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M Le magazine du Monde no 125. Supplément au Monde no 21480 du samedi 8 février 2014. Ne peut être vendu séparément. Disponible en France métropolitaine, Belgique et Luxembourg.

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8 février 2014

Presse people Le changement

C’EST MAINTENANT


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UNE COMPOSITION INATTENDUE DE CAFÉS ÉTHIOPIENS DANS UN GRAND CRU PURE ORIGINE


Carte blanche à

Fondé en 2010 par l’artiste Maurizio Cattelan et le photographe Pierpaolo Ferrari, le magazine italien TOILETPAPER s’amuse de l’overdose d’images et détourne les codes de la mode, du cinéma, de la publicité (voir aussi p. 12). Troublant et captivant.

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Edito.

Au programme.

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Jean-Baptiste Talbourdet/M Le magazine du Monde

Vous vous en souvenez peut-être… En novembre 2013, pour illustrer notre numéro franco-allemand réalisé avec ZEITmagazin, nous avions demandé à la photographe Alison Jackson de « mettre en scène » le couple franco-allemand. En l’occurrence, des sosies de François Hollande et d’Angela Merkel partageant un croissant. Interrogeant en permanence la société du spectacle, Jackson s’est fait une spécialité de l’esthétique paparazzi : elle excelle dans la « fausse » photo volée. Quelques mois plus tard, une poignée de « vraies » photos sidèrent la France et le monde : celles d’un président casqué sortant d’un immeuble où il a passé la nuit avec son amoureuse. Inutile de mentir : comme beaucoup d’entre vous sans doute, nous nous sommes jetés sur le magazine Closer et avons passé des heures à disserter du « Gayetgate ». Avec un plaisir coupable… donc délicieux. Tout à coup, les infréquentables paparazzis et la peu élégante presse people sont au centre du jeu. Avec, dans le rôle principal, les hommes et les femmes politiques en passe de remplacer les vedettes de la télé-réalité au rang de machines à ragots. Par un drôle de hasard, le Centre Pompidou-Metz verra s’ouvrir à la fin du mois la première grande exposition consacrée aux paparazzis et à leur influence majeure dans le monde de l’art, du graphisme et de la mode. Cette semaine, M Le magazine du Monde est donc – presque – un magazine people. Et alors? Marie-Pierre Lannelongue

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y a-t-il un président pour sauver la presse people ? On la croyait en déclin. La voilà sous le feu des projecteurs. Depuis le scoop Hollande-Gayet, révélé par Closer, la presse people reprend du poil de la bête. Et mise sur les aventures des politiques pour doper ses ventes.

p. 42

commando en soutane. Les prêtres de la communauté Saint-Martin revendiquent un catholicisme décomplexé et visible… jusque dans l’habit. Objectif : évangéliser et peser sur les choix de société.

p. 48

dominique voynet : montreuil m’a tuée. Trop d’ennemis, trop de pression… Détestée par une partie de la gauche, la maire écologiste renonce à se représenter dans la ville de Seine-SaintDenis. Portrait d’une femme politique qui sort exsangue de son mandat.

J’y étais… Au rituel du Trombinoscope.

LA SEMAINE p. 19

La photographie de La couverture a été réaLisée par Frank perrin/courtesy gaLerie anaLix Forever, genève , et s’intituLe « the Big shot (postcapitaLism section 14) », 2014.

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oiseaux espions. La NSA a des mouchards partout. Même dans les appareils des joueurs d’Angry Birds, dont elle a réussi à collecter les données confidentielles.

p. 22

il fallait oser ! Et modestes avec ça.

p. 24

face à face. Les G.O. des JO.

p. 26

municipales. Un téléphérique nommé désir.

p. 27

ils font ça comme ça ! iran Maire modèle.

p. 28

chine Le Ouïgour que Pékin veut faire taire.

p. 30

marc beaugé rhabille… Pharrell Williams.

p. 31

la photo. Papa Kim

p. 32

les questions subsidiaires.

p. 34

Juste un mot. Par Didier Pourquery.

Alex Milan Tracy/NurPhoto. Bruno Mouron/Agence Sphinx

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LE MAGAZINE

Retrouvez “M Le magazine du Monde” tous les vendredis dans “C à vous”, présenté par Anne-Sophie Lapix. Une émission diffusée du lundi au vendredi en direct à 19 heures.

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80, bd Auguste-Blanqui, 75707 Paris Cedex 13 Tél. : 01-57-28-20-00/25-61 Courriel de la rédaction : Mlemagazine@lemonde.fr Courriel des lecteurs : courrier-Mlemagazine@lemonde.fr Courriel des abonnements : abojournalpapier@lemonde.fr Président du directoire, directeur de la publication : Louis Dreyfus Directrice du Monde, membre du directoire, directrice des rédactions : Natalie Nougayrède Directeur délégué des rédactions : Vincent Giret Secrétaire générale du groupe : Catherine Joly Directeur adjoint des rédactions : Michel Guerrin Secrétaire générale de la rédaction : Christine Laget

68 le portfolio p. 54

L’art du scandaLe. Sexe, violence et transgressions… En consacrant une exposition aux plus décriés des photographes, les paparazzis, le Centre Pompidou-Metz brise un tabou.

M sur iPAD ET sur lE WEB.

“M Le magazine du Monde” se décline sur tous les supports. L’application pour iPad vous propose une expérience de lecture et de visionnage nouvelle. “M” vous est ainsi accessible à tout moment et dans toutes les situations. Sur le site (lemonde.fr/m), vous retrouverez aussi une approche différente de l’actualité et les dernières tendances dans un espace qui fera toute sa place aux images.

le style p. 65

Philippe Lebruman. Alexis Armanet. & Other Stories

p. 67

La vague rose. Libérée de sa réputation surannée, la rose fait un retour remarqué chez les grands noms du parfum. Le goût des autres. Créoles de mauvaise compagnie.

p. 68

L’icône. Le classique moderne de Jeanne Lanvin.

p. 69

fétiche. Lady lavande.

p. 70

variations. Bagues à part.

p. 71

La paLette. La crème des blush.

p. 72

parfuMs. Fleur de peaux.

p. 73

La rencontre. David Bailey, photographe.

p. 74

dans L’œiL de seLby… Astier de Villatte.

p. 78

un peu de tenues… Le manteau.

p. 82

être et à voir. Par Vahram Muratyan.

p. 83

La chronique de JP Géné.

p. 84

dans L’assiette. Le pigeon, un drôle d’oiseau.

p. 85

Le resto.

p. 86

Le voyage. Le Sète de Didier Sandre.

la culture p. 88

Les dix choix de La rédaction. Théâtre, photo, Web, danse, cinéma, BD, musique, polar…

p. 96

Les jeux.

p. 97

Le Livre. Albrecht Dürer : Autoportrait tenant un chardon.

p. 98

Le toteM. La montre de Valérie Donzelli.

M Le MAGAziNe Du MoNDe Rédactrice en chef : Marie-Pierre Lannelongue Direction de la création : eric Pillault (directeur), Jean-Baptiste Talbourdet (adjoint) Rédaction en chef adjointe : eric Collier, Béline Dolat, Jean-Michel Normand, Camille Seeuws Assistante : Christine Doreau Rédaction : Carine Bizet, Samuel Blumenfeld, Annick Cojean, Louise Couvelaire, emilie Grangeray, Laurent Telo, Vanessa Schneider Style : Vicky Chahine (chef de section), Fiona Khalifa (styliste) Responsable mode : Aleksandra Woroniecka Chroniqueurs : Marc Beaugé, Guillemette Faure, JP Géné, JeanMichel Normand, Didier Pourquery Directrice artistique : Cécile Coutureau-Merino Graphisme : Audrey Ravelli (chef de studio), Marielle Vandamme Photo : Lucy Conticello (directrice de la photo), Cathy Remy (adjointe), Laurence Lagrange, Federica Rossi, Alessandro zuffi Assistante : Françoise Dutech Edition : Agnès Gautheron (chef d’édition), Yoanna Sultan-R’bibo (adjointe editing), Anne Hazard (adjointe technique), Julien Guintard (adjoint editing), Béatrice Boisserie, Maïté Darnault, Valérie GannonLeclair, Catarina Mercuri, Maud obels, avec Stéphanie Grin Correction : Michèle Barillot, Ninon Rosell et Claire Labati Photogravure : Fadi Fayed, Philippe Laure, avec Gilles KebiriDamour Documentation : Sébastien Carganico (chef de service), Muriel Godeau et Vincent Nouvet Infographie : Le Monde Directeur de production : olivier Mollé Chef de la fabrication : Jean-Marc Moreau Fabrication : Alex Monnet Coordinatrice numérique (Internet et iPad) : Sylvie Chayette, avec Aude Lasjaunias Directeur développement produits Le Monde Interactif : edouard Andrieu Publication iPad : Agence Square (conception), Marion Lavedeau et Charlotte Terrasse (réalisation). DiFFuSioN eT PRoMoTioN Directeur délégué marketing et commercial : Michel Sfeir Directeur des ventes France : Hervé Bonnaud Directrice des abonnements : Pascale Latour Directrice des ventes à l’interna­ tional : Marie-Dominique Renaud Abonnements : abojournalpapier @lemonde.fr ; de France, 32-89 (0,34 € TTC/min) ; de l’étranger (33) 1-76-26-32-89 Promotion et communication : Brigitte Billiard, Marianne Bredard, Marlène Godet, Anne Hartenstein Directeur des produits dérivés : Hervé Lavergne Responsable de la logistique : Philippe Basmaison Modification de service, réassorts pour marchands de journaux : Paris 0805-050-147, dépositaires banlieue-province : 0805-050-146 M PuBLiCiTÉ 80, bd Auguste-Blanqui, 75707 Paris Cedex 13 Tél. : 01-57-28-20-00/38-91 Directrice générale : Corinne Mrejen Directrices déléguées : Michaëlle Goffaux, Tél. : 01-57-28-38-98 (michaëlle.goffaux @mpublicite.fr) et Valérie Lafont, Tél. : 01-57-28-39-21 (valerie.lafont@mpublicite.fr) Directeur délégué digital : David Licoys, Tél. : 01-53-38-90-88 (david.licoys@mpublicite.fr) M Le magazine du Monde est édité par la Société éditrice du Monde (SA). imprimé en France : Maury imprimeur SA, 45330 Malesherbes. Dépôt légal à parution. iSSN 03952037 Commission paritaire 0712C81975. Distribution Presstalis. Routage France routage. Dans ce numéro, un encart « Relance abonnement » sur l’ensemble de la vente au numéro ; un encart « Puig Valentino » broché entre les pp. 50 et 51 sur l’ensemble de la diffusion.

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Carte blanche.

Ci-contre, la « une » du numéro 1 de ToiLeTPaPer (juin 2010) et une image parue dans le numéro 8. de mai à juillet 2012, le magazine italien investit le panneau Billboard high Line à new York, réservé aux artistes contemporains.

“ToileTPaPer” sème le trouble.

Pourquoi Choisir d’aPPeLer un Magazine « PaPier

Parce qu’il est issu « d’un processus de digestion à l’œuvre après une overdose d’ images », expliquent ses fondateurs, l’artiste italien Maurizio Cattelan et le photographe Pierpaolo Ferrari. Des mains dégoulinantes de peinture, un canari sur le point de se faire découper les plumes aux ciseaux, un crâne en plastique au milieu d’un assortiment de fruits et légumes, une jeune femme pratiquant l’acupuncture avec des épingles à linge… Chacun des clichés de ToileTPaPer Magazine rompt avec la normalité et sème le trouble. On éprouve alors tour à tour du dégoût, de l’étonnement, de la curiosité. Utilisant les codes de la mode, du cinéma, de la publicité mais aussi des images d’actualité, Cattelan et Ferrari parviennent à proposer des images à la fois dérangeantes et extrêmement captivantes. Choquer pour questionner, telle est la marque de fabrique de Maurizio Cattelan, 53 ans, devenu depuis quelques années une des figures majeures de l’art contemporain. Et aussi l’un des artistes les plus cotés. En 1999, ce « ragazzo » toujours sur son trente et un se fait remarquer avec une sculpture hyperréaliste et grinçante, la Neuvième Heure, plus connue sous son descriptif du pape frappé par un météore : l’œuvre met en scène Jean Paul II, écrasé par un aérolithe, le visage grimaçant de douleur. En 2001, il présente Him, un personnage miniature, agenouillé comme pour prier, que le spectateur découvre de dos avant de s’apercevoir en le contournant qu’il s’agit en fait d’Adolf Hitler. Depuis 2010, huit numéros de ToileTPaPer sont déjà parus – le neuvième sortira au printemps chez Damiani editore –, ainsi qu’un livre recueil. Si le magazine semble critiquer une société dominée par la consommation et le règne de l’appa-

toiLette » ?

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rence, ses créateurs n’ont pas hésité à s’associer à la marque Kenzo pour une édition spéciale et une série de publicités. Chacun des clichés de ToileTPaPer Magazine fait l’objet d’une mise en scène léchée. Les lumières sont toujours très travaillées pour garantir des couleurs explosives. L’image est entièrement construite à la prise de vue… sans trucage. Une marque de fabrique que les créateurs décrivent comme « un parfum qui vous est familier sans que vous sachiez pourquoi ». En juin dernier, les images chocs du duo ont orné pendant plusieurs semaines les fenêtres du Palais de Tokyo, à Paris. En 2012, un immense panneau présentant d’étranges doigts manucurés a intrigué les New-Yorkais… Désormais, et pendant quelques mois, c’est au tour des lecteurs de M d’expérimenter l’étonnant pouvoir des créations de ToileTPaPer Magazine. Julien Guintard

ToiLeTPaPer Magazine en chinois, édition spéciale, 2012.

Les deux fondateurs du magazine, Pierpaolo Ferrari et Maurizio Cattelan (ci-contre, parodiant le film Beggars of Life) détournent les codes de la pub, de la mode et du cinéma (ci-dessus, photo parue dans le no8). 8 février 2014

ToileTPaPeR magazine x5. Pierpaolo Ferrari d’aprés une photo de John Springer Collection/Corbis

Entre dégoût et étonnement, les photos sophistiquées du magazine italien ne laissent pas indifférent. Pendant plusieurs mois, “M” donne sa nouvelle ‘carte blanche’ (p. 6) à ces as de la provocation par l’image.


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contributeurs.

VanEssa schnEidEr est journaliste à M, Judith pErriGnon travaille en indépendante. Elles signent ensemble cette semaine un portrait de Dominique Voynet (p. 48). « Lorsque nous étions journalistes à Libération, raconte Vanessa Schneider, nous avions suivi ses premiers pas en politique. Nous avions rencontré une femme passionnée, parfois dure, mais joyeuse. Plus de vingt ans après, nous avons retrouvé une élue cassée, qui a décidé d’abandonner le combat politique et de “sourire à nouveau”. » laura Villa BaroncElli et ManuElE GEroMini sont photographes. Ce sont eux qui signent cette semaine les portraits de Dominique Voynet (p. 48). De formation et parcours très différents – ingénierie et anthropologie pour elle, philosophie pour lui –, ils ont commencé à collaborer lors d’un voyage en ex-Yougoslavie il y a dix ans. Ils travaillent aujourd’hui pour des magazines comme Il Sole 24 ore, D La Repubblica, Elle…

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BEnoît hopquin, grand reporter au Monde, a rencontré pour M le «commando» en soutane de la communauté Saint-Martin (p. 42). «Les manifestations contre le mariage homosexuel ont marqué le retour spectaculaire de l’Eglise dans le débat public. Dans ces immenses cortèges, j’ai découvert les prêtres de la communauté Saint-Martin, jeunes gens en soutane qui ne se revendiquent pourtant pas de l’intégrisme tel qu’on le connaît. Ils m’ont semblé le symbole d’un catholicisme décomplexé qui veut se montrer, se faire entendre en dehors des lieux de culte, notamment sur les sujets de société.» naMsa lEuBa est une photographe suissoguinéenne, née en 1982. Pour M, elle a photographié de jeunes prêtres militant pour un catholicisme plus visible (p. 42). Récompensée au Festival international de photographie et de mode de Hyères en 2012 pour sa série « Ya Kala Ben », elle travaille pour des magazines comme Numéro, Interview, The New York Magazine et Wallpaper. Elle a également participé à de nombreuses expositions, en Suisse, en Grèce et en Italie et au LagosPhoto Festival en 2013.

8 février 2014

Elsa Guiol. M Le magazine du Monde. Namsa Leuba. Manuele Geromini & Laura Villa Baroncelli. Judith Perrignon. Vanessa Schneider

Ils ont participé à ce numéro.

Elsa Guiol et stéphaniE MartEau sont journalistes indépendantes. Cette semaine, elles ont enquêté pour M sur le nouveau souffle de la presse people, « sauvée » par les politiques (p. 35). « Après le “Gayetgate”, nous nous sommes penchées sur les coulisses d’une presse people en perte de vitesse, mais plus que jamais décidée à exploiter le filon de la “pipolitique” pour doper ses ventes. »


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Le courrier.

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Le M de la semaine. « Ma première photo de l’année, au détour d’une ruelle de Strasbourg. » Philippe Schalk

Pour nous écrire ou envoyer vos photographies de M (sans oublier de télécharger l’autorisation de publication sur www.lemonde.fr/m) : M Le magazine du Monde, courrier des lecteurs, 80, bd Auguste-Blanqui, 75707 Paris Cedex 13, ou par mail : courrier-mlemagazine@lemonde.fr 8 février 2014

Philippe Schalk

Droit de réponse. Sylvie Uderzo et Bernard de Choisy, mis en cause dans l’article « Ça barde chez les Uderzo ! » paru dans M Le magazine du Monde du 28 décembre 2013, indiquent : « Sylvie Uderzo et Bernard de Choisy sont nommément désignés dans un article intitulé “Ça barde chez les Uderzo !” publié par M Le magazine du Monde le 28 décembre 2013, lequel contient de nombreuses erreurs et passe sous silence la manipulation d’Albert Uderzo mise en œuvre par une partie de l’entourage de celui-ci. A la lecture de l’article, d’aucuns pourraient croire que Sylvie Uderzo aurait engagé des procédures judiciaires à l’encontre de son père, ce qui est faux. Sylvie Uderzo a saisi la justice non pas contre Albert Uderzo mais afin de protéger ses parents d’un certain nombre d’individus qu’elle estime mal intentionnés. Il est également regrettable que l’article véhicule un certain nombre d’accusations infondées formulées à l’encontre de Bernard de Choisy dans l’objectif manifeste de dresser Albert Uderzo contre son gendre, qui n’a eu d’autre choix que de combattre ces allégations notamment en déposant une plainte du chef de faux témoignage. L’article en cause rapporte les propos, parfois inquiétants, d’Albert Uderzo, lequel semble avoir été placé malgré lui au cœur d’un combat imaginaire, où sa fille et son gendre sont, utilement, devenus les pires prédateurs. Ces faits, tragiquement éloignés de la réalité, auraient pourtant dû interpeller. Enfin, si l’article a effectivement relevé la propension d’Albert Uderzo à distribuer des planches à son entourage, il est dommage qu’il ait omis de s’intéresser aux bénéficiaires de ces largesses. De telles révélations, si elles avaient été effectuées, n’auraient pas manqué de jeter un éclairage très différent sur ceux qui véritablement nuisent aux intérêts d’Albert Uderzo, au rang desquels on ne trouve ni Sylvie Uderzo ni son époux Bernard de Choisy, bien au contraire ! »


J’y étais… au rituel du Trombinoscope.

Par Guillemette Faure

C Jean-Baptiste Talbourdet/M Le magazine du Monde

o m m e n t r é s i st e r à une récompense ? C’est pour recevoir leur distinction que Michel Barnier a fait l’aller-retour de Bruxelles à Paris pour la soirée, que Christiane Taubira, ministre à l’emploi du temps de ministre, a trouvé le temps de passer avant son dîner, et que Bruno Lemaire s’est déplacé avec sa garde rapprochée de parlementaires. Tous les lauréats des prix du Trombinoscope étaient libres ce mardi à 18 heures, à l’hôtel de Lassay de l’Assemblée nationale. Le Trombinoscope, c’est l’annuaire de leur profession, un gros pavé « pour savoir qui est qui et qui fait quoi », comme dit sa publicité, legs d’un monde pré-06 et ante-Facebook où il fallait le numéro de téléphone d’un cabinet pour joindre un professionnel de la politique, reliquat de la vie pré-Google où l’on tournait des pages pour vérifier si Lambert siégeait au conseil régional ou au conseil général. « Les Victoires de la musique façon Assemblée nationale », tweete une journaliste de La Chaîne parlementaire, avant de se raviser en notant l’âge des centaines de personnes présentes. « Plutôt les Molières. » « L’homme politique de l’année est une femme », annonce Arlette Chabot avant de féliciter Christiane Taubira. « Madame et Messieurs les membres du jury », commence la garde des sceaux. « Juste une impertinence gratuite » à l’égard de ceux qui n’avaient peut-être pas remarqué qu’ils étaient là entre hommes. Laurent Joffrin, directeur de la rédaction du Nouvel Observateur, est assis au premier rang. L’écharpe rouge

de Christophe Barbier est là aussi. Ils forment avec Le ministre de l’année, Jean-Yves Le Drian, une cinq autres notables du commentaire politique le bonne source pour les journalistes, assure que la valeur à laquelle il est le plus attaché, c’est la fidécomité qui choisit les lauréats. « Pour la première fois depuis 2006, l’année 2013 n’a lité.Alberto Toscano, le journaliste étranger patenté pas connu d’élections », glisse dans son discours d’in- dans les cercles français, s’est juré de faire sourire troduction François-Xavier d’Aillières, l’éditeur du Michel Barnier, à qui il remet le prix de l’Européen guide. C’est peut-être un inconvénient pour un de l’année. En vain. guide des mouvements de la profession, et ça n’aide « Il n’y a qu’en France qu’on est une révélation à pas les votants qui, traditionnellement, préfèrent les 44 ans », réagit Bruno Le Maire après avoir reçu le vainqueurs. L’an dernier, François Hollande était la prix de la révélation politique de l’année. « J’espère « personnalité de l’année ». L’année précédente, être un espoir à 60 ans. » Il se sait encore mal placé Hollande et Sarkozy, candidats, s’étaient partagé le pour les primaires de 2017 mais mise sur « les 40 % de Français qui ne savent pas que je fais de la polititre. Autant décerner un prix au pouvoir. Ce soir, on saCre les bons Clients. Après quelques tique ». En finissant son discours, il regarde autour mots en occitan, Laurent Joffrin remet le prix de de lui. « Je le dis aux jeunes qui sont dans la salle, faites l’élu local de l’année à Jean Lassalle, le Béarnais qui de la politique ! » S’il y en avait, ils se laisseraient a parcouru 5 000 kilomètres à pied l’an dernier. peut-être convaincre. Maire depuis trente-six ans, le revoilà récompensé pour l’année qu’il n’a pas passée chez lui. Pour être l’élu local Alberto Toscano, le journaliste de l’année, il vaut mieux ne pas être trop local. Le dé- étranger patenté dans les cercles français, puté de l’année, Nicolas s’est juré de faire sourire Michel Barnier, Dupont-Aignan, qui comme Christiane Taubira cite à qui il remet le prix de l’Européen René Char, remercie le jury de l’année. En vain. qui a dû faire un effort pour voter pour lui. Paul-Henri du Limbert du Figaro remet le prix du sénateur de l’année au socialiste François Rebsamen. Ce soir, chacun s’applique à prouver qu’il peut sortir de son ornière. Rebsamen explique qu’il soutient le président sur tous les sujets, à part sur le cumul des mandats. Dans les salons de l’hôtel de Lassay à l’Assemblée nationale, sous les lustres et dans les odeurs de parquet ciré, n’importe qui se sentirait aussi prêt à défendre le cumul des mandats. D’ailleurs, en 2006, quand François Rebsamen a reçu le prix de l’élu local de l’année, la cérémonie était organisée au Sénat, et c’est cela, assure-t-il, qui lui a donné envie d’être sénateur. Mais qu’est-ce qui a pris à Randstad, société de travail temporaire, de vouloir parrainer une soirée où l’on honore le protecteur du cumul des mandats? 17


La Semaine / Il fallait oser / Face à face / Le roman-photo / Le buzz du Net / Ils font ça comme ça ! / / Les questions subsidiaires / J’y étais /

Imaginechina/Corbis

Oiseaux espions.

Amateurs d’Angry Birds, aux abris! Les agences de renseignement américaine et britannique ont, entre autres, utilisé le célèbre jeu de lancer de volatiles comme mouchard. Objectif : collecter massivement des données confidentielles sur les joueurs. Par Yves Eudes 8 février 2014

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ersonne n’échappe aux grandes oreiLLes

de la NSA, l’agence de renseignement américaine. Pas même les amateurs d’Angry Birds. Téléchargé plus d’un milliard de fois, ce jeu vidéo a priori innocent – il s’agit de lancer des oiseaux sur des cochons – connaît un succès planétaire. Pourtant le 27 janvier, le New York Times et le Guardian ont fait savoir que la NSA (National Security Agency) ainsi que son homologue britannique, la GCHQ (Government Communications Headquarters), interceptaient des données personnelles sur les joueurs d’Angry Birds. Des informations obtenues grâce aux documents divulgués par Edward Snowden, l’ex-consultant de la NSA à l’origine des fuites sur les programmes d’écoutes des Etats-Unis dans le reste du monde. Ces révélations rappellent que le simple fait de télécharger une application n’est pas anodin. L’éditeur du jeu Angry Birds peut géolocaliser un smartphone (donc connaître les déplacements du propriétaire), prendre connaissance de ce que contient sa mémoire, relever les appels téléphoniques et obtenir la liste des « comptes connus » (services de stockage, réseaux sociaux, etc.). Il pourra aussi créer des « sockets réseaux », une fonction extrêmement puissante, selon Jérôme Notin. « L’application établit une connexion permanente entre votre appareil et un ou plusieurs serveurs, qui enverront des requêtes et collecteront des données à volonté. En théorie, cela pourrait servir à prendre le contrôle du téléphone », insiste le patron de la société Nov’It, qui met au point un nouvel antivirus 100 % français pour les appareils Android. Rovio, le développeur finlandais des Angry Birds, a d’abord affirmé n’être au courant de rien avant d’accuser les agences de publicité auxquelles il revend les

données confidentielles sur les joueurs. Elles n’auraient pas assez sécurisé le trafic d’informations. « Si les réseaux de publicité sont effectivement visés [par la NSA], aucun appareil se connectant à un site Internet ou utilisant une application contenant de la publicité n’est à l’abri de ce type de surveillance », s’inquiète Rovio, qui entend désormais « ré-évaluer [ses] relations » avec les publicitaires. Les créateurs d’Angry Birds travaillent avec plusieurs agences américaines de publicité : Millennial Media, Nexage ainsi que DoubleClick et AdMob, deux filiales de Google. Ces sociétés peuvent croiser les données provenant d’Angry Birds avec celles que Google possède déjà sur les joueurs. Une première alerte avait déjà été lancée à l’automne 2013 par les médias allemands et anglo-saxons qui avaient publié un document secret de la NSA montrant comment ses agents plaçaient des boîtiers espions sur les câbles reliant différents serveurs de Google. On peut aussi imaginer d’autres scénarios : que la NSA fasse discrètement circuler, chez les développeurs de jeux, des logiciels connectant les téléphones à ses propres serveurs ; ou encore qu’elle distribue des jeux programmés pour moucharder, comme le font les pirates informatiques. Le détournement de données peut aussi emprunter d’autres chemins, plus sinueux encore. Les experts de la société Nov’It ont ainsi découvert, un peu par hasard, qu’une application française de recettes de cuisine essayait de s’imposer comme « super-utilisateur » sur les téléphones Android. Autrement dit, d’en prendre le contrôle. Si l’appareil a été « rooté » (c’est-à-dire si son propriétaire a supprimé les verrouillages de sécurité mis en place par le fabricant), la prise de contrôle peut s’effectuer instantanément. « Le développeur avait peut-être installé cette fonction pendant la phase de test et a oublié de la supprimer, explique Jérôme Notin. Mais d’autres scénarios sont imaginables. » Le patron de Nov’It ne peut donner le nom de l’application car, en France, il est interdit d’en faire l’analyse sans l’autorisation de l’éditeur. Ce qui ne facilite pas la tâche de ceux qui se chargent de détecter les pièges et les mouchards. Yves Eudes

Jean Paul Guilloteau/Express-Rea. Alex Milan Tracy/NurPhoto. Ocean/Corbis

La semaine.

