ISSN 0997 6922
N° 239 - 1,50 ⏠- Novembre 2012
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AprĂšs les vĆux de campagne, lâaveu du reniement La vĂ©ritĂ© du hollandisme nâest que la continuitĂ© dâune dĂ©rive. Qui, mieux que Hollande, pourrait en faire lâaveu tout en se dissimulant derriĂšre un prĂ©tendu pragmatisme ? InterviewĂ©, il aurait pu nous dire : Mettre fin Ă la chasse aux Roms, aux sans papiers, gracier la Basque Aurore Martin, rĂ©habiliter les Conti, abandonner les poursuites contre Julien Coupat et sa compagne, imposer le vote des Ă©trangers, certes, cela nâaurait rien coĂ»tĂ© Ă lâEtat, mais voyez-vous, Son AutoritĂ© en aurait Ă©tĂ© affectĂ©e Ă lâheure oĂč le maintien de lâordre est plus que nĂ©cessaire. Ceux qui me reprochent mon manque de courage ne comprennent pas la nature ambiguĂ« du hollandisme : louvoyer Ă reculons, câest tout un art, celui dâaffronter de biais lâimpopularitĂ© du peuple pour recevoir les louanges du patronat et des mĂ©dias. Prenez lâexemple de lâaustĂ©ritĂ© imposĂ©e Ă petits pas. Je dĂ©signe lâadversaire, la finance sans visage, puis je compose. Les crĂ©anciers, faut les rembourser sinon les taux dâemprunt seront insupportables ! Je prĂ©tends faire reculer Merkel et obtenir un volet de croissance au pacte de stabilitĂ©. Elle refuse et je plie, en attendant des jours meilleurs. Elle y viendra dâelle-mĂȘme lorsque lâEurope entiĂšre entrera en rĂ©cession. Vous voyez ! ManĆuvrer Ă reculons, Ă la godille, est dâune suprĂȘme habiletĂ© ! Et je me targue de rĂ©ussir ce que Sarko nâa pas eu le courage dâentreprendre. CompĂ©titivitĂ© : jâappelle Gallois, patron respectable, la droite vocifĂšre, je vais enterrer son rapport, la gauche respire mieux et je choisis le juste milieu. AprĂšs avoir fait mine dâimposer les riches avec mesure, je les gratifie de cadeaux sous forme de crĂ©dits dâimpĂŽt. De mĂȘme, aprĂšs avoir rĂ©pudiĂ© et supprimĂ© la TVA sociale sarkozyste, jâinstaure lâaugmentation de la TVA pour 2014, tout en abaissant le taux sur les produits de 1 Ăšre nĂ©cessitĂ©. Nâest-ce pas lĂ toute la virtuositĂ© du savoir gouverner ? JâĂ©tais lâhomme de la synthĂšse au Parti Solferino, PrĂ©sident de tous les Français, je le demeure. Certes, jâai dĂ» prendre en compte le scandale des dĂ©passements dâhonoraires mais, tel Ponce Pilate, je mâen suis lavĂ© les mains en confiant les nĂ©gociations aux partenaires sociaux. Il y a bien eu quelques mouvements dâhumeur des privilĂ©giĂ©s mais le compromis pour que rien ne change est proche. Il en a Ă©tĂ© de mĂȘme pour lâinsurrection des «pigeons» et la grogne des «vautours» du CAC 40. Je garde le cap sur le chemin tortueux des reculades. Avec lâappui des mĂ©dias, lâon peut demeurer populaire tout en restant mĂ©diocre. Il nây a aucune gĂȘne Ă dĂ©mĂ©riter vis-Ă -vis de promesses que lâon ne se sent pas en capacitĂ© de tenir. Je suis lâĆuvre de mes manĆuvres. Certes, câest un pari pascalien que je fais, tout cagot que je suis. Je parie sur lâangoisse dâun traumatisme que je distille Ă petites doses. Cette potion tĂ©tanise et dans toute ma rondeur je rassure. Vous me dites que le futur du hollandisme nâa pas dâavenir, nous verrons. Dans ma manche, je garde la carte du Vallisme. Voyez Notre Dame des Landes.