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MSF Infos - Mars 2026

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J261 / N°225 / Mars 2026 / 2€

ISSN 1146-2930

GRAND ANGLE

Diabète : réduire les inégalités d’accès à des traitements vitaux

ÉDITO

Présidente de Médecins Sans Frontières

« Un an et quelques mois après les coupes des financements américains à l’aide internationale décidées par l’administration Trump, nos équipes sont témoins des conséquences dévastatrices pour la santé mondiale et l’aide humanitaire : centres de santé fermés, médicaments vitaux bloqués dans les ports, travailleurs de la santé licenciés. En Somalie, par exemple, les interruptions de l’aide humanitaire ont entraîné l’arrêt des livraisons de lait thérapeutique pendant plusieurs mois. Le nombre d’enfants souffrant de malnutrition sévère admis dans nos structures à Baidoa et dans la région de Mudug est passé de 1 937 au cours des neuf premiers mois de 2024 à 3 355 au cours de la même période en 2025. À l’hôpital de Renk, au Soudan du Sud, 54 membres du personnel hospitalier du ministère de la Santé ont brusquement perdu leur emploi en juin, laissant un vide en matière de soins maternels. Résultat : davantage de nouveau-nés sont arrivés dans nos services pédiatriques avec un poids extrêmement faible, faute de suivi médical pendant la grossesse.

L’impact massif des coupes budgétaires américaines s’ajoute à la réduction du budget d’autres bailleurs majeurs, comme l’Union européenne, l’Allemagne, la France ou le Royaume-Uni. Tout aussi inquiétante, c’est la volonté de la part des États-Unis de réduire drastiquement leur rôle dans la santé mondiale. Une nouvelle stratégie illustrée par leur retrait de l’Organisation mondiale de la Santé, et l’abandon de domaines clés où ils ont longtemps été un leader mondial, comme la santé sexuelle et reproductive, la lutte contre la malnutrition et les maladies non transmissibles, avec des conséquences encore difficiles à anticiper, y compris pour les activités de MSF. »

SOMMAIRE

FOCUS MSF Logistique : 40 ans d’innovation et de savoir-faire au service des urgences humanitaires

GRAND ANGLE Diabète : réduire les inégalités d’accès à des traitements vitaux

REGARD Sharifo Nur Osman, déplacée après avoir fui les violences et la sécheresse en Somalie

EN LUMIÈRE Gaza Hell@ : la vie quotidienne d’un médecin gazaoui dans l’enfer de la guerre

EN APARTÉ Découvrez comment soutenir MSF autrement EN QUESTION Nos équipes prêtes à reprendre leurs activités en Libye

ENCART LEGS

MSF Logistique : 40 ans d’innovation et de savoir-faire au service des urgences humanitaires

Depuis quarante ans, l’expertise technique de MSF Logistique révolutionne les interventions de MSF sur le terrain. Les innovations qu’elle a initiées ont considérablement amélioré la capacité d’action des équipes sur leur terrain, leur permettant de déployer des secours en 24h. Retour sur quelques dates clés.

1979

Les débuts de la logistique chez MSF

En 1979, MSF intervient dans les camps de réfugiés cambodgiens en Thaïlande. Face à la désorganisation, Jacques Pinel, pharmacien, prend la logistique en main et fera entrer MSF dans une nouvelle ère, celle de la professionnalisation. C’est à ce moment-là qu’apparaissent les premiers kits médicaux et logistiques. Ces ensembles prêts à l’emploi contiennent tout le matériel nécessaire pour mener rapidement des opérations d’urgence.

1986

Création de MSF Logistique à Narbonne

Sa mission : garantir la sécurité et la qualité de l’approvisionnement en produits médicaux et non médicaux des opérations de MSF et d’autres organisations humanitaires. En 1994, elle s’installe à Mérignac, près de Bordeaux, où elle bénéficie d’un espace de stockage plus grand pour le matériel, les équipements, les médicaments et le parc automobile.

1999

MSF Logistique est agréée « établissement pharmaceutique » par le Ministère de la santé français

Ce statut lui permet d’acheter, de stocker et d’organiser la distribution des médicaments.

Années 2000

Apparition des premières caisses isothermes

La maîtrise de la chaîne du froid est essentielle à la conservation des vaccins et de certains médicaments. MSF Logistique a développé plusieurs solutions et outils permettant leur transport et leur conservation dans des zones où l’électricité est inexistante ou défaillante, parfois dans des climats extrêmes où les températures extérieures peuvent atteindre 45°C.

