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grandeur Nature OUTRE-MER

ÉDITO

PAR SOLANGES NADILLE, SÉNATRICE DE L’ARCHIPEL GUADELOUPE

Enfant de Terre-de-Bas, au cœur de cet archipel dans l’archipel que sont les Saintes, j’ai acquis une conscience précoce de la fragilité de nos écosystèmes. Chaque jour en outre-mer, l’écologie est une réalité physique, celle de la pression sur une biodiversité unique au monde.

Dans un monde qui accélère, j’ai choisi de résister à l’idée que l’environnement serait une option. Car en outre-mer, le dérèglement climatique est une réalité quotidienne. Érosion des côtes, pression sur la biodiversité, recul du trait de côte, pollution durable des sols et de l’eau, crise des sargasses, exposition accrue aux catastrophes naturelles… Je porte ces enjeux au Sénat avec constance, en défendant une écologie ancrée dans le réel des territoires insulaires.

Mon action parlementaire s’articule d’abord autour d’un enjeu vital : l’eau. Je soutiens une proposition de loi visant à mieux protéger les ressources en eau potable contre les pollutions diffuses, notamment agricoles, une priorité dans les outre-mer, où la qualité de l’eau constitue un enjeu majeur de santé publique et d’égalité territoriale. Je suis également cosignataire d’une proposition de loi reconnaissant la responsabilité

de l’État et l’indemnisation des victimes de la pollution au chlordécone aux Antilles, un scandale dont les conséquences touchent durablement les sols, l’eau, l’alimentation et la santé environnementale en Guadeloupe.

Mon engagement se traduit aussi par un soutien aux collectivités locales, souvent en première ligne de la transition écologique. J’ai ainsi cosigné une proposition de loi pour que les aides et subventions publiques tiennent mieux compte de la capacité financière réelle des communes, afin de permettre aux petites collectivités d’outre-mer d’investir dans la rénovation énergétique des bâtiments scolaires. Par ailleurs, entre transition écologique et coût élevé des importations, j’explore les voies de l’autonomie énergétique pour les outre-mer. Dans cette logique, j’ai cosigné une proposition de loi portée par un sénateur de Guyane visant à rouvrir la possibilité de recherche et d’exploitation d’hydrocarbures dans certains territoires ultramarins.

Enfin, cosignataire d’une proposition de loi transférant à l’État la prise en charge du ramassage et du traitement des algues sargasses échouées en Guadeloupe, Martinique, Guyane et à Saint-Martin, je défends une approche structurelle face à une pollution chronique. En séance, je plaide pour sortir les sargasses du régime juridique classique des déchets, afin de traiter le problème à une échelle interministérielle et internationale, et pour la création d’un fonds d’indemnisation de plusieurs millions d’euros destiné à réparer les dommages causés dans le bassin Antilles-Guyane.

Cet engagement s’ancre dans une réalité territoriale forte : près de 60 % du territoire de l’archipel guadeloupéen est couvert par des zones naturelles, essentielles à la préservation de la ressource en eau et des milieux aquatiques. Mais cette richesse est fragile : environ 15 % de la population est exposée au risque d’inondation par débordement de cours d’eau, et 10 % au risque de submersion marine, illustrant la vulnérabilité littorale et fluviale du territoire. Convaincue que les outre-mer sont aux avant-postes des défis planétaires et notamment environnementaux, l’écologie que je défends est pensée depuis les territoires les plus vulnérables. Une écologie de terrain, attentive aux réalités locales mais également fière de sa biodiversité et résolument orientée vers des solutions durables pour les générations à venir.

Solanges Nadille

Couverture : vestige volcanique, le rocher de Clipperton culmine à 29 mètres d’altitude sur l’atoll français du Pacifique nord, sanctuaire extraordinaire pour les oiseaux marins. © Romain Beaubert / LPO | Portrait de Solanges Nadille. © Sénat

ACTU

OUTRE-MER

LES FONDS MARINS CÔTIERS RÉVÉLÉS PAR LES DONNÉES SATELLITES

Le CNES, l’IRD, le LEGOS et le Shom publient le tout premier atlas mondial de bathymétrie côtière obtenu par satellite. En libre accès sur le portail Hydroweb du CNES, ce travail « s’appuie sur une avancée scientifique majeure permettant de mesurer les fonds marins à partir de l’observation des vagues par satellite », annonce l’IRD. La mesure des profondeurs marines côtières est essentielle pour « la prévision des submersions marines, l’évaluationdel’érosion,lagestionenvironnementale,la sécurité de la navigation [...] ». Or, le LiDAR ou les sondeurs ne permettaient pas de couvrir ces zones à grande échelle. « L’équipe de recherche a développé un système qui exploite les motifs des vagues observés par les satellites Sentinel-2 afin d’en déduire la profondeur des fonds marins. Cette technique résout par ailleurs l’un des principaux blocages de la bathymétrie satellitaire traditionnelle, puisqu’elle permetaussid’analyserlesfondsdeseauxtroubles,dites turbides », explique l’IRD. Alors que seul 1 % des eaux françaises est cartographié chaque année, ce nouvel outil devrait s’avérer précieux en outre-mer.

d’info ici :

UNE FEUILLE DE ROUTE INÉDITE DÉDIÉE

AUX MILIEUX HUMIDES D’OUTRE-MER

Le 2 février, Journée mondiale des zones humides, le Comité français de l’UICN, via son Pôle relais Zones humides tropicales (PRZHT), a publié sa proposition de stratégie outre-mer du 4 e Plan national milieux humides 2026-2030. Ce document de 132 pages « est le fruit d’un important travail de coconstruction, mené par l’équipe du PRZHT, épaulée par Mélanie Herteman – docteure en écologie, spécialiste des mangroves et zones humides – en partenariat avec 151 acteurs mobilisés en Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion et Mayotte (services de l’État, collectivités, gestionnaires, chercheurs, associations, usagers) », informe le Comité français de l’UICN.

Des mesures y sont proposées pour mieux protéger, gérer et restaurer « les mangroves, mares, forêts marécageuses, vasières ou encore ripisylves » d’outremer, qui hébergent une biodiversité exceptionnelle et fournissent à l’humanité des services essentiels tels que la régulation de l’eau, la protection contre les risques naturels, ou le stockage du carbone. « Pourtant, ces milieux restent parmi les plus menacés : urbanisation, pollutions, espèces exotiques envahissantes, artificialisation, impacts croissants du changement climatique et événements extrêmes », déplore le réseau des experts de l’UICN en France. Cette publication, qui présente dans son introduction les milieux humides d’outre-mer comme des « piliers de biodiversité et de résilience », énonce des dispositions et mesures communes aux territoires selon trois grands axes – agir, mobiliser, connaître – que l’on retrouve ensuite, de façon pragmatique et détaillée, dans les tableaux des actions préconisées pour chacun des cinq départements et régions d’outre-mer.

d’info ici : Consulter le document

L’OUTRE-MER INNOVE AU SALON CHANGENOW 2026

Du 30 mars au 1er avril, le Grand Palais accueillait sous sa verrière ChangeNOW, salon présenté comme « le plus grand événement mondial des solutions pour la planète », permettant « d’aborder les grands enjeux de notre siècle et les actions concrètes à entreprendre pour bâtir un monde durable ». Biodiversité, mobilités douces, économie circulaire, énergies renouvelables... tous les thèmes environnementaux ont été abordés au fil de conférences internationales, ateliers interactifs et rencontres inspirantes, avec plus de 140 pays représentés, environ 40 000 participants et 1 200 investisseurs, l’objectif étant notamment de faciliter le passage du prototype au déploiement à grande échelle. Pourtant, les innovations présentées ne font pas toujours appel à la technologie : « La transformation la plus profonde n’est pas technologique, elle est philosophique », analysent les organisateurs.

Parmi les ultramarins présents, Lucas Laborde, membre de la start-up calédonienne Catamarine, a exposé un matériau composite en bambou inédit, utilisé dans la construction navale. Autre représentante des outremer, Anne-Laure Morel, présidente fondatrice de la start-up Torskal, a valorisé le fruit de ses recherches sur l’ambaville, une plante endémique de La Réunion utilisée dans la synthèse des nanoparticules d’or en vue de traiter thermiquement, par laser, certains cancers.

+ d’info ici : https://www.changenow.world/fr/

PREMIÈRE MONDIALE DANS LA PÊCHE : UN NAVIRE ÉQUIPÉ D’UN KITE DE TRACTION AUTOMATISÉ

Palangrier de 59 mètres de l’armateur réunionnais Cap Bourbon, le Cap Kersaint est le premier navire de pêche au monde équipé d’un kite de traction automatisé. D’une surface de 100 m2, le SeaKite, développé par la société française pionnière Beyond the Sea, exploite l’énergie du vent pour remplacer partiellement la propulsion moteur. « Au-delà de l’innovation technologique, ce projet est une étape concrète de notre engagement vers une pêche plus sobre et durable », déclare Cap Bourbon. Les premiers essais ont permis de constater une économie de carburant de 20 %.

Annoncée au salon Euromaritime à Marseille, cette installation qui entrera en exploitation en 2026 marque une avancée majeure pour la décarbonation des activités de pêche. Elle « démontre que les technologies véliques sont aujourd’hui compatibles avec les exigences opérationnelles de la pêche hauturière, y compris dans les zones parmi les plus isolées et exigeantes du globe, comme les Terres australes et antarctiques françaises », se félicite Cap Bourbon. « Les exigences réglementaires sont toujours plus élevées, les attentes des clients également en termes d’exemplarité. Pour y répondre, on se doit d’être innovants, on se doit d’essayer, et de faire bouger les choses », conclut Tugdual Poirier, directeur général de l’armement.

Cap Bourbon /
Beyond the Sea
Cette aile de kitesurf géante conçue par l’équipementier Beyond the Sea est mise pour la première fois au service de la transition de la pêche maritime. Cette innovation concrète portée depuis les territoires ultramarins est une réelle avancée technologique et environnementale.

« Le kite de traction, actuellement en phase de tests, ouvre de nouvelles perspectives : exploiter la force du vent pour assister la propulsion, réduire la consommation de carburant et diminuer les émissions de CO2 », résume l’armateur du Cap Kersaint. © Jérôme Balleydier

LE OMGNCAHIER

RETOUR SUR LA 17 E RÉUNION

DU COMITÉ NATIONAL DE L’IFRECOR

A ccueilli en M A rtinique , ce rendez - vous A nnuel A notAMM ent per M is de dresser un bil A n des A ctions M enées en fAveur des récifs cor A lliens , MA ngroves et herbiers

MA rins d A ns les collectivités fr A nç A ises d ’ outre - M er A britA nt ces écosystè M es . r etour sur l ’ événe M ent , qui A M obilisé des A cteurs venus des trois océ A ns .

Organisée avec l’appui de la DEAL Martinique, la 17e réunion du comité national de l’Initiative française pour les récifs coralliens (IFRECOR) s’est tenue du 24 au 28 novembre 2025 à Sainte-Luce, dans le sud de l’île Chaque jour, 50 à 90 acteurs de l’ensemble des outremer français ont pu partager les connaissances les plus récentes pour protéger et gérer durablement les récifs coralliens et leurs écosystèmes associés (RCEA).

Chercheurs, gestionnaires, élus, représentants d’institutions, collectivités, associations et bureaux d’études ont ainsi échangé sur les actions concrètes et inspirantes conduites dans les différents territoires, tout en évoquant les difficultés communes et en préparant le prochain bilan sur l’état de santé des RCEA, qui paraîtra à la fin de l’année 2026.

De plus, la réunion a favorisé la coopération entre les comités locaux de l’IFRECOR, qui animent les réseaux d’acteurs dans les 11 territoires ultramarins concernés, élaborent et mettent en œuvre les plans locaux d’action.

DES RÉCIFS CORALLIENS DANS UN ÉTAT DE SANTÉ ALARMANT

Les intervenants ont tiré la sonnette d’alarme face à l’état de santé jugé alarmant des récifs coralliens, en particulier aux Antilles et dans l’océan Indien. Dans ces bassins océaniques, les pressions anthropiques, les épisodes de blanchissement récents et les événements extrêmes tel le cyclone Chido à Mayotte ont en effet causé des taux de mortalité inédits affectant l’état des récifs coralliens, mangroves et herbiers marins, et donc les services écosystémiques qu’ils génèrent : ressources halieutiques, protection contre la houle... En Martinique par exemple, le suivi des épisodes de blanchissement de 2023 et 2024 a mis en évidence la perte de 78 % des colonies coralliennes entre octobre 2023 et novembre 2025. L’urgence d’agir sur la qualité des eaux côtières en luttant contre les pollutions liées notamment à l’absence ou la défaillance des systèmes d’assainissement a été soulignée.

Les membres du comité national et les partenaires locaux réunis en Martinique. L’IFRECOR est constituée d’un comité national et d’un réseau de 11 comités locaux représentant les collectivités françaises qui hébergent des

UN ORDRE DU JOUR À LA HAUTEUR DES ENJEUX

Ouverte par le préfet de la Martinique en présence du maire de Sainte-Luce, la réunion a été marquée par une forte participation des acteurs martiniquais. Célia de Lavergne, directrice de l’Eau et de la Biodiversité, et Olivier Jacob, directeur général des Outremer, ont introduit les échanges, respectivement en visoconférence et en message vidéo préenregistré.

Le SPAW-RAC, l’Office de l’eau Martinique, le GIP Sargasses, ou encore le Réseau mondial de surveillance des récifs coralliens (GCRMN) ont abordé les actualités régionales et internationales, avant que les acteurs martiniquais – Nova Blue, Impact Mer, L’ASSO-Mer, le Parc naturel marin de Martinique... – n’exposent leurs projets de suivi de l’état des récifs, de lutte contre les pressions, de restauration et de sensibilisation. Deux visites de terrain ont permis aux participants de saisir les enjeux locaux autour de la séquence éviterréduire-compenser (ERC) et de l’assainissement. Au cœur d’un programme d’une grande richesse, les initiatives des comités locaux des bassins Caraïbe, Pacifique et océan Indien ont été présentées, en présentiel et sous forme de visioconférences.

Ces rencontres ont révélé tout l’intérêt des divers instruments financés par l’IFRECOR et essentiels à la bonne gestion des écosystèmes : listes rouges des espèces et des écosystèmes, cartographies des habitats récifaux, étude à venir sur la valeur des services écosystémiques rendus par les récifs coralliens. Il est également apparu prioritaire de renforcer la communication tant nationale que territoriale auprès des élus et du grand public. Parmi les nombreuses thématiques évoquées lors de ces journées, le besoin de diversification et de pérennisation des financements disponibles pour les territoires a été mis en avant.

LA DÉCOUVERTE DE « SUPERCORAUX » EN POLYNÉSIE FRANÇAISE

La session « Restauration des récifs coralliens » a été présentée par Laetitia Hédouin, présidente de Science4Reefs, une fondation ayant pour objet d’identifier des solutions novatrices afin de réduire la perte de biodiversité des récifs coralliens dans un contexte de changement climatique. La spécialiste et son équipe ont découvert en Polynésie française des « supercoraux » Acropora exceptionnellement résistants aux canicules marines. Ces espèces thermorésistantes pourraient-elles aider à restaurer des récifs endommagés ailleurs dans le monde ? Une telle résilience est en tout cas porteuse d’espoir pour les récifs coralliens.

LE LABORATOIRE « LAB’Ô CORAUX » OUVRE SES PORTES EN MARTINIQUE

Les participants au comité national de l’IFRECOR ont eu l’opportunité de visiter une infrastructure unique inaugurée fin 2025 par le Grand Port Maritime de la Martinique et le CNRS : Lab’ô Coraux, une plateforme expérimentale vouée à la conservation, l’étude et la restauration des écosystèmes coralliens. Dans ce centre implanté sur le site portuaire de la Pointe des Carrières, des bacs servant de nurseries aux coraux permettent de contrôler plusieurs paramètres tels que la température de l’eau ou la luminosité.

Le comité national de l’IFRECOR, réuni du 24 au 28 novembre derniers en Martinique. © Pauline Bellenoue / DEAL972
© P. Bellenoue / DEAL972
© Science4Reefs

INTERVIEW

PAULINE BELLENOUE, CHARGÉE DE MISSION BIODIVERSITÉ MARINE À LA DEAL MARTINIQUE

• La réunion du comité national de l’IFRECOR a-telle contribué à faire connaître et avancer les projets dédiés aux récifs coralliens, mangroves et herbiers en Martinique ?

- Tout à fait ! Ces journées ont été un beau succès pour les partenaires martiniquais qui se sont fortement mobilisés. Nous avons eu le plaisir d’accueillir de nouvelles structures avec lesquelles nous travaillons peu habituellement, comme le Cluster maritime Martinique et le GIP Sargasses, ce qui a permis d’élargir nos collaborations.

Grâce à cette rencontre, les projets menés sur l’île en 2025 ont pu être valorisés. Ainsi 14 partenaires ont présenté leurs travaux, notamment sur les divers suivis des récifs coralliens scientifiques (GCRMN) et de sciences participatives (ReefCheck).

au plus près des réalités caribéennes. © Pauline Bellenoue / DEAL972

De plus, certaines actions phares ont été mises en lumière, comme la mallette MARECO, outil de sensibilisation sur les récifs coralliens pour les 5-11 ans.

• Cette réunion est intervenue à un moment clé du comité local de l’IFRECOR en Martinique ?

- Oui, le comité national de l’IFRECOR a été l’occasion pour la DEAL de communiquer sur la nouvelle gouvernance de notre comité local, qui datait de 2004. Nous avions en effet besoin de disposer d’une instance actualisée qui prenne en compte les évolutions institutionnelles du territoire, notamment la création du Parc naturel marin de Martinique. Désormais, le comité local s’appuie sur un comité de pilotage décisionnel et un comité technique, qui peut mobiliser différentes commissions thématiques spécifiques, pour évoquer des sujets précis en plus petit comité. En 2025, avec nos partenaires, nous avons également travaillé à l’élaboration d’un plan d’actions 2025-2030, présenté lors du comité national et qui sera prochainement officialisé.

Avec
Visite de la station d’épuration de Dillon à Fort-de-France,

LA COMMUNE DE POUM REMPORTE LA PALME IFRECOR 2025

c ’ est une victoire pour le grAnd nord c A lédonien : l A co MM une de p ou M A

décroché lA prestigieuse pAlMe ifrecor

2025 pour l A ré A lis Ation de son A tl A s de l A biodiversité co MM un A le (A bc ).

lAncé en 2022, ce projet d ’ envergure A perMis d ’ explorer plus de 1 750 kM2 d ’ un territoire jusqu ’ A lors peu docu M enté .

UN INVENTAIRE COLOSSAL

Fruit de deux années de collaboration, cet atlas a mobilisé plus de 130 contributeurs – scientifiques, naturalistes et habitants – pour compiler plus de 26 000 observations. De la flore aux invertébrés, en passant par la fonge, les oiseaux et les reptiles, la richesse de Poum est désormais mise en lumière avec une précision scientifique rigoureuse.

LA SCIENCE ALLIÉE À LA TRADITION

L’originalité de cet ABC réside dans l’intégration des savoirs traditionnels locaux. L’ouvrage s’accompagne d’un lexique vernaculaire unique dans les deux langues de Poum : le Nyelêyu et le Nêlêmwâ. Financé à 74 % par la municipalité, l’atlas servira de socle cartographique au futur Plan d’urbanisme directeur (PUD) pour une gestion durable des terres et du lagon

CAP SUR LA FIN 2026

L’aventure continue : dès la fin d’année 2026, une rédaction complémentaire enrichira cet atlas de 200 pages avec des données sur les coraux constructeurs et les poissons. Plus qu’un inventaire, cet outil de sensibilisation consacre une gouvernance inclusive et partagée du patrimoine calédonien.

+ d’info ici : L’ABC de la commune de Poum

Remise de la Palme IFRECOR 2025 à Henriette Tidjine-Hmae, maire de Poum, en présence de l’équipe ayant travaillé sur le projet d’ABC. À sa gauche, Gérard Péhaut, commissaire délégué de la République pour la province Nord. © Dominique Fleurot

UNE

CHAIRE PARTENARIALE CONSACRÉE AUX HERBIERS

La chaire partenariale OCEAN-LEAVES, portée par la Fondation de l’Université de Bretagne Occidentale et dédiée à l’optimisation de la conservation des herbiers marins d’outre-mer ainsi qu’au renforcement de l’engagement en leur faveur, a été présentée lors du dernier comité national, organisé en Martinique.

