vous sentez vraiment le poids de l’Histoire »

s’enthousiasme la jeune femme. Après une Licence d’histoire et un Master d’archiviste, elle est choisie pour s’occuper des collections de l’institution sélestadienne et mettre en œuvre un grand projet de numérisation. « En 2009, nous avons commencé à nous attaquer au fonds le plus ancien provenant de l’École latine et de la bibliothèque personnelle de Beatus Rhenanus. » À ce jour, 220 000 pages ont déjà été traitées. En tout, il faudra une dizaine d’années pour arriver au bout de ce travail titanesque, qui exige des précautions extrêmes. Anaïs gère également la mise en ligne de ces documents, l’idée étant de créer une bibliothèque numérique accessible au plus grand nombre sur la toile. Quelques clics, et le lectionnaire mérovingien – le plus ancien manuscrit conservé en Alsace – apparaît sous les yeux de l’internaute médusé, qui découvre pareillement la correspondance des grands humanistes de la Renaissance. « C’est un outil très utile pour les chercheurs du monde entier, mais il est aussi adapté aux différents publics. Chaque document est accompagné d’une fiche technique, il est possible de tourner les pages des livres, d’utiliser la loupe pour déchiffrer le texte… » L’autre intérêt de la numérisation – le premier, en réalité – est de limiter la consultation des originaux et de sauver ces trésors de la dégradation du temps. Une préservation qui fait aussi partie des missions de notre biblio-technicienne, puisqu’elle doit contrôler chaque semaine le taux d’humidité et la température des vitrines de l’exposition permanente et de la Rhenana, la pièce où sont conservés les ouvrages les plus précieux. « Nous avons entrepris l’année dernière le dépoussiérage de tout le fonds ancien : il s’agit aussi de vérifier l’état des livres et de les confier à un atelier de restauration si nécessaire. » Pas d’inquiétude, la mémoire des humanistes est entre de bonnes mains.


Orchestre PHILHARMONIQUE DE STRASBOURG

itaelenne Cap ropé eu

ORCHESTRE NATIONAL

CONCERT FAMILLE Vendredi 30 mars - 19h

PmC salle Érasme Tarif enfant 6 € / parent 8 €

• Geoffrey styles direction • alasdair malloy animateur

À Vos marques ! Concert composé de pièces de musique classique mais aussi de pièces contemporaines ayant un lien avec le sport et les manifestations sportives. Le public est vivement encouragé à revêtir le maillot de son équipe préférée et à chausser ses baskets…

SAISON 2011>2012 Il ne sera vendu que 2 billets parent pour un billet enfant Renseignements : 03 69 06 37 06 / www.philharmonique.strasbourg.eu Billetterie : caisse OPS entrée Schweitzer du lundi au vendredi de 10h à 18h Boutique Culture, 10 place de la cathédrale du mardi au samedi de 12h à 19h

experts-comptables


PROMENADE

l’amazonie pétrifiée Le Grand Ried est une des zones géographiques les plus singulières de la région. Autour de Rhinau, voici un voyage d’hiver, entre France et Allemagne, au cœur des entrelacs végétaux figés d’une forêt vierge dont l’exubérance est paralysée par la glace.

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Par Hervé Lévy Photos de Stéphane Louis pour Poly

D

ébut février, radios, télés et journaux ont trouvé un marronnier (gelé) porteur : le froid, le grand, le très grand froid qui s’est abattu sur la France. Sur les ondes, un expert explique doctement la différence entre température réelle et température ressentie. Sortie de voiture : cette dernière est, selon nos calculs, de l’ordre de -18°. « Mais comment les cygnes font-ils pour mettre la tête sous l’eau dans ces conditions ? » Une question essentielle… emportée par le vent mauvais balayant avec puissance les rives du Rhin, du côté de Rhinau.