Rovio, l’éditeur finlandais du jeu Angry Birds (ci-dessus, les bureaux près d’Helsinki), accuse les agences de publicité auxquelles il revend les données sur les joueurs d’avoir mal sécurisé le flux d’informations.

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8 février 2014


TRAVELTEX .COM > ACTIVITÉS > LA MUSIQUE

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M U S I Q U E CO U N T R Y

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MUSÉES DE MUSIQUE

TA L E N T S LO C AUX

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S A L L E S D E S P EC TAC L E R E N O M M É E S

F E S T I VA L S D E M U S I Q U E

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La semaine.

Le décodeur

Dominique Bertinotti, ministre déléguée à la famille, le 31 janvier, sur BFM-TV.

L’affirmation. dix mois après que la loi sur le mariage entre personnes de même sexe est devenue effective, l’exécutif ferraille toujours avec ce sujet ô combien sensible. Interrogée par BFM-TV deux jours avant qu’une partie des manifestants contre cette union ne redescende dans la rue, dominique Bertinotti a martelé que le gouvernement était on ne peut plus clair au sujet de la gestation pour autrui (GPA) et de la procréation médicalement assistée (PMA) : elles ne sont pas au programme. La vérification. S’il est vrai que l’exécutif n’a jamais caché son hostilité à la GPA, on ne peut pas dire qu’il ait agi avec « constance » au sujet de la PMA… revenons à 2012, lorsque la gauche, alors aux portes du pouvoir, croyait que le « mariage pour tous » serait adopté sans remous. Alors que la campagne présidentielle battait son plein, François Hollande assurait à l’association Homosexualités et socialisme que la PMA serait ouverte à toutes les femmes, sans discrimination. Il va réitérer cette promesse plusieurs fois, en des termes qui ne souffrent aucune ambiguïté – notamment dans une interview au magazine Grazia. Puis, quand le projet de loi ouvrant le mariage aux couples de

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même sexe a été présenté en conseil des ministres par christiane Taubira en novembre 2012, aucune référence à la PMA n’y figurait, au grand dam des associations qui avaient soutenu cette mesure. des députés de la majorité ont souhaité amender le texte du gouvernement pour y faire revenir la PMA. une quarantaine de députés s’y sont opposés, au motif qu’elle ne faisait pas partie des « 60 engagements pour la France », le projet de campagne de François Hollande – qui, en effet, évoquait le mariage sans plus de précision. « Sur la PMA, le président a défini une méthodologie ; respectons sa méthodologie », a précisé dominique Bertinotti le 31 janvier dernier. Il y a un an, en janvier 2013, François Hollande avait saisi, pour calmer le jeu, le conseil consultatif national d’éthique et assuré qu’il se rangerait à son avis. un avis toujours attendu. La concLusion. Après quelques couacs de rigueur, le gouvernement a préféré rattacher le débat sur la PMA à la future loi sur la famille, dont l’examen a été repoussé à de multiples reprises. elle devait être présentée en mars 2014 ; aux dernières nouvelles, elle ne sera pas débattue avant 2015. et comme l’a révélé Manuel Valls le 3 février, au lendemain de la nouvelle manifestation des anti-mariage pour tous, le débat sur la PMA n’en fera pas partie. Vous avez dit « constance » ? Jonathan Parienté

Il fallait oser Et modestes avec ça. Par Jean-Michel Normand

La dernière tendance psycho, celle qui fait vendre des livres, des magazines et nourrit les émissions de troisième partie de soirée s’inscrit hardiment à rebrousse-poil d’une époque qui réclame avant toute chose du charisme à ses leaders, célèbre les grandes gueules et considère qu’il ne faut jamais perdre une occasion de se lâcher. assez de l’exhibitionnisme de facebook et de l’égocentrisme débridé de twitter ; injonction nous est faite de nous convertir à la retenue, au tact, au quant-à-soi. La Force des discrets (éditions Jc Lattès) de susan cain, bestseller outre-atlantique récemment traduit en français, est une ode aux introvertis. ces étranges personnes qui regardent avec commisération l’exubérance improductive des expansifs. Le secret de leur sérénité ? Elles « enregistrent les stimulations du monde extérieur avec une intensité accrue » et n’ont pas besoin de se pousser du col ou d’envisager leurs rapports avec autrui en mode portevoix. Pour donner du crédit à l’indispensable mea culpa auquel on ferait bien de se plier, susan cain dégaine comme il se doit des batteries d’études scientifiques prouvant que moins on en dit, plus on en fait. ce dont on se doutait quand même un peu. Dans son essai La Discrétion (éditions autrement), le philosophe Pierre Zaoui, qui dit avoir été inspiré par le spectacle du précédent quinquennat, détaille sa compassion pour les victimes de « l’enfermement narcissique » et vante « l’art de disparaître » que certains d’entre nous devraient pratiquer plus souvent. Quant à son confrère carlo strenger, il signe un livre dont le titre – La Peur de l’insignifiance nous rend fous (éditions Belfond) – résume la thèse. au vu de l’actualité récente et à l’unanimité du jury, on conseillera une lecture attentive de ces ouvrages à nicolas sarkozy, bien sûr. mais aussi à valérie trierweiler, arnaud montebourg, Justin Bieber ou Zlatan ibrahimovic.

Retrouvez les auteurs du « Décodeur » sur decodeurs. blog.lemonde.fr, un blog réalisé par le service politique du Monde, avec la collaboration des internautes. Il passe au crible les déclarations des personnages publics pour démêler le vrai du faux. 8 février 2014

Cecilia Garroni Parisi pour M Le magazine du Monde. Christophe Morin/IP3 press/MAXPPP

Sur la procréation médicalement assistée, « le président de la République a été d’une grande constance ».


La semaine.

Face à face Les G.O. des JO.

Inséparables depuis les Jeux de Turin en 2006, Philippe Candeloro et Nelson Monfort commentent le patinage artistique à Sotchi pour France Télévisions. Un duo cabotin pas à l’abri des sorties de route.

Le champion de l’humour gras A 41 ans, l’ancien sportif d’origine italienne raffole des blagues graveleuses sur les minijupes des patineuses. Un humour lourd qui lui vaut, en 2013, de faire son entrée parmi les sociétaires des « Grosses Têtes », animées sur RTL par Philippe Bouvard.

Le commentateur balourd

Le consultant est connu pour son franc-parler et ses remarques douteuses. En 2006, aux Jeux olympiques de Turin, sa réflexion au sujet de la médaillée d’or japonaise Shizuka Arakawa marque les esprits : « Je pense qu’elle aura mérité un bon bol de riz ce soir. »

Le showman débridé

Candidat de « Danse avec les stars » sur TF1 en 2011, présentateur de bêtisiers sur la chaîne Comédie, il adore faire le show, à la télévision comme sur la glace. Coach de l’émission « Ice Show », diffusée sur M6 en novembre 2013, il participe régulièrement au spectacle « Holiday on Ice ».

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Polyglotte compulsif, l’indéboulonnable Nelson Monfort officie sur France Télévisions depuis 1987, façon « people ». Cette année-là, la joueuse de tennis Martina Navratilova, homosexuelle, lui confie son désir d’enfant face au grand public.

Le gentleman à accent

Né il y a soixante ans à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) d’un père militaire américain et d’une mère néerlandaise, il a conservé de son passage dans un collège suisse pour riches héritiers un maintien aristocratique. Sa courtoisie affectée et son accent américain sont souvent moqués.

Le flatteur gaffeur

Louanges appuyées et goût pour le pathos caractérisent ses entretiens. À Londres en 2012, il manque de tact en rappelant à la nageuse OphélieCyrielle Etienne, le décès de sa mère survenu deux ans plus tôt. En 2009, une interview de Mickey en plein Roland-Garros lui vaut un blâme de sa direction.

L’artiste caché

Passionné de musique classique, il cultive sa fibre artistique. En 2011, il joue la comédie sur les planches du Théâtre du Gymnase, à Paris, au côté de sa fille Victoria. Il prépare, avec son complice Philippe Candeloro, un « two-men-show » qu’il dit inspiré du duo Chevallier et Laspalès. Franck Berteau

8 février 2014

Vim/Abaca et Denis Guignebourg/Abaca

Le patineur reconverti

Double médaillé de bronze à Lillehammer (1994) et Nagano (1998), mais aussi quadruple champion de France, Philippe Candeloro devient consultant télé pour le patinage artistique. Il prête sa gouaille au service public depuis 2006.

L’intervieweur polyglotte


170 lignes au départ de la france

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la semaine.

C

A l’approche des élections municipales, tout le monde veut son téléphérique urbain. Dans le cœur des candidats, le câble a remplacé le tramway, vedette du précédent scrutin. D’ailleurs, de nombreux prétendants présentent des projets estampillés « tramway aérien », comme pour donner des gages de sérieux. Anne Hidalgo a donné le ton. Surfant sur une idée lancée par ses alliés radicaux de gauche, la candidate PS à Paris propose un « transport suspendu » franchissant la Seine entre les gares de Lyon et d’Austerlitz. Prudente, l’adjointe de Bertrand Delanoë précise que le projet devra être étudié « avec les acteurs du patrimoine ». En clair, il ne faudrait pas défigurer la capitale. A Lyon, le centriste Eric Lafond défend un « aérotram » entre la gare LyonPerrache, les sommets de Fourvière et de la Croix-Rousse et le parc de la Tête-d’Or. Le parcours, dévolu aux déplacements quotidiens, comporterait pas moins de six tron-

MUNICIPALES

’est la nouvelle mode.

Un téléphérique nommé désir.

çons. Le maire de Tours, Jean Germain (PS), promet « une télécabine » destinée « aux cyclistes et aux piétons » au-dessus de la Loire, à un endroit où deux ponts, un ferroviaire et un routier, enjambent déjà le fleuve. Ses concurrents écologistes ne sont pas en reste : ils imaginent un téléphérique entre les gares de Tours et de SaintPierre-des-Corps déjà reliées… par le train. La liste s’allonge tous les jours : Nancy, Poitiers, Béziers ou Port-Vendres (Pyrénées-Orientales). Souvent, le projet émane de candidats en mal de notoriété, désireux de donner d’eux-mêmes une image innovante à peu de frais. Cela fait bientôt dix ans que le téléphérique essaie de descendre des montagnes pour s’installer en ville. Ses partisans, qui s’appuient sur des réussites à Medellín (Colombie) ou Nijni-Novgorod (Russie), parent le câble – électrique, silencieux et sûr – de multiples vertus écologiques. Il permet de transporter presque 2 000 personnes par heure, certes moins qu’un tramway mais davantage qu’un bus. En outre, ajoutent certains sans le crier trop fort, un téléphérique n’empiète pas sur l’espace voué à l’automobile, contrairement au tramway. Ses défenseurs insistent aussi sur son coût, « moins élevé qu’un tunnel ou un contournement routier », assure Joël Carreiras, vice-président de l’agglomération de Toulouse et chargé du transport par câble au sein du Groupement des autorités responsables des transports (GART). Les experts, pour leur part, sont moins catégoriques. « Les coûts d’investissement et d’exploitation sont encore difficiles à estimer » car ils dépendent de l’aménagement architectural et des expropriations nécessaires pour implanter les pylônes, peut-on lire dans un document rédigé en 2011 par plusieurs services de l’Etat. En attendant, le téléphérique moderne et urbain tient du serpent de mer, ou plutôt des airs ; on ne parle que de cela mais les travaux n’ont commencé nulle part. Seuls trois projets tiennent vraiment la corde. A Brest, le câble qui traversera la Penfeld, une rivière encaissée, doit être mis en service fin 2015. A Toulouse, l’« aérotram » reliera un centre de recherche médicale, un CHU, et une université. Dans le Val-de-Marne, le « Téléval » surplombera un entrelacs de rocades autoroutières et de nœuds ferroviaires entre Créteil et Villeneuve-SaintGeorges. « Le projet a été validé par le Syndicat des transports d’Ile-de-France », rappelle Yoann Rispal, le chef du projet. « Le téléphérique urbain n’est pas une solution miracle, adaptée à tous les terrains, prévient-il cependant. L’excitation va vite retomber. » Olivier Razemon

La station Téléval Emile-Combes à Limeil-Brévannes (Val-de-Marne) pourrait voir le jour d’ici à 2018.

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Conseil général du Val-de-Marne 2013

Après le tramway, les candidats aux municipales ne jurent que par les airs. Paris, Lyon, Tours… Toutes les villes veulent leurs cabines suspendues. Vrai projet urbain ou effet de mode ?


Samiyeh Balouchzehi qui dirige la commune de Kalat se félicite d’avoir « réveillé l’espoir chez les femmes de la région ».

Ils font ça comme ça!

Iran

Maire modèle.

DR

Samiyeh Balouchzehi est une exception. À 26 ans, cette diplômée de l’université de Téhéran a choisi de revenir dans sa province natale, l’une des plus conservatrices du pays, pour “servir” sa ville. Désignée maire, elle entend désormais devenir un exemple du changement.

F

emme, jeune, sunnite, Baloutche

Le profil de Samiyeh Balouchzehi, nommée en novembre 2013 maire de la ville de Kalat, la province du Sistan-Baloutchistan (sud-est), est pour le moins déconcertant. L’élection de cette femme de 26 ans issue d’une minorité religieuse (les sunnites représentent 10 % de la population en Iran, pays majoritairement chiite) et d’une minorité ethnique (baloutche) continue de faire couler beaucoup d’encre. Le vote à l’unanimité des cinq membres élus – tous des hommes – du conseil de cette petite ville de 1 200 habitants est d’autant plus inédit que la province du Sistan-Baloutchistan constitue l’une des plus conservatrices du pays. La jeune femme avait quitté Kalat juste après le baccalauréat pour poursuivre ses études à Téhéran, à l’université privée Azad. Un privilège que très peu de familles accordent à leurs filles. Après avoir décroché un master en ingénierie de ressources naturelles, Samiyeh Balouchzehi décide – contrairement à bien d’autres jeunes originaires de zones pauvres – de retourner dans sa ville natale plutôt que de s’installer dans la capitale. « Je voulais servir ma ville. Les manques ici sont vraiment insupportables. Je voulais me battre pour les combler », expliquait-elle en décembre 2013, dans un entretien au quotidien réformateur Shargh. Elle décide finalement de se porter candidate à la mairie en présentant un ensemble de projets, dont certains axés sur le développement de centres culturels et sportifs, rarissimes dans cette région. et céliBataire.

« Je ne voulais pas que les enfants de Kalat soient déprimés. Lorsqu’ils voient un parc, dans une autre ville, ils sont tout excités. Notre ville n’a rien », se désole-t-elle. Un discours qui a convaincu les membres du conseil, qui l’ont élue à la tête de la ville. Depuis, elle s’est fixé comme objectif de créer des activités de loisirs et des infrastructures pour les femmes et les enfants, deux catégories de la population qui, selon elle, sont les plus vulnérables de la société. Depuis plusieurs mois, samiyeh Balouchzehi

qui la décrivent comme un symbole de modernité et de changement des mentalités dans la société iranienne. Les images montrent une jeune femme déterminée, maquillée avec soin, vêtue d’un tchador noir – porté par les plus religieuses –, des foulards colorés en soie en dessous, travaillant derrière un ordinateur portable, téléphonant ou visitant des écoles et des chantiers de la ville. Bien que Samiyeh Balouchzehi ne mentionne jamais le mot « féminisme » – notion haïe par les milieux conservateurs –, tout suggère qu’elle en est une combattante déterminée. Elle parle de la nécessaire « prise de confiance en soi chez les femmes » dans une société qu’elle décrit comme « profondément patriarcale ». « J’ai réveillé l’espoir chez les femmes de la région », se félicite-t-elle. Madame le maire – qui n’a pour l’instant pas suscité de réactions ouvertement hostiles des milieux conservateurs – dit n’avoir qu’un rêve : « Une ville couverte de parcs et un ciel bleu. » Ghazal Golshiri fascine les méDias,

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la semaine.

Ils font ça comme ça!

Des militaires chinois déployés à Urumqi (Xinjiang) en juillet 2009 après une révolte des Ouïgours. En bas, l’universitaire Ilham Tohti, détenu depuis le 15 janvier par les autorités.

en effet encore plus verrouillée que pour le reste du pays. Et la chape de plomb s’est alourdie suite aux affrontements meurtriers survenus entre Han et Ouïgours à Urumqi en 2009. Malgré les briMades, parfois

ou les insultes racistes des agents de la sécurité d’Etat qui le surveillaient en permanence, le professeur Tohti s’était bel et bien aménagé un espace d’autonomie dans la capitale chinoise, où il vivait avec son épouse et ses deux petits garçons. Il côtoyait avocats et lanceurs d’alerte chinois, communiquant régulièrement avec les journalistes et les diplomates étrangers. L’économiste était persuadé que le salut viendrait de la société civile chinoise, de véritables mesures de discrimination positive et d’un « dialogue » plus abouti. Il avait entraîné dans son sillage certains de ses étudiants ouïgours les plus brillants – aujourd’hui pressés par Pékin de dénoncer les projets séditieux de leur enseignant. L’un d’eux nous avait raconté en décembre dernier une mésaventure qui lui était arrivée : rentré pour l’été chez ses parents dans la région de Hotan, il avait cru bon d’aider un paysan ouïgour de Kachgar, dont la maison avait été démolie contre son gré, en publiant sur Internet ses doléances. La police avait aussitôt débarqué chez l’étudiant. Menotté devant sa famille, il avait été emprisonné à 400 km de là. Prévenu, Ilham Tohti avait menacé de battre le rappel des ambassades étrangères et des intellectuels chinois. L’étudiant fut libéré. On lui apporta des habits neufs dans sa cellule, puis des officiels lui firent visiter en voiture leurs réalisations urbaines… L’obtention de cette libération avait suscité l’espoir de ceux qui croient aux vertus persistantes de l’ouverture et à la possibilité d’assouplir le régime, toujours fondé sur le principe du parti unique. En arrêtant Ilham Tohti et plusieurs de ses étudiants, Pékin fait un grand pas en arrière. Brice Pedroletti les violences

CHInE

Le Ouïgour que Pékin veut faire taire.

as facile de jouer les poils à gratter en Chine, surtout quand on n’est pas d’origine Han, l’ethnie majoritaire. L’universitaire ouïgour Ilham Tohti, 44 ans, qui enseignait l’économie à Pékin et animait un site d’information sur la région autonome ouïgour du Xinjiang (22 millions d’habitants dont 10 millions de Ouïgours turcophones et musulmans), vient d’en faire l’amère expérience. Après des années de surveillance et de harcèlement, il a été de nouveau arrêté à son domicile mi-janvier. Transféré à Urumqi, la capitale du Xinjiang, il sera prochainement jugé pour « séparatisme et subversion ». Une accusation gravissime qui l’expose à une peine de plus de dix ans d’emprisonnement. Ilham Tohti n’a jamais revendiqué l’indépendance. Encore moins prêché le fondamentalisme, n’ayant jamais parlé de religion. Certes, il n’hésitait pas à rappeler dans ses cours de l’Université centrale des nationalités où il exerçait les termes de l’autonomie ouïgour telle qu’elle est inscrite dans la Constitution chinoise – et bafouée de facto. En réalité, son enseignement instillait une dose modérée de critique et de doute dans la manière simpliste et sans appel dont la propagande chinoise dépeint la situation au Xinjiang et en attribue tous les maux à des forces « séparatistes » ou « terroristes ». L’information sur le Xinjiang – et le Tibet – est

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8 février 2014

Frédéric J. Brown/AFP

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Défenseur de cette minorité turcophone du Xinjiang, le professeur d’économie Ilham Tohti risque dix ans de prison pour “séparatisme et subversion”. Un signe de durcissement du régime chinois.


La semaine.

Marc Beaugé rhabille… Pharrell Williams. foulée, à Paris, une clique d’élégants baptisée « les intouchables » alla encore plus loin dans l’ostentation, portant des chapeaux d’une taille si imposante qu’ils finirent par être prohibés dans certains lieux publics, car trop encombrants. Les moins rebelles s’inclinèrent et adoptèrent un couvre-chef pouvant être replié à la façon d’un accordéon. Les autres, bravaches, continuèrent à porter le chapeau dans tous les sens du terme. Ainsi, en rePOUssAnT Les LiMiTes dU sTYLe et s’affichant la tête ensevelie, Pharrell Williams s’inscrit-il dans une lignée d’hommes faisant volontairement peu de cas des conventions stylistiques, des règles et surtout de leur entourage proche. Ce qui finira bien, à n’en pas douter, par lui causer du tort. Concrètement, on ne donne pas cher de la peau de Pharrell Williams s’il décide l’année prochaine de venir s’asseoir dans le public des Grammy Awards chapeauté de la sorte. Surtout si l’homme assis derrière lui tient à voir qui, cette fois-ci, fait le buzz.

Le buzz du Net

Le happening “kidnapping” de Thuram.

A

quelques jours de la première de la pièce de théâtre Le Temps suspendu de Thuram (écrite par Véronique Kanor), le 7 février à Basse-Terre, à la Guadeloupe, Lilian Thuram s’est prêté à une drôle de publicité. Le 31 janvier, le footballeur retraité a diffusé sur YouTube une vidéo mettant en scène son enlèvement, thème du spectacle. Au cours d’un faux journal télévisé, une présentatrice s’inquiète du piétinement de l’enquête et diffuse des réactions d’habitants choqués, ignorant qu’il s’agit d’une farce. Beaucoup se sont laissé abuser par l’enregistrement, visionné près de 150 000 fois sur la plateforme de vidéos en ligne. « Pourquoi personne n’en parle ? On a gagné une Coupe du monde grâce à lui », s’est indigné @OchoPuccino sur Twitter. « Une pensée positive pour Lilian, sa famille, ses proches », s’est ému @Mr_freepon. Une fois la supercherie révélée, certains ont tout de même pointé du doigt une promotion de « très mauvais goût ».

Franck Berteau

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Illustration Peter Arkle pour M Le magazine du Monde – 8 février 2014

Capture d’écran d’après YouTube

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A crOYAnce POPULAire selon laquelle le port du chapeau rend plus intelligent – empêchant les pensées de s’échapper – semble avoir conservé une part de vérité. De fait, en arborant à l’occasion des récents Grammy Awards un gigantesque chapeau marronnasse à la forme aussi imprécise qu’un ravioli chinois à la crevette, Pharrell Williams fait preuve d’une telle intelligence du buzz que l’on en oublia presque la laideur absolue dudit chapeau. Ce qui n’est pas un mince exploit. Ainsi, avant qu’on ne comprenne qu’il s’agissait d’un clin d’œil au style des rappeurs du clip Buffalo Gals réalisé en 1982 par Malcolm McClaren et que le fameux chapeau provenait d’une collection vintage Vivienne Westwood, nombre d’hypothèses furent formulées quant à son sens et son utilité réelle. Certains y virent, notamment, un hommage à Woody, le cow-boy de Toy Story. D’autres, bien plus pernicieux, s’interrogèrent sur l’éventualité d’un subtil placement marketing, la forme et la couleur dudit chapeau rappelant à s’y méprendre celle d’une capsule Nespresso, arôme Livanto. dans cette pluie de supputations, nul ne prit soin de rappeler que le port d’un chapeau oversize figura un temps une violente insoumission. Ainsi, au xviiie siècle, à Londres, les dandies post-Brummel adoptèrent, par provocation, des chapeaux de plus en plus hauts, de plus en plus larges et aux contours de plus en plus flous. Dans la


Une bière tombée du ciel.

KNS/AFP. AP/Sipa. Jean-Marc Haedrich/Visual Press Agency. Nicolas TAavernier/REA. Cédric Perrin/Bestimage

La photo

Papa Kim. On ne sait quand a été pris ce cliché de Kim Jong-un visitant un orphelinat de Pyongyang. On sait en revanche qu’il a été diffusé le 4 février par l’agence de presse officielle. La veille, la Corée du Nord avait donné son accord à l’ouverture de négociations sur la réunification de familles séparées par la guerre entre les deux Corées. D’où cette photo attendrissante qui témoigne de la communication, ô combien subtile, de papa Kim.

Voix doubles.

Etre sur le devant de la scène ne leur suffit pas. Ces trois-là vont aussi prêter leur voix au cinéma.

Gayet en Kidman

Julie Gayet assurera le doublage de Nicole Kidman dans la version française de Grace de Monaco, le film d’Olivier Dahan qui sera projeté le 14 mai en ouverture du Festival de Cannes. Les paparazzis se demandent déjà si la comédienne sera au rendez-vous de la montée des marches.

