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Chapitre 1. Nos principes 1.1. l’expérience et les idées de Lumumba – Mulele et Kabila 1.2. les conceptions marxistes : philosophie – histoire – lutte de classe – économie – socialisme 1.3. quelques éléments de l’idéologie d’un parti communiste : parti de la classe ouvrière et de l’alliance ouvriers-paysans / parti contre l’exploitation de l’homme par l’homme / éthique communiste

1.1. Les expériences et idées de Lumumba, Mulele et Kabila 1. Partout où il y a oppression, il y a résistance. Le peuple congolais a depuis le début de la domination impérialiste résisté. Cette résistance a eu plusieurs formes et elle a eu plusieurs dirigeants ou représentants. Chaque dirigeant a ses prédécesseurs. Avant la révolte dans la Force publique des Baoni (1895-1908), il y avait la lutte de Béatrice Kimpa Vita contre l’esclavagisme (17041706). Avant Lumumba, Mulele et Kabila, il y avait Paul Panda Farnana et Simon Kibangu. Chaque dirigeant correspond à une période et une phase spécifique de cette résistance. Leurs expériences et leurs conceptions font aussi bien partie de l’histoire de la résistance du peuple congolais à la domination impérialiste qu’à l’histoire de la lutte anti-impérialiste des peuples du monde entier.

Beatrice Kimpa Vita (1704 – 1706)

La révolte des Baoni (1895 – 1908)

Simon Kimbangu (1918 – 1951)

2. Si Béatrice Kimpa Vita et les Baonis représentent plutôt la phase de la résistance évidente et spontanée contre l’humiliation et l’oppression du peuple congolais, on peut dire que Paul Panda Farnana et Simon Kimbangu représentent l’éveil anticolonial. Lumumba représente dans l’histoire congolaise l’éveil de la conscience patriotique et révolutionnaire. Mulele représente la maturité de cette conscience et une première matérialisation dans l’organisation de la résistance. Enfin, Kabila représente la matérialisation de la ligne révolutionnaire de Lumumba et de Mulele grâce à la conquête du pouvoir de l’État par la lutte armée et la chute de la dictature néocoloniale.


3. Les communistes veulent la victoire de la résistance. C’est la raison pour laquelle ils s’inspirent sur les expériences et les conceptions les plus avancées dans l’histoire de la résistance populaire au Congo. Avec « avancé », nous voulons dire, les expériences qui se sont les plus rapprochées avec la victoire de la révolution nationale démocratique. C’est ainsi que nous insistons sur quelques idées et expériences de Patrice Lumumba, Pierre Mulele et Laurent Kabila.

4. Lumumba représente dans l’histoire congolaise l’éveil de la conscience patriotique et révolutionnaire. Le premier mérite historique de Lumumba fut d’avoir su adapter ses pensées, dans un pays en plein bouleversement, aux changements de plus en plus accélérés qui se produisaient au sein des masses profondes du Congo. En 1956, dans son livre : Congo, Terre d’avenir, est-il menacé ? Lumumba écrivait encore : « Certains Blancs, des moins recommandables, abusant de la crédulité des Noirs encore peu cultivés, instiguent ceux-ci réclamer immédiatement l’indépendance! » Quatre années plus tard, Lumumba sera métamorphosé par l’expérience de la lutte anticolonialiste et il s’est débarrassé des idées de soumission. Son génie a été qu’il a réussi à adapter ses idées et son action à la réalité de la résistance des colonisateurs contre la volonté d’indépendance du peuple congolais. L’un après l’autre, il a dénoncé tous les mensonges, intrigues et manœuvres. C’est ainsi que le peuple congolais voyait en lui leur porte-parole qui disait ce qui, intuitivement, ils trouvaient juste. 5. Dans le feu de la lutte, Lumumba s’est forgé une conviction anti-impérialiste : En 1958, à Ghana, le pays de Kwame Nkrumah, Lumumba se joint à la lutte contre le colonialisme lors du premier congrès panafricaine : « L’Afrique est irrésistiblement engagée, pour sa libération, dans une lutte sans merci contre le colonialisme et l’impérialisme. ��� Le Congo ����������������������������� ne peut-être considéré comme une colonie ni d’exploitation ni de peuplement et son accession à l’indépendance est la condition de la paix. L’objectif du Mouvement National Congolais est d’unir et d’organiser les masses congolaises dans la lutte pour l’amélioration de leur sort, la liquidation du régime colonialiste et de l’exploitation de l’homme par l’homme. »

