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Monsieur Stéphane Verger

Des objets gaulois dans les sanctuaires archaïques de Grèce, de Sicile et d'Italie In: Comptes-rendus des séances de l année - Académie des inscriptions et belles-lettres, 147e année, N. 1, 2003. pp. 525-573.

Citer ce document / Cite this document : Verger Stéphane. Des objets gaulois dans les sanctuaires archaïques de Grèce, de Sicile et d'Italie. In: Comptes-rendus des séances de l année - Académie des inscriptions et belles-lettres, 147e année, N. 1, 2003. pp. 525-573. doi : 10.3406/crai.2003.22580 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_2003_num_147_1_22580


COMMUNICATION DES OBJETS GAULOIS DANS LES SANCTUAIRES ARCHAÏQUES DE GRÈCE, DE SICILE ET D'ITALIE, PAR M. STÉPHANE VERGER

Les plus grands sanctuaires de la Grèce deviennent à partir du vme siècle avant J.-C. de véritables conservatoires des trésors du bout du monde, accumulations inattendues d'objets inouïs venus des terres les plus lointaines connues des Grecs. Les cartes de dis tribution établies par Imma Kilian Dirlmeier1 ont contribué à reconnaître autour de la Méditerranée et de la mer Noire les contours de la large couronne que dessinent les régions pour voyeuses d'offrandes lointaines à l'époque orientalisante. Les tableaux quantitatifs qui les accompagnaient montraient clair ement que ces objets n'étaient pas de simples curiosités isolées, reliques anecdotiques de contacts fortuits, mais bien les traces persistantes de véritables trafics votifs qui reliaient, pendant toute l'époque archaïque, les limites du monde connu aux hautslieux de la vie religieuse grecque. Le monde des offrandes archaïques lointaines tel que le resti tuait Imma Kilian Dirlmeier était un monde oriental, centré sur la mer Egée, s'étendant au nord jusqu'au domaine des Scythes, au sud jusqu'à l'Egypte, à l'est jusqu'à la Perse occidentale et à l'ouest jusqu'à l'Italie. Le bassin occidental de la Méditerranée restait à l'écart, compte tenu du nombre extrêmement réduit des objets qui en étaient originaires. En effet, les seuls qui figuraient dans l'étude étaient quatre peignes en ivoire de Samos, datés du deuxième quart du vue siècle et attribués à un atelier phénicien d'Espagne2. On pouvait y ajouter quelques rares éléments de

1. I. Kilian-Dirlmeier, « Fremde Weihungen in griechischen Heiligtûmern vom 8. bis zum Beginn des 7. Jahrhunderts v. Chr. », Jahrbuch des rômisch-germanischen Zentralmuseums Mainz 32, 1985, p. 215-254. 2. Br. Freyer-Schauenburg, « Kolaios und die westphônikischen Elfenbeine », Madrider Mitteilungen 7, 1966, p. 89-108.


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vêtement originaires du Languedoc ou du Nord-Est de la Pénin suleibérique mis au jour à Corcyre et à Olympie, sur lesquelles nous reviendrons. Cette rareté des objets occidentaux dans les sanctuaires grecs n'était en fait qu'apparente et pouvait s'expl iquerpar le peu d'attention porté par les spécialistes, d'une part aux productions métalliques des cultures de l'Âge du fer occi dental, parfois difficiles à identifier faute de synthèses exhaust ives, d'autre part aux séries métalliques des sanctuaires archaïques de Méditerranée occidentale, réputées à tort plus pauvres que celles de la mer Egée et délicates à exploiter car très fragmentaires et parfois difficiles d'accès. L'identification d'une série de parures en bronze caractéris tiques du premier Âge du fer du Languedoc, du Centre de la France, de la Bourgogne et de la Franche Comté dans le sanc tuaire d'Héra à Pérachora3 nous avait conduit il y a quelques années à engager une enquête plus large sur les objets métal liques originaires des régions situées au nord du bassin occidental de la Méditerranée dans les sanctuaires d'Italie, de Sicile et de Grèce à l'époque archaïque. Nous pouvons aujourd'hui en pré senter un premier bilan provisoire4. Des objets gaulois dans les sanctuaires méditerranéens En Grèce En Grèce même, aucun objet n'a été repéré dans les sites de la mer Egée et, plus généralement, à l'est du sanctuaire d'Héra à Pérachora. Dans ce site, on trouve plusieurs pièces caractéris tiques du premier Âge du fer du Languedoc5. Il s'agit d'abord de deux « talons » coniques (fig. 1,1), d'un type très fréquent dans les dépôts launaciens (fig. 3,2 et carte). Trois bracelets fermés à décor géométrique incisé (fig. 1,3 à 5) appartiennent à une série bien attestée dans les nécropoles et les dépôts du Languedoc (fig. 5,5) 3. St. Verger, « Des objets languedociens et hallstattiens dans le sanctuaire d'Héra à Pérachora (Corinthe) », dans Mailhac et le premier Âge du Fer en Europe occidentale. Homm ages à Odette et Jean Taffanel,T. Janin (éd.), Lattes, 2000, p. 387-414. 4. L'état du corpus présenté est celui de décembre 2002. 5. Pour une présentation plus détaillée du dossier de Pérachora, voir St. Verger, op. cit. n. 3, p. 387-393. La recherche a été menée à partir de la publication du site : H. Payne, Pérachora. The Sanctuaries of Hera Akraia and Limenia. Excavations of the British School of Archaeology atAthens 1930-1933. Architecture, Bronzes, Terracottas, Oxford, 1940.


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Fig. 1. - Objets gaulois archaïques en bronze du sanctuaire de Pérachora : 1. talon « launacien » ; 2. anneau de jambart à bélières ; 3-5. bracelets fermés à décor incisé (d'après H. Payne).


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et jusque dans le Sud du Massif central. Un anneau de jambe à deux bélières (fig. 1,2) peut être identifié comme un élément de jambart originellement réuni avec d'autres anneaux identiques par deux tiges métalliques enfilées dans les œillets. C'est une forme de parure connue en Languedoc, mais aussi dans le SudOuest et le Centre-Ouest de la France. Toutes ces pièces sont datées de la seconde moitié du vne et la première moitié du VIe siècle avant J.-C. Le sanctuaire de Pérachora a également fourni des parures plus septentrionales. Il s'agit d'abord d'un disque ajouré à renfl ement médian en épaisse tôle de bronze (fig. 2,1), qui constitue la partie centrale d'un riche ornement ventral féminin du Hallstatt Dl (vers 630-vers 540 avant J.-C.) de la Franche Comté ou de la Suisse occidentale (fig. 3,7 et carte)6. Parmi les pendentifs en bronze, on trouve une rouelle d'une forme particulière (fig. 2,2) dans laquelle on reconnaît une variante d'un type de pendentif bien attesté en Bourgogne et en Franche Comté au Hallstatt Dl, mais qui présente des détails morphologiques que l'on ne trouve que sur un exemplaire du dépôt de Rossay dans le Poitou7 (fig. 13, cercles). Un anneau de jambe fermé à gros oves creux (fig. 2,3) s'insère dans une série bien connue au Hallstatt Dl dans le domaine hallstattien occidental, du Centre-Ouest de la France à la Bourgogne (fig. 7,3). Un bracelet « en rond de serviette » à décor géométrique gravé (fig. 2,4) pourrait aussi être rattaché aux productions du premier Âge du fer de la France occidentale, mais cela reste hypothétique. Enfin, Humfry Payne mentionne, sans les figurer, d'autres bracelets godronnés qui pourraient aussi s'inté grerdans cette série occidentale du Hallstatt Dl. Les seuls autres objets nord-occidentaux du premier Âge du fer identifiés dans les sanctuaires de Grèce sont les plaques de

6. Cet objet a été identifié d'abord par Paul Jacobsthal puis par Brian B. Shefton qui le signala dans Die « rhodischen » Bronzekannen, Mainz, 1979, p. 39, note 41. La variante décorative exacte de l'exemplaire de Pérachora se retrouve sur le disque ajouré du tumulus III d'Ins (fouille G. von Bonstetten) : W. Drack, Altère Eisenzeit der Schweiz. Kanton Bern, I. Teil, Bâle, 1958, p. 9, pi. 5, 16 et pi. H, 1. Un premier commentaire dans St. Verger, « Un graffite archaïque dans l'habitat hallstattien de Montmorot (Jura, France), Studi etruschi 64, 1998, p. 265-316, notamment p. 301-303, fig. 12 ; id.,op. cit. n. 3, p. 391-392, fig. 3, 6 ; 5, 1 et 6. L'objet a été commenté de manière différente par Br. B. Shefton : « Adriatic Links between Aegean Greece and Iron Age Europe during the Archaic and Classical Period », Anemos 2, 2001, p. 7-44, notamment p. 17-18, fig. 5-6. 7. J.-P. Mohen, L'Âge du Fer en Aquitaine du vnf au IIIe siècle avant J.-C, Paris, 1980, p. 310, pi. 198, 4.


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Fig. 2. - Objets gaulois archaïques en bronze du sanctuaire de Pérachora : 1. disque ajouré à renflement médian ; 2. pendeloque en rouelle ; 3. anneau de jambe à oves ; 4. bracelet en rond de serviette (d'après H. Payne).


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ceinture de Corcyre8 et d'Olympie9 qui ont été reconnues comme des productions du Nord-Est de la Péninsule ibérique ou du Lan guedoc occidental et datées pour les premières des deuxième et troisième quarts du vie siècle10 et pour la dernière de la seconde moitié du VIe11 ou de la première moitié du Ve siècle. Ces ceintu ronsfont partie du costume masculin12. En Sicile : le cas de Bitalemi En Sicile, des objets du premier Âge du fer nord-occidental ont pu être identifiés dans une dizaine de sanctuaires, tous situés dans la partie méridionale de l'île, de Mégara Hyblaea à Sélinonte, à l'exception possible d'un site de la côte nord, le sanctuaire urbain archaïque d'Himère. La liste n'est sans doute pas close et l'on peut espérer de nouvelles découvertes sur le terrain, mais aussi dans des collections publiques et privées encore trop mal connues. Le site qui a livré la série la plus abondante est actuellement le sanctuaire de Bitalemi au pied de l'acropole de Gela. Les deux séries de fouilles menées dans cette colline, par Paolo Orsi au début du xxe siècle13 puis par Pietro Orlandini dans les années I96014, ont fourni un très grand nombre d'objets métalliques

8. AA 19, 1964, p. 325, pi. 365, g ; Ad 22, 1967, p. 365, pi. 272, e ; AA 23, 1968, p. 309, pi. 249, b (deux exemplaires, dont un seul figuré) ; RM. Fraser, « Archaeology in Greece, 1969-70 », Journal ofHellenic Studies, Archaeological Reports for 1969-70 ; A. Garcia y Bellido, « Otros testimonios mâs de la presencia de mercenarios espanoles en el Mediterrâneo », dans Simposio internacional de colonizaciones, Barcelona, 1971, Barcelone, 1974, p. 201-203 ; J. Luqué Alvarez, « Nuevos broches celticos (peninsulares) en Grecia y la cuestiôn de los primeros mercenarios ibericos en el Mediterrâneo (en el siglo VI a. C.) », Archiva espahol de arqueologia 57, 1984, p. 3-14. 9. A. Garcia y Bellido, Factores que contribuyeron a la helenizaciôn de la Espana prerromana. 1. Los Iberos en la Grecia propria y en el Oriente helenistico, Madrid, 1934. 10. St. Verger, op. cit. n. 3, p. 397-398. 11. St. Verger, op. cit. n. 3, p. 400. Th. Janin, O. et 1 Taffanel et alii, « La nécropole proto historique du Grand Bassin II à Mailhac (vie-ve s. av. n. è.) », Documents d'archéologie méri dionale 25, 2002, p. 65-122, notamment p. 114, 116-118 et fig. 27, 29 et 30. 12. Comme le montre par exemple la représentation d'un ceinturon de ce type sur la nouvelle statue de Lattes : M. Py et M. Dietler, « Une statue de guerrier découverte à Lattes (Hérault) », Documents d'archéologie méridionale 26, 2003, p. 235-249. 13. P. Orsi, « Gela. Scavi del 1900-1905 », MAL 17, 1906, notamment col. 575-730. 14. P. Orlandini, « Lo scavo del thesmophorion di Bitalemi e il culto délie divinité ctonie a Gela », Kokalos 12, 1966, p. 8-35 ; id., « Gela : nuove scoperte nel thesmophorion di Bita lemi », Kokalos 13, 1967, p. 177-179 ; id., « Gela - Depositi votivi di bronzo premonetale nel santuario di Demetra Thesmophoros a Bitalemi », Annali dell'lstituto Italiano di Numismatica 12-14, 1965-1967, p. 1-20 ; V. Hinz, Der Kult von Demeter und Kore auf Sizilien und in der Magna Grecia, Wiesbaden, 1998, p. 56-64.


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Fig. 3. - Objets gaulois dans les sanctuaires de Méditerranée centrale, comparaisons, répart ition : 1, 5. Gela, Bitalemi ; 2. environs de Carcassonne (Aude ; d'après J. Guilaine 1968) ; 3. Sermoneta, Valvisciolo ; 4. Saint-Saturnin, Roque-Courbe (Hérault ; d'après D. Garcia 1987) ; 6. environs de Montpellier (Hérault ; d'après J. Arnal et alii, 1967) ; Chaffois (Doubs, d'après P. Bichet et J.-P. Millotte). Échelles : 1-5 : 1/2 ; 6 : 1/4.