Montebourg en singe

Toujours disposé à porter haut la flamme du made in France, Arnaud Montebourg prête sa voix à un singe vêtu d’une marinière dans deux épisodes du dessin animé (français) Silex and the City. Son personnage défend le « made in feu » face aux « fonds de pension amphibiens ».

Lignac en boulette

Le célèbre chef, qui avait déjà réalisé un doublage dans Ratatouille de Pixar, réitère son expérience dans Tempête de boulettes géantes 2, de Cody Cameron, qui sort le 5 février. Pas de piment d’Espelette, mais des bananes et des asperges à pattes !

Amazon en a rêvé, une petite brasserie du Minnesota l’a fait. Installés en bordure du lac des Mille Lacs où, à cette époque, de nombreux amateurs s’établissent pour pêcher à travers la glace, les vendeurs de Lakemaid Beer proposaient un système de ravitaillement express par drone. Il suffisait de communiquer sa position GPS pour qu’un pack de bière descende du ciel. L’expérience a connu un démarrage fulgurant, grâce à une vidéo postée sur YouTube, mais elle a été interrompue sine die par la Federal Aviation Administration (FAA). Celle-ci a estimé que faire voyager des packs de bière en plein ciel était parfaitement hors la loi tant que des règles définissant l’usage commercial des drones n’auront pas été adoptées. Ce qui, a précisé la FAA, ne devrait pas intervenir avant 2015. Compte tenu de la diffusion et de la sophistication croissantes des « aérodynes télécommandés », mais aussi de la multiplication des projets de livraison, la pression risque d’être de plus en plus forte sur l’administration de l’aviation civile américaine.

J.-M. N.

Jean-Michel Normand.

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La semaine.

Les questions subsidiaires Que vaut Nabilla en soutien scolaire ? Selon une étude menée

En Chine, parmi les opérations de chirurgie esthétique les plus demandées, celle dite du « nez tour Eiffel » consiste à remodeler l’appendice nasal selon la silhouette du monument parisien. Une intervention coûteuse (60 000 yuans, soit environ 7 300 euros), qu’un chirurgien de Chongqing (Sichuan) affirme réaliser une douzaine de fois par mois. Dans cette ville, une publicité pour une clinique présente une jeune femme occidentale aux yeux clairs et au nez droit face à la tour Eiffel. Franck Berteau

Pichichi Splashnews/KCS Presse. Peter Parks/AFP

par l’éducation nationale auprès de 27 000 élèves de troisième, la télé-réalité paraît exercer une influence on ne peut plus néfaste sur les résultats scolaires. En moyenne, un collégien (ou plutôt une collégienne) accro à ces émissions verra ses notes moyennes stagner autour de 8,5 sur 20. Tandis que les jeux vidéo et les réseaux sociaux à haute dose sont moins dommageables. Le meilleur stimulant intellectuel reste la lecture avec des notes moyennes de 14 sur 20. Jean-Michel Normand

La tour Eiffel a-t-elle un bon profil ?

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Le Missouri vat-il nous en taper cinq ?

Capture d’écran d’après Twitter. Capture d’écran d’après YouTube

Soucieux d’apaiser les tensions qui électrisent parfois les confrontations politiques, l’élu démocrate du Missouri, Courtney Allen Curtis, a déposé fin janvier un projet de loi faisant du « high five » – taper des mains, pour se saluer, paume contre paume – le salut officiel de l’Etat. « Le high five est amical, drôle et peut élever les esprits », a-t-il déclaré, convaincu que cette manière de toper permettra également de « rompre la monotonie du travail au jour le jour ». F. Be.

Le képi sied-il à l’oiseau bleu ?

Sur Twitter, la gendarmerie nationale a célébré ses 15 000 followers en postant le 3 février une photo d’identité judiciaire du célèbre oiseau bleu, logo du réseau social, tenant une pancarte avec l’inscription : « Merci ». Les gendarmes, présents depuis le 21 janvier sur le réseau social, diffusent par ce biais – et de manière parfois humoristique – des messages relatifs à la sécurité routière et à la prévention des actes de délinquance. J.-M. N.

YouTube peut-il remplacer un entretien préalable ?

En Patagonie, les licenciements s’annoncent

en vidéo. Le 28 janvier, plutôt que de s’adresser directement aux salariés concernés, Alfredo Weretilneck, le gouverneur de la province de Rio Negro (Argentine), a mis en ligne sur YouTube un enregistrement signifiant à 170 des 340 fonctionnaires provinciaux la fin de leur contrat, sans donner les noms des personnes concernées. « Ceux qui continueront dans leurs fonctions verront leur salaire diminué de 15 % », a-t-il précisé. Le gouverneur a également annoncé que son loyer ne serait plus payé par la province et que les dirigeants des entreprises publiques locales seraient remplacés par un seul directeur. Objectif : en finir rapidement avec le déficit budgétaire. F. Be.

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Juste un mot Au final.

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u final, il est parti

et moi, je me retrouve toute seule comme une c… dans notre appart. » Cette confidence partagée par une jeune femme au téléphone dans le métro avec sa copine (et l’ensemble du wagon) me fait penser que cette expression a de nos jours progressivement pris place au début de nombreuses phrases. Bien sûr, on se souvient de la rappeuse Diam’s susurrant dans son émouvant morceau de 2009 Si c’était le dernier : «Au final, c’est toujours les mêmes, toujours les vrais qui me soutiennent. Ceux-là mêmes qui m’aiment, que je pleure de rire ou de peine.» Cette phrase est devenue depuis une citation quasi littéraire sur les blogs d’adolescentes. Et les forums de discussion des sites féminins regorgent aujourd’hui de « au final », pour parler d’histoires d’amour qui finissent mal, en général, comme dans la conversation volée citée plus haut. Mais quand on fouille un peu la presse on s’aperçoit que cette expression, jugée fautive par l’Académie française, s’est imposée dès le début du xxi e siècle. Dans les traductions d’abord, comme souvent : ainsi dans une interview de Ben Harper parue L’Express, en février 2003, le journaliste lui fait dire, en français : «Au final, je joue du folk» («In the end…»). Dix ans plus tard,

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avec cette p…

l’affaire est entendue, et les sportifs au micro Et pour finir, profitons-en pour faire un sort à des reporters ont ajouté cette expression à leur l’immonde « finaliser », anglicisme utilisé depanoplie de clichés. Un seul exemple, attrapé puis les années 1980 pour signifier la mise au dans l’excellent gratuit 20 minutes : « Au final, je point définitive, l’action de terminer un travail, me suis fait avoir », déclare le volleyeur Cédric d’y mettre la touche finale. Même chose pour Hominal après un transfert malheureux. Et finalisation.Aux chercheurs de poux dans la tête qu’on ne s’imagine pas qu’il s’agit de dérapages qui me feront remarquer qu’en philosophie verbaux populaires. Quand le préfet de l’Oise « finaliser » existe, par exemple chez Jacques explique au Parisien, le 26 octobre 2011 : « Au Maritain et son Humanisme intégral de 1936, je final, je trancherai», il ne fait que reprendre une répondrai qu’il l’utilise dans le sens d’assigner tournure utilisée abondamment par les journa- un but, une finalité. Idem pour les grands aulistes ; certains écrivant même pour de grands teurs de la cybernétique qui décrivaient des systèmes finalisés (orientés vers une fonction journaux que je ne citerai pas. Que reproche-t-on à «au final»? D’être une maudéterminée). Arrêtez de finaliser, à la fin! vaise traduction du latin in fine ou de l’anglais (in the end, at the end of the day, etc.)? D’être construite par analogie à « au total » “Au final” en français se dit, au choix: – l’expression fétiche des instituts de sondage et de finalement, pour finir, en dernier lieu, leurs commentateurs? Pas en dernière analyse, en fin de compte, vraiment. On estime, à juste titre, que c’est une au bout du compte, en définitive… faute de grammaire, un Le français est une langue épatante bricolage qui fait de l’adjectif «final» un substantif. pleine de nuances et de possibilités. Oui, «final» est un adjectif, comme dans «point final » et « lutte finale ». Et qu’on ne vienne pas m’opposer le nom commun (italien) finale qui désigne le morceau qui termine une œuvre musicale. Qui peut croire à ce glissement du vocabulaire mélomane vers le parler de tous les jours? Ou à un import sauvage de la «finale», toujours au féminin, qui parle d’épreuve sportive? Ainsi le Super Bowl, point final de la saison de football américain, est-il la finale du championnat. Soyons positif : « au final » en français se dit, au choix: finalement, pour finir, en dernier lieu, en dernière analyse, en fin de compte, au bout du compte, en définitive… Une fois encore, la palette est large. Le français est une langue épatante pleine de nuances et de possibilités.

M Le magazine du Monde

Par Didier Pourquery


Le Magazine / Portrait / Analyse / Reportage / Enquête / Portfolio /

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Y a-t-il un président pour sauver la presse people ?

François Hollande en vacances, en juillet 2007, shooté par un paparazzi à la sortie d’un supermarché. 8 février 2014

Ventes en chute libre, procès à la pelle, pseudostars de télé-réalité en “une”… On croyait la presse people en plein déclin. C’était compter sans le scoop Hollande-Gayet, venu donner un nouveau souffle à “Closer” et à ses concurrents. Le politique est un people comme les autres : tel est désormais le credo des magazines à scandale, qui espèrent subsister en mettant en scène les aventures de François, Valérie, Nicolas et Carla. Par Elsa Guiol et Stéphanie Marteau - 35


En vendant à Closer le cliché de Ségolène Royal à la plage (en haut), Jean-Michel Psaïla, patron de l’agence Abaca, a lancé en 2006 la vague pipolitique. Vint ensuite le roman-photo de Nicolas Sarkozy et Carla Bruni (ici à Louxor, en 2007), puis celui de François Hollande et Valérie Trierweiler (ci-contre à Hossegor, en 2011).

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rançois et son casque ; Julie sortant de son

immeuble ; Valérie et le Mobilier national ; Julie et les Corses ; Valérie à l’hôpital ; Valérie et Twitter ; François, encore, et les journalistes à l’Elysée ; le fils de Valérie et Twitter (c’est de famille décidément); François et la rupture; Valérie en Inde… Voici le soap opera le plus fou de l’histoire de la Ve République. Qui renvoie presque aux oubliettes les aventures de Nicolas Sarkozy. Une histoire rocambolesque démarrée le 10 janvier, avec sept pages et dix photos parues dans le magazine Closer. Depuis, la France entière suit les rebondissements de ce méli-mélodrame commencé rue du Cirque à Paris, comme si tout cela n’était qu’une grande mascarade. Et qui pourrait finir au tribunal, Julie Gayet venant de déposer une plainte au pénal pour « atteinte à l’intimité de la vie privée ». Mais que s’est-il donc passé pour que le 27e président de la République française et sa maîtresse fassent la « une » d’un magazine people ? Pourquoi ce quasi-secret d’Etat, dont une bonne partie des journalistes avoue aujourd’hui qu’ils en connaissaient certains détails mais avaient privilégié le droit à la vie privée, s’est étalé dans la presse à scandale? Cette presse qui, depuis l’accident de la princesse Diana, le 31 août 1997 – les paparazzis qui avaient suivi Lady Di jusque dans le tunnel de l’Alma cette nuit-là avaient été accusés d’être responsables de sa mort – se lit en général du bout des doigts, le nez bouché . Le numéro 448 de Closer est devenu collector. Les kiosques à journaux ont été dévalisés, et pas seulement par les lecteurs habitués. Même ceux qui s’opposent à ce genre de presse à scandale ont été piqués de curiosité… et ont plongé leur nez pour la première fois dans la maquette criarde de Closer. Le magazine a dû être réimprimé, permettant au groupe Mondadori de doubler ses ventes, aux alentours de 600 000 exemplaires. De quoi donner un nouveau souffle à une presse people qui décline et mise depuis quelques années sur le «pipolitique» – les politiques érigés en people comme les autres – pour échapper au marasme. Convaincu des retombées économiques du scoop, Closer n’a donc pas pris le risque d’attendre LA photo qui montrerait François Hollande et Julie Gayet ensemble. Laurence Pieau, directrice de la rédaction comblée, a raconté une histoire en s’appuyant sur des allées et venues photographiées. Comme elle •••

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le magazine.

••• l’aurait fait pour n’importe quelle personnalité. L’enjeu était

futur président demande – sans succès – que le numéro soit retiré des kiosques. En 2007-2008, le feuilleton de la rupture de Nicolas Sarkozy et Cécilia est suivi avec succès. Jalousie, famille recomposée. D’un côté, le trio Ségolène-François-Valérie ; de l’autre, Cécilia-Nicolas-Carla… De quoi faire gloser et imprimer du papier. Dès lors, on planque les ministres à la plage, au restaurant, dans les parcs avec leurs enfants, à la sortie d’un spectacle. On guette le scoop, on flaire les affaires à venir. On s’intéresse de près à leur famille (Rachida, son père et son frère), aux grossesses es rédactions qui surfaient depuis les années 2000 sur (Rachida encore, Carla, NKM). « Sans le vouloir, les politiques ont des personnages plus faciles d’accès. Jessica, Loaaidé cette presse à se renouveler », confirme Isabelle Vignon, direcna, Kenza, Kimy, Giuseppe, Nabila… De sombres trice des études plurimédias chez Aegis. Leur intimité devenant inconnus qui ont un temps connu la gloire dans la source principale de nouveaux récits. « Au moins avec eux, c’est une émission de télé-réalité et se confient («Amédifférent et plus inattendu », confirme un ancien journaliste lie, amoureuse à nouveau »), règlent leurs comptes («Amélie, people. Dans son petit bureau de Montrouge aux murs recouelle a déjà trahi Senna »), pleurent sur leur sort (« Emilie déjà verts de «unes», Laurence Pieau, 47 ans, carré blond légèrement trompée ») dans les colonnes des magazines people. Une redésordonné comme un fait exprès, est intarissable quand il s’agit cette née du temps du premier « Loft Story », qui n’a pas suffi de presse people. Passée par Voici et Public, avant de prendre en à maintenir les ventes à flot. Car, malgré quelques pics récents 2005 la tête de Closer, elle a su faire de la vie des politiques une (lees seins de Kate Middleton, l’affaire DSK), la crise, l’envolée sitcom permanente et soutient ne leur accorder aucun traitement des sites Web et des réseaux sociaux rongent depuis presque de faveur. (« Je refuse les dîners en ville. Plein de gens sont sympas, une décennie la bonne santé de l’ensemble de la presse people. après tu es trop lié. ») Hollande a, dit-elle sans donner plus de Des historiques Ici Paris ou France dimanche aux petits derdétails, découvert l’édition de Closer la veille de la publication niers comme Public, Closer ou Oops !, tous sont touchés. en kiosques, à 23 heures. Elle dit respecter seulement quelques Au début des années 2000, un Voici pouvait écouler un million rares tabous (pas de coming out, rien au sujet des enfants, encore d’exemplaires par semaine. Aujourd’hui, selon les chiffres de moins quand il s’agit de maladie, et pas de révélations d’adultère l’OJD 2013, Closer vend en moyenne 366 706 exemplaires quand l’une des parties n’est pas au courant – selon elle, depuis (–12,32 % par rapport à 2012), Voici 353655 (–11,83 %), Public les allusions, en décembre 2013, de Stéphane Guillon sur le pla321545 (–13,20 %)… Le schéma est classique : l’argent peine à teau du «Grand Journal», sur la relation entre Hollande et Gayet, entrer – « alors on hésite à mettre des photographes en commande, Valérie Trierweiler ne pouvait que s’en douter). Sinon pas de lâche un rédacteur en chef, et on rate des coups ». Automatiquedifférence notable de traitement entre les «vrais people» et les ment, le contenu s’appauvrit, perd son ton acerbe, irrévérencieux, politiques. « La seule, c’est le staff de sécurité », confirme le phoparfois drôle. Et les lecteurs fuient. Mais répondent de nouveau tographe Sébastien Valiela, auteur du scoop Gayet. présent quand les magazines font des coups… politiques. Rachida Dati sortant de la maternité, Cécilia Sarkozy et son amant omment chasse-t-on ces pipolitiques ? Qui sont donc à New York, DSK la mine défaite, Arnaud Montebourg amouces journalistes soi-disant sans scrupule prêts à reux… S’ils maîtrisaient jusqu’ici leur plan com’ en confiant des tout pour jeter en pâture les moindres détails de pans de leur vie privée dans des magazines «acceptables» (déjà, leur vie privée ? D’anciens flics ? Des marloux ? René Coty se montrait en décembre 1953 en maillot de bain avec Rien de tout ça, en réalité. Les rédactions sont sa fille), les politiques sont catapultés à la «une» de ces journaux somme toute normalisées, avec en prime, parfois, des écrivains à sensation, désormais traqués comme des people. En 2006, Ségolène Royal ouvre – malgré elle – le bal. Jean-Mi- pour rédiger des potins (Philippe Jaenada dans Voici). « Nous chel Psaïla, patron de l’agence de photo Abaca, se souvient par- disposons d’informateurs qui nous remontent des renseignements et faitement de ce jour de juillet où il propose un cliché paparazzi qui sont payés pour ça, confie Laurence Pieau. Après, ils font ce de la première femme candidate à l’élection présidentielle. Elle qu’ils veulent pour les avoir. » Rien d’original. Pour aller à la est à la plage, en maillot deux-pièces bleu, casquette sur la tête. pêche sur les célébrités, les enquêteurs glissent des billets à des « On la connaissait dans son tailleur et sa rigidité de femme poli- serveurs de resto, des personnels d’hôtel, des salariés de comtique. On voulait comprendre qui elle était dans la vie de tous les pagnies aériennes qui sortent les billets d’avion… Mais une jours, et ne pas se laisser manipuler par les directeurs de com’. » autre source d’information permet d’engranger les scoops sur Closer et VSD publient la photo. « Mais Laurence Pieau était fri- les politiques. Certains journalistes « police-justice » de la leuse, se souvient Jean-Michel Psaïla. Elle a noyé la photo en presse dite traditionnelle appellent régulièrement les rédaccouv’, au milieu de plein d’autres, dont celle de Claire Chazal top- tions des magazines people. Et moyennant une pige, leur glisless. Mais ça a été un raz de marée, même le Vanity Fair américain sent des infos précieuses, qu’eux ne pourront faire paraître en a parlé. » La « pipolitique » était née. Ministres et élus ont dans leurs colonnes. Ces collaborateurs extérieurs, anonymes, désormais une place de choix dans les pages de Closer et de ses permettent d’être informé des plaintes en cours, de récupérer concurrents, comme pour combler le vide laissé par l’absence des PV d’audition. C’est par leur entremise qu’arrivent, ou que de couples glamour dans le showbiz. « D’une certaine manière, à sont vérifiés les sujets sensibles : DSK et le Carlton, la rupture force de jouer avec le feu et d’avoir ouvert les portes de chez eux pour DSK-Sinclair, l’interpellation du fils de Valérie Trierweiler… se rapprocher de leurs électeurs, les hommes politiques sont respon- Quoi de plus simple, pour ces journalistes qui ont pignon sur sables de ce qui leur est arrivé », estime Christian Delporte, spé- rue que de passer un coup de téléphone à un juge, un avocat… cialiste de la communication politique. sans être éconduits. « Quand on appelle de la part de Voici ou de Les images s’enchaînent, comme des romans-photos. En 2007, Closer, on se fait rembarrer », confie un journaliste people. « Ce Hollande et Trierweiler sur une plage marocaine font exploser n’est pas honteux de partager des histoires plutôt que de les raconter les ventes. C’est la première fois qu’on les voit ensemble. Le uniquement dans les dîners en ville », sourit Laurence Pieau. numéro s’écoule à près de 850 000 exemplaires. A l’époque, le « Aujourd’hui, au même titre que les autres publications, et ••• simple : dégainer le premier. Selon un sondage Harris Interactive pour Closer, publié le 31 janvier, 58% des Français estiment que le titre a eu raison d’afficher le « grand amour » du président. « Cela prouve que la bonne histoire fait vendre, ça repousse les limites et ça relance l’intérêt pour la “pipolitique”, éclaire un concurrent. Le scoop Closer a réveillé les rédacs. »

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Ségolène, François, Valérie, Cécilia, Nicolas, Carla… Sans le vouloir, les politiques ont aidé la presse people à se renouveler.

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Ci-dessus, Cécilia et Richard Attias à Roland-Garros, en 2008. Ci-dessous, Nicolas Sarkozy et Carla Bruni au Cap-Nègre, en août 2008.

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le magazine. ••• parfois plus encore, la presse people fait du journalisme d’in-

vestigation, soutient Patrick Eveno, historien des médias. Pour la seule raison qu’elle n’est pas dans les relations publiques. » Sur la porte du bureau du chef d’édition de Voici s’affiche d’ailleurs, tel un mantra, la fameuse citation d’Axel Ganz, patron historique de Prisma : « Un journaliste de Voici fait le même métier qu’un journaliste du Nouvel Obs.»

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’est vite oublier que dans ce microcosme, la conni-

Un personnage l’incarne parfaitement. Son nom est peu connu, son visage encore moins (aucune photo d’elle n’est disponible), mais elle est omniprésente : Michelle Marchand, dite Mimi, 66 ans, est la femme de l’ombre au plus gros carnet d’adresses de Paris, celle qui a fait le succès de Voici, est à l’origine de la création du site Pure People et de Best image, une agence de paparazzis. Mimi connaît tout le monde, les flics, les acteurs, les politiques, les conseillers… Incontournable, c’est elle qui fournit à la presse people ses plus beaux scoops depuis quinze ans, grâce à son réseau tentaculaire et opaque. La grossesse de Rachida Dati, pour ne citer qu’un exemple, c’était elle. Mimi sait parfaitement jouer sur tous les registres, mêlant révélations et promotions, puisqu’elle s’occupe des relations publiques de certains artistes. Une ambiguïté qu’elle n’est pas la seule à entretenir. Le photographe Pascal Rostain, 55 ans, toujours un cigare au bec et une anecdote sous le coude, traque les people tout en étant leur intime. Il connaît Carla Bruni depuis l’enfance, a travaillé avec Valérie Trierweiler pendant vingt-cinq ans à ParisMatch, il l’a même hébergée un temps avec Hollande pour quelques soirées, raconte-t-il dans Voyeur. Mémoires indiscrets du roi des paparazzis (Grasset). Une proximité qui, il le dit lui-même, l’empêche parfois de montrer ses photos. Une autre raison pousse à laisser certains clichés dans des coffres fermés à double tour. Car désormais, si les politiques sont traités comme de «vrais people», en échange, ils n’hésitent plus à envoyer des convocations en justice. «Il en tombe toutes les semaines, et même plusieurs, commente un journaliste. Dans un sens, si on n’en avait pas, cela signifierait qu’on fait moins bien notre boulot.» Pierre Moscovici a attaqué un titre après la publication d’une photo de lui à la plage avec sa jeune compagne… Rachida Dati, Eric Besson également ; Arnaud Montebourg et Audrey Pulvar aussi. «Depuis plusieurs années, il y a une augmentation du nombre de procédures », confirme Me Delphine Pando, avocate de Closer. Même si parfois la justice se retourne contre eux. Aurélie Filippetti à l’île Maurice, alors que l’Elysée avait demandé à ses ministres de rester disponibles et joignables pendant leurs vacances, était furieuse de voir ses photos de vacances publiées… Mais la ministre de la culture a perdu face à Voici.fr (mais gagné face à Closer seulement parce que l’image d’elle en maillot avait fait la couverture). La justice a avancé le «droit légitime à l’information dans une société démocratique, devant lequel doit céder la protection de la vie privée». Mais il arrive aussi que pour une même information, seule la presse people soit visée. «C’est un peu le délit de sale gueule», regrette l’avocate. Concernant l’affaire Hollande-Gayet, seul Closer est pour le moment poursuivi. De quoi tempérer certaines ardeurs éditoriales. « Du coup, on ne s’autocensure pas, mais on fait attention… », reconnaît Fabrice Argelas, rédacteur en chef adjoint à Voici depuis 2005, qui a commencé sa carrière à Globe et Libération. « On n’y va que si le bévence n’est pas à exclure.

néfice est évident », ajoute-t-il. Il faut dire que certains avocats en ont fait un vrai business, allant jusqu’à convaincre les stars américaines de porter plainte en France, comme Jude Law, Brad Pitt et Angelina Jolie, Scarlett Johansson, Bradley Cooper… Aux Etats-Unis, le droit à la vie privée n’existe pas, la France est beaucoup plus sévère en la matière. « Au moins, avant, on pouvait se rabattre sur les stars américaines puisque les Français deviennent de plus en plus procéduriers, mais là ça devient compliqué… » Evidemment, dans chaque groupe de presse, un «budget procès», tenu secret, est prévu.

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our échapper à la justice, les nouveaux supports people

ont opté pour une approche plus empathique (moins d’attaques sur le physique, un ton plus larmoyant). Le site Pure People, né en 2007, a choisi, lui, de ne diffuser aucune « paparazzade », préférant les tapis rouges et les photos officielles de stars et de politiques. «La ligne éditoriale, très soft, fait que le nombre de procès est limité. Depuis la création du site, on en est seulement à une vingtaine de procédures», se félicite Me Armelle Fourlon, avocate de Pure People. C’est peu. En mars 2013, le site attirait, selon les chiffres de l’agence Aegis Media, 3,2 millions de visiteurs uniques par mois.

Moyennant une pige, des journalistes de la presse traditionnelle glissent des scoops précieux aux rédactions des magazines people.