MSF Logistique en quelques chiffres* :

Plus de 7 200 kits fabriqués, chacun correspondant à une urgence ou une situation spécifique : chirurgie, vaccination, choléra, catastrophes naturelles, épidémies

de 8 200 tonnes de matériel et de médicaments expédiées

de produits en stock

2010

Première installation d’un hôpital de campagne en Haïti

Après un premier test au Pakistan en 2003, l’hôpital de campagne sous tentes gonflables est installé à la suite du séisme qui frappe Haïti en 2010. Cette structure de 100 lits, déployée en une dizaine de jours sur un terrain de football, comprend notamment deux blocs opératoires, permettant aux équipes d’opérer les victimes de la catastrophe. Il sera ensuite fréquemment utilisé dans le cadre d’autres urgences comme au Népal en 2015 ou à Gaza depuis 2024.

2014

Épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest

L’épidémie d’Ebola qui touche l’Afrique de l’Ouest est déclarée en mars 2014. Le virus, dont le taux de mortalité peut monter jusqu’à 90 %, se répand au Libéria, en Sierra Leone et dans d’autres pays voisins. MSF Logistique envoie sur le terrain des centaines de masques, bottes, combinaisons, gants ainsi que du matériel en kit pour protéger en premier lieu le personnel médical en contact avec les malades. Sont également acheminés des tentes en appui des hôpitaux et du matériel pour isoler les zones infectées.

2016

Construction du camp de Grande Synthe

Face aux conditions indignes dans lesquelles vivent les réfugiés, MSF lance la construction d’un camp humanitaire à quelques kilomètres de Calais, en France. Ce camp, érigé en quelques semaines selon les normes internationales fixées par le Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR), comprend 300 abris en bois, des douches avec eau chaude et des toilettes en nombre suffisant.

2022

Engagement environnemental

Dans le cadre de ses engagements en matière de décarbonation, MSF Logistique intègre désormais des critères environnementaux dans la sélection de ses fournisseurs, le choix des modes de transport et les moyens de fret.

Diabète : réduire les inégalités d’accès à des traitements vitaux

Le diabète est aujourd’hui l’une des dix plus importantes causes de mortalité dans le monde. En 2025, 800 millions de personnes en souffraient contre 500 millions en 20211. Les cas augmentent en particulier dans les pays à revenu faible et intermédiaire où 86 % des décès prématurés et des complications liés à cette pathologie surviennent. Au Bangladesh, au Soudan du Sud ou encore au Yémen, nos équipes s’attachent à favoriser les soins à domicile et l’autonomisation des patients, qui vivent souvent éloignés des structures de santé.

« Cette maladie l’affaiblit considérablement. Il s’évanouit, il perd connaissance. Je n’ai aucun moyen de le transporter à l’hôpital, je n’ai pas d’argent. Je reste à ses côtés comme ça alors que nous n’avons même plus de médicaments », raconte Rebecca, mère d’Ajou, atteint de diabète de type 1, au Soudan du Sud.

10 % des patients, comme Ajou, souffrent de diabète insulinodépen-

dant de type 1, avec un risque de mort immédiate sans insuline, une hormone essentielle pour réguler le taux de sucre dans le sang. 90 % sont touchés par le diabète de type 2, qui progresse plus lentement mais engendre des complications médicales graves sur le long terme. Dans les pays à revenu faible et intermédiaire, un enfant diagnostiqué avec un diabète de type 1 a une espérance de vie de 13 ans contre 65 dans les pays à haut revenu.

UN ACCÈS AUX SOINS À DEUX VITESSES

Pour les personnes atteintes de diabète de type 1, le traitement consiste en des injections d’insuline plusieurs fois par jour ainsi qu’en une surveillance constante du taux de sucre dans le sang. « Dans les pays à haut revenu, le patient diabétique ajuste sa dose d’insuline en fonc-

tion de son alimentation et mesure plusieurs fois par jour son taux de sucre », explique Anjoli Anand, notre référente concernant les maladies non transmissibles. Des innovations médicales comme les capteurs de glucose en continu ou encore les pompes à insuline intelligentes ont facilité cette surveillance mais ne sont accessibles qu’à ceux qui en ont les moyens. « Dans les pays à revenu faible et intermédiaire, c’est un défi quotidien. Certains minis-

Tchad - Le Dr Djimadoum Urbain examine Salwa M, 30 ans, qui souffre de diabète et de paludisme, à l’hôpital d’Adré.

