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M Le magazine du Monde no 130. Supplément au Monde no 21510 du samedi 15 mars 2014. Ne peut être vendu séparément. Disponible en France métropolitaine, Belgique et Luxembourg.

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15 mars 2014

50 % admirée, 50 % détestée

l’équation taubira

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TOILETPAPER pour M Le magazine du Monde

Carte blanche à

Fondé en 2010 par l’artiste Maurizio Cattelan et le photographe Pierpaolo Ferrari, le magazine TOILETPAPER s’amuse de l’overdose d’images et détourne les codes de la mode, du cinéma, de la publicité. Troublant et captivant.

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© 2014 CHLOE. ALL RIGHTS RESERVED.

253 rue Saint-Honoré - paris 1er 44 Avenue Montaigne - Paris 8ème chloe.com


Edito.

Au programme. C’est un monde. A part sans doute. Mais c’est un monde assurément.

Jean-Baptiste Talbourdet/M Le magazine du Monde

Avec ses grandes histoires, ses petites intrigues, ses anecdotes romanesques, ses zones d’ombre et surtout ses personnages, souvent passionnants, rarement lisses : la justice est un monde. Sur lequel M Le magazine du Monde s’est depuis l’origine – soit 130 numéros – très souvent penché. Cette semaine, M ouvre une fois de plus une fenêtre sur ce monde alors que le pays est agité par les informations du quotidien Le Monde sur les écoutes des conversations téléphoniques entre l’ex-président Nicolas Sarkozy et son conseil maître Thierry Herzog, les soupçons de trafics d’influence qu’elles révèlent et le secret professionnel qu’elles fragilisent. D’abord en livrant un long portrait de la garde des sceaux, Christiane Taubira, qui se trouve elle aussi prise dans le tourbillon de cette affaire d’écoutes. Attaquée où qu’elle aille par les opposants au « mariage pour tous » dont la rage a depuis longtemps dépassé les limites du débat démocratique. Adulée par une partie de la population chez laquelle elle suscite une ferveur dont peu de politiques peuvent se prévaloir. Elle est à part elle aussi, jouissant d’un statut de star que le magazine Elle a sanctifié en la sacrant femme de l’année 2013. Au point que, souvent, les vraies questions sur son bilan ne sont pas posées… Autre portrait de ce numéro : celui que la journaliste spécialiste de la justice Pascale Robert-Diard consacre à l’ancienne avocate Brigitte Hemmerlin. Celle qui fut condamnée en 1981 pour avoir fait passer une arme à un détenu condamné à mort… quelques semaines seulement avant que la peine capitale soit abolie. Quel monde, décidément! Marie-Pierre Lannelongue

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p. 20

j’y étais… au déjeuner des best-sellers.

LA SEMAINE

Mikhail Maslovsky/Reuters. Maciek Pozoga pour M Le magazine du Monde. Guy Martin/Panos/REA

p. 21

p. 24

les ultras, défenseurs de l’ukraine. A Donetsk, dans l’est du pays, les supporteurs du club de football local sortent des stades pour assurer la sécurité des partisans de l’unité nationale face aux pro-Russes.

p. 37

la photo. Crimée, l’embarras du choix.

p. 38

les questions subsidiaires.

p. 42

juste un mot. Par Didier Pourquery

il fallait oser. Tous à poils (longs).

p. 26

le roman-photo des enregistrements pirates.

p. 28

société. A la recherche du fils djihadiste.

p. 30

qui est vraiment Brian O’Driscoll ?

p. 32

aviation. La chasse au drone est ouverte. ils font ça comme ça !

p. 33

ISRAËL Jérusalem, promise aux bobos ?

p. 34

CANADA Le Québec veut choisir ses immigrés.

p. 36

marc beaugé rhabille… Laurent Delahousse.

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p. 58

heureux au jeu. Quand Bruno Tuchszer, comédien de théâtre, devient « Bruno de Lille », c’est pour monter sur les plateaux des jeux télévisés et remporter des sommes à plusieurs chiffres.

p. 62

l’habit fait l’élu. Les communicants sont passés par là… Si leur marge de manœuvre stylistique reste étroite, hommes et femmes politiques savent désormais que leur look compte pour séduire les électeurs.

LE MAGAZINE p. 43

p. 52

christiane taubira, la politique friction. Depuis son combat pour le « mariage pour tous », la garde des sceaux est devenue la cible des uns et l’héroïne des autres. Un climat passionnel qui masque souvent son bilan au ministère, jugé mitigé. la damnée du barreau. Un jour de février 1981, Brigitte Hemmerlin, jeune avocate pénaliste, voit son destin basculer quand elle apporte une arme à un condamné à mort. Après cinq ans de prison et trente ans loin des prétoires, elle raconte son histoire dans un roman.

LE portfoLIo p. 68

amour, gloire et réalité. Des scènes fictives, d’autres bien réelles… Pour son projet « City of Dreams », le photographe Guy Martin s’est intéressé aux soap operas turcs, censés diffuser un modèle entre tradition et modernité. Un rêve dissipé lors de la révolte de la place Taksim, en mai dernier. - 11


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80, bd Auguste-Blanqui, 75707 Paris Cedex 13 Tél. : 01-57-28-20-00/25-61 Courriel de la rédaction : Mlemagazine@lemonde.fr Courriel des lecteurs : courrier-Mlemagazine@lemonde.fr Courriel des abonnements : abojournalpapier@lemonde.fr Président du directoire, directeur de la publication : Louis Dreyfus Directrice du Monde, membre du directoire, directrice des rédactions : Natalie Nougayrède Directeur délégué des rédactions : Vincent Giret Secrétaire générale du groupe : Catherine Joly Directeur adjoint des rédactions : Michel Guerrin Secrétaire générale de la rédaction : Christine Laget

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Le styLe p. 77

la Main dans le sac. Les accessoires du soir s’encanaillent… Mais que fait la police ?

p. 92

PoP en stock. Ce printemps, sacs, collants et bijoux se portent colorés et scintillants.

p. 102

siMPle daMes. Créatives, mais pragmatiques… Retour sur les collections automne-hiver 2014-2015.

p. 114

l’icône. Colette, écrivaine ébouriffante.

p. 115

fétiche. Carré blanc.

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variations. La revanche des rondes.

p. 117

le goût des autres. Lasse du volant.

p. 118

d’où ça sort ? Les bijoux de luxe AOC.

p. 119

graine de beauté. Apaisante Centella.

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être et à voir. Par Vahram Muratyan.

p. 122

la chronique de JP Géné.

p. 123

le resto.

p. 124

le voyage. Le Santa Barbara de T. C. Boyle.

La cuLture p. 126

les dix choix de la rédaction. BD, théâtre, cinéma, musique, photo, cinéma, danse…

p. 136

les jeux.

p. 138

le toteM. Le papier journal d’Olivier Saillard.

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Documentation : Sébastien Carganico (chef de service), Muriel Godeau et Vincent Nouvet Infographie : Le Monde Directeur de production : olivier Mollé Chef de la fabrication : Jean-Marc Moreau Fabrication : Alex Monnet Coordinatrice numérique (Internet et iPad) : Sylvie Chayette, avec Aude Lasjaunias Directeur développement produits Le Monde Interactif : edouard Andrieu Publication iPad : Agence Square (conception), Marion Lavedeau et Charlotte Terrasse (réalisation). DiFFuSioN eT PRoMoTioN Directeur délégué marketing et commercial : Michel Sfeir Directeur des ventes France : Hervé Bonnaud Directrice des abonnements : Pascale Latour Directrice des ventes à l’interna­ tional : Marie-Dominique Renaud Abonnements : abojournalpapier @lemonde.fr ; de France, 32-89 (0,34 € TTC/min) ; de l’étranger (33) 1-76-26-32-89 Promotion et communication : Brigitte Billiard, Marianne Bredard, Marlène Godet, Anne Hartenstein Directeur des produits dérivés : Hervé Lavergne Responsable de la logistique : Philippe Basmaison Modification de service, réassorts pour marchands de journaux : Paris 0805-050-147, dépositaires banlieue-province : 0805-050-146

M sur iPAD ET sur lE WEB.

“M Le magazine du Monde” se décline sur tous les supports. L’application pour iPad vous propose une expérience de lecture et de visionnage nouvelle. “M” vous est ainsi accessible à tout moment et dans toutes les situations. Sur le site (lemonde.fr/m), vous retrouverez aussi une approche différente de l’actualité et les dernières tendances dans un espace qui fera toute sa place aux images.

La photographie de couverture a été réaLisée par Maciek pozoga pour M Le Magazine du Monde . eLLe a été retournée .

M PuBLiCiTÉ 80, bd Auguste-Blanqui, 75707 Paris Cedex 13 Tél. : 01-57-28-20-00/38-91 Directrice générale : Corinne Mrejen Directrices déléguées : Michaëlle Goffaux, Tél. : 01-57-28-38-98 (michaëlle.goffaux @mpublicite.fr) et Valérie Lafont, Tél. : 01-57-28-39-21 (valerie.lafont@mpublicite.fr) Directeur délégué digital : David Licoys, Tél. : 01-53-38-90-88 (david.licoys@mpublicite.fr) M Le magazine du Monde est édité par la Société éditrice du Monde (SA). imprimé en France : Maury imprimeur SA, 45330 Malesherbes. Dépôt légal à parution. iSSN 03952037 Commission paritaire 0712C81975. Distribution Presstalis. Routage France routage. Dans ce numéro, un encart « Relance abonnement » sur l’ensemble de la vente au numéro ; un échantillon collé « YSL beauté » sur la vente au numéro et pour les abonnés portés ile-de-France, pour les abonnés postés ; un encart « Nouvel observateur » pour l’ensemble des abonnés.

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Thomas Lagrange pour M Le magazine du Monde. Robert Adams Courtesy Fraenkel Gallery, San Francisco and Matthew Marks Gallery, New York

15 mars 2014

M Le MAGAziNe Du MoNDe Rédactrice en chef : Marie-Pierre Lannelongue Direction de la création : eric Pillault (directeur), Jean-Baptiste Talbourdet (adjoint) Rédaction en chef adjointe : eric Collier, Béline Dolat, Jean-Michel Normand, Camille Seeuws Assistante : Christine Doreau Rédaction : Carine Bizet, Samuel Blumenfeld, Annick Cojean, Louise Couvelaire, emilie Grangeray, Laurent Telo, Vanessa Schneider Style : Vicky Chahine (chef de section), Fiona Khalifa (styliste) Responsable mode : Aleksandra Woroniecka Chroniqueurs : Marc Beaugé, Guillemette Faure, JP Géné, JeanMichel Normand, Didier Pourquery Directrice artistique : Cécile Coutureau-Merino Graphisme : Audrey Ravelli (chef de studio), Marielle Vandamme, avec Aude Blanchard-Dignac Photo : Lucy Conticello (directrice de la photo), Cathy Remy (adjointe), Laurence Lagrange, Federica Rossi, Alessandro zuffi, avec Annabelle Lourenço. Assistante : Françoise Dutech Edition : Agnès Gautheron (chef d’édition), Yoanna Sultan-R’bibo (adjointe editing), Julien Guintard (adjointe editing), Anne Hazard (adjointe technique), Béatrice Boisserie, Maïté Darnault, Valérie Gannon-Leclair, Catarina Mercuri, Maud obels, avec Valérie LépineHenarejos, Agnès Rastouil et elodie Ratsimbazafy. Correction : Michèle Barillot, Ninon Rosell et Claire Labati, avec Agnès Asselinne. Photogravure : Fadi Fayed, Philippe Laure


contributeurs.

Ils ont participé à ce numéro. DaviD Revault D’allonnes est journaliste au service politique du Monde depuis 2011. Il suit l’actualité de l’Elysée et du gouvernement. S’il s’est penché sur le cas de Christiane Taubira (p. 43), c’est pour comprendre comment cette politique atypique, électron libre de la gauche et devenue son icône après la loi sur « le mariage gay », vit ce statut au quotidien. « J’ai voulu raconter quelle était sa vie de ministre harcelée par la guérilla des anti, raconte-t-il, mais aussi comment son image avait débordé de son activité de garde des sceaux. »

chroniqueuse judiciaire au Monde, Pascale RobeRt-DiaRD avait entendu parler de l’histoire de Brigitte Hemmerlin (p. 52), cette jeune avocate jugée pour avoir apporté une arme en prison à Philippe Maurice, alors condamné à mort. « Quand j’ai reçu son lroman, Personne ne peut arrêter une fille qui rêve, j’ai traqué à chaque page l’ histoire vraie derrière la fiction qu’elle racontait, explique-t-elle. A travers ce récit réapparaissait toute une époque, celle de la fin des années 1970 et de la bascule de 1981. J’ai voulu la rencontrer. Ce qui m’a frappée, c’est de voir à quel point tout est resté intact en elle, comme si cela s’était passé la veille. »

Le reporter et portraitiste stéPhane lavoué a photographié l’ancienne avocate Brigitte Hemmerlin (p. 52). Ce diplômé de l’Ecole supérieure du bois est parti vivre deux ans en Amazonie brésilienne, chargé des achats pour un groupe industriel français. De retour en France en 2001, il s’installe à Paris et abandonne le bois pour la photo. Il travaille aujourd’hui autant pour la presse française qu’étrangère.

Paolo veRzone, photographe italien, parisien d’adoption, et membre de l’Agence VU, a tiré cette semaine le portrait du joueur télévisé le plus célèbre de France, Bruno Tuchszer, dit « Bruno de Lille » (p. 58). Il collabore régulièrement avec la presse française et internationale, tout en construisant des séries au long cours sur l’identité européenne. Il a notamment étudié, d’Italie en Lituanie, de France en Finlande, la façon dont les baigneurs assument leur image sur le bord de mer.

guilleMette FauRe est journaliste indépendante. Elle court, chaque semaine, les événements plus ou moins mondains pour sa chronique « J’y étais » (p. 20). Dans ce numéro, elle fait le portrait d’un joueur de quiz télé (p. 58). « Bruno Tuchszer a fait la même école de commerce que moi, s’amuse-t-elle. Quand on m’a raconté comment il était devenu un champion des jeux télé, j’ai été intriguée par ce mélange d’univers. Par l’ idée qu’au fond toutes les cultures pouvaient s’absorber. » 14 -

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M Le magazine du Monde. Maciek Pozoga. Pascale Robert-Diard. Stéphane Lavoué/Pasco. Paolo Verzone/VU. Guillemette Faure

Maciek Pozoga, photographe français, a suivi le quotidien de Christiane Taubira (p. 43). Il participe à la plate-forme pédagogique du Bal (Les Amis de Magnum Photos), où il développe un projet au long cours sur les relations qu’entretiennent les adolescents avec les standards de la société, la construction de soi et le passage à l’âge adulte.


Le courrier.

Le M de la semaine.

« Le col du Stelvio, à 2758 m d’altitude, est le plus haut des Alpes italiennes. Ses innombrables lacets sont impressionnants et, à l’arrivée, surprise, ces M. » Denise Pelissier

« La lecture de vos pertinentes remarques sur la tenue vestimentaire de notre illustre philosophe Bernard-Henri Lévy [« Marc Beaugé rhabille… BHL », M du 8 mars] m’a particulièrement intéressé, mais m’a surtout beaucoup inquiété. Le problème n’est pas l’ombilic. Appartenant à la profession médicale, il me paraît être de mon devoir de vous faire part des risques que présente le port d’un pantalon taille haute. (…) Lentement mais inexorablement le pantalon continuera à monter et progressivement notre philosophe sera englouti et trahi par ce qui était un des secrets de sa silhouette. Le stade suivant est dramatique et, croyez-moi, pour l’avoir observé à quelques reprises dans ma vie professionnelle, la fin est horrible et difficilement racontable. Le sujet se débat frénétiquement pendant de longues heures pour éviter de mourir étouffé. Sa seule main encore libre tente désespérément de lutter contre l’ascension du pantalon. Il ne peut plus respirer que par les voies nasales. Mais rien n’y fait et vous devinez la fin tragique. Les sables mouvants ne sont rien à côté d’un pantalon taille haute dont on a perdu le contrôle. Pensez-vous que nous devrions avertir notre illustre philosophe du danger qu’il court ? » J. F. Henry

Pour nous écrire ou envoyer vos photographies de M (sans oublier de télécharger l’autorisation de publication sur www.lemonde.fr/m) : M Le magazine du Monde, courrier des lecteurs, 80, bd Auguste-Blanqui, 75707 Paris Cedex 13, ou par mail : courrier-mlemagazine@lemonde.fr 16 -

Non à la « pornographisation ».

« Quel est votre lectorat ? Des hommes émoustillés par la jupette qui se soulève ? Si ce sont des femmes, attention, vous courez vers la désaffection ! Nous pourrions ne pas apprécier les stéréotypes qui sont soulevés en même temps que la jupette sur le cul nu [Série photo « Danny and Evita », M du 1er mars]… Quelle vision des femmes souhaitez-vous transmettre dans ce magazine ? Le choix des photos en dit aussi long que les mots. Ne vous camouflez pas derrière l’art. L’art est construit. Votre choix relève de votre responsabilité. Ces images de femme en position d’objet sexuel sont lassantes. Elles contribuent à créer chez les femmes une insatisfaction d’être ce qu’elles sont et peuvent les mener à développer diverses pathologies. Je suis psychanalyste, « spécialiste » de l’obésité. Et de cette place, je peux, légitimement, vous affirmer combien ce bain dans lequel évoluent femmes et hommes, cet environnement d’images les « plombent ». La « pornographisation » a des conséquences tant sur les rapports des uns aux autres, que du rapport à soi. Vous dénoncez dans vos colonnes les viols, par exemple, et vous donnez ce type d’images. Une contradiction ? Je ne peux imaginer que vous l’ignoriez. » Catherine Grangeard 15 mars 2014

Denise Pelissier

Attention au pantalon!


New York, Londres, Milan, Paris… Sur LeMonde.fr, dans un grand format inédit et animé, retrouvez l'intégralité des comptes rendus de défilés des dernières Fashion Weeks parus dans Le Monde. Ainsi que des photos, des vidéos, des interviews exclusives de créateurs, mais aussi l’histoire des podiums depuis… 1858.


ANTOINE 102 MOIS


DANY 210 MOIS


J’y étais… au déjeuner des best-sellers.

Par Guillemette Faure

en plus ou en moins, ça ne veut pas dire grandchose. » Stéphane de Groodt dit ça gentiment en quittant la salle à manger de l’Hôtel Bristol. Evidemment, s’il dit ça, c’est parce que son livre Voyage en absurdie est en tête des ventes du mois de janvier 2014. Il fait partie des invités au déjeuner L’Express-RTL des auteurs des livres les plus vendus de l’année. « Chaque année, on a des ovnis, observe Jean-PierreTuil, organisateur du déjeuner. Une fois, c’était Loana, cette année, c’est vous. » Stéphane de Groodt (n° 28 du classement) ne le prend pas mal.A balayer la salle, il semblerait que les organisateurs aient fait des tables par thème.Les comiques (de Groodt,Baffie),les intellectuels (Antoine Compagnon, Michel Serres). La table des morts (Françoise Giroud, Stéphane Hessel) doit se tenir probablement quelque part à l’abri des regards. Je suis à la table des gens respectables. Jean d’Ormesson (n° 10) a une idée pour sauver la presse. « Il faudrait que les journaux soient écrits par des écrivains. Puisque de toute façon, pour l’information, on sait déjà tout. » Il a une idée pour aider la presse parce qu’il est assis à côté d’une journaliste. A côté d’un boucher, il aurait certainement une idée pour sauver la viande. Cet homme délicieux a une anecdote pour chacun. « M Le magazine du Monde ? Ah oui, j’ai tellement aimé le portrait de… pas Barbier mais l’autre. » Franz-Olivier Giesbert, à peine retraité du Point et déjà oublié. Sur

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d’exemplaires

le palmarès des meilleures ventes, il se montre plus discret. Jean d’Ormesson écrit en ce moment, il préfère donc ne pas lire. « Si c’est mauvais, j’ai l’impression de perdre mon temps. Si c’est bien, ça me décourage. » derrière nous, amélie nothomb a eu la gentillesse

diques, mais le plan de table veut que chaque personne ait deux voisins. « N’essayez même pas de l’interrompre », lui glisse une éditrice. « Dans deux ans », finit par répondre Antoine Gallimard à Jean d’Ormesson par le truchement de Bruno Le Maire. Difficile de savoir si l’académicien est soulagé ou déçu. « Je ne vous remercie pas. Je quitte la littérature pour rentrer dans l’ameublement », aurait dit Céline à Gaston Gallimard à l’annonce de la publication de son œuvre dans la Pléiade. Une anecdote de Bruno Le Maire, qui rappelle aussi qu’avant de faire semblant de râler, Céline avait bassiné son éditeur pour y entrer, dans la Pléiade ! En littérature comme ailleurs, il faut donc décrocher les honneurs pour les trouver inintéressants ; et pour trouver que, finalement, quelques milliers d’exemplaires de plus ou de moins, ça ne veut pas dire grand-chose.

à table à l’attention des invités prosopagnosiques (trouble de la reconnaissance des visages). Jean d’Ormesson la verrait bien à l’Académie française. « On s’amuserait ! » En face de lui, Bruno Le Maire, député de l’Eure (n° 26) suggère d’y faire entrer Marie NDiaye, « ça aurait de la gueule ». D’Ormesson rappelle qu’il y a fait accepter Yourcenar seul contre tous et ressasse sa blague de l’époque (« Y aura deux toilettes : Messieurs et Marguerite Yourcenar »). Il regrette de ne pas avoir su y faire entrer Raymond Aron et Louis Aragon. Deux échecs qui tenaient, entre autres, au fait que, si ces auteurs se voyaient bien académiciens, ils ne se voyaient pas faire campagne. « Le pigeon est délicieux », dit quelqu’un à propos des oiseaux rôtis dans nos asBruno Le Maire demande à Jean siettes. « Bien plus intéressant que le caviar », répond d’Ormesson quand ses œuvres sortiraient un autre. Evidemment, quand on peut manger du dans la Pléiade et Jean d’Ormesson caviar, on trouve le pigeon ne veut pas poser la question lui-même plus intéressant. Evidemment, quand on fait partie à Antoine Gallimard, son éditeur. ‘Vous des meilleures ventes de ne pouvez pas lui demander, vous ?’ livres, on préfère parler de l’Académie française. Bruno Le Maire vient de demander à Jean d’Ormesson quand ses œuvres sortiraient dans la Pléiade et Jean d’Ormesson ne veut pas poser la question lui-même à Antoine Gallimard, son éditeur. « Vous ne voulez pas lui demander, vous ? » Maintenant Bruno Le Maire poserait bien la question à Antoine Gallimard mais celui-ci est en train de parler avec Pierre Lemaitre, l’auteur du Goncourt qui est publié chez Albin Michel. La règle veut que chaque auteur soit placé à côté de son éditeur pour éviter des dragues de mercato impu-

de garder son chapeau

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Jean-Baptiste Talbourdet/M Le magazine du Monde

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inalement, quelques milliers


La Semaine

Uriel Sinai/The New York Times/Redux/Rea

/ Il fallait oser / Face à face / Le roman-photo / Le buzz du Net / Ils font ça comme ça ! / / Les questions subsidiaires / J’y étais /

Les Ultras, défenseurs de l’Ukraine.

Partisans de l’unité nationale, le 4 mars 2014, à Donetsk.

A Donetsk, dans l’est russophone de l’Ukraine, les “hooligans” du club de football local assurent la sécurité des partisans de l’unité nationale contre les groupes pro-russes. Un phénomène qui s’étend dans le reste du pays. Par Benoît Hopquin

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la semaine.

S

viatoslav arrive au renDez-vous avec un œil au

gaillard de 25 ans tend en guise de main un énorme battoir. On l’avait vu à l’œuvre la veille, lors de la manifestation organisée par les partisans de l’unité ukrainienne, à Donetsk, dans cette région russophone de l’est du pays où quelques milliers de personnes brandissaient les couleurs nationales bleu et jaune. Face à eux, massée sous la statue de Lénine, se trouvait la frange extrémiste des pro-Russes décidés à en découdre. Au moment de la dispersion, tandis que des pro-Ukrainiens se faisaient molester, Sviatoslav et une petite centaine de ses camarades ont assuré un service d’ordre à leur manière. Ils ont défié les pro-Russes dans un coin de la place, attirant à eux la foudre tandis que les autres participants pouvaient s’éclipser. Encerclés, se battant à un contre trois, ils ont été finalement sortis de ce mauvais pas par les policiers qui les ont embarqués dans des paniers à salade, au milieu des insultes. Ils ont été libérés dans la soirée. Sviatoslav et les siens sont membres des « Ultras » du Chakhtiar Donetsk, le grand club de football de la ville. Ils traînent une mauvaise réputation dans les gradins de la Donbass Arena, le magnifique stade de 50 000 places offert au club, en même temps que des joueurs de classe internationale, par son propriétaire, le milliardaire Rinat Akhmetov. Leur slogan officiel est « Seulement l’Ukraine et le Chakhtiar ». Un autre, claironné moins fort, clame : « Si ton voisin ne chante pas, tape-lui dessus ! » Ces groupes ne sont guère appréciés du reste du public. On les appelle « hooligans », dénomination qui, ici, n’a pas tout à fait la même signification qu’ailleurs. A l’époque soviétique, on appelait ainsi les contestataires politiques. C’est exactement ce que sont devenus ces hommes depuis que l’Ukraine s’agite. Dans cette région industrielle frontalière, le sentiment pro-russe est très prégnant et les parti22 -

beurre noir. Ce

sans de l’unité ukrainienne manifestent en terre hostile. Ce sont les « Ultras » qui les encadrent, se tenant quelques mètres en arrière, à l’écart des caméras, prêts à intervenir. « Je partage leurs idées », dit Yegor, 22 ans, une autre carrure rencontrée dans un de ces rassemblements sous tension. Le service d’ordre informel du Chakhtiar (« mineur », en russe) est renforcé par des partisans du Metalurg (« sidérurgiste »), le club concurrent de la ville. Pas si simple de perdre l’étiquette de vilains. « Même les gens que nous protégeons ne nous aiment pas forcément », sait Sviatoslav. Rencontré dans un parc, pour plus de discrétion, Andréï, 35 ans, est un des responsables des Ultras. L’homme est élégamment habillé, plein de bonnes manières. Il était pourtant au cœur des échauffourées de la veille. Il explique pourquoi son groupe a mis son sens de l’organisation mais également son « expérience des batailles de rue » au service d’une cause autre que le football. L’homme parle de la situation actuelle de l’Ukraine, de sa pauvreté, de son absence de perspectives. Il raconte comment les rêves communistes de son père se sont envolés, comment ses propres idéaux d’indépendance se sont délités dans le système oligarchique. Le discours est clair, cohérent, articulé, assez loin des clichés sur les décérébrés violents que seraient les Ultras. L’Europe, pour ceux de Donetsk, c’est ce territoire où leur club se déplace dans le cadre des compétitions internationales. Mais ils sont rarement du voyage. Pas assez propres sur eux pour qu’on les emmène. Et, surtout, pas les moyens de se le payer. Même lorsque, en 2012, des matchs du dernier Euro de football se sont disputés à Donetsk, Sviatoslav, qui vit de petits boulots, n’a pu s’offrir un billet. Depuis le Début Des événements, dans toute l’Ukraine, les différents clubs d’Ultras – ne surtout pas les appeler « supporteurs », ils se vexeraient – ont joué un rôle non négligeable. A Kiev, mais aussi à Kharkiv ou Dnipropetrovsk, ils ont soutenu une contestation qu’on qualifie un peu hâtivement de pro-occidentale. Ils ont communiqué entre eux. Au nom de l’unité nationale, les Ultras du Chakhtiar Donetsk ont même organisé un match amical avec leurs ennemis jurés du Dynamo Kiev. Combien de temps cette paix va-t-elle durer ? Le championnat ukrainien de football reprend au printemps. 15 mars 2014

Carmen Jaspersen/DPA/Maxppp. Marius Becker/DPA/Maxppp. Ole Spata/DPA/Maxppp

Le club du Chakhtiar Donetsk appartient au milliardaire Rinat Akhmetov (ci-contre après que le club a remporté la coupe de l’UEFA en 2009). Il a notamment fait construire la Donbass Arena, un stade de 50 000 places.