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Même en perte de vitesse, la presse people reste donc aujourd’hui une « presse puissante », insiste Isabelle Vignon, directrice des études plurimédias chez Aegis. « En termes d’audience, cela correspond en cumul à 8 millions de lecteurs, dont 5,5 millions de femmes. » Une exposition que les politiques vont devoir apprendre à gérer. « On peut supposer qu’ils vont peut-être se méfier davantage, estime Christian Delporte. S’il revient, Nicolas Sarkozy fera sûrement bien plus attention, comme cela avait été le cas à la fin de son quinquennat. » De quoi rendre encore plus compliquée la tâche des paparazzis et de cette presse qui tente aujourd’hui de capitaliser sur son récent succès. « N’exagérons pas, sourit Sébastien Valiela, auteur également de la photo révélation de Mazarine dans Paris-Match. Des coups comme ça, il y en a un tous les vingt ans. » Le prochain? Chacun sait que celui qui obtiendra la photo de François Hollande et Julie Gayet réunis comme deux amoureux tranquilles aura gagné une nouvelle bataille. Le feuilleton n’est pas près de se terminer. 8 février 2014


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Ils n’ont qu’un message : l’Eglise est de retour. Souvent en groupe, toujours en soutane, les prêtres de la communauté Saint-Martin incarnent une vision décomplexée, pugnace et clairement identifiable du catholicisme. À travers leurs paroisses, ils tentent de reprendre pied dans la sphère laïque. Leur ostentation suscite des vocations mais aussi les craintes des chrétiens progressistes. Par Benoît Hopquin/Photos Namsa Leuba

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seuil du Champ du Coq, le restaurant que vient d’ouvrir l’ancien international de rugby Sébastien Chabal dans la zone industrielle de Meyzieu, les conversations se sont suspendues une fraction de seconde. Puis elles ont repris, l’air de rien. Il n’était plus que ces quelques regards furtifs, difficiles à déchiffrer. Ils glissaient vers les trois hommes à chaque fois qu’ils retournaient vers le buffet à volonté. Entre deux ravitaillements, Grégoire-Marie Daniault, Edouard de Vregille, 37 ans tous les deux, et Jean-Baptiste Balaÿ, 32 ans, ont raconté leur vie de prêtres. De prêtres en soutane. L’habit noir a fait le même effet quand les trois ecclésiastiques, ordonnés en 2003, 2004 et 2008, ont débarqué dans la paroisse de la ville, il y a un an. « Notre style était inattendu », reconnaît Jean-Baptiste Balaÿ. Il détonnait dans cette grande banlieue lyonnaise plutôt populaire, marquée à gauche, véritable terre de mission religieuse. Une poignée de bouffeurs de curé, d’ennemis jurés de la calotte y ont été de leurs •••

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orsqu’ils ont franchi le


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Grégoire-Marie Daniault (au centre) officie à Meyzieu, en banlieue lyonnaise, avec Jean-Baptiste Balaÿ (à droite) et Edouard de Vregille (à gauche). “Ce que nous souhaitons montrer avec cette soutane, c’est que l’Eglise est là, physiquement présente.” Paul Cossic (à l’extrême droite) est encore séminariste. 8 février 2014

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••• « croaa ! croaa ! » au passage de ces corbeaux de retour. A en

croire leurs cibles, les quolibets des vieux mécréants n’ont pas duré, pas plus que les préventions des pratiquants. « L’appréhension s’est dissipée, explique Edouard de Vregille. Les gens nous ont vus courir comme de jeunes chiens. Ils ont apprécié notre énergie, nous ont reconnus comme ce que nous souhaitons être, des prêtres de notre temps. » De fait, une heure auparavant, alors que s’achevait la messe dominicale dans la petite église de Meyzieu, le contact avec les fidèles ne semblait pas souffrir de barrières. Des parents venaient discuter, tandis que leurs rejetons indisciplinés couraient entre les bancs. Puis, en cette veille de Noël, des paroissiens ont ouvert une bouteille de champagne au presbytère. On a trinqué dans le salon orné d’images pieuses et de sculptures religieuses. Des bouteilles d’alcool étaient rangées dans le buffet. Le prêtre a parlé de sa voiture qui lui causait du souci ; un pompier a évoqué son prochain mariage. Conversation ordinaire d’un curé et de ses ouailles.

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ais les plus anciens s’étaient éclipsés discrète-

ment, comme pressés. C’est auprès d’eux que la soutane est le moins bien passée. Pour ces catholiques à tête blanche, cette tenue réveillait des souvenirs douloureux des années 1960, du temps du concile Vatican II. Elle rappelait les querelles schismatiques entre intégristes et modernistes, entre rite de saint Pie X et rénovation de Jean XXIII. Certains pratiquants ont d’ailleurs déserté la paroisse, dans cette commune très empreinte de christianisme social. D’autres sont arrivés de plus loin, des traditionalistes qui se méprenaient sur le sens de la robe et espéraient une messe en latin. Grégoire-Marie Daniault balaie ce qu’il estime d’antiques lunes : « Ce sont des histoires de vieux briscards. Nous, ce que nous souhaitons seulement montrer avec cette soutane, c’est que l’Eglise est là, physiquement présente. » « On a changé de monde, de génération, insiste Edouard de Vregille. Il faut en finir avec les préjugés. Nous voulons qu’on puisse nous identifier clairement dans la société, montrer que nous existons, susciter l’attraction. » « Pour 44

le plus grand nombre, aujourd’hui, la religion est un terrain vierge où tout est à construire », poursuit Grégoire-Marie Daniault. Il faut s’adapter à cette donne. Les prêtres évoquent le prosélytisme des autres croyants, des musulmans, de plus en plus visibles dans la commune, des évangéliques, dont l’exubérance attire. La soutane serait donc une manière de contre-offensive, un biais pour « approcher les gens, les apprivoiser ». Un jour, sur le parking d’un supermarché où il faisait ses courses, GrégoireMarie Daniault a été interpellé par un homme qui avait repéré son habit. « “Vous êtes prêtre ?”, m’a-t-il demandé. Il m’a parlé de ses soucis, je l’ai écouté. J’ai fini par le confesser, là, sur le parking. Jamais cet homme ne serait venu dans une église. » Les trois hommes multiplient les exemples de dialogues suscités par la soutane, dans le train ou dans la rue. D’ailleurs, un homme qui les observait depuis la table voisine se lève et s’approche. « Alors, les enfants du Bon Dieu, il y a des âmes à sauver ? », lance-t-il sans agressivité. La discussion s’engage, se met à rouler sur Jésus et sur le rugby. « Priez pour nous », demande le supporteur avant de partir voir un match. Cet affichage de la religion jusque dans la livrée est la philosophie de la communauté Saint-Martin, à laquelle appartiennent les trois prêtres. Ce mouvement fidèle au pape préconise, pour faire grossier, une affirmation des principes du christianisme dans le monde contemporain, une évangélisation franche, voire démonstrative, en plein espace public et non plus seulement dans l’intimité d’une chapelle. Il réhabilite donc le port de la soutane mais prône aussi un sacerdoce partagé : les prêtres sont envoyés dans une paroisse par groupe de trois au minimum, et n’y restent pas plus de cinq ans. La communauté a été fondée en 1976 par un abbé français, Jean-François Guérin. Elle a longtemps végété, exilée en Italie, à Voltri, une paroisse de Gênes, sous la protection du très conservateur cardinal italien Giuseppe Siri. Revenue en France en 1993, Saint-Martin connaît aujourd’hui une notable expansion, comme si l’époque lui était devenue plus favorable. C’est là un indicateur supplémentaire de l’indéniable retour, qu’il soit loué ou déploré, de l’Eglise dans la société temporelle et même dans la sphère politique, au sens de la vie de la cité. Une

Malgré le rigorisme de la vie à Candé-surBeuvron, près de Blois, les vocations se multiplient. Un succès que Paul Préaux (à gauche), le représentant de la communauté Saint-Martin, attribue à la “quête de sens” dans une société où “la laïcité est stérile”. Issus de familles aisées et pratiquantes, la plupart des 85 séminaristes ont des cursus impressionnants qui leur ouvraient la porte à de brillantes carrières.


Le magazine.

Téléphone portable prohibé, accès à Internet réglementé, rares visites… Les entraînements en salle de musculation et les parties de football offrent une respiration. « Ils viennent chercher du sens, quelque chose qui dure », explique Louis-Hervé Guiny, le responsable des études, qui n’hésite pas à jouer au football en soutane. Son adjoint, Jean-Rémi Lanévère (à droite), 32 ans, est agrégé de philosophie et diplômé de l’Ecole normale supérieure : “J’étais sur les rails, parti pour enseigner. C’était un hiatus constant.”

évidence qu’ont incarnée spectaculairement en 2013 les centaines de milliers de manifestants, souvent catholiques revendiqués, qui ont défilé contre le mariage homosexuel. La communauté Saint-Martin n’a pas été étrangère à la mobilisation contre la loi Taubira. Dès l’été 2012, alors que la hiérarchie hésitait encore à s’engager dans le débat, elle a relayé les doléances de ceux qui voulaient que les catholiques prennent la parole et marquent leur opposition. « Les brebis ont bousculé les pasteurs », exprime bibliquement un de ses membres. Nombre des prêtres rencontrés ont participé aux marches à Paris et ailleurs, y compris le 2 février contre la loi sur la famille. Ils souhaitent désormais contribuer au réarmement moral ou moraliste, s’immiscer dans d’autres sujets sociétaux, comme l’euthanasie ou la bioéthique. Ils entendent incarner une nouvelle Eglise, désinhibée et pugnace. La soutane n’est qu’une affirmation symboLique de ce retour sur le

devant de la scène. A Châlons-en-Champagne, Jean-Baptiste Bert, 29 ans, ordonné en 2012, la porte même quand il se rend à son entraînement de rugby, la laisse au vestiaire le temps de quelques plaquages puis l’enfile à nouveau. « C’est un excellent outil de communication, une façon décomplexée d’être et d’être prêtre », soutient-il. « Le temps est aux signes », explique à ses côtés Régis Maurel, 31 ans, ordonné en 2008. Nous remettons la soutane pour la même raison que les anciens l’avaient enlevée, pour mieux redire la foi avec les mots et les moyens d’aujourd’hui. » « Certains jours, elle peut être dure à porter », concède Jean-Baptiste Bert. Dans ces moments-là, il s’habille en clergyman classique. La communauté Saint-Martin s’est installée dans cette paroisse de centre-ville il y a cinq ans. Les deux prêtres travaillent plus particulièrement avec les jeunes. Pour cette nouvelle génération, la soutane n’évoque rien, si ce n’est le costume de Néo, le héros de Matrix, film américain qu’on dit d’ailleurs « culte ». On les compare souvent à ce personnage mysticotechnologique, dans la rue ou à Ozanam, un lycée catholique de la ville où ils se rendent régulièrement. Dans cet établissement, il y a eu quatre avortements, et un élève va passer en justice. Jean-Baptiste Bert estime qu’il a des réponses à appor-

8 février 2014 – Photos Namsa Leuba pour M Le magazine du Monde

ter à cela. « Dans les années 1980 et 1990, il y avait encore le complexe d’avoir été trop présent, dit-il. Maintenant, c’est fini. Je suis sidéré par la religiosité de remplacement, l’attrait pour le paranormal, par exemple. Nous assistons à une spiritualisation maladroite de la société. Mais elle est le signe d’une recherche. » Sa mission serait donc d’étancher cette soif de croyance. Le rendez-vous se déroule dans le vieux presbytère, derrière Notre-Dame-en-Vaux, une noble collégiale du xiie siècle. Ils sont quatre à partager cet hébergement, dont le père Jacques Vautherin, 51 ans, un ancien élève de Polytechnique entré dans les ordres. Dans la bibliothèque du bureau trône l’intégrale de saint Thomas d’Aquin. Et puis il y a ces deux jeunes prêtres, belles figures dans ce costume que d’aucuns jugent suranné. Tout cela crée une atmosphère particulière, à la fois sereine et habitée, quelque chose de mystique, à la Bernanos, l’ordinateur en plus. Ces prêtres, qui manient parfaitement les nouvelles technologies, ont souvent une page Facebook ou un blog. Jean-Baptiste Bert joue d’ailleurs avec un disque dur externe, tandis que Régis Maurel évoque « cette société “post-tout”, qui a perdu le sens des choses ». A Candé-sur-Beuvron, près de Blois, le siège de la communauté et son séminaire occupent un ancien château où la pierre résonne et le parquet craque. Paul Préaux, 49 ans, est le « modérateur général », c’est-à-dire le représentant de la communauté, son garant auprès de la hiérarchie catholique. Tandis qu’il parle, cet homme au fin sourire et au verbe précis ne cesse d’arpenter son bureau de long en large, les mains dans le dos. Il se poste parfois devant la fenêtre, regarde par la croisée la campagne encore noyée de brume. Ce faisant, l’abbé disserte sur les valeurs, « la quête de sens » et la « course au bien-être matériel », sur « la crise de la société en général et celle de l’Eglise en particulier » qui ont eu tendance, l’une et l’autre, « à tout jeter par la fenêtre ». « La laïcité telle qu’on la vit actuellement est stérile, dit-il. Pourquoi la dimension spirituelle ne pourrait-elle s’exprimer dans la sphère publique ? » Il s’agace de la « société du prêt-à-penser », considère dépassées les valeurs de Mai 68 : « Il est interdit d’interdire, s’éclater dans tous les sens, ça ne fonctionne plus. Il faut revenir à un certain cadre. » Le prêtre doit, selon lui, « réassumer le rôle de guide spirituel, être disponible, faire partie de la vie des gens ». ••• - 45


••• « La soutane montre notre fierté d’appartenance », ajoute-t-il.

Les membres de la communauté se font appeler « Don » plutôt que « père », un souvenir de l’exil italien, se saluent front contre front, selon une tradition bénédictine qui remonte au ve siècle. Ils ne cachent plus leur chapelet et s’initient au chant grégorien. « Pourquoi se priver de ce qui est beau ? » C’est là une mise en scène assumée, un rituel démonstratif qui colle au temps. Les responsables de la communauté savent également utiliser les médias pour la bonne cause, celle de Dieu évidemment. Récemment, ils ont accueilli une équipe de « Téléfoot » qui a suivi avec eux le match France-Ukraine. Se montrer pour exister, selon le credo de la société du spectacle. « La religion catholique est parfois très cérébrale, constate Paul Préaux. Il faut respecter la piété populaire, développer un christianisme accessible à tous. » D’où cette ostentation assumée, calculée même, dans le but de convertir de nouvelles âmes autant que d’entretenir la foi des convaincus. Les séminaristes de Candé acceptent l’extrême rigueur de l’éducation, qui confine à une ascèse. Le lever se fait à 6 h 30. Les journées sont chargées, ponctuées d’offices, de l’aurore au crépuscule, ou plutôt des laudes aux complies. Les repas sont pris, expédiés plutôt, en commun et en silence, tandis qu’un élève lit un passage de l’Evangile, ce jour-là selon saint Matthieu. Au petit déjeuner, ils écoutent les exhortations du nouveau pape François. Le cérémonial s’achève par une prière en latin et quelques consignes qui n’appellent pas de discussion. Malgré sa rigidité, ou en raison de celle-ci, ce corpus intellectuel et moral séduit de plus en plus de jeunes. Les vocations se multiplient. Trente et un nouveaux inscrits cette année (contre quatre il y a dix ans), et déjà les candidatures affluent pour la rentrée prochaine. Louis-Hervé Guiny, 40 ans, responsable des études depuis neuf ans, évoque ses chiffres ronflants, cette croissance exponentielle, avec une modestie embarrassée, tant ils sont à rebours de la crise de la prêtrise. Le séminaire compte à lui seul 85 élèves quand il ne s’en recense que 650 dans toute la France. « Ils viennent chercher du sens, quelque chose qui dure », explique Don Louis-Hervé, ordonné en 2000, après s’être un temps destiné à la carrière militaire. Ses parents, engagés dans le christianisme social, avaient cette façon de pratiquer leur foi en immersion « comme le levain dans la pâte ». Le fils ne partage pas cette conception, voit dans les prêtres-ouvriers les 46

exemples d’« une génération de chrétiens qui ont perdu leur identité ». « Je souffre que notre Eglise soit lente à s’adapter au monde. Or le monde attend que l’Eglise prenne plus de place. Elle apporte de l’humain, du lien social vrai et cohérent, de la naissance à la mort. Il faut lutter contre la vision de l’homme économique, qu’il soit libéral ou communiste. La tristesse ordinaire, le malaise général montrent la fin de cette vision. L’Eglise doit incarner le primat de l’homme esprit sur cet homme économique », explique cet inconditionnel de Georges Bernanos.

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Jean-Rémi Lanavère, 32 ans, a été de ceux qui ont ainsi cherché et trouvé. Collège Saint-Jean de Passy, lycée Carnot, prépa Henri-IV, Ecole normale supérieure, agrégé de philosophie à 23 ans : « J’étais sur les rails, parti pour enseigner », résume-t-il. Mais plus il avançait dans cette voie de la raison, plus il sentait l’appel mystique. « C’était un hiatus constant, un affrontement. Finalement, je suis entré au séminaire avec une liste de raisons. En réalité, il n’y en avait qu’une seule : “Parce que c’était Lui, parce que c’était moi”. » Outre cette vérité de Montaigne, Don Jean-Rémi dit avoir trouvé à Candé « une monnaie de bon aloi » pour sa vie. Depuis, il ne cesse de polir cette pièce : il prépare à l’Ecole des hautes études en sciences sociales une thèse de doctorat sur « la dimension politique et la loi naturelle », inspirée de saint Thomas d’Aquin. Tandis que s’élèvent des voix venues de la classe de chant grégorien, une quinzaine de séminaristes âgés de 21 à 33 ans défilent comme à confesse. Plutôt issus de familles aisées et pratiquantes, ils débitent leur cursus, pour la plupart impressionnant. Guillaume Sebaux était fiscaliste dans un cabinet d’avocats d’affaires. Augustin Azaïs a fait Sciences Po et Centrale avant de travailler dans le cabinet d’audit Deloitte. Nicolas Benedetto travaillait comme ingénieur dans un bureau d’études géotechniques. Christian Cantale œuvrait dans la finance à Genève « avec des perspectives intéressantes ». François Reynes est docteur en sciences politiques, François de Villeneuve agrégé de chimie. Ils ont tous abandonné leur plan de carrière et l’assurance d’une bonne situation pour la promesse d’un salaire de 800 euros par mois. Quand on leur dedjoint du directeur des études,

“Notre style était inattendu”, concède GrégoireMarie Daniault (à gauche) lorsqu’il est arrivé en poste à Meyzieu (Rhône). L’habit a pourtant fini par être accepté des paroissiens. Les prêtres soutiennent même qu’il faciliterait les dialogues spontanés, notamment dans la rue, car il les rend immédiatement identifiables.


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La lecture des ouvrages de la riche bibliothèque de Candésur-Beuvron, presque tous consacrés à la spiritualité, constitue l’une des rares activités auxquelles peuvent s’adonner sans restrictions les séminaristes au cours de leurs six années d’étude. Plus que le sport et les discussions entre camarades, ce sont les offices qui ponctuent la journée.

mande dans quelles circonstances leur est née la vocation, ils affichent un sourire charitable pour le béotien. Comment parler de « l’appel », de ce moment où le doute devient certitude ? Par bonté d’âme, ils tentent une explication. « C’est la meilleure réponse que j’ai trouvée à la question : “ Qu’est-ce que je veux faire de ma vie ?” », résume Benoît Thocquenne. « Un jour, j’ai vu des prêtres heureux et je me suis demandé pourquoi », témoigne Xavier Camus. Les séminaristes sont en revanche plus prolixes quant au choix de Candé plutôt qu’un autre séminaire. Un des arguments tient à la vie de groupe en paroisse. Beaucoup redoutaient la solitude des presbytères. Le partage des bons et des mauvais moments entre prêtres permet de supporter plus facilement le célibat, « cette forme de renoncement pour un désir plus grand, celui de mettre Dieu au centre de sa vie », comme le définit l’un d’eux, Jérôme Bertrand. Ils acceptent l’idée de la soutane comme étendard, savent qu’il faudra apprendre à la porter « avec le sourire ». Au-delà, ils adhèrent à l’idée d’une Eglise plus vindicative. « Nous reprenons le micro », résume Stanislas Martin, qui a arrêté sa médecine en quatrième année pour venir ici.

tions de l’époque et à lui offrir des réponses qui se veulent éternelles, la communauté Saint-Martin suscite donc un intérêt qui dépasse les frontières. Phil Dieckhoff, 26 ans, un Allemand d’Aixla-Chapelle, ou Xandro Pachta, 27 ans, un Autrichien de Vienne, tous deux parfaitement francophones, ont ainsi choisi le Loir-etCher. « J’ai été attiré par le charisme qui se dégageait de la communauté », explique Xandro Pachta. « En Allemagne, l’idée que l’Eglise participe à la vie publique est encore admise », assure Phil Dieckhoff. Les deux impétrants espèrent faire des émules dans leur pays. La communauté s’est aussi installée à Cuba. Le séminaire se sent désormais à l’étroit dans ses murs de Candé. Il rêve de prendre ses aises et doit déménager, en 2014, dans une abbaye à Evron, près de Laval. Un lourd investissement qui se chiffre en millions d’euros et nécessite un appel aux dons. Ce soir-là, dans la paroisse des Blancs-Manteaux, au cœur de Paris, Paul Préaux, le modérateur général, et PascalAndré Dumont, l’économe général, présentent le projet à quelques paroissiens bien installés dans la vie. On est assez loin des nourritures célestes : il est très prosaïquement question de fonds commun de placement, d’abandon d’usufruit, de contrats d’assurance-vie… Les conférenciers manient avec dextérité les Les éLèves reçoivent peu de visites et sortent rarement. Ils ne sont outils financiers mais expliquent qu’ils refuseront tout argent d’ailleurs guère sujets à la tentation dans ce bourg de 1 400 ha- des laboratoires pharmaceutiques qui « travaillent sur des celbitants. La tenue vestimentaire des impétrants est stricte, le lules souches », une voie de recherche contraire à leurs principes. téléphone portable prohibé, l’accès à Internet, à la télévision et Dans tout le pays, quelques milliers de pratiquants apportent à la presse réglementé, la bibliothèque aux 40 000 volumes est ainsi un soutien sonnant et trébuchant à l’institution. tournée presque exclusivement vers la spiritualité. Seuls la par- L’épiscopat français, lui, s’est longtemps montré méfiant envers tie de football sur un terrain propice aux entorses, une prome- cette communauté, jugée par trop militante et rétrograde. Elle nade dans le parc de 12 hectares, une séance sporadique de n’avait le soutien que de l’aile conservatrice des évêques. Mais cinéma ou un passage par la salle de musculation où tournoie de plus en plus de diocèses en manque de prêtres demandent aujourd’hui la venue de ces commandos en soutane. « Trenteun sacrilège sac de boxe apportent une respiration. Malgré ces contraintes monacales, force est de constater que le trois évêques me proposent des paroisses », assure Paul Préaux. séminaire respire une formidable joie de vivre. Il y règne une Un évêque issu du mouvement vient même d’être nommé à ambiance semée de silences et d’éclats de rire, une atmosphère Bayonne, non sans quelques remous sur place. L’aile gauche de à la fois désuète et juvénile. On y enseigne le latin et on y cite l’Eglise s’inquiète de ce qu’elle estime être une contamination Les Tontons flingueurs ou la série humoristiques « Kaamelott ». de l’intérieur par l’esprit réactionnaire. On s’y sent dans et hors du monde. Le visiteur ne sait trop s’il Benoît XVI avait conforté la communauté dans son assurance est conduit vers le passé ou le futur… « Notre objectif n’est pas de doctrinale, son intransigeance diront ses détracteurs. Le pape restaurer les temps anciens mais d’en tirer ce qui est immuable pour François, lui, exprime sa volonté de porter la bonne parole dans répondre aux attentes d’aujourd’hui », propose Louis-Hervé l’espace public, d’utiliser l’image. La communauté Saint-MarGuiny en guise de clé. Pour cette capacité à sentir les interroga- tin se sent ainsi dans l’air du temps.

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Le 14 janvier, Dominique Voynet profitait de la cérémonie des vœux pour faire ses adieux aux administrés de Montreuil. « Tout le monde m’aime, aujourd’hui », ironise la maire écologiste, qui sort exsangue de six ans de mandat.

