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Rouge carmin. Les portes du RER C s’ouvrent enfin sur les quais de la gare Versailles Rive gauche.

Versailles est le terminus, tout le monde descend. John Clint, précédé de son épouse, Mary, et de leur fille, Cathy, sortent du premier wagon. L’homme semble fatigué en ce début d’après midi de juillet. Il sort un mouchoir de sa poche et s’essuie le front. Il fait si chaud et les trois espagnoles dans le train parlaient si fort ! Entraînés par un flux important de gens en sac à dos et baskets, les Clints ne s’éternisent pas sur le quai.

Orange sanguine. Les voilà tous les trois sur le trottoir, devant la gare. Face à eux, un Mac

Donald. Un peu plus loin sur leur gauche, la jolie sirène du starbucks coffee leur sourit. La petite réclame déjà un Mac Flurry. au m&m’s. Pas tout de suite! il faut d’abord trouver le château…

Beige sable. Ils remontent l’avenue du Général de Gaulle. Un grand bâtiment en pierre et brique rouge

se dresse sur leur droite. Qu’il est beau! Il semble néanmoins un peu petit pour être le château. John vérifie tout de même sur la carte. Il s’agit de la mairie. Mary la prend en photo. Clic. Elle aime sa façade imposante. Une envie de....

Le mode d’emploi: une nature figurée

3

Le vase

La chaise

4

5

4

3

2

2

A

Le buisson

Le bosquet

6

5

La statue

7

6

La topiaire

7

La fontaine

A

plan 3D

en attendant Versailles A64


Doré intense. John surveille Cathy qui gambade un peu plus loin, un Mac Flurry au m&m’s dans ses

mains. Mary est allée chercher des cartes postales sous les arcades. Ils les écriront sur le retour ce soir. Assis sur une chaise très haute et très large, il regarde une fontaine très grande. Et plate. Et dorée. Tout est plat et doré autour de lui. Il plisse les yeux. La réverbération est forte sur ce béton teinté. La main en visière, il observe. Une dizaine de personnes sont assises autour du bassin. La plupart sont des touristes. Comme eux. Tous venus pour voir le château. Beaucoup en reviennent d’ailleurs, des prospectus pleins les mains et leur carte mémoire d’appareil numérique certainement pleine. Ils les trieront ce soir dans leur chambre d’hôtel. John s’impatiente. Mais que fait Mary bon sang ?! Elle achète tout le magasin ?! Il a envie de voir le château. Du haut de leur socle, des statues le narguent. Elles aussi sont plates. Et dorées. Elles ressemblent étrangement à celles du parc que John a pu voir sur Internet hier. En plates. Et en dorées. Il y a un côté fantomatique et irréel qui règne sur cette place. Spectral. Oui c’est cela. Tout ce qui l’entoure, que ce soit la fontaine, les statues ou bien les chaises, lui semble familier. Du déjà vu. Mais ces objets n’en représentent qu’une silhouette. Un profil plat. Et doré. Un « avant goût » à ce qui les attendent quelques centaine de mètres plus loin… John veut voir les vraies. Il est assis confortablement mais il n’est pas venu pour s’asseoir confortablement. Il est ici pour visiter. Et pour photographier. Les minutes s’écoulent. John se blottit un peu plus dans la très grande chaise. La très grande fontaine rejette une eau fraîche. Ni plate, ni dorée. John la prend en photo. Clic. Il aime ses reflets.

Bleu éphémère. Depuis la fontaine, elle se détache. Du bas des escaliers, on ne voit qu’elle. Arrivé en haut,

elle tend à s’effacer, tel un caméléon, en se teintant des couleurs dorées de son environnement. John peut y voir son reflet. Un reflet en baskets et sac à dos. Il s’approche de cette grande vitre. Il est curieux car cela semble être un monument historique. Cathy a déjà son nez collé contre le verre. Lui doit plisser les yeux pour distinguer l’intérieur. Il s’agit d’une salle d’exposition. Une installation occupe le centre de la pièce. Ni plate. Ni dorée.

Mordoré. Mary tenait absolument à rentrer. Il s’agit d’une grande cour triangulaire protégée par un

voile de béton perforé de nombreuses ouvertures dentelées de dimensions diverses. Le tout est doré. Evidemment. La lumière blanche du jour s’y introduit et se projette au sol dans un dessin qui rappelle celui d’un bosquet. La lumière à l’intérieure de ce bosquet y est douce et suave. Et dorée. John aime cette sensation un peu douloureuse des flashs de lumière lorsqu’il avance dans cette cour ombragée. Ils s’impriment sur sa rétine et lui laissent un halo blanc qui l’aveugle quelques secondes. Des jeunes personnes sont assises sur des bancs. Elles fument et discutent, sans les regarder. Un carton à dessin est à leur pied. Leur corps imprime les ombres et lumières, comme un motif. Ils se fondent dans le décor. Seule la lueur rouge de leur cigarette bouge. Du banc jusqu’à leur lèvre. John les prend en photo. Clic. Il aime leur allure bohème.

Doré caramel. Cathy a déjà filé. Elle doit se cacher derrière l’une des topiaires qui bordent l’allée.

Des topiaires en béton trois fois plus grandes que lui. Plates. Et dorées. Mary est impressionnée que son mari connaisse le vocabulaire du jardin à la française. John est assez fier de lui. Il ne lui dit pas en revanche qu’il l’a apprit seulement hier sur le site Internet du parc de Versailles. Plusieurs personnes se trouvent dans l’allée. Pressées d’aller au château ou de reprendre le RER C, personne ne s’y arrête vraiment. On s’y croisent. Mais les topiaires sont belles, imposantes et majestueuses. Leur ombre déformée sur le sol en est presque effrayante. John pense qu’il n’aimerait pas se retrouver seul ici la nuit…

Rose perlé. Les Clint quittent ce monde doré aux allures d’Alice au pays des merveilles pour découvrir

celui du château. Bientôt ils en franchiront les toutes nouvelles grilles. Mary photographiera ses jolies façades et Cathy demandera à faire de la barque sur le grand canal. Ils s’extasieront devant la galerie des glaces, s’étonneront de la toute petite taille du lit de Louis XIV et seront quelques peu déçus des bâches recouvrant une grande partie du château. John tombera sous le charme du bassin d’Apollon avant de s’enfoncer dans les bosquets du parc où il filmera son épouse et sa fille se courant après…A 20h20 ils reprendront l’Avenue de Paris. Ils marcheront de nouveau dans l’allée des très grandes topiaires dont les ombres inquiétantes se seront encore agrandies en cette fin de journée. De nombreux étudiants se seront regroupés sous le bosquet de béton autour d’une fanfare . Ils retraverseront la place. La lumière basse apportera des reflets mordorés à l’eau du bassin. Les ombres des statues recouvriront une grande partie du sol en se mélangeant et en dessinant d’étranges figures. Mais la famille ne s’y attardera pas cette fois-ci. A 20h35 Le RER repartira avec eux.

coupe sur le centre d’Art et l’Avenue du Général de Gaulle, échelle 1/200°

A64


the golden square boards