France

1 C’est sans doute le Ried le plus étendu, mais la région comporte d’autres zones de ce type, comme l’Uffried, près de Bischwiller 2 Le fleuve historique avant sa rectification au XIXe siècle, puis sa canalisation dès les années 1920. Avant Rhinau, les deux sont séparés par une île large de 400 mètres et longue de 10 kilomètres 3 Équivalent de la Réserve naturelle 4 Ou “forêt galerie”. On désigne là une forêt dont la canopée, c’est-àdire la strate supérieure, est jointive au-dessus d’une rivière ou d’une zone humide

La marche est poussive. Pas l’ombre d’un dénivelé pourtant : toute la randonnée se fera sur un terrain plat comme la main. Le froid nous saisit. Pommettes à vif, larmes glacées glissant le long des joues… Il faut s’habituer. On s’habitue à tout, paraît-il. Nos pas nous poussent à suivre un Parcours de santé, amusante résurgence eighties, la décennie où renaissait un culte du corps très middle class. Peu à peu surgissent les premiers signes d’un écosystème particulier : nous sommes en effet au cœur du Grand Ried qui se déploie le long du Rhin, entre Erstein et Marckolsheim1. Dérivé de l’allemand un brin vieilli “Rieth” que l’on peut traduire par jonc ou roseau, le mot désigne une zone marécageuse faite de prairies inondables et de forêts alluviales primitives où se développent une faune et une flore atypiques. Au printemps et à l’été, c’est un fourmillement de vies minuscules : tritons crêtés, castors ou rarissimes courlis cendrés, un oiseau à la silhouette bizarre avec son bec

arqué qui peut atteindre vingt centimètres. Les floraisons aussi se font exubérantes avec l’iris de Sibérie et ses efflorescences violacées ou de complexes et délicates orchidées. Pour décrire cette luxuriance, certains ont donné le surnom d’Amazonie du Rhin au coin. Mais aujourd’hui, au milieu des roseaux, des saules et des peupliers, ce grouillement vital est absent : c’est à peine si l’on croise quelques canards cancanant, une brochette de cygnes méprisants, des cormorans guettant le moindre poisson et des hérons cendrés méfiants à la fragile élégance. La marche se poursuit sur l’ancienne digue puis sur la nouvelle, via le village de Daubensand. Le long du Rhin, l’air est vif, la lumière radieuse et la perspective faite de multiples strates de paysages évoque une photographie d’Andreas Gursky récemment devenue, de manière incompréhensible, la plus chère du monde (Rhein II, 4,34 millions de dollars).

Allemagne

Il est temps désormais de traverser le fleuve sur un bac automoteur capable de charger 27 voitures et de multiples promeneurs. Une vieille cahute de douaniers nous accueille pour partir à la découverte de la portion la mieux préservée du Grand Ried, située le long du “Vieux Rhin”2, le Taubergiessen, une zone qui a le statut de Naturschutzgebiet 3 en Allemagne… Enfin en Allemagne, il faut le dire vite, puisque les 997 hectares de la réserve sont une enclave française en terre germanique : ils se trouvent en effet sur le ban de Rhinau et sont régis par une convention conclue entre le Land de Bade-Wurtemberg et la commune Poly 147 Mars 12

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PROMENADE

française. Cette situation juridique est née des divagations du Rhin et de ses multiples crues. C’est du reste au cours d’une des plus terribles, en 1541, qu’apparut le Taubergiessen. Plusieurs sentiers aux noms évocateurs nous sont proposés : cormorans, orchidées ou papillons. Nous optons pour le premier, le plus court… Nous reviendrons cet été pour découvrir les autres et mieux connaître le

escapade architecturale À l’entrée de Rhinau, se trouve un bâtiment édifié en 1941 / 1942 dans le style du Bauhaus que fréquenta son auteur, l’architecte Ernst Neufert (1900-1986 ; il a travaillé avec Walter Gropius dans les années 1920). L’usine, où l’on sent néanmoins la patte nationale-socialiste, faisait partie du conglomérat berlinois Heinrich List et produisait des pièces pour les avions de guerre. Dans cette fabrique qu’on ne peut visiter de près de 160 mètres de long (avec quatre avancées) où alternent briques rouges et bandes vitrées, l’architecte, chargé par Albert Speer de rationaliser les processus de construction des sites industriels, a appliqué les idées développées dans son ouvrage de 1939, Das Oktameter-System. Ce dernier est fondé sur une réflexion normative qui prend pour matrice un mètre qui n’est plus divisé en dix, mais en huit… Dans l’usine, qui sert aujourd’hui de lieu de stockage, ces principes sont strictement appliqués. Voilà un étrange manifeste oublié.