Soutenue par l’IFRECOR, cette chaire a vocation à devenir une interface de référence entre la recherche, l’action de terrain, la formation, mais aussi l’appui aux politiques publiques. Son inauguration, qui a eu lieu le 31 mars 2026 à Brest, est venue clôturer le mois de sensibilisation mettant à l’honneur cet écosystème.

et

:

© Fanny Kerninon
Rédaction
interview
Lucie Labbouz

SAINT-PIERRE-

ET-MIQUELON

HDE VOYAGES : QUAND

L’ÉCOTOURISME S’INVITE

DANS L’ARCHIPEL

Navigation vers l’île du Grand Colombier, où les voyageurs peuvent observer de nombreux oiseaux nicheurs, dont des macareux moines.

A près Avoir fondé un blog pour fA ire conn A ître les provinces de l ’ est c A n A dien et l ’ A rchipel de s A int - p ierre - et -M iquelon , p Atrici A d etcheverry A créé , en 2024, l A pre M ière Agence de voyAge réceptive propos A nt des prestAtions en fr A nç A is dA ns l A région . r encontre .

INTERVIEW

PATRICIA DETCHEVERRY, PRÉSIDENTE DE L’AGENCE HDE VOYAGES BASÉE À SAINT-PIERRE-ET-MIQUELON

• Depuis 2024, vous présidez HDE Voyages. Comment en êtes-vous arrivée là ?

- Je suis originaire de l’archipel, où j’ai toujours vécu et où j’ai toujours évolué, d’une manière ou d’une autre, dans le secteur touristique ces 30 dernières années. En 1994, je proposais déjà des tours guidés et j’ai longtemps eu l’idée de monter une agence réceptive. Seulement, il y avait un certain nombre de

freins, notamment en termes de capacité d’accueil du territoire et d’infrastructures de transport.

Ces obstacles se sont peu à peu levés avec le développement du secteur hôtelier local qui s’est bien structuré en 10 ans. Aujourd’hui, l’archipel dénombre six hôtels ou auberges. Et si on y ajoute les chambres d’hôtes et établissements saisonniers, au total, le tourisme de séjour représentait en 2024 une offre de 162 chambres, soit une capacité d’accueil d’environ 440 personnes. Il y a aussi eu la mise en place de liaisons régulières en ferry dans un triangle allant de Saint-Pierre à Miquelon et Terre-Neuve ou encore l’ouverture d’un vol direct avec Paris, pendant la haute saison, en été. En 2024, nous avons accueilli à l’agence un millier de visiteurs, ce qui était au-delà de nos attentes.

Entre mer et lagunes, landes et forêts, lacs et marais, l’archipel regorge de sites naturels accessibles à tous. © P. Detcheverry

Soucieuse de préserver l’environnement, la Collectivité territoriale de Saint-Pierre-et-Miquelon encourage l’essor d’un tourisme responsable à travers une charte du tourisme durable adoptée en octobre 2024 par un collectif de 13 professionnels du secteur. © Patricia Detcheverry

• Auparavant, vous faisiez connaître la région à travers un blog, « l’Heure de l’Est ». En quoi ces projets sont-ils liés ?

- L’objectif de ce guide en ligne que nous avons lancé en 2018 avec Françoise Enguehard était de faire connaître la région de l’est canadien, TerreNeuve et Saint-Pierre-et-Miquelon comme un même ensemble linguistique, culturel, paysager… En tout, nous avons écrit plus de 300 articles !

Avec HDE Voyages, nous reprenons la même philosophie. Nous sommes basés à Saint-Pierre mais aussi à Saint-Jean de Terre-Neuve et nous proposons des séjours dans l’ensembl e de cette région où vivent 300 000 francophones. Nos prestations peuvent être en anglais mais nous privilégions le français, ce qui est assez unique dans la région. Nous nous adressons aussi bien à un public américain ou canadien qu’à des touristes de l’Hexagone. Beaucoup de Basques et de Bretons s’intéressent d’ailleurs à cette région qui fait partie de leur histoire et où ils retrouvent parfois la trace d’ancêtres.

• L’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon fait partie des territoires ultramarins en première ligne face au dérèglement climatique. Comment conciliezvous votre activité touristique avec les enjeux environnementaux contemporains ?

- Ne nous voilons pas la face, il y a un impact carbone considérable lié au fait d’aller en vacances sur l’archipel, surtout si on vient de l’Hexagone. Nous ne pouvons pas le compenser entièrement mais nous le prenons en compte en privilégian t les voyages « longs ». Là où avant la moyenne était de passer deux nuitées à

Saint-Pierre-et-Miquelon, nous proposons des séjours allant jusqu’à 20 jours, pour que le déplacement ait du sens.

Cela colle aussi avec notre objectif de proposer une expérience de déconnexion, d’immersion dans une nature riche et accessible, qui n’est pas surchargée de touristes. Sur place, nous favorisons les mobilités douces comme le ferry bien sûr, mais aussi le vélo. Enfin, nous travaillons avec des prestataires qui, comme nous, ont signé la Charte du « tourisme durable », rédigée par la Collectivité territoriale et qui promeut de bonnes pratiques sur le tri des déchets, les économies d’eau et d’énergie.

Plus largement, le tourisme durable, c’est pour nous un tourisme éthique qui respecte les habitants et qui a des retombées sur l’ensemble du territoire. Pour cela, nous essayons au plus possible de faire découvrir les endroits les moins connus de l’archipel comme Miquelon, qui a longtemps été le parent pauvre touristique de la région.

et interview :

Rédaction
Enzo Dubesset

« Le tourisme durable, c’est le cœur de notre projet depuis le début, notre raison d’exister. Pour nous, le tourisme doit être un vecteur de richesse locale, pour le territoire et pour ceux qui y entreprennent », estime la présidente de HDE Voyages. © Patricia Detcheverry

Un an et demi après la signature de la Charte du tourisme durable, HDE Voyages a mis en place des actions concrètes sur le terrain : balades à vélo et en nature intégrées à ses programmes, charte transmise à chaque client, limitation des trajets en voiture... © P. Detcheverry

SAINT BARTHÉLEMY

30 ANS DE LA RÉSERVE NATURELLE DE SAINT-BARTHÉLEMY : UN OUTIL DEVENU ESSENTIEL

créée il y A 30 Ans, lA réserve nAturelle est un pilier de lA politique environneMentAle de l’île. e ntre protection des écosystè M es , gestion d ’ une fréquentAtion croiss A nte et sensibilis Ation du public , son rôle n ’ A cessé d ’ évoluer e ntretien Avec s éb A stien g ré A ux , conservAteur de l A réserve et directeur de l ’A gence territori A le de l ’ environne M ent (Ate ) depuis 2018.

INTERVIEW

SÉBASTIEN GRÉAUX, CONSERVATEUR DE LA RÉSERVE

NATURELLE NATIONALE DE SAINTBARTHÉLEMY ET DIRECTEUR DE L’ATE

• Quel bilan tirez-vous de ces 30 ans d’existence ?

- Le bilan est très positif. Au départ, l’intérêt d’une réserve marine ne faisait pas forcément l’unanimité. Mais grâce aux suivis scientifiques mis en place depuis 2002, nous avons pu mesurer concrètement son efficacité. Les résultats obtenus montrent un véritable « effet réserve » : on observe davantage de poissons et une biomasse plus importante dans ce périmètre que dans les zones situées à l’extérieur. D’autre part, les populations ont tendance à y augmenter alors qu’elles diminuent hors réserve.

Aujourd’hui, plus personne ne conteste les bénéfices de la réserve, qui a été conçue comme un espace protégé mais accessible, à condition de respecter les bonnes pratiques

En haut de page : l’anse du Grand Cul-de-Sac. Créée en 1996, la Réserve naturelle nationale de Saint-Barthélemy veille sur un espace marin de 1 200 hectares réparti en cinq zones, dont plusieurs îlots entourant l’île principale. Trois missions indissociables sont poursuivies : protéger les écosystèmes et le patrimoine géologique, gérer les sites et sensibiliser les publics. © ATE

• Selon vous, quelles sont les actions clés menées par la réserve ?

- La première est justement la réalisation de suivis scientifiques permettant d’évaluer l’état des milieux et l’efficacité des mesures de protection. La seconde concerne le commissionnement et l’assermentation des agents. Six agents sont aujourd’hui habilités à contrôler et verbaliser. Cela a renforcé la crédibilité de la réglementation et permis de mieux la faire respecter.

Enfin, une mesure récente a eu un impact immédiat : l’interdiction, en 2023, des bateaux de plus de 25 mètres dans la réserve. Ces navires étaient responsables de la majorité des infractions. Depuis, le nombre de contraventions a été divisé par deux et certains sites, comme la baie de Colombier, sont redevenus beaucoup plus agréables en haute saison

• Dans quelle mesure la réserve joue-t-elle un rôle face à l’urbanisation du littoral ?

- Grâce à la réserve, des espaces qui auraient probablement subi une pression beaucoup plus forte ont pu être préservés. Sur l’eau, la différence est visible. Par exemple, on observe davantage de tortues dans les zones protégées, alors que certaines quittent des secteurs plus fréquentés comme la baie de SaintJean. Concernant les récifs coralliens, ils restent fragiles, comme partout dans la Caraïbe. Mais les suivis montrent qu’ils sont globalement en meilleur état qu’ailleurs dans la région. En 2024, environ la moitié des récifs de l’île étaient encore en bon état, ce qui reste supérieur à de nombreux territoires voisins

• Les priorités pour les années à venir ?

- Le plan d’action actuel court jusqu’en 2027. L’un des projets consiste à installer des capteurs sur les bouées de mouillage de la baie de Colombier pour mieux comprendre la fréquentation du site et la durée d’occupation. L’objectif est de mieux adapter le nombre de bouées et, à l’avenir, d’interdire l’ancrage dans certaines zones sensibles. La question de la fréquentation est centrale. Aujourd’hui, 70 sociétés et 181 bateaux sont autorisés à travailler dans la réserve. Il faut désormais réfléchir à la capacité de charge des sites afin de préserver les milieux sur le long terme.

Au sein de la réserve, il a été constaté par les scientifiques que les coraux résistaient mieux aux effets du dérèglement climatique. © ATE

L’AGENCE TERRITORIALE DE L’ENVIRONNEMENT (ATE)

• Gestionnaire de la Réserve naturelle nationale de Saint-Barthélemy

• Une équipe de neuf agents à temps plein, un agent à mi-temps et une doctorante travaillant sur l’érosion des plages

• Six agents assermentés chargés de faire appliquer la réglementation

Dans le cadre de cet anniversaire, l’équipe de la réserve organise des sorties nature à la découverte de la biodiversité marine. © ATE

CÉLÉBRER LES 30 ANS DE LA RÉSERVE

Tout au long de l’année 2026, la Réserve naturelle propose une série de sorties et d’événements ouverts au public pour découvrir la biodiversité de l’île : sorties diurnes et nocturnes, randonnées palmées dans le lagon de Grand Cul-de-Sac, découverte de la laisse de mer à Petit Cul-de-Sac, suivi des oiseaux marins en bateau, exploration du récif de Colombier, inauguration d’une pépinière et d’un espace de soins pour la faune sauvage... Rédaction et interview : Mariane Aimar-Godoc

Parmi les 18 îlots satellites – dont la moitié appartient à des propriétaires privés – de Saint-Barth, la réserve a par exemple en charge la zone marine autour de Gros Îlets.. Leur accès est interdit en tout temps pour protéger les oiseaux marins qui, du fait de l’urbanisation, ont délaissé

SAINT-MARTIN

À SANDY GROUND, LA NATURE COMME CLÉ

DE RECONSTRUCTION

SOCIALE

À s A int -M A rtin , dA ns le qu A rtier de s A ndy g round , l ’ A ssoci Ation n Ature is the k ey s ’ est i Mposée coMMe un pilier du lien sociAl créée en 2019, deux Ans Après le pAssAge de l ’ ourAgAn i r MA , sont but est de redonner A ux fAM illes des espA ces de rencontre dA ns un qu A rtier où centre culturel et s A lle de ciné MA ont été r Ayés de l A c A rte pA r le cyclone .

« La nature, c’est la clé », affirme Juliette Irish, présidente durant quatre ans, le temps de structurer l’association, et directrice depuis mars 2025. Sous son impulsion, NTK a grandi : 10 salariés, neuf volontaires en service civique, deux adultes relais missionnés par la Préfecture, 35 membres actifs et 80 familles inscrites aux activités. Soutenue par la Collectivité de Saint-Martin, la Préfecture, la CAF, ainsi que par l’Office français de la biodiversité et la Fondation de France sur des projets spécifiques, l’association a consolidé son action.

OUVRIR LES JEUNES SUR LA NATURE

Le confinement de 2020 a révélé des fragilités plus profondes à Sandy Ground : isolement, décrochage scolaire, fracture numérique. NTK a alors élargi sa mission et structurer son intervention autour de quatre pôles : environnement, accompagnement, jeunesse et animation sociale. Implantée au cœur du quartier, l’équipe agit depuis au quotidien : aide aux devoirs, centre de loisirs, accès aux droits, lutte contre l’illectronisme, événements intergénérationnels. Mais la nature reste le fil conducteur et, chaque mois, une sortie sur Grand Îlet permet aux familles de découvrir mangrove, faune et flore lors de randonnées guidées, de sorties en kayak ou d’ateliers écocitoyens. Les activités nautiques et les jeux en plein air deviennent alors des leviers d’autonomie et de cohésion.

UN PROGRAMME VARIÉ

D’avril à juillet 2026, la programmation s’annonce dense : centre de loisirs pour les vacances de Pâques, séjours sous tente en juillet pour permettre aux jeunes de s’immerger dans la nature et de développer leur autonomie. S’y ajoutent des rendez-vous mensuels comme les Game Nights pour les adultes, des soirées conviviales autour de jeux, d’échanges et d’activités sociales ou encore des ateliers pour les seniors. À Sandy Ground, Nature is the Key ne se contente pas d’animer : elle accompagne, structure, relie. En plaçant la nature au cœur du vivre-ensemble, l’association prouve qu’un territoire se reconstruit aussi par l’écoute, l’engagement, la solidarité et l’ouverture sur l’environnement.

Rédaction : Mariane Aimar-Godoc

Juliette Irish, directrice de l’association Nature is the Key.

En haut de page : les randonnées proposées offrent une véritable découverte des écosystèmes de Saint-Martin : forêts littorales, étangs, mangroves, récifs coralliens et herbiers marins. | Ci-dessus : lors des sorties en bateau, les jeunes s’approprient la mer. © Nature is the Key

+ d’info ici : Page Facebook de Nature is the Key / Page Intagram Pour contacter

MARTINIQUE

PÊCHE ET TORTUES : LA SOLUTION POURRAIT VENIR DE LA LUMIÈRE

r éduire les c A ptures A ccidentelles de tortues MA rines tout en préservA nt l ’ A ctivité des pêcheurs : c ’ est l ’ objectif du projet rec A pted M ené en M A rtinique et en g u A deloupe e ntre science , innov Ation technologique et s A voirs de terr A in , chercheurs et MA rinspêcheurs expéri M entent ense M ble des solutions pro M etteuses .

RÉDUIRE LES CAPTURES

ACCIDENTELLES DE TORTUES MARINES

Le projet RECAPTED (Réduction des captures accidentelles pour une pêche efficiente et durable) s’inscrit dans la continuité du programme TOPAZE, mené entre 2020 et 2023 en Guadeloupe et en Martinique. Ce premier projet avait permis de poser les bases de nouvelles approches, malgré des perturbations liées à la pandémie et à des difficultés logistiques.

Lancé en octobre 2024 pour une durée de trois ans, RECAPTED vise à réduire les interactions entre tortues marines et activités de pêche artisanale. Trois métiers sont concernés : la pêche à la folle à lambis, le filet droit à langoustes et le filet droit à poissons, des techniques utilisant des filets susceptibles de capturer les tortues. « Ce projet est né d’un constat partagé avec les pêcheurs : les captures accidentelles posent non seulement un problème éthique, car ce sont des espèces protégées, mais aussi économique et de sécurité », explique Damien Chevallier, responsable

de programmes de recherche au CNRS sur les tortues marines. « Désenchevêtrer une tortue peut s’avérer dangereux et abîme souvent les filets. Il y avait donc une vraie demande pour trouver des solutions. »

DES FILETS ÉCLAIRÉS POUR ÉVITER LES TORTUES

L’une des innovations testées consiste à installer des LED sur les filets de pêche. Les filets, longs de 250 à 300 mètres, sont divisés en plusieurs zones : une zone éclairée, une zone tampon et une zone non éclairée servant de référence scientifique. Selon les métiers de pêche, les chercheurs utilisent des LED vertes ou violettes, adaptées au spectre de vision des espèces marines. L’objectif : rendre les filets visibles pour les tortues sans modifier le comportement des poissons ciblés. « Le défi est simple à formuler mais complexe à résoudre : réduire les captures de tortues tout en maintenant les captures commerciales », résume Damien Chevallier.

Ci-dessus : Damien Chevallier et les pêcheurs remontent un filet expérimental. Projet innovant conduit par le CNRS, RECAPTED a pour but de protéger les tortues marines, dont cinq des sept espèces présentes dans le monde fréquentent les eaux des Antilles françaises. Trois d’entre elles – imbriquée, verte et luth – sont en danger d’extinction. | Tortue relâchée par des pêcheurs. © Fabien Lefebvre / ACWAACNRS

DES RÉSULTATS DÉJÀ PROMETTEURS

Les premiers tests ont débuté en 2025 sur les filets à lambis, puis cette année sur les filets à langoustes. À ce jour, 245 tests ont été réalisés sur les 720 prévus.

Les premiers résultats sont encourageants. Les analyses montrent que 94 % des tortues capturées se trouvent dans les zones non éclairées, suggérant que les LED permettent aux animaux de détecter et d’éviter les filets. « Ce sont encore des résultats préliminaires, mais ils sont très encourageants », souligne le chercheur. « Ils montrent que des solutions simples peuvent avoir un effet réel. »

UNE SCIENCE CONSTRUITE AVEC LES PÊCHEURS

Le projet repose avant tout sur une collaboration étroite avec les marins-pêcheurs. Une dizaine d’entre eux participent actuellement aux expérimentations, répartis entre côte caraïbe et côte atlantique. « Si l’on veut que les solutions fonctionnent sur le long terme, elles doivent être conçues avec les pêcheurs », insiste Damien Chevallier. « Ce projet est autant le leur que le nôtre. » Le programme scientifique comprend aussi des formations à la manipulation et à la réanimation

des tortues capturées accidentellement, ainsi qu’un travail de valorisation des connaissances empiriques des pêcheurs, souvent très fines sur la répartition des espèces et les conditions de pêche

UN ENJEU MONDIAL

RECAPTED bénéficie du soutien financier du Fonds vert, via la DEAL Martinique et la DEAL Guadeloupe. Un appui essentiel pour mener ces recherches sur plusieurs années.

Car l’enjeu dépasse largement les Antilles. En effet, les filets maillants figurent parmi les principales causes de captures accidentelles de tortues marines dans le monde. On estime que plus de deux millions de tortues pourraient être capturées chaque année par les engins de pêche. Dans les eaux antillaises, les recherches portent principalement sur la tortue verte et la tortue imbriquée, deux espèces menacées à l’échelle internationale. « Si les résultats se confirment, ces méthodes pourraient être appliquées ailleurs », conclut Damien Chevallier. « L’idée est de développer des solutions à la fois simples, efficaces et acceptées par les pêcheurs. »

Rédaction : Mariane Aimar-Godoc

NAUTI’CUVES : ACCOMPAGNER LES PLAISANCIERS VERS UNE NAVIGATION PLUS RESPONSABLE

d A ns le c A dre de s A M ission d ’ AM élior Ation de l A qu A lité des e A ux littor A les et de préservAtion des écosystè M es MA rins , l ’ o ffice de l ’ e A u ( ode ) M A rtinique , en pA rten A ri At

A vec le p A rc n Aturel MA rin de M A rtinique et le c luster MA riti M e de M A rtinique , déploie le dispositif de collecte d ’ e A ux noires « n A uti ’ c uves » À bord des b Ate A ux

Ce nouveau dispositif accompagne les plaisanciers dans l’installation de systèmes de récupération des eaux noires, contribuant ainsi à limiter les rejets en mer et à améliorer la qualité des eaux littorales. Les eaux usées issues des navires, qu’il s’agisse des eaux noires, provenant des sanitaires, ou des eaux grises, générées par les usages domestiques à bord, constituent en effet un enjeu environnemental et sanitaire important, en particulier dans les zones de mouillage et les espaces portuaires, où leur accumulation peut impacter directement les milieux naturels et les usages.

