Germán Samper. A dibujar se aprende dibujando (french version)

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À Corbu: mission accomplie Cher maître, permettez-moi de m’adresser à vous comme je m’adresserai à un ami. J’ai passé 5 ans dans le célèbre couloir du 35 rue de sèvres, où voyaient le jour des idées qui devaient bouleverser l’architecture du 20ème siècle, exprimée à travers des dessins exécutés à l’aide d’outils primitifs. J’eus le plaisir de participer aux oeuvres de la dernière période de votre vie où, de simple élément structurel, le béton se transforma en matériel poétique. D’un point de vue personnel, le hasard a voulu que vous assistiez à mon mariage par procuration à Bogota alors que j’attendais à Paris. La gentillesse dont mon épouse Yolanda fit preuve donna naissance à une amitié discrète qui se traduisit par plusieurs repas chez vous au cours desquels nous abordions les sujets les plus courants de la vie quotidienne. La présentation de notre aîné Eduardo, né à Paris, fut l’une de nos visites les plus intimes. Les personnes s’en vont, mais leurs oeuvres restent, et dans votre cas, vos carnets de voyage, où se trouve reflété votre dialogue avec l’histoire. Je veux ici vous dire merci pour le conseil le plus important que vous m’avez donné lorsque vous m’avez encouragé à voyager avec un carnet de notes: «si tu veux connaître l’architecture, dessine-la». Je veux que vous sachiez que je m’y suis tenu. Mes croquis se retrouvent aujourd’hui compilés dans douze tomes de près de 5000 dessins; ce sont mes mémoires architecturales organisées en collaboration avec ma fille Catalina. Merci cher maître, Cordialement. GS. Octobre 2014, Bogota


PARC DE SANTANDER, BÂTIMENT AVIANCA, MUSÉE DE L’OR ET BCH (AUIJOURD’HUI DIAN). PROJETS D’ESGUERRA, SAÉNZ ET SAMPER LTDA. BOGOTA, COLOMBIE 105X25,4CM


ALCALDÍA MAYOR DE BOGOTÁ SECRETARÍA DE CULTURA, RECREACIÓN Y DEPORTE INSTITUTO DISTRITAL DE PATRIMONIO CULTURAL MAIRE DE BOGOTÁ Enrique Peñalosa Londoño SECRETAIRE DE LA CULTURE, LOISIR ET DU SPOR María Claudia López Sorzano DIRECTEUR INSTITUTO DISTRITAL DE PATRIMONIO CULTURAL Mauricio Uribe González

ECOLE NATIONALE SUPÉRIEURE D’ARCHITECTURE PARIS-VAL DE SEINE PRÉSIDENT DU CONSEIL D’ADMINISTRATION Francis Rambert DIRECTEUR Philippe Bach SECRÉTAIRE GÉNÉRALE Catherine Le Gal

DIRECTEUR ADJOINT DIVULGATION DES VALEURS DU PATRIMOINE CULTUREL Margarita Castañeda Vargas RELATIONS INTERINSTITUTIONNELLES Luz Marina Serna Herrera RECHERCHE ET TEXTES Alejandro Henríquez COMMISSAIRE Catalina Samper Martínez

CHEF DU SERVICE DE LA COMMUNICATION ET DE LA VALORISATION Anne Petitjean

COORDINATRICE ÉDITORIALE Ximena Bernal Castillo

COMMISSAIRE DE L’EXPOSITION Perrine Villemur

DESIGNER GRAPHIQUE Yessica Acosta Molina MUSEE DE BOGOTA COORDINATEUR GÉNÉRAL María Cristina Serje de la Ossa COORDINATEUR D’EXPOSITION Carolina Corredor Rojas MUSEOGRAPHIE Sebastián Carranza Monroy DESIGN GRAPHIQUE Juan Felipe Espinosa de los Monteros Ana María Collazos Solano REALISATEUR VIDEO Diego Robayo de Angulo IMPRESSION ISBN 2017

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A DIBUJAR SE APRENDE DIBUJANDO


CONTENU p. 08

German Samper, un bogotanais qui dessine le monde

p. 14

Un voyage autour du monde sur papier Les dessins de Germán Samper

p. 22

Notes et croquis de voyage Itinéraire aller-retour pour un dialogue entre l’architecture, la mémoire et la ville.

p. 24

l’importance du lieu Sur les traces des maîtres modernes Le monde hispanique et préhispanique L’Asie, l’Égypte, la Grèce et l’Amérique du Nord Bogota


p. 62

Comment observer: le point de vue Panoramiques Promenades urbaines

p. 76

Des notes et croquis à la conception des projets Architecture projetée

p. 86

Il y a tant de choses à dire Une courte autobiographie

DESSIN Nº 3728. ÉGLISE SAN FRANCISCO DE PAULA, OURO PRETO, BRÉSIL, 67X24 CM, 2007


GERMÁN SAMPER, UN BOGOTANAIS QUI DESSINE LE MONDE En 2016 eut lieu au Musée de Bogota, en Colombie, une exposition retrospective des dessins de Germán Samper, l’un des architectes colombiens les plus connus autant dans son pays qu’à l’international. Il est l’auteur de constructions emblématiques et d’ensembles modernes dans la capitale et dans tout le pays, dont plusieurs ont déjà été déclarés Biens d’Intérêt Culturels et ont largement contribué à forger l’identité de Bogota. Mais germán Samper est bien plus qu’un grand architecte moderne. C’est avant tout un humaniste, au sens le plus large du terme. Tout comme les grands artistes de la Renaissance italienne, Germán est architecte, urbaniste, penseur, musicien, mais c’est aussi un artiste, dessinateur hors pair. Il assure que ses dessins font partie de sa méthode d’étude, que ses croquis de voyage lui permettent de comprendre les espaces, architectoniques autant qu’urbains. Cependant, et comme les visiteurs parcourant l’exposition chargée d’émotion du Musée de Bogota ont pu l’apprécier, et pour le plus grand bonheur du public découvrant l’exposition à Paris, nous sommes nombreux à être convaincus

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qu’à travers cet exercice il a produit de véritables oeuvres d’art, une collection immensément riche de dessins exceptionnels, qui illustrent clairement un aspect essentiel de la vie professionelle de Germán Samper. Conformément aux instructions données par Le Corbusier, son maître, dans le prestigieux atelier duquel il a travaillé pendant cinq ans, au 35 rue de Sèvres à Paris, Germán a commencé à dessiner tous les bâtiments possibles, principalement historiques, privilégiant les dessins aux dépends de la photographie, pratique qu’il n’a cessée d’appliquer, de 1949 à nos jours. Aujourd’hui, près de 70 ans plus tard, la reproduction de ses premiers dessins reviennent à Paris, dans le cadre des évènements de l’année France-Colombie. Cette exposition offre une opportunité de renforcer les relations bilatérales et remettre à jour la perception de la Colombie en France, et de la France en Colombie. Germán, fort de sa riche expérience et de son extraordinaire parcours, continue à travailler et à dessiner. Cela vaut la peine, en pleine ère numérique, de souligner certains aspects de cette entreprise extraordinaire: Premièrement, Germán est un bogotanais qui a dessiné le monde, un architecte dont l’approche est

