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ARKUCHI #55

Page 1


Dans le Rétro… Dans le Viseur

06 C dans l’Air

Le faire ensemble du collectif XY Le raffinement de Thomas Lebrun

ABONNEMENT 7 NUM./AN = 38 EUR. 04

08

Success Story

Que du beau à L’Opéra de Lyon !

10

Spécial Festivals

Écrans Mixtes •

Les Reflets • Chaos

Danse • Transforme • Écrans du Doc

Forme & Fonction L’eau, retour en ville 18 FOKUS

Derrière l’horizon avec Clément Montolio

Manifesta • Lugudnum musée & théâtres • Galerie Tator

mars • avril 2026

Magazine gratuit

Toutes les 6 semaines

Édité par La Plume d’icKar

S.A.S. au capital de 1 000 € 18 rue Belfort 69004 Lyon

Diffusion plus de 450 lieux

Lyon, Métropole & Rhône‑Alpes

Publicité mag.arkuchi@gmail.com 06 13 07 06 97

Direction de la publication

Rédaction en chef

Anne Huguet ‑ 06 13 07 06 97

Secrétariat de rédaction

Emmanuelle Babe

Illustration de couverture

Clément Montolio

22

Bêtes de Scènes

Tamara Al Saadi • Alexander Zeldin • Séverine Chavrier • Armin Hokmi • Jeune création

À la Moulinette

Patachtouille se (la) raconte

Déambulations Du live et du vivant

Lettres & Ratures François Beaune célèbre

Ont participé à ce numéro

Martin Barnier, Blandine Dauvilaire, Émiland Griès, Marco Jéru, Valérie Legrain

Doussau, Trina Mounier, Ponia & Jackson, Victoria Reddock, Florence Roux, Gallia Valette Pilenko

Conception et mise en page dubruitaubalcon.com

Dépôt légal à parution ISSN 2646‑8387

Impression FOT Tirage 15 000 ex. Larédactionn’estpasresponsabledestextesetphotospubliésquiengagentla seuleresponsabilitédeleursauteurs. Tousdroitsdereproductionréservés.

Dans mon théâtre, la mort est toujours présente, mais pas forcément tragique. Elle est une farce cruelle, mais jamais la fin de quelque chose, plutôt une transformation extraordinaire en quelque chose d’autre.

Emma Dante

En Grand Entretien à l’Opéra de Lyon 20 MARS

dans le rétro...

Oullins-Pierre-Bénite

Maison du Peuple

27 FÉV.

D’AMOUR. ÇA VA GUINCHER.

DE ROCK LATINO, DE REGGAE ET DE BEAUCOUP

SURVITAMINÉ NOURRI DE HIP-HOP WEST COAST,

DÉBARQUE POUR DISTILLER SON

GLOUBI-BOULGA

LA JOYEUSE BANDE DE LA CAFETERA ROJA

Auberge espagnole

LA CAFETERA ROJA

dans les oreilles

Out of Control

Ghinzu

Sleep Butch McKoy

Prayer

Savages

Rétrospective

L’Atelier Chalopin accroche, entre CroixRousse et Guillotière, quelque 75 estampes de sa collection. L’occasion de montrer sa foisonnante production en dix ans. Avec du beau monde : Guénaëlle de Carbonnières, MC Mitout, Clémentine Chalançon, Erell, Karl Beaudelere, Lucas Zambon... Ça fait très envie.

> 28 FÉV.

Petite Galerie

Françoise Besson Lyon 1

© Atelier Chalopin

> 07 MARS

Atelier Chalopin Lyon 7

LOUIS SCHRODER, VOLCAN

Spéciale conso !

50 dessinateurs, journalistes et experts, 250 dessins exposés, 4 jours de débats & rencontres pour réfléchir et rire de tout. Avec Soulcié, Chapatte, Cambon, Muzo, Pakman, Lacombe, Besse, Aurel, etc.

ÇA PRESSE #5

01 > 08 MARS

Ç a donne froid dans le dos. Merci les Célestins.

Julie Deliquet tape un grand coup avec La guerre n’a pas un visage de femme, qui nous plonge dans les horreurs de la Seconde Guerre mondiale rapportée par des combattantes soviétiques depuis oubliées. Les marches forcées, les corps meurtris, le combat, les viols mais aussi l’après… chacune se raconte avec ses failles et ses forces. Le devoir de mémoire, le rôle social des femmes, la pièce âpre et puissante fait aussi écho aux guerres d’aujourd’hui.

Laclaque

Maison de Pays Mornant

> 1

MARS

Live painting de finissage, en prime.

SoRi accroche ses portraits de femmes à Mornant. Quatre salles et 120 m² pour (re)découvrir l’ensemble de son œuvre et son art du marouflage et du pochoir.

Avec Orwell : 2+2=5, le documentariste Raoul Peck plonge dans les écrits de George Orwell et revisite le visionnaire 1984. Un tour du monde édifiant pour alerter sur la montée des totalitarismes, comme si l’humanité n’avait rien appris du passé. Brûlant d’actualité. En salle dès le 25 février.

© Clodelle

Le gratin mondial à Quais du Polar pour éclairer le monde d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Dolores Redondo, Andreï Kourkov, Jonathan Coe seront là avec les habituels Delzongle, Norek, Thilliez, Tackian et tous les autres. Pour les mordus. 03 > 05 AVR.

Fan de… street art

La 85 e promo de l’ENSATT sort du bois avec six textes écrits par six jeunes autrices et auteurs, portés au plateau par Marion Guerrero, Gaëlle Bien-Aimé et Michel Cerda. La relève est là. 24 > 26

Dernière minute

Dans Cavalières, quatre femmes partagent l’amour du cheval et surtout celui d’une enfant singulière qu’on ne voit pas. Un lien authentique va se tisser malgré les dissensions. Le théâtre d’Isabelle Lafon, tout en délicatesse, est captivant. Un joli cadeau des Célestins.

Sans artifice

RÉCIT INITIATIQUE Dans Le Iench, l’autrice et metteuse en scène Éva Doumbia dénonce les violences policières et les humiliations quotidiennes. Cette fiction familiale qui finit mal plonge dans le racisme systémique. Implacable. 25 > 28.02 • Théâtre de la Croix-Rousse (TXR)

À L’OS Inédite, cette Série noire de 64 portraits à l’acrylique sur papier kraft, par le peintre lyonnais Robert Baret. Style réaliste très graphique, tons heurtés, lumière crue pour des portraits sans concession.

À CHAUD

27.02 > 21.03 • Galerie Mémoire des Arts • Lyon 6

CONTE DÉJANTÉ Cette Blanche Neige est impayable. Fille de Michel Raskine et de Marie Dilasser, elle s’ennuie auprès de son vieux prince décati. Ils ne sont pas franchement heureux et le disent insolemment. Une version détonante pour tous âges, les Joyeux et même les Grincheux !

04.03 • La Machinerie • Vénissieux

THÉÂTRE (EN)CHANTANT Retour sur quarante ans de la vie d’une chanteuse inoubliable. Dans Barbara de théâtre en théâtre se tisse toute une vie pleine de blessures et de secrets. Captivant.

06.03 • Le Briscope • Brignais

AUTOFICTION Après les blessures des colonisations, Margaux Eskenazi se penche sur l’histoire du judaïsme à partir des écrits de Imre Kertész, prix Nobel de littérature 2002. Dans Kaddish, la femme chauve en peignoir rouge, fresque théâtrale et musicale, elle confronte les récits qui composent une identité complexe. À la fois joyeux et très personnel. 20 > 27.03 • TNP • Villeurbanne

... dans le viseur

Prendre de la hauteur

Toujours très attendu, le Collectif XY revient avec une sixième création, Le Pas du Monde, qui célèbre leur passion intacte pour l’art acrobatique. Après avoir collaboré avec Rachid Ouramdane, les circassiens renouent avec une grande forme collective qui questionne notre rapport au vivant et notre manière d’être au monde. Tour d’horizon avec l’un des artistes fondateurs, le porteur Denis Dulon.

Parlez-nous de cette nouvelle pièce. DENIS DULON Dans Le Pas du Monde, on est 22 au plateau, avec toutes les générations du collectif [qui fête cette année ses vingt ans d’existence, ndlr]. Il n’y a pas d’histoire au sens narratif du terme. La lecture de ce qu’on propose reste très ouverte. On laisse de la place à l’imaginaire du spectateur. On a travaillé sur des paysages, sur les rapports humains et des enjeux d’interconnexions fortes entre les gens. Mais aussi sur le vivant, notre rapport avec la nature. Évidemment comme on raconte de nouvelles histoires, il y a de nouveaux mots dans notre vocabulaire qui, comme une langue, évolue. La recherche se situe cette fois ci au niveau du paysage. Comment peut on figurer des arbres, des montées, des fluides qui dévalent les montagnes ?

Notre acrobatie reste performative dans la pure tradition circassienne ; on développe quelque chose autour de l’exploit et de

la performance. Mais avec une partie purement dédiée à l’interprétation. Pour induire un rapport de distance avec le fait de réaliser des choses "extraordinaires"… Il va y avoir de la vitesse. Des sauts, des vertiges, du danger, de la prise de risque et beaucoup d’imaginaire…

Comment se renouvelle-t-on ?