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sous les toiles blanches tendues devant la mairie en ce jour de cérémonie des vœux. Elle monte les marches sur le parvis encore décoré des illuminations de Noël, s’engouffre à l’intérieur,au milieu de la foule. Une foule bigarrée, une foule agissante, faite d’importants et de militants, de représentants d’associations, de cultes, d’écoles que l’on baptise ici Nelson Mandela, là Doris Lessing, l’écrivaine engagée. Une foule de gauche, de Montreuil, porte du 93, qui s’en vient écouter les derniers vœux de madame le Maire en cette mi-janvier.A l’étage, au seuil de la grande salle, Dominique Voynet serre les mains, écoute les mots gentils, voire les regrets de la voir partir, sans savoir s’ils sont sincères ou pas. « Tout le monde m’aime aujourd’hui », glisse-t-elle,pas dupe.Tant de faux-semblants en politique. Tant de faux sourires. Le sien y compris. Elle est crispée. Elle a annoncé un mois plus tôt qu’elle ne se représenterait pas aux prochaines élections municipales, d’un texte écrit seule, qui commençait ainsi : « J’étais une très jeune femme quand je me suis engagée en politique, il y a plus de trente ans. Mai 1968 était passé par là, et nous croyions de toutes nos forces qu’on pouvait changer la vie. » Elle semblait laisser derrière elle plus qu’une ville, ses illusions politiques. ne foule avance doucement

Dominique Voynet Montreuil m’a tuée.

deux heures de salutations plus tard, elle finit par présenter ses vœux, égrène tout ce qui a été réalisé ou lancé. Crèches, écoles, piscine, tramway, rien n’est plus concret et mesurable que le bilan d’un maire. Le ton est celui, formaté, des habitués des discours. Les larmes ne viendront qu’à la fin, au moment de dire « au revoir ». Elle égratigne ses prédécesseurs et prévient ses successeurs – ce sont probablement les mêmes. Le communiste Jean-Pierre Brard, maire pendant vingt-quatre ans, est dans la salle. Il semble marLa politique, ses coups bas, ses alliances, elle l’a cher sur l’eau, sûr de retrouver ce qu’il estime lui pratiquée pendant trente ans. Aujourd’hui, lâchée appartenir. Il la déteste, n’a jamais pu accepter qu’elle lui ravisse « sa » ville. Elle le lui rend par une bonne partie de la gauche, usée par six ans bien, évoque la « violence inouïe » avec laquelle il de mandat, la maire écologiste renonce à se reprél’a combattue pendant six ans. Les prétendants socialistes sont là aussi. L’écologiste n’aura été senter à Montreuil, en Seine-Saint-Denis. Distante, qu’une parenthèse à la mairie de Montreuil, un parfois brutale, elle se serait mis les habitants à dos, accident de parcours dans cette banlieue populaire sans droite, que PS et communistes considisent ses adversaires. Dominique Voynet, elle, dèrent comme une chasse gardée. Le fruit d’un plaide l’intégrité. Par Judith Perrignon et accord éphémère entre une figure verte minoritaire et les socialistes du département bien déciVanessa Schneider/Photos Manuele Geromini dés à bouter les communistes hors des grandes et Laura Villa Baroncelli villes. La voilà qui gaffe à quelques minutes de la fin de son discours: au lieu du préfet de SeineSaint-Denis, elle remercie celui du Jura, comme si elle retournait là d’où elle vient. Qui commençait dans le journalisme politique il y a plus de vingt ans avait toutes les chances de filer là-bas, dans le Jura, de se retrouver assis dans sa cuisine de Dole, autour d’une petite table ronde et d’un café, alors qu’elle rentrait d’une nuit de garde à l’hôpital. On envoyait les débutants vers d’autres débutants. Elle était encore anesthésiste. Elevait seule sa fille, qu’elle avait eue à 19 ans. Elle en avait alors un peu plus de 30. Son tempérament, sa grande gueule, ses années de militantisme antinucléaire et féministe, sa carrure de bonne nageuse, l’empreinte matriarcale d’une •••

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••• mère institutrice et syndiquée, ne laissaient aucun doute sur

la suite : elle avait du mordant, un goût certain pour la bagarre, teinté de réalisme politique. Nous l’avons vue prendre la tête des Verts, les installer à gauche de l’échiquier. Nous l’avons vue danser dans les manifs, refaire le monde avec les copains écolo autour d’une carafe de vin bio et d’un joint qui passait de main en main. Nous l’avons vue aimer, changer souvent de coiffure et de couleur de cheveux, tomber enceinte, devenir ministre, se présenter deux fois à la présidentielle, donner des coups et en prendre, s’engueuler beaucoup avec les autres à l’intérieur d’un parti où c’est manifestement la façon de se parler. Elle était comme un livre ouvert. Nous l’avons racontée pragmatique, politique, maligne, calculatrice, directe et agressive.Amis et ennemis ne disent pas autre chose. Mieux vaut être dans sa bande. Nous l’avions perdue de vue mais c’est tout naturellement qu’elle nous accueille dans son bureau de maire de Montreuil d’un regard féminin : « On est des dames maintenant. » Dominique Voynet est une séductrice, une conquérante et une indépendante que le pouvoir n’effraie pas, mais que le temps inquiète. « Il y a chez elle une volonté permanente de garder une part de liberté individuelle forte. Elle a été capable de faire un enfant pendant la campagne des européennes [en 1994]. Avec elle, je me suis dit qu’il était possible de faire de la politique tout en conservant une vie personnelle, explique Cécile Duflot, qui lui a succédé dans le rôle de l’écolo pragmatique. Les gens ne perçoivent pas la nuance et la complexité de son caractère. Au moment de la catastrophe de l’Erika, elle s’est fait taper dessus car elle n’est pas rentrée tout de suite de vacances alors qu’elle était ministre. En fait, elle avait promis à sa fille de passer une semaine entière avec elle et c’était plus important que tout pour elle. » C’est dans cette tension politico-personnelle qu’elle s’est construite et qu’elle a mûri son départ. L’idée d’abandonner la politique lui vient pour la première fois au printemps dernier. Elle se sent alors « physiquement épuisée, humainement dans une impasse : j’ai 55 ans, le temps passe vite. Qu’est-ce que je fais de ma vie ? » Politiquement aussi, elle est coincée: ses adversaires sont trop nombreux sur la ville pour lui donner une seconde chance. Trois personnes ont, selon elle, compté au moment de trancher la question de se représenter ou pas. Sa plus jeune fille, Jeanne, 19 ans. « “Si je n’y retourne pas, tu me trouves lâche? –Ben non! Je penserais: enfin, ta vie commence!” » Jean-Luc Blain, directeur du Festival du film insulaire de Groix, où Dominique Voynet a acheté une maison il y a quelques années. « Il me disait : “Tu vas pas y retourner ?! Je t’ai connue gaie, déjantée. Tu as perdu ton éclat, tu ne ris plus, il n’y a plus de lumière dans les yeux.” » Il était malade, il est mort le lendemain du jour où elle a annoncé son retrait. Enfin, raconte-telle, Ariane Mnouchkine, la femme de théâtre, occupée à écrire sur le pouvoir, a fini de la convaincre qu’elle devait s’occuper

“Si je n’y retourne pas, tu me trouves lâche ?” a-t-elle demandé à sa fille. “Non, je penserais : enfin, ta vie commence !”

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d’elle. « Le moment était venu de reprendre pied dans ma vie, de lire, d’aimer, de voyager, de voir mes amis, mes enfants. » En creux, la politique, sa violence, ses renoncements. Certains, et pas tous des adversaires, ricanent de l’entendre aujourd’hui brocarder la politique qu’elle sait si bien pratiquer, grande technicienne des alliances et des motions de congrès. D’autres la reconnaissent dans sa façon de tourner les pages. « Lorsqu’elle m’a appelée pour me prévenir qu’elle jetait l’éponge, j’ai été à la fois surprise et pas surprise, raconte Cécile Duflot. Ce n’est pas la première fois qu’elle prenait la décision de dire “Stop !”. Un des premiers souvenirs que j’ai d’elle remonte à 2003, à Saint-Jean-de-Monts. Certains Verts voulaient sa peau. Elle a pris la parole à la tribune, elle portait alors des cheveux blonds très courts et une robe rouge. Elle en avait ras-le-bol et a lancé : “Je veux poser la cible que j’ai dans le dos.” La salle s’est tue, émue. » Longtemps elle a été comme ces nageurs dont la tête émerge bouche grande ouverte réclamant de l’air, puis retournent sous le fil de l’eau donner toute la puissance de leurs épaules. Aujourd’hui, elle dit: « Je vais une fois par semaine à la piscine. Il y a un côté explosif, je nage vite pour sentir mon corps. »

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l est vrai qu’elle aurait rempilé à montreuil si elle avait pu. Et qu’avec des garanties de mener une bataille gagnable, elle y serait retournée. L’été dernier, sentant les cadors socialistes s’organiser sans imaginer un seul instant s’aligner derrière elle, elle envoie un SMS à François Hollande, qui la reçoit à l’Elysée. Il y a au Palais, avec des années et des galons supplémentaires, tous les acteurs de cette gauche plurielle de Lionel Jospin qui l’a vue naître à la notoriété. Le premier secrétaire du PS d’alors est devenu président. Elle est la maire d’une ville de plus de 100000 habitants et n’a pas laissé de mauvais souvenirs à ses anciens collègues socialistes. Elle a, depuis toujours, défendu l’alliance avec les socialistes dans un parti Vert alors frileux: « Dans toute mon histoire, j’ai toujours trouvé suspects les “y a qu’à-faut qu’on” et de ne jamais mettre les mains dans le cambouis. Je revendique l’inconfort des responsabilités. » Elle a été la première ministre écologiste de l’environnement et a incarné ce petit supplément d’âme dont avaient besoin des socialistes qui venaient d’enterrer François Mitterrand. Bien sûr, elle s’engueulait avec Jospin sur les sans-papiers, formait avec Chevènement le tandem de la thèse et de l’antithèse. Bien sûr, les chasseurs la détestaient et des agriculteurs parvenaient à pénétrer dans son ministère et à saccager son bureau. Bien sûr, elle cassait du sucre sur le dos des autres ministres devant les journalistes mais jurait ensuite depuis les bancs du gouvernement qu’elle n’avait rien dit de ce qui était écrit dans le journal. Mais tout cela faisait vivre l’idée que la gauche était plurielle et le PS pas un vieux monolithe hégémonique. Elle était d’une autre culture, pas bourgeoise. Apprenant que Bernard Kouchner possédait une maison en Corse, elle pouvait lui demander : « Tu me la prêtes? ». Et lui de lui donner le tarif de la location. « Elle était une très bonne élève avec forte personnalité », se souvient Aquilino Morelle, plume de Jospin devenu conseiller spécial de Hollande. Elle a aimé cette période.Alors cet été, lorsqu’elle a rendez-vous avec le président, elle est en terrain connu. Elle se plaint des socialistes qui ne jouent pas le jeu, de Claude Bartolone, ex-puissant président du conseil général de SeineSaint-Denis, qui veut sa peau. Nul à l’Elysée ne la dément – on y fait à peu près la même lecture de la situation à Montreuil –, mais on lui fait comprendre que le chef de l’Etat ne peut se fâcher avec le président de l’Assemblée nationale. Voynet sait alors que la saignante bataille qui va s’ouvrir est perdue d’avance. Il n’y a ••• pas de victoire écologiste sans deal avec les grands partis.


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4 Dominique Voynet s’engage dès les années 1990 contre le nucléaire et pour le droit des femmes (9, manifestant avec Arlette Laguiller et Gisèle Halimi). Très vite, cette ancienne anesthésiste au fort tempérament s’impose chez les Verts. Elle milite aux côtés de Daniel Cohn-Bendit, Alain Lipietz (6), s’oppose à la ligne d’Antoine Waechter (8), avant de devenir porte-parole du parti en 1991. Favorable à la gauche plurielle, elle devient en 1997 ministre de l’environnement écologiste de Lionel Jospin (1). Bonne élève

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du gouvernement (7, au côté de JeanPierre Chevènement), elle sera confrontée au dossier complexe de l’Erika (4), mais imposera son style… et ses coiffures (2 et 3). Conquérante, Dominique Voynet soutient Noël Mamère en 2002 (10), avant d’être elle-même candidate à la présidentielle de 2007 (5). - 51


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Ses adversaires la jugent brutale, parfois blessante vis-à-vis des électeurs. « Quand elle va au cinéma, elle ne veut pas qu’on lui parle de la collecte des ordures ménagères, et elle le dit, elle est assez cash », raconte Cécile Duflot. Une attitude qui lui coûte peut-être son poste… 52 -

Photos Manuele Geromini et Laura Villa Baroncelli pour M Le magazine du Monde – 8 février 2014


••• Il y a six ans, à peine élue et totalement débordée par sa vic-

toire à Montreuil, Dominique Voynet remettait à plus tard ce qui n’était pas urgent d’un : « Je déstalinise et je t’appelle ! » Aujourd’hui, elle ouvre la fenêtre de son bureau, contemple les chantiers finissant du centre-ville, et constate : « On l’a fait ». C’est sa réponse à ceux qui dénonçaient par avance l’amateurisme des Verts, doublé de celui d’une femme. Elle dit aussi: « Je ne me plains pas, j’ai adoré. » Il y a dans la ville des choses qui portent la marque de sa culture et de ses convictions: le camp de Roms si insalubre à son arrivée dans le bas Montreuil transformé en « village » à base de conteneurs, le squat africain devenu propriété de ses habitants par un financement solidaire, trois écoles neuves – « L’une en paille, l’autre en bois, et la dernière en terre cuite, non ce n’est pas qu’un conte pour enfants » –, ou encore un système d’attribution des logements et de places en crèches plus transparent, qui lui permet d’être crue lorsque, dans sa lettre de départ, elle écrit: « Je refuse de partir en campagne en promettant logements et jobs “à la mairie” à tour de bras comme le font certains de mes adversaires depuis des mois. »

elle va au cinéma, elle ne veut pas qu’on lui parle de la collecte des ordures ménagères et elle le dit, elle est assez cash », la défend Cécile Duflot. Lorsqu’une association de commerçants allait la voir pour se plaindre de la réduction des places de parking, Dominique Voynet répondait, raide, « la voiture, c’est pas l’avenir ». Et quand elle affronta le directeur du Méliès, le cinéma d’Art et d’Essai local en plein processus d’agrandissement, elle se heurta au vaste réseau culturel parisien qui pétitionna dans Libération sur le mode « avec Voynet, la guerre est déclarée ».

« elle s’est trompée d’angle sur ce que c’est d’être maire. Ce qui ne lui retire rien. Elle a été d’une absolue sincérité », explique JeanMarie Ozanne, patron de la librairie Folies d’encre, installé à Montreuil depuis plus de trente ans. Elle lui avait demandé d’être sur sa liste, lorsqu’elle s’est présentée, il y a six ans. Il avait décliné, lassé de l’arène militante qu’il avait beaucoup fréquentée, lui expliquant que les livres aussi, c’était politique. Elle avait râlé: « Ne vous étonnez pas après qu’il n’y ait que des fonctionnaires et des apparatchiks en politique. » Là où l’élu local arrondit les angles, elle ne savait pas faire. Et pouvait répondre à l’attaque en étant la plus violente. Ce qui n’est pas forcément habile en milieu hostile. Le député socialiste Razzy Hammadi, qui aimerait lui ravir la mairie en mars, appuie là où ça fait mal: « Elle a dû se blinder au point d’en perdre sa sensibilité. Elle a un caractère difficilement acceptable, elle est capable d’employer des mots qui blessent sans s’en rendre compte. Elle multiplie les réflexions désobligeantes vis-à-vis des électeurs. On ne peut pas être aimé des gens si on ne leur montre pas un peu qu’on les aime. » Des constats comme celui-là on en entend aussi chez les Verts, et depuis longtemps. Face aux ontreuil, « ville accusations de brutalité, Dominique Voynet dresse d’elle un du plus beau et étrange autoportrait : « Je n’aime pas les conflits. Je ne suis pas du plus dur de colérique. Au fond, je suis réservée et timide et de temps en temps ça la société fran- sort. Si j’ai une bouffée de dégoût, je peux être désagréable. » Elle a çaise », comme le défaut de ceux qui s’emportent et puis oublient. elle dit, a été pendant six ans la Eût-elle été la plus conciliante des femmes, le scénario n’aurait scène d’une écologiste « sans pro- pas changé. Les grands partis voulaient reprendre Montreuil. tecteur ni parrain, sans grand parti Une histoire qui rappelle de mauvais souvenirs à Marie-Chrissur lequel s’appuyer, sans la majorité tine Blandin, aujourd’hui sénatrice Verte du Nord-Pas-de-Caculturelle dans la population ». Lu- lais. En 1992, elle et ses copains écolo avaient créé la surprise cide, elle ajoute : « Ils m’ont élue en prenant la présidence de la région Nord-Pas-de-Calais où parce qu’ils étaient las de Brard et de les socialistes ne parvenaient pas à faire de majorité. « J’ai la mainmise du PC depuis soixante- connu ce qu’a vécu Dominique, une majorité de gauche revanquinze ans sur la ville. Ils n’étaient charde qui n’a pas digéré d’avoir perdu le contrôle de ce qu’elle pas intimement persuadés de la néces- croit lui appartenir, et des salariés orphelins qui attendent le retour sité du projet écolo. » Là, elle s’est de papa en embuscade. La fin n’est pas la même : moi, je me suis frottée aux lois de la politique, aux représentée et je me suis fracassée, mais ça ne m’a pas trop abîmée, autres et à elle-même.Très vite, son je ne m’étais pas incarnée dans ce rôle. Une défaite aurait été plus équipe municipale explose. Des dure à encaisser pour Dominique. Et ne pas se représenter lui perconseillers rejoignent l’opposition, des collaborateurs claquent la met de dire des choses, ce que moi je n’ai pas osé alors : que pour porte. Ses adversaires y voient la conséquence de son mauvais avancer en politique, il faut faire ce qui est contraire à notre idéal, caractère. Elle prétexte qu’elle était mal entourée : « Il y avait cumuler, faire des deals et du clientélisme. » D’aucuns rappellent une vraie fragilité dans cette équipe. Qui voulait partir avec une que Dominique Voynet ne jette pas l’éponge pour la première nana qui avait fait 1 % à la présidentielle ? » Elle avait connu la fois. Déjà, lassée par des échecs électoraux successifs, elle avait pression ministérielle, ce n’était rien à côté de celle que subit un quitté Dole en 2002 pour la région parisienne. maire, affirme-t-elle. « Jamais je ne quitte mon bureau en me di- Après la médecine, après la politique, il lui reste à s’inventer sant “ c’est fini ”. Ce n’est jamais fini. On n’en fait jamais assez une nouvelle vie. Pour se conformer aux règles internes des pour répondre à l’appétit goulu des habitants. » Elle supporte mal Verts sur le non-cumul, elle avait renoncé à son confortable la disponibilité permanente qu’il faut offrir aux électeurs même siège de sénatrice et se retrouvera en mars sans mandat. Les aux heures où l’on va chercher son pain. « Les gens aiment leur amitiés jospiniennes devraient lui offrir une porte de sortie. maire de façon cannibale, ils sont dévorants, jour et nuit. Dans la Elle pourrait être nommée à l’Inspection générale des affaires rue, n’importe qui peut faire irruption, vous dire “Vous, les poli- sociales (IGAS). A moins que… « Je n’ai pas complètement tourtiques, vous êtes tous nuls, tous corrompus.” Et l’instant d’après, né le dos à la politique, confie-t-elle. Si dans deux ou trois ans, un autre exige sa place en crèche. Tout ça ne se supporte que parce j’ai à nouveau de l’énergie pour ça, j’y retourne. » que l’on voit aussi des gens pour lesquels on peut être décisif. » Ses partisans comprennent. « Elle est franche. Si elle est agacée, elle le montre, alors que beaucoup d’autres politiques le cachent. Quand

“Je refuse de partir en campagne en promettant logements et jobs à la mairie à tour de bras, comme le font mes adversaires.”

M

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L’art du scandale.

Ron Galella/WireImage

Ils se surnomment eux-mêmes “les rats”. Considérés comme la lie des photographes, les paparazzis alimentent pourtant une presse très populaire et sont devenus une source d’inspiration pour les artistes. Le Centre Pompidou-Metz les met à l’honneur, jusqu’en juin, dans une exposition qui explore les liaisons dangereuses entre les stars et ceux qui les traquent. Par Claire Guillot

8 février 2014

Le 26 novembre 1974, Marlon Brando assiste à un gala de charité à New York, suivi par l’un des pionniers des paparazzis, Ron Galella, qui n’approche plus l’acteur que casqué, après s’être fait casser la mâchoire. Une photo réalisée par Paul Schmulbach. - 55


triomphale au musée. Plus précisément au Centre Pompidou-Metz, à partir du 26 février, avec une exposition intitulée « Paparazzi! Photographes, stars et artistes ». Le monde de l’art étend constamment son champ d’analyse à de nouveaux territoires – les images des reporters de guerre, les photos de famille et même la documentation des entreprises. Mais les paparazzis, dans leur ensemble, méritent-ils une telle consécration? On l’a mesuré au malaise des médias au moment de « l’affaire » Gayet-Hollande, la photo de célébrités reste une activité sulfureuse. Même aux yeux de ceux qui l’encouragent et la consomment à longueur de journée (voir p. 35). C’est-àdire une grande partie des gens. La moitié des Français a, chaque semaine, un magazine « people »entre ses mains. Mais la photo de célébrités est encore une honte. Les photographes spécialisés dans ce domaine sont considérés comme la lie de la profession. « Entre nous, on s’appelle les “rats” », indique le paparazzi Pascal Rostain dans le catalogue de l’exposition – celui-ci n’a d’ailleurs pas hésité à coller à la métaphore, faisant littéralement les poubelles des stars pour en publier le contenu. Ironie, il n’y a pas si loin entre le photographe de guerre, vu comme l’aristocrate du métier, et le traqueur de « people » :nombre de professionnels passent de l’un à l’autre, souvent poussés par la nécessité économique. Ainsi Nick Ut, auteur de l’image de la petite Vietnamienne brûlée au Napalm en 1972, a aussi signé une vue de la starlette Paris Hilton dans une voiture de police en 2007. Les images sélectionnées par le Centre Pompidou éclairent d’un jour cru les dessous et les ressorts de cette séduction étrange qu’exercent sur nous ces images, auréolées d’une désapprobation aussi générale qu’hypocrite. Parangons des excès de la société du spectacle, les photos des paparazzis, mises les unes à côté des autres, étalent le voyeurisme insatiable d’un public avide de détails, des plus sordides aux plus triviaux. Paris Hilton en larmes après s’être fait arrêter pour excès de vitesse, Johnny Hallyday au bord de l’épuisement après un concert : la photo de paparazzi prend souvent la forme d’un exercice d’humiliation publique. Chasseur d’un côté, victime de l’autre? Quand bien même la relation entre photographe et célébrité est plus complexe que cela – certaines stars négocient de fausses photos volées pour servir leur image –, le spectateur est toujours placé dans une position de toute-puissance, même illusoire. La caractéristique de la photo de paparazzi étant d’avoir été volée, on goûte à travers elle un plaisir redoublé car clandestin, interdit. Auquel s’ajoute souvent le piment du 56 -

sexe (l’adultère) et de la violence. Cette dernière s’affiche ouvertement sur l’image : violence de la star qui se défend, quand Mick Jagger fait voler les tasses à café en direction du paparazzi ; violence du photographe qui prend une image intime sans autorisation.

En 1952, Greta Garbo est saisie clandesti­ nement au Club Saint­Germain, à Paris, par George Dudognon (ci­dessus).

Georges Dudognon. Weegee (Arthur Fellig)/International Center of Photography/Getty Images. Christian Lesemann. Richard Hamilton, Adagp, Paris 2014/Courtesy The Alan Cristea Gallery

L

es paparazzis font une

entrée

Les images aLignent une étonnante typoLogie de figures de refus, de dissimulation, de détresse… Celles-ci mettent d’autant plus mal à l’aise que dans la majorité des cas, la scène oppose une meute de photographes hommes –le métier est quasi exclusivement masculin – à une proie femme –les célébrités les plus pourchassées ont pour nom Jackie Kennedy, Lady Di, Britney Spears, Liz Taylor… Cette dimension sexiste n’a pas échappé à la plasticienne Cindy Sherman, qui s’est mise en scène dans des images rappelant l’univers de la photo volée. Les artistes sont nombreux à s’être approprié le phénomène, tournant vers eux un appareil photo inquisiteur, poussant jusqu’au vertige cette exigence de dévoilement absolu que les paparazzis incarnent.

« Paparazzi! Photographes, stars et artistes », Centre Pompidou-Metz, 1, parvis des Droits-de-l’Homme, Metz (Moselle). Tél.: 03-87-15-39-39. Du 26 février au 9 juin. www.centrepompidou-metz.fr 8 février 2014


Le portfolio.

Déjà en 1945, le photographe Weegee immortalisait Henry Rosen et Harvey Stemmer, arrêtés pour avoir soudoyé des joueurs de basket de l’université de Brooklyn, à New York (ci-contre). Des postures de défense qui inspirent artistes et photographes de mode : Release, 1972, sérigraphie de Richard Hamilton (en bas, à gauche) ; Famous When Dead, 2001, de Christian Lesemann (ci-dessous).

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A l’heure des smartphones, M. Tout-le-Monde peut s’improviser paparazzi. C’est ainsi que Britney Spears est photographiée sans culotte par un anonyme, en 2008 (ci-dessus). 58

Xavier Martin. FameFlynet/Bestimage. Alison Jackson. Settimio Garritano/Collection Katia Bede Garritano

En juillet 1976, Jack Nicholson, en vacances à Saint-Tropez, montre ses fesses à Xavier Martin (ci-contre).


Le portfolio.

L’artiste Alison Jackson comble le voyeurisme du public en créant, avec des sosies, les images qu’il veut voir. Comme ce faux George W. Bush, concentré sur un Rubik’s Cube (ci-contre). En 1971, Jackie Onassis est photographiée nue par Settimio Garritano, pendant des vacances sur l’île privée de son mari, en Grèce (ci-dessous).

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Les photos de paparazzis ont leurs « rituels » : les démonstrations de violence, ci-dessus Mick Jagger lance une tasse sur Pascal Rostain, à Paris, en 1980 ; le col relevé dans une voiture, comme Elizabeth Taylor à Gstaad en 1979, prise par Daniel Angeli (ci-contre). 60


Le portfolio.

Imperméable et regard fuyant, l’artiste Cindy Sherman se met en scène comme une star traquée, dans Untitled Film Still #54, 1980 (ci-dessus).

Pascal Rostain/Agence Sphinx. Daniel Angeli/Collection Cécile Angeli. Cindy Sherman/Courtesy Cindy Sherman et Metro Pictures, New York. William Klein

La traditionnelle sortie de voiture est reprise par le photographe de mode William Klein, pour Vogue, en 1962 (ci-contre).

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En 1961, Brigitte Bardot fait face aux photographes en sortant du tribunal, lors du procès dit de la Nouvelle Vague opposant Roger Vadim à François Truffaut (ci-dessus). Pur produit de la presse people, la riche héritière Paris Hilton s’est créé une existence médiatique grâce aux paparazzis. L’image ci-contre où elle chevauche une tondeuse à gazon, en 2006, a été prise par Sébastien Valiela, l’auteur des photos volées de François Hollande.

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Le portfolio.

Scènes de voiture. En cinquante ans, le fan Gary Lee Boas a photographié des milliers de célébrités (ci-contre). De gauche à droite et de haut en bas, Paul Newman, Michael Jackson, Arnold Schwarzenegger et David Bowie. Un travail d’amateur devenu une œuvre mondialement reconnue.

Daniel Cande. Sébastien Valiela/Eyewitness. Gary Lee Boas/Courtesy the artist and Kamel Mennour, Paris. Bruno Mourin/Agence Sphinx

Ci-dessous, Kate Moss lors de la Fashion Week parisienne, en 1992.

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Le Style

/ Mode / Beauté / Design / Auto / / High-tech / Voyage / Gastronomie / Culture /

La vague rose.

Christian Dior Parfums

Longtemps associée aux salles de bains des mamies anglaises, la reine des fleurs est de nouveau en odeur de sainteté. Les parfumeurs ont appris à la travailler avec plus de subtilité. Par Lili Barbery-Coulon

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le style.

Ni trop animale ni trop sensuelle, la rose fait un retour remarqué en parfumerie. De gauche à droite, Blooming Bouquet Miss Dior, Very Irresistible l’Eau en Rose de Givenchy, Roses de Chloé, Marni Rose, Eau Rose de Diptyque, et Rosa Botanica, de Balenciaga.

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Un constat qUi fait écho aU travail des parfUmeUrs.

Grand expert de la rose, le « nez » Michel Almairac (Robertet) crée en 2008 Eau de parfum de Chloé une fleur en apesanteur, comme sortie d’une roseraie. Un parfum devenu best-seller qui a changé la perception de la fleur. « Je l’ai associée à de nouvelles molécules qui l’ont allégée, afin d’éviter le côté vieillot des senteurs d’hier », dit-il. Le succès de cette note conditionne alors tout le marché, qui cherche à profiter de la renaissance de la rose. D’où l’apparition de nombreux parfums « rosés » ce mois-ci chez Balenciaga, Diptyque, By Terry ou Marni… Libérée de sa réputation surannée, la rose devrait coloniser les parfumeries pendant quelques années. D’autant qu’il est très facile de simuler sa présence avec des matières synthétiques lorsqu’on n’a pas les moyens de s’offrir une récolte naturelle.