Liban - Hawraa, 8 ans, est diabétique et est suivie par nos équipes à Hermel.

tères de la Santé ne fournissent pas d’insuline dans les structures médicales publiques. Les patients doivent eux-mêmes la trouver sur le marché privé. Cette dernière est très chère et s’ils parviennent à en acheter, il faut ensuite trouver un clinicien spécialisé qui peut les aider à définir la dose appropriée, ce qui n’est pas forcément évident. Au Soudan du Sud, par exemple, il n’y en a aucun » précise Anjoli Anand.

Dans les pays à revenu faible et intermédiaire, un enfant diagnostiqué avec un diabète de type 1 a une espérance de vie de 13 ans contre 65 dans les pays à haut revenu.

FAVORISER LES SOINS

À DOMICILE : LE CHOIX DE MSF

Il y a 10 ans, l’avancée majeure dans les programmes de MSF était de réussir à faire venir une personne deux fois par jour dans un centre de santé pour qu’elle puisse recevoir de l’insuline. En une décennie, nos patients sont passés d’une injection deux fois par jour dans une structure médicale à la gestion autonome à domicile.

C’est une révolution qui change radicalement la vie des patients vivant loin des structures de soins. Mais ce modèle de soins repose sur des outils adaptés. L’accès à des stylos à insuline, tout d’abord, que les patients préfèrent mais dont les coûts restent élevés. « Ils sont très pratiques, portables et faciles à utiliser. Ils permettent aussi de réduire la stigmatisation dont les patients font l’objet. Ils peuvent facilement l’emporter avec eux lorsqu’ils voyagent », explique Bol Tong Kuot, agent de santé à l’hôpital MSF d’Aweil au Soudan du Sud. Sans stylo, les patients reçoivent des flacons d’insuline avec des seringues. Ils doivent eux-mêmes prélever la dose correcte, sachant qu’une injection mal dosée peut être mortelle. «  En fournissant ces stylos, nous pouvons sauver des vies et éviter des complications futures comme des problèmes rénaux et oculaires », ajoute Bol Tong Kuot. L’auto-injection d’insuline nécessite de pouvoir maîtriser la chaîne du froid souvent dans des zones avec peu ou pas d’électricité. Une solution simple utilisée

Sans stylo, les patients reçoivent des flacons d’insuline avec des seringues. Ils doivent euxmêmes prélever la dose correcte, sachant qu’une injection mal dosée peut être mortelle.

3,4 millions de personnes

décèdent chaque année dans le monde de complications liées au diabète2

4 personnes sur 5

atteintes de diabète vivent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire2

sur nos terrains : l’utilisation de pots en argile qui permettent de maintenir l’insuline aux températures requises. Cette autonomisation passe également par l’auto-surveillance de la glycémie et donc l’accès à des glucomètres ou des capteurs de glucose en continu qui existent sous forme de patchs.

L’EXEMPLE DE CARNOT EN RÉPUBLIQUE

CENTRAFRICAINE (RCA)

En RCA, les médicaments comme l’insuline sont coûteux et souvent difficiles à trouver, et les programmes de prise en charge des patients sont rares. À Carnot, dans le sud-ouest du pays, MSF gère un projet dédié au traitement des personnes diabétiques. Les patients reçoivent une trousse médicale complète comprenant un glucomètre, de l’insuline, des seringues et des pots en argile pour stocker l’insuline. Ils sont formés à surveiller leur glycémie et à s’injecter l’insuline. Grâce à des suivis mensuels et à des visites à domicile, les patients gardent leur autonomie tout en continuant de bénéficier d’un accompagnement par le personnel médical. « Ce p rogramme permet aux patients de stabiliser leur santé et de retourner à

5 à 10 % des personnes diabétiques en Afrique subsaharienne ont accès aux traitements3.

Coût

d’un stylo à insuline :

· 3 $ en Afrique du Sud · 8 $ en Inde · 30 $ aux Etats-Unis vs son coût de production : 1,30 $

Bangladesh - Lors d’une consultation, un médecin montre à un patient diabétique, issu de la communauté rohingya, comment utiliser un stylo à insuline.