La semaine.

LE DéCoDEUr

Luc Chatel, Le Figaro, 7 mars

L’AffIrMAtION.

« Comme par hasard » est un vieil argument politique. « Comme par hasard », donc, explique l’ancien ministre UMP Luc Chatel, une série d’affaires – Jean-François Copé et la société Bygmalion, Patrick Buisson et son dictaphone, Nicolas Sarkozy et les écoutes – touche la droite au moment où celle-ci serait en passe de « remporter une majorité des villes » lors des municipales. Une majorité, vraiment ? LA vérIfICAtION. Difficile de définir exactement ce qu’est une victoire aux municipales pour un parti. En France, administrativement, une commune de plus de 2 000 habitants est une ville. Mais dans ces petites villes, beaucoup de maires n’ont pas d’appartenance partisane (ou n’en font pas mention). En 2008, François Hollande, alors premier secrétaire du Parti socialiste, s’était réjoui que la gauche reprenne à la droite la majorité des villes de plus de 20 000 habitants. Alors retenons cette échelle pour tenter une comparaison. Dans la catégorie des communes de plus de 20 000 habitants, on compte 438 villes. A l’issue des élections de 2008, sur ce total, 181 avaient un maire de droite (UMP ou Centre, 24 -

hors MoDem), et 244 un maire de gauche (PS, PC, PG, EELV), 13 restant en « autres » (dont 11 MoDem). Les partis de gauche dominent donc, avec 63 villes administrées de plus que les partis de droite. Selon les calculs électoraux du Monde, on compte 20 villes de plus de 50 000 habitants qui pourraient passer de gauche à droite, 25 autres entre 25 000 et 30 000 habitants qui pourraient aussi basculer, et enfin 17 villes entre 15 000 et 25 000 habitants. Soit 62 villes au total. qui pourraient passer de la gauche à la droite à l’issue du scrutin des 23 et 30 mars. LA CONCLUSION. L’UMP n’a pas besoin de récupérer ces 62 villes pour reprendre sa majorité sur les communes de plus de 20 000 habitants. Il lui suffirait de 31 basculements à droite pour repasser devant la gauche. Luc Chatel n’a donc pas tort sur le fait que son camp peut gagner les élections. Mais gageons que, si tel est le cas, la gauche s’empressera de communiquer sur son bon maintien dans les villes de plus de 100 000 habitants... Samuel Laurent

Il fallait oser Tous à poils (longs). Par Jean-Michel Normand

Il n’y a pas que les tatoués. Il y a aussi les barbus. Ils sont partout et ce qui devait arriver est en train de se produire : l’industrie du rasage vacille. Au cours des trois derniers mois de 2013, les ventes de rasoirs et de lames réalisées par Gillette (Procter & Gamble) ont pris un sacré bouillon. La baisse atteint 7,8 % et, nous apprennent Les Echos, les affaires ne se portent guère mieux chez Schick. Les hommes, désormais, se rasent en moyenne un peu moins de quatre fois par semaine, ce qui signifie que le concept de barbe de trois jours est pratiquement devenu la norme. D’où cette subtile analyse du consultant JPMorgan qui discerne « un intérêt croissant pour la pilosité faciale ». Le business du poil se reporte sur la chirurgie esthétique, en particulier l’implantation de cheveux sur le visage pour ceux dont la végétation personnelle n’est pas assez luxuriante (à New York, les tarifs peuvent grimper jusqu’à 8 000 dollars). Ne reculant devant rien, le puissant lobby des barbus organise ses propres J. O. Le prochain championnat du monde (où les moustachus seront tolérés) comprendra plus de dix spécialités différentes et se tiendra en septembre prochain à Portland, Oregon, ville bénie des hipsters, ces jeunes gens qui boutonnent leur chemise de bûcheron jusqu’en haut et laissent librement prospérer leur barbe. Cependant, la symbolique du poil ayant toujours été à double tranchant, le revers de fortune des industriels du rasage pourrait n’être que passager. Aux Etats-Unis, les capteurs de tendances pileuses observent l’émergence d’un phénomène baptisé manscaping. Autrement dit, la propension d’hommes, plutôt jeunes, à se raser autre chose que le visage ou la tête. Procter & Gamble, qui prétend que cela concerne 29 % des mâles américains, vient, bien entendu, de commercialiser à leur intention un rasoir pour le corps.

Retrouvez les vérifications des Décodeurs sur www.lemonde.fr/les-decodeurs/ 15 mars 2014

Albert Facelly/french-politics.com. Cecilia Garroni Parisi pour M Le magazine du Monde

“L’UMP est à la veille de remporter une majorité des villes de France et c’est à ce moment qu’intervient cette cascade d’histoires?”


La semaine.

2009 – Les oreilles qui traînent du majordome

Entre 2009 et 2010, Pascal Bonnefoy, le majordome de Liliane Bettencourt, enregistre secrètement de nombreuses conversations au domicile de sa patronne, à Neuilly-surSeine. Les écoutes, publiées en juin 2010 par Le Point et Mediapart, déclenchent une affaire politico-financière aux multiples ramifications.

1973 – Les faux plombiers du “Canard enchaîné”

2. 1.

Le roman-photo des enregistrements pirates. Lorsque les murs ont des oreilles, de sombres affaires politico-sociétales sont dévoilées. Signées Patrick Buisson, les dernières écoutes clandestines n’ont pas fini de faire parler d’elles.

4.

2012 – Le coup de fil fatal de Cahuzac

2011 – Le dictaphone de la FFF

3.

Lors d’une réunion technique au siège de la Fédération française de football, il est question de quotas discriminatoires afin de limiter le nombre de joueurs d’origine étrangère formés en France. Laurent Blanc, sélectionneur national, s’y dit favorable. Mohamed Belkacemi, cadre technique, a tout enregistré. Blanc nie en conférence de presse.

Mediapart accuse Jérôme Cahuzac, alors ministre du budget, d’avoir détenu des fonds non déclarés à l’étranger. L’enregistrement, authentifié par la justice, d’un échange téléphonique datant de 2000 entre Cahuzac et son gestionnaire de fortune confirme les informations publiées. Cahuzac finit par avouer le 2 avril 2013.

2014 – Le mouchard de Buisson

5. 26 -

Conseiller de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson a enregistré clandestinement des conversations tenues à l’Elysée en 2011. Publiées par Le Canard enchaîné, les retranscriptions dévoilent un climat délétère et une ridicule tambouille politicienne. L’ancien président, qui s’estime « trahi », demande en référé à la justice le retrait des enregistrements reproduits dans la presse.

Laurent Telo

15 mars 2014

Daniel Simon/Gamma. Baptiste Fenouil/REA. Patrick Bernard/AFP ImageForum. Laurent Troude/Divergence. Alain Guilhot/Divergence

Des agents de la DST déguisés en plombiers sont surpris dans les locaux du journal satirique en train d’installer des micros. But de la manœuvre avortée qui tourne au « Watergaffe » français : identifier les indicateurs du Canard. Raymond Marcellin, ministre de l’intérieur (photo), est muté à l’agriculture.


22, rue de la Paix

DorothĂŠe Gilbert Danseuse Etoile

www.repetto.com


C Un combattant du groupe djihadiste Front Al-Nosra, en janvier à Alep.

’est l’histoire d’un homme dont le fils est parti

combattre en syrie, il y a six mois. Dilemme d’un père qui redoute que son enfant soit tué par les soldats de Bachar Al-Assad, mais qui sait que s’il rentre en France, il sera condamné. Plusieurs peines de prison ferme ont été récemment prononcées à l’encontre de jeunes Français candidats au djihad, interceptés avant d’avoir pu quitter le territoire. Franco-algérien, Mohamed, 66 ans, s’est résolu à partir chercher lui-même Khader, 26 ans, quelque part dans le maquis syrien, afin de l’aider à refaire sa vie là où il ne risquera ni la mort ni la prison. Mohamed, qui partage ses semaines entre Drancy (seine-saint-Denis) et Liège

société

A la recherche du fils djihadiste.

Mohamed, 66 ans, s’apprête à entreprendre un dangereux périple pour retrouver son fils parti combattre en Syrie dans un bataillon de djihadistes. Une démarche risquée, que ne cautionnent pas les autorités françaises.

28 -

où il vend des vêtements, ne s’étend pas sur son angoisse d’accomplir, à son âge, un tel périple. il reste délibérément flou sur son plan et la date de son départ, probablement mi-avril. « Je compte sur l’entourage d’un prédicateur bruxellois, lui-même parti combattre en Syrie, pour m’obtenir un sauf-conduit. Ensuite, je me rendrai à la frontière turco-syrienne, où les passeurs sont nombreux, puis je chercherai l’endroit où les combattants francophones sont regroupés », détaille-t-il. il estime qu’« au moins deux semaines » seront nécessaires pour localiser son fils. Une telle aventure constitue « une entreprise extrêmement dangereuse que nous déconseillons », prévient Romain Nadal, le porte-parole du Quai d’orsay. impossible, pourtant, de ne pas penser à Dimitri Bontinck, le père d’un jeune djihadiste belge qui, après plusieurs tentatives, est parvenu le mois dernier à ramener en Belgique son fils, parti combattre à Alep. mohamed n’a jamais perdu le contact avec son fils. Au moins une fois par mois, il communique avec Khader par skype. « Il m’a montré l’endroit où il vit. C’est un hôtel, un peu vide. » Mohamed retient des bribes du quotidien de son fils : le jeune activiste, salarié de la RAtP, vit avec d’autres Français. Le soir, on leur donne des cours d’arabe. on leur avait confié des armes, mais on les leur a reprises. Khader envisagerait désormais de se marier, de faire sa vie là-bas. « Pour les hommes de Bachar Al-Assad, les djihadistes français sont des mercenaires. Khader ne parle pas du tout arabe. S’il est capturé, il ne pourra pas se défendre », s’alarme le sexagénaire. « Dans les groupes djihadistes, les Français servent de chair à canon ou sont cantonnés aux tâches subalternes », ajoute-t-on du côté des autorités françaises. Mohamed ne les a pas averties de son projet. il ne leur fait plus confiance car il ne s’explique pas comment son fils a pu rejoindre la syrie alors que, bien connu de la Direction centrale du renseignement intérieur (DcRi) depuis le 15 octobre 2012, il était placé sous contrôle judiciaire. Khader et deux amis, alors soupçonnés de vouloir partir faire le djihad en somalie, avaient été interpellés chez eux, à Drancy. La DcRi les avait auditionnés pendant 96 heures, avant de les relâcher. A l’époque, Khader venait de lâcher ses études après son bac littéraire et vivait avec ses parents et sa plus jeune sœur. « A chaque fois que je rentrais à la maison, je le trouvais devant Internet, fasciné par des prédicateurs barbus, raconte le père. Je me suis mis à la prière pour ne pas perdre le fil, pour qu’on partage encore quelque chose. J’essayais de lui traduire certains textes arabes en français. Un jour du ramadan, je l’ai accompagné à la mosquée du Blanc-Mesnil. Il donnait l’accolade aux salafistes… » En septembre dernier, le jeune homme a prétexté un séjour dans le Midi. Quand il a donné des nouvelles à sa famille, une semaine plus tard, il était en turquie, prêt à franchir la frontière. « Il ne faut pas être égoïste. Vous vouliez me voir avocat, ou je ne sais quoi… C’est votre fantasme. En étant ici, je fais ce qui me plaît », leur a lâché Khader. Mohamed sait qu’il aura du mal à convaincre son fils de revenir, mais « s’il reste une chance de le convaincre, je dois lui parler avec les yeux », souffle-t-il. Stéphanie Marteau 15 mars 2014

Baraa Al-Halabi/AFP

la semaine.


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La semaine.

Le capitaine mythique Ce samedi, l’homme le plus capé de l’histoire du rugby irlandais fêtera sa 133e et dernière sélection, dont 84 en tant que capitaine. En 2000, à 21 ans, il offrait aux Verts, avec trois essais à son actif, une première victoire en France depuis 1972.

Le vétéran adulé Surnommé « BOD », ce trois-quarts centre véloce né à Clontarf, au nord de Dublin, est toujours considéré à 35 ans comme l’un des meilleurs du monde à son poste. « One more year » (« un an de plus »), lui ont, en vain, réclamé les fans du XV du Trèfle lors de son dernier match à Dublin, le 8 mars contre l’Italie.

Qui est vraiment Brian O’Driscoll ?

Le professionnel modèle En 2011, il décline l’invitation au mariage du prince William et de Kate Middleton, en raison d’une demi-finale de Coupe d’Europe que son club de Leinster (Irlande) dispute le lendemain. Une compétition qu’il a remportée en 2009, 2011 et 2012 avec cette équipe, où il a réalisé l’ensemble de sa carrière.

Le cœur de Lions Sélectionné avec les prestigieux « Lions », réunissant les meilleurs joueurs d’Angleterre, d’Ecosse, d’Irlande et du Pays de Galles, il est victime d’un plaquage à retardement d’un NéoZélandais, en 2005. Une blessure qui l’éloignera des terrains sept mois et créera une polémique autour du jeu trop « physique » des All Blacks.

Franck Berteau

Peter Morrison/AP

Idole en son pays, le joueur le plus sélectionné de l’histoire du rugby irlandais dispute ce samedi, contre les Bleus, son dernier match avec le XV du Trèfle.

La fierté nationale Ce rugbyman est une fierté nationale comme en témoignent les tee-shirts estampillés « In BOD We Trust ». En 2009, il figure à la tête de la sélection irlandaise qui décroche un historique grand chelem après soixante et un ans d’une pénible disette.

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15 mars 2014


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la semaine.

En Floride, un professeur fait une démonstration de pilotage de l’AR.Drone 2.0 de la société française Parrot. L’appareil est équipé de deux caméras qui transmettent des images en direct.

aviation

La chasse au drone est ouverte.

Depuis septembre, pas moins de 21 enquêtes judiciaires ont été ouvertes. L’apparition inopinée au Stade-vélodrome de Marseille, le 7 mars pendant la rencontre oM-nice, d’un drone inconnu qui est resté de longs instants en vol stationnaire audessus du public, pourrait bien allonger la liste. « Tout le monde ne peut pas se prendre pour Yann Arthus-Bertrand », prévient-on à la direction générale de l’aviation civile (DGaC). Destinés aux applications professionnelles de drones, les arrêtés du 21 avril 2012 n’ont pas anticipé le succès des miniquadricoptères qui pèsent entre 40 grammes et quelques kilos et se vendent entre 70 et 1 000 €. Les textes autorisent, sous certaines conditions, les engins de moins de 25 kilos à voler hors des zones interdites (proximité des aéroports et zones urbaines, notamment). En revanche, s’il s’agit de filmer ou de photographier, les autorisations nécessaires sont telles que faire évoluer un drone au-dessus de son jardin est, de facto, interdit. « Tout n’est pas question de réglementation ; les utilisateurs vont s’autoréguler, il ne faut pas s’inquiéter outre mesure », plaide Henri Seydoux, PDG de la société française Parrot qui a vendu son aR.Drone à plus de 500 000 exemplaires, dont près de 10 % en France. Parmi les amateurs, l’inquiétude est néanmoins palpable. « Les cas de Nancy et de la Défense constituent une utilisation potentiellement dangereuse mais la réglementation est hypocrite », s’étonne Raphaël, un aficionado qui assure ne faire voler son aéronef « que dans des zones dégagées et très peu fréquentées ». « Pour piloter heureux, pilotons cachés », peut-on lire sur un forum d’Helicomicro. com. Pour Frédéric Botton, cofondateur de ce site, point de ralliement des passionnés, « il faut malgré tout se réjouir que le débat sur les bonnes pratiques ait été lancé à froid plutôt qu’après un accident qui aurait encouragé les solutions répressives ». interrogées, les autorités aériennes assurent que la chasse aux drones n’est pas ouverte. « Nous voulons éviter que des gens fassent voler n’importe quoi n’importe où, mais nous faisons la part des choses face aux utilisateurs de bonne foi qui ne font courir de risques à personne », indique-t-on à la gendarmerie des transports aériens. Consciente qu’il est devenu nécessaire de compléter la réglementation, la DGaC prépare de nouveaux textes visant notamment « à définir plus précisément la notion de vol de loisir ». De son côté, la Commission informatique et liberté s’est emparée d’une autre question que soulèvent ces machines volantes truffées de capteurs et de caméras, celle de la protection de la vie privée. Même si, malgré l’intérêt manifeste que les paparazzis portent aux drones, aucune action en justice n’a, pour l’heure, été engagée sur ce motif. Jean-Michel Normand

D

nans thomas, 18 ans, se fait discret. Ce jour-là, ce lycéen a mis en ligne une vidéo à la gloire de sa ville de nancy. La place Stanislas vue du ciel sous un soleil d’hiver, saisie par une caméra rasant les bâtiments avant de se figer en surplomb du centre historique. Parmi les quelque 400 000 internautes qui ont visionné ces images que seul un drone peut réaliser, les représentants de la gendarmerie des transports aériens (Gta) n’ont pas été les plus enthousiastes. Pour avoir fait survoler par un engin pesant plus d’un kilo une zone où se trouvaient des centaines de promeneurs, le jeune homme est aujourd’hui poursuivi pour mise en danger de la vie d’autrui. D’autres sont aussi dans le collimateur de la justice. Le propriétaire d’un drone dont la « présence inopportune » a été signalée le 5 février à proximité de l’hélicoptère de la gendarmerie venu secourir l’équipage du Luno, le cargo naufragé devant anglet (Pyrénées-atlantiques). ou encore ce légionnaire venu filmer d’un peu trop près la tour Eiffel le 18 février et condamné à 1 000 € d’amende dont 500 avec sursis et la confiscation de son joujou. Fin 2013, un drone errant au-dessus du tarmac de l’aéroport de Montpellier a été saisi, ainsi qu’un autre dont le pilote jouait les « Baron noir » au-dessus du quartier de la Défense, près de Paris.

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epuis le 25 janvier,

15 mars 2014

Tampa Bay Times/Zuma/REA

Survol du centre de Nancy, du Stade-Vélodrome ou du quartier de la Défense… La multiplication des drones de loisir soulève des questions tant sur le plan de la sécurité que de la protection de la vie privée. Et peut mener des pilotes amateurs au tribunal.


L

Ils font ça comme ça!

qui ont éclos ces dernières années autour de Mahane Yehuda, le grand souk de Jérusalem. C’est désormais une certitude. « On voit de plus en plus d’habitants de Tel-Aviv venir ici dîner et prendre du bon temps », confirme Assaf Granit, un chef en vogue de la cité trois fois sainte. Les cinq restaurants qu’il a ouverts, depuis 2009, dans sa ville natale, ne dépareraient pas dans les quartiers à la mode de Londres ou de Berlin. Jusqu’alors, la répartition des rôles semblait bien établie : à Tel-Aviv, hédoniste et moderne, on fait la fête jusqu’à plus soif. Tandis qu’à Jérusalem, austère et sacrée, on prie, on se dispute… et l’on rentre vite à la maison une fois la nuit tombée. « Le fossé qui sépare les deux villes est en train de se combler et ça ne tient pas seulement à Israël la liaison ferroviaire qui, d’ici quelques années, les reliera en moins d’une demi-heure. C’est une révolution culturelle », s’exclame le guide Kobi Cooper. Ce trentenaire, Hiérosolymitain d’adoption, est intarissable sur les festivals et manifestations en tout genre qui donnent à la cité millénaire une nouvelle jeunesse. Du plus classique (une Saison de la culture, l’été, autour de la danse, la musique et la poésie) au plus insolite (une démonstration de modèles de Formule 1, en juin 2013, au pied des remparts de la vieille ville). Même la Gay pride, longtemps perturbée par des a rumeur Courait dans les bistrots branChés

heurts parfois violents avec les ultra-orthodoxes, semble avoir gagné ses galons de respectabilité. Le paysage urbain n’échappe pas à cette frénésie d’innovations. L’un des endroits les plus courus de Jérusalem-Ouest est sorti de terre au printemps 2013, sur les restes de l’ancienne gare ottomane. Bonnes tables, galeries d’art et commerces de bouche haut de gamme se partagent une vaste esplanade, où les riverains sont bienvenus le samedi, jour du shabbat, lorsque le reste de Jérusalem plonge dans la torpeur. Quant à Jaffa Street, artère principale de la ville nouvelle, elle a connu une métamorphose spectaculaire avec l’inauguration du tramway en 2011. Interdite aux voitures, elle est désormais prisée des promeneurs le jour et des fêtards le soir. Résultat, certains quartiers commencent à aimanter les « bobos », une population inconnue il y a peu dans la Ville sainte. On en croise à Nahalaot, à un jet de pierre de Mahane Yehuda. Autrefois insalubre et mal famé, ce dédale de ruelles voit aujourd’hui ses maisons pittoresques restaurées à prix d’or.

Jérusalem, promise aux bobos?

Loulou d’Aki

restaurants branchés, festivals, marathon… depuis quelques années, la ville pieuse assouplit son image austère et joue la carte de la culture et de la modernité, à l’instar de Tel-aviv.

Cette nouvelle vague hype n’a rien de fortuit.

D’abord parce que le souvenir de la deuxième intifada commence à s’estomper. « Les bus n’explosent plus dans la rue. On a le sentiment qu’on peut se détendre, créer de nouvelles choses », souligne Michael Weiss, directeur du portail touristique GoJerusalem. Certains y voient aussi la patte du maire Nir Barkat. Cet ancien entrepreneur high-tech, réélu à l’automne après avoir succédé en 2008 à un ultrareligieux, proclame une ambition : retenir la jeunesse laïque qui, des années durant, a migré en masse vers des lieux plus cléments. Les festivals culturels, c’est lui. La Formule 1 c’est encore lui. Tout comme le marathon qui le 21 mars, pour sa quatrième édition, verra des milliers de coureurs partir à l’assaut des collines. Mais gare à ne pas faire trop vite de Jérusalem un nouveau Tel-Aviv. « Ça ne pourra jamais être une bulle, ici, il y a trop de tensions », estime l’écrivain David Ehrlich, propriétaire du café littéraire Tmol Shilshom. En témoignent les appels au boycott émis chaque année contre le marathon dont le parcours traverse Jérusalem-Est, revendiqué par les Palestiniens comme la capitale de leur futur Etat. Marie de Vergès

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La semaine.

Ils font ça comme ça!

pérou

Tout nus au Machu Picchu

Le Québec veut choisir ses immigrés.

La province francophone envisage de faire le tri parmi les nombreux candidats à l’immigration avec un critère précis : ses besoins en main-d’œuvre.

Lors des Salons de l’emploi, comme ici à Barcelone en 2012, le Québec attire des candidats à l’exil toujours plus nombreux.

D

de l’immigration québécoise, n’en démord pas. Avec 80 000 demandes d’immigration en attente alors qu’il y a pénurie de main-d’œuvre qualifiée, il est devenu indispensable de réformer le processus. Estimant que « le Québec est victime de son succès », la ministre vient de déposer un projet de loi visant à choisir les immigrants, plutôt que de traiter chronologiquement les demandes, comme c’est actuellement le cas. La Belle Province entend ainsi opter pour une immigration choisie, en organisant une sorte de présélection liée aux besoins urgents du marché du travail, avec une « déclaration d’intérêt obligatoire » calquée sur celle de l’Australie et la Nouvelle-Zélande. En constituant ainsi une « banque de candidatures », le Québec pourra « choisir les meilleurs talents », a déclaré la ministre. « C’est une bonne façon de décourager certains et d’ouvrir le robinet à la demande », soutient Maryse Grob, présidente de la section Québec de la chambre de commerce française au Canada. Cette avocate, française d’origine et consultante en immigration, recommande à ses clients la formule des programmes vacances travail (PVT), des visas temporaires autorisant leurs détenteurs à travailler pendant

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IAne De CouRCy, ministre

leur séjour, la création d’une auto-entreprise ou le « réseautage » pour obtenir un permis de travail, voies royales vers le précieux certificat de sélection. Travailler au Québec, soulignet-elle, tient du parcours du combattant : « long, cher et pas gagné d’avance, si vous n’avez pas un profil professionnel recherché ou si vous avez plus de 50 ans ». Bref, mieux vaut être jeune, boucher, soudeur ou pâtissier que quadra, ingénieur ou vétérinaire. Après les Chinois, les Français sont les plus nombreux à choisir le Québec comme terre d’accueil : plus de 5 000 en 2012, soit 10 % des immigrants reçus par la province. Expert en informatique, Louis-Marie Chevalier, 40 ans, a quitté le sol français avec femme et enfants il y a cinq ans. Il a créé sa propre entreprise, dont le client principal est l’aéroport de Montréal, et a fourni un permis de travail à trois autres Français. « Réussir son immigration au Québec, c’est une épreuve, note-t-il. La famille vit une belle expérience, mais je me sens encore un invité dans ce pays, où il faut faire un gros effort d’intégration et preuve de beaucoup d’humilité. » LuI AussI InfoRMAtICIen, Jean-Philippe Mercier, 33 ans, arrivé à Noël, aimerait l’imiter. Il a quitté Saint-Germain-en-Laye, avec sa femme et ses trois enfants, après avoir décroché un permis de travail lors des Journées Québec de Paris en juin 2013. Quant au certificat de sélection, il en avait fait la demande fin 2012 mais ne dispose « toujours que d’un numéro de dossier ». Pour l’instant, ce qui lui importe est de pouvoir « rentrer chez [lui] avant que les enfants dorment, ce qui devenait impossible en France ». Mais pour trouver sa place au Québec, il se dit prêt à fournir des efforts et « à s’adapter à une langue française bien différente… » Anne Pélouas

L

15 mars 2014

David Ramos/Getty Images/AFP. Maule/Fotogramma/ROPI-REA

Canada

es streakers n’ont pas de frontières. Ces individus, souvent de culture anglosaxonne, ont fait leur spécialité de traverser en courant, nus, des lieux publics. Récemment, ils ont jeté leur dévolu sur le site historique et touristique du Machu Picchu, au Pérou. Depuis quelques mois, une série de streakings ont eu lieu à travers la grandiose cité inca, provoquant les réactions indignées des autorités. Les gardes ont été priés de renforcer la surveillance du lieu afin de prévenir ces exhibitions qui, selon le directeur régional de la culture, « portent atteinte à l’héritage culturel » péruvien. Récemment, rapporte le journal The Guardian, deux touristes, néo-zélandais et australien, ont été pris sur le fait et brièvement incarcérés. Ils n’ont été relâchés qu’après avoir effacé les autoportraits qu’ils avaient réalisés avec leur appareil photo. La pratique du streaking s’est développée dans les années 1960 sur les campus américains. Aujourd’hui, les sites de partage de vidéos semblent lui avoir donné une seconde jeunesse, et, malgré les rondes des cerbères du Machu Picchu, les images de nudistes gambadant joyeusement tournent en boucle sur ces sites, note le quotidien anglais. J.-M. N.


la semaine.

Marc Beaugé rhabille… Laurent Delahousse.