Le 30 juin, lors de la cérémonie de l’indépendance, Lumumba, vainceur des élmection,s, dira : « Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des ‘nègres’. (…)

Nous qui avons souffert dans notre corps et dans notre cœur de l’oppression colonialiste, nous vous le disons tout haut : tout cela est désormais fini. (…)

Nous allons veiller à ce que les terres de notre patrie profitent véritablement à ses enfants (…) Nous allons revoir toutes les lois d’autrefois et en faire de nouvelles qui seront justes et nobles.(…)

L’indépendance du Congo marque un pas décisif vers la libération de tout le continent africain. (…) J’ invite tous les citoyens congolais, hommes, femmes et enfants de se mettre résolument au travail, en vue de créer une économie nationale prospère qui consacrera notre indépendance économique.

Hommage aux combattants de la liberté nationale !

Vive l’Indépendance et l’Unité africaine ! »


6. Les agressions auquel le Congo indépendant sera soumis lors de la très brève période dans laquelle il est premier ministre, feront que Lumumba, au lieu de capituler, confirme et approfondit sa conviction anti-impérialiste : « Les Occidentaux ont voulu que notre gouvernement soit à la solde des impérialistes. Des ����������������������������������� traités nous ont été proposés. J’ai décidé de ne point signer ces accords, parce qu’ils ne signifient rien d’autre que la domination économique du Congo par les groupes financiers de la Belgique.  Comme nous sommes un gouvernement nationaliste, qui ne vise que l’intérêt de la patrie, ceux qui convoitent nos richesses tentent de provoquer l’anarchie, pour finalement monter la population contre nous et faire tomber notre gouvernement. Ils se serviront alors de marionnettes qui n’hésiteront pas à signer aveuglément n’importe quel accord pour placer le Congo sous une domination étrangère. Voilà la vérité. » Ou encore : « Les cadeaux, on n’apprécie pas. L’indépendance cadeau, ce n’est pas une bonne indépendance. L’indépendance conquise est la vraie indépendance. »

7. Pour Lumumba les masses étaient la première référence. En avril 1959 il déclarait « Les ministres doivent vivre avec le peuple (…). Nous ne devons pas passer aux yeux de la population comme les remplaçants des colonialistes. » Le 15 juillet Lumumba déclarait devant la chambre : « La masse est beaucoup plus révolutionnaire que nous. Quand nous sommes avec la masse, c’est la masse même qui nous pousse, elle voudrait aller beaucoup plus rapidement que nous. » Devant le Sénat, le 8 septembre 1960, Lumumba déclara : « Le peuple attend le bonheur, l’amélioration de ses conditions de vie. Pour nous, il n’y a pas d’indépendance tant que nous n’aurons pas une économie nationale prospère pour relever les conditions de vie de nos frères. » 8. Lumumba apprenait le peuple à se défendre. Sur la façon avec laquelle les colonisateurs avaient détruit la confiance en soi des Congolais : « Il fallait simplement réciter le catéchisme colonial pour qu’on vous bénisse. Le fait pour un Congolais d’avoir exprimé son idée : “C’est un anti-Blanc, c’est une mauvaise religion” Interdiction ! (...) Nous allons procéder à la décolonisation mentale parce qu’on endoctrine faussement le peuple depuis 80 ans. Avec notre cerveau, avec nos mains, nous allons développer le Congo. »

« C’est le peuple qui, à travers son gouvernement central, va lutter contre les ennemis de la liberté, contre les ennemis de la patrie, contre les traîtres. On a distribué à travers la cité de Léo des milliers de tracts qui sont venus tout droit de Bruxelles. Ils ont été transportés à bord des avions Sabena, dans des caisses portant la mention ’Journaux’. (...)

Les Belges ne peuvent plus distribuer eux-mêmes leurs tracts aujourd’hui, et ce sont des Noirs qui détruisent le Congo, pour avoir reçu 500 francs. Si c’est votre frère, votre fils qui vend notre pays, qui collabore avec l’ennemi, c’est à vous, au peuple, d’être juge, d’arrêter ce voyou, ce collaborateur, ce traître. »

9. Après la neutralisation des forces lumumbistes au conclave de Lovanium, Pierre Mulele est allé en Chine pour étudier l’expérience du Parti communiste chinois. Il y a approfondi sa conviction de combattant anticoloniale et est devenu marxiste.

