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M Le magazine du Monde no 126. Supplément au Monde no 21486 du samedi 15 février 2014. Ne peut être vendu séparément. Disponible en France métropolitaine, Belgique et Luxembourg.

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15 février 2014

Oscar Pistorius

rattrapé par son ombre

Spécial Marseille mistral gagnant


Carte blanche à

Fondé en 2010 par l’artiste Maurizio Cattelan et le photographe Pierpaolo Ferrari, le magazine italien TOILETPAPER s’amuse de l’overdose d’images et détourne les codes de la mode, du cinéma, de la publicité. Troublant et captivant.

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Edito.

Au programme. De quoi est faite l’étoffe des héros? D’ailleurs, est-ce que cela

existe vraiment, les héros, les vrais? Ceux que l’on peut admirer tout entiers, ceux qui, en tout point exemplaires, guident et inspirent la vie des gens… « Héros », le terme même semble appartenir à la sphère de l’enfance, à cette période exaltée où l’on accroche les posters de ses « idoles » dans sa chambre. Les posters jaunissent, en général, avant qu’on les décroche et leur couleur finit toujours par être celle des illusions perdues. La photo de l’athlète en couverture de M Le magazine du Monde cette semaine a sans doute orné les murs de milliers de chambres de jeunes : déterminé et puissant, le Sud-Africain Oscar Pistorius a réussi à surmonter son handicap et à s’aligner avec les valides aux JO de 2012 à Londres. Juché sur des lames de carbone, il n’a jamais rien eu d’un symbole émouvant, larmoyant : l’infirme forcément méritant parmi les bien-portants. On l’appelait « Blade Runner ». Un exemple, une star, un héros! Mais l’idole avait des failles béantes, un goût – trop – prononcé pour les armes à feu, les voitures (rutilantes) et les filles (bombesques), et une part d’ombre encore plus grande que sa soif de lumière. Il a tué sa petite amie un soir de Saint-Valentin. Et il sera, dans quelques jours, devant ses juges à Pretoria. Le journaliste anglais Matthew Pryor, qui l’a approché de très près dans le cadre d’un documentaire, s’interroge sur cette chute… annoncée, donc inévitable. Ce qui semble être finalement le destin des héros. Marie-Pierre Lannelongue P. S. : Ce numéro met aussi un coup de projecteur sur Marseille, à un mois des municipales. Une ville contradictoire, désespérée et énergique, pauvre et superbe, fidèle aux clichés et totalement imprévisible, complexe et donc passionnante.

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Les cantines de La révoLte. Sur la place Maïdan, à Kiev, des femmes viennent chaque jour servir des repas chauds aux contestataires ukrainiens. Un geste de résistance ordinaire et nécessaire.

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iL faLLait oser. La démo-crochet.

p. 20

société. Paris sous les verrous.

p. 21

tous comptes faits. Poutine sort les grands Jeux. iLs font ça comme ça !

La photo de couverture de L’édition paca a été réaLisée par Jean-christophe husson pour m Le maGazine du monde .

La photo de couverture a été réaLisée par harry Borden/contour By Getty imaGes.

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L’âme somBre d’oscar pistorius. Légende en Afrique du Sud, le sprinter aux jambes artificielles a été stoppé net dans sa course. Le 3 mars, il comparaîtra aux assises de Pretoria pour le meurtre de sa petite amie. Portrait d’un héros déchu.

p. 40

afghanistan, LiBerté surveiLLée. Elles pensaient le joug taliban brisé à jamais et leurs droits acquis. Les femmes afghanes vivent aujourd’hui dans la peur d’une “réconciliation” du gouvernement avec l’ancien oppresseur.

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un Bon réseau, c’est capitaL. Avocats, financiers ou grands patrons, ils sont montés à la capitale pour réussir, mais continuent de défendre les intérêts de leur ville d’origine. Visite au club des 200 “Marseillais de Paris”.

p. 48

samia ghaLi ne perd pas Le nord. Elle a manqué de peu l’investiture PS aux municipales. Mais la maire des quartiers Nord compte bien continuer de secouer de sa gouaille la vie politique marseillaise ou… parisienne.

J’y étais… en petite forme, à la Nuit de la déprime.

LA SEMAINE

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p. 33

p. 22

États-unis A New York, les Français manquent de classes.

p. 24

allemagne La ministre de la défense à l’offensive.

p. 26

Qui est vraiment… Philippe Bilger ?

p. 27

marc Beaugé rhaBiLLe… Florent Pagny.

p. 28

La photo. Boat people.

p. 30

Les Questions suBsidiaires.

p. 32

Juste un mot. Par Didier Pourquery.

Retrouvez “M Le magazine du Monde” tous les vendredis dans “C à vous”, présenté par Anne-Sophie Lapix. Une émission diffusée du lundi au vendredi en direct à 19 heures.

15 février 2014

Artus de Lavilléon pour M Le magazine du Monde. Olivier Amsellem pour M Le magazine du Monde

LE MAGAZINE


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le portfolio

Photos and Artworks Lorenzo Vitturi pour M Le magazine du Monde. Sandra Rocha pour M Le magazine du Monde

p. 54

Cabanons hors saison. Petits coins de paradis dans les calanques, ces ex-hangars à bateaux sont menacés de disparition. Le photographe marseillais Olivier Amsellem les a immortalisés sans vie, en plein hiver.

M sur iPAD ET sur lE WEB.

“M Le magazine du Monde” se décline sur tous les supports. L’application pour iPad vous propose une expérience de lecture et de visionnage nouvelle. “M” vous est ainsi accessible à tout moment et dans toutes les situations. Sur le site (lemonde.fr/m), vous retrouverez aussi une approche différente de l’actualité et les dernières tendances dans un espace qui fera toute sa place aux images.

le style il fait bobo à Marseille. Cafés branchés et concept stores… Depuis Marseille-Provence 2013, un mistral bobo souffle sur le centre-ville de la cité phocéenne.

p. 78

la Chronique de JP Géné.

p. 79

le resto.

p. 80

au MarChé… Le souk des Capucins.

p. 65

le goût des autres. L’exécrable pince crabe.

p. 84

le Voyage. Le Marseille de Philippe Caubère.

p. 66

l’iCône. L’élégance joyeuse de Fernandel.

p. 67

fétiChe. Madame richelieu.

p. 86

Variations. Pourvu qu’on ait l’iris.

les dix Choix de la rédaCtion. Livre, expo, musique, BD, film, photo…

p. 96

les jeux.

p. 63

p. 68

la culture

p. 69

graine de beauté. Le pouvoir de l’argan.

p. 97

le liVre. Caravage : Corbeille de fruits.

p. 70

être et à Voir. Par Vahram Muratyan.

p. 98

le toteM. Le tour de cou de Gérald Passédat.

p. 72

un peu de tenues… En blanc et noir.

80, bd Auguste-Blanqui, 75707 Paris Cedex 13 Tél. : 01-57-28-20-00/25-61 Courriel de la rédaction : Mlemagazine@lemonde.fr Courriel des lecteurs : courrier-Mlemagazine@lemonde.fr Courriel des abonnements : abojournalpapier@lemonde.fr Président du directoire, directeur de la publication : Louis Dreyfus Directrice du Monde, membre du directoire, directrice des rédactions : Natalie Nougayrède Directeur délégué des rédactions : Vincent Giret Secrétaire générale du groupe : Catherine Joly Directeur adjoint des rédactions : Michel Guerrin Secrétaire générale de la rédaction : Christine Laget M Le MAGAziNe Du MoNDe Rédactrice en chef : Marie-Pierre Lannelongue Direction de la création : eric Pillault (directeur), Jean-Baptiste Talbourdet (adjoint) Rédaction en chef adjointe : eric Collier, Béline Dolat, Jean-Michel Normand, Camille Seeuws Assistante : Christine Doreau Rédaction : Carine Bizet, Samuel Blumenfeld, Annick Cojean, Louise Couvelaire, emilie Grangeray, Laurent Telo, Vanessa Schneider Style : Vicky Chahine (chef de section), Fiona Khalifa (styliste) Responsable mode : Aleksandra Woroniecka Chroniqueurs : Marc Beaugé, Guillemette Faure, JP Géné, JeanMichel Normand, Didier Pourquery Directrice artistique : Cécile Coutureau-Merino Graphisme : Audrey Ravelli (chef de studio), Marielle Vandamme Photo : Lucy Conticello (directrice de la photo), Cathy Remy (adjointe), Laurence Lagrange, Federica Rossi, Alessandro zuffi Assistante : Françoise Dutech Edition : Agnès Gautheron (chef d’édition), Yoanna Sultan-R’bibo (adjointe editing), Anne Hazard (adjointe technique), Julien Guintard (adjoint editing), Béatrice Boisserie, Maïté Darnault, Valérie Gannon-Leclair, Catarina Mercuri, Maud obels, avec Stéphanie Grin, Valérie LépineHenarejos et Agnès Rastouil. Correction : Michèle Barillot, Ninon Rosell et Claire Labati Photogravure : Fadi Fayed, Philippe Laure, avec Gilles KebiriDamour et Anne Loeub. Documentation : Sébastien Carganico (chef de service), Muriel Godeau et Vincent Nouvet Infographie : Le Monde Directeur de production : olivier Mollé Chef de la fabrication : Jean-Marc Moreau Fabrication : Alex Monnet Coordinatrice numérique (Internet et iPad) : Sylvie Chayette, avec Aude Lasjaunias Directeur développement produits Le Monde Interactif : edouard Andrieu Publication iPad : Agence Square (conception), Marion Lavedeau et Charlotte Terrasse (réalisation), avec Christelle Causse. DiFFuSioN eT PRoMoTioN Directeur délégué marketing et commercial : Michel Sfeir Directeur des ventes France : Hervé Bonnaud Directrice des abonnements : Pascale Latour Directrice des ventes à l’interna­ tional : Marie-Dominique Renaud Abonnements : abojournalpapier @lemonde.fr ; de France, 32-89 (0,34 € TTC/min) ; de l’étranger (33) 1-76-26-32-89 Promotion et communication : Brigitte Billiard, Marianne Bredard, Marlène Godet, Anne Hartenstein Directeur des produits dérivés : Hervé Lavergne Responsable de la logistique : Philippe Basmaison Modification de service, réassorts pour marchands de journaux : Paris 0805-050-147, dépositaires banlieue-province : 0805-050-146 M PuBLiCiTÉ 80, bd Auguste-Blanqui, 75707 Paris Cedex 13 Tél. : 01-57-28-20-00/38-91 Directrice générale : Corinne Mrejen Directrices déléguées : Michaëlle Goffaux, Tél. : 01-57-28-38-98 (michaëlle.goffaux @mpublicite.fr) et Valérie Lafont, Tél. : 01-57-28-39-21 (valerie.lafont@mpublicite.fr) Directeur délégué digital : David Licoys, Tél. : 01-53-38-90-88 (david.licoys@mpublicite.fr) M Le magazine du Monde est édité par la Société éditrice du Monde (SA). imprimé en France : Maury imprimeur SA, 45330 Malesherbes. Dépôt légal à parution. iSSN 03952037 Commission paritaire 0712C81975. Distribution Presstalis. Routage France routage. Dans ce numéro, un encart « Relance abonnement » sur l’ensemble de la vente au numéro ; un encart « Voyages plaisirs » destinés aux abonnés portés ; un encart « Bon Marché » pour la vente au numéro de la petite couronne.

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contributeurs.

Matthew Pryor, 37 ans, est un journaliste britannique installé à Londres. En 2004, alors qu’il couvre les Jeux paralympiques d’Athènes pour le Times, il rencontre Oscar Pistorius, dont le procès pour meurtre s’ouvrira le 3 mars à Pretoria (p. 33). Il produit en 2008 un documentaire sur l’athlète sud-africain handicapé. Pour M, il a cherché à comprendre l’itinéraire de ce héros déchu. Passionné de sport, il a travaillé pour les JO de Londres en 2012 et inventé une machine révolutionnaire pour l’entraînement… du cricket. Frédéric BoBin, journaliste, est correspondant du Monde en Asie, après avoir été en poste en Nouvelle-Calédonie, en Australie et en Chine. Il signe le portrait de femmes afghanes qui voient d’un œil inquiet le départ des troupes de l’OTAN et la probable réconciliation du régime avec les talibans (p. 40). Le photographe marseillais olivier aMselleM a arpenté pour ce numéro « Spécial Marseille » les calanques et immortalisé les cabanons (p. 54), anciens hangars à bateaux devenus des petits coins de paradis. Des lieux menacés, comme cet art de vivre du Sud.

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laurent telo, journaliste au Monde depuis 2011, et Gilles roF, l’un des correspondants du Monde à Marseille, ont tenté de mieux cerner la tumultueuse sénatrice marseillaise et maire des quartiers Nord, Samia Ghali (p. 48). Personnalité émergente au niveau national, la jeune femme est une vieille routière de la politique locale. « Nous nous sommes demandé si une femme politique issue de la diversité et très médiatisée avait une chance de rassembler toute la ville. Et peut-être de devenir maire de Marseille dans un futur proche. » Formé à l’Ecole nationale supérieure des arts décoratifs et passé par la direction artistique, Jean-christoPhe husson est portraitiste pour la presse, le cinéma et la mode. Marseillais d’adoption, il signe les photos de Samia Ghali (p. 48). Ses thèmes favoris : la peinture, les lumières, les couleurs – « c’est ma formation… » –, et le bonheur de raconter des histoires – « c’est mon obsession ».

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Matthew Pryor. DR. Olivier Amsellem. M Le magazine du Monde. Patrick Gherdoussi. Delphine Gubert

Ils ont participé à ce numéro.


Le courrier.

Le M de la semaine.

« Dimanche midi, l’ombre de la résille du MuceM dessine le M de Marseille. Au second plan, la cathédrale la Major. » Olivier Allione

Olivier Allione

Halte au Gayetgate !

Pour nous écrire ou envoyer vos photographies de M (sans oublier de télécharger l’autorisation de publication sur www.lemonde. fr/m) : M Le magazine du Monde, courrier des lecteurs, 80, bd Auguste-Blanqui, 75707 Paris Cedex 13, ou par mail : courrier-mlemagazine@lemonde.fr

« Je suis vraiment choquée que le magazine du Monde donne une telle importance au “Gayetgate”, notamment dans son éditorial [du 8 février]… La France et le monde seraient, selon vous, “ sidérés” par les photos de Closer, sur lequel nous nous serions “jetés” avant de passer “des heures à disserter” de l’affaire… Ce n’est pas mon cas et je m’explique mal un tel enthousiasme de la part du Monde… même s’il s’agit du magazine et pas du quotidien. La rédaction de M au complet a-t-elle partagé ce qui ressemble à un véritable délire autour des révélations de Closer ? […] Closer serait devenu un “collector”, mais pour qui ? Il est évident que le président, comme d’autres avant lui, est un homme pas trop fidèle et pas trop prudent. Cela vaut-il de se “jeter” sur les photos comme une troupe de collégiennes apprenant qu’on a vu le prof avec une copine ? Les “vrais gens”, comme on dit, ont de vrais soucis. Rien à voir avec le microcosme parisien où tout le monde se connaît, sort et part en vacances ensemble… en dévorant Closer. »

Janie Den Boer, Lyon

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Cabillaud de Norvège


Le destin de la Norvège est étroitement lié à la mer. Nos innombrables côtes, taillées dans la montagne, ont façonné notre histoire et fait de notre pays une véritable nation de pêcheurs. Depuis des millénaires, nous partons dès l’aube à bord de nos sjarks, petits bateaux de pêche traditionnels, à la recherche du Cabillaud de Norvège. De cette pêche est né un savoir-faire ancestral que nous transmettons de génération en génération. Notre cabillaud parcourt de longues distances dans les eaux profondes et glacées de l’océan Arctique. Son mouvement perpétuel allié à la richesse de cet environnement naturel confère au Cabillaud de Norvège sa finesse unique. Il dévoile une chair blanche aux reflets nacrés, à la texture délicate et feuilletée, sublimant vos assiettes en toute simplicité. Forts de notre héritage, c’est avec fierté que nous vous proposons ce cabillaud de premier choix.

Une pêche certifiée durable Soucieux de respecter notre héritage millénaire, nous avons su le préserver durablement grâce à une gestion rigoureuse de nos ressources alliant tradition et modernité. 98,5% du Cabillaud de Norvège est issu d’une pêche certifiée durable.

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Savourez l’héritage d’une nation de pêcheurs


J’y étais… en petite forme, à la Nuit de la déprime.

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ur le trottoir du boulevard des Capucines, un SDF installe son abri devant la porte du magasin Gap. Et pas très loin, devant l’Olympia, des gens cherchent des places pour la Nuit de la déprime (54 euros en orchestre), annoncée en grandes lettres rouges sur la façade. Parlez d’une époque. « Je suis sur la liste des invités Kleenex », assure une jeune femme à l’entrée de la salle de spectacle. La marque est partenaire de la deuxième édition de la soirée. C’est de la déprime pour rire. Comme les pantoufles noires que des hôtesses nous distribuent. Comme la fille qui se promène en nuisette avec une pancarte « Je cherche un rôle d’intellectuelle ». Backstage, il y a à boire, du concombre au tarama, et beaucoup de gens. « C’est vachement rigoureux dans un semblant de bordel », m’explique Bruno Masure, qui devra monter sur scène pour les mauvaises nouvelles de ces quarante dernières années. « Je vais dire “qui a invité Raymond Domenech ?” » Raphaël Mezrahi, l’humoriste producteur de la soirée, prépare son sketch avec l’ancien entraîneur, qui devra présenter une chanteuse. « Votre nom, c’est quoi ? », demande Domenech à la grande brune, avant de lui confier qu’il sait ce que c’est que le trac puisqu’il a fait du théâtre. Chantal Ladesou et Nolwenn Leroy posent pour des photos un peu plus loin. Et ce monsieur en veste? C’est Christian Jacob, président du groupe UMP à l’Assemblée. Comment ça se présente, les municipales ?, lui demande quelqu’un. « Pour les villes de plus de 10000 habitants, on va inverser la tendance. » Nuit de la déprime.Anne

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Hidalgo et Valérie Pécresse sont là aussi. Xavier Ber- années 1980 ou des Nuits de la déprime. « C’est votre trand a laissé huit messages pour venir, assure premier Olympia? » demande Raphaël Mezhari aux Mezrahi. Assise dans un coin, chemisier mauve et frères Bogdanov qui comptent reprendre un poème fume-cigarette, Claude Sarraute est occupée à dire de François Villon. du bien de tout le monde. Elle trouve ça rigolo l’idée Accompagné d’Yvan Cassar, plus habitué à Johnny de cette soirée, même si pour elle tout va bien. Sur- et à Mylène Farmer, le romancier Yann Queffélec tout le soir, quand elle peut s’allonger et que l’arth- lit un poème de Lorca. Des images de pages tournent, projetées derrière lui sur grand écran, et je rose ne lui fait plus mal. Un gros nounours et une sorte de bonhomme repense à ce chercheur américain qui me disait à Michelin à pustules déambulent, mascottes publi- propos de la fin des livres imprimés : ce sera citaires des lessives Cajoline et Omo. « Les gens comme les voiliers, rendus obsolètes par les baprennent des photos et les mettent sur Facebook, ça crée teaux à moteur, on les gardera pour la décoration. du contenu », m’explique le patron d’Unilever « Apportez vos ordonnances », conseillait l’affiche déprime pour rire. Raphaël Mezrahi fait gagner France. Vraie déprime. il est temps de rejoindre nos sièges. Les ouvreuses des « allers simples en seconde classe pour Troyes dans sont seulement rémunérées au pourboire, rappelle l’Aube » à un couple qui a du cholestérol. Pendant l’une d’elles. Ça aussi, c’est déprimant. Mes voi- que d’autres prescriptions volent du balcon, sines de strapontin avaient déjà participé à cette quelques spectateurs s’éclipsent vers la buvette. première nuit conceptuelle l’an dernier aux Folies- « Ça va durer jusqu’à quelle heure ?», demande une Bergère. Quand Gérard Lenorman avait été viré de dame. « Pfff… aucune idée », répond l’employé en la scène après trente secondes à tenter de chanter remplissant son verre. « Vous savez, c’est la Nuit de La Ballade des gens heureux (déprime pour rire). « Y la déprime… » avait même des vraies dépressives », me dit ma voisine au souvenir de la présence de ‘Apportez vos ordonnances’, disait Véronique Sanson. Dans la salle, très peu de l’affiche. Raphaël Mezrahi fait gagner gens ont moins de 40 ans, l’âge médian de la popula- des ‘allers simples en seconde classe pour tion française. Sous les apTroyes dans l’Aube’ à un couple qui a plaudissements, Raphaël Mezhari arrive sur scène du cholestérol. Alors que d’autres ordonpour promettre une soirée nances volent du balcon, des spectateurs longue et ennuyeuse à ce public en deuxième moitié s’éclipsent vers la buvette. de vie. Amandine Bourgeois, qui a fini 23e sur 26 à l’Eurovision, est renvoyée en coulisses sans chanter. Déprime pour rire. Quand Christophe attaque Les Paradis perdus, les quinquas fredonnent, comme des étudiants qui aiment chanter les dessins animés de leur enfance. Voilà Nicolas Peyrac, lunettes noires et catogan à la Lagerfeld. Nicoletta entonne Il est mort le soleil. Tous ces chanteurs qui doivent faire bonne figure quand on les appelle pour des tournées 15 février 2014

Jeaan-Baptiste Talbourdet/M Le magazine du Monde

Par Guillemette Faure


La Semaine / Il fallait oser / Face à face / Le roman-photo / Le buzz du Net / Ils font ça comme ça ! / / Les questions subsidiaires / J’y étais /

Les cantines de la révolte.

Vasily Fedosenko/Reuters

Des dizaines de femmes se rendent chaque jour sur la place Maïdan à Kiev pour ravitailler les opposants au régime ukrainien. Un soutien crucial dans cette bataille de rue. Par Claire Gatinois

Place Maïdan, le 31 janvier, une femme sert du bortsch, classique de la cuisine d’Europe de l’Est, aux opposants à Viktor Ianoukovitch réunis ici depuis fin novembre.

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la semaine.

L

idiA mykhAylounA est trop coquette pour donner son âge. Elle a « l’âge qu’on lui donne », un point c’est tout. On dira donc 65 ans. Brune, élégante, des yeux de chat et des cheveux tirés en chignon retenus par un bandeau de laine, Lidia se définit comme « une enfant de l’époque soviétique », lorsque l’Ukraine faisait partie de l’URSS. En ce moment‚ elle est « presque tous les jours » sur la place Maïdan, haut lieu de la contestation à Kiev contre le président Viktor Ianoukovitch. Elle fait corps, à sa manière, avec la révolte née du refus du président de signer l’accord d’alliance avec l’Union européenne pour lui préférer la Russie. « Je suis là parce que cela fait une personne de plus ici ! », lance-t-elle sur un ton d’évidence, debout, dans le froid, à côté d’une tente où, dit-on, un couple s’est marié quelques jours plus tôt. Lidia n’a pas d’arme et pas d’argent. Sa retraite de couturière de 1 000 hryvnias (environ 90 euros) par mois lui suffit à peine pour vivre. Aux « Maïdan », elle apporte du thé chaud et des barriques de soupe. « Pas du bortsch ! Une soupe au chou avec des champignons », précise-t-elle. Quelquefois, Lidia revient les mains chargées de linge propre. Pendant ce temps, son mari « regarde la révolution à la télévision », plaisante-t-elle. « C’est notre maman, notre sœur, notre amie », dit d’elle Yaroslav, un colosse aux yeux clairs en la serrant dans ses bras contre son gilet pare-balles. Nous sommes le 5 février, Maïdan est dans un moment calme. Les contestataires regardent l’écran géant en attendant que les pourparlers entre Ianoukovitch et l’opposition aboutissent à quelque chose. Pacifiée – temporaire-

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ment ? –, la place reste pourtant occupée. Derrière les barricades, dans les campements, chacun est à sa place et remplit sa fonction. Et les femmes semblent prises par la gestion courante de cet étrange « chaos organisé ». Olena Talayeva, petite brune rondelette de 50 ans, reconnaît même avoir un peu délaissé ses « deux sublimes filles », dont « une ballerine », pour Maïdan. Elle vit sur la place depuis le 22 novembre, presque le premier jour. Elle se porte volontaire tantôt aux cuisines, tantôt ailleurs. Son grand projet ? Faire un jour comparaître Viktor Ianoukovitch devant la Cour pénale internationale, à La Haye. Cet activisme de tous les jours n’étonne guère la sociologue Ioulia Shukan, qui rappelle que le même phénomène s’était produit lors de la « révolution orange » de 2004. Pour elle, « les gens sont déterminés et savent coordonner leurs motivations». Chacun agit à sa manière, prêt à s’investir dans la révolte « parfois de façon très ordinaire », dit-elle. Les femmes, notamment, qui disent être là « pour soutenir [leurs] hommes ». Obéissant à une répartition traditionnelle des rôles, on les voit souvent occupées aux tâches logistiques. Mais pas seulement. « Une centurie [unité militaire de l’armée romaine] de femmes s’est créée à Maïdan ! », assure la sociologue. Au premier étAge de lA mAison de l’ukrAine, vaste bâtiment officiel réquisitionné par les manifestants, Inna, gilet en fourrure, participe aussi à la bataille. Mais avec d’autres armes. « Avec notre amour, notre affection, nous allons arrêter les combats », assure-t-elle. Cette blonde volubile a fédéré autour d’elle une dizaine de mères, d’épouses et de sœurs, pour créer son association baptisée Nous les Femmes. Sa raison sociale : « Sauver nos hommes et les faire revenir à la maison ! » Certaines ont un mari sur les barricades et un fils ou un frère de l’autre côté. Parfois l’inverse. Elles ont peur. Les assauts de la police les ont affolées. Elles en ont assez, veulent informer, expliquer. L’une d’elles a déroulé une banderole listant les morts de la révolution qu’elles comptent montrer aux « berkouts », les policiers anti-émeute. Alors, pour empêcher de nouveaux affrontements, toutes se disent prêtes à s’enchaîner devant la troupe. Il n’en sera pas question ce jour-là. On allait s’en aller, laissant la place apaisée, lorsque Lidia nous a interpellée. Pas question de repartir sans ses petits chocolats et quelques gâteaux secs. 15 février 2014

Emilio Morenatti/AP. David Mdzinarishvili/Reuters. Vasily Fedosenko/Reuters

Les températures souvent inférieures à zéro degré n’entament en rien la détermination des cantinières et des contestataires. Grâce à leur coordination, la place reste occupée.