SIWAR VIT AU LIBAN, ELLE SOUFFRE DE DIABÈTE DE TYPE 1. SON PÈRE RACONTE :

“ Siwar était en bonne santé puis il y a eu des complications. Nous l’avons emmenée voir un pédiatre et elle a été diagnostiquée diabétique. Elle avait 11 mois. Comment était-il possible qu’elle soit diabétique ? Elle était si petite. Elle est suivie par les équipes de MSF depuis. On lui injecte de l’insuline 4 à 5 fois par jour avec un stylo. Elle commence à demander à le faire ellemême. La différence avec les seringues est immense. Même les adultes sont effrayés par l’utilisation de la seringue.”

l’école ou au travail et de retrouver une vie de famille. Aujourd’hui, 245 personnes sont suivies, dont 63 enfants et 182 adultes. Parmi elles, 80 ont été formées pour gérer leur traitement de façon autonome », précise Étive Marvin Houboutouni, responsable du projet. Un constat partagé par Adolphe Andoa qui vient de Nola, à plus de 200 km de Carnot. Diagnostiqué diabétique de type 1 il y a cinq ans, il avait du mal à se procurer de l’insuline dans sa ville. « J’étais constamment fatigué, je buvais beaucoup d’eau et j’avais toujours faim. J’ai dû arrêter l’école en classe de 4e à cause de ma maladie. Aujourd’hui je me sens beaucoup mieux. J’ai repris l’école en 2024 et je vis une vie normale », explique-t-il.

Les intérêts financiers des groupes pharmaceutiques restent la principale barrière économique pour accéder aux traitements contre le diabète dans les pays à revenu faible et intermédiaire.

BAISSER LE COÛT DE L’INSULINE, UN ENJEU VITAL

Lorsque l’insuline a été découverte il y a plus de 100 ans, les scientifiques ont vendu le brevet pour 1 dollar dans le but de la rendre accessible le plus largement possible. Aujourd’hui, son coût représente un obstacle de taille. Seules trois sociétés pharmaceutiques, Eli Lilly, Novo Nordisk et Sanofi contrôlent 90 % de l’ensemble du marché de l’insuline. Elles peuvent donc fixer des prix aussi élevés qu’elles le souhaitent, décider quels types d’insuline et quels dispositifs d’administration sont commercialisés ou non, et ainsi avoir un impact majeur sur la vie des patients dans le monde entier. Leurs choix, dictés par le profit, ont entraîné un double standard dans l’accès aux soins des personnes diabétiques. En 2024, Novo Nordisk a annoncé qu’elle allait complètement cesser la production du principal type de stylos à insuline humaine disponible - qui est également le moins coûteux -, pour se concentrer sur

la fabrication d’un médicament très rentable contre le diabète de type 2 et à la perte de poids chez les personnes souffrant d’obésité. Cela a contraint de nombreuses personnes à procéder à des ajustements importants de leur traitement, et certaines seront obligées de passer à l’utilisation d’insuline en flacon avec seringues.

Les intérêts financiers des groupes pharmaceutiques restent la principale barrière économique pour accéder aux traitements contre le diabète dans les pays à revenu faible et intermédiaire. Révolutionner la prise en charge du diabète dans les pays à ressources limitées est possible à condition de surmonter les barrières économiques actuelles et les intérêts privés tout en adaptant les soins aux contextes. C’est ce combat que nos équipes mènent tout en poursuivant la prise en charge de leurs patients sur leurs terrains.

Burundi

Entre décembre 2025 et janvier 2026, plus de 90 000 réfugiés ont fui les combats intenses en République démocratique du Congo (RDC) pour le camp de Busuma situé dans l’est du Burundi. Ils font face à une situation humanitaire dramatique, très loin des standards minimums en termes d’accès à l’eau, à la nourriture et aux soins de santé. Afin de répondre aux besoins sanitaires, nos équipes ont ouvert une clinique où la plupart des consultations réalisées concernent des maladies respiratoires, le paludisme, les diarrhées et les parasitoses.

Haïti

PANORAMA Syrie

Plus de 100 blessés ont été admis en seulement deux semaines fin janvier 2026 à l’hôpital de Drouillard, alors que Port-au-Prince connaît une recrudescence des combats entre la Police Nationale d’Haïti (PNH) et les groupes armés, principalement dans des quartiers densément peuplés. Pour des milliers de civils, le quotidien est rythmé par les échanges de tirs et les frappes de drones, les laissant souvent pris au piège, dans des zones contrôlées par les gangs.

Plus de 1 300

. C’est le nombre de cas de rougeole enregistrés entre septembre et décembre 2025 dans les structures de santé soutenues par nos équipes dans la région du Darfour au Soudan. Malgré leurs alertes répétées aux ministères de la Santé des États et au gouvernement fédéral, aucune campagne de vaccination à grande échelle n’a été réalisée.