Il a exprimé les idées marxistes sur l’État, la lutte de classes, l’impérialisme et le colonialisme, la guerre populaire de longue durée.


Dans les leçons politiques qu’il donnait au Maquis il traduisait ces idées marxistes aux paysans :

« L’État est une communauté de natifs organisés, et gouvernés par des lois qui régissent la vie courante de ces natifs. Ces lois qui les régissent sont faites au nom de tous par un groupe de personnes qui exercent le pouvoir sur cet État. (…) dans les États où le capital privé prime, ces lois ne garantissent que les intérêts de la classe dirigeante. Dans les pays nouvellement libérés (devenus indépendants, ndlr), ce capital étant entièrement étranger, ces lois garantissent les intérêts des impérialistes représentés par la réaction au pouvoir. Cette situation indique dans le premier cas l’existence de deux classes : les capitalistes et les pauvres perpétuellement exploités et opprimés par les premiers, tandis que dans le second cas elle indique l’existence : 1° de la Réaction appuyée par l’impérialisme et 2° de la grande masse du peuple exploité et opprimé par l’intermédiaire de la Réaction. L’existence de la Réaction d’une part et de la Masse populaire exploitée et opprimée d’autre part entraîne inévitablement une lutte. »

10. Mulele a réalisé aussi une première fois la résistance organisée du peuple congolais et la démocratie populaire pendant une importante période. De janvier 1964 à mars 1966 la zone contrôlée par les partisans de Mulele comprenait 500.000 habitants. 100.000 jeunes étaient organisés dans les « Équipes de village » : ces jeunes vivaient dans le camp des partisans, un peu à l’écart du village. Les filles combattantes constituaient 25 à 30 % des équipes. Ces Équipes formaient des unités politico-militaires : elles étudiaient régulièrement les « leçons politiques » de Mulele et menaient des discussions politiques sur l’actualité. Mais leur tâche fondamentale était de mener la lutte armée contre l’armée néocoloniale de Mobutu. Les villages dans la zone libérée étaient dirigés par des Comités du Pouvoir Populaire, précurseurs des CPP que le Président L.D. Kabila a lancé 35 années plus tard en janvier et avril 1999.

De janvier 1964 à mars 1966 la zone contrôlée par les partisans de Mulele comprenait 500.000 habitants. 100.000 jeunes étaient organisés dans les « Equipes de village ». 11. Mulele et son compagnon Mukwidi ont insisté sur la nécessité du Parti révolutionnaire. En août 1966, Mulele insistait dans une lettre destinée à ses amis à Brazza : « L’époque que nous vivons exige une forte unité de toutes les forces vives de la Nation. C’est pourquoi je vous prie de lancer un appel à l’unité de toutes les forces vives de la Nation pour la bonne continuation de la lutte révolutionnaire. » Deux mois plus tard, le 3 octobre 1966, le compagnon de Mulele, Thomas Mukwidi rédigea un document intitulé « An 3 de la révolution Congolaise ». Parmi les causes du déclin de la révolution à ce moment, il cite : « le manque d’un noyau de direction et une organisation unie et homogène, véritable avant-garde de notre lutte libératrice, ayant un dévouement total à la cause de la révolution et sincèrement attaché aux intérêts du peuple.


Les conditions de ce noyau doivent être :

- Une unité et une identité politique complètes sur la libération de Peuple congolais - Une discipline stricte et rigoureuse. Le noyau doit être foncièrement révolutionnaire composé d’éléments sérieux, conscients, capables de lier la théorie révolutionnaire à la pratique et les paroles aux actes ;  - Ce noyau doit avoir comme tâche la fondation d’un Parti d’avant-garde (…) La fondation de ce Parti doit être le résultat d’un travail objectif. C’est dire qu’un pareil Parti doit être constitué sur la base de la masse, dans l’intérieur du pays et au cours de la pratique révolutionnaire. »

12. Laurent Kabila a été le tombeur de la dictature néocolonial qui a dominé le Congo pour 36 années. La chute du régime du dictateur Mobutu est la victoire d’une alliance étendue, mais Laurent Kabila a effectivement joué, en tant que porte-parole, un rôle décisif. C’est grâce à son intervention, que Mobutu est chassé du pouvoir et n’est pas succédé par une espèce de gouvernement d’unité nationale de transition comme l’auraient souhaité les ÉtatsUnis. De cette manière, Kabila pose les bases d’un nouvel État congolais.