La semaine.

“ Tous à poil fait partie de la liste des livres recommandés aux enseignants (…). [Il faut] dire ‘ça suffit’ face à un gouvernement pétri d’idéologie.”

Jean-François Copé, le 9 février devant le Grand Jury RTL–Le Figaro-LCI

A chaque jour sa polémique autour du « genre » et des questions d’éducation à l’école. cette fois, c’est l’uMP et son chef de file qui relancent la machine. Jean-François copé s’est dit choqué par l’ouvrage Tous à poil, de claire Franek et Marc daniau (éd. rouergue, 2011), où figure une série de personnages – policier, voisin, enseignante, bébé, etc. – qui se déshabillent pour se baigner. Selon lui, ce livre, révélateur de « l’idéologie » du gouvernement, est « recommandé aux enseignants pour faire la classe aux enfants du primaire ». « Quand j’ai vu ça, mon sang n’a fait qu’un tour », a lancé Jean-François copé. LA VéRIFICATION. on est libre d’aimer ou non un livre. « Qu’on soit un bébé, un docteur ou une boulangère... on a tous des fesses, un nombril, un sexe », explique la postface du livre. Loin de choquer, l’ouvrage a reçu, en 2011, année de sa sortie, le prix Libbylit du meilleur album pour enfant décerné par la branche belge de l’union internationale de littérature pour les jeunes (l’IBBy). en outre, il n’est pas vraiment « recommandé » car il ne figure pas sur la liste officielle du ministère, et ce n’est pas le gouvernement ou des militants de la théorie du genre qui ont choisi l’ouvrage. L’AFFIRmATION.

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en 2009, une association ardéchoise de parents d’élèves, l’Atelier des merveilles, établit une bibliographie aidant à promouvoir l’égalité hommes-femmes. La liste plaît à la déléguée départementale aux droits des femmes qui la propose à ses homologues nationaux. depuis, l’association la met à jour chaque année, Tous à poil y figure depuis 2013. cette liste n’est citée « officiellement » que deux fois : la première par le centre régional de documentation pédagogique (crdP, qui propose des ressources aux enseignants) de Grenoble, la seconde en marge des ABcd de l’égalité, une liste de méthodes et de conseils pour former les enseignants. dans les deux cas, ce n’est pas ce livre-là qui est ciblé par les ennemis de la « théorie du genre » mais la liste complète, qui en comprend quatrevingt-douze. et dans les deux cas, il s’agit d’une indication à destination des enseignants, et non d’une recommandation… LA CONCLUsION. on peut être dérangé par l’évocation de la nudité dans un livre à destination des enfants. Peut-on pour autant faire de cet ouvrage un marqueur de « l’idéologie » du gouvernement ? Sachant qu’il a été sélectionné par des parents d’élèves sans doute bien étrangers aux querelles politiques autour du « genre », cela paraît douteux. ce qui est sûr, en revanche, c’est que l’uMP éprouve bien des difficultés à coller aux opinions de sa base militante sur les questions de société. Samuel Laurent

Retrouvez les auteurs du « Décodeur » sur decodeurs. blog.lemonde.fr, un blog réalisé par le service politique du Monde, avec la collaboration des internautes. Il passe au crible les déclarations des personnages publics pour démêler le vrai du faux.

Il fallait oser La démocrochet. Par Jean-Michel Normand

Il faut croire en la démocratie ; elle finit toujours par l’emporter. On ne parle pas de l’Ukraine ou de la Tunisie, mais des télé-crochets. Ces émissions, qui suscitent sans doute davantage de vocations que les élections municipales, sont en passe – il était temps – d’abolir le suffrage censitaire. Jusqu’à présent, les sms qui permettaient de voter pour les candidats étaient surtaxés. Non seulement les ados s’excitaient dangereusement (une récente enquête établit un lien inversement proportionnel entre addiction à la « junk television » et résultats scolaires), mais en plus ils se faisaient siphonner leur forfait. Dans sa grande sagesse, D8 vient de décider que la troisième saison de « La Nouvelle star », à laquelle 10 000 candidats ont postulé, renoncera à la commission de 0,65 euro par appel que se répartissent à égalité la chaîne, l’opérateur téléphonique et la boîte de production. « Rising star », le prochain télé-crochet de m6, fera de même et d’autres émissions vont suivre – mais TF1, assise sur la cassette de quelque 40 millions d’euros que lui rapporte le flot de sms engendrés par l’élection de « The Voice » ou « secret story », ne veut en revanche rien entendre. Ce désintéressement est un peu forcé car il vise à remédier aux mauvais scores d’audience du remake de « La Nouvelle star » et à la concurrence grandissante des votes émis par le canal (gratuit) de Twitter et de Facebook. Pourtant, même non surtaxée, cette brûlante passion participative continue de laisser sans voix. En fait, tous les scrutins télévisuels ont quelque chose… d’irréel. Qu’est-ce qui, par exemple, peut bien pousser tous ces honnêtes téléspectateurs du soir 3 à se donner la peine de cocher la case « Ne sait pas » à la question « Etesvous choqué par le coût des JO de sotchi ? », « Lisez-vous plus de BD qu’autrefois ? » ou « Le Livret A est-il encore un placement attractif ? » ?

15 février 2014

Pierre Andrieu/AFP. Cecilia Garroni Parisi pour M Le magazine du Monde

Le décodeur


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© 2014 Office of the Governor, Economic Development and Tourism.

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La semaine.

A

se sont acheté des fleurs. D’autres se sont offert un « cadenas de l’amour » et l’ont accroché à un pont de Paris – de préférence le pont des Arts, celui de l’Archevêché ou encore la passerelle Léopold-Sédar-Senghor – avant de jeter la clé dans la Seine. Nombre de bouquinistes et de vendeurs à la sauvette profitent de ce nouveau marché où les cadenas se monnaient de 3 à 7 euros. Mais cette démonstration urbaine de l’amour, qui a investi la capitale à partir de 2008, a pris des proportions telles que les pouvoirs publics s’inquiètent. Accrochés par grappes entières, les cadenas – il y en aurait près de 700 000 sur les ponts, mais aussi sur les lampadaires de la capitale – sont SoCIété impossibles à déverrouiller. « Le phénomène des cadenas de l’amour a pris de l’ampleur, constate-t-on à l’Hôtel de Ville. Aujourd’hui, quand on considère que le risque est trop important pour la sécurité comme pour la préservation du patrimoine, on fait intervenir les services de la voirie. » Au pont des Arts, il a ainsi fallu La saint-vaLentin, des coupLes

installer des planches en attendant le remplacement d’une grille métallique endommagée par des grappes de cadenas. Ce qui n’est pas surprenant. Ces petits symboles à clé pèseraient plus de 300 kilos par mètre. Ce qui, quand on sait que le pont de l’Archevêché, pris d’assaut par les touristes, mesure 68 mètres, n’est pas anodin. Les services municipaux organisent donc des rondes pour vérifier la sécurité des garde-corps, quand ce ne sont pas des riverains inquiets qui les sollicitent directement. Lorsqu’iL faut intervenir, Les « Love Locks » sont enlevés d’un bloc, tient à préciser la Mairie, « sans jamais être descellés du grillage » afin – délicate attention – de ne pas rompre le serment des amoureux. La ferraille est ensuite transportée dans un entrepôt de la direction de la voirie et des déplacements, sans que personne sache très bien quoi en faire. L’opposition dit s’inquiéter des risques accrus que le phénomène fait peser sur la sécurité des Parisiens, et estime que cette accumulation est de plus en plus inesthétique. Il faudrait donc faire place nette. Pour l’instant, cette requête est restée lettre morte. « Il y a une sorte de secret-défense sur ce sujet », déplore Jean-François Legaret, président du groupe UMP au Conseil de Paris. Florence Berthout, candidate UMP dans le 5e arrondissement, propose qu’un lieu aménagé par un artiste soit réservé à ces cadenas. A l’Hôtel de Ville, on préfère laisser le dossier à la prochaine maire. Marion Mourgue

Paris sous les verrous.

Le jour de la Saint-Valentin, ils sont des centaines à sceller leur amour d’un cadenas sur un pont de la capitale. Un acte “romantique” qui commence à poser des problèmes de sécurité.

Près de 700 000 love locks « pèsent » sur les ponts parisiens, soit 300 kg par mètre.

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Photo Jean-Christophe Polien pour M Le magazine du Monde – 15 février 2014


Tous compTes faiTs

Poutine sort les grands Jeux. Curling, combiné nordique et luge… Difficile de séduire le public olympique avec des épreuves d’hiver. Alors à Sotchi, la Russie rivalise à coups de milliards. Et de polémiques diplomatiques. malgré les controverses sur le régime politique de la Russie, ses lois homophobes et la personnalité autoritaire de son président, on pourra au moins reconnaître à Vladimir poutine une certaine maestria pour mettre ses Jeux de sotchi en valeur. Les Jeux d’hiver, en effet, connaissent un retentissement par nature beaucoup moins important que l’équivalent estival, davantage mondialisé. pour combler ce handicap, les organisateurs des Jo de sotchi ont mis le prix, quitte à verser dans la démesure. avec 37 milliards d’euros de budget, sotchi décroche la timbale des Jeux les plus coûteux de l’histoire toutes catégories confondues. en 2010, les Jo d’hiver de Vancouver avaient coûté 800 millions d’euros, ceux

de pékin, à l’été 2008, 31 milliards. organisés dans une station balnéaire située à 50 kilomètres de la première piste de ski, ces 22es Jeux olympiques d’hiver auraient tout aussi bien pu accueillir une édition estivale. mais la capacité de sotchi à rivaliser avec les « grands » Jo d’été s’arrête là où commence la compétition sportive. Le panel des épreuves d’hiver ne fait pas le poids face à l’éclectisme des Jeux d’été. et l’«universalité» des Jeux d’hiver se heurte au fait que les disciplines représentées ne fédèrent de facto que certaines zones du planisphère comme l’europe, l’amérique du Nord ou le Japon, alors que les Jeux d’été impliquent le monde entier. Laurent Telo/Illustration Datagif pour M Le magazine du Monde

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la semaine.

ils font ça comme ça!

Près de 22 000 enfants parleraient le français à New York, mais seulement 3 000 l’étudient à l’école. Ici, dans le quartier de Carroll Gardens, à Brooklyn.

états-Unis

Couples américains, mixtes ou expatriés ont du mal à trouver des écoles prêtes à délivrer 50 % de leur enseignement en français. Pourtant, les initiatives se multiplient. La première classe primaire bilingue publique a été ouverte en 2007 dans le quartier très francophone de Carroll Gardens, à Brooklyn, baptisé le « Little Paris ». Aujourd’hui il existe huit sections bilingues, soit 1000 élèves sur l’ensemble de New York. Une goutte d’eau par rapport aux 120000 personnes qui disent parler le français à la maison, soit un potentiel de 22000 enfants. « En incluant le privé, on arrive péniblement à 3000 élèves, calcule Fabrice Jaumont, l’attaché éducatif à l’ambassade de France. Qu’est-ce qu’on dit aux 19000 autres? Faute de solution, les parents mettent leur enfant à l’école du quartier en craignant qu’il perde pied en français. » new York, l’une des villes au monde qui compte le plus d’écoles bilingues, répertorie plus de 400 établissements proposant des programmes d’espagnol. Le mandarin arrive en seconde position et le français en troisième. Mais ces dispositifs répondent pour l’essentiel à une logique d’immigration : dès qu’une classe regroupe une quinzaine d’élèves parlant une autre langue que l’anglais, la municipalité exige que soit ouverte une section bilingue. Des concentrations rarement atteintes par les francophones, qui doivent utiliser d’autres moyens pour faire ouvrir des classes. « Il faut un directeur d’école motivé, des parents impliqués et des professeurs disponibles », résume Fabrice Jaumont. Les écoles qui ont du mal à remplir leurs classes, ou qui obtiennent des résultats médiocres sont plus enclines à accepter la création de programmes bilingues. « Accueillir un petit groupe de parents très impliqués, des enfants issus de milieux un peu plus privilégiés, permet de tirer vers le haut l’établissement et tout le monde est gagnant », souligne l’attaché éducatif à l’ambassade de France. En revanche, dans les quartiers plus aisés, comme le sud de Manhattan, la démarche se complique. « Ici il n’y a pratiquement que des bonnes écoles, qui ont déjà du mal à répondre à toutes les demandes du quartier », explique Andrew Clark, professeur de littérature comparée à la Fordham University, père de deux petites filles de 5 et 7 ans. Malgré le soutien de plus d’une centaine de familles, il a du mal à convaincre les directeurs d’école du quartier de prendre le risque d’ouvrir une classe bilingue. Reste la question du financement car, souvent, les écoles redoutent de ne pas pouvoir faire face aux frais supplémentaires (salaires des professeurs, achat des manuels). En décembre, Fabrice Jaumont a donc lancé une collecte de 2,8 millions de dollars afin de tripler le nombre de sections bilingues sur les cinq prochaines années et d’atteindre les 7 000 élèves, par l’intermédiaire de l’association French American Cultural Exchange (www. facecouncil.org). D’ores et déjà, 170 000 dollars ont été récoltés. « L’argent, c’est le nerf de la guerre ici, c’est ce qui va permettre d’assurer la pérennité et la qualité du programme », souligne-t-il. Stéphane Lauer

alors que la demande des “expats”, couples mixtes et autres amateurs de langue française explose, l’enseignement bilingue reste réservé à quelques “happy few”. L’ambassade se mobilise.

A

drienne Berman est la mère d’une petite fille de 5 ans. Agent immobilier dans le quartier de l’Upper East Side, elle cherche désespérément depuis six mois un établissement bilingue anglais-français. « C’est ma seule chance pour que ma fille apprenne le français, car nous ne parlons qu’anglais à la maison, insiste-t-elle. Les Américains ont besoin de gens qui parlent d’autres langues car je pense que c’est de ce genre de compétences que nos enfants auront besoin pour être des citoyens du xxie siècle. » Mais dans ce quartier chic de Manhattan, aucune école ne peut accueillir sa fille. Alors, elle a décidé de prendre les choses en main. A New York, ils sont des centaines à se mobiliser pour ouvrir des sections bilingues anglais-français dans le système scolaire public. Depuis quelques années, la demande explose.

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15 février 2014

Kirsten Luce/THe New York Times/Redux/Rea

A New York, les Français manquent de classes.


la semaine.

Ils font ça comme ça!

C

elle qu’on présente parfois comme la dauphine

d’Angela Merkel s’est lancée dans une délicate bataille. Toute nouvelle ministre allemande de la défense, Ursula von der Leyen (CDU) a annoncé dès sa prise de fonction, fin décembre 2013, qu’elle souhaitait faire en sorte que l’armée soit un employeur exemplaire, notamment en permettant aux soldats de concilier vie familiale et vie professionnelle. Au lieu de tenter de faire oublier qu’elle est une femme dans un univers masculin, cette quinquagénaire qui fut ministre fédérale de la famille, des femmes et de la jeunesse (2005-2009), puis du travail et des affaires sociales (2009-2013), cherche au contraire à insuffler dans son administration les convictions qui sont les siennes. Une démarche audacieuse plutôt bien perçue parmi une population peu encline à exalter l’héroïsme des combattants. L’armée étant désormais un employeur comme un autre, en concurrence avec le secteur privé, la feuille de route d’Ursula von der Leyen est loin d’être absurde, mais la ministre aura fort à faire. C’est ce que suggèrent deux études publiées fin janvier. La première est une enquête menée en 2011 auprès de 5 000 soldats hommes et femmes par un institut de recherche militaire. Les résultats sont sans équivoque : alors que, depuis un jugement de la Cour européenne de justice rendu en 2000, tous les postes sont ouverts aux femmes, leur présence dans les régiments constitue, selon leurs collègues masculins, un sérieux handicap. En effet, 56,6 % des soldats (et 6 % des soldates) jugent que l’inté-

gration de femmes dans l’armée a nui à l’efficacité de la Bundeswehr. Cinq points de plus qu’en 2008. Par ailleurs, un militaire sur trois estime que les femmes ne sont absolument pas faites pour les conditions de vie sur le terrain, et un sur quatre pense qu’elles ne sont pas à même d’occuper des postes hiérarchiques. Bien que la Bundeswehr ne compte qu’une seule générale (à la tête d’un service de santé), 62 % des soldats jugent que les femmes sont moins compétentes mais favorisées par la hiérarchie. « La Bundeswehr a besoin des têtes les mieux faites et celles-ci se trouvent autant chez les femmes que chez les hommes », a rétorqué la ministre. Actuellement, l’armée emploie 18 500 femmes, soit 10 % des effectifs, l’objectif étant de parvenir à 15 %. Pas sûr que la Bundeswehr y parvienne car les femmes soldats renvoient elles aussi une image négative de leurs collègues : près de la moitié disent avoir subi des propos sexistes, 24 % parlent d’attouchements quand 3 % déclarent avoir été victimes de violences sexuelles. deux jours après la publication de cette enquête, le commissaire parlementaire aux forces armées, Hellmut Königshaus (libéral-démocrate, FDP), qui rédige chaque année un rapport sur l’état de la Bundeswehr, a rendu publique une autre étude faisant apparaître qu’en 2013, l’armée a enregistré 64 cas de violences sexuelles présumées, contre 50 un an plus tôt. Mais les femmes ne sont pas les seules à se plaindre : ce délégué chargé de recueillir toutes les doléances des soldats s’inquiète du nombre grandissant de dysfonctionnements qui lui sont signalés. Entre la professionnalisation de l’armée, la fermeture des casernes et la difficulté de concilier vie familiale et vie professionnelle, de nombreux soldats semblent en proie à un véritable désarroi et sont surmenés, affirme le délégué. Ursula von der Leyen ne partage manifestement pas ce point de vue. La Bundeswehr a actuellement 5 000 soldats engagés à l’étranger alors qu’« il y eut un temps où il y en a eu 11 000 », a rétorqué la ministre. Accroître la présence de la Bundeswehr sur le terrain tout en étant un employeur modèle : si Ursula von der Leyen relève ce défi, elle aura définitivement gagné ses galons de stratège politique. Frédéric Lemaître

AllemAgne

La ministre de la défense à l’offensive.

Peter Steffen/dpa Picture-Alliance/AFP

Féminiser l’armée et la transformer en employeur modèle. C’est le programme ambitieux d’Ursula von der leyen. Pour l’heure, la Bundeswehr demeure une institution misogyne dont certaines engagées dénoncent les violences sexuelles.

Ursula von der Leyen, dauphine d’Angela Merkel, gagne à 55 ans ses galons de stratège politique.

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15 février 2014


170 lignes au départ de la france

marrakech

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aller simple par personne

attribution des sièges sur tous nos vols

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Qui est vraiment Philippe Bilger ?

“Réactionnaire” assumé, l’ancien magistrat s’est mué en polémiste. Et dénonce le “laxisme” de Christiane Taubira.

Le franc-tireur des tribunaux Cet ex-juge d’instruction devenu avocat général, doit sa réputation à ses réquisitoires inattendus, preuve d’indépendance. En 2004, sa demande d’une peine de six à huit ans de prison contre Maxime Brunerie, après son attentat manqué contre Jacques Chirac, ne sera pas suivie par les jurés, dont le verdict sera plus sévère (dix ans). Le blogueur engagé Depuis 2005, sa liberté de parole s’exprime à travers son blog, Justice au singulier. Ce Lorrain d’origine y assume ses convictions « réactionnaires ». En 2010, il soutient Eric Zemmour, qualifié d’« esprit libre », qui assène que « la plupart des trafiquants sont noirs et arabes ».

Le polémiste multirécidiviste A 70 ans, ce retraité de la magistrature depuis 2011 ne cesse de nourrir des polémiques. Cela lui permet de courir les studios de radio et de télévision, mais ne lui suffit pas. Il crée sa chaîne YouTube, sur laquelle il s’entretient avec Alain Finkielkraut ou Robert Ménard. Le flingueur en ligne Ses plus de 15 000 abonnés sur Twitter croulent sous les messages critiquant les politiques. Parmi ses cibles, la garde des sceaux Christiane Taubira, à qui il consacre un livre au vitriol, annoncé pour avril, intitulé Contre la justice laxiste (L’Archipel). Le précepteur en bonne parole Son style, assaisonné d’un persistant cheveu sur la langue, est un mélange d’envolées grandiloquentes et d’un verbe à la fois dur et humain à l’encontre des accusés. En 2011, l’ancien magistrat a fondé l’Institut de la parole, au sein duquel il enseigne l’art de la communication orale.

Fred Kihn/Adoc-photos

Franck Berteau

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La semaine.

Marc Beaugé rhabille… Florent Pagny.

Le buzz du Net Sexter sans laisser de traces.

Gbp/Visual Press Agency

E

nvoyer une photo à un contact pour une durée de visualisation allant de une à dix secondes. Et la promesse qu’une fois regardé, le cliché disparaîtra systématiquement. C’est le principe de l’application Snapchat, créée en 2011, et qui, avec ses 200 millions de « snaps » quotidiens, donne un sacré coup de vieux au prude Facebook. Loin du romantisme de la Saint-Valentin, « l’app’ » fétiche des ados pourrait bien chambouler le langage amoureux. Une de ses utilisations privilégiées : sexter, autrement dit, s’envoyer des photos à connotation sexuelle, en échappant à toute empreinte numérique. Smoosee, un site communautaire consacré aux conseils sentimentaux, vient de publier un guide de la drague sur Snapchat en plusieurs points : attirer l’attention, susciter la curiosité, créer un climat de confiance… et continuer la discussion sur un autre support. Smoosee met d’ailleurs en garde les utilisateurs contre les images « trop sexy » qui pourraient se retrouver sur le Net et rappelle charitablement que les conséquences peuvent s’avérer dramatiques… Fleurs bleues s’abstenir. Cathy Remy

I

L y A qUELqUES joUrS, alors que démarrait sur TF1 un nouvel épisode du télé-crochet « The Voice », un détail ne manqua pas d’interpeller les téléspectateurs. Florent Pagny, éminent membre du jury de l’émission, arborait ce soir-là une veste d’officier aussi grotesque qu’à l’accoutumée mais qui était ornée d’une étonnante lettre « A », dont la signification n’apparut pas immédiatement évidente. Les esprits curieux se perdirent en conjectures. La thèse d’un sponsoring par Armani fut balayée par une rapide visite sur le site de la marque. Rien dans les collections de la maison italienne ne ressemblait à la veste du chanteur. De la même façon, la possibilité que Florent Pagny exhibe le « A » de l’apprenti conducteur apparut rapidement invraisemblable. En effet, dans une récente séance de questionsréponses avec ses fans, le chanteur avait confié avoir passé son permis de conduire tout juste après avoir atteint la majorité. Surtout, quelle eut été l’utilité, pour lui, d’afficher le fameux « A » sur une veste plutôt que sur le pare-chocs arrière de sa voiture ? C’est ainsi qu’émergea une troisième hypothèse, a priori plus crédible que les précédentes. En effet,

15 février 2014 – Illustration Peter Arkle pour M Le magazine du Monde

aux Etats-Unis, le fait d’arborer sur un vêtement une large lettre n’est absolument pas anodin, et revêt même un prestige certain. Ainsi, au lycée et dans les universités du pays, les étudiants méritants participant aux activités sportives de l’établissement se voient traditionnellement remettre un patch en feutrine, reprenant la première lettre dudit établissement. Charge à eux, ensuite, de coudre la lettre sur une veste, la fameuse letterman, au niveau de la poitrine. Un détail qui, en l’occurrence, vient contrarier la belle hypothèse car, dans la tenue de Florent Pagny, c’est bien au niveau du bras, et non de la poitrine, que le fameux « A » avait été accroché. De plus, celui-ci était entouré d’un rond, faisant très nettement penser à un « O ». AiNSi, pAr éLimiNAtioN Et dédUCtioN, restait une seule hypothèse crédible : Florent Pagny portait ce jour-là, sur sa manche, le symbole de l’anarchie mêlant les premières lettres des mots «ordre» et «anarchie» (Proudhon statua un jour que «l’anarchie était la mère de tous les ordres»). Finalement, tout cela apparut d’une grande limpidité. Car quel meilleur endroit pour crier ses convictions politiques et son aspiration à l’anarchie que le plateau d’une petite émission télé comme «The Voice», diffusée sur une chaîne aussi rebelle que TF1, devant des millions de téléspectateurs parfaitement politisés et entrecoupée de nombreux spots de pub de marques aussi anarchistes et antisystème que Coca-Cola, Apple ou H&M? Florent Pagny, vous êtes un champion.