Depuis 2008, les bateaux neufs doivent être équipés de systèmes de rétention ou de traitement des eaux noires, pouvant être raccordés aux installations portuaires de vidange. Toutefois, une part importante de la flotte martiniquaise reste concernée par l’absence d’équipements conformes. Une enquête menée par le Parc naturel marin de Martinique entre 2023 et 2024 indique que 64 % des plaisanciers possèdent un bateau construit avant 2008, dont 73 % sont des résidents martiniquais. Cette situation contribue à

expliquer la persistance de rejets directs en mer, faute de dispositifs adaptés. Dans un tel contexte, Nauti’Cuves répond à un besoin identifié en facilitant la mise en conformité des embarcations les plus anciennes, souvent les plus susceptibles de générer des pressions sur le milieu marin.

Au-delà de l’équipement des bateaux, le dispositif Nauti’Cuves s’inscrit dans une démarche plus globale. Il vise à améliorer durablement la qualité des eaux de baignade et des zones portuaires, en réduisant les rejets d’eaux usées à la source, tout en accompagnant les plaisanciers vers des pratiques plus respectueuses du milieu marin. Nauti’Cuves favorise également l’équipement des navires antérieurs à 2008 avec des systèmes conformes aux normes environnementales, tout en participant à la structuration d’une filière locale d’installation et d’entretien de ces dispositifs. À plus long terme, il soutient le développement des infrastructures de pompage dans les ports et zones de mouillage, indispensables à une gestion complète des eaux usées en mer.

LES CONDITIONS ET MODALITÉS

D’ATTRIBUTION DE L’AIDE

Le dispositif Natui’Cuves s’adresse aux plaisanciers résidant en Martinique et propriétaires d’un bateau habitable construit avant 2008, non équipé ou bien disposant d’un système de collecte défectueux. Les travaux doivent être réalisés par des entreprises agréées conventionnées par l’Office de l’Eau Martinique, garantissant ainsi la qualité et la conformité des installations. L’aide financière repose sur un principe de cofinancement :

• l’Office de l’Eau prend en charge 80 % du coût total TTC du projet,

• dans la limite de 5 000 € TTC par bateau,

• les 20 % restants étant à la charge du plaisancier.

Pour faciliter la mise en œuvre du dispositif, l’Office de l’Eau assure un financement direct auprès des entreprises de travaux, après réalisation des installations. Ce fonctionnement permet de simplifier les démarches et de limiter l’avance de frais pour les bénéficiaires. Les travaux éligibles concernent exclusivement l’installation et le bon fonctionnement du système de récupération des eaux noires. Les travaux annexes non indispensables ne sont pas pris en charge, afin de garantir une utilisation ciblée de l’aide publique.

UN PROJET AU CŒUR DES MISSIONS DE L’ODE MARTINIQUE

À travers Nauti’Cuves, l’Office de l’Eau Martinique poursuit son engagement en faveur d’une gestion durable de l’eau et des milieux aquatiques, en agissant de manière complémentaire entre les enjeux terrestres et marins.

Ce dispositif s’inscrit pleinement dans la mise en œuvre du Schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) et concourt à réduire les pressions exercées sur les écosystèmes marins, notamment dans les zones littorales les plus fréquentées.

Il participe ainsi à la préservation de la qualité des eaux de baignade, au bon état des milieux littoraux et au maintien des usages liés à la mer sur le territoire. Les plaisanciers souhaitant en bénéficier peuvent déposer leur demande via le formulaire disponible sur le site internet de l’ODE Martinique. + d’info ici : Le dispositif Nauti’Cuves Nauti’Cuves

Nauti’Cuves, projet de financement de cuves à eaux noires, vient d’être lancé sur le territoire martiniquais. © ODE Martinique
Rédaction
Moana Catherine / ODE Martinique

GUADELOUPE CÉDRICK-ISHAM CALVADOS, UN RAPPORT À LA NATURE INTUITIF

+ d’info ici : https://cedrickisham.com

p hotogr A phe A utodidA cte , c édrick - i sh AM c A lvA dos livre son reg A rd sur l ’ identité gu A deloupéenne et interroge les pr Atiques , MA nières de vivre et élé M ents propres À l ’ A rchipel . s A série « b odl A n M è - s ’ horizonner » évoque l A rel Ation des h A bitA nts À l A M er et À l A pl Age

INTERVIEW

CÉDRICK-ISHAM CALVADOS, PHOTOGRAPHE GUADELOUPÉEN

• Pouvez-vous nous parler de la série photographique « Bodlanmè - S’horizonner » ?

- C’est une série que j’ai commencée il y a une dizaine d’années, où j’ai voulu interroger ce « bord de mer ». En créole, nous avons une expression, « bodlanmè pa lwen », qui signifie littéralement « le bord de la

mer n’est pas loin » et qu’on pourrait traduire par « accroche-toi, l’issue est proche ». Physiquement, le bord de mer, c’est l’interface entre le sable chaud et sec et la mer elle-même, c’est le lieu où les vagues vont et viennent.

C’est cette interface qui m’a intéressé, et qui m’a semblé être une métaphore de notre propre rapport à la mer, pas toujours fluide, en tant que Guadeloupéen. J’ai essayé dans ce travail de représenter des habitants de la Guadeloupe sur ce littoral, face à cet horizon, pour parler de notre sociologie du loisir et interroger notre affinité avec la mer ici sur l’archipel, au fil de notre histoire.

• Quel est votre propre rapport à la mer, ou à l’environnement de manière plus large ?

- Je n’ai pas toujours été à l’aise avec la mer. Petit, comme beaucoup d’enfants guadeloupéens, on allait à la plage, mais ce n’est qu’avec le temps que j’ai appris à faire confiance à la mer, à l’inconnu, à ses profondeurs, et que j’ai nourri un lien plus particulier avec elle.

Ma façon de percevoir l’environnement de mon territoire est presque ambigüe. Je ne me définirais pas comme « écolo », et pourtant je sais intuitivement qu’il faut en prendre soin. Je considère avec respect les

résidences

milieux naturels autant que je respecte les humains autour de moi. Peut-être parce que chez nous, c’est inné d’être lié à la nature, mais je dirais que je ne marginalise pas la nature, au sens où je ne la mets pas en marge, pour moi elle est comme un prolongement de ce que je suis. J’ai un rapport naturel et instinctif avec elle, d’autant plus que la maison où je vis a été construite au milieu d’un « bwa » (bois).

• Que se passe-t-il, en tant que photographe, quand vous arrivez en bord de mer ?

- Il y a cinq ou dix ans, j’étais plus audacieux, plus impulsif. Je cherchais « l’instant de vérité », « le moment réel ». Aujourd’hui, quand j’arrive sur une plage, je ne me dis pas forcément que je vais faire une photo. Je vais observer, regarder, me connecter aux éléments et, s’il y a quelque chose qui me touche vraiment, je vais sortir mon boîtier. Par exemple, la semaine dernière très tôt, sur la plage de Bananier, il y avait un pêcheur, je me suis avancé pour lui demander si je pouvais le prendre en photo, ce qui est normal. J’ai cette volonté aujourd’hui de nourrir un dialogue, de me rapprocher des gens, même si la photo qui s’ensuit donne peut-être plus l’impression d’une mise en scène. Mais ça me permet de questionner autrement le lien des Guadeloupéens à la mer et aux frontières de notre territoire.

• Vos futurs travaux continueront-ils à porter sur la mer ou la nature ?

- Quand on est photographe, on fonctionne par cycles et, toutes ces dernières années, je me suis consacré à la question de l’identité pour tenter de mieux comprendre qui nous sommes. Aujourd’hui, je m’intéresse à la question du « dérétrécissement », un mot qui n’existe pas mais que je pose sur la table comme une question ouverte ! Cette thématique me permettra de penser notre identité autrement, de manière plus large, plus universelle. Mais j’ai aussi plusieurs travaux en cours sur les forêts qui feront suite à mes réflexions sur mon rapport à la nature en tant que prolongement de moi-même.

Rédaction et interview : Lucie Labbouz

Le bord de mer, un sujet cher à Cédrick-Isham Calvados, qui a participé à plusieurs expositions et
artistiques. © C.-I. Calavados

et géographiques. » Ses voyages ont également amené le photographe à s’interroger sur le thème de la résilience. © Cédrick-Isham Calvados

900 HECTARES SUPPLÉMENTAIRES

PROTÉGÉS PAR LE CONSERVATOIRE DU LITTORAL EN GUADELOUPE

A vec l A sign Ature en MA rs d ’ une convention , qui confie 900 hectA res d ’ espA ces n Aturels sensibles À l A protection définitive du c onservAtoire du littor A l , l ’ é tAt A ffir M e son eng Age M ent À préserver dur A ble M ent les écosystè M es littor A ux re MA rqu A bles de l A g u A deloupe , dA ns un contexte de pressions environne M entA les et de dérègle M ent cli MAtique

RENFORCER DURABLEMENT

LA PROTECTION DU LITTORAL

Le Conservatoire du littoral, établissement public dont la mission est la sauvegarde des espaces naturels littoraux, agit pour protéger durablement des sites soustraits à toute urbanisation. Ces espaces font l’objet d’actions de conservation du patrimoine naturel et culturel, et d’ouverture au public, dans une approche paysagère très sobre pour respecter l’esprit des lieux, avec une gestion confiée aux collectivités locales ou aux associations. Dans ce cadre, l’État peut lui confier des terrains relevant du domaine public maritime naturel afin d’en garantir une protection renforcée.

C’est l’objet de la convention signée le 20 mars entre le préfet de la Guadeloupe, la Direction régionale des finances publiques et le Conservatoire du littoral, qui prévoit la mise sous protection de 900 hectares d’espaces naturels sensibles répartis sur 23 communes, pour une durée indéterminée. Les terrains concernés, des milieux variés dont la préservation et la restauration s’avèrent indispensables face au changement climatique et à la perte de la biodiversité, ont été sélectionnés en concertation avec les acteurs locaux, chaque parcelle ayant donné lieu à une validation par les communes et les services de l’État compétents.

LES SITES RETENUS

Les secteurs littoraux auxquels la convention s’applique abritent des mangroves, forêts sèches, prairies et îlets, tous essentiels à la biodiversité, et portent à 9 230 le nombre d’hectares protégés en Guadeloupe par le Conservatoire du littoral, en collaboration avec les collectivités locales et partenaires.

Cette nouvelle acquisition comprend l’embouchure de la Grande Rivière à Goyave, au Lamentin, déjà située en cœur de Parc national. Figurent également dans les sites retenus par la convention la rive ouest de la Rivière Salée, la Manche à Eau, et la mangrove de l’Anse à la Barque à Saint-François. Sur la façade atlantique, les rivages de la rivière d’Audoin et de la Baie du Moule, autres espaces littoraux remarquables de Guadeloupe, sont désormais protégés par le Conservatoire. On retrouve aussi parmi ces 900 hectares d’espaces naturels sensibles des îlets encore vierges, tels que la Rotonde aux Saintes, et le rocher de l’Anse à la Gourde à Saint-François. Enfin, la dernière saline non protégée sur la Pointe des Châteaux est concernée, ainsi que des zones d’accrétion de fonds sableux ou de mangroves en expansion. Seuls les espaces naturels non bâtis ont pu bénéficier de cette protection.

En haut de page : mangrove de l’Anse à la Barque, à Saint-François. Site d’une très haute valeur paysagère, l’Anse à la Barque est dotée d’une grande variété floristique et héberge notamment le pic de la Guadeloupe, dernière espèce d’oiseau endémique de l’archipel guadeloupéen, ainsi que de nombreuses parulines (passereaux) et une importante communauté de crabes. © Conservatoire du littoral

partie des 900 hectares d’espaces naturels affectés au Conservatoire. © Conservatoire du littoral / Frédéric Larrey

UN LITTORAL D’EXCEPTION, AU CŒUR DES ENJEUX DE PROTECTION

Mangroves, forêts sèches, marais et prairies. Au-delà de leur beauté et de leur rôle de lieux de quiétude, ces milieux façonnant le littoral guadeloupéen assurent des fonctions fondamentales : atténuation de la houle cyclonique, nurserie du monde marin et filtration naturelle de l’eau. La forêt sèche littorale est peuplée d’espèces animales indigènes dont le cycle de vie dépend de cette interface terre-mer. La mangrove de Guadeloupe, parmi les plus étendues des Petites Antilles, constitue un enjeu de protection majeur. Mais ces zones, souvent attractives, sont sujettes à de fortes pressions qui altèrent leurs fonctionnalités : pollutions, artificialisation, surexploitation, encombrement, déboisement, etc.

« L’affectation de parcelles du domaine public maritime de l’État au Conservatoire du littoral est bien plus qu’un simple acte administratif », indique Alain Brondeau, délégué Outre-mer de cet établissement public fondé en 1975 et sans équivalent en Europe. « C’est un engagement fort de l’État pour la protection d’espaces naturels fragiles et indispensables à l’adaptation au changement climatique. L’affectation au Conservatoire du littoral lui permet d’engager des actions de réduction des pressions telles que les pollutions ou occupations illégales, de mobiliser les collectivités pour la surveillance et la gestion des parcelles, ou encore de valoriser ces terrains par leur ouverture au public », poursuit Alain Brondeau.

Cette nouvelle affectation d’espaces littoraux en Guadeloupe s’inscrit pleinement dans la Stratégie nationale biodiversité 2030 lancée par le ministère de la Transition écologique. Elle vise à préserver durablement les milieux face à l’étalement urbain, aux inondations et submersions marines, en formant des zones tampons. De plus, il s’agira d’organiser dans ces espaces naturels une gestion équilibrée, conciliant préservation et accueil du public. Enfin, l’acquisition de ces 900 hectares renforcera la cohérence et la lisibilité du foncier déjà protégé. En effet, l’intégration des nouvelles parcelles, dans le prolongement de sites déjà acquis par le Conservatoire, permet de créer de véritables ensembles naturels protégés.

Rédaction
Vue aérienne de la mangrove de la Grande Rivière à Goyaves, qui fait
Signature de la convention le 20 mars. De gauche à droite : Médhy Broussillon, délégué adjoint Rivages français d’Amérique au Conservatoire du littoral ; Alain Brondeau, délégué Outre-mer au Conservatoire du littoral ; Alban Vilmen, directeur adjoint de la DRFIP Guadeloupe ; Katia Bibiano, responsable de la division des affaires domaniales de la DRFIP Guadeloupe ; Thierry Devimeux, préfet de la région Guadeloupe. © Préfecture de la Guadeloupe

LE CENTRE D’ACTIVITÉS RÉGIONAL

POUR LE PROTOCOLE SPAW, 25 ANS AU SERVICE

DE LA BIODIVERSITÉ CARIBÉENNE

l e c entre d ’A ctivités r égion A l pour le protocole spAW 1 , créé en 2000, tr AvA ille sous l ’ égide du p rogr AMM e des n Ations unies pour l ’ environne M ent des c A r A ïbes À l A M ise en œuvre du protocole spAW de l A c onvention de c A rth Agène , rel Atif À l A protection de l A biodiversité MA rine et côtière dA ns l A gr A nde région c A r A ïbe

DES ACTIONS À DIMENSION RÉGIONALE…

Hébergé par la Direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement de Guadeloupe, le Centre d’Activités Régional pour le protocole SPAW (SPAW-RAC ) élabore un plan de travail bia nnuel, établi par les 19 pays signataires du protocole, dans l’objectif de protéger les espèces caribéennes menacées et leurs habitats. Pour répondre à ses missions, le SPAW-RAC pilote et participe à des projets régionaux d’envergure, comme le projet CAMAC portant sur les interactions entre les activités humaines et la mégafaune marine : cétacés, oiseaux marins, tortues… Le SPAW-RAC a aussi vocation à coordonner des réseaux d’experts, tels que la composante régionale du réseau mondial de suivi des récifs coralliens 2 ou le réseau des gestionnaires d’aires protégées SPAW.

… ET UNE PRÉSENCE ESSENTIELLE

SUR LE TERRAIN

Au-delà de ces actions à l’échelle caribéenne, le SPAW-RAC s’est engagé depuis 2020 dans l’accompagnement et le soutien aux acteurs locaux, via un appel à « petits projets » annuel. Bien que de faible montant, ce s aides fi nancières permettent à de nombreuses structures non gouvernementales de concrétiser des initiatives sur le terrain.

Avec plus de 600 000 euros mobilisés ces six dernières années, le SPAW-RAC a contribué à plus de 75 pr ojets dans 40 territoires de la Caraïbe. En 2025, il a par exemple soutenu le développement du plan d’action régional pour l’iguane des Petites Antilles.

1 Protocole dédié aux zones et à la vie sauvage spécialement protégées (Specially Protected Area and Wildlife). | 2 Voir OMGN30.

L’iguane des petites Antilles (Iguana delicatissima) a décliné sur l’ensemble de son aire naturelle de répartition. © B. Angin

Carte indiquant les territoires des Caraïbes qui ont bénéficié, de 2020 à 2025, de l’appel à projets du SPAW-RAC. © SPAW-RAC

INTERVIEW CROISÉE

BAPTISE ANGIN, DIRECTEUR D’ARDOPS ENVIRONNEMENT, LAURÉAT DE L’APPEL

À PROJETS DU SPAW-RAC 2025, ET GÉRALDINE CONRUYT, DIRECTRICE

ADJOINTE DU SPAW-RAC

• Alors qu’il existe un plan national d’actions (PNA) « iguane des Petites Antilles », pourquoi porter ce projet d’actualisation du plan d’action régional ?

Baptiste Angin - L’iguane des Petites Antilles est une espèce classée en danger critique d’extinction par l’UICN et qu’il est donc primordial de préserver ! C’est un reptile endémique qu’on ne trouve aujourd’hui plus qu’en Martinique, en Guadeloupe, à la Dominique, Saint-Eustache, Saint-Barthélemy et Anguilla. Au-delà des actions nationales menées pour chaque pays, il est indispensable de travailler au niveau de l’aire de répartition de l’espèce. Nous avons donc souhaité actualiser le plan d’action régional de l’iguane des Petites Antilles, qui datait de 2014. Cette échelle de travail régionale fait sens d’un point de

vue écologique, car les individus font face aux mêmes menaces et qu’il est important de pouvoir partager les retours d’expériences entre les acteurs des différentes îles. Nous avons également besoin de cette dimension inter-îles pour mieux comprendre l’évolution de l’espèce et les relations entre les populations. Ces données sont essentielles dans le cadre des actions de conservation visant à renforcer ou déplacer des populations.

• Comment le SPAW-RAC joue-t-il un rôle dans la préservation de cette espèce patrimoniale ?

Géraldine Conruyt - Le protocole SPAW a pour but de protéger des espèces vulnérables de la région. Les pays signataires établissent régulièrement des listes d’espèces menacées, pour lesquelles ils s’engagent soit à appliquer des mesures de protection, soit à mettre en place une gestion durable. L’iguane des Petites Antilles a ainsi été reconnu comme une espèce prioritaire à protéger à l’échelle de la Caraïbe en 2023.

Au-delà de cette dimension politique, notre programme d’appel à « petits projets » nous permet également de soutenir des actions concrètes sur le terrain et des acteurs promouvant la protection des espèces menacées dans un cadre de coopération régional. Il nous a donc semblé important de soutenir ce projet de plan d’action régional qui illustre parfaitement la nécessité de coopérer pour la protection de la biodiversité caribéenne.