Jusqu’à aujourd’hui, nombreuses sont les hautes fonctions de ce pays et de ce gouvernement aux mains de personnes ou de partis qui n’ont jamais appartenu à la classe mobutiste : le fils de Laurent Kabila, Joseph, le Parti Lumumbiste Unifié (PALU), le Mouvement Social pour le Renouveau (MSR) et une grande partie des membres du Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD). Seulement une partie de l’ancienne classe mobutiste joue encore un rôle de second rang.

13. Laurent Kabila a suivi une politique patriotique de construction d’un pays indépendant. Entre le 17 mai 1997, date de la chute de Mobutu, et le 2 août 1998, début de la guerre d’agression menée par le Rwanda et l’Ouganda, Kabila mène une politique indépendante. Pour la première fois dans l’histoire, des ministres congolais rédigent un plan triennal afin de reconstruire leur pays sans l’intervention de l’Occident et du Fonds Monétaire International. Ils ne reconnaissent pas les dettes scandaleuses que Mobutu a amassées en collaborant avec les banques occidentales et qui entravent tout développement économique indépendant. Kabila rétablit l’ordre, bride le banditisme et se consacre à la stabilité de la monnaie congolaise. Il crée des cantines populaires (où la population peut manger gratuitement) et cherche à conférer une certaine infrastructure aux marchés (comme des sentiers en béton et un approvisionnement en eau et en électricité) où les producteurs congolais peuvent vendre correctement leurs marchandises. Après 36 ans de dictature et de soumission à l’Occident, ceci est un soulagement pour la population congolaise. Ces actions ravivent l’espoir et la confiance en soi même des habitants.


14. Mzee a fait échouer l’agression américaine. « Le Congo dispose de 28 % des réserves mondiales de cobalt, de 13 % du potentiel mondial en hydroélectricité, de 18 % des réserves mondiales de diamant, d’énormes quantités de terres fertiles pour l’agriculture et de la moitié de la forêt tropicale en Afrique. Le pays est une priorité pour les intérêts américains en Afrique. » C’est ce que disait déjà le diplomate américain Richardson en 1998 devant le Parlement américain. Un État véritablement indépendant au Congo était – et est toujours – inadmissible aux yeux du monde financier international. L’Occident a applaudi la guerre d’agression lancée contre le Congo par le Rwanda et l’Ouganda – à l’instigation des États-Unis, qui éclatait le 2 août 1998. La moitié du Congo était occupée, la guerre a fait des millions de morts et le pays a risqué d’être balayé de la carte… Le début de la reconstruction de l’État par Laurent Kabila était réduit à néant et le pays menaçait de sombrer en un no man’s land.

Mais les choses ne sont pas allées jusque-là. Laurent Kabila a fait échouer les plans de Washington : il dénonçait la guerre d’agression étrangère servant à tordre le cou à l’indépendance du Congo et posait ainsi la base d’une large alliance panafricaine avec des pays comme l’Angola, le Zimbabwe et la Namibie, alliance qui allait combattre les régimes proaméricains du Rwanda et de l’Ouganda.

Kabila a appelé avec succès la population à organiser la résistance contre les occupants étrangers. C’est cette expérience de résistance à la guerre d’agression qui fait en sorte que, cinq ans après la mort de Kabila, la population congolaise participe en masse aux élections de 2006 et montre ainsi clairement qu’elle entend rester une nation, avec un pays uni, et qu’elle exige que l’on respecte l’intégrité territoriale du pays.

15. Au cours de ses nombreux discours surtout sur les CPP, Kabila a esquissé pour la première fois dans l’histoire du Congo un projet clair de révolution nationale démocratique au Congo, lequel devait mener au socialisme ou à « la suppression de l’exploitation » et à « une société juste », comme il le disait. Laurent Kabila insistait sur la nécessité de mettre sur pied un appareil d’État absolument neuf qui allait rompre avec le genre d’État que les Congolais avaient connu entre 1885 et 1997.