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La semaine.

La photo

Boat people. La crue de la Tamise a contraint Nigel Gray, un habitant de Wraysbury, dans le Buckinghamshire, au sud de l’Angleterre, à sortir en barque de sa maison, le lundi 10 février. Les inondations, qui continuent de sévir dans le sud-ouest du pays, alimentent la controverse. Plusieurs ministères se renvoient la responsabilité de la mauvaise organisation des secours, et l’opposition travailliste accuse le gouvernement d’avoir tardé à réagir.

Le Japon des faux- Révélation semblants. musicale

Le pays du Soleil-Levant excelle dans l’art de l’imitation. Musique, zoologie, mode… Les apparences sont parfois trompeuses.

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Le 6 février, Takashi Niigaki (photo) a publiquement reconnu être, depuis dix-huit ans, le vrai compositeur des œuvres de Mamoru Samuragochi qui, en raison de sa surdité, était surnommé « le Beethoven japonais ». Takashi Niigaki a précisé que ce dernier n’est pas sourd contrairement à ce qu’il prétend.

Chasse au primate

Pour s’entraîner à traquer un animal échappé, les gardiens du zoo de Tokyo ont, le 6 février, déguisé l’un d’entre eux en gorille avant de le courser et de « l’endormir » avec un fusil à fléchettes. Commentaire du primate d’un jour : « J’ai vraiment ressenti ce qu’un animal pouvait ressentir ».

Sushis décoratifs

Traditionnellement, les restaurateurs nippons exposent en vitrine de très fidèles reproductions en résine des aliments qu’ils proposent. Cette coutume a inspiré la mode : telles des amulettes, des minisushis en plastique ornent aussi les sacs, les portables ou les porte-clés des Japonais. J.-M. N.

Diffusée depuis quelques jours à la télévision suédoise, la publicité pour le nouveau 4 × 4 de Volvo met la Suède dans tous ses états. On y voit l’attaquant du PSG Zlatan Ibrahimovic traquer le cerf, plonger dans un lac gelé et jouer les papas poules aux côtés de sa femme tandis qu’il récite une version revisitée de l’hymne suédois. Or « Ibra », enfant de l’immigration (d’origine bosniaque par son père, croate par sa mère) né à Malmö, a toujours refusé de chanter l’hymne national lors des matches de l’équipe nationale, dont il est le capitaine. Fidèle à son esprit frondeur qui laisse souvent les Suédois au bord de la crise de nerfs, il a déclaré préférer l’adaptation de l’hymne réalisée par les publicitaires que la version originale qui, selon lui, « traîne en longueur ». Une version spoken word de l’hymne national fustigée par l’extrême droite suédoise, qui la qualifie de « version ghetto », mais considérée comme géniale par certains chroniqueurs : « En deux minutes, Zlatan a plus fait que des commissions d’intégration en plusieurs décennies », estime l’un d’eux. O. T.

15 février 2014

Eddie Keogh/Reuters. Youtube. Yoshikazu Tsuno/AFP. Kazuhiro Nogi/AFP. Ferrari/Visual Press

Zlatan “chante” et la Suède s’enflamme.


ÉDITION

Hors -sé ri e

édition 2014 2014

économie & environnement

+ L’atlas de 193 pays

+ L’atlas de 193 pa pays

UN ATLAS EXHAUSTIF des 193 pays de l’ONU avec, pour chacun d’entre eux, les chiffres-clés (population, PIB,

chômage…), une carte et une analyse par un correspondant du Monde.

UNE ANNÉE ÉCONOMIQUE CONTRASTÉE selon les grandes régions du monde. Reprise aux Etats-Unis, stagnation en Europe, ralentissement dans les pays émergents, quid de la Chine et de ses réformes ? un décryptage de l’année passée pour éclairer les tendances économiques et sociales à venir.

ZOOM SUR LA FRANCE saisie par le doute. ET NOTRE PLANÈTE ? Un état des lieux des grandes questions environnementales : climat, pollution

atmosphérique, transition énergétique, science et conflits d’intérêts…

Rédigée par les meilleurs spécialistes du Monde, la nouvelle édition du Bilan vous attend chez votre marchand de journaux !

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La semaine.

Les questions subsidiaires Le prince William a-t-il la gâchette sélective ? En amont d’une conférence

interna­ tionale contre le commerce illégal des animaux, le prince William a lancé, le 9 février, avec le prince Charles, une grande campagne pour la sauvegarde d’espèces menacées comme le rhinocéros, le tigre et l’éléphant. Un engagement qui ne l’avait pas empêché, la veille, de partir chasser le cerf et le sanglier lors d’une battue en Espagne. Laurent Telo

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La police américaine se blinde-telle face aux critiques ?

L’achat par les polices locales d’énormes engins à l’épreuve des bombes et des mines utilisés par l’US Army en Irak et en Afghanistan provoque des réactions de rejet aux Etats-Unis. « Depuis quand la ville s’est-elle transformée en champ de bataille ? », s’interroge un habitant sur la page Facebook de la police de Salinas, en Californie, cité par le Wall Street Journal. Dans le New Hampshire, l’Etat de New York et l’Ohio, des protestations se sont fait entendre. Au total, un stock de quelque 11 000 véhicules blindés doit être cédé par le Pentagone. Jean-Michel Normand

15 février 2014


GI Joe et Barbie sont-ils déprimés ?

Andrew Winning/Reuters. Brad DeCecco/Redux-Rea. Jean-Christophe Magnet/AFP. William Beaucardet/Urba Images Server

Alors que

les ventes de Barbie (Mattel) ont de nouveau dévissé de 6 % en 2013, celles de GI Joe (Hasbro), qui a 50 ans cette année, ne sont pas non plus à la fête. Hasbro, qui a annoncé le 10 février des résultats décevants pour le dernier trimestre, souligne que les « jouets de garçons » (figurines du type GI Joe mais aussi toupies Beyblade et petites voitures) sont en recul. De quoi inquiéter les croisés anti-théorie du genre… Pour les professionnels du jouet, le problème vient surtout de l’attrait qu’exercent les tablettes et les jeux sur smartphone.

Notre ballon rond rend-il fainéant ?

Après Carlo Ancelotti, ex-coach du PSG, qui avait évoqué dans le Financial Times l’absence d’une « mentalité de gagnant » chez les footballeurs français, c’est Gregory van der Wiel, défenseur du PSG, qui exprime sa stupéfaction. Le 9 février, dans le Journal du Dimanche, le joueur néerlandais décrit certains jeunes joueurs français de son équipe comme étant « toujours en train de se marrer », souvent en retard à l’entraînement et rarement présents en salle de gym. « Ici, c’est comme s’ils n’en avaient pas grand-chose à faire du foot », s’étonne-t-il. Franck Berteau

Quelqu’un a-t-il multiplié les pains ? Entre les deux grands

consultants spécialisés dans la restauration en France, c’est la guerre des chiffres. Le 5 février, Gira Conseil annonce que le sandwich (2,1 milliards d’unités consommées en 2013) devance largement le burger (970 millions). Des statistiques qualifiées d’« idées reçues » le 10 février par NPD Group qui n’a comptabilisé qu’un milliard de sandwichs vendus en 2013 et voit le burger (900 millions) talonner son concurrent. Aucune conférence de consensus n’est prévue entre les deux cabinets. J.-M. N.

J.-M. N.

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Juste un mot Uber. Par Didier Pourquery

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über-chic et confortable » ou « j’adore le léopard, en petites touches, c’est über-chic » ou « le sac banane, c’est uber-chic, surtout quand tu commandes une Suze au Baron ». J’arrête les exemples (authentiques, je précise) d’uber ; ils me mettent dans l’état d’un taxi parisien soumis à la concurrence sauvage et, de toute façon, vous avez compris l’idée. Du snobisme décalé de gens qui cherchent absolument à parler le jargon qui les fera reconnaître de leurs pairs du réseau. notons en passant – mais nous y reviendrons –

qui sévit entre l’avant-guerre (de 1914) et l’après-guerre (de 1945). Alain Schifres vient justement de publier (en français) aux éditions First un ouvrage épatant (donc), My tailor is rich but my français is poor, sur l’omniprésence de l’anglais dans les colonnes de la presse fashion et les conversations branchées. Si vous n’en pouvez plus des hype, spots, flagships, concept stores, corners et backstages, ce livre construit comme un anti-manuel de « bas-franglais contemporain » est pour vous. Il s’ouvre sur une belle citation de la philologue Barbara Cassin que je ne peux m’empêcher de reproduire ici : « Quand la langue d’usage général n’est plus que du “globish”, en l’occurrence du global english, et qu’il n’y a plus ni invention, ni goût, ni jugement, il n’y a tout simplement plus de langue. » Je ne sais pas pour vous, mais moi je la trouve uber-pertinente, cette phrase-là!

dans le sens de tellement. Depuis les excellents magazines So Foot ou Sofilm jusqu’à « so chic » ou à l’expression dépréciative « so xxe siècle », qualificatif que l’on réserve aux gens ou aux choses ringardes. Voire aux institutions : j’ai lu sur Twitter, lieu de toutes les apocopes, la phrase suivante : « L’UE, c’est so xxe siècle ». Monnet et Schuman en resteraient bouche bée. Revenons à uber. Il remUber remplace souvent le mot place souvent le mot ultimate – prononcez « ulti“ultimate”, devenu un peu bling-bling, mette » –, devenu un peu bling-bling, ou les ou les “so dépassés” ultra, hyper, hypra « so dépassés » ultra, hyou supra; ou encore le tout simple per, hypra ou supra ; ou encore le tout simple “top”; comme dans “ton haut est top” « top » comme dans « ton (et non l’inverse). Sans parler de super, haut est top » (et non l’inverse) ou « cet hôtel est carrément préhistorique. top-classe ». Sans parler de super, carrément préhistorique, ou vintage selon les cas. On pourrait d’ailleurs essayer de relancer super-chouette (so 1960’s) ou extra (so 1970’s) ou formid’ (so 1950’s) à la place d’ubercool. On laisserait ce tic verbal global aux fashionistas et par la même occasion leurs « grave bien » ou « trop swag » aux collégiens. Rien de plus ridicule que des adultes responsables piquant leurs mots aux ados ou aux nightclubbers. Super-chouette, qui a son âge et le revendique, pourrait remplacer moult tournures de franglais pour beaucoup de gens raisonnables. Pour ma part j’aime bien épatant, l’invasion douce de l’anglais « so »,

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ne traitera pas du groupe californien de covoiturage Uber, qui exaspère les taxis parisiens déjà énervés par les Lyft, Miinute, Heetch ou autre Jump. Nous parlerons d’uber, le qualificatif. Pour une fois il ne sera pas ici question d’un anglicisme mais d’un germanisme. Uber rôde depuis quelque temps dans les milieux de la mode, du design et du style contemporain : « Ce lieu est uber-chic, tu vois », « il est uber-classe, ton pull », etc. Bien sûr, l’expression a pour origine la préposition allemande signifiant « sur » ou « au-dessus de »; mais elle vient aussi du Manhattan début de siècle.Vers 2003, je fréquentais certains chroniqueurs new-yorkais fort à la mode (d’alors) qui parlaient d’une table basse « so uber-chic » et se laissaient même aller à des croisements de langues à propos de musique « uber-chou », pour signifier « hyper-cool ». Nous sommes là dans le jargon branché international qui se périme assez vite mais réserve toujours de belles surprises. Dans la même veine, on entendait et on entend encore « uber-elite », « uber-feminine », etc. Mais c’est toujours de l’américain. Or, voilà sept ans environ, uber-chic a débarqué en France. Avec ou sans tréma sur le u, il parsème les courriels, les commentaires des réseaux sociaux ou les articles de mode féminine. Comme dans : « La cape est la it-pièce indispensable de cette saison, c’est on, cette chronique


Le Magazine / Portrait / Analyse / Reportage / Enquête / Portfolio /

L’âme sombre d’Oscar Pistorius.

EPA/Maxppp

Le sprinter aux prothèses de carbone a-t-il prémédité le meurtre de sa petite amie? Le 3 mars, Oscar Pistorius devra répondre de cette accusation devant la cour d’assises de Pretoria, en Afrique du Sud. La chute, brutale, après l’ascension. Le journaliste anglais Matthew Pryor, qui suit Pistorius depuis 2004, a tenté de comprendre l’itinéraire de ce héros déchu. Vulnérabilité, fréquentations douteuses, goût prononcé pour les armes et les filles… Un cocktail détonant qu’une gloire soudaine aurait rendu explosif. Par Matthew Pryor/ Adaptation Eric Collier

Oscar Pistorius le 19 août 2013, devant le tribunal de Pretoria. Le jeune homme de 27 ans risque vingtcinq ans de prison.

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Le magazine.

Xinhua/Zuma/Rea. Andrea Ettwein/Reuters

Au tribunal de Pretoria, Oscar Pistorius (à droite) défend sa version des faits. Le matin de la SaintValentin, l’athlète dit avoir cru à la présence d’un cambrioleur et vidé son chargeur à travers la porte des toilettes. Reeva Steenkamp, sa petite amie, est retrouvée morte, touchée par quatre balles (ci-contre, la maison de Pistorius, sous scellés).

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en septembre 2004, je couvrais les Jeux paralympiques pour mon journal, The Times. Le stade olympique baignait dans une chaleur soporifique et la demi-finale du 200 mètres hommes semblait sans intérêt particulier, une formalité pour le grand favori, un Américain. Comme tout le monde ou presque dans les tribunes, je n’avais jamais entendu parler du concurrent installé dans le couloir d’à côté : un jeune Sud-Africain amputé des deux jambes au-dessous du genou. Il n’avait pas l’air très à l’aise avec la procédure de départ, les starting-blocks et le pistolet du starter. Il est resté cloué sur place quand la course a démarré et, lorsqu’il s’est enfin élancé sur ses prothèses en carbone, on aurait dit que plusieurs secondes s’étaient écoulées – il avait effectivement plusieurs secondes de retard. C’est là que le miracle s’est produit, un de ces moments qui font se hérisser les poils des bras. Le temps s’est arrêté, le jeune homme était le seul à être en mouvement sur la piste, en route pour une victoire écrasante. « Blade Runner » était né. Une performance tellement ébouriffante, une victoire absolue et une domination totale, qui sera encore plus nette lors de la finale. Incroyable. Ce garçon de 17 ans, maladroit et timide, avec un appareil dentaire, s’était mis au sprint depuis quatre mois seulement. Oscar Pistorius, c’était son nom, semblait prédestiné à devenir une star. Il l’est devenu. Neuf ans plus tard, au petit matin de la Saint-Valentin 2013, Oscar Pistorius, 26 ans, l’un des sportifs les plus célèbres au monde, a vidé le chargeur de son arme de poing, quatre balles, sur une jeune femme de 29 ans, sa petite amie, Reeva Steenkamp, un mannequin blond qu’il avait rencontré quelques mois auparavant. Elle est morte, et avec elle l’idée que le monde se faisait d’Oscar Pistorius. Comment l’épopée extraordinaire de l’adolescent que j’avais rencontré à Athènes peut-elle aboutir devant la cour d’assises du tribunal de Pretoria? Car c’est là que se jouera le prochain acte de cette tragédie shakespearienne, l’ascension et la chute d’Oscar Pistorius, qui devrait être jugé à partir du 3 mars. L’ascension vers la gloire olympique d’un garçon né à Pretoria sans péronés. La chute d’un athlète qui voudrait convaincre le monde entier que son geste fatal n’avait rien de prémédité et qui a enrôlé pour cela les meilleurs avocats. Parmi eux, Kenny Oldwage, un ancien policier du temps de l’apartheid, qui a contribué à l’acquittement de l’homme qui a tué l’arrière-petite-fille de Mandela. Pistorius a aussi fait appel à des experts en armes à feu, des médecins légistes. Face à eux, Thokozile Matilda Masipa, 66 ans, deuxième femme noire à être nommée juge en Afrique du Sud, décidera de son sort. ’étais à athènes

Lors du procès, ses défenseurs auront beau jeu d’insister sur la vulnérabilité de ce personnage hors normes – non sans une certaine ironie, tant il donnait l’image de quelqu’un qui refusait qu’on s’apitoie sur son sort. Oscar avait 11 mois quand ses parents ont décidé, après de nombreuses consultations, de le faire amputer. Son père lui a expliqué par la suite qu’il lui faudrait être patient face au regard des gens. Qu’il ne fallait pas pleurer si les choses tournaient mal. Plus tard, il a maîtrisé parfaitement l’art de raconter aux médias son enfance heureuse, où « handicap » et « je ne peux pas » ne faisaient pas partie du vocabulaire familial. « La perception que les gens ont de vous dépend de la perception que vous avez de vous-même », aimait répéter Pistorius au temps de sa gloire sportive, comme un mantra. Avant le meurtre de sa petite amie,des articles de presse avaient évoqué la face sombre d’Oscar, son tempérament changeant, de plus en plus ombrageux, son côté coureur de jupons. Mais cet homme rangeait sa vie et ses connaissances dans des compartiments. La famille – sa sœur et son frère, son père, Henke, mais aussi son oncle Arnold et sa tante Diana, chez qui il avait habité un an après la mort de sa mère. Son entraîneur, Ampie Louw. L’agent, Peet van Zyl, qu’Oscar décrivait comme une figure quasi paternelle et que son frère, Carl, n’a jamais aimé. Les nouveaux amis.Les anciens amis – nombre d’entre eux s’étaient éloignés depuis quelque temps. Pendant une Période, jusqu’en 2008, j’étais dans l’un de ces comPar-

timents. AprèsAthènes,nous avons lié connaissance et il a donné

son accord pour se prêter à la réalisation d’un documentaire. J’ai voyagé avec lui dans le monde entier, j’ai aussi rencontré sa famille, tout cela pour un documentaire, The Fastest Man On No Legs (l’homme sans jambes le plus rapide), pour la télévision anglaise. J’ai suivi de près ses tentatives répétées pour concourir avec des athlètes valides, avec les stars de l’athlétisme. En mai 2008, le tribunal arbitral du sport finira par accéder à ses folles ambitions. Trop tard pour prendre part aux Jeux olympiques de Pékin, mais bien assez tôt pour se préparer à ceux de Londres, en 2012, où il atteindra les demi-finales du 400 mètres. Avec les athlètes valides. Il était alors sur le point de signer les plus gros contrats de sponsoring de sa vie. J’ai continué à le croiser après le documentaire diffusé, entre autres, sur Channel 5 et sur Arte en 2008, mais cela faisait trois ans qu’on ne s’était pas vus lorsque j’ai appris le meurtre de Reeva Steenkamp. Je l’ai vécu comme un choc, comme tout le monde. Oscar Pistorius est poursuivi pour crime prémédité. Lui affirme qu’il a tiré à quatre reprises à travers la porte des toilettes de sa maison parce qu’il croyait qu’un intrus s’était caché là et que son amie dormait toujours. Il faut attendre le procès pour disséquer les faits. Mais l’un d’eux, glacial, est établi : Oscar a tué une jeune femme. Elle n’est pas morte sur le coup. Difficile d’imaginer sa terreur quand les balles ont traversé la porte des toilettes. Oscar devra vivre avec ces images et ces cris pour le restant de ses jours. J’ai voulu essayer de comprendre ce qui s’était passé. Il y a quelques semaines, en janvier, je suis retourné en Afrique du Sud pour préparer un deuxième documentaire. Je n’ai pas revu Oscar – après huit jours de détention, la justice sud-africaine a ordonné sa libération sous caution, le 22 février 2013, et l’a placé en liberté surveillée. Mais j’ai pu parler avec quelques-uns de ses proches, notamment son oncle Arnold à Pretoria, et mesurer combien cette histoire représentait une tragédie nationale en Afrique du Sud. Oscar Pistorius incarnait cette détermination à se battre contre vents et marées qui correspond à l’idée que ••• 35


••• se font les Sud-Africains de leur identité. Le meurtre a touché toutes les communautés de la « nation arc-en-ciel », pour toutes les mauvaises raisons. L’Afrique du Sud figure en tête, ou presque, des pires tableaux de statistiques : taux de meurtres, morts par balles, meurtres de femmes, nombre de femmes tuées par leur partenaire. Sur un plan purement statistique, Reeva Steenkamp est seulement l’une des trois femmes assassinées en moyenne chaque année par leur partenaire un soir de Saint-Valentin. Un chiffre sans doute sous-estimé : selon une étude publiée par la revue scientifique The Lancet en 2009, « au moins la moitié des femmes tuées en Afrique du Sud sont victimes de leur partenaire masculin ». Pour les personnes que j’ai pu rencontrer, une chose est sûre : Oscar Pistorius vivait avec une pression toujours plus forte sur les épaules. D’où venait cette pression, comment se matérialisait-elle ? Ces questions risquent d’être parmi les plus importantes du procès, de celles qui partageront l’opinion. Dans ces conversations, un thème est revenu régulièrement : Oscar avait radicalement changé. Depuis quand ? C’est là que les versions divergent. Dans une interview que j’avais enregistrée à l’époque du documentaire, Vicky Miles, une ancienne petite amie, racontait un avant et un après-Athènes 2004 : « Avant, il avait l’air tellement jeune mais, deux mois plus tard, il n’était pas du tout le même. Il était devenu plus mature, débrouillard, c’est incroyable comme il avait évolué sur les plans émotionnel, spirituel et physique. »

Oscar ne se déplaçait plus sans son 9 mm. Quelques mois avant le drame, il avait déjà déchargé un pistolet à la table d’un restaurant.

de Kyalami. Dès cette première rencontre, le 4 novembre 2012, l’athlète handicapé avait tout fait pour séduire la belle. Le soir même, il l’invitait à une cérémonie officielle, au plus grand désespoir de sa petite amie de l’époque. On lui avait déjà prêté d’autres liaisons avec des jeunes femmes blondes, comme le top-modèle russe Anastassia Khozissova qu’il avait rencontrée en juillet à New York.

