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FEV.2020

mensuel gratuit

#14

art culture architecture


N 14 .04

.25

Dans le rétro... et dans le viseur

C’était Mieux Avant

Nico

.26

Invité du mois

SUCCESS STORY

Fête du livre de Bron

CARTE BLANCHE

Jean-Claude Gallotta

Journal intime de création

.08

Déambulations Musiques

.10

BLUE EYES - ALBANIE, 2018

.06

.28

.16

Lettres & Ratures

.29

L’ArKuchi du mois

.30

Popote(s)

Coques en stock Jugeote

FOKUS

.31

Julien Roche

Street Art by Graphull

Chroniqueur du quotidien

Britt Tamalet

.18

contact.arkuchi@orange.fr

FORME & FONCTION

Mensuel gratuit Lyon, Métropole & Rhône-Alpes Edité par ArKuchi, 18 rue de Belfort, Lyon 4

Chauvet 2 Artefact préhistorique

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ÉVÉNEMENT Le théâtre jouissif de Julie Deliquet

ARKUCHI #14 FÉVRIER 2020

Bêtes de Scènes

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20 sur Vin La Côte roannaise

.22

Déambulations Arts Visuels

.14 .15

Musica Marie-Nicole Lemieux

Tirage : 15 000 ex. Dépôt légal à parution – ISSN : 2646-8387

.24

À L’AFFICHE Plongée glaçante... “en prison”

°

ABONNEMENT Grégoire Korganow

À L’AFFICHE Mobiüs et les “murmurations” de la Cie XY

Direction de la publication - Rédaction en chef Anne Huguet - 06 13 07 06 97 Secrétariat de rédaction : Emmanuelle Babe Ont participé à ce numéro Valie Artaud, Claudia Cardoso, Blandine Dauvilaire, Lucie Diondet, Graphull, Émiland Griès, Marco Jéru, Elodie Martinez, Trina Mounier, Nikki Renard, Florence Roux, Gallia Valette-Pilenko Illustration de couverture : Julien Roche Publicité : contact.arkuchi@orange.fr 06 13 07 06 97 Conception et mise en page Impression : FOT

La rédaction n’est pas responsable des textes et photos publiés qui engagent la seule responsabilité de leurs auteurs. Tous droits de reproduction réservés.

©

Guy Delahaye ©

Soif d’idéal

9 num./an = 27 eur. Rejoignez la communauté ArKuchi


achaud Boris Vian aurait eu cent ans le 18 janvier 2020. Plus fringant que jamais, le revoilà avec On n’y échappe pas, polar drôle et sanglant façon Vernon Sullivan, signé à plusieurs mains avec l’OuLiPo. Féroce et fantaisiste à souhait. RÉSURRECTION

SORTIE : 15 JANVIER (ÉD. FAYARD)

son cœur balance ! Après Ultra-Girl contre Schopenhauer, Cédric Roulliat remet le couvert avec Josie Harcoeur, chanteuse au destin tragique. Et nous fait traverser les époques, les genres, les styles, jonglant avec le fantastique, la culture pop et le polar.

LE TRAVAIL DE VINCENT GERNOT, JEUNE PLASTICIEN INSTALLÉ À ST-ÉTIENNE Lignes et matières ont investi la BF15, avec, en prime, la poésie d’une vidéo étonnante en vitrine.

kiffé ...

on a

à la photographe Delphine Balley. Elle vient de remporter le Prix Camera Clara qui récompense, chaque année, un travail d’auteur… à la chambre.

bravo

DANS LE RÉTRO...

PAR ANNE HUGUET, TRINA MOUNIER, FLORENCE ROUX, GALLIA VALETTE-PILENKO

ROCK INDÉ

Adoubés par le magazine Pitchfork, signés chez 4AD (un gage de qualité), hyper-productifs : autant de bonnes raisons d’aller écouter le folk rock fiévreux des New-Yorkais de Big Thief. Le quatuor, habité par la voix singulière de sa chanteuse et songwriter (Adrianne Lenker), distille une musique étrange, à la fois bucolique, électrique et vespérale. À apprivoiser. L’ÉPICERIE MODERNE 24 FÉVRIER

Quarante ans après, La Rose et la Hache n’a pas pris une ride. Ariel Garcia-Valdès incarne toujours cet être malfaisant, sulfureux et prêt à tout pour conquérir la couronne. Le futur Richard III est répugnant. Mais il séduit. Et la pièce brille toujours de mille feux, comme une fête du mal. MYTHIQUE

14 FÉVRIER Théâtre de Vienne

Avec Le lac aux oies sauvages, Diao Yi’nan signe un polar sensible, d’une beauté haletante comme cette chasse à l’homme dans la nuit, sous la pluie, dans une Chine qu’on découvre par flashs, plongées, trouées, travellings... À (re)voir.

11 > 21 FÉVRIER Théâtre des Célestins

Gangster et prostituée

ENTRE LA PHOTO ET LE THÉÂTRE

ARKUCHI #14 FÉV.2020

de moins de 26 ans

3 > 5 AVRIL

40%

Quais du Polar a lâché les noms des premiers auteurs invités. Sans surprise, beaucoup d’habitués ! Thilliez, Férey, Gardner, Pelecanos ou Don Winslow, entre autres. Et Olivier Norek parraine le concours de nouvelles autour de Big Data. La suite très vite. ÇA S’AGITE

visiteurs

> 9 MARS

273 800

a fêté ses cent ans le 24 décembre. Il est encore temps de découvrir les dix-huit tableaux (de 1946 à aujourd’hui) exposés au Louvre ou le nouvel accrochage du Centre Pompidou.

15 E BIENNALE D’ART CONTEMPORAIN

CENTENAIRE Soulages, connu pour son “outrenoir”,


DARDILLY

... dès la première scène. Dans Contes et légendes, Joël Pommerat et ses comédien(ne)s géniaux livrent des scènes à la frontière des genres et de l’humanité : notre monde, ou presque.

les Nuits Givrées 9E ÉDITION, 2 NUITS, 4 NOMS ET DES CHANSONS D’AUJOURD’HUI 31 JANVIER & 01 FÉVRIER

Rattrapage en juin à la MC2 de Grenoble (9 au 13 juin)

... l’adaptation tumultueuse du roman-fleuve de Dostoïevski, Les Démons, par Sylvain Creuzevault. Il y est bien sûr question de Dieu, de politique, d’alcool et de philosophie. Un théâtre incroyablement vivant… Merci le TNP.

Capricci / Les Bookmakers ©

frissons ...

pour aller voir ...

trop tard

... ET DANS LE VISEUR

HAPPY FEW MYSTERY LIGHTS DÉBARQUE BIEN À LYON POUR VOUS EN METTRE PLEIN LES OREILLES. BAD NEWS POUR LES ZÉLATEURS DE ROCK CRASSEUX : LA DATE DU PÉRISCOPE EST COMPLÈTE.

CINÉMA DANS TA FACE New York, flic pourri, drogue, désir, fantasme, fric, amours difficiles : le GRAC et CinéCollection remettent à l’affiche trois films marquants des nineties borderline, captées par deux cadors du genre (Kubrick et Ferrara) et la coqueluche du cinéma américain indépendant (Hal Hartley). Juste pour le plaisir. 3 au 29 février

POUR L’AMOUR DU CINÉMA Du beau monde pour les dix ans (déjà) du festival de cinéma queer de Lyon, Écrans mixtes. Sont attendus John Waters pour la clôture, pas venu en France depuis trente ans époque Cry Baby, et une rétrospective André Téchiné. À vos agendas. 4 au 12 mars

TEA TIME Avec ses vingt-cinq ans, le festival Ciné O’Clock commence à avoir du coffre ! On célèbre ici le cinéma anglais et irlandais sous toutes ses formes. En 2020, David Bowie s’invite dans la programmation (on adore) avec Les Prédateurs de Tony Scott (83), Furyo de Nagisa Oshima (83) et surtout le grand moment de musique qu’est Ziggy Stardust and The Spiders from Mars de Pennebaker (73). Judy Garland aka Renée Zellweger clôturera cette édition avec le biopic Judy. 8 au 16 février

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CARTE BLANCHE

Avant chaque création, comme dans un journal intime, je note souvent des petits mots, des réflexions, des aphorismes ou des phrases d’auteurs... En voici quelques exemples.

PAR JEAN-CLAUDE GALLOTTA

LUNDI 4 Pendant la répétition, je me dis : toute chose a sa vibration, son écho, même les plus rapides. Or, ce qui crée le stress, c’est lorsqu’on interrompt cet écho, qu’on ne le laisse pas se terminer. J’applique cette méthode aux danseurs. Ils sont moins essoufflés et se blessent moins.

MARDI 5 Je retiens cette phrase de Picasso : « Le métier, c’est ce qui ne s’apprend pas ». MERCREDI 6 « La première strophe d’un poème d’amour s’appelle la catastrophe », selon Godard, citant Rilke. Comment danser la catastrophe ?

JEUDI 7 Le soir, on se retrouve au resto. On parle politique. Je commande une salade caprese. Le serveur, qui On ne présente plus Jean-Claude Gallotta, danseur et chorégraphe prolifique (plus de quatre-vingts chorégraphies à son actif). L’artiste, facétieux et irrévérencieux, n’a de cesse de sortir la danse contemporaine de ses carcans, fricotant sans vergogne avec d’autres arts… plus populaires (cinéma, musique, vidéo…).

nous a entendus, me dit : « Voilà un plat anti extrême-droite : le basilic vient de l’Inde, l’huile d’olive de Syrie, la mozzarella est italienne et la tomate originaire de Colombie. »

VENDREDI 8 On reprend les répétitions. Un danseur me questionne. Il paraît qu’on respirait mieux

en 1980 car il y avait moins de CO2 et qu’on danse mieux aujourd’hui quand on dort sur le côté gauche. En réponse, je lui chiffonne délicatement l’oreille.

SAMEDI 9 Une journaliste vient voir une répétition. Elle me dit : « Comme les Beatles qui ont mélangé la L’HOMME À TÊTE DE CHOU

11 > 14 FÉVRIERI Maison de la Danse maisondeladanse.com 6 MARSI La Coopérative de Mai Clermont-Ferrand (63) lacoope.org

chorale au rock, vous mélangez les pas classiques à la danse contemporaine. » Je me dis : c’est un bon début !

DIMANCHE 10 Je m’aperçois qu’au réveil, pour soulager les jambes lourdes, il faut respirer au moins dix fois à pleins poumons. Je demande aux danseurs si cela marche pour eux. J’ai toujours eu de bons rapports avec les réponses muettes.

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CARTE BLANCHE

LUNDI 11 Mes petits sauts proviennent de ma longue fréquentation des couloirs des chambres d’hôtel. MARDI 12 Ce soir-là, je rentre du studio, je croise un SDF. Sur son tee-shirt, il est écrit “I am the future”. Message d’espoir ou de désespoir ?