DD Il faut rester vivant. Tout en prolongeant les lignes posées, on ouvre des espaces de recherche différents d’une création à l’autre qui, de fait, nous emmènent ailleurs. On n’est jamais dans la quête du truc bankable. L’important est d’être curieux et d’explorer. Sans doute aussi le volume des personnalités, la richesse des nationalités du collectif (plus de 13) et le fait d’être au contact du nouveau, tout cela fait naître des idées, ça nourrit. Ça donne naissance à une certaine dissonance avec toute la beauté qu’il y a et l’invention qui peut en naître.

Considérez-vous la gravité comme une amie ou une ennemie ?

DD On joue avec, il y a quelque chose de jouissif là dedans ! L’enjeu, bien sûr, c’est de rester ami avec elle. Les jongleurs jouent aussi avec la gravité, mais avec des objets. Nous, c’est avec des corps, parfois de 110 kilos. Il y a donc d’autres contraintes… On ne peut pas tricher. Les voltigeurs diront qu’ils adorent se faire propulser et attraper. Les porteurs, comme moi, jonglent plutôt avec les corps. On ne vit pas autant que les voltigeurs la question de la gravité, on la vit par transfert…

à la une6

Texte Anne Huguet
LE PAS DU MONDE

LA

ODE À LA FÉMINITÉ

Comment gérez-vous les années avec un art aussi exigeant que l’acrobatie ? DD L’âge n’est pas toujours un problème. Oui, à vingt ans, on aime et on absorbe aisément les hautes intensités. En vieillissant, on vise un minimum d’efforts pour un maximum d’effets, dans une sorte d’optimisation de sa pratique. Plus de finesse dans le geste tout aussi technique et affûté, moins de débauche d’énergie, moins d’effort brut et de performance pure. On est dans une pratique à risques, très engagée physiquement, on subit donc des contraintes de corps pas normales. Avec l’âge, on essaie d’’appréhender ça avec la plus grande douceur possible. C’est un chemin. Cette quête là est aussi très intéressante… •

10 > 14 MARS

Bonlieu Scène nationale

Annecy bonlieu-annecy.com

21 > 28 MARS

Maison de la danse Lyon 8 maisondeladanse.com

Thomas Lebrun revient à la Maison de la danse après quelques années d’absence, pour notre plus grand plaisir ! Il faut dire que le directeur du CCN de Tours est l’un de nos chorégraphes préférés. Auteur d’une danse à l’écriture ciselée, il sait aussi théâtraliser l’art chorégraphique avec audace et fantaisie. Cet ambianceur hors pair ravit le public avec ses soirées What You Want ?, qui récoltent depuis 2012 un succès jamais démenti et qu’on peut voir de temps en temps dans la région. Tout en distillant une danse dans laquelle l’écriture prend une place essentielle, ce qui n’est plus si courant aujourd’hui.

Artiste humaniste, Thomas Lebrun ouvre son regard sur le monde à chaque occasion. C’est le cas avec Sous les fleurs, création 2023 qu’il présente à la Maison de la danse. Inspirée de la tradition des Muxes (prononcez « moutchés ») zapotèques, hommes-femmes reconnus et acceptés dans la région d’Oaxaca, la pièce explore la féminité de ce troisième genre, partie intégrante de la culture autochtone, avec le concours de l’anthropologue et danseur Raymundo Ruiz González. Après un voyage à Juchitán de Zaragoza, une petite ville dans la vallée d’Oaxaca où le chorégraphe a rencontré l’une des Muxes les plus emblématiques, la militante Felina Santiago Valdivieso, il a rapporté des images, des couleurs, des sensations. Toutes choses qu’il restitue sur le plateau avec cinq interprètes, presque tous ayant déjà travaillé avec lui. Il a imaginé le projet « comme un documentaire chorégraphique oscillant entre réalisme et onirisme... entre un pays où les hommes peuvent se marier entre eux mais où leur féminité est majoritairement refusée, et une région du monde où la féminité de l’homme est intégrée dans la culture, visible et majoritairement acceptée,maisoùl’idéeducouplenepeutl’être... ». À en croire les critiques parisiennes, Thomas Lebrun y réussit brillamment, délivrant un spectacle exquis, un petit bijou. On attend ce moment avec impatience !

à la une 7

Texte Gallia Valette-Pilenko

Plus belle la vie

En ces temps agités, le festival de l’Opéra national de Lyon nous incite à « Parier sur la beauté » avec trois œuvres d’une grande force. Rencontre avec Richard Brunel, directeur de cette maison haute en couleurs vocales.

Pourquoi avez-vous choisi comme thème cette année « Parier sur la beauté » ?

RICHARD BRUNEL Parce que la question de la beauté est en jeu dans les personnages des trois œuvres présentées, et que c'est l'ambition d'une grande maison d'opéra internationale de faire que ce pari soit partagé par le plus grand nombre. Manon Lescaut de Puccini, qui n'a pas été jouée à Lyon depuis seize ans, est une œuvre irrésistible qui articule la sensualité mélodique et la complexité entre les personnages. Emma Dante avait très envie de la mettre en scène, pour parler à la fois de la profonde misère de cette femme, de la manière dont elle s'échappe et vit un amour intense. Elle va inviter tout son univers sur scène, et l’on retrouvera Chiara Isotton (Manon Lescaut) et Riccardo Massi (chevalier des Grieux).

Traviata - Vous méritez un avenir meilleur marque le retour à Lyon de Judith Chemla…

RB C'est quelqu'un que j'admire. Nous avons une grande complicité et je suis heureux qu’elle reprenne, pour le festival, ce spectacle de théâtre musical dont elle a eu l’initiative. Il s’agit d’une variation d’après La Traviata, mise en scène par Benjamin Lazar, où l’on retrouve essentiellement les airs de Violetta, avec sept musiciens au plateau. Judith est incandescente, elle a une force et une fragilité extraordinaires.

Vous allez mettre en scène BillyBudd de Benjamin Britten, pourquoi ce choix ?

RB C'est le premier opéra que j'ai vu à vingt deux ans et ça a été un choc musical. Britten est un immense compositeur qui adore le théâtre, or cette œuvre n’a jamais été jouée à Lyon. Billy Budd est un jeune et beau marin, enrôlé de force sur un navire de guerre. Il est accusé à tort de préparer une mutinerie ; comme il n’arrive pas à se défendre car il bégaie, il va être pendu. La spatialisation des voix de ces marins est extraordinaire, il y a une grande force dans la partition. Sean Michael Plumb, qui joue Billy Budd, est un chanteur très repéré. Derek Welton, dont la voix est monumentale, joue le capitaine qui le martyrise. Quant à Paul Appleby, dont la voix est d'une grande délicatesse, il revient à l’Opéra de Lyon pour interpréter le capitaine Vere. Cette œuvre me permet aussi de continuer le travail que je mène depuis des années sur la question de la justice et l’injustice. L’histoire interroge la responsabilité des personnages, on va assister en direct à la reconstitution mentale des faits, lors du procès du capitaine. C’est une œuvre puissante qui peut résonner avec nos sociétés. •

à la une8

Texte Blandine Dauvilaire
TRAVIATA VOUSMÉRITEZ UN AVENIR MEILLEUR

festivals

Mars attaque

Bientôt le printemps et sa floraison de festivals, premiers d'une longue et belle série jusqu'à la fin de l'été. Poésie, chanson, polar, danse, ça démarre fort. En voici cinq qui nous font envie, dont trois dédiés à la création cinématographique : queer, latino et documentaire. Des Balkans au Brésil en passant le Sud-Ouest rural, la planète est à portée de regard. Côté spectacle vivant, Transforme et Chaos Danse font bouger les lignes, les formes, bref la création est à la fête !

Le queer se lève à l’Est

Pour sa 16e édition, Écrans Mixtes poursuit sa mission queer. Et cherche à s’affranchir des lignes, comme le défend le directeur artistique de ce festival devenu un incontournable de la saison culturelle métropolitaine. La programmation s’intéresse cette année au cinéma des Balkans et rend hommage à Jean Genet, disparu il y a quarante ans. On lève le voile avec Ivan Mitifiot.

Pourquoi avoir choisi de mettre l’accent sur le cinéma des Balkans ?

IVAN MITIFIOT Les Balkans me tiennent à cœur parce que je suis moi même d’origine croate, je suis donc très attentif à ce qui se passe là bas. Depuis quelques années, on observe que c’est en train de bouger au niveau du cinéma et des arts en général. Les femmes, en particulier, prennent la caméra pour dire non au patriarcat (très puissant dans les Balkans), pour dire non au sexisme. Elles sont tout simplement en train de faire une révolution par le cinéma. On voyait cela depuis quelques années mais en 2025, c’est flagrant. Il y a une flopée de films très variés, issus de Croatie, de Slovénie, d’Albanie, de Grèce, qui vont du cinéma de genre au cinéma historique, en passant par le cinéma contemporain. Et les propositions sont très, très

ÉCRANS MIXTES 04 > 12 MARS 30 lieux, Lyon et métropole festival-em.org

intéressantes. Il faut se souvenir que les Balkans ont vécu la dictature communiste, ont subi la guerre, et assistent aujourd’hui à un retour du religieux très marqué. Il y a sept films programmés dans le focus, uniquement réalisés par des femmes, dont deux – slovène et grec – sont en compétition. Gorgonà de la Grecque Evi Kalogiropoulou, par exemple, est une sorte de Mad Max tarantinesque féministe. La plupart de ces cinéastes étant issues des arts plastiques, cela donne des films extrêmement contemporains, où chaque plan est un tableau, avec une démarche à la fois artistique et politique.

