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ENCYCLOPÉDIE DE

MONT-SAXONNEX

ALBUM


ENCYCLOPÉDIE DE

MONT-SAXONNEX

ALBUM


SOMMAIRE Introduction ..........................................................................

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Lieux-dits et hameaux, promenade toponymique ...............................................

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Les “yeux” du Bargy Géomorphologie et hydrologie ...............................

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Des millions d’années pour faire un terroir ......................................................

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Grottes et gouffres de la chaîne du Bargy...................................................

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Escalade en falaise ..........................................................

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Sur les traces de la faune sauvage...........................

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Diversité et richesse botanique de Mont-Saxonnex ........................................................

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Le jardin de mes tantes ...........................................

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Le coin du mycologue.............................................

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Météorologie ................................................................

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Hameaux et quartiers ..............................................

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INTRODUCTION Il est bien plus beau de savoir quelque chose de tout que de savoir tout d'une chose ; cette universalité est la plus belle. Blaise Pascal

Nul objet, si petit soit-il, n'échappe à ce désir de savoir, à cette soif de connaissance qui caractérise le genre humain. Des espaces sans limites du cosmos à l'infiniment petit des nanotechnologies, la science ne laisse aucun terrain en friches. C'est pourquoi l'équipe d'Album a pris le risque de l'immodestie en se lançant dans la publication d'une “Encyclopédie de Mont-Saxonnex”. Le défi n'est pas mince : il s'agit d’appliquer à la description d'un village de 1500 habitants les méthodes généralement utilisées pour rendre compte d'ensembles plus vastes, un pays, une région, un département. Il a été rendu possible par le concours amical d'éminents spécialistes de géologie, de géomorphologie, de zoologie et de botanique qui ont signé les articles de cette “Encyclopédie”. Ils se sont efforcés de mettre à la portée du plus grand nombre leurs connaissances acquises à l'occasion de leurs travaux scientifiques, et de leurs observations sur le terrain. Géographie physique, géographie humaine : cette distinction classique se retrouve dans la composition de l'ouvrage. Le Mont-Saxonnex, où la présence humaine remonte à l'antiquité, est un assemblage de quartiers, de hameaux dotés chacun d'une personnalité propre. Se retrouver ensemble, le temps d'une photo de groupe, fut pour leurs habitants un moment de convivialité, et pour l'équipe d'Album une heureuse surprise : très peu nombreux furent ceux qui manquèrent à l'appel. Le travail encyclopédique se caractérise également par le fait qu'il n'a jamais de fin. Chaque génération prend le relais de la précédente, pour compléter, modifier, amplifier le travail des anciens, en fonction de l'évolution des connaissances scientifiques. Cette “Encyclopédie de Mont-Saxonnex” aura atteint son but si elle suscite, chez ses lecteurs, l'envie d'en savoir plus, et de nouvelles vocations de chercheurs, professionnels ou amateurs. Luc Rosenzweig Mont-Saxonnex, décembre 2006

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LIEUX-DITS ET HAMEAUX, PROMENADE TOPONYMIQUE Par René Siffointe, Professeur agrégé

D’origine celte, latine ou germanique, les noms de lieux témoignent de la diversité des peuplements.

Du Pont de La Bonnaz jusqu’au Bourgeal Le Pont de La Bonnaz permet de traverser le Torrent de Marnaz. Il se situe à environ 250 mètres après le carrefour de Blanzy. Bonnaz : la terminaison “az” indique que la dernière syllabe ne doit pas être accentuée. Pour les uns, Bonne dérive de “Borne” toponyme utilisé pour désigner une petite hauteur ou un passage resserré entre les parois rocheuses ; pour d’autres, il pourrait correspondre à un nom de famille (patronyme), fréquent au Mont-Saxonnex. Une falaise surplombe bientôt la route ; c’est le Rocher de Borni. Borni est un toponyme qui peut prendre plusieurs sens, dont celui en particulier de “limite”, mais aussi de rocher caverneux. Ce rocher marque la limite séparant la commune de Mont-Saxonnex de celle de Marnaz. Au-dessus du rocher, existe un hameau perché, celui d’Alloup.