S

I lA révélATIon par l’hebdomadaire Paris Match d’une relation entre l’actrice Alice Taglioni et le journaliste Laurent Delahousse n’a pas suscité un incroyable raz de marée médiatique, certains journalistes préférant curieusement se focaliser sur l’invasion de l’Ukraine par la Russie, elle n’a pas manqué d’éveiller notre intérêt. Et même, pour tout dire, de susciter chez nous une forme de désarroi. Car nous avions envisagé pour Laurent Delahousse un tout autre destin sentimental. A bien des égards, le présentateur des JT de France 2 de garde le week-end avait le profil idéal pour participer à l’émission de télé-réalité « Bachelor, le gentleman célibataire ». Ainsi, dans une villa du sud de la France, des jeunes femmes entre 20 et 30 ans, adeptes du fer à lisser et évoluant majoritairement dans les domaines des relations publiques, du mannequinat de catalogue ou de la vente en boutique de luxe, se seraient étripées pour décrocher ses faveurs. Naturellement, elles auraient loué à l’envi sa bonne situation, sa culture, son charisme, sa disponibilité les jours de semaine, sa mèche blonde de tennisman suédois et plus encore cette incroyable capacité à porter le costume. En EffET, à CHACunE DE SES AppArITIonS TélévISuEllES,

Laurent Delahousse semble mandaté par une boutique spécialisée dans les costumes de mariage afin de faire la réclame de ses modèles les plus précieux et distingués. Tour à tour vêtu d’un ensemble bleu marine, gris ou noir, taillé dans une laine super 150 (prenant si bien la lumière qu’un reflet intempestif finira bien, un jour, par aveugler une téléspectatrice de France 2 fixant un peu trop intensément son poste), le blond ne fait jamais la moindre erreur technique. Ce qui, au fond, est sans doute bien

le problème. A son insu, l’homme du JT des week-ends fait la démonstration que l’on peut scrupuleusement respecter les règles d’élégance tout en suscitant, d’un point de vue esthétique, une évidente insatisfaction. Pourvu de son rutilant costume et de sa cravate assortie, souriant au moment d’annoncer une bonne nouvelle, grave au moment d’en annoncer une mauvaise, toujours savamment peigné, sans l’ombre d’une pellicule, le sourire impeccablement éclatant, l’œil vif, le poil brillant, Laurent Delahousse ne manque pas d’allure. Mais n’affiche pas la moindre once de cette nonchalance qui fait le style et pour laquelle Castiglione avait inventé le terme que les Italiens continuent d’utiliser : sprezzatura. A défaut de suggérer au journaliste de dormir en costume, comme un réalisateur l’imposa un jour à Sean Connery pour qu’il s’approprie son smoking de James Bond, il pourrait briser l’unité de couleur de ses tenues. Ou encore mélanger les matières et ajouter à l’ensemble quelques rayures… Car on gagne toujours, même en matière vestimentaire, à se détendre un peu.

Le buzz du Net Racisme ordinaire à Harvard.

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es dérapages racistes n’épargnent pas Harvard. Au sein de l’une des plus anciennes et prestigieuses universités américaines, les étudiants noirs continuent de subir préjugés et humour malveillant. Des attitudes que dénonce le Tumblr intitulé « I, Too, Am Harvard » (Moi aussi, je suis Harvard), lancé le 1er mars et tiré d’une campagne photographique éponyme. Sur la plateforme de microblogging, des dizaines de clichés représentent des personnes victimes d’un racisme au quotidien sur le campus. Dans leurs mains, les étudiants tiennent des pancartes sur lesquelles figurent les propos que des camarades leur ont déjà assénés. « Avoir une opinion ne fait pas de moi une “femme noire en colère” », s’insurge l’une d’entre elles (photo), alors qu’un jeune homme pourvu d’écouteurs arbore un panneau où il est inscrit : « Non, ce n’est pas du rap ! » C’est Kuumba Singers, une association noire de l’université qui est à l’origine de cette page Tumblr, visionnée par 210 000 personnes.

Capture écran Web

Franck Berteau

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Illustration Peter Arkle pour M Le magazine du Monde – 15 mars 2014


Dernier appel pour Al-Ameri.

Viktor Drachev/AFP. Sabah Arar/AFP. Guibbaud Christophe/Abaca. Stella Pictures/Bestimage. Wiktor Dabkow/Picture Alliance/Abaca

La photo

Crimée, l’embarras du choix. Cette affiche pro-russe placardée le 11 mars à Sébastopol résume le référendum en Crimée à sa manière. « Le 16 mars nous choisirons entre » le maintien dans l’Ukraine, symbolisée par une croix gammée et des barbelés, « ou » le rattachement à la Russie et les couleurs vives de son drapeau. Le Parlement régional a déjà anticipé l’issue de cette consultation, jugée illégale par la communauté internationale, en adoptant une « déclaration d’indépendance ».

Vieille Europe.

Ils sont trois « routiers » à convoiter la présidence de la Commission européenne. Et pour la première fois, l’issue des élections européennes du 25 mai devrait peser sur cette désignation.

Juncker, le vétéran de droite

Détenteur du record européen de longévité à la tête d’un exécutif, l’ex-premier ministre luxembourgeois (59 ans) a présidé l’Eurogroupe pendant huit ans. Préféré le 7 mars au Français Michel Barnier, Jean-Claude Juncker défendra les couleurs du Parti populaire européen.

Schulz, le respecté de gauche

A 58 ans, le socialdémocrate Martin Schulz, qui n’a jamais participé à un gouvernement en Allemagne, siège depuis vingt ans au Parlement européen dont il est le président. Ce francophone qui porte les espoirs de la gauche veut faire de l’emploi sa priorité.

Verhofstadt, le revenant fédéraliste

En plein vol BeyrouthBagdad, un avion de ligne de la Middle East Airlines a été contraint de faire demi-tour, le 6 mars, pour aller rechercher Mahdi Al-Ameri, le fils du ministre irakien des transports qui avait raté l’embarquement. La compagnie a assuré avoir à plusieurs reprises appelé les passagers retardataires, sans succès pour le « fils de » mais, peu après avoir décollé, l’équipage a été prévenu que l’avion ne pourrait atterrir à Bagdad si le passager n’était pas à bord. Outre son coût, ce demi-tour impromptu a désorganisé les plans de vol, a fait savoir la Middle East Airlines. L’incident a provoqué un tollé en Irak où le premier ministre Nouri Al-Maliki a exigé le licenciement de « toutes les personnes responsables » du changement de direction forcé de l’appareil. Quant au ministre des transports, Hadi Al-Ameri (photo), il a expliqué le parcours de l’avion par des difficultés imputables à des travaux de maintenance sur l’aéroport de Bagdad… Laurent Telo

Sans le veto britannique, Guy Verhofstadt aurait été préféré à Manuel Barroso pour présider la Commission en 2004. Fédéraliste fervent, l’ancien premier ministre belge, mandaté par les libéraux et les centristes, a peu de chance de troubler le duel JunckerSchulz. J.-M. N. 37


La semaine.

Les questions subsidiaires Skype aimet-il jouer au docteur ?

L’hôpital britannique de Stafford, dans

le centre de l’Angleterre, vient de trouver la solution pour réduire les files d’attente à ses consultations. Les médecins discuteront désormais avec leurs patients par vidéo et par mail à chaque fois que leurs pathologies le permettront. Les suivis postopératoires, soit près de 35 % des rendez-vous, pourraient désormais être assurés par Skype, ce qui correspond à quelque 180 000 visites de patients.

Stéphanie Marteau

Un maire peut-il s’autopunir ?

En pleine grève des 15 000 éboueurs de Rio, Eduardo Paes, le maire de la ville, a été filmé en train de jeter les restes d’un fruit dans la rue. Ce qui fait désordre pour un élu ayant promu le programme « Zéro déchet ». L’édile s’est donc confondu en excuses et a demandé à être sanctionné de l’amende prévue pour une telle infraction : 157 réis (49 euros). Laurent Telo

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Quels sont les prénoms qui sentent la poudre ?

John Harris/Report Digital/Rea. Yasuyoshi Shiba/AFP. Hamilton/Rea. P. Carril/Ciel et Espace

Aux EtatsUnis, les

faire-part de naissance annoncent de plus en plus souvent la venue au monde d’un enfant portant le nom d’une arme à feu, comme Colt, Remington, Beretta, Shooter, Magnum ou Wesson. Dernière statistique disponible collectée par le site baby namewizard.com, l’année 2012 a vu naître quelque 5000 enfants baptisés d’un tel patronyme. Cinq fois plus qu’en 2002. Jean-Michel

Normand

Est-ce que Sciences Po est en crise d’ego ? L’Institut d’études politiques (IEP) de Paris n’apprécie guère qu’on emprunte son surnom, « Sciences Po », érigé en marque déposée. Fin février, la Fondation nationale des sciences politiques a adressé une très sèche mise en garde à l’université de Saint-Denis Paris-VIII qui avait eu l’outrecuidance d’intituler @SciencesPoParis8 un compte Twitter non officiel du secrétariat de la faculté, suivi par seulement 340 abonnés.

La NASA changet-elle de galaxie ?

L’espace est si vaste

que la NASA ne s’en sort plus toute seule. A partir du 17 mars et pour six mois, l’agence spatiale américaine lance une série de concours ouverts à tous pour débusquer les astéroïdes. Les concurrents sont invités à composer des codes informatiques ou à observer le ciel. « Ce n’est pas un travail que la NASA peut accomplir seule », assure l’agence, qui offrira de nombreux prix dont le montant total sera équivalent à 25 000 euros. F. Be.

Franck Berteau

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Juste un mot Waouh ! Par Didier Pourquery

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dire : « J’ai envie que les milliers de délégués qui assisteront à cette conférence à Paris se disent : ouahou la France ! » Ouahou, donc. Le Robert l’écrit waouh en précisant que l’importation de l’anglais waooh date de 1994, pour exprimer « la joie, la surprise ou l’admiration ». Le Grand Robert cite même, une fois n’est pas coutume, un article du Monde daté de juin 1999 pour illustrer cette exclamation, dans une phrase plutôt mystérieuse: « Je me suis dit waouh ! Il n’y a qu’en France que je pourrai guérir ma tristesse. » Entendant bien la langue américaine, je remarque quand même, en v.O. une foule d’usages différents de cette interjection. Elle est très riche. Nous n’en sommes, nous, avec nos petits ouahou ou waouh, qu’à la préhistoire du ouah, si je puis dire.

Gainsbourg use en virtuose des onomatopées en vogue dans ces BD américaines (« Shebam! Pow ! Blop ! Wizz ! »). Ouahou n’est pas une pure onomatopée, elle, ou seulement si l’on cherche à imiter l’aboiement d’un husky asthmatique. C’est une interjection, comme oh! ou ah! Simplement, nous avons éprouvé le besoin, nous autres francophones, de tirer sur l’interjection comme on tire sur des bretelles: oh! et ah! deviennent ouah ! Puis ouahou ! On injecte un « w », on fait bouger le « h », et hop, voici waouh ! Comme si notre désir d’exclamation était d’autant plus vif que la vie est morne. Ou comme si le raccourcissement de nos discours nous menait à une caricature de communication et à un appauvrissement inéluctable de nos échanges.

ainsi, outre-atlantique,

whoa ou woah expriment la surprise (whoa you scared me – eh, tu m’as fait peur), Ouahou n’est pas une pure onomal’étonnement, l’émerveillement, l’admiration topée. C’est une interjection, comme oh! (your bike is cool, like, ou ah! Simplement, nous avons éprouvé whoa ! – ta moto est cool, genre, waouh !). Le waow le besoin, nous autres francophones, est un peu ironique. Le de tirer dessus comme on tire sur des woa légèrement sarcastique. L’anglais wow est bretelles : oh! et ah! deviennent ouah! plus classique (wow ! this Puis ouahou! On injecte un ‘w’, on fait film was brilliant ! – ouah ! ce film était magni- bouger le ‘h’ et hop, voici waouh ! fique !). On entend même : It’s a wow ! (c’est sensationnel !) Il devient aussi parfois un verbe pour exprimer que quelqu’un ou quelque chose impressionne, emballe… épate : The guitarist wowed the audience with his solo (le guitariste a épaté le public avec son solo). A ce stade de la chronique, ces whoa, waow, wao, wow vous donnent sans doute l’impression d’être tombé dans une partie de Scrabble en folie… ou une aventure de Superman. Souvenez-vous, dans la chanson Comic Strip de 1967, 15 mars 2014

Jean-Baptiste Talbourdet/M Le magazine du Monde

S

ur les réseaux sociaux, les forums et les messageries, cette interjection est partout. Lu au hasard, cette semaine, parmi des centaines d’autres sur Facebook, l’échange suivant : « Je suis totalement fan de cette image » « Ouahou! Moi pareil ». Et sur Twitter « waouh ! » est aussi fréquent que « top » ou « Et sinon… » : l’expression courte convient bien au microblog. Ecoutant l’autre vendredi sur France Info l’émission de philo d’Alexandre Lacroix, je l’entends raconter : « Truman Capote pouvait mémoriser deux heures d’entretien et les transcrire ensuite » et le journaliste du studio de s’exclamer « Wouah ! Deux heures! ». Waouh prend même, parfois, des airs d’adjectif. L’autre soir, à la terrasse d’un café quai de Jemmapes à Paris, une jeune femme expliquait très sérieusement : « Les frères Bogdanov, voilà, quoi, c’est… waouh. » Jusqu’ici tout va bien. On entend « ouahou! » dans les conversations de tous les jours depuis plusieurs années. Si je me suis décidé à en parler cette semaine, c’est à la suite de deux conversations d’un tout autre niveau de langue. Dans le bureau d’un grand chroniqueur politique d’abord, que nos lecteurs connaissent bien, en parlant de Patrick B. (et de la bande à Buisson), je l’entends commenter ainsi son étonnement: « Que ça sorte comme ça, à ce niveau-là, quand même… waouh! » Et le lendemain matin en rendez-vous avec un diplomate de haut rang du Quai d’Orsay (car je me flatte de connaître des diplomates), affable haut fonctionnaire à la vaste culture, je l’ois


Le Magazine / Portrait / Analyse / Reportage / Enquête / Portfolio /

Christiane Taubira La politique friction.

Depuis la loi sur le mariage pour tous, la garde des sceaux cristallise des sentiments irrationnels, tant du côté de ses défenseurs que de ses détracteurs. Derrière ce climat passionnel, un bilan jugé mitigé par les magistrats. Et une aura qui pourrait être ternie par les rebondissements dans l’affaire des écoutes de Nicolas Sarkozy et de son avocat. Par David Revault d’Allonnes/ Photos Maciek Pozoga

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arfois, en de rares occasions, la patronne de l’administration pénitentiaire s’évade. « J’étais restée deux mois sans pouvoir lire la nuit, raconte Christiane Taubira. J’ai eu un bon coup de blues. Un jour, j’ai tout lâché. Je suis allée en librairie, ça m’a calmée. » La garde des sceaux s’est alors offert 450 € de bouquins. Un shoot massif et régénérateur de littérature, dans un quotidien ministériel cadenassé. Elle a, depuis, « réintroduit la lecture nocturne », ce qui l’apaise, mais ne la guérit pas tout à fait. « J’ai la nostalgie », confie-t-elle en cette fin février un peu sombre, installée dans le coin salon de son bureau de la place Vendôme, vingt-deux mois après avoir pris possession des lieux. Les livres, les films, les concerts, le théâtre lui manquent.Tout comme l’exercice,natation sur les plages guyanaises et balades dans la forêt amazonienne. « Ça manque à mon corps », regrette-t-elle. Mais autant le préciser d’emblée: ministre depuis deux ans, Christiane Taubira, qui, à maintes reprises a annoncé qu’elle se retirait de la politique,n’a jamais mis sa menace à exécution. « A chaque fois, je dis que c’est fini. » Mais elle replonge toujours. Sous la femme de lettres qui se plaint du « peu d’espace dans l’agenda » et s’en ménage « à coups de burin », l’animal politique rompu à la confrontation ne peut se cacher bien longtemps.« C’est ma vie depuis toujours. Je me bats. J’ai choisi mes causes, je m’y jette tout entière, je suis prête à prendre tous les coups pour elles. Je n’ai ja-

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mais frappé la première. Mais je ne refuse pas le combat. Et quand je frappe, c’est pour qu’on comprenne que je ne fais pas semblant. » Un déficit de liberté personnelle, mais une sévère addiction au combat politique : ce n’est ni le seul ni le moindre des paradoxes qui animent Christiane Taubira. L’électron libre de la gauche, devenue tirailleuse d’un gouvernement cantonné dans de prudents retranchements sociaux-démocrates. La ministre d’une justice en difficulté, propulsée au rang d’icône depuis son combat en faveur de la loi dite du « mariage pour tous »; loi qui demeure, à ce jour, la réforme la plus symbolique du quinquennat Hollande aux yeux de la gauche.Taubira superstar, mais aussi ennemie publique numéro un, susceptible de faire tour à tour l’objet de débordements d’affection politique et de déferlements de haine. TouT bascule le 29 janvier 2013, à 16 h 15. Christiane Taubira, souffrante, débarque à l’Assemblée, se concentre dans le salon Empire, puis se lance. En trente minutes d’un propos brillant, la première femme noire à exercer un ministère régalien dans l’histoire de la République endosse une réforme que François Hollande s’est toujours refusé à assumer franchement. « Là, il s’est passé quelque chose que personne n’a compris. Au fur et à mesure qu’elle s’exprimait, une ivresse montait dans la majorité. On s’est dit que quelque chose d’historique venait de se


le magazine.

passer », s’émeut l’une de ses conseillères. Même Henri Guaino, fervent opposant au « mariage pour tous » et orateur de la droite ce jour-là, lui a glissé en aparté: « Madame la ministre, nous sommes diamétralement opposés au niveau des convictions. Mais sachez que j’ai le plus grand respect pour vous et pour la ferveur que vous mettez dans ce débat. » Banc-titre sur BFM: « Taubira superstar ». Pour la droite et les militants opposés au « mariage pour tous », c’est désormais la femme à abattre.

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n an plus tard, il faut le voir pour y croire.

Après de nombreuses années passées à protéger des politiques, le commandant du Service de la protection (SDLP), en charge de son équipe de sécurité, explique n’avoir jamais constaté une telle agressivité. Comme ce jeudi 5 décembre, à Rennes, où Christiane Taubira se déplace pour une rencontre avec les étudiants de Sciences Po. Une soirée ordinaire dans sa vie de garde des sceaux.Arrêt surprise du TGV à Vitré : le train stoppe spécialement pour que la ministre et son équipe, qui n’était pas prévenue, en descendent et sortent en catimini de la gare, aux abords bardés de camions de CRS. Les anti-« mariage pour tous »,qui « ont une connaissance parfaite des gares », selon un officier de sécurité, l’attendent de pied ferme à celle de Rennes. A son arrivée à la fac, nouveau comité d’accueil. Une trentaine de militants seulement, mais beaucoup de

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“Nous sommes opposés au niveau des convictions, mais j’ai le plus grand respect pour vous et la ferveur que vous mettez dans ce débat.”

bruit : des gens de l’UNI, de la Manif pour tous et des identitaires brandissant des ananas. « Des bananes pour Taubira! » « Y a bon Banania! » « CRS, retourne-toi, la racaille est derrière toi! » A l’intérieur, l’ambiance est tout autre. Captivés, les Henri Guaino étudiants l’écoutent brandir, sans notes, la « nécessité de sortir de l’œuvre systématique d’ensorcellement des mots ». Pester contre « un pays tellement endoctriné à l’incarcération ces dernières années ». Citer Montesquieu et Condorcet, fustiger « ceux qui, dans leur bêtise absolue, attaquent la différence visible et vont finir, dans leur abrutissement et leur perversité, par attaquer toutes les différences ». Franc succès, applaudissements chaleureux dont la ministre se nourrit, autant que des vociférations et des injures des militants d’extrême droite, dehors. Deux heures plus tard, une poignée d’opposants au « mariage pour tous » la poursuivra en pleine campagne, où elle participe à un meeting de soutien à des candidats locaux. « Elle est traquée », confirme son collègue de l’intérieur Manuel Valls. Tel fut le quotidien, pendant un an, de la ministre de la justice. Le harcèlement ne s’arrête jamais : un soir, alors qu’elle sort d’un théâtre parisien, plusieurs dizaines d’opposants l’attendent à la sortie, rameutés par les réseaux sociaux… Plus question de s’offrir une toile incognito : « Je suis très contente d’aller au cinéma avec deux policiers, un de chaque côté », ironise-t-elle. Une guérilla de tous les instants menée (Suite p. 48)

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Photo Maciek Pozoga pour M Le magazine du Monde – 15 mars 2014


Christiane Taubira a porté le combat pour le mariage pour tous, promesse de campagne de François Hollande, le défendant avec passion à l’Assemblée nationale (5 et 6), et déclenchant de nombreuses manifestations d’opposition comme en mai 2013, à Lyon (3).

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Lionel Bonaventure/AFP. Fayolle Pascal/Sipa. Martin Bureau/AFP x 2. François Guillot/AFP

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En déplacement à Hérouville-Saint-Clair (Calvados), pour soutenir la tête de liste PS Thierry Legouix (à droite sur la photo 1), la garde des sceaux est accueillie par des « fans ». Sa personnalité et son franc-parler, comme lors de séances de questions au gouvernement (2) ou face aux journalistes (4), provoquent des réactions tranchées : on l’aime ou on la déteste. - 47


“J’ai vu des visages défigurés par la haine, notamment chez des gamins. Des jeunes de 20 ans, dont l’âge appelle la joie de vivre, la tolérance, l’insouciance.”

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(Suite de la p. 45) dans l’indifférence générale. Jusqu’à ce que soit médiatisée l’injure d’une gamine surexcitée, fin octobre à Angers : « La guenon, mange ta banane! » Christiane Taubira n’en revient toujours pas. « J’ai vu des visages défigurés par la haine, notamment chez des gamins. Des jeunes de 20 ans, dont l’âge appelle la joie de vivre, la tolérance, l’insouciance, la curiosité, le désir de découvrir la vie et le monde. Et là, ils s’accrochent à un monde qui n’a jamais existé et qui est juste un fantasme de leurs parents. » Elle ajoute : « Que de telles choses soient possibles m’a beaucoup surprise, et plus encore, que ça dure. Comme si la société avait perdu ses anticorps. » De ce voyage au bout de la haine, elle a longtemps tu les étapes, tout en déplorant secrètement l’avoir effectué dans une grande solitude.Avant de s’épancher dans Libération, s’étonnant « qu’il n’y ait pas eu de belle et haute voix qui se soit levée pour alerter sur la dérive de la société française ». Puis elle a pris le parti d’en faire un livre, Paroles de liberté (éd. Flammarion), écrit pendant les vacances de Noël et sorti le 5 mars. « Quelques pages écrites au pas de charge, durant cette poignée de nuits plus calmes que m’offre la fin de l’année », raconte-t-elle. Un plaidoyer, qui, précise-t-elle dès le début, n’entame aucun dialogue avec les auteurs des injures racistes : « Aurais-je quelque chose à leur dire ? Rien, ni aux uns ni aux autres. La parole est une relation. » Un étonnant objet littéraire au style érudit et léché, où les exergues des chapitres sont empruntés à Aretha Franklin, Cesaria Evora ou Juliette Greco, autant de « femmes à consistance », plutôt qu’à Jaurès ou Blum.

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epuis le début 2014, l’étau se desserre. Mais ses officiers de sécurité, l’œil rivé sur les réseaux sociaux, demeurent l’arme au pied. « Je peux faire trois déplacements assez calmes, puis ça repart avec autant de brutalité. Autour de moi, les gens sont inquiets pour ma vie d’après. On me dit que ce sera très difficile, car on a focalisé une telle haine sur moi… » Une interrogation pour sa « vie d’après », mais pas la moindre inquiétude quant à sa sécurité aujourd’hui : sa combativité face à cette guérilla force l’admiration de ses collègues. A commencer par ses proches, les plus à gauche de l’équipe Ayrault : Cécile Duflot, Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, qu’elle voit régulièrement. « Christiane est une femme exceptionnelle, comme on en rencontre rarement, admire le ministre de l’économie sociale et solidaire. Elle a subi une déferlante de haine de la part de ce qu’il y a de plus moisi dans la société française, avec une apparence de placidité, une endurance et une humanité qui appellent le respect. » La ministre écologiste du logement peut en témoigner: « J’ai fait des déplacements avec elle, c’est horrible. Elle a une capacité de résistance spectaculaire, qui lui a permis de regarder ça avec dédain. Ça la renforce. » « La garde », comme on l’appelle Place Vendôme, semble de fait à son aise dans le combat rapproché. Elle ne résiste pas, en descendant les marches du palais de justice d’Angers, au plaisir d’adresser un baiser aux anti-« mariage pour tous » accourus pour la conspuer. « Il est arrivé que les gens m’atteignent, alors que je suis entourée d’officiers de sécurité très performants. Ils bondissent sur moi et me touchent. C’est très désagréable, c’est une pression psychologique. Mais cela ne m’atteint pas. J’ai déjà mené des combats très rudes, et je sais pourquoi je dérange. »

Pour Christiane Taubira, peut-être plus que pour tout autre personnalité politique française, la vie politique a souvent été un combat. « Presque tout le temps, partout, toujours. En Guyane aussi, on trouvait que j’étais trop combative, trop intransigeante. » On mesure l’épaisseur du cuir de la guerrière au palmarès de ses batailles. Son parti pris, à 8 ans, pour sa grand-mère contre son père, dans un conflit familial à l’issue duquel sa mère éleva seule ses onze enfants. Ses « conflits avec les profs ». Ses premiers engagements d’étudiante pour Malcolm X et Angela Davis, pour le Chili, l’Argentine et Mumia Abu-Jamal. Son militantisme dans des mouvements indépendantistes guyanais, dont le parti Walwari, fondé avec son ex-mari Roland Delannon. Ses batailles successives contre la dette, contre les mines antipersonnel, pour la reconnaissance de la traite et de l’esclavage comme un crime contre l’humanité, inscrite dans une loi dite Taubira de 2001. Et bien sûr « le plus stimulant des combats, le plus grandiose », celui pour la libération de Nelson Mandela. Elle a dédicacé son livre, « aux Madiba du xxie siècle ». Elle lui dédie, le jour de sa mort, un étonnant poème plutôt qu’un communiqué de presse, où elle écrit que « nos esprits sont en lambeaux et nos âmes éperdues ». Son vieil ami Arnaud Montebourg, dont elle fut une alliée pendant la primaire socialiste de 2011, résume : « Elle apporte des convictions, qu’elle défend en toutes circonstances. Ses racines racontent l’histoire de l’émancipation. Elle appartient à l’ADN de la gauche. C’est un potomitan » : un «pilier central », en créole, et par extension, une « mère courage ». A gauche, il flotte autour de la ministre un parfum quasi mystique, proportionnel aux charges qu’elle subit de l’autre côté de l’échiquier. Ce samedi 1er mars, au meeting d’Hérouville-Saint-Clair (Calvados), les militants sont aux anges. Michelle, 58 ans : « Elle dégage intelligence, force, détermination. Une grande dame. » Ou encore Anne-Marie, qui lui prête des vertus réparatrices : « Elle met du ciment. Elle consolide. » Un fluide politique charismatique semblable aux transes que suscitait en son temps Ségolène Royal. Comme si l’imposition de la personne de Christiane Taubira adoucissait les déconvenues des militants. « Je ne travaille pas pour être un symbole, une icône,

se défend-elle. Je ne cours pas les matinales et les plateaux. Je ne cherche pas à fréquenter les journalistes, je cherche même à leur échapper. » De fait, la garde des sceaux n’avait, jusqu’à récemment, pas vraiment de stratégie de communication raisonnée. Elle a recruté à l’automne une nouvelle conseillère, Virginie Sainte-Rose, ancienne journaliste qui l’aide à recadrer son image. Christiane Taubira s’est ainsi prêtée au jeu de Paris Match et de Elle, au point de devenir la troisième femme ministre, après Edith Cresson et Ségolène Royal, à faire la « une » de ce dernier, qui l’a même élue « femme de l’année » en décembre 2013. L’éclat de la star occulterait-il le travail politique de la garde des sceaux ? On ne trouvera personne au gouvernement pour dire ouvertement du mal d’elle, mais certains, sous couvert d’anonymat, ne se montrent guère allants : « Elle a un côté flamboyant, cite Aimé Césaire, René Char, Emmanuel Levinas, elle occupe l’espace et prend la lumière. Mais je suis beaucoup moins fascinée par la pensée


politique. La forme l’emporte sur le fond. » Le verdict de cet autre ministre n’est pas plus bienveillant : « Elle a tout pour faire vibrer le cœur de la gauche. Mais elle finit par être critiquée dans son propre camp. Les magistrats avaient rêvé d’un garde des sceaux à l’image de Badinter. Ils se retrouvent avec une ministre hyperstarisée et une victoire par KO de Valls dans la réforme pénale », référence au bras de fer de l’été 2013 entre la Place Vendôme et la Place Beauvau. Le ministre de l’intérieur, avec l’aval de l’Elysée, avait bataillé tout l’été pour vider de sa substance un texte jugé trop laxiste et susceptible d’ouvrir un boulevard à l’opposition.