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Rhinau et la forêt du Rhin Départ Rhinau, parking près du Point Info, en face du bac Distance 16 km Temps estimé 2 h15 Dénivelé 25 m

NORD

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Ancienne digue

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Parcours de santé

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Sélestat 2 4 km

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Freiburg 4 4 km

dernier exemple de “forêt tunnel”4 tempérée en Europe occidentale. Entre bras morts du fleuve, marais immobiles et trous d’eaux figés dans une glace verdâtre, nous arpentons une terre temporairement morte dans un silence à peine troublé par de fugitives rafales de vent et les réguliers craquements d’arbres vénérables. D’immenses agrégats de lianes – de celles que nous fumions en cachette, enfants, dans le Parc de Pourtalès – entourent des promeneurs médusés… au sens premier du terme, c’est-à-dire pétrifiés, non par le regard de la gorgone, mais, plus pragmatiquement, par le froid. À l’ombre d’une végétation abondante, l’atmosphère est spectrale. Sur le sol, les flaques gelées forment d’étonnants motifs abstraits en marron, gris et blanc, des circonvolutions complexes que nous contournons pour les préserver. La marche est rendue difficile par les conditions climatiques – toujours cette histoire de température ressentie – mais nous sommes complètements seuls dans un paysage somptueux, une version végétale du palais de glace du Docteur Jivago. La nuit tombe progressivement. Il faut partir. Le regard perdu dans le lointain, accoudé au bastingage du bac qui avance poussivement, au milieu des voitures de frontaliers rentrant du boulot, revient à l’esprit , comme une solaire invocation, un poème de Guillaume Apollinaire, Nuit rhénane : « Le Rhin, le Rhin est ivre où les vignes se mirent / Tout l’or des nuits tombe en tremblant s’y refléter / La voix chante toujours à en râle-mourir / Ces fées aux cheveux verts qui incantent l’été. Mon verre s’est brisé comme un éclat de rire.»

délices ichtyologiques En Alsace, on ne manque pas de routes. Il y a bien évidemment la doyenne, la célèbre Route des vins (170 kilomètres de Marlenheim à Thann), la Route de la choucroute, les Routes de la carpe frite, la Route romane d’Alsace, la Route de l’asperge (transfrontalière), la Route de l’art contemporain… Liste non exhaustive. À quand une Route de la tarte flambée ? Des Chemins du bretzel ? Une Voie du baeckeoffe ? Des Sentiers du pétrole en Alsace ? Un Circuit du patrimoine potassique ? Des Chaussées de la charcuterie et des cochonnailles ? Reste qu’existe également une Route de la matelote (dont Rhinau est l’épicentre), plat succulent et emblématique du Ried se composant d’un mélange de poissons d’eau douce : brochet, tanche, anguille, sandre, lotte de rivière et perche. Le tout est accompagné d’une sauce au Riesling et servi avec des nouilles. À déguster Aux Bords du Rhin ou, plus chic, Au Vieux couvent (un Macaron au Guide Michelin). www.route-matelote.com

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gastronomie

l’art français de la cuisine Depuis 2010, Julien Binz a pris les commandes d’une institution colmarienne, Le Rendez-vous de chasse, revivifiant avec maestria les grands classiques de la cuisine hexagonale.