Vous avez choisi de mettre à l’honneur le cinéaste lituanien Romas Zabarauskas en présentant trois films. Pouvez-vous nous en parler ?

IM On l’appelle "l’enfant terrible des pays baltes". C’est le cinéaste queer emblématique de cette région. Il était déjà venu en 2022, avec Tomber pour Ali (2022), le premier volet de ce qui n’était pas encore une trilogie, dédiée aux amours sacrifiés par les circonstances politiques. Nous présentons donc l’intégralité de cette trilogie, avec L’Activiste (2025) et Te Revoir (2024).

Et Romas Zabarauskas sera également membre du jury.

Pourquoi ouvrir le festival avec un film iranien ?

IM Nous sommes tous touchés par ce qui se passe en Iran en ce moment. Nous avons voulu ouvrir symboliquement le festival avec La Foule (The Crowd), une fiction de Sahand Kabiri filmée sous le manteau (comme toujours en Iran) et un titre tristement prémonitoire. On retrouve aussi un film iranien en compétition, tourné comme beaucoup d’autres dans une voiture, parce que c’est un des rares espaces de liberté dans le pays aujourd'hui. Il ne faut pas perdre de vue que le festival a un fond politique. Que veut on dire du monde ? On constate qu’en Iran une jeunesse est en train de se soulever, par l’art. •

Texte Gallia Valette-Pilenko

LES REFLETS

25 > 31 MARS

Cinéma Le Zola

Villeurbanne

01 > 05 AVR.

Hors les murs + ENS

festivals

Un monde en lutte

Depuis 1983, les Reflets du cinéma ibérique et latino-américain à Villeurbanne explorent les cinématographies hispanophones et lusophones. La sélection de 25 films de 13 pays – dont 6 inédits et 6 avant-premières – plonge dans les heures sombres de l’Histoire et s’intéresse aux problématiques actuelles d’écologie et de capitalisme. Focus sur quelques réalisations de cette 42e édition.

ONcommence fort avec Os Barcos(1) du Lyonnais

Vincent Boujon. Direction la favela de Gamboa (Bahia, Brésil), le documentaire s’ouvre sur la terrasse du restaurant de Mônica, attraction tendance pour touristes et influenceurs qui attise les convoitises dans un rapport de force brutal. Les habitants protestent contre un projet de destruction de la favela au profit des riches propriétaires qui rêvent de s’approprier le rivage. Le film montre crûment ce combat de David contre Goliath : les pontons des résidences luxueuses tolérés versus celui du petit restau de pêcheurs à détruire. Boujon filme cette tension à hauteur de corps, le montage ménageant aussi des respirations pleines d’humour avec sa galerie de présences (chat, coq…) qui

fait vivre Gamboa comme un organisme à part entière. Le réalisateur joue des surcadrages et des contrastes, avec les corps filmés de très près, la pauvreté des maisons dominées par les immeubles luxueux ou les jet skis qui croisent les barques de pêcheurs. Os Barcos ne raconte pas seulement une lutte locale, il capte, avec une grande justesse sensorielle, ce moment où un territoire menacé reprend la parole. On continue avec Derrièrelesdrapeaux, le soleil de Juanjo Pereira. À partir d’images rares, le cinéaste retrace trente cinq années de dictature sous Stroessner, au Paraguay. Si les chansons de propagande de l’époque donnent une version idyllique du pays, les documents déclassifiés de la CIA montrent comment l’Opération Condor(2) a permis la torture et les arrestations arbitraires. Au Paraguay, on estime qu’une personne sur dix était un informateur. Le film joue habilement avec les archives, le son déformé dénonçant la propagande. Un film local montre le

progrès avec le gigantesque barrage d’Itaipu, alors qu’un reportage révèle les destructions environnementales et les ouvriers morts. Les images s’entrechoquent quand Stroessner sert la main des présidents du monde entier tandis que Beate Klarsfeld dénonce la protection du nazi Mengele dans le pays. Le festival présentera aussi le nouveau film de l’Argentine Lucrecia Martel qui, dans Nuestra Tierra, raconte la lutte des peuples autochtones pour leur survie. Le même processus de construction de l'autonomie au quotidien est à l’œuvre dans la région du Chiapas mexicain avec Un Lugar mas grande de Nicolas Défossé. Enfin Romería, voyage initiatique dans l’histoire espagnole abîmée par le franquisme, est à découvrir avec sa réalisatrice Carla Simón.

Entre passé dictatorial et nouvelles luttes, les Reflets restent un festival engagé, éminemment politique. •

(1) En avant-première également aux Écrans du Doc (24 mars).

(2) Campagne de terreur et de répression anti-communiste menée dans toutes les dictatures sud-américaines avec l’aide de la CIA.

Texte Martin Barnier et Valérie Legrain-Doussau
ROMERÍA, CARLA SIMÓN (2025)

CHAOS PROMETTEUR

Depuis vingt trois ans, l’Astrée accueille à Villeurbanne le festival Chaos Danse, qui fait la part belle à la création chorégraphique régionale. Cette année encore, il ne déroge pas à la règle en invitant les compagnies les plus excitantes du moment que sont Matière Mobile, l’Ensemble Factures et PARC, chacune avec une pièce récente ancrée dans l’actualité. C’est le cas de Coefficient inconnu de Marie Gourdain (Matière Mobile), une pièce pour cinq interprètes créée en octobre dernier au LOFFT de Leipzig, autour des Sabines, la célèbre peinture de David Tout comme la formidable Demande d’asile de Nicolas Barry (Ensemble Factures) qui dénonce avec un humour dévastateur les entretiens menés par l’Ofpra pour accorder l’asile aux réfugiés. Danse et théâtre s’entremêlent dans un duo aussi politique que chorégraphique absolument jubilatoire. Quant à La Liesse de Pierre Pontvianne (compagnie PARC), créée à Montpellier Danse l’été dernier, elle embrasse la joie et la peine d’une foule, son déploiement et sa dispersion. On n’oublie pas de mentionner le « bouquet final », un grand bal donné par le Groupe Nuits, qui excelle en la matière ! • 10

© Garance Li GROUPE NUITS
Texte Gallia Valette-Pilenko

festivals

Nouvelles formes

Pour la troisième fois, le festival Transforme, lancé par la Fondation d’entreprise Hermès en collaboration avec quatre structures culturelles situées à Paris (théâtre de la Cité internationale), Rennes (TNB), Clermont Ferrand (Comédie) et Lyon, s’installe en mars aux SUBS. L’idée du festival est de privilégier des hybridations, tant au niveau des formes que du fond. La programmation composée par les quatre lieux partenaires fait la part belle aux nouvelles écritures et aux formats inédits. Sur les sept propositions à découvrir, deux sont des dispositifs plutôt que des spectacles, dont le très intrigant Entre vos mains de

Marc Lainé, le directeur de la Comédie de Valence. Troisième volet d’Une Trilogie fantastique entamée à son arrivée dans la cité drômoise, ce parcours exposition plonge trente spectateurs dans la psyché du médium Mehdi Lamrani, habité par sept artistes imaginaires disparus. Une expérience immersive en forme de puzzle à reconstituer, qui oscille entre réel et imaginaire. À l’instar de Je suis une montagne du chercheur artiste protéiforme Éric Arnal Burtschy et son expérimentation sensorielle du vivant, qui propose de ressentir la lumière nous traverser, la pluie nous mouiller, le vent souffler. Dans un genre plus traditionnel, on retrouve avec plaisir le Collectif Maison Courbe et Le Bruit des pierres, un duo franco brésilien (Domitille Martin et

LE MONDE TEL QU’IL VA

[ Emmanuelle Babe ]

Nina Harper) autour de la matière minérale mis en scène par Ricardo Cabral. Tout comme celui de Jolie Ngemi, artiste jamais venue à Lyon, et son Mbok’Elengi : une ode vibrante à son pays et sa ville natale, Kinshasa, « source infinie d'inspiration et de vibrations », dont elle veut partager « cetteénergieaveclemonde,unedanse à la fois ». On n’oublie pas non plus le magnétique Nexus de l’adoration de Joris Lacoste (Avignon 2025), un rituel moderne profane de danse, poésie et musique pop à vivre sur la grande scène des Célestins et surtout En Fanfaaare ! de Tatiana Julien, une chorégraphe à découvrir absolument, qui questionne le rapport scène/public et l’être ensemble. Pour réveiller le monde. • TRANSFORME

Dix-sept films dont six en avant-première : dur, dur de faire son choix dans la programmation toujours foisonnante des Écrans du Doc ! Parmi ceux-ci, LesChailléesdel’Enfer (Léo Boudet), au cœur du domaine de la vigneronne Christine Vernay confrontée au changement climatique, ou encore L’AffaireAbdallah (Pierre Carles, présent) sur le militant libanais propalestinien incarcéré 40 ans en France. En figure maîtresse du documentaire, le portrait tient toute sa place, citons le puissant Serás Farruquito (Santi Aguado et Reuben Atlas) sur le grand danseur flamenco gitan. Propagande, violence et contre-feux parcourent deux films consacrés aux grandes puissances qui agitent la planète : Howard Zinn : une histoire populaire américaine 2 et Mr Nobody against Putin, ou le récit d’une résistance possible. Vive le docu !