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provenant de la couche de sable la plus profonde - la strate 5 de P. Orlandini - dont la mise en place, sans doute progressive, est comprise entre le dernier quart du vne et le troisième quart du VIe siècle avant J.-C.15. Les objets nord-occidentaux sont mêlés à d'autres, qui ont des origines variées. Certains sont grecs, fabri qués localement ou importés, d'autres proviennent des cultures indigènes de l'Âge du fer sicilien, d'autres enfin sont originaires de différentes régions de Méditerranée centrale et orientale ainsi que, comme on le verra, des rives de la mer Noire. Regardons de plus près la série nord-occidentale. Un premier groupe est clairement originaire du Languedoc. A côté d'un « talon » conique launacien (fig. 3,1) identique à ceux de Pérachora, on peut mentionner un exemplaire entier et plu sieurs fragments de haches à douille d'un type également « lau nacien » (fig. 4,1), bien attesté dans toute la moitié sud de la France16 (fig. 4,2 et carte). Une hache à douille miniature (fig. 3,5) s'insère aussi dans une petite série du Sud de la France, présente à la fois dans les dépôts du Languedoc et dans plusieurs habitats du Sud-Est de la France17 (fig. 3,4 et carte). Ces objets datent de la seconde moitié du vne ou de la première moitié du vie siècle. Parmi les parures annulaires, on trouve, entre autres, un bra celet fermé à décoration géométrique incisée (fig. 5,4) identique aux exemplaires de Pérachora et un grand anneau de jambe ouvert à section triangulaire orné de série d'incisions (fig. 5,1) d'un type très fréquent dans les tumulus du Languedoc18 et dans les dépôts du Sud de la France19. Ces deux anneaux entiers ont 15. P. Orlandini, op. cit. n. 14, 1966, p. 29-30 ; id. , op. cit. n. 14, 1965-1967, p. 2-3. L'auteur fixe les limites chronologiques de la mise en place progressive de la couche 5 entre 640 et 540. 16. M.-B. Chardenoux et J.-Cl. Courtois, Les haches dans la France Méridionale (Prâhistorische Bronzefunde IX, 11), Munich, 1979, pi. 61-66 ; D. Garcia, « Le dépôt de bronzes lau nacien de Roque-Courbe, Saint-Saturnin (Hérault) », Documents d'archéologie méridionale 10, 1987, p. 9-29, fig. 5, 3 ; id., Entre Ibères et Ligures. Lodévois et moyenne vallée de l'Hérault protohistoriques, Paris, 1993, fig. 113-122. 17. M.-B. Chardenoux et J.-Cl. Courtois, op. cit. n. 16, p. 134-135, pi. 74, n° 1372-1383 ; Garcia, op. cit. n. 9, p. 16, fig. 7, 6. Voir en particulier l'exemplaire du dépôt des environs de Montpellier (ici fig. 3, 6) : J. Arnal, J. Peyron et A. Robert, « La cachette de fondeur hallstattienne des environs immédiats de Montpellier », Revue d'études ligures 33, 1967, p. 150-184, fig. 1, 4 et 2, 4. 18. J. Vallon, Les tertres funéraires protohistoriques des environs du Pic Saint-Loup (Hérault), Montpellier, 1984, pi. 12, n° 94 ; J. Gasco et C. Pueyo, Les tumulus du premier Âge du Fer en languedoc oriental, Archéologie en Languedoc, 1984, p. 89, fig. 7, 1 et 2 ; 28, 5 ; 145, 2. 19. A. Soutou et J. Arnal, « Le dépôt de la Croix-de-Mus, Murviel-lès-Béziers (Hérault) et la datation du Launacien », Bulletin du musée d'anthropologie préhistorique de Monaco 10, 1963, p. 173-210, fig. 4 et pi. 1,1. P. Arcelin, Les civilisations de l'Âge du Fer en Provence, dans La préhistoire française. II. Les civilisations néolithiques et protohistoriques de la France, J. Guilaine (dir.), Paris, 1976, p. 676-686, fig. 1,22 ; P. Arcelin, « Berre », dans Voyage en Massalie. 100 ans d'archéologie en Gaule du Sud, Marseille, 1990, p. 142-143.


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Fig. 4. - Objets gaulois et adriatiques dans les sanctuaires de Méditerranée centrale, compar aisons, répartition : 1, 3, 5. Gela, Bitalemi ; 2. Péret, Bautarès (Hérault ; d'après D. Garcia 1992) ; 4. environs de Carcassonne (Aude ; d'après J. Guilaine 1968 et Chardenoux et Court ois1979) ; 6. Sticna (d'après M. Ogrin 1998). Échelles : 1-2 : 1/3 ; 3-6 : 1/2.


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été mis au jour dans un dépôt placé au fond de la couche de sable, ce qui confirme leur datation, dans la seconde moitié du vne ou au début du vie siècle avant J.-C. Plusieurs autres fragments d'an neaux de jambe sont caractéristiques du Sud de la France, plus particulièrement du Languedoc (fig. 5,2 par exemple). On peut distinguer à côté de ce premier groupe quelques pièces originaires du Sud- Ouest de la France, comme un fra gment de racloir triangulaire caractéristique de la haute vallée de la Garonne et du Lot20 (fig. 4,3 et carte) et un fragment d'anneau de jambart (fig. 6,1) exactement identique à celui de la grotte de Roucadour à Thémines dans le Lot21 (fig. 6,2). Le sanctuaire de Bitalemi a aussi livré deux pièces très caractéristiques du premier Âge du fer du Sud du Massif central : une barrette d'assemblage d'anneaux de jambart (fig. 6,3) et un fragment d'anneau de jambe incisé en tôle à section en V, exactement identiques aux parures du dépôt de Saint-Pierre-Eynac dans le Cantal22 (fig. 6,4). A ces parures du Sud-Ouest de la France et du Sud du Massif Central, ajoutons un fragment d'anneau de jambe tubulaire à grosses bossettes anguleuses (fig. 6,5) probablement auvergnat23 (fig. 6,7). Il faut chercher plus au nord la région d'origine des anneaux de jambe à gros oves creux (fig. 7,1 et 2), un type attesté dans le Centre-Ouest de la France24 (fig. 7,3) ainsi que dans la vallée de la Loire25 et jusque dans le Sénonais26 au Hallstatt Dl. Un frag20. J. Guilaine, « Le dépôt de bronzes de Carcassonne », Revue archéologique de Narbonnaise 2, 1968, p. 1-45, p. 25-26, pi. 14, n° 130 ; id., L'Âge du Bronze en Languedoc occi dental, Roussillon, Ariège, Paris, 1972, fig. 132, 14 et 15 et 133,5. Carte de répartition dans A. Coffyn, J. Gomez et J.-P. Mohen, L'apogée du Bronze atlantique. Le dépôt de Vénat, Paris, 1981, p. 200-201, carte 6. 21. J. Arnal, J.-L. Couchard et M. Lorblanchet, « La grotte de Roucadour (Thémines Lot) »,Archivo de prehistoria levantina 12, 1969, p. 1-37, fig. 5 et 8,1. 22. P.-Y. Milcent, Recherches sur le premier Age du Fer en France centrale (Auvergne, Centre, Limousin oriental), thèse de doctorat de l'université de Paris I, Paris, 1998, p. 555 (type Jb.30.XLh) et 762-764, pi. 127, 3-5 et 7-8. 23. J.-P. Daugas et Fr. Malacher, « Les civilisations de l'Âge du Fer dans le MassifCentral », dans J. Guilaine (dir.), op cit n. 19, p. 734-752, fig. 2, 5 ; P.-Y. Milcent, op. cit.n. 22, p. 554 (groupe de Moissat, types Jb.25.XI.a et k), pi. 122, 1-2, par exemple (d'après F. Pommerol, « Anneaux de jambe en bronze d'une sépulture du premier âge du fer », Matériaux pour l'histoire primitive et naturelle de l'homme 22, 1888, pp. 166-171). 24. D. Tauvel, « Le premier Âge du Fer dans la Vienne, III », Revue archéologique du Centre 13, 1974, p. 3-24, fig. 1 1 à 13, 16, 18 et 19 ; J.-P. Pautreau, « Inhumation du premier Âge du Fer à Antran (Vienne) », Bulletin de la société préhistorique française 87, 1991, p. 210-220. 25. Dans un dragage de la Loire à Saint-Julien-de-Concelles dans la Loire-Atlantique : Nos ancêtres les Gaulois. Aux marges de l'Armorique, M.-H. et J. Santrot et J.-Cl. Meuret (dir.), Nantes, 1999, p. 128, n° 259. 26. Cl. Mordant, « La cachette de Grisy-sur-Seine (Seine-et-Marne) », Antiquités natio nales 12-13, 1981, p. 40-45, notamment p. 43.


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Fig. 5. - Parures annulaires du Sud de la France : 1, 2, 4 : Gela, Bitalemi ; 3. Saint-Saturnin, Roque-Courbe (Hérault ; d'après D. Garcia 1987) ; 5. environs de Carcassonne (Aude ; d'après J. Guilaine 1968). Échelle : 1/2. ment de Bitalemi, sur lequel les oves sont disposés par groupes de trois séparés par des séries de filets fins (fig. 7,4), trouve un paral lèleexact dans une série d'anneaux de jambe d'Annay-la-Côte dans l'Avallonnais27 (fig. 7,5). Un autre (fig. 8,1) rappelle très précisément une série d'anneaux de jambe du Châtillonnais28 27. L. Baray, « Les nécropoles tumulaires de la fin du premier âge du Fer de l'Auxerrois et de l'Avallonnais. État de la documentation », dans Les âges du Fer en Nivernais, Bourbonn ais et Berry oriental. Regards européens sur les âges du Fer en France. Actes du 17e colloque de l'AFEAF, D. Maranski et V. Guichard (éd.), Glux-en-Glenne, 2002, p. 33-80, ill. 4, 1, 4 et 7. 28. Dans le tumulus II de Banges à Minot : B. Chaume, « Recherches sur les tumulus de la forêt de Châtillon-sur-Seine et des zones circumvoisines (Côte-d'Or) », Bulletin de la société archéologique et historique du Châtillonnais, 4e série, n° 9-10, 1986-1987, p. 351-396, pi. 64-65, en bas.


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Fig. 6. - Anneaux de jambe et jambarts du Sud-Ouest et du centre de la France : 1, 3-5. Gela, Bitalemi ; 2. Themines, grotte de Roucadour (Lot ; d'après J. Arnal et alii 1969) ; 6. Monte Bubbonia ; 7. Moissat, Le Terrail (Puy-de-Dôme ; d'après F. Pommerol 1888). Échelle : 1/2.


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Fig. 7. - Parures annulaires du centre de la France : 1, 2, 4. Gela, Bitalemi ; 3. Antran (Vienne ; d'après J.-P. Pautreau 1991) ; 5. Annay-la-Côte (Yonne ; d'après L. Baray 2002) ; 6. Gela, Carrubbazza ; 7. Nivernais (d'après J.-P. Guillaumet et D. Maranski 1998). Échelle : 1/2.


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(fig. 8,2). Un grand tronçon à section en C et bossettes en amandes (fig. 8,3) s'insère dans une série assez bien représentée dans le Nord de la Bourgogne et le Sud de la Champagne29 (fig. 8,4). On peut enfin attribuer à la Franche-Comté plusieurs fragments d'anneaux en ruban à bossettes aplaties séparées par des filets30 (fig. 8,5-6). Tous les fragments de Bitalemi ne peuvent être attribués avec autant de précision à une région déterminée. C'est le cas par exemple des anneaux de jambe à bossettes anguleuses disposées par groupes séparés par des filets, dont il existe d'assez nombreux fragments à Bitalemi, que l'on trouve aussi dans certains dépôts launaciens31, mais qui proviennent d'une région indéterminée de la Gaule du Centre (peut-être le Nivernais ou le Lyonnais ?). En Sicile : les autres séries Des séries moins abondantes peuvent être identifiées dans d'autres sanctuaires du Sud de l'île. Celui de Carrubbazza32, sur le flanc nord de la ville haute de Gela, a fourni deux fragments de parures annulaires étrangères, probablement nord-occidentales (fig. 7,6). Une décharge votive mise au jour à la pointe nord de l'habitat de Monte Bubbonia33 contenait un fragment d'anneau de jambe (fig. 6,6) probablement auvergnat et un autre que le degré d'usure empêche d'identifier avec certitude. Plus à l'ouest, sur la côte, les deux principaux lieux de culte connus de Licata, l'ancienne Eknomos34, ont livré d'assez nombreux dépôts métal liques parmi lesquels on reconnaît quelques fragments de parures

29. A. Brisson, « Deux sépultures du début de l'Âge du Fer en Champagne », Revue archéologique, 1941, p. 50-60, fig. 5 ; L. Baray, op. cit. n. 27, ill. 3, 8. 30. Nécropoles et société au premier Âge du Fer : le tumulus de Courtesoult (HauteSaône), J.-Fr. Piningre (dir.), Paris, 1996, fig. 26 et p. 93-94, fig. 100-102. 31. D. Garcia, op. cit. n. 16, fig. 12, 47. Le type est également présent dans le dépôt sousmarin de Rochelongue à Agde. 32. V. Hinz, op. cit. n. 14, p. 66, avec la bibliographie. 33. D. Pancucci, « Monte Bubbonia. Scavi nel quadriennio 1972-1975 », Kokalos 22-23, 1976-1977, p. 470-478. 34. Kokalos 22-23, 1976-1977, II, 1, p. 427-430. Sur l'agglomération archaïque en général, voir entre autres : E. De Miro, « La fondazione di Agrigento e Fellenizzazione del territorio fra il Salso e il Platani », Kokalos 8, 1962, p. 122-152, notamment p. 124-128, pi. 36-40 ; S. Nerina Consolo Langher, « Ecnomo e la valle deU'Imera nelle vicende storiche », dans Atti del convegno. Storia e archeologia délia média e bassa valle dell'Himera (III giornata di studi suit 'archeologia licatese, 1 convegno suW archeologia nissena), Licata-Caltanissetta, 3031 maggio 1987, Palerme, 1993, p. 13-31 ; M. Gras, « La Sicile, l'Afrique et les emporia », dans Damarato. Studi di archeologia classica offerti a Paola Pelagatti, Milan, 2000, p. 130-134.


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Fig. 8. - Parures annulaires du centre de la France : 1, 3, 5. Gela, Bitalemi ; 2. Minot, tumulus de Banges (Côte-d'Or ; d'après H. Corot) ; 4. Annay-la-Côte (Yonne ; d'après L. Baray 2002) ; 6. Courtesoult (Haute-Saône ; d'après J.-F. Piningre 1996). Échelle : 1/2.