MERCREDI 13 Je me sens proche de cette phrase de Stendhal : « Ce sont les autres arts qui m’ont appris l’art d’écrire ».

JEUDI 14 Page blanche ! VENDREDI 15 Aux danseurs : « Peu importe, essayez encore, échouez encore, échouez mieux ». SAMEDI 16 Ce matin, j’hésite entre deux mouvements. Me revient alors cette phrase de Debussy : « J’ai passé une semaine à ne pas parvenir à choisir un accord plutôt qu’un autre ».

DIMANCHE 17 J’écoute une émission sur les animaux. • Certaines chenilles sont carnivores puis, devenues papillons, deviennent herbivores. • Les oiseaux défèquent plus facilement sur les voitures rouges que sur les voitures vertes. • Dans le monde sous-marin, les couleurs vives sont souvent vénéneuses. Voilà trois infos pour tenter d’inspirer les mouvements à transmettre.

LUNDI 18 Adage du jour. Les Mongols ont le bout des chaussures relevé pour ne pas blesser la terre. MARDI 19 Repos. Je retiens cette phrase de Madame de Sevigné : « Quand je ne me fie à personne, je fais des merveilles ».

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PAR VALIE ARTAUD, EMMANUELLE BABE, ANNE HUGUET, FLORENCE ROUX

POP SOUS HAUTE TENSION On avait oublié que le Jack Jack à Bron est aussi un ardent défenseur des musiques actuelles. Pour le mois de la Chandeleur, c’est La Féline qui s’y colle avec sa pop organique classieuse. On pense un peu à Fishbach dans la série des filles qui ne comptent pas pour des prunes. Elle a sorti en octobre son troisième album Vie future, disque cosmique sur le cycle de la vie. Claviers tourbillonnants et pattes de velours, textes en français, voix pure, auto-tune et larges réverbs toutes griffes dehors : la normalienne agrégée de philo (quand même) distille sa pop électro avec maestria et finit par embobiner son monde. A.H. LE JACK JACK Bron jackjack.fr

EN CLAIR OBSCUR 07.02.20 20h30

Après plus de dix ans de carrière, l’Américaine Emily Jane White se distingue par sa « patte » sonore lente et poétique. Sorti en novembre dernier chez Talitres, son sixième opus  Immanent Fire marque par son chant crépusculaire, contrebalancé par une douceur apparente dont la beauté en clair-obscur fait crépiter les oreilles et les cœurs. Aussi, difficile de ne pas se réjouir à l’annonce de sa venue à Feyzin. Idéal pour raviver la flamme. V.A.

la féline

TOUR DE BABEL 18.02.20 20h

Sur scène, Antonio Placer et Antonio Campos chantent face à face. La figure et la voix plus arides du Galicien, la rondeur parfois fiévreuse du gitan de Grenade, les deux Trovaores (troubadours) accordent leurs différences aux rythmes du flamenco, des chansons d’auteurs et du jazz. À leurs côtés, un violon un piano, une délicate guitare flamenca et Gabriele Mirabassi qui danse avec sa clarinette… Dans l’idée, peut-être, d’atteindre le duende cher à Garcia Lorca, « cet insaisissable qu’un artiste provoque dans l’espace de la création ». F.R. THÉÂTRE DE LA RENAISSANCE Oullins theatrelarenaissance.com

À LA SAUCE KHALIFÉ 24.02.20 20h

L’ÉPICERIE MODERNE Feyzin epiceriemoderne.com

emily jane white

Boris Barthes ©

06.02.20 20h30

Sarah Sanger ©

DÉAMBULATIONS

musiques

Dans la famille, je demande le fils Bachar Mar-Khalifé, compositeur et multi-instrumentiste émérite (piano, percussions). Le musicien libanais sait tout faire et ne cesse d’explorer de nouveaux territoires musicaux où il peut laisser libre cours à son insatiable créativité qui va du jazz à l’électro, avec une touche de lyrisme oriental. Ensuite il y a le père Marcel, virtuose du oud, qui s’est fait connaitre à travers le monde, en chantant la poésie du grand Mahmoud Darwich, disparu en 2008. Avec Mahmoud, Marcel et moi, ils revisitent, entre Orient et Occident, des chansons déjà existantes (peut-être Oummi ou Passeport, certains des immenses tubes de Khalifé père) et osent de nouvelles créations. Une rencontre au sommet pleine d’humanité et de spiritualité, où les traditions orientales se mêleront au jazz, à l’électro et au feu intérieur de ces ardents musiciens. A.H. AUDITORIUM DE LYON Lyon 3 auditorium-lyon.com

ARKUCHI #14 FÉV.2020


DÉAMBULATIONS

VARIATION “SEX-PISTOLIENNE” 08.02.20 20h

Z AL JAZ FESTIV GRILL SUR LE vrier

fé 13 & 16 VILLE E DE LA THÉATR ence (26) al V

L’Opéra Underground aime Sarah Murcia ! Après son duo avec Kamilya Jubran, la revoici accompagnée de son groupe Caroline. La contrebassiste multiplie à l’envi les projets pour démonter et réinventer les musiques existantes. Dont acte avec l’album icône du punk, le fameux Never Mind The Bollocks des Sex Pistols, qu’elle triture, étire, hache menu pour le revisiter à sa façon, entre free jazz, rock, musiques improvisées et dissonances. Avec la voix de crooner, inattendue, du performeur Mark Tompkins au chant et à la danse. Décalé et sans concession. God save the queen ! A.H.

LES NUITS D’EVELYNE

14.02.20 & 15.02.20 20h30

Une Saint-Valentin avec Evelyne Gallet, c’est l’atomisation des cœurs assurée ! La rouquine malicieuse a carte blanche le temps d’un week-end, histoire de chanter l’amour (14/2) avec sa jumelle écossaise Elwyn Gallway. Le lendemain, Evelyne Gallet revisite en acoustique La fille de l’air, son dernier album (2018), Prix Coup de cœur de l’Académie Charles Cros, svp ! On y retrouve son goût pour la transgression, mais aussi une texture musicale plus complexe. E.B.

OPÉRA DE LYON opera-lyon.com

Toma Anirae ©

SALLE DES RANCY Lyon 3 salledesrancy.com

kompromat

HORS-PISTE

21.02.20 > 23.02.20

Woodstower s’aventure pour une seconde édition en hors-piste, sur les chemins d’une programmation hivernale répondant au doux nom de Wintower. Et malgré la baisse des températures, la programmation n’en demeure pas moins éclectique, satellite, toujours festive et bien décidée, cette fois encore, à mettre le feu aux poudres. Avec en ouverture une soirée rap au Ninkasi Kao et le mélange improbable entre le flow d’Alkpote et la verve bien sentie d’UltraMoule, trio de « punk à chatte » façon Stupeflip. Le ton est donné. Samedi au Transbordeur, c’est un plateau plus mixte qui s’annonce. De la pop légère et régressive d’Isaac Delusion et sa pop légère et régressive à la folk psychédélique d’An Eagle In Your Mind en passant par l’électro ultramaîtrisée de Zimmer ou la house de Mangabey. Les fans de Vitalic et Rebeka Warrior ne seront pas en reste avec la venue de Kompromat. Après Sexy Sushi et Mansfield.TYA, ce nouveau projet envoie du lourd à coup d’electro indus dont l’imparable efficacité est digne d’un groupe de techno berlinoise. De quoi faire fondre la glace ! V.A. NINKASI KAO Lyon 7 TRANSBORDEUR Villeurbanne

ARKUCHI #14 FÉV.2020

OLD SCHOOL 24.02.20 20h30

Deux séparations – en 1993 puis 1999 – n’auront pas eu raison du duo de rappeurs new-yorkais EPMD, acronyme pour “Erick [Sermon] and Parrish [Smith] Making Dollars”. La preuve, les quinquas du hip hop à l’héritage incontestable créent l’événement avec «The French Tour 2020». Trois dates, trois villes : Lyon ouvre le bal, avant Paris puis Marseille. Au fil d’une carrière jalonnée de tubes sans fioritures – Da Joint, Strictly Business qui fit le succès de leur premier album en 1988 – Sermon et Smith ont multiplié les featuring avec les meilleurs, de Run DMC à Method Man en passant par Public Enemy. DJ Diamond les accompagne sur la tournée. En 2020, EPMD plus que jamais est Back to business. E.B. LE TRANSBORDEUR Villeurbanne transbordeur.fr


EN APARTÉ PAR ANNE HUGUET, TRINA MOUNIER, FLORENCE ROUX

Flamenco féministe

À l’instar d’une Rocío Molina, Patricia Guerrero incarne le renouveau du flamenco au féminin. Avec Catedral, elle narre la métamorphose d’une femme en quête d’elle-même. Après un début austère, les quatre danseuses ressemblant presque aux Ménines de Velasquez vont s’émanciper, la danse, soutenue par les percussions et les voix, devient sauvage et hypnotique. Patricia Guerrero, puissante et magnifique, danse pour elle, pour nous et prend aux tripes avec un flamenco épuré. A.H. 15 FÉVRIER THÉÂTRE DE VILLEFRANCHE

Amour violence PAR FLORENCE ROUX

De quoi naît l’envie de porter un texte à la scène ? D’une appétence littéraire, comme ici pour Louise Vignaud, qui met en scène Agatha, pièce de Marguerite Duras. « Je l’ai lue il y a cinq ans et c’est un très beau duo, dit-elle. Il porte une mémoire qui surgit dans la langue, pleine des mystères du passé des deux personnages. Un frère et une sœur vont, comme dans une enquête, réinterroger ce qui s’est produit entre eux et dialoguer sur la question très contemporaine du consentement. » D.R.©

BÊTES DE SCÈNES

Agatha

Emma Bovary sur Mars

Pas de petits hommes verts dans Martien Martienne, mais un couple d’humanoïdes vêtus d’or dont les sentiments et les coutumes font diablement penser à la vie étriquée (jalousie, peur de l’autre) de certains Terriens. En tout cas pour lui, raide comme un passe-lacet, car elle (Ylla), sorte d’Emma Bovary martienne, rêve et se languit… Le spectacle musical de Laurent Fréchuret parle aussi d’écologie dans ce monde où il fait trop chaud, de rêve et de la nécessaire ouverture à l’autre. Très actuel. T.M. 18 > 22 FÉVRIER OPÉRA Saint-Étienne (42) 27 & 28 MARS THÉÂTRE DE VILLEFRANCHE

Charming show

Dans le contexte bariolé d’un atelier de confection, The Pajama Game raconte l’amour de la syndicaliste Babe et du directeur Sid, sur fond de grève. Issue du Broadway des années cinquante, cette comédie musicale donne à Gérard Lecointe (baguette), Jean Lacornerie (mise en scène), Raphaël Cottin (chorégraphie) et aux talentueux “chanteurs-danseursmusiciens” (ils font tout !), l’occasion d’un show à l’énergie contagieuse où pétillent des tubes tels Hey there ou Steam Heat... On sort en chantant ! F.R. 21 FÉVRIER THÉÂTRE DE MÂCON (71) 8 AVRIL OPÉRA Saint-Étienne (42)

Le soir des dix-huit ans de la jeune femme, les deux se sont aimés : acte d’amour ou de violence ? Aujourd’hui, huit mois après la mort de leur mère, alors qu’elle part avec un homme, frère et sœur reviennent dans cette villa. « Et dans ce jeu de reconstitution d’une histoire taboue, la langue âpre et ciselée de Duras fonctionne comme une marée, ajoute la metteuse en scène. Elle avance, recule et laisse apparaître une réalité crue. C’est terrifiant et sublime. » Pour autant, plutôt que de se laisser prendre « à cette emprise de l’auteur sur ces textes », plutôt que de se laisser porter par la petite musique de Duras, Louise Vignaud explique qu’elle travaille “plus physiquement avec les comédiens”, Marine Behar et Sven Narbonne, AGATHA afin « de traduire cette langue-là dans des corps 4 > 21 FÉVRIERI TNP Villeurbanne contemporains. J’espère ainsi rendre compte de la tnp-villeurbanne.com violence du texte par cette friction qui fait théâtre ».