DESSIN Nº 3601. DESSIN PANORAMIQUE DEPUIS LE FLEUVE. MOMPOX, COLOMBIE, 1994 9


multidimensionnelle et cosmopolite, infatigable voyageur, il a réalisé plus de 5000 dessins dans 267 villes, pendant près de 70 ans ; deuxièmement, en tant qu’architecte moderne il a surtout dessiné des sites du patrimoine, comme les maisons de Carthagène et de Mompox, les coupoles du centre historique et la place Bolivar à Bogota, les rues et monuments de Paris et de nombreuses villes européennes, l’architecture préhispanique au Mexique, les temples japonais ainsi que les oeuvres des grands maîtres du modernisme, et ce avec une acuité particulière, un regard spécial, un point de vue propre, et son trait caractéristique. Nous remercions la générosité dont Germán Samper a fait preuve ainsi que l’École Nationale Supérieure Paris Val-de-Seine, qui ont rendu possible la présentation de cette exposition et de ce catalogue, dans lequel se trouve consigné et divulgué une partie de son effort visant à recenser, avec force ténacité et technique, un patrimoine universel pour le plaisir de tous. Mauricio Uribe González Directeur Institut du Patrimoine Culturel

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GERMÁN SAMPER AU MUSÉE DE BOGOTA, EXPOSITION « GERMÁN SAMPER. A DIBUJAR SE APRENDE DIBUJANDO». PHOTOGRAPHIE DIEGO SAMPER.


«SI TU VEUX CONNAÎTRE L’ARCHITECTURE, DESSINE LA!». FURENT LES MOTS PRONONCÉS PAR LE CORBUSIER À L’ADRESSE DE GERMÁN SAMPER AVANT QUE CELUI-CI N’ENTAME UN VOYAGE ESTIVAL À TRAVERS L’EUROPE EN 1949.


GERMÁN SAMPER DANS L’ATELIER DE LE CORBUSIER OÙ IL TRAVAILLA PENDANT 5 ANS. PARIS 1952.18


UN VOYAGE AUTOUR DU MONDE SUR PAPIER Les dessins de Germรกn Samper *Alejandro Henriquez

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La vie d’un architecte se trouve résumée dans ces pages à travers ses dessins. À ses débuts, jeune bogotanais en Europe réalisant ses premiers croquis de voyage, intimes et timides, vivant dans une réalité qu’il ne connaissait auparavent que par les livres. Ensuite, à travers des traits libres mais sûrs acquis par le travail et l’application des enseignements de ses maîtres, au début dans le cadre de ses projets en Colombie et au cours de ses multiples voyages dans le pays et à l’étranger. Cet architecte, c’est Germán Samper Gnecco. Accompagné de ses notes et croquis de voyage consignés dans des carnets, il parcourt la trajectoire d’une carrière professionelle forte de plus de soixante-dix ans de travail constant, de laquelle sortent du lot une infinité d’oeuvres dont il vaut la peine de parler : le bâtiment d’Avianca, le Musée de l’Or, la bibliothèque Luis Ángel Arango, la citadelle Colsubsidio (tous construits à Bogotá), le bâtiment Coltejer à

Medellin et le Centre de Conventions de Carthagène. Le dessin est l’aspect du travail qui le passionne. Il est le résultat d’une intention, d’un intérêt et d’une discipline, mais –tout particulièrement–, d’une façon de voir et de comprendre la vie, la ville et l’architecture.

* Ce texte est le fruit d’un dialogue avec Germán Samper et ses carnets, notes et croquis de voyage. C’est pour cela que le lecteur trouvera dans cette publication des phrases inserées, ou écrites entre guillemets, évoquant des idées, réflexions et pensées offertes par l’architecte.

La collection complète de dessins des voyages de germán Samper contient plus de 5.000 croquis, documentant 269 villes de 39 pays d’Amérique, d’Europe et d’Asie. Ils sont le fruit de sa volonté inflexible, trouvent racine dans son inépuisable curiosité et sont devenus une discipline inspiratrice. Cette publication présente une sélection de ces dessins. Ses notes et croquis de voyage permettent une réflexion sur le patrimoine architectural et urbain de différentes villes, parmi lesquelles Bogota occupe un lieu spécial. Ces ébauches deviennent un outil util à la compréhension et l’analyse de l’architecture et sont un 15


Des architectes modernes comme Richard Neutra, Louis Kahn et Le Corbusier en personne, intégrèrent le croquis de voyage à leur travail et inspirèrent les premiers traits de Germán Samper. Il réalisa ses premières ébauches dans ce carnet au prix de grands efforts, carnet dont il ne nous reste aujourd’hui que de rares pages volantes, mais sur lesquelles on retrouve déjà les éléments de base qu’il développera pendant plus de soixante ans de carrière. Les places, rues et intérieurs qu’il visita pendant cette traversée formatrice restèrent gravés comme autant d’espaces urbains décrits dans ses dessins, perspectives et plans, et complétés par quelques textes.

DESSIN Nº 14. BERGAME, ITALIE, JUILLET 1949

exercice de mémoire, de perception et d’interprétation dont l’influence sur l’activité architecturale de Germán Samper a été directe. Ses premiers dessins furent exécutés dans un carnet qui l’accompagna au cours d’un voyage à l’été 1949. Juste avant son départ, il reçut un conseil de son maître Le Corbusier, architecte francosuisse déjà reconnu à l’époque, qui allait l’accompagner toute sa vie: «Si tu veux connaître l’architecture, dessine là». 16

Sa constance lui permit d’acquérir la confiance nécessaire et ses dessins de voyage devinrent, et restent aujourd’hui, le moyen particulier de transmission de ses expériences. Les villes europénnes d’abord, celles d’autres continents ensuite, lui offrirent de remarquables exemples pour commencer à reconnaître l’architecture et l’étudier. Il put ainsi matérialiser le conseil de son maître, conseil qu’il continue à appliquer aujourd’hui. Pendant les voyages qu’il fît au cours de sa vie, la mémoire, la perception et la représentation vont de pair avec l’exécution de ses croquis. Lorsque


Samper essaye de résumer le processus qu’implique la réalisation de ces dessins, il affirme: «Tu as face à toi l’architecture qui t’intéresse, elle passe par ton cerveau qui traite l’information, et tes mains la transfèrent sur un papier». Ainsi, les notes et croquis de voyage de Samper sont autant la mémoire de son regard et de ses réflexions d’architecte que la manifestation des stratégies qu’il a développé avec l’expérience, lui permettant de graver ses voyages et les souvenirs des dialogues engagés avec les villes et l’architecture elle-même. L’idée selon laquelle les croquis de voyage seraient la mémoire de l’architecte n’est pas une affabulation étrangère, mais la conviction de Germán Samper luimême qui parle ainsi de l’attention et de la passion avec laquelle il développe son travail: Je me suis proposé, pour mes croquis de voyage, de les archiver et de les traiter avec grand soin car je sentais qu’ils faisaient partie de ma propre mé-moire. J’ai gardé jalousement mes dessins pendant 67 ans, Aujourd’hui, ils se trouvent classifiés, numérotés, numérisés et catalogués.

Les carnets de Samper rendent compte de la façon dont il comprend le monde, comment celui-ci le touche,

PABLO SOLANO ET GERMÁN SAMPER, et la réponse qu’il apporte par sa PREMIER VOYAGE EN ITALIE, 1949 nouvelle représentation. Le dessin « n’est pas une reproduction, c’est une re-création, un nouveau produit, une intérprétation ». Le récit d’un voyage à travers ses carnets de dessins, permet de connecter deux expériences particulières. La première est propre au contact physique lorsque l’on saisit un carnet et que l’on en feuillette les pages : le toucher des feuilles, le son qu’elles produisent, l’observation des notes écrites, et même les marques des pages pliées.