Jean-Baptiste Talbourdet/M Le magazine du Monde

G

C’est peu dire de cette fleur devenue l’emblème des romans de Barbara Cartland et des savonnettes de supermarchés. Déclinée par les fleuristes dans les couleurs les plus synthétiques, elle avait fini par lasser. On lui a même reproché d’avoir perdu sa senteur naturelle et on s’est mis à lui préférer les orchidées et les arums. Sur les comptoirs des parfumeries, même si les « nez » n’ont jamais cessé de l’employer dans leurs formules, il n’était plus question de la faire apparaître de manière figurative : « C’est la rançon de la gloire, explique Elisabeth de Feydeau, historienne et auteur des 101 mots du parfum à l’usage de tous (collection Archibooks). Dès les années 1950, elle a été très contretypée. Elle a ainsi servi à parfumer ce qu’on appelle les toiletries, les savons, les laits pour le corps, les talcs et les désodorisants, en particulier dans les pays anglophones. » Réapparue dans les années 1990 avec des facettes fruitées comme dans Trésor de Lancôme, la rose a été submergée par la vague des alvaUdée, la rose ?

fragrances unisexes et n’a pas trouvé sa place dans le courant du « porno chic ». Trop innocente. Trop mièvre sans doute. Et même si des parfums confidentiels comme Une Rose de Frédéric Malle ou Rose Barbare de Guerlain ont déniaisé la fleur dans les années 2000, il aura fallu attendre ce printemps pour qu’elle retrouve son statut de reine. « La rose plaît car c’est un ingrédient universel qui rassure et dispose d’un fort pouvoir évocateur, précise Pierre-Emmanuel Bisseuil, consultant pour Peclers Paris. C’est un référent épicurien qui traduit le besoin de vivre l’instant présent sans se soucier de la morosité ambiante. Elle exprime également l’émergence d’une nouvelle féminité affirmée et militante, sans excès. Ni trop animale ni trop sensuelle. » Un retour qu’elle ne doit pas qu’au génie des parfumeurs. En juillet 2012, Raf Simons présente son premier défilé de haute couture pour la maison Dior dans un espace entièrement décoré de milliers de roses fraîches, offrant à la fleur une aura moderne. « Chez les fleuristes, elle n’a jamais disparu mais on s’est mis à la travailler différemment, confie Isabelle Stagliano, chez La Vie Fleurie à Paris. D’abord, on a eu accès à nouveau à des roses de jardin, fragiles et délicates. Et puis, on ne les travaille plus en masse serrée, enrobée de gypsophile, mais de manière aérienne, avec des graminées et des branches d’arbres fruitiers plus sauvages. »

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Le goût des autres

Créoles de mauvaise compagnie. Par Carine Bizet

L

a mode a tendance à tourner en rond et à redonner sa chance à des pièces dont on se croyait débarrassé. De petites horreurs mal pratiques dont on oublie parfois, comme par magie, les divers inconvénients. C’est ce genre de trou de mémoire qui explique que beaucoup de filles ont dans leurs placards deux ou trois salopettes par exemple. Parmi les derniers éternels perdants sortis de « réhab », les boucles d’oreilles créoles sont peut-être les objets les plus traîtres. Légères, en forme de hula hoop bondissant (d’ailleurs les Anglo-Saxons les appellent « hoops »), elles existent désormais en version luxe et mode – comprendre plus chères et plus difficiles à porter. Certes, elles ont l’air inoffensif. Et, pour un peu, on leur collerait l’étiquette « intemporelles » au prétexte fallacieux que des archéologues ont déterré certains de ces anneaux sur le site d’Ur, en Mésopotamie, et ont réussi à les dater de 2 500 ans avant Jésus-Christ. Mais ce n’est pas parce qu’ils ont découvert la plus vieille « tendance » du monde qu’il faut plonger dans ce cercle vicieux. D’autant que, dans les 4 500 ans qui ont suivi, les

cycles du goût ont eu le temps d’ajouter des strates de références plus ou moins glorieuses à l’histoire de ces bijoux. La plus douteuse ? Certaines férues d’histoire « made in Wikipédia » rappelleront que ces anneaux étaient au xviiie siècle liés à l’esclavage, et surtout portés par les affranchies. Là, on est clairement en terrain miné, et à aucun moment ce symbolisme lourd de sens ne doit servir de prétexte à un exercice de mode. En version plus light, la créole évoque un exotisme de pacotille incarné à l’écran par l’actrice d’origine brésilienne Carmen Miranda. Mais doit-on faire confiance à une femme qui portait des plateaux de fruits accrochés à ses turbans ? Dans la même catégorie, on peut citer la danseuse de flamenco avec rose dans les cheveux et castagnettes en option. Cette lignée « artistique » s’est poursuivie avec l’avènement de groupes de filles R’n’B/hip-hop amatrices de bijoux qui font mal aux yeux, portés avec des baskets fluo. Le xxie siècle s’est vu infliger les descendantes de ces chanteuses avec la kitschissime Beyoncé et ses camarades de scène, tous cheveux, paillettes

et cerceaux d’oreilles dehors. Outre l’imagerie moyennement attractive, la créole est incompatible avec la vie quotidienne, du moins celle des gens qui ont des cheveux. La moindre mèche enroulée sur cet anneau, et c’est la crise capillaire garantie avec arrachage de pointes et tiraillement de lobe. Tout ce qui présente une surface non lisse

(pull, écharpe, col) finira statistiquement trois fois par heure agrippé à l’anneau d’oreille. Enfin, rien ne ressemble plus à un hochet qu’une créole. Il suffit de porter un nourrisson aux mains agiles pour s’en convaincre. Juste au moment où il tire en gazouillant sur ce truc brillant. Autant décrocher tout de suite.

TÊTE CHERCHEUSE

Monica Feudi. Michel Figuet

Alexis Martial réchauffe Iceberg.

Un défi pour Alexis Martial. A 28 ans, le créateur français a été nommé directeur artistique des collections féminines d’Iceberg. Fondée par Jean-Charles de Castelbajac, cette marque a connu la gloire dans les années 1980 et 1990. Appartenant aujourd’hui au groupe italien Gilmar, elle peine à se renouveler. Passé chez Alexander McQueen, Givenchy et Paco Rabanne, Alexis Martial est un spécialiste de l’expérimentation manuelle. « Iceberg représente un challenge qui consiste à appliquer ma vision haute couture à un rythme industriel et à créer des vêtements pour tous les jours », estime-t-il. Présentée à Milan, sa collection printemps-été 2014 a été applaudie par la presse internationale. La maille, spécialité de la maison, a retrouvé un second souffle, alliée à du Néoprène et aux détails sportswear (cordes, sangles, fermetures Eclair), pour créer des vêtements futuristes. Avec ses imprimés d’icebergs, la palette de couleurs pastel est efficace et adaptée à la clientèle visée. « La fille Iceberg est jeune, fraîche, sportive, contemporaine, urbaine, explique Alexis Martial. Elle aime la mode mais veut aussi s’amuser avec. » J. N. www.iceberg.com Illustration Johanna Goodman pour M Le magazine du Monde

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Le legging.

Le style.

À l’origine

l’iCÔne

Le classique moderne de Jeanne Lanvin.

L’air de rien, la petite modiste devenue couturière transforme dès 1920 son nom en « univers global ». Des chapeaux, des vêtements, du mobilier et des parfums. L’académique Arpège mais aussi les sulfureux My Sin, j’en Raffole… tous disent la distinction, la sensualité et la modernité du mythe naissant de la Parisienne. Que jeanne Lanvin incarne à la perfection tant elle sait détourner les classiques. Ca. R.

En laine vichy, Belle Ninon, 825 €. www. lexception.com

BoucLes d’oreiLLes.

Pain de sucre, en or gris, tanzanite et diamants, Fred, prix sur demande. www.fred.com

Le sautoir.

Quarante-huit heures, en perles de culture d’eau douce, perles de verre et agate bleue, Henriette H, 895 €. www.henrietteh.com

À l’arrivée

bijoux

L’or de Melchior.

Elle s’est fait un nom avec ses délicats bijoux en or perforé artisanalement, façon nid-d’abeilles. La jeune créatrice parisienne Lara Melchior, formée aux beaux-Arts et à la photographie, signe cette saison une collection pour & other Stories, le label pointu du groupe suédois H&M. on retrouve son motif nid-d’abeilles mais également le thème du gingko, un arbre japonais, et des chaînes entremêlées. Des pièces poétiques et féminines en argent fin ou plaqué or, certaines serties de pierres semi-précieuses. Et donc plus abordables. V. Ch. En vente à partir de fin février dans les boutiques & Other Stories et sur le site. Entre 25 € et 75 €. www.stories.com

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Le legging, au faible coût de production (pas de finitions à la main ou de matières coûteuses), représente un fort potentiel commercial, du prêt-à-porter aux maisons de luxe. Pour la saison printemps-été 2014, on l’a vu uni et noir chez The Row et Red Valentino (photo), aux couleurs du logo chez Louis Vuitton ou encore avec des motifs ethniques chez Ann Demeulemeester. Sa version estivale au-dessus du genou, dans l’esprit des shorts moulants portés par les cyclistes, a déjà été vue chez Neil Barrett, Pièce d’Anarchive ou encore Emilio Pucci. J. N.

Roger-Viollet. Belle Ninon. Fred. Henriette H. Michael Putland/Hulton Archive/Getty Images. Red Valentino. & Other Stories

Le manteau.

Longtemps réservé aux hommes, cet épais collant se porte en laine et sous les pantalons au Moyen Age. A la Renaissance, il se décline en soie ou en coton, bicolore ou à rayures dans les milieux aisés où la gent masculine l’accompagne d’une redingote cintrée. A la fin des années 1960, sous l’impulsion d’Yves Saint Laurent et d’André Courrèges, la femme, libérée, porte désormais le pantalon. Et avec l’invention du Lycra, elle s’approprie le legging porté à mi-mollet, comme le pantalon capri alors en vogue. Son heure de gloire arrive dans les années 1980, avec le succès de l’aérobic et du film Flashdance. Le legging est adopté par Madonna (photo) comme par Cyndi Lauper. Dans les années 1990, il intègre la panoplie du grunge, en version effilée ou déchirée. Puis il revient en même temps que le mouvement disco en 2005, avant de s’imposer dans le vestiaire féminin.


FÉTICHE

Lady lavande.

Traditionnellement réservée à la parfumerie masculine, la lavande tente depuis quelques saisons de conquérir la nuque des femmes. Après Jersey, de Chanel, et Brin de Réglisse, d’Hermès, la maison Burberry a sélectionné une variété typiquement anglaise pour son nouveau parfum, Burberry Brit Rhythm. Un choix audacieux car, en plus d’évoquer les essences pour homme, la plante a longtemps servi à parfumer les armoires à linge et les produits ménagers. Au lieu de l’associer à d’autres notes camphrées, les parfumeurs Antoine Maisondieu et Nathalie Gracia-Cetto (Givaudan) ont ajouté de la fleur d’oranger ainsi qu’une molécule, nommée Petalia, à la senteur aussi délicate qu’un bouquet de pivoines. Un parfum frais et surprenant qui ne tombe pas dans la tentation des accords gourmands, souvent privilégiés pour plaire aux plus jeunes. L. B.-C. BurBerry Brit rhythm, 90 € les 90 ml. BurBerry.com

8 février 2014 – Photo François coquerel pour m le magazine du monde. stylisme Fiona Khalifa

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Variations

Bagues à part.

Boucles d’oreilles dépareillées, broches piquées dans la chevelure, bagues accumulées… Depuis quelques années, le bijou, désacralisé et dépoussiéré par de jeunes créateurs, se prête à toutes les extravagances. Un phénomène qui touche toutes les gammes, de la fantaisie à la haute joaillerie. En témoignent ces modèles inspirés du coup-de-poing américain : des bagues en or qui courent sur deux doigts et qui se parent, selon les modèles, de topazes, de diamants bruns ou blancs. V. Ch. En haut, dE gauchE à droitE, baguE En or avEc topazEs, dElfina dElEttrEz, 1 400 €. www.dElfinadElEttrEz.com doublE annEau En or rosE 18 cts avEc 3 piècEs En diamants bruns (0,53 ct), ilEana makri chEz colEttE, prix sur dEmandE. www.colEttE.fr En bas dE gauchE à droitE, baguE « flat » En or blanc Et diamants, as29, 1 776 €. www.as29.com baguE En or rosE Et diamants blancs, sabinE g chEz montaignE markEt, prix sur dEmandE. www.montaignEmarkEt.com

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photo françois coquerel pour m le magazine du monde. stylisme fiona khalifa – 8 février 2014


Le style.

LA PALETTE LA CRÈME DES BLUSH.

Plus besoin de pinceau ni de technique particulière pour se mettre du fard à joues, il s’applique désormais avec les doigts. « Les nouvelles textures crémeuses, en stick ou en baume, ont été conçues pour faciliter l’application, et donc simplifier le geste quotidien, explique Mai Hua, créatrice de couleurs pour l’industrie cosmétique. C’est aussi une manière de s’adresser à notre époque, ancrée dans la régression. Et la texture a un effet sur le résultat car, au lieu de sculpter le visage comme un fard poudré posé en diagonale à l’instar des héroïnes de Guy Bourdin, ces produits s’appliquent en rondeur et font des joues de poupée. » Une fois sur la peau, ces teintes formulées avec une base hydratante se fondent à la carnation, même celles qui paraissaient très vives à l’œil nu. De quoi éviter les dérapages. L. B.-C. De haut en bas, Matte Multiple Siam, Nars, 41 € (en mars). www.narscosmetics.fr Blush Crème Intonation, Chanel, 34,50 €. www.chanel.com HD Blush Crème Seconde Peau 515, Make Up For Ever, 25,50 € chez Sephora. www.makeupforever.fr Cellularose Blush Glacé Flower Sorbet, By Terry, 44 €. www.byterry.com Fard à joues Cherry 02, Guerlain, 37 €. www.guerlain.com Crema Blush no 1, de Bourjois, 12,60 €. www.bourjois.fr

RÉÉDITION

Jean-Baptiste Talbourdet/M Le magazine du Monde. Ikea x2

Quand Ikea mit les pieds dans le plat.

En 1955, Ingvar Kamprad, fondateur de la chaîne, et le designer Gillis Lundgren – qui est aussi le père de Billy, la bibliothèque la plus célèbre du monde – imaginent ensemble Lovet. Une table d’appoint dont le placage en peuplier verni et les pieds effilés sont typiques de l’époque. Problème: la table se révèle trop encombrante pour être glissée dans la voiture d’Ingvar Kamprad; Gillis Lundgren décide donc de dévisser ses pieds pour réduire son volume. C’est ainsi que naît le premier produit Ikea vendu en paquet plat, le concept révolutionnaire qui permet d’optimiser l’espace et de réduire le coût du transport d’un mobilier prêt-à-(em)porter. Petit à petit, l’idée fait son chemin dans l’esprit du fondateur d’Ikea. «A l’époque, l’enseigne se développait dans l’optique de fournir du mobilier au plus grand nombre. Et l’idée d’économiser le prix du transport passait logiquement par une réduction du volume des paquets », rappelle Muriel Rolland, porte-parole d’Ikea France. Cette table en forme de feuille («löv» en suédois) est vendue jusqu’en 1962 avant de rejoindre les allées du Musée Ikea à Almhult (Suède). A la faveur du retour des fifties, Ikea réintroduit ce guéridon à son catalogue sous le nom de Lövbacken, comme d’autres produits de l’époque. M. Go. Lövbacken, table d’appoint, Ikea, 49,90 €. Panneau de fibres de bois, placage peuplier. www.ikea.com

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le style.

exClUSiF.

a l’origine, le flacon de Cuir de russie était octogonal (comme celui du n° 5). en 2006, Chanel en a modifié la forme pour le faire entrer dans la collection des exclusifs, dont tous les flacons sont identiques.

MagnéTiqUe.

le bouchon noir est aimanté : il vient ainsi se repositionner automatiquement dans le prolongement de l’étiquette.

MiniMal.

l’étiquette blanche collée à même le verre évoque celles utilisées par les pharmaciens et les laboratoires.

N

ettement moins connu que le matricule N° 5 de la maison, le Cuir de Russie de Chanel a pourtant réussi à se tailler un statut légendaire. Née en 1927, cette fragrance n’est pas la première à s’inspirer de l’esprit slave. Dès le début du xxe siècle, les danseurs des ballets de Diaghilev fascinent les Parisiens. Bottés de cuir souple, ils répandent un parfum d’écorce de bouleau qui servait, à l’époque, à tanner les peaux. « A Grasse, on tannait le cuir avec de la feuille de myrte, en Espagne avec de la fleur d’oranger. Dans d’autres pays, on utilisait le bois de cade, qui sent le feu de bois, et en Russie le bouleau, qui rappelle l’odeur de la cordonnerie », explique le nez Christopher Sheldrake, directeur de la recherche et du développement des parfums Chanel. Tous les parfumeurs, du début du siècle jusqu’à la fin des années 1920, déclinent leur propre « cuir de Russie » en ajoutant des fleurs ou des agrumes. Gabrielle Chanel, qui fréquente alors le grand-duc Dimitri, cousin du tsar Nicolas II, lance sa propre version, composée par son parfumeur, Ernest Beaux. Un cuir infusé de mandarine qui évoque subtilement le bouquet floral métallique du N° 5 puis laisse sur la peau un voile fumé de bouleau, de cade et de baumes envoûtants. Malgré ses qualités, ce parfum ne deviendra jamais un best-seller. « Le cuir est un parfum élitiste, une note très élégante mais pas du tout commerciale », explique Christopher Sheldrake. c’est donc la parfumerie dite « de niche » qui s’est récemment emparée des accords de cuir : le parfumeur Serge Lutens, Jovoy, la boutique parisienne qui réunit des lignes confidentielles, ou encore la marque Memo Fragrances, qui vient d’y consacrer une collection. « Chaque parfumeur a sa propre manière de composer un cuir, confie le nez Aliénor Massenet, créatrice d’Irish Leather pour Memo. Bien sûr, on peut utiliser du bouleau ou du cade. Mais j’aime beaucoup l’isobutyl quinoléine, une molécule de synthèse qui sent le cuir et les notes vertes. On peut ajouter un peu de styrax ou de l’iris, qui a une facette cuirée. Parfois, une touche de concombre, de feuille de violette ou de safran donnent aussi l’illusion du cuir. » Des effets qu’on ne retrouve qu’en sourdine dans les nouveaux parfums destinés au plus grand nombre, de peur qu’ils repoussent une clientèle conditionnée aux muscs utilisés dans les lessives et aux arômes fruités. Lili Barbery-Coulon

le Vanillé.

Pour les amatrices de vanille et de fève tonka, ce cuir n’est ni fumé ni animal mais très gourmand. Fan di Fendi, leather essence, 82 € les 50 ml, en avant-première chez Sephora Champs-elysées. www.fendi.com

le raCé.

Un cuir mythique rehaussé de vétiver par Jean-Claude ellena, le parfumeur maison d’Hermès. Très raffiné. Bel ami Vétiver, Hermès, 90 € les 100 ml. www.hermes.com

le CorSé.

Une impression d’arabica, de chocolat noir et de notes cuirées modernes, légèrement fumées. Un parfum masculin audacieux. Valentino Uomo, 82 € les 100 ml. www.valentino.com

PARFUMERIE

Fleur de peaux.

Dans les années 1920, les parfumeurs s’inspirent de l’esprit slave et créent leur “cuir de Russie”. Une essence boisée de caractère qui revient au goût du jour.

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l’irlandaiS.

inspirée des paysages humides et émeraude d’irlande, cette peau mixte s’adresse aux esthètes en quête de senteur inédite. irish leather, Memo Fragrances, 168 € les 75 €. www.memofragrances.com

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Chanel. Fendi. Hermès. Valentino. Memo Fragrances

Cuir de Russie de Chanel, 130 € les 75 ml dans les boutiques Chanel et aux Galeries Lafayette. www.chanel.com


L’exposition mêle portraits de stars – Mick Jagger emmitouflé, en 1964 ; Jerry Hall et Helmut Newton à Cannes, en 1983 – et clichés d’anonymes (en bas, habitant des Naga Hills, en Inde, 2012).

LA RENCONTRE

David Bailey, photographe.

Celui qui fut la star du magazine “Vogue” dans les années 1960 expose à Londres 300 portraits, dont plusieurs inédits. C’est un gamin dyslexique de l’East End, à Londres, devenu une icône de la photographie grâce au visage des autres. Repéré par le Vogue américain dès ses 25 ans, en 1963, David Bailey devient l’une des grandes figures du magazine, auquel il offre quelques sensationnelles couvertures, avant de vivre mille autres aventures. Les Stones, les Beatles, les Who, le Swinging London et sa femme d’un temps, Catherine Deneuve, ou plus tard Grace Jones et Lady Di… Toute la planète people est passée devant son objectif, et se retrouve aujourd’hui dans l’exposition, parrainée par la marque Hugo Boss, que lui consacre la National Portrait Gallery de Londres. Entretien avec un photographe… de caractère. vous dites parfois qu’il faut plus d’imaGination pour être photoGraphe que pour être peintre. paradoxal, non ?

David Bailey x4

Ce que j’ai dit, c’est que la photographie exige autant d’intelligence que la peinture. Au départ, tu n’as que la réalité, et il faut lui accorder beaucoup, beaucoup de temps pour qu’elle devienne extraordinaire. Il n’y a pas de secret. Tout ce qu’il faut faire, c’est regarder, encore et encore. Jusqu’à ce que

“Un aPParEiL Photo Est biEn PLUs qU’UnE machinE à EnrEgistrEr LE mondE.”

quelque chose surgisse. A 17 ans, alors que j’étais dyslexique, considéré comme un idiot, j’ai compris qu’un appareil photo était bien plus qu’une machine à enregistrer le monde. pour l’exposition à la national portrait Gallery , Comment avez-vous fait le tri de Cinquante ans de Carrière ?

Il ne s’agit pas vraiment d’une rétrospective de mon travail. Il n’y a que des portraits, trois cents au total, – dont ma série de nus, « Democracy », et mon dernier travail, inédit, effectué dans les Naga Hills, en Inde. Mais rien d’autre. l’exposition mêle à la fois vos imaGes les plus Célèbres – portraits de miCk JaGGer, JaCk niCholson, patti smith… – et des photoGraphies d’anonymes de l’east end. y a-t-il un pan de votre travail auquel vous êtes plus attaChé ?

Rien n’est plus important que rien. Je ne vois pas pourquoi on serait surpris de mes photos prises dans l’East End : j’y suis né. Quant à la photo de mode dont vous me rebattez les oreilles, je n’en fais plus depuis les années 1980, et cette exposition n’est surtout, surtout pas une exposition de photos de mode. vous menez, en parallèle, une pratique de plastiCien…

Oui, j’ai toujours peint, et n’ai jamais arrêté, c’est de là que je viens. En ce moment, dans l’atelier, je réalise aussi des sculptures, des bronzes, figuratifs. vous avez travaillé e sur la famine en afrique en 1985, avez été en afGhanistan. vous vous sentez parfois Journaliste?

Jamais, jamais, jamais, je n’ai été journaliste. S’il fallait choisir, j’opterais plutôt pour le terme d’artiste.

Propos recueillis par Emmanuelle Lequeux

« Bailey’s, Stardust », du 6 février au 1er juin. National Portrait Gallery, St Martin’s Place, Londres. Tél.: 0-20-73-06-00-55. www.npg.org.uk

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le style.

Malgré le succès de la marque, tous les objets conçus par le duo Benoît Astier de Villatte et Ivan Pericoli (à droite) continuent d’être réalisés à la main. Comme ce couvercle de théière, cette bougie parfumée (ci-contre), ou ces cahiers colorés (en bas). Chacune des créations en céramique porte des irrégularités qui en font des pièces uniques, comme celle réalisée pour l’Hôtel Meurice (en bas, à gauche).

Dans l’œil de Selby… Astier de Villatte.

I

Après s’être introduit dans des centaines d’appartements et avoir sillonné les restaurants insolites du monde entier, le photographe et blogueur américain Todd Selby explore des ateliers de création à Paris. Cette semaine, visite de la fabrique Astier de Villatte, dont les assiettes, les tasses, les théières en céramique émaillée ont la patine des objets anciens. Par Lili Barbery-Coulon/ Photos The Selby mpossible de s’égarer dans le grand immeuble

qui abrite l’atelier Astier de Villatte. Il suffit de se laisser guider par les empreintes de pas couvertes de poudre blanche pour trouver l’entrée au rez-dechaussée. Derrière la porte, des dizaines d’étagères remplies de céramiques sont alignées sur un plateau de mille mètres carrés imprégné d’un parfum minéral. Se faufilant entre les pichets et les plats à estamper, une trentaine d’artisans tibétains émaillent, façonnent et signent leurs théières. Un hasard : le premier d’entre eux à avoir intégré l’atelier était extrêmement adroit avec la terre. Embauché très rapidement, il a proposé que son frère les rejoigne puis, par le bouche à oreille, c’est toute une petite communauté tibétaine qui s’est constituée ici. En 1996, lorsqu’ils ont commercialisé leurs premières céramiques, jamais Benoît Astier de Villatte ni Ivan Pericoli n’avaient imaginé que la marque puisse un jour prendre un tel essor.