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a droite adore la détester. «

J’ai pris. Cela fait vingt mois qu’on m’accuse de jouer avec la sécurité des Français, de favoriser délinquants et criminels. C’est d’une violence inouïe. On me cogne, et tout le monde reste les bras croisés », enrage-t-elle. Son parcours l’avait, dès l’installation de l’exécutif, installée dans le viseur de la droite, trop heureuse de tenir l’accusée parfaite pour relancer l’éternel procès en « laxisme » de la gauche. Le débat parlementaire sur le « mariage pour tous » l’a définitivement érigée en cible idéale pour l’UMP et l’extrême droite. « J’ai toujours pensé que, si on grattait le vernis, il n’y avait rien. Des mots, les uns à la suite des autres. Mais sinon, rien », mitraille Brice Hortefeux, proche de Nicolas Sarkozy, qui se pourlèche les babines en prévision du débat parlementaire sur la réforme pénale, prévu en avril : après avoir marié les homosexuels, Mme Taubira va désormais libérer les délinquants! Trop facile… « Quand on va exploiter la baisse de la population carcérale, on va s’en donner à cœur joie », jubile l’ancien ministre de l’intérieur. Du côté des magistrats, la sentence est également sévère, même s’ils reconnaissent, toutes tendances confondues, que leur corps est désormais respecté par le pouvoir, loin des usages du précédent quinquennat. « On est tenté d’être séduit par les paroles de la ministre, mais le bilan est aujourd’hui proche de zéro, résume Françoise Martres, présidente du Syndicat de la magistrature (SM, gauche). La réforme pénale, qui sera discutée en avril, est a minima, on n’a toujours pas de texte sur la responsabilité des mineurs, et on reste dans une vision purement gestionnaire. » Température tout aussi fraîche dans les rangs de l’Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire): « Globalement, il y avait de grosses attentes et de gros espoirs, rappelle Christophe Régnard, président de l’USM. Ils sont déçus. Audelà des réflexions, missions et commissions, le bilan est extrêmement faible et le nombre de lois dérisoire. » Le parquet financier, imaginé à la suite de l’affaire Cahuzac pour lutter contre la corruption et la fraude fiscale, et installé le 1er février, est, selon l’USM, « très contesté et très contestable ». « Des choses très consistantes ont été mises en place », proteste la garde des sceaux, qui s’octroie « toutes les raisons d’être très fière de [son] bilan ». Elle fait valoir, outre les lois sur le « mariage pour tous » et le harcèlement sexuel, le « budget du ministère en hausse et les 500 créations d’emplois par an », ses réalisations comme la sécurisation des établissements pénitentiaires, un « plan de revalorisation des métiers », le texte sur le secret des sources, pas encore voté, l’audit sur la gouvernance des établissements d’accueil de la jeunesse ou encore la suppression du timbre de 35 €

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pour les justiciables en difficulté financière. Et assure qu’elle change la justice « au fil de l’eau ». Fêtée en 2012 au congrès de l’USM par une standing ovation, la ministre y a, en 2013, reçu un accueil glacial. Elle entretient aujourd’hui des relations tendues avec le syndicat majoritaire. « Cela n’a cessé de se dégrader, soupire un magistrat. La ministre est assez rigide et colérique. A certains égards, elle me rappelle Rachida Dati, la compétence en plus. C’est un peu “si on n’est pas d’accord avec moi, c’est qu’on ne m’aime pas!” » Fin janvier, elle a été accusée d’avoir porté atteinte à l’indépendance du parquet, après la convocation de François Falletti par son cabinet. La chancellerie aurait volontiers expédié le procureur général de Paris à la Cour de cassation. L’intéressé a refusé publiquement le poste proposé. On retient également contre elle le cas de Jean-François Boutet, avocat au Conseil d’Etat qui continue à plaider, tout en officiant comme son « conseiller spécial ». Dernier dossier épineux en date, celui des écoutes de Nicolas Sarkozy et de son avocat, maître Thierry Herzog, dans lequel elle assurait, lundi 10 mars, qu’elle « ne dispos[ait] pas des éléments de la procédure ». Le Canard enchaîné affirme au contraire qu’elle était informée dès le 26 février jetant le doute sur la sincérité de la ministre… Enfin, beaucoup pointent aussi un taux de renouvellement élevé dans le cabinet, symbolisé par le départ, il y a un an, de son ancien directeur de cabinet Christian Vigouroux, et une équipe mal coordonnée. « On n’a jamais de réponse à nos demandes », peste un interlocuteur.Avec ses collaborateurs, pourtant,« la garde » se montre dure en affaires, d’une exigence tranchante. « Quand elle demande quelque chose, il faut que ce soit fait en temps et en heure. Elle regarde tout, elle n’oublie rien », raconte une de ses conseillères. La patronne ne plaisante pas. Et on la voit mal, alors qu’un remaniement ministériel semble n’être plus qu’une question de semaines, lâcher l’affaire.

le magazine.

« Je suis à l’aise au gouvernement, assure-t-elle. Il n’y a pour l’instant aucun texte qui m’ait fait dire : “oh, là là ! Qu’est-ce que je fais là” ? » Elle ne saurait pourtant être convaincue par la ligne économique de l’exécutif, mais elle n’en dira mot. L’ancienne candidate à la présidentielle de 2002, à qui les socialistes attribuent une part de responsabilité dans le séisme du 21 avril, « l’électron libre, qui a toujours eu des relations un peu distantes avec des structures d’appareil », selon un cadre du Parti radical de gauche, avec lequel elle prend ses distances en 2010, arbore aujourd’hui l’uniforme de la bonne soldate. « Si le président et le premier ministre me disent de partir, je pars », assure-t-elle. Mais le président a tout intérêt à ce qu’elle reste afin « qu’elle ne soit pas candidate à la présidentielle, décrypte un haut dirigeant du PS. Le jour où elle sort, elle devient une personnalité choyée par la gauche, invitée partout, elle va monter dans les sondages. Et les gens vont se dire qu’elle va être candidate. » Dans les couloirs des ministères, alors que rumeurs et spéculations vont bon train, on l’expédierait volontiers au ministère de la culture. Mais Christiane Taubira, lectrice stakhanoviste, qui cite parmi ses idoles Miles Davis et Keith Jarrett, Bob Marley et Mozart, n’a pas l’intention de bouger d’un pouce. Le travail, comme le combat, n’est pas terminé. « Il ne le sera jamais. »

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Jessica Chastain


L'ÉCLAT

ysl-parfums.fr

La nouvelle eau de toilette


Le 17 février 1982, l’avocate est condamnée par la cour d’assises de Paris à cinq ans de prison ferme pour complicité d’évasion.

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Photo Stéphane Lavoué/Pasco pour M Le magazine du Monde – 15 mars 2014


le magazine.

La damnée du barreau. En 1981, Brigitte Hemmerlin est une jeune pénaliste militante de 28 ans. Son destin bascule un jour de février, lorsqu’elle fait passer une arme à son client condamné à mort. Après cinq ans de prison ferme et une vie à se reconstruire, l’ancienne avocate raconte son histoire dans un roman, “Personne ne peut arrêter une jeune fille qui rêve”. Et dit son amertume après le rejet de sa réintégration au barreau de Paris. Par Pascale Robert-Diard/Photo Stéphane Lavoué

P

eut-être faut-il commencer par la fin. Par les der-

niers mots de la dernière page. « Aux quarantedeux membres du conseil de l’ordre qui, refusant ma réintégration, m’ont donné le courage d’écrire ce livre. » Le récit de Brigitte Hemmerlin, Personne ne peut arrêter une jeune fille qui rêve (éditions du Cherche-Midi) est né devant cette porte qu’on lui a claquée au nez, le 27 septembre 2011. Renvoyée trente ans en arrière, figée dans son passé, ce jour de 1981 où son destin a basculé. Fresnes, quartier des condamnés à mort. Philippe Maurice est le seul à occuper ce bâtiment à part,troisième division à droite en entrant dans la prison. La peine capitale a été prononcée contre lui quatre mois plus tôt pour le meurtre de deux policiers alors qu’il était en cavale. Ce 24 février, comme les fois précédentes, Me Brigitte Hemmerlin se présente à l’entrée, fait tamponner son permis de visite, traverse la cour pavée, passe les grilles et s’installe dans le parloir en attendant le détenu. Il entre, le gardien qui est tenu de l’accompagner n’est pas là. Philippe Maurice plonge la main dans le sac de la jeune avocate, en sort le paquet qu’il sait devoir y trouver. Quelques instants plus tard, un colt 45 glissé dans le pantalon, il rejoint sa cellule en échappant à la fouille. La suite se joue en quelques heures.Philippe Maurice échoue à s’évader après avoir grièvement blessé un gardien qui s’était jeté sur lui. Sa jeune avocate de 28 ans, aussitôt suspectée, est arrêtée à son domicile et placée en garde à vue. Un an plus tard, le 17 février 1982, elle est condamnée par la cour

d’assises de Paris à cinq ans de prison ferme pour complicité d’évasion. Seize ans de réclusion sont prononcés contre Philippe Maurice, pour tentative d’assassinat du gardien et quatre ans contre son frère Jean-Jacques. Quand elle s’est présentée devant le conseil de l’ordre du barreau de Paris pour demander sa réintégration, Brigitte Hemmerlin était confiante. Elle avait 59 ans, sa peine était purgée, elle avait refait sa vie et elle était rétablie dans tous ses droits par la réhabilitation qui avait effacé la trace de sa condamnation sur son casier judiciaire. « Je me disais, ils vont me voir et m’écouter, ils vont me pardonner, raconte-t-elle. L’histoire est passée. L’émotion est finie. Philippe Maurice est devenu historien, spécialiste du Moyen Age. Moi, j’ai travaillé, on n’a plus entendu parler de moi. » Ils lui ont dit non. Ils ont estimé que la gravité du geste pour lequel elle avait été condamnée « n’était pas de nature à inspirer la confiance que l’on est en droit d’attendre d’un auxiliaire de justice ». A l’évocation de cette décision, sa voix tremble. « La véritable peine que l’on m’a infligée, c’est celle-là. La prison, c’était normal. J’ai payé. Quand je suis sortie, j’ai dû tout reconstruire. J’ai fait beaucoup de métiers, mais ma vie, c’était d’être avocate. Les quatre années pendant lesquelles j’ai exercé ce métier sont les seules qui ont vraiment compté dans mon existence. » Elles sont là, intactes, ces quatre années, serrées dans les 230 pages d’un beau récit qui n’a de fictionnel que les prénoms de ses personnages. Et avec elles toute une époque. Brigitte Hemmerlin est Claire, l’étudiante en droit qui vient à la fin des années 1970 frapper à la porte d’un avocat déjà célèbre, Gabriel Doré, alias Thierry Lévy. Quelques années plus ••• 53


le magazine.

Brigitte Hemmerlin prête serment en 1978 (à gauche). Trois ans plus tard, devenue l’avocate de Philippe Maurice (en bas, en 1982), elle lui rend visite au pavillon des condamnés à mort (ci-contre un bon de visite), et lui transmet un paquet contenant une arme.

arriver avec attention cette génération de jeunes gens fougueux, idéalistes, qui se battent à leurs côtés contre les conditions de détention. En 1978, Jacques Mesrine s’évade spectaculairement de la prison de la Santé. L’une de ses avocates, soupçonnée de l’avoir aidé, sera inculpée de complicité avant de bénéficier d’un non-lieu, après la mort de l’ennemi public numéro 1. Brigitte Hemmerlin a respiré cet air-là. Elle a décliné le billet d’avion pour le Canada et les 300000 francs que lui a proposés un gros truand un jour de visite au parloir, en échange d’une arme. Refusé d’apporter la lime que lui demandait un autre grand voyou. Mais la mort rôde autour d’elle. Un militant d’extrême gauche, José Tronelle, qui avait craqué en garde à vue et donné la planque des armes de ses complices, permettant leur arrestation, se suicide la veille de son procès, où elle le défendait avec ••• tôt, il a assisté à l’exécution de Claude Buffet et Roger Thierry Lévy. Elle allait le voir tous Bontemps, les deux mutins de Clairvaux que, avec les jours, ou presque, au parloir, elle Philippe Lemaire et Robert Badinter, il avait tenté de sauy était encore allée le samedi matin, ver de la peine de mort. « Pourquoi l’avez-vous laissé il l’avait presque suppliée de reveexécuter ?» « C’est une bonne question », lui répond-il. nir l’après-midi, elle avait hésité et Cette phrase la hante. Nourrie de leur récit et de leur n’y était pas retournée. Le dicombat, Brigitte-Claire a choisi de devenir avocate. manche soir, il s’était tranché la Comme beaucoup de ses jeunes confrères, qui ont grandi gorge. C’est à lui que Brigitte Hemdans les craquements de Mai-68, elle milite à la gauche de merlin dédie aujourd’hui son récit. la gauche, lit Foucault et Guattari. Elle manifeste contre La jeune avocate est dans la salle de la peine de mort, les tribunaux militaires, les quartiers de la cour d’assises de Paris, le 28 ochaute sécurité. En 1977, elle est de ceux qui défilent en robe contre l’ex- tobre 1980, quand le président André Giresse, après trois heures et demie tradition vers l’Allemagne de l’avocat Klaus Croissant, accusé d’avoir ap- de délibéré, annonce à Philippe Maurice que la cour a prononcé contre lui porté un soutien logistique aux membres de la Fraction armée rouge, An- la peine de mort. Lorsque, un peu plus tard, le condamné demande à la dreas Baader et Ulrike Meinhof. « La justice avait dix ans de retard sur la rencontrer, elle ne comprend pas pourquoi il fait appel à elle, alors qu’il est société. Elle commençait tout juste à craquer. Ça bougeait dans tous les sens défendu par deux des noms les plus célèbres du barreau, Jean-Louis Pelet sur tous les terrains. C’était foisonnant, riche et magnifiquement exci- letier et Philippe Lemaire. Mais un autre détenu, condamné à une longue tant », se souvient Antoine Comte, l’un des avocats les plus engagés de peine, lui a dit que cette avocate-là « n’était pas comme les autres ». l’époque, qui a croisé Brigitte Hemmerlin. Entre octobre 1980 et janvier 1981, Brigitte Hemmerlin parcourt sept ou huit fois le chemin qui mène de l’entrée de Fresnes au quartier des CollaboratriCe de thierry lévy, elle CommenCe son initiation au métier de condamnés à mort. Dehors, le combat pour ou contre l’abolition domine pénaliste.Préparation des dossiers,rendez-vous avec les juges d’instruction, la campagne présidentielle. Les avocats de Philippe Maurice, qui ont tournée des parloirs,petite main aux assises.Les grands voyous de l’époque, déposé un recours en cassation contre la condamnation de leur client, Charlie Bauer, Jacques Mesrine, qui ne rêvent que d’évasion, regardent attendent avec angoisse l’annonce imminente de la décision. (Suite p. 56) 54 -

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Archives personnelles x2. Joel Robine/AFP

La mort rôde autour d’elle. En 1978, le militant d’extrême gauche qu’elle défend se tranche la gorge en prison.


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(Suite de la p. 54) Mais le condamné, lui, ne parle que d’évasion. Son frère aîné Jean-Jacques, en cavale et prêt à tout pour faire sortir son cadet, a convaincu leur mère d’apporter une arme au prisonnier lors de l’une de ses visites. Philippe Maurice raconte la scène dans son dernier livre, Adieu la mère (Editions du Cherche Midi). La tentative échoue, il y a trop de risques à briser l’hygiaphone qui, au parloir, sépare le condamné de ses visiteurs. Un jour où Brigitte Hemmerlin vient le voir, il lui montre sa gorge irritée par une angine. « Il va falloir que je sois en forme, c’est là qu’ils vont couper », lui dit-il en la fixant. William Bourdon se souvient parfaitement de ces jours-là. Il avait 25 ans à l’époque et venait tout juste d’entrer comme collaborateur au cabinet de Philippe Lemaire. Lui aussi rendait visite à Philippe Maurice quand son patron ne pouvait pas y aller. Quelque temps après le rejet du pourvoi formé contre sa condamnation à mort, le gardien qui l’accueille lui glisse: « Elle est arrivée. – Qui ? – La veuve [le surnom donné à la guillotine]. De Marseille. »

U

n jour, Brigitte Hemmerlin est contactée par quelqu’un qui se présente comme un « ami » de Philippe Maurice. Elle a quitté le cabinet de Thierry Lévy, cherche à se mettre à son compte. « L’ami » a besoin de ses conseils d’avocat, lui dit-il, pour une affaire personnelle. Il s’appelle Pierre. Ils sympathisent, partagent un verre de temps à autre. Entre eux, il y a Philippe Maurice et sa tête qui doit tomber si la gauche ne remporte pas l’élection présidentielle. Une fois, la soirée se prolonge et Brigitte Hemmerlin passe la nuit avec « Pierre ». La proie est ferrée. Le matin du 24 février, alors que l’avocate a rendez-vous avec Philippe Maurice, « Pierre » glisse un paquet dans son sac. Il lui assure que l’arme n’est pas chargée et qu’elle ne va servir qu’à intimider. Tout est arrangé, lui dit Pierre, les gardiens ne seront pas là, ni à la porte ni à la fouille. Et le parloir avocat est le seul qui ne contient pas d’hygiaphone. « Vous arrivez au parloir, vous avez une carte professionnelle et un permis de visite. A cet instant, vous êtes encore avocat et, en face, il y a un détenu. Et l’instant d’après, il n’y a plus rien. Vous êtes sur un plongeoir, vous savez que vous allez mourir si vous sautez et vous sautez », dit-elle. Le reste est une longue parenthèse de sidération. Brigitte Hemmerlin quitte le parloir, passe les grilles, s’attend à être arrêtée à chaque seconde, se retrouve dans la rue, rentre se calfeutrer chez elle. Lorsque, en fin d’après-midi, le patron de la brigade criminelle Marcel Leclerc vient frapper à sa porte en compagnie d’autres policiers et lui annonce qu’elle est interpellée, elle le suit docilement. Dès le lendemain matin, l’affaire fait la « une » des quotidiens. « L’avocate porte-flingue », titre Le Quotidien de Paris, « Complice par passion » écrit Le Parisien, et celui-là, le plus terrible, qui barre toute la manchette de France-Soir, « L’avocate à la cuisse légère ». Au barreau de Paris, c’est la consternation. Le ministre de la justice, Alain Peyrefitte, annonce que désormais les avocats devront se soumettre à des portiques de détection à chacune de leurs entrées et sorties de prison. La profession est montrée du doigt par tous ceux qui voient là une belle occasion de foudroyer les abolitionnistes. Au 36 quai des Orfèvres, Brigitte Hemmerlin affirme qu’elle ne savait pas que le colis contenait une arme. Et que son amant lui avait fait croire que c’était un cadeau pour elle. Ce n’est que lorsqu’elle a vu Philippe Maurice s’en saisir qu’elle a compris, mais elle n’a pas osé le dénoncer, dit-elle encore. De cet amant, « Pierre », le commissaire Leclerc croit connaître l’identité. Il n’imagine pas que Brigitte Hemmerlin, elle, l’ignore. Lorsqu’il lui tend une photo de Jean-Jacques Maurice, elle vacille. Elle se repasse toute l’histoire de ces dernières semaines depuis sa rencontre avec « l’ami » de Philippe. Lui est encore dehors, il est dangereux, elle se tait. Au commissaire

Leclerc, elle assure ne pas connaître l’homme sur la photo. Brigitte Hemmerlin est en prison, quand la télévision annonce la victoire de François Mitterrand au second tour de l’élection présidentielle. Elle saura plus tard que Robert Badinter s’est déplacé en personne le lendemain du 10 mai pour venir annoncer à Philippe Maurice que le nouveau président de la République, François Mitterrand, signerait sa grâce dès son investiture. Le 18 septembre 1981, l’Assemblée nationale vote l’abolition de la peine de mort. Elle reste seule avec sa honte. Son procès s’ouvre en février 1982. Elle est défendue par Georges Kiejman et Thierry Lévy. Roland Dumas assure la défense de Jean-Jacques Maurice et Jean-Louis Pelletier, celle de Philippe Maurice. Dehors, le monde a changé, les avocats combattants d’hier sont les victorieux d’aujourd’hui. Brigitte Hemmerlin, sa naïveté, son militantisme appartiennent déjà au passé. Le chroniqueur du Monde, Philippe Boggio, écrit : « Si ce procès a quelque chose d’étriqué, de “retombé” comme on le dirait d’un soufflé, c’est que son cap a été dévié par un changement politique. Les avocats, qui s’étaient mobilisés pour une défense tous azimuts de leurs clients, sont restés par fidélité, vaguement embarrassés, comme des champions auxquels on ne demanderait plus qu’un parcours d’entraînement. L’affaire a une dimension irréelle, comme à contretemps de l’histoire. Même les faits ressemblent à une peau de chagrin. » Brigitte Hemmerlin entre dans cette cour d’assises qu’elle connaît si bien. Pendant l’interrogatoire, elle s’en tient à ce qu’elle a dit en garde à vue : qu’elle ignorait transporter une arme, qu’elle pensait que c’était une statuette, que « Pierre » n’est pas JeanJacques Maurice. Entre assumer un acte qu’elle croyait militant mais pour lequel elle avait été trahie et risquer vingt ans, ou passer pour une gourde et se donner une chance d’en prendre quinze de moins, le choix de raison s’impose. A l’audience, elle déclenche un fou rire de la salle lorsque, à une question du président sur les raisons qui l’ont conduite à être avocate, elle répond ingénument: « Pour faire sortir les gens de prison. » « Soyez plus prudente », lui glissera son conseil à la suspension. La gourde, contre lequel l’avocat général avait requis dix ans de prison, obtiendra les circonstances atténuantes et sera condamnée à cinq ans. Beaucoup plus tard, devenue journaliste – elle a d’abord travaillé pendant quinze ans comme secrétaire de rédaction à Détective, où elle réécrivait les comptes rendus de faits divers et de procès–, elle sera chargée de préparer une émission sur le pardon pour l’équipe de Mireille Dumas, à la télévision. Il est question de solliciter la fille du gardien de prison blessé par Philippe Maurice lors de sa tentative d’évasion.Au téléphone, la jeune femme qui ne sait pas à qui elle s’adresse, lui dit: « Vous savez, Philippe Maurice n’a pas détruit que notre vie. Il a aussi détruit celle d’une femme, une jeune avocate… » Les années passent et Brigitte Hemmerlin se reconstruit dans l’ombre, à la périphérie du palais et des drames qui s’y jugent, pousse de temps à autre la porte d’une salle d’audience pour venir en respirer le parfum. Mais elle se sent amputée. Amputée du métier qu’elle avait choisi et que, trente ans après, on lui a interdit de retrouver. « Je voulais juste qu’ils me rendent le plaisir de porter la robe. Même pas pour plaider. Non, simplement pour avoir le droit de marcher avec elle dans le palais », dit-elle. Elle a aujourd’hui un grand fils. Il s’apprête à devenir avocat.

La peine de mort est abolie le 18 septembre 1981. L’ex-avocate, en prison, reste seule avec sa honte.

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D Heureux au jeu.

C’est l’histoire d’un comédien, metteur en scène, amateur de culture générale, qui se met à participer à des quiz télévisés… et à gagner. Bruno Tuchszer, plus connu des téléspectateurs sous le sobriquet de « Bruno de Lille », a pulvérisé le record de longévité aux « 12 coups de midi ! ». Et rappelé que ces jeux télé classiques restent aussi populaires que la téléréalité. Par Guillemette Faure/ Photos Paolo Verzone

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ans le hall de l’espace polyvalent Roland-huguet

de Montigny-en-Gohelle, des spectateurs l’observent et trouvent qu’il ressemble au type de la télé. Ce soir de janvier, Bruno Tuchszer tient le rôle principal dans Le Système Ribadier de Georges Feydeau, spectacle donné gratuitement dans cette petite ville minière du Pas-de-Calais. Mais la plupart de ceux qui le tiennent à l’œil ne connaissent pas son vrai nom. Pour eux, il est « Bruno de Lille », depuis qu’il a passé un trimestre à répondre aux questions des « 12 coups de midi! » sur TF1. Le public du Nord-Pas-de-Calais l’a soutenu jusqu’à son élimination, le 26 octobre 2013, quand il a quitté l’émission avec trois voitures et 393650 € de gain total. Depuis quelques années, Bruno Tuchszer, 45 ans, partage sa vie entre culture et culture. Culture théâtrale, son activité professionnelle, et culture comme la confiture, celle qu’on étale dans les quiz télé dont il a fait sa seconde activité – et, accidentellement, sa première source de revenus. Cette carrière parallèle a commencé en 2011, lorsque « Le plus grand quiz de France », un jeu alors diffusé en prime time sur TF1 et que tout le monde a oublié depuis, passe quelques jours à Lille, où il vit. Il s’inscrit pour la première épreuve. Les quiz, il aime ça depuis longtemps. « C’est la revanche des gringalets », explique-t-il. Quand on est nul en sport, on peut tout de même gagner des compétitions, en sachant qu’« ébarber » est le terme de cuisine qui signifie « enlever les nageoires », que Liszt fut le beau-père de Wagner, que Sampras était le joueur de tennis qui détenait le plus de victoires en Grand Chelem avant que Federer ne le détrône, que le Tibesti est le massif montagneux qui borde le nord du Tchad, que Laetitia Milot est l’actrice de Plus belle la vie qui a participé à « Danse avec les stars »… Pourquoi savoir tout ça? Bruno Tuchszer éclate de rire : « Malheureusement, pour la ramener! » Pour ce metteur en scène et comédien, un quiz de TF1, ce n’était pas exactement le podium dont il rêvait pour sa carrière. « Je me disais que j’allais me taper la honte dans mon milieu. » Il va plus loin que prévu, et découvre que les gens qui le connaissent, au pire, s’en fichent, au mieux, le soutiennent. Il se représente l’année suivante, et termine deuxième, avec le voyage à La Réunion, quand le premier décroche 240000 €. les jeux télévisés se sont longtemps divisés en deux caté-

goRies : ceux où l’on ne fait que répondre à des questions et ceux où l’on gagne beaucoup d’argent. Mais depuis les premières diffusions de « Qui veut gagner des millions ? » (2000), qui avaient provoqué un mini-débat moral autour des sommes engagées, les temps ont changé et on peut désormais gagner beaucoup d’argent dans un quiz. Sans faire autant de tapage que les émissions de télé-réalité et sans occuper la case du prime time, ces jeux continuent de réaliser des audiences qui se chiffrent en millions : 1,9 en moyenne pour « Questions pour un champion » (France 3), 2,5 pour « Tout le monde veut prendre sa place » (France 2) et 3,7 pour les « 12 coups de midi! »(TF1), soit autant que la saison 2013 de « Top Chef » (M6). « Les sélectionneurs vous préparent en vous disant : “Surtout, allez-y pour vous amuser, vous avez peu de chances de gagner.” Ça semble une manière saine d’aborder les jeux, mais je crois que la manière saine, c’est justement d’y aller pour l’argent, pour entrer dans une logique de compétition », observe Bruno Tuchszer. Au « Jeu des 1000 euros » de France Inter, il décroche deux fois le banco. De son passage à « Questions pour un champion », en 2011, il revient avec 34 700 € ; remporte un voyage en Angleterre à « Tout le monde veut prendre sa place »; puis participe à un jeu de Julien Courbet (« Seriez-vous un bon expert ? ») – petit passage, petite somme : 1000 €. Au fil de toutes ses participations, Bruno a gagné, offert ou vendu, en vrac : des téléviseurs et des barbecues de toutes tailles, des outils élec- •••


Le magazine.