La seconde tient à son utilisation en tant qu’outil scientifique et mémoire artistique, car, comme il l’affirme : « Lorsque l’on se trouve devant un chef-d’oeuvre, les traits de l’architecture semblent forts et inoubliables. Mais, avec le temps, les 17


GERMÁN SAMPER AU JAPON À 36 DANS. 1961

souvenirs s’estompent, et s’effacent de notre esprit. Le dessin, dès lors, est le support de la mémoire ». Sur ce point, le poète Dario Jaramillo Aguedelo, écrit dans son livre sur les notes de voyage du peintre colombien Francisco Antonio Caro:

observateur de se connecter directement à l’auteur, et son imagination peut lui permettre d’entreprendre son propre voyage. Grâce à ces documents, on peut comprendre l’auteur et sa forme particulière de comprendre la réalité et d’y faire face.

Le carnet est fait pour prendre des notes, substitut de la mémoire pour un fait établi. Il note ce qu’il ne veut pas oublier […] Le carnet c’est, d’une certaine façon, la conscience écrite de l’artiste, sa conscience non consciente. Le carnet est un petit univers avec un ordre étranger à celui du monde. A partir de son désordre propre se produit, de toute manière, une histoire. Deux images distantes se rejoignent ici par hasard, se rejoignent et s’altèrent. 1

Les croquis de voyage conjuguent les sens et pensées de l’architecte : ils transmettent autant ce que l’on voit dans une rue, un bâtiment ou un objet, que sa perception particulière et personnelle de celui-ci. Lorsqu’on lui demande quelle méthode il utilise pour prendre des notes en voyage, Germán Samper répond : « Premièrement, la volonté, deuxièmement l’effort et troisièmement la constance ». Et tout comme notre écriture caractéristique que les graphologues peuvent reconnaître entre mille, les notes et croquis de voyage deviennent un document personnel avec des stratégies utilisées pour se rappeler l’itinéraire qui commence avec l’architecture et passe par le récit de la mémoire.

Dans cette optique, les carnets de Samper sont une synthèse, recensent des inquiétudes, collectent des expériences qui, écrites noir sur blanc, peuvent être à nouveau consultées, remémorées, revues et retransmises. Ainsi, le récit des voyages dans ses carnets de dessin, permet au lecteur-

1 Darío Jaramillo Agudelo, Épilogue aux Notes de voyage. Medellin-Paris. 1897-1899, par Francisco Antonio Cano (Bogota: Fond de Culture Económique, 2004), 18

Voila son rituel : « Assis sur mon siège de voyage, stylo et papier en main, je m’approprie les bâtiments qui se trouvent en face de moi ». Les formats de ses croquis ont changé au cours du temps : pendant ses premiers voyages en 1949, il utilisa des carnets format A5 ; jusqu’en 1960, des carnets format


A3 et, finalement decida d’employer des feuilles de papier continu de près de soixante centimètres de large sur 25 centimètres de long recoupées par pliage du papier. Il applique pour ses croquis un procédé simple et efficace : il dessine sur les lieux où il collecte l’information de base ; ensuite, dans un autre endroit, il retravaille la couleur des teintes des croquis, et le cas échéant, il les complète par des textes. Comme en sciences sociales ou en biologie, les bâtiments présents dans les carnets de dessin de Samper peuvent apparaître dans leur totalité, ou être analysés en parties, auquel cas il sépare chaque oeuvre en fragment. Ce genre de dessins permet d’en comprendre l’intégralité scientifique, presque à la façon d’une dissection anatomique. Dessiner pendant des années à permis à Germán Samper de développer deux stratégies qui caractérisent ses dessins et qu’il a appelé parcours et transparence. Les parcours sont des ébauches continues où l’échelle est conservée malgré les changements constants de points de fuite. La gestion de la perspective et le changement de lieu amènent le spectateur à se projeter dans les lieux qu’il dessine, dans ce qu’il définit comme « la quatrième dimension», c’est-à-dire selon ses propres termes, «le temps mesuré par le mouvement. L’architecture, comme

DESSIN Nº 679. SILHOUETTE DE DEYÁ. DEYÁ, FRANCE, 27X21 CM, 1952

la musique, ne devient réelle qu’avec le temps, et ne peut être comprise qu’après avoir été parcourue». Quant aux transparences, elles font fi de tout ce qui interfère avec le récit du lieu, transforme la réalité qu’il perçoit ; il conserve ce qui est primordial et met de côté le secondaire. Il élimine les revêtements, les murs et les colonnes pour comprendre et transmettre l’espace de la meilleure manière, car comme il l’affirme lui-même : « Lorsqu’un bâtiment me gêne pour un dessin, je le supprime comme si de rien n’était». Ces stratégies ne se limitent pas à des techniques purement opératives. Au 19


APPLICATION DE TRANSPARENCES. DESSIN Nº 3552. ÉGLISE DE SANTA BARBARA ET MAISON DE 1882. MOMPOX, COLOMBIE, 70X24 CM, 1994

contraire, les stratégies utilisées par Germán Samper pour se souvenir des voyages et les graver dans sa mémoire se retrouvent dans la prémisse qui dit que « le dialogue avec l’architecture ne peut se nouer qu’après un moment de silence, de contemplation, de parcours, après avoir été à l’intérieur et à l’extérieur de celle-ci ». Ce dialogue peut s’engager à partir du mouvement du corps qui se déplace dans un bâtiment, une rue, une place, ou des yeux qui obsèrvent, de l’esprit qui imagine et de la main qui dessine. «C’est en dessinant qu’on devient dessinateur», affirme Germán Samper lorsqu’il parle de ce travail qu’il conçoit comme un exercice unique de mémoire, et qui implique un acte dont les conséquences de récréation sur son activité d’architecte sont directes. Cette publication accompagnant l’exposition du même nom réalisée

au Musée de Bogota et aujourd’hui présentée en France, souhaite s’adresser particulièrement dans les pages suivantes à ceux pour qui le dessin représente une manière de comprendre et de conserver sur papier ce que laisse échapper la mémoire. Il s’agit d’une invitation à parcourir les voyages et la mémoire de Germán Samper, à travers l’architecture et la ville.


APPLICATION DE PARCOURS. DESSIN 3271. LA GRANDE PLACE. VUE GÉNÉRALE. BRUXELLES, BELGIQUE, 67X24 CM, 1986

APPLICATION DE PARCOURS. DESSIN 2303-2304. QUARTIER EL PELOURINHO, HAUTE-VILLE, PLACE TRIANGULAIRE. PANORAMIQUE ET PLAN, SALVADOR, BRÉSIL, 140X23 CM, 1993 21


NOTES ET CROQUIS DE VOYAGE Itinéraire aller-retour pour un dialogue entre l’architecture, la mémoire et la ville

PHOTO : MARGARITA MEJÍA – IDPC 22


Comme au moment de planifier un quelconque voyage, les notes et croquis de voyage de Germán Samper peuvent être envisagés sous différentes perspectives. L’une d’elles pourrait faire appel à une perspective de lieu, en tant que point géographique et significatif. Une autre serait definie par le point de vue qui, combinant la perspective artistique et architecturale, met l’accent sur les panoramiques et les ballades urbaines pour ouvrir la voie à la lecture du lieu. Enfin, une troisième approche de ses dessins se centrerait sur les conséquences des notes et croquis de voyage sur la conception des projets présentés en architecture urbaine par Germán Samper à différentes étapes de sa carrière.