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Disons tout de suite, qu’il n’a aucun rapport avec les loups. Dans son livre sur les noms de lieux des Alpes, P.L. Rousset pense que ce nom provient d’un radical très ancien pré-indoeuropéen “CAL” qui veut dire “pierre - hauteur”, avec possibilité d’une réduction en “AL”. Quant à la dernière lettre de ce radical, elle pourrait donner naissance à toute une série de terminaisons, dont celle de “loup”. Mais il existe aussi une autre interprétation, à savoir que le toponyme “Alleux” avec ses dérivés comme Allot, Alleu, désigne une terre libre, affranchie de toute redevance. Le suffixe “leu” se serait transformé par la suite en “loup”. Après la traversée de la forêt et le passage du Ruisseau du Chêne, on arrive dans un paysage ouvert et habité, donc riche en toponymes.

LIEUX-DITS ET HAMEAUX, PROMENADE TOPONYMIQUE

Une route, à droite, conduit à La Combaz (toponyme fréquent dans les Alpes puisqu’il indique un lieu placé dans une dépression du relief ), et à Chède (toponyme surprenant ici, car provenant du latin “cadere”, il veut dire “tomber”. L’explication paraît mieux convenir pour la commune de Passy, dans la Vallée de l’Arve). Néanmoins, on doit fortement descendre pour atteindre ce hameau. Un bosquet d’arbres placé audessus de la route masque le lieu-dit Le Chêne (l’arbre), qui a donné son nom au ruisseau que nous venons de traverser. Les premières maisons, à gauche de la route, sont celles des Granges (terme qui désigne une maison avec les pièces d’habitation, ses écuries, et au-dessus son fenil). Sur la droite, un chemin


descend vers La Cha (le champ) et les Voyis (toponyme qui provient probablement du latin “via” désignant un chemin). Non loin de l’embranchement de la zone artisanale, la route traverse Le Nant de Béguet (Nant est un terme désignant un ruisseau ou un torrent. Pourquoi Béguet ?), puis arrive à un carrefour important.

A droite, l’on descend vers Culaz (toponyme qui désignerait un creux correspondant à un ancien glissement de terrain, une sorte de coulée, ou un lieu sans issue) ; à gauche, l’on part vers Les Jourdils (mot dérivé de “gerdil”, le jardin), puis Freney (lieu qui était caractérisé par la présence d’un frêne).

Le Chef-Lieu Mont-Saxonnex (avec terminaison “ex” ou “et”) est le nom de la commune. La présence d’un rocher visible de toute la vallée explique bien le radical “Sax”. On pourrait imaginer qu’il s’agit d’un “rocher noir” du fait de sa couverture végétale constituée d’épicéas. Ainsi, en contrebas, à la limite de la commune de Vougy, existe un lieu-dit “Rocher Noir”. Noir en patois se dit “neire”, mais également “naz, nez, ney, etc.”. Le premier hameau du village rencontré, est celui du Bourgeal, terme qui veut dire “hameau”. Pour atteindre

l’église, il faut prendre dans le village, la route de droite. Le replat qui précède l’église se dénomme L’Huche (mot qui désigne une terre labourée : “Oche - Houche”). A droite, un embranchement permet d’atteindre le hameau d’Alloup (voir ci-dessus), en passant par celui des Faux, indiquant la présence ancienne de hêtres (Fey - Fé - Fou Féau, en vieux français). La route départementale prend la direction du hameau de Pincru (anciennement la “Villia”, le village.

Pourquoi Pincru ?). On longe une dépression en forme d’entonnoir, les Gorges du Cé (écriture bizarre du toponyme “Saix”, du latin Saxum : rocher). On comprendra donc que le promontoire situé face au rocher de l’église, se dénomme “Sur Le Cé”. Un peu plus loin, un autre hameau porte le nom de “Carré Derrière”, comme l’indique le cadastre, mais les habitants ont toujours dénommé ce hameau : Le Quart Dernier