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annulaires gauloises : à Casalicchio35, à l'intérieur des terres, un tronçon d'anneau de jambe rubané peut-être franc-comtois et au moins deux fragments d'anneaux de jambe à bossettes angu leuses et filets ; à Molarella36, sur la côte, deux fragments d'an neaux de jambe à bossettes. Deux autres fragment très reconnaissables ont été mis au jour à Monte Casale, l'ancienne Kasmenai37, à mi-chemin entre Gela et Syracuse. Plus loin, sur la côte orientale de l'île, dans la zone du petit sanctuaire sud-est de Mégara Hyblaea38 se trouvaient trois fragments de bracelets ou d'anneaux de jambe fins d'une forme bien connue dans les dépôts du Languedoc39. Vers l'ouest, on peut mentionner des objets dont l'identifica tion reste hypothétique dans le dépôt votif du sanctuaire de Santa Anna à Agrigente (un pommeau de poignard à antennes40 qui rappelle des exemplaires du Sud-Est de la France41) et dans le sanctuaire de la Malophoros à Sélinonte (une pendeloque en crotale peut-être franc-comtoise42). Dans cette même cité, sur la colline de Manuzza, où les fouilles et les prospections géophys iques ont révélé l'extension des quartiers d'habitation, un tronçon d'anneau de jambe du Centre-Est de la France a été récupéré lors d'un ramassage de surface43. Enfin, deux pendentifs 35. A. De Miro, « II santuario greco di località Casalicchio presso Licata. Prime ricerche e risultati », dans Atti délia seconda giornata di studi sulVarcheologia licatese e délia zona délia bassa valle dell'Himera, Licata, palazzo Frangipane, 19 gennaio 1985, Palerme, 1986, p. 97-111. 36. Kokalos 22-23, 1976-1977, II, 1, p. 429-430, fig. 1 à 4. 37. A. Di Vita, « La penetrazione siracusana nella Sicilia sud-orientale alla luce délie più recenti scoperte archeologiche », Kokalos 8, 1962, p. 177-205, notamment p. 186-196, fig. 10. 38. Fr. de Polignac, « L'installation des dieux et la genèse des cités en Grèce d'Occident, une question résolue ? Retour à Mégara Hyblaea », dans La colonisation grecque en Médit erranée occidentale, Rome, 1999, p. 209-229, notamment p. 216 (avec bibliographie) et fig. 1, n°5. 39. I. Arnal, J. Peyron et A. Robert, op. cit. n. 17, fig. 3, 1 à 6 et fig. 4,1 à 5 ; A. Soutou et J. Arnal, op. cit. n. 19, fig. 7, n° 2346. 40. G. Fiorentini, « II santuario extra-urbano di S. Anna presso Agrigento », Cronache di archeologia 8, 1969, p. 63-80, pi. 35, 2 (12). 41. Voir en particulier le pommeau du poignard de la tombe 10 du tumulus 5 de la nécropole de Chabestan, datable de la seconde moitié du vne siècle avant J.-C. : E. Mahieu et B. Boisseau, « La nécropole de Ventavon (Hautes-Alpes). Synthèse des différentes inter ventions et comparaisons », Documents d'archéologie méridionale 23, 2000, p. 7-75, fig. 64,3. 42. E. Gàbrici, « II santuario délia Malophoros a Selinunte », MAL 32, 1927, fig. 155, g. 43. A. Rallo, « Notazioni selinuntine », Sicilia archeologica 24-25, 1974, p. 13-19, fig. 1. Pour une comparaison exacte voir L. Baray, « Le faciès culturel du Sénonais au Hallstatt D et La Tène A », dans Fastes des Celtes entre Champagne et Bourgogne aux vif-nf siècles avant notre ère. Actes du colloque de l'A.F.E.A.F. tenu à Troyes en 1995, A. Villes et A. Bataille-Melkon (éd.), loué-lès-Tours, 2000, p. 93-128, fig. 4,7.


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triangulaires à décor moulé de fabrication languedocienne44 pro viennent d'un modeste dépôt votif placé, au cours de la première moitié du vie siècle, dans l'ancien habitat indigène abandonné de Montagnoli, à la périphérie orientale du territoire de Sélinonte45. D'autres exemplaires de cette série ont été mis au jour dans une des nécropoles archaïques de la cité (Buffa)46. Sur la côte nord, le plus ancien dépôt votif du sanctuaire urbain d'Himère, mis en place au début du VIe siècle dans le temple A, contenait un bracelet orné de quatre groupes de bossettes47 dont la morphologie générale évoque certaines parures annulaires du Massif central ou du Centre-Est de la France, même si aucun parallèle précis n'a pu être trouvé. Dans le Latium Aucun objet du premier Âge du fer nord-occidental n'a été repéré dans les sanctuaires de Grande-Grèce et d'Étrurie, En Italie péninsulaire, les seules séries nord-occidentales compar ables à celles de Sicile et de Grèce, quoique beaucoup plus limi tées, proviennent de sanctuaires latins. Le cas le plus clair est celui du riche dépôt votif trouvé dans le temple archaïque de Mater Matuta à Satricum, qui contient des objets datables du dernier quart du VIIIe au début du troisième quart du VIe siècle avant J.-C.48. On y reconnaît un pendentif en forme de rouelle d'origine 44. Voir entre autres : F. Audouze, « Les ceintures et ornements de ceinture de l'Âge du Bronze en France », Gallia Préhistoire 19, 1976, p. 69-172, notamment p. 107-110, fig. 16 et 25 ; M. Py, Culture, économie et société protohistoriques dans la région nîmoise, I, Rome, 1990, p. 490, doc. 129, 15 à 18 ; M. Py, dans Les Étrusques en France. Archéologie et collec tions, C. Landes (dir.), Lattes, 2003, p. 110, n° 7-2, photographies p. 194. J. Vallon , op. cit. n. 18, pi. 10 ; J. Gasco et C. Pueyo, op. cit. n.18, fig. 28,3. Fr. Audouze, op. cit. n. 44, p. 161, fig. 25, n° 290. 45. G. Castellana, « L'insediamento di Montagnoli nei pressi di Selinunte. Un contributo per la conoscenza délie popolazioni anelleniche lungo il corso finale del Belice », dans Gli Elimi e Varea elima fino all'inizio délia prima guerra punica. Atti del seminario di studi. Palermo - Confessa entellina - 25-28 maggio 1989, G. Nenci, S. et V. Tusa (éd.), Archivio storico siciliano 14-15, 1988-1989, Palerme, p. 325-333, fig. 27 à 30. 46. E. Meola, Necropoli di Selinunte. I - Buffa, Palerme, 1996-1998, 1, p. 265 et III, pi. 81 (T. 507, 1 ; T. 507, 1 ; D.208, 2 ; T.313, 11 ; TR.XXII, 30). 47. A. Adriani et alii, Himera - 1. Campagne di scavo 1963-1965, Rome, 1970, p. 92 (Ab, 18), pi. 32,7. 48. Le dépôt aurait été scellé vers 540 av. J.-C. : G. Colonna « Satricum », dans Civiltà del Lazio primitivo, Rome, 1976, p. 325 et 328-329 ; Id., « Satricum : appunti sulla storia degli scavi,la storia délia città e il soggetto degli altorilievi mitologici del tempio », dans Satricum, un progetto di valorizzazione per la cultura e il territorio di Latina, Latina, 1984, p. 12-23, notamment p. 16 ; M. Micozzi, dans La grande Roma dei Tarquini, M. Cristofani (dir.), Rome, 1990, p. 234.


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bourguignonne ou franc-comtoise du Hallstatt Dl (fig. 14, cercles). Le dépôt votif de Valvisciolo à Sermoneta49, clos vers le milieu du VIe siècle avant J.-C.50, a livré quant à lui une hache à douille miniature (fig. 3,3) semblable à l'exemplaire de Bitalemi51. Enfin, le sanctuaire oriental de Lavinium et celui de Satricum ont fourni des disques à rebord perlé dont l'origine est discutée, mais qui pourraient bien être des productions languedo ciennesdu VIe siècle avant J.-C.52. Quels itinéraires, quels intermédiaires, quels réseaux ? De la Gaule centrale aux côtes du Languedoc Tous ces objets, hormis la plaque de ceinture d'Olympie, sont datés du Hallstatt Dl (vers 630 - vers 540 avant J.-C). Pour les parures du Sud de la France, on peut distinguer quelques types anciens, caractéristiques du faciès « Grand Bassin I » (vers 650vers 580 avant J.-C), et des types plus récents, comme les plaques de ceinture de Corcyre, qui n'apparaissent qu'au cours de la phase suivante, celle du faciès « Grand Bassin II » (vers 580-vers 510 avant J.-C). La détermination de l'origine précise des objets, qui est rendue possible par la diversification extrême des parures annulaires dans les régions considérées au cours du Hallstatt Dl, présente quelques difficultés qui tiennent à l'état de la recherche. Mais les travaux effectués par les protohistoriens français au cours des deux dernières décennies permettent toutefois de proposer un cadre géographique d'ensemble relativement fiable (fig. 11). Les objets les plus septentrionaux ont été fabriqués dans une zone de la France centrale qui couvre l'Auvergne, le Nivernais, PAvallonnais et une grande partie de la Bourgogne et du Jura, ainsi que le Sénonais et peut-être une partie du Val-de-Loire. A ces régions 49. R. Mengarelli et R. Paribeni, « Norma - Scavi sulle terrazze sostenute da mura poligonali presso l'Abbazia di Valvisciolo », NSA 1909, p. 241-260, fig. 22. 50. G. Bergonzi dans Civiltà del Lazio primitivo, Rome, 1976, p. 349-350. St. Quilici Gigli, « Valvisciolo », dans op. cit n. 45, p. 209-213. 51. St. Verger, op. cit. n. 3, p. 401-402. 52. Les exemplaires de Satricum sont exposés au musée de la Villa Giulia. Pour celui de Lavinium, voir Enea nel Lazio. Archeologia e mito, Rome, 1981, p. 208, D 122. Sur cette caté gorie d'objets dans le Sud de la France : G. Buret, « Les disques perlés en bronze de la Gaule méridionale (vie-ne s. av. J.-C.) », dans Les Étrusques en France. Archéologie et collections, Lattes, 2003, p. 55-57.


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attestées avec certitude, on peut sans doute ajouter le Lyonnais et la haute vallée de la Loire, pour lesquels on connaît néanmoins assez mal les parures des vne et VIe siècles. Cette zone se trouve aux marges occidentales du domaine hallstattien et, de ce fait, on suppose habituellement qu'elle n'a pas de réelle cohérence cultur elle. Plusieurs études récentes, à commencer par celle de PierreYves Milcent53, en ont toutefois montré l'importance dans la formation des entités politiques de la Gaule du second Âge du fer. La carte de distribution des types présents dans les sanc tuaires d'Italie et de Grèce se superpose en fait de manière assez précise à celle des territoires supposés des peuples gaulois qui, d'après Tite-Live (V, 34), auraient participé à la première expédi tion vers l'Italie, menée par Bellovèse, le neveu d'Ambigat, roi des Bituriges, à l'époque du règne de Tarquin l'Ancien et de la fondation de Marseille, c'est-à-dire vers 600 avant J.-C.54. Les objets les plus méridionaux viennent de tout le Languedoc, de la basse vallée du Rhône, du Sud du Massif central et de la haute vallée de la Garonne. Le Nord-Est de la Péninsule Ibérique n'est pas représenté sinon peut-être par les plaques de ceinture de Corcyre qui sont relativement tardives et qui peuvent aussi bien avoir été fabriquées en Languedoc occidental. Le cœur de cette zone, c'est la région côtière qui s'étend de la vallée de l'Aude à celle de l'Hérault. C'est là que se développe le faciès du « Grand Bassin I » dans la seconde moitié du VIIe siècle et que se concentrent les principaux dépôts de bronzes « launaciens ». On suppose qu'il s'agit aussi, dès cette époque, du territoire du peuple des Elisyques qui, d'après Hérodote (VII, 165) prirent part à la bataille d'Himère aux côtés des Carthaginois en 480 avant J.-C. D'Agde à la Sicile Tous les types d'objets présents dans les sanctuaires d'Italie, de Sicile et de Grèce sont également attestés dans les dépôts de bronzes launaciens du Languedoc. Ceux-ci contiennent générale ment une assez forte proportion d'objets régionaux, mais les 53. P.-Y. Milcent, op. cit. n. 22, passim. 54. Chr. Pare, « Fûrstensitze, Celts and the Mediterranean World : Developments in the West Hallstatt Culture in the 6th and 5th Centuries BC », Proceedings of the Prehistoric Society 57, 1991, p. 183-202, fig. 10.