ARKUCHI #14 FÉV.2020


BÊTES DE SCÈNES

JOHN

Jean Louis Fernandez©

13 AU 20 FÉVRIER Théâtre du Point du Jour Lyon 5 pointdujourtheatre.fr

PAR TRINA MOUNIER

la mort À L’AFFICHE, UN TRIO DE CHOC : WAJDI MOUAWOUAD À L’ÉCRITURE, DAMIEN GABRIAC AU JEU ET STANISLAS NORDEY À LA MISE EN SCÈNE. SUR LE PLATEAU, UN AUTRE CHOC NOUS ATTEND : LA CONFESSION INTIME ET BRÛLANTE, L’EXPLOSION DE COLÈRE D’UN ADOLESCENT SOLITAIRE JUSTE AVANT SON GESTE ULTIME ET DÉSESPÉRÉ.

Tous trois se connaissent bien. C’est à travers des œuvres plus amples de Mouawouad – Incendies que Stanislas Nordey a mis en scène, ou Ciels dans lequel il a joué -, dans le travail qu’ils ont mené ensemble au Théâtre National de Bretagne que des liens forts se sont créés entre l’auteur et le metteur en scène. C’est aussi dans ce contexte que Damien Gabriac s’est révélé. C’est donc en toute confiance que l’écrivain a confié son texte. John (inédit en France) est libre de tout arrière-fond politique ou sociologique, simple focus sur les démesures de l’adolescence, sur la colère inaudible et violente d’un très jeune homme décidé à quitter la scène. Les one-man-show sont rares chez cet auteur qui traquera plus tard l’impact des tragédies collectives sur les destins individuels et les pieds de nez d’une fatalité diabolique.

« Cependant, dit le metteur en scène, John m’est apparu tout de suite comme la matrice de toutes ses œuvres, avec la figure centrale de l’adolescent en colère. C’est à Damien Gabriac que j’ai tout de suite pensé pour le rôle, une évidence pour moi. Il fallait un acteur capable d’un très grand engagement. Il existe plusieurs versions de la pièce. J’ai choisi de présenter celle où Nelly arrive sur les lieux après la découverte du corps de son frère et témoigne de sa douleur et de son désarroi, évitant que le spectateur ne passe sans transition de la fin bouleversante aux applaudissements. C’est aussi une version québécoise que je me suis refusé à franciser pour garder la rapidité, le dynamisme, la brutalité de cette langue avec ses images, ses précipités. »

CYRANO BIS

CYRANO(s) L’histoire n’est pas nouvelle, mais on en redemande. Cyrano, le héros au nez trop grand, vit un amour démesuré pour Roxane qui, elle, en pince pour Christian. Comme ce dernier est beau mais un peu court, Cyrano lui prête sa plume pour séduire la belle... Le Collectif Bis s’empare de l’affaire pour en proposer

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11 AU 15 FÉVRIERI NTH8 Lyon 8 nth8.com

une version à géométrie variable. Sans prétention de “lecture”, ses comédiens abordent le texte comme le matériau d’une vraie performance, un peu dans l’esprit de Gwenaël Morin, l’ex-directeur du Théâtre du Point du Jour avec qui les fondateurs de la compagnie ont travaillé cinq ans. Ainsi, chaque soir, le public tire

au sort la distribution et les neuf comédien(ne)s, qui connaissent tous l’intégralité de la pièce, jouent le rôle qui leur a été attribué par le hasard. Sans metteur en scène, ils travaillent à donner à chaque représentation une version bis pour, disent-ils, « explorer avec le public tous les possibles et impossibles de cette œuvre ». F.R.


BÊTES DE SCÈNES

ent m e n e Ev

Joute familiale JULIE DELIQUET ET SON COLLECTIF IN VITRO S’INSTALLENT SUR LE PLATEAU DU RADIANT AVEC CONTE DE NOËL, DONT ELLE A EMPRUNTÉ LE SCÉNARIO À ARNAUD DESPLECHIN. UNE HISTOIRE DE FAMILLE PLEINE DE DRAMES ET DE FUREUR.

UN CONTE DE NOËL

5 AU 9 FÉVRIERI Radiant-Bellevue, Caluire croix-rousse.com radiant-bellevue.fr

PAR TRINA MOUNIER

Cette pièce marque vos dix ans de théâtre. JULIE DELIQUET Je m’aperçois que mes spectacles s’enchaînent, l’actuel s’inspirant du précédent, comme pour recentrer mon geste artistique autour des acteurs. Ce qui dicte mon travail ? Le goût de faire du théâtre ensemble. Après la trilogie Des années 70 à nos jours, l’accès aux grandes scènes nous a menés vers des auteurs tels que Lagarce, Brecht, Tchekhov et tout naturellement à l’écriture de plateau, puis à l’adaptation. C’est donc dans la lignée de Fanny et Alexandre que vous avez pensé Un conte de Noël ? JD Il s’agit de mon deuxième emprunt au cinéma. Une manière pour moi de revenir à mes études de cinéma. Mais aussi de m’approprier un support qui n’est pas le nôtre à la base. J’ai contacté Desplechin qui, lui, s’inspire du théâtre. Il m’a proposé Un conte de Noël en me laissant totalement libre. La troupe qui l’interprète est constituée pour moitié d’acteurs du collectif et pour moitié de six nouveaux comédiens pour nous sortir du confort, mettre le bazar dans tout ça. Le début d’un cycle ? JD Ce choix pose en effet la question du support d’après, même si je n’ai pas encore la réponse. Ce dont je suis sûre, c’est qu’il y a quelque part, niché dans Un conte de Noël, le point de départ du prochain projet. Il s’agira sans doute de l’appropriation d’une œuvre inédite au théâtre, roman, documentaire, film, je l’ignore. J’ai envie d’auteurs et d’adaptation scénique. Je crois que j’aurais du mal à revenir à une pièce déjà écrite de A à Z.

Samuel Kirszenbaum ©

L’adaptation est fondamentale pour vous. Comment l’abordez-vous ? JD Ça dépend vraiment du matériau premier. Desplechin ne me posait pas le même problème de structure que Bergman car il avait déjà présenté son scénario comme une pièce avec quatre actes dans un huis clos. Mais ces quatre mouvements sont extrêmement découpés – en 162 séquences impossibles à garder telles quelles : le théâtre, c’est du direct ! Il a fallu recomposer en plans-séquences et dénicher toutes les invitations esthétiques, philosophiques, théâtrales, cinématographiques… dont le film est truffé. Je ne voulais pas passer à côté, nous avons véritablement fouillé l’œuvre avec l’ensemble des acteurs. En fin de compte, qu’est-ce qui vous a amenée à travailler sur l’œuvre ? JD L’envie de monter une tragicomédie, d’abord, puis cette déclinaison des thèmes du conte shakespearien qui touche aussi à des choses très autobiographiques, intimes, ce que nous n’avions pas prévu…

ARKUCHI #14 FÉV.2020


BÊTES DE SCÈNES

Sortir de sa EN ÉPLUCHANT LE PROGRAMME DU THÉÂTRE DE L’ÉLYSÉE, HAUT LIEU DE LA JEUNE CRÉATION, LE REGARD S’ARRÊTE SUR LE NOM D’ÉRIC LACASCADE. LA RENCONTRE EST SURPRENANTE : LE METTEUR EN SCÈNE, DONT LA RÉPUTATION DÉPASSE NOS FRONTIÈRES, DANS CE PETIT THÉÂTRE D’UNE QUARANTAINE DE PLACES ?

PAR TRINA MOUNIER

Qu’allez-vous donc faire dans ce petit théâtre ? ÉRIC LACASCADE C’est une longue histoire de complicité aux côtés d’Eugène Durif avec qui j’ai créé Electre et Phèdre il y a une quinzaine d’années. Puis j’ai appris qu’il avait écrit Le Cas Lucia J. pour une performeuse avec qui j’avais envie de travailler. Lucia J. fut pour son malheur la fille de James Joyce, l’amoureuse dédaignée de Samuel Beckett, la patiente de Gustav Jung. Danseuse à qui tous les espoirs semblaient permis, elle termina ses jours en hôpital psychiatrique. C’est le feu intérieur qui la dévore que raconte Durif et qu’interprète Karelle Prugnaud. Le texte d’Eugène est très performatif dans la langue, comme la comédienne dans son corps. Nous avons donc monté ce petit spectacle avec Karelle, en 2018, à La Rose des Vents [à Villeneuve-d’Ascq]. Or, Karelle voulait le jouer à l’Élysée, théâtre auquel elle est très attachée…

LE CAS LUCIA J. (UN FEU DANS SA TÊTE)

5 AU 14 FÉVRIER Théâtre de L’Élysée Lyon 7 lelysee.com

ARKUCHI #14 FÉV.2020

Simon Gosselin©

C’est donc un peu le hasard qui vous amène là ? É.L. Pas seulement et pas vraiment. Cela rejoignait nos interrogations : pour qui créons-nous des œuvres d’art aujourd’hui et comment ? Une longue pratique des scènes nationales et internationales, des vitrines que sont les grands festivals comme celui d’Avignon, nous conduit à constater qu’ils fonctionnent selon une économie de marché basée sur la notoriété de la personne qui crée le produit. Pour sortir de nos tropismes, pour faire émerger d’autres pratiques, mais aussi pour trouver d’autres angles économiques plus fraternels, il nous faut aller vers d’autres lieux, plus alternatifs, pour rencontrer d’autres publics. L’Élysée est un de ceux-là.


