ISSN 0997 6922
N° 241 - 1,50 ⏠- Janvier-Février 2013
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Le fantĂŽme de Guy Mollet Il a suffi dâun coup dâEtat non autorisĂ© par Paris, dâun appel au secours dâun PrĂ©sident intĂ©rimaire sans lĂ©gitimitĂ© et de subtiles pressions de nos «amis» dictateurs de la CEDEAO pour quâenfin la voie soit ouverte Ă lâintervention militaire française au Mali. Trop dâatermoiements de lâONU et de nos alliĂ©s concurrents ! Il y avait urgence ! De fanatiques saigneurs de guerre, anciens mercenaires libyens, trafiquants de drogues et de cigarettes ne menaçaient plus seulement contre rançon quelques otages oubliĂ©s, mais sâalliaient entre eux, dĂ©sorganisaient la rĂ©bellion touareg au Nord Mali et pĂ©nĂ©traient au Sud. Cette partie de la Françafrique risquait dâĂȘtre dĂ©stabilisĂ©e. Les sectateurs du profit ont dit Pas touche au grisbi, Ă lâuranium dâAreva, aux richesses aurifĂšres du Mali, au pĂ©trole et au gaz du Sahelistan si prometteur ! Câest ainsi quâun monarque rĂ©publicain un peu falot, sâest transformĂ© en chef de guerre. La fonction de chef de lâEtat capitaliste lâexigeait ! La caste militaire prĂ©-positionnĂ©e dans diffĂ©rents «pays amis» oĂč rĂšgnent des dictateurs sans scrupules nâa dâautre mission que celle de dĂ©fendre becs et ongles les intĂ©rĂȘts des grands capitaines de lâindustrie française. A peine sorti du guĂȘpier afghan oĂč les talibans nĂ©gocient leur retour aux affaires, aprĂšs le coup de botte dans la fourmiliĂšre libyenne dâoĂč sont sortis des diables djihadistes, il Ă©tait impĂ©ratif de sâenfoncer dans les sables maliens ! Il y avait urgence, nos alliĂ©s tergiversaient tout en lorgnant sur les richesses de ces pauvres pays ! Et la Chine aussi ! AprĂšs la geste vibrionnante de Sarko, nous eĂ»mes droit au ton saccadĂ© hollandais, plein dâemphase de circonstance, reprenant les accents bushiens de la guerre des civilisations, presque poutiniens. Il faut tuer les terroristes⊠mais pas jusque dans les chiottes ! Câest quâil fallait nous faire accepter cette entrĂ©e en guerre. Les choristes des mĂ©dias ont donnĂ© leur bĂ©nĂ©diction, les politiciens ont ĂąnonnĂ©, le Parlement saisi aprĂšs coup, sans dĂ©bat, donnant son approbation silencieuse. Car, pour la classe dominante, le Mali (prĂ© carrĂ© de la Francafrique), terre des dictatures imposĂ©es depuis 1968, ravagĂ© par les politiques nĂ©olibĂ©rales dâajustements structurels du FMI, pillĂ© de ses richesses aurifĂšres, volĂ© par ses politiciens prĂ©dateurs, son Nord touareg abandonnĂ© Ă la misĂšre, doit demeurer sous dĂ©pendance française. Certes, les apprentis sorciers, Ă©mirs du Golfe ou DRS algĂ©rien, manipulant les wahhabites fanatiques qui barbotent dans le bĂ©nitier dâAllah, veulent imposer leur despotisme rĂ©actionnaire. Certes, dans toute guerre coloniale, comme les harkis et les tirailleurs sĂ©nĂ©galais hier, la chair noire sera en premiĂšre ligne. Mais, dĂ©jĂ , les «dommages collatĂ©raux», exactions et rĂšglements de compte contre les civils font fausse note. DĂ©jĂ le fantĂŽme de Guy Mollet vient hanter Hollande fraĂźchement galonnĂ©. EspĂ©rons que lâesprit du forum altermondialiste de Bamako ne soit pas mort.