8 février 2014

moderne

A peine sortis de l’Ecole des beaux-arts, ils sont, au tout début, une douzaine à imaginer les premières céramiques dans l’atelier du père de Benoît. « Mon père était notre professeur de sculpture aux Beaux-Arts, il travaillait la terre noire et tentait de la rendre la plus légère, la plus fine possible, raconte Benoît Astier de Villatte. Il a été pensionnaire à la Villa Médicis à Rome lorsque le peintre Balthus la dirigeait et ça l’a beaucoup marqué. Dans ma famille, l’influence de mon père a été majeure car il a su nous transmettre son sens de la théâtralité. Prenez un tabouret sorti d’une poubelle par exemple. Placez-le dans un palais et brusquement il devient sublime. » Avec beaucoup de spontanéité, la petite troupe imagine des tasses, des assiettes et des pichets en céramique émaillée comme s’il s’agissait d’objets anciens. « On était complètement désorganisé, se souvient Ivan Pericoli. On n’avait aucune formation en gestion, on faisait tout de manière empirique. Par exemple, on vendait des tasses ••• - 75


••• mais on n’avait pas de théière, on avait trente pichets mais pas une assiette creuse. On s’est un peu civilisé depuis. » Au fil des conflits, le nombre d’associés se réduit, la marque se structure et participe au salon Maison & Objet. Immédiatement remarquées, les céramiques en terre noire recouverte d’émail blanc attirent des acheteurs du monde entier et s’offrent un espace de fabrication plus grand, dans le 13e arrondissement. Même le réalisateur George Lucas, qui découvre ces objets dans une boutique de San Francisco, insiste pour qu’ils créent un service entier à partir de leurs assiettes Alexandre. « On n’avait pas conscience de ce qui nous arrivait, on était comme des enfants qui jouent au marchand », avoue Benoît Astier de Villatte dans son bureau recouvert d’images éclectiques. En 2000, ils ouvrEnt un magasin ruE saint-Honoré

dans lequel ils présentent leur vaisselle luxueuse avec des objets insolites – comme des figurines de Sigmund Freud en plastique ou des stéréoscopes accompagnés des photos du mariage de Grace Kelly. « Certains clients nous disaient : “C’est dommage de présenter vos jolies assiettes avec ces merdes”, raconte Ivan en riant. C’était une époque merveilleuse, on fumait dans la boutique, on buvait du pinard avec les clients, il nous arrivait d’ouvrir à 22 heures car un passant, nous voyant encore dans la boutique, nous suppliait d’ouvrir pour nous acheter un objet. » La même année, ils rapportent d’un voyage en Italie des carreaux de ciment en forme de cubes. Ils les scannent et s’en inspirent pour fabriquer leurs carnets devenus célèbres. « On continue à tout faire à la main, y compris l’impression de ces cahiers colorés qui exige un temps fou », précise Benoît Astier de Villatte. Une signature artisanale qu’ils souhaitent exprimer dans chacune de leurs créations, qu’il s’agisse d’une bougie parfumée, des nouvelles colognes qu’ils lanceront au printemps ou d’une tasse à café. « Ici, dans ce grand atelier, les pièces sont toujours fabriquées à la manière de prototypes, avec cette fragilité qui rend les objets vivants », ajoute Ivan Pericoli. De petits accidents, des irrégularités qui donnent l’illusion d’un trésor découvert dans un grenier. Astier de Villatte, 173, rue Saint-Honoré, Paris 1er. Tél.: 01-42-60-74-13. www.astierdevillatte.com

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Ci-dessus et à droite, assiettes dessinées par Emilie Mazeaud et réalisées en collaboration avec la marque Commune de Paris 1871 La technique de l’estampage (ci-contre, une théière) consiste à imprimer en relief l’empreinte gravée sur un moule. Photos The Selby/We Folk pour M Le magazine du Monde – 8 février 2014


Le style.

Des étagères où trônent des dizaines de moules en plâtre, des peintures folk américaines (en haut, à gauche), des cartes postales… L’atelier du 13e arrondissement reflète l’éclectisme qui inspire les designers (ci-dessus, tasse ornée d’un œil dessiné par John Derian).

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Le style.

un peu de tenues…

Le manteau.

Djellaba colorée, trench graphique, vison rock… Le pardessus de mi-saison ose toutes les variations. Par Marine

Chaumien/Photos Alexis Armanet

Ci-Contre, Manteau en vison et Cuir verni, Miu Miu. page de droite, trenCh en veau velours, Zadig & Voltaire.

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ci-contre, Manteau en cacheMire, cheMise en organza, jupe en crêpe de soie, BurBerry Prorsum. ci-dessous, Manteau en coton et pantalon en soie, Tara Jarmon. sandales en veau velours et strass, Prada. page de droite, cape effet djellaba en cacheMire et coMbinaison en jersey, max mara. guêtres en laine et

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sandales en veau velours et strass, Prada. sur toutes les photos, créoles en argent, agaTha. Mannequin : Kate b @next coiffure : fred teglia. Maquillage : Marielle loubet. assistante styliste : ana li Mraovitch.

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Le style.

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Le style.

ÊTRE ET À VOIR

Nelson.

Illustration Vahram Muratyan pour M Le magazine du Monde

Par Vahram Muratyan

Nelson Monfort, sacré Français. 82 -

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JP Géné Frites and chips.

C

HACUN CONNAÎT

CES

«ZAKOUSKIS»

de terrasse, of fer t s à l’apéro avec un verre de chardonnay ou une mousse de blanche : olives impossibles à piquer avec le curedents, rondelles de saucisson sans papiers, cacahuètes trop salées et les inévitables chips sorties du paquet. J’y touche rarement mais lorsque celles-ci sont arrivées dans leur minipanier à friture, blondes et dorées, avec cette insolence que seule la fraîcheur autorise, je n’ai pu m’empêcher d’en picorer. Croustillantes sous la dent , bavardes au palais, sans une once de « gras », elles ne pouvaient sortir d’une usine à patates industrielles. « Elles viennent d’où ? » Avec une certaine fierté, le garçon m’a rétorqué : « Elles sont maison, monsieur ! » Dire que le doute ne m’a pas effleuré serait mentir. J’en ai croisé plus d’un capable de four-

Cecilia Garroni Parisi pour M Le magazine du Monde

Le carnet d’adresses FRITES Les Pommes frites, dix façons de les préparer, de Suzy Palatin (Ed. de l’Epure, 7 €). CHIPS La Grappe d’or, 5, rue des PetitsCarreaux, Paris 2e. Tél. : 01-40-1300-17. Tous les soirs, les chips à 18 heures pour l’apéro. Plats bistrots et huîtres en fin de semaine.

guer la blanquette de Metro pour celle de sa grand-mère. Après tout, j’étais à La Grappe d’or – certes, un de mes bivouacs favoris dans le haut de la rue Montorgueil qui s’appelle ici des Petits-Carreaux – mais la dernière fois que j’avais mangé des chips maison, c’était chez Laurent, en bas des ChampsElysées. On ne jouait pas dans la même catégorie. J’ai voulu voir et j’ai rencontré Khaled. Il était 17 heures. Dans l’atelier flambant neuf au sous-sol, il passait les pommes de terre à la mandoline. De l’agria, cousine de la bintje, en provenance de Hollande, taillée à un millimètre. Khaled, à peine 30 ans, Tunisien d’origine, s’est aguerri dans des brigades hôtelières. Il a les gestes et les manières d’un professionnel, et visiblement la fabrication des chips est un peu une récréation quotidienne. Une fois émincées, les rondelles de pommes de terre (4 kg) sont abondamment lavées pour enlever l’amidon qui les ferait coller et sont mises à égoutter. Il ne les essuiera pas avant de les jeter dans la friture à 185 °C. L’une après l’autre, rapidement, comme s’il distribuait des cartes sur un tapis vert maquillé en friteuse électrique. En deux ou trois minutes et autant de secousses, les voilà dorées, « croquantes-craquantes », à point. Un bref passage sur le papier absorbant, un peu de fleur de sel et, bien remuées à la main, elles sont bonnes pour le service. Merci, Khaled. Un gisement de chips extra aux Halles, ça se fête! Le soir même, j’avais rendez-vous avec les meilleures frites de Paris. Celles de Suzy, promises lors d’une

rencontre au Severo – bistrot réputé pour ses viandes et ses frites – où Sabine Bucquet avait organisé une signature de Mimi, Fifi et Glouglou, la géniale BD de la bande à Glougueule (Editions de l’Epure, 22 €). De charmante compagnie créole, Suzy est amoureuse des frites depuis le marché de Pointeà-Pitre où sa mère lui en achetait un cornet tous les samedis chez Roger la Frite. Il n’y a pas d’autre mot, elle les «adore». Elle n’a eu de cesse de retrouver ce plaisir, croustillant dehors, moelleux dedans mais pas farineux, avec ces petits cristaux de sel qui brillent à la surface. Elle a essayé toutes les pommes de terre et tous les types de découpe, toutes les huiles et

sue desquelles elles sont égouttées, déposées sur du papier absorbant et soigneusement tamponnées pour éliminer la graisse. Elles doivent reposer au minimum vingt minutes. Plus, c’est mieux. ELLES EN SONT LÀ – DÉJÀ BLONDES –

lorsque je les découvre dans la cuisine. Sous mes yeux ébahis, elles vont connaître leur second bain : même température, même durée, en secouant de temps en temps le panier pour leur rappeler qu’il n’est pas question de mollir. Elles le savent et sortent magnifiques de la friteuse, uniformément dorées, pas grasses après un passage au papier absorbant, salées et mélangées à pleines mains dans un récipient en plastique qui garde mieux la cha-

Il n’y a pas d’autre mot, Suzy “adore” les frites. Elle n’a eu de cesse de retrouver ce plaisir, croustillant dehors, moelleux dedans, avec ces petits cristaux de sel qui brillent à la surface. tous les temps de cuisson avant d’arriver à ces «frites de mon cœur». Elles sont là, dans la cuisine, en couches superposées entre du papier absorbant. De la bintje, toujours de la bintje, lavée entière puis taillée en bâtonnets de 10 cm×10 mm. Suzy les a «séchés» trois fois dans trois torchons différents, puis dans du papier absorbant jusqu’à la sécheresse absolue. Huile de tournesol à 170 °C, le premier bain dure sept minutes, à l’is-

leur. Suzy est intraitable, on les mange avec les doigts. Ça croustille, ça fond dans la bouche tout en gardant de la tenue, et on en reprend. Oubliées, les avachies de comptoir, les grosses molles du buffet de la gare, les feignasses surgelées qui se laissent aller au bout de cinq minutes. Les frites de Suzy tiennent la distance, toujours nickel après un quart d’heure. Ce sont simplement les meilleures du monde. Pierre Hermé lui-même en convient. 83


le style.

RECETTE

dans l’assiette

Pigeon rôti.

Le pigeon, un drôLe d’oiseau.

Par Christophe Aribert, Les Terrasses, à Uriage-les-Bains. IngRéDIEnTs pouR 4 pERsonnEs

Rôti, grillé, farci, le volatile se prête à toutes les cuissons et accompagnements. Ni volaille ni gibier, il demeure un objet de fascination pour les chefs et un mets de choix pour les gourmets.

D

e tout temps, le pigeoN a côtoyé

Présent sur tous les continents à l’état sauvage, il a été domestiqué dès l’antiquité, autant pour la nourriture que pour l’agriculture. doté d’un instinct exceptionnel pour revenir au bercail, il fit longtemps office de service aéropostal avant l’heure. désormais indissociable de l’environnement citadin, et bien que participant à la poésie de décors mythiques comme la place saint-Marc, à Venise, il est essentiellement perçu comme une nuisance urbaine. Pourtant, quiconque s’est assis à la table d’un bistro de qualité ou d’un restaurant étoilé peut en témoigner : le pigeon est un mets de choix. Qu’on se le dise : on ne met pas dans nos assiettes les pigeons qui roucoulent sous nos corniches, même si les deux proviennent de la même souche. le pigeon comestible, essentiellement d’élevage, est issu de croisements de races saines et dodues, tels le Carneau, le texan, le Mondain ou le Montauban. sauvage, c’est surtout le pigeon ramier (Columba palumbus ou palombe), qui est abondamment chassé mais très peu commercialisé. Côté élevage, ils sont quelque deux cents producteurs en France – beaucoup s’étant malheureusement alignés sur les productions de volailles en batterie et les abattoirs collectifs pour satisfaire la demande étrangère (l’Hexagone en est le plus gros exportateur). loin de ces pratiques intensives, à Mesquer (loire-atlantique), Rémy anezo perfectionne depuis trente ans l’élevage de pigeons à dimension humaine. les volatiles, dont il élève près de vingt races différentes, vivent dans des cages vastes, à la lumière du jour et sur des nids de paille et d’aiguilles de pin. Monogames, les couples de pigeons produisent deux œufs par portée, qu’ils couvent pendant dix-sept jours avant de les nourrir avec le « lait de jabot » (secrété par le mâle comme la femelle). les pigeonneaux sont ensuite nourris d’un régime céréalier parfaitement étudié, sans OGM, et abattus par étouffement, sans être saignés, entre trente et trente-cinq jours, sur place. Résultat : les pigeons de Mesquer sont parmi les plus recherchés des tables françaises, réputés pour leur chair unique, tendre et ferme, fine et corsée à la fois. « Ce n’est ni une volaille ni un gibier, insiste anezo. C’est un oiseau ! » l’éleveur fournit une quarantaine de restaurateurs en France, et envoie environ 250 pigeonneaux par semaine à Paris. a la Mare aux oiseaux, le restaurant du chef 84 -

2 pigeons de 550 g chacun/ Bouillon de volaille/ 50 g de beurre demi-sel Pour les cuisses Graisse d’oie / Sel gris de Guérande Pour le jus de pigeon 1 c. à s. d’huile de pépin de raisin / 1 c. à s. de vinaigre de xérès / 1 c. à s. de jus de veau / 10 grains de (bon) poivre noir / Bouillon de volaille / Sel, poivre

l’homme.

voisin et ami eric Guérin, le pigeon est un incontournable. les cuisiniers raffolent de cette viande rouge et subtile qui se marie aussi bien avec les petits pois qu’avec les herbes amères, l’ail, les légumes de terre, les champignons, les agrumes ou les céréales. dans la traditionnelle pastilla, un classique sucré-salé de la cuisine marocaine, il est associé aux amandes et aux épices. il peut se cuire rôti, grillé, farci, en ragoût, au foin… ceRtaiNs, comme louis-philippe Riel du 6 paul BeRt,

à Paris, le font faisander plusieurs jours, pour « pousser son goût de sang et de terre ». Christophe aribert, des terrasses, à Uriage-lesBains, le poche dans un consommé bien parfumé, avant de lever cuisses et filets pour les rôtir sur la peau quelques minutes. Pour l’américain daniel Rose, du restaurant spring à Paris, le pigeon est un véritable « symbole de la gastronomie française ». en été, il le sert avec une salade d’oseille et de radis ; en hiver, une purée de céleri et des poires rôties au lard. « Il y a mille façons de cuisiner le pigeon », disait le grand Bernard loiseau. Rémy anezo ajoute que l’on peut aussi se régaler d’un « pigeon de réforme » âgé de 4 ans ou plus, qu’il vend 3,50 € pièce (contre de 6 à 8 € le pigeonneau) : « En pot-au-feu, avec des légumes d’hiver et une cuisson longue, c’est un plat de roi à peu de frais ! » Camille Labro RestauRants : La Mare aux oiseaux, 223, rue du Chef-de-l’Ilede-Fédrun, Saint-Joachim (Loire-Atlantique). Tél.: 02-40-88-53-01. www.mareauxoiseaux.fr. Les Terrasses, 60, place de la Déesse-Hygie, Uriage-les-Bains (Isère).Tél.: 04-76-89-10-80. www.grand-hotel-uriage.com Spring, 6, rue Bailleul, Paris 1er. Tél.: 01 45 96 05 72. www.springparis.f Le 6 Paul Bert, 6, rue Paul-Bert, Paris 11e. Tél.: 01-43-79-14-32. achat à la feRme : pigeons de Mesquer, route de Campzillon, Mesquer (Loire-Atlantique). Tél.: 09-64-43-25-31. à PaRis : boucherie Terroirs d’avenir, 6-8, rue du Nil, Paris 2e. Tél.: 01-45-08-48-80.

1. evider, préparer et ficeler les pigeons en réservant les ailerons et les cous pour le jus. pocher les pigeons dans un bouillon de volaille à 80 °c environ, en les immergeant complètement pendant 5 min sans ébullition. laisser reposer 10 min, puis lever les filets et désosser la partie basse des cuisses. 2. couvrir les cuisses désossées de sel gris, et les laisser infuser pendant 5 min avant de les rincer à l’eau froide et de les essuyer. les mettre à confire dans de la graisse d’oie à 50 °c pendant 12 h. 3. concasser les ailerons et les cous. Faire rissoler dans un sautoir avec l’huile de pépin de raisin. déglacer au vinaigre et mouiller au bouillon de volaille à hauteur. ajouter le jus de veau et les grains de poivre. laisser réduire aux deux tiers, puis passer au chinois. 4. Rôtir à la poêle les filets de pigeon dans le beurre, côté peau. Réserver avec le beurre de cuisson. egoutter les cuisses et les détailler. ajouter le beurre de cuisson au jus de pigeon. servir avec une salade croquante, un oignon confit, une purée de céleri, des choux de Bruxelles grillés, des poires rôties, etc.

Illustration Eiko Ojala/La Suite pour M Le magazine du Monde – 8 février 2014


Le resto My ceviche is rich.

Poisson cru coupé en dés, baigné dans un jus de citron vert, saupoudré d’une pincée de piment rouge, décoré de rondelles d’oignon violet, et accompagné de maïs bouilli et de yucca, le ceviche, originaire du Pérou, est devenu une star mondiale. Il n’a pas échappé à Alain Ducasse, qui a récemment séjourné à Lima. Résultat : une carte spéciale ceviche à Rech, le restaurant de poissons de l’avenue

des ternes qui fait partie de son portefeuille parisien. Cinq propositions différentes jusqu’au 20 avril, commentées par le chef, Adrien trouilloud : daurade, carotte, gingembre (12 €), un « accord tonique » ; langoustine, mangue (16 €), « douceur exotique » ; mulet, huître, ciboulette (12 €), « promesse de grand air » ; saintjacques, caviar, pomme verte (18 €), « croquant craquant » ; bar, citron caviar (14 €), « cocktail vitaminé ». Après avoir goûté les cinq, deux sortent du lot, s’approchant plus du ceviche original tant par la texture que l’assaisonnement : le mulet et le bar. Ce dernier, relevé d’une touche de piment, appelle le maïs comme au pays. La langoustine crue manque de texture, les saint-jacques se rapprochent plus du carpaccio, et la daurade s’efface un peu derrière la carotte et le gingembre. tous ces excellents ceviches sont accompagnés de fines galettes de maïs croustillantes et d’un consommé de langoustines épices-coriandre explosif. Avec un morceau de camembert maison et un vacherin châtaignepoires, ce fut un excellent déjeuner auquel ne manquait que le soleil. JPG Rech, 62, avenue des Ternes, Paris 17e. Tél.: 01-58-00-22-03. Fermé dimanche et lundi. www.restaurant-rech.fr

banc d’essai

Les côtesde-gascogne moelleux.

Voici des vins peu alcoolisés (12° au maximum) à découvrir avec les mets d’hiver comme le foie gras, mais aussi avec un roquefort ou un dessert aux fruits. Issus de gros et petit mansengs, ils possèdent des arômes exotiques et gourmands.

Laure Gasparotto

Domaine D’arton Cuvée viCtoire 2010

Le romantique La douceur à l’état pur, rehaussée d’un brin de fraîcheur qui confère à l’ensemble un équilibre juste et digeste. Il rebondit d’un plat à l’autre.

Pierre Monetta. DR x5

Tél.: 05-62-68-84-33. 8,90 €.

Les coordonnées de la série Un peu de tenues… Le manteau, p. 78. AgAthA : 01-53-56-72-00 BuRBeRRy PRoRsum : 01-40-07-77-77

Domaine De LaguiLLe Le Petit manseng

Le guilleret Vif à souhait, avec des notes harmonieuses et fines de fruits exotiques. Sans millésime, un vin à expression immédiate et festive. Tél.: 05-62-09-77-05. 7,50 €.

Domaine De maubert Cuvée CouP De Cœur 2012

Le surprenant Aux notes d’agrumes et de fruits secs, liés à des arômes d’herbes aromatiques, ce vin atypique, tout juste moelleux, est rond sans être gras. Tél.: 05-62-29-46-08. 5,50 €.

Domaine LaLanne nuit D’automne 2012

Le généreux Un peu de colombard avec le gros manseng donne à ce vin une fluidité presque désaltérante. Un délice fin, riche et facile. Tél.: 05-62-06-57-02. 5 €.

Domaine Des CassagnoLes Cuvée meDium 2012

Le friand Une petite amertume vient relever la finale de ce vin immédiat et rafraîchissant. Idéal avec le foie gras, il lui apporte une belle simplicité. Tél.: 05-62-28-40-57. 4 €.

mAx mARA : 01-49-52-16-00 mIu mIu : 01-58-62-53-20 PRADA : 01-53-23-99-40 tARA JARmon : 01-53-38-48-20 ZADIg & VoLtAIRe : 01-42-21-88-88

Pages réalisées par Vicky Chahine et Fiona Khalifa (stylisme). Et aussi Carine Bizet, Lili Barbery-Coulon, Laure Gasparotto, JP Géné, Marie Godfrain, Camille Labro, Emmanuelle Lequeux, Vahram Muratyan, Julien Neuville et Caroline Rousseau. 85


Le style.

S’émerveiller sous les étoiles au Théâtre de la Mer

« J’ai joué dans l’autre salle de Sète, le Théâtre Molière, mais il faut tout de même visiter le Théâtre de la Mer, qui s’appelle également Théâtre Jean-Vilar. C’est une grande fortification construite par Vauban et aménagée en plein air pour les festivals d’été. Hélas, le lieu est investi par des spectacles de variétés pas toujours du meilleur goût. »

france

Le Sète de Didier Sandre.

Le comédien vient de rejoindre la comédie-française, après quarante-cinq ans de carrière. Il y débute ce mois avec un texte de friedrich Dürrenmatt, La Visite de la vieille dame, au Vieuxcolombier, à Paris. Originaire du Sud, il nous entraîne sur les traces de Jean Vilar, à Sète, dans l’Hérault, où son père emmenait jadis la famille barboter une fois par an. « Entre la mer et l’étang de Thau, il y règne une lumière particulière. Une configuration insulaire qui me plaît. Je suis séduit par son folklore et ses spécialités locales : la macaronade, la bourride et la tielle. On y rencontre un mélange de traditions populaires et de grand raffinement qu’incarnait bien Georges Brassens, Sétois lui aussi. » Propos recueillis par Clémentine Gallot

Découvrir les petits maîtres du Sud au Musée Paul-Valéry

« Quand je pars en tournée, j’aime m’arrêter dans les musées municipaux, j’y découvre parfois des petits maîtres locaux qui ont un regard très particulier sur leur ville et leur région. On y trouve souvent des choses étonnantes. Ce lieu en particulier est très riche, même s’il n’y a pas de grand peintre ou de toile célèbre. » 86 -

« J’aime particulièrement le quartier de la Pointe Courte qu’a filmé Agnès Varda en 1954 : un ancien repaire de pêcheurs totalement anarchique avec des petites maisons de 24 mètres carrés, très typique, préservé et piétonnier. On y trouve l’association Pattes de velours, une maison consacrée aux chats : les riverains se relaient pour nourrir les petits pensionnaires qui ont des canapés, des lits, des arbres et sont très bien logés. On ose à peine entrer, on se sent presque intrus dans ce petit monde. »

Photos Alexandra Frankewitz/Transit pour M Le magazine du Monde – 8 février 2014

Christophe Raynaud De Lage

Caresser les matous de la Pointe Courte


Nourrir sa créativité au Musée international des arts modestes

« Le nom de ce musée en lui seul est délicieux. On peut y voir exclusivement de l’art brut, des œuvres faites avec trois bouts de ficelle par des autodidactes, par exemple des statues en grillage et en papier. Il s’agit de reconvertir des objets abandonnés et de les transformer : le concept est intéressant et la démarche est belle. »

CARNET PRATIQUE 1/Théâtre de la Mer, promenade Maréchal-Leclerc. Tél. : 04-99-04-76-00. 2/Musée Paul-Valéry, 148, rue François-Desnoyer. Tél. : 04-99-04-76-16. museepaulvalery-sete.fr 3/Association Pattes de velours, 28, quai du Mistral, Pointe Courte. pattes.de.velours.free.fr 4/Musée international des arts modestes, 23, quai Maréchal-deLattre-de-Tassigny. Tél. : 04-99-04-76-44. www.miam.org 5/Cimetière marin, rue Jean-Vilar.

Déclamer des vers au cimetière marin

« La mer est très importante pour moi, c’est l’horizon, l’absolu. Pour l’esprit un peu tourmenté du comédien, elle a des vertus apaisantes. A cet égard, le cimetière marin est un lieu extraordinaire, face à la mer. Paul Valéry l’a bien décrit dans un poème. Jean Vilar, originaire de Sète, y est enterré. Une raison de plus pour un acteur d’aimer cette ville. »

87


Gaudriole et ambiance potache : dans Nous avons les machines de la troupe Les Chiens de Navarre, une rĂŠunion associative est parasitĂŠe par des extraterrestres.

88


C

oucou maman ! » Culs nus, masqués, fesses disposées sur des coussins péteurs, Les Chiens de Navarre accueillent en fanfare le public venu voir leur spectacle Nous avons les machines. Non sans lâcher à son intention quelques invectives bien senties. Pas de quoi effrayer le Théâtre du Rond-Point qui les invite ce mois-ci à prendre d’assaut la scène, leur consacrant un festival où ils proposent une trilogie de pièces déjà rodées. Une rétrospective méritée pour cette jeune troupe, qui s’est imposée sur les routes de France comme un coup de pied dans la fourmilière, renouvelant au passage les codes de l’écriture théâtrale collective. Sans jamais caresser le public dans le sens du poil. Ces huit comédiens trentenaires, cinq garçons et trois filles, aux parcours variés, sont épaulés par Jean-Christophe Meurisse, Lorientais de 38 ans et petit-fils de clown qui a rassemblé cette joyeuse troupe en 2005. A partir de situations a priori ordinaires, leurs créations font à chaque fois exploser les conventions : dans Une raclette, un aimable dîner de voisinage dégénère en orgie. Une paisible réunion associative est cannibalisée par des extraterrestres dans Nous avons les machines. Quand je pense qu’on va vieillir ensemble orchestre la rencontre du film de zombies et de séances de

1. Focus

coaching personnalisées. Quand les masques tombent surgissent des bêtes. Qui mordent. « Nous sommes une bande régressive, c’est de là que vient toute la jubilation des spectacles », reconnaît le metteur en scène, Jean-Christophe Meurisse. « Il y a certes de la nudité mais pas de provocation. Malgré les apparences, cela ne nous intéresse pas de nous moquer. » Derrière ces frasques potaches se cache une écriture collective pensée très en amont, qui requiert un long travail de répétitions. Le texte se renouvelle ainsi à chaque représentation, les acteurs étant considérés comme pleinement créateurs. « On peut être surpris par cette proposition informe, inaboutie, mais ce n’est pas un travail fermé, le spectateur y est actif, sinon il s’ennuie », détaille Meurisse. Pour illustrer cette méthode risquée, leur performance la plus radicale, Regarde le lustre et articule, se présente comme une « lecture improvisée ». Sans texte, donc sans filet. « Chaque soir, les acteurs inventent une pièce qui n’existe pas, ils ont très peur », assure-t-il. Jamais jouée à Paris, elle associera pour alimenter le suspense plusieurs invités, dont le comédien Nicolas Bouchaud. Leur dernier spectacLe, Les danseurs ont apprécié la qualité du parquet, visible à la Maison des arts de Créteil en avril, constitue un nouveau pas de côté pour le groupe, qui a risqué un orteil dans la chorégraphie : « On l’a fait pour le geste, comme des amateurs avec un peu d’embonpoint qui enfilent un tutu et se regardent dans la glace », assure le chef de troupe, novice en danse contemporaine. Ce jouissif mélange des formes est la marque de fabrique du collectif depuis ses débuts. Touche-à-tout, Meurisse vient de réaliser son premier moyen-métrage, Il est des nôtres, et cite plus volontiers le cinéma que le spectacle vivant. « Le théâtre est trop souvent rigide, sérieux et conceptuel. Il faut que l’entertainment soit spectaculaire: dans nos salles, ça rit et ça se libère. » Les Chiens aboient et le public se lèche les babines. Un rire jaune et grinçant qui a parfois desservi ces jeunes artistes, réduits à des amuseurs de foire. « L’institution considère que l’on ne fait pas du “vrai” théâtre », déplore JeanChristophe Meurisse. Car si les Chiens font salle comble, ils pourraient bien tout arrêter faute de moyens pour produire leur prochaine création.