+ d’info ici : Appel à projets du SPAW-RAC

Rédaction
Lucie Labbouz
Colloque ayant rassemblé le groupe de spécialistes des iguanes de l’UICN à la Dominique en 2022. Le SPAW-RAC s’attelle en effet à promouvoir la coopération régionale pour la protection de l’environnement de la grande région Caraïbe. © Nicolas Paranthoën

GUYANE EN GUYANE, ÉCOLOGISTES, PÊCHEURS ET SERVICES DE L’ÉTAT

COLLABORENT CONTRE

LA PÊCHE ILLÉGALE

L’association Sea Shepherd France, qui fête cette année ses 20 ans, est mobilisée en Guyane aux côtés des services de l’État pour lutter contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée. © Enzo Dubesset

le 13 février, l ’ AssociAtion de protection des Mers et océAns seA shepherd 1 frAnce A Annoncé l A ncer s A nouvelle c AM p A gne contre l A pêche illicite en g uyA ne c ette dernière A doublé sur lA dernière décennie et Met en péril lA fAune MArine locAle et lA filière hAlieutique légAle

Avec ses 71 mètres de long, son camouflage quasi militaire et son pavillon noir flanqué de la tête de mort, de la crosse et du trident, le John Paul DeJoria II tranche avec la sérénité des îles du Salut, petit archipel au large de Kourou, où il mouille, en ce début février. Le patrouilleur de Sea Shepherd, qui dans une autre vie servait aux garde-côtes états-uniens, vient d’arriver en Guyane pour une démonstration de force contre la pêche « illicite, non déclarée et non réglementée » (INN). L’objectif est à la fois de collecter des données, de relever les filets posés clandestinement et de mener des patrouilles de dissuasion aux frontières guyanaises en évitant toutefois d’aller au contact avec des embarcations dont l’équipage est potentiellement armé.

Depuis 30 ans, les eaux guyanaises sont allègrement pillées par les pêcheurs surinamais, guyaniens, brésiliens ou encore vénézuéliens. S’il ne s’agit pas de pêche industrielle, ces petits artisans qui fuient leurs eaux épuisées mettent une importante pression sur la faune marine locale. Leurs filets maillants dérivants déciment les tortues marines – 95 % de la population de l’ouest guyanais a disparu – les lamantins ou encore les sotalies, ces petits dauphins de Guyane. Quant aux poissons, la cible de pêche, certains sont menacés « d’effondrement », selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), comme les acoupas ou le vivaneau rouge.

«

IL EST DEVENU IMPOSSIBLE DE TRAVAILLER »

En septembre 2024, une étude coréalisée par le Fonds mondial pour la nature (WWF), l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) et le Comité régional des pêches maritimes et des élevages marins de Guyane (CRPMEM) estimait qu’en 12 ans, la pression de pêche illicite avait doublé et représentait désormais entre 0,7 et trois fois celle de la filière halieutique légale. Avec une flotte d’une centaine de navires, souvent vieillissants, celle-ci se retrouve asphyxiée face à des flottes bien plus imposantes – plus d’un millier de bateaux pour le Suriname et l’Amapá, l’État brésilien frontalier.

« Il y a tellement de bateaux pirates dans nos eaux qu’il est devenu impossible d’y travailler. Il y a des enjeux de biodiversité, mais aussi économiques pour notre filière et de souveraineté alimentaire pour le territoire », résume Léonard Raghnauth, le président du CRPMEM. Ces dernières années, la pêche illégale a été stimulée par le commerce des vessies natatoires. Ces organes permettant aux poissons de flotter sont très recherchés sur le marché chinois, où ils se vendent parfois plusieurs centaines d’euros et sont consommés comme mets de luxe ou en tant qu’ingrédients dans la médecine traditionnelle.

DES ACTEURS BIEN COORDONNÉS

C’e st dans ce contexte plus que tendu que Sea Shepherd France a décidé de cibler la Guyane pour sa nouvelle campagne « au long cours ». Une première rencontre avec les pêcheurs locaux, les services de l’État et les ONG engagées contre la pêche INN a eu lieu le 13 février à bord de leur « bateau végane » –où aucun produit d’origine animale n’est consommé – pour apprendre à se connaître et parler stratégie. « Nous ne venons pas des mêmes cultures et n’avons pas le même regard sur la mer, mais nous partageons le même objectif, à savoir préserver l’écosystème marin guyanais d’un effondrement à court terme. Nous sommes dans une démarche de collaboration et de transparence sur nos actions », déclare Lamya Essemlali, présidente et cofondatrice de Sea Shepherd France, venue spécialement pour l’occasion [voir son témoignage exclusif page 37].

« Sea Shepherd est une ONG qui n’a pas de comptes à rendre à l’État sur son action, mais il peut y avoir des imbrications avec l’Action de l’État en mer (AEM), notamment grâce aux données qu’ils pourront faire remonter au Comité national de surveillance des pêches (CNSP) », explique Michel Goron, directeur adjoint en charge de la mer au sein de la Direction générale des territoires et de la mer (DGTM).

Cette collaboration inédite s’inscrit dans un contexte de bonne coordination entre les acteurs locaux intervenant sur le sujet lancinant de la pêche illégale en Guyane. Les pêcheurs locaux travaillent depuis longtemps avec le WWF et l’AEM, notamment sur la protection de la faune marine. « Les pêcheurs guyanais ont été pionniers puisqu’ils ont utilisé des filets TED évitant la capture accidentelle de tortues, bien avant qu’il y ait une réglementation sur ce sujet », rappelle Tony Nalovic, fils de pêcheur, consultant spécialisé sur les questions maritimes et représentant local de l’UICN qui jouait, le 13 février, le rôle de « facilitateur » entre les différentes parties.

Fondée en 1977 par Paul Watson, Sea Shepherd se présente comme « l’ONG de défense des océans la plus combative au monde. »
Opéré par Sea Shepherd France en lien avec Captain Paul Watson Foundation, le John Paul DeJoria II a entamé une campagne au long cours contre la pêche illégale en Guyane, qui dévaste la biodiversité marine et asphyxie la pêche légale depuis près de 30 ans. © Enzo Dubesset
Photo : © Enzo Dubesset

CARENCE DE MOYENS

À l’issue de cette rencontre, des formations techniques entre le CRPMEM et Sea Shepherd ont été programmées et l’ONG a été intégrée avec les autres acteurs associatifs au groupe de travail « pêche INN », participant à l’établissement du document stratégique de bassin maritime (DSBM) de la Guyane. Seulement, l’intervention des « bergers des mers » révèle aussi en creux l’insuffisance des moyens déployés jusquelà par les services de l’État. Ceux-ci reconnaissent ne pouvoir effectuer qu’une centaine de jours de police des pêches dans l’année. « Ils ne peuvent pas sortir les jours fériés, les week-ends ou lors des lancements de fusée [les navires sont réquisitionnés]. Ces jours-là, en mer, nous ne sommes plus en Guyane mais au Suriname et au Brésil », déplore Léonard Raghnauth.

« Certes, la situation n’est pas parfaite, mais l’État agit contre la pêche illégale. L’année dernière, nous avons dérouté et détruit une douzaine de bateaux. Nous gagnons aussi en efficacité depuis que nous avons un site de stockage et de destruction dans l’ouest, à Mana », nuance Michel Goron. Des opérations militaires spéciales sont aussi régulièrement lancées avec des moyens renforcés venus de l’Hexagone et parfois des collaborations avec le Brésil. Néanmoins, tout ceci apparaît bien dérisoire aux yeux des écologistes et des pêcheurs locaux.

UNE PROCÉDURE EUROPÉENNE

Sur le dernier survol du WWF, en 2025, une centaine de navires illégaux ont été relevés en à peine quatre heures. Contrairement à l’AEM, dont l’action dépend de procédures administratives longues et coûteuses et de moyens humains limités, Sea Shepherd peut compter sur des militants motivés pour « occuper le terrain » de façon plus pérenne.

Si l’objectif premier est d’intimider les pêcheurs, cette pression supplémentaire s’adresse aussi à Bruxelles, l’Union européenne étant compétente en matière de pêche. Depuis plusieurs années, une procédure a été initiée par la Commission européenne contre le Guyana et le Suriname, qui pourraient, à terme, perdre de précieux quotas d’exportation de pêche vers le marché européen.

Cependant, malgré des rencontres régulières, la procédure est ralentie par le peu d’intérêt porté par Bruxelles au plateau des Guyanes, région très éloignée géographiquement et avec laquelle les relations n’ont jamais été très étroites. La présence d’une ONG très identifiée sur le Vieux Continent, et connue pour ses actions coup de poing, pourrait apporter le coup de projecteur qui manquait ces dernières années.

Rédaction : Enzo Dubesset

Lutter contre la surpêche exercée par des flottilles venues illégalement du Suriname, du Brésil et du Guyana, tel est l’objectif de cette mission surnommée « Opération Papillon ». © Enzo Dubesset + d’info ici : Vidéo de présentation de la campagne

TÉMOIGNAGE

« En 2018, nous avions déjà tenté d’approcher les services de l’État, mais nous avions été ignorés. En novembre 2025, nous sommes revenus à la charge,

un peu sur un coup de tête, en réalisant que la situation avait encore empiré et cette fois le lien a été fait, nous nous en réjouissons.

Nous devons agir urgemment pour éviter un effondrement de l’écosystème marin guyanais à très court terme et nous pensons que notre capacité à mener des campagnes au long cours et à mobiliser l’opinion publique hexagonale, très peu informée de ce sujet, peut servir à cette lutte.

Pour l’instant, nous sommes encore dans une phase de découverte et d’adaptation. Et c’est pour cela qu’il était important de rencontrer les acteurs locaux déjà engagés sur ce sujet. Dans les prochains mois, nous reviendrons avec deux bateaux plus petits et mieux adaptés au littoral guyanais que le John Paul. Nous envisageons aussi d’investir dans un nouveau bâtiment qui sera dédié à la Guyane. Une chose est sûre, nous n’avons pas peur de nous engager sur plusieurs mois, voire sur plusieurs années, comme nous le faisons pour les tortues marines de Mayotte ou les dauphins du golfe de Gascogne.

Cette campagne de Sea Shepherd était très attendue par les professionnels de la pêche locale. Lamya Essemlali est ici en compagnie de Léonard Raghnault,

LES AGENCES RÉGIONALES DE LA BIODIVERSITÉ (ARB) EN OUTRE-MER

À tr Avers l A cré Ation des A gences région A les de l A biodiversité (A rb ) , l ’ é tAt , les r égions et l ’ ofb font le pA ri des territoires . c h A que A rb M ise sur le MA ill Age loc A l , en A ssoci A nt l ’ ense M ble des A cteurs volontA ires – collectivités , A ssoci Ations , A cteurs socioécono M iques , citoyens ... – pour Agir collective M ent et plus effic A ce M ent en fAveur de l A biodiversité

UNE FONCTION DE CATALYSEUR D’ÉNERGIES ET DE COMPÉTENCES

« Les Agences régionales de la biodiversité ont été conçues pour agir ensemble et optimiser les projets grâce à une meilleure efficience des moyens et des acteurs », introduit Jean-Michel Zammite, directeur des Outre-mer à l’Office français de la biodiversité (OFB). Déclinaison territoriale de l’OFB, lui-même sous la tutelle des ministères de la Transition écologique et de l’Agriculture, l’ARB, mise en œuvre conjointement avec la Région, évalue l’état de la biodiversité au niveau régional, suit son évolution et définit les priorités d’actions, tout en diffusant les bonnes pratiques et en sensibilisant le public à la protection des écosystèmes.

« Outil opérationnel de mise en œuvre de la Stratégie régionale pour la biodiversité, chaque ARB joue un rôle de catalyseur des énergies et des compétences territoriales. L’idée est d’impulser une dynamique partenariale capable d’identifier et de généraliser au plus près du terrain les pratiques vertueuses pour la biodiversité », explique Jean-Michel Zammite.

RENFORCER L’EFFICACITÉ

DES POLITIQUES PUBLIQUES

Les acteurs régionaux désireux de s’associer aux ARB sont encouragés à apporter concrètement leur contribution aux politiques publiques de reconquête de la biodiversité. Ensemble, au sein des réseaux des ARB, ils bénéficient d’une capacité d’action mutualisée, d’un berceau d’idées, d’outils, de savoir-faire, et élaborent un plan d’actions à l’échelle de leur territoire, visant à :

• piloter des stratégies et mettre en cohérence des politiques publiques ;

• animer des réseaux d’acteurs ;

• informer, sensibiliser et mobiliser ;

• améliorer la connaissance et sa diffusion.

Les ARB participent ainsi à une meilleure coordination des politiques nationales, régionales et locales de biodiversité. Elles aident à intégrer les enjeux de sa préservation et de sa reconquête aux projets liés à l’aménagement et au développement des territoires, à l’agriculture, aux transports, à l’énergie...

est endémique de l’archipel guadeloupéen qui héberge à lui seul 7 % de la biodiversité nationale et s’est doté en 2021 de l’Agence régionale de la biodiversité des Îles Guadeloupe (ARB-IG). À ce jour, deux ARB existent en outre-mer, la seconde ayant été constituée en 2023 à La Réunion. Deux projets d’ARB sont entrés en préfiguration, en Martinique et en Guyane. © ARB-IG

Ce petit lézard diurne, l’anoli (Anolis marmoratus),

sud-ouest de la Guyane, une région particulièrement riche en biodiversité du Parc amazonien de Guyane. © Olivier Tostain /

PRÉFIGURATION DE L’AGENCE

TERRITORIALE DE GUYANE, FUTURE 12 E ARB FRANÇAISE

Couverte à 96 % de forêt tropicale humide, la Guyane, refuge exceptionnel de biodiversité, joue un rôle majeur de puits de carbone. Cependant, le premier espace forestier de l’Union européenne subit diverses pressions : déforestation, pollution due à l’orpaillage illégal, surpêche, urbanisation et effets du changement climatique.

Face à ces enjeux, la Collectivité territoriale de Guyane, l’État et l’OFB ont engagé depuis plusieurs années un travail commun pour doter la Guyane d’une Agence territoriale de la biodiversité. Lors de son déplacement sur le territoire en février, la ministre de la Transition écologique Monique Barbut a évoqué avec Jean-Paul Fereira, vice-président de la Collectivité de Guyane et Olivier Thibault, directeur général de l’OFB, la prochaine mise en place de cet établissement public à coopération environnementale, où siègera un conservatoire botanique national.

Une période d’une année de préfiguration va débuter pour engager une concertation avec les différents acteurs locaux et mener à bien les travaux préparatoires à l’ouverture de l’agence. Cette préfiguration sera concomitante à l’élaboration de la première Stratégie régionale de la biodiversité guyanaise, autre étape fondatrice de l’action publique pour la biodiversité en Guyane.

TÉMOIGNAGE

JEAN-PAUL FEREIRA, 1 ER VICE-PRÉSIDENT DE LA COLLECTIVITÉ TERRITORIALE DE GUYANE (CTG)

« La création de l’Agence territoriale de la biodiversité de Guyane est attendue par l’ensemble des acteurs du territoire. Collectivités, services de l’État, scientifiques, associations et socioprofessionnels expriment depuis plusieurs années le besoin d’un outil commun pour mieux coordonner les actions, partager la connaissance et gagner en efficacité. Aujourd’hui, cette démarche est engagée par l’Assemblée territoriale de Guyane. L’agence devra répondre à cette attente forte en jouant un rôle de structuration et d’appui, au plus près des réalités guyanaises. Elle permettra de fédérer les énergies, de renforcer la cohérence des politiques publiques et d’accompagner concrètement les projets, dans une logique partenariale et opérationnelle.

Le démarrage imminent de la phase de préfiguration de l’ATBG montre que cette ambition collective entre désormais dans une étape concrète et structurante pour la Guyane. Sa création marque une étape importante : celle d’un territoire qui se dote des moyens d’agir collectivement, en replaçant le vivant au cœur de son projet de développement. »

Le majestueux inselberg Mamilihpan est un massif granitique émergeant de la canopée à 120 kilomètres de Maripasoula dans l’extrême
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LE CACAOYER GUIANA TRACE LA ROUTE D’UNE FILIÈRE CACAO EN GUYANE

entre trAvAux de recherche génétique, structurAtion de filière et prAtiques Agroforestières, le c ir A d se M obilise A ux côtés de ses pA rten A ires pour vA loriser le potentiel des c A c Aoyers g ui A n A et M ettre en pl A ce une production dur A ble de c A c A o en g uyA ne

Aux XVIII e et XIX e siècles, la culture du cacao était particulièrement développée en Guyane, puis déclina fortement. Dès les années 1980 et jusqu’en 2012, des prospections ont été menées par le Cirad afin de constituer une collection de référence des cacaoyers Guiana, destinée à l’étude des caractères génétiques de cette ressource endémique unique.

Depuis, des accessions issues des zones de production ou d’origine du cacaoyer – Colombie, Équateur, Costa Rica, Pérou, Côte d’Ivoire... – sont venues enrichir la collection de la station de Combi, à Sinnamary.

UNE FILIÈRE PORTEUSE

EN DÉVELOPPEMENT

Bien que de plus en plus pratiquée par les agriculteurs guyanais, la cacaoculture demeure une production de niche et peu structurée. De SaintLaurent-du-Maroni à Saül, en passant par Kourou, Cayenne, Sinnamary ou Régina, la majorité des exploitations reposent sur des parcelles de petites surfaces, d’environ un hectare, parfois complétées par des micro-chocolateries au sein desquelles les producteurs transforment eux-mêmes leur cacao.

Depuis 2024, Abdoul-Raouf Sayadi Maazou travaille sur la caractérisation de la collection cacao et la mise en place d’un programme d’amélioration génétique au Cirad en Guyane, en lien avec les techniciens de la station de Combi, ses collègues du collectif cacao de l’UMR Agap 1 et en partenariat avec un réseau de partenaires internationaux.

L’objectif de ses travaux : valoriser la singularité du cacaoyer Guiana, très recherché par les chocolatiers, et contribuer à la structuration d’une filière locale, répondant aux défis agronomiques, économiques et environnementaux de cette production.

1 Unité mixte de recherche « Amélioration Génétique et Adaptation des Plantes méditerranéennes et tropicales ».

Au sein de la micro-chocolaterie du Cirad à Kourou, Fabien Doaré s’intéresse aux processus de fabrication du chocolat. Il développe notamment des recettes à base de fèves de cacaoyers Guiana, mais aussi de clones d’origines diverses issus de la collection du Cirad, dans le but d’accompagner les agriculteurs sur le volet de la transformation. © Cirad

Station de recherche agronomique de la pointe Combi. © Cirad
Parcelle de culture du cacao gérée en agroforesterie. © Cirad

INTERVIEW

AB DOUL-RAOUF SAYADI MAAZOU, SÉLECTIONNEUR ET GÉNÉTICIEN CACAO À L’UNITÉ MIXTE

DE RECHERCHE AGAP AU CIRAD

• Quels sont les enjeux du cacao en Guyane ?

- Qu’il s’agisse des maladies, des ravageurs ou de la présence de cadmium dans les sols, le cacaoyer Guiana est aujourd’hui épargné par les problématiques constatées au niveau mondial. Le changement climatique n’est cependant pas sans effets. L’irrégularité des pluies, en intensité comme en fréquence, oblige ainsi à repenser des systèmes de culture plus résilients.

Face à ces enjeux, l’UMR Agap du Cirad œuvre à mobiliser la diversité génétique pour proposer aux agriculteurs des ressources génétiques de cacao à la fois résistantes et productives. Nous misons sur une stratégie préventive basée sur la diversification des ressources génétiques, afin d’anticiper les risques de maladies et d’éviter de reproduire des modèles de production intensifs associés à la déforestation et à l’usage d’intrants chimiques.

• En quoi consistent vos travaux en génétique ?

- Nos recherches s’organisent autour de trois axes : la connaissance de la diversité génétique, l’identification du déterminisme génétique des caractères agronomiques d’intérêt, ainsi que le développement de stratégies de sélection basées sur l’utilisation des marqueurs moléculaires et la prédiction génomique.

Pour ce faire, nous nous appuyons sur une collection riche de plus de 400 cacaoyers contenant des clones Guiana et internationaux, mais aussi sur un réseau d’agriculteurs qui évaluent le matériel génétique en conditions réelles. L’ambition finale de ces travaux de caractérisation, d’amélioration génétique par croisements et sélection, est de mettre à disposition des agriculteurs un matériel génétique d’intérêt, selon leurs objectifs : des clones Guiana ayant une capacité de résistance aux maladies et des qualités organoleptiques 2, des clones internationaux au potentiel de rendement plus important, et des lots de cacaoyers issus d’anciennes plantations en Guyane, les cacaoyers GF.

• Et au-delà de la génétique ?