Mozambique

Au cours du mois de novembre 2025, un groupe armé non étatique a mené plusieurs attaques dans la province de Nampula, déclenchant la plus importante vague de déplacements dans le nord du Mozambique depuis juillet 2025. Au total, plus de 300 000 personnes ont été déplacées de force dans le nord du pays. Nos équipes ont lancé une intervention d’urgence dans la province de Nampula, dans les zones du district d’Erati, pour fournir des soins à ces populations.

Un an après la chute du gouvernement de Bachar Al-Assad, les besoins en santé des communautés du gouvernorat de Dara’a sont importants. Des années de conflit ont entraîné une destruction massive des infrastructures et considérablement affaibli le système de santé. Nos équipes interviennent dans la région pour la première fois depuis près de 12 ans. Elles collaborent avec la Direction de la Santé (DoH) en Syrie pour renforcer les activités de santé : soins aux mères et aux enfants, renforcement des mesures de prévention et de contrôle des infections, sensibilisation à la santé et offre de soins en santé mentale aux patients.

CAMEROUN

Dans l’Extrême-Nord du pays, attaques, déplacements forcés et insécurité alimentaire font partie du quotidien de nombreuses communautés, confrontées depuis plus de dix ans aux conséquences du conflit armé du bassin du lac Tchad. Les structures de santé sont souséquipées ou fermées. Nos équipes mènent des consultations ambulatoires, offrent des soins en santé mentale, des services de santé sexuelle et reproductive et assurent une prise en charge chirurgicale dans les districts de santé de Mora et de Kolofata.

REGARD

« Nous avons voyagé avec d’autres familles. Nos chèvres sont mortes en chemin.

Dans le camp, nous n’avons ni nourriture, ni eau, ni abri. Parfois, nous ramassons des plantes sauvages pour manger. Il n’y a ni latrines ni cliniques ; les enfants sont souvent malades. Si quelqu’un tombe malade, nous collectons de l’argent pour l’emmener à l’hôpital de Galkayo. Parfois, nous arrivons trop tard. »

Sharifo Nur Osman, 50 ans, a fui les violences à Mogadiscio, en Somalie, et la sécheresse dans son village.

Elle vit désormais dans un camp de déplacés à Galkayo, avec sa sœur et plusieurs de ses petitsenfants. Les familles comme celle de Sharifo dépendent souvent de nos équipes mobiles pour recevoir des traitements, des vaccins, un soutien nutritionnel et des orientations vers des services de santé.

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20 juillet 2025

Gaza Hell@ : la vie quotidienne d’un médecin gazaoui dans l’enfer de la guerre

Le Dr. Abu Abed Mughaisib est l’un de nos coordinateurs médicaux à Gaza depuis plus de 20 ans. En septembre 2025, après 712 jours de guerre, il a quitté l’enclave. Tous les jours ou presque, depuis le début de la guerre, il s’est fait l’écho des voix palestiniennes en publiant sur les réseaux sociaux des textes qui parlent du quotidien, de la survie à Gaza.

En voici quelques extraits récents :

Je n’aurais jamais imaginé voir ce jour arriver.

J’ai parlé de la faim et de la malnutrition, de son impact sur les enfants, les femmes enceintes et les familles déplacés. J’ai parlé de l’effondrement du système sanitaire, de l’insécurité alimentaire, des souffrances quotidiennes. Mais je n’aurais jamais imaginé vivre ça moi-même. Depuis un mois, je ne me nourris que d’un repas par jour. Ces derniers temps, d’un repas tous les deux jours. Pas parce que je ne peux pas me permettre d’acheter de la nourriture, mais parce qu’il ne reste plus de nourriture à acheter. Les marchés sont vides. J’essaie d’apaiser la douleur dans mon estomac avec tout ce qui peut se manger. Je n’ai plus d’énergie. Mon corps abandonne. Et je ne suis pas le seul. Tout le monde dans le secteur médical souffre de la même faim. Nous soignons des patients affamés, en étant nous-mêmes affamés. Les chauffeurs d’ambulance qui amènent les blessés : eux-aussi sont affamés. Nous sommes censés sauver des vies, alors que la nôtre se dégrade petit à petit. Ce n’est pas juste la faim, c’est le lent effondrement de la vie, de la dignité, et de l’humanité.

18 août 2025
À Gaza, le temps n’existe plus.