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parures étrangères, venues de l'ouest et du nord, ne sont jamais totalement absentes. Ce sont les mêmes que celles que l'on trouve dans les sanctuaires d'Italie et de Grèce. Elles sont part iculièrement nombreuses dans deux dépôts exceptionnels de l'Hérault. Le premier, celui de Roque-Courbe à Saint-Saturnin55, était contenu dans une situle en bronze du milieu du vie siècle, proba blement fabriquée en Étrurie interne. Il renfermait environ 360 fragments de parures et d'ustensiles. Comme le montre le tableau (fig. 12), il présente une composition très semblable à celle du lot, numériquement plus modeste, des objets gaulois de Bitalemi. Les pièces réunies proviennent des mêmes régions - du Sud-Ouest de la France à la Bourgogne - et les deux grands domaines géogra phiques - Gaule du Centre et Languedoc - sont représentés dans des proportions assez semblables. Dans les deux cas, les exemp laires caractéristiques du Languedoc sont beaucoup moins nom breux que ceux qui sont originaires de la Gaule centrale. Le second, le dépôt sous-marin de Rochelongue à Agde56, est généralement interprété comme une épave. L'essentiel de la car gaison, en poids au moins, était constitué de lingots de cuivre par faitement pur. Le complément de fret était constitué d'un important groupe d'objets de bronze : quelques armes, beaucoup d'ustensiles, comme des haches à douille de formes variées, des parures et éléments de vêtement, des pièces de harnachement... La plus grande partie des objets viennent des régions voisines, mais quelques-uns sont originaires de régions plus lointaines. Ils appartiennent à des types également présents dans les sanc tuaires méditerranéens, comme les parures ventrales et les pen dentifs en rouelle franc-comtois ou les anneaux de jambe à gros oves creux du Centre de la France. L'ensemble peut être daté de la fin du vne ou de la première moitié du VIe siècle avant J.-C. Le territoire « élisyque » constitue le débouché maritime le plus direct pour les produits du Sud du Massif central, c'est-à-dire

55. D. Garcia, op. cit n. 16. 56. A. Bouscaras, « Découverte d'une épave du premier Âge du Fer à Agde », Revue d'études ligures 30, 1964, p. 288-294 ; A. Bouscaras, C. Hugues, « La cargaison des bronzes de Rochelongues (Agde, Hérault) », Revue d'études ligures 33, 1967, p. 173-184 ; M.-B. Chardenoux et J.-Cl. Courtois, op. cit. n. 16, passim ; M. L'Hour, « Agde, Rochelongue (Hérault) », dans Archéologie de la France. 30 ans de découvertes, Paris, 1989, p. 213 ; D. Garcia, « Épave de Rochelongue (Cap d'Agde) », dans Les Étrusques en mer. Épaves d'Antibes à Marseille, L. Long, P. Pomey et J.-Chr. Sourisseau, Aix-en-Provence, 2002, p. 38-41.


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principalement du cuivre dont les nombreux gisements étaient exploités depuis le Chalcolithique57 et qui devait encore consti tuer au premier Âge du fer une importante source de revenus. La vallée de l'Aude constitue aussi un couloir vers l'axe de la Garonne, c'est-à-dire vers les mines d'or du Limousin, dont les premières traces d'exploitation remontent au Ve siècle avant J.-C, et plus loin, vers les gisements d'étain de Bretagne et de Cornouailles. Divers indices laissent supposer que, dès la seconde moitié du viie siècle, avant la fondation de Massalia, les communautés de Mailhac et d'Agde tirent profit de cette position privilégiée et commencent à entretenir des relations régulières avec diverses régions importantes de la Méditerranée occidentale et du domaine hallstattien occidental. Des produits étrangers arrivent dans la région et l'on voit apparaître les premiers vases de modèle grec, qui sont des imitations occidentales de vases proto corinthiens fabriquées en Grande-Grèce, en Sicile ou en Étrurie méridionale58. De par sa position géographique particulière près de l'embouchure de l'Hérault et compte tenu des nombreux indices de prospérité et d'ouverture qu'a fournis la nécropole du Peyrou, Agde apparaît comme un site idéal pour le contrôle des trafics de métaux et d'objets manufacturés entre le proche arrière-pays, le Centre de la Gaule et les centres plus lointains de Méditerranée occidentale (fig. 11, étoile). Il est même tentant de voir dans F« épave » de Rochelongue la cargaison d'un bateau à peine parti vers des rivages lointains avec un stock de cuivre extrait dans l'arrière-pays et peut-être d'étain acheminé de l'Atlantique ainsi qu'un complément de fret constitué d'objets variés destinés à une sorte de trafic votif dont il nous faut main tenant déterminer la nature exacte. Le trajet qu'empruntent les objets nord-occidentaux pour arriver dans le Latium d'une part et sur la côte sud de la Sicile de

57. P. Ambert, L. Carozza et B. Léchelon, « De la mine au métal au sud du Massif Central au Chalcolithique (régions de Cabrières, Fayet et Villefranche-de-Rouergue) », dans L'atelier du bronzier en Europe du XXe au vm" siècle avant notre ère. Actes du colloque 'Bronze '96', Neuchâtel et Dijon, II : Du minerai au métal, du métal à l'objet, Cl. Mordant, M. Pernot et V. Rychner (éd.), Paris, 1998, p. 59-70. D. Garcia a d'ailleurs remarqué que le dépôt de Roque-Courbe se trouve à proximité de gîtes cuprifères faciles à exploiter : D. Garcia, op. cit. n. 16, p. 28. 58. Un état de la question dans M. Gras, « Les Étrusques et la Gaule méditerra néenne », dans op. cit. n. 3, p. 228-241, notamment p. 231-232 et fig. 1 à 3.


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l'autre n'est pas facile à déterminer59. En l'absence de jalons dans le nord de la mer tyrrhénienne et en Grande-Grèce, une route occidentale directe peut être envisagée. C'est celle qui exploite les vents du nord à partir de la Provence, longe la côte occident ale de la Corse puis emprunte les bouches de Bonifacio pour tirer droit vers le Latium ou se prolonge le long des côtes de la Sardaigne pour obliquer ensuite vers la Sicile occidentale. Dans cette hypothèse, Sélinonte, la plus occidentale des cités grecques de la Sicile méridionale, pourrait constituer le point d'arrivée de la route maritime empruntée. Les expéditions d'objets métalliques vers l'Italie, la Sicile et la Grèce semblent avoir commencé à l'époque des premières fr équentations grecques sur les côtes du Sud de la France, plusieurs décennies avant la fondation de Massalia. Elles se sont poursuiv ies, et peut-être intensifiées, dans la première moitié du vie siècle, dans cette phase de transition pendant laquelle la colonie phocéenne a commencé à avoir un rôle actif dans les échanges maritimes en Provence et en Languedoc. Elles se sont interrompues vers 540-530, au moment où le développement de ses activités productrices et commerciales ont entraîné la cité à exercer un contrôle accru sur l'ensemble des échanges dans la région60. Le phénomène semble donc indépendant de l'installa tion des Phocéens dans le Midi ; il n'a persisté que tant que le système des échanges maritimes y est resté ouvert à d'autres intermédiaires que les Massaliètes. Divers éléments semblent donc suggérer que le trafic d'objets métalliques entre le Languedoc, le Latium, la Sicile et Corinthe puisse être au moins en partie indépendant des réseaux d'échange qui se mettent en place vers la fin du vne siècle entre la mer Tyrrhénienne et le golfe du Lion et dont Phocéens et Étrusques sont les principaux initiateurs. Il s'insère de toute façon dans un ensemble de relations à longue distance beaucoup plus vaste, qui touche bien d'autres rivages de la Méditerranée mais aussi de la mer Noire. Un rapide examen de quelques-uns 59. Sur les relations entre la Sicile et le Midi de la France à l'époque archaïque, voir surtout J.-P. Morel, « Les rapports entre la Sicile et la Gaule jusqu'au vie siècle av. J.-C. », Kokalos 39-40, 1993-1994, p. 333-361. 60. M. Bats, « Marseille archaïque : Étrusques et Phocéens en Méditerranée nord-occi dentale», MEFRA, 1998, p. 609-633, notamment p. 626-628 ; id., « Les Grecs en Gaule au premier Âge du Fer et le commerce emporique en Méditerranée occidentale », dans op. cit. n. 3, p. 243-248, notamment p. 246-247.


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des objets métalliques associés aux séries nord-occidentales dans les sanctuaires de Sicile méridionale le montre clairement. Des objets venus du nord-est Le cas le plus intéressant est encore celui du sanctuaire de Bitalemi à Gela. On y reconnaît ainsi divers objets très rares, et parfois uniques, en Méditerranée occidentale : un pied de fibule du type de Bresje (fig. 4,5) caractéristique des régions adriatiques du Picénum et de la Croatie61 (fig. 4,6 et carte) ; des perles biconiques macédoniennes (fig. 9,1) ; une précieuse fibule en argent de Grèce du Nord ou de Thrace ornée d'une triple tresse sem blable à celles de la tombe I de Trébénischte62. Les pièces les plus exceptionnelles sont quatre modestes fra gments d'anses de vase coulées, présentant de nombreuses imperf ections de surface et fixées à l'aide d'un gros bouton bombé coulé sur la face interne de la panse63. Le fragment le plus grand (fig. 10,1) est orné de deux appendices en forme d'oreilles de canidé très caractéristiques, qui permettent de rattacher l'objet, ainsi que les autres fragments, à la série des situles à anses « à ailes de papillon ». Ce type de vase fabriqué dans le Nord du Caucase du vme au VIe siècle avant J.-C.64 est bien attesté dans les nécro poles du Nord de la Géorgie (fig. 10, carte). Il est diffusé au nord de la mer Noire, dans les premiers kourganes scythes, comme à Kélermès65 (fig. 10,2), et jusqu'en Ukraine66. La présence de plu-

61. M. Egg, Die hallstattzeitliche Furstengrab von Strettweg bei Judenburg in der Obersteiermark, Mayence, 1996, p. 187-215, notamment fig. 114, 3 et 118 ; M. Ogrin, « Trortasta fibula v Sloveniji » [Die Dreiknopffibel in Slowenien], Arheoloski Vestnik 49, 1998, p. 101-132. 62. B. Filow, Die archaische Nekropole von Trébénischte am Ochrida-See, BerlinLeipzig, 1927, fig. 34, 3. 63. Deux d'entre eux, dont le plus important, proviennent du dépôt n° 12 (P. Orlandini, op. cit. n.14 [1965-1967], pi. 6,4), un autre du dépôt n° 5 (ibid., pi. 3,3) et le troisième du dépôt n° 27 (ibid., pi. 14). Un fragment d'une grande anse moulée appartenant peut-être à la même série provient du dépôt n° 22 (ibid., pi. 12,1). 64. G. Kossack, « Neufunde aus dem novocercassker Formenkreis und ihre Bedeutung fur die Geschichte steppenbezogener Reitervôlker der spâten Bronzezeit », // Mar New 1, 1994, p. 19-54, notamment p. 20, fig. 3, 9 et 10 ; V. I. Kozenkova, Cultural-Historical Processes in the North Caucasus in the Time of hâte Bronze and Early Iron Age (Cornerstone Problems of Koban Culture), Moscou, 1996, p. 47, fig. 19. Voir la photographie d'une situle d'Uljap dans / tesori dei Kurgani del Caucaso settentrionale. Nuove scoperte degli archeologi sovietici nell'Adygeja e nell'Ossezia settentrionale, Rome, 1990, p. 45, cat. 49. 65. L. K. Galanina, Die Kurgane von Kelermes. « Kônigsgrâber » der frùhskythischen Zeit, Moscou, 1997, p. 151, pi. 40, n° 227 (kourgane 2/V) et n° 42 (kourgane 3/S). 66. Par exemple : E. F. Piokrovskaia, « Village préscythique près de la bourgade de Jabotine », Sov. Arch., 1973, p. 169-189, fig. 4,1 et 5.


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COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS

Fig. 9. - Objets orientaux dans les sanctuaires de la Sicile : 1. Gela, Bitalemi ; 2 à 4 : Sélinonte, sanctuaires de la Malophoros (d'après E. Gabrici 1927) ; 5 : Gela, acropole.


OBJETS GAULOIS DANS LES SANCTUAIRES ARCHAÏQUES

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Fig. 10. - Les situles à anses « à ailes de papillons » : 1. Gela, Bitalemi ; 2. Kélermès (d'après Galanina 1997). Carte de répartition d'après Krupnov 1953, complétée. Échelle : 1/1.


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COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS

sieurs vases de ce type à Gela est tout à fait exceptionnelle, dans la mesure où aucun autre exemplaire n'est actuellement connu ni en Méditerranée occidentale, ni plus généralement, sous réserve d'inventaire, dans aucun autre site de Méditerranée67. Les autres sanctuaires concernés, qui ont fourni un nombre beaucoup plus réduit d'objets métalliques archaïques, présentent la même association de pièces nord-occidentales et orientales. A Sélinonte, on peut signaler une perle biconique macédonienne (fig. 9,2) et un bouton hémisphérique des Balkans68 (fig. 9,3). A Licata, le sanctuaire de Molarella a livré une moitié d'anse de bassin de type phrygien69. On peut aussi rappeler l'existence, sur l'acropole de Gela, d'un élément de bride orné d'un bouquetin couché70 (fig. 9,5) qui évoque l'art des steppes, mais qui peut être plutôt considéré comme une production d'Anatolie71. Les objets originaires du Sud-Est de la Méditerranée sont plus rares, même s'ils ne sont pas entièrement absents. Si l'on s'en tient aux pro ductions métalliques, on peut mentionner une petite situle égyp tienne du sanctuaire de la Malophoros à Sélinonte72 (fig. 9,4). Tous ces produits lointains dessinent une aire d'approvisionne ment extrêmement vaste, qui s'étend du Languedoc à la Géorgie dans le cas de Bitalemi (fig. 11). De ce point de vue, la série métal lique du sanctuaire de Gela constitue sur un mode mineur une variante occidentale des plus prestigieux ensembles des grands sanctuaires de Grèce propre et de la mer Egée. Les nouvelles limites de l'univers des Grecs L'association récurrente d'objets provenant de régions bien délimitées, très éloignées les unes des autres et qui, selon toute vraisemblance, n'entretiennent entre elles aucun contact direct, 67. Pour d'autres types d'objets du Caucase dans les sanctuaires grecs, voir en particul ier : U. Jantzen, Àgyptische und orientalische Bronzen aus dent Heraion von Samos, Bonn, 1972, p. 80-85, pi. 79-83. 68. E. Gàbrici, op. cit. n. 42, fig. 154, e et n. 69. Kokalos 22-23, 1976-1977, II, 1, p. 429-430, fig. 4. 70. P. Orlandini, « Piccoli bronzi raffiguranti animali rinvenuti a Gela e Butera », Archeologia Classica 8, 1956, p. 1-10, pi. 3, 1 et 2. 71. Le meilleur exemplaire de comparaison provient d'Hattusa : R. M. Boehmer, Die Kleinfunde von Bogazkôy aus den Ausgrabungskampagnen 1931-1939 und 1957-1969, Berlin, 1972, p. 69-70, n° 172, pi. 9. Sur l'ensemble de la série, voir A. I. Ivantchik, Kimmerier und Skythen. Kulturhistorische und chronologische Problème der Archdologie der osteuropàischen Steppen und Kaukasiens in vor- und friihgeschichtlicher Zeit, Moscou, 2001, p. 86-90, fig. 37-41. Voir notamment fig. 38,2 ; 39,1,3 (Gela) et 5. 72. E. Gàbrici , op. cit. n. 42, fig. 154, b.


