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MARC-WILLIAMS DEBONO PATRICIA PROUST-LABEYRIE

Y FUS-JE ?

EDITIONS PLASTICITÉS 1


© Editions La Sève Bleue, Laruscade, France, Octobre 2016 © Editions PlasticitéS, Palaiseau, France, Décembre 2016

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MARC-WILLIAMS DEBONO PATRICIA PROUST-LABEYRIE

Y FUS-JE ?

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« Y fus-je ? » dans ces mondes utopiques, récurrents, irréels, actifs et propices à la vision de l’être qui, à l’infini, accomplit sa tâche et se réfléchit par ricochet sur la surface de ses propres reflets ?

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Y fus-je Jamais En ce lieu dit Qui ne disait rien, En ce non lieu Ce non dit Ce non être Qui me rendit là Où je ne peux plus être ?

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Y fus-je Ou dussé-je y être ? Y être Etait le réaliser. N’y pas être Le renier Tout en gardant L’impression tenace D’y avoir été.

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Y fus-je Réellement Où n’y fus-je Jamais ? Y fus-je Seulement En pensées Elémentaires, épiées Où n’y fus-je Jamais Qu’en actes déniés ?

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Y fus-je Alors appelé Ou anémié ? Y fus-je forcé Puis retenu, L’un hissant la voile L’autre démâtant, Capitaine au long cours D’un navire Sans nom ?

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Y fus-je Alerté Econduit Attenant Emietté, Seul devant L’incidence sacrée ? Y fus-je enfin Amnistié ? Je ne sais…

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Y fus-je Peut-être hanté Par je ne sais Quelle ombre Projetée ? Ombre Au tableau De mes certes ans, Ombre Au revers Du Plan...

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Y fus-je Alors AvisĂŠ Ou avisant ? Au bord du gouffre Sans bords, Solitaire vraiment...

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Y fus-je ? Ou serait-il Insensé De penser Que je ne pouvais Y être ? Qu’un mythe Même ébloui N’aurait jamais pu Y naître ?

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Y fus-je, Ou décidément Pétrifié, Penché sur le bord, Aurais-je songé M’y soustraire, Tuer l’équilibriste Après avoir tant Fait pour y être ?

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M’y serais-je Brûlé les ailes ? Quelle force ? Quelle poussée ? Dans quel but Y oser ?

Une fois encore, Je ne sais, Je ne sais, Je feins De ne savoir Ce que chacun sait.

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Y fus-je ? Et si j’y avais été, Y aurais-je grandi Comme ces géants des mers Au visage lagunaire, Ecumeux, forgé Par la bruine et le vent Dont la seule valence Serait d’avoir talé Le fruit des sirènes Au fond des océans ?

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Y fus-je, Rouge sur pavot Aède sur mer Celui là même Qu’on empêche De versifier, D’aller plus haut, Qui, montré du doigt, En vient à douter

A ne plus savoir Qui il est ?

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Y fus-je ? Et si j’y avais été, Eussé-je été Assouvi, Alerté, affligé Ou tout autre ? Un autre Je ? Un Je même Et différent. Un je suis Dans l’autre Pour exister A moi-même. Un exigu Et un tendre, Un extrême.

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Y fus-je En ce lieu Délétère Où l’on te juge Sur ce que tu Dois être Plutôt que sur Ce que tu es ? Y fus-je Vraiment Où n’y étais-je Peut-être Que l’ombre D’un désir acté ?

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Y fus-je Ou y aurais-je été Si tout le reste N’avait pas été là ? Si le monde entier Ne m’avait caché L’essentiel ... – sa vérité, Jusqu’à tant que je puisse la voir, Ne m’avait porté aux nues Telles, escomptées ?

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Y fus-je Ou y étais-je scellé A ce destin trivial Qui fait qu’on est Ce qu’on fait Et non ce Qu’on a rêvé ? Qui trace le val Avant même Qu’on y ait grimpé ?