Un enfant n’a pas le temps de pleurer devant le corps de ses parents avant de réaliser qu’il est désormais orphelin. Les blessés n’ont pas le temps de crier de douleur. Leurs plaies, physiques ou invisibles, n’ont pas le temps de cicatriser. Les hôpitaux n’ont pas le temps de souffler avant de voir arriver une nouvelle vague de blessés. Une femme enceinte n’a pas le temps de pleurer pendant qu’elle accouche. Les estomacs affamés se tordent en silence, ils n’ont pas le temps de crier famine. Les familles n’ont pas le temps de faire un deuil qu’un nouveau décès les accable. Elles n’ont pas le temps d’enterrer leurs morts avec dignité. Pas le temps de dire au revoir à ceux qui ont disparu sous les décombres. Pas le temps de reconstruire ce qui a été détruit, parce que la destruction revient chaque fois plus rapidement. La vie ici ne se compte plus qu’en secondes et en minutes ; chaque instant est volé à la survie. Pas le temps de réfléchir à où aller à chaque nouvel ordre d’évacuation. Pas le temps pour le stress, pour la panique ou pour la peur. Les déplacements n’attendent pas, pas plus que les bombes ni la mort. Pas le temps pour le silence. Ici même le silence est brisé par le bruit des frappes aériennes.

9 octobre 2025 (veille du dernier cessez-le-feu). J’aimerais pouvoir y croire.

28 juillet 2025

Confession aux anges.

Je ne veux plus faire partie du genre humain. Voici mon vœu : faites de moi quelque chose d’utile, dans ce monde de cœurs brisés. Faites de moi un morceau de pain pour la famille qui n’a pas mangé depuis des jours. Faites de moi une béquille pour l’homme dont la jambe a été amputée à cause de la guerre. Faites de moi une couverture pour l’enfant gelé à Gaza, qui meurt non plus de ses blessures mais de la faim. Faites de moi une tente pour la femme qui n’a nulle part où se cacher. Si je ne peux pas atténuer leurs souffrances, si je ne peux pas apporter de la chaleur, si je ne peux pas les protéger, à quoi bon rester un homme ?

14 septembre 2025 (la ville de Gaza est bombardée par l’armée israélienne) Il n’y a plus de Gaza.

Cette nuit, la ville de Gaza a un air de fin du monde. Des frappes nonstop, plus fortes, plus proches, plus dures que tout ce à quoi nous avons assisté jusque-là. Des familles jetées dans la rue de force, courant dans tous les sens. Des mères tenant un enfant par la main, l’autre dans les bras. Des vieillards trébuchant sans rien d’autre que leurs vêtements sur le dos. Ce n’est pas une métaphore. Ce n’est pas une façon de parler. C’est ce qu’il se passe, en ce moment-même. [...] La route côtière entre le nord et le sud de Gaza croule sous les camions et les voitures. Les vagues de déplacements sont plus massives que la première fois, et au fond, tout le monde sait que cette fois, ce ne sera pas temporaire. Il n’y aura pas de retour. Le deuil a envahi les rues. Les familles dorment à même le sol. Et pourtant, cela continue. Sans fin, sans pause, sans pitié. Nous vivons un cauchemar auquel l’histoire n’avait encore jamais assisté.

Je n’arrête pas de me le répéter : la guerre est finie. Mais comment soupirer de soulagement quand on a tout perdu. Nos maisons, nos quartiers, nos rues, nos amis, nos souvenirs, notre histoire... Des générations entières effacées. Comment me réjouir alors que deux de mes collègues sont morts à peine quelques jours avant que la paix n’arrive enfin ? Comment me réjouir alors que plus de 76 639 âmes ne verront plus jamais le soleil se lever, disparues, enterrées sous leurs maisons. Alors que des milliers de familles ont été effacées, des générations entières réduites au silence. Alors que d’autres entament un nouveau deuil, un deuil qui n’aura pas de fin ? Comment me réjouir alors que des milliers de personnes ont été amputées, ne marcheront plus jamais, et des centaines de milliers vivent toujours dans des abris construits avec les débris de ce qui était autrefois leur maison ?

Publié en novembre 2025, le livre « Gaza Hell@ » compile d’autres textes du Dr. Abu Abed Mughaisib. Il est disponible à l’achat sur le site des Éditions Le Merle Moqueur lemerlemoqueur.fr

Legs et fiscalité

Que permet la reconnaissance d’utilité publique ?

Transmettre tout ou partie de son patrimoine à une association soulève souvent des questions fiscales.

Qu’est-ce que la reconnaissance d’utilité publique ?

La reconnaissance d’utilité publique est accordée par décret à certaines associations répondant à des critères d’intérêt général, de gestion et de transparence. Médecins Sans Frontières bénéficie de cette reconnaissance depuis 1989, ce qui lui permet de recevoir des legs, assurances-vie et donations.