Attention, troupe dAngereuse

Philippe Lebruman

Jeune collectif bouillonnant, Les Chiens de Navarre, sont à l’honneur au Théâtre du Rond-Point à Paris, tout le mois de février. Cette troupe déjantée bouscule les codes de la scène à travers des spectacles jubilatoires et régressifs. Clémentine Gallot

8 février 2014

FestivaL Chiens de navarre, théâtre du rond-Point, 2 bis, avenue FrankLin-d.-rooseveLt, Paris 8e. de 13 € à 32 €. téL. : 01-44-95-98-21. Une raclette, jusqu’au 16 Février, à 21 h. noUs avons les machines, du 18 Février au 2 mars, à 21 h. regarde le lUstre et articUle, jusqu’au 2 mars, 18 h 30. www.theatredurondPoint.Fr les danseUrs ont apprécié la qUalité dU parqUet, maison des arts, 1, PLaCe saLvador-aLLende, CréteiL (vaL-de-marne). téL. :01-45-13-19-19. Les 4 et 5 avriL, à 21 h. de 5 à 20 €. www.maCCreteiL.Com il est des nôtres de jean-ChristoPhe-meurisse, Cinéma Le BaLzaC, 1, rue BaLzaC, Paris 8e. jusqu’au 2 mars Les samedis et dimanChes midi.

- 89


La culture.

en haut, la corvée d’évacuation des latrines du ghetto. A gauche et cicontre, des habitants du ghetto de Varsovie, l’été 1941.

Chambre noire

Les ghettos de L’intérieur

Au Mémorial de la Shoah, des images en noir et blanc et en couleur racontent les horreurs et la misère des ghettos polonais, où les Allemands avaient parqué et affamé les juifs pendant la seconde guerre mondiale. Mais dans l’exposition « Regards sur les ghettos », elles disent aussi beaucoup sur celui qui, à l’époque, tenait l’appareil… Des juifs comme Henryk Ross, au péril de leur vie, ont tenté de garder la trace de ce qu’ils avaient vécu : quelques instants de bonheur mais surtout le travail forcé, la faim terrible, les adieux déchirants des enfants qu’on arrache à leurs parents – à Lodz, en 1942, les occupants ont déporté tous ceux qui n’étaient pas capables de travailler. Mais il y avait des Allemands aussi : des membres de la propagande, soucieux de montrer les juifs comme des sous-hommes, et de pointer les inégalités dans le ghetto entre privilégiés et pauvres. Et quelques exceptions, citoyens révoltés par ce qu’ils voyaient. L’occasion de réfléchir au message que portent les images, rarement innocentes. Dommage que la présentation – des reproductions en transparence, et peu d’originaux – ne donne pas à sentir la matérialité de ces images souvent clandestines. Cl. G. « ReGARdS SUR leS GHettOS ». JUSqU’AU 28 SePteMbRe. MéMORiAl de lA SHOAH, 17, RUe GeOffROy-l’ASnieR, PARiS 4e. tél. : 01-42-77-44-72. WWW.MeMORiAldelASHOAH.ORG

90 -

8 février 2014

Henryk Ross/Collection Art Gallery of Ontario. Willy Georg/United States Holocaust Memorial Museum x2

2.


3.

Vu sur le Net

faites entrer les jurés !

Télévision et justice ont souvent fait bon ménage. Internet, nouvel ingrédient plus participatif et interactif, vient perturber ce duo bien rodé. Soit donc Intime conviction, polar plutôt classique diffusé le 14 février sur Arte et librement inspiré de l’affaire Muller, dans lequel un médecin (joué par Philippe Torreton) est mis en examen à la suite de la mort violente de son épouse. Sauf que durant les cinq jours qui ont suivi le tournage du téléfilm qui retrace l’enquête, les acteurs, mais aussi de véritables avocats, magistrats professionnels et jurés recrutés parmi les internautes ont tourné pour le Web le procès de cet homme que tout accuse. Meurtre, suicide ou accident, à vous de décider. En effet, pendant les trois semaines suivant la diffusion, et à raison de 2 à 3 vidéos par jour sur le Net, les internautes deviendront à leur tour juré d’assises, pourront suivre les plaidoiries, commenter sur les réseaux, revisionner l’enquête et les auditions, afin d’essayer de se forger leur intime conviction. Une expérience transmédia prenante et très instructive pour comprendre les rouages de la justice. O. D. intiMeCOnViCtiOn.ARte.tV

Jeune pousse

Maha Productions. Hervé Véronèse

Marlene Monteiro freitas, danseuse aniMale

Elle aime le carnaval, se grimer et semer le trouble. Une moustache postiche, deux poils de barbichette et voilà la danseuse et chorégraphe portugaise Marlene Monteiro Freitas, 34 ans, métamorphosée en Prince. Sauf qu’elle exhibe ses seins nus et que toute ressemblance avec le chanteur de Minneapolis cesse au niveau du col. « J’aime les créatures hybrides », s’amuse-t-elle. Née au Cap-Vert, à Mindelo, la ville de Cesaria Evora, elle a 14 ans lorsqu’elle fonde un petit groupe de danse amateur avec des amis, avant de s’installer à Lisbonne pour suivre des cours à l’Ecole supérieure de danse. Sa formation d’excellence – elle a ensuite fait son apprentissage à l’école P.A.R.T.S., à Bruxelles – n’a pas entamé son naturel sauvage et direct. « La question de l’animalité est toujours présente dans mon travail. Quoi que je fasse, je suis du côté des affects, des émotions. » Depuis son solo Guintche (2010), galerie hallucinante de grimaces et de déformations du visage, Marlene Monteiro Freitas ne cesse de jouer sur l’« étrangeté » . Actuellement en tournée, Paraiso - colecçao privada, pièce pour cinq interprètes, s’inspire de Jérôme Bosch et de Francis Bacon. R. Bu Paraiso - colecçao Privada de MARlene MOnteiRO FReitAS. le 13 FéVRieR. tHéâtRe de VAnVeS, 12, RUe SAdi-CARnOt, VAnVeS (HAUtS-de-Seine). tél. : 01-41-33-93-70. de 13 € à 18 €. WWW.tHeAtRe-VAnVeS.FR

91


La culture.

Bio express

Catherine Breillat

Dans “Abus de faiblesse”, la réalisatrice du film érotique “Romance” met en scène l’histoire d’une cinéaste victime d’un AVC, qui tombe sous la coupe d’un escroc. Une histoire qui fait écho à son propre itinéraire, entre soufre et souffrance.

1988

1979

Pour Tapage nocturne, Catherine Breillat fait tourner sa sœur, Marie-Hélène Breillat, et la jeune actrice Dominique Laffin. « J’ai cru que je faisais une comédie. Au début, les gens riaient. Et quand le film devenait bien, parce que la comédie, c’est quand même subalterne, il y a eu un vent de révolte dans les salles. Les entrées à la première séance étaient bonnes, mais à la fin, les spectateurs voulaient se faire rembourser. »

92 -

2012 Catherine Breillat se

porte partie civile contre Christophe Rocancourt qui lui a extorqué 700 000 euros. Le tribunal reconnaît que la réalisatrice, victime en 2005 d’un AVC qui l’a laissée hémiplégique, a été victime d’un abus de faiblesse. Du film Abus de faiblesse, tiré de cette histoire, elle dit : « J’avais peur que ce soit un film sur moi, mais c’est bien un film de moi. » T. S.

Abus de fAiblesse, de catHerine breiLLat, avec isabeLLe HuPPert, kooL sHen. en saLLes Le 12 Février. G. Lavit d’Hautefort/Flach Film Production. Flach Film Production

1968

La jeune fille de Niort (Deux-Sèvres) publie L’Homme facile, aussitôt censuré par le ministère de l’Intérieur. « Je voulais être écrivain, surtout à cause de Lautréamont. Le livre a été interdit aux moins de 18 ans, je l’avais écrit à 16 ans. Je ne veux pas faire scandale, je suis un scandale. »

36 fillette, qui raconte la liaison entre une adolescente et un play-boy dans un camping de province, suscite la fureur de la critique française : « J’ai mis six ans à avoir l’avance sur recette. J’ai fini par demander à Claude Carrère d’éditer un roman que j’avais tiré du scénario. Le roman était pire que le scénario, mais l’éditeur Christian Bourgois, qui dirigeait la commission de l’avance, n’a du coup pas osé refuser un film tiré d’un livre. » Le film triomphe à l’étranger.

dans Abus de faiblesse, isabelle Huppert joue une cinéaste handicapée par un avc, escroquée par kool shen.

8 février 2014


A vue d’œil

6.

GLOIRE AU ROI DU MANGA

Tezuka Production

Mort en 1989 à l’âge de 62 ans, Osamu Tezuka est au manga japonais ce qu’Hergé est à la bande dessinée franco-belge et Walt Disney au dessin animé américain. Pour des raisons qui témoignent de la reconnaissance tardive de la BD asiatique en Europe, le père d’Astro Astro Boy et du Roi Léo – ses deux séries les plus célèbres – n’a jamais eu l’honneur d’une exposition en France. C’est chose faite avec l’accrochage d’une cinquantaine de ses planches à la galerie parisienne Barbier & Mathon. Cette dernière a été « choisie » par la société de production Toei Company pour accompagner la sortie cinématographique de Buddha 2, le second volet de l’adaptation animée d’une biographie éponyme publiée entre 1972 et 1983 au Japon. Tirées de plusieurs séries (Astro Boy, Black Jack, Princesse Saphir…), les œuvres exposées émeuvent par leur petite taille et leurs repentirs à la gouache qui en feraient presque oublier qu’elles ont été réalisées en studio. Sous l’œil du maître bien sûr. F. P. « TEZUKA. DIEU DU MANGA ». JUSQU’AU 28 FÉVRIER. GALERIE BARBIER & MATHON, 10, RUE CHORON, PARIS 9e. WWW.BARBIERMATHON.COM

Astro Boy, personnage culte de manga, est né en 1952 sous la plume d’Osamu Tezuka.

93


La culture.

Réédition

strauss superstar

stRauss, les gRands opéRas, 1 CoffREt DE 22 CD, WaRnER.

Plein écran

La piste aux étoiLes

L’Etoffe des héros, le film de Philip Kaufman, a fait sensation lors de sa sortie en 1983. D’abord par l’épopée qu’il relate, mettant en scène des pilotes d’essai américains d’après-guerre, du passage du mur du son aux premiers vols spatiaux habités. Mais aussi en raison du regard du réalisateur, un des grands metteurs en scène américains des années 1980, qui s’éloigne de l’héroïsme caricatural lié à une telle odyssée pour situer les enjeux géopolitiques et humains d’une course aux étoiles non dénuée de cynisme. Une manière de donner du relief à ce formidable film. Les comédiens Sam Shepard, Dennis Quaid, Barbara Hershey et Ed Harris sont tous remarquables. S. Bd l’étoffe des héRos, DE pHilip Kaufman, 1 Blu-Ray, WaRnER.

94 -

Pages de garde Western moderne

Raylan est le premier roman d’Elmore Leonard publié en France depuis sa mort survenue en août dernier. Aux fidèles lecteurs de l’auteur surnommé Dutch, ce prénom semblera pourtant familier. Le marshal Raylan Givens est en effet apparu dans Pronto et BeyrouthMiami, ainsi que dans la nouvelle Mineurs. Personnage de western propulsé dans l’univers du polar, ce justicier portant insigne et chapeau de cow-boy a donné naissance à la série télévisée « Justified » qui compte déjà cinq saisons. Voilà le tireur d’élite de retour pour trois missions à hauts risques dans son Kentucky natal : démanteler un trafic d’organes, mettre fin aux agissements d’un meurtrier à la solde d’une puissante compagnie minière, enfin retrouver la trace de braqueurs de banque. Toujours aussi cool, toujours aussi étonné par la stupidité des uns et l’aveuglement des autres. La narration d’Elmore Leonard n’a rien perdu de sa liberté ni les dialogues de leur drôlerie dans ce roman qui aligne une belle galerie de rednecks, de vamps et de barjots. M. S. Raylan D’ElmoRE lEonaRD, tRaDuit DE l’anGlais (états-unis) paR piERRE BonDil, RiVaGEs/ tHRillER, 270 p., 20 €.

8 février 2014

Warner Classics. Rivages. Warner Home Video

7.

Le 150e anniversaire de la naissance de Richard Strauss (1864-1949) est inauguré en grande pompe avec ce coffret consacré aux grands opéras de l’auteur du Chevalier à la rose, présenté ici dans la version mythique de 1956 dirigée par Karajan (avec Elisabeth Schwarzkopf, Christa Ludwig et Teresa Stich-Randall). Autres pépites, sous la direction de Wolfgang Sawallisch, grand straussien et roi de l’Opéra de Munich de 1971 à 1992 : une Elektra de feu (1990, avec Eva Marton, Cheryl Studer, Marjana Lipovsek), Capriccio (1957-1958, avec Elisabeth Schwarzkopf, Nicolai Gedda et Dietrich Fischer-Dieskau) ou La Femme sans ombre de 1987 (avec Cheryl Studer et René Kollo). Plus rare, l’inoubliable Daphné interprétée par Lucia Popp en 1982, ou La Femme silencieuse emmenée par Marek Janowski et l’excellente Staatskapelle de Dresde. Merveille chambriste, la battue raffinée de Rudolf Kempe dans Ariane à Naxos de 1968 avec Gundula Janowitz et Teresa Zylis-Gara. Une réédition judicieuse qui flirte avec l’excellence, nonobstant quelques lacunes (Arabella), et offre de quoi nourrir à petit prix la plus dévorante des passions straussiennes. M.-A. R.


3 questions à

CasCadeur

10.

Pianiste et chanteur toujours caché derrière un casque blanc à étoile rouge, Alexandre Longo de son vrai nom se rêve troubadour interstellaire dans un second album, “Ghost Surfer”.

Pourquoi ce patronyme et ce costume?

Dominique Gau

Enfant, j’aimais me déguiser quand il fallait que je suive mes parents dans un lieu public. Mes costumes d’Indien ou de Zorro m’aidaient à m’approcher du monde adulte. Plus tard, j’ai trouvé que la notion de célébrité était souvent liée à celle de dégringolade, de déliquescence. A l’ère de l’hypervisibilité, j’ai pensé qu’il valait mieux se cacher, d’autant que je ne me voyais pas chanter « en civil » ces morceaux à fleur de peau. Je voulais me protéger du regard des autres et de moi-même. En écoutant mes premières maquettes, ma voix poussée

vers une tessiture haute, mon jeu de piano un peu compliqué et mon parti pris solo, on m’a répété que je prenais un risque. Je me suis souvenu qu’un de mes jouets préférés était un cascadeur en tenue blanche. Un cascadeur prend des risques tout en restant dans l’ombre.

Comment un pianiste de formation classique bifurque-t-il vers la pop?

J’ai commencé avec le classique avant de me consacrer au jazz. Mais il y a dans ces musiques un rapport à la virtuosité qui a fini par me fatiguer. Je suis allé vers la pop par

le biais du trip-hop. Des groupes comme Portishead, Massive Attack, Tricky ou Broadcast pouvaient être à la fois accessibles et expérimentaux.

Beaucoup d’invités figurent dans votre deuxième album. Pourquoi?

Mon premier album, The Human Octopus, était un disque de chambre, enregistré en solitaire. Je voulais que celui-ci possède un souffle plus épique, porté par un élan collectif. On m’avait plusieurs fois comparé à Polnareff et à Christophe. J’ai rencontré ce dernier et nous avons sympathisé. Je lui ai proposé de chanter la seule chanson en français de l’album. J’aime son aspect spectral, sa voix touchante de créature ayant traversé le temps. Propos recueillis

par Stéphane Davet

Ghost surfer De CasCaDeuR, 1 CD CasablanCa/uniVeRsal. ConCeRts : le 12 féVRieR, à touRCoinG ; le 14, à nanCy ; le 27, à Romans-suR-isèRe ; le 12 maRs, au bataClan, 50, bD VoltaiRe, PaRis 11e. tél. : 01-43-14-00-30. à 19 H 30. 27,40 €.

Pages réalisées par Emilie Grangeray, avec Samuel Blumenfeld, Rosita Boisseau, Stéphane Davet, Olivier Dumons, Clémentine Gallot, Claire Guillot, Frédéric Potet, Marie-Aude Roux, Macha Séry et Thomas Sotinel. 95


Les jeux.

Mots croisés 1

2

3

Sudoku

Grille No 125

Philippe Dupuis

No 125

difficile 4

5

6

7

8

9

10

11

12

13

14

15

Compléter toute la grille avec des chiffres allant de 1 à 9. Chacun ne doit être utilisé qu’une seule fois par ligne, par colonne et par carré de neuf cases.

1 2 3 4 5 6 7

Solution de la grille précédente

8 9 10

Bridge

No 125

Fédération française de bridge

11 12 13 14 15

Horizontalement 1 Vous pouvez être sûr qu’il vous trompe. 2 Du bois dans la langue. Chez les bénédictines. 3 Secoué brutalement.Au mur ou dans l’assiette elles font la tête. 4 Ouverture nippone. Ne servira plus. Un roi bien chapeauté. 5 Peinai à la tâche. Semblable. Sur la portée. 6 Petit à un bout. Venu de Naypyidaw. Peu agréable en bouche. 7 Plantés dans les réserves américaines. Bien réuni. 8 Passe à Munich. Très désagréable en bouche. N’entre pas dans la forêt. 9 Remplit les pages mais ne fera pas la couverture. Prêt pour frapper la monnaie. 10 Sans bavure. Poursuivie avec insistance. Possessif. 11 Acte de la pensée. Prend de la vitesse dans la descente. 12 Finit dans la Vilaine. Accueillir chaudement. Donne de l’intensité. 13 Pose des problèmes de séparation. Bassin en bord de mer. 14 Entre l’Aïr et le Tibesti. Cours africain. Production céréalière. 15 Piquassent pour avoir du moelleux. Verticalement 1 A tendance à en montrer beaucoup trop. 2 Oreille de souris qu’il ne faut pas oublier. Produit par les vents. 3 Donne le bourdon. Bien mal en point. 4 Sœur du Soleil et de la Lune. Policier devenu homme de main. Laisser sur place. 5 Agressais les proches. Evite l’emploi de la force quand il est plein. Petit morceau de la couronne. 6 Liberté. Espace de culture. Accompagne la mauvaise humeur. 7 Prises de la Bastille. Voies lactées. 8 Mise au pas. Créateur. 9 A un parfum de résine. Stocke pour plus tard. En réduction. 10 Démonstratif. Le chlore. Pan dans la jupe. Fit un bon tour. 11 Victime de sa jalousie. Parti depuis peu. Article. 12 Equipée pour avancer dans le noir. Malmena en public. 13 L’Irlande libre. D’un auxiliaire. Met en place. 14 Doit accrocher le lecteur. Coupent du monde. L’Irlande des poètes. 15 Absorbée. A tort de toute façon.

Solution de la grille no 124

Horizontalement 1 Egouts. Receleur. 2 Tablait. Arçonné. 3 Ogivales. Il. Tic. 4 Untel. Toccata. 5 Feu. Luis. Titan. 6 Fraisier. Bel. En. 7 Ivan. Prédira. 8 Corrigible. Eloi. 9 Huée. Enièmes. Bs. 10 Râ. Sérusier. Bis. 11 Etc. Pei. Agréa. 12 Tiare. Tadorne. 13 Indole. Ver. Lac. 14 Eau-de-vie. Louage. 15 Nicaraguayennes. Verticalement 1 Etouffe-chrétien. 2 Gagner. Ouatinai. 3 Obituaire. Caduc. 4 Ulve. Ivres. Rôda. 5 Taal. Saï. Epeler.6 Sil.Lingère.Eva.7Têtue.Inuit.Ig.8 Soir.Bis.Aveu.9 Ea.Cs.Pléiade.10 Cric.Brème.Orly.11 Eclatée. Erar (rare). OE. 12 Lô. Tildes. Gn. Un. 13 Entât. Il. Brelan. 14 Uni. Aérobie. Age. 15 Reconnaissances.

96 -

8 février 2014


Le livre.

Albrecht Dürer

“AUtoportrAit tenAnt Un chArdon”.

La collection “Le Musée du Monde” décrypte les chefs-d’œuvre des grands peintres. Son dix-neuvième numéro célèbre l’une des ruptures dans l’histoire de la peinture : l’autoportrait d’Albrecht Dürer qui, à la toute fin du xve siècle, bouleverse la Renaissance.

Editions Le Monde

I

ntrospectif et indépendant, le jeune peintre qui se campe, en 1493, énigmatique et tendre dans son Autoportrait ou Portrait de l’artiste tenant un chardon, pose déjà les bases de son esthétique. Une touche soignée, attentive aux moindres détails de la matière, un symbolisme sobre mais évident, un soin porté aux accents d’une anatomie vibrante et aux effets voluptueux des volumes… Dürer, à 22 ans, est un jeune maître qui va bientôt conquérir, en plus du cœur de sa fiancée, la destinée flamboyante d’un maître européen. Le délicat chardon qu’il tient entre ses doigts en est un signe annonciateur qui nourrit les interprétations des spécialistes, y voyant ici une promesse de mariage, là – dans ses épines pouvant rappeler la couronne du Christ – la profession de foi d’un

artiste déterminé à sur monter toutes les épreuves. A chaque étape de sa vie, Dürer s’observe évoluer, vieillir, glissant dans ses autoportraits la virtuosité et la finesse acquises dans l’ensemble de son œuvre y compris dans ses gravures, dont la diffusion étendra sa renommée et son prestige. Pourfendeur d’une sagesse équilibrée et d’un goût convenu, rebelle pourtant respectueux des traditions d’Italie et du Nord, Dürer invente une manière que saisiront au vol, longtemps après, les peintres expressionnistes, dans la traduction juste et crue de l’émotion. Avec et par lui la Renaissance fait un bond, notre regard également. Christophe Averty

En partEnariat avEc

« Le Musée du Monde », Albrecht Dürer, Autoportrait tenant un chardon, volume N° 19. En vente dans les kiosques à partir du 7 février, 5,99 €.

rEdiFFusion mErcrEdi à minuit.

Le Musée du

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5

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Le volume n° 19 Autoportrait tenant un chardon d’Albrecht Dürer dès vendredi 7 février

Pour plus d’information : www.lemonde.fr/boutique

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Le totem.

La montre de Valérie Donzelli.

On m’a offert cette montre il y a trois ans et, depuis, elle ne m’a jamais quittée. A l’heure où presque plus personne n’en porte, je ne m’en sépare jamais vraiment, seulement pour prendre ma douche ou baigner mes enfants. C’est amusant parce que avant de la recevoir j’aimais vivre sans avoir l’heure, librement… Je ne portais pas de bijoux non plus. Mais elle m’est devenue indispensable car elle est associée à une époque où je sentais beaucoup d’amour autour de moi. Et, lorsque je la regarde, j’ai l’impression de m’y replonger. C’est comme,

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pour d’autres, un parfum ou une odeur. Elle symbolise la fin d’une période et le début d’autre chose. Son aspect pratique m’a tout de suite séduite. Je peux m’en servir comme miroir, et je l’utilise donc pour mettre mon inséparable rouge à lèvres. En définitive, je l’aime aussi parce qu’elle me ressemble. C’est un modèle très simple, féminin, chic et sobre, un peu androgyne. Son côté multifonction… me ressemble aussi beaucoup ! Aujourd’hui, elle a vécu. Son verre est fendu, son bracelet part en lambeaux. Il faut dire que je dors avec et que je la trimballe partout. C’est une façon de me l’approprier, moi qui ne suis pas du tout soigneuse. Je ne suis pas superstitieuse, mais il m’est arrivé de la perdre et je l’ai cherchée partout. Cela m’a permis de me rendre compte que je lui vouais un attachement particulier dont je n’avais pas conscience auparavant. Lorsque je ne la porte pas, je me sens nue, elle me manque viscéralement. En ce moment, j’hésite : soit je la conserve dans son jus, fragilisée ; soit je la remets à neuf, au risque qu’elle perde sa magie. Ce dont je suis sûre, c’est que je souhaite y faire graver les initiales de ma fille, un premier geste avant de la lui léguer un jour…

Propos recueillis par Marie Godfrain

A voir

Les Grandes Ondes (à l’ouest), de Lionel Baier, avec Valérie Donzelli et Michel Vuillermoz. En salles le 12 février.

Valérie Donzelli

Elle incarnait, il y a trois ans, une mère de famille luttant contre la maladie de son fils dans La guerre est déclarée. Un film auto­ biographique qu’elle avait aussi réalisé. Valérie Donzelli repasse, cet hiver, devant la caméra dans Les Grandes Ondes (à l’ouest), où elle campe une journaliste suisse, ingénue et féministe, qui part en reportage au Portugal en pleine « révolution des œillets ». Elle vient aussi de diriger Que d’amour, une adaptation du Jeu de l’amour et du hasard, de Marivaux, bientôt sur Arte. Tout cela sans jamais quitter… la montre qu’elle porte au poignet.

8 février 2014


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