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Y fus-je Ou n’était-ce Qu’une farce Destinée à Me faire croire Que je devais y être ? Que je préfigurais L’apparence ?

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Y fus-je ? Mais au fait... J’y étais ! Etait-ce si crucial ? Etait-ce de moi-même L’essence première, L’ultra-césure La disparité ? Etait-ce vers quoi je tends Ou son contraire… L’habit rouge Qui façonne l’entour, L’ostensible habilité à être ?

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Y fus-je ? Un doute me prend. Un doute terrible Qui vous attire Et vous déprend. Un doute à s’y Méprendre, Un de ces doutes Qui vous assaille Et ne vous quitte plus...

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Y fus-je Encore, Alors même Que je ne pouvais Qu’y être ? Comme ce jour Atterrant Où je crus Ne pas être A l’enterrement De mon père ?

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Là, c’est différent, J’y fus. Masqué jusqu’au Renoncement. Jusqu’à ne plus mouvoir Ce qui devait Combler l’entre-deux, L’aller porter Au seuil de.

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Là, c’est différent. J’occulte, je mens A la terre entière Plutôt que de Me découvrir, Ô, Lucrèce …

Plutôt que de Sonner l’hallali, Lever le voile Sur ma suavité.

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J’y fus, finalement Comme si un Autre moi-même, Moins alerte, Plus blême, M’intimait l’ordre De ne pas y vivre, De ne pas réaliser, En vertu d’une Insoutenable urgence, D’on ne sait quelle Alogique sacrée.

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Y fus-je A l’embouchure Du ru où je bus ? Où je bus toute l’eau Du monde Jusqu’à m’étouffer, Singeant l’eau-delà De moi-même, Ma signifiance, Pour ne jamais revivre Ce calvaire.

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Y fus-je ? Que d’ébullition L’espace d’un blanc… Que de saillies, De traces absconses En place et lieu D’un trait d’un seul, D’un sémaphore indiquant L’ineffable moment.… Mais ce serait alors nier Tout du cheminement.

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Y fus-je ? Qui vraiment Veut le savoir ? « Le cygne androgyne » Ou le poète pérenne ? Ni l’un ni l’autre Si ce n’est l’invisible trace Qui croît, imparable Par devers-moi.

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Y fus-je donc Comme si De rien n’était ? Hébété au point De marcher A côté de la lune, Un mouchoir à la main Pour éviter de voir Son ombre pleurer ?

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Y fus-je Ici et maintenant De ces fins serments Qui délivrent et retendent, Délivrent encore, Pour soudain transparaître ?

Y fus-je ? Je ne sais. On ne sait jamais.

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Y fus-je à temps Ou n’y serais-je jamais ? Puisque ce qu’on atteint On le perd aussitôt Au sein du tableau ?

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Y fus-je Eperdu De ne pas t’aimer Comme on aime L’Ancolie, D’un amour si pur Que l’air même Ne le délie ?

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Y fus-je D’onomatopées Jusqu’au bout Porté à entrevoir L’indicible, Sa poétique livrée.

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Y fus-je A l’invite Dont ne sait Quel géant Régné Ou araignant, Dépossédé De l’idée même De toile ?

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Y fus-je Ou n’y fus-je pas ? Témoins : lui et moi Quoi qu’il en fût, à.

Le penseur pensé.

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Y fus-je Au point De ne savoir Plus même Si le lac Etait gelé ? Si l’affligeante Réalité Etait mienne Ou pure Virtualité ?

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Y fus-je Au point De non retour, Au point Transfini, Celui là Même que Nos parentes, - Les étoiles naines Nomment L’atour ?

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Y fus-je Arqué Et arqué Encore, M’escrimant A y voir Un message Qui n’y était pas ?

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Y fus-je Ne serait-ce Qu’en pensées Vagabondes Interloquées Subreptices Eperonnées ?

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Y fus-je Ne serait-ce Qu’en songe, Téléporté Au faîte même De ces pensées ?

… Ces pensées Qui me pensent, Me font parfois être Ce que je ne fus pas.