Par Hervé Lévy Photo de Stéphane Louis pour Poly

Le Rendez-vous de chasse est situé dans le Grand Hôtel Bristol, 7 place de la Gare à Colmar. Ouvert tous les jours (midi et soir). Menus de 36 € (uniquement à midi, du lundi au vendredi) à 75 € 03 89 23 59 59 www.grand-hotel-bristol.fr Julien Binz est aussi un “cyberchef” puisqu’on retrouve, sur son site, toute l’actualité de la gastronomie alsacienne www.julienbinz.com

Le château de Scharrachbergheim devait être transformé en hôtel-restaurant de luxe dont l’ouverture était prévue pour le sommet de l’OTAN (2009) mais la société qui portrait les travaux a été placée en liquidation judiciaire en septembre 2010. Depuis, rien n’a bougé…

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our Julien Binz, « l’envie de cuisinier est venue… en cuisinant ». Saine manière de voir les choses pour celui qui avoue être entré à l’École hôtelière « sans conviction », mais avoir « pris une immense claque à 17 ans, au cours d’une expérience chez Didier Oudill, au restaurant Pain, Adour et Fantaisie ». Une vocation était née, un brillant parcours débutait, le menant dans les meilleures maisons, notamment chez Antoine Westermann (au Buerehiesel), lorsqu’il obtenait son troisième Macaron au Guide Michelin, ou chez Marc Haeberlin (à L’Auberge de l’Ill) où il termine second de cuisine en 2003. Après avoir été chef au Château d’Isenbourg et participé à l’expérience – avortée – de la création d’un établissement de luxe à Scharrachbergheim*, il est appelé comme chef d’une des adresses emblématiques de Colmar. Le Rendez-vous de chasse est en effet plus qu’un restaurant : une institution. Dans cet établissement cossu, qui vit passer les plus grands, se concentre un art de vivre tout colmarien, une élégance à l’ancienne de bon aloi… Les ombres amicales de Hansi, d’Albert Schweitzer ou du Général de Lattre de Tassigny y flottent encore.

Julien Binz s’est emparé de cette tradition, l’intégrant pour mieux la transcender par petites touches délicates. Son inspiration ? Elle vient de la grande cuisine “à la française”, celle d’Auguste Escoffier (1846-1935) qu’il cite spontanément comme modèle. Un autre vecteur important de sa cuisine est « la technique ; chaque plat doit avoir sa complexité » explique-t-il. On le constate dans une merveilleuse Timbale d’écrevisses, poêlée de champignons des bois, sauce “façon Cardinal”… Un incroyable dôme fait de pâtes assemblées à la perfection et une émulsion délicate pour un ensemble esthétiquement et gustativement exemplaire comme l’est un des incontournables de la maison, toujours à la carte, les Noisettes de chevreuil rôties, compotée de pruneaux, réduction de vin chaud, sauce au genièvre et myrtilles. Un pied dans le passé, l’autre dans une contemporanéité affirmée, Julien Binz propose une cuisine ultra-maîtrisée et profondément inventive. De quoi, sans aucun doute, reconquérir un Macaron dans la prochaine édition du Guide Michelin. Ce ne serait que justice…


gastronomie

sélectionner Environ 130 pages, un format de poche, un prix rikiki et une mine de bonnes adresses : la deuxième édition des Bonnes Tables d’Alsace ne laisse rien de côté… Du bistrot de charme au restaurant multi-étoilé en passant par la winstub où rien n’a bougé depuis vingt ans et la table branchée, toute la région gastronomique y est concentrée. Julie Andrieu © S.D. pour J.A.P

Édité par Le Petit Futé (6,95 €) www.petitfute.fr

philosopher Ah, la charcuterie… Voilà un patrimoine alsacien. Pas étonnant donc que l’un des auteurs de ce Petit traité de philosophie charcutière, Vincent Sorel, soit diplômé des Arts décoratifs de Strasbourg. Cet ouvrage répond à des questions essentielles : par quel miracle la charcuterie est-elle arrivée sur Terre ? La charcuterie a-t-elle un but ? Peut-on aimer la charcuterie sans la comprendre ?

déguster Parallèlement au salon professionnel ÉGAST, se déroulera Cook Show (du 17 au 19 mars au Parc des Expositions de Strasbourg), manifestation grand public dédiée à la gastronomie, aux arts de la table et à la décoration. Ateliers de cuisine, présence de stars (comme Julie Andrieu, invitée d’honneur), exposants variés… Le rendez-vous incontournable de tous les amateurs !