Il voulait un État où le peuple avait directement voix au chapitre dans la gestion, une véritable démocratie populaire. Cet État devait passer par une « décolonisation économique » et poser les bases d’un développement économique dans lequel « les richesses du pays seraient au service du peuple congolais ». Même si, après sa mort, certaines réalisations allant en ce sens étaient court-circuitées et que le nouveau président Joseph Kabila se voyait forcé d’accepter maints compromis et concessions, ces idées et discours n’en demeurent pas moins une importante source d’inspiration tant pour ce qui se passe aujourd’hui au Congo que pour l’avenir.


16. Dans le texte de son Hymne des opprimés, Mzee Kabila confirmait son intense conviction de communiste :

« Ces CPP-ci sont la lumière des ouvriers et des paysans, ainsi que de tout opprimé.  Il n’y a point de doute d’abattre l’exploitation et de créer une juste société.  Notre serment est de ne jamais échouer, enjoignons toutes nos forces en un faisceau,  tenons bien nos armes dans nos mains, car ces CPP sont la force du peuple.  Dans sa noble cause, jamais de spoliation.  Notre lutte revendique nos droits,  quoiqu’il en coûte, jamais de servitude.  Pour les opprimés,  la Révolution est un rempart,  son ultime but est que le peuple gouverne. »

17. Le gauchisme petit-bourgeois, déjà critiqué par Lénine dans « Le gauchisme, maladie infantiel du communisme », s’est toujours refusé de reconnaître le génie de Mzee Laurent Désiré Kabila. Là où les révolutions anticoloniales avaient le vent en poupe dans les années 50-70, elles étaient dans la défensive totale lors des années 90, après le renversement du socialisme en USSR et le déclenchement des guerres impérialistes contre l’Irak et la Yougoslavie. Refuser de voir que, dans ce contexte, les concessions et les compromis faites par Mzee Kabila sont justement des illustrations de son génie révolutionnaire qui sait reconnaître les rapports de forces réelles du moment, c’est du gauchisme infantile propre à la petite-bourgeoisie impatiemment à la recherche de slogans miracles et de positions « pures » qui ne mènent nulle part mais qui donnent bonne conscience au intellectuels petit-bourgeois et auto satisfaits. Retour à la table de matière 1.2. la conception du monde du marxisme 

18. Les questions auxquelles nous sommes confrontés au quotidien sont nombreuses. Le père qui rentre le soir après avoir parcouru la ville pendant toute la journée en vain à la recherche d’un peu de manger pour sa famille. Le fils qui ne sait pas comment payer le médicament pour son père qui a une attaque de malaria. Les problèmes qu’ont des villageois pour amener leurs produits agricoles au marché le plus proche. La violence qui a tellement changé la vie de tant de patriotes à l’Est. Tant de questions et de problèmes ! Mais il existe un lien entre tous. Et la réponse à ces questions s’appuie sur une vision cohérente de l’être humain et de la société sur une conception du monde. La conception du monde d’un parti communiste s’appelle le marxisme. Ses fondements ont été posés par Karl Marx, Friedrich Engels et Vladimir Lénine. Le marxisme consiste en cinq grands éléments qui, ensemble, forment un tout cohérent et harmonieux.


19. La compréhension de l’univers, du monde et de l’humanité

Nous recherchons une attitude objective et rationnelle. Nous partons des développements actuels de la science. Nous essayons de comprendre la nature, l’homme et la société tels qu’ils « sont ». Nous ne cherchons aucune explication se situant en dehors de la réalité. La nature, l’homme et la société sont en changement et en développement continuels. Le monde bouge. Le mouvement est le résultat de la connexion dynamique de tous les éléments, de leurs relations et contradictions mutuelles. Il s’agit d’un processus permanent consistant à abandonner un certain état pour entrer dans un autre. Nous examinons les choses dans leur interdépendance, dans leur contexte. La partie est partie d’un tout. Isoler les parties de l’ensemble donne une image déformée. Cette philosophie s’appelle le matérialisme dialectique.

20. La compréhension de l’histoire de la société humaine

Pour vivre, les gens doivent manger, boire, se vêtir, se loger. Ils doivent « produire ». Cette production, et plus précisément les rapports sociaux dans la production, constituent la base de la société. Si on voulait exposer en cent pages la vie de l’homme moderne, nonante pages décriraient une société communautaire, dix pages porteraient sur une société d’exploitation de l’homme par l’homme, dont les dix dernières lignes sur le capitalisme.