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Y fus-je Vraiment amer Au point de grever L’univers D’un point De revers ?

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Y fus-je Obtus Au point De heurter Ce reflet moiré Qui n’avait De visage autre Que le lien ?

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Y fus-je ? J’y suis. Au point Arrêté D’un temps Où je ne Ne vivrai jamais.

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Y fus-je ? J’y suis. Au point D’accroche Universel. Au point Sans quoi Il n’y a Rien Qui soit.

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Y fus-je ? J’y suis. Par à-coups Pernicieux. Ceux-là même Qui inscrivent Un corps Et incarnent Un esprit. Ceux-là même Que je fuis.

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Y fus-je ?

La trace Est tenace Qui boit Se meut Et m’émeut. La trace Est Parce que Je le veux.

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Y fus-je Donc, En dépit Des mues Successives, Des faux-semblants, Des causticités ? En dépit De tout ce qui M’eût fait autre ?

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Y fus-je Si près Si dru Si ténu Que je ne puis Y déroger Même en pensée ?

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Y fus-je Au demeurant Animé d’on ne sait Quel dessein, Prêt à bondir Dans l’infime, A saisir Toute plasticité De pensée ?

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Y fus-je A ce point habité Qu’aucune géométrie N’eût pu Au grand jamais Se suspendre, S’adosser au vide De ce qui s’annonçait Comme latent ?

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Y fus-je A ce point habité Que de ma fièvre Même transparût L’inconnaissance, Que tout dans mon être Etait prêt à en découdre Pour entrevoir La déréalité ?

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Là c’est différent, J’y fus.

Moème de toi, Moème de moi, Et tiers de nous autres.

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Là c’est différent, J’y fus. Adossé A cet éphémère Qui fait l’homme Epouser la mer. A cet infini Bleu horizon Qui ne put Que me faire Entendre raison.

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Y fus-je ? Telle était La Question.

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La réponse est Dans ce que je suis. Dans l’incomplétude Qui me construisit Et les pierres une à une Apportées à l’édifice De cette allégeance.

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COURBURES SPECULAIRES

Les « Mondes » issues des deux séries intitulées Courbures Spéculaires sont nés de la nécessité de rendre sensible une intuition artistique selon laquelle la structure de la pensée serait constituée à chaque instant d’une superposition de données provenant de sources préconscientes, inconnues, et d’un archivage iconique, capturé sur le lieu même du vécu. Ces recherches impliquent une attitude d’auto-observation, de perception et de réception maximale, propice à l’élaboration artistique d’une éthographie de la pensée en acte. Il s’agit d’élucider ce qui se trame au quotidien, à notre insu, qui stimule nos perceptions cognitives. La gestation de ce travail s’est déroulée du 1er au 30 août 2011, un mois passé dans l’atelier à Laruscade (Aquitaine), en marge de la société, dont l’objectif essentiel fût de vivre avec les rituels familiers, sans intention précise, sans motivation de rendu d’un quelconque travail, avec une mise en totale disponibilité et porosité, en interrelation dynamique avec les mouvements sousjacents du lieu. La stratégie poly-sensorielle déployée, a consisté à capter différentes perceptions : conscientes, inconscientes, subliminales. C’est ainsi que des images éphémères comme les multiples reflets s’imposèrent pour devenir supputation secrète d’un univers concevable où la création de mondes chiasmatiques, apparaissent, disparaissent au gré de la courbure du jour, en séjournant le temps nécessaire pour envahir la mémoire et s’y installer définitivement. Mondes nouveaux nourris par cette substance résiduelle, qui vont progressivement me captiver au point de trouver utile de concevoir un microcosme qui subsiste à la réalité, en se déplaçant vers la métaphore structurelle des interprétations et de leurs conséquences. Chaque refletmonde avec ses caractéristiques propres, construit au départ sur une chimère, est autonome. Les reflets voilés se métamorphosent en image fictionnelle, ni dedans ni dehors, mais plutôt dans un dérèglement des sens, de manière à fertiliser l’intériorité de chacun. Les « choses » qui paraissent les plus évidentes recèlent la propriété paradoxale de cultiver le secret. Aucune certitude n’est possible.