Christophe Raynaud De Lage ©

BÊTES DE SCÈNES

MÖBIUS

rachid ouramdane

Rencontre au sommet

ACROBATES DE GÉNIE, LES VINGT CIRCASSIENS DE LA CIE XY SE SONT ASSOCIÉS AU CHORÉGRAPHE RACHID OURAMDANE* POUR CRÉER MÖBIUS. UNE PIÈCE PUISSANTE ET POÉTIQUE, CHARGÉE D’HUMANITÉ. IL EN PARLE.

PAR BLANDINE DAUVILAIRE

Möbius s’inspire des “murmurations”, ces ballets créés dans le ciel par les étourneaux… RACHID OURAMDANE Depuis plusieurs années, j’ai développé une écriture chorégraphique sur des nuées de personnes en mouvement, inspirée des “murmurations”. Cette façon de travailler le plateau en grand nombre, avec des choses qui reposent sur de la vitesse, des motifs qui échappent au regard, a été l’endroit de rencontre avec la Cie XY. Ensemble, nous avons développé une nouvelle écriture fondée sur le mouvement, qui utilise leur travail acrobatique extrêmement risqué. Ils ont élargi leur discipline et l’ont inscrite dans une horlogerie complexe en termes de rythmique, pour ne plus être seulement dans le corps-à-corps. Être connecté aux vingt acrobates en permanence, conscient de l’ensemble et de ce que cela dessine, est un énorme travail. Ce qu’ils réalisent est exceptionnel. Construire ensemble, se faire confiance. La dimension métaphorique est forte… RO Beaucoup de figures ne peuvent se réaliser que dans le collectif,

mais leur art n’est pas que de la technique, il y a une façon particulière d’être là pour l’autre avec cette dimension de risque. J’ai tout fait pour préserver et donner à voir ce qui se joue entre eux, sans le polluer par un traitement fictionnel.

L’émotion est présente en permanence… RO C’est une pièce assez grave, en même temps extrêmement solaire, qui nous emmène dans des endroits d’émotions multiples. Le public a parfois les larmes aux yeux, il y a aussi de grands moments de joie, car le collectif a su partager l’intimité de sa pratique, là où se jouent des choses extrêmement profondes. Que vous a apporté cette collaboration ? RO Depuis des années, je m’intéresse aux choses qui font débat dans la société, aux endroits où il y a pour moi urgence. Je vais à la rencontre de personnes dont la présence témoigne de cela. Avec le corps des acrobates, il y a de ça. Les dangers dans lesquels ils se mettent, leur pratique, montrent une sorte d’urgence à valoriser la confiance en l’autre, une forme de solidarité pour faire communauté. Je crois que c’est indispensable aujourd’hui. Avec Möbius, cette chose qui m’obsède a pris un autre visage au travers de la discipline des XY. MÖBIUS

* Également directeur du Centre chorégraphique national de Grenoble avec Yoann Bourgeois.

ARKUCHI #14 FÉV.2020

4 AU 8 FÉVRIERI Maison de la Danse maisondeladanse.com


pour

le meilleur ! PAR ÉLODIE MARTINEZ

Denis Rouvre – Erato Warner Classics©

Belle affiche du côté des Grands Concerts de Lyon qui fêtent les voix féminines avec Juditha Triumphans, oratorio en deux parties de Vivaldi, composé initialement pour les jeunes filles d’un orphelinat. L’Ensemble Matheus et son chef Jean-Christophe Spinosi – en compagnie du chœur de chambre Mélisme(s) – s’y produiront au côté de la magistrale contralto québécoise, Marie-Nicole Lemieux.

Si ses récitals nous portent au bord des larmes, entre tristesse et rire – comme ce fut le cas à l’Opéra de Lyon, fin novembre –, Marie-Nicole Lemieux demeure avant tout une tragédienne hors pair qui ne cesse de nous toucher. Comment ne pas tomber sous le charme des graves solaires et ténébreux de la cantatrice canadienne, qui promène sa voix singulière sur les plus grandes scènes du monde ? Comment ne pas oublier ses interprétations toujours justes et vibrantes ? MarieNicole Lemieux, c’est cette voix qui parle à l’âme, la caresse ou la serre dans un poignant dialogue, dans lequel les mots deviennent presque superflus, avec cette prononciation exemplaire. La voir dans ce rôle de femme forte, tranchant la tête de l’ennemi envahisseur, après s’être montrée suppliante, a tout pour JUDITHA TRIUMPHANS plaire. Et on a hâte de l’entendre Vivaldi/Jean-Christophe dans l’unique oratorio – réputé pour Spinosi/Marie-Nicole la diversité des airs et la richesse des Lemieux Chapelle de la Trinité couleurs et textures – qui nous reste 9 FÉVRIER lesgrandsconcerts.com du compositeur.

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MUSICA

Lemieux


FOKUS

MES PHOTOS N’ONT NI DÉBUT NI MILIEU NI FIN PHOTOS JULIEN ROCHE

On s’en souvient peut-être, il a exposé en 2014 sa série Tokyo ! à l’Épicerie Moderne. Des fragments de vie et des moments volés, en noir et blanc, dans cette mégalopole haute en couleurs et l’occasion de se perdre dans un Japon mystérieux et secret. 2020, Julien Roche n’a rien lâché et se bat toujours pour « vivre de la photo, même si c’est dur ». Il partage aujourd’hui son temps entre photographies de commande (qui le font vivre un minimum ! Il est ainsi correspondant local pour Le Progrès), la photographie de plateau (un choix personnel dicté par sa passion du cinéma et de l’image) et ses projets personnels liés principalement à l’itinérance. Il est fasciné par l’Asie et les chinatowns. Depuis toujours. Son premier souvenir photographique ? « Un Chinois à Paris près des Halles dans une lumière verdâtre et des néons, se remémore-t-il. Je suis dingue de néons et de restaurants asiatiques. » Il en a d’ailleurs fait toute une série, Paradise Lost : des devantures de rêve et des décors kitsch dans des zones bétonnées « tueurs de rêves ». Des images très cadrées, faites au trépied, le dimanche matin, à travers la France et la Belgique avec un travail sur les angles et les lignes de fuite. Alors qu’a contrario il a l’habitude de photographier à l’instinct, inspiré par la lumière, un lieu, une posture, des reflets dans une vitrine, une ambiance. « Je me sens un peu comme un chroniqueur. La photographie est un témoin de l’époque dans laquelle on vit. Alors, oui, j’adore ces petits villages de campagne avec leurs boulangeries vieillottes, leurs bars d’un autre temps… J’aime ces lieux

PAR ANNE HUGUET

D’UNE VIE TRÈS ORDINAIRE

PETITES CHRONIQUES

julien roche


julienrochephotography.com

L’ÉTRANGE FICTION

7 FÉVRIER AU 27 MARSI L’Épicerie Moderne Feyzin

SES RÉFÉRENCES ? Edward Hopper, David Lynch, Dan Fante, Harry Gruyaert, William Eggleston, Jia Zhangke, Les Impromptus de Schubert, Paul Thomas Anderson, France Culture

bouleversants qui racontent une vie passée. » Dans les images de Julien Roche, beaucoup de paysages, de détails de vie, d’instantanés volés dans la rue, dans le métro, dans un bar ou un cinéma. « Bizarrement, je suis plus inspiré ailleurs que dans mon quotidien ». Avec peu d’humains finalement. Ou simplement des évocations d’humains (des jambes, une main et un sac, un dos, une silhouette…). « Je crois que je photographie l’homme en soupçon de présence. Il est là sans être là. Une manière de parler de la solitude de l’homme, peut-être ? » Il revient avec L’Étrange Fiction, nouvelle collection d’images « entre-deux » – c’est ainsi qu’il aime à penser son travail – qui pourrait évoquer des « moments de vie qui ne seront plus ». La couleur et le cinéma de David Lynch comme fil rouge. « Les photos mises bout à bout peuvent être les séquences d’une fiction que chaque spectateur est libre d’interpréter. Ce qui m’a attiré ? Les lieux “à côté” que personne ne regarde plus vraiment ou dénués de leur fonction première… révélant ainsi toute leur étrangeté. » Enfin, il y a une chose que Julien n’oublie jamais : « J’ai besoin de faire de la photo. Cela me fait du bien. À la fois exutoire et thérapie… »


Patrick Aventurier©

FORME & FONCTION

LA MONTAGNE PRÉHISTORIQUE LA RÉINTERPRÉTATION CONTEMPORAINE DE FORMES NATURELLES EST UN EXERCICE ARCHITECTURAL POUR LEQUEL IL FAUT ÉVITER LES PIÈGES DU MIMÉTISME ET DE LA CARICATURE. TEL EST LE DÉFI QUE SE SONT LANCÉ LES CONCEPTEURS DE LA RÉPLIQUE VISITABLE DE LA GROTTE CHAUVET EN ARDÈCHE.

PAR ÉMILAND GRIÈS

Il y a vingt-cinq ans, Jean-Marie Chauvet, chargé par le ministère de la Culture de la surveillance des grottes ornées en Ardèche, découvre une cavité exceptionnelle, au cours d’une excursion spéléologique sans objectif scientifique particulier. Derrière un éboulis protecteur, tout un bestiaire dessiné et gravé apparaît à la lueur de sa torche, riche de plus de 950 figures animales en plein mouvement, dans lequel dominent les lions des cavernes, les mammouths et les rhinocéros laineux. La datation au carbone 14 des pigments de ces fresques

remet alors en question les postulats scientifiques de l’époque et repousse dans le temps les origines de l’art figuratif à - 36 000 ans, période coïncidant avec l’arrivée des Homo sapiens en Europe occidentale. L’illustre grotte de Lascaux, découverte en Dordogne en 1940, affiche, quant à elle, une origine bien plus récente, estimée à 22 000 ans. Face à ce formidable patrimoine pictural parvenu jusqu’à nous depuis le fond des âges, les spécialistes de l’art paléolithique préconisent immédiatement de ne surtout

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FORME & FONCTION

Erick Saillet ©

À l’instar de Chauvet 2, d’autres musées font architecturalement référence à la nature, ou tout du moins allusion au registre organique, avec plus ou moins de mystère et de liberté. Ces formes répondent bien souvent à la force et à la singularité paysagère ou symbolique d’un site, voire au programme de l’édifice. C’est bien sûr le cas à Lyon du Musée des Confluences, imaginé par les architectes autrichiens de l’agence Coop Himmelb(l)au. Positionné telle une figure de proue urbaine, au point de rencontre des deux grands cours d’eau de la ville, le sens donné à son enveloppe complexe oscille entre le nuage et le cristal brut. Autre exemple : l’œuvre de l’architecte espagnol Santiago Calatrava décline, partout dans le monde, de nombreux édifices et ouvrages d’art dont les formes en béton suggèrent des squelettes tronqués d’énigmatiques animaux. Il a conçu dans notre région la gare de TGV de Saint-Exupéry, dont les ossatures se dressent telles deux ailes déployées dans la plaine.