Une co-édition Kéribus et Le Rouergue (13,50 €) www.philosophiecharcutiere.com

flammer

Les restaurants Flamme & Co renouvellent l’opération “La Flammée des Grands chefs” en proposant à des cuisiniers de référence de réinterpréter un mets emblématique… Strasbourg accueille Élisabeth Biscarrat (gagnante de MasterChef 2011), le 6 mars et Kaysersberg reçoit Loïc Lefebvre (L’Atelier du Peintre de Colmar), le 18 mars puis Laurent Arbeit (L’Auberge Saint-Laurent à Sierentz), le 2 avril.

© Anthony Thiriet pour B.R.A. Tendances Restauration

www.cook-show.fr

primer Nos collègues de B.R.A. Tendances Restauration, magazine professionnel, ont distingué sept concepts de restauration rapide dans toute la France pour 2012, dont le très bon bar à purées Pur et caetera (15 place Saint-Étienne à Strasbourg). Le credo de ce bistrot original est de proposer des plats à base de fruits et de légumes locaux de saison… Facile désormais d’en manger cinq par jour ! www.pur-etc.fr

www.flammeandco.fr Poly 147 Mars 12

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ARCHITECTURE

sous la paille Tous ceux qui connaissent les mésaventures des trois petits cochons vont trouver l’idée saugrenue : à Vandoncourt (Pays de Montbéliard) a été bâtie La Damassine, maison de paille consacrée aux vergers jurassiens. Et pourtant, c’est écolo, chaud et beau…

Par Emmanuel Dosda

La Damassine, Maison des vergers, du paysage et de l’énergie, 23 rue des Aiges à Vandoncourt (25) 03 81 37 78 30 www.damassine.agglomontbeliard.fr Expositions Une nouvelle vie pour nos emballages et Réduisons nos déchets jusqu’au 29 mars (prêtées par le Pavillon des sciences)

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a Maison européenne de l’architecture – Rhin supérieur Europäisches Architekturhaus – Oberrhein

Avec le programme “Action vergers” porté par le Pays de Montbéliard Agglomération, dispositif local de protection et de promotion du patrimoine fruitier www.agglo-montbeliard.fr 2 Agence très attachée aux questions environnementales située à Saint-Nabord (88) – http://haha.fr 1

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a aussi un jardin pédagogique, un bar bio, une boutique et même un pressoir pour faire du jus de pommes, poires ou coings. Par contre, désolé, on n’y produit pas d’eau-de-vie… 

Projet original en France, inauguré fin 2010 (Pierre Moscovici ayant “posé la première paille” – sic – en juillet 2009) et géré par l’association Vergers vivants, c’est le lieu référent permettant à la population « de tout savoir pour préserver, entretenir, améliorer » ces richesses naturelles, d’après Emmanuel Rho, directeur adjoint du service construction et entretien du patrimoine. On y trouve de la documentation, y dispense des cours (de taille, de plantation ou d’entretien de l’arbre), y cuisine (des pâtes de fruits, des confitures de prunes ou de cerises…) et y propose des expositions relatives au paysage ou à l’énergie. Il y

Le bâtiment, équipé d’une chaudière à bois, prend la forme d’une véritable grange contemporaine, conçue par l’agence HAHA2, rappelant l’architecture vernaculaire des fermes du village. Une belle insertion dans le site, un édifice de 1 121 m2 dont la vaste toiture qui le coiffe « est conçue pour dévier les vents froids venant d’Est et pouvoir bénéficier des apports solaires à l’Ouest » grâce aux 27 m2 de panneaux photovoltaïques. L’envie d’utiliser un matériau naturel, très peu transformé, a vite conduit au choix de la paille. « L’idée était presque d’aller faucher les champs d’à côté pour la récupérer », s’amuse Emmanuel Rho. 4 800 bottes de paille, soit 77 tonnes de ce parfait isolant thermo-acoustique ont été nécessaires. S’ajoutent les 250 m3 de bois, l’enduit de terre, chaux et sable pour l’extérieur et les plaques de terre crue pour l’intérieur. Sans parler de la laine de mouton… idéale pour l’isolation phonique. La Damassine est une éco-construction résolument “verte”, un projet pilote tourné vers l’avenir quoique consacré au terroir. Un exemple à suivre.