- Les recherches s’accompagnent d’un travail technique et organisationnel. Nous avons créé des guides pour accompagner la formation des agriculteurs sur la multiplication végétative, ou microgreffe, sur la transformation des fèves en tablettes de chocolat... C’est dans ce contexte qu’a été conçu et déposé le projet Guyacao. Il rassemble les actions prioritaires définies en collaboration avec les agriculteurs et partenaires, pour structurer une filière cacao innovante, productive et écoresponsable en Guyane.

Création de l’association de cacaoculteurs Bwakako en lien avec l’IFIVEG 3, distribution de plants, évaluation et coconception de systèmes agroforestiers diversifiés, formations en gestion de pépinières, multiplication végétative et transformation du cacao… Il s’agit, toujours, en partenariat avec la Collectivité territoriale de Guyane, la DEAAF et les différentes filières végétales du territoire, d’aider les agriculteurs à renforcer leurs capacités et à maîtriser toute la chaîne de valeur, de la fève à la tablette.

2 Qui affecte les organes des sens. | 3 Interprofession des filières végétales de Guyane.

Pollinisation manuelle de cacaoyer par Ellen Alves Cavalcante, technicienne au sein de l’UMR Agap en Guyane. © Cirad

ÎLE DE LA RÉUNION

VERS UNE NOUVELLE AUTONOMIE ALIMENTAIRE ?

d A ns un contexte d ’ instA bilité géopolitique et de dépend A nce A ccrue A ux i M portAtions , l A question de l ’ A utosuffis A nce A li M entA ire se pose Avec de plus en plus d ’ insistA nce À l A r éunion , où près de 67 % de l ’ A li M entAtion conso MM ée sur l ’ île est i M portée 1

Plusieurs initiatives locales expérimentent des transitions. Parmi elles, la relance du cacao en agroforesterie portée par l’association Cacao Péi, et la valorisation du fruit à pain comme ressource nourricière durable. Deux pistes concrètes pour repenser l’agriculture réunionnaise à l’aune de la résilience et de l’autonomie.

LE FRUIT À PAIN, UN ATOUT STRATÉGIQUE EN FAVEUR DE

L’AUTOSUFFISANCE ALIMENTAIRE

Arbre patrimonial, culture résiliente, richesse nutritionnelle locale... À l’heure où les collectivités territoriales travaillent sur les stratégies alimentaires et climatiques, le fruit à pain apparaît comme une ressource immédiatement mobilisable.

Dans les hauts de Saint-Paul, l’agriculteur François Tibère, fondateur de l’université Zarboutan, association ayant pour but de transmettre les savoir-faire traditionnels, en a fait l’étendard de l’autonomie alimentaire de l’île. « Nos anciens plantaient toujours un arbre à pain dans la cour. C’était une assurance-vie alimentaire. »

Arbre tropical pouvant produire pendant plusieurs décennies, il présente des atouts agronomiques significatifs : adaptation aux zones de basse et moyenne altitude, faible besoin en intrants, bonne résistance aux épisodes cycloniques et capacité de régénération naturelle. « Une fois implanté, il nécessite peu d’entretien et stabilise durablement les sols », assure François Tibère. L’arbre commence à produire après trois à cinq ans et peut générer en moyenne entre 50 et 200 fruits chaque année.

Rédaction : Pierre-Yves Fouché

Ci-dessus : François Tibère a créé l’université Zarboutan, ce mot créole signifiant « arc-boutant » et désignant au sens figuré le pilier d’une famille, celui ou celle qui transmet un savoir aux générations suivantes. L’association vise à « apprendre des anciens, des traditions. »

Transformé en farine, le fruit offre une solution de conservation et une alternative locale aux féculents importés. Sur le plan nutritionnel, le fruit à pain est riche en fibres, potassium et magnésium. Il s’inscrit dans les recommandations visant à renforcer la part d’aliments végétaux locaux dans l’assiette réunionnaise. « Il répond à la fois à un enjeu agricole, sanitaire et économique », ajoute le fondateur de l’université Zarboutan.

Au-delà de l’initiative individuelle, la question d’un programme de plantation à plus grande échelle est posée. Dans un territoire où la monoculture historique de la canne structure encore plusieurs milliers d’hectares, l’intégration progressive d’arbres nourriciers pourrait constituer un levier complémentaire de résilience. « Diversifier aujourd’hui, c’est sécuriser demain », conclut François Tibère. À ce jour, plus de 500 plants ont été distribués à travers l’île par les membres de l’université Zarboutan.

UN FRUIT RÉPANDU EN OUTRE-MER

• Arbre originaire d’Océanie, importé à La Réunion et aux Antilles à la fin du XVIIIe siècle

• Habitat de 0 à 400 mètres d’altitude

• De multiples utilisations culinaires

Farine, beignets, chips, frites, soufflés... le fruit à pain, culture traditionnelle de l’île, peut se cuisiner de multiples façons. © Pixabay
© DR

RELANCER LA FILIÈRE CACAO LOCALE GRÂCE À L’AGROFORESTERIE

Basée à Saint-Denis, l’association Cacao Péi défend un modèle agricole plus écologique et plus humain. Loin des grandes monocultures, elle mise sur l’agroforesterie pour recréer un écosystème productif et résilient. Depuis sa création en 2015, l’association s’emploie à faire renaître une production autrefois présente sur l’île : le cacao. L’objectif : redonner une place au cacaoyer, introduit au XVIIIe siècle par le botaniste Joseph Hubert et longtemps cultivé à La Réunion avant de disparaître progressivement au cours du XXe siècle. Pour relancer la culture, l’association se concentre sur la diffusion de plants. Depuis 11 ans, près de 6 000 cacaoyers ont ainsi été distribués gratuitement à des particuliers et à quelques agriculteurs. « Beaucoup de gens étaient curieux d’essayer, mais ils ne savaient pas où trouver des plants », raconte Bernard de Ranchin, président de Cacao Péi et ancien ingénieur agronome.

Très vite, la question de l’accompagnement technique se pose. La culture du cacao demande du savoir-faire : taille, récolte des cabosses, fermentation des fèves. Pour monter en compétence, plusieurs membres de l’association effectuent des voyages d’études, notamment à Madagascar. De nombreux arbres distribués ont été perdus faute d’un accompagnement technique suffisant. Grâce aux formations, aux compétences certaines de bénévoles, l’apprentissage du métier permet la réussite des nouvelles plantations. « On s’est rendu

compte qu’il fallait apprendre le métier pour que les plantations réussissent », souligne le président.

Le choix technique est clair : implanter les cacaoyers en agroforesterie. Cette culture d’ombre impose la présence d’arbres indigènes et aussi souvent fruitiers comme les papayers, manguiers, muscadiers... « Un cacaoyer ne pousse pas seul, il a besoin d’un écosystème », explique-t-il. Les bénéfices sont multiples : amélioration de la fertilité des sols par la matière organique, limitation de l’érosion, meilleure infiltration de l’eau, réduction des intrants. « Plus un système est diversifié, plus il est résilient », rappelle Bernard de Ranchin. Aujourd’hui, l’association accompagne une vingtaine de planteurs intéressés par la culture du cacao, principalement sur de petites surfaces. L’idée n’est pas de remplacer les cultures existantes mais de recréer progressivement une production locale. « Ce que nous voulons, c’est reconstruire une filière, pas simplement planter quelques arbres. »

Si La Réunion compte déjà plusieurs chocolatiers artisanaux, la production locale de fèves reste encore limitée. Pour les membres de Cacao Péi, la relance du cacao pourrait à terme permettre de reconnecter production agricole et transformation artisanale sur le territoire. « Si nous arrivons à produire localement, alors un véritable chocolat ”made in” La Réunion pourrait exister », espère le président de l’association. Une manière pour ces passionnés de redonner vie à une page méconnue de l’histoire agricole réunionnaise.

Cacao Péi (ici, Bernard de Ranchin est sur la droite) souhaite relancer la filière cacao, qui avait disparu de l’île. Ses fèves proviennent de cacaoyers criollo – la variété la plus noble et recherchée – restés sauvages depuis leur introduction à La Réunion au XVIIIe siècle. © Cacao Péi
Cacao Péi a aidé des producteurs volontaires à replanter des cacaoyers sur leurs terrains en agroforesterie. Ces cacaoyers se sont développés à partir de graines issues de la plantation sauvage et possèdent donc la même génétique criollo, d’une grande rareté. © Margot Valatchy

L’INAUGURATION DE QUATRE AIRES DE JEUX VÉGÉTALISÉES

l e 7 MA rs 2026, l A v ille de s A int - d enis in A ugur A it les A ires de jeux situées À c h AM p f leuri , A ux c AM éli A s , A u c œur v ert f AM ili A l et A u b A r A chois , des espA ces pensés pour offrir A ux enf A nts des M o M ents de jeu collectifs et de respir Ation en plein A ir c es AM én A ge M ents s ’ inscrivent dA ns l ’ eng Age M ent M unicipA l en fAveur d ’ un c A dre de vie plus vert et dur A ble

Ici, les petits Dionysiens deviennent pirates à bord d’un bateau, explorateurs d’un univers imaginaire ou pilotes d’un vaisseau spatial... Les aires de jeux ne sont pas de simples équipements de loisirs : ce sont des espaces d’apprentissage, de créativité et de rencontres, où les plus jeunes développent leur motricité, profitent du plein air et jouent ensemble. Le 7 mars, la Ville inaugurait quatre aires de jeux, pour le plus grand bonheur des enfants.

Si l’aire des Camélias, née d’une initiative citoyenne, a été entièrement créée, les trois autres aires ont fait l’objet d’une réhabilitation des aménagements existants. Très fréquentés par les familles, ces espaces avaient besoin d’une rénovation afin de garantir la sécurité et la qualité des équipements. Parce que le jeu est un droit pour tous, ces nouvelles installations permettent notamment d’accueillir les enfants à mobilité réduite ou présentant des troubles sensoriels.

UN ENJEU DE SANTÉ PUBLIQUE ET D’AMÉLIORATION DU CADRE DE VIE

En favorisant l’activité physique dès le plus jeune âge, les aires de jeux encouragent les enfants à bouger, explorer et pratiquer une activité en extérieur.

La végétation généreuse qui entourera ces espaces ludiques assurera un confort thermique important pour le bien-être de tous. La plantation d’arbres en ville, véritables climatisateurs naturels, permet en effet de lutter contre les îlots de chaleur en modérant la température ambiante, mais aussi d’améliorer la qualité de l’air, de préserver la biodiversité, de favoriser l’absorption des eaux pluviales, de soutenir la dépollution et d’embellir le cadre de vie.

Pour toutes ces raisons, végétaliser l’espace urbain est devenu une nécessité écologique.

TÉMOIGNAGE

ÉRICKA BAREIGTS,

MAIRE DE SAINT-DENIS DE LA RÉUNION, ANCIENNE MINISTRE DES OUTRE-MER

« C’était un jour très important parce qu’au moment où nous avons inauguré cette aire de jeux aux Camélias, ce sont en réalité quatre aires de jeux qui ont été inaugurées le même jour à Saint-Denis, dans différents quartiers, par plusieurs élus.

Une ville, ce n’est pas seulement des routes ou des bâtiments. Une ville, c’est avant tout des lieux de vie, des lieux où l’on se retrouve, où l’on partage, où l’on grandit. Les aires de jeux en font pleinement partie. Ces projets prennent du temps. Il y a des procédures, des marchés publics, des délais de réalisation. Mais ils arrivent à leur terme parce que nous sommes des élus présents dans les quartiers, engagés pour favoriser la vie, la vie ensemble, la vie dans les quartiers.

Saint-Denis, c’est 156000 habitants. Une ville immense, de la Grande Chaloupe jusqu’à La Roche Écrite. Il faut

aller au cœur des quartiers, créer des espaces de vie et renforcer l’hyperproximité. C’est tout le sens de la ville du quart d’heure que nous construisons : une ville où, à quelques pas de chez soi, chacun peut trouver des services, des équipements et des espaces pour jouer, respirer et se retrouver.

Aux Camélias et à Montgaillard, les habitants bénéficient d’un environnement riche : le Cœur Vert Familial, des équipements sportifs, un skatepark, un terrain de beach-volley, des espaces de détente, la médiathèque, Aquanor. C’est une vraie richesse, et j’encourage chacun à s’en emparer pleinement. Avec cette aire de jeux, nous faisons un choix clair : donner toute leur place aux enfants dans l’espace public, offrir aux familles des espaces de proximité accessibles et sécurisés, et créer du lien. Ici, les enfants vont courir, rire, expérimenter, s’inventer des histoires, pendant que les familles se retrouvent et partagent des moments simples.

Cette aire de jeux a aussi une particularité importante : elle est issue du budget participatif. Elle vient des habitants eux-mêmes. Ce sont eux qui ont exprimé ce besoin d’un équipement en hyperproximité, qui ont voté, et qui ont permis à ce projet de voir le jour. Nous avons également souhaité un espace inclusif, adapté au plus grand nombre, pour que chaque enfant, quelles que soient ses capacités, puisse y trouver sa place. Parce que jouer est un droit.

Cet équipement représente un investissement public important de 75000euros.Cen’estpasdel’argentqui tombe du ciel, c’est l’argent de toutes et tous. Il doit donc être respecté.

Une aire de jeux est avant tout un espace dédié aux enfants et aux familles, un lieu de partage, de découverte et de convivialité. Aux Camélias, toutes les conditions sont réunies pour en faire un espace vivant et respecté, comme c’est déjà le cas dans de nombreux quartiers de Saint-Denis.

Ce projet est aussi le fruit d’une dynamique collective. Des habitants vivent à proximité et bénéficient désormais d’un équipement qui contribue à animer le quartier. Avec plus de vie, de rencontres et parfois un peu plus d’animation, cet espace participe activement au lien social. C’est aussi cela, faire société : apprendre à vivre ensemble, dans le respect de chacun. Ce lieu a toujours été un espace de vie et de partage. Aujourd’hui, il retrouve pleinement cette vocation. »

Inauguration de l’aire de jeux des Camélias le 7 mars dernier.
En haut de page : aire de jeux de Champ Fleuri. | Inauguration de cette aire
le 7 mars 2026 par l’équipe municipale. | Enfants jouant sur l’aire des Camélias. | La Ville de Saint-Denis s’attelle à améliorer le cadre de vie des habitants. | Inauguration au Cœur Vert Familial.

VILLE-JARDIN DE DEMAIN, LE TERRITOIRE

DIONYSIEN POURSUIT SON VERDISSEMENT

l ’ in A ugur Ation de ces qu Atre A ires de jeux À s A int - d enis ser A A cco M pAgnée de pl A ntAtions

A fin de créer des îlots de fr A îcheur en ville , dA ns un souci d ’ AM élior Ation du bien - être des enfA nts et , plus l A rge M ent , de toute l A popul Ation l A v ille de s A int - d enis se M obilise pour redonner s A pl A ce À l A n Ature À tr Avers différents projets en cours .

En 2019, le Département initiait le plan « Un million d’arbres pour La Réunion », un ambitieux projet de reboisement de l’île avec des espèces endémiques et indigènes. Le but visé consistait à planter un million d’arbres sur l’île à l’horizon 2027, afin notamment de restaurer la biodiversité originelle dans les quartiers, via l’opération Bwa de Kartié. Dans ce cadre, la Ville de Saint-Denis s’est engagée à mettre en terre 20 000 plants. La première opération, organisée au parc de la Trinité en octobre 2025, a porté sur 3 200 végétaux.

Dès le début du premier mandat de l’équipe municipale, en 2020, la Ville s’est pleinement engagée dans la renaturation de son espace public. 39 jardins partagés ont par exemple été créés en six ans, dont 25 sur le domaine foncier communal.

Les projets de micro-forêts urbaines et de redensification des espaces végétalisés se sont traduits par la plantation de 6 000 végétaux à massifs sur la voirie communale et de 1 660 arbres et arbustes dans les cours d’écoles, qui ont été ombragées également par 207 plantes grimpantes. Des « pie d’bwa » adultes, dont plusieurs badamiers de l’Inde, ont été transplantés ou replantés afin de leur offrir un environnement adapté.

MICRO-FORÊTS URBAINES, LES PLANTATIONS DEPUIS 2020

• Depuis 2020 : 6 146 « pie d’bwa » ont été plantés dans le contexte du projet « Une naissance, un arbre », initié par la Ville en 2021 et célébrant symboliquement par un arbre chaque nouvelle naissance à Saint-Denis ;

• Mars 2024 : 7 158 végétaux, dont 870 arbres et arbustes, ont reverdi le Jardin de la Liberté ;

• Octobre 2025 : 2 861 plantes embellissent désormais la future petite forêt urbaine de la rue Léopold Rambaud, derrière le marché artisanal ;

• Début 2026 : 22 000 végétaux, dont 10 000 arbres, participeront à l’atténuation du réchauffement climatique dans l’espace qui accueillera la micro-forêt urbaine du Barachois ;

• Début 2027 : 45 349 végétaux seront plantés, dont 11 619 arbres, sur le futur site Dionyparks.

FOCUS MARITIME

RÉPARATION NAVALE : LE DOCK FLOTTANT

TITAN AMORCE SON AVENTURE INDUSTRIELLE

À tr Avers l ’ A cquisition du dock flottA nt « t itA n », le g r A nd p ort M A riti M e de l A r éunion ( gp M dlr ) AM bitionne de devenir un A cteur MA jeur de l A répA r Ation n AvAle dAns le sud-ouest de l ’océAn indien, tout en développAnt l ’éconoMie bleue.

C’est un investissement décisif pour le Grand Port Maritime, qui va renforcer considérablement l’offre de réparation navale réunionnaise : le dock Titan, de 120 mètres de long et 32 de large, pourra mettre à sec des navires mesurant jusqu’à 110 mètres de long, 25 mètres de large et de 4 600 tonnes de port en lourd. Arrivé en octobre 2024 au Cap et livré au Port Ouest le 11 novembre 2025, le dock flottant a fait l’objet en Afrique du Sud d’un important chantier de rénovation : mise aux normes techniques, remise à neuf des équipements et essais d’immersion concluants.

UN NOUVEL HORIZON S’OUVRE

POUR L’ÉCONOMIE BLEUE LOCALE

Ces travaux permettent aujourd’hui au GPMDLR de disposer d’un outil performant, doté des technologies

les plus avancées et capable d’accueillir quasiment l’ensemble de la flotte de l’île. Titan répond ainsi aux attentes des armateurs civils – palangriers de pêche australe, navires de servitude portuaire... – et militaires – frégates de surveillance, navires d’exploration... –qui, auparavant, ne pouvaient sous-traiter localement la réparation et la maintenance des bâtiments dépassant 60 mètres. Les arrêts techniques qui avaient lieu à l’étranger sont donc désormais réalisables à La Réunion et, au-delà de cette flotte locale, le GPMDLR souhaite attirer des bateaux en transit dans la zone. Cette offre de service élargie ouvre le champ à de nouvelles perspectives économiques et de formation dans le secteur maritime de La Réunion. Environ 80 emplois directs devraient être créés au sein de l’écosystème de la réparation navale. Cet investissement a bénéficié du soutien financier du FEDER, dont l’autorité de gestion est la Région Réunion, et de l’État.

TÉMOIGNAGE

KARINE LI HONG WAN, RESPONSABLE DE L’UNITÉ DE RÉPARATION NAVALE AU GRAND PORT MARITIME DE LA RÉUNION

activités de carénage et de réparation. À ce titre, l’arrêt technique du dock a été mis à profit pour intégrer plusieurs travaux de modernisation. Parmi eux, l’installation de filets « anti-spray » permet de limiter les émissions atmosphériques lors des opérations, tandis que la création de cuves de rétention des eaux de carénage contribue à la protection du milieu aquatique. Les systèmes d’éclairage ont également été adaptés afin de préserver l’avifaune locale.

Le dispositif est complété par des équipements de monitoring installés sur le dock et sur le quai attenant, permettant de suivre en continu les conditions d’exploitation, en lien notamment avec les paramètres météorologiques. Des campagnes régulières d’analyses des eaux, des sédiments et de l’air viendront confirmer l’absence d’impact sur le milieu récepteur.

« Véritable outil structurant pour le territoire, le dock flottant Titan du Grand Port Maritime de La Réunion s’impose comme un levier majeur du développement de la filière locale de la réparation navale. Son implantation sur l’île ouvre des perspectives économiques fortes, tout en s’inscrivant résolument dans une démarche environnementale exigeante.