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ous [reeva et lui] étions très amoureux. Je ne Pou-

et je sais qu’elle partageait ce sentiment », a déclaré Oscar Pistorius devant les magistrats avant d’être libéré sous caution. Après le meurtre de Reeva, Cecil Myers, le père de sa meilleure amie, a toutefois rappelé combien Oscar lui avait semblé « pressé, impatient, très ombrageux » en compagnie de la jeune femme. « Reeva m’a dit qu’il lui avait un peu forcé la main, qu’elle se sentait piégée. J’ai demandé à Oscar de la laisser respirer. » De fait, l’athlète était, semble-t-il, du genre possessif avec les femmes. En septembre 2012, il aurait promis à Quinton Van der Burgh, un magnat de la télévision et de l’industrie du charbon, de lui casser la gueule s’il n’arrêtait pas de tourner autour de sa petite amie de l’époque. Plus tard, quand un ami de Van der Burgh a demandé à Pistorius de se calmer, ce dernier l’aurait menacé de lui « casser les jambes ». Les trois hommes ont par la suite échangé des SMS au ton de plus en plus vif. Si vif que les Hawks, la brigade de police sudafricaine spécialisée contre le crime organisé, ont dû intervenir pour calmer les esprits. Quelques mois avant la Saint-Valentin, Oscar avait déjà déchargé un pistolet à la table d’un restaurant de Johannesburg, Tashas. Il avait tiré en direction du sol, sans blesser personne. A l’époque, nul n’avait souhaité ébruiter l’affaire. Apparemment, il ne se déplaçait plus sans son calibre de 9 mm ; quand il était invité à dîner, il lui arrivait de poser son arme sur la table. L’opinion publique est très divisée à ce sujet. Détenir une arme à feu a beau être chose courante en Afrique du Sud, l’exhiber à tout bout de champ n’a rien de banal, surtout dans les milieux aisés que Pistorius fréquentait. Quelques-uns de ses proches ne se sont pas gênés pour le lui rappeler. D’autres ont considéré que son arme n’était jamais qu’une sorte d’accessoire de mode, un « truc cool ». Reeva Steenkamp elle-même n’avait rien contre les armes à feu, ni contre les voitures de sport, l’autre passion d’OsPremière métamorPhose. Pour cercar. Au tribunal, l’accusation n’aura donc aucun mal à le détains de ses proches, les dérives peindre comme un amateur de gâchettes.En plus du 9 mm qu’il ont commencé un peu après, pour a dirigé contre sa petite amie, Pistorius avait demandé des autod’autres, elles remontent aux len- risations pour six autres armes à feu en janvier 2013 : un revolver demains des JO de Londres, à Smith & Wesson Model 500, trois fusils de chasse, Maverick, l’été 2012. Quelques-uns réfutent Winchester et Mossberg ;un revolver Special de calibre .38 et un tout changement de caractère, ils fusil Vector .22. Il avait obtenu le droit de détenir une arme depensent que la nuit de la Saint-Va- puis 2010, après qu’une autorisation lui avait été refusée une lentin n’a été qu’un moment de première fois en 2008, pour une raison encore inconnue. folie. Mais ceux-là mêmes recon- D’autres histoires ont refait surface. Celle où il aurait pratiquenaissent qu’ils étaient perturbés ment tiré sur son chien, Capone, dans un moment de panique. par les récentes fréquentations de Puis celle de ce tweet tristement célèbre de novembre 2012, Pistorius. Oscar avait un nouveau passé inaperçu à l’époque mais retrouvé après le meurtre : cercle d’amis, des propriétaires de yachts et de belles voitures « Rien ne vaut de rentrer à la maison, entendre le bruit de la maqui l’initiaient à leur vie de flambeur. Justin Divaris, 40 ans, di- chine à laver, penser qu’un intrus est là et pénétrer dans la buanderie recteur du Daytona Group – détenteur des droits commerciaux en mode close-combat ! Waah. » Curieux, certes. Mais rien de tout de Rolls Royce,Aston Martin et SunseekerYachts pour l’Afrique ça ne signifie meurtre prémédité.Au contraire, ses avocats vont du Sud –, était devenu son « vrai ami », disait-il. Après les JO insister sur cet aspect de sa personnalité : il était inquiet pour sa de Londres, ils avaient voyagé ensemble à Las Vegas, pendant sécurité. Pendant sa période de détention provisoire, en février la tournée médiatique d’Oscar aux Etats-Unis. Il est l’une des 2013, ses défenseurs ont longuement expliqué comment Pistopremières personnes que Pistorius a appelées après le meurtre, rius avait sollicité la protection des Hawks. vers 3h35 du matin. Trois mois auparavant, c’est lui, Justin Di- Oscar Pistorius avait gardé de son éducation dans une école varis, qui avait présenté Reeva à Oscar sur le circuit automobile privée de bonnes manières, tout en charme et en politesse. •••

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vais Pas rêver mieux


Le magazine.

Streeter Lecka/Getty images/AFP. Rogan Ward/Reuters

Londres, août 2012. Premier athlète handicapé à participer à des Jeux olympiques avec des valides, Oscar Pistorius court le 400 mètres puis le relais 4 x 400 avec l’équipe sudafricaine. Le jeune homme est alors au sommet de sa gloire. Pour certains de ses proches, son changement de comportement date de cette période. Quelques mois plus tard, au matin du 14 février, l’Afrique du Sud apprend la mort de la belle Reeva Steenkamp. Une nouvelle qui bouleverse la «nation arc-en-ciel », tant Pistorius incarnait une figure de héros.

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Le magazine.

Quelques jours après le drame, Oscar Pistorius s’effondre lors de son audition devant le tribunal de Pretoria. Pour convaincre le monde entier que son geste n’était pas prémédité, le jeune homme a fait appel aux meilleurs avocats du pays, à des experts en arme à feu et à des médecins légistes.

Antoine de Ras/Redux/Rea. Ben Stansall/AFP

Né sans péronés, Oscar Pistorius a été amputé à l’âge de 11 mois. « Comment pourrais-je me considérer comme handicapé alors que j’ai tant de capacités plus importantes que ce handicap ? », répète souvent l’athlète.

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••• Mais il lui arrivait de les oublier, comme ce jour de septembre 2012 où il avait mal encaissé sa défaite en demi-finale du 200 mètres des Jeux paralympiques de Londres face au Brésilien Alan Oliveira. Mauvais perdant, il avait dénoncé les conditions de cette course, rendues inéquitables selon lui par la longueur des prothèses de son vainqueur. Pour tous ceux qui le connaissaient bien, cette mauvaise humeur n’avait rien de passager, elle révélait un aspect de son caractère. Tout le monde, en revanche, connaissait son tempérament soupe au lait. Je me souviens que son frère et sa sœur lui en parlaient en 2007 en s’amusant. Il lui arrivait de s’assombrir, de se mettre en retrait, avant de redevenir plus souriant. Il pouvait aussi être impétueux, en témoigne cet accident de hors-bord en 2009 sur la rivière Vaal qui lui avait valu 172 points de suture au visage. Il avait toujours aimé faire du karting à toute vitesse, un style de conduite qu’il conservait en voiture. Un soir de décembre 2005, il avait aussi failli mourir en s’endormant au volant. Il s’en allait rejoindre sa petite amie, Vicky Miles, après une grosse engueulade au téléphone.

de déverser sa colère dans le sport après la mort de leur mère.A la suite d’une blessure sur un terrain de rugby, il était presque venu par hasard à l’athlétisme, un parfait exutoire. Sa mère est morte avant de l’avoir vu courir, sa plus grande tristesse. « Je pense à elle plus que tout, écrit-il dans son autobiographie, Blade Runner (Virgin Books Limited, 2009). Je sais qu’elle me protège. Le simple fait de penser à elle me donne du courage et m’apaise. »En public, Oscar se montrait toujours sous son meilleur jour, rares étaient ceux auxquels il laissait deviner la dureté de sa condition, ses moignons gonflés, égratignés et ensanglantés par les frottements dus à la course. Vicky Miles se souvient de cette époque où, alors qu’on était en train de lui poser de nouvelles prothèses, il n’avait qu’une jambe équipée et se déplaçait avec des béquilles. « Au centre commercial, tout le monde le regardait. Il avait dû relever son jean sur la jambe manquante et on istoire tristement banale, la célébrité et ses pripouvait voir qu’il avait un handivilèges provoquent parfois d’importants dégâts, cap. » Elle avait été choquée par particulièrement chez les jeunes qui ont grandi le regard des gens. Lui avait pris dans un environnement compliqué et que l’habitude d’en parler comme l’adulation des foules a éloignés des réalités. d’un faux problème : « Comment Mike Tyson, par exemple, a raconté comment il s’était mis à pourrais-je me considérer comme croire qu’il pouvait avoir tout ce qu’il voulait. « Ma seule ligne handicapé alors que j’ai tant de de conduite, c’était gagner, conquérir, être le plus fort, disait-il. capacités plus importantes que ce J’en étais arrivé à penser que tout m’était dû, que telle ou telle fille handicap ? » Bien évidemment, devait coucher avec moi. » Oscar Pistorius vient certes d’un ce n’était pas aussi simple. Il lui milieu plus favorisé que celui de Tyson, mais la célébrité a une arrivait d’ouvrir sa porte sans ses dynamique propre. Si la gloire tend à corrompre, la gloire prothèses, cela provoquait une mondiale tend à corrompre à très grande échelle. Ajoutez à gêne chez son interlocuteur. cela une passion pour les armes : l’explosion devient inévi- Même chez ses plus proches table. Car, à ses yeux, la gloire c’était aussi cela, la possibilité amis, cela causait toujours un efde s’adonner pleinement à sa passion pour les voitures, les fet de surprise tant ils étaient armes à feu et les filles, sans aucun contrepoids familial. En peu habitués à le voir ainsi. effet, depuis que ses parents s’étaient séparés, l’autorité morale de son père, Henke, avait faibli ; Oscar ne le considère sauver les apparences, refuser d’ailleurs plus tellement comme un père et ils ne se sont pra- d’admettre la moindre faille dans tiquement pas vus durant ces dix dernières années. Le 6 mars son bonheur.Cela a un prix d’au2002, Henke s’était présenté inopinément au lycée de Preto- tant plus élevé que l’image surria pour annoncer à son fils la mort de sa mère. Sheila Pistorius humaine qu’il renvoyait s’éloiétait mal en point depuis quelque temps, elle avait été hospi- gnait de la réalité. Mais avec qui talisée mais personne n’imaginait que sa vie était en danger. pouvait-il en parler ? Certains, « J’ai cru que j’avais plutôt bien accepté sa mort, a écrit Oscar parmi ses proches, ont bien perPistorius dans son autobiographie parue en 2009. J’étais le seul çu son air préoccupé début 2013. à ne pas pleurer [à l’enterrement] et j’ai réconforté mon frère et L’un d’eux a même essayé ma sœur… mais le lendemain je me suis réveillé en larmes. d’aborder la question avec Oscar. J’avais complètement perdu mes repères. » Quand il a proposé son aide, il Lors du tournage du documentaire, nous avons connu un grand s’est entendu répondre que tout moment de tension alors que nous faisions le tour des maisons était sous contrôle. qu’il avait habitées dans sa jeunesse à Johannesburg. Ses Compartimenter sa vie, pourmeilleurs et ses pires souvenirs étaient là, dans la maison de son quoi pas. A condition de conserenfance, à Constantia Kloof. Une grande bâtisse surplombant la ver un regard honnête sur soiville qu’il avait habitée avec ses frère et sœur et qu’ils avaient même, de ne pas se présenter dû quitter au moment de la séparation de leurs parents, quand sous un jour différent d’une peril avait 6 ans. Il n’y était jamais revenu. Le tournage se passait sonne à l’autre.A mon avis,beaubien, jusqu’à ce qu’on évoque sa mère. « Je n’ai pas envie d’en coup de gens vont découvrir lors parler, avait-il dit en se détournant de la caméra. Bien évidem- du procès des choses qu’ils ignoment que je pense à ma mère ici. Mais cela ne regarde personne, je raient.En ce qui me concerne,je ne savais rien de sa passion pour ne veux pas que qui que ce soit ait pitié de moi. » Oscar faisait plus les armes. Mais j’ai peur que certains détails de sa vie, les meque protéger sa vie privée. Même en famille, il ne parlait pas naces qu’il a pu proférer, son attitude envers les femmes ou ses souvent de sa mère. Il était furieux quand, au soir de son 21e an- textos soient dévastateurs pour sa famille. D’autant plus si des niversaire, son frère Carl eut l’idée de lire à voix haute l’une des preuves irréfutables de la préméditation devaient surgir. Comnombreuses lettres que Sheila avait écrites à ses trois enfants. ment admettre que derrière le «héros» Pistorius, gentil garçon Selon Carl, son aîné de vingt mois, Oscar avait pris l’habitude et athlète hors du commun, se cachait un meurtrier?

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Si la gloire tend à corrompre, la gloire mondiale corrompt à très grande échelle. Ajoutez à cela une passion pour les armes : l’explosion devient inévitable.

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lle est assise sur

ses rangers tandis que la maquilleuse lui noircit les sourcils au crayon. Les caméras sont déjà à l’affût. Le tournage va démarrer. Zohal Sajjadi ajuste sa tenue de camouflage tigrée de kaki et de brun. Sa frange de jais glisse sous son châle de soie bleu. La jeune comédienne campe une héroïne de la série « The Defenders » (défenseurs) diffusée sur la chaîne Tolo TV, la plus audacieuse du nouveau paysage audiovisuel afghan. Elle y interprète le rôle d’une policière de choc, membre des forces spéciales. « Il faut y aller maintenant, il faut y aller », s’exclame Tarique Qayumi, le réalisateur de l’épisode, un Afghano-Canadien au crâne dissimulé sous un bonnet de laine. Zohal Sajjadi écarte gentiment le fusain de la maquilleuse et se dresse sous la voûte grêlée d’impacts. Tel un spectre drapé de fauve, elle erre ainsi dans la pénombre silencieuse des ruines du palais de Darulaman (« demeure de la paix »). De facture néoclassique, le château à l’abandon – il fut bâti par le roi modernisateur Amanullah dans les années 1920 – est juché sur une butte au sud-ouest de Kaboul. Ratatiné par la mitraille des guerres d’antan, le vestige royal n’en finit pas d’exposer son marbre fantôme, pathétique allégorie d’un Afghanistan avorté. Les chiens errants, les gamins des rues et quelques tagueurs échouent parfois sous les arches lépreuses. La série « Defenders » a intronisé Zohal en célébrité du petit écran. Jouer la policière d’élite traquant les mafieux et les narcotrafiquants n’est pas anodin en Afghanistan. C’est un acte de bravoure. Mieux : une pétition politique. Zohal ne cache rien de son message. « Je veux prouver, à travers ce rôle, que les femmes sont capables d’accomplir les mêmes tâches que les hommes », clame-t-elle. La jeune Afghane se rêve en modèle social. Femme publique et justicière en tenue de combat: le symbole est puissant. Mais pareille audace ne va pas de soi en Afghanistan. Une partie de sa famille – un oncle et des cousins – la désavoue. Zohal a commencé sa carrière à Tolo TV comme simple secrétaire. Puis on lui a proposé de

doubler en dari les séries étrangères diffusées par la chaîne. Tant qu’elle ne laissait transparaître que sa voix, la famille ne trouvait rien à y redire. Les choses se sont gâtées quand elle est devenue comédienne, endossant de surcroît des tuniques martiales. « Ils m’accusent de porter atteinte à l’image de la famille en m’affichant ainsi sur un écran, rapporte-t-elle. Ils me disent que ce n’est pas le rôle d’une fille. » On la met aussi en garde contre une éventuelle réaction des talibans aux yeux desquels la seule idée d’une femme en uniforme est une hérésie. Zohal prend le risque au sérieux. Avant, elle sortait aisément dans la rue le visage découvert, châle bien noué sous le menton. « Désormais, je me voile également le bas du visage, soupire-t-elle. Car je sens un danger. » Par son ambivalence même, l’histoire de Zohal résume le sort des femmes dans

l’Afghanistan d’aujourd’hui, coincées entre d’indéniables progrès et de tangibles menaces.A moins d’un an du départ complet du contingent des troupes de combat de l’OTAN, fin 2014, l’inquiétude monte à Kaboul dans les cercles de femmes attentives à sauver les acquis de la reconstruction post-2001. Ces avancées résisteront-elles à la démobilisation des opinions publiques étrangères, atteintes – comme leurs gouvernements – du syndrome de la « fatigue afghane » ? Seront-elles épargnées par le réveil des factions ultraconservatrices au sein même du régime installé par l’Occident au lendemain du renversement de l’ex-régime taliban (1996-2001) dans la foulée du 11-Septembre ? Ne risquent-elles pas de faire les frais de la « réconciliation » avec les insurgés talibans – ceux-là mêmes qui avaient interdit aux filles d’étudier et aux femmes de travailler quand ils étaient au pouvoir – que chacun estime inévitable afin de solder une guerre sanglante déjà longue de douze ans? A l’heure où l’Occident s’apprête à baisser le rideau sur l’Afghanistan, un nouveau conflit est en train de mûrir, non plus militaire mais idéologique. Une farouche bataille entre les défenseurs des gains de liberté post-2001 et les conservateurs sur le retour qui estiment que l’Afghanistan est allé trop loin dans l’« occidentalisation ». Et les femmes sont au cœur de ce choc à venir. Les « acquis » de la condition féminine engrangés depuis 2001 sont incontestables. Alors que le bilan de douze années de présence internationale est pour le moins controversé – guerre, corruption, gaspillage, rebond de l’opium… – la promotion des droits des femmes est l’un des rares succès à porter au crédit de la « reconstruction ». Certes, les progrès sont limités aux grandes villes et n’ont touché que superficiellement (Suite page 44) •••

Afghanistan Liberté surveillée. Elles votent, suivent des études, sont députées, journalistes, policières… Douze ans après l’intervention de l’OTAN, les femmes afghanes ont acquis des droits. Un progrès aujourd’hui menacé par la probable “réconciliation” du régime d’Hamid Karzaï avec les talibans. A Kaboul, les conservateurs déclarent la guerre à la modernité. Par Frédéric Bobin/ Photos Lorenzo Tugnoli et Oriane Zérah

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Dans la série « The Defenders », la comédienne Zohal Sajjadi incarne une policière d’élite traquant les mafieux et les narcotrafiquants. Un rôle qui lui a valu d’être désavouée par une partie de sa famille.

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Pour Diana Saqeb, documentariste (3), « Hamid Karzaï fait semblant de croire aux droits de la femme, car il a besoin des financements de la communauté internationale ». Le courant ultraconservateur pèse de plus en plus, et le dialogue avec les talibans devient inévitable. Des talibans qui menacent de mort la députée Fawzia Koofi (1), visée par deux tentatives d’assassinat. « Les femmes seront-elles sacrifiées pour la paix ? », se demande Sonia Eqbal (2), présidente du mouvement des jeunes réformateurs. Wazhma Frogh (4), est directrice d’ONG.

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Photos Lorenzo Tugnoli pour M Le magazine du Monde – 15 février 2014


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Oriane Zérah

Pour les talibans, la simple idée d’une femme en uniforme est une hérésie. En jouant dans « The Defenders », Zohal Sajjadi sait qu’elle prend des risques et sort désormais dans la rue le visage entièrement voilé.

Plus elles s’affichent dans l’espace social, plus elles deviennent des cibles. Durant les six premiers mois de 2013, le nombre de cas de violences contre les femmes a augmenté de 24,7 %. 43


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l’arrière-pays rural, notamment le Sud pachtoune, mais nul ne les tient pour insignifiants.A l’Assemblée nationale, 27,7 % des députés sont des femmes (soit un taux supérieur à la moyenne mondiale de 21,7 %). Et celles-ci commencent à s’imposer dans des positions de pouvoir: une présence multipliée par quatre dans la police (par rapport à 2007) et par trois dans la justice (par rapport à 2003). Dans l’enseignement, c’est encore mieux : 40 % des élèves du primaire et du secondaire sont des filles. A Kaboul, une scène, touchante, est devenue quotidienne: des marées de gamines inondent les rues à l’heure de la sortie des écoles, jusqu’à provoquer des embouteillages. Parfois un vieillard enturbanné accompagne sa petite-fille, la prenant par la main le long des murs en torchis qui segmentent la capitale.Ainsi se dévoile une société afghane très différente de celle qui émergeait en 2001 des griffes du régime taliban. Présentatrice vedette de 1 TV, une chaîne dont le tiers des journalistes est constitué de femmes, Aisha Ilyad le dit très explicitement: « Ma famille est aujourd’hui fière de moi alors qu’elle était au début très hostile à l’idée que je m’expose publiquement. Les mentalités évoluent. » La députée Fawzia Koofi, qui fut rejetée à sa naissance par sa mère parce qu’elle était une fille, le confirme : « La société s’est transformée, il sera difficile de revenir en arrière. » « Je ne vois pas comment on pourrait accepter de s’évanouir dans l’obscurité comme avant 2001 », enchérit Wazhma Frogh, directrice de l’ONG Women Peace and Security Research Institute. Fille d’un général ayant servi l’ex-régime communiste, Wazhma Frogh s’est forgé une conscience civique dans l’exil des camps de réfugiés au Pakistan. Elle sait trop le chemin parcouru depuis douze ans.

••• (Suite de la page 41)

papier, il n’est pas fondamentaliste. Coalition hétérogène forgée par le président Karzaï avec l’aval de la communauté internationale, qui le subventionne généreusement, il mêle, au gré d’alliances tactiques, libéraux, islamistes, technocrates, ex-chefs de guerre, ex-royalistes et ex-communistes. Un point d’équilibre avait été trouvé et le régime semblait plutôt éclairé, en tout cas sur la question des femmes. Or le vent est en train de tourner. Désireux de ne pas apparaître comme une « marionnette » de l’Occident vendue à l’Amérique, Hamid Karzaï se rapproche de forces ultraconservatrices dont l’idéologie n’est pas éloignée de celle des talibans. « Sur le plan personnel, Hamid Karzaï est quelqu’un d’ouvert mais il est maintenant politiquement entouré d’extrémistes », se désole Fawzia Koofi. « J’ai rencontré dans l’administration des hauts fonctionnaires ou des juges qui sont pires que les talibans », s’indigne Wazhma Frogh.

C

e courant ultraconservateur ne se cache plus. Il s’agite désormais au Parlement, inspirant nombre de tentatives de remise en cause des droits acquis.Ainsi de la suppression en mai à la Wolesi Jirga (Assemblée nationale) de la disposition de la loi électorale allouant aux femmes un quota de 25 % de sièges dans les conseils provinciaux. Il a fallu une contre-offensive des parlementaires femmes pour que le quota soit réimposé, abaissé à 20 %. Autre exemple : les conservateurs ont fait capoter l’adoption d’une loi sanctionnant les violences contre les femmes introduite à l’Assemblée nationale par Fawzia Koofi. La législation existait déjà depuis 2009, mais la députée souhaitait en consolider la base juridique en lui donnant force de loi. Mal lui en a pris. Durant le débat en ais voilà: le malaise est palpable face à un avenir de plus séance publique, les élus défenseurs de la charia sont montés au créneau en plus incertain. La perspective d’un dialogue poli- pour fustiger une loi « anti-islamique ». La virulence des échanges a été tique avec les talibans suscite une profonde méfiance telle que le projet a été retiré, laissant un goût de défaite dans les milieux chez les femmes rencontrées à Kaboul. La mémoire de éclairés de Kaboul désormais sur la défensive. Et de triomphe chez les l’ostracisme vécu sous leur régime demeure intacte. conservateurs du régime en plein réveil. « Les éléments antidémocrates « Seront-elles sacrifiées pour la future paix? », interroge Sonia Eqbal, direc- montrent leur vrai visage, souligne Fawzia Koofi. Ils se préparent déjà à la trice d’une agence de relations publiques et présidente du mouvement perspective d’un retour des talibans au pouvoir. » des jeunes réformateurs. Imagine-t-on en effet les talibans déposer les Abdul Sattar Khawasi est l’une des personnalités en vue de cette faction. armes et intégrer les institutions sans exiger en échange des concessions On le rencontre dans son bureau du Parlement, un ensemble de bâtiidéologiques, en particulier sur leur propre lecture de la charia (loi cora- ments ternes cernés de hauts murs hérissés de barbelés. Pour y entrer, le nique)? « Tout devient très fragile, nous sommes désormais sur la corde raide », visiteur doit montrer patte blanche à une enfilade de check-points. Turgrince Diana Saqeb, documentariste et auteure de nombreuses produc- ban gris-bleu et barbe fournie, Abdul Sattar Khawasi porte un veston tions sur les droits des femmes en Afghanistan. passé sur son salwar kameez (tunique traditionnelle bouffante). Dans un Déjà, la pression commence à se faire sentir. Comme si la transition en moelleux fauteuil de cuir, il a l’air sûr de lui, de son bon droit. Il n’hésite cours libérait des forces en embuscade. Le nombre de cas de violences pas longtemps avant de dévoiler son courroux à la première évocation de contre les femmes a augmenté de 24,7 % durant les six premiers mois de la loi sur les violences contre les femmes. « Certaines dispositions de la loi l’année 2013 par rapport à la même période de 2012, selon les données sont contre la charia, assène-t-il. La loi a été écrite en Amérique. Nous n’acrecueillies par l’Afghanistan Independent Human Rights Commission. ceptons que ce qui est conforme à notre loi islamique. Nous ne pouvons tolérer Parmi les assassinats emblématiques de ces derniers mois figurent ceux de ces influences occidentales qui perturbent notre société. » Prétendant évidemla lieutenante Islam Bibi, en juillet, la policière la plus haut gradée de la ment lui aussi défendre les droits des femmes, il lâche: « Que se passeraprovince méridionale du Helmand, puis en septembre de son successeur, t-il si une femme porte plainte contre son mari pour ce qu’elle estime être un la lieutenante Negar. L’avertissement est on ne peut plus explicite. « La comportement violent? Le mari divorcera. Et aucun autre homme ne voudra montée de la violence contre les femmes est une réaction des conservateurs face à ensuite se remarier avec elle. Est-ce cela le droit des femmes? » l’irruption de celles-ci dans des domaines d’activité jusque-là réservés aux Qu’espérer d’un avenir afghan où ce point de vue réactionnaire ne renhommes », explique Najlla Habibyar, directrice de l’Agence d’Afghanistan contre plus qu’une molle résistance ? « Le grand danger, c’est que le goude promotion des exportations et figure de la nouvelle génération de vernement de M. Karzaï ne croit pas sincèrement dans les valeurs des droits femmes à des postes de commandement. Plus celles-ci s’affichent dans de l’homme et des droits de la femme, déplore la documentariste Diana l’espace social, plus elles deviennent des cibles. Il suffit de voir Najlla Saqeb. Il fait semblant car il a besoin des financements de la communauté Habibyar donner des instructions à son équipe de collaborateurs masculins internationale. » Et cette communauté internationale qui avait jadis si dans son vaste bureau pour comprendre que quelque chose a changé en généreusement embrassé la cause des Afghanes – jusqu’à faire d’elles Afghanistan. Et c’est cela qui dérange. « Un jour, raconte-t-elle, un inconnu l’argument de l’intervention militaire de l’OTAN –, qu’en dit-elle? Les m’a appelée au téléphone et m’a mise en garde: “Faites attention à vous, vous femmes de Kaboul ont la fâcheuse impression que, là aussi, la vigilance feriez bien de vous inquiéter”. » La députée Fawzia Koofi a, elle, été visée s’émousse. « Quand nous allons voir les diplomates occidentaux à Kaboul par deux tentatives d’assassinat. La dernière date d’à peine un mois. « Les pour les alerter, s’indigne Fawzia Koofi, ils nous répondent qu’ils feront de services secrets afghans m’ont informée qu’un commando d’une trentaine de leur mieux mais qu’ils ne peuvent s’ingérer dans les affaires intérieures talibans est à Kaboul pour m’assassiner, soupire-t-elle dans un sourire triste. afghanes. » Et une autre députée, Sahera Sharif, professeure de littérature C’est angoissant, il m’arrive de ne pas en dormir la nuit, mais cela fait partie et fondatrice d’un club de poétesses, de lancer ce cri du cœur : « Nous de ma vie. » Si les talibans incarnent une menace extrême, l’adversité peut n’aurions pas acquis nos droits actuels sans le rôle joué par la communauté aussi émaner de l’intérieur du système politique en place à Kaboul. Sur le internationale. S’il vous plaît, ne nous laissez pas tomber! »

