PAR ÉMILAND GRIÈS
Photos aux murs et extraits du Journal du dehors d’Annie Ernaux suspendus au plafond composent l’accrochage Images de ville, sur le thème de la ville, révélant ensemble notre paysage quotidien. Mais pas n’importe comment. Les extraits du roman du prix Nobel de littérature 2022, courts et incisifs, sont mis en forme avec plusieurs typographies inédites, conçues par de jeunes créatrices. Leur universalisme renvoie chaque lecteur à sa propre expérience ordinaire de la vie. Quant aux images, ce sont celles d’étudiants de l’université Lyon 2 et de l’École d’architecture, réalisées dans le cadre du concours organisé par la Société académique d’architecture de Lyon. Les photographes en herbe ont chacun choisi comme point de départ un extrait du roman, pour l’interpréter en cinq instantanés de vie urbaine. En couleurs ou en noir et blanc, racontant une histoire ou énigmatiques, (apparemment) objectives ou tordant la réalité par des effets optiques ou des cadrages inattendus : malgré les partis pris très personnels, chaque prise de vue résonne intimement en chacun et interpelle notre relation avec le paysage urbain. Ah oui, en levant les yeux, on peut voir les choses comme ça ! En se couchant sur les pavés, comme ça aussi !… On (re)découvre ce que l’on connaît par cœur pour le croiser chaque jour, mais sans vraiment y porter attention. Une façon sensible de se dessiller et (re)devenir conscient de la ville qui nous entoure. Ouvrir les yeux, ça ne fait pas de mal !
croiser les regards
PAR BLANDINE DAUVILAIRE
> 04 JAN. 26 Musée d’art contemporain Lyon 6 mac-lyon.com
Sofia Lopez Pazmino ©
EXPOS
TRANCHES DE VI(LL)ES
ON SORT
IMAGES DE VILLE > 18 DÉC. Archives municipales de Lyon Lyon 2 archives-lyon.fr
RAJNI PERERA & MARIGOLD SANTOS EFFLORESCENCE / THE WAY WE WAKE (DÉTAIL) 2023 - COURTESY DES ARTISTES ET PATEL BROWN, TORONTO/ MONTRÉAL
Le MAC Lyon présente deux expositions foisonnantes qui méritent d’être éclairées par une visite guidée, pour en saisir toute la portée. Consacrée aux Histoires personnelles / Réalités politiques, la première met en dialogue les collections du musée d’art contemporain de Belgrade (MoCAB) et du musée lyonnais. L’accrochage qui explore les relations entre l’art et la politique, les artistes et l’intime, prend une dimension supplémentaire lorsque les œuvres du MoCAB sont replacées dans le contexte socio-politique de l’ex-Yougoslavie. Parmi les nombreuses œuvres qui interpellent, la beauté des visages de jeunes Serbes photographiés en gros plan par Phil Collins ne peut faire oublier la désillusion qui les habite. De son côté, avec une installation percutante, Marina Marković rappelle la pression exercée sur le corps par la société, tandis que l’atelier clandestin peint par Biljana Durdević, empli d’ouvriers en sous-vêtements, est une métaphore de la société de consommation sans fin. L’autre exposition réunit au dernier étage Rajni Perera et Marigold Santos. Ces deux artistes de la scène canadienne, originaires du Sri Lanka et des Philippines, ont été marquées dans l’enfance par leur expérience de l’immigration. Leurs peintures, sculptures et dessins, chargés de symboles et d’espoir, célèbrent la résilience de celles et ceux qui ont traversé cette épreuve. Animées par des préoccupations communes, ces deux âmes sœurs composent aussi à quatre mains des œuvres d’une grande puissance. C’est le cas de la sculpture Efflorescence, impressionnante créature hybride posée au centre de l’espace, qui symbolise le pouvoir des femmes et leur capacité de résistance poétique face à l’oppression.
ARKUCHI #53 Déc. 25 / Jan. 26