Quel impact sur la fiscalité des transmissions de patrimoine ?

En France, les associations reconnues d’utilité publique sont exonérées de droits de mutation. Cela signifie que les biens ou capitaux transmis à MSF ne sont pas soumis aux droits de succession. Alors qu’un héritier non-parent peut devoir s’acquitter jusqu’à 60 % des taxes de succession, ce sont 100 % des sommes ou des biens légués qui sont reçus par Médecins Sans Frontières.

Découvrez dans ce numéro de votre Journal MSF infos, notre Hors-série spécial transmission.

Pour plus d’information vous pouvez contacter l’équipe relations testateurs de MSF, nous sommes à votre écoute pour vous informer et vous accompagner dans votre réflexion.

Du lundi au vendredi de 9h00 à 18h00 au 01 40 21 29 09 relations.testateurs@paris.msf.org

La Fondation MSF

Votre générosité au service des patients

Face à l’explosion des besoins sur les terrains d’intervention de MSF et aux coupes massives des financements de l’aide internationale, La Fondation MSF a choisi de recentrer ses priorités sur la prise en charge des enfants, renouvelant ainsi une partie de son portefeuille de projets.

Parmi eux, la recherche d’une solution pour mieux gérer l’acidocétose diabétique chez l’enfant, une complication grave du diabète de type 1. Entourée d’experts, La Fondation MSF a travaillé sur un outil de calcul clinique, capable d’analyser les données et de proposer des ajustements thérapeutiques, en fonction du protocole de traitement MSF, pour sauver des vies, notamment dans les zones où les spécialistes font défaut.

Elle poursuit également des recherches sur l’utilisation de patchs à micro-aiguilles (micropatch), dans le cadre d’un appel à projet de l’OMS. Cette technologie innovante, permettant d’administrer des vaccins par voie cutanée, ainsi que leur transport en dehors de la chaîne de froid pendant une période allant jusqu’à deux semaines avant administration, pourrait transformer durablement les pratiques vaccinales, notamment en matière de lutte contre la rougeole.

Si vous êtes assujetti.e à l’impôt sur la Fortune Immobilière (IFI), vous avez la possibilité de déduire de cet impôt 75 % du montant de vos dons versés à La Fondation MSF dans la limite de 50 000 €. Vous contribuez ainsi à améliorer la prise en charge des patients sur les terrains de MSF tout en bénéficiant d’avantages fiscaux.

La générosité : une valeur qui se transmet

Madame A. soutient MSF depuis trente-quatre ans. Elle revient sur les raisons d’un tel engagement et sur sa volonté de le partager avec ses enfants.

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« J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour les médecins, pour leur courage, pour l’investissement incroyable qu’ils mettent dans ce qu’ils font, témoigne Madame A. Ils font un travail formidable sur le terrain et pourtant ils n’ont pas la reconnaissance qu’ils méritent. En plus de cette admiration, il m’a toujours paru essentiel de soutenir les populations qui souffrent. C’est pour ces raisons que j’ai choisi de faire mon premier don à MSF il y trente-quatre ans. Pour moi, MSF est une association solide. J’ai entièrement confiance en elle et en sa capacité à choisir les urgences sur lesquelles elle intervient. Qu’importe les religions, l’endroit d’où l’on vient, nous sommes tous humains. Je pense que l’urgence à soulager la souffrance n’a pas de frontière ». Chez Madame A., la solidarité est une affaire de famille et se transmet tel un relais de génération en génération. Elle explique : « Mes parents étaient tous les deux très généreux et ils

m’ont appris à l’être aussi. C’est une valeur que nous avons voulu, mon mari et moi-même, inculquer à nos enfants. Chaque année, nous consacrons une certaine somme qui sera transmise à des associations que nous choisissons ensemble en fonction de nos sensibilités respectives. Je suis attachée à la solidarité internationale, mes fils à l’écologie et ma fille à la lutte contre les violences faites aux femmes ». En 2025, Madame A. a choisi de généreusement soutenir la réponse d’urgence de MSF au Myanmar à la suite des séismes qui ont frappé le pays. « En 2014, nous nous sommes rendus au Myanmar en famille et ce séjour nous a tous bouleversés. Lorsque j’ai appris que MSF offrait des soins aux victimes de la catastrophe, je n’ai pas hésité ». Ce témoignage inspirant nous rappelle l’importance de faire vivre les valeurs qui nous unissent, et que la générosité peut traverser les générations.