a petite prune du Jura dont on fait de l’eau-de-vie a donné son nom à La Damassine, lieu dédié au fragile bien paysager de la Communauté d’agglomération du Pays de Montbéliard. Véritable vitrine des initiatives visant à combattre la disparition progressive des vergers1 sur le territoire, elle est se compose essentiellement d’une ossature en bois et d’une isolation en paille… tout en étant conforme aux normes HQE (Haute Qualité Environnementale) et labellisée BBC (Bâtiment de Basse Consommation), avec 50% de consommation inférieure au référentiel actuel !


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design

home sweet home Quelques années après avoir affolé le monde du design avec ses valises piégées, la Strasbourgeoise Sonia Verguet décline le rassurant motif de la maison sur des sacs en tissus, des nappes ou même en gâteaux.

Par Emmanuel Dosda

www.soniaverguet.com

* Le duo Sonia Verguet / Olivier Meyer propose ses services pour des événements artistiques (à Stimultania, lors de la clôture de l’exposition Images d’Algérie de Pierre Bourdieu) ou des entreprises privées http://soniaetolivier.com

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ar un astucieux jeu de volumes, en 2004, Sonia Verguet laisse apparaître, sur des bagages, des formes de pistolets, de haches ou de couteaux (en fait, des jouets) comme si on avait tenté de planquer des armes dans ses affaires pour passer la douane. Grinçant coup de coude au “tout sécuritaire”… qui n’a pas été du goût de tout le monde. Vendues sur de nombreux sites internet et fréquemment montrées dans la presse internationale, les valises font scandale. Il lui fallut alors expliquer – même sur la BBC – sa démarche qui était de « susciter le débat », sûrement pas de faire l’apologie des poseurs de bombes. Après cet attentat artistique, la diplômée de l’École nationale supérieure d’art de Dijon et de l’Ésad à Strasbourg fait deux ans de stylisme et lance, en duo, la marque de prêt-à-porter féminin Soal Atelier. Cet épisode textile achevé, elle conçoit des luminaires à

partir de matériel récupéré… qui tapent dans l’œil de la Kunsthalle. Le centre d’art contemporain mulhousien lui commande alors une vingtaine de sièges cubiques (donc empilables) pour son espace. L’idée de celle qui enseigne aujourd’hui le design à l’Université de Strasbourg ? Recycler des grandes figures en prenant des piétements ou des accoudoirs de chaises célèbres (la rocking chair d’Eames…) afin d’y greffer un caisson en bois massif. Pour des raisons de coût, les hybridations s’effectueront sur des assises moins onéreuses (le tabouret Tam Tam…). On retrouve le cube, « forme archétypale, géométrique et simple », dans une proposition faite en 2010 aux Journées de l’architecture (à la galerie Artforum d’Offenburg), événement pour lequel la créatrice réalisa des maisonnettes apéritives avec l’aide du cuisi-