OBJETS GAULOIS DANS LES SANCTUAIRES ARCHAÏQUES

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Fig. 11. - Les objets septentrionaux dans les sanctuaires de Sicile, du Latium et de Grèce : régions d'origine et lieux d'arrivée (cercles), étoile : Agde.

semble suggérer une récolte relativement organisée des objets par un ou plusieurs intermédiaires grecs. Toutes les cités grecques concernées par ces trafics votifs sont de souche dorienne : Corinthe et sa colonie Corcyre ; Mégara Hyblaea et sa colonie Sélinonte ; Gela et peut-être sa colonie Agrigente. Or, Corinthe, Mégare et Rhodes, les trois principales métropoles des cités ment ionnées, ont des liens plus ou moins directs avec les régions d'origine des objets. Le dossier le plus consistant concerne les Mégariens. Sélinonte, la première ville grecque rencontrée en venant de la Gaule par la voie occidentale, a sans doute joué un rôle clé dans la mise en place du réseau de contacts que ces trafics sous-tendent. Or, la cité a été fondée, selon la tradition, vers le troisième quart du viie siècle, c'est-à-dire à peu près à l'époque à laquelle le phéno mèneétudié ici débute. C'est une colonie des Mégariens de Sicile, mais dont un des œcistes, Pammilos, fut envoyé par la mère


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patrie, la Mégare de Grèce. A l'ouest de Sélinonte, les trouvailles d'objets gaulois semblent jalonner une voie qui conduit à Mégara Hyblaea par la côte jusqu'à Gela, puis par l'intérieur à partir de cette cité. En Grèce même, les parures nord-occidentales ont été mises au jour à Pérachora, un lieu de culte certes contrôlé par les Corinthiens, mais qui est aussi, sur la côte occidentale de l'Isthme, le grand sanctuaire le plus proche de Mégare. Enfin, à l'est, cette cité contrôle une partie des trafics venant de la mer Noire, à partir de ses colonies de la Propontide orientale, Sélymbria et Byzance au nord, Chalcédoine et Astacos au sud, dont elle protège encore directement les intérêts contre les Samiens ins tallés à Périnthe à partir de 600 avant J.-C. environ73. Sans parler d'un réseau mégarien se développant de la Propontide à l'ouest de la Sicile, on peut toutefois constater que, dans la seconde moitié du vne siècle, Mégare entretient avec ses anciennes colo nies des contacts suffisamment étroits pour coordonner une série de contacts maritimes avec les plus lointaines des terres connues, tant vers le nord-est que vers le nord-ouest74. La position des sanctuaires concernés, d'une part, et des régions d'origine des objets, de l'autre, est remarquable. Au milieu du VIIe siècle, peu avant que ne commencent les trafics, Sélinonte est encore la plus occidentale des cités grecques75. Ce sont les navigations occidentales de la seconde moitié du siècle, qui, en conduisant à partir de 600 à la fondation des colonies pho céennes de Massalia, Emporion et Alalia, enlèvent à la cité sa position de frontière absolue du monde grec vers l'Occident. Dans la seconde moitié du vne siècle, le Midi de la Gaule constitue un nouveau terrain d'exploration, qui met les naviga teursétrangers en contact avec les cultures les plus septentrio nales connues, celles du Centre de la Gaule, dont de lointains échos parvenaient sans doute déjà en Italie par l'intermédiaire des Alpes et des cultures nord-italiques.

73. Plutarque (Questions grecques, 57) évoque une expédition menée par les Mégariens contre la colonie samienne de Périnthe, qui se serait soldée par une victoire des Samiens. Selon la chronologie d'Eusèbe, Périnthe aurait été fondée vers 600. 74. Voir en particulier, sur ce point et sur le rôle qu'ont pu avoir les Mégariens dans le développement d'une voie maritime passant par la côte méridionale de la Sicile, G. Pugliese Carratelli, « Per la storia di Selinunte », dans Tra Cadmo e Orfeo. Contributi alla storia civile e religiosa dei Greci d'Occidente, Bologne, 1990, p. 157-176, notamment p. 163-164. 75. P. Anello, « Grecità periferica in Sicilia : Himerâioi e Selinôuntioi », Hesperia 10, 2000, p. 99-115, notamment p. 104.


OBJETS GAULOIS DANS LES SANCTUAIRES ARCHAÏQUES Saint-Saturnin

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BITALEMI

Catégories d'objets gaulois représentées : Parures

288

85%

54

83,5%

Haches

25

7,5%

5

7,5%

Haches miniatures

5

1,5%

1

1,5%

Talons

1

0,3%

1

1,5%

Embouts

1

0,3%

Armes

1

0,3%

1 _

1,5% -

11

3,3%

6 -

1,8% -

Anneaux Harnachements Racloirs

-(?) 2

_ 3%

1

1,5%

Origine des bracelets et anneaux de jambe gaulois : Sud de la Gaule Centre et Est de la Gaule Indéterminée

47

24%

16

30%

144

73%

7

3%

38 -

70% -

Taux defragmentation des bracelets et anneaux de jambe Fragments de moins d'un

158

80%

44

81,5%

30

15%

6

11%

10

5%

4

7,5%

quart de l'objet Fragments

de

plus

d'un

quart de l'objet Objets entiers

Fig. 12. - Les objets gaulois dans le dépôt de Roque-Courbe à Saint-Saturnin (Hérault) et dans le sanctuaire de Bitalemi à Gela (Sicile) : quelques chiffres.

On trouve une situation à peu près symétrique au nord-est. C'est en effet aussi dans la seconde moitié du vne siècle que les Milésiens, mais peut-être aussi d'autres Grecs, explorent les côtes septentrionales et orientales de la mer Noire et y fondent les pre miers établissements et cités, comme Olbia. Là aussi, de grands espaces terrestres inconnus s'ouvrent devant eux, des steppes jusqu'à la chaîne du Caucase. Enfin, en Illyrie comme en Macéd oine, les fondations d'Apollonia et d'Epidamnos, d'un côté, et


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de Potidée, de l'autre, ont sans doute renouvelé et renforcé les liens existant avec la Grèce et, là aussi, ouvert de nouvelles pers pectives septentrionales dans les Balkans. Les trafics votifs présentés ici accompagnent ce brusque éla rgissement des horizons grecs, mettant en relation l'ancienne limite occidentale du monde des cités et les nouvelles terres d'ex ploration, celles qui se trouvent aux confins septentrionaux du monde connu, là où seuls de grands héros s'étaient aventurés auparavant, Héraklès lors de son retour d'Erytheia et les Argo nautes dans leur périple vers la Colchide. A partir de 600, la zone comprise entre Sélinonte et l'Isthme devient le cœur géogra phique du monde grec, mais elle assume aussi une place particu lièredans l'univers complexe des pratiques votives : c'est précisément la seule zone dans laquelle certains sanctuaires livrent des associations récurrentes d'objets venus des limites nord-occidentales et nord-orientales du monde méditerranéen. A l'image des offrandes hyperboréennes ? Des parures féminines du bout du monde pour des déesses grecques et latines L'offrande d'objets nord-occidentaux dans les sanctuaires de Méditerranée centrale apparaît comme doublement féminine : d'abord parce que les divinités vénérées, qui sont connues pour dix des quelque quatorze sites concernés, sont toujours des déesses qui occupent une place centrale dans l'existence des femmes grecques et latiales et veillent sur les principales étapes de leur vie - la puberté, le mariage, l'enfantement, mais sans doute aussi la mort (Minerve, Mater Matuta, Héra et Déméter Thesmophoros) ; ensuite parce que les objets déposés sont en très grande majorité des éléments de parure et de vêtement faisant partie de costumes féminins richement et lourdement ornés : anneaux de jambe, bracelets, pendentifs appartenant sans doute à des châles décorés, etc. sur lesquels on note d'ailleurs de fortes traces d'usure qui indiquent qu'ils ont été longtemps portés avant d'être offerts. Tout cela suggère que la présence d'objets nordoccidentaux dans les sanctuaires méditerranéens n'est pas due au simple hasard du ramassage de métal par des marins grecs qui, sur le chemin du retour, auraient déposé une partie de leur récolte dans les lieux de culte visités au passage. Mais est-il pos-


OBJETS GAULOIS DANS LES SANCTUAIRES ARCHAÏQUES

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sible de déterminer plus précisément les circonstances et les modalités de ces offrandes particulières ? C'est encore une fois Gela qui fournit sur ce point les informat ions les plus précises. Le caractère féminin du culte à Bitalemi est bien indiqué, dès l'origine du sanctuaire, par la nature des trouvailles métalliques de la couche 5. Ainsi, les quelques objets grecs locaux mis au jour sont des éléments de vêtement (épingles) et de parures (boucles d'oreilles, bracelets, bagues), identiques à ceux que l'on trouve dans les sépultures féminines grecques de la région au vie siècle avant J.-C, auxquels s'ajoutent quelques bijoux non grecs de Sicile. Toutefois, le nombre de ces objets est bien faible par rapport à celui des parures étrangères qui les accompagnent. Sur les quelque 140 parures métalliques qu'a fournies la couche 5, on en compte moins d'une vingtaine de fabrication grecque probablement régionale, environ 45 des cultures indigènes de Sicile (dont toutefois une trentaine sont de petites perles biconiques) et 15 d'origine italique. Cinquantequatre environ sont de provenance nord-occidentale (environ 16 du Sud de la France et 38 des régions plus septentrionales) et 6 autres peuvent être attribuées aux cultures des Balkans. Les parures nord-occidentales, qui sont donc les plus nomb reuses (près de 40 % du total), ne sont pas concentrées en un seul point du sanctuaire. Sur 31 dépôts métalliques recensés par Pietro Orlandini, 10 en contiennent, mais une quinzaine d'autres pièces ont aussi été trouvées isolées dans le sable. On les ren contre dans toute l'épaisseur de la couche 5, c'est-à-dire du dernier quart du vne siècle au troisième quart du VIe siècle. Dans les dépôts, elles ne forment jamais des lots homogènes, mais sont systématiquement associées à des objets d'autres origines. Cette présence massive et diffuse des parures nord-occident ales étonne d'autant plus que deux graffiti sur céramiques trouvés sur la colline de Bitalemi indiquent plus précisément qu'on y vénérait Déméter Thesmophoros76. Si la cérémonie des thesmophories présentait les mêmes caractéristiques dans la Gela de la fin du vne et de la première moitié du VIe siècle que 76. R. Arena, Iscrizioni greche arcaiche di Sicilia e Magna Grecia. Iscrizioni di Sicilia. IL Iscrizioni di Gela e Agrigento, Milan, 1992, p. 30, n° 48, avec bibliographie précédente. Sur les nouvelles inscriptions découvertes à Bitalemi, voir P. Orlandini, « II thesmophorion di Bitalemi (Gela) : nuove scoperte e osservazioni », dans Archeologia del Mediterraneo. Studi in onore di Ernesto De Miro, G. Fiorentini, M. Caltabiano et A. Calderone (éd.), Rome, 2003, p. 507-513, notamment p. 507-508.


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dans l'Athènes classique ou à Paros, le sanctuaire était destiné exclusivement aux mères appartenant à la communauté civique. Si l'on peut aisément supposer que les parures locales non grecques ont pu être offertes par des femmes indigènes intégrées par mariage dans la communauté grecque, il est plus difficile d'expliquer la présence d'une proportion aussi importante de parures venues de régions très lointaines. Doit-on supposer que ces objets ont été offerts directement par des femmes septentrionales amenées en grand nombre des rives du Languedoc comme esclaves ou comme futures épouses et intégrées si rapidement à la communauté qu'elles éprouvent le besoin de se débarrasser de leur ancien costume en l'offrant à l'une des plus grandes déesses locales ? Certains indices pour raient certes suggérer la présence de Gauloises en Sicile. Ainsi, des fragments de parures annulaires nord-occidentales ont été mis au jour dans des contextes domestiques, à Sélinonte et peutêtre à Monte Casale. Mais, compte tenu de la grande rareté des objets métalliques dans les habitats grecs, on peut se demander si ces pièces ne proviennent pas de contextes cultuels domestiques ou de petits lieux de culte insérés dans le tissu urbain et ne consti tuent pas les restes d'actes rituels familiaux. Même si l'on ne peut donc écarter a priori l'hypothèse d'une présence effective de femmes gauloises en Sicile, d'autres indices conduisent à penser que les objets sont arrivés dans l'île, comme d'ailleurs dans le Latium et en Grèce, sans leur propriétaire d'ori gine, dans des bateaux qui contenaient, à l'image de l'épave de Rochelongue, une cargaison de métal brut - ou d'autres pondéreux - et un complément de fret composé d'objets entiers et fra gmentaires destinés à l'accomplissement de pratiques votives auxquelles les femmes grecques prenaient part, pour leur propre profit, mais qui n'étaient peut-être pas entièrement étrangères non plus aux anciennes propriétaires gauloises des objets. Les parures septentrionales dans l'univers religieux des Grecques de Sicile Les parures venues des terres septentrionales les plus loin taines avaient une signification religieuse particulière pour les Grecques de la fin du vne et de la première moitié du vie siècle. Un ensemble exceptionnel le montre de manière éclatante : la tombe 660 de Mégara Hyblaea, fouillée en 1892 par Paolo Orsi


