Prologue Ils se fondent dans le décor et font partie intégrante d’un ensemble complexe et compact. Ils ont toujours été là et puis c’est tout. Il serait temps de se poser des questions logiques face à ce qui semble irrationnel, mais personne ne l’a fait. Peut-être moi, quelques fois. Mais ce fut une pensée fugace. Un questionnement égaré dans les limbes d’une réflexion vite évaporée. Ils sont là, depuis toujours et puis c’est tout. Personne ne semble s’en soucier. Peutêtre préfère-t-il garder leur distance, loin d’une vérité obscure ? Des questions me revenaient en tête et se perdaient sur mes lèvres pour s’enfermer quelque part dans mon esprit dans la case « oubli ». Depuis combien de temps étaient-ils là? Des jours, des mois, des années. Peut-être des siècles. Le monde a changé, il a évolué. Il s’est métamorphosé à coup d’inventions, de technologies et de communications toujours plus futuristes. « Le monde de demain est à portée de main», disait un slogan à la con pour le dernier téléphone portable. Ou encore « Le futur est déjà aujourd’hui ». Le genre de conneries qui nous font comprendre, que le monde avance, court, galope, roule, vole, se téléporte et qu’il vaut mieux prendre le train en marche, si l’on ne veut pas être largué sur le bord d’une route nommée « passé éternel pour péquenaud». Mais ces trois-là n’en avaient cure de tout ce baratin. Le monde peut bien évoluer à vitesse grand V et permettre, dès demain, des excursions « 701 » pour WhiteHead City sur Mars (1). Pour eux, rien ne changera jamais. Pour BitN’Kill (2) non plus. Ce sale clebs a bien failli m’avoir une fois ou deux. Il n’a jamais pu me piffrer. Un lundi d’été caniculaire, il m’a confondu avec un hot-dog grandeur nature et sa gueule sanglante s’était refermée sur ma cheville. Il m’avait sauté dessus, comme ça sans crier gare. J’avais hurlé comme un porc qu’on dépeçait vif. Si sa jeune maîtresse ne l’avait pas sifflé, je crois que je ne serais plus là pour m’en plaindre. Elle avait longuement observé la bête faire son œuvre, avant d’intervenir. Un sourire enfantin, pur, innocent et cruel à la fois figé sur ses lèvres rouge écarlate. Une autre fois, c’était lors d’une vidange de ma vessie, pendant ma pause-déjeuner. La bête était tapie dans l’ombre, planquée entre deux urinoirs, attendant mon arrivée. J’aurais juré qu’il n’attendait que moi et avait déjà longuement pensé à la meilleure manière de m’achever dans une lente agonie. (1) « L’excursion » tirée d’un recueil de nouvelles de Stephen King « Brume – Paranoïa ». (2) « BitN’Kill » jeu de mots pour « Bitting and Killing »: Mordre et tuer.