Pensé dès l’origine dans une logique de développement durable, le dock constitue, aux côtés des Ateliers de l’Océan, une Installation classée pour la protection de l’environnement (ICPE). Ce cadre réglementaire strict impose de nombreuses prescriptions destinées à maîtriser et réduire l’empreinte environnementale des

Au-delà de ces exigences environnementales, le dock flottant présente un atout stratégique majeur en matière de transition écologique. En permettant à la quasi-totalité de la flotte locale d’être réparée directement à La Réunion, il évite de longs déplacements vers des chantiers situés à Maurice, en Afrique du Sud ou jusqu’en Arabie. Autant de trajets et de rotations d’équipages désormais évités, avec à la clé une réduction significative des émissions de gaz à effet de serre.

Une avancée décisive qui permettra également aux armements basés à La Réunion d’améliorer sensiblement leur Bilan des émissions de gaz à effet de serre (BEGES), tout en renforçant la souveraineté industrielle et la compétitivité du territoire. »

Arrivée du transport exceptionnel à son quai de destination au Port Ouest, après son remorquage depuis le Port Est. Bâti par le chantier naval européen Navikon, en Pologne, Titan est

FOCUS MARITIME

été couronnée de succès. © Éric D’Zoao / GPMDLR

caractère singulier et marquant. Le dock Titan assure des réparations pour les bateaux de grande taille et peut réceptionner tous les navires de La Réunion à quelques exceptions près comme le Marion Dufresne, de 120 mètres de long. C’est une opportunité pour nous les armateurs, qui devions nous rendre à Maurice, voire aller jusqu’à Dubaï, au Sri Lanka ou en Afrique du Sud pour réaliser nos arrêts techniques.

INTERVIEW

ADRIEN DE CHOMEREAU, DIRECTEUR GÉNÉRAL DE L’ARMEMENT SAPMER 1

• Que représente à vos yeux le dock Titan ?

- Tout d’abord, c’est une vraie première. Il n’y a que six docks flottants comme celui-ci dans toute la France, son arrivée sur l’île est donc un événement au

D’un point de vue environnemental, le gain de cette nouvelle infrastructure est élevé puisque le dock étant sur place, les navires se contentent de changer de quai ! Cette absence de mouvement des bateaux et aussi de leurs équipages a pour effet de réduire l’impact de nos activités en matière d’empreinte carbone.

Par ailleurs, pour La Réunion, c’est un gros avantage de développer cet outil et de structurer les savoir-faire qui sont autour. Le défi, pour les opérateurs tels que Piriou, va être de s’équiper et d’acquérir les compétences sur l’île sur tous les aspects techniques de la réparation et la maintenance : coque, tuyauterie, chaudronnerie, instruments électroniques, propulsion, motorisation, groupes électrogènes, système froid des bateaux de pêche, etc.

Alors que la mise en exploitation du dock flottant Titan est programmée au mois d’avril 2026, le palangrier Albius de la Sapmer (ci-dessus) a été le tout premier navire à l’utiliser en février. Une opération qui a

stratégique

PREMIÈRE MISE À SEC RÉUSSIE

SUR LE DOCK TITAN POUR

LE PALANGRIER ALBIUS

• Comment s’est déroulée la mise à sec du navire Albius sur le dock flottant ?

- L’Albius, notre palangrier-congélateur qui pratique notamment la pêche à la légine au large des îles Kerguelen, est le premier navire à avoir bénéficié du dock flottant. En février, cette opération test a permis au Grand Port Maritime de La Réunion de valider les procédures de mise à sec. Le Bureau Veritas a pu procéder à une inspection visuelle complète de la coque, et notamment de la ligne d’arbre. Tous les contrôles ont été faits en 48 heures.

La mise à sec d’un navire est une opération extrêmement délicate, qui fait intervenir la compétence du « dock master », le capitaine du dock chargé de coordonner et d’assurer la bonne manœuvre du bateau. L’ Albius mesure 56 mètres par 11 mètres, et tout se joue à moins d’un centimètre près ! En effet,

© Éric D’Zoao / GPMDLR

le dock s’immerge pour faire entrer le navire, qui doit être posé très précisément sur un socle, la ligne de tins, pour atteindre son point d’équilibre. La météo doit être clémente pour effectuer ces manœuvres. La structure peut ensuite s’élever à nouveau audessus de l’eau afin de mettre le bateau à sec. Cela a été une réussite opérationnelle, grâce à une très bonne coordination entre le GPMDLR, Piriou, l’équipe technique de la Sapmer et l’équipage de l’Albius

• Moins d’impact sur l’environnement, un gain de temps pour les armateurs... le défi va alors être de rendre l’offre du dock Titan compétitive ?

- Nous avons régulièrement besoin de maintenance sur les navires, un peu comme le contrôle technique d’une voiture. Par exemple, une inspection majeure de la coque doit être planifiée tous les 30 mois. Avant chaque intervention, nous ferons deviser les opérations et évaluerons les coûts proposés, sachant qu’en étant sur place, le dock a un avantage économique certain. Titan relèvera le challenge d’être compétitif en termes d’approche globale, nous avons confiance !

Outil
du Grand Port Maritime de La Réunion, le dockTitan peut accueillir les opérations de réparation navale et de maintenance de quasiment toute la flotte réunionnaise, ce qui réduit les émissions de gaz à effet de serre des bateaux.

MAYOTTE

LA NAISSANCE D’UN VOLCAN

A lors que l ’ on croyA it son A ctivité volc A nique endor M ie , M Ayotte s ’ est révélée être un h A ut lieu du volc A nis M e dA ns le M onde Avec l A découverte en MA i 2019, un A n A près les pre M iers séis M es en ess A i M s , du volc A n f A ni M A oré . c e gig A ntesque édifice sous - MA rin est pl A cé depuis sous h A ute surveill A nce r etour sur les événe M ents et point d ’ A ctu A lité

LA DÉCOUVERTE DE FANI MAORÉ, UNE SURPRISE TOTALE

Tout commence le 10 mai 2018 à Mayotte, où l’archipel d’origine volcanique qui a émergé de l’océan il y a environ 10 millions d’années commence à être secoué par de nombreux tremblements de terre. Certains de ces séismes dont les épicentres se situent en mer sont ressentis par les habitants, qui s’interrogent. Car si Mayotte est régulièrement agitée par des mouvements sociaux et des problèmes d’insécurité, les secousses sismiques y sont peu fréquentes, l’activité se limitant alors à quelques remontées de gaz repérées sur le littoral oriental de Petite-Terre.

En début d’année 2019, alors que les séismes se poursuivent, des poissons morts issus des grands fonds sont repérés à la surface de l’océan par les pêcheurs qui signalent aussi des odeurs sulfureuses inhabituelles. Des fissures dans les bâtiments apparaissent ici et là et l’inquiétude grandit dans la population.

Pour tenter d’expliquer ces phénomènes inhabituels, l’État français mandate alors le CNRS afin de coordonner une campagne d’investigations impliquant de nombreux organismes scientifiques : BRGM, CNES, Ifremer, IGN, IPGP, IPGS, Shom, etc. Les premiers

résultats ne se font donc pas attendre, mais la surprise est totale. En mai 2019, les chercheurs de l’expédition Mayobs 1 présents à bord du Marion Dufresne II, le navire océanographique dépêché pour l’occasion, découvrent en effet un nouveau volcan sous-marin à une cinquantaine de kilomètres, à l’est de Mayotte. Là où un premier essaim de séismes a été localisé, tandis qu’un deuxième groupe se fait sentir à seulement 10 kilomètres de Petite-Terre. L’édifice, reposant sur le plancher océanique à 3 400 mètres de profondeur, mesure quatre à cinq kilomètres de diamètre à sa base et 800 mètres de hauteur.

UNE ÉRUPTION SOUS-MARINE D’UNE AMPLEUR CONSIDÉRABLE

Le volcan, baptisé Fani Maoré par les autorités locales, reste donc encore loin de la surface de l’océan, mais la quantité de magma générée en une seule année est considérable. C’est sa migration depuis le manteau terrestre à travers la croûte océanique qui est à l’origine des séismes et des mouvements de l’archipel. Car lors de cette éruption volcanique sous-marine sans précédent, Mayotte s’est affaissée de 10 à 20 centimètres selon les endroits et a été déplacée vers l’est sur 20 à 25 centimètres.

DES PANACHES PROJETÉS À PLUS DE 2 000 MÈTRES DE HAUT

Au cours de cette campagne océanographique, les scientifiques repèrent également plusieurs panaches de fluides chauds qui s’élèvent jusqu’à plus de 2 000 mètres à l’aplomb du cône volcanique. Ces panaches correspondent à des échappements de gaz d’origine magmatique probablement responsables de l’hécatombe au niveau de la faune abyssale. Mais les chercheurs veulent en savoir plus sur la nature de la lave à l’origine de l’édifice et des coulées. Ils envoient une drague sur le volcan pour récolter des échantillons de roche qui ont parfois emprisonné de petites bulles de gaz sous pression.

Ces échantillons plus ou moins vacuolaires – présentant de petites cavités à l’intérieur de la roche –sont alors remontés à la surface et déchargés sur le pont du bateau où de petites pétarades se font entendre. Ils sont en train d’éclater tandis que les gaz se libèrent, ne demandant qu’à s’échapper. Ce phénomène, bien connu des volcanologues, est appelé « l’effet pop-corn ». Il se poursuivra pendant deux ou trois jours sur le bureau des géologues où les fragments les plus petits continueront à s’agiter, avant de se calmer et d’être analysés.

LA SITUATION ACTUELLE ET LES PERSPECTIVES D’ÉVOLUTION

Aujourd’hui, huit ans après les premiers tremblements de terre à répétition sur l’archipel de Mayotte, la fréquence des séismes a globalement diminué mais l’activité se poursuit avec d’importantes fluctuations au cours du temps. En décembre 2025 par exemple, 753 secousses ont été enregistrées, trois fois plus nombreuses qu’au cours du mois précédent (250) et deux fois plus qu’en janvier 2026 (372). Il s’agit donc là d’une hausse importante mais momentanée, attribuée à la circulation profonde de fluides d’origine magmatique ; ce qui n’implique pas de remontées de ces fluides vers la surface, ni de reprise des éruptions au niveau du volcan sous-marin. Ce dernier est en effet stabilisé depuis la fin de l’année 2020, tout comme l’archipel, dont la position reste fixe.

À l’heure actuelle, aucune hypothèse n’est cependant écartée par les scientifiques quant à l’évolution de la situation et tous les scénarios restent possibles, de l’arrêt total de l’activité éruptive à une reprise plus ou moins forte.

Rédaction : Pierrick Graviou + d’info ici : https://www.ipgp.fr/actualites-durevosima/

Localisation du Fani Maoré à une cinquantaine de kilomètres à l’est de Petite-Terre. | Échantillon de roche prélevé sur ses flancs à plus de 2 700 mètres de profondeur. On distingue bien sur la droite les vacuoles formées par le départ des bulles de gaz contenues dans la lave. © P. G.

ACCOMPAGNER LA DÉCOUVERTE ET LA PRATIQUE D’ACTIVITÉS DANS LE LAGON DE MAYOTTE

« l e g uide du l Agon » r A sse M ble l ’ essentiel de l A régle M entAtion en vigueur , A insi que les bonnes pr Atiques À A dopter lors de toute sortie en M er ou sur le littor A l MA hor A is l A public Ation est désor MA is disponible sur le site internet du p A rc n Aturel MA rin de M Ayotte ( pn MM) , créé en 2010 et dépendA nt de l ’ o ffice fr A nç A is de l A biodiversité ( ofb )

Le PNMM, premier parc naturel marin fondé en outre-mer, couvre 68 000 km2 répartis entre lagon, récif barrière et eaux du large. Le lagon de Mayotte, parmi les plus grands du monde, atteint par endroits une profondeur de 60 mètres et une largeur de 15 kilomètres. Il abrite une double barrière corallienne, un phénomène rarissime sur la planète. Pour sensibiliser les usagers à sa préservation, le PNMM diffuse « Le Guide du Lagon », dont la première partie présente les espèces emblématiques, toutes protégées ou réglementées, que l’on peut y rencontrer : mammifères marins, poissons, raies, requins, tortues, mais aussi oiseaux marins et côtiers, espèces fixées et invertébrés.

Principaux poissons à Mayotte. 1 : carangue bleue. 2 : poisson-clown. 3 : papillon. 4 : demoiselle. 5 : baliste titan. 6 : nason. 7 : idole des Maures. 8 : rascasse volante. 9 : anthias. 10 : ange empereur. 11 : mérou céleste. 12 : diodon. 13 : lutjan. 14 : fusilier. 15 : perroquet. 16 : trompette. 17 : gaterin. 18 : chirurgien bleu. 19 : requin à pointes noires. 20 : murène javanaise.

UNE APPROCHE SIMPLE ET ACCESSIBLE

Conçu pour accompagner les différents usages sur le lagon de Mayotte, le guide propose une lecture organisée autour de questions telles que « je fais quoi ? » et « je vais où ? ». Il incite chaque personne à acquérir les bons comportements en fonction des zones et des activités. Son format a été étudié pour être facilement consultable, y compris in situ, avec une version physique imprimée sur un papier résistant à l’eau, adapté aux utilisations en mer.

LA RÉGLEMENTATION EXPLIQUÉE

POUR

CHAQUE MILIEU NATUREL

De manière visuelle et pédagogique, un chapitre est consacré aux règles et aux bons gestes relatifs à ces quatre milieux : récifs coralliens, herbiers marins, îlots et mangrove. Les interdictions spécifiques sont mises en évidence par des pictogrammes. On retiendra par exemple celles de « cueillir du corail, des gorgones ou des éponges » ; de « mouiller une ancre sur les herbiers » ; de « prélever du sable sur l’ensemble du rivage de Mayotte », ou encore de « couper, dégrader, transporter, vendre ou acheter le palétuvier gros poumon et le palétuvier pomme », deux espèces de la mangrove, vulnérables sur le territoire et protégées.

LES ZONES DE PROTECTION FORTE

« Saziley et Charifou », ainsi que « Moya, Papani et Poudjou », sont les deux premiers sites de ponte de tortues à Mayotte. Les enjeux de conservation y sont élevés, comme à N’Gouja, la passe en S et la réserve naturelle nationale de l’îlot M’bouzi, qui ont des pages dédiées. Par exemple, dans la passe en S, il est conseillé à chaque plongeur de veiller « à être bien lesté et stabilisé, pour préserver les fonds fragiles. »

LES CONSIGNES SELON LES USAGES

La suite du document porte sur la réglementation et les bonnes pratiques par activité exercée : pêche de loisir, kayak, paddle, plongée, navigation, baignade, scooter des mers, observation des animaux marins...

TÉMOIGNAGE

ABDOU DAHALANI, PRÉSIDENT DU PARC NATUREL MARIN DE MAYOTTE

« Mayotte est un territoire où la réglementation évolue très vite et dont la population, qui est particulièrement jeune, a encore été peu imprégnée par une culture des règles environnementales. Ce guide répond à un besoin de meilleures connaissances de la réglementation et vise à en faciliter la compréhension, en apportant des repères clairs et en accompagnant les évolutions de pratiques. Il est disponible en version imprimée dans les clubs de plongée, chez les prestataires nautiques et dans les offices de tourisme. Nous souhaitons que les usagers s’approprient l’espace du lagon et en deviennent autour d’eux des ambassadeurs. À Mayotte, il y a beaucoup de départs et d’arrivées, c’est pourquoi ce travail de pédagogie et de sensibilisation est à réaliser en permanence. L’objectif du guide est finalement de montrer que la préservation du lagon est une responsabilité partagée, qui repose sur l’engagement de tous. »

+ d’info ici : Télécharger le « Guide du Lagon »

VEILLE DES ACTUALITÉS JURIDIQUES ENVIRONNEMENTALES EN OUTRE-MER

Le programme TeMeUm de l’Office français de la biodiversité et ses 12 partenaires a pour objectif de renforcer les capacités des acteurs de la protection et de la restauration de la biodiversité dans les territoires d’outre-mer français.

TeMeUm est surtout connu pour ses campagnes de financement annuelles et flexibles, mais le programme développe d’autres outils d’appui aux acteurs ultramarins comme la veille juridique. Cette veille fournit

des clés pour comprendre et suivre l’évolution du droit de la protection de l’environnement dans les outre-mer français. Elle est assurée par Lucile Stahl, avocate spécialisée en droit de l’environnement ultramarin. Les actualités sont publiées sur le site internet de TeMeUm trois à quatre fois par an et relayées sur la lettre d’informations du programme.

+ d’info ici : « Actualités juridiques » du site TeMeUm S’inscrire à la lettre d’information TeMeUm

Rédaction
S. Castre et Claire Pusineri

LE GRAND NORD DE MAYOTTE MISE SUR LE SERVICE CIVIQUE ÉCOLOGIQUE

en octobre 2025, lA cAgnM AccueillAit sA deuxièMe vAgue de services civiques. Avec une pArticulArité cette fois-ci : ces Missions de service civique dites « écologiques » donnent Aux jeunes volontAires le cAdre et les Moyens d ’ Agir À leur échelle pour lA trAnsition écologique

Le service civique écologique est un dispositif expérimental piloté à Mayotte depuis 2024 par la DRAJES (Délégation régionale académique à la jeunesse, à l’engagement et aux sports) afin de mobiliser davantage de jeunes volontaires sur la protection de l’environnement. À ce jour, seuls cinq départements français portent le dispositif sur leur territoire : la Gironde, l’Hérault, La Réunion, le Val-d’Oise et Mayotte. Le dispositif est réfléchi pour proposer des missions répondant aux crises environnementales spécifiques à chaque territoire. Les trois thèmes retenus pour Mayotte sont l’eau, la biodiversité et les déchets.

Sur l’île-hippocampe, la DRAJES s’est rapprochée des collectivités pour accueillir des volontaires qui sillonneront les rues de façon à sensibiliser les usagers de l’eau potable contre le gaspillage. Sur les 22 jeunes recrutés en 2025, 20 sont issus du Grand Nord de Mayotte. En effet, la CAGNM et ses communes membres, ainsi que la commune de Bouéni, sont les seules collectivités à avoir répondu favorablement au dispositif. Cela témoigne de l’importance que la communauté d’agglomération du nord accorde à la préservation de ses ressources naturelles, et à l’accompagnement des jeunes dans leurs projets d’avenir.

APPEL À PROJETS « TRÉSOR CACHÉ »

La CAGNM a lancé en début d’année 2026 l’appel à projets « Trésor caché », qui s’inscrit dans la continuité des actions entreprises en 2023 en matière de préservation des rivières, des mangroves, de récupération des déchets, de restauration écologique ou encore de sensibilisation au tri et au recyclage.

À travers cette démarche, la communauté de communes souhaite renforcer et pérenniser son soutien aux structures et acteurs du territoire qui contribuent activement à la construction d’un avenir plus résilient, durable et respectueux de l’environnement. La CAGNM a organisé ces dernières semaines deux réunions d’information pour mieux préparer les futurs porteurs de projets aux enjeux du dispositif.

Les jeunes ont dès lors suivi un parcours de formation mutualisé avec les acteurs de la recherche et de la formation, les acteurs de l’eau (LEMA, SMAE, ARS, DEAL, MNE…) et les autres organismes d’accueil du service civique écologique. Le dispositif est porté pour une durée de huit mois, à l’issue de laquelle il sera demandé aux volontaires de s’inscrire dans une réserve citoyenne écologique. Durant cette période, les jeunes sont accompagnés par la CAGNM, qui s’engage à leur transmettre des connaissances sur le cycle de l’eau et à les sensibiliser aux écogestes à destination du grand public.

Pour cette édition, la collectivité invite les associations à se positionner sur deux grandes thématiques à enjeux pour le territoire. Tout d’abord, celle du « Cycle de l’eau », à travers des opérations de restauration, d’entretien et préservation des rivières, mangroves, zones humides… avec une attention particulière portée aux actions dans les nombreux bassins versants prioritaires. Et en ce qui concerne la thématique « Déchets et économie circulaire », il s’agit de soutenir des projets de gestion et valorisation des déchets, favorisant notamment la réduction des déchets à la source. Ce second volet de l’appel à projets comprend aussi les actions de sensibilisation et d’accompagnement des usagers au tri, au recyclage et aux bonnes pratiques dans une logique de développement durable et de préservation de l’environnement.