OBJETS GAULOIS DANS LES SANCTUAIRES ARCHAÏQUES

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dans la nécropole occidentale de cette cité77. Il s'agit d'un sarco phage contenant deux squelettes. Le corps placé à l'est portait quatre épingles d'un type courant à Mégara Hyblaea (fig. 13,1). A côté de lui se trouvait un poids de métier à tisser (fig. 13,2). Ces deux éléments indiquent qu'il s'agissait d'une femme grecque adulte de statut relativement élevé. Plusieurs vases grecs datent la déposition vers 600 avant J.-C.78. Ce qui rend la tombe except ionnelle, c'est l'abondante série d'objets de bronze (fig. 13,5 à 14) trouvés sur la poitrine, qui devaient constituer les pendentifs hétéroclites d'un étonnant collier. Sur les dix éléments qui étaient suspendus, deux ou trois seule ment sont probablement de production locale ou régionale : une applique circulaire bombée à bélière (fig. 13,9)79, un pendentif en forme d'oiseau schématique (fig. 13, 11)80 et un pendentif piriforme (fig. 13,10). Quatre autres objets viennent du Sud et de l'Est de la France : un bouton conique (fig. 13,6) caractéristique du faciès « Grand Bassin I » du Languedoc (fig. 13, triangles)81, une extrémité de branche de mors (fig. 13,5)82 et deux pendentifs circulaires à bélière (fig. 13,7 et 8), appartenant à la série des rouelles bourguignonnes et franc-comtoises du Hallstatt Dl (fig. 13, cercles pleins)83. Trois autres objets sont originaires des 77. NSA, 1892, p. 173. Les études partielles des objets en bronze de cette sépulture n'ont attiré l'attention que sur la composante balkanique et macédonienne de la série : Kl. Kilian, « Trachtzubehôr der Eisenzeit zwischen Àgâis und Adria », Prâhistorische Zeitschrift, 50, 1975, p. 9-140, notamment p. 110-114, pi. 1 ; id., « Oggetti dell'ornamento personale caratteristici in Bosnia e Macedonia, loro divulgazione in Grecia ed in Italia durante l'Età del Ferro », dans L'Adriatico tra Mediterraneo epenisola balcanica nell'antichità (Lecce-Matera, 21-27 ottobre 1 973), Tarente, 1983, p. 61-65, pi. 17, 2 ; V. Pingel, « 'Balkanische' Bronzen der âlteren Eisenzeit in Sizilien und Unteritalien », Situla 20-21, 1980, p. 165-175, notamment p. 168, fig. 1,1 à 5 ; J. Bouzek, « Makedonische Bronzen in Italien », dans Akten des Symposions Die Agàis und das westliche Mittelmeer. Beziehungen un Wechselwirkungen 8. bis 5. Jh. v. Chr. Wien, 24. bis 27. Marz 1999, Fr. Krinzinger (éd.), Vienne, 2000, p. 363-369, notamment p. 364, fig. 259. Nous poursuivons ici le commentaire proposé dans St. Verger, op. cit. n. 3, p. 402-403, fig. 12 et 13. Nous proposerons ultérieurement une interprétation plus détaillée du collier. 78. Fr. Villard et G. Vallet, « Mégara Hyblaea V. Lampes du vnc siècle et chronologie des coupes ioniennes », Mélanges d'archéologie et d'histoire 67, 1955, p. 7-34. 79. Voir par exemple B. Chiartano, La necropoli dell'età del ferro dell'Incoronata e di S. Teodoro (scavi 1978-1985), II, Galatina, 1994, pi. 12, Ll à L5. 80. Il en existe plusieurs autres exemplaires en Sicile, dont un dans la nécropole de Mégara Hyblaea : V Pingel, art. cit. n. 77, fig. 1, 6 ; J. Bouzek, op. cit. n. 77, fig. 257, 13. 81. A. Nickels, G. Marchand et M. Schwaller, Agde, la nécropole du premier Âge du Fer, Paris, 1989, p. 332-333 et 449, fig. 309 et passim ; St. Verger, op. cit. n. 3, p. 349 et 402. 82. O. et J. Taffanel, « Deux tombes de cavaliers du Ier Âge du Fer à Mailhac (Aude) », Gallia 20, 1962, p. 3-32, fig. 9-10. 83. D. Maranski et J.-P. Guillaumet, « Thury », dans // était une fois la Côte-d'Or. 20 ans de recherches archéologiques, Dijon-Paris, 1990, p. 59-60.


Fia 13. - Le mobilier métallique de la tombe 660 de Mégara Hyblaea : 1. épingles ; 2. poid 4. coupelles ; 5. douille à bélière ; 6. bouton conique ; 7. pendentif en rouelle ajourée ; circulaire bombée ; 10. pendentif piriforme ; 11. pendentif en forme d'oiseau schématiqu 13. pendentif en forme de roue ; 14. perle biconique à quatre filets.


OBJETS GAULOIS DANS LES SANCTUAIRES ARCHAÏQUES

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Fig. 14. - Régions de provenance des objets du collier de la tombe 660 de Mégara Hyblaea. Cercles pleins : rouelles bourguignonnes et franc-comtoises ; triangles : boutons coniques languedociens ; cercles vides : rouelle à décor de cercles concentriques des Balkans ; carrés : grandes perles biconiques macédoniennes.

Balkans : une grande perle biconique macédonienne (fig. 13,14), une rouelle à quatre branches (fig. 13, 13)84 et un grand oiseau (fig. 13,12)85. On retrouve ici, dans un contexte des environs de 600 avant J.-C, l'association d'éléments de parure venus du nord-ouest et du nord-est qui a été observée dans plusieurs sanctuaires de Sicile (fig. 14). Les objets n'ont toutefois pas été choisis uniquement à cause de leur origine, mais aussi, pour certains d'entre eux, pour leur forme ou leur fonction qui revêtent une signification particul ière dans un contexte funéraire : la roue, l'association des disques plein et évidé, le paon ou le coq, le mors de cheval, qui évoquent 84. I. Kilian-Dirlmeier, Anhànger in Griechenland von der mykenischen bis zur Spàtgeometrischen n° 91 à 99 et pi.Zeit 101,(Prahistorische A. Bronzefunde, XI, 2), Munich, 1979, p. 21-23, pi. 6 et 7, 85. I. Kilian-Dirlmeier, op. cit. n. 84, p. 130-131, pi. 38, n° 723. J. Bouzek, « Les oiseaux géométriques : Corinthe et le nord », Studi Hercynia, II, Prague, 1998, p. 7-14, fig. 4,4.


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tour à tour, de manière plus ou moins allusive, le cycle cosmique, la mort ou la renaissance, le voyage. Cette interprétation globale ment eschatologique du regroupement d'objets est soutenue par deux autres séries de pièces qui se trouvaient également sur la poitrine de la défunte et pouvaient donc être intégrées au collier ou à la parure. Il s'agit d'une part d'un petit poids cubique associé à deux plateaux d'une balance de précision (fig. 13,3 et 4), et d'autre part de deux groupes de cinq pions en bronze et en pierre. La pesée et le jeu de hasard s'ajoutent ainsi aux précédentes évo cations symboliques pour former un ensemble très fortement chargé de sens dans l'optique d'une protection magique de la défunte au moment de son enterrement. Le choix de deux séries d'objets originaires des confins septen trionaux du monde connu des Grecs s'intègre bien dans la logique de la composition de l'ensemble exceptionnellement complexe que constitue le collier de la tombe 660. Depuis l'époque archaïque, sans doute, les Grecs prêtent aux peuples du Nord une extraordinaire maîtrise des grandes étapes de la vie. De nombreuses légendes concernant les Hyperboréens témoignent de ces pouvoirs exceptionnels, qui se manifestent dans diverses circonstances, de la naissance à la mort. Ainsi, ce sont deux vierges hyperboréennes, Opis et Argè, qui portèrent à Ilithyie le tribut qui permit la délivrance de Létô (Hérodote, IV, 35). Les Hyperboréens étaient censés avoir une longévité extraordinaire (Strabon, XV, 701) et être capables de la transmettre à des tiers : selon une version du mythe rapportée par Diodore de Sicile, c'est déguisée en prêtresse hyperboréenne d'Artémis que Médée aurait fait croire aux filles de Pélias qu'elle connaissait le moyen de rajeunir leur père (Diodore, IV, 51). Sentant leur heure venue, les vieux Hyperboréens, disait-on, choisissaient d'eux-mêmes le moment et les circonstances de leur décès, se jetant dans la mer de leur propre chef (Pline IV, 89-90). Enfin, leur pays merv eilleux, qui était situé près de l'océan, se trouvait à proximité de l'île de Bienheureux dont il partageait certains caractères béné fiques ou avec laquelle parfois il se confondait (Pindare, Pyth. X, 41-58). La provenance septentrionale de sept des objets qui le consti tuent pouvait donc renforcer le pouvoir magique du collier de la tombe 660 et en compléter, presque de manière redondante, la signification eschatologique. Il s'agit pour la plupart de parures féminines, et l'on sait combien les mythes relatifs aux confins sep-


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tentrionaux du monde sont peuplés de femmes extraordinaires, comme les vierges hyperboréennes, Médée et autres magiciennes de Thrace et d'ailleurs ou encore, dans un autre registre, le peuple des Amazones. On peut supposer que, pour les Grecques, ces objets venus des confins du monde portaient en eux la puissance protectrice de ces figures exceptionnelles qu'étaient les femmes du grand Nord. Leur présence lors des cérémonies pouvait donc servir d'adju vantaux prières adressées aux déesses comme Héra, Déméter, Mater Matuta et la Minerve de Lavinium pour obtenir leur pro tection dans les moments critiques de l'existence, de la même manière que la présence des vierges hyperboréennes devait avoir renforcé l'action d'Ilithyie pendant le travail de Létô. Leur contribution bénéfique était d'ailleurs censée se perpétuer long temps après leur mort, puisque les jeunes Deliennes, avant leur mariage, avaient l'habitude de déposer sur la tombe d'Opis et Argè, dans l'Artémision, un fuseau sur lequel était enroulée une mèche de leurs cheveux (Hérodote, IV, 35). Des formes grecque, sicilienne et gauloise d'enfouisse ment DES OBJETS MÉTALLIQUES ? Les quelques données disponibles semblent donc suggérer que les Grecques pouvaient s'approprier des objets étrangers ou les utiliser à des fins cultuelles pour en exploiter les pouvoirs béné fiques supposés. Cela implique-t-il que les parures septentrio nales retrouvées dans les sanctuaires sont des offrandes effectuées par des femmes grecques ou latiales ? L'examen précis des formes d'enfouissement des objets dans les sanctuaires de Sicile invite à être plus nuancé. Dans la couche 5 de Bitalemi, les divers lots d'objets retrouvés dans le sable semblent illustrer des formes particulières de dévot ion. La composition des dépôts est variée et demanderait une étude typologique précise. Parfois, on a l'impression qu'elle reflète fidèlement un acte rituel personnel. On trouve ainsi de petits groupes de modestes objets composés de parures de fabri cation locale et d'amulettes variées, probables fruits de l'offrande personnelle d'une femme grecque. Lorsqu'ils ne sont pas simplement isolés dans le sable, les objets nord-occidentaux font partie d'ensembles composés de fragments d'objets d'origines diverses et de morceaux de lingots


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de cuivre ou de bronze. Le degré de fragmentation de ces pains de métal est très variable, de même que le poids total de métal brut réuni dans chaque ensemble86. Certains font l'objet d'un soin particulier : ils peuvent être soigneusement enveloppés dans un fin tissu, dont quelques traces sont conservées à la surface du métal. Le dépôt de métal brut dans les sanctuaires ne semble pas être une pratique généralisée dans le monde grec à l'époque archaïque. Les quelques récits qui évoquent l'offrande de bronze précisent que le métal était préalablement transformé en objets manufacturés de type grec, comme le trépieds offert par Colaios de Samos dans l'Héraïon de sa cité au retour de son périple vers le royaume fabuleux de Tartessos (Hérodote, IV, 152). Ou bien il servait à embellir les édifice sacrés, comme le trésor des Sicyoniens à Olympie (Pausanias, IV, 19, 2-4). Beaucoup de sanctuaires ont livré des déchets de fonte ou des objets en cours de fabrica tion, mais toujours en faibles quantités. L'usage de déposer le cuivre ou le bronze brut n'est bien attesté que dans une série de sanctuaires du Sud et de l'Est de la Sicile87. Ce type d'ensemble associant des objets manufacturés entiers ou fragmentaires et des morceaux de métal brut a été justement rapproché des dépôts métalliques de l'Âge du fer sicilien88. Le bâtiment principal du sanctuaire grec de Santa Anna à Agrigente a ainsi livré un grand pithos de fabrication indigène rempli de lingots (près de 150 kg) et de fragments de petits objets indigènes et grecs89. Les fortes ressemblances de ce dépôt avec ceux des centres indigènes de l'intérieur de l'île ont bien été mises en évi dence90. A Bitalemi même, les objets indigènes retrouvés ne sont pas seulement des éléments de vêtement, comme les fibules, mais aussi d'autres types de pièces que l'on trouve fréquemment dans les dépôts de l'Âge du fer sicilien : fragments de grandes pointes de lance, anses annulaires de bassins, astragales91. Ils sont dis86. P. Orlandini, op. cit. n. 14, 1965-1967, p. 4-17. 87. V. Hinz, op. cit. n. 14, p. 112. 88. V. Hinz, op. cit. n. 14, p. 59. Sur les dépôts métalliques de Sicile, voir R. M. Albanese Procelli, Ripostigli di bronzi délia Sicilia nel museo archeologico di Siracusa, Palerme, 1993, notamment p. 211-222 ; id. , Sicani, Siculi, Elimi. Forme di identità, modi di contatto e processi di trasformazione, Milan, 2003, p. 90-92. 89. G. Fiorentini, op. cit. n. 40, p. 63-80. 90. R. M. Albanese Procelli, op. cit. n. 88, p. 221-222. 91. R. M. Albanese Procelli, op. cit. n. 88, p. 180-181 (lances), 187-188 (anses de bassins) et 198-199 (astragales).