pas laisser le public accéder au site, afin d’éviter l’erreur commise à Lascaux. En effet, les variations de température et d’hygrométrie induites par l’ouverture à l’air libre et les émanations de dioxyde de carbone générées par la respiration des visiteurs ont entraîné d’importantes et irrémédiables détériorations des fresques préhistoriques et de leur support minéral. Classée Patrimoine de l’Unesco par l’unanimité des membres du Comité en juin 2014, la grotte Chauvet est mondialement reconnue comme un précieux jalon de notre Humanité. Pour permettre au public de prendre connaissance de ce chef-d’œuvre immémorial à l’équilibre si fragile, décision est prise par les pouvoirs publics d’en édifier un artefact à environ deux kilomètres de l’original. Les architectes clermontois Fabre et Speller, associés à l’agence ardéchoise Atelier 3A et aux scénographes parisiens Scène, se voient confier cette gageure, à l’issue d’un concours. Le projet de restitution est imaginé tout en enclavement, quasiment invisible d’un point de vue topographique. En cela, il reprend la part de mystère que recèle la grotte, oubliée pendant des millénaires. Elle reste encore cachée à ce jour dans la montagne, puisque sa position exacte est un

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SNCF ©

Architecture biomorphique

secret bien gardé pour garantir sa sauvegarde. Plaqué sur un sol accidenté, inséré le plus discrètement possible sur les hauteurs fabre-speller.com atelier3a.com proches de Vallon-Pont-d’Arc, Chauvet 2 grottechauvet2ardeche.com apparaît peu à peu dans l’enchevêtrement végétal dense et omniprésent du maquis ardéchois, au détour d’un des innombrables lacets de l’étroite route départementale qui le dessert. Ses aménagements extérieurs, ses propres formes courbes aux arases(1) respectueusement calées sur l’altitude basse de la canopée environnante prolongent le relief et la végétation du site. Les cinq édifices qui constituent l’équipement – la réplique, la galerie de l’Aurignacien, le pôle pédagogique, l’espace événementiel et le pôle restauration – insèrent leurs 3 000 m² avec précaution et souplesse dans le terrain naturel. Chauvet 2 exprime clairement sa volonté conceptuelle : être une « empreinte dans le paysage ». Répondant aux courbes de niveaux du plateau géologique, le projet réinterprète les falaises de calcaire des Gorges de l’Ardèche toutes proches. Son enveloppe de béton projeté, mis en forme par grandes facettes irrégulières et marquées de cicatrices granuleuses, accroche la lumière du soleil de façon changeante, tout au long de sa course. Sous cette carapace fragmentée et sa couverture (1) Face supérieure végétalisée, les espaces semi-enterrés restituent la grotte dressée ou nivelée d’un (2) en anamorphose , plongeant les visiteurs dans une ouvrage de maçonnerie sans couronnement. ambiance fraîche, humide et sombre comme le furent (2) Procédé ancien avant eux les découvreurs en 1994, mais également les dequitransformation s’apparente à une auteurs des fresques. Sols, parois et voûtes recréent illusion d’optique. Des images déformées fidèlement les ambiances pariétales originelles, sur la deviennent «normales» elles sont vues d’un base d’une sélection de dessins et de gravures humains, sipoint précis ou à partir mais aussi de formes et de concrétions minérales, relevés d’un miroir. numériquement.


la Côte roannaise

20 SUR VIN

ON THE AIR Guy Plotton©

POUR LA PLUPART DES LYONNAIS, LES VINS DE LOIRE SONT TOUT LÀ-HAUT, VERS NANTES, ANGERS OU TOURS ! MAIS SAVIEZ-VOUS QUE TOUT PROCHE D’ICI, À UNE PETITE CENTAINE DE KILOMÈTRES, LE CONFIDENTIEL VIGNOBLE DE LA CÔTE ROANNAISE S’INSCRIT DÉJÀ DANS LES VINS DE LOIRE ?

Evelyne Deveaux©

PAR LAURENT TURREL

DOMAINE SÉROL

Les Estinaudes, Renaison (42) domaine-serol.com

Le coup de cœur de Carine Sérol Restons dans la Loire volcanique avec ce saint-pourçain blanc issu à 100% d’un vieux cépage autochtone : le tressallier. Un vin aux notes d’agrumes, porté par une superbe tension. Il sera parfait sur un plateau de fruits de mer. SAINT-POURÇAIN, CUVÉE TRESAILLE

Domaine des Bérioles à Cesset (03) BLANC, 2018 (12€)I

Appellation d’origine protégée depuis 1994, ce petit vignoble (210 hectares) s’étale aux confins de Rhône-Alpes et de l’Auvergne, sur les pentes granitiques des Monts de la Madeleine à l’ouest de Roanne. Longtemps cantonné à un vin sans grand intérêt, celui-ci a explosé ces dernières années, sous l’impulsion d’une jeune génération, mieux formée et plus ouverte, à l’instar de Stéphane Sérol du domaine éponyme. C’est en 1999 que ce dernier reprend le domaine familial après un BTS vitiœno et quelques stages en Beaujolais, Bourgogne et Australie, qui lui ont permis d’observer d’autres façons de travailler. Très vite, Stéphane oriente le domaine vers la culture raisonnée, puis dans la foulée en bio et enfin en biodynamie. En parallèle, il lance une étude poussée de ses sols afin de mieux comprendre l’identité de ses différentes parcelles, et d’appliquer à chacune d’elles des cultures et des techniques de vinification personnalisées. S’ensuit la création de cuvées parcellaires comme Oudan ou Perdrizière, qui reflètent au plus juste l’expression d’un terroir propre. « La biodynamie respecte les cycles de la nature et de ses saisons », explique Carine Sérol, sa femme, qui œuvre également au domaine. « Cela nous permet d’avoir des vignes fortes qui se défendent toutes seules contre les maladies. La biodynamie nous donne des outils plus précis et nous

apporte une philosophie plus aboutie que le bio ». Et le fait est avéré. Lorsque l’on goûte les vins du domaine Sérol, on est saisi par leur gourmandise, leur précision et leur profondeur. Ils dégagent une énergie lumineuse propre aux vins cultivés en biodynamie. Stéphane ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Il poursuit toujours plus loin sa quête de l’épure, produisant désormais quelques cuvées parcellaires élevées en amphore et bonifiées sans soufre. « Nous observons une expression très ouverte du vin. L’oxygène apporté par la jarre est supérieur au bois des tonneaux et marque moins le vin ». Intimement convaincu du fort potentiel des vins de la Côte roannaise, Stéphane Sérol devrait prochainement prendre la présidence de la nouvelle association La Loire Volcanique, qui regroupe également les côtes-du-forez, les côtes-d’auvergne et saint-pourçain. L’objectif est de valoriser l’image des vignobles et de leur apporter plus de notoriété. D’autant qu’ils ne manquent pas d’arguments pour attirer de jeunes vignerons : un foncier peu cher, des vins fruités et peu alcoolisés, dans l’air du temps, et une présence importante du bio (40% de la surface viticole de la Côte roannaise est bio). Des enjeux passionnants et pleins de promesses pour un vignoble résolument tourné vers l’avenir qui a tant à proposer.

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PAR VALIE ARTAUD, EMMANUELLE BABE, BLANDINE DAUVILAIRE, LUCIE DIONDET

ARCHÉOLOGIE INDUSTRIELLE

DRÔLE D’ARCHÉOLOGIE Comme un pied de nez à l’ennui et à l’oubli, Jean-Charles Gros a exploré pendant trois ans ses vieilles voisines, les carrières ardéchoises de Ruoms. De leur sol abandonné, il a exhumé clous, burins et autres pièces métalliques, témoins d’une activité disparue depuis une centaine d’années. Il les a minutieusement nettoyés, triés et photographiés, tel son père, archéologue, qui le traînait enfant à la chasse aux silex. Mais cette collection, qui compte une quarantaine d’œuvres photographiques, est plus personnelle, plus artistique. Le rendu est foudroyant. Les objets mis en scène sur fond de drapé et les paysages calcaires se font troublantes figures monolithiques. Au cœur de l’ouvrage, la main de l’artisan. Celle du carrier comme du photographe “depuis toujours”, friand des procédés anciens (ici la gomme pigmentaire), relieur à ses heures. Jean-Charles Gros fait tout, sauf le papier. L’artiste est un preneur de temps, qui rend l’image à la terre. Une fois encore, la galerie Vrais Rêves nous offre du grand art. L.D. ARCHÉOLOGIE INDUSTRIELLE

GALERIE VRAIS RÊVES Lyon 4 vraisreves.com jcgros-photographe-ardeche.fr

D.R ©

JUSQU’AU 22.02.20

ENTRE SOIES

JUSQU’AU 08.03.20

L’exposition la plus stylée de ce début d’année nous est proposée par le Musée des Tissus. Pour marquer sa renaissance, l’institution nous ouvre les portes d’Yves Saint Laurent, les coulisses de la haute couture à Lyon. Les vingt-cinq silhouettes “mannequinées”, sélectionnées dans le vestiaire étourdissant du musée Yves Saint Laurent Paris, sont accompagnées de documents d’archives aussi précieux que rares. L’ensemble raconte, pour la première fois, l’apport inestimable des soyeux et fournisseurs lyonnais dans le processus de création du couturier. Privilégiant les textiles d’exception de chaque maison, le créateur a fait provision pendant quarante ans de mousselines de soie chez Bianchini-Férier ou Sfate et Combier, qu’il drapait avec sensualité. Pour le lamé or, il ne jurait que par Brochier et sélectionnait des velours façonnés, d’une fluidité sidérante, chez Beaux-Valette. Enfin, grâce à la cigaline (mousseline de nylon mise au point par Bucol), Saint Laurent réalisait des robes de soirée « habillées-déshabillées » ultrasexy. Présentés dans un écrin chicissime, les modèles exposés brillent comme des bijoux. Ce vibrant hommage au savoir-faire de la région culmine avec la robe de mariée Shakespeare, mélange théâtral d’étoffes précieuses made in Lyon. Stages de stylisme, ateliers de broderie et visites guidées (vivement conseillées) enrichissent ce parcours. Yves Saint Laurent © Droits réservés ©

DÉAMBULATIONS

arts visuels

YVES SAINT LAURENT (1936-2008) ROBE PORTÉE PAR SABRINA. COLLECTION HAUTE COUTURE AUTOMNE-HIVER 2000. PHOTOGRAPHE INCONNU.