Fin février, lors de la clôture de l’appel à projets, 20 candidatures ont été reçues, soit un peu plus que les 15 dossiers réceptionnés en 2025. L’instruction a débuté, avec des candidatures très inspirantes déployées un peu partout dans les quatre communes de la CAGNM.

Reconnaissables à leurs T-shirts et munis de carnets de notes, les jeunes accompagnent les habitants du territoire pour une meilleure utilisation de la ressource en eau. © CAGNM

TAAF

LE DISTRICT

DE SAINT-PAUL ET AMSTERDAM, UN

SANCTUAIRE FRAGILE

d Ans le sud de l ’océAn indien, les îles sAint-pAul et AMsterdAM présentent une biodiversité exceptionnelle . À A M sterdAM , « c A illou » de 58 k M ² , une petite co MM un A uté hu MA ine veille sur cet écosystè M e unique , MA rqué pA r l ’ incendie MA jeur de 2025. À s A tête , M A rie - f r A nce b ern A rd , cheffe de district , se pA ssionne pour l A préservAtion du vivA nt

À plus de 3 000 kilomètres de toute terre habitée, l’île Amsterdam abrite la base Martin-de-Viviès, où MarieFrance Bernard représente depuis novembre 2025 le préfet des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF). Son rôle ne se limite pas à l’administratif : elle est le pivot d’une organisation humaine et logistique indispensable à la vie de la base. Au total, 25 scientifiques, techniciens et militaires séjournent actuellement sur l’île pour une durée d’un an. Si certains de ces « hivernants » reçoivent leurs consignes depuis le siège des TAAF à La Réunion, la coordination opérée par le chef de district est essentielle sur le terrain, notamment en matière de sécurité et de cohésion. La base doit assurer à la fois des missions de souveraineté, de soutien à la recherche scientifique, de protection de l’environnement et de logistique.

RESTAURER UN ÉQUILIBRE FRAGILISÉ

Parmi les principaux enjeux environnementaux pesant sur Saint-Paul et Amsterdam figure l’éradication des rats et souris. En 2024, un protocole d’envergure a été déployé durant six mois pour éliminer ces espèces invasives, responsables de la transmission de maladies aux oiseaux marins et de la dégradation de la flore. Depuis l’opération, qui a mobilisé une dizaine de personnes dédiées ainsi que des hélicoptères, aucun rongeur n’a été observé. La période de surveillance court toujours : il faut attendre deux ans avant de pouvoir confirmer ce succès.

Comme dans les autres îles australes, de nombreuses espèces exotiques végétales sont répertoriées à Saint-Paul et Amsterdam, qui en compte une centaine. Seules une partie d’entre elles sont considérées comme envahissantes, dont certains joncs, graminées et autres plantes à fleurs qui ont colonisé presque tous les milieux de l’île. Très compétitives, elles peuvent appauvrir la flore native, d’où l’importance de mettre en œuvre des solutions de gestion.

Autre enjeu de taille, les populations d’oiseaux marins, très étudiées depuis des décennies. L’albatros d’Amsterdam, endémique de l’île éponyme et proche de l’extinction, compte moins de 200 couples d’après les dernières estimations. Il niche exclusivement sur le plateau des Tourbières, espace sensible à préserver. Les falaises d’Entrecasteaux accueillent quant à elles des colonies d’albatros à bec jaune. Des études ornithologiques visent à savoir si le choléra aviaire a diminué chez ces oiseaux depuis l’action d’éradication des rats

L’ÉPREUVE DU FEU

Mi-janvier 2025, un incendie ravageait l’île Amsterdam sur environ la moitié de sa surface, entraînant l’évacuation complète de la base et l’arrêt temporaire des activités scientifiques. Si les colonies d’oiseaux ont été épargnées, la végétation a été durement touchée, notamment le Phylica arborea, seul arbre

Falaises d’Entrecasteaux sur l’île Amsterdam. © Julien Mieusset

indigène de la réserve naturelle des Terres australes françaises, emblématique et déjà en régression. La pépinière, pilier des programmes de restauration végétale depuis sa création en 2010, a entièrement brûlé. Évaluer les impacts écologiques à long terme d’une telle perte prendra plusieurs années.

Après l’évacuation de la base, une frégate militaire a mené en février, un mois après l’incendie, une mission de reconnaissance ayant fait intervenir du personnel de l’État et des pompiers. Fin avril, une soixantaine de personnes acheminées à bord du Marion Dufresne a remis la base en état. Depuis fin décembre 2025, celle-ci fonctionne à nouveau normalement, avec la reprise des programmes d’études : suivi des oiseaux, des mammifères marins et de la flore, éradication des rats et souris... Sur cette île parmi les plus isolées du globe, où l’air est exceptionnellement pur, l’observatoire mesurant la pollution de l’atmosphère, l’un des deux seuls au monde avec celui d’Hawaï, a pu être remis en service. Initialement implanté à la Pointe-Bénédicte, il a été temporairement relocalisé sur la base afin de garantir la continuité des données climatiques. Lorsque l’observatoire sera de nouveau installé à l’écart de toute influence humaine, la bonne qualité des mesures sera rétablie.

Les causes exactes du sinistre n’ont pas été identifiées à l’issue de l’enquête. Les incendies font partie de l’histoire de l’île Amsterdam, qui est documentée depuis le XVIIIe siècle. En matière de prévention du

risque incendie, l’ensemble du personnel est formé et sensibilisé, une équipe de pompiers est constituée au sein de la base et des exercices sur des feux de broussailles sont régulièrement organisés.

SAINT-PAUL, LA SENTINELLE DISCRÈTE

Située à 90 kilomètres d’Amsterdam, l’île Saint-Paul ne dispose pas de base permanente. Autrefois occupée – chasse aux otaries, mission lors du passage de Vénus devant le soleil en 1874, langousterie... – elle ne conserve aujourd’hui qu’un ancien bâtiment. L’île fait toutefois l’objet de suivis ponctuels des populations de gorfous. Des relevés environnementaux et d’observation du niveau de la mer au moyen d’un marégraphe y sont également réalisés par des scientifiques lors de passages du Marion Dufresne ou de navires de surveillance militaire. Bien qu’inhabitée, Saint-Paul fait pleinement partie du district.

L’île Amsterdam abrite depuis 1950 la base de recherche permanente Martin-de-Viviès, dont les bâtiments couvrent 3

INTERVIEW

MARIE-FRANCE BERNARD, CHEFFE DE DISTRICT DES ÎLES

SAINT-PAUL ET AMSTERDAM

• Quel parcours vous a amenée à être DisAms 1 ?

- Cela fait 20 ans que je travaille dans les TAAF, dans le domaine environnemental et de conservation de la nature. J’ai été agent de l’environnement sur les îles Glorieuses, cheffe de mission à Tromelin à deux reprises, et à présent cheffe de district. J’ai aussi une formation de marine marchande comme capitaine 200 et j’ai été pilote de zodiac à Kerguelen. Je retrouve dans ces bases « l’ambiance bateau », ça me plaît ! Je me sens à ma place dans des endroits pareils. Des îles éloignées de tout, avec des écosystèmes incroyables... La vie en petite communauté également, avec ses avantages et inconvénients.

• Racontez-nous un peu votre quotidien...

- Les bons moments font partie du quotidien et en même temps, nous vivons des choses exceptionnelles. Par exemple, j’adore suivre le cycle de vie des otaries. Après le combat des mâles pour établir leurs harems, fin décembre, les naissances ont commencé. On s’est retrouvé avec des « pups » bêlant comme de petites chèvres, sur la cale, dans les rochers… Certains ont peur, d’autres s’approchent… Parfois, on croise une otarie qui dort sous un arbre en sortant de chez soi.

Et puis, il y a la joie d’avoir une équipe qui fonctionne, avec des gens solidaires. De voir comment un groupe d’inconnus peut se constituer, travailler et rire ensemble, pour moi, c’est exceptionnel, alors qu’on vient d’univers différents.

• Un quart de la flore vasculaire de l’île est endémique. Une espèce qui vous a marquée ?

- J’aime particulièrement les Poa novarae, des herbes qui poussent en grosses touffes et sur lesquelles nichent les albatros à bec jaune. C’est une plante endémique, typique des milieux côtiers, souvent secs. Les oiseaux construisent leurs nids dessus, comme sur des coussins confortables.

• Une note poétique pour terminer : Saint-Paul et Amsterdam rime avec… ?

- Toutes ces âmes – animales, végétales et humaines – rassemblées sur un même bout de roche volcanique... on n’est pas que 25 dans le district, nous évoluons parmi des milliers d’autres êtres vivants !

Rédaction et interview : Delphine Ciolek

+ d’info ici : Le blog officiel du district

Albatros à bec jaune sur leurs nids de pâturins de la Novara (Poa novarae). © Thierry Boulinier | Otaries d’Amsterdam photographiées devant la base. © Quentin d’Orchymont | Restaurer la pépinière de phylicas (Phylica arborea) détruite par l’incendie est l’un des objectifs de 2026. © TAAF

MARIO : EXPLORER LES ÉCOSYSTÈMES MARINS

DANS LES TAAF POUR MIEUX LES PROTÉGER

d ébut 2025, le progr AMM e « p réservAtion des écosystè M es MA rins et gestion dur A ble des ressources n Aturelles du sud - ouest de l ’ océ A n i ndien » (MA rio ) est né A près l A sign Ature d ’ une convention entre l ’A gence fr A nç A ise de développe M ent (A fd ) et l ’ u nion européenne u n projet d ’ envergure piloté pA r les t erres A ustr A les et A ntA rctiques fr A nç A ises ( tAA f )

Quelques mois après le lancement du projet MARIO, la Conférence des Nations unies sur les Océans (UNOC) présentait, en juin dernier à Nice, la préservation du milieu marin comme un enjeu majeur face aux défis écologiques actuels. Améliorer la connaissance des écosystèmes marins et des pressions pesant sur eux est au cœur des ambitions de MARIO, dont la mise en œuvre a débuté le 1 er janvier 2025. Le projet couvre les eaux des îles Éparses entourant Madagascar, et des îles Australes, au sud-ouest de l’océan Indien.

CAP SUR LES ÎLES ÉPARSES...

Les recherches se déroulent dans le district des îles Éparses, qui se situe, excepté pour l’île Tromelin, le long du canal du Mozambique. Les données collectées grâce au déploiement d’hydrophones permettront de caractériser la présence de mammifères marins et leurs interactions avec le trafic maritime, l’idée étant ensuite d’identifier des couloirs de quiétude.

En parallèle, l’objectif est de réaliser une campagne océanographique dans cette zone, pour y étudier les monts sous-marins, véritables hotspots de biodiversité et zones de reproduction et de nourrissage essentielles pour de nombreuses espèces marines.

... ET LES LOINTAINES AUSTRALES

Au large des îles subantarctiques françaises, il s’agira entre autres de développer, via le deep-learning, un outil automatisé d’analyse de photo-identification des cétacés, pour analyser les changements démographiques de ces espèces. Le programme MARIO a aussi vocation à poursuivre le projet « Ocean Sentinel » consistant à équiper des albatros de balises géolocalisées qui détectent les signaux radars des bateaux. Au-delà du suivi de ces oiseaux marins emblématiques et menacés, cette action permettra de tester des dispositifs innovants de lutte contre la pêche illégale, non déclarée et non réglementée.

UNE IMMENSE AIRE PROTÉGÉE

La Réserve naturelle des Terres australes françaises est l’une des plus grandes aires marines protégées (AMP) du monde. Le projet MARIO, d’un montant de 4 millions d’euros, permettra de renforcer notre connaissance de ce vaste espace, et d’adapter sa gestion, dans un contexte où le niveau de protection réel des AMP dans le monde est souvent remis en question.

Ci-dessus : les orques, l’un des sujets d’étude du projet MARIO. © Antoine Dervaux | L’île de la Possession à Crozet. © Nelly Gravier

INTERVIEW CROISÉE

J ULIE COURIAUT, CHARGÉE DE MISSION DÉVELOPPEMENT RÉGIONAL À LA DIRECTION RÉGIONALE OCÉAN

INDIEN DE L’AFD, ET IHAB ISMAIL, CHEF DU SERVICE CONNAISSANCE ET SUIVI DU PATRIMOINE NATUREL À L’ADMINISTRATION DES TAAF

• Quelle est la singularité du projet MARIO ?

Julie Couriaut - Ce projet est une opportunité pour les TAAF d’acquérir des connaissances sur des zones encore peu explorées, mais très riches en biodiversité et en enjeux. Un autre aspect innovant est l’ambition claire de conduire des recherches en partenariat avec l’Afrique du Sud, en particulier sur l’étude des populations d’orques et de légines, pour le suivi des pêcheries. Le but, à terme, serait d’adopter des mesures de gestion communes, pour harmoniser la protection du milieu marin entre espaces maritimes frontaliers. MARIO en est à ses débuts, mais c’est un objectif.

Ihab Ismail - MARIO est l’un des premiers projets européens de cette ampleur sur l’amélioration des connaissances du milieu marin. Les TAAF représentent un vaste espace maritime et la zone d’exploration le sera d’autant plus via la coopération avec l’Afrique du Sud, au niveau du plateau Del Cano.

Les résultats escomptés et les connaissances acquises grâce au projet sont déterminants pour la préservation de nos écosystèmes marins : interaction entre les mammifères marins et les activités anthropiques (pêche, trafic maritime) ; impacts du changement climatique ; fonction écologique des monts sous-marins ; suivi démographique amélioré pour plusieurs espèces à enjeux, etc. Une meilleure caractérisation des pressions et de leurs effets sur les écosystèmes marins est un préalable pour développer des mesures de gestion adaptées.

Appareillage de L’Osiris II le 12 février 2026 depuis le port de la Pointe des Galets à La Réunion. À son bord, Mélanie Perret, coordinatrice de MARIO, embarque pour l’une des campagnes en mer du projet.

• Que représente ce programme pour l’AFD ?

Julie Couriaut - Le financement de MARIO, attribué par l’Union européenne, est délégué à l’Agence française de développement (AFD). Nous sommes ainsi l’interlocuteur de premier niveau auprès de l’administration des TAAF, que nous accompagnons à la fois financièrement et techniquement.

Ce partenariat ne date pas d’hier : d’autres projets ont été financés par le passé, dont des campagnes océanographiques. C’est une collaboration importante pour l’AFD, car l’un de nos axes régionaux prioritaires est la conservation des écosystèmes de l’océan Indien.

• Les dernières actualités de MARIO ?

Ihab Ismail - La mise en place opérationnelle des différentes missions du projet MARIO se poursuit actuellement. En août 2025, des hydrophones ont été installés, avec l’appui de notre prestataire, GLOBICE, dans le canal du Mozambique. Puis, en septembre 2025, de premiers échanges se sont tenus à Cape Town entre l’administration des TAAF et nos partenaires sud-africains.

Et début 2026, une campagne en mer a eu lieu du 11 février au 15 mars. Cette campagne scientifique a été organisée autour de l’archipel Crozet à bord de L’Osiris II, patrouilleur austral des Affaires maritimes.

Rédaction
Taugourdeau

POLYNÉSIE FRANÇAISE

REMMOA II : OBSERVER LES MAMMIFÈRES MARINS DEPUIS LE CIEL

Début février, une vaste campagne scientifique d’observation aérienne de la mégafaune marine a été lancée en Polynésie française. © Pélagis

l e l A nce M ent de l A c AM pAgne re MM oA ii s ’ est déroulé le 28 j A nvier 2026 À f AA ’ A , sur l ’ île de t A hiti , Avec pour objectif de poursuivre les efforts d ’ AM élior Ation des conn A iss A nces sur les espèces MA rines e M blé MAtiques , pour M ieux en A ssurer l A conservAtion

LE SUIVI DE LA MÉGAFAUNE MARINE

« Souriez, vous êtes filmés »… Le programme REMMOA (Recensement des mammifères marins et autre mégafaune pélagique par observation aérienne) a été créé pour produire un état des lieux quasiment instantané et à très grande échelle de la répartition et de l’abondance de la mégafaune marine présente en surface – mammifères et oiseaux marins, tortues marines, raies, requins, grands poissons – dans les zones économiques exclusives (ZEE) des outre-mer français par observation aérienne.

Cette nouvelle campagne est menée par l’Observatoire Pelagis (La Rochelle Université – CNRS), avec le soutien de l’Office français de la biodiversité (OFB) en partenariat avec le gouvernement de la Polynésie française et le Haut-Commissariat de la République. À Tahiti et dans les îles, cette mission devrait se dérouler pendant 100 jours, de février à mai, et mobiliser une équipe de 15 personnes. Rien de trop puisque le but est de couvrir 850 000 km 2 à travers plus de 30 000 kilomètres de transects linéaires planifiés pour l’observation aérienne à environ 250 mètres d’altitude.

Des acteurs d’associations de protection de la mégafaune marine polynésienne participent à la campagne afin de renforcer les compétences locales et favoriser l’implication communautaire.

TANT À APPRENDRE

« Dauphins, cachalots, oiseaux marins, tortues, raies et requins… les grandes créatures du large demeurent mal connues, y compris de la communauté scientifique », admet l’OFB. « Au-delà de rencontres fortuites et de quelques zones d’agrégations connues notamment près des côtes, une grande part du mystère subsiste quant à leur mode de vie, leur biologie et l’état de conservation de leurs populations. » La nouvelle campagne vise à cerner l’évolution des abondances, les changements de répartition… et comprendre l’effet des variations des paramètres environnementaux sur ces animaux, « notamment dans le contexte de changement climatique ». Après un premier cycle de recensements mené lors de REMMOA entre 2008 et 2015, REMMOA II permettra d’établir une comparaison avec l’état initial dans les eaux de Polynésie française réalisé en 2011. La méthode d’observation aérienne à faible altitude a été retenue car elle présente un avantage majeur : depuis le ciel, « il est possible d’observer par transparence certaines espèces au comportement discret en surface, qui seraient probablement restées invisibles depuis le pont d’un navire ». De plus, l’avion couvre de vastes étendues en un temps bien moindre que le bateau. À ce jour, plus de 60 000 données issues de REMMOA ont été versées à la base mondiale de la grande faune marine OBIS-SEAMAP 1

Rédaction : Damien Grivois

COMPTER,

COMPRENDRE, SENSIBILISER :

LES OBJECTIFS DE LA CAMPAGNE REMMOA 2

• Compléter l’inventaire des espèces présentes ;

• Évaluer les changements d’abondance et de distribution de la mégafaune marine ;

• Confirmer ou préciser le travail d’identification de zones à plus fort enjeu de conservation à l’échelle de l’ensemble des eaux de Polynésie pour la mégafaune marine ; Après la collecte des données, une phase d’analyse sera menée entre le printemps et l’été 2026.

La campagne est conduite en collaboration avec les services du Pays et les acteurs locaux afin que les résultats produits puissent soutenir les projets des politiques publiques en faveur de la préservation des espèces marines emblématiques. La direction de l’environnement (DIREN) et la direction des ressources marines (DRM) sont étroitement associées pour concrétiser le projet et le cas échéant compléter ou renforcer les actions prévues dans le cadre du plan de gestion Tainui Atea. Les acteurs scientifiques et associatifs tels que Te mana o te moana, SOP-Manu, Dauphin de Rangiroa ou Oceania participent également à ce vaste projet dont les résultats seront diffusés auprès du grand public et des scolaires.

© REMMOA

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C PAS SI LOIN

ÉROSION DU LITTORAL : QUELLES SOLUTIONS ?

450 000, c ’ est le no M bre de loge M ents qui pourr A ient dispA r A ître en f r A nce d ’ ici

2100, victi M es de l A M ontée des e Aux. i l fAut dire qu ’ en un siècle, le nive Au M oyen des océ A ns A A ug M enté de 20 centi M ètres , une conséquence directe du réch A uffe M ent cli MAtique u ne ré A lité qui concerne les outre - M er en pA rticulier

QUELQUES CHIFFRES ÉCLAIRANTS

POUR COMPRENDRE LA SITUATION DE L’ÉROSION CÔTIÈRE EN FRANCE

À eux seuls, les outre-mer représentent plus de 70 % du littoral français. L’érosion côtière est un phénomène naturel accéléré par le changement climatique et la montée des eaux. De l’Hexagone aux territoires ultramarins, avec 18 000 kilomètres de côtes densément urbanisées, la France est particulièrement vulnérable. Les côtes sableuses, soit plus de 41 % du littoral, sont les plus touchées.