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perses dans l'ensemble de la couche mais, si on les réunit, le lot obtenu n'est guère différent de ceux que l'on trouve dans les petits dépôts de l'intérieur de l'île. Mais de tels dépôts, qui associent objets manufacturés et métal brut, existent aussi en grand nombre dans le Languedoc de la seconde moitié du vne et de la première moitié du vie siècle avant J.-C.92. On en connaît également quelques-uns dans les autres régions d'origine des parures nord-occidentales trouvées en Sicile93, comme le Sud du Massif central94 ou le Nord de la Bourg ogne95. Nous avons noté l'identité de la composition fonction nelle des lots nord-occidentaux du sanctuaire de Bitalemi et du dépôt de Roque-Courbe à Saint-Saturnin. Les deux ensembles présentent aussi la même association de morceaux de métal brut et d'objets manufacturés et le traitement qu'ont subi ces derniers avant leur enfouissement est également très semblable. On observe en effet des taux de fragmentation à peu près identiques (fig. 12). Dans les deux cas, la plupart des pièces portent des traces de déformation ou de destruction volontaires. Il est possible que trois formes de déposition d'origines dis tinctes - grecque, indigène et languedocienne - aient coexisté dans le sanctuaire de Bitalemi et que les trouvailles de la couche 5 nous en livrent les vestiges mêlés et donc difficiles à distinguer précisément. Pour le mode de déposition des objets nord-occi dentaux, comme pour la composition fonctionnelle des ensembles qu'ils composent, on ne note pas de différence sen sible entre les sanctuaires de Sicile, comme Bitalemi, et les dépôts de l'arrière-pays d'Agde, comme Roque-Courbe. Cela laisse sup poser que ces objets sont arrivés en Sicile sous forme de lots déjà préparés pour être déposés dans un lieu de culte, et donc qu'ils ont été envoyés comme offrandes par des indigènes de la Gaule. Cette supposition est-elle compatible avec les informations dont on dispose sur les sociétés gauloises de la seconde moitié du vne et de la première moitié du vie siècle avant J.-C. ? 92. J. Guilaine, op. cit. n. 20, p. 345-360 ; D. Garcia, op. cit. n. 16, Paris, 1993, p. 255-260. 93. P.-Y. Milcent, « Le contexte historique », dans La tombe princière de Vix, C. Rolley (dir.), Paris, 2003, p. 327-366, notamment p. 332-333. 94. P.-Y. Milcent, op. cit. n. 22., p. 762-764, pi. 125-128. 95. J. Piette, « Le premier Âge du Fer dans l'Aube. Découvertes inédites et peu connues », dans Pré- et Protohistoire de l'Aube, Châlons-sur- Marne, 1989, p. 229-241. Pour une interprétation de l'ensemble, voir St. Verger, « L'épée du guerrier et le stock de métal : de la fin du Bronze ancien à l'Âge du Fer », dans L'Age du Fer dans le Jura, G. Kaenel et Ph. Curdy (éd.), Lausanne et Lons-le-Saunier, 1992, p. 135-151, notamment p. 140.


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Des offrandes gauloises ? Les types de parures annulaires que l'on trouve dans les sanc tuaires grecs et latiaux tiennent une place importante dans l'his toire des sociétés gauloises des vne et vie siècles avant J.-C, comme Pierre- Yves Milcent l'a montré de manière convainc ante96. Ce sont les pièces les plus voyantes de vêtements fémi nins qui, à partir du milieu du vne siècle, s'enrichissent de nombreux bijoux en bronze, de petits objets en matières semiprécieuses, de riches tissus décorés, etc. La variabilité extrême des parures avait sans doute pour fonction de permettre l'identifica tion précise des femmes selon leur statut familial (dans le cas des disques ajourés à renflement médian, par exemple) et leur origine géographique (comme le montre l'étude des nombreuses variétés d'anneaux de jambe). Dans leurs régions d'origine, ces parures ont été mises au jour dans de riches inhumations. Dans la seconde moitié du VIIe siècle, la multiplication des objets de parure et de vêtement rend les mobiliers des tombes féminines beaucoup plus spectaculaires que ceux des tombes masculines contemporaines, qui ne comportent que quelques modestes éléments métalliques peu caractéris tiques. Ce sont également les tombes féminines qui concentrent la plupart des objets en matières exotiques, comme l'ambre, qui est utilisé depuis l'Âge du bronze, le corail, qui commence à cette époque à être importé des côtes de la Méditerranée, et les coquillages, comme les cyprées, qui peuvent venir de la mer Rouge. Les nouvelles tombes féminines du Hallstatt Dl se distinguent aussi par leur position dans l'espace funéraire. C'est dans le tro isième quart du vne siècle, en effet, que l'on observe une transfo rmationdans l'organisation des nécropoles tumulaires de diverses régions de Gaule du Centre et de l'Est. Pendant le Hallstatt C (vers 790-vers 630 avant J.-C), les tertres les plus riches contien nent une tombe centrale masculine munie d'une épée et éven tuellement d'un rasoir. Les tumulus érigés au cours du Hallstatt Dl (vers 630-vers 540 avant J.-C.) sont plutôt organisés en fonc tion d'une tombe féminine à riche parure autour de laquelle sont

96. P. -Y. Milcent, op. cit. n. 22, p. 235-259 ; id., op. cit. n. 93, p. 328-334. Voir aussi St. Verger, op. cit. n. 3, p. 405-407.


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déposés, par la suite, certains membres masculins et féminins de la communauté97. Les femmes adultes occupent ainsi à cette époque une position centrale dans la représentation des groupes familiaux et des communautés territoriales. Cette fonction symbolique nouvelle a dû entraîner une tran sformation du système des pratiques cultuelles féminines. Cela se traduit, d'un point de vue archéologique, par l'apparition de dépôts métalliques contenant tous les types des parures que l'on rencontre dans les sanctuaires méditerranéens. Ces ensembles, qui contiennent une majorité d'objets féminins, ont souvent été considérés comme des stocks de métal destinés à la refonte, mais divers indices suggèrent de les interpréter comme des dépôts votifs. Certains ont été mis au jour dans des lieux particuliers, comme des sources, des fontaines ou des marais. Ils présentent une organisation interne précise et contiennent parfois des objets non métalliques. La répartition géographique des dépôts à parures du Hallstatt Dl occidental est intéressante pour notre propos. Du Nord au Sud, on les trouve : d'une part dans la moyenne vallée de la Seine, exceptionnellement en Armorique et dans le Jura, dans le Poitou, en Aquitaine et dans le Sud du Massif central ; d'autre part dans le Languedoc et en Provence98. Le premier ensemble de régions suit assez précisément les contours de la zone de provenance des parures septentrionales mises au jour dans les sanctuaires médi terranéens (qui recouvre à peu près, comme on l'a vu, l'aire de répartition des peuples concernés, d'après Tite-Live, par l'expédi tion de Bellovèse en Italie). Le second se trouve au sud de la région de provenance des parures méridionales, à proximité des centres côtiers dans lesquels se développent les contacts avec les navigateurs étrangers. Les parures qui composent ces dépôts ne sont pas toutes de fabrication locale. Elles proviennent parfois de régions éloignées et témoignent, à l'intérieur même de la Gaule, d'intenses circula tionsde bijoux féminins, accompagnés ou non de leurs propriét aires.Cela traduit-il la présence d'étrangères installées sur les marges d'un territoire politiquement cohérent, à la suite d'un 97. Par exemple dans les cas les mieux documentés de Courtesoult (op. cit. n. 30, passim) et de Noyers-sur-Serein (Cl. Mordant et B. Poitout, 6000 ans de vie au pays de Noyers. Des premiers agriculteurs à l'an mil, Noyers-sur-Serein, 1998, p. 12-14, fig. 10-13). 98. Voir sur ce point P.-Y. Milcent, op. cit. n. 93, p. 332-333.


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mariage lointain à vocation diplomatique, ou l'existence d'un type particulier de pratique votive qui nécessite l'envoi d'objets personnels importants dans des lieux de culte éloignés ? Aucun indice ne permet de trancher définitivement. Toutefois, la forte proportion de parures étrangères dans certains dépôts du Lan guedoc rend la première hypothèse difficile à soutenir. Quoi qu'il en soit, les lots retrouvés dans les sanctuaires médi terranéens entrent dans le contexte beaucoup plus vaste de ces circulations de bijoux à plus ou moins grande échelle qui tou chent une grande partie du territoire de la Gaule dans la seconde moitié du vne et la première moitié du vie siècle avant J.-C. On peut d'ailleurs noter que les parures féminines du centre de la Gaule pouvaient être acheminées vers d'autres contrées loin taines. En témoigne la découverte d'une série de sept bracelets à bossette identiques, probablement originaires du centre de la France", dans un ancien étang de Sommersell près de Nieheim (Kr. Hôxter)100. Dans le détail de leur composition, tous ces dépôts présentent des différences sensibles qui s'expliquent sans doute par la variété des formes de dévotion dont ils sont la trace, de l'offrande individuelle ou privée directe à l'envoi collectif, peut-être polit iquement contrôlé, de lots d'objets importants, et par la diversité des endroits dans lesquels ils sont exposés ou enfouis, du lieu naturel étrange au sanctuaire organisé. Compte tenu de la documentation très fragmentaire dont nous disposons, il est bien difficile de savoir quelle perception les peuples gaulois pouvaient avoir des régions situées au-delà des Alpes et sur les autres rives de la Méditerranée à l'époque qui nous occupe. Deux séries de données fournissent toutefois quelques indications. La première concerne l'usage des matières exotiques dans la parure féminine du Hallstatt Dl. Dans une riche tombe de Nordhouse, en Alsace, la jeune défunte, dont la tête est parée de boucles d'oreilles et d'épingles en or, porte, sur un vêtement parsemé d'éclats de coquillages, un pectoral

99. Les anneaux peuvent être comparés avec un exemplaire du dépôt de Vias dans l'Hérault : A. Coffyn, J. Gomez et J.-P. Mohen, op. cit. n. 20, photo. VII. 100. H. Polenz, « Hallstattzeitliche 'Fremdlinge' in der Mittelgebirgszone nôrdlich der Mainlinie », Gedenkschrift fiir Gero von Merhart zum 100. Geburtstag, Marburger Studien zur Vor- und Frûhgeschichte, 7, Marburg/Lahn, 1986, pp. 213-247, notamment p. 235, fig. 11, 6-12.


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constitué d'innombrables perles de corail et un collier composé de neuf perles d'ambre et d'une grosse cyprée de la mer Rouge encadré par deux boîtes cylindriques en fer dont le contenu n'est pas connu101. L'association dans une même parure féminine de matières venues des confins nord et sud du monde devient presque banale à partir du Hallstatt Dl. Elle revêt parfois un caractère exceptionnel lorsqu'à Chaffois dans le Jura, par exemple, le pommeau en ivoire et en ambre d'une épée du Halls tatt C est réutilisé, probablement comme amulette, dans une tombe féminine du Hallstatt Dl102. Les matières exotiques rares contribuent certes à définir un nouveau luxe féminin, mais elles participent aussi d'une nouvelle conscience géographique nordalpine, qui place le domaine hallstattien au cœur d'un monde bordé par des mers pourvoyeuses des matières rares qui assurent aux femmes prestige social et protection magique. L'idée selon laquelle les Gaulois, au début du vie siècle avant J.-C, considèrent qu'ils sont au cœur d'un monde dont les confins merveilleux se trouvent à l'extrême Nord et à l'extrême Sud peut aussi se déduire du passage que Tite-Live (V, 34) consacre aux expéditions lancées par Ambigat, vers 600 avant J.-C.103. Le vieux roi des Bituriges envoie ses neveux « se fixer dans les régions que les dieux révéleraient par des auspices ». A Bellovèse est attr ibuée l'Italie, un pays connu par ailleurs pour la variété de ses pro ductions agricoles exotiques (Pline, Hist. Nat. XII, 5 ; Tite-Live, V, 33), situé au-delà de montagnes « qui touchaient le ciel », jamais franchies auparavant, sinon par Hercule (à l'image des Monts Rhipées, qui séparent le pays des Hyperboréens du reste du monde). Ségovèse part quant à lui vers la Forêt Hercynienne. Malgré le commentaire déprédateur de Tite-Live, cette région tient une place particulière dans les conceptions antiques du monde : selon le De Mirabilibus Auscultationibus (105 = 840a), c'est là que l'Istros prend naissance ; or, c'est précisément ainsi que Pindare décrit l'emplacement du pays des Hyperboréens (Ol. III, 23-25). Les destinations révélées par les dieux ne sont 101. S. Plouin, « Sépulture d'une jeune femme de haut rang à Nordhouse », dans Trésors celtes et gaulois. Le Rhin supérieur entre 800 et 50 avant J.-C, Colmar, 1996, p. 76-79. 102. Dans le tumulus 3 de la Censure : P. Bichet et J.-P. Millotte, L'Âge du fer dans le Haut Jura. Les tumulus de la région de Pontarlier, Paris, 1992, p. 69-70, fig. 59. 103. Pour un commentaire précis de l'épisode et de ses implications historiques, voir St. Verger, « Le bouclier de Diviciac. A propos de Liv. V, 34 », dans L'immagine tra mondo celtico e mondo etrusco-italico. Aspetti délia cultura figurativa nell' antichità, D. Vitali (éd.), 2003, p. 333-369.