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Un bon réseau, c’est capital. Fiers d’être marseillais, même longtemps après avoir quitté leur ville pour s’installer à Paris. Plus de 200 personnalités du monde économique, politique et culturel, bien décidées à redorer le blason de Marseille, se retrouvent plusieurs fois par an dans la capitale pour asseoir leur “influence subtile”. Par Lisa Vignoli/ Illustration Artus de Lavilléon

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ans les salons cossus de la maison des polyTechniciens,

dans le 7e arrondissement de Paris, un seul indice révèle le point commun de ces messieurs en costume : sur un panneau, Notre-Dame-de-la-Garde brille dans l’ombre d’une tour Eiffel. Ici, pas de pastis à l’apéro ni de bouillabaisse au menu. Pas d’accent du Sud non plus. On ne l’a jamais eu. Ou on l’a perdu. Et pour cause, ces Marseillais-là ont en commun d’être « montés à la capitale » il y a longtemps. Leur club est né en 1996, « quasiment d’un serment d’ivrogne », plaisante son président, Philippe d’Amalric, 71 ans. « On en avait marre dans les dîners parisiens d’être en permanence charriés sur Pagnol ou la Mafia. » A l’origine de cette association des «Marseillais de Paris» donc, Philippe d’Amalric, un temps directeur de Télé Monte-Carlo. Et une « bande de copains » : le sculpteur César, l’avocat Paul Lombard – connu pour avoir plaidé dans l’affaire Ranucci –, Edmonde Charles-Roux ou encore Paul Giannoli, homme de médias, ex-directeur de Paris Match et père du cinéaste Xavier. On connaissait, à Paris, les puissants Corréziens, les Auvergnats actifs et les incontournables Bretons… Cette diaspora marseillaise a pour elle de s’être fait une place (au soleil) dans une ville à laquelle on l’a toujours opposée. Ils sont aujourd’hui près de deux cents membres. Un peu plus d’hommes que de femmes, mais rien, comprend-on, à côté du désert féminin d’il y a une dizaine d’années. Nettement plus de têtes grises que de jeunes loups, c’est vrai. Mais, là aussi, la relève s’organise. Et si, en ce dîner de rentrée, le 27 janvier, certains manquent à l’appel, on devine quand même le genre: beaucoup d’avocats – la ville connue pour son éloquence en produit une quantité considérable –, bon nombre de financiers, hauts fonctionnaires, chefs d’entreprise. L’association compte aussi des hommes politiques, «membres de droit» s’ils le souhaitent. «Jean-Claude Gaudin, évidemment, mais aussi Renaud Muselier et Jean-Noël Guérini, c’est vous dire si on est ouverts!», sourit le coprésident et banquier Patrick Harrel-Courtès. Ce soir-là, deux d’entre eux ont failli se croiser. La ministre déléguée, chargée des personnes handicapées et de la lutte contre l’exclusion, MarieArlette Carlotti, et le maire Jean-Claude Gaudin. Elle est arrivée de Marseille avec le «blues» sympathique, vantant, à l’heure de l’apéritif, le soleil du Sud contre le ciel du gris Paris. Lui, plutôt vaillant, est passé à l’heure du dîner. Il a serré la main de tous, saluant même ceux qu’il n’avait jamais vus d’un « Comment allez-vous ? » amical. Une fois installé à la table «royale», il a levé son verre, dans un élan à peine électoraliste: « En dixhuit ans, nous avons changé la ville. » Et quand il s’est mis à fustiger la gauche « des affaires », dans l’assemblée peu de sourcils se sont levés. Gaudin sait sans doute qu’il a face à lui un public en partie conquis.« Nous 15 février 2014

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sommes assez équilibrés mais ce n’est pas faux, globalement, les membres penchent à droite », reconnaît le jeune député UMP du Vaucluse Julien Aubert. Fondés il y a dix-huit ans, quand le maire actuel a pris ses fonctions en 1995, les Marseillais de Paris n’ont, à leur décharge, vécu que « sous Gaudin ». Et, entre deux bouchées, les membres répètent à qui veut les entendre que le club est «apolitique ». A l’heure d’une élection qui pourrait faire basculer la ville à gauche, le candidat socialiste Patrick Mennucci a lui aussi été invité par l’association. Autour de la dizaine de tables qui portent chacune le nom d’une statue de Marseille, on réseaute en douceur. «Les Marseillais de Paris n’ont pas vocation à être un lieu de négociation commerciale, note Lucie Maurel, à la tête de la banque indépendante et familiale Martin Maurel. Mais les gens ont le droit de se parler. Et comme on réunit des personnalités du monde économique, politique, culturel, ils peuvent se dire qui, quoi, comment.» Pas question pour ces exilés d’être le lobby des «grandes gueules». Au sein du club, certaines attitudes débridées ont déjà fait grincer des dents. A l’image de cette «fille» qui,à peine arrivée,avait distribué «à l’américaine» ses cartes de visite.Evincée. Tout comme la députée PS Sylvie Andrieux, exclue après sa condamnation à un an de prison ferme pour détournement de fonds publics. «Un travail de soft power», selon Julien Aubert, qui a, semble-t-il, fait ses preuves avec Marseille-Provence, capitale européenne de la culture 2013. «Au moment de la candidature, il s’agissait de défendre la cause de notre ville à Paris», confirme Sébastien de Gasquet, directeur de cabinet du PDG de Canal+, Bertrand Méheut. A l’époque, ce jeune énarque était directeur général du Grand Palais: «J’ai fait pas mal de lobbying auprès du ministère de la culture dirigé alors par Christine Albanel. C’était comme une mêlée de rugby: il y avait le maire, les autorités locales et, à l’arrière, le pouvoir central et nous.» Une fois le dossier constitué, «tous ceux qui avaient des contacts au niveau européen, ministériel et au sein du jury international les ont actionnés», précise Denis Ranque, alors président de Thales. «Nos recettes? Je ne les confierais pas, j’aurais bien trop peur que les Auvergnats nous les prennent!», plaisante le président du conseil d’administration d’Airbus Group. qui souffre de sa réputation. «Quand vous dites “Marseille” aux investisseurs américains, lance Jean-Marc Forneri, banquier d’affaires, ils s’exclament: “Oh yes, the capital of the french connection!”.» Cette année, les Marseillais (de Paris et d’ailleurs) soufflent un peu. Comme si un bout du chemin avait été fait: «Nous sommes sur une vague et on doit la tenir», se réjouit l’entrepreneur Marc Pietri, à la tête du groupe d’immobilier Constructa. «On se retrouve ici parce qu’on est partis vivre ailleurs pour réussir, à cause de la désindustrialisation ou de l’absence de dynamisme économique. Par obligation plus que par choix. Mais, un jour ou l’autre, on y revient tous.» «Comme chez les Bretons, il y a un fort sentiment d’appartenance », poursuit Guillaume Cerutti. Membre érudit et directeur de Sotheby’s France, il organise des visites privées pour sa petite bande dès que des artistes marseillais sont présentés à la vente. Dans le brouhaha du dîner, les discours s’égayent subitement dès qu’on parle de Marseille,ses rues,ses places,ses adresses… Les règles du club (naissance à Marseille, adresse à Paris et cooptation par deux parrains) sont parfois aménagées pour y faire entrer des Marseillais… nés en Gironde. Comme Stéphane Richard, PDG d’Orange: «J’y ai vécu de mes 12 ans jusqu’au bac. Marseille, c’est ma ville d’adoption.» Membre du conseil d’administration mais absent ce soir-là, il a aussi pesé sur Marseille 2013, faisant d’Orange l’un des plus importants partenaires de l’événement. « Quand il s’est agi de trouver des partenaires, mon lien avec l’association m’a certainement poussé à regarder ça de plus près. » Depuis, avec d’autres mécènes, il a été sacré «citoyen d’honneur» de Marseille et s’y échappe dès qu’il peut dans sa résidence secondaire les pieds dans l’eau. Comme Marc Pietri et d’autres Parisiens, qui n’hésitent pas à faire la navette et à investir sur cette côte devenue si désirable. Ils sont quelques-uns à posséder un pied-à-terre entre le vallon des Auffes et le pont de la Fausse-Monnaie, une côte longue de moins d’un kilomètre. Que leur fait donc cette cité qui, selon les mots d’Edmonde Charles-Roux, «n’est pas une ville romaine mais une ville de la tragédie grecque»? L’aime-t-on davantage quand on l’a quittée pour son ennemi juré ? « Je dois vous faire une confidence, souffle Marc Pietri, quand on est marseillais, on n’est jamais de Paris.» TouT ce peTiT monde se donne du mal pour redorer l’image d’une ville

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Samia Ghali ne perd pas le Nord. A l’été 2012, elle est devenue la star des plateaux télé. “Ghali la Marseillaise” appelait au renfort de l’armée pour sécuriser son fief, celui des quartiers Nord. Depuis, la maire du 8e secteur a beau avoir perdu (de peu) les primaires PS, elle et sa gouaille pèsent sur les municipales. Longtemps protégée de Patrick Mennucci et de Jean-Noël Guérini, Samia Ghali veut désormais tracer sa route politique seule. Et peut-être monter à la capitale. Par Gilles Rof et Laurent Telo/Photos Jean-Christophe Husson

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Le terrain, “c’est là que je me sens bien”, affirme Samia Ghali. Le 29 janvier, elle animait un déjeuner de 600 retraités des 15e et 16e arrondissements de Marseille. 49


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C’était tellement gros cette rencontre fortuite de cage d’escalier qu’on a immédiatement songé à une opération de com’. Mais non. Elle connaît tout le monde ici. Après la visite d’immeuble, Samia a animé un symposium­déjeuner­concert rétro de 600 re­ traités. Ce qui fait 1 200 joues à embrasser et 1 200 épaules à malaxer (on est dans le Sud, le toucher, c’est primordial) : « C’est là que je me sens bien. » Plus tard, elle s’est occupée du rapatrie­ ment en Algérie du corps d’un voyou assassiné la veille et dont elle connaît la famille. Encore plus tard, on l’a laissée prendre usqu’ici tout allait bien : elle seule l’avion pour intervenir à l’émission « C’est à vous » sur les nous servait un storytelling problèmes sécuritaires qui gangrènent la ville. C’est son rayon, bien frais et sans faux col. il est inépuisable. Bref, à part serrer la nageoire de la sardine qui Samia, le sang vif de la pasio­ bouche le Vieux­Port, on n’avait échappé à aucun des clichés naria marseillaise. Ghali, ce qui font le piment de Samia. gant jeté au visage de la poli­ tique académique et céré­ en fin de compte, l’irruption de samia Ghali, 46 ans dont vingt­cinq monieuse. Samia Ghali ou de politique socialiste active dans le paysage médiatico­poli­ « La Liberté guidant le tique, est plutôt tardive. Elle date du 30 août 2012. Une intuition peuple » des quartiers Nord. géniale que son vibrant appel à l’armée pour régler son compte Il faut avouer que c’est bien à la nouvelle barbarie bardée de kalachnikovs, doublée d’une son populisme à la Tapie dé­ charge subversive contre l’immobilisme du gouvernement. Un nué de toute langue de bois que l’on s’arrache depuis le début miroir de la colère terriblement actuel. Impact maximal. Depuis, des municipales. La bataille « tapenade, huile d’olive, pastis » Samia a droit de cité(s) sur tous les plateaux télé. « On veut me entre Patrick Mennucci (PS) et le maire sortant Jean­Claude cantonner à un effet médiatique alors que tout ça est parti de très Gaudin (UMP), elle, tardant à mettre les foules en appétit. Sou­ loin. » Il y a en effet un paradoxe aigu en suspens: elle surjoue dain, sans frapper, son directeur de cabinet a jailli dans le bureau le frais mistral d’un renouveau politique et l’alternative salutaire de la maire des 15e et 16e arrondissements (8e secteur), au nord à un système, en gros l’usine PS, dont elle est pourtant une de la ville, en agitant un article de presse du 31 janvier. abeille ouvrière depuis toujours. Elle débute à la base, perma­ Selon La Provence, Samia Ghali était appelée à devenir ministre nente de permanence. Elle est jeune, elle est belle, elle parle fort en cas de remaniement. On a tourné la tête aussi vite que pos­ et bien. Patrick Mennucci lui dessine la trace initiale. Elle est sible : la toute fraîche ministre putative a piqué un fard. Elle a conseillère municipale depuis 2001, agent territorial au conseil même dû se mordre les lèvres très fort pour ne pas succomber régional PACA de 2004 à 2011. En 2008, elle est colistière de devant témoins au plus petit frémissement euphorique. Il faut Jean­Noël Guérini, qui brigue alors la mairie de Marseille. Grâce dire que depuis un bon moment, elle s’échinait à démontrer que à son appui, elle devient sénatrice des Bouches­du­Rhône: « Je les calculs politiciens et ses inévitables compromissions, ce l’ai faite princesse et elle restera toujours ma petite princesse. » n’était franchement pas son genre, et qu’en fait d’ambitions Son mari, l’ancien directeur de cabinet du président de région, personnelles, c’était celles de sa bien­aimée, Marseille, qui Michel Vauzelle, fraye avec tous les notables politiques locaux. l’emportaient sur tout. Qu’elle n’était pas prête à vieillir préma­ Son arrimage au PS n’exclut pas des relations orageuses. « J’en turément. « Ministre, ce n’est pas un objectif. Je ne suis pas là-de- ai connu des traversées du désert. Le nombre de fois où j’ai été dans. » « C’est un poste qu’on ne peut pas refuser, quand même… » blacklistée par le PS… » Allusion à ses origines et à sa condition « Pour faire quoi ? J’aurais peur de me perdre. » de femme. Le jeu des amitiés puis le jeu des haines. Elle n’hésite L’avant­veille, elle avait voulu prouver tout son savoir­faire sur pas à se défaire de l’étreinte de son premier mentor, Mennucci, le terrain, sa proximité avec le peuple et son refus de la politique pour affirmer une indépendance décomplexée. « Elle a réussi assise. Son mari et conseiller politique, Franck Dumontel, qui au-delà des espérances, je ne vais pas me plaindre maintenant, se mêle de tout ce que fait sa femme, assure : « Au PS, il n’y a affirmait Mennucci entre les deux tours de la primaire. Notre plus personne pour mener de vrais combats sur le terrain. Samia, relation, c’est assez compliqué pour moi. C’est une bataille qui nous elle, elle va au contact. » On l’a donc accompagnée dans une oppose aujourd’hui, mais je ne peux pas oublier la jeune fille qu’elle tournée de porte­à­porte dans les « redoutés » quartiers Nord était, sa volonté farouche de réussir. Tout ce que j’avais repéré à dont elle arpente inlassablement les dédales depuis bien avant l’époque. » Premier aboutissement retentissant d’un effort au 2008, l’année où elle ravit la mairie de son secteur. La mer long cours : les primaires socialistes d’octobre 2013. A la surprise n’était pas loin mais il faisait froid, il pleuvait dru et la barre générale, elle arrive en tête au premier tour (25,3 %) en humi­ d’immeuble était sinistre. Une dizaine d’étages, quatre appar­ liant, au passage, une ministre du gouvernement, Marie­Arlette tements par niveau à se fader avec un sourire grand comme ça. Carlotti. Pour le PS, c’est un parfum de messe profane. Carlotti Rien à dire, elle sait y faire, Samia (tout le monde l’appelle Sa­ publie un communiqué lourd comme une enclume sur le ••• mia).Au sixième, elle est tombée nez à nez sur une copine d’en­ fance qu’elle n’avait pas revue depuis vingt ans. Samia Ghali s’est retenue, son amie beaucoup moins. Les larmes ont coulé sur les souvenirs de la cité Bassens, l’une des plus déshéritées, et sur le parcours de Samia, taillé dans la veine épique d’un conte primitif. La drogue et la mort de proches. Les règlements de comptes, déjà ; le manque d’affection, toujours. Pour Samia Ghali, un père reparti en Algérie et qu’elle ne connaîtra jamais, une mère qui ne peut pas s’occuper d’elle, puis un CAP comp­ tabilité qui lui servira si peu. A 16 ans, elle assiste à une réunion de section du PS : à la tribune, un certain… Patrick Mennucci. Le coup d’envoi en politique est donné.

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Photos Jean-Christophe Husson pour M Le magazine du Monde – 15 février 2014


« Au PS, il n’y a plus personne pour mener de vrais combats sur le terrain. Samia, elle, elle va au contact », lance son mari et conseiller politique, Franck Dumontel. Candidate à sa réélection dans le 8e secteur, Samia Ghali mène une campagne « de proximité » et refuse que le nom de Mennucci apparaisse sur ses tracts.

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••• pied de son adversaire : « Nous avons assisté […] à un fonc-

tionnement à plein régime du clientélisme. Personne n’avait vu […] ce système fonctionner avec une telle puissance, avec un tel sentiment d’impunité, à la vue de tous, avec des dizaines de minibus qui sillonnent la ville, avec des échanges d’argent, des intimidations, le tout avec une organisation que je qualifierai de paramilitaire. » A Paris, on s’interroge: que faire de Ghali, objet politique mal identifié, plutôt sauvage et incontrôlable? Mennucci fait remarquablement jouer ses réseaux parisiens. Le front anti-Ghali s’échafaude en un éclair. Patrick Mennucci remporte la primaire avec 56,5 % des voix. Ghali boude, se fait prier pour poser sur la photo de (fausse) famille. La cicatrice n’est pas près de cautériser. Les têtes de liste PS se voient tous les vendredis dans un secteur différent. La dernière fois, c’est Carlotti qui recevait. Ghali avait promis de venir pour le café. Qui refroidit encore. Pas de Yalta du PS marseillais à l’horizon. « J’ai été lésée par une machine très bien organisée, insiste Ghali. Le PS a triché avec la République. Je voulais déposer plainte pour fraude électorale. » Elle a appelé Harlem Désir, le premier secrétaire du parti. Jean-Pierre Mignard, avocat proche de Hollande, président de la Haute Autorité du PS chargé de la primaire marseillaise, s’empare du dossier. Il confirme : « Nous avons officiellement demandé de mener une investigation pour savoir dans quelles conditions une liste de 800 noms d’électeurs a pu se révéler impraticable dans un bureau supposé favorable à Mme Ghali… Nous voulons en connaître la cause, à toutes fins de saisir le parquet de la République, s’il y a lieu. Sur tout le processus des primaires, nous n’avons aucun reproche à faire à Mme Ghali. » Comme Jean-Pierre Mignard, le PS la regarde autrement et mesure désormais la puissance de feu et le poids en devenir d’une anti-parachutée qui règne sur 300 000 habitants, le tiers de Marseille, le territoire le plus jeune destiné à prendre de plus en plus de place au sein de la métropole. Le fonds de commerce de Samia Ghali ne peut que prospérer. Lachraf Timezouikht, du MoDem local : « Jusqu’ici, il était impensable qu’une Beurette puisse être candidate à la mairie de Marseille. Elle a rendu cela possible. » Jean Viard, conseiller politique de JeanNoël Guérini, l’avait même hissée en deuxième position de la liste PS lors des municipales de 2008 « pour symboliser les quartiers Nord. Elle incarne les immigrés français et l’ascension sociale. Elle fait sa carrière par elle-même mais aussi par sa force symbolique. Samia ramène les jeunes à la politique ».

« Ghali la Marseillaise », un concept au développement durable ou une passion politique guettée par la normalisation? « Samia, c’est une vague, décrit Timezouikht. Si elle s’aplanit, elle aura peu de chances de reformer des rouleaux. » Elle lorgne la tête de liste des prochaines sénatoriales et a déjà la tête aux municipales de 2020. Mais que vaut-elle hors de son fief ? « Elle s’est faite la spécialiste des quartiers Nord et, moi, je veux que Marseille soit une et indivisible, poursuit Timezouikht. Il faut qu’elle soit bien encadrée pour qu’elle acquière une vision politique globale. Là, c’est trop la bataille du nord contre le sud. » Le changement de dimension médiatique vaut-il quitus pour rêver plus haut ? Elle : « Je n’ai pas de réseau à Paris. Je fonctionne à l’instinct. » C’est sa forCe et sa faiblesse. Pour l’instant, elle préfère sécuriser

encore son large périmètre. Bernard Susini, l’adjoint de JeanClaude Gaudin qui était tête de liste UMP aux municipales de 2008, assène : « Du temps de M. Dutoit, le prédécesseur communiste de Mme Ghali, nous avions un bureau à la mairie de secteur, on nous consultait sur les dossiers… Il y avait un certain respect de l’opposition. Avec Mme Ghali, le consensus a volé en éclats. Dans cette mairie, il règne un petit parfum de Corée du Nord. Intimidation, rapport de forces systématique, clientélisme… » Tout doux, quand même. Samia Ghali est quasiment épargnée par la vaste opération mains propres sur la ville. Quasiment, car un rapport de la chambre régionale des comptes pointe malgré tout des dysfonctionnements. Lorsque Samia Ghali était élue au conseil régional de 2004 à 2010, des sommes importantes ont été versées à des associations où des membres de sa famille étaient représentés. Pour l’instant, rien de comparable avec le supposé « système Guérini » (une information judiciaire a été ouverte en 2009 pour corruption, trafic d’influence, abus de biens sociaux, etc.), ou avec la condamnation à un an de prison ferme de Sylvie Andrieux, députée-maire dans les quartiers Nord, pour détournements de fonds publics, qui sera jugée en appel en juin prochain. L’ennui, c’est que l’ancien assistant parlementaire d’Andrieux a balancé une phrase ambiguë consignée dans le e personnel politique est aux petits soins. « La seule dossier d’instruction : « Samia Ghali a son propre circuit. » personne que Mennucci écoute, c’est Samia », assure En fait de trafics financiers, les quartiers Nord de Marseille passeRébia Benarioua, conseiller général. Ledit Men- raient presque pour une congrégation protestante à côté des nucci lui a tout cédé pour qu’elle daigne l’aider Hauts-de-Seine ou du Var, au hasard. Jean Viard fait appel au bon dans la campagne. Elle consent du bout des lèvres sens : « A Marseille, le clientélisme a toujours servi de soupape sociale. sans céder un pouce d’autonomie. « J’ai refusé d’être la première Sinon, la ville explose. Rendez-vous compte : 50 % de chômage chez adjointe de Mennucci. Je ne suis pas sa collaboratrice. » Samia les jeunes à la Castellane. » En off, même les ennemis de Ghali la Ghali a refusé tout autant que son mari soit directeur de cam- considèrent trop impulsive pour imaginer quoi que ce soit d’inpagne de la tête de liste et que le nom de Mennucci apparaisse dustriel. Son mari pourrait être son plus gros défaut. « Je n’arrive sur ses tracts pour conquérir la mairie du 8e secteur, où elle est pas à le cerner, ose Timezouikht. Pour moi, c’est le gros point d’incandidate à sa réélection. La campagne, elle l’a fait dans son terrogation. » Franck Dumontel a été mis en examen puis relaxé coin. Le rapport de force s’est inversé. Ghali : « Ils ont compris dans le dossier Guérini. Lors de sa garde à vue, en février 2011, les qu’ils ont mal fait avec moi. » En décembre 2013, Jean-Marc policiers l’ont longuement interrogé sur le sulfureux Alexandre Ayrault l’a invitée lors d’un déplacement en Algérie. Il est venu Guérini, le frère de l’autre. Pour Samia, son mari et Alexandre à son tour à la Castellane, cité symbole des quartiers Nord. Elle Guérini « ne sont pas proches et ne se connaissent que depuis 2008 ». n’a négocié aucune contrepartie politique. « Je lui ai dit : si tu Selon le procès-verbal d’audition que nous avons pu consulter, ils viens les mains vides juste pour une visite de quartier, ce n’est pas ont au contraire des « conversations diverses et variées », et des la peine. » La ville a reçu un chèque de 11 millions d’euros pour repas pris en commun depuis 2001 au moins. « Nos relations sont redynamiser la zone. « Elle a déplacé plus de ministres que Gau- courtoises, franches et respectueuses et (…) se limitaient à des relations din en dix-huit ans, raconte Lachraf Timezouikht. Elle fait dé- politiques », a raconté Dumontel aux policiers. Samia Ghali n’a pas bloquer des crédits et derrière, elle ne lâche pas le morceau. » bronché car elle n’a « rien à [s]e reprocher ». Samia Ghali regarde déjà ailleurs. Elle n’a plus besoin de mentor. Ni Guérini, ni Mennucci, ni degun (personne) comme on dit ici.