Depuis 50 ans, la France a perdu 30 km2 de terres, soit l’équivalent d’un terrain de football tous les quatre à cinq jours. Aujourd’hui en France, 19 % du trait de côte est en recul, soit 920 kilomètres hors Guyane, dont les dynamiques littorales sont particulières. D’ici 2028, près de 1 000 bâtiments seraient touchés par le recul du trait de côte, pour un coût de 240 millions d’euros. D’ici 2050, 5 200 logements et

1 400 locaux d’activités pourraient être affectés, pour un coût total d’1,2 milliard d’euros.

« On a plusieurs défis dans nos territoires. On doit faire face à la fois à l’élévation du niveau de la mer, aux cyclones, mais aussi aux séismes », indique Audrey Pastel, géographe-urbaniste en Martinique.

« Il faut trouver des solutions qui puissent prendre en compte l’ensemble des risques en même temps, pour ne pas être une contre-solution, ou ce qu’on appelle une maladaptation. On va penser facilement à des structures sur pilotis par exemple, mais ces dernières peuvent être fragilisées en cas de séisme... Donc il y a une vraie réflexion, des défis en termes d’ingénierie, pour penser des territoires qui puissent accueillir davantage l’eau, tout en ayant des constructions, des fondations assez résistantes sur le long terme pour être souvent au contact avec l’eau, l’air marin, etc. Donc il y a vraiment des questions en termes de techniques de construction aujourd’hui. »

+ d’info ici : Regarder l’émission complète

Présenté par Karine Baste, le magazine de société « C pas si loin » propose de décrypter le rôle des outre-mer dans la construction de la France et leur place dans le monde. À voir ou écouter sur La1ère , l’offre numérique Outre-mer de France Télévisions.

Photo : extrait de l’émission. © C pas si loin / Edenpress

NOUVELLECALÉDONIE

INTERACTIONS

HOMME-REQUIN : L’ÉTAT DES CONNAISSANCES SCIENTIFIQUES

l es Morsures de requins relAncent régulièreMent le déb At entre sécurité , protection de l ’ environne M ent et us Ages de l A M er . e n nouvelle - c A lédonie , les incidents récents ont entr A îné l A M ise en pl A ce de nouvelles M esures pourtAnt, les connAissAnces scientifiques sur les fA cteurs qui expliquent ces interActions restent liMitées.

INTERVIEW

LAURENT VIGLIOLA, CHERCHEUR À L’INSTITUT DE RECHERCHE POUR LE DÉVELOPPEMENT (IRD) EN NOUVELLECALÉDONIE - UMR ENTROPIE

L’immobilité tonique obtenue lorsque le requin est retourné sur le dos permet aux chercheurs de le mesurer et le taguer, d’effectuer des prélèvements (peau, chair, sang) et d’installer un émetteur acoustique avant sa remise en liberté. © IRD

• Les attaques de requins restent rares, pourtant leur impact émotionnel est fort. Comment les chercheurs analysent-ils ces événements ?

- Tout d’abord, j’aimerais rappeler que le terme « attaque » est scientifiquement incorrect, car il suppose une intentionnalité. C’est une idée popularisée par le cinéma. Les scientifiques préfèrent parler d’interaction homme-animal ou de morsure de requin. Il existe trois piliers dans les crises liées aux requins. Le premier est une crise économique : une morsure de requin crée un problème pour tous ceux qui dépendent de la mer : tourisme, activités nautiques. Une fois cette crise installée, les autorités prennent souvent des mesures, généralement de régulation, ce qui crée le second pilier : la crise environnementale, car on s’attaque à des prédateurs normalement protégés et vulnérables. Ces deux piliers entraînent le troisième : une crise sociétale, où les gens se disputent entre pro et anti-régulation. Au centre de tout cela, le moteur est souvent la médiatisation.

• D’un point de vue scientifique, où en est réellement l’état de connaissances sur les facteurs de morsures de requins ?

LA SYMBOLIQUE DES REQUINS

DANS LA CULTURE KANAK 1

Dans la culture kanak, le requin n’est pas seulement un animal marin, il possède une dimension spirituelle et symbolique forte. Dans de nombreux clans liés à la mer, il peut être considéré comme un animal totem, c’est-à-dire un être vivant associé à l’origine ou à la protection d’un clan.

Selon cette vision du monde, les animaux, les plantes ou les éléments naturels sont liés aux ancêtres et participent à l’équilibre entre l’homme et son environnement. Le requin peut ainsi être perçu comme un ancêtre protecteur ou un gardien de l’espace maritime, auquel on doit respect lorsque l’on entre dans son territoire.

C’est en cela que certaines campagnes d’abattage de requins suscitent des réactions fortes dans les institutions coutumières, pour qui ces animaux représentent une part importante de l’identité culturelle et du lien entre les clans et la mer.

le

- Une revue systématique de 1 047 études depuis 1948 a été menée pour identifier les facteurs influençant les morsures. Sur ces abondantes études, seules 61 publications scientifiques traitent réellement des causes. La France est devenue l’un des pays les plus actifs sur ce sujet depuis les années 2010, aux côtés des États-Unis et de l’Australie.

Environ 40 facteurs ont été cités comme potentiellement liés au risque requin – démographie humaine, température, présence de proies, urbanisation... –mais la plupart sont purement spéculatifs. En réalité, seulement cinq études depuis 1948 ont réellement testé ces hypothèses. S’agissant de la densité de requins, une étude au Brésil a montré un lien avec le risque de morsures, mais dans le contexte artificiel d’un port de pêche à côté d’une plage de surf. Quant aux résultats de la régulation, c’est-à-dire de l’abattage, ils sont contradictoires. Une étude au Brésil suggère une efficacité, tandis qu’une autre de 2024 menée en Nouvelle-Galles du Sud, en Australie, ne révèle aucune réduction des interactions, malgré des filets installés depuis 1937. Enfin, les études sont divergentes ou isolées concernant l’influence de la pleine lune, de la pluie ou de la température.

1 J. M. Tjibaou, Lemythedanslasociétékanak. DENC, Programmation del’enseignementdesélémentsfondamentauxdelaculturekanak.

en Nouvelle-Calédonie. © IRD

• En Nouvelle-Calédonie, que sait-on aujourd’hui ?

- L’état des connaissances sur le territoire est « proche de zéro » au sujet des grands requins que sont le tigre, le bouledogue et le grand requin blanc. En revanche, le programme Pristine a montré que dans les zones isolées comme les Chesterfield, la biodiversité est maximale. À l’inverse, près de Nouméa, on observe une diminution de 90 % du nombre de requins de récifs par rapport aux zones vierges. Une étude sur les grands requins devait débuter en avril 2024, mais elle a été annulée en juin suite aux émeutes et au manque de financements.

Rédaction et interview : Manon Dejean

MESURES RÉCENTES

CONTRE LES REQUINS À NOUMÉA

Après une morsure mortelle survenue le 22 février 2026 à l’Anse Vata, les autorités ont pris plusieurs mesures pour protéger le public :

• Interdiction de baignade et d’activités nautiques, du 23 février au 4 mars, dans la bande littorale de 300 mètres autour de Nouméa, ainsi qu’à l’île aux Canards et à l’îlot Maître. Certaines zones protégées par des filets, comme la Baie des Citrons et le Château Royal, sont restées accessibles.

• Relance par la province Sud et la mairie de Nouméa d’une campagne ciblée de prélèvement de requins afin de réduire le risque autour des zones de baignade. La campagne aura duré quatre jours, du 24 au 27 février, avec 10 squales prélevés mesurant de 2,80 à 4,20 mètres, dont neuf requins-tigres et un requin-bouledogue.

Dans
cadre d’une convention signée avec la province Sud en 2024, l’IRD devait étudier l’écologie des grands requins

WALLISET-FUTUNA

LES MANGROVES DE WALLIS

EN « DANGER CRITIQUE »

Sur la Liste rouge des écosystèmes en France, les mangroves de Wallis ont récemment été classées en danger critique d’extinction. © S. Virly

À W A llis , l ’ écosystè M e des MA ngroves est cl A ssé « en dA nger critique » sur l A l iste rouge

étA blie pA r le c o M ité fr A nç A is de l ’ uicn o livi A c herrier , en ch A rge du projet Avec un collectif d ’ experts, explique quels sont les fActeurs qui pourrAient conduire À l ’ effondreMent des MA ngroves , dont les rôles écologiques sont pourtA nt essentiels .

INTERVIEW

OLIVIA CHERRIER, CHARGÉE DE MISSION LISTE ROUGE DES ÉCOSYSTÈMES AU COMITÉ FRANÇAIS DE L’UNION INTERNATIONALE POUR LA CONSERVATION DE LA NATURE (UICN)

• La Liste rouge des écosystèmes en France évalue pour la première fois les mangroves de NouvelleCalédonie et de Wallis 1, selon les critères et la méthodologie de l’UICN. Quel est l’objectif ?

- Cette liste rouge ne représente pas une photo à un instant T, mais elle évoque vraiment une possibilité

d’effondrement. C’est une méthodologie plus jeune que celle de la Liste rouge des espèces menacées. Ces évaluations, qui constituent le fruit d’une démarche collégiale et partenariale, sont pilotées par le Comité français de l’UICN et PatriNat – OFB, MNHN, CNRS, IRD – avec la mobilisation d’experts des écosystèmes qui apportent leurs connaissances et garantissent la qualité des résultats.

Pour que ces listes soient les plus utiles possibles aux décideurs publics, on va s’attacher désormais à proposer une couverture davantage exhaustive des territoires. Cet outil permet d’identifier de façon standardisée les écosystèmes les plus vulnérables et pour lesquels des actions urgentes de conservation, voire de restauration, s’avèrent nécessaires.

• La situation est jugée mauvaise à Wallis…

- Les critères d’évaluation permettent de catégoriser la vulnérabilité des écosystèmes en examinant la dynamique de leurs symptômes de dégradation. Si les tendances actuelles se maintiennent, on estime en effet que le danger est critique. Wallis est une petite île et les mangroves y sont contraintes spatialement.

Le niveau de la mer augmente et les mangroves ne peuvent pas progresser vers la terre, en raison de la route de ceinture. Elles restent très vulnérables aux événements extrêmes comme les cyclones en raison de leur structure et de leur distribution restreintes.

« IL FAUT REGARDER L’ASPECT FONCTIONNEL DE L’ÉCOSYSTÈME, DANS SON ENVIRONNEMENT »

• Comment les mangroves de Wallis sont-elles distribuées ?

- Sur l’île, la très grande majorité des mangroves se trouvent sur des franges côtières, et quelques-unes en fond de baie. On y observe une augmentation récente de leur étendue, grâce à des zones restaurées, tandis que d’autres se densifient et s’étendent spontanément vers la mer. Elles se concentrent surtout sur une bande littorale d’environ huit kilomètres située sur la côte ouest, abritée des vents dominants, ainsi qu’au sud de l’île.

Mais cette progression en surface des mangroves peut être trompeuse. Cela ne signifie pas forcément que leur état de santé s’améliore, ou qu’elles restent équilibrées dans leur composition. Il faut regarder l’aspect fonctionnel de l’écosystème, dans son environnement : paramètres biochimiques, salinité, présence ou non d’espèces exotiques envahissantes, fragilité d’une des composantes de l’écosystème qui pourrait menacer l’ensemble… De plus, Wallis n’a pas de configuration d’arrière-mangrove, contrairement à d’autres territoires.

Il existe de multiples pressions, à la fois locales et globales, parmi lesquelles le changement climatique joue un rôle central. Mais il y a aussi l’urbanisation, les remblaiements et les pollutions, qui entraînent une dégradation de leur état écologique.

• En quoi les mangroves sont-elles si importantes sur le plan écologique ?

- Elles présentent d’abord une biodiversité remarquable, ce sont de vraies nurseries. La faune y est répartie dans l’ensemble de l’écosystème, des sédiments boueux jusqu’à la canopée des palétuviers.

Un cortège d’espèces riche et diversifié s’y développe : mollusques, arthropodes, poissons, lézards, oiseaux, chauves-souris, ou encore insectes et araignées. Les petits crabes recyclent la litière, aèrent le sol et contribuent à la décomposition de la matière organique. Le crabe de palétuvier fait d’ailleurs l’objet d’une pêche à la fois vivrière et commerciale.

• La mangrove, c’est surtout le palétuvier ?

- Oui, et deux espèces de palétuviers sont recensées à Wallis, Rhizophora samoensis et Bruguiera sexangula, cette dernière ayant été confondue avec Bruguiera gymnorhiza jusqu’en 2025.

En plus des pressions liées à l’urbanisation et au changement climatique, les mangroves de Wallis sont confrontées à des menaces spécifiques, telles que l’installation de parcs à cochons et leurs rejets d’eaux usées, ou encore la présence d’une espèce végétale introduite, Annona glabra, considérée comme envahissante dans plusieurs pays voisins. Des palétuviers albinos ont aussi été vus à Wallis, mais c’est possiblement provoqué par une pollution aux hydrocarbures. L’élévation du niveau de la mer constitue un facteur déterminant du risque d’effondrement de l’écosystème. Il faudrait disposer de données suffisantes ou homogènes sur le long terme, d’où l’importance de renforcer les programmes d’acquisition de connaissances sur le fonctionnement des mangroves.

Rédaction et interview : Damien Grivois

PASSIONNÉE PAR LA BIODIVERSITÉ

Olivia Cherrier, 31 ans, est originaire d’Îlede-France. Titulaire d’un master en conservation de la biodiversité, elle a d’abord travaillé pour PatriNat, centre d’expertise et de données qui porte des missions principalement organisées autour de la consolidation et la valorisation des données de biodiversité et de géodiversité.

Puis elle a effectué une « bifurcation » pendant deux ans en devenant libraire. Depuis un an, elle est chargée de mission « Liste rouge des écosystèmes » au sein du Comité français de l’Union internationale pour la conservation de la nature, qui constitue le réseau des organismes et des experts de l’UICN en France. Il joue un rôle de plateforme d’expertise, de concertation et d’action pour répondre aux enjeux de la biodiversité. Au niveau mondial, l’UICN a développé la méthodologie de référence pour guider les pays dans l’élaboration de leur Liste rouge nationale des écosystèmes.

À Wallis, les mangroves sont non seulement limitées spatialement, mais exposées à une dégradation qualitative de leur environnement. Sur cette île basse, l’élévation du niveau de la mer représente une menace majeure, susceptible d’entraîner un déclin progressif de la

qualité des conditions abiotiques, c’est-à-dire liées aux milieux, indépendamment des être vivants. De plus, la configuration de l’île, entièrement ceinturée par une route limitant l’extension des mangroves dans les terres, rend ces dernières éminemment fragiles. © Sabrina Virly

CLIPPERTON

VERS LA RESTAURATION DE L’ATOLL

u ne équipe de l A lpo f r A nce – l igue pour l A protection des oise A ux – s ’ est rendue en nove M bre 2025 À c lipperton A fin de prépA rer l A restA ur Ation écologique de ce territoire

A britA nt une biodiversité unique et M en A cée . u ne pre M ière pierre nécess A ire A fin de renforcer l A protection de l ’ environne M ent sur le M inuscule Atoll fr A nç A is du p A cifique .

UN SITE DE REPRODUCTION

EXCEPTIONNEL POUR LES OISEAUX

Aussi appelée île de la Passion, Clipperton est depuis 1858 une possession tricolore de l’océan Pacifique située à plus de 1 000 kilomètres des côtes mexicaines. Du fait de son isolement géographique, l’atoll, d’une superficie de 170 hectares, est un site de reproduction pour une dizaine d’espèces d’oiseaux. Il héberge notamment près de 70 % de la population mondiale de fous masqués. La présence d’un lagon d’eau douce, unique au monde, en fait également un lieu de halte apprécié par de nombreux migrateurs.

Or, ce sanctuaire de biodiversité est menacé, en particulier depuis l’introduction du rat noir en 1999 par un bateau naufragé. Outre la prédation exercée sur les œufs et les poussins, le rongeur a décimé la population de crabes herbivores, entraînant la prolifération de lianes rampantes qui limitent les surfaces de nidification des oiseaux marins. De plus, la pollution plastique accentue la vulnérabilité de ces espèces.

NEUF JOURS DE MISSION

NATURALISTE AU BOUT DU MONDE

Dans ce contexte et avec le soutien du ministère de l’Intérieur et des Outre-mer, du ministère en charge de la transition écologique, du Gouvernement de Polynésie française et de l’Office français de la biodiversité (OFB), cinq naturalistes de la LPO France, accompagnés d’une médecin, se sont rendus sur l’atoll de Clipperton après trois jours de navigation à bord du Persévérance, le voilier océanographique de l’explorateur Jean-Louis Étienne.

L’équipe a alors séjourné sur place du 13 au 22 novembre 2025 avec plusieurs objectifs, dont l’actualisation des données avifaunistiques, la production d’une cartographie par drone, la réévaluation du nombre de cocotiers, la mise en place de tests nécessaires à la faisabilité de l’élimination des rats noirs et enfin, la réalisation d’un suivi des dispositifs de concentration de pêche (DCP) de poissons laissés à la dérive sur l’île.

Ci-dessus : Clipperton, seule possession française du Pacifique nord. | La deuxième plus grande colonie au monde de fous des cocos y nidifie. | Le crabe rouge de Clipperton, dont la chair est toxique, a vu sa population chuter. | Équipe en mission. © Romain Beaubert / LPO

En dépit de conditions de débarquement difficiles, l’ensemble des protocoles ont été menés avec succès. Les principaux résultats montrent que seules les espèces de fous arrivent à s’installer sur l’île, celles-ci étant moins impactées par le rat noir. Ainsi, la population reproductrice de fous masqués reste stable avec 35 400 couples en novembre 2025. Les fous à pieds rouges ont même augmenté, passant de 172 couples en 2005 à 693 en 2025, profitant de l’expansion du nombre de cocotiers avec près de 1 898 cocotiers en 2025 contre 581 en 2015. Néanmoins, les plus petites espèces d’oiseaux marins comme le phaéton à brins rouges, le noddi brun, la sterne fuligineuse et la gygis blanche semblent difficilement réussir à se reproduire. Seul le site du Rocher apparaît comme un havre de paix, ces espèces nichant dans les anfractuosités des falaises, moins accessibles aux prédateurs.

Malgré une progression de la végétation depuis les années 2000, les données montrent une surface végétalisée de l’ordre de 50 % en 2025, des résultats similaires à 2015. Cependant, la population de crabes terrestres a quant à elle chuté avec des estimations en 2025 aux alentours de 40 000 individus, contre 1,25 million en 2005 et 11 millions en 1968. Les multiples tanières de rats démontrent l’ampleur de la prédation du crabe terrestre, qui p ourrait prochainement disparaître.

ÉRADIQUER LE RAT NOIR

Les tests de faisabilité ont démontré qu’une éradication du rat noir est nécessaire et, bien que possible manuellement, doit se faire par une méthode aérienne, soit la plus appropriée compte tenu des difficultés logistiques et techniques associées. L’utilisation de drones permettrait un traitement efficace des cocotiers et l’application d’épandages complémentaires sur les zones denses en végétation où les consommations d’appâts sont importantes. Les tests ont permis de démontrer l’appétence des appâts et l’absence d’impacts sur les espèces non ciblées, des données essentielles dans le cadre d’une telle étude.

RENFORCER LA PROTECTION DE L’ÎLE

À terme, l’enjeu vise le renforcement des dispositifs de protection de l’environnement à Clipperton et notamment l’augmentation de l’aire marine protégée actuelle de 12 milles nautiques (environ 22 kilomètres) à une surface de 200 milles nautiques (environ 370 kilomètres) autour de l’île. Ce projet de restauration écologique de l’atoll illustre la responsabilité qui incombe à la France de protéger la nature sur l’ensemble de ses territoires, même les plus isolés.

Rédaction et interview : Florent Bignon

De haut en bas : vue aérienne de l’atoll. | Clipperton abrite près de 70 % de la population mondiale de fous masqués, avec 35 400 couples nicheurs. | Le noddi brun, un oiseau présent également dans plusieurs autres territoires ultramarins français. © Romain Beaubert / LPO
Des frégates du Pacifique sont par ailleurs présentes à Clipperton. | Charriées par les vagues, des tonnes de déchets en plastique divers et variés, de cordages, d’objets emplis de lithium... jonchent les plages de l’atoll inhabité. | Vue par drone. © Romain Beaubert / LPO

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