D3024. LA CA D’ORO. TYPOLOGIES DES LOGEMENTS VÉNITIENS. TEXTE ET DESSIN. VENISE, ITALIE, 33,5X24 CM, 1976

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* L’IMPORTANCE DU LIEU


Un voyage à travers le papier, intégrant l’importance du lieu, reprend initialement les premiers dessins réalisés par le jeune architecte Germán Samper au cours de son voyage en Europe. Comme il dirait ce voyage en Italie m’a marqué à vie. L’émotion ressentie suite à mes visites, particulièrement des places, en plus de l’expérience acquise à l’atelier Le Corbusier, et la beauté d’une ville comme Paris m’ont amené à penser que cela valait la peine de continuer à dessiner et à accumuler de l’expérience...

De même, l’architecte bogotanais a dessiné plusieurs oeuvres d’architectes modernes comme celles d’Alvat Aalto, Walter Gropius, Mies Van der Rohe et Le Corbusier. Ce fut justement ce dernier qui conseilla à Samper de dessiner l’architecture pour la connaître:

J’ai vu qu’en transmettant mes émotions à travers une lentille, elles ne passaient pas par moi, ce qui est grave. Cela ne m’a pas plu. Alors, j’ai laissé le kodak, j’ai pris un crayon et un carnet et depuis ce moment, j’ai toujours dessiné, partout, même dans le métro. Je dessine toujours, je vois, je note, j’écris. Parce que, si ça passe de ma main à ma tête, ça reste gravé. 2

Au cours de cet itinéraire géographique, les dessins des voyages de Germán Samper dans les pays d’Amérique Latine et en Espagne où il s’imprègne de l’architecture hispano-américaine et pré-hispanique sont particulièrement notoires. On reconnaît sur ses croquis la grille quadrangulaire, la prédominance d’une place centrale et la présence constante de maisons avec patio qui façonnent l’architecture résidentielle, et l’image dominante de l’architecture 2 Le Corbusier, à la Fondation Le Corbusier, Le Corbusier, 1987. https://www.youtube.com/ watch?v=NW-ugB10Xd4&feature=youtu.be. 25


construite par les ordres religieux représentée par des couvents et des églises aux coupoles remarquables. Pour Samper: Les espagnols sont arrivés dans le nouveau monde avec des plans et des images sous le bras. Un transfert culturel littéral s’est opéré. Le Mexique, l’Amérique Centrale et l’Amérique du Sud ont été colonisés. Ils ont réussi le miracle d’implanter des typologies arquitecturales identiques mais enrichies des variations locales. L’unité au sein de la variété. Premièrement : le développement de la structure urbaine à travers la grille et la place centrale. Deuxièmement : l’architecture résidentielle, avec les maisons dotées de patio. Troisièmement: les ordres religieux, les couvents des cloîtres, les églises dont les coupoles sont la forme prédominante. L’architecture hispano-américaine est une architecture urbaine. Le respect du tracé des murs, la conception de constructions mitoyennes dont les toits sont continus, l’assimilation de la culture du patio, la relation à la rue à travers les balcons à balustrade qui surplombent l’espace publique sont

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des constantes qui confèrent de l’unité.

Outre l’architecture, il explore aussi les objets précolombiens et les sites arquéologiques tels que San Agustín,Monte Albán et Chichen Itza, et certaines pièces du Musée de l’Or de Bogota. Il entreprend une traversée de l’Asie et de l’Amérique du Nord à 36 ans, après avoir reçu une invitation à un congrès d’aménagement au Japon et décide de saisir l’opportunité pour faire un voyage plus long de trois mois, accompagné de ses carnets de dessin : « L’objectif était de réaliser un voyage d’étude à travers les dessins. La diversité des cultures, des paysages, des langues et des coutumes et bien entendu des architectures, m’ont offert une opportunité singulière d’apprentissage. Je n’imaginais pas en tirer de si nombreuses leçons professionelles.» Les expériences diverses et variées de ce voyage résonnent encore dans ses dessins, même si plus de cinquante ans se sont écoulés. Le puissant fort de San Juan de Porto Rico, témoin silencieux de la domination espagnole, l’analyse de nombreux projets au Japon, sont autant d’exemples d’une sensibilité particulière. Le voyage se poursuivit en Inde par sa visite de Chandigarh : les croquis du projet qu’il avait dessiné des années auparavant à partir des


ébauches de son maître Le Corbusier, étaient devenus une réalité, et la matière pour ses propres ébauches pleines d’émotion. Par ailleurs, il recréa le minimalisme monumental des pyramides en Égypte, avant d’aller palper et dessiner les colonnes du Parthénon en Grèce et de reproduire l’incomparable unité formelle de Mykonos. Enfin, dans le cadre de ce

voyage, les dessins éxécutés à Bogota sortent du lot. On trouve dans ceuxci le regard de qui s’est concentré sur la recréation de bâtiments avec un cachet historique certain ou une valeur architectonique de première importance pour la ville. Ainsi se détachent des lieux comme la Candelaria, Quinta Camacho, la place Bolivar ou l’Observatoire National.

DESSIN Nº 01. INTÉRIEUR DE CUISINE, PARIS, FRANCE, 17,6X10,6 CM., 1949

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PREMIERS VOYAGES. L’ITINÉRAIRE DE CERTAINES VILLES D’EUROPE

DESSIN Nº 149. PLAZA DEL CAMPO. SIENNE, ITALIE, 17,6X10,6 CM., 1949 28


DESSIN Nยบ 321. PONTE VECCHIO. PLAN, FLORENCE, ITALIE, 17,6X10,6 CM., 1950 29


DESSIN Nº 335A. CATHÉDRALE D’ASSISE. ASSISE, ITALIE, 17,6X10,6 CM., 1950 30


DESSIN Nยบ 322. PONTE VECCHIO. PERSPECTIVE DEPUIS LA GALERIE DES OFFICES. FLORENCE, ITALIE, 17,6X10,6 CM., 1950 31


DESSIN Nยบ 989. TOUR EIFFEL. PARIS, FRANCE, 27X21 CM, 1951 32


DESSIN Nº 335A. CATHÉDRALE D’ASSISE. ASSISE, ITALIE, 17,6X10,6 CM., 1950 33


SUR LES TRACES DES MAÃŽTRES MODERNES

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DESSIN Nº 3461A. CHAPELLE NOTRE-DAME-DU-HAUT. FAÇADE LATÉRALE, AUTEL. DESIGN DE LE CORBUSIER. RONCHAMP, FRANCE, 70X25 CM, 1986 35


DESSIN Nº 991. VILLA SAVOYE À POISSY. LE CORBUSIER. INTÉRIEUR. POISSY, FRANCE, 70X25 CM, 1949 36


DESSIN Nº 992. VILLA SAVOYE À POISSY. LE CORBUSIER. FAÇADES ET ÉTAGES. POISSY, FRANCE, 70X25 CM, 1949 37


DESSIN Nº 3972. ÉCOLE D’ARCHITECTURE DE L’IIT. CROWN HALL. CONCEPTION DE MIES VAN DER ROHE. EXTÉRIEUR. CHICAGO, ÉTATS-UNIS, 70X25 CM, 2009 38


DESSIN Nº 2297. LES SUPERQUADRAS. BÂTIMENTS RÉSIDENTIELS MULTIFAMILIAL. CONCEPTION OSCAR NIEMEYER. BRASILIA, BRÉSIL, 70X25 CM, 1994 39