B.D. YVES SAINT LAURENT, LES COULISSES DE LA HAUTE COUTURE À LYON

MUSÉE DES TISSUS Lyon 2 museedestissus.fr

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DÉAMBULATIONS

OXYMORE PHOTOGRAPHIQUE

Philippe Durand ©

JUSQU’AU 29.02.20

Philippe Durand est de ces artistes qui vous perdent, en trompant vos sens par de savants jeux de superpositions. En osant associer l’inertie d’un phare de voiture à la vitalité de motifs floraux, la matérialité d’un mur de béton aux couleurs éclatantes du monde végétal, il sème le trouble là où on l’attend le moins. L’amalgame est si précisément réalisé qu’on ne sait plus très bien comment comprendre une image pourtant aisément lisible au premier regard. L‘ombre d’un deux-roues qui flirte avec un branchage laisse percevoir l’impossible alliance de matériaux dont la beauté saisit à la manière d’un oxymore photographique. Avec Ménilmontant, l’artiste signe une exposition qui se laisse traverser comme un quartier au charme légèrement décati, fourmillant de détails impossibles et d’illusions kaléidoscopiques.

MÉNILMONTANT

V.A.

DRAPÉS DE SENSUALITÉ JUSQU’AU 08.03.20

Du corps supplicié à la silhouette endormie, cachant ou exaltant la nudité, l’étoffe drapée est un motif qui traverse toute l’histoire de l’art. Mais comment font les artistes pour imiter avec autant de perfection le tissu porté ? Réunissant plus de cent-cinquante œuvres ­­− Degas, Christo, Michel-Ange, Rodin, Man Ray, Dürer… −, pour la plupart des merveilles tracées sur papier, l’exposition Drapé dévoile leur processus de création. Prêtes à s’envoler dans un souffle, les sanguines de Charles Le Brun éblouissent par leur légèreté. Une infinie délicatesse émane des études de Degas et d’Anne-Louis Girodet-Trioson. Si le regard est aspiré par les plissés de Michel-Ange et d’Ernest Pignon-Ernest, le visage sculpté, dans la chair du marbre, par Antonio Corradini respire sous un voile d’une transparence irréelle. Célébrant les jeux d’ombre et de lumière, le parcours, ponctué d’extraits chorégraphiques, restitue la fascinante beauté du drapé. Au plus près du corps. Au plus près de l’âme. B.D.

RMN-Grand Palais / Tony Querrec©

MUSÉE DES BEAUX-ARTS Lyon 1 mba-lyon.fr

CHARLES LE BRUN, DRAPERIE POUR UNE FEMME DEBOUT, DE PROFIL, VERS 1630 – 1650. MUSÉE DU LOUVRE.

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MÉNILMONTANT

LE BLEU DU CIEL Lyon 1 lebleuduciel.fr

VILLES ET VENTRES JUSQU’AU 21.03.20

En 2050, la planète comptera 9 à 10 milliards d’individus, dont près de 70% vivront en ville. L’enjeu (colossal) ? Les nourrir ! Avec l’exposition Des villes qui mangent, sur ses murs, dans le cadre de l’événement « Tous à table » qu’elle pilote dans quinze bibliothèques partenaires, la  BM de Lyon alerte sur les défis d’aujourd’hui tout en posant les bases des solutions de demain. La mise en perspective historique n’est pas superflue pour comprendre à quel point l’alimentation a façonné les villes, comme le montrent les ouvrages enluminés et les cartes des premières cités, érigées au bord de l’eau pour acheminer les denrées. Neuf Français sur dix sont des paysans jusqu’à la Révolution française. Une autre révolution, technique et industrielle celle-ci, creusera la distance entre producteurs et consommateurs. Les photos d’archives racontent toutefois un passé pas si lointain où les éleveurs se pressaient au marché aux bestiaux de La Mouche (Halle Tony-Garnier aujourd’hui), où la vigne était cultivée à La Duchère, le blé à Villeurbanne… Les plus anciens reconnaîtront peut-être leurs épiceries de quartier, dont de nombreux clichés sont présentés aux côtés d’affiches publicitaires vantant les produits de la ménagère. De l’avènement du supermarché au food business mondialisé (la séquence vidéo d’un Dessous des cartes le décrypte brillamment), le tableau coupe un peu l’appétit. Mais la résistance s’organise ! Dans les campagnes, où les parcelles bio gagnent du terrain, et en ville, où se (re)créent des potagers urbains, (r)ouvrent des halles, (re)fleurissent des marchés. E.B. BM DE LA PART-DIEU Lyon 3 & bibliothèques partenaires bm-lyon.fr


À L’AFFICHE

Des murs et des murmures INTÉRIEUR DE CELLULE - 2013, FRANCE GRÉGOIRE KORGANOW - COLLECTION DE L’ARTISTE

AVEC PRISON, AU-DELÀ DES MURS, LE MUSÉE DES CONFLUENCES PROPOSE UNE EXPOSITION DIDACTIQUE ET ÉMOUVANTE SUR L’UNIVERS DE LA DÉTENTION. OBJETS, PHOTOS, SONS ET ŒUVRES D’ART SONT À DÉCOUVRIR, DONT UN THÉÂTRE OPTIQUE CRÉÉ PAR L’ÉQUIPE DU TNG.

PAR FLORENCE ROUX

LES HURLEURS - 2001-2004, FRANCE MATHIEU PERNOT - COLLECTION DE L’ARTISTE

Musée des Confluences Lyon 2 > 26 JUILLETI museedesconfluences.fr * En architecture, se dit d’un édifice dont on peut, d’un poste d’observation prévu à cet effet, surveiller l’intérieur.

Comment le centre de détention, imaginé fin XVIIIe siècle comme un progrès dans le traitement des criminels (plus humain que le châtiment corporel), s’estil transformé en une véritable aliénation de la personne incarcérée ? Telle est la question en filigrane de Prison, au-delà des murs, la passionnante exposition que présente le Musée des Confluences de Lyon. Au-delà de la description didactique, l’exposition évoque sensiblement la détention, dans une scénographie où trois grandes cages orange, œuvre du Suisse Tristan Kobler, plantent le décor sans discours. Les curateurs ont par exemple choisi 160 objets, dont certains ont été bricolés par des détenus – corde en tissu, “brique de lait-chargeur” – et d’autres avalés pour « voir le médecin » – manche de cuillère, lame de rasoir, épingle de sûreté… On y voit aussi des photographies puissantes, comme ces “hurleurs” de Mathieu Pernot, qui crient des nouvelles aux détenus depuis

l’extérieur, ou les athlètes de la prison de Poggioreale, à Naples, saisis par l’objectif de Valerio Bispuri. Il y a encore cette pièce fermée où résonnent les sons de l’intérieur, captés par le micro de JeanBaptiste Fribourg… Glaçant. À gauche de l’entrée, le visiteur peut aussi plonger dans le parcours de théâtre optique en trois temps, conçu par Joris Mathieu et Nicolas Boudier du TNG. Le premier, derrière des barreaux, donne à voir l’entêtant ballet de cinq détenus qui, apparaissant et disparaissant, accomplissent les gestes répétitifs du quotidien dans la cellule, sur fond de textes de Calderón et Shakespeare. Le troisième tableau nous transporte cette fois à l’intérieur d’une cellule où l’on se perd un peu entre fiction et réalité, étroitesse et immensité. Le deuxième tableau, le plus fort, propose de s’asseoir face à l’un des cinq parloirs où, par la magie de l’effet panoptique*, un ou une détenu(e) nous parle de sa vie, les yeux dans les yeux.

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DE LOU REED ET JOHN CALE, SOUS LA PROTECTION D’ANDY WARHOL. FIGURE RIMBALDIENNE, SON ŒUVRE POÉTIQUE AVANT-GARDISTE INFLUENÇA JUSQU‘AU GOTHIQUE ET LA NEW WAVE.

Guy Webster ©

L’ANGE DES TÉNÈBRES POCHETTE THE MARBLE INDEX NICO (1968) / RÉÉDITION SUNDAZED MUSIC 2004 - ELEKTRA

PAR NIKKI RENARD

C’est par mes amis du groupe Marc Seberg* que je découvre “le Velvet” et Nico. Elle est cette prêtresse glacée au visage de marbre, cette divinité magnétique qui, par sa beauté, fascine et paralyse. Très jeune, elle parcourt l’Europe : de Rome, où Fellini l’engage pour interpréter son propre rôle dans La Dolce Vita (1960), à Paris où Serge Gainsbourg, le premier, la fait chanter pour le film Strip-Tease (1963) dans lequel elle joue. Mais il lui préfère Gréco pour interpréter le générique. Version restée dans les oubliettes plus de trente ans. Puis Lou Reed lui offre ses plus beaux joyaux que sont Femme Fatale – son emblème – et I’ll be your mirror, chanson christique. Son premier disque solo, Chelsea Girls (1967), d’une mélancolie automnale, proche d’un Nick Drake, reste le plus populaire d’entre tous.

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THE MARBLE INDEX (1968) DESERTSHORE (1970) THE END (1974) …

1968. Elle rencontre le cinéaste Philippe Garrel, dont elle devient la muse. Désormais, elle choisit de composer seule ses chansons avec pour unique instrument l’harmonium, « son âme ». Sont-ce les NICO, FEMME FATALE DE SERGE FÉRAY (2016) obsessions macabres de Nico et/ou son comportement autodestructeur qui l’ont conduite à cette toute nouvelle musique dans laquelle elle se jette corps et âme ? The Marble Index, premier opus d’une trilogie, PHILIPPE GARREL jure dans le monde pop des sixties. Les poèmes LA CICATRICE INTÉRIEURE (1972) hallucinés, tissés de légendes anglo-saxonnes, sur une UN ANGE PASSE musique moyenâgeuse paraissent âpres à la première (1975) LE BLEU DES ORIGINES écoute. Éternel regret : j’étais trop jeune pour voir (1979) Nico en 1977, Salle de la Cité à Rennes, à deux cents NICO ICON mètres de chez moi…. DE SUSANNE OFTERINGER * Lire p10, ArKuchi #13, La dernière valse de Philippe Pascal

(docu. 1995 )

C’ÉTAIT MIEUX AVANT

NICO, NÉE CHRISTA PÄFFGEN (1938-1988) EN ALLEMAGNE, FUT MANNEQUIN, COMÉDIENNE PUIS CHANTEUSE DANS LE MYTHIQUE VELVET UNDERGROUND


LA FÊTE DU LIVRE DE BRON CONVIE ROMANCIERS, ILLUSTRATEURS, CHERCHEURS, MUSICIENS... CONVOQUANT À LA FOIS EXPÉRIENCES COLLECTIVES ET AVENTURES INTIMES, LES GRANDES PLUMES SE FROTTENT AUX NOUVELLES VOIX. PRIX FEMINA 2019 POUR PAR LES ROUTES, SYLVAIN PRUDHOMME EST L’UN DES CINQ AUTEURS NOMMÉS POUR LE PRIX SUMMER 2020 *.