LES ÉCRANS DU DOC #15 24 > 29 MARS Le Toboggan Décines letoboggan.com

© Arnaud Beelen
MBOK’ELENGI, JOLIE NGEMI
Texte Gallia Valette-Pilenko

Retour aux sources !

archi-

Dire que l’eau est à l'origine de toute vie sur Terre est une évidence depuis longtemps démontrée. Elle n’est pourtant vraiment pas la bienvenue dans l’architecture, ni dans l’espace urbain contemporain, par essence surétanché et surminéralisé. Paradoxe !

Construire bâtiments et routes n’a jamais fait bon ménage avec l’élément aquatique, qu’il sourde des sous sols ou qu’il tombe du ciel. Or on bâtit, on aménage pour préserver et permettre aux activités humaines quotidiennes – se reposer, manger, travailler, se réunir, se divertir, protéger ses biens – de se déployer à l’abri des intempéries. Selon les climats, cela signifie les protéger tantôt du froid, tantôt de la chaleur… mais toujours et à tout prix de l’eau ! Car l’eau a la fâcheuse tendance à s’infiltrer dans chaque faiblesse de nos constructions, suivant le trajet descendant le plus court et le plus simple, imperturbablement attirée par le sol et mettant tout en œuvre pour l’atteindre. Rien ne sert de lutter contre son tropisme gravitationnel. Il faut au contraire l’accompagner, la guider en lui traçant les chemins souhaités, qui épargnent les matériaux de nos ouvrages. Car à son contact répété, tout ce qu’édifient les hommes se dégrade et rien ne perdure très longtemps : la pierre se fend, le béton s’érode, l’acier rouille, le bois pourrit, le plâtre se dissout. Très rares sont les produits qui lui résistent longtemps… hormis peut être le plastique, que l’on retrouve en gigantesques nappes dans les océans, pulvérisé en myriades de microparticules. Mais on ne construit pas en plastique, et on a bien raison : il est issu de l’industrie pétrolifère, ressource qui se dirige irrémédiablement vers son proche épuisement.

Depuis ses origines, l’art de construire a inventé et développé tout un corpus de savants détails mis en œuvre dans tous les corps d’état, depuis les fondations jusqu’aux couvertures, avec pour unique objectif que l’eau ne rentre surtout pas et soit systématiquement rejetée. Et celle qu’on laisse tout de même entrer, car on en a besoin pour boire et (se) laver, est scrupuleusement traitée, contenue, distribuée puis évacuée après usage. Et pourtant l’eau a toutes les vertus, à condition de ne pas contrarier contrarier son cycle naturel – condensation, précipitation, infiltration, ruissellement, évaporation –et on recommence.

Alors que penser de toute cette humaine ingéniosité qui a conduit à la détourner et à l’emprisonner dans des canalisations pour l’envoyer le plus loin possible de nos espaces de vie ?

Les dégradations qu’elle provoque ont semblé ainsi un temps résolues, pour se rendre compte que de nouveaux problèmes apparaissaient. Les conséquences de cet escamotage sont nombreuses, conduisant à l’assèchement et la désertification. L’espace urbain qui croît sans cesse sur Terre – la moitié de la population mondiale vit aujourd’hui en ville et doublera d’ici 2050 (demain donc) – est par exemple en butte à l’échauffement climatique et étouffe de plus en plus sous les températures qui grimpent, sans qu’on ne sache comment les faire redescendre à un niveau acceptable. Une solution simple à ce problème est pourtant offerte gracieusement par l’eau et son meilleur allié :

ALORS, PARTOUT DU VERT, MÊME LÀ OÙ ON NE LE VOIT PAS

le règne végétal, qui participe et accélère son cycle. Par son ombrage et sa faculté d’évapotranspiration, cet allié est LE régulateur climatique naturel. Eh oui, le transfert de l’eau du sol vers le ciel par les plantes recèle un puissant effet rafraîchissant ! Alors, partout du vert, même là où on ne le voit pas : les règlements d’urbanismes hexagonaux exigent par exemple que les toitures terrasses qui couvrent les bâtiments soient désormais végétalisées, même lorsqu’elles ne sont pas accessibles.

À hauteur d’homme, observons également l’évolution de notre espace public. Les trottoirs et les rues deviennent plus étroits pour laisser place à des bandes de terres plantées, les places de pierres et de bitume sont morcelées d’innombrables surfaces végétalisées. Remarquez comment ces surfaces sont façonnées en cuvette, plus du tout entourées comme auparavant de bordures continues qui formaient de mini barrages. Les eaux de pluie ne sont plus récupérées dans des grilles de sol mais se déversent désormais librement dans la terre. L’eau retourne à son cycle. Et les plantations – arbres, arbustes, haies, massifs, pelouses – de ces nouvelles surfaces perméables font leur boulot de pompage des racines jusqu’aux feuilles qui transpirent, pour notre plus grand bénéfice. Alors, plantons pour ne pas se planter ! •

tecture

PARC DE LA FRANCE LIBRE, VILLEURBANNE
© Lucas Frangella

ZENITH

> 08 MARS

Galerie Françoise Besson Lyon 1 francoisebesson.com

PRIMAVERA

04 AVR. > 06 JUIN

AmesSœurs

29 rue Saint-Georges Lyon 5 amessœurs-edition.com

Panorama intime

S– une pièce de son appartement – et un second, à Villeurbanne, où il réalise les grands formats. Après avoir été bien visibles, sur fond de nature, pendant une première période de création, les figures humaines ont peu à peu disparu de sa

es toiles silencieuses sont comme le décor de nos paysages intérieurs : étendues d’eau, forêts, landes, vallées et monts, prairies et bouquets… le peintre Clément Montolio fait bien davantage que reproduire fidèlement, telles des natures mortes, les photos prises par des proches dont il s’inspire pour créer. Assez figuratives pour être évocatrices, ses peintures se révèlent pourtant comme un (beau) prétexte à s’interroger : que devine-t-on derrière ce que l’on voit ? Quelle histoire imaginer ? Telle est la question ! Elle domine le travail de Clément Montolio depuis quarante ans. L’homme, discret mais disert lorsqu’il s’agit de peinture Renaissance, de poésie ou d’expressionisme allemand, évolue depuis plusieurs décennies entre son atelier lyonnais – une pièce de son appartement – et un second, à Villeurbanne, où il réalise les grands formats. Après avoir été bien visibles, sur fond de nature, pendant une première période de création, les figures humaines ont peu à peu disparu de sa

Texte Emmanuelle Babe • Peintures Clément Montolio

CAPTER CE QUI ARRIVE, MÊME SI C’EST UNE PENSÉE FARFELUE

peinture, et « le paysage a pris le pas », explique l’artiste. Ce tournant s’opère au début des années 2000, époque où une galeriste en devenir, Françoise Besson, le repère : « Je fussonpremierpeintreexposé.Depuis,ellem’estfidèleetmoià elle. » En témoigne le commissariat qu’elle lui a confié pour l’exposition Zenith, qui réunit en ce moment onze artistes sur les cimaises de la rue de Crimée. La sobriété trompeuse des peintures de Clément Montolio repose sur une forme de lâcher prise. « Melaissersurprendreparlerésultat,produiredel’inattendu,c’estcequeje recherche.Jelaissetoujoursunepartd’infinitude,avecl’idéequejepourraismême complètementdétruireunepeinture. » Loin de toute traduction littérale de son sujet, il parle de « masses » et de « formes », une matière acrylique à travailler, à racler, à essuyer au coton, dont la dépose est à dompter. « Je cherche un résultat assez net, défini », ajoute le peintre. L’héritage, sans doute, de ses cinq années de formation à la gravure sur bois et à la taille-douce, au sein de l’atelier Alma. Avec humilité, l’artiste reste à l’écoute de ses impressions, voire de ses intuitions, quitte à proposer parfois comme un collage de plusieurs images. C’est pourquoi il préfère parler de « suites » plutôt que de séries : « Jenesaispascequejecherche,c’estcequimeplaît.Rien n’estprémédité. » Ainsi un projet de paysage est-il devenu un bouquet à l’envers, recomposé. La fleur est un thème récurrent chez Clément Montolio, « c’est l’idée de la constellation,d’unedispersioncéleste,delarégénérescenceaussi ». Elle est au cœur d’une récente commande par la maison lyonnaise AmesSœurs qui enthousiasme l’artiste : l’édition de sept foulards sur soie avec ses tableaux pour motifs. Quelques-unes de ses toiles y sont également exposées. Même ici, en majesté sur un tissu précieux, le peintre n’en démord pas : « La fleur dit plus que la fleur. » •

INSPIRATIONS

Jean-Michel Alberola, Olivier Debré, Marc Desgrandchamps, Ferdinand Hodler, Ingres, Félix Vallotton, Francisco de Zurbarán…