LE MONDE HISPANIQUE ET PRÉ-HISPANIQUE

DESSIN Nº 2178. SITE ARCHÉOLOGIQUE DE MONTE ALBÁN. TEMPLE TOLTÈQUE. MONTE ALBÁN, OAXACA, MEXIQUE 35X25 CM, 1978 40


DESSIN Nº 2180 SITE ARCHÉOLOGIQUE DE MONTE ALBÁN. LE JEU DE BOULE. VUE GÉNÉRALE. MONTE ALBÁN, OAXACA, MÉXIQUE 70X25 CM, 1978 41


DESSIN Nº 2175A. PYRAMIDE DU SOLEIL. ENSEMBLE ARCHÉOLOGIQUE DE TEOTIHUACÁN. TEOTIHUACÁN, MEXIQUE, 70X25 CM, 1977 42


DESSIN Nยบ 1969. PYRAMIDE DE KUKULCAN. SITE ARCHร OLOGIQUE, VESTIGE DE LA CIVILISATION MAYA, VESTIGE DE LA CIVILISATION MAYA. LA CHAPELLE. YUCATAN, MEXIQUE, 35X24,4 CM, 1961 43


DESSIN Nº 2522. LA GIRALDA. CLOCHER DE LA CATHÉDRALE DE SANTA MARÍA. VUE GÉNÉRALE. SÉVILLE, ESPAGNE, 31X21,5 CM, 1970 44


DESSIN Nยบ 734. PANORAMIQUE DE LA VILLE. IBIZA, ESPAGNE, 54X21 CM, 1952 45


ASIE, ÉGYPTE, GRÈCE ET AMÉRIQUE DU NORD

DESSIN Nº 1478. PALAIS DE KATSURA. KIOTO, JAPON, 30X24 CM, 1960 46


DESSIN Nยบ 1493. UN COULOIR DU PALAIS IMPร RIAL DE KYOTO. KYOTO, JAPO, 30X24 CM, 1960 47


DESSIN Nยบ 1484. PAGODE Kล FUKU-JI. NARA, JAPON, 30X24 CM, 1960 48


DESSIN Nยบ 1483. UN TORII (ARC). NARA, JAPON, 30X24 CM, 1960 49


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DESSIN Nº 1623. TEMPLE DE KONARAK, VUE GÉNÉRALE. BHUBANESWAR, INDE, 70X24 CM, 1960

DESSIN Nº 1631. TEMPLE DE KONARAK. VUE AÉRIENNE GÉNÉRALE. BHUBANESWAR, INDE, 70X24 CM, 1960 51


DESSIN Nº 1666-1667. JAMA-MASJID. MOSQUÉE CONGRÉGATIONNELLE. DEVANT DU BÂTIMENT. NEW DELHI, INDE, 70X24 CM, 1960 52


DESSIN Nยบ 1708. JAMA-MASID. VUE Aร RIENNE. NEW DELHI, INDE, 60X24 CM, 1960 53


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DESSIN Nº 1840. L’ACROPOLE, VUE PARTIELLE, ATHÈNES, GRÈCE, 70X24,4 CM, 1960 55


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DESSIN Nº 1830. PANORAMIQUE GÉNÉRALE DE LA VILLE D’ISTANBUL. ISTANBUL, TURQUIE, 70X24,4 CM, 1960 57


BOGOTÁ

DESSIN Nº 3617. MAISON DU MARQUIS DE SAINT JORGE. EXTÉRIEUR. QUARTIER LA CANDELARIA. BOGOTA, COLOMBIE. 67X24 CM, 2001 58


DESSIN Nยบ 3625, BOUDOIR DU CARMEN. QUARTIER LA CANDELARIA. BOGOTA, COLOMBIE. 33,5X24 CM, 2001 59


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DESSIN Nº3653. PLACE BOLIVAR, PANORAMIQUE GÉNÉRAL. BOGOTA, COLOMBIE, 134X24 CM, 2001 61


* COMMENT OBSERVER: LE POINT DE VUE


Dans une série de dessins de Germán Samper, le simple processus de documentation, adoptant une vision d’ensemble élargie, prime sur l’importance du lieu où ils furent réalisés. D’une part, on trouve les vues panoramiques qui sont décrites par l’architecte dans les termes suivants: Depuis le débuts de mes voyages architectoniques, je me suis senti attiré par le dessin de vues panoramiques. Il est difficile de faire sentir la profondeur, il est aussi difficile de montrer un amoncellement de maisons. Mais, le plaisir d’un dessin panoramique est supérieur. Depuis les montagnes de Delft jusqu’au collines de Monte Albán, en passant par la mosaïque qu’est New York, ces dessins ont un charme particulier.

La façon d’observer les rues et l’architecture se consolident à leur tour autour de ce qu’il a appelé les

promenades urbaines, allant de pair avec les stratégies de dessin qu’il a développé en tant qu’architecte: Avec le temps, et après avoir reparcouru mes carnets, j’ai découvert que mes schémas font principalement allusion à l’espace public et que les exemples d’intérieur sont très rares. C’est logique car les intérieurs sont privés. J’ai décidé de continuer à mettre l’accent sur l’espace public, mais en cherchant à brosser des contextes urbains plus larges. Les objets ont trois dimensions: la longueur, la largueur et la hauteur, mais l’architecte en crée une quatrième: le mouvement. La ville exige que l’oeil de l’obserateur se déplace. Ainsi sont nées les parcours ou promenades urbaines. Après m’être promené dans un zone urbaine, je choisis dans un plan un passage urbain et ensuite je le

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parcours et en dessine les aspects les plus significatifs. C’est un exercice d’aménagement urbain qui offre de nombreux avantages.

Certaines villes permettent d’appliquer ces stratégies de façon presque naturelles. Le dessin de promenades est utilisé dans ces cas pour représenter des exemples de rues sinueuses qui évitent une perception continue et invitent plutôt à être parcourues, connectant des places et offrant ainsi des surprises au spectateur. Des bâtiments singuliers à un coin de rue, des changements brusques de direction, des alternances entre ruelles et espaces ouverts qui invitent à découvrir un nouvel horizon sont autant d’élements urbains qui, lorsqu’ils sont dessinés, impliquent le concept de temps: il est indispensable pour parcourir, observer, comprendre et dessiner l’architecture. Le dessin des promenades exige de l’individu qu’il combine la patience du chercheur à la perception de l’artiste. Dans cette série de dessins éxécutés au cours de différentes visites séparées par des années, Carthagène et Venise deviennent une constante. À Venise, Germán Samper à tous ses sens en éveil et applique chacune de ses stratégies de dessin, car cette ville lui offre tous les 64

motifs qui le passionne et l’intéresse. Depuis la silhouette lointaine et le profil de la ville forte de ses tours et coupoles en passant par l’incomparable place San Marcos et sa forme irrégulière qu’il dessine en adoptant plusieurs perspectives, il parcourt ses canaux, ses palais et ses petites places, pour arriver aux cours intérieures des maisons vénitiennes. À Carthagène des Indes, il trouve un exemple unique qui lui permet de mener ses recherches sur un sujet qui l’intéresse: l’architecture coloniale. Il est possible d’imaginer l’architecte, par le truchement de ses carnets, protégé du soleil par les auvents et les balcons, réalisant des dessins consécutifs depuis la place de l’inquisition, qui finissent par représenter un quartier entier de la ville.