Bruno Tuchszer pose chez lui, au milieu des lots accumulés au fil de ses passages dans les jeux télévisés. Barbecue, trottinette, bijoux, invitation au restaurant Le Jules Verne dans la tour Eiffel… Ici, il y en a pour environ 10 000€.

15 mars 2014 – Photo Paolo Verzone/Agence VU pour M Le magazine du Monde

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Le magazine.

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En 2013, Bruno Tuchszer devient une célébrité du petit écran en triomphant pendant trois mois dans l’émission les « 12 coups de midi ! », présentée par JeanLuc Reichmann sur TF1 (photos 1, 2 et 3). Auparavant, il avait participé à d’autres jeux, notamment « Questions pour un Champion », animé par Julien Lepers (5), en 2011. Dans le civil, « Bruno de Lille » est comédien, au cinéma (Bienvenue chez les Ch’tis, 4) et au théâtre (6 , Nathan le sage, Théâtre de la Commune à Aubervilliers, en 2008).

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15 mars 2014

David Merle/Endemol Productions x3. Pathé Renn Productions. Benoîte Fanton/WikiSpectacle. Marie-Laurence Harot/France 3

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••• troniques de toutes sortes, des véhicules (voitures, scooter,

vélo, tandem…), un piano électrique et une guitare, des boules de pétanque, un salon de jardin, un bateau radioguidé, un presseagrumes… Et puis le voilà en août 2013 sur TF1, aux « 12 coups de midi! ». Car chaque chaîne propose son quiz. Et le champ de la culture mesurée n’est pas le même d’un jeu à l’autre. Lui s’adapte. « “Questions pour un champion”, c’est une culture légitime de prof. Chez Nagui, il y a beaucoup de musique. » Diplômé d’une école de commerce, il travaille ses points faibles. Il lit la presse people comme des étudiants potasseraient des Que sais-je?, rédige des fiches, regarde les matinées de clips sur W9 pour booster sa culture en « musique de jeunes ». (Il échouera pourtant sur ce thème, au bout de 80 manches, avec une question sur « le chanteur qui a brisé le plus de guitares sur scène ».) A Noël dernier, Bruno Tuchszer a été l’invité des « Douze coups de Noël », la soirée spéciale réveillon de TF1, où il a fait gagner 50 000 € aux Restos du cœur. Dans une des épreuves, un rival parvient à énumérer les nations finalistes de la Coupe du monde de 1954. L’animateur se tourne vers Bruno de Lille, qui confirme et commence à citer le nom de chacun des joueurs. Au souvenir de cette anecdote, il rigole. « L’équipe de Hongrie de 1954, elle était mythique, quand même. » Il estime que cela fait partie de la culture générale. « Dans les salles d’attente pour les sélections, j’ai vu des types incroyables, des robots. Ils connaissent toutes les dates de naissance de célébrités, tous les podiums féminins de saut en hauteur… » Pendant qu’il élimine ses 240 adversaires sur TF1 aux « 12 coups de midi ! », à la même heure chez Nagui sur France 2, un autre joueur essaie aussi de battre son record personnel. Bruno le connaît : « Un type très fort. Il m’a battu à “Questions pour un Champion”. » Ce trentenaire s’appelle Julien Jean, et est resté à l’antenne de juin à novembre dernier. Instituteur en CP, il a dû se mettre en disponibilité pendant deux mois, le temps de gagner 154000 €. Pendant ses semaines à l’antenne, raconte Julien Jean, un autre gagnant, Jérôme Vachet, est venu le voir : « “Je t’envie, m’a-t-il dit. Pas pour les gains, pour l’adrénaline”. » Lui avait bien gagné 250000 € dans feu « Le plus grand quiz de France », mais en quatre émissions seulement, pas semaine après semaine : « On a envie d’entendre le plus de questions possible », assure Jérôme Vachet, pressé de passer à son tour aux « 12 coups de midi! ».

C

es gros joueurs - gros gagnants se connaissent. Les téléspectateurs les plus assidus les repèrent aussi.« Quand tu commences à gagner, les assistants te déconseillent d’aller sur les forums en ligne, mais tout le monde le fait »… et découvre les commentaires d’un auditoire qui les déteste, persuadé d’avoir décelé leur oreillette ou autre astuce pour gagner. On y trouve par exemple des conversations passionnées de spectateurs convaincus d’avoir déniché la preuve que Bruno Tuchszer est un candidat bidon payé : il est comédien, il fait forcément de la figuration pour TF1. Cela dit, quand on voit le naturel avec lequel il rigole la tête en arrière, tape dans ses mains, s’enflamme, on se demande si son passage au conservatoire d’art dramatique de Lille lui a été utile pour jouer au candidat. Il assure que non, que c’est à la portée de n’importe qui. « A force de regarder la télé, les gens savent comment se comporter. » Les candidats sont briefés : « Aux sélections, on comprend qu’il faut faire un peu le mariole, danser, sourire. On est aussi choisi sur notre repartie. » Un jeu, décrit un programmateur de chaîne, « c’est une mécanique et des héros ». Une dramaturgie se crée, la personnalisation rajoute de l’affect,atout majeur pour une émission quotidienne de journée. « Il y a une sorte de lissage “tout va bien” qui s’opère. On va chez les gens à midi, c’est normal de montrer une version euphorisante de soi », explique Bruno Tuchszer. Si être acteur ne l’a pas aidé à gagner, en revanche ses victoires ont donné un coup de pouce à sa compagnie théâtrale. On le reconnaît sur les marchés du Nord-Pas-de-Calais quand il distribue les tracts de ses spectacles. Un journal gratuit le classe dans les

personnalités « ch’ti et glamour » qui ont marqué l’année… De quoi éveiller la curiosité, et pas seulement des associations d’action sociale et des scolaires. « Cela fait vingt ans que les jeunes sont censés être le public de demain. Or, à leur sortie de l’école, ils ne vont pas plus au théâtre qu’ils continuent à faire de la grammaire. A mon sens, la déculturation des classes moyennes est bien plus préoccupante que le fait que des gens qui n’allaient pas au théâtre n’y vont toujours pas. » On pourrait reprocher à celui qui regrette de voir le théâtre disparaître d’alimenter la machine à décerveler. Mais la première personne à le féliciter, quand il a commencé à enchaîner les victoires sur TF1, fut un dramaturge du Théâtre du Nord. « Ce qui est ringard, c’est de participer à un jeu et de perdre. Quand on gagne, la démarche est légitimée », observe-t-il. Et ses participations à des jeux télévisés lui attirent un autre public. A Montigny-en-Gohelle, face aux gradins, le programmateur du festival On vous emmène, au sein duquel Bruno Tuchszer jouait le vaudeville de Feydeau, s’est réjoui d’un public venu en nombre. « Ça fait plaisir de voir une salle aussi remplie, a-t-il lancé en ouverture. Comme quoi, la télévision ne fait pas tout »… Un peu quand même? A la fin de la représentation, des fans viennent se faire tirer le portrait en compagnie du comédien. « Mais alors, vous avez l’habitude de la scène? », lui demande une vieille dame. Oui, et dans tous les registres. Quelques jours plus tard, il joue Une mort moderne, monologue adapté d’un texte suédois consacré au suicide assisté, devant un public d’étudiants en médecine. L’occasion pour La Voix du Nord de rappeler que Bruno de Lille « est bien plus que le candidat télégéniquement heureux des “12 coups de midi ! ” sur TF1 ». Côté quiz, il est en pause, mais il sait qu’on le rappellera. Son nom traîne dans les fichiers des sociétés de production de jeux. Il vient d’ailleurs d’être contacté pour une nouvelle émission présentée par Harry Roselmack. « Vous êtes un boute-en-train… » commençait l’invitation. Il n’ira pas, seuls les jeux de culture générale l’intéressent. Parfois, Bruno Tuchszer regrette le temps où il pouvait suivre un quiz télévisé sans stresser lorsqu’un participant séchait. « Si je ne connais pas la réponse à une question, ça me gâche la journée. » Il y a quelques jours, en écoutant « Le jeu des 1000 euros », il a calé sur l’auteur de la bande originale des Tontons flingueurs (Michel Magne). Il est retourné réviser les compositeurs de musique de films. Pendant les vacances, il a lu Les 500 Emissions mythiques de la télévision française, de Gilles Verlant et Michel Drucker. Pas par plaisir, mais sait-on jamais, ça peut servir.

“Dans les sélections, j’ai vu des types incroyables. Ils connaissent toutes les dates de naissance de célébrités, tous les podiums féminins de saut en hauteur…”

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le magazine.

L

L’habit fait l’élu.

NKM et ses cheveux lâchés, Valls et ses cravates ton sur ton, Mélenchon et son écharpe rouge… L’allure est devenue un élément de langage comme un autre. Pourtant, très peu l’assument. Car le risque est grand d’avoir l’air d’en faire trop. Par Vanessa Schneider/ Illustrations Jean-Baptiste Talbourdet

travers de François Hollande, les talons vertigineux de Rachida Dati, le « combo » cravate-chemise ton sur ton de Manuel Valls, les jeans de Cécile Duflot, la nouvelle coupe de cheveux de Nathalie Kosciusko-Morizet, la Rolex ou la barbe de Nicolas Sarkozy, les tenues H & M de Rama Yade… l’apparence des hommes et des femmes politiques est de plus en plus souvent scrutée, disséquée, analysée, fustigée par une opinion publique à l’œil averti et qui ne pardonne aucun faux pas. Fini le temps où l’élu pouvait arriver mal rasé ou vêtu d’un vieux pull à une matinale de radio ou dans un banquet de circonscription. Avec la médiatisation permanente où chaque événement est filmé ou photographié et l’existence des réseaux sociaux sur lesquels n’importe qui peut publier des images de son maire ou de son député, les politiques sont contraints de faire en permanence attention à leur allure. « Les gens sont très attentifs à ce qui ne va pas, à une veste qui poche, une cravate de mauvais goût, confirme l’ancienne ministre Valérie Pécresse, une des rares à accepter de parler publiquement de ce sujet encore tabou. Faire attention à son apparence est une nécessité. Une femme ne peut pas sortir sans maquillage par exemple. » Elle a, pour sa part, toujours une trousse de make-up et une brosse soufflante dans son sac. Pour le sociologue Christian Salmon, les politiques sont largement responsables de cette « fashion police » qui leur distribue les bons et les mauvais points : « Ils incarnent de moins en moins l’autorité du pouvoir, ils sont devenus des personnages de séries télévisées dont on jauge la coiffure et le look, des hommessandwichs », déplore-t-il. Les communicants, eux, en sont persuadés depuis longtemps : un look soigné et étudié peut aider une carrière. « Si un politique est bien mis, il fait dix fois plus de médias qu’un autre, c’est mathématique, assure Géraldine Dalban-Moreynas, conseillère en communication de nombreux hommes et femmes politiques de droite comme de gauche. Benoist Apparu, François Baroin ou Nathalie Kosciusko-Morizet n’ont pas plus de fond que les autres, mais ils présentent mieux. » Elle ajoute que si Jérôme Cahuzac a percé médiatiquement (avant de chuter dramatiquement) « c’est parce qu’il a été un des premiers à gauche à adopter des coupes plus modernes, plus ajustées, des couleurs plus tranchées ». a cravate de

dans l’actuel gouvernement, les jeunes femmes ministres fleur

Pellerin, Aurélie Filippetti ou Najat Vallaud-Belkacem ne laissent

rien au hasard, aidées par des conseillers qui les guident. La ravissante porte-parole du gouvernement pousse le sens du détail jusqu’à accorder ses tenues aux couleurs de l’habillage antenne de la chaîne qui l’invite : jaune pour France Ô, violet pour « Touche pas à mon poste » de Cyril Hanouna sur D8, etc. Du grand art. « Aujourd’hui, le vêtement, le maquillage et la coiffure sont aussi importants que les éléments de langage », martèle Géraldine Dalban-Moreynas, patronne de Milbox. Car, renchérit Jean-Luc Mano, directeur associé du cabinet de conseil en communication politique Only Conseil, « la tenue n’est jamais neutre, elle manifeste une intention ». Ainsi, on ne s’habille pas de la même façon si l’on veut incarner un député trublion (coupes plus originales, couleurs plus osées) ••• 62 -

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Le magazine.

••• ou un ministre sérieux (du gris, du bleu marine), si l’on se po-

sitionne comme l’avenir de son parti ou comme le garant d’une certaine sagesse. Globalement, le look s’uniformise avec le temps, comme le remarque Dominique Gaulme, auteure des Habits du pouvoir (Flammarion) : « Autrefois, les monarques se vêtissaient pour donner une image de richesse à l’extérieur avec des matières nobles et des pierres précieuses. Aujourd’hui, il faut montrer que l’on est démocrate et comme tout le monde, la tendance est au passe-partout. » Roselyne Bachelot, jadis habituée au fuchsia et aux couleurs flashy

lorsqu’elle militait en faveur du Pacs, a dû adopter des couleurs plus neutres lorsqu’elle est devenue ministre de la santé.Pas question d’attirer l’attention avec un look trop voyant et festif lorsqu’on a en charge des sujets aussi graves que le sida ou les scandales sanitaires, lui ont expliqué ses conseillers. De la même manière, on ne s’habille pas pareil dans sa circonscription où l’on marche des kilomètres pour visiter usines, commerces ou exploitations agricoles et à Paris pour se rendre sur un plateau de télévision, au conseil des ministres, à l’Assemblée nationale ou dans un ministère. « En France, tout est codifié », constate Jean-Luc Mano. De plus en plus conscients, comme le dit Christian Salmon, que « le vêtement est aussi un système de signes qui rayonnent », la plupart des responsables politiques possèdent une double garde-robe. Pour les hommes, le costume sombre, la chemise claire et la cravate sobre sont les incontournables pour les situations de représentation. Pour les femmes, le tailleur-pantalon ou la jupe au genou est privilégié. Avec des règles de base à suivre pour tous : exit le voyant, le moulant, les marques apparentes, on privilégie les couleurs sobres, on planque les bijoux coûteux. Pas de montres luxueuses (Nicolas Sarkozy a 64 -

payé cher dans l’opinion sa Rolex au poignet), pas de pierres précieuses apparentes. La socialiste Elisabeth Guigou en avait fait l’amère expérience lors d’un débat télévisé qui l’opposait à Bernard Tapie. Ce dernier lui avait balancé : « Pourquoi vous avez retourné votre bague ? », en pointant le diamant volumineux qu’elle tentait de cacher. Rachida Dati avait également été sévèrement critiquée, lorsque, garde des sceaux, elle avait posé en robe de grand couturier et bijoux de prix pour Paris Match. Sans parler de Nathalie Kosciusko-Morizet et sa paire de bottes Hermès à 1700 euros qui en fait la cible des lazzis sur Internet. « En période de crise, les signes extérieurs de richesse sont très mal perçus », constate Jean-Luc Mano. Mais à l’inverse, « si l’on essaie de singer le type qui va au bureau, cela vous est reproché, car vous n’êtes pas dans la fonction », ajoute-t-il. Cécile Duflot a ainsi essuyé les quolibets de la droite et des internautes pour s’être rendue à son premier conseil des ministres en jeans et à l’Assemblée nationale en robe à fleurs printanière. Si elle a dénoncé la misogynie réelle de ses collègues masculins, elle a opté depuis pour un dressing plus étudié. Il y a une trentaine d’années déjà, le député communiste de Seine-Saint-Denis Pierre Zarka avait cru bon de se rendre à une émission de télévision en pull et sans cravate. Dans les jours

“Les politiques incarnent de moins en moins l’autorité du pouvoir, ils sont devenus des personnages de séries télévisées dont on jauge la coiffure et le look, des hommessandwichs.” Christian Salmon, sociologue

qui suivirent, des électeurs offensés lui avaient envoyé des cravates par la poste avec ce commentaire acide : « Puisque vous n’avez visiblement pas les moyens de nous représenter correctement, voici un petit cadeau. » En circonscription, en revanche, il est de bon ton de ressembler à peu près à ses électeurs. Xavier Bertrand, (Suite p. 66) l’ancien ministre UMP, troque ses costumes bleu Illustration Jean-Baptiste Talbourdet/M Le magazine du Monde – 15 mars 2014


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Le magazine.

NKM a adopté une dégaine plus bobo – l’électorat qu’elle veut conquérir – à base de blousons de cuir et de ballerines. Comme par effet miroir, Anne Hidalgo joue la carte de la compétence en s’habillant de façon plus classique.

je me lâche ». Dans le même temps, elle a adopté une dégaine plus bobo, l’électorat qu’elle veut conquérir, à base de petits blousons de cuir, pantalons ajustés et ballerines. Comme par effet miroir, sa concurrente Anne Hidalgo, favorite dans le duel, joue, elle, la carte de la compétence et s’habille de façon beaucoup plus classique pour signifier qu’elle porte déjà l’habit idoine pour incarner la fonction. Pendant la campagne présidentielle, Jean-Luc Mélenchon ne s’est pas séparé d’une écharpe (Suite de la p. 64) m a r i n e rouge, couleur symbole des révolutionnaires qu’il entend incarpour un look plus ner face au social-démocrate François Hollande. décontracté quand il Le vêtement peut aussi être à usage unique pour délivrer un est à Saint-Quentin, message particulier. En août 2010, sur fond de rumeur de son une ville populaire départ de Matignon, François Fillon rend visite à Nicolas Sarkode l’Aisne : blazer, zy au fort de Brégançon en pantalon blanc et veste « forestière » pantalon, col ouvert bleue à col droit de chez Arnys, montrant qu’il était prêt, après e t c h a u s s u r e s trois ans de bons et loyaux services, à s’émanciper. De la même confortables de type façon, lorsque la ministre des sports Chantal Jouanno quitte le M e p h i s t o . I d e m gouvernement en septembre 2011, elle arbore sous l’œil des pour son ancien col- caméras et des photographes une veste Zadig &Voltaire avec lègue Laurent Wau- des ailes brodées dans le dos. q u i e z q u i p a s s e Si les politiques prennent de plus en plus conscience de l’imtoutes ses fins de se- portance de leur allure dans l’image qu’ils renvoient, peu maine au Puy-en- d’entre eux ont recours à des stylistes professionnels. Fleur PelVelay et s’habille en lerin, ministre chargée de l’économie numérique, fait figure pantalon de velours, d’exception. Elle est conseillée par Isabelle Dubern, fondatrice chaussures en daim de 10 Vendôme, une société de conseil auprès des maisons de fatiguées et parka mode et de luxe. « Elle avait besoin de deux ou trois pistes, je lui rouge. « Sur le ter- ai suggéré de sortir du tailleur jupe, d’oser le cuir, les marques. » rain, il faut du pra- Pour les voyages à l’étranger où la ministre est en représentation tique, des vêtements comme à l’occasion du voyage de François Hollande aux Etatsseconde peau », ex- Unis, elle l’a aidée à faire sa valise avec des tenues prêtées par p l i q u e Va l é r i e les marques (Gucci pour le soir, Carven en journée). Pécresse. Loin des NKM ou Dati qui ais ces interventions restent rares. La plun’hésitent pas à part du temps, ce sont les conseillers en jouer sur un registre communication qui se chargent de veiller à sexy, l’ancienne mil’apparence de leurs clients ou patrons. Avec nistre du budget astoutes les difficultés que comporte l’exersume : « Ce n’est pas un message que j’ai cice. « On entre dans l’intime, c’est assez violent pour les politiques envie d’envoyer. La de s’entendre dire qu’ils sont habillés comme des sacs », confesse politique, c’est sé- Jean-Luc Mano. Les communicants de Michèle Alliot-Marie rieux, je veux être un ont ainsi eu le plus grand mal à convaincre l’ancienne ministre h o m m e p o l i t i q u e de renoncer à ses gants et aux pochettes qu’elle portait en percomme un autre. » manence, des accessoires d’une autre époque qui lui donnaient Son uniforme : des une image décalée, voire condescendante. pantalons marron ou Beaucoup restent totalement rétifs aux conseils de changement marine achetés chez de look, comme l’ancien ministre Hervé Morin, que ses conseillers Paul and Joe, des ont tenté en vain de convaincre de troquer ses costumes informes tops et des vestes de pour des coupes plus ajustées et qui répond invariablement qu’il chez Zara noires ou blanches, parfois rouges, une écharpe de « s’en fout ». Ou Jean-Louis Borloo, qui a fini par accepter de couleur pour « égayer ». Quasiment jamais de jupe : « Le pan- changer de monture de lunettes et de renoncer à ses demi-loupes talon est le seul moyen pour que les gens vous regardent dans les qui lui faisaient un regard en dessous, mais continue à arriver déyeux, et pas les jambes. » Elle ajoute : « Parfois j’aimerais être braillé et ébouriffé sur les plateaux de télévision. « Les hommes politiques français restent les plus mal habillés, constate Dominique coquette, mais ce sera dans une autre vie… » A l’heure de ce que Christian Salmon appelle « la téléprésence » Gaulme.Ils ne sont pas soignés, pas nets, par rapport aux Américains, et le « plan rapproché », le vêtement, la coiffure, le maquillage, aux Italiens ou aux Japonais qui sont toujours impeccables. » les accessoires sont plus que jamais porteurs de messages. Chris- François Hollande a également toujours refusé de s’entourer de tine Boutin l’a compris lorsqu’elle a voulu changer d’image professionnels de la communication. Une erreur, selon Jean-Luc après son combat contre le Pacs. Pour effacer celle de la bigote, Mano : « Il s’en moque et il a tort. Il nous a infligé un an de cravate elle a changé plusieurs fois de coupe et de couleur de cheveux de travers et porte des costumes qui le boudinent, ça perturbe son et s’est mise aux vêtements de couleur et aux bijoux fantaisie. message de rigueur. » A bon entendeur. Nathalie Kosciusko-Morizet s’est fait couper les cheveux et les a détachés pour lancer sa campagne pour les municipales à Paris. Une manière de dire « cette fois, je roule pour moi, je suis moi et

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Sur un plateau de tournage, un gigantesque rideau représente Istanbul. Les séries télévisées turques ont popularisé au Moyen-Orient l’image d’une « City of Dreams ».

Amour, gloire et réalité.

Les “soap operas” turcs, suivis par des millions de téléspectateurs au Moyen-Orient, sont plus qu’un phénomène télévisé. Ils sont censés promouvoir le modèle culturel du pays, synthèse parfaite de tradition et de modernité. Un “rêve” dissipé en mai dernier sur la place Taksim, lorsque la jeunesse s’est révoltée contre le gouvernement en place. Sous l’œil du photographe anglais Guy Martin, les fictions et le réel entrent en résonance. Par Guillaume Perrier/ Photos Guy Martin 68


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le portfolio.

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a révolution ne sera pas

Dans toutes les langues, le slogan s’est étalé sur les murs d’Istanbul, au printemps 2013, tandis que des centaines de milliers de personnes manifestaient autour de la place Taksim et du parc Gezi contre la dérive autoritaire du gouvernement de Recep Tayyip Erdogan. Pendant ce temps, les chaînes d’information en continu passaient les événements sous silence, l’une d’elles, CNN Türk, diffusant même un documentaire animalier sur les pingouins au moment où la colère envahissait les rues d’Istanbul. L’animal est devenu, depuis, le symbole de la censure des médias et du verrouillage de l’information par le pouvoir. On pensait pourtant que la révolution télévisuelle avait eu lieu en Turquie. Les feuilletons turcs qui envahissent les petits écrans et s’exportent dans tous les foyers du Moyen-Orient et des Balkans ont été, ces dernières années, les meilleurs ambassadeurs du pays. Ces séries télévisées ont accompagné la transformation de la Turquie et ont diffusé son « soft power », jouant à plein le rôle de vecteur du « modèle turc » que souhaitait répandre le gouvernement Erdogan pour étendre son influence commerciale et culturelle. Un modèle censé conjuguer modernité et traditions, islam, démocratie et libéralisme économique… Un modèle qui devait servir de point de repère aux pays arabes lancés dans leurs propres révolutions à partir de 2011. Et que le photographe Guy Martin, installé à Istanbul, a mis en images dans le projet « City of Dreams », alternant photos de fiction et images du réel. La série « Gümüs » a été le symbole de cette ouverture. Ce feuilleton à l’eau de rose diffusé dans le monde arabe sous le nom de « Noor » entre 2005 et 2008 a battu tous les records d’audience. L’histoire de Noor, donc, jeune fillle de la campagne, mariée par son grand-père à Mehmet, qui l’avait aimée dans l’enfance. Le feuilleton suit le jeune couple entraîné dans une série d’aventures : enlèvement, emprisonnement, tentatives de meurtres. Le dernier épisode a été suivi par 85 millions de téléspectateurs. Un succès tel que « Gümüs » est rapidement devenu un phénomène de société, bousculant les schémas familiaux et patriarcaux

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télévisée. »

classiques, notamment en Arabie saoudite. Les héros du feuilleton incarnent le visage du « modèle turc » et, après « Gümüs », le tourisme en provenance des pays arabes a connu une forte progression. La demeure en bordure du détroit du Bosphore où a été tournée la série est aujourd’hui un lieu de pèlerinage pour les fans. Depuis 2011, l’exportation de fictions télévisées a rapporté à la Turquie plus de 80 millions d’euros par an. Mais ce succès a aussi ses détracteurs : au Qatar, où l’on a investi dans des productions locales pour contrer ces séries turques trop osées, ou en Macédoine, ex-province de l’Empire ottoman, où le ministre de l’information a déclaré : « Cinq cents ans de servitude, ça suffit! » Un cheikh syrien a même décrété l’interdiction de prier vêtu d’un tee-shirt à l’effigie d’une actrice turque jugée décadente. Mais surtout, cette Modernité de carton-pâte que voudrait promouvoir le secteur audiovisuel ne plaît pas toujours aux dirigeants turcs euxmêmes : le Conseil supérieur de l’audiovisuel a sanctionné la version turque d’« Un gars, une fille », leur imposant des fiançailles pour pouvoir vivre sous le même toit. Le commissaire Behzat Ç., héros dépressif d’une série policière, a reçu une amende pour sa consommation d’alcool excessive. « Les Simpson » ont été condamnés pour blasphème . Et enfin, Erdogan s’en est pris à la série « Le Siècle magnifique », pour son portrait jugé irrespectueux du sultan Soliman… Sur petit écran comme dans la rue, le « modèle turc » a donc fait long feu. La « turcomania » dans les pays arabes est retombée en même temps que les ambitions diplomatiques néoottomanes d’Ankara dans la région. A Istanbul, c’est dans la rue et dans les allées du parc Gezi, plutôt que devant les séries télé, que la jeunesse turque a passé ses soirées et s’est mise à rêver d’une société moderne, créative et libérée des carcans conservateurs. La violente répression du mouvement par la police, qui a fait six morts et plus de 8 000 blessés en juin 2013, le scandale de corruption qui éclabousse le gouvernement depuis fin décembre, et la purge de la bureaucratie qui a suivi ont ôté une bonne partie du crédit que la Turquie avait gagné ces dix dernières années. La révolution ne sera pas télévisuelle.

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Guy Martin/Panos/Rea

Avec son projet « City of Dreams», Guy Martin documente la montée de l’influence culturelle turque en capturant l’ambiance sur les tournages des soap operas, ces feuilletons à l’eau-de-rose très populaires dans le monde arabe et les Balkans. En haut, dans le quartier de Kanlica, décor de la série « Intikam » ; en bas, sur le tournage de « As Time goes By ».

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Ces trois clichés ont été réalisés lors du tournage d’« As Time Goes By ». Un drame familial autour de la famille Akarsu, dans la Turquie des années 1960.

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Guy Martin/Panos/Rea

Le portfolio.

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La réalité s’est invitée dans le projet « City of Dreams » du photographe Guy Martin lors des manifestations de mai et juin 2013, quand la population, et notamment la jeunesse turque, est descendue sur la place Taksim à Istanbul. A l’origine, il s’agissait de protester contre un projet d’urbanisme du gouvernement visant à détruire le parc Gezi. La révolte s’est étendue ensuite à 2,5 millions de personnes, dans 80 villes, et mue en une dénonciation du gouvernement de Recep Tayyip Erdogan, au pouvoir depuis 2002. Ici, le 1er juin 2013, près du parc Gezi à Istanbul, des jeunes filles revêtent des masques pour se protéger des bombes lacrymogènes lancées par la police.