PAR EMMANUELLE BABE

FÊTE DU LIVRE DE BRON

Hippodrome de Parilly Bron 12 AU 16 FÉVRIERI fetedulivredebron.com

Votre héros, quadragénaire, pense déjà ne plus être « en devenir ». Y a-t-il un âge pour ne plus avoir « soif d’idéal » ? SYLVAIN PRUDHOMME  C’est mon personnage qui formule cette hypothèse, pas moi heureusement ! Oui, Sacha est à l’arrêt, il a moins de désir et le livre raconte comment il va renaître. C’est un livre habité par quelque chose d’assez utopiste, qui rêve à ce que pourraient être nos rapports humains, vers plus de confiance à l’égard de l’inconnu, de l’étranger. Chacun essaie d’accepter la liberté de l’autre, de vivre dans quelque chose qui ne fasse pas peur. C’est une forme d’idéal. * Prix décerné par un collège de lecteurs issus de 42 médiathèques de la métropole. Les autres nommés sont : Julia Deck, Hélène Gaudy, Vincent Message et Anne Pauly.

Le désir de liberté du personnage de l’autostoppeur finit par nuire à sa vie familiale et amoureuse. La quête d’idéal a-t-elle une part de danger ? SP La frontière est mince entre liberté et égoïsme. Les choses ne se font pas sans dommages, sans frottements. Il y a une cruauté de la liberté, dans ce qu’elle coûte à soi et aux autres. Je ne voulais pas faire un récit idéaliste. J’aime que les livres posent des questions et placent les personnages dans les zones grises de la vie. La Fête du livre, ce sont des rencontres avec les lecteurs. Comment les appréhendez-vous ? SP Ce sont des moments très stimulants, à l’opposé de l’écriture, solitaire. La part intuitive de l’écriture se confronte aux échanges sur les personnages et je suis toujours frappé par l’importance que portent les lecteurs à chacun de leurs actes. On apprend plein de choses sur soi, et sur la vie. On découvre une véritable acuité de lecture.

L’ÉVÉNEMENT LITTÉRAIRE DE L’HIVER EXPLORE TOUS LES GENRES : BD, SF, romans, poésie, sciences sociales... La soixantaine d’auteurs et autres invités composent une programmation éclectique et équilibrée. Aux côtés des têtes d’affiche (Jean-Paul Dubois, Jonathan Coe) grouille la jeune génération (Cécile Coulon, Charly Delwart). Pour l’ouverture (12/2), Emmanuelle Pireyre ouvre le bal avec une lecture-performance de Chimère, entre fiction, chanson et images.

ARKUCHI #14 FÉV.2020

Francesca Mantovani©

SUCCESS STORY

de livres


LETTRES & RATURES

À l’épreuve

du réel PAR MARCO JÉRU

À LA MERCI DU DÉSIR, FREDERICK EXLEY

Monsieur Toussaint Louverture LES SERVICES COMPÉTENTS, IEGOR GRAN

P.O.L MA PETITE APOCALYPSE, TADEUSZ KONWICKI

Les éditions du typhon DANS MA ZUP, FRANÇOIS BEAUNE/FABRICE TURRIER

Le Nouvel Attila

Le métier d’écrire, c’est avant tout d’écrire contre soi. Cet adage, Frederick Exley (1929-1992) l’a fait sien. Du Dernier Stade de la soif à À la merci du désir (qui vient de sortir chez Monsieur Toussaint Louverture) en passant par À l’épreuve de la faim, l’écrivain fut en quelque sorte l’auteur d’un livre unique, vrai-faux journal sans concession où il n’a de cesse de rapporter les turpitudes d’une vie marquée par l’errance professionnelle, un alcoolisme aigu, l’obsession du sport et une instabilité mentale l’ayant régulièrement confronté aux institutions psychiatriques. Contemporain de Bukowski, de Tom Wolfe, de Don DeLillo et de Thomas Pynchon, celui qui manqua une carrière de basketteur à cause d’un accident de voiture partage avec ces derniers une lucidité infaillible face au cauchemar climatisé américain, un univers foisonnant de dingos en tous genres et, plus encore que ses confrères susnommés, une autodérision sans limite, jusque dans la déchéance. Avec cet ultime opus dont le titre est propice à entremêler humour, fantasme et culpabilité (à la manière de Philip Roth, en un peu plus tordu), il boucle cette désastreuse odyssée, qui est aussi une tentative d’échapper au « chagrin universel ». Autre auteur sachant entretenir la politesse du désespoir » (qu’on se souvienne d’O.N.G., du Truoc-nog ou de La Revanche de Kevin) : Iegor Gran. Avec Les Services Compétents (P.O.L.), l’auteur revient sur l’histoire de son père, auteur de récits fantastiques qui fut emprisonné sept ans dans l’URSS des années soixante-dix.

Bienvenue au cœur de la vaste tartufferie soviétique, où les traîtres côtoient les dissidents et où de fausses pistes loufoques trompent les zélés apparatchiks de l’idéal socialiste. Une satire à laquelle on peut aisément accoler La Petite Apocalypse – écrite en 1979 par Tadeusz Konwicki (1926-2015), portée ensuite à l’écran par Costa-Gavras –, dernière livraison des éditions du typhon qui nous conte, sur le ton de la farce noire, les ultimes vingt-quatre heures d’un artiste dissident dans la Pologne des années soixante-dix. Grotesque à souhait. Pour clore sur une note plus locale, Dans ma ZUP est un roman graphique donnant à entendre les voix de la banlieue (ici, celles de Chambéry-le-Haut) à travers soixante ans de Zones à Urbaniser en Priorité. Soit deux millions de logements qui furent construits en douze ans. Dans la continuité des Histoires vraies de Méditerranée et de L’Esprit de Famille collecté au Liban, François Beaune (au texte) et Fabrice Thurrier (au dessin) composent un livre choral, fruit d’une immersion de plusieurs mois dans le quartier. Histoire de repartir de la parole sensible, riche et diverse des habitants, et non des lieux communs qui stigmatisent. Et d’appréhender au plus juste un réel complexe.

ARKUCHI #14 FÉV.2020


MUSIQUE, LITTÉRATURE, BD, CINÉMA... L’ARKUCHI DU MOIS ATTRAPE EN UN CLIN D’ŒIL CE QUI NOUS FAIT

Lorsque Antoine Page rencontre Bilal Berreni, alias Zoo Project, l’entente est immédiate entre le réalisateur indépendant et le street artist "irrécupérable", qui préfère repeindre le monde – dont d’immenses fresques sur les murs de Belleville – plutôt que céder aux sirènes branchées des galeries d’art. Rêveurs et solitaires, ils s’embarquent dans un projet f(l)ou : un vieux camion des années soixante-dix, la route, Antoine à la caméra, Bilal au pinceau. Loin du road movie, C’est assez bien d’être fou est un voyage artistique, raconté en vidéo, dessins et papiers animés. D’Arbois à Vladivostok, les œuvres (non signées) se posent sur les chalets suisses, les escaliers Potemkine, les épaves de la mer d’Aral… Ce film poétique* est aussi un hommage émouvant à Bilal Berreni, assassiné en juillet 2013 à Detroit. L.D.

C’EST ASSEZ BIEN D’ÊTRE FOU, ANTOINE PAGE France – 1h45 – La Maison du Directeur SORTIE NATIONALE : 28 MAR. 2018 SORTIE NATIONALE (JEUNE PUBLIC) 23 JAN. 2020 * Tourné bien avant Visages Villages (2016) d’Agnès Varda et JR

Pour replonger dans l’atmosphère sombre et envoûtante des Peaky Blinders, courez acheter ce disque au casting quatre étoiles – à tirage limité, svp – qui compile les titres rock de la bande originale des cinq premières saisons en une quarantaine de morceaux. Ce coffret à l’iconographie superbe, agrémenté de photos des protagonistes de la série, mêle David Bowie, The White Stripes, Idles, Arctic Monkeys et PJ Harvey. On y entend également la chanson titre Red Right Hand de Nick Cave et ses Bad Seeds, sur lequel Tommy Shelby parcourt Birmingham à cheval. Indispensable. N.R. PEAKY BLINDERS - B.O. Universal SORTIE : 6 DÉC. 2019

Grandiose, exemplaire… le chantier du Grand Hôtel-Dieu demeure la plus grande reconversion d’un monument historique en France. Pendant près de dix ans, des hommes, des engins et des enjeux se sont croisés derrière les palissades, parfois en secret. C’est cette histoire passionnante que les éditions lyonnaises Libel racontent dans cet ouvrage de plus de quatre cents pages. Des premiers gravats jusqu’aux applications de feuilles d’or, en passant par le dôme remarquable, cette plongée richement illustrée (photos de Vincent Ramet) dans les entrailles du bâtiment, impressionne. B.D. LE GRAND HÔTEL-DIEU DE LYON. CARNET DE CHANTIER NATHALIE CAYUELA ET ANNE-FRANÇOISE SARGER Éditions Libel PARUTION : NOV. 2019

ON AIME AUSSI... MISÉRABLES, LADJ LY Une fresque intime en banlieue qui ébranle autant qu’elle éblouit. Sélectionné aux Oscars. SORTIE 20 NOV. 2019 THANKS FOR THE DANCE, LÉONARD COHEN La dernière valse du poète canadien. Avec la crème des musiciens actuels. Sépulcral et sublime. SORTIE 22 NOV. 2019 LE MONDE NOUVEAU, CHARLOTTE PERRIAND 400 œuvres pour revisiter la vie artistique de l’époque et les projets de cette pionnière du design – Fondation Louis Vitton JUSQU’AU 20 FÉV.

ARKUCHI #14 FÉV.2020

L’ARKUCHI DU MOIS

PAR BLANDINE DAUVILAIRE, LUCIE DIONDET & NIKKI RENARD


1 FENOUIL 2 BETTERAVES 1 ORANGE 2 GOUSSES D’AIL ½ BOTTE DE PERSIL 2 C. À SOUPE D’AMANDES EFFILÉES 12 CL DE VIN BLANC 2 CL DE VINAIGRE DE XÉRÈS BEURRE ET HUILE D’OLIVE FLEUR DE SEL

(OU AUTRES COQUILLAGES)

1 KG DE COQUES

PAR CLAUDIA CARDOSO

20 MINUTES

20 MINUTES

On a tous des souvenirs plus ou moins pénibles des légumes de la cantine. Il est temps de faire table rase du passé et de se réconcilier avec eux ! La betterave, par exemple. Je vois déjà le p’tiot qui est en toi faire la moue ! Commence plutôt par préchauffer le four à 180°C et sors ton papier d’aluminium. Enveloppe tes betteraves et mets-les à rôtir en vérifiant la cuisson avec un couteau. Quand elles sont cuites et rafraîchies, épluche-les et mixe-les avec un peu d’eau pour obtenir un beau coulis pourpre. Assaisonne d’un trait de vinaigre de xérès, d’huile d’olive et d’une bonne pincée de sel. Toujours dans la famille des légumes boudés par les enfants, je voudrais maintenant le fenouil. Ça apportera du croquant, tu verras ! Taille-le finement et arrose-le avec un filet d’huile d’olive, le jus d’une orange, puis son zeste et la fleur de sel. Voilà la terreur du réfectoire qui fait son entrée : on l’appelle la coque. Pour l’amadouer, fais-la mousser dans une poêle avec le beurre puis ajoute l’ail. Une lichette de vin blanc plus tard et quelques minutes à couvert, nos coques s’ouvrent. Au moment de servir : notre coulis prêt à accueillir la salade de fenouil, nos coquillages, un peu de persil ciselé et quelques amandes légèrement effilées. À table ! Le dernier arrivé ira chercher le pot d’eau !