DESSIN Nยบ 3988. DEPUIS LA TERRASSE DU SEARS BUILDING. CHICAGO, ร TATS-UNIS, 67X24 CM, 2009142 65


PANORAMIQUES

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DESSIN Nº 2301. VUE PANORAMIQUE VERS LA HAUTE VILLE AVEC ASCENSEUR LASERDA. SALVADOR, BAHÍA, BRÉSIL, 140X25 CM, 1993 67


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DESSIN Nº 3409. LE PONT DES STATUES GOTHIQUES ET VUE PANORAMIQUE DU CHÂTEAU. PRAGUE, TCHÉCOSLOVAQUIE, 67X24 CM, 1986 69


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DESSIN Nยบ 3187. VUE PANORAMIQUE DEPUIS LA PLACE MIGUEL ร NGEL. FLORENCE, ITALIE, 67X24 CM, 1976 71


PROMENADES URBAINES - OURO PRETO

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DESSIN Nยบ 3709. VUE PANORAMIQUE DE LA VILLE. OURO PRETO, BRร SIL, 67X24 CM, 2007 73


DESSIN Nº 3714. RUE VERS LA PLACE ET REGARDANT VERS L’ÉGLISE SAINT FRANÇOIS D’ASSISE. OURO PRETO, BRÉSIL, 67X24 CM, 2007

DESSIN Nº 3719. FAÇADE DE L’ÉGLISE DE NOTRE DAME DU CARMEN. OURO PRETO, BRÉSIL, 67X24 CM, 2007 74


DESSIN Nº 3712. LA PLACE PRINCIPALE. VUE DE FACE, OURO PRETO, BRÉSIL, 67X24 CM, 2007

DESSIN Nº 3708A. PLAN DE L’ITINÉRAIRE DE LA VILLE ET INDICATION POUR LES DESSINS. OURO PRETO, 33,5X24 CM, 2007 75


*

DES NOTES ET CROQUIS À LA CONCEPTION DES PROJETS


Germán Samper dit: «J’ai fait l’exercice de relier ce que j’ai dessiné au cours de mes voyages et ce que j’ai exposé sur la planche à dessin. Ce que nous pourrions qualifier de réference, d’affinité, de souvenir, de transfert, de recréation». On retrouve dans cet exercice autant ses réflexions sur l’aménagement urbain (qui influenceront sa façon d’aborder ses projets d’architecture urbaine), que les détails et éléments qu’il transfère et recrée dans ses propres design. Sur le premier point, Germán Samper nous rappelle que : Il existe deux types de normes qui définissent la volumétrie urbaine des grandes villes. La première, le contrôle sur la hauteur, appliquée dans des villes comme Paris, Madrid, Londres. La seconde, l’assignation d’un indice de construction et d’occupation, ce qui revient à contrôler les isolements. Celle-ci

génère un appétit spéculatif basé sur la valeur du terrain constructible. Deux exemples viennent illustrer ces différences : la Rue de Rivoli, à Paris, et la silhouette de Chicago. Deux normes simples créent des cultures urbaines totalement différentes.

Les nombreux dessins de places et d’enceintes urbaines de grande dimension qu’il a réalisé de par le monde, sont le reflet de son intérêt de relever les défis de la ville contemporaine, l’urbain et l’espace public. Sur ce sujet, il explique : « J’ai étudié consciemment des places fort dignes et fort bien conçues, de petites places informelles, des courbes urbaines, des rues. J’ai rapidement découvert que ce qui importe, c’est le paysage urbain, qu’il ne s’admire que lorsque l’espace est examiné à travers le mouvement.» Quant aux détails et éléments qu’il extirpe de ses croquis pour élaborer ses propres plans, on peut identifier les 77


colonnes de l’architecte Le Corbusier en constructions, comme dans le bâtiment pour le SENA (Service National d’Apprentissage), ainsi que les projets sans plateforme, où l’on entre directement dans l’enceinte, recréés dans les bâtiments d’Avianca, de Coltejer ou de celui de la Banque de Occidente.

à un élément qu’il intègre au cours de ses voyages en Italie : le Ponte Vecchio. Il s’agit d’un pont habité à Florence, en Italie, célèbre pour sa myriade de petits locaux commerciaux et, au second étage, sa galerie qui connecte le Palacio Vecchio au Palacio Pitti, par la galerie Vasariana.

Ses ébauches de logements individuels et d’intérieurs domestiques éxécutés à Paris et au cours de ses voyages d’étude, trouvent un écho dans la conception des premiers projets en Colombie et apparaissent à nouveaucinquante ans plus tard- pour un logement au toit en palmes à Palomino.

Pour Samper, dessiner pendant son voyage au Japon a été source d’apprentissage de techniques, comme à propos de l’utilisation du bois caractérisé dans ce pays par une combinaison de sobriété et de richesse formelle. Il a compris, grâce à l’expérience accumulée à dessiner les maison à colombage, temples, églises, vieilles maisons, mezzanines, murs, panneaux et pignons, leur valeur en tant que limite virtuelle et transparente des espaces.

Il conçoit des projets de logement social et productif à La Fragua, dans des zones pavillonaires à Medellin et dans la Citadelle Real de Minas à Bucaramanga, qui rappellent les perspectives urbaines de projets de taille moyenne réalisés à Bath, en Angleterre ou à Brujes, en Belgique. On découvre, à travers ses dessins, son intérêt pour un type de projets particulier qu’il nomme ponts habitables ou constructions sur voies et qu’il évoque dans ses propositions urbaines. Il s’agit d’un espace urbain qui conjugue deux concepts apparement opposés : le commerce sur deux niveaux et le tracé d’une voie publique. Cet espace répond 78

Cet exercice a guidé la recherche d’une solution adaptée aux défis accoustiques posés par la conception de la salle de concert de la Bibliothèque Luis Ángel Arango, construite en utilisant sa charpente circulaire en bois si caractéristique. Les circonstances étaient réunies pour que la salle soit planifiée comme un panier. Le résultat a été un succès technique, mais surtout une réussite architecturale. Les poutres suivant les courbes à la


forme elliptique sont le résultat de la virtuosité de Jaime Nariño, le charpentier, sous la direction de l’architecte Rafael Esguerra, à partir de dessins réalisés au Japon qui sont aujourd’hui historiques.

Il faut enfin souligner le fait que les notes et croquis de voyage de Germán

Samper sont un itinéraire aller-retour permettant un dialogue avec sa mémoire, avec les lieux qu’il a visité et avec l’architecture elle-même. Il s’agit d’un voyage en dessins autour du monde qui présente avec vigueur son regard sur la ville ; mais aussi d’un voyage qui parle des relations nouées entre les archives de la mémoire et de la

DESSIN Nº 3982-3983. VUE PANORAMIQUE DE LA VILLE. TOUTES LES ÉPOQUES LES UNES À CÔTÉ DES AUTRES. CHICAGO, ÉTATS-UNIS, 140X25 CM, 2007

DESSIN Nº 3256. RUE DE RIVOLI FACE AU LOUVRE ET À LA PLACE VENDÔME. PARIS, FRANCE, 140X25 CM, 1977

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ARCHITECTURE PROJETÉE

CAM- CENTRE ADMINISTRATIF MUNICIPAL DE CALO. PROJET RÉALISÉ PAR ESGUERRA, SAÉNZ ET SAMPER EN COMPAGNIE DE RICAURTE, CARRIZOSA ET PRIETO. CALI, COLOMBIE, 35X25 CM