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EN QUESTION

Nos équipes prêtes à reprendre leurs activités en Libye

La Libye reste l’un des lieux les plus dangereux au monde pour les migrants et les réfugiés. Détentions arbitraires, torture, violences sexuelles, rançons : ceux qui transitent par le pays puis tentent de rejoindre l’Europe y subissent une violence systématique. En mars 2025, MSF, ainsi que neuf autres ONG, a été contrainte par les autorités de suspendre ses activités sur place avant d’être de nouveau autorisée à intervenir. Steven Purbrick, chef de mission, revient sur la reprise progressive des activités des équipes et sur la situation.

Pouvez-vous nous décrire la situation de la Libye ?

La Libye est un pays fragile et fracturé. Elle constitue un point de passage ou une étape majeure pour des personnes à la recherche d’une perspective économique ou d’un moyen de traverser la Méditerranée pour rejoindre l’Europe, parfois seule échappatoire pour elles. L’OIM (Organisation internationale pour les migrations) estime à environ un million le nombre de migrants et de réfugiés dans le pays, un chiffre qui a encore augmenté avec l’arrivée d’au moins 500 000 Soudanais ces deux dernières années. Parmi ces réfugiés, nous recensons de plus en plus de femmes et de familles. Nous voyons également beaucoup de jeunes garçons, entre 14 et 17 ans, qui ont pris la route seuls.

À quels dangers ces personnes sont-elles confrontées ?

Elles sont extrêmement vulnérables et exposées à la violence. Les migrants et les réfugiés sont interceptés en mer ou arrêtés dans la rue, enfermés soit par des groupes criminels, soit par des milices quasi-officielles dans des lieux de détention et torturés jusqu’à ce que leur famille paie une rançon. Les femmes y sont quasiment systématiquement victimes de violences sexuelles. Ces personnes sont aussi contraintes au travail forcé et à d’autres formes d’exploitation. Tout ce système est en partie alimenté par l’Union européenne qui apporte un soutien financier et technique (matériel, bateaux, formations...) aux milices qui réalisent des interceptions en mer et ramènent de force en Libye les personnes qui tentent de fuir le pays, contribuant à en faire une économie d’exploitation lucrative pour de nombreuses milices. Les migrants et les réfugiés en Libye ne bénéficient d’aucune protection et l’accès aux soins constitue un véritable défi pour eux. Les besoins en soins médicaux et en santé mentale sont immenses parmi les victimes de tortures et de violences sexuelles. Un grand nombre de personnes souffrent également de maladies non soignées, comme la tuberculose, par exemple, et qui mettent leur vie en danger.

Pour quelle raison avez-vous dû suspendre vos activités en mars 2025 ?

En mars 2025, nous avions été contraints de suspendre nos activités après la fermeture de nos locaux par l’Agence de sécurité intérieure. Cette décision politique a été prise dans un climat de plus en plus hostile aux migrants en Libye. C’est d’autant plus paradoxal que l’économie libyenne repose largement sur le travail de ces mêmes migrants. La raison officielle invoquée était que nous procédions à la réinstallation de migrants en Libye. Ce n’est absolument pas le cas : nous militons pour que les personnes les plus vulnérables puissent sortir du pays, y compris via des couloirs humanitaires par exemple, faute d’autres options. Pendant plusieurs semaines, certains membres de notre personnel libyen ont été interrogés, menacés, forcés de démissionner. Puis, le ministère des Affaires étrangères nous a sommés de quitter le pays. Après une campagne de plaidoyer et des négociations menées par les équipes MSF, les autorités sont finalement revenues sur leur décision en janvier 2026, nous permettant d’agir à nouveau.

Où en êtes-vous dans la reprise de vos activités ?

Avant leur suspension, nous avions deux projets axés sur la santé et la protection des migrants. L’un à Tripoli, l’autre à Zuwara, dans l’ouest du pays, à proximité de la frontière tunisienne. Nous allons relancer progressivement ce dernier pour offrir des soins de santé primaire et transférer les cas les plus graves aux hôpitaux environnants. Nous reprenons aussi nos activités de lutte contre la tuberculose car le système mis en place par les autorités n’est pas suffisant et non accessible aux migrants. Les couloirs humanitaires, qui ont permis à 70 personnes de quitter la Libye pour l’Italie en 2025, se maintiennent. Malgré les difficultés qu’elles rencontrent, nos équipes restent mobilisées.

Cameroun - Activités de sensibilisation à la malnutrition au centre de santé intégré de Kourgui.

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