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Guy Martin/Panos/Rea

Le portfolio.

Guy Martin a photographié ce buste endommagé de Kemal Atatürk, le fondateur de la Turquie, dans une réserve d’accessoires de cinéma. « La métaphore m’a semblé très forte. Elle montre comme les principes d’Atatürk ont été mis à mal ces dernières années par le gouvernement, sa politique, ses actes. Ce buste sera-t-il réparé ou laissé à l’abandon ? » En bas, sur le tournage d’« As Time Goes by », une scène d’omniprésence policière, fictive celle-là.

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La main dans le sac. La nuit est une fête qui peut se terminer au poste. Garde à vue de luxe pour noctambules suspects et monte-en-l’air branchés. Par Darcy Backlar/Photos Thomas Lagrange

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ci-dessus, sac en cuir verni embossé, monogramme Louis Vuitton. page de droite, bracelet en plastique rose et blanc siglé Emporio ArmAni et top imprimé thor.


ci-dessous, sac en veau bicolore et métal doré, Céline. sac de sport imprimé, Fox Head. page de droite, bracelets en plastique et métal coloré, GuCCi. chaussette, Fox Head.


page de gauche, Fourchette or et argent, Hermès. ci-dessus, collier cœur géant en métal et strass roses, Lanvin. top, Under armoUr.


ci-dessus, bagues entre les doigts collection oiseaux de Paradis. à gauche, en or rose, saPhirs roses, diamants brillant et Poire ; à droite, or jaune, grenats mandarins et démantoïdes, saPhirs mauves, roses et jaunes, Van Cleef & arpels. Pantalon et toP, fox Head. Page de droite, Parfum blue santal, Comme des Garçons. chance, CHanel.


Mannequins : eMMa et Julia @Body london – Maquillage : ReBecca doney utilisant sisley skin caRe ManucuRe : Jessica HoffMan @caRen utilisant sally Hansen – scénogRapHie : Roxy Walton @tHe Magnet agency studio ManageR : pHilippe BustaRRet – post-pRoduction : Vincent RocHat @ BiRd pRoduction assistant pHotogRapHe : cHRis RHodes – assistants styliste : MaRJoRie cHanut et caio Reis – pRoduction : sylVia faRago ltd


Simple dames.

Pas de révolution stylistique au programme des quatre dernières Fashion Weeks. Mais une saison automne-hiver 2014-2015 talentueuse et féminine, placée sous le signe du pragmatisme.

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Givenchy

Des vêtements-boules en Néoprène, des souliers aussi plats que ceux des garçons, des marques de rue puissantes qui défient les grands noms du luxe, le nez retroussé du mannequin Cara Delevingne sur tous les podiums… Les Fashion Weeks automne-hiver 2014-2015 ont aussi livré leurs moments balzaciens où de jolies filles vêtues de jolies choses défilent devant un concentré de comédie humaine. Ainsi Anna Wintour assise chez Valentino… au deuxième rang, ou encore l’annonce du transfert surprise de l’indéboulonnable critique de mode Suzy Menkes, de l’International Herald Tribune vers Condé Nast, où elle officiera sur le digital. Quelques mois seulement après la démission de son poste au New York Times d’une autre grande figure du journalisme de mode, Cathy Horyn. La saison s’est achevée sur le défilé le plus attendu, commenté, tweeté, instagrammé… Nicolas Ghesquière, créateur génial et expérimental, a présenté sa première collection pour Louis Vuitton, blockbuster de la mode et première entreprise de luxe mondiale, sans renier ni les codes de la maison ni sa créativité. Faisant élégamment passer la sophistication extrême avec laquelle il s’est emparé du sujet pour un exercice de style qui place au cœur le vêtement et les femmes. Un défilé à l’image d’une saison réussie, où les créateurs ont trouvé l’équilibre entre un pragmatisme désormais non négociable – les vêtements doivent se vendre – et de vraies propositions stylistiques. Chez Givenchy (photo), Riccardo Tisci a laissé de côté l’esthétique tribale, les sweat-shirts à têtes de chiens des dernières saisons et fait la démonstration de la large palette de son talent. Mousselines de soie et silhouettes couture très architecturées signent l’expression d’une féminité contemporaine que n’aurait pas reniée Hubert de Givenchy. B. Dt

15 mars 2014


Stella McCartney, Kenzo, Balmain.

les grigris de miceli.

Stella McCartney. Kenzo. Monica Feudi/Balmain. Louis Vuitton x2. Miguel Medina/AFP

orange métallique.

Après plusieurs saisons de nude et autres tons pastel, rares sont les podiums qui n’ont pas misé sur la couleur orange. Franc et lumineux chez Kenzo, en cuir ajouré et orné de métal chez Balmain, plus doux dans une maille sanguine délavée chez Stella McCartney. F. Kh.

De retour chez Louis Vuitton où elle avait collaboré avec Marc Jacobs avant de passer chez Dior, Camille Miceli signe les bijoux du défilé : une boucle d’oreille asymétrique mi-œuvre design, mi-totem tribal, et des mini-malles de voyage en guise de médailles. Ca. B.

Saint Laurent

Feu de rousses.

figure mise en avant par le documentaire The SepTember ISSue, dans lequel elle volait la vedette à sa consentante patronne anna Wintour, la directrice de création de Vogue uS, grace coddington, fait des émules. pour preuve, la recrudescence de crinières rousses semblables à la sienne, repérées sur les podiums à neW York, milan et paris. L. B.-C. 103


la part du fauve.

Stylisé, littéral, recoloré… le léopard est une tendance récurrente dans la mode que ni l’imprimé zèbre ni le python n’ont réussi à détrôner. Cette saison, il passe au filtre chic de Carven, Céline, Chloé et Giorgio Armani. La consécration. J. N. Céline

Armani

Carven

Chloé

Dans la tête de Van Noten.

Céline. Armani. Carven. Chloé. Luc Boegly x2

Pendant la Fashion Week parisienne, le Belge Dries Van Noten a inauguré l’hommage que lui consacre le Musée des Arts déco. Conçue selon le principe d’accumulation auquel il est fidèle depuis ses débuts dans les années 1990, l’exposition associe pièces-phares et sources d’inspiration dans un esprit aux confluents de l’art et de la mode. Sous la forme d’un cabinet de curiosités contemporain, des forces opposées se répondent. Une salle consacrée à l’excentricité et l’élégance des dandys est suivie d’une autre qui célèbre le charme et la nonchalance du folklore ibérique ou mexicain. Ailleurs, l’uniforme militaire qui joue la virilité côtoie le raffinement féminin d’une mode masculine androgyne. Les fleurs et plus généralement l’imprimé, prisés par Van Noten, occupent une place de choix, notamment à travers les créations réalisées pour l’occasion par le fleuriste et photographe japonais Makoto Azuma. En hommage, et comme un écho à ses propres créations, Van Noten convoque des artistes aussi variés que Damien Hirst, Francis Bacon, Gerhard Richter ou Yves Klein dont les œuvres ont été prêtées par des musées nationaux, des galeries ou des collectionneurs. Les portraits de David Bowie, Jimi Hendrix et Marcel Proust côtoient des vidéos arty (extraits de films issus de la collection de la Cinémathèque, et performances). Une exposition remarquable qui célèbre le goût du partage et l’érudition du créateur. An. C. « Dries Van Noten, Inspirations », au Musée des Arts décoratifs, 107, rue de Rivoli, Paris 1er. Jusqu’au 31 août. www.lesartsdecoratifs.fr 104 -

15 mars 2014


Le style. défilés hiver 2014-2015

Somerset House, label de Londres.

Ollie Millington/Redferns/Getty Images x3. Ralph Lauren. Maurits Sillem/Burberry. Salvatore Ferragamo

Si la révolte gronde à New York contre le Lincoln Center qui phagocyte la Fashion Week en accueillant nombre de défilés, à Londres, la centralisation fait consensus. A quelques dizaines de mètres de la Tamise, la Somerset House est l’épicentre de la mode anglaise durant une semaine. Depuis 2009, le British Fashion Council (BFC) investit deux fois par an la cour de cette bâtisse néoclassique qui donne sur le Strand, une des avenues les plus fréquentées de la cité, et offre à la jeune création, l’espace et l’infrastructure dont elle a besoin pour se faire connaître. « Auparavant installée dans l’ouest de Londres, rappelle Caroline Rush, sa directrice, l’institution a migré dans le centre il y a cinq ans afin d’optimiser les déplacements des médias et acheteurs et de leur permettre de découvrir les jeunes talents que nous défendons. » C’est en effet ici que sont présentées les collections des stylistes bénéficiant du programme de soutien Newgen du BFC pour les talents émergents. Au. L.

Cape Codes.

Un exercice périlleux que celui de la cape, qui peut virer au poncho sans crier gare. Cette saison, les créateurs s’en sortent avec élégance. En tartan chez Ferragamo, version trench chez Burberry Prorsum ou en peau rose chez Ralph Lauren. J. N.

Ralph Lauren

Burberry Prorsum

Ferragamo

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Le style. défilés hiver 2014-2015

Sacai S’émancipe.

Fille du designer d’origine chinoise John Rocha, Simone Rocha (ci-dessus) a grandi au milieu des tissus et patrons de son père avant d’intégrer le Central Saint Martin’s College de Londres et de créer sa propre marque. A l’héritage paternel plutôt gothique, elle a préféré un romantisme contemporain. Pour sa dernière collection automne-hiver 2014, elle s’est inspirée du style élisabéthain. Apposant ici perles et volants, bombant là les manches de robes austères, raccourcissant le tartan de tenues écossaises. Depuis sa première collection présentée à Londres en 2010, nul doute, miss Rocha s’est fait un prénom. Top Shop a sponsorisé ses défilés. Le LVMH Prize l’a placée parmi ses trente finalistes. Et en juillet prochain, elle dévoilera une collection capsule pour la marque de jean J Brand, dans la lignée de Christopher Kane et Proenza Schouler. L. V.

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Russe au fil.

Le tout récent LVmH prize, qui ViSe à Soutenir La jeune création, eSt L’occaSion de découVrir de nouVeaux nomS VenuS du monde entier. parmi LeS trente préSéLectionnéS annoncéS pendant La faSHion week pariSienne, un nom à retenir : Vika GazinSkaya. autodidacte, La créatrice ruSSe Vit et traVaiLLe à moScou. eLLe S’eSt fait remarquer Grâce aux bLoGueurS qui L’ont pHotoGrapHiée portant SeS propreS créationS. SeS SiLHouetteS minimaLeS et poétiqueS Sont pLuS que conVaincanteS. à SuiVre. Ca. B. 15 mars 2014

Alex Franco. Sacai. Katsuhide Morimoto. Vika Gazinskaya

La fugue picturale de Simone Rocha.

A 15 ans tout ronds, la marque tokyoïte fondée par l’élégante Chitose Abe (ci-dessus, à droite) a atteint l’âge de raison. Joli souffle dans la Fashion Week parisienne, elle a livré un dressing impeccable. Ici, les vestes masculines se fendent dans le dos et les jupes laissent entrevoir les dessous chics. Les mousselines évanescentes côtoient les tweeds rugueux. Une façon juste, pour celle qui s’est formée auprès de la designer Rei Kawakubo chez Comme des Garçons, de transmettre cet héritage en le féminisant. L. V.


La sagesse selon Ghesquière.

Jacques Brinon/AP/Sipa

Créé en 1997 par l’Américain Marc Jacobs, le prêt-à-porter de Vuitton est désormais entre les mains d’un designer d’un tout autre genre. Nicolas Ghesquière, 43 ans, est une « pièce unique ». Tandis que les créateurs français de sa génération – voire de celle qui émerge – se contentent d’imaginer un prêt-à-porter propret, cet autodidacte a fait de l’avant-gardisme un art vestimentaire. L’année de l’arrivée de Marc Jacobs chez Louis Vuitton, Nicolas Ghesquière était lui promu à la tête de Balenciaga, maison de couture alors moribonde, créée par l’Espagnol Cristobal Balenciaga. Le designer lui a redonné vie avec des collections originales, parfois radicales, toujours surprenantes. Grâce à lui, la marque est devenue le symbole d’une mode parisienne intello chic et ultramoderne, la griffe la plus désirable (mais pas forcément la plus rentable) du groupe Kering. A son départ fin 2012, Balenciaga a engagé le jeune Américain Alexander Wang, adepte du streetwear minimal qui a ouvert une nouvelle ère. Le 5 mars, c’était à Nicolas Ghesquière d’écrire un nouveau chapitre chez Louis Vuitton. Le créateur s’est emparé avec subtilité de son nouveau territoire. Usages multiples et modernes du cuir, une gamme de couleurs qui évoque avec élégance l’univers Vuitton, des sacs aux lignes pures, une touche de toile Monogram. On sent affleurer le patrimoine d’une griffe née en 1854 mais on retient surtout la modernité de la proposition. Une modernité excitante mais plutôt sage comparée aux collections de Ghesquière chez Balenciaga. Le créateur s’est déjà approprié l’esprit de la maison, il commence à le reformuler avec son propre œil, son imaginaire fertile qui risque de l’emmener un peu plus loin à chaque saison. Ca. B.

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Maison Rabih Kayrouz

Maison Martin Margiela. Yannis Viamos/Rabih Kayrouz. Lacoste

Maison Martin Margiela

Lacoste

Le noir change de ton.

Si l’on en croit l’oracle de la mode, l’hiver prochain sera bleu marine et bordeaux. Exit le noir et son indéboulonnable petite robe. Cette saison, les créateurs ont pris leur indépendance par rapport à ce grand classique du vestiaire moderne, synonyme d’élégance, de minceur et… d’ennui, lui préférant ces deux teintes longtemps marquées sociologiquement. Mais du bleu marine et du bordeaux des twin-sets et serre-tête de pensionnaires, il ne reste rien. Ici réside le petit miracle de la mode qui, sous la férule de créateurs talentueux, nettoie la réputation de ces deux couleurs passées aux UV BCBG, et leur redonne un souffle de chic et d’air du temps. B. Dt

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15 mars 2014


Le style. défilés hiver 2014-2015

Moncler balance.

Cinquante mannequins rangés dans des boîtes, neuf hommes installés sur un drôle de dispositif qui les balance de gauche à droite. Le classique Hammerstein Ballroom de New York a accueilli l’exubérant défilé de la ligne Moncler Grenoble. Vêtus de redingotes en nylon matelassé, un groupe de performeurs interprétait le Pendulum Choir, une œuvre d’André et Michel Décosterd. Les deux frères, artistes suisses, à la fois musiciens, plasticiens et architectes, inventent de drôles de machines qui enregistrent les sons et les traduisent en mouvement. Chants religieux, psaumes en latin et lumière très sombre : une mise en scène qui n’a pas fait l’unanimité pour une collection néanmoins impeccable. An. C.

Les pieds sur terre.

Gianni Pucci/Moncler x2. Stella McCartney

#TweeTer, c’esT gagner.

ceTTe saison, la chaussure resTe fermemenT ancréé au sol. alors que les membres disTingués de l’indusTrie de la mode TroTTinenT en sTan smiTh (le succès de la saison), les créaTeurs miliTenT pour le soulier plaT. ils le déclinenT dans des versions originales eT si possible hybrides, du croisemenT enTre derbies masculines eT creepers en passanT par la chausseTTecuissarde. « conforT » n’esT plus un gros moT dans le vocabulaire de la mode. Ca. B.

En pleine Fashion Week de New York, l’Américain Marc Jacobs a fait du « hashtag » la monnaie de sa boutique éphémère, baptisée Daisy Marc Jacobs Tweet Shop. Les tweets, clichés Instagram ou messages Facebook comportant #MJDaisyChain s’échangeaient contre des cadeaux griffés maison. Une recette qui a déjà fait ses preuves. L’été dernier, pour le lancement de sa fragrance Honey, le créateur proposait à ses clients de gagner des prix en alimentant avec des photographies de leurs lieux fétiches une carte interactive de plusieurs capitales de la mode. Au. L. Stella McCartney.

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Chanel (ci-contre et ci-dessous).

Moschino

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Anya Hindmarch

Il fallait oser installer un hypermarché Chanel de 13 000 m3 sous la nef du Grand Palais. Etals de fruits et légumes gigantesques, paquets de riz en tête de gondole et packagings siglés du double C ont investi le bâtiment historique et également, dans la nano-seconde, les comptes Instagram des journalistes de mode du monde entier. Munies de chariots et de paniers customisés Chanel, des mannequins en baskets tweedées déambulaient entre les rayonnages au son de la voix doucereuse d’une hôtesse d’accueil. Et Karl Lagerfeld de célébrer dans un esprit sarcastique assumé, et à coups de vestes rose bonbon, de leggings argentés et de maille lurex, la société de consommation, son esthétique omnipotente et ses excès. La maison de la rue Cambon n’est pas la seule à s’être réapproprié les codes de la consommation de masse, cette saison. Chez Moschino, Jeremy Scott – nouveau directeur artistique de la maison italienne – a détourné les visuels de l’agro-alimentaire en reprenant notamment la charte graphique de la chaîne de fast-food McDonald’s : défilé de casquettes rouge et jaune, assorties aux tailleurs-uniformes, de sacs à main « Happy Meal », mais aussi robes de bal « emballage de barre chocolatée »… Même recyclage de logos familiers chez l’Anglaise Anya Hindmarch, qui a présenté à Londres une collection de sacs à l’effigie du coq Corn Flakes et des pochettes irisées reproduisant le visuel d’un paquet de chips, aux bras de silhouettes déambulant sur des chariots télécommandés. Toutes entraient et sortaient de l’arche d’un immense codesbarres dans une scénographie photogénique. « Cela ne signifie pas que ces maisons acceptent ou contestent ce mode de consommation, mais plutôt qu’elles sont dans le présent, analyse Vincent Bastien, auteur de Luxe Oblige, un ouvrage sur les stratégies du luxe, paru aux éditions Eyrolles en 2008. Déplacer les codes du luxe dans un contexte quotidien est une façon de dire qu’il est de son temps. Et pour cela, bien sûr, il lui arrive de se montrer provocateur. » Pas sûr que les employés de McDonald’s aient goûté la blague. Mia Brusendorff, ancienne salariée de la firme dans l’Indiana, interviewée par le site du journal anglais The Daily Mail, s’est d’ailleurs indignée : « Travailler chez McDonald’s, ça n’a rien à voir avec de la mode. Que quelqu’un paie 1 000 dollars pour des vêtements inspirés des uniformes de gens qui gagnent le salaire minimum, c’est du sarcasme. » L. V.

Naho Kudo/AFP. François Durand/AFP x2. Andrew Cowie/AFP. Tiziana Fabi/AFP

Le luxe en tête de gondole.


Le style. défilés hiver 2014-2015

le cApiton en Action.

Trois maisons, trois visions du matelassé. Chez Dior, Raf Simons l’a rendu élégant et féminin sur des robes de cocktail et de soirée. Miuccia Prada, pour Miu Miu, opte pour une version plus sportive, rafraîchissante et sexy. Balenciaga préfère l’allure sévère de deux vestes type kimono, si rigides qu’elles en deviennent des armures. J. N. Balenciaga, Dior, Miu Miu.

toisons bAroques.

Envahissante et colorée, la fourrure de l’hiver prochain joue l’exubérance et vient chahuter avec humour les silhouettes les plus sages.

Rochas

Gucci

Monica Feudi/Balenciaga. Dior. Miu Miu. Pixelformula/Sipa x2. Monica Feudi/Prada. Paul Smith. Gucci

J. N.

Il suffira d’un cil.

Gucci, Paul Smith, Prada.

15 mars 2014

Alors que les mAnnequins défilAient sAns mAscArA lA sAison pAssée, les mAquilleurs ont, cette fois, déployé une quincAillerie de fAux cils en bAckstAge. inspirées des Années 1960 – comme bon nombre de collections à chevAl sur les Années 1960 et 1970 –, ces frAnges Artificielles sont posées à l’extérieur de l’œil mAis surtout sous les yeux, fAçon “orAnge mécAnique”, comme on l’A vu chez rochAs, versAce ou gucci. L. B.-C. - 111


Christophe Lemaire

Lemaire élu.

Cette saison est sans Conteste Celle de Christophe lemaire qui, pour sa marque Comme pour hermès, dont il est le direCteur artistique du prêt-à-porter féminin, signe des ColleCtions d’une grâCe indisCutable. lemaire refuse la surenChère des tendanCes, au profit d’un vêtement désirable, durable et qui n’a d’autre finalité que d’habiller Celle qui le porte. il ne CherChe ni à marquer les esprits en jouant la radiCalité ni à imposer un point de vue définitif sur Ce que pourrait être la féminité. et en Cela il est, finalement, l’un des Créateurs les plus antiConformistes de l’époque. B. Dt 112

Hermès


Le style. défilés hiver 2014-2015

Contes de fée à l’italienne.

Dans une forêt enchantée défilent chaperons rouges en manteau de fourrure écarlate et princesses en cagoules ornementées. Une suite aux rois normands du récent défilé masculin de Domenico Dolce et Stefano Gabbana, qui continuent de rêver. J. N.

Orchestrations de saisons. Christophe Lemaire. Jean-François José/Hermès. Tiziana Fabi/AFP. Miguel Medina/AFP. PLV/Sipa x2. Samir Hussein/WireImage

1

2 3

4 1 et 3. Breakbot (en haut) et Azealia Banks (ci-contre), au défilé Etam (Paris). 2. HollySiz, au défilé H & M (Paris). 4. Paloma Faith, au défilé Burberry Prorsum (Londres). 15 mars 2014

Dans la bataille des maisons de mode pour se distinguer, la bande-son qui accompagne le passage des mannequins joue un rôle tout aussi crucial que le décor. Certains en ont fait leur métier, comme les illustres Michel Gaubert et Frédéric Sanchez, esthètes de la compilation référencée, entre morceaux exigeants et blockbusters hip-hop du moment. Mais l’époque étant à la surenchère, réseaux sociaux obligent, le mini-concert est devenu au fil des saisons un atout de plus pour les marques. En la matière, la cuvée automne-hiver 2014 fut un bon cru. Ainsi la Fashion Week de New York a vu la charismatique St. Vincent donner un coup de modernité à la collection de Diane Von Furstenberg. Idem pour le duo AlunaGeorge chez Rebecca Minkoff, ou Paloma Faith au défilé londonien de Burberry Prorsum. A Paris, ce sont les grosses machines qui ont mis le concert au cœur du show. Ceux qui ont assisté au défilé Etam – un événement conçu sur le mode du show américain Victoria Secret – ont vu se succéder sur scène deux DJ stars (Kavinsky et Breakbot), et les rappeuses américaines Eve et Azealia Banks. Chez H & M, la performance de la chanteuse HollySiz occupait les écrans du Grand Palais. « Il faut distinguer ceux qui choi­ sissent le live pour accompagner le vêtement de ceux qui le font pour se faire remarquer », analyse Michel Gaubert. Tel est le risque : que le happening étouffe la collection. « Ce n’est pas dangereux, à partir du moment où il y a adéquation entre la marque, le designer et l’esprit du live. » Et l’équilibre est d’importance. « C’est une attrac­ tion supplémentaire qui devient un outil de communi­ cation. A l’issue d’un défilé où il y a un live, l’assistance risque de ne parler que de musique », explique Sarah Jonathan, à l’origine de The Sound of the Season, compilation regroupant, chaque saison, une sélection des meilleures bandes-son de défilés (1). En choisissant le direct de la chaîne France Culture pour toute ambiance sonore, Christophe Lemaire – dont le défilé avait lieu à la Maison de la Radio – a trouvé la martingale. La « non »-bande-son. L. V. (1) The Sound of the Season 4. En vente chez The Broken Arm, Colette et sur iTunes. - 113


Le Perfecto. À L’ORIGINE

L’ICÔNE

Colette, écrivaine ébouriffante.

L’ÉTOLE. En laine et soie, Etro, 210 €. www.monnier freres.fr

LE BLAZER.

En laine, Carven, 550 €. www. mytheresa.com

LE STYLO PLUME.

Liberté blanc nacré, laque blanc nacré et palladium, plume en or massif, S.T. Dupont, 375 €. www.st-dupont.com

VU SUR LE NET

Bienvenue à l’opéra “Darla Dirladada”.

Si le Club Med a tenté pendant des années de se défaire de l’image « Darla Dirladada » qui lui collait à la peau, un peu comme le sparadrap aux doigts du capitaine Haddock, le groupe aujourd’hui reconverti dans le tourisme haut de gamme revient aux fondamentaux avec un spot publicitaire drôle et potache à souhait. Réalisé par Xavier Giannoli, ce petit film intitulé « Le Ballet » met en scène des danseurs classiques interprétant devant un public stoïque – dont Thierry Lhermitte, alias Popeye – l’inégalée chorégraphie du film. On peut compter sur la viralité des réseaux sociaux pour faire de cet ovni le coup de com’ du printemps. L. V. www.youtube.com/watch?v=kvd2gtC-ab8

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En 1928, Irving Schott (fondateur de la marque à son nom) crée le Perfecto, blouson de motard au cuir épais, nommé d’après la marque de cigare. Il se différencie des blousons bombardiers par ses lourdes fermetures Eclair, son ouverture asymétrique, son col à rabat et sa ceinture. D’abord produit pour un distributeur de Harley Davidson, il va devenir célèbre en 1953 quand Marlon Brando le porte dans L’Equipée sauvage (photo). Dès lors et jusqu’à la fin du xxe siècle, le Perfecto va être l’accessoire d’une jeunesse rebelle. Les punks l’adoptent pendant les années 1970. Puis ce sera au tour des mod’s de se l’approprier dans une forme plus près du corps. En 1960, Yves Saint Laurent est le premier créateur à montrer un blouson inspiré du Perfecto, sans pour autant lui refaire une réputation. Le grunge arrive et l’adopte en version courte et large. A la fin des années 1980, des modèles similaires font des apparitions ponctuelles sur les podiums de Versace ou Chanel.

À L’ARRIVÉE

Avec l’augmentation des prix du cuir, le blouson de motard n’est plus un produit abordable. Ni le symbole d’une jeunesse révoltée. S’il existe encore des versions bon marché, il est devenu un produit de luxe. Les marques le retravaillent pour le rendre plus « mode », en ajoutant de la couleur, de nouvelles matières ou en modernisant la coupe. La marque italienne MSGM propose une version en jacquard de coton jaune à fleurs brodées. Dans la ligne Black Label de Ralph Lauren, on trouve un blouson en laine et cuir blanc (photo). Chez Chloé, il est vert et ceinturé, chez Donna Karan en python peint à la main. Chez Burberry plus il est court et serré, mieux c’est. J. N.

Jean-Marie Marcel/adoc-photos. Etro. Carven. Jean-Luc Drigout/Dupont. Hollywood Archive/PictureLux/Bureau 233. Ralph Lauren. Club Med

Il y a bien sûr la gouaille de sa Bourgogne natale qui lui faisait rouler les « r » et sa chevelure folle. Journaliste, un temps danseuse puis présidente de l’Académie Goncourt, Colette (1873-1954) était écrivaine avant tout. Et c’est sans doute lovée dans un châle, manuscrit sur les genoux, que la mère des Claudine a passé le plus clair de son temps. Un style réduit à l’essentiel. Comme le sien. L. V. Stylisme F. K.


fétiche

Le style.

Carré blanc.

Un cabas de cuir Saffiano doublé de cuir nappa, couleur talco : inlassablement, la mode ajoute des entrées à son petit dictionnaire illustré. Matières, teintes, formes et textures adoptent des appellations poétiques qui subliment la versatilité des tendances et les modèles de saison. Ici, le dernier sac de la marque italienne Prada. En veau souple doublé, léger et aérien… comme le printemps. B. Dt Double bag praDa, blanc craie, cuir saffiano, 1 800 €. Tél. : 01-58-18-63-30.

15 mars 2014 – photo bastien lattanzio pour M le magazine du Monde. stylisme fiona Khalifa

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Le style.

variations

La revanche des rondes.

A l’heure du selfie, cet autoportrait partagé sur les réseaux sociaux, les lunettes de soleil sont devenues le meilleur moyen de se démarquer. Les modèles les plus discrets ont cédé le pas aux montures extravagantes, colorées et surdimensionnées. Ainsi en est-il de la lunette hublot, aux gigantesques verres circulaires, repérée récemment pendant les défilés de mode. Evoquant à la fois les montures « mouche » des années 1960 et les lunettes rondes de John Lennon des années 1970. L. B.-C. dE hAut En bAs : LunEttEs En métAL ArgEnt Et vErrEs noirs, gucci, 245 €, gucci.com modèLE scArLEtt En métAL contour rosE, mykitA, 319 €, www.mykitA.com En AcétAtE brun déLAvé, LoLitA LEmpickA, 170 €, téL. : 03-84-33-77-77. En AcétAtE gris cLAir, mAison mArtin mArgiELA, 200 €, mAisonmArtinmArgiELA.fr

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photo bastien Lattanzio pour m Le magazine du monde. stylisme fiona khalifa – 15 mars 2014


Le goût des autres Lasse du volant. Par Carine Bizet

Difficile de faire plus pavlovien que l’industrie de la mode. Celle-ci cultive des tics récurrents, qui ressurgissent à un rythme saisonnier souligné par les gros titres des magazines. Ainsi, les feuilles toutes neuves sur les arbres n’arrivent jamais sans les numéros « spécial minceur », « 90 jours avant la plage » et autres. On finit par se demander si le port du maillot de bain n’est pas obligatoire passé le 15 juin. En version plus subtile, la mode estivale récupère aussi avec une précision mathématique toute référence esthétique qui évoque le soleil. Une fixette cousue de fil blanc, qui explique les retours permanents des ambiances jungle, des thèmes hawaïens et des fantasmes de côte amalfitaine dans les années 1960. Le répertoire de l’été 2014 compte de surcroît une référence peu usitée : le volant. Ces décors ondulants et froufroutants ont été empruntés de manière plus ou moins subtile à la culture ibérique. Car, bien entendu, qui dit été et soleil, dit Espagne, donc danseuses de flamenco, castagnettes et lâcher de

volants sur les jupes desdites danseuses. Peu importe que les femmes espagnoles ne portent pas plus ces tenues « olé olé » que les Français ne s’exhibent coiffés d’un béret, baguette sous le bras en option. Sociologie et mode ne font pas toujours bon ménage. Mais c’est pour la bonne cause : celle du style. Et l’été 2014 s’apprête à réhabiliter le look « La Isla Bonita » de Madonna, comme si on n’avait jamais vraiment quitté 1987, la grande époque du top 50 et du disque vinyle. Autant de références qui viennent provoquer un lever de sourcils perplexe et collectif de ceux nés dans les années 1990 et qui téléchargent leurs fichiers de musique sur Internet : à leurs yeux, ce titre et ce clip sont des curiosités kitsch et vintage. Pour les autres, qui ont connu Madonna sans grille en or dans la bouche mais avec des œillets rouges dans les cheveux, tout cet exotisme à la sauce MTV a fort mal vieilli. Deux bonnes raisons, par conséquent, de passer son tour sur les volants. Autre argument à prendre en compte : cette culture folklorique ibérique a subi quelques outrages irrépa-

rables, qui la rendent plus difficile à prendre au sérieux. Un exemple ? Une autoroute au mois d’août, une berline familiale devant vous dans l’embouteillage ; sur la plage arrière, une danseuse de flamenco au format Barbie avec un impressionnant jupon à volants réalisé

au crochet dans quatre couleurs de fils. Soit le cacherouleau de papier hygiénique le plus élaboré de l’A3. Désormais, à chaque essai de jupe à volants, vous penserez à cette image impossible à effacer. Le look safari, finalement, c’est chic, non ?

Réédition

Bruun-rasmussen.dk. Kit Cowan

Un paon d’histoire.

Pour fêter le centième anniversaire de la naissance du Danois Hans Jorgen Wegner, son éditeur ressort le fauteuil Peacok (paon), créé en 1953 (ci-dessus).

Illustration Johanna Goodman pour M Le magazine du Monde

Laquelle choisir ? des chaises, il en a imaginé 500. Pour sa première, il avait tout juste 15 ans. Hans Jorgen Wegner (1914-2007) était alors apprenti ébéniste, et sa passion pour le bois l’a conduit à devenir l’un des plus fiers symboles de la vague moderniste du design danois. Pour célébrer le centième anniversaire de sa naissance, PP Møbler, son éditeur historique, ressuscite la fameuse Peacock. Peacock : le paon en anglais, parce que cette chaise créée en 1947 affiche un dossier de lattes rappelant la roue du phasianidé. « Des lattes placées exactement là où les omoplates prennent appui : un bijou d’ergonomie », remarque Kasper Holst Pedersen, directeur de l’atelier PP Møbler. dans la lignée de ce modèle réédité depuis 1990 par PP Møbler, un autre né en 1953 : le fauteuil Peacock PP 521, « à l’ossature identique mais rembourré de part et d’autre de fibres de lin, coton et crin de cheval, enrobé de tissu et de cuir pour un confort ultime », poursuit Pedersen. C’est lui qui renaît aujourd’hui pour rendre hommage au génie du designer danois. C. Mi 117


Le style.

singularité qui découle des pierres précieuses utilisées (diamant, saphir, émeraude et rubis), elles-mêmes uniques. Les grandes maisons passent des mois, voire des années, à chercher les plus extraordinaires d’entre elles, le travail de haut joaillier partant souvent d’une gemme autour de laquelle est dessiné un collier, une bague ou un bracelet. La haute joaillerie, unique, se différencierait donc d’une joaillerie reproductible. Pas si sûr. Dans beaucoup de maisons, les deux sont perméables. Chez Chanel Joaillerie, par exemple, toutes les pièces de haute joaillerie ne sont pas uniques, certaines sont reproduites en très petites séries. Du côté de De Beers, les bijoux sont au départ faits pour être uniques, mais il est possible de s’en inspirer pour créer des œuvres

sur mesure. « Les frontières sont d’autant plus difficiles à discerner que la haute joaillerie s’est mise à utiliser depuis quelques années des pierres moins prestigieuses, qui étaient traditionnellement réservées à la joaillerie », explique Michèle Heuzé, historienne du bijou. LA MANIÈRE LA PLUS CLAIRE DE FAIRE LA DISTINCTION serait donc de s’attacher au prix des pièces, directement lié aux pierres et matériaux utilisés. Il est rare de trouver un bijou de haute joaillerie à moins de 50 000 €. C’est même sur ce chiffre que beaucoup de professionnels s’accordent. Au-delà de ce palier, les prix de la haute joaillerie peuvent alors atteindre plusieurs millions d’euros. En 2010, Van Cleef & Arpels avait dévoilé une paire de boucles d’oreilles avec rubis de 27 carats de plus de seize millions d’euros.

D’OÙ ÇA SORT ?

Les bijoux de luxe AOC. Contrairement à la haute couture, l’appellation haute joaillerie n’est pas “protégée”. Qu’est-ce qui différencie les pièces des maisons Cartier ou De Beers de celles de la simple joaillerie ? La qualité des pierres et, surtout, le prix.

Même à ces tarifs-là, la haute joaillerie trouve preneur. Asie, Moyen-Orient et Russie occupent le podium des clients les plus fidèles. Des personnalités richissimes que les marques tentent de séduire par tous les moyens, notamment lors de la Biennale des antiquaires (qui se tiendra en septembre au Grand Palais), événement incontournable de la profession depuis que les maisons créent des modèles spécialement pour l’occasion. Pendant dix jours, Cartier, Chaumet ou Dior exhibent leurs nouvelles collections dans des stands dignes de décors hollywoodiens. Personne ne ménage ses efforts. Ici, le mètre carré coûte 3 000 €. Lors de la dernière édition, Cartier en occupait 250. Un coût auquel s’ajoutent la conception des décors, les frais de déplacement de plusieurs dizaines de clients et journalistes pris en charge par la marque, les invitations au dîner de gala (où les tables se vendent 10 000 € et dont les recettes sont reversées à la Fondation des Hôpitaux de Paris)… « Il n’y a pas de limite au rêve », glisse-t-on place Vendôme.

Julien Neuville

Chanel Joaillerie. Vincent Wulveryck/Cartier. Mellerio Dits Meller

E

lles sont toutes installées place Vendôme à Paris. Cartier, Boucheron, Chaumet, Bulgari, Chanel, Dior, Mellerio dits Meller, Van Cleef & Arpels – et depuis peu, Louis Vuitton – font partie du même « club ». Celui des grandes maisons de haute joaillerie. Mais si cet art diffère en bien des points de celui de la « simple » joaillerie, le terme « haute joaillerie » n’est soumis à aucune régulation, à l’inverse de la « haute couture », appellation protégée par la loi française et décernée sous certaines conditions. « S’il fallait trouver un critère de séparation, ce serait l’unicité : la haute joaillerie conçoit des pièces qui ne seront jamais faites deux fois », explique un responsable de la communication de Mellerio dits Meller, une maison parisienne vieille de 400 ans. Une

Broche Camélia Empierré en or blanc et rubis de Chanel Joaillerie (ci-dessus). Bracelet L’Odyssée de Cartier en or gris et diamants (au centre). Traîne de Corsage Mellerio dits Meller en perles, diamants et émeraudes (à droite)… Les bijoux de haute joaillerie sont souvent des pièces uniques, dont le prix peut s’élever à plusieurs millions d’euros.

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GRAINE DE BEAUTÉ

Apaisante Centella.

Utilisée en infusion par les médecines ayurvédique et chinoise, la Centella asiatica est bien connue en Asie et en Océanie. On lui prête des vertus contre les varices et l’hypertension, et des propriétés cicatrisantes hors du commun. On a même étudié ses effets sur la lèpre au cours du xxe siècle. « J’ai découvert cette plante herbacée il y a vingt ans lorsque je cherchais un remède pour traiter une cicatrice, raconte Michèle Evrard, fondatrice de M.E. SkinLab et créatrice de la ligne de soins Baume 27. Les résultats ont été si étonnants que j’ai commencé à étudier ses propriétés. En 2005, j’ai rencontré le professeur Maquart de l’université de Reims, qui est l’un des spécialistes de la Centella en Europe. C’est ce qui m’a conduite à formuler ma ligne autour de trois extraits purifiés de Centella asiatica. » Ces cinq dernières années, la plante est devenue l’actif phare de crèmes « régénérantes » ou « raffermissantes » chez Yves Rocher, Kiehl’s ou Institut Arnaud. Dior a même créé un partenariat exclusif avec deux villages malgaches où la plante est cultivée. « Nous avons mis en place une méthode verte, qui permet d’obtenir un extrait pur qu’on retrouve dans toute la gamme Hydra Life, tout en respectant des règles de commerce éthique, explique Edouard Mauvais-Jarvis, directeur de la communication scientifique chez Dior. La Centella est un produit qui bénéficie de publications scientifiques sérieuses. C’est un incontournable de la cicatrisation. Et il a l’avantage d’être naturel. » Un bon moyen de soulager les consciences écologiques, en plus de la peau. L. B.-C.

Delfonics. Carnven. Delfonics/Carven.

Close-up Hydra Life de Dior, 72,50 € les 50 ml. www.dior.com Baume 27 de M.E. SkinLab, 120 € les 50 ml. www.baume27.com Centella Skin-Calming Facial Cleanser, 30 € les 200 ml. www.kiehls.fr

LE théORèME

Delfonics entre dans la jungle Carven.

Issue de la fascination mutuelle qu’entretiennent cultures nippone et française, la Collection no 1 a été imaginée par les équipes de la maison de mode Carven et du papetier japonais Delfonics. Guillaume Henry, le styliste de Carven, a pioché dans sa collection printemps-été 2014 les motifs Terrazzo et Jungle qui ont été apposés sur des agendas, porte-cartes, trousses… Un mariage frais et cosmopolite qui devrait perdurer au cours des saisons à venir. M. Go. Collection no 1, en vente à la boutique Delfonics (carrousel du Louvre) et dans toutes les boutiques Carven. Porte-cartes 35 €, agenda 75 €…

Illustration Jérémy Vitté pour M Le magazine du Monde

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Le style.

ÊTRE ET À VOIR

Charlotte. Illustration Vahram Muratyan pour M Le magazine du Monde

Par Vahram Muratyan

Charlotte Gainsbourg, bel esprit dans Son épouse, en salles.

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15 mars 2014


© V. Leroux

Chaque cuisine a son histoire /

D’autres histoires de cuisines : www.perene.com


Le style.

JP Géné L’eau à la bouche.

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L ’ E A U

moins grasses, donnant une viande moins tendre. Il leur reviendrait de restaurer cette tendreté à coups de solutions salées et autres arômes qui garantiront au consommateur, même incapable de cuire un bifteck, un repas savoureux. En payant l’eau ajoutée au prix de la viande. LES SEPT GAILLARDS RÉCEMMENT INTER-

P E L L É S dans la province de Guangdong (Chine du Sud) ne se souciaient guère de la qualité du gigot de leurs moutons. Seul le poids les intéressait. Ils tuaient jusqu’à 100 bêtes par jour et injectaient dans les carcasses en

J.-P. Coffe. La situation s’est améliorée mais il a encore souvent la tranche bien humide dans les pochettes de supermarché. Tournons-nous plutôt au rayon des coquilles Saint-Jacques et pétoncles. Tous des « scallops », pour les Anglo-Saxons. Ils sont soumis à une pratique interdite dans l’Union européenne mais permise dans les pays dont proviennent 80 % de nos importations (Canada, Etats-Unis, Amérique du Sud, Nouvelle-Zélande) : le trempage dans une eau additionnée d’un rétenteur où la noix de saint-jacques, telle une éponge, peut absorber 20

98 % du bacon anglais devraient désormais porter sur l’emballage la mention peu engageante : “added water”, eau ajoutée. Mais que fait cette eau dans le bacon ? Elle fait gagner du temps et de l’argent. moyenne six litres d’eau pompée dans la mare insalubre voisine. Sur place, la police a trouvé tout le matériel d’injection, les faux certificats et 335 moutons attendant de passer par cet abattoir clandestin comme il en existe de nombreux en Chine. Ils fournissaient des restaurants jusqu’à Shanghaï. C’était le scandale alimentaire chinois du mois. Et chez nous, direz-vous ? On se souvient du jambon blanc polyphosphaté et gorgé d’eau, dénoncé à la fin du siècle dernier par

à 30 % d’eau, vendue au prix du coquillage. Une seule solution pour y échapper, acheter des saintjacques entières et les faire préparer par le poissonnier devant vous. Il n’est pas interdit de boire de l’eau en les mangeant. jpgene.cook@gmail.com

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Cecilia Garroni Parisi pour M Le magazine du Monde

A

recette artisanale du bacon, le porc est trempé plusieurs jours dans la dans le saumure, puis pendu, séché et bacon ! fumé pendant plusieurs semaines. La mé- Le sort du bacon industriel se téo fort règle en quelques jours par injechumide et les inondations qu’a tion de saumure, passage sous connues le Royaume-Uni n’y sont vide, fumage liquide, congélation p o u r r i e n . C ’ e s t l a f a u t e à et tranchage. Non seulement il Bruxelles. Une nouvelle régle- reste plus d’eau et on gagne en mentation européenne visant à poids mais surtout en temps de a m é l i o r e r l ’ i n f o r m a t i o n d u fabrication. La mesure n’est pas consommateur. Elle impose de encore entrée en vigueur et la mentionner sur l’étiquette si le Provision Trade Federation bacon contient plus de 5 % d’eau, (PTF), qui représente les producalors que la pratique britannique teurs, entend bien user de tous les en tolère 10 %. Protestations recours pour y échapper. immédiates de la filière – un L’eau ajoutée dans la viande, qui marché de 2 milliards de livres –, en contient naturellement de 60 à expliquant que 98 % du bacon 75 %, n’est pas une nouveauté. En seraient concernés et devraient décembre dernier, The Guardian porter sur l’emballage la mention révélait que, pour un kilo de poupeu engageante : added water, eau let de supermarché, le client ajoutée. Mais que fait cette eau payait 65 pence d’eau. Les blancs dans le bacon ? Elle fait gagner du de poulet congelés contenaient temps et de l’argent. Selon la 18 % d’added water chez Asda et Aldi et 15 % chez Iceland et Sainsbury’s. L’ajout d’eau n’est pas interdit, sauf sur les produits d’importation déjà congelés mais la pratique est fréquente, notamment pour le bas de gamme. A lire En 2004, une étude a montré qu’aux états-Unis 43 % du porc, PLANET FOOD, de Jean-François Mallet, 23 % des poulets et 16 % du bœuf Editions de la Martinière, avaient été « améliorés », avec 528 pages, 32 €. une solution d’eau salée, à laUn voyage culinaire autour quelle on ajoute du phosphate de du monde en 40 destinations, sodium qui retient l’eau à la cuis120 recettes et 900 photos, son ou du lactate de potassium à regarder autant qu’à qui prolonge la conservation dans lire. Ne manque que les rayons. Selon les industriels, les odeurs... ce serait la faute aux éleveurs, qui livrent des bêtes de moins en LERTE À


Le resto

Gâté mais bien élevé.

C’était l’Entêtée avec Julie Ferrault, c’est désormais Aux Enfants Gâtés avec Caroline et Frédéric Bidault. Elle en salle, lui dans sa petite cuisine ouverte sur une salle cosy mi-bleue mi-rouge. Un vrai resto de couple, voisin d’un resto de femme – Ghislaine Arabian aux Petites Sorcières – et non loin d’une table de mecs – Le Jeu de Quilles, mitoyen de Desnoyer. On trouve tout, près de la rue Daguerre. C’est Caroline qui a poussé Frédéric à ouvrir table à leur compte, confiante dans l’expérience et le talent de son chef, passé au Pré Catelan, chez Lasserre et Jean-Louis Nomicos. Sa cuisine ne manque pas de fond de jeu, témoin ce

quart de chou farci (19 €) au lard de Colonnata, jus de veau réduit, un plat de grand savoir-faire et de juste cuisson. Mes voisins de table se sont régalés d’une côte de bœuf (60 € pour 2 personnes) pommes dauphines, à la béarnaise impeccable. Chair de tourteau et œufs de hareng, gelée de crustacés à la citronnelle (10 €) en entrée, mousse de marrons, meringue croustillante et crème fouettée à la vanille (8 €) en sortie. Formules à 25 € et 34 €, carte courte et service adorable. Tout pour jouer rapidement à guichets fermés. JPG Aux Enfants Gâtés, 4, rue Danville, Paris 14e. Tél. : 01-40-47-56-81. Fermé dimanche et lundi. www.auxenfantsgates.fr

banc d’essai

Le saint-estèphe 2010.

Tout près du port de Pauillac, Saint-Estèphe possède des sols plus argileux que les autres appellations médocaines. Ses vins reflètent un charme un peu plus terrien, avec souvent plus de puissance. Pensez au pigeon pour les accompagner !

Par Laure Gasparotto

Château Beau-Site

Le volumineux Très jolie matière, qui se place harmonieusement dans le palais. Tout est là où il faut, confortablement installé, y compris les notes boisées bien estompées.

Alexis Paoli x2. DR x5

Tél. : 05-56-00-00-76. 22 €.

Château CLauzet

Le dense Marqué par des notes de fruits, ce vin n’en est que plus gourmand et charnu. Elégant et raffiné à souhait, voilà une bonne affaire pour les aficionados de l’appellation. Tél. : 05-56-59-34-16. 24 €.

Château LafonRoChet

L’épanoui Il faut du savoir-faire pour élaborer un tel vin : à la fois costaud et fin, soyeux et épicé. Très complexe et riche, c’est un régal. Finale longue sur des notes fruitées. Tél. : 05-56-59-32-06. 41 €.

Château LeS oRmeS de Pez

Le velouté Sur un registre classique et rassurant, ce vin droit offre une texture raffinée de velours. Joli bouquet fruité et fumé. Son équilibre impose le respect. On apprécie.

Tél. : 05-56-73-24-00. 30 €.

Château PhéLan SéguR

L’énergique Un vin plein de vibrations, de style et très vivant. Du délice à l’état pur. Une valeur sûre que l’on aime aujourd’hui et qui peut grandir très longtemps. Tél. : 05-56-59-74-00. 45 €.

Pages réalisées par Béline Dolat et Fiona Khalifa (stylisme). Et aussi Lili Barbery-Coulon, Carine Bizet, Angèle Châtenet, Sylvie Chayette, Laure Gasparotto, JP Géné, Marie Godfrain, Emilie Grangeray, Camille Labro, Aude Lasjaunias, Catherine Maliszewski, Vahram Muratyan, Julien Neuville, Lisa Vignoli. 123


Le style.

Paresser sur Butterfly Beach

« Allez à Montecito et descendez vers Butterfly Beach. Par temps clair, on distingue au large les îles de Santa Cruz, distantes de 40 km à peine. À cet endroit, les vagues sont idéales pour une petite séance de bodyboard. A moins que vous ne préfériez paresser sur votre serviette. »

ÉTATS-UNIS

Le Santa Barbara de T. C. Boyle.

T. C., pour Tom Coraghessan, Boyle vit près de Santa Barbara, dans une maison dessinée par l’architecte Frank Lloyd Wright. L’auteur de recueils de nouvelles et de romans, dont America (1997, prix Médicis étranger) ou San Miguel (Grasset), a déserté il y a vingt ans Los Angeles pour la riviera américaine : « J’avais envie de nature, de culture, de bonne cuisine et des vins de la vallée de Santa Ynez. » Propos

Festoyer d’huîtres et d’oursins près de la marina

« Tout au long de l’année, vous aurez plaisir à vous installer en terrasse chez Brophy Bros., pour y déguster des huîtres arrosées d’un petit chardonnay gouleyant de Santa Rita Hills, tandis qu’une forêt de mâts éclatants ondoie sous le vent juste sous vos yeux. Si vous vous attardez un peu, vous verrez les pêcheurs débarquer leurs chargements d’oursins, surtout destinés au marché japonais. Pour les goûter, poussez jusque chez Arigato sur State Street et régalez-vous des meilleurs sushis de la planète. »

124 -

Nick St.Oegger/Zuma Rea pour M le magazine du Monde – 15 mars 2014

Traduit par Marina Boraso. Richard Dumas

recueillis par Emilie Grangeray


Le style.

Se rendre à l’improviste au théâtre New Vic

Observer les balbuzards au bord de la rivière Santa Ynez

« Montez en voiture pour franchir le col de San Marcos et rejoindre Paradise Road et le célèbre trou d’eau naturel de Red Rock. Une fois là, plongez-vous dans les eaux fraîches et limpides de la rivière Santa Ynez et accordez-vous une délicieuse matinée de farniente. En marchant un peu – pas plus de trois kilomètres –, vous pourrez dénicher un coin de baignade pour vous tout seul. Observez aussi les oiseaux. Vous apercevrez peut-être un balbuzard, tel celui qui s’est abattu sur l’eau devant moi, l’année dernière, m’arrachant brusquement à ma lecture. »

« Un soir, remontez State Street en taxi ou par le tram à ciel ouvert, et offrez-vous une soirée au New Vic, résidence nouvellement rénovée de l’Ensemble Theater. Petit miracle qui vaut d’être souligné : il est très rare qu’il ne reste plus de places quand on se présente au guichet. »

Guetter les stars dans une ambiance rétro à Montecito

« À l’heure de l’apéritif, rendez-vous chez Lucky’s, un steak house doublé d’un bar à cocktails à l’ambiance rétro, qui alimente les autochtones et accueille les touristes en quête de spécimens célèbres, appartenant de préférence à la famille cinématographique. Les cocktails sont préparés avec beaucoup de soin, suivant des recettes traditionnelles. Vous opterez peut-être pour un Manhattan ou un Whisky Sour, ou tout simplement pour un bon vieux classique : un pinot noir de la vallée de Santa Ynez. Vous pouvez sans problème dîner sur place, ou bien essayer la Trattoria Mollie, un peu plus loin dans la même rue. »

CARNET PRATIQUE 1/Butterfly Beach www.santabarbara.com 2/Restaurant Brophy Bros. 119 Harbor Way www.brophybros.com 3/Restaurant Arigato 1225 State Street www.arigatosanta barbara.com 4/Red Rock santabarbarahikes.com 5/Théâtre New Vic 33 West Victoria Street www.ensembletheatre. com 6/Steak House Lucky’s 1279 Coast Village Road Montecito www.luckys-steakhouse. com 7/Trattoria Mollie 1250 Coast Village Road, Montecito www.tmollie.com 125


1. Focus

La BD sort De sa BuLLe Pour sa première édition, le festival Pulp à la Ferme du Buisson (Marne-la-Vallée) tente une hybridation entre BD et arts de la scène. Prometteur. Par Frédéric Potet

Marc Coudrais

Qu’est-ce qui nous arrive ?!?, une création de la chorégraphe Mathilde Monnier et du bédéiste François Olislaeger.

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au programme du Pulp Festival, des spectacles (ci-dessus l’adaptation d’Histoire d’amour de régis Jauffret, par Teatrocinema) et des installations (en haut à droite, Ceci n’est pas une bande dessinée, exposition collective de six bédéistes contemporains).

128 -

U

n art « vivant », la bande dessinée ?

« M’enfin! Damned! Fulguropoing! » s’exclameront en chœur les lecteurs de franco-belge, comics et mangas réunis : nous qui pensions que les héros de papier étaient des personnages bidimensionnels pouvant rêver, au mieux, d’être un jour adaptés au cinéma. Que nenni! La scène est aussi pour eux. Preuve en est donnée à la Ferme du Buisson, la scène nationale de Marne-la-Vallée où, du 14 au 16 mars, est organisé le Pulp Festival, La bande dessinée au croisement des arts. Une dizaine de spectacles et d’installations interactives y sont présentés dans un esprit pluridisciplinaire, avec la BD comme colonne vertébrale. Parmi les attractions, on notera Qu’estce qui nous arrive?!?, la dernière création de la chorégraphe Mathilde Monnier et du bédéiste François Olislaeger, qui réalise des dessins en direct ; l’adaptation d’un roman de Régis Jauffret (Histoire d’amour) par les comédiens de Teatrocinema (Chili), au milieu d’onomatopées dessinées et de vignettes animées ; ou encore L’Odyssée d’Homère racontée dans The Paper Cinema’s Odyssey par les marionnettistes et musiciens de The Paper Cinema (Grande-Bretagne) avec des personnages d’encre noire découpés dans des boîtes de céréales. La principale curiosité du week-end reste toutefois la pièce musicale proposée par la chanteuse pop Barbara Carlotti et le dessinateur Christophe Blain, auteur entre autres de Quai d’Orsay (Dargaud). Un livre-CD, La Fille (Gallimard), était né de leur rencontre en 2013. Le prolongement naturel de cette expérience est une performance scénique mêlant rock, décors dessinés, vidéos et jeu d’acteurs, sur fond de sexe et grands espaces américains. « Quand j’ai proposé à Barbara de réaliser un livre-disque, l’idée était dès le départ d’en faire un jour une sorte de spectacle total, qui aille au-delà des traditionnels concerts dessinés », explique Christophe Blain.

Imaginés pour enrichir le programme des festivals de BD, les concerts dessinés existent depuis une dizaine d’années : un chanteur ou un groupe se produit sur scène, et un dessinateur fait courir son crayon devant un appareil de projection relié à un écran géant. L’improvisation est la règle d’or de cet exercice dont le succès ne faiblit pas : au Festival d’Angoulême, les concerts dessinés font salle comble d’une année sur l’autre. Passés par là, certains auteurs de BD trouvent cependant la formule « usée » et veulent aller plus loin. « La particularité de la bande dessinée, poursuit Christophe Blain, est de créer des univers dans leur totalité. L’auteur a beau être seul, il incarne tous les personnages, prononce tous les textes et construit tous les décors de ses propres récits qu’il met par ailleurs lui-même en scène. D’où l’envie, sans doute, d’explorer d’autres formes de narration, comme si la bande dessinée n’était finalement pas une fin en soi. » le 9e art agit comme une matrice à laquelle s’accolent moult formes artistiques. « Le dessin est une discipline fascinante. Cela se fait avec très peu de moyens : un peu d’encre, du papier… Mais cela produit immédiatement un effet déroutant. Les autres arts sont attirés par cette matière qui ne demande qu’à être triturée », estime Philippe Dupuy, l’ancien alter ego de Charles Berberian. La programmation du Pulp Festival lui doit beaucoup : « Il y a un, voire deux, festivals de BD en France chaque week-end. On n’allait pas en faire un de plus en alignant des dessinateurs en dédicace à la manière d’une batterie de poulets. La grande nouveauté, ici, pour nous qui publions habituellement des livres, est de travailler sur l’éphémère. » Tout disparaîtra en effet à la fin du festival, comme il est de coutume dans le spectacle vivant. Ainsi de cette battle dessinée, Exquise Esquisse, remix de « Tac au Tac », émission culte de la télévision française diffusée entre 1969 et 1975. A l’époque, les plus grands noms de la BD francobelge (Gotlib, Fred, Bretécher, Gébé…) s’affrontaient dans des concours de dessins improvisés selon le principe du cadavre exquis. Une dizaine d’auteurs contemporains (David B., Jul, Catherine Meurisse, Cyril Pedrosa, Dash Shaw…) s’essaieront à l’exercice. Sans filet, donc. Mais avec le sentiment, peut-être, de toucher au sens du métier décrit par feu Jean Giraud, alias Moebius : « Fondamentalement, les artistes sont des bateleurs, des saltimbanques, et ils vivent uniquement parce qu’ils ont attiré l’attention des passants qui jettent une pièce. La seule posture qui vaille est celle du Rom qui montre l’ours dans son cirque. » PulP FesTival. la Ferme Du Buisson, marne-la-vallée (seine-eT-marne). Du 14 au 16 mars. www.laFermeDuBuisson.Com

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Compagnie Teatrocinema. Philippe Dupuy

la culture.


En coulisses

Histoire de J. NOUVEL ALBUM

Photo Micky Clément / Artwork Frank Loriou

Dans son bureau du théâtre historique de la Schaubühne à Berlin, qu’il dirige depuis 1999, Thomas Ostermeier est encore sur le pont à bientôt minuit, tandis que les neuf acteurs qui sortent de scène filent se changer. Les coulisses de l’austère bâtiment de la Lehniner Platz sont tapissées d’affiches à leur effigie. Dans quelques jours, la nouvelle pièce du prolifique metteur en scène déménagera en banlieue parisienne de Sceaux, au terme de sept semaines de répétitions. Sa nouvelle création tire de l’oubli un texte de la dramaturge américaine Lillian Hellman, marxiste censurée par le maccarthysme. La Vipère (The Little Foxes, en VO) avait déjà inspiré en 1941 un film de William Wyler avec Bette Davis. « A la fin des années 1990, j’ai entendu parler de cette pièce, qui a été montée en 1953 au Deutsches Theater : sa réputation était mythique », se souvient Ostermeier, dans un français impeccable. Il précise que c’est l’arrivée de la grande comédienne Nina Hoss, récente transfuge du Deutsches Theater, qui a permis cette mise en scène : « Je tenais à ce qu’elle joue l’histoire d’une femme qui triomphe dans un monde masculin. Or il y en a très peu », remarque-t-il. Dans ce drame amer, l’ambitieuse Regina (Nina Hoss, glaçante) passe un accord financier avec ses frères afin de s’émanciper d’un mari invalide. Mais, pour cette épouse insatisfaite, la liberté sera un long chemin de croix. La Vipère est un spectacle « à tournette » (plateau tournant), effet « très cinématographique » selon Ostermeier. Sur la grande scène, il a composé le décor minimal d’un salon aseptisé, et un haut escalier qui figure le rêve d’ascension de la fratrie. Chantage, arnaques, cupidité… Ostermeier y adjoint comme à son habitude une lecture contemporaine, fustigeant cette fois les limites du modèle allemand : « On encourage la concurrence, la performance et un capitalisme violent. Autant de bonnes raisons de mettre en scène cette pièce aujourd’hui. » C. Gt

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Nous sommes tous des habitants de Braddock

illustration : Julie Caty - obligations non contractuelles

Arno Declair

Ostermeier met sa “vipère” au pOint

LE 12 MARS


1978. A 9 ans, Eric Judor, déjà blagueur, monte sur scène pour la

première fois au spectacle de fin d’année de l’école primaire de Montigny-le-Bretonneux (Yvelines). Un camarade plus hardi, Benoît Lepecq (autre futur comédien), cherche un faire-valoir : « Je jouais son assistant pour ses tours de magie, un rôle muet. J’étais quand même superfier. Dès ce jour, j’ai su que je n’aurais jamais des rôles de beau mec. »

1994. Entre deux petits boulots, il rencontre son futur binôme,

Ramzy Bédia, en boîte de nuit. « A notre première audition au Bec Fin, Ramzy me souffle en coulisses, “Si tu veux, on n’y va pas”. » Eric et Ramzy sont finalement nés dans ce café-théâtre parisien.

2011.

Les deux compères « divorcent » mais restent en bons termes. Eric Judor crée sa propre série sur Canal+, “Platane”, dont il est le héros, un acteur raté. Une renaissance artistique féconde : « J’avais peur qu’on ne m’aime plus. Quand on a travaillé en duo, on a toujours peur de ça, c’est bête! Mais j’ai acquis une expérience en quinze ans, je me suis dit que je trouverais bien une ou deux bonnes vannes. »

2014. Il retrouve le réalisateur (ex-DJ Mr. Oizo) Quentin Dupieux,

avec qui il a déjà tourné les ovnis Steak et Wrong, à Los Angeles. Son nouveau film, Wrong Cops, est une farce délirante sur la corruption de la police américaine. « Je ressens peu d’empathie pour l’humour français, l’engagement comique pour une cause sociale, comme chez Molière. Je préfère la comédie burlesque ou absurde de Dupieux. Avant de le rencontrer, j’étais dans l’insouciance artistique ; grâce à lui, je me suis réveillé. » Et de plancher déjà sur la troisième saison de “Platane”, une adaptation de Zorro et une suite de La Tour Montparnasse infernale. Propos recueillis par Clémentine Gallot

Wrong Cops, De QueNtiN Dupieux, AveC MARk BuRNhAM, éRiC JuDoR. eN SAlleS le 19 MARS, 1 h 25.

3. Bio express

Éric Judor

L’humoriste, longtemps associé à Ramzy Bédia, retrouve Quentin Dupieux, cinéaste français installé aux Etats-Unis, qui le dirige dans la comédie ovni délirante “Wrong Cops”.

Réédition

retour en grâce

Avec ses cheveux longs et sa barbe blonde, Bob Frank pouvait laisser imaginer, en 1972, que son premier album recyclait une poésie hippie teintée de psychédélisme. La fumette tient souvent un rôle central dans ses chansons folk également très portées sur l’alcool ; mais cet Américain, né à Memphis en 1944, en conte les effets avec une voix de cow-boy maniant précision réaliste et humour noir. Ce décalage entre le look du jeune homme et ses histoires de vieilles canailles explique peut-être l’échec commercial d’un disque pourtant publié par le prestigieux label Vanguard (Joan Baez, Buffy Sainte-Marie, Buddy Guy…). Retiré ensuite de la musique après quelques tâches obscures dans des studios de Nashville, cet ancien du Vietnam a vu plusieurs de ses chansons reprises, avant de constater, dans les années 2000, que son premier opus était devenu culte sur Internet. Revenu depuis à la chanson, et auteur d’une demidouzaine d’albums, Bob Frank supervise ici la réédition de son coup d’essai. Toujours aussi épatant en narrateur des workingclass losers. S. D. BoB Frank, 1 CD vANGuARD/liGht iN the AttiC/piAS.

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15 mars 2014

Quentin Dupieux. Jimmy Moore. Robert Adams. Courtesy Fraenkel Gallery, San Francisco et Matthew Marks Gallery, New York x3

La culture.


Chambre noire

Chroniques de l’ouest Entre beauté et désastre, Robert Adams photographie depuis le milieu des années 1960 les paysages grandioses de l’Ouest américain. Vastes étendues de ciel, prairies sans fin se dissolvant dans une clarté radieuse ; ses images d’un calme trompeur, d’une « tension si parfaite qu’elle instaure une paix », témoignent avec une précision douloureuse d’une société en pleine mutation. Des forêts gigantesques de l’Oregon sacrifiées sur l’autel de la consommation aux banlieues naissantes du Colorado, il pose sur le monde qui l’entoure un regard sans fard non dénué de tendresse. Aucun sujet ne lui semble indigne, artificiel ou dangereux, s’il peut nous convaincre de la valeur de la vie dans toute sa complexité. Plus chantre que prophète, Robert Adams se défie des idéologies coupées du sensible et cherche infiniment dans cette nature meurtrie « une grâce qui persiste dans l’absolu ». C. R. 04_crédit_photo

« L’eNDRoit où NouS vivoNS », De RobeRt ADAMS. Le Jeu De PAuMe, 1, PLACe De LA CoNCoRDe, PARiS 8e. JuSQu’Au 18 MAi. téL. : 01-47-03-12-50. www.JeuDePAuMe.oRG

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La culture.

6.

Cinéaste hors norme, Albert Dupontel creuse la veine inaugurée par les Monty Python. Avec son dernier film, 9 mois ferme (César 2014 du meilleur scénario), il s’offre une joyeuse tranche de laisser-aller. Une juge psychorigide, célibataire et promise à un bel avenir (merveilleusement campée par Sandrine Kiberlain, César de la meilleure actrice pour ce rôle), se retrouve enceinte, sans trop savoir comment, d’un psychopathe (ahurissant Albert Dupontel), accusé de globophagie (il mange les yeux de ses victimes). Dans cette dinguerie où les avocats sont bègues, les policiers tordus et les médecins malsains, on se laisse gagner par une douce euphorie. La morale de ce film qui marche sur la tête est d’une éblouissante perspicacité : on n’est pas ce que les autres croient. « Qui vole un œuf bute un veuf », commente doctement un des personnages. Bien vu. Y. P.

Plein écran

Comédie féConde

9 mois ferme, D’AlbErt DuPONtEl. 1 DVD WilD SiDE ViDéO. 19,99 €.

Vu sur le Net

revue épique

Epic Stories, nouvelle revue en ligne, expose le travail de photoreporteurs et propose également d’acheter des tirages. Claire Jeantet et Fabrice Catérini y dévoilent les coulisses de My Beloved Enemy, webdocumentaire sur les Irakiens réfugiés aux Etats-Unis après 1991. Jean-Marie Heidinger confie sa fascination pour le travail des marins pêcheurs à travers le making-of de son photoreportage Jour de pêche. Chaque semaine, 5 à 20 photos « formant une histoire cohérente et puissante » viennent enrichir cette revue transmédia, qui tente de « faire pénétrer chez vous un peu de ce reste du monde ». M. Du.

Deux prêtresses Shinto du sanctuaire meiji-Jingu dans le centre de tokyo. une image extraite d’un reportage de Nicolas Datiche.

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15 mars 2014

Jérôme Prébois. Nicolas Datiche/Off Source

POur chAquE AchAt DE tirAgE, 1 € ESt rEVErSé à rEPOrtErS SANS frONtièrES. EPic-StOriES.cOm


BB PROMOTION GMBH ET THE BALLET REVOLUCIÓN COMPANY PRÉSENTENT

DANSE, ÉNERGIE, PASSION !

avec son live band

3 questions à…

marie-claude PieTraGalla Avec Julien Derouault, son mari et complice de création, la danseuse-chorégraphe a mis en scène “M.&Mme Rêve”. Blessée à la hanche, elle a confié le rôle à Clairemarie Osta, danseuse étoile de l’Opéra de Paris.

Quelle est la recette pour travailler avec son mari depuis quinze ans?

Nous sommes deux danseurs et chorégraphes qui n’aiment pas travailler seuls. Nous trouvons notre force dans notre différence et notre complémentarité. Pas de partage des tâches : chacun fait tout, de la scénographie aux costumes en passant par la danse. Ça fonctionne très bien, et c’est très agréable. Par ailleurs, lorsqu’on danse ensemble, nous avons évidemment des automatismes et nul besoin de se parler pour se comprendre.

Les personnages de “M.&Mme Rêve” vous ressemblent-ils?

Ces personnages gémellaires forment un couple universel, en quelque sorte inspiré par le théâtre d’Eugène Ionesco, sur lequel nous travaillons depuis quelques années. Ionesco tirait son inspiration dans ses rêves : d’où le titre de la pièce, proche d’un conte où ce couple rêve d’un monde différent.

Pascal Elliott

Que vous apporte votre participation à l’émission “Danse avec les stars” sur TF1?

J’aime cette expérience. Très modestement, j’espère être un bon passeur, en donnant au public des codes qui ne sont pas que techniques. La danse n’est pas seulement un art décoratif et de divertissement. Il permet de s’exprimer, de véhiculer des émotions et de raconter des histoires. Si je réussis à convaincre dix personnes de l’importance de la danse, ce sera déjà ça ! Propos recueillis par Rosita Boisseau M. & Mme Rêve, DE MariE-ClauDE PiEtragalla Et JuliEN DErOuault. lE graND rEx, 1, bD POiSSONNièrE, PariS 2e. JuSqu’au 29 MarS à 20 h 30. 19 à 83 €. www.lEgraNDrEx.COM

sur les tubes de Bruno Mars Usher Rihanna David Guetta Beyoncé Prince

CASINO DE PARIS du 18 au 30 mars 2014

ut « Ballet Revolución va Paris Match le détour ! »

ent « On succombe joyeusem Le Figaro à cette grande fête ! » Réservations : www.casinodeparis.fr 0892.69.89.26 (0.34 €/mn)

Magasins Fnac – Carrefour – Système U – Géant – Intermarché 0892.68.36.22 (0.34 €/mn) · www.fnac.com

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La culture.

A vue d’œil

la langue au pied de la lettre

Voici un livre terriblement drôle, résolument beau et, si tant est qu’un livre doit avoir une fonction, utile. Se souvenant des heures passées devant des manuels peu adéquats pour apprendre l’anglais, l’Espagnole Luci Gutierrez a utilisé ses talents de dessinatrice – les lecteurs du New Yorker la connaissent déjà – pour mémoriser mots et concepts grammaticaux. Résultat : un livre hilarant et impertinent, comme en témoigne la bandeannonce conçue pour sa sortie, visible sur

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YouTube. On y voit une souris successivement « dessus », « au-dessus », « devant » une poubelle, pour apprendre les prépositions « on », « over » et « in front of ». Une femme tenant un vase qui reste intact alors qu’elle-même se brise (« to fall apart ») lors d’une chute. Des chiens et chats pleuvant à foison (« it’s raining cats and dogs »). Une femme moulée dans une robe ultrasexy faite de billets américains (« to look like a million dollar »), ainsi que quelques sigles tels que « TGIF » (« Thank God it’s Friday »)… Un conseil : profitez de votre vendredi pour vous procurer cet ouvrage, et vous serez bilingue avant la fin de semaine! E. G. english is not easy, DE LuCi GutiERREz, éD. DEnoëL, 19,90 €.

Jeune pousse

BOitel Ou l’élOge du désastre

Luci Gutierrez/Ed. Denoël. Alain Julien

Robe-blouse à l’ancienne et bottes en caoutchouc sur ses jambes nues, l’acrobate et metteur en scène Camille Boitel, 33 ans, possède un charme unique. « J’aime que l’on ne sache pas tout de suite si je suis un homme ou une femme. Cela m’a donné une énergie énorme à mes débuts. » Né dans un hameau de vingt habitants dans le Gers, Camille Boitel a 12 ans lorsqu’il commence à monter de petits spectacles avec sa sœur dans les rues de Montauban. Il en tire quelque argent grâce avec lequel il achète ses premiers instruments de musique. Quelques années plus tard, il intègre l’école du cirque Annie Fratellini, puis collabore en 2005 avec James Thierrée. Son premier spectacle, un solo intitulé L’Homme d’Hus (2003), le jette dans un dispositif de cent tréteaux qui s’ouvrent, se plient et tombent sans fin. Encore plus fort et définitivement inoubliable, L’Immédiat (2006), qui a donné son nom à sa compagnie, fait littéralement dégringoler toute la scénographie de la pièce composée d’un engrenage de murs, chaises, échelles, seaux, balais et brouettes… Entre cirque, danse et théâtre, Camille Boitel est devenu le roi du désastre organisé, l’expert en effondrement maîtrisé. « J’aime les choses fragiles tout simplement, explique-t-il. Elles exigent de l’attention, ce sont les plus importantes. » R. Bu Carte BlanChe à Camille Boitel. Festival spring. 21 et 22 mars. tél. : 02-33-88-43-73. www.Festival-spring.eu

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Et aussi…

pour la première fois au Grand palais, l’art vidéo est célébré par une rétrospective de l’un de ses plus grands maîtres. poétique de la lumière et de la pénombre, rythmes amples et lents, espaces inquiétants : l’art de Bill Viola fait parfois songer à Wagner. ses images persistent dans la mémoire avec l’intensité des rêves. Ph. D. GALEriEs nAtionALEs Du GrAnD PALAis, PAris 8e. Du mErcrEDi Au LunDi. DE 9 à 13 €. Jusqu’Au 21 JuiLLEt. infos : www.GrAnDPALAis.fr

le festiVal

Kira Perou. cyril Bruneau. Dr. stefan cohen

Blues autour du zinc

pour la 19e année consécutive, Beauvais accueille des pointures du blues, comme les voix prenantes de Robin McKelle ou anthony Joseph, l’énergie soul de Malted Milk, la furie rock de the Jim Jones Revue, et nombre de jeunes talents dont Mélissa laveaux et sean taylor. S. Si. Jusqu’Au 23 mArs DAns DifférEnts LiEux DE BEAuvAis (oisE). DE 5 à 23 € Pour LEs concErts PAyAnts, EntréE LiBrE à DE nomBrEusEs mAnifEstAtions. téL. : 03-44-45-43-76. www.zincBLuEs.com

le spectacle

Camille Chamoux

la jeune femme a le malheur d’être née dans une « époque molle ». son one-woman-show, Née sous Giscard, surfe sur la rétromania sans faire de sociologie de comptoir. l’humoriste y égraine avec autodérision les petites misères de la générationx, qui tarde à atteindre l’âge de raison. Une plume à suivre. C. Gt née sous Giscard, DE cAmiLLE chAmoux. théâtrE Du PEtit-sAint-mArtin, 17, ruE rEnéBouLAnGEr, PAris 10e. téL. : 01-42-08-00-32. DE 10 à 23 €. Jusqu’Au 26 AvriL. www.PEtitsAintmArtin.com

le conceRt

Orchestre symphonique de San Francisco le maestro Michael tilson thomas mène l’orchestre symphonique de san francisco, qu’il dirige depuis dix ans, à la salle pleyel (paris). au programme, entre autres, une transcription pour orchestre de A Concord Symphony (ex-sonate pour piano) de charles ives. M.-A. R.

sAn frAncisco symPhony. sALLE PLEyEL, PAris 8e. LE 17 mArs, 20 h. DE 10 à 85 €. téL. : 01-42-56-13-13. www.sALLEPLEyEL.fr

Pages réalisées par Emilie Grangeray, avec Rosita Boisseau, Philippe Dagen, Stéphane Davet, Marlène Duretz, Clémentine Gallot, Yann Plougastel, Frédéric Potet, Cathy Remy, Marie-Aude Roux et Sylvain Siclier.

« noire et fascinante, la saison 6 des aventures de don draper remet la série à sa place : tout en haut. » Mad Men © 2013 Lions Gate Television Inc. Artwork & Supplementary Materials TM, ® & © 2013 Lions Gate Entertainment Inc. All Rights Reserved. Lionsgate, 2700 Colorado Avenue, Santa Monica, California 90404. © propriété graphique 2014 METROPOLITAN FILMEXPORT.

l’exposition

Bill Viola

SAISON 6

leS INrOcKS

eN Blu-rAy et cOffret DVD


Les jeux.

Mots croisés 1

2

3

Sudoku

Grille No 130

Philippe Dupuis

No 130

expert 4

5

6

7

8

9

10

11

12

13

14

15

Compléter toute la grille avec des chiffres allant de 1 à 9. Chacun ne doit être utilisé qu’une seule fois par ligne, par colonne et par carré de neuf cases.

1 2 3 4 5 6 7

Solution de la grille précédente

8 9 10

Bridge

No 130

Fédération française de bridge

11 12 13 14 15

Horizontalement 1 Fait preuve d’une grande conscience ou d’un certain masochisme. 2 Pour mettre de l’ambiance ne comptez pas sur lui. Résiste au temps et à la corrosion. 3 Pompât à la source. En piste. Protection anglaise. 4 Dans les feuilles. Couche familière. Paresse sous les tropiques. 5 Bien arrivée. Fait la course en tête. En course. 6 Le son de la clochette.Apporta son soutien. Signé à l’embauche. 7 Dieu solaire. Pour des productions de qualité. Tournait en ridicule. 8 Joliment bouclés. Finis les joints au foyer. 9 Pour eux les grands airs. Souvent mise en jeu. Stratégie en noir et blanc. 10 Avance à belles dents. Mit en réseau. Au centre du Channel. 11 Assure la liaison. Petit il peut être plus important. Accord général. 12 Grandes nappes. Vagabonde. En Moldavie. 13 Partie avec le premier venu. Brecht ou Bardot. Vert et droit au cimetière. Roule en piste. Encadrent tous. 14 Ferait l’innocent. Arrive à la fin. 15 Fidèle au poste. Verticalement 1 Grand moment d’émotion. 2 Conduite intérieure. Fille de Madame Claude. 3 A de la noblesse. Un très grand chez les lourds. N’est pas une illusion. 4 Franchis le pas. Bande étroite. Note. 5 Attachions les bêtes. Maisons en sapin. 6 Associe. Un petit coup en plus. Marcel Marceau. 7 Passe au feu. Marais du Péloponnèse. Pour tracer droit. 8 Passent avant les autres. A mis des bandes magnétiques dans son orchestre. Gai participe. 9 Personnel. Demandas avec insistance. S’adaptât aux circonstances. 10 Bien moins ardent. Grande assemblée de cardinaux. Epreuve du jeune loup. 11 Ile de France. Rapprochai solidement. Facilite le rapprochement. 12 Plaisant à fréquenter. Prise en considération. Vieux monsieur. 13 Cours autrichien. Jazz vocal. Roi de Juda. Le titane. 14 Stimulant. Etabli après examen. 15 Montre tout mais a sûrement des choses à cacher. Solution de la grille no 129

Horizontalement 1 Expérimentateur. 2 Circulation. PSA. 3 Laïus.Trématait. 4 Anémierez.Tarti. 5 Ignée. Is. Cor. EO. 6 Tuzla. Combien. 7 Ci.Arcadie. Sa. 8 Indélicat. Est. 9 Saï.Acacias. Ici. 10 Surir.Tari. Etes. 11 Egides. Badinera. 12 Muge. Olé. Art. Et. 13 Ere. Liens. Oirai. 14 Nenni. Sterne. Lô. 15 Tétanie. Citroën. Verticalement 1 Eclaircissement. 2 Xiang. Inaugurée. 3 Prient. Dirigent. 4 Ecumeuse. Ide. Na. 5 Rusiez. Lare. Lin. 6 Il. Laïc. Soi. 7 Matriarcat. Lèse. 8 Etres. Cacabent. 9 Niez. Catira. Sec. 10 Tom. Cod. Aida. Ri. 11 Anatomies. Iront. 12 Tarbes. Entier. 13 Epar. Tite. 14 Usitées. Céréale. 15 Rationalisation. 136 -

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29 & 30 mars LA LEUCÉMIE est le premier cancer pédiatrique dans le monde. Bien que de grandes avancées aient été réalisées dans le domaine de son traitement, les formes de leucémie sont tellement nombreuses et différentes qu’un effort de recherche majeur doit être réalisé. Malgré les efforts et les actions des différents acteurs associatifs dans ce domaine, nos contributions financières globales restent en deçà des besoins et le soutien apporté par le grand public très faible. Une action de mobilisation nationale contre la Leucémie permettra de dépasser ces limites.

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POUVOIR & grâce DE BEERS Caress est inspiré par l’harmonie de l’amour où le diamant central est affectueusement soutenu par un halo de pavage délicat. Ce geste protecteur est le symbole d’un désir commun de se chérir l’un l’autre. Ce design contemporain se fait l’écho d’une relation moderne avec le sertissage du diamant central où deux lignes de fin pavage se rencontrent, reflétant le parfait équilibre du pouvoir et de la grâce. Solitaire De Beers Caress en platine serti de diamants blancs de taille brillant dont un diamant central à partir de 0.7 carat. Poids total : à partir de 0.93 carat. Prix sur demande. De Beers Printemps Haussmann et Galerie Lafayette Haussmann - 01 42 82 49 43

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Le totem.

Le papier journal d’Olivier Saillard.

L’objet le plus permanent chez moi depuis vingt ans, si l’on peut parler d’objet, c’est ce papier journal. Je garde ces feuilles depuis mon passage au Musée de la mode de Marseille. Léon, un couturier du musée, en avait récupéré une grande quantité appartenant au quotidien La Provence. Depuis lors, je m’en sers pour emballer tous les livres. Je ne le faisais pas avant mon passage à Marseille. Je n’avais pas beaucoup de livres non plus. A mon retour à Paris, chargé de nombreux ouvrages, j’ai continué à m’y astreindre comme à un devoir, un rituel. Dès qu’un livre est lu, je l’emballe. J’aime l’idée de faire une activité qui ne mène à rien, bête, inutile et aussi fastidieuse. J’y ajoute une étiquette pour reporter le titre en gras et le nom de l’auteur. Le tout dans la police Times en corps 11. Au début, je ne mettais pas d’étiquette. J’aimais l’idée du livre anonyme. Ainsi, pour dénicher un

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ouvrage, il fallait forcément en ouvrir plusieurs, aller de l’un à l’autre et redécouvrir des choses. Ne pas forcément trouver ce que je voulais au départ. L’autre aspect important pour moi est la couleur de ce papier. Il jaunit en vieillissant à force d’être exposé à la lumière. Ces couvertures ne sont donc pas toutes de la même couleur, mais les variations sont belles. Mis ensemble, ces ouvrages font penser à une installation car le livre est à la fois l’objet le plus conceptuel et le plus primaire. C’est de la sculpture, de la peinture. On peut réaliser un livre avec une feuille de papier et un crayon. Trois fois rien. Or mon univers professionnel est rempli de vêtements très colorés. L’ensemble est très habité, voire morbide. Quand je rentre chez moi, j’ai besoin de retrouver un espace unifié, plus blanc, plus calme. Honnêtement, c’est aussi de la maniaquerie. Tout dans ma vie obéit à une méthode ou un rituel. Quand j’aime un restaurant, j’y vais tous les jours et je choisis le même menu. Je demande à tous mes collaborateurs d’écrire leurs e-mails en Times corps 11. Pour l’organisation des nombreux projets que je mène, je fais des boîtes, des pochettes, des chemises, des sous-chemises, des étiquettes, etc., toujours identiques. Je serai bientôt à court de ce beau papier journal mais je suis rassuré, j’ai pu en commander.

Propos recueillis par Jérôme Badie

À lire

Alaïa, par Olivier Saillard. Ed. ParisMusées, 34 €.

Jérôme Badie

Historien de la mode et performeur, il enchaîne les expositions, les ouvrages, les happenings. Olivier Saillard, qui dirige Galliera, le Musée de la mode de la Ville de Paris, depuis quatre ans, nous avoue l’une de ses obsessions : emballer les livres qu’il a lus avec du papier journal vierge. L’un de ses nombreux rituels quotidiens.

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UNE EAU ENTRE TERRE ET CIEL

Terredhermes.com

20140315 mag  
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