SANSTITRE,
SANSTITRE,

c’est bon, c’est beau

Sept nuances de l’art africain

La galerie Manifesta continue sa plongée dans l’art africain contemporain en invitant pour la première fois la Primo Marella Gallery (basée à Milan) à présenter quelques uns de ses talents. Africa Universe rassemble sept artistes originaires d’Afrique subsaharienne et donne à voir la vitalité de sa création picturale, la diversité de ses pratiques et de ses imaginaires. On regrette qu’aucune femme n’ait été invitée, néanmoins on se laisse volontiers transporter par la couleur et le pouvoir d’évocation de ces créateurs qui dévoilent un langage pluriel irréductible à toute codification. Les grandes œuvres d’Abdoulaye Konaté, sans doute le plus célèbre des sept, percutent le regard par leur couleur, leur rythme et leur composition. Elles sont constituées de lamelles de bazin, tissu traditionnel en Afrique de l’Ouest, savamment cousues et parsemées de symboles divers. Tout autre est le travail du Malgache Joël Andrianomearisoa, nommé pour les prix Marcel Duchamp et BNP Paribas 2026, et que le public a aussi déjà pu voir chez Manifesta. Même s’ils ont tous deux une relation forte avec le textile, à l’instar de Samuel Nnorom (à découvrir au premier étage). Plusieurs de ses grandes toiles dialoguent dans le grand salon qui accueille le visiteur avec une œuvre du jeune Zimbabwéen Troy Makaza. Celle ci est à mi chemin entre peinture et sculpture, puisqu’il travaille le silicone avec une poche à douille qu’il peint ensuite, mêlant tradition et modernité aussi bien dans ses matériaux que dans ses motifs. Surgit ainsi une œuvre inclassable « oscillant entre abstraction et figuration » selon ses mots. Tandis que les portraits du peintre ougandais Arim Andrew sont au contraire hyperréalistes – les peaux brillent comme si elles étaient réelles –, montrant des jeunes femmes au regard à la fois mélancolique et narquois, comme pour déjouer la censure d’un pays où l’homosexualité est passible de prison. Organique et engagé à l’image de tout l’accrochage. •

Texte Gallia Valette-Pilenko
© Primo Marella Gallery
ARIM ANDREW, HEARTSANDACROCODILE, 2022
> 06 MARS Manifesta Lyon 1 manifesta-lyon.com
ARIM ANDREW, UNTITLTED, 2022

> 07 JUIN

Ludgunum, musée & théâtres romains lugdunum.grandlyon.com

POÉSIE INDUS

[ Gallia Valette-Pilenko ]

Le pouvoir du beau

Une fois n’est pas coutume, neuf Muses accueillent le visiteur de l’exposition actuellement visible au musée Lugdunum : rien de plus normal quand on sait que C’est canon ! L’art chez les Romains questionne la notion d’art et d’héritage tels que les concevait l’Empire. On le sait aujourd’hui, les Romains ont allègrement pillé les pays conquis, surtout la Grèce dont ils raffolaient, et ont installé des sculptures dans l’espace public, comme des symboles non seulement de culture mais aussi de puissance. Mais l’art ne revêtait pas exactement la même signification qu’aujourd’hui ; le mot englobait une dimension à la fois théorique et technique. Il est à noter que les Romains prisaient autant les copies que les originaux (cf. la Vénus de type capitolien de la Fondation Torlonia).

Sur plus de 600 m², le public découvre, en rez de chaussée, une centaine d’œuvres et d’objets – statues, peintures, fresques, bijoux, argenterie… – prêtés par vingt trois musées et institutions de conservation transalpins. Certaines pièces d’Italie n’ont jamais été montrées en France, telle cette magnifique tête d’Amazone polychrome sortie des fouilles d’Herculanum en 2006, (presque) intacte. La plus belle découverte de cette exposition est sans doute d’apprendre que, comme au Moyen Âge, les statues étaient colorées mais qu’elles ont été méticuleusement nettoyées, notamment au XIXe siècle. Pour s’en convaincre, une œuvre virtuelle réalisée par le studio AADN propose au visiteur de recolorer une Vénus à sa guise. Une belle fin pour une exposition qui recèle des chefs d’œuvre – dont le plan relief de Rome ou la tête colossale de divinité des musées royaux de Turin –, les mettant en valeur de façon ludique et accessible. •

L'air de rien, la petite galerie Tator de la rue d’Anvers invite des artistes qu’on ne voit pas ailleurs. C’est le cas de Matthias Odin (vu à la dernière Biennale d’art contemporain). Le Lyonnais d’origine parti faire ses études à l’école des Beaux-Arts de Cergy est revenu pour une résidence de production à la Factatory, lieu de création et d’expérimentation porté par la galerie. Le fruit de ce travail a donné Home Again, expo délicate pour qui aime la poésie industrielle. Ce collecteur de rebuts, de chantier essentiellement, amasse avant de composer des installations troublantes et inspirantes, construites comme des strates de mémoire. Des sculptures prennent forme, à partir de petits morceaux de béton, de fils de fer tordus, de verre, de dessins (qui ne sont pas forcément de lui), d’images prises derrière les vitres de sa voiture lors de virées nocturnes, et racontent des bribes d’histoires, comme des capsules temporelles. À l’image de ces sphères de béton qui emmènent là où l’imagination vagabonde…

> 27 MARS

Galerie Tator Lyon 7 rogertator.com

Texte Gallia Valette-Pilenko
PUGILISTE DES THERMES

bêtes de scènes 22

L’adolescence au cœur

Tamara Al Saadi, quarante ans à peine, est comédienne, dramaturge et metteuse en scène. Cette artiste franco-irakienne, encore peu vue en Rhône-Alpes, était au programme du In d’Avignon l’été dernier, avec Taire. Bonne nouvelle, trois de ses pièces sont à l’affiche ce printemps. Rencontre.

Racontez-nous votre parcours.

TAMARA AL SAADI Ma passion pour le théâtre est née en CM2, puis un prof de français m’a fait réaliser mon intérêt pour la mise en scène. J’ai commencé à jouer plus tard, notamment avec Arnaud Meunier. Ensuite, je dois beaucoup au festival Impatience. J’y ai obtenu le Prix du Jury et celui des Lycéens qui m’est très cher car je m’adresse particulièrement à cette classe d’âge. Je ne m’y attendais pas : je sortais de nulle part, je n’avais fait aucune école. Forcément ça a créé de la curiosité et je me suis retrouvée soudainement exposée. Ce qui a provoqué une crise de croissance dans notre collectif : nous sommes passés sans transition d’une salle de répétition rustique au In d’Avignon !

Texte Trina Mounier

MER

18 > 20 MARS

Les Ateliers - Presqu’île

Lyon 2

24 MARS > 04 AVR.

MC2: Grenoble tournée Isère

TAIRE

01 > 02 AVR

MC2: Grenoble

PARTIE

28 > 29 AVR.

Théâtre de la Renaissance

Oullins-Pierre-Bénite

VERTIGE ET EFFROI

Ça a été très dur. Comme si j’avais été propulsée dans une arène sans armes... Des expériences comme celle là, j’en ai vécu plusieurs, cela m’a permis d’être moins fragile.

Vous venez dans la région avec trois pièces – MER,Partie et Taire. Toutes parlent de l’adolescence… TAS Et même de l’enfance. On parle toujours de soi au théâtre.

J’ai découvert en moi des obsessions que je ne soupçonnais pas : les violences à l’enfance et le silence. Maëlle Poésy avec qui j’ai travaillé m’avait prévenue que c’était dans le choix des sujets, leur ressemblance, qu’apparaissaient et grandissaient les thèmes fondateurs de notre travail.

Comment travaillez-vous ?

TAS Je cherche à faire un théâtre accessible, moins élitiste que le théâtre public tout en essayant de ne pas me plagier, de garder une intégrité intellectuelle et artistique. Je n’aurais jamais réussi seule. Être entourée de comédiens et de personnes que je connais depuis longtemps, engagés pleinement à mes côtés, qui ont confiance en moi et en mes histoires, m’a aidée à garder le cap… J’écris mes textes en amont puis je leur donne. Rien n’est gravé dans le marbre, mais rien n’est improvisé. Une fois au plateau, je modifie. Les corps ne mentent pas. Quand les interprètes autorisent le passage d’un texte à travers leur humanité, c’est un peu comme un scanner… •

Séverine Chavrier, dont le public lyonnais a pu voir Ils nous ont oubliés d’après Thomas Bernard il y a deux saisons, présente cette fois Absalon, Absalon !, une adaptation d’un roman touffu et sauvage de William Faulkner. Absalon, pour mêler la petite et la grande Histoire, est un personnage de la Bible, le troisième fils de David… S’ensuit une succession de viols, d’incestes, de meurtres et de vengeances tous plus épouvantables les uns que les autres. Faulkner ne suit ni David, ni Absalon, mais un pauvre blanc déclassé, Thomas Sutpen, qui a fait fortune dans le trafic d’esclaves. Odieux et pitoyable, il cherche à faire oublier ses attaches avec une femme noire qui lui a donné un fils.