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BÂTIMENT COLTEJER. PROJET RÉALISÉ PAR ESGUERRA, SÁENZ ET SAMPER, FAJARDO FAJARDO & VELEZ ET JORGE MANJARRÉS. MEDELLIN, COLOMBIE, 35 X 25 CM

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PLACE PRINCIPALE DE LA CITADELLE REAL DE MINAS. BUCARAMANGA, COLOMBIE, 105X25,4 CM, 1987. PROJET RÉALISÉ PAR ESGUERRA, SÁENZ ET SAMPER LTDA 190191 83


DESSIN Nº 4165. COMPLEXE RÉSIDENTIEL LAS BRUJAS. MEDELLIN, COLOMBIE, 66X24 CM, 2010M PROJET RÉALISÉ PAR GERMÁN SAMPER EN COMPAGNIE DE TOMAS NEU ET FELIPE MUÑOZ

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LOGEMENT COLLECTIF CITADELLE COLSUBSIDIO. AXE PIÉTON, BOGOTA, COLOMBIE, 70X26 CM, 2015. PROJETS RÉALISÉS PAR ESGUERRA, SÁENZ ET SAMPER ET GX SAMPER ARQUITECTOS LTDA. 194 85


IL Y A TANT DE CHOSES A DIRE. UNE COURTE AUTOBIOGRAPHI Germán Samper Gnecco

PHOTO : MARGARITA MEJÍA – IDPC 86


Je suis né à Bogota en 1924. La ville s’arrêtait alors rue 26. Jusqu’à mes 7 ans, j’ai vécu dans le centre-ville ; je me rappelle mes visites au Parc de l’indépendance, où de temps en temps je faisais un tour de manège. Par la suite, mon père a construit une maison de style anglais au nord, rue 72 au croisement de la carrera quinta. C’est dans cette maison que j’ai grandi. J’allais au Gymnase Moderne, mais à cause de la crise économique, j’ai du changer d’école et rentrer à celle qui s’appelle aujourd’hui Collège Camilo Torres et qui était à cette époque le Lycée National pour Externes. Au croisement de la rue 72 et de la carrera septima se trouvait la station de tramway que je prenais tous les jours jusqu’au parc Santander et je marchais ensuite jusqu’au collège de la place Bolivar. Lorsque le collège a déménagé rue 33, j’économisais l’argent que mon père me donnait pour le bus ou le tramway en rentrant à pied avec mes amis afin d’accumuler suffisament d’argent pour

m’acheter un vélo. Lorsque j’ai pu me le payer, je faisais le trajet à vélo et cela fut une grande source de plaisir. Au Lycée National pour Externes j’ai connu certains de mes meilleurs amis comme Hernán Vieco et Dicken Castro avec qui j’ai partagé goûts et intérêts. Je suis entré à la Faculté d’Architecture de l’Université Nationale. J’ai alterné pendant ces 5 merveilleuses années études et activités musicales avec la famille. Ma mère, Ana Rita Gnecco de Samper, était pianiste et avait organisé un choeur. Le choeur Samper des mardis. Je m’amusais à chanter et même si je n’ai jamais eu le goût pour la fête, je devais accompagner une soeur qui connaissait un fantastique succès. C’est pendantunede ces fêtes en 1945 qu’on m’a présenté Yolanda Martinez, à partir de ce jour ma vie a changé. En 1947 l’architecte franco-suisse Le Corbusier, figure de proue de l’architecture à l’époque, est arrivé à Bogota. En voyant les autres élèves le 87


prendre d’assaut, j’ai préféré garder une distance prudente et m’inscrire à l’alliance française pour apprendre sa langue. Auparavant, ma mère qui avait étudié en France était chargée de me traduire les livres de Le Corbusier que j’arrivais à obtenir. Puis le jour funeste du 9 avril 1948 est arrivé, et la destruction de la ville et la mort de centaines de ses habitants ont changé à jamais le destin de la Colombie. À l’époque, mon diplôme en poche, je travaillais au bureau du Plan Municipal, l’entité chargée de démolir les bâtiments endommagés par les incendies. J’étudiais à l’Alliance Française depuis un an lorsque celle-ci annonça l’existence de trois bourses pour des colombiens, et je me suis bien sûr inscrit sans perdre un instant. J’ai eu la chance de l’obtenir. Notre relation avec Yolanda était déjà plus stable, et nous avons décidé que je m’en irai à Paris. Je savais que l’architecte colombien Rogelio Salmona dont la mère était française, était entré à l’atelier Le Corbusier, et un beau jour je l’ai attendu à la sortie du bureau pour l’inviter à manger. Mon souhait de rentrer à l’atelier du maître lui sembla fantastique et il eut une idée de génie. Il me proposa de l’aider à travailler sur des plans pour un projet qu’il devait présenter en Italie l’année suivante. George Candilis, architecte d’origine grècque qui dirigait le projet, donna son accord, et c’est ainsi que commença ma 88

relation avec l’atelier Le Corbusier, où j’ai travaillé pendant cinq ans. Lorsque Le Corbusier a été embauché pour développer le plan pilote de Bogota, l’architecte nous a assigné avec Rogelio Salmona et Reinaldo Valencia pour que nous réalisions le dessin du projet qui ne s’est malheureusement jamais réalisé. Obtenir ce travail m’a permis de me marier avec Yolanda. Nous nous étions décidé à nous marier, mais je ne pouvais pas voyager pour des raisons pécuniaires, et c’est alors que nous avons découvert l’existence du mariage para procuration, pour lequel il nous fallait un représentant. Le 4 mars 1950, Yolanda à Bogota et moi à Paris, nous nous sommes dis oui. Mon père Eduardo Samper Ortega m’a représenté et Le Corbusier, qui se trouvait à Bogota à l’époque, fut présent un moment et se prit en photo avec Yolanda, une photo de moi en main. Yolanda est arrivée à Paris. Jeunes mariés, et sans enfants, nous étions tous deux libres de faire ce que nous voulions de nos journées. Nous allions voir tout ce qui se présentait d’intéressant. Nous avons voyagé dans le sud de la France, en Espagne, nous nous sommes rendus à l’un des congrès du CIAM qui se tenait en Angleterre en août 1951. Tout cela était extrèmement intéressant. Après le congrès nous avons voyagé quelques


TROIS COLOMBIENS COLLABORENT À PARIS AVEC LE CORBUSIER POUR LE PLAN PILOTE DE BOGOTA: ROGELIO SALMENA, REINALDO VALENCIA ET GERMÁN SAMPER. SUR LA PHOTO, SAMPER ET VALENCIA À CÔTÉ DU PLAN. COLLECTION DU MUSÉE DE BOGOTA. ARCHIVE PERSONNEL. CA 1952