6 PERSONNES

“  à la cantoche”

Coques en stock

POPOTE(S)

PAR PONIA DUMONT

FÉV.2020

jugeote

HORIZONTALEMENT

1. Célébration annuelle de rois anciens. 2. Assortiment plus ou moins heureux ! Ils confirment la théorie. 3. Se mit dans la tête. 4. Ancienne partie de l’Allemagne. Terre gaëlique. 5. Cette roue-là ne tourne pas rond. Il s’en bat l’œil ? 6. Roi mis à mal. Possessif. Lointain spectacle. 7. Rouge, blanc, bleu pour un poète. Qualificatif dépréciatif pour le vieil homme. 8. Joli présentoir de couleurs. 9. Protectrices… ou correctrices. 10. Un singe américain qui a le solutions arkuchi 12 bras long. Fils de Noé.

VERTICALEMENT

A. Enchanta. B. Aurait mieux fait de ne jamais ouvrir la boîte ! A sa clé. C. Qui dépasse l’entendement. D. Quelle jacasseuse ! Mesure du Levant. Un vieux loup à reculons. E. Cap sur la Manche. Repaire calendaire. F. Avec adresse. G. Eau écossaise qui fit jaser. Réprimez celui de violence ! H. Souvent au bas de la facture. Ne doit pas être dans le besoin. I. Serrée très fort. J. Lieux sans doute appréciés des taulards.

ARKUCHI #14

S A C R E C O E U R

OC I R RO E D I V E N E E E S R R TU I R I E V E

A L I S T GAN T E E C A R S A L T E BU S L A S C A O T I R S VAU E V E NT E R E S

E

E S T R A D E S

C. Cardoso©


NÉO POP’ART, RÉALISÉES EN TECHNIQUE MIXTE DE COLLAGE D’AFFICHES DE RUE, PEINTURE ET RÉSINE.

PAR GRAPHULL

BRITT TAMALET PENTES DE LA CROIX-ROUSSE

britttamalet.com

ARKUCHI #14 FÉV.2020

STREET ART

ARTISTE LYONNAISE EXPÉRIMENTÉE, BRITT TAMALET INTERVIENT DANS LA RUE DEPUIS QUELQUES MOIS, SUR DES THÈMES QUI LUI SONT CHERS, COMME LE FÉMINISME OU L’ENVIRONNEMENT. ELLE Y POSE UNE DÉCLINAISON DE TOILES DE STYLE


OÙ TROUVER

Bourg-en-Bresse Musée du Brou. Tannerie. Théâtre de Bourg-en-Bresse. Zoom. Bourgoin-Jailleu Les Abattoirs. Musée de Bourgoin. Bron Espace Albert Camus. Ciné Les Alizés. Ferme du Vinatier. MJC Louis Aragon. Jack Jack. Pole Pik. Médiathèque de Bron. Université Lyon II. Caluire-et-Cuire Bibliothèque municipale. Cinéma le Méliès. Le Radiant-Bellevue. Chalon-sur-Saône Espace des Arts. Chassieu Le Karavan Théâtre. Corbas Le Polaris. Dardilly L'Aqueduc. Décines Centre de la Mémoire Arménienne. Le Toboggan. Écully Écully Cinéma. Médiathèque. Feyzin L’Épicerie Moderne. Francheville Médiathèque. L’Iris. Givors Médiathèque Max Fouché. Théâtre de Givors. Grigny Centre Brenot. Médiathèque Léo Ferré. Irigny Le Sémaphore. L’Isle-d’Abeau La CAPI. La Mulatière Aquarium de Lyon. Lyon 1 3e Fleuve. À chacun sa tasse. L'Antirouille. À Thou bout d’chant. Bar 203. Les Barjaqueurs. Bistrot Chardonnet. Boîte à café. Bomp. Cabane café. Café des Capucins. CAUE Rhône. Clef de Voûte. Condition des Soies. Dangerhouse. DRAC. ENBA. Espace 44. Le Farmer. Galerie Céline Moine. Galerie Mathieu. Galerie Le Réverbère. Le Gargagnole. Hemingway’s. La BF 15. Le Livre en Pente. Librairie Archipel. Librairie Le Bal des Ardents. Jarring Effects. Kraspek Myzik. Le Bleu du Ciel. Mapraa. Mas Amor Por Favor. Médiatone. Musée des Beaux-Arts. Le Nombril du Monde. Le Nuage Café. Opéra de Lyon. Original Watt. Le Noze. Le Perko. La Pinte douce. Radio Canut. Le Romarin. Le Shalala. Les Subsistances. Le Tasse-Livres. Théâtre de L’Accessoire. Théâtre Les Clochards Célestes. Technoir. Tikki Records. Vins Nature. Le Voxx. Lyon 2 Archives municipales. Centre national de la Danse. La Cloche. Docks 40. Conflutime. ESMA. Fondation Bullukian. Librairie Raconte-Moi la Terre. Librairie Expérience. Librairie Gibert. MJC Confluence. Mob Hôtel. Musée des Confluences. Musée des Tissus. Périscope. Région A.R.A. Théâtre Comédie Odéon. Théâtre des Ateliers. Théâtre des Célestins. Théâtre des Marronniers. Université catholique de Lyon. Lyon 3 Auditorium de Lyon. De L'Autre côté du Pont. Archives départementales. Café du Rhône. Gnome et Rhône. Hooper. Librairie du Tramway. La Métropole de Lyon. Pôle Emploi Scène et Images. Poltred. Salle des Rancy. Taverne Gutenberg. Théâtre Improvidence. Lyon 4 Agend’arts. Aquarium Ciné Café. L’Assiette du vin. Aux Gogniols. Bistrot fait sa Broc. Diable Rouge. Drôle de Zèbre. Les Enfants du Tarmac. Galerie Françoise Besson. Galerie Vrais Rêves. L'Instant. Le Grain de Folie. Le Petit Coin. L’Instant. IUFM. Labelalyce. Modern Art Café. Ninkasi Croix-Rousse. Ô Vins d’anges. L'Oiseau sur la branche. Paddy's Corner. Le Petit Troquet. Rideau Rouge. Théâtre de la Croix-Rousse. La Valise d’Élise. Villa Gillet. Vivement Dimanche. La Voguette. Lyon 5 Le Bar Bu. Brasserie du Doyenné. CRR de Lyon. CNSMD. Collège Hôtel. École du Cirque Ménival. ENSATT. Espace Gerson. Librairie Virevolte. La Mi Graine. MJC du Vieux-Lyon. MJC Saint-Just. Musées Gadagne. Musée Gallo-romain. Ninkasi Saint-Paul. Le Sonic. Théâtre du Point-du-Jour. Lyon 6 Musée d’Art Contemporain. Lyon 7 Arts en Scène. Atelier Garage. Le Bistroquet. Café 76. CHRD. Cinéma Comœdia. La Commune. Court-circuit. ENS. L’Élysée. Les Fauves. La Fourmilière. Galerie Tator. Ho36 Montesquieu. Halles du Faubourg. IEP. L’Indocafé. Librairie Bédétik. Librairie Rive gauche. Librairie Terre des Livres. Librairie La Voix aux chapitres. Mama Shelter. Le Mondrian. Le Mowgly. Ninkasi Kafé. Le Petit Bouclard. Pimpon bar. Les Raffineuses. Sofffa Guillotière. Lyon 8 Institut Lumière. Maison de la Danse. Médiathèque de Bachut. MJC Monplaisir. NTH8. Salle Genton. Lyon 9 Au Bonheur des Ogres. Ciné Duchère. CNSMD. L’Attrape-Couleurs. La 9e Bulle. Médiathèque de Vaise. Ninkasi Vaise. TNG. Mâcon Cave à Musique. Cinéma Le Marivaux. Mâcon Scène nationale. Miribel L'Allégro. Mornant Espace Jean Carmet. Oullins La Mémo. MJC d’Oullins. Le Syndrome Peter Pan. Théâtre de La Renaissance. Pierre-Bénite Maison du Peuple. Portes-Lès-Valence Train-Théâtre. Rillieux-la-Pape CCNR. Espace culturel Marcel André. Médiathèque. MJC O Totem. Piscine du Loup Pendu. Saint-Étienne Cité du Design. La Comédie de Saint-Etienne. Le Fil. Le MAMC. Opéra de Saint-Étienne. Saint-Fons Médiathèque Roger Martin du Gard. Théâtre Jean Marais. Saint-Genis-Laval La Mouche. Médiathèque B612. Saint-Priest Médiathèque Fr. Mitterrand. Théâtre Théo Argence. Saint-Vallier Ciné Galaure. Sainte-Foy-lès-Lyon Ciné Mourguet. Tassin-la-Demi-Lune Médiathèque. Théâtre L'Atrium. Vaulx-en-Velin C.C. Charlie Chaplin. Cinéma Les Amphis. École d'architecture. ENTPE. Planétarium. Valence Comédie de Valence. Vénissieux Bizarre ! Cinéma Gérard-Philipe. Médiathèque Lucie Aubrac. Théâtre de Vénissieux. Vienne Théâtre de Vienne. Villefontaine Théâtre du Vellein. Villefranche-surSaône Auditorium. Cinéma Les 400 Coups. Conservatoire. Librairie des Marais. Médiathèque Mendès-France. Musée Paul Dini. Théâtre de Villefranche. Villeurbanne Atome Village. Bieristan. Campus de la Doua. CCO. CCVA. Cinéma Le Zola. Galerie Domus. ENMDAD. ENSSIB. Espace Info. Espace Tonkin. Institut d’art contemporain. IUFM. La MLIS. Pôle Pixel. Studio 24. Le Rize. Théâtre Astrée. Théâtre de l'Iris. TNP. Toï Toï Le Zinc. Le Totem. Transbordeur. URDLA... ainsi que dans la plupart de vos mairies, bibliothèques, MJCs, espaces de coworking...

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ARKUCHI #14, Février 2020  

1ère de couv signée Julien Roche. À l'affiche Julie Deliquet et son théâtre plein de fureur, Jean-Claude Gallotta à cœur ouvert, des expos à...

ARKUCHI #14, Février 2020  

1ère de couv signée Julien Roche. À l'affiche Julie Deliquet et son théâtre plein de fureur, Jean-Claude Gallotta à cœur ouvert, des expos à...

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