La violence sert de fil conducteur à Séverine Chavrier, artiste au style flamboyant et complexe, qui aime les récits forts, les êtres malmenés par le destin, haineux avec le monde et en rupture de ban avec leur propre raison. Elle transpose cette histoire dans l’Amérique post-guerre de Sécession, plus précisément dans un Mississipi encore rongé par l’esclavage et les crimes. Le spectacle dure longtemps. Cinq heures d’horreur mais aussi d’intensité, et d’émotion. Du grand théâtre, exigeant et sublime. Il faut dire que Séverine Chavrier joue à merveille des superpositions de dispositifs scéniques, sonores et vidéo, mais aussi d’époques et de lieux, sans doute pour mieux faire ressentir (sinon comprendre) l’extrême complexité de l’âme humaine, l’empilement des enjeux relationnels… À l’instar sans doute de l’imbroglio délétère qui s’est emparé de la Comédie de Genève dont celle qui est encore dans l’organigramme directrice générale est parallèlement persona non grata sur le plateau…

© Christophe Raynaud De Lage
Christophe
TAIRE
Texte Trina Mounier
13 > 15 MARS TNP

bêtes de scènes 24

Rtheatredescelestins.com pointdujourtheatre.fr theatrelarenaissance.com theatre-jean-marais.com lepolaris.org theatredevillefranche.com

Promesses tenues

Les temps sont durs pour les jeunes compagnies de théâtre : il faut se battre pour créer, malgré le gel des subventions et la frilosité des partenaires. Heureusement, certains continuent leur bonhomme de chemin. Parfois avec talent, telle Lucile Lacaze dont le travail est salué à grande échelle. Gros plan sur quelques nouvelles créations d’artistes qui ont déjà fait leur preuve.

evoilà François Hien. Il vient de coécrire Feu la forêt avec Jérôme Cochet, également metteur en scène et ingénieur. Cette œuvre vient compléter le diptyque inauguré par Mort d’une montagne. Ces spectacles alertent sur les risques liés au dérèglement climatique. Proches du théâtre documentaire, ils sont écrits au cours de résidences d’écriture communes aux deux auteurs sur les lieux mêmes de ce qu’ils décrivent. Cela permet de rencontrer les habitants (paysans, élus, chasseurs, promeneurs) et d’avoir un bel éventail de points de vue. Ensuite, le texte est remixé en fiction et les personnes rencontrées deviennent les personnages d’une histoire… Mort d’une montagne était un récit haletant et poétique sur la

fonte des glaciers et ses conséquences. Gageons qu’il en sera de même de Feu la forêt.

Courir à la Catastrophe fait aussi partie des compagnies qu’on suit. On aime son humour corrosif et son insolence joyeuse. Avec Et le reste c’est de la sauce sur les cailloux, Alice Vannier et Sacha Ribeiro prennent le prétexte de nous plonger dans la filmographie de Danièle Huillet et Jean Marie Straub, deux obscurs réalisateurs des années 1960 dont ils décortiquent la radicalité politique et la vie sentimentale mouvementée. Là encore un long travail à la table précède le passage au plateau et aux improvisations. Le spectacle, jamais définitivement fixé, se nourrit de chaque représentation. Création aux Célestins.

N’oublions pas Vive du duo Chaffin et Carabédian, une fable contemporaine

autour de l’inceste et de l’enfance volée. Ou encore Logan de Carvalho, artiste original à la personnalité attachante qui continue à éclairer le futur avec ses utopies et des contes hauts en couleur. Après l’épopée dystopique de [RAKATAKATAK] C’est le bruit de nos cœurs, il revient avec Nelvar – Le Royaume sans peuple créé à Saint Étienne en octobre dernier. La pièce avec des elfes, des trolls et des humains questionne le vivre ensemble dans un univers d’heroic fantasy… Tout un programme ! On dira aussi un mot du collectif lyonnais Le Bleu d’Armand, qui a déjà quelques pièces à son actif. Dont Grand pays sur le délit de solidarité et surtout Thelma, Louise et nous, sa dernière création qui replonge et rejoue le road movie culte (mais qu’on n’a pas encore vu). •

Texte Trina Mounier

Théâtre

18 > 22 MARS

2

L’humain avant tout

ÀDANSER

LE SENSIBLE

[ Gallia Valette-Pilenko ]

quarante ans, le Britannique Alexander Zeldin est déjà internationalement connu ! Non que l’artiste soit ambitieux mais ce qui l’intéresse, par delà les disparités, c’est l’humain qui ne connaît pas de frontière. Son infatigable curiosité le mène du Caire à Saint Pétersbourg, de Naples… à Paris où il s’installe en 2022, créant depuis en français. Toujours aux côtés des petites gens pour les écouter et créer avec eux. S’il dispose d’une troupe de fidèles, il travaille aussi avec des personnes étrangères au monde du théâtre, le plus souvent recrutées sur place, pour être au plus près de leur réalité. Beyond Caring, créée en 2014 au Yard Theatre de Londres, est le premier volet de la trilogie The Inequalities. Prendre soin est sa recréation française (au TNS, en octobre dernier) avec une nouvelle distribution et un titre différent, Beyond caring signifiant « au delà du soin », ce qui le teintait d’une portée métaphysique. La traduction française change pas mal de choses, les deux langues ayant des intonations et des expressions bien différentes. Prendre soin se déroule toujours dans une boucherie industrielle, où cinq personnes font le ménage de nuit avec des contrats précaires. Le théâtre est à nu chez Zeldin : décors minimalistes, ni lumières (sinon des noirs) ni musique pour nous distraire de ces vies de misère. Le but (Peter Brook fut son maître) est de nous faire regarder la réalité en face sans échappatoire. Le spectacle, hyper réaliste et poignant, n’est pas pour autant misérabiliste : il met en avant la solidarité qui se développe et l’humanité qui se construit. •

Créé au festival de Montpellier en 2024, Shiraz de l’Iranien Armin Hokmi a provoqué la stupeur et l’émerveillement du public comme de la critique. Inconnu au bataillon en France malgré trois pièces déjà créées à l’époque, le chorégraphe avait été repéré à Montpellier par Jean-Paul Montanari, son directeur, lors d’une répétition en tant qu’interprète pour Hooman Sharifi. Selon la rumeur, de cette rencontre serait née cette pièce magnifique, qui arrive à Lyon après avoir fait le tour de l’Europe. Elle s’inspire du festival des arts de Shiraz, qui a réuni la fine fleur avant-gardiste du monde entier (Boulez, Cunningham, Shajarian, Shanta Prasad, Shahram Nazeri, Béjart…) entre 1967 et 1977, proposant des expériences exceptionnelles, comme ce spectacle de Robert Wilson, KA MOUNTAIN AND GUARDeniaTERRACE,qui durait 168 heures (7 jours en continu). Shiraz procède d’un mouvement minimal et entêtant. À partir de gestes empruntés à Cunningham et Béjart autant qu’aux danses perses, Hokmi, exilé entre Berlin et Oslo, construit sa pièce autour d’un motif changeant, où chaque interprète absorbe et restitue sa version du geste. Un acte fort pour rendre hommage à l’événement et s’en émanciper.

des Célestins
© Jean-Louis Fernandez
Texte Trina Mounier

À confesse

Après MadameoseBashung, Patachtouille est de retour à la Maison de la danse. Née de l’imaginaire de Julien Fanthou, créateur aux mille talents, la délurée raconte son parcours dans les cabarets parisiens et partage le meilleur de son répertoire. Une introspection en mode glam !

VOUS ÊTES ARTISTE LYRIQUE ?

TRANSFORMISTE ? PLASTICIEN ?

JE SUIS UN ARTISTE POLYMORPHE (ET BIEN VIVANT).

PARIS OU L’ARDÈCHE ?

J’AI LA DOUBLE CULTURE. PASSIF AGRESSIF.

LA NUIT

OU LE JOUR ?

LE SOIR ! JE SUIS UN ARTISTE… DU CRÉPUSCULE ET DE L’AUBE, DISONS.

QUEL GENRE DE FEMME ÊTES-VOUS ?

UNE FEMME ARTISTE. ÉMANCIPATRICE ET ORACULAIRE !

LE PERSONNAGE QUE VOUS RÊVEZ D’INCARNER ?

JOHNNY HALLYDAY, MAINTENANT QUE J’AI ARRÊTÉ D’ÊTRE SNOB.

À QUI AURIEZ-VOUS AIMÉ

RESSEMBLER ENFANT ?

À MOI-MÊME, FINALEMENT.

SI VOUS ÉTIEZ UNE ADDICTION ?

LA COULEUR ROSE ! PLUTÔT VIEUX ROSE QUE FUCHSIA ÉCLATANT.

QU’EST-CE QUI VOUS FAIT ALLER BIEN ? LE CHANT DES OISEAUX.

VOTRE GRAND FRISSON ? LORSQUE JE MONTE SUR SCÈNE ET QUE JE JOUE, FACE AU PUBLIC.

VOTRE PARADIS SUR TERRE ? UN COIN DE RIVIÈRE EN ARDÈCHE. DONT JE GARDE LE SECRET…

SI VOUS ÉTIEZ UN TUTO ?

UN TUTO… POUR TROUVER LA JOIE !

CE QUE VOUS EMMENEZ SUR UNE ÎLE DÉSERTE ?

ÀLARECHERCHEDUTEMPSPERDU. UNE ŒUVRE À TIROIRS MAGNIFIQUE, À LIRE DANS LE DÉSORDRE.

concert spectacle vivant

déambulations

05 MARS À 20H30

Au bord du gouffre

[ Trina Mounier ]

Après plusieurs adaptations de romans pour un texte et pour un acteur, Emmanuel Noblet nous propose de nouveau un seul en scène fascinant, avec François Cluzet de retour sur les planches après 25 ans d’absence. Encore une journée divine* a des allures d’une pièce de Beckett. Emprunté à Oh les beaux jours, c’est l’ultime phrase de Winnie, enterrée jusqu’au cou et refusant pourtant de voir la vie en noir. Robert, le personnage du roman de Denis Michelis, est un psychanalyste déprimé par l’inefficacité des thérapies en vogue qui reposent sur l’analyse de l’inconscient. Il décide alors de recourir à des méthodes plus brutales. Enfermé dans une chambre d’hôpital, il se confesse. Mais la pièce ne peut être réduite à une introspection et prend vite des allures de thriller. Qu’a commis Robert d’irréparable ?