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Photos Jean-Christophe Husson pour M Le magazine du Monde – 15 février 2014


Le magazine.

Ce 29 janvier, alors qu’elle entame une tournée de porte-à-porte dans les quartiers Nord, Samia Ghali tombe par hasard sur une amie d’enfance (en bas, à gauche). La maire, qui a grandi dans la cité Bassens, connaît son secteur sur le bout des doigts. Une force, quand on sait que les 15e et 16e arrondissements et ses 300 000 habitants pèsent de plus en plus sur la métropole.

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Terrasse de cabanon à Sormiou, près de Cassis. 54


Ils racontent l’âme de la ville. Nichés dans les calanques, ces anciens hangars à bateaux sont devenus dans les années 1930 le refuge des classes populaires. Qui en ont fait des petits coins de paradis. Aujourd’hui au cœur d’un parc national, les cabanons sont menacés de destruction. En les photographiant en plein hiver, sans vie, Olivier Amsellem dévoile la fragilité de ces lieux, rendus à la rudesse des éléments. Par Gilles Rof/Photos Olivier Amsellem

Cabanons hors saison.

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I

ls sont un des symboles historiques de Marseille. Accrochés entre mer et collines à des rochers calcaires, planqués à l’ombre des pins ou posés sur les plages, les cabanons font fantasmer les Parisiens et râler les locaux qui n’y ont pas accès. Certains sont d’anciens garages à bateaux adossés à la ville tentaculaire et ne fixant que l’harmonie des bleus de la rade et du ciel. D’autres, à l’origine quatre murs et un toit, ont pris leurs aises, se transformant, avec ou sans permis, en résidences confortables. Tous évoquent l’hédonisme, le repos les pieds dans l’eau et la tête au soleil, de grandes bouffes en famille ou entre amis. Ils invitent à prendre son temps aussi, luxe étonnant en bordure d’une agglomération bourdonnante de près d’un million d’habitants. Combien reste-t-il de cabanons à Marseille ? Quelques centaines sur le littoral, dont ceux, majoritaires, nichés au cœur du parc national des Calanques, qui, depuis le 18 avril 2012, étale ses 8 500 hectares protégés vers Cassis. Des petits coins de paradis régulièrement mis en vedette dans les émissions télévisées. Callelongue, Marseilleveyre, Sormiou, Morgiou… Autant de canyons sous-marins doucement colonisés dans l’entre-deux-guerres par des classes populaires qui découvraient les plaisirs du temps libre et n’avaient pas les moyens, ni l’envie, de voyager ailleurs. Autant de sites qui, aujourd’hui, résistent mal à une pression touristique exponentielle de millions de visiteurs annuels, attirés comme un aimant par le label parc national. Comme marseille, les Cabanons ont plusieurs faCes. Idylliques en été, ils retrou-

vent, en hiver, leur brutalité d’origine. Les terrasses où l’on tire la table et les chaises pour l’apéro redeviennent des espaces abandonnés, seulement encadrés par les squelettes métalliques de vérandas bricolées à la main, avec des matériaux de récupération. Le rapport à la nature s’inverse. La mer, les vagues, la pluie… Quand le vent se lève à l’est et que la tempête suit, les éléments menacent et seuls les vrais accros viennent encore ouvrir les portes pour quelques heures, humant les embruns. En les photographiant en dehors de la saison estivale, Olivier Amsellem, Marseillais d’origine, a capté cette autre poésie des cabanons. Ses images, vides de présence humaine, semblent aussi témoigner de la disparition programmée d’un état d’esprit. Alors que Marseille se métamorphose autour de son Vieux-Port rénové et de son MuCEM (Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée), qu’elle lance péniblement la reprise en main de ses quartiers Nord, la vie au cabanon a-t-elle toujours droit de cité ? Dans les calanques, on a longtemps résisté à l’arrivée du parc national. En ville, sur la plage de la Verrerie ou sur les rochers de Malmousque, quelques dizaines d’annulations d’autorisation temporaire d’occupation, suivies de destructions forcées sous la pression du Conservatoire du littoral, ont fait grand bruit dans l’opinion publique. Même s’ils adorent traiter les cabanonniers de privilégiés, s’ils les accusent régulièrement – et souvent à tort – de privatiser l’espace public, les Marseillais tiennent à ces constructions. Et surtout à ce qu’elles racontent, depuis près d’un siècle, de l’âme populaire de leur ville.

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Le portfolio.

En haut, terrasse d’un cabanon à l’anse de Maldormé, près de la Corniche, à Marseille. En bas, cabanons au Bain des dames, près de la Pointe rouge, à Marseille.

15 février 2014 – Photos Olivier Amsellem pour M Le magazine du Monde

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Crédit photo.

Le portfolio.

Réaménagement après la démolition d’un cabanon à l’anse de Maldormé, près de la Corniche. 58 -

Photos Olivier Amsellem pour M Le magazine du Monde – 15 février 2014


CrĂŠdit photo.

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En haut, à Sormiou, près de Cassis. En bas, à l’anse de Maldormé, près de la Corniche à Marseille.

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Le portfolio.

En haut, sentier du littoral entre un cabanon à droite et le restaurant Le Petit Nice à gauche, près de la Corniche, à Marseille. En bas, une terrasse en hiver à Sormiou, près de Cassis.

15 février 2014 – Photos Olivier Amsellem pour M Le magazine du Monde

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Le Style

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Il fait bobo à Marseille. Le Burger’s Banquet a ouvert en mars 2013, près du Vieux-Port, remplaçant un ancien bar louche. 15 février 2014

Si Marseille 2013 n’a pas changé le visage de la ville, un vent de branchitude a soufflé sur quelques rues. Concept stores, cantines de luxe et bars à cocktails drainent une nouvelle clientèle aisée. Par Lisa Vignoli/Photos Olivier Monge - 63


le style.

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eilleure ville de l’année » avec San Francisco pour le magazine anglais Wallpaper, « capitale secrète de la France » pour le New York Times… Depuis 2013, Marseille semble avoir décroché son label de ville en vogue, entraînant la naissance d’une tribu identique à celle que l’on croise dans toutes les grandes métropoles : les bobos. « Aujourd’hui, on va à Marseille comme on va à Berlin, assure Alexandra Jubé, du cabinet de tendances parisien NellyRodi. Et, de même qu’à Berlin, il y a une réelle émergence d’une culture bobo

Burger’s Banquet 9, rue Molière, 1er. Tél. : 04-91-93-32-40. Homenibus 36, bd Notre-Dame, 6e. Tél. : 04-91-54-24-29 allan Joseph 21, rue Sainte, 1er. Tél. : 04-91-55-64-70 la Relève 39, rue d’Endoume, 7e. Tél. : 04-95-09-87-81 longchamp Palace 22, bd Longchamp, 1er. Tél. : 04-91-50-76-13 saint Honoré Paris 90, bd Longchamp, 1er. Tél. : 04-91-05-99-99

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1 Les bobos marseillais font leur shopping chez Allan Joseph (1) ou Homenibus (2), avant d’aller boire un verre au Longchamp Palace (3).

ou “hipster”, qui modifie l’identité originelle de la ville. » Le sociologue Jean Viard le confirme : « Ce flux de touristes et de nouveaux habitants date de l’inauguration de la ligne à grande vitesse Paris-Marseille en 2001, mais il s’est incontestablement accéléré avec la désignation de Marseille comme Capitale européenne de la culture en 2013. Cette “boboïsation” néo-parisienne revivifie le centre-ville. » En témoignent les alentours du palais Longchamp, qui s’est transformé en aire branchée où ce nouveau public trouve des adresses à son goût – comme le Longchamp Palace pour prendre un verre au comptoir en zinc ou bruncher le dimanche. Dans le 7e arrondissement, c’est à La Relève, un ancien QG de chauffeurs de taxi qui vient d’être relifté en néo-bistrot, que l’on se presse à l’heure de l’apéro. « Les commerces changent petit à petit pour s’adapter à une nouvelle classe aisée qui investit désormais les appartements d’un centre-ville jusque-là assez paupérisé. Mais tous les arrondissements centraux ne se ressemblent pas. Il faut distinguer l’habitant “culturel créatif” qui vit dans le 1er arrondissement du bobo plus bourgeois que bohème du 7e », précise Matieu Pons, directeur de cabinet de Patrick Mennucci, le maire actuel des deux arrondissements concernés. Dans le 1er, en lieu et place d’un ancien bar « interlope » situé derrière l’opéra et à deux pas du Vieux-Port, l’adresse du moment est le Burger’s Banquet. Ouvert en mars 2013, ce restaurant de burgers « mise sur un maximum de produits locaux », explique Grégory Gassa, l’un des deux associés. Après dix mois d’activité et un franc succès, la petite salle de 51 couverts s’est agrandie pour en contenir 100. « J’ai découvert une clientèle de petits jeunes branchés que je n’avais jamais vus auparavant à Marseille », poursuit-il, lui qui est aussi créateur de la marque de vêtements U-NI-TY. Son concept store évoque celui d’Allan Joseph, installé à deux pas, qui propose notamment les marques Acne, A.P.C. et des accessoires ou des bougies de chez Mad et Len. Autre esprit, mais même clientèle visée, chez Homenibus, une vaste boutique où le design scandinave contemporain côtoie le mobilier vintage des années 1950. « Ce souffle nouveau est notamment dû à ceux qui découvrent la ville ou qui y reviennent. Ils regardent d’un œil neuf ce que les Marseillais ne voient plus et créent de nouvelles choses », remarque Isabelle Crampes, de l’agence Nostre, chargée, entre autres, de la communication de la bien nommée boutique de mode locale Saint Honoré Paris. Jean Viard confirme : « Aujourd’hui, un grand nombre d’initiatives correspond à ces attentes. Mais il faudra voir si l’offre continue d’être à la hauteur sur le long terme, sinon cette nouvelle clientèle risque de repartir. » Tania Bruna-Rosso, ancienne journaliste de Canal+ récemment installée dans la cité, est plus optimiste. « En tant que bobo parisienne pur jus, je ne me suis jamais sentie aussi bien qu’à Marseille aujourd’hui ! » Au printemps, elle ouvrira, dans une ancienne boulangerie un peu défraîchie, le Bongo, un restaurant inspiré des cantines branchées californiennes.

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Photos Olivier Monge/MYOP pour M Le magazine du Monde – 15 février 2014


Le goût des autres L’exécrable pince crabe. Par Carine Bizet

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ertains objets sont comme de vieux sparadraps récalcitrants. On a beau s’échiner à les bannir, à les excommunier du répertoire esthétique, rien à faire. Ils persistent. Ils s’incrustent. La pince crabe, qui sert à retenir les cheveux en une forme aléatoire au-dessus de la nuque, est un bel exemple de ces « virus » contre lesquels personne ne trouve de vaccin. Cette pince est comme un magazine people : tout le monde sait s’en servir mais personne n’admet en posséder une, voire connaître quelqu’un qui en fait usage. Dans ce contexte, il paraît presque miraculeux de continuer à en croiser beaucoup dans la rue. Beaucoup trop. Impossible de savoir ce qui motive ses adeptes. Les inénarrables tendances n’hésitent pas à essayer de réhabiliter n’importe quoi : la mode a même tenté sa chance avec le « chouchou », cousin élastique gainé de tissu décoratif de la pince crabe. Pourtant, elle semble cette fois hors de cause : la pince crabe se reproduit à coup de générations spontanées. Les boutiques continuent de proposer des modèles de ces choses à dents grattoirs. Elles existent

en version mini. Non pas pour associer poliment les tiges d’orchidées à leurs tuteurs, comme tout esprit sain peut l’imaginer, mais pour tracer des sillons déstructurés dans la chevelure. Une très mauvaise idée empruntée aux années 1990 et aux âmes égarées dans les brumes de la drogue comme Courtney Love. En 2014, cela ressemble surtout à une installation élaborée, inventée par une mère de famille excédée et décidée à appliquer un antipoux avec une efficacité définitive. En version grande taille, la pince crabe s’achète au rayon « brosses et peignes » du Monoprix ou, plus vicieusement, dans certaines pharmacies de luxe qui vendent des brosses à cheveux en poils de sanglier véritables (à plus de 100 euros pièce). Ces dealers de curiosités capillaires proposent également des pinces crabe de luxe en écaille, strassées, voire équipées de filet à chignon… Luxe ou basique, cet outil finit cependant par aboutir aux même résultat calamiteux : un tortillon de cheveux qui laisse échapper un épi plus ou moins dru, ondulant tel un palmier timide au gré du vent et des pas. Difficile de décrire une plus belle catastrophe

capillaire. Pourquoi, donc, la pince crabe ne disparaît-elle pas dans les limbes des erreurs de goût ? Parce qu’elle est utile. Dans un lieu précis : les salons de coiffure, où les professionnels l’utilisent pour séparer

les mèches au moment du brushing. Rien ne justifie de continuer à arborer cet objet une fois le seuil franchi : il n’y a aucune raison de faire avec cet outil de coiffeur ce que l’on ne fait pas avec les bigoudis.

horlogerie

Le tempo du taureau.

Omega

l’horlogerie des années 1960-1970 fut à l’image de la vie culturelle de l’époque : libérée, expérimentale et esthétiquement marquée. les montres délaissaient alors le canon du boîtier rond ou rectangulaire au profit de nouvelles formes, parfois inclassables. lancée en 1969, la Seamaster Bullhead d’omega avait pris celle d’un bouclier, fusion asymétrique d’un triangle et d’un cercle. Quant à la couronne et au poussoir de ce chronographe, ils pointaient vers le haut au lieu du côté. Ces excroissances verticales lui ont valu ce nom de Bullhead, « tête de taureau ». omega réédite aujourd’hui ce modèle dans plusieurs versions modernisées, dont celle-ci, à cadran blanc lisse. Celui en argent marqué d’un perlage évoque le sport automobile et rappelle la vocation sportive de ce chrono vintage. D. C. Omega Seamaster Bullhead. Boîtier en acier de 44 × 43 mm. Mouvement de chronographe à remontage automatique avec date, calibre 3113. Lunette intérieure rotative pour indication d’un second fuseau horaire. Prix sur demande au 01-40-73-73-73. Illustration Johanna Goodman pour M Le magazine du Monde

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Le caftan.

l’iCÔne

à l’origine

L’élégance joyeuse de Fernandel.

Cheveux gominés, couvre-chef et manteau croisé… Jusqu’à la fin des années 1960, Fernandel affiche, à la ville comme sur une scène de music-hall, un classicisme impeccable assorti d’un large sourire. rigueur vestimentaire et bonne humeur contagieuse, il prouve que l’élégance ne requiert pas forcément un physique de jeune premier. et que l’habit fait souvent le dandy. Ca. R. Stylisme F. K.

Le chapeau.

En feutre de fourrure Walker, Bates, 285 €. Tél. : 01-42-6036-09.

Le bLazer.

A double boutonnage en coton, Lanvin, 795 €. www.farfetch.fr

Le pardessus.

A gros chevrons en tweed, Vicomte A, 575 €. www. vicomte-a.com

Difficile de déterminer sa date d’apparition mais il semble que les Perses (vie siècle av. J.-C.) puis les Parthes (iiie siècle av. J.-C.) le portaient. Le caftan est long, ample, droit, à manches longues (ou mi-longues), sans col ni capuche et ouvert en son milieu sur toute sa longueur. Il est introduit dans l’Orient musulman au viiie siècle. Glorifié à l’extrême dans l’Empire ottoman (xiiie siècle), brodé de pierres précieuses, il est porté par les sultans avant d’être écarté dans la Turquie moderne d’Atatürk, en 1922. Dans les années 1950, Christian Dior (photo) le décline en satin de soie noir. La décennie suivante, Yves Saint Laurent sort une « robe d’hôtesse » colorée et ceinturée. Le caftan devient alors une pièce de luxe. En 1975, Liz Taylor choisit un modèle blanc et vert pour son second mariage avec Richard Burton.

vu sur le net

Or classe.

Ils viennent tous deux de Marseille : l’un est l’héritier d’une horlogerie joaillerie historique de la ville, l’autre est la créatrice des bijoux Aime. De la collaboration entre edouard Frojo et Magali Pont est née Charlet par Aime, une collection en or 18 carats, fabriquée par les ateliers Frojo. Des créoles martelées, des manchettes damier, ou encore de fins bijoux de main dans lesquels on retrouve la signature délicate de Magali Pont. V. Ch. A partir de 130 €. www.charlet-bijoux.com. 66

De nombreux designers orientaux tels que Zuhair Murad ou Naeem Khan (photo) créent des déclinaisons luxueuses. Certaines maisons occidentales en présentent dans leurs collections pour amadouer le marché moyen-oriental ou renouer avec la folie exotique des 70’s. Les griffes italiennes Etro et Pucci proposent des pièces en mousseline de soie ou en crêpe de chine avec imprimés animaliers. La maison américaine Marchesa a confectionné un caftan en forme de robe du soir en soie blanche, orné de perles et cristaux, pour un tapis (rouge) aux allures des Mille et Une Nuits. J. N.

Keystone France/Getty Images. Bates. Lanvin. Vicomte A. DR. Naeem Khan. Aime

à l’arrivée


Le style.

Fétiche

Madame richelieu.

Le genre « masculin-féminin » est l’une des valeurs sûres de la mode. A la fois classique et décalé, il trouve matière à s’exprimer dans une simple paire de souliers. installé près de Milan depuis 1953, le bottier Fratelli Rossetti l’a compris il y a bien longtemps avec ses collections qui s’amusent des tendances dans les strictes limites du chic. telles ces richelieus pour femme en veau imprimé, puis laminé, couleur platine et perforé main, dont la semelle laiteuse et le talon mixte (cuir et gomme) surfent sur deux courants du moment : les crans et le blanc. Un savoir-faire historique au service d’une certaine idée du style. Ca. R. Richelieus en cuiR platine et semelle de gomme, FRatelli Rossetti, 390 €. tél. : 01-42-65-26-60.

15 février 2014 – photo François coquerel pour m le magazine du monde. stylisme Fiona Khalifa

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Le style.

VARIATIONS

Pourvu qu’on ait l’iris.

Aujourd’hui utilisé comme un label de qualité, l’iris est revendiqué par de plus en plus de marques de parfums. « Dire qu’il y a de l’iris, c’est un peu comme mentionner le caviar en cuisine : le public a conscience que c’est cher, donc il s’imagine que ça va sentir bon. Pourtant, il y a de nombreuses manières de simuler sa présence. Avec des matières de synthèse ou des ingrédients naturels, comme la carotte ou la feuille de violette par exemple », explique Jean-Claude Ellena, parfumeur maison chez Hermès. L. B.-C. De gauche à Droite, 1932, extrait, chanel, 185 € les 15 ml. www.chanel.com. eau De Parfum infusion D’iris, PraDa, 81,10 € les 50 ml. www.PraDa.com. hiris, hermès, 112 € les 100 ml. www.hermes.com. éveil, anna rivka, 270 € les 50 ml, éDition limitée à 200 exemPlaires. www.annarivka.fr.

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Photo françois coquerel pour m le magazine du monde. stylisme fiona khalifa – 15 février 2014


GRAINE DE BEAUTÉ

Le pouvoir de l’argan. Longtemps réservée à l’alimentation, l’huile d’argan, produite exclusivement au Maroc, est à présent vendue en tant que « secret de beauté à usage multiple ». Dans les souks, les pharmacies locales ou les boutiques dites bio, on vante ses propriétés pour la peau, les cheveux et même les ongles. Mais comment cette huile au goût de noisette a-t-elle réussi à s’imposer dans les salles de bains occidentales et même à intégrer les formules cosmétiques ? « Dans les années 1980, Pierre Fabre, fondateur des laboratoires du même nom, découvre cette huile pressée et récoltée par les femmes marocaines qui l’utilisent alors pour la cuisine, raconte Bernard Fabre, responsable recherche et développement des produits végétaux de l’entreprise. Il la rapporte en France, l’analyse et démontre son pouvoir antioxydant, puis la fait entrer dans une gamme de soins anti-âge chez Galénic. » Un brevet qui fête ses 30 ans en 2014 et qui n’a pas cessé de donner des idées à l’industrie de la beauté. Progressivement, les producteurs locaux s’organisent et font la promotion des bienfaits de l’argan auprès des grands groupes cosmétiques. D’où son utilisation récente dans des lignes comme Les Sens de Marrakech, la marque capillaire Moroccanoil, la gamme Léa Nature et même les soins anti-âge de Garnier. « Cette plante joue un rôle écologique important au Maroc car l’arganeraie forme une ceinture verte entre Essaouira, Taroudant et Agadir qui bloque l’avancée du désert. Et puis elle fait vivre des coopératives de femmes qui garantissent son développement durable », ajoute Bernard Fabre. L. B.-C. Argane Huile Soyeuse, Galénic, 26,65 € les 125 ml. www.galenic.fr Lift’Argan CC Crème Lumière d’Exception, Léa Nature, 21,90 € les 40 ml. www.leanature.com Ultra Lift Sérum + Crème, Garnier, 11,90 € les 50 ml. www.garnier.fr

Macon et Lesquoy. Diptyque x2

Le théorèMe

Macon & Lesquoy et Diptyque brodent la vie en rose.

Créé en 2009, Macon & Lesquoy s’est fait un nom avec ses rustines inspirées des écussons militaires. Ses « bijoux brodés » à la main à (thermo-)coller prennent une forme d’ananas, de homard, de verre à vin, de Cocotte-Minute ou encore d’ukulélé. Un esprit décalé et artisanal, qui a plu à la maison de parfum Diptyque. ensemble, ils ont imaginé, pour le lancement de l’eau rose une broche à parfumer. Une fleur brodée à la main en cannetille sur feutre, à laquelle on peut accrocher une goutte en céramique où vaporiser la fragrance de son choix. V. Ch. 55 €. www.maconetlesquoy.com et www.diptyqueparis.fr

Illustration Jérémy Vitté pour M Le magazine du Monde

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Le style.

ÊTRE ET À VOIR

Julia.

Illustration Vahram Muratyan pour M Le magazine du Monde

Par Vahram Muratyan

Julia Roberts, rayon de soleil noir dans Un été à Osage County, drame de John Wells, en salles le 26 février.

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15 février 2014


AvaNt-PreMiÈRe De La ColLecTioN pRinTemPs 2014

Design suédois

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Une collection de mes artistes rend hommage aux fem et colorés ! Des motifs foisonnants . Des lles ure sur des matières nat n pour iso Ma s tile tex et vêtements ier ent , de les femmes du monde ouettes. silh tes tous âges et de tou te cet er ign des me 50 ans com ! e fêt se ça née an Salutations

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ci-contre, Veste et pantalon en toile de laine, sandales en cuir Vernis, Balenciaga. Bracelet serrure en or jaune et diamants, Bague spirale en or rose et argent, Dinh Van. page de droite, Blouse en soie, céline.

un peu de tenues…

En blanc et noir.

Dentelle sage ou tailleur sophistiqué, le tandem chromatique habille anges et démons. Par Marine Chaumien/

Photos Alexis Armanet

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Le style.

15 fĂŠvrier 2014

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Le style.

ci-contre, Blouse en coton, pantalon en crêpe de soie, sandales compensées en cuir et Bois, Chloé. page de droite, Blouse en dentelle résille, Brassière en viscose stretch Christian Dior.