Des analyses génétiques récentes (ADN) prouvent que notre espèce humaine est apparue en Afrique voici quelque 150 000 ans. Et, par la suite, voici environ 50 000 ans, elle a commencé à se répandre dans le monde (Asie, Australie, Europe). Les humains vivaient collectivement en « clans ». Les moyens (primitifs) de production étaient la possession commune du clan.

Et cela n’est pas la fin de l’histoire. Pendant plus de 100 000 ans, les humains ont vécu en communauté de chasseurs-cueilleurs dans une économie primitive. Le développement de nouvelles techniques, voici moins de 10 000 ans, y amena des changements. Désormais, l’homme pouvait produire plus qu’une simple réserve pour pallier les mauvaises récoltes et saisons. Apparut alors la possibilité pour certains groupes de s’approprier systématiquement le surplus des autres. Le caractère égalitaire disparut, la société commença à se scinder en classes, en exploiteurs et en exploités.



Cette période a été baptisée la révolution néolithique en raison de la révolution dans le développement des forces productives : les communautés, sédentarisées entre-temps, vont se servir de canaux d’irrigation et du fumage ; des animaux comme force de traction et de la charrue ; de véhicules munis de roues, de bateaux à voile ; du cuivre, du bronze, de la pierre et du verre ; du calendrier solaire, de l’écriture, des systèmes de numération, etc.


L’enrôlement d’hommes armés, l’investissement dans de nouvelles techniques, la promulgation de lois, bref, un État était devenu nécessaire à fin de contrôler le surplus. L’État ne naquit pas comme un organe neutre entourant la société, mais comme un instrument de pouvoir de la classe possédante. L’économie constitue le fondement, l’infrastructure de la société.

Les institutions politiques et idéologiques constituent l’étage supérieur, la superstructure. Les développements scientifiques et techniques et la lutte entre les classes constituent les forces motrices de l’histoire du monde. Cette conception de l’histoire est appelée le matérialisme historique.

21. La compréhension de la lutte entre les classes

Dans les sociétés esclavagistes et, plus tard, dans les sociétés féodales ainsi que dans la société capitaliste, un petit groupe s’est chaque fois approprié le surplus. Les sociétés évoluent, rien n’est établi pour toujours. Une forme de société peut se muer en une autre en relativement peu de temps : quand la forme ancienne de société est devenue un frein intenable à l’évolution de la science et de la technique et aux possibilités de production. Les tensions entre les classes deviennent telles que les rapports sociaux doivent changer. On parle alors de révolution. Ainsi, entre les années 1750 et 1850 en Europe continentale, la société féodale est passée à une société capitaliste. La bourgeoisie a retiré les commandes des mains de la noblesse. En d’autres termes, ce sont les gens qui font l’histoire.

Dans la nouvelle société bourgeoise naquirent de nouvelles classes. La grande industrie fit naître la classe ouvrière. Marx et Engels apportèrent à cette jeune classe la compréhension de ce qu’un grand changement social ne pouvait être l’œuvre que de la classe ouvrière ellemême. Non, le socialisme n’était pas une chimère de rêveurs, mais le résultat nécessaire des développements dans la société moderne. Marx et Engels ont installé la science en lieu et place des chimères. À la classe ouvrière encore jeune, ils enseignèrent la connaissance de soi et la conscience de soi : les changements sociaux étaient réalisés par des travailleurs en chair et en os, par les ouvriers et leurs milliers de chefs de file et représentants actifs sur les lieux de travail durant les jours de lutte, mais également durant les jours plus difficiles.

Cette lutte des classes est une lutte politique, une lutte pour le pouvoir dans la société. Non pas pour reprendre ce qui existe déjà, mais pour fonder un nouvel État, une nouvelle société et en démanteler les anciennes formes.

22. La compréhension de l’économie

Une classe produit la richesse, l’autre se l’approprie : telle est l’exploitation. Dans la société capitaliste, cela se fait par la plus-value. Le travailleur vend sa force de travail à l’entrepreneur. Pour son travail, il est rémunéré par un salaire dont il a besoin pour son entretien, sa formation, sa santé, son logement… Mais le travail de l’ouvrier a plus de valeur que son salaire. Cette plusvalue, l’entrepreneur se la met en poche et c’est de là qu’il tire son bénéfice.