*également au théatre Théo Argence, le 20 mai 2026 Le Radiant-Bellevue Caluire radiant-bellevue.fr

Cabaret horrifique

[ Gallia Valette-Pilenko ]

Associée du théâtre des Célestins, Valérie Lesort revient sur les planches du théâtre rouge et or avec son univers de créatures monstrueuses et son goût pour le mélange des genres. Cette fois, elle plonge dans l’univers caustique du dramaturge israélien Hanokh Levin, connu pour dépeindre à merveille la petitesse humaine. Notamment dans ses cabarets réunis dans Que d’espoir !, recueil qui donne son titre au spectacle. Prenant comme point de départ le principe du jeu Monsieur Patate qui consiste à planter dans le tubercule des accessoires pour créer des personnages, elle crée des figures burlesques en affublant comédiennes et comédiens de prothèses, perruques et autres costumes à l’esthétique très années 1980. Et invite deux showmen de poids, la reine des drags Paloma et le pianiste fétiche du cabaret de Madame Arthur, l’incontournable et génial Charly Voodoo. Ça va grincer ! Théâtre des Célestins Lyon 2 theatredescelestins.com

14.03.26 | 20H30

FACÉTIES POÉTIQUES

[ Emmanuelle Babe ]

Polyvalente est avant toute chose ce qui définit Michelle Blades : vocaliste chez La Femme, bassiste pour Pomme ou Fischbach, arrangeuse chez Flavien Berger, la Franco Panaméenne est aussi photographe et réalisatrice. Et ce n’est pas fini, car l’artiste installée à Paris depuis 2012 mène aussi une carrière solo précieuse, nourrie par ses débuts sur la scène alternative en… Arizona. Un éclectisme qui se ressent dans son dernier album, Where To, aux mélodies épurées mais avec une touche d’espièglerie. Sa pop folk délicate, qui regarde aussi du côté du jazz et du rock psychédélique, captive. La formule parfaite pour redescendre après la rage lumineuse des rockeurs lyonnais de Second Major, en première partie.

Marché Gare Lyon 2 marchegare.fr

MICHELLE BLADES
© Ilan
Zerrouki
05 AU 14 MARS
©
Fabrice
Robin
QUED’ESPOIR !

AU 21 MARS À 21H

Question existentielle

[ Trina Mounier ]

Vingt ans que Gilles Chavassieux n’était pas remonté sur un plateau de théâtre ! On croise pourtant ce spectateur curieux dans les salles… Et le voilà dans la programmation du Théâtre Comédie Odéon avec Un peu de calme avant la tempête de la dramaturge allemande Theresia Walser (peu connue en France), une pièce fortement teintée de ses goûts et ses obsessions. Le fondateur du théâtre

Les Ateliers s’est souvent dévoué aux écritures contemporaines, avec un grand appétit pour le genre politico-burlesque. Il monta ainsi Roger Vitrac, Bertolt Brecht, Eugène Ionesco, Michel Vinaver, Arthur Adamov mais aussi Beckett qui semble avoir inspiré Un peu de calme avant la tempête. La pièce met en scène trois acteurs à l’égo démesuré qui s’interrogent sur les rôles qui leur ont collé à la peau : Adolf Hitler et Joseph Goebbels… Et c’est très drôle ! Création. Théâtre Comédie Odéon Lyon 2 comedieodeon.com

17.03.26 | 20H

[ Anne Huguet ]

On avait adoré à l’époque l’étrange et envoûtant Walking with a ghost. Depuis, Guillaume Bozonnet aka President Kabostan n’a pas perdu son temps et Kadebostany, collectif suisse mouvant, joue dorénavant dans la cour des grands avec son électropop bohème, que son leader décrit comme de «lamusiquesophistiquéeavecunattraitpopulaire ». Plus de 700 concerts dans plus de 25 pays – dont une dernière tournée européenne à guichets fermés – , des millions de clics sur YouTube, série Netflix, défilé Armani… Kadebostany et son producteur moustachu osent tout, cultivant un son bien à eux, au final, assez inclassable. Carton plein en dix ans et un nouvel opus très attendu, The Outsider, avec la voix, cette fois ci, de la Turque Selin Çingir. Sensation live, si l’on en croit la vox populi.

La Rayonne Villeurbanne larayonne.org

KADEBOSTANY
© Iskender
Cem
Demirtas

19 MARS À 20H

Liberté joyeuse

Le hasard a fait se rencontrer Alice Mendelson et Catherine Ringer en 1995, alors que la première intervenait dans l’école des filles de la seconde. Le nom des deux petites a tilté chez l’écrivaine, qui s’est exclamée : « Je suis une amie de votre grand-père, [le sculpteur] Sam Ringer ! » Une belle amitié est née entre Alice et Catherine, qui n’a pas faibli jusqu’à la mort de la poétesse alors centenaire, en 2025. On comprend alors tout le cœur que met l’exduettiste des Rita Mitsouko à lire, chanter aussi, les vers d’Alice Mendelson, fille d’immigrés polonais morts en déportation, engagée dans la Résistance puis devenue professeure de français et conteuse. Une personnalité vaillante et solaire, dont « la gourmandise de tout » sublime L’Érotisme de vivre, recueil de poèmes écrits entre 1947 et 2021. Accompagnée au piano par Grégoire Hetzel, Catherine Ringer dit et chante l’amour, les élans intimes qui traversent les âges. Avec pour maxime : « Avoir le vice de la joie ». Centre culturel Charlie Chaplin Vaulx-en-Velin centrecharliechaplin.com

26.03.26 |20H30

BIENVENUE AU ZOO

[ Anne Huguet ]

Un chien stone à casquette à visière, un lapin myope bling bling, une autruche chevelue, et bien sûr Mr Maloke, auto chef proclamé qu’on ne présente plus : The Puppetmastaz revient nous hurler dans les oreilles son hip hop hardcore bien gaulé et déjanté. Derrière lequel se planqu(ai)ent, on s’en souvient, quelques rappeurs humains de poids, Chilly Gonzales, Mocky, Mode Selektor, Blake Worrell pour ne citer qu’eux. Do the Swamp, Bigger

The Better, Jukebox : les marionnettes berlinoises avaient cassé la baraque avec leur deuxième galette, Creature Shock Radio (2005, ça date !). Depuis, alternant séparation et turnovers, ils continuent de sévir à coups d’albums (Welcome to the Zoo, le dernier né en 2023) et de singles (Duck Down vient juste de sortir), toujours servis par ce même flow incisif sous amphètes et ces grosses basses. Show devant. Are you ready for the Puppetmastaz ?!

Transbordeur

Villeurbanne transbordeur.fr

DR

24.03.26 | 20H30

FRÉNÉSIE ROCK’N’ROLL

DR

[ Anne Huguet ] Après une venue avortée en août dernier au festival Roc En Terres (édition 25 annulée), Dynamite Shakers s’annonce en terre lyonnaise. Fort de sa jeunesse et de son amour inconsidéré pour un pur rock’n’roll sixties. Ses idoles se nomment Gun Club, Johnny Thunders, Sonics, Dr Feelgod, Fleshtones, IDLES, Hives… Rien de bien neuf, mais que du bon ! Les quatre jeunes Vendéens (23 ans en moyenne) avouent beaucoup répéter pour être les plus compacts, directs et classe possible. Après Don’t Be Boring (2024), première collection de titres accrocheurs, ils viennent de lâcher le remuant Nigtclub, qui préfigure un 2e opus, avec Lionel des Limiñanas à la production, excusez du peu. Looks travaillés, car « le rock c’est l’attitude et le style », et tension au maximum sur scène pour servir un rock tout en nerfs. Et sans complexes. Marché Gare Lyon 2 marchegare.fr

24 AU 27 MARS

Transe turque

24 > 25 MARS Théâtre de la Renaissance Oullins-Pierre-Bénite theatrelarenaissance

26 > 27 MARS La Machinerie Théâtre de Vénissieux lamachinerie-venissieux.fr

[ Gallia Valette-Pilenko ] Koudour signifie « mourir d’amour réprimé » en romani turc. C’est le titre qu’a choisi Hatice Özer pour son spectacle qui s’apparente à une cérémonie de mariage turque. Fille de musicien, formée au Conservatoire et à l’école des Beaux-Arts de Toulouse, elle incarne la femme au tambour, le davul turc – un tambour à deux faces normalement réservé aux hommes –, et invite le public à venir rejoindre la fête. Elle revisite la musique traditionnelle turque des mariages qui a bercé son enfance, en Dordogne, dans la salle des fêtes derrière la mosquée de la cité de La Borie-Basse. Avec trois musiciens issus du jazz, elle réinvente la fête en maîtresse de cérémonie survoltée. Les textes rebondissent sur la musique et inversement, questionnant celle-ci comme remède à un mal d’amour profond.