GERMÁN SAMPER DESSINANT À PARIS. ARCHIVE PERSONNEL, 1952 89


GERMÁN SAMPER ET SON ÉPOUSE YOLANDA MARTÍNEZ DE SAMPER À L’ATELIER LE CORBUSIER, PARIS, FRANCE. ARCHIVE PERSONNEL, 1952

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jours à Londres et un ami avait organisé une fête- j’avais pris ma guitare dans mes bagages-, et nous avons chanté toute la nuit avec Yolanda. Parmi les invités se trouvait un amateur souhaitant enregistrer des chansons folkloriques de différents pays et il nous a dit le lendemain: « J’ai réservé un studio d’enregistrement á la BBC pour vous enregistrer », et une petit édition fut faite. Un an plus tard, il nous proposa de réaliser un disque pour le commercialiser. Nous nous sommes à nouveau rendus à Londres et avons enregistré ce disque qui s’appelle The Sampers. Eduardo, notre premier fils, né en 1952 arriva comme une bénédiction. Nous nous rendîmes pour les vacances à Mallorca, dans un tout petit village, Deyá. Pour ma part, je faisais déjà des croquis et dessins de voyage, et je savais qu’Ibiza était une île d’une grande beauté, j’ai donc décidé d’y aller 8 jours, j’y ai loué une chambre et je partais de bon matin en vélo. J’avais un plan dédié à chaque côté du chemin, où je découvrais de délicieuses oeuvres d’architecture. C’est la première fois que je me suis dit: je crois que je dois continuer à dessiner car maintenant j’en ai la capacité. Ces dessins d’ibiza ont été très productifs. Nous avions rencontré la directrice d’une revue britannique: Architectural Design, et je lui ai fait savoir que mes dessins étaient disponibles. Elle m’a dit: « Envoie les moi et fais m’en un aperçu et nous le

YOLANDA MARTÍNEZ DE SAMPER LE JOUR DE SON MARIAGE À BOGOTA. SUR LA PHOTOGRAPH: CARLOS MARTÍNEZ, PÈRE DE L’ÉPOUSE ET LE CORBUSIER BRANDISSANT UNE PHOTOGRAPHIE DE GERMÁN SAMPER. SAMPER. ARCHIVE PERSONNEL. 1950.200

publierons dans ma revue». Ce fut mon premier article, et pour la première fois on publiait mes dessins qui étaient déjà d’une certaine qualité. En 1954, nous avons décidé de revenir en Colombie. Je n’avais jamais eu l’idée de rester vivre à Paris. Nous sommes arrivés dans notre maison rue 72. Francisco Pizano m’a fait signé un premier projet, puis Carlos Arbeláez Camachom, qui avait travaillé sur le Plan Pilote de Bogota, m’offrit un travail à la Banque 91


Central Hypotecario- BCH (1948), afin d’y réaliser des projets de logements. J’y ai beaucoup appris sur la construction, et j’ai découvert le pays. Francisco Pizano m’offrit aussi un poste de professeur à l’Atelier de Conception de l’Université des Andes, en 1956 dont il était le doyen. Lorsqu’il prît sa retraite, je fus nommé Doyen de la Faculté d’Architecture. Un jour, je reçus un appel d’Alvaro Sáenz, de l’entreprise Esguerra-Sàenz-UrdanetaSuárez. «Nous voulons t’offrir un poste d’associé dans notre entreprise». Après une longue conversation avec Rafael Esguerra, j’ai pris la décision d’entrer en tant qu’associé en 1958 pour diriger le département de design pendant plus de 40 ans. Les premiers projets furent le Carmel Country Club et le bâtiment du SENA, le premier bâtiment vraiment important conçu par Esguerra-Sáenz-Samper. Il y eut par la suite de nouveaux projets importants comme le concours d’Avianca en 1 968, la seconde étape de la bibliothèque Luis Ángel Arango, la Banque Central Hipotecario, le Bâtiment Panamerican Life, le concours du Coltejar (1968), la Banque Popular (1968), le centre de convention de Carthagène (1979) et le Bâtiment pour la Banque de la República de Barranquilla (1984) entre autres. Je suis parti de l’agence en 1994 pour fonder une entreprise avec ma 92

fille Ximena, GX Samper et nous avons survécu pendant plus de 20 ans en nous nourrissant principalement de projets de logement. En parallèle de mon activité de design, je me suis dédié à la recherche. Il est impossible de vivre en Colombie, d’être architecte et d’être insensible au fait que 70% des logements sont construits sans planification, dans des zones urbaines précaires. Nous avons réalisé avec Yolanda en 1958 un ensemble résidentiel expérimental de 100 maisons d’autofabrication sur un héctare de terrain à La Fragua. Suite à mes recherches et à cette exérience, j’ai conclu que la densité élevée était améliorée en aménageant des ensembles compacts. À cette époque, je ne savais pas ce que le futur me réservait, mais la vie m’a à nouveau mené à l’endroit où je devais être. Carlos Lleras Restrepo formait alors les listes des Conseillers Municipaux. Et, un beau jour, alors que je lisais le journal, j’ai lu tout d’un coup un sous-titre qui disait: «Liste du parti libéral pour le Conseil de Bogota» et j’ai vu mon nom apparaître en troisième place. Le parti allait au moins remporter sept sièges, et je me trouvais en troisième place, sans savoir pourquoi. Alfonso Dávila Ortiz m’a appelé et m’a dit: «Nous avons demandé au Dr. Lleras l’autorisation d’inclure des professionels, et vu ton expérience de La Fragua, nous


AU CÔTÉ DE SES ASSOCIÉS DE L’ENTREPRISE ESGUERRA SÁENZ Y SAMPER LTDA., RAFAEL ESGUERRA GARCÍA ET ÁLVARO SÁENZ CAMACHO. CA. 1979.

GERMÁN SAMPER DESSINANT AVEC SA FILLE CATALINA SAMPER, PRAGUE, RÉPUBLIQUE TCHÈQUE, 1986

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GERMÁN SAMPER JOUANT DU PIANO t’avons nommé conseiller. Tu ne peux DANS LA SALLE DE CONCERT DE LA pas nous refuser ça. Nous avons notre BIBLIOTHÈQUE LUIS ÁNGEL ARANGO. PHOTOGRAPHIE DE NICOLAS GALEANO, première réunion à 6 heures cet après2011.

midi». C’est ainsi que j’ai commencé «ma vie politique». J’ai été conseiller de Bogota à trois reprises, pendant six ans au total et j’eus la possibilité de collaborer avec le pouvoir exécutif dans le cadre de la rédaction d’une norme permettant la construction d’ensembles résidentiels qui s’imposèrent à Bogota. J’ai prêté avec plaisir les services auxquels on m’avait invité à participer. Le premier étant de rentrer à la Société Colombienne D’architectes, d’abord en

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tant que secrétaire, puis au poste de vice-président et finalement de président entre 1962 et 1964. Hernán Vieco, un vieil ami, m’avait suggéré une idée. Je l’ai appelé et lui ai dit: «Développons la biennale d’architecture». Après avoir longuement cherché, nous nous sommes rendus compte qu’aucune biennale d’Architecture n’existait dans le monde. Ce fut un travail intense, de nombreuses personnes nous ont aidé, et nous avons pu mettre sur pied une exposition décente. Depuis lors, 25 biennales se sont tenues. Mon entrée à la Société Interaméricaine de Planification-SIAP fut différente. Un avocat péruvien vint me trouver et me dit: «C’est toi le monstre qui a conçu la salle de concerts de la Bibliothèque Luis Ángel Arango?, je fais parti du comité directeur de la SIAP. Notre équipe de direction est en plein renouvellement, et je vais te proposer en tant que membre». Et c’est ce qu’il a fait, et j’ai été élu membre de la SIAP, en tant que représentant de la Colombie. J’aurai tant de chose à rajouter, ma vie a été si longue... Je souhaiterais pour conclure mentionner le grand honneur que j’ai reçu de l’Université des Andes qui m’a attribué le titre de Docteur Honoris Causa en mars 2011. Et sans oublier mes 4 enfants, Diego, Yoana, Ximena et Catalina.


OBSERVANT DES PLANS EN COMPAGNIE DE DICKEN CASTRO. PHOTOGRAPHIE NICOLAS GALEANO, 2011.

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