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Globo 44 - développement : une question d’équilibre

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dossier

(IN)cohérence

Bimkom défend le droit au logement des Palestiniens

Territoire palestinien occupé Capitale: Jérusalem-Est, comme l’espèrent la plupart des palestiniens dans le futur. Surface: 6.020 km2

En zone C, le gouvernement israélien ne délivre que rarement des permis de construire aux Palestiniens. Le partenaire d’Oxfam Bimkom plaide en faveur d’une politique équitable.

S

ur la rive occidentale du Jourdain, c’est par une matinée paisible que quelques Israéliens ont installé un avant-poste à 200 mètres du village palestinien d’At-Tuwani, qui ne compte que 400 habitants, afin d’affirmer leur souveraineté sur cette terre. De nombreuses colonies israéliennes actuelles de grande envergure se sont installées de cette manière. Aux yeux du droit international cependant, toutes les colonies israéliennes installées sur le territoire palestinien occupé sont qualifiées d’illégales, ce qui est régulièrement réaffirmé par la communauté internationale.

Umm Juma, 58 ans, se méfie. « Ils bloquent le chemin qui mène aux prés où nos animaux broutent. Ils s’en sont pris brutalement à mes fils, et je suis donc inquiète à chaque fois qu’ils quittent la maison. » Entre-temps Umm Juma est en train de servir du thé à un groupe d’Israéliens qu’elle a convié sur la terrasse de son toit. Ils travaillent pour le partenaire d’Oxfam Bimkom/Planners for Planning Rights et viennent lui apporter leur aide afin d’empêcher la démolition de son habitation.

Une aide bienvenue d’Israéliens Les accords d’Oslo de 1995 ont divisé la rive occidentale du Jourdain en 3 zones : les zones A et B comportent des agglomérations urbaines et rurales et sont entièrement ou partiellement sous le contrôle palestinien. En revanche, la zone C (plus de 60% de la surface totale) comprend principalement des terres agricoles et des richesses naturelles. On y compte environ 180.000 Palestiniens pour le double d’Israéliens. Tant la gestion civile que la gestion militaire relèvent du pouvoir israélien. Selon Bimkom, alors que les Palestiniens n’obtiennent que rarement des permis de construire en zone C, le nombre de colonies israéliennes continue d’augmenter. A titre d’exemple : en 2010, sur les 444 demandes

déposées auprès de l’Administration civile israélienne (ACI), seules 4 ont été approuvées. « La population palestinienne est alors contrainte de passer par la Commission supérieure de la planification. De plus, elle ne dispose d’aucun représentant et doit suivre toutes sortes de procédures compliquées », raconte l’architecte Alon Cohen-Lifshitz, collaborateur de Bimkom.

Habitants: 2,3 millions en Cisjordanie et 1,3 millions dans la bande de Gaza. Le nombre de palestiniens réfugiés dans le monde est estimé à 5,5 millions.

« Les colonies israéliennes sont soumises à des règles différentes. Ce régime à part représente un frein au développement pour les Palestiniens. Certains pensent que l’ACI utilise sa politique de planification en zone C pour réserver des parcelles de terres au développement de nouvelles colonies israéliennes. »

Depuis le 29 novembre 2012, la Palestine dispose du statut d’observateur aux Nations Unies.

« Les Palestiniens n’ont donc souvent pas d’autre choix que de construire sans permis, malgré le risque de démolition de ces logement par l’armée israélienne. C’est dans ce climat d’insécurité permanente que vivent des milliers de familles. Ainsi, tant qu’Umm Juma n’obtient pas de permis de construire pour son habitation actuelle, elle n’est pas en règle et sa maison peut donc encore être démolie. Elle se trouve en effet à 100m en dehors de la zone d’habitat planifié du village. L’obtention d’un permis nécessitant une modification d’affectation, les chances d’en décrocher un sont extrêmement faibles. »

En Europe : des paroles mais pas d’actes En mai 2012, les ministres des Affaires étrangères de l’UE avaient déclaré qu’ils s’opposeraient à l’extension des colonies, aux déplacements forcés et à la démolition des propriétés palestiniennes. Depuis lors, plus de 600 habitations ont été construites dans les colonies israéliennes (voir le Rapport ‘Un bilan décevant’). Au même moment, des bulldozers rasaient des maisons et des infrastructures palestiniennes. Entre mai 2012 et mai 2013 au moins 784 personnes ont été contraintes de déménager ou se sont retrouvées sans abri. Plusieurs États européens avaient certes tenté d’entreprendre des actions de protection dans la zone C, en investissant par exemple dans le développement des plans d’aménagement de villages locaux. Ces plans ont été, selon les dires des autorités israéliennes, ‘pris en considération’. Jusqu’à présent cependant, aucun des 32 plans qui avaient été élaborés depuis 2011 grâce à des fonds européens n’a été approuvé. « Bimkom s’oppose au traitement discriminatoire dont les Palestiniens font l’objet, ce qui a déjà porté quelques fruits. Ainsi, la norme concernant la densité de la population a été abaissée d’un tiers et le territoire destiné au développement de la construction en zone C a doublé dans les nouveaux plans. L’administration de construction israélienne a également pris la décision d’impliquer des entreprises palestiniennes dans la mise en œuvre de ces plans, ce qui n’empêche pas 600 constructions supplémentaires de disparaître chaque année. Il faut y mettre un terme. C’est précisément ce qui rend le soutien d’Oxfam véritablement essentiel. Nous sentons les effets de son implication considérable dans notre travail, ce qui est très motivant pour nous », poursuit Alon Cohen-Lifshitz.

Les colonies israéliennes s’agrandissent tandis que les Palestiniens peinent à obtenir un permis de construire.

Situation politique: la Cisjordanie est en grande partie contrôlée par Israël. L’Autorité Palestinienne, créée suite aux Accords d’Oslo (1993), contrôle une partie du territoire.

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Profil de Bimkom

- ONG israélienne composée de planificateurs et d’architectes, fondée en 1999 et établie à Jérusalem. - Bimkom aspire à une politique de planification territoriale équitable et à des procédures qui répondent aux besoins des communautés implantées sur la rive occidentale du Jourdain (zone C) ainsi qu’à Jérusalem-Est. - Focus : aménagement du territoire, procédures de planification territoriale, lutte contre les déménagements forcés et les démolitions. Promotion de règles de construction justes et d’une réparation équitable de l’eau, des systèmes de traitement des déchets, des routes, de l’électricité et des services publics (écoles, cliniques, logements, serres...).

Rapport sur la politique de logement • Dans le rapport ‘Un bilan décevant’, de l’Association des ONG internationales pour le développement en Territoire Palestinien Occupé (AIDA), plus de 80 organisations de développement dénoncent la politique de logement menée en zone C ainsi que la passivité européenne. • Les organisations demandent davantage de cohérence dans les politiques mises en œuvre par l’UE qui doit faire cesser la démolition des infrastructures et des habitations. Elle doit exiger plus de transparence et de participation, et insister pour que les autorités israéliennes respectent le droit humanitaire international.

© Oxfam

décembre 2013 • globo 11


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