Dans un lotissement, les habitations sont identiques et alignées comme des éclairs dans la vitrine des boulangeries

nier Olivier Meyer* qui élabore les recettes : mojitos en gelée, gâteaux à la patate douce et au rhum… L’occasion pour l’ex-fan de Sophie Calle (qui fit ses fameux repas chromatiques…) de plancher sur le rapport archi / pâtisserie. « Dans un lotissement, les habitations sont identiques et alignées comme des éclairs dans la vitrine des boulangeries. » Les briques d’un bâtiment, jointes par du ciment, lui évoquent les composants d’une pièce montée, liés par de la crème ou du caramel. Elle réalise alors des maquettes pâtissières montrant ce parallèle et, surtout, invente un moule “petites maisons” en silicone, prochainement édité par Konstantin Slawinski. En cela, elle se rapproche de la designeuse néerlandaise Hella Jongerius, un de ses modèles, qui fait cohabiter travail artisanal et réalisation industrielle. Sonia réitère l’expérience de design culinaire lors de l’exposition Copie-Right du Musée des moulages à Lyon où elle fait 300 maisons à croquer. « Une véritable ville » multicolore rappelant le point de départ de la démarche de cette Bourguignonne qui a grandi aux Philippines : la découverte des maisons alsaciennes

qui lui évoquèrent les anniversaires de son enfance où l’on servait « d’énormes gâteaux américains avec des glaçages hyper colorés et kitsch ». Dévorer son environnement… Lors d’une performance chez Margaretha Murr, la jeune femme rend réalisable le fantasme de tous les gamins ayant lu le conte Hansel & Gretel en invitant le public à “manger le carrelage”, des galettes de blé nappées de hoummous et de roquefort rappelant les carreaux à cabochons de la galerie strasbourgeoise… Actuellement, Sonia développe « de manière plus aboutie » une des autres pièces de design gustatif réalisées pour les JA, sa “maison à colombages” Mikado (de longs biscuits trempés dans le chocolat formant une demeure) qui a séduit la Grande épicerie du Bon Marché parisien s’apprêtant à concocter et vendre sa création. « J’aime fouiller le plus possible, pousser très loin mes recherches, mais je pense que je vais passer à autre chose » note Sonia Verguet, aujourd’hui rassasiée.

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l’oiseau-mouche, Par Thomas Flagel

Dernière fois où vous avez Pensé & Parlé l’Europe. Avec Une Poignée de terre et Guerre sans visage, deux livres retraçant l’histoire de l’Europe et questionnant la mémoire contemporaine. Dernier modèle. Les Éditions La Dernière goutte portées par deux Strasbourgeois qui défendent une ligne littéraire et graphique remarquables. Ils travaillent la journée et s’occupent des livres, des relectures et autres le soir. Un exemple ! Dernière folie. Les sacs sérigraphiés avec notre emblème, en édition limitée. Dernier coup de cœur. Zoé Thouron, jeune illustratrice lorraine dont le travail est dans la veine de Christophe Blain. Elle prépare une histoire illustrée sur un camp de prisonniers de guerre allemands. Superbe !

Dernière porte refermée sous votre nez. Les distributeurs qui refusent, tous, nos bouquins édités à trop peu d’exemplaires (300, numérotés à la main). Du coup, on fait tout nous-même. Dernière indignation. La suppression des aides publiques à Casas. Dernier avis sur l’augmentation de la TVA sur les livres. Une nouvelle petite mort annoncée. Dernier livre lu. Reportages de Joe Sacco, édité chez Futuropolis. Derniers livres publiés. PENSER � PARLER L’EUROPE EUROPA IN GEDANKEN UND GESPRÄCHEN

Last but not least

collection sur la jeune écriture contemporaine

ISBN 978-2-9529128-8-4 25 € � vente en france

Dernier emblème. L’Oiseau-mouche, un tout petit oiseau qui bat des ailes à une vitesse folle. Le symbole pour nous des jeunes auteurs que nous défendons : vivants, punchy, engagés…

Penser & parler l’Europe, ouvrage collectif et bilingue sous la direction de Claire Audhuy et Baptiste Cogitore (25 €) – www.rodeodame.fr

Dernier projet fou. Une résidence artistique itinérante en Alsace.

Guerre sans visage, pièce de théâtre (bilingue français/allemand) de Claire Audhuy, collection l’Oiseau-mouche (19 €) – www.rodeodame.fr

Dernier coup de pouce. Le super accueil réservé à nos ouvrages par les librairies indépendantes. 82

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