Dans le système capitaliste, tout entrepreneur doit se mettre en quête du profit maximal. Sinon, il succombe immanquablement sous le poids de la concurrence. C’est pourquoi il exige un travail plus intense, plus flexible, ne cesse d’opérer des restructurations, recherche les matières premières au prix le plus bas possible, veut des journées de travail plus longues et des zones de débouchés – ou marchés – les plus vastes qui soient.

Alors que la production augmente, le pouvoir d’achat réel de la population laborieuse baisse. Apparaissent alors des crises de surproduction. Cette doctrine économique, nous l’appelons l’économie politique du marxisme.


23. La compréhension des expériences du socialisme

Les efforts en vue de réaliser un monde autre que le monde capitaliste ne sont pas neufs. C’est pourquoi il est absurde de faire table rase des expériences de lutte et de socialisme du passé. Les pays socialistes ont dû se construire dans des circonstances particulièrement difficiles et souvent à partir de rapports sociaux arriérés et féodaux. Ils ont fourni d’énormes efforts pour développer les forces productives, sans exploitation coloniale. Ils ont éliminé le chômage et instauré les législations du travail les plus progressistes. Ils ont mis sur pied des campagnes d’alphabétisation à grande échelle, réalisé le droit à l’enseignement, de même que l’égalité des droits pour les femmes. Ils ont fondé les premiers services nationaux de santé et fait de la santé un droit.

Le socialisme a dû se construire en conflit permanent avec un capitalisme répandu dans le monde entier. Et cela l’a marqué. Dès le tout premier jour de son existence, la jeune Union soviétique fut confrontée à l’interventionnisme, au blocus économique, à l’encerclement politique et militaire, à la subversion, au sabotage et à la désinformation. La jeune Union soviétique a dû repousser une guerre d’intervention et, par la suite, elle a fourni une contribution déterminante à la défaite du fascisme hitlérien. Cela a coûté énormément de forces et d’énergie, lesquelles n’ont pu être investies dans d’autres domaines.

La construction d’une société socialiste a toujours été un processus. En Europe, le système capitaliste a eu besoin de plus de deux cents ans – et de beaucoup de violence – pour se réaliser. Le socialisme aura également besoin de temps. Il n’existe pas de recettes toutes prêtes pour la construction d’une nouvelle société. C’est un long processus historique, avec des hauts et des bas. Avec de belles réalisations, mais aussi avec de sérieuses erreurs.

La contre-révolution de velours, qui a renversé le socialisme en Union soviétique et dans les pays de l’Europe de l’Est, a eu des conséquences dramatiques. Cela aussi, c’est une leçon de l’histoire. Une grande partie de la production industrielle et agricole a été anéantie.

Les habitants des anciens pays socialistes ont vu leur niveau de vie baisser considérablement. Maffia, prostitution enfantine, alcoolisme, trafic d’organes, corruption massive et nationalisme extrême ont connu une montée en fl èche.


Pour l’Europe occidentale aussi, la situation a changé. Une fois le bastion socialiste démantelé, une attaque a été lancée contre les acquis sociaux et politiques. Les rapports de forces internationaux ont changé. Les États-Unis, en tant que superpuissance désormais unique, ont entamé une nouvelle marche agressive à la conquête du monde.

24. Connaître et comprendre le marxisme ne tombe pas du ciel. L’étude doit se faire à fond, et non pas superficiellement. Deux dangers dans l’attitude vis-à-vis de la théorie marxiste : Le premier danger réside dans la sous-estimation de l’étude ou de l’importance de la théorie. Certains ont tendance à parler tout de suite de résolutions pratiques et de passer par-dessus l’analyse et la discussion de fond. C’est une erreur. La compréhension requiert de l’étude. La théorie est importante pour l’établissement des principes, de la stratégie, de la politique et de la tactique. Ce n’est que par une analyse correcte que, selon les circonstances, nous sommes en mesure d’avancer les mots d’ordre, les formes d’organisation et les propositions d’actions corrects.

D’autres ont tendance à se limiter à mener la discussion théorique et analytique, sans la transformer en une orientation politique et tactique vers la pratique. C’est le second danger : la séparation de l’étude et de la pratique. L’étude sert à améliorer la pratique. Et la pratique posera de nouveaux problèmes, qui réclameront de nouvelles réponses.