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donc pas des régions quelconques, mais des zones de confins extraordinaires situées l'une à l'extrême Sud des terres connues des Gaulois à cette époque, l'autre à l'endroit où les anciens pla çaient les limites septentrionales du monde. L'envoi de parures personnelles vers les confins méridionaux du monde, à l'adresse de lointaines divinités en charge des principales étapes de la vie féminine, prend donc toute sa place dans l'univers complexe et changeant des femmes gauloises de la seconde moitié du viie et de la première moitié du vie siècle avant J.-C. et s'insère bien dans ce que les auteurs anciens nous apprennent des relations entre les premières entités politiques d'Europe tempérée et les cités de Méditerranée occidentale à l'époque archaïque. Parures gauloises et offrandes hyperboréennes On observe en fait de nombreux points communs entre le dossier archéologique des objets gaulois dans les sanctuaires méditerranéens archaïques et la tradition des offrandes hyperbo réennes de Délos transmise par Hérodote (IV, 33-34). Dans les deux cas, des objets sont envoyés par un peuple qui occupe les limites septentrionales du monde connu. Ce sont soit des parures portées par de jeunes filles originaires de ces terres lointaines, soit des objets indéterminés, qui sont acheminés par des interméd iaires terrestres puis maritimes jusqu'au cœur de la Méditer ranée. Il semble s'agir plutôt d'offrandes collectives qui requièrent, de la part du peuple d'origine, une certaine organisa tion politique ou religieuse permettant la préparation d'expédi tions relativement complexes. Les dons sont adressés à des déesses grecques qui protègent les femmes lors des grandes épreuves de leur vie. Pour les Grecs, ces femmes du bout du monde, ou les objets qui les représentent, ont une fonction précise et importante dans certaines cérémonies pré-matrimon iales ou matrimoniales, ce qui explique leur présence dans des lieux de culte dont la fréquentation est habituellement réservée aux femmes grecques. Mais les deux ensembles documentaires ne se superposent pas. Alors que les offrandes hyperboréennes sont associées aux confins nord-orientaux, ceux qui se trouvent au-delà du pays des Scythes, la circulation des parures gauloises touche essentiell ement le Nord-Ouest de la Méditerranée, même si elle s'accom pagned'une récolte d'objets venus des Balkans et des rives


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orientales de la mer Noire. Si les premières concernent avant tout les Ioniens, de Sinope à Prasiai et de l'Eubée à Délos, les autres ne semblent s'adresser qu'à des cités doriennes. Cela pourrait indiquer qu'à une époque où les limites du domaine fréquenté par les Grecs étaient repoussées toujours plus loin, divers chemi nements légendaires ou réels, jalonnés d'offrandes périodiques, reliaient rituellement les confins du monde connu aux grands centres religieux du cœur de la Méditerranée. Epilogue L'envoi des offrandes gauloises dans les sanctuaires méditerra néens semble cesser vers 540-530 avant J.-C, c'est-à-dire d'un côté à la fin du Hallstatt Dl, de l'autre au moment où sont scellés la couche 5 du sanctuaire de Bitalemi et le dépôt archaïque de Satricum. Plusieurs raisons peuvent être invoquées. D'abord, vers cette époque, les conditions des navigations changent en Médi terranée occidentale. A partir d'une date qui correspond, entre autre, à la « bataille d'Alalia »104, de grands domaines maritimes se mettent en place105. Sur les côtes du Midi de la Gaule, on date généralement des environs de 530 la prise de contrôle de l'e nsemble des circulations maritimes par les Massaliètes106. C'est au même moment que la cité phocéenne commence à entretenir des relations régulières avec l'arrière-pays lointain et le domaine hallstattien occidental107. Plus au sud, la voie présumée des offrandes passe au large des côtes de la Sardaigne et à la pointe occidentale de la Sicile, qui, dans la seconde moitié du vie siècle, entrent sous contrôle carthag inois108. Cela a sans doute rendu plus difficile l'accès direct aux 104. Sur ce sujet, on trouve un état de la question dans M. Gras, « La battaglia del Mar Sardonio », dans Mâxr\. La battaglia del Mare Sardonio. Studi e ricerche, P. Bernardini et alii (éd.), Cagliari-Oristano, 2000, p. 37-46, avec la bibliographie précédente 105. M. Bats, « Les silences d'Hérodote ou Marseille, Alalia et les Phocéens en Occident jusqu'à la fondation de Vélia », dans APOIKIA. I più antichi insediamenti greci in occidente : funzioni e modi dell'organizzazione politica e sociale. Scritti in onore di Giorgio Buchner, Br. D'Agostino et D. Ridgway (éd.), Annali di archeologia e storia antica, n.s., 1, Naples, 1994, p. 133-148, avec une carte simplifiée de la situation en Méditerranée occident ale après 540 avant J.-C. (fig. 2). 106. M. Bats, op. cit. n. 60, 1998, notamment p. 626-628, et op. cit. n. 60, 2000, p. 246-247. 107. Sur ce point, voir dernièrement Cl. Rolley, « Les coupes attiques : Marseille », dans op. cit. n. 93, p. 305-308, avec la bibliographie précédente. 108. S. Moscati, Italia punica, Milan, 1986, p. 28-30 et 146-148 ; M. Gras, P. Rouillard et J.Teixidor, L'univers phénicien, Paris, 1989, p. 228-231.


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cités grecques de Sicile méridionale. Il n'est d'ailleurs pas certain que les relations entre la Sicile et le Languedoc aient été inte rrompues. Elles ont peut-être seulement été détournées à leur profit par les agglomérations puniques, ce qui expliquerait qu'un contingent d'Elisyques ait participé à la bataille d'Himère en 480 avant J.-C (Hérodote, VII, 165). Dans le Latium, enfin, c'est aussi vers cette époque que Rome commence à mener une politique d'expansion qui doit toucher des centres comme Satricum et Sermoneta109. C'est d'ailleurs ce qui pourrait expliquer l'abandon de ce dernier site au cours du VIe siècle. Dans l'état actuel de la documentation, on peut noter que les nouvelles puissances régionales sont restées étrangères aux trafics d'offrandes gauloises de la seconde moitié du vne et de la première moitié du vie siècle. Dans le troisième quart du VIe siècle, la réorganisation du sanc tuaire de Bitalemi, qui correspond au passage de la couche 5 à la couche 4, s'accompagne d'une transformation des formes de dévotion. Alors que les objets personnels en bronze disparais sent, la quantité de figurines de terre cuite augmente sensible ment110. Ce changement concerne tous les autres sanctuaires concernés par les offrandes gauloises, et plus généralement l'ensemble des lieux de culte de la Grèce d'Occident. Au même moment, un phénomène semblable touche les régions d'origine des objets gaulois. Les dépôts métalliques dispa raissent à peu près complètement, aussi bien en Languedoc qu'aux marges de la Gaule centrale et en Armorique. Après le troisième quart du VIe siècle, les pratiques votives y laissent peu de traces archéologiques. On commence à peine à identifier des dépôts votifs d'un nouveau type, comme par exemple le lot de plusieurs centaines de petites fibules, majoritairement en fer, déposé dans les sources de la Douix à Châtillon-sur-Seine au cours du Hallstatt D3 (510-475 av. J.-C.)111. Les nouveaux vête109. T.J. Cornell, The Beginnings of Rome. Italy and Rome from the Bronze Age to the Punie Wars (c. 1000-264 BC), Londres, 1995, p. 209-210 ; D. Palombi, « Cic. 2 Verr.,V, 19, 48 e Gloss. Ps. Plac. f5 (= GL, IV, p. 61) sulla costruzione del tempio di Giove Capitolino », Bullettino délia commissione archeologica comunale di Roma, 98, 1997, p. 7-14, notamment p. 12-13. 110. P. Orlandini, op. cit. n. 14, 1966, p. 17-20 et 30-31. 111. J.-L. Coudrot, « La Douix de Châtillon-sur-Seine. État des recherches », Mémoires de la commission des antiquités du département de la Côte-d'Or 38, 1996-1997, p. 77-87, notamment p. 83 et 86 et fig. 3-4. Les datations proposées sont à revoir : la plupart des fibules appartiennent à des types du Hallstatt D2-3.


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ments féminins se prêtent d'ailleurs moins facilement aux anciennes formes de l'offrande : les parures annulaires sont plus discrètes et moins diversifiées. L'âge d'or de la lourde bijouterie hallstattienne de bronze est passé. Enfin, l'intensification des contacts entre Grecs et Gaulois, à partir de la seconde moitié du vie siècle, repousse plus au Nord les limites extrêmes du monde connu et contribue à enlever aux femmes gauloises l'aura mythique qu'elles avaient acquise aux yeux des peuples de Méditerranée occidentale plus d'un siècle auparavant. La tombe « princière » féminine de Vix en Bour gogne pourrait en fournir l'ultime témoignage, au cours de la décennie 530-520112. *

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Mme Juliette de La Genière présente les observations sui vantes : « Stéphane Verger vient d'ouvrir un chapitre entièrement nouveau dans l'étude des trafics votifs dans la Méditerranée archaïque. En inventoriant les ex-voto de plusieurs grands sanc tuaires de Grèce et de la Sicile grecque, il révèle la présence d'une série d'objets produits en Europe occidentale à l'Âge du fer. Qu'il soit l'auteur de cette importante découverte ne surprend pas si l'on se rappelle que sa formation est double. En effet, igno rant les frontières entre les disciplines enseignées dans nos Univ ersités, il a acquis, à côté d'un cursus classique, une connaissance approfondie de la pré- et protohistoire de l'Europe occidentale dont témoigne sa thèse consacrée aux tombes à char de la Tène ancienne. Et ainsi, nous l'avons déjà entendu ici parler des monu ments hellénistiques et romains du sanctuaire d'Apollon de Claros en Grèce d'Asie et aujourd'hui nous avons suivi avec lui des objets du Languedoc vers des lieux de culte grecs.

112. St. Verger, « Qui était la princesse de Vix ? Propositions pour une interprétation historique », in Les élites et leurs facettes. Les élites locales dans le monde hellénistique et romain, Rome - Clermont-Ferrand, M. Cébeillac-Gervasoni et L. Lamoine (éd.), 2003, p. 583-625.


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COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS

Je voudrais rappeler que la communication que nous venons d'entendre a été précédée par une série de contributions, parmi lesquelles je citerai seulement un article important, trop peu diffusé, consacré aux ex-voto non grecs du sanctuaire d'Héra à Perachora près de Corinthe. H. Payne, le fouilleur du sanctuaire, avait remarqué ces objets et les avait définis comme septentrio naux sans pouvoir préciser leur origine. St. Verger les a identifiés comme des parures féminines languedociennes et hallstattiennes datables entre le milieu du vne et le deuxième quart du VIe siècle. A Corfou, colonie corinthienne, des bronzes masculins légère mentplus récents (des plaques de ceintures) ont la même origine et seraient dédiés à la même Héra Akraia. Ces documents témoi gnent de l'importance des navigations corinthiennes, tout part iculièrement pendant la période de la tyrannie à Corinthe, depuis le milieu du vne siècle avec Cypsélos jusqu'au lendemain de la mort de Périandre. Aujourd'hui, l'enquête a été élargie ; de nouvelles interroga tions ont été proposées, notamment sur le prestige des grands sanctuaires grecs auprès des sociétés barbares productrices de ces bronzes ; et aussi interrogations sur les navigateurs, les interméd iairesqui ont véhiculé les objets. En soulignant le rôle possible d'Agde, dont A. Nickels avait montré l'importance au cœur du Languedoc, St. Verger a rappelé la tradition des navigations rhodiennes sur la côte languedocienne, ces Rhodiens cofondateurs de Gela en Sicile, où plusieurs bronzes languedociens ont été découverts dans le thesmophorion de Bitalemi. Je voudrais cependant exprimer ici quelque perplexité sur le rôle qu'ont pu jouer ces navigateurs rhodiens dans ces trafics. Ce rôle a-t-il pu être important alors que les témoignages archéolo giques qui pourraient confirmer cette tradition antique sont très minces ? A Gela même, les échos de la culture rhodienne sem blent avoir eu une durée limitée, même si Thucydide rapporte que son acropole s'appelait Lindioi. En réalité, très tôt après la fondation de la colonie, dès le deuxième quart du vne siècle, les échanges maritimes étaient largement dominés par les Corin thiens qui inondaient de leur céramique et de leurs modèles tous les sites de la façade ionienne de l'Italie et de la Sicile méridion ale. A côté des navigateurs corinthiens, il y avait aussi les marins samiens, actifs de l'Ionie à l'Espagne, en Adriatique comme sur la mer Tyrrhéniene. Je me demande si cela laissait beaucoup de place aux acteurs rhodiens. »


SÉANCE DU 28 MARS 2003

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MM. Jean-Paul Morel, correspondant de l'Académie, JeanMarie Dentzer, Olivier Picard, correspondant de l'Académie et Emilio Marin, associé étranger de l'Académie, interviennent après cette communication.

LIVRES OFFERTS M. Jean Delumeau a la parole pour un hommage : « J'ai l'honneur de déposer sur le bureau de l'Académie, de la part de son éditeur Mme Adeline Rucquoi, les Actes, regroupant dix-neuf communicati ons, du colloque "Saint Jacques et la France" (Paris, Éditions du Cerf, 2003) qui s'est tenu à la Fondation Singer-Polignac les 18 et 19 janvier 2001 à l'in itiative de la Société des Amis de Saint-Jacques-de-Compostelle, que préside notre confrère Jacques Fontaine. L'Institut était largement présent à ce col loque puisque Michel Zink, Francis Rapp, de notre Académie, et Michel Mesnard de l'Académie des Sciences morales et politiques y ont aussi pris la parole. Ce dernier, dans une introduction superbe, a situé le voyage à Saint-Jacques par rapport à la quête du sacré naguère analysée par Alphonse Dupront. La relance actuelle des pèlerinages à Saint-Jacques-de-Compostelle invi tait les historiens à revisiter un sujet d'études un peu délaissé depuis un certain temps. Le cinquantenaire de la Société des Amis de Saint-Jacquesde-Compostelle a fourni à Jacques Fontaine l'occasion de ces retrouvailles scientifiques sur un fait majeur de la vie religieuse d'autrefois. Les partici pants de ce colloque franco-espagnol ont dimensionné largement leurs investigations et multiplié les éclairages, interrogeant tour à tour l'architec ture, l'iconographie et la littérature jusqu'à pointer les significations négat ives, voire obscènes, qu'a pu revêtir parfois le mot 'coquille', étroitement lié par ailleurs au pèlerinage à Compostelle. Les communications dans le livre sont groupées sous quatre rubriques - vénérer, représenter, écrire, agir mais, pour retser bref, j'en donnerai ici un résumé synthétique. Pour les pèlerins d'autrefois le saint enterré en Galice était l'apôtre Jacques le Majeur qui aurait évangélisé l'Espagne, serait revenu à Jéru salem, y aurait été décapité et dont le corps aurait été mystérieusement ramené en Espagne. A cause de ces allers-retours entre la Palestine et l'Espagne, la dévotion voyait en lui un pèlerin et le rapprochait du Christ qui avait un moment accompagné deux disciples sur le chemin d'Emmaus. La route comptait autant que le but : venus même de très loin, les pèlerins séjournaient peu à Saint-Jacques-de-Compostelle. En revanche, il n'était pas rare qu'ils laissent comme souvenirs aux étapes de leur voyage des graffiti représentant des pieds.


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