Patricia Proust-Labeyrie

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TABLE DES ILLUSTRATIONS

Monde 14 Couverture Acrylique sur toile, 81x100 cm Monde 9 page 7 Huile sur toile, 30x100 cm Monde 17 page 10 Huile sur toile, 100x100 cm Monde 18 page 13 Huile sur toile, 50x100 cm Monde 16 page 16 Acrylique sur toile, 81x100 cm Monde 28 page 19 Acrylique sur toile, 140x100 cm Monde 26 page 22 Acrylique sur toile, 50x100 cm Monde 8 page 26 Huile sur toile, 73x100 cm Monde 4 page 30 Huile sur toile, 100x100 cm Monde 19 page 32 Huile sur toile, 20x100 cm, Collection particulière Monde 18 page 34 Fragment Huile sur toile, 50x100 Monde 7 page 38 Acrylique sur carton toilé et fixé sous verre, 60x100 cm Collection publique Monde 23 page 43 Huile et acrylique sur toile, 80x100 cm Monde 13 page 46 Aquarelle et pastel sur papier Arches, 13x74 cm Collection privée Monde 22 page 49 Huile sur toile, 100x100 cm Monde 6 page 52 Huile sur toile, 50x100 cm Monde 25 page 55 Acrylique sur toile, 140x100 cm Monde 1 page 58 Photo sur toile, 60x100 cm Monde 10 page 59 Acrylique sur carton toilé et fixé sous verre, 60 x 80 cm, Collection privée Monde 11 page 61 Acrylique sur carton toilé et fixé sous verre, 60 x 80 cm, Collection privée

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REMERCIEMENTS

Nous remercions les conservateurs de collections publiques et les collectionneurs privés qui nous ont autorisés à publier les photos des tableaux.

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Conception et Réalisation du Livre-objet Patricia Proust-Labeyrie Marc-Williams Debono Reproduit et achevé d’imprimer Le 2 octobre 2016 par L’Atelier La Sève Bleue à Laruscade pour le compte des Editions La Sève Bleue 75, Le Bourg – 33620 Laruscade

Dépôt légal : Edition papier : Novembre 2016 Edition Numérique : Décembre 2016

Imprimé en France

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Edition Papier ISBN 979-10-96317-00-4 © Editions La Sève Bleue 2016 EAN 979-10-96317

Edition Numérique ISBN 978-2-9554541-2-1 © Editions PlasticitéS 2016 EAN 978-2-9554541

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« Sommes nous en constante évolution, sans certitude possible, dans la nécessité vitale d’épouser la plasticité du monde ? Interrogation constante du poète qui nous propose au rythme d’un voyage initiatique au travers de mondes incessamment eux-mêmes et toujours autres, la découverte d’un univers en partage… »

La rencontre en 1994 de Marc-Williams Debono, poète et chercheur en neurosciences avec l’artiste plasticienne Patricia Proust-Labeyrie au premier congrès mondial de la transdisciplinarité au Portugal, fût marquée peu de temps après par l’éclosion d’un projet art & science au sein du Groupe des Plasticiens, intitulé « Pensée comme matière : la plastique dans tous ses états ». Il s’agissait déjà de considérer le travail de la matière en fluidité de pensée et le lâcher-prise de l’esprit comme intimement liés. Exploration qui oriente et cristallise leur interaction. On retrouve dans «Y fus-je ? » cette éthologie de la pensée en action si caractéristique de la plasticité : là ou l’un, le poète, sculpte avec des mots, l’autre, tête chercheuse, fait émerger des formes. C’est l’écho réciproque d’une « argile » façonnée à quatre mains qui donne corps à ces mondes utopiques et tente de répondre à la question posée.…

EDITIONS PLASTICITÉS ISBN 978-2-9554541-2-1

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Y fus- je ?