Le marxisme est une science vivante. Il est perpétuellement en mouvement. Ce n’est pas une collection d’un certain nombre de formules. Ce n’est pas un livre de cuisine : tant de grammes de ceci, tant de grammes de cela… Il s’agit de connaître la théorie sur le bout des doigts et de pouvoir l’appliquer de façon créative dans la situation actuelle. C’est de cette manière également qu’une théorie s’enrichit et acquiert de multiples facettes supplémentaires. Cela vaut pour toute discipline scientifique : c’est la pratique, avec ses très nombreux essais et erreurs, qui la fait progresser. Ceux qui l’oublient tombent dans l’immobilisme et le dogmatisme. Retour à la table de matière

1.3. Quelques éléments de l’idéologie d’un parti communiste

25. Un parti communiste contemporain

Un parti communiste n’est pas un parti classique ou traditionnel. Un PC s’inscrit dans un concept de parti de type nouveau. Cela se caractérise par notre objectif, notre analyse, nos tâches et nos principes de fonctionnement.

L’objectif. Le parti rassemble tous ceux qui aspirent à une société socialiste. Une société sans exploitation de l’homme par l’homme. Nous nous organisons pour avancer vers cet objectif historique.

L’analyse. Le parti nous met en mesure de faire des analyses stratégiques, basées sur une vision marxiste du monde, et de les adapter de façon créative à la situation concrète.

L’étude, la discussion et la généralisation des expériences, le dépassement des points de vue unilatéraux et des erreurs, l’aide et la formation : toutes ces choses sont nécessaires.


Tout cela n’est possible qu’au sein d’un tout collectif, le parti. Et un collectif permet de transformer efficacement de nouvelles idées en une orientation politique et tactique pour la pratique commune.

26. Individualisme et égoïsme versus collectivisme et solidarité.

Le capitalisme crée l’individualisme, mais le socialisme crée la solidarité. Le capitalisme abandonne les gens à leur sort, encourage le « chacun-pour-soi » et dresse les gens les uns contre les autres.

Mais le socialisme et un Parti Communiste s’oriente vers l’intégration des gens. Il veut le collectivisme, l’humanisme, le panafricanisme, l’internationalisme, l’antiracisme ou l’antiethnicisme et l’antirégionalisme. Il veut l’honnêteté, la modestie, la justice et le sens des responsabilités. C’est pour cela que par exemple 38.000 médecins cubains ont proposé leur aide médicale bénévole dans 92 pays.

27. Aimer le travail et l’étude.

Avec l’apparition des classes dans la société il y a eu une division de travail entre travail manuel et travail intellectuel. Les communistes sont pour l’abolition des classes et aussi pour l’abolition entre travail manuel et travail intellectuel. Le mépris des aristocrates pour le travail manuel comme quelque chose qui serait pour des gens inférieurs est une attitude étrange au communiste. La

Un médecin cubain soigne des patients de cholera en Haïti.

théorie trouve justement son origine dans la pratique. Les plus grands inventeurs et scientifiques ont trouvé souvent l’inspiration de leurs théories après observation ou même participation du travail manuel.

La science et la théorie sont des clés pour comprendre le monde. « Sans théorie révolutionnaire pas de révolution » disait Lénine. L’attitude de mépris envers la théorie et l’étude comme quelque chose pour des intellectuels coupés de la réalité et du monde de travail, est aussi étrange aux communistes.


28. Sur la religion.

La conviction religieuse ou l’absence d’une telle conviction appartiennent à la vie privée de chaque individu et les droits démocratiques impliquent le respect pour la vie privé de chaque individu.

Les communistes défendent et respectent donc les droits des différentes convictions religieuses ainsi que les droits de ceux qui ne croient en aucune religion en n’en pratiquent aucune.

Les communistes défendent aussi la séparation entre religion et politique. Ils dénoncent l’intrusion de certaines églises dans la vie économique, politique et administrative de la nation. Ils jugent très importants de prémunir la population des idéologies qui prêchent la soumission, le fatalisme et l’esclavagisme et qui défendent ainsi les intérêts des exploiteurs. Retour à la table de matière

Chapitre 1. Nos principes  

Partout où il y a oppression, il y a résistance. Le peuple congolais a depuis le début de la domination impérialiste résisté. Cette résistan...