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15 février 2014


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Le style.

page de gauche, Spencer en gabardine de coton, blouSe, Saint Laurent par Hedi SLimane. ci-contre, VeSte et jupe en lin laVĂŠ, Lanvin. braceletS Serrure en or jaune et diamantS, bague Spirale en or roSe et argent, dinH van. mannequin : georgia hilmer @next coiffure : fred teglia maquillage : marielle loubet aSSiStante StyliSte : ana li mraoVitch

15 fĂŠvrier 2014

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Le style.

JP Géné Navettes spéciales.

SEZ LA DIFFÉ-

RENCE e n t r e une navette de Mar se ille e t l’OM? Les navettes, elles sont toujours bonnes. » L’homme qui ose cette plaisanterie devant un Parisien est à la tête d’une institution séculaire qui lui permet de parler d’égal à égal avec un club de foot aux performances inégales. Nicolas Imbert, fils de Jean-Claude, artisan boulanger, est propriétaire du Four des navettes, la plus vieille boulangerie de la ville, un endroit stratégique voisin de l’abbaye de Saint-Victor qui domine le VieuxPort. Ils y étaient tous le 2 février sur le coup de 8 heures du matin : Jean-Claude Gaudin, écharpe bleue autour du cou, le maire très

Le carnet d’adresses FOUR DES NAVETTES 136, rue Sainte, Marseille 7e. Tél. : 04-91-33-32-12. www.fourdesnavettes. com

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pratiquant, Patrick Mennucci, écharpe rouge, son rival socialiste aux prochaines municipales, et l’archevêque Mgr Georges Pontier, étole verte, venu bénir comme tous les ans à la Chandeleur ces navettes, biscuits secs emblématiques de la cité phocéenne. L’histoire remonte au xiiie siècle, lorsque, selon la légende, une vierge noire en bois de noyer sculpté se serait échouée sur les bords du Lacydon, la crique qui abrite aujourd’hui le Vieux-Port. Marque du destin et signe de protection pour les chrétiens de l’époque, elle est devenue un motif de pèlerinage à l’abbaye de Saint-Victor qui l’abrite. En 1781, le boulanger Aveyrous eut l’idée de fabriquer un biscuit roboratif pour restaurer tous ces pèlerins arrivés parfois de loin car Saint-Victor n’était pas intra-muros. Les navettes étaient nées. Un biscuit cylindrique de 50 grammes, parfumé à la fleur d’oranger, long d’une douzaine de centimètres et de deux centimètres de diamètre, fendu sur le dessus d’un coup de rasoir et effilé aux extrémités pour lui donner la forme d’une barque, rappelant le bateau (navis en latin) qui a déposé les saintes Marie sur les rivages de Provence. Deux siècles plus tard, les navettes cuisent toujours dans le même four à voûte et briques réfractaires, qui n’est plus chauffé au bois mais au gaz. Eric les enfourne par plaques avec une planche à long manche et, en une vingtaine de minutes, l’affaire est réglée. La recette reste naturellement secrète,

dans un sac en papier (9,60 €), elles sont l’objet d’un rite particulier qui prend sa source le 2 février aux aurores. A 5 heures du matin, l’Evangile arrive par la mer, apporté par les étudiants de la marine marchande, puis la procession s’organise du quai des Belges jusqu’à SaintVictor, où a lieu une messe solenCELLES DE NICOLAS IMBERT NE COMPORnelle à l’issue de laquelle on se TENT NI BEURRE NI LEVURE, mais l’arôme transporte au four des navettes voide fleur d’oranger remplace désor- sin pour la bénédiction en présence mais l’eau de fleur d’oranger, deve- des personnalités. La tradition veut nue trop coûteuse. Durant la pé- qu’on garde une navette dans un riode de la Chandeleur, il en tiroir ou un placard avec un cierge fabrique quotidiennement des mil- vert également bénit et de la couliers, et la boutique déborde de bis- leur de la robe que porte la Vierge cuits, sortis du four quasiment à feu noire. Un an plus tard, on allume le continu devant les clients qui font cierge et on croque la navette, qui la queue jusque dans la rue Sainte, apporte paix et prospérité au foyer. où flottent des effluves de fleur La sainte alliance du pétrin et du d’oranger. Vendues à la douzaine goupillon. jpgene.cook@gmail.com même s’il en existe de multiples variétés ailleurs en ville et en Provence. Dans La Cuisinière provençale, Jean-Baptiste Reboul préconise d’utiliser 750 g de farine, 375 g de sucre en poudre, 65 g de beurre, du sel, le zeste d’un citron râpé, trois œufs et un décilitre d’eau mais pas de fleur d’oranger.

Ce biscuit cylindrique parfumé à la fleur d’oranger, fendu sur le dessus d’un coup de rasoir et effilé aux extrémités pour lui donner la forme d’une barque, rappelle le bateau (‘navis’ en latin) qui a déposé les saintes Marie sur les rivages de Provence.

15 février 2014

Cecilia Garroni Parisi pour M Le magazine du Monde

V

OUS CONNAIS-


Le resto

Les cavistes se rebiffent.

Derrière la mairie et au pied du Panier, voilà la maison qu’on est ravi de rencontrer un lundi soir pour casser une graine correcte alors que les bons rideaux sont partout baissés. A l’origine, Laetitia, Fred et Sandi étaient cavistes – ils le sont toujours, avec quelques centaines de références nature – mais, au fil du temps, ils ont ajouté le casse-croûte au flacon. Une carte simple dans un lieu tout en longueur, qui commence par une terrasse-patio pour les fumeurs et se termine sur la banquette, au fond, à côté du comptoir. Des bouteilles dans des casiers tapissent les murs. Andouillette de Thierry Daniel, caillette ardéchoise, boudin noir, tartare, cassoulet, andouille de Guéméné grillée, c’est du vrai, c’est du solide (de 13 à 18 €) avec quelques assiettes, dont une de « cecina de León » (viande de bœuf espagnol séchée), parfaite avec la salade de roquette aimablement fournie sur demande. Vin au verre (6 €) et droit de bouchon à 8 €. Quelques flacons « chers » sont proposés à l’ardoise : Prieuré Roch, Cossard, Pacalet, Overnoy, qui grimpent vite à 170 €. Service aussi sympa que la clientèle. JPG Les Buvards, cave à vin et à manger, 34, Grand-Rue, Marseille 2e. Tél.: 04-91-90-69-98. Fermé le dimanche.

banc d’essai

Le cassis blanc.

Vignoble majestueux des calanques, au pied de la plus haute falaise de France, Cassis produit un vin blanc d’une richesse unique. Qui se marie bien avec des poissons crus ou grillés et avec la cuisine asiatique en général.

Par Laure Gasparotto

Clos sainteMagdeleine 2012

l’aromatique Issu d’un vignoble qui surplombe la mer, ce vin a un caractère bien trempé, avec des nuances vanillées, iodées et fleuries. Tél. : 04-42-01-70-28. 14,50 €.

Les Buvards. DR x5

Les coordonnées de la série Un peu de tenues… En blanc et noir, p. 72. BALenCiAGA : 01-56-52-17-32 CéLine : 01-56-89-07-91

doMaine du Bagnol 2012

le délicat Un délice tout en finesse, composé de notes fruitées (agrumes notamment) et d’anis. On est dans l’élégance, le raffinement, la persistance. Un relief rare. Tél. : 04-42-01-78-05. 12,50 €.

ChLOé : 01-44-94-33-00 ChRiSTiAn DiOR : 01-40-73-73-73 Dinh VAn : 01-42-86-02-66 LAnVin : 01-44-71-31-73 SAinT LAURenT PARiS : 01-42-65-74-59

doMaine la ferMe BlanChe 2012

le tonique Une texture onctueuse pour un vin gourmand et vif. Il se déploie en longueur, et s’impose par ses notes complexes de miel et de fruits jaunes.

Tél. : 04-42-01-00-74. 11,30 €.

Château de fontCreuse, Cuvée f 2012

Château BarBanau, Clos val Bruyère 2011

le cristallin Axé sur des notes de fruits exotiques et d’agrumes, ce cassis frétille sur la langue. Plutôt fleurs blanches, il offre un équilibre majestueux, droit et juste.

le complexe Superbe cassis, qui déploie toute la richesse du terroir grâce à des notes minérales et d’épices. Finale particulièrement longue et désaltérante.

Tél. : 04-42-01-71-09. 11 €.

Tél. : 04-42-73-14-60. 12,50 € (bio).

Pages réalisées par Vicky Chahine et Fiona Khalifa (stylisme). Et aussi Lili Barbery-Coulon, Carine Bizet, David Chokron, Laure Gasparotto, JP Géné, Julien Neuville, Caroline Rousseau, Julia Sammut, Lisa Vignoli, Vahram Muratyan. 79


Le style.

Le photographe et plasticien Lorenzo Vitturi a promené son regard décalé au marché des Capucins à Marseille. Pour M, il commente ses étranges sculptures.

« Au marché des Capucins, il y a tant d’épices, tellement d’exotisme… Ces produits m’ont inspiré des compositions aux couleurs psychédéliques… »

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15 février 2014


Au marché… Le souk des Capucins.

Derrière la Canebière, un marché populaire entouré d’échoppes draine toutes les communautés de la ville. Un bouquet de saveurs bigarrées qui a séduit le photographe Lorenzo Vitturi, adepte des compositions artistiques et alimentaires. Par Julia sammut/Photos et sculptures Lorenzo Vitturi

s

eize étals face à la bouche de métro Noailles. Que des fruits et des légumes. Pour certains gonflés à l’hélium, pour d’autres mûrs comme il faut. Une plongée tête la première dans le « vrai » Marseille. Bordé par l’historique Café Prinder, l’excellente charcuterie Au Grand Saint Antoine et la poissonnerie Le Lamparo, le petit marché des Capucins ne serait pas grand-chose sans la rue Longue-des-Capucins, la rue d’Aubagne et la rue Halle-Delacroix, qui font durer le plaisir en le complétant par un nombre incalculable d’échoppes spécialisées. Ainsi s’étire le quartier Noailles, à deux pas du Vieux-Port, entre la Canebière et le cours Julien. La vie de marché n’y cesse jamais, sous une pluie diluvienne ou par temps de mistral, en plein « cagnard » et même lors de grève des services de nettoyage. Dans les années 1930-1950, ce fut le ventre de Marseille, des dizaines de bouchers-tripiers-charcutiers occupaient la rue Longue-des-Capucins, tandis que la rue Halle-Delacroix abritait les poissonnières et le cours Julien les maraîchers. Les nostalgiques disent que la grande distribution a « tout foutu en l’air ». Pour autant, Noailles n’est pas mort. Loin de là. Le quartier sent bon l’exotisme, des Comores et d’Asie, du Maghreb et d’Afrique de l’Ouest, d’Inde et d’Arménie, du Liban et de Turquie. D’ailleurs, on s’y bouscule comme dans un souk. Viande •••

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Le style.

••• hallal, épices par milliers, bouquets de menthe et de coriandre, olives et piments, pains marocains, msemen (sorte de pain oriental), dattes et loukoums, halloumi (fromage originaire de Chypre), pita sortie du four, mélasse de grenade, pâte d’abricots, achards, nougat chinois, lait caillé, beurre frais, gingembre comorien, oranges siciliennes, litchis réunionnais, feuilles de brick fraîches, beignets au miel faits maison… Un « univers aux couleurs psychédéliques », un lieu « fort en tempérament », dixit le photographe Lorenzo Vitturi, où l’on parle, l’on crie, l’on rit et l’on échange secrets de cuisine et bons mots. Où l’on se retrouve, quels que soient son âge et sa communauté d’origine, entre amateurs d’un savoir-faire venu d’ailleurs. A Noailles, on discute de la qualité du thé comme du temps de salaison d’un saucisson de canard, des bergamotes qui viennent d’arriver et des oranges amères pour la confiture. Les prix sont imbattables ; l’ambiance unique, presque électrique. Cosmopolite et participative. A l’image de la ville. Ouvert du lundi au samedi de 8 heures à 19 heures.

« L’atmosphère méditerranéenne vous saisit d’emblée. Le quartier est situé dans le prolongement du port, tous les migrants arrivent ici. »

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Photos Lorenzo Vitturi pour M Le magazine du Monde – 15 février 2014


LES BONNES ADRESSES DU MARCHÉ DES CAPUCINS fruits et légumes exotiques le royaume des saveurs, 3, rue Halle-Delacroix. mangues, bergamotes, oranges amères, brocoletti… vianDe Hallal Boucherie du grand marché, 23, rue du musée. cHarcuterie maison au grand saint antoine, 11, rue du marché-des-capucins. rillettes, pâtés, salaisons, magrets de canard fumés et roulés inoubliables. lait caillé, cru ou fermenté chez Jacques, 14, rue d’aubagne. tenu par les mulateri, l’un des derniers comptoirs paysans de la ville, dont les produits proviennent directement de la ferme familiale. pain pita frais le cèdre, 39, rue d’aubagne. « Je ne contrôle pas mes choix. J’ai été particulièrement attiré par… l’orange ! »

Bouquets D’HerBes fraîcHes etals à l’entrée du marché des capucins (angle de la rue longue-des-capucins et de la rue du marché-des-capucins). épices et fruits secs l’univers alimentaire, 34, rue d’aubagne ; saladin, 10, rue longue-des-capucins. proDuits arméniens alimentation murat, 13, rue d’aubagne. proDuits tunisiens le carthage, 8, rue d’aubagne ; la marsa, 11, rue rouvière. Beignets de ghomrassen, feuilles de brick fraîches, sandwiches, pâtisseries au miel… épicerie Du monDe tam Ky, 5, rue Halle-Delacroix. rafraîcHissement ou Boisson cHauDe café prinder, 1, rue du marché-des-capucins.

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Le style.

Déjeuner dans la Venise du Vieux-Port « Il Canaletto est un restaurant modeste et exquis sur le Vieux-Port, dans les zones piétonnes. Autrefois, il y a avait des canaux, comme à Venise : les nombreuses reproductions de peintures accrochées dans le restaurant en attestent. Le souvenir des canaux, le patron, la délicieuse nourriture… Ici, on est en Italie. Quoi qu’on en dise, le Vieux-Port reste le point névralgique, le cœur et l’ouverture de Marseille. André Suarès, qui voit la ville comme “une Circé puissante”, écrit qu’il en est le sexe ouvert sur la mer. »

france

Le Marseille de Philippe Caubère.

« Marseille, c’est moi ! », commente Philippe caubère avec humour. avant d’ajouter : « J’ai donc une relation complexe avec ma ville natale, faite d’attirance et de répulsion. Mon corps – mon père – est marseillais, quand mon âme – ma mère – est parisienne… Marseille a beaucoup de défauts, mais c’est une ville de vérité, une ville brute, parfois brutale, mais toujours sincère. » Le comédien, auteur et metteur en scène sera au Théâtre du chêne noir, à avignon, dans La Danse du diable, puis jouera Marsiho, d’andré Suarès, et Le Memento occitan, d’andré Benedetto, à Bordeaux. Propos recueillis par Emilie Grangeray

Fêter le printemps au Théâtre Silvain

Michèle Laurent

« Situé sur la corniche, entre Malmousque et Le Roucas blanc, non loin du fameux Hôtel Le Petit Nice, le Théâtre Silvain rappelle les amphithéâtres grecs. J’y ai vu, dans ma jeunesse, jouer Marcel Maréchal, et plus tard, danser Pietragalla. C’est là qu’a eu lieu, en juin dernier, la première édition du festival que nous avons lancé avec Patrick Mennucci, Le Printemps des Marseillais. Je devais l’inaugurer avec la reprise de mon premier spectacle autobiographique, La Danse du diable. Hélas, la rupture de mon tendon d’Achille lors d’une avant-première m’a obligé à reporter le projet! »

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Photos Jean-Christophe Husson pour M Le magazine du Monde – 15 février 2014


Goûter à la liberté sur les îles du Frioul

« C’est Maurice Vinçon, qui dirigeait le Festival des îles, qui m’a fait découvrir le Frioul. Dans la bourgeoisie dont je suis issu, hors de question d’y mettre les pieds : beaucoup trop populaire! On préférait aller se baigner dans les égouts de la plage des Catalans. J’ai créé Aragon au Frioul, et j’y ai lu pour la première fois Marsiho. J’y retourne chaque été. C’est un lieu incroyable, encore protégé des touristes et des promoteurs. Et la preuve que Marseille est une ville grecque. »

CARNET PRATIQUE 1/Il Canaletto 6, cours Jean-Ballard, 1er arr. 2/Théâtre Silvain Chemin du Pont-de-la-Fausse-Monnaie, 7e arr. 3/Iles du Frioul www.ilesdemarseille.fr/html/frioul.html 4/Théâtre Toursky 16, promenade Léo-Ferré, 3e arr. 5/Lycée Saint-Exupéry 529, chemin de la Madrague-Ville, 15e arr.

Se souvenir des années lycée à Saint-Exupéry

« Situé dans les quartiers Nord, le lycée Saint-Exupéry m’évoque une beauté mêlée de désespoir. Mon père avait fait construire notre maison au sein même de son usine d’huile d’arachide, juste en face de cet établissement, où je suis entré en sixième. Et dans lequel j’ai été très malheureux. C’était le premier lycée mixte, et cette mixité soudaine avait engendré une violence qui m’a traumatisé pour le restant de ma vie. C’est pourtant devant ce lycée que j’ai embrassé – à travers une écharpe! – ma première amoureuse. »

Chercher le fantôme de Ferré au théâtre Toursky

« Richard Martin s’est battu pour que ce théâtre, fondé en 1971, devienne une scène majeure. J’y ai vu pour la première fois Léo Ferré seul sur scène, un des souvenirs de théâtre les plus forts de ma vie. L’année dernière, j’y ai joué Marsiho, dans lequel André Suarès évoque un Marseille que j’ai presque connu, venant d’une famille d’industriels florissants. » 85


David Gaussen, Ă Marseille le 4 fĂŠvrier.

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Focus

Il étaIt une vIlle

Parisien pur jus, David Gaussen s’est fait une réputation dans l’édition de livres d’histoire sur la cité phocéenne. Il sera pour la première fois au Salon du livre, qui s’ouvre le 21 mars, porte de Versailles, sur le stand… PACA. Par Macha Séry/ Photo Geoffroy Mathieu

D

e sa voix de basse, aux inflexions bourrues, il se rend à l’évidence : oui, il possède « un accent parigot à couper au couteau » et pas un soupçon de hâle méditerranéen. A 43 ans, David Gaussen sera pourtant pour la première fois au Salon du livre, du 21 au 24 mars, sur le stand de la région PACA. Pedigree : éditeur marseillais. Un label incongru pour un Parisien, élevé à deux pas de la place de Clichy, biographe de la tour Saint-Jacques et spécialiste des promenades historiques en Ile-de-France ? Pas tant que ça. Dans cette «ville-monde», «tout le monde vient d’ailleurs», fait-il remarquer. Au reste, sa fille de 9 ans, née de ses amours avec une universitaire japonaise, a, elle, cette pointe d’accent méridional qui enchante tant les touristes sur la Canebière. Et n’évoquez pas l’éternelle guéguerre entre l’OM et le PSG, cet érudit ignore tout du classico de la Ligue 1. L’essentiel est ailleurs, dans sa passion pour l’histoire cultivée depuis l’enfance et sa découverte, gamin, des rois de France dans le Petit Larousse. Cette passion a guidé ses études, ses premières expériences professionnelles (la Maison des sciences de l’Homme, les éditions Adam Biro et Atlas). Elle l’a suivi dans les Bouches-du-Rhône où, désormais, elle s’épanouit dans une ligne éditoriale qui marie l’exigence et la vulgarisation, le sérieux des textes et l’esthétisme du graphisme. Ses premières parutions ont lieu en avril 2005. Il s’agissait d’un recueil de monographies d’artistes du Midi et d’une étude de l’imagerie populaire de la bête du Gévaudan à travers 250 illustrations collectionnées, au fil des ans, par Eric Mazel, alias Kheops, du groupe de rap IAM. Pour l’avoir souvent croisé dans des librairies anciennes où ils chinaient tous deux, celui-ci est devenu un ami et l’a introduit auprès de quelques graphistes. Autrement, David Gaussen assure toutes les tâches inhérentes au circuit du livre : commande de textes, relecture, mise en page, promotion en librairies. C’est dire l’artisanat d’une aventure qui, en huit ans, a donné naissance à près de cinquante titres. Par son catalogue, le « Parigot » a contribué à enrichir la connaissance du patrimoine de sa cité d’adoption. En témoignent quelques titres maison : Marseille 1720, Marseille, quelle histoire !, La Cité phocéenne des origines à nos jours, Les Marseillais pendant la seconde guerre mondiale, Le Dictionnaire des Marseillaises, etc. A venir, le 7 mars, Etrangers antifascistes à Marseille / 1940-1944, un ouvrage compilant des témoignages d’opposants politiques et de juifs persécutés exfiltrés pendant la guerre par le consul du Mexique Gilberto Bosques. Un retour aux sources, somme toute, pour ce petit-fils d’un historien de Sommières, qui fut très actif au sein du mouvement Félibrige et présida l’association des Amis de la langue d’òc. « Tous les Marseillais qui ont révolutionné l’histoire de Marseille viennent du Gard, plaisante-t-il. Regardez Paulin Talabot et Gaston Defferre. » les tirages des éditions gaussen sont minimes, mais le lectorat grandit car « les Marseillais sont très attachés à leur identité. Celle-ci est très particulière, compliquée. Elle ne se confond pas avec l’histoire de France. Marseille, ce n’est pas la province. Son rapport au monde est différent en raison, notamment, de l’importance de communautés d’origine étrangère, arménienne et comorienne, qui ailleurs sont quasi inexistantes ». Sur le plan géographique aussi elle diffère, dit-il, des autres agglomérations. « En termes de superficie, Marseille est beaucoup plus étendue que Paris et Lyon. On évoque souvent la fracture entre les quartiers Nord et Sud. On omet de mentionner les contrastes entre l’Ouest marin et l’Est rural. » Au fil des ans, les éditions Gaussen ont également ressuscité quelques figures un peu tombées dans l’oubli, tels Jean Aicard, l’auteur de Maurin des Maures, et Joseph Méry, romancier précurseur de Pagnol. Et acquis une petite réputation dans une ville qui se distingue par sa belle densité d’éditeurs indépendants. Pour David Gaussen, les manifestations de Marseille 2013, Capitale de la culture ont été, malgré quelques ratés, extrêmement bénéfiques pour redorer l’image d’une ville ternie par les images d’actualité et sa litanie de règlements de comptes. « La mauvaise réputation de Marseille fait partie du folklore national. Marseille est un port donc, oui, il y a des trafics. Mais les attaques médiatiques contribuent à renforcer notre sentiment d’appartenance à la ville. » Il sourit : « J’ai dit : “notre”… » Adjectif possessif indiquant une acclimatation réussie. Il s’en excuserait presque.

1.

Dernière parution : Marseille 1720, la grande peste en 12 questions De patrick Mouton, 112 pageS. À paraître en MarS : étrangers antifascistes à Marseille/1940-1944 SouS la Direction De robert Mencherini. www.eDitionSgauSSen.coM

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La culture.

3 questions à

Isabella RossellInI

Dans un monologue drolatique et scientifique, l’actrice décortique, en paroles et en images, les mille et une manières de s’accoupler dans le monde animal. Après une tournée aux Etats-Unis et en Italie, cette conférencière hors norme arrive en France.

88 -

C’est grâce à mon amie Carole Bouquet. Après avoir découvert la série télévisée de films courts « Green Porno », que j’avais réalisée d’abord pour Sundance Channel aux Etats-Unis, puis pour Arte en France, elle a eu l’idée d’une conférence scientifique sur scène. Elle m’a mise en contact avec le scénariste Jean-Claude Carrière pour l’écriture, et Muriel Mayette (administratrice générale de la Comédie-Française) a collaboré à la mise en scène.

Pourquoi ce sujet vous intéresse-t-il?

Depuis que je suis toute petite, je suis passionnée par les animaux et la biologie, comme d’autres le sont par la peinture ou la musique. J’ai même repris des études et

je suis une formation d’éthologie (ndlr : étude du comportement des animaux) dans une université de New York depuis cinq ans. Ce n’est pas la sexualité des animaux qui m’intéresse en particulier mais, pour attirer du monde à une conférence, le sexe est plus facile à vendre que le système digestif !

Que nous apprennent les mœurs sexuelles des animaux?

Plein de choses ! Notamment que, contrairement à ce qu’affirment les opposants au mariage pour tous, l’homosexualité n’est pas « contre nature ». Elle est très commune chez les animaux.

Propos recueillis par Sandrine Blanchard

Bestiaire d’amour, en touRnée en FRance en FévRieR. Le 14 à touLouSe, Du 19 au 21 à MaRSeiLLe, Le 22 à DRaguignan, Le 23 à vichy.

15 février 2014

Jody Shapiro. DR x3

2.

Comment est née l’idée de ce monologue consacré à la sexualité des animaux?


Seal, art of noise, Propaganda, quelques-uns des beaux coups du label ZTT dans les années 1980.