THE PUPPETMASTAZ
DYNAMITE SHAKERS

02.04.26 | 21H

RÉVÉLATION

[ Anne Huguet ]

Release party annoncé pour WHEOBE : les jeunes protégés du Marché Gare, forts de deux EPs (Lifedrop et collapse ; relapse) assez bluffants, s’offrent déjà un premier album A Strained Ocean. Originaires du Jura, les quatre potes, moyenne d’âge 22 ans, revendiquent une esthétique musicale singulière. Faisant le grand écart du jazz à la noise, de Radiohead à black midi, le groupe assume ses choix d’une musique exigeante, un peu torturée et pas si facile que ça à la première écoute, avec des envolées épiques, des accents progressifs, des sons étranges, des cavalcades et même des phrasés hip hop… Petite mise en bouche avec Sore, des plus prometteurs pour la suite. Périscope Lyon 2 periscope-lyon.com

MILLE-FEUILLE SONORE

[ Anne Huguet ] Alerte ovni. Depuis ses débuts en 2012 (déjà), le multi instrumentiste et ex étudiant en ciné Emile Sornin pousse une drôle de chansonnette pop qui va piocher dans le vieux, mais s’émancipe dans la bidouille barrée. Son kif ? Les films des sixties, la musique des années 1970 (Ennio Morricone, François de Roubaix…), le clavicorde et l’ondioline. Et surtout faire selon ses envies. Forever Pavot brode là dessus, jamais là où on l’attend. Le voilà affublé d’un gentil robot ventriloque, Melchior, pour faire le sale boulot, genre "électroniquer" ou vocoder les parties vocales. On vous conseille juste d’enclencher son Melchior vol.1 (5e album solo), toujours signé chez les excellents Bad Born Records, et de vous laisser happer par son univers robotique riche de mille trouvailles sonores, là JB Lully à portée d’oreilles façon OrangemécaniqueversusCount10 qui pourrait sonner kraut. En trio avec Melchior. Ça vous tente ? Marché Gare Lyon 2 marchegare.fr

11.04.26 | 20H

FORCE TRANQUILLE

[ Emmanuelle Babe ]

La mélancolie, c’est beau, parfois. Keren Ann le démontre avec brio et son dixième album Paris Amour sorti à l’automne, trois ans après celui que la compositrice et interprète a enregistré avec les Lyonnais du Quatuor Debussy. Ce fut un projet parmi d’autres pour cette globe trotteuse à l’univers cosmopolite, qui a posé ses valises dans la capitale il y a une dizaine d’années.

Dans Paris Amour, Keren Ann déroule les vingt cinq dernières années – souvenons nous de ce Jardin d’hiver qui la fit connaitre – en partageant son vague à l’âme solaire au fil de (seulement) neuf chansons dont les titres sonnent comme un recueil de poèmes. Entre récits intimes et joies universelles, le charme opère de bout en bout.

Théâtre des Célestins Lyon 2 theatredescelestins.com

KEREN ANN

Lumières sur la ville

Il connaît son sujet pour y avoir "traboulé sa bosse" vingt ans, appris ses idiomes et frayé avec ses gones. En un livre concis et remarquablement complet, François Beaune livre une histoire de Lyon à la fois sensible et drôle, autour d’un mâchon de bon aloi. Un guide idéal pour sortir des brumes de Myrelingues et y inventer de nouveaux itinéraires…

Sil’on savait depuis Henry IV que Paris vaut bien une messe, on apprend aujourd’hui, avec François Beaune, que Lyon vaut bien une bonne table. Une table à rallonges, qui plus est, histoire de faire place, hospitalité oblige, aux éventuels nouveaux arrivants – il existe en français un très beau mot, peu usité hélas, pour désigner cet art de faire table : la commensalité ; et l’on dressait un couvert supplémentaire au cas où un vagabond… Faire table ouverte, donc, comme la ville a lentement fait sa place (sa gâche) le long de ses cours d’eau et comme l’auteur a fait nombre de ses livres : en donnant la parole à des « hôtes à histoires » venus d’horizons divers, ici réunis autour de spécialités culinaires pour esquisser en creux, tout en se remplissant la panse, leur vision singulière de "la brumeuse" afin d’en préciser le cœur – si tant est qu’elle en ait un, de cœur, la ville "froide".

Car elle en a mis du temps, la vieille gallo-romaine encoignée en bas de la « colline du corbeau », à devenir une métropole internationale étirant bon an mal an son espace et son futur vers l’est. Elle en a connu, depuis ses premiers saints venus du Levant (Irénée, Pothin), des hordes de barbares, des vagues de migrants et des larrons en foire. Elle en a vu défiler, en 2 000 ans, des empereurs et des miséreux, des vignerons et des compagnons, des banquiers et des imprimeurs, des curés et des pasteurs, des médecins et des pestiférés, des royalistes et des révolutionnaires, des canuts et des soyeux, des ingénieurs, des prêtres ouvriers et des francs-maçons, des chimistes et des camionneurs, des bandits plus ou moins en gang et des maires modérantistes, des bouchons, des gnafrons et des guignols. Que de résistances, de cinéma et de lumières ! Aussi est-il de bon ton, afin d’entraver quelque chose au développement de cette ville-confluent, de s’asseoir au banquet et de croiser les récits. Et si « la règle quand on mâchonne est de ne parler ni de religion, ni de politique », Lyon offre du fil à retordre à qui veut en faire l’histoire. Et c’est toute l’habileté de cette conversation prandiale que de soulever, en même temps que la fourchette, les jupons de la ville sur ses vernaculaires contradictions. De la colline qui prie à celle qui travaille, de l’artiste à l’industrieuse, de la rabelaisienne à l’austère, de la bourgeoise à la frondeuse, de la prude à la coquine, la ville concentre les oxymores et les combats politiques, jusqu’à ceux des diasporas venues au XXe siècle (arabe, arménienne, chinoise…) et ceux du foisonnant milieu militant (anarcho-syndical, LGBTQ+ , antispéciste…) qui a toujours fait d’elle un riche laboratoire des sensibilités contemporaines.

Assorti de cinq itinéraires fantasques et d’une bibliofilmographie fournie, Lyon est un trésor de bienfaits à l’usage de tous les bons vivants qui désirent débroussailler et "débrouillarder" l’histoire de la ville. •

François Beaune

L’Arbre qui marche Sortie 19 fév. 26

LYON
Texte Marco Jéru

street musée

Photos Lendaskin
KLOOSKIS
SOHAN STREET
R.B.AZARIAS
HANNAH DANS LES RUES
FOUAPA
MY_STENCIL

Curry indien

Horizontalement

1. Sur scène, chez Molière ou Mozart, tragique revenant de pierre. 2. Saccagera la Sonate au Clair de Lune. 3. Miauleur, mais pas sur Internet. Retarda son rendez-vous ? 4. Ses noces inspirèrent autant Mozart que Beaumarchais. 5. Petit cube dans la main du joueur. Piquer le gigot. 6. Petit paresseux. Commun au théâtre et à l’étude, mais de contenu différent. 7. S’applique à passer l’ultime couche de finition. 8. N’importe qui. Il lui manque sa mère pour avoir la même formule. La Stasi y sévit. 9. Relation sexuelle hors nature. Cardinal à Rome. 10. Longuement ruminées.

Verticalement

4 filets ou hauts de cuisse de poulet 500 g de lentilles corail 500 g de courge butternut 1 combava 1 L de lait de coco 3 càs de curry jaune en poudre 1 botte de coriandre Huile neutre, sel, poivre L’hiver n’a pas dit son dernier mot. Pour tenir le coup, on a besoin de lumière, de couleurs, de  good vibes et d’exotisme. Doux rêve qu’on met dans l’assiette pour se téléporter au pays du Taj Mahal. Haan, ça va embaumer le curry ! Dans le frigo, une belle butternut bien ferme à la chair orangée attend sa réincarnation. Le Ooooom vibre déjà en toi. On pèle la cucurbitacée au couteau puis on la sculpte, sans les graines, en cubes de 2 cm. Et c’est l’heure du grand bain dans l’eau bouillante salée. Loin du Gange, point de salut ! Laisser juste fondre 10 à 15 minutes jusqu’à tendreté puis égoutter. On en profite pour s’occuper des lentilles corail : une petite douche à froid avant de les plonger dans 3 volumes d’eau frémissante salée. Ça bouillonne une quinzaine de minutes puis direct la passoire. Ici et maintenant, on se recentre avec quelques sutras et respirations profondes. Namasté petit combava ! Cet agrume tout vert d’Asie du Sud Est va diffuser ses notes citronnées à te rendre addict. Quelques zestes suffisent, on râpe grossièrement au couteau. Après quelques mudras bien sentis, il est temps de passer au grand mix : dans un faitout, le lait de coco, le curry et les zestes. Cinq minutes de méditation et de mantras, ça infuse à feu doux… puis on ajoute les lentilles et les morceaux de butternut tièdes. Sel et poivre indien pour exalter les saveurs et ça marine encore quinze minutes, paradis des odeurs. Dans une poêle chaude, un filet d’huile et le poulet en morceaux se dore la pilule pendant 6 à 8 minutes. Pour finir, on esquisse quelques pas de Kuchipudi pour remercier Lakshmi (la déesse de la prospérité) et on sert ce curry crémeux et coloré à souhait avec son riz basmati, le poulet grillé et la verte coriandre.

jugeote popote[s]

A. Appel raccourci à la comparaison. Une espèce de bon de réduction. B. Serpentine donc… C. A ses dômes dans la chaîne du Mont-Blanc. Le 55 au laboratoire. D. Brisa toute rébellion. Non reconnus. E. Pige. Fit peut-être un tas de feuilles. F. Chasseur mythologique, ici mis à mal par sa métamorphose stellaire. Ils le sont assez pour le "laisser" ! G. Dossier technique d’évaluation. Usé. Précède la spécialité. H. Exigée, mais à contre-courant. I. En Suisse. Potasse. J. Ferais des gribouillages.

solutions #54

Billet garanti pour Bollywood !

Recette Victoria Reddock
• Texte ArKuchi
Par Ponia & Jackson
© Victoria Reddock

on aime

Ne rien prévoir, sinon l’imprévisible. Ne rien attendre, sinon l’ inattendu .

Christian Bobin Écrivain, poète (1951 - 2022)

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