Réédition

Le braquage pop de ZTT

Onomatopée inventée, dans les années 1920, par le futuriste italien Marinetti pour décrire le bruit d’une mitraillette, Zang Tumb Tumb fut abrégé en ZTT par le producteur Trevor Horn, sa femme Jill Sinclair et le journaliste Paul Morley afin de réussir le casse parfait sur la pop des années 1980. Bassiste et arrangeur anglais dont le talent visionnaire avait déjà été remarqué au sein des Buggles – Video Killed The Radio Star –, Horn allait devenir, à partir de 1983, au sein de ZTT Records, le Phil Spector d’une décennie portée sur la surenchère et le clinquant. Théorisant, sous l’impulsion de Paul Morley, le mariage de l’avant-garde et de la musique de diffusion massive, le label se spécialisa dans des productions au perfectionnisme scintillant, propulsé par l’utilisation de la technologie numérique. Précurseur du sampling et de l’électro avec des groupes comme Art of Noise ou Propaganda, usine à tubes pour Grace Jones (Slave To The Rhythm), Seal (Crazy) ou 808 State (Pacific 707), ZTT réussit son plus beau coup en lançant, en 1984, les hymnes décadents de Frankie Goes To Hollywood. Annonciateur de l’hédoniste house qui allait bientôt submerger la GrandeBretagne, Relax faisait ainsi danser la planète sur le célèbre « Détends-toi, retiens-toi, quand tu sens que tu vas jouir… ». On retrouve aujourd’hui l’histoire de FGTH et de ZTT dans une série d’albums compilant hits et pépites plus obscures. S. D. The OrganisaTiOn Of POP : 30 Years Of Zang Tuum Tumb, 2 CD ZTT / Salvo. The arT Of The 12’’, volume 3, 2 CD ZTT / Salvo. frankie said De FRankie GoeS To HollywooD, 1 CD + 1 DvD ZTT / Salvo.

VILLENEUVE D’ASCQ www.musee-lam.fr

Meret Oppenheim, Bracelet en fourrure / Fell-Armreif, 1936. Laiton, fourrure ; 6,5 x 2 cm, o 8 cm. Collection Clo et Marcel Fleiss, Paris - Photo : Jirka Jansch. © Adagp Paris, 2014


david douard dérange le palais de tokyo

D

« Mo’SwALLow », De DAViD DouARD. PALAiS De Tokyo, 13, AV. Du PRéSiDenT-wiLSon, PARiS 16e. juSqu’Au 12 MAi.

Le plasticien David Douard installe son parcours entre sculptures déchirées, étranges femmes enceintes et fontaines d’eau, de lait…

90

Sandra Rocha pour M Le magazine du Monde x5

En coulisses

e loin, ce soir-là au Palais de Tokyo, à Paris, David Douard, 31 ans, a moins l’air d’un artiste dans son exposition que d’un mécano dans son garage : épaisses godasses, sweat mauve sale, casquette sur la tête. Le plasticien s’exerce à diriger une sorte de tripode métallique à roues. Un robot qui grince et gémit quand l’artiste lui fait exécuter des rotations brusques. Pour l’instant, ce n’est qu’un triangle plat. Il portera une structure de tiges sur laquelle des tissus et des sacs à dos d’enfants s’accumuleront. Les mouvements les agiteront et feront osciller des lames d’étoffe grise qui dessineront des cloisons dans l’espace. Il faut un effort d’imagination pour entrevoir ce que cela donnera. Il en faut encore plus pour comprendre où et à quelle hauteur prendront place des sculptures aux formes déchirées qui s’achèvent toutes par un sein transparent. Mais, à mesure que Douard l’explique, son projet devient plus intelligible. La lecture d’Henri Michaux lui a suggéré l’idée de « l’enfant bouche ». Ce sera une histoire d’allaitement, de liquides organiques et de nourrices, mais aussi de maladie et de contamination. Il y aura des fontaines, déjà à peu près montées mais pas encore en action. « Dans l’une, de l’eau ; dans une autre, du lait. La troisième, je ne sais pas encore. » Il lui reste seulement une semaine avant le début de l’exposition. « J’aime mettre mes pièces en danger. » Il y aura aussi deux mannequins grandeur nature de femmes enceintes, dont les ventres révèlent des faces monstrueuses. Des textes passeront sur les murs, et en de nombreux endroits seront disposées des cages. « Je ne veux pas de pathos, dit Douard, mais que les visiteurs soient tantôt rassurés, tantôt mal à l’aise. » Des lampes au sodium, des architectures en bois et en aluminium, et un usage appuyé de la couleur jaune dans une nuance aigre y contribueront. Le parcours doit glisser entre assemblages, fontaines et vitres pour finir dans une chambre ovale où sera placée une œuvre de l’artiste japonais Tetsumi Kudo (1935-1990), qui a été le premier à faire de la destruction de la nature et de l’homme par la pollution l’objet de son œuvre. Kudo a souvent employé la cage, que Douard reprend en signe d’hommage. « Les murs sont courbes, explique-t-il à propos de cet espace, pour suggérer le ventre, la naissance… Dans les abattoirs aussi, les cloisons sont courbes, pour que les bêtes vivantes ne voient pas les bêtes que l’on est en train de tuer. » Il dit cela sur le ton de l’évidence. Ph. D.


La culture.

A vue d’œil

cent ans de turpitudes

Cent pages pour raconter la vie d’un homme de 100 ans, de la naissance à la mort. Cent pages pour plonger au passage dans les tourments d’un siècle – le xxe – et l’identité complexe d’un pays – les Etats-Unis. Tel est le tour de force accompli par le dessinateur américain Gilbert Hernandez à travers ce roman graphique audacieux qui commence, en 1900, avec l’arrivée d’un bébé au sein d’une famille pauvre de migrants mexicains. Aux différentes étapes de la vie de Julio – l’enfance, l’adolescence, l’âge adulte, l’âge mûr, le vieillissement – vont faire écho les soubresauts d’une histoire en marche marquée par les guerres et les mutations sociales. Parce qu’il excelle dans l’art de l’ellipse, Hernandez arrive à nous parler également de racisme, de différence sexuelle, d’urbanisation, de libéralisme économique… Sans oublier, sur fond d’ordalie, la primauté de la nature sur l’homme et ce sentiment, très américain finalement, de toujours aller voir plus loin. Remarquable démonstration. F. P.

5.

Julio, De GiLbeRT HeRnAnDez. éD. ATRAbiLe, 112 p., 19 €.

Plein écran

Gilbert Hernandez/éditions Atrabile. France TV Distribution

la sombre chute de jasmine

Après s’être promené à Barcelone, Rome et Paris pour des films « carte postale », Woody Allen est donc revenu aux Etats-Unis afin de tourner entre New York et San Francisco. Blue Jasmine est sans doute sa meilleure réalisation depuis Match Point en 2005. En s’inspirant de l’affaire Bernard Madoff, ce financier américain qui escroqua des milliers de gens, le cinéaste dresse le portrait d’une bourgeoise de Manhattan, Jasmine, interprétée par Cate Blanchett, qui, ruinée par les carambouilles de son mari, atterrit à San Francisco, chez sa sœur Ginger, caissière dans un supermarché. Emma Bovary d’aujourd’hui, elle ne supporte pas sa chute sociale et sombre dans une sorte de délire pour échapper au monde réel. Tout à la fois grinçant, caustique et tragique, Blue Jasmine est une fable sur l’absurdité de nos petites existences en temps de crise. Y. P.

6 février > 6 avril 2014 Exposition Ciné-concerts Conférence Lecture Projections

Blue Jasmine, De WooDy ALLen. 1 DVD TF1 ViDeo/FRAnceTV DiSTRibuTion, 19,99 €. 24,99 € en bLu-RAy.

15 février 2014

S -BRUXELLES PA RIfr IE N O LL A W E TR N CE cwb. , 75004 Paris www.

tin 127-129 rue Saint-Mar

Marcel Mariën, Parler de soie, 1975. Collage, 15 x 12 cm. Coll. Province de Hainaut, © Raymond Saublains, © ADAGP, Paris 2014.

6.

Abécédaire du surréalisme


La culture.

7.

Vu sur le Net

Massilia MultiMédia Le tout nouveau Musée d’histoire de Marseille, qui a ouvert ses portes en septembre, dans le sillage de Marseille 2013, propose, pour prendre l’air, une balade dans la ville, enrichie par la réalité augmentée. L’application gratuite du musée, « Extension numérique », disponible sur smartphones et tablettes, promet une visite commentée le long de la voie historique qui va du port antique au MuCEM, grâce à une carte géolocalisée. Une archéologie urbaine ludique qui superpose au paysage contemporain celui de l’époque grecque et romaine: la cité phocéenne n’en sort que plus animée. C. Gt. DIsPOnIbLe sur L’ITunes sTOre : Musée D’HIsTOIre De MarseILLe. HTTPs://ITunes.aPPLe.COM/fr/aPP/ Musee-DHIsTOIre-De-MarseILLe

Bio express

Le journaliste et scénariste palestinien a travaillé main dans la main avec le cinéaste israélien, Yuval Adler, pour réaliser “Bethléem”, thriller de l’année en Israël.

1973. Ali Waked est un

enfant de Jaffa, non loin de Tel-Aviv. « Mon père travaille comme serveur dans un restaurant et ma mère est femme au foyer. » Rien ne le destine à aller faire Sciences Po à Aix-en-Provence des années plus tard, grâce à une bourse de l’ambassade de France.

2000. Journaliste pour Ynet

News, le plus grand site d’information israélien, il couvre les affaires palestiniennes, dont la seconde intifada. « Quand on fait de l’information en live, on n’a pas toujours le temps d’approfondir ses enquêtes. Or la réalité est plus compliquée qu’il n’y paraît. » Le cinéaste israélien Yuval Adler fait appel à son savoir pour coécrire le scénario de ce premier film.

2013.

Bethléem domine le box-office en Israël. La question des informateurs palestiniens, au cœur de ce polar, est selon lui «un fait de société connu de tous et une source de honte pour 92 -

le peuple palestinien. Depuis les négociations de paix dans les années 1990, l’armée israélienne est présente sur le sol palestinien grâce aux informateurs. C’est un sujet sensible et douloureux, qui divise des familles entières». A gauche comme à droite, on reproche au film sa neutralité. «Il n’est ni partisan ni exhaustif. Je n’aime pas le misérabilisme ni la victimisation», répond-il.

2014.

Le film rate sa nomination aux Oscars face à un thriller palestinien concurrent, abordant le même sujet, Omar, mais continue de voyager et sort en France. Ali Waked et Yuval Adler songent désormais à un projet de série télévisée pour prolonger leur collaboration. « Pour l’instant, le film n’a pas encore été vu à Bethléem, car c’est une production israélienne. Mais nous espérons bien le faire circuler en DVD dans les territoires. » Propos recueillis

8. Dans Bethléem, un jeune informateur palestinien est aux prises avec un agent du camp opposé. un scénario signé par Yuval adler et ali Waked (ci-dessus).

par Clémentine Gallot

« beTHLéeM » (1 H 39), De YuvaL aDLer, aveC sHaDI MareI. en saLLes Le 19 févrIer.

15 février 2014

Musée d’Histoire de Marseille/Innovision-Orbe. Philippe Quaisse/Pasco. Diaphana Camille Lorinæ

ali Waked


Jeune pousse L’œuvre dévorante de CLaire dantzer

Elle a fabriqué une génoise gargantuesque de 2 mètres de diamètre nappée de 180 kg de confiture de framboises. Elle a érigé des murs en chocolat que le visiteur léchait et des monuments en sucre de synthèse transformés par la pluie. Artiste de l’alimentaire, Claire Dantzer confie son «intérêt à créer des pièces évolutives, vivantes: c’est dans la fragilité que réside la richesse». Les déjà nombreuses expos de cette Marseillaise de 30 ans, formée aux Beaux-Arts de Toulon, illustrent la variété d’un travail centré sur la bouche, l’oralité. C’est le sens de ses vidéos – un visage qui rit longtemps jusqu’à déranger, des lèvres surdimensionnées qui embrassent jusqu’à l’écœurement – ou d’une série de portraits au crayon de tueurs en série cannibales. «Les matériaux traitent aussi de l’opposition entre doux, sensuel et dévorant.» Kosice (Slovaquie), l’autre Capitale européenne de la culture en 2013, l’a invitée en résidence d’artiste. Elle a installé Living Room, agencement de prismes, au cœur d’une synagogue désaffectée. C’est ce travail psychédélique qu’elle poursuit au sein des Ateliers d’artistes de la Ville de Marseille, pépinière pour créateurs. L. L. « L’embeLLie », exPOsItIOn COLLeCtIve à La gaLerIe CHâteau De servIères, 19, bD bOIssOn, MarseILLe 4e. JusQu’au 8 Mars. www.CHateauDeservIeres.Org

POUR COMPRENDRE LE MAL IL FAUT CHERCHER SOUS LA SURFACE « Ce que Murakami décrit est arrivé à des gens ordinaires et d’une manière terriblement ordinaire. Et c’est d’autant plus effrayant. » The Observer


La culture.

Caravane, 2013, série « Le Feu ». Monica, Barcelone 2004, série « Les Hurleurs », 20012004. Photomaton, 1995-1997, série « Photomatons ».

Chambre noire

le temps des gitans

Pages réalisées par Emilie Grangeray, avec Sandrine Blanchard, Philippe Dagen, Stéphane Davet, Clémentine Gallot, Claire Guillot, Luc Leroux, Yann Plougastel, Frédéric Potet et Macha Séry.

94 -

« La traversée », PHotograPHies de MatHieu Pernot, Jeu de PauMe, 1, PLace de La concorde, Paris 8e. téL. : 01-47-03-12-50. Jusqu’au 18 Mai. tous Les Jours, sauF Lundi. JeudePauMe.org « L’asiLe des PHotograPHies », de MatHieu Pernot et PHiLiPPe artières, La Maison rouge, 10, Bd de La BastiLLe, Paris 12e. téL. : 01-40-01-08-81. du Mercredi au diMancHe. Jusqu’au 11 Mai. www.LaMaisonrouge.org L’AsiLe des PhotogrAPhies, éd. Le Point du Jour, 288 P., 176 PHotograPHies, 38 €.

15 février 2014

Mathieu Pernot x3

10.

Dans les années 1980, Mathieu Pernot propose à des enfants gitans de les photographier dans une cabine de Photomaton. Drôle de jeu et drôle de résultat : le Jeu de Paume expose ces images fortes et ambiguës, où les gamins turbulents débordent du cadre imposé par cette boîte à fabriquer des papiers d’identité. Ce sont les mêmes, devenus adultes, qu’on retrouve un peu plus loin, pensifs devant les lueurs d’une caravane en flammes. Mathieu Pernot a suivi cette famille au fil des ans, intégrant parfois ses membres dans certains projets mais sans jamais les enfermer dans une représentation, un cliché. Ils sont des figures héroïques récurrentes dans une œuvre singulière, où les motifs habituels de notre monde – barres d’immeubles, architectures carcérales, migrants en transit – se détachent avec une acuité visuelle étonnante. Cl. G.


Vincent 1746 - 1816

FRANÇOIS-ANDRÉ

UN ARTISTE ENTRE FRAGONARD ET DAVID

MUSÉE FABRE

DE MONTPELLIER AGGLOMÉRATION

8 FÉVRIER - 11 MAI 2014 www.museefabre.fr


Les jeux.

Mots croisés 1

2

3

Sudoku

Grille No 126

Philippe Dupuis

No 126

très difficile 4

5

6

7

8

9

10

11

12

13

14

15

Compléter toute la grille avec des chiffres allant de 1 à 9. Chacun ne doit être utilisé qu’une seule fois par ligne, par colonne et par carré de neuf cases.

1 2 3 4 5 6 7

Solution de la grille précédente

8 9 10

Bridge

No 126

Fédération française de bridge

11 12 13 14 15

Horizontalement 1 Ne sont pas restés longtemps dans le champ. Restés dans les champs. 2 A la maison, pas à l’étude. Influencé par le japonisme. 3 A des gages dans la descente. Défaut après coulage. 4 Cours asiatique. L’Irlande des poètes. En mauve. Des cailloux plein le désert. 5 Plusieurs dizaines. Base de lancement. 6 Grand lac. Etais dans l’incertitude. 7 Possessif. Passe par Kiev. Réservé aux plus proches. 8 Personnel. Ouverture de compte. Fait tache au soleil. Négation. Ouvrent les yeux. 9 Evacuez le trop-plein. Blairai. 10 Sans rien en plus. Région roumaine. Lecteur ou lectrice. 11 Appréciation en marge. Met fin au plaisir. Complètement incultes. 12 Dame du monde. En droit et en devoir. 13 Fis un travail minutieux. Arrivé chez nous. Apporte de la fraîcheur dans les galeries. 14 Belle saison. Résonnerai en parlant. 15 Facilite une bonne réception. Verticalement 1 Contre qui combattent-ils aujourd’hui? 2 Assure la suite à l’écurie. Rapprochement franco-allemand. 3 Particulièrement triste. Européen de la première heure. 4 Fut président en Allemagne. Ses cordes ont un air pincé. Au cou des belles. 5 Travaille à toutes pompes. Fait du neuf. Belle de la Bastille. 6 Cité mésopotamienne. Opération militaire. En Moravie. En absence. 7 Apprenons à chanter. Sculpture cadavérique. 8 Voit venir. Gagnée d’un bon trait. Circule au Brésil. 9 Point. Jardin des délices. Douillettement préparé. Mesure à Pékin. 10 Equipe anglaise. Dans l’opposition. Comprenais tout. 11 Poétiquement triste. Envoie l’Europe vers les étoiles. 12 Arrivent avant les autres. Fait la liaison. Récupère les bouteilles vides. Versant ensoleillé. 13 Vainqueur au concours. A couru avant de faire courir les autres. 14 Passe par Saragosse. Les sons du langage. Capitale de l’empire Songhaï. 15 Paires de fesses. Allemand devenu suisse puis américain. Solution de la grille no 125

Horizontalement 1 Emberlificoteur. 2 Xylo. Olivétaine. 3 Houspillé. Hures. 4 Ise. Usée. Cèpe. 5 Bossai. Telle. Mi. 6 It. Birman. Sur. 7 Tipis. Aggloméré. 8 Isar. Amère. Orée. 9 Nègre. Flan. 10 Net. Relancée. Ta. 11 Noèse. Lugeuse. 12 Ille. Fêter. Très. 13 Siamoise. Claire. 14 Ténéré. Uélé. Gin. 15 Entrelardassent. Verticalement 1 Exhibitionniste. 2 Myosotis. Eolien. 3 Blues. Pantelant. 4 Eos. Sbire. Semer. 5 Puais. Gré. Ore. 6 Loisir. Are. Fiel. 7 Ille. Mamelles. 8 Filetage. Auteur. 9 Ive. Engrange. Ed. 10 Ce. Cl. Lé. Cercla. 11 Othello. Feu. Les. 12 Taupe. Molesta. 13 Eire. Sera. Erige. 14 Une. Murent. Erin. 15 Respirée. Absent. 96 -

15 février 2014


Le livre.

Caravage

“Corbeille de fruits”.

La collection “Le Musée du Monde” décrypte les chefs-d’œuvre des grands peintres. Le vingtième et dernier volet explore la vie et l’œuvre d’une grande figure de l’art européen qui fit vibrer les corps aussi bien que les natures mortes.

Editions Le Monde

A

u-delà du spadassin, de l’ombrageux mauvais garçon qui fuit Rome, accusé d’un meurtre, c’est le révolutionnaire de la peinture, le naturaliste théâtral, le maître d’une lumière savamment mise en scène, l’innovant et virtuose poète existentiel que révèle une simple Corbeille de fruits. Dans ce panier d’osier, posé en équilibre sur une étagère, ses raisins poudrés d’une fine et vivante poussière, sa pomme, sa pêche goûtées et gâtées par des prédateurs invisibles, évoquent la vie qui passe et le charme éphémère de ses plaisirs fugaces. Avec le peintre milanais, la nature morte vibre, palpite et s’émancipe, pour bientôt devenir un genre pictural à part entière. Car chez Caravage, le réel entre en scène, avec force et fracas, dans ses portraits, ses scènes bibliques, mythologiques ou ordinaires. De sa touche allusive, de son modelé sensuel, le peintre aux passions shakespeariennes, à

l’humour picaresque, enflammé ou équivoque, métamorphose les corps en offrandes, les élance dans le combat des larmes et du sang. Ses martyrs souffrent avec ostentation. Ses vierges s’alanguissent dans une lumière qui vainc les ténèbres. Le maniérisme se meurt et Caravage l’enterre. Après lui, les passeurs de cette vision puissante essaimeront dans l’Europe entière, de Bartolomeo Manfredi à Giovanni Serodine, de la Florentine Artemisia Gentileschi à l’Espagnol José de Ribera, jusqu’à Georges de La Tour, en France, l’un de ses derniers héritiers. Aujourd’hui, l’éloquence de son geste, sa couleur bouleversante gardent sa révolution intacte. Pourquoi ? Parce qu’au cœur de son œuvre, son modèle – l’homme du commun – n’a pas changé. En lui, nous nous reconnaîtrons toujours. Christophe Averty

« Le Musée du Monde », volume n° 20, Caravage, Corbeille de fruits, en vente dans les kiosques à partir du 14 février, 5,99 €.

Le Musée du

Découvrez les secrets des chefs-d’œuvre

En partEnariat avEc

rEtrouvEz Corbeille de fruits, du caravagE, dans « grand public », présEnté par aïda touihri, samEdi à 14 h 50 sur FrancE 2. rEdiFFusion mErcrEdi à minuit.

5

€ ,99 *

le livre

Inclus un tirage

grand format de l’œuvre

Le volume n° 20 Corbeille de fruits de Caravage dès vendredi 14 février

Pour plus d’information : www.lemonde.fr/boutique

EN PARTENARIAT AVEC « GRAND PUBLIC » SUR

* Chaque volume de la collection est vendu au prix de 5,99 € en plus du Monde sauf le n°1, offre de lancement au prix de 2,99 € en plus du Monde.Chaque élément peut être acheté séparément à la Boutique du Monde, 80, bd Auguste-Blanqui, 75013 Paris. Offre réservée à la France métropolitaine, sans obligation d’achat du Monde et dans la limite des stocks disponibles. Visuels non contractuels. Société éditrice du Monde, 433 891 850 RCS Paris.


Le totem.

Le tour de cou de Gérald Passédat.

J’ai plusieurs objets fétiches : un mousqueton de marine accroché à ma ceinture, un vieux mortier de marbre ayant appartenu à ma grand-mère que j’utilise dans ma cuisine pour piler les herbes et, surtout, mes vinyles des années 1970 et 1980. Mais celui que je préfère, c’est sans doute le plus simple, et aussi celui que j’utilise quotidiennement. C’est un petit morceau de tissu, un triangle entièrement blanc, une sorte de foulard. Dans le milieu de la gastro-

98 -

nomie, on l’appelle un tour de cou. Il existe pour une raison assez logique : dans les cuisines d’un restaurant, on passe de l’univers surchauffé des fourneaux à celui, glacial, des chambres froides. Et ce petit bout de tissu anodin permet d’absorber la sueur et d’éviter d’attraper froid lors des va-et-vient. J’en porte depuis toujours et cela marche plutôt bien ! J’aime l’idée que, dans le monde entier, chaque chef le noue comme il le souhaite. Pour ma part, j’en utilise deux par jour : un le matin et un le soir. Et le rituel de l’attacher autour du cou marque le début de ma journée de travail : c’est un peu le nœud de cravate du chef. Il y a tout un « truc » – une « feinte » comme on dit à Marseille – pour se l’approprier, en faire quelque chose de joli. Pour ma part, je le noue sur le devant sans faire retomber la pointe. Avec le temps, c’est devenu un objet fétiche. Pour les services importants – même s’ils le sont tous –, si je ne le porte pas, je ne me sens pas bien. Malheureusement, avec le temps, la coutume d’en porter semble s’être un peu perdue en France, notamment avec l’arrivée de vestes de cuisine plus sophistiquées dont les cols montants couvrent davantage la gorge. Propos recueillis par Lisa Vignoli

Le Môle Passédat, MuCEM, 1, esplanade J4 Marseille

A lire

Des abysses à la lumière, de Gérald Passédat, Flammarion, 400 p., 60 €.

Gérald Passédat

Donner un nouveau souffle à la cuisine traditionnelle tout en conservant l’esprit familial du Petit Nice : c’est le défi auquel s’était attelé Gérald Passédat en succédant à son père, en 1985, à la tête du restaurant marseillais, troisétoiles au Guide Michelin depuis 2008. Désormais, le chef fait aussi découvrir sa vision de la gastronomie méditerranéenne dans les trois espaces du Môle Passédat, installés au sein du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée. Parmi ses objets fétiches, un petit foulard blanc, le « tour de cou » qui ne le quitte jamais lorsqu’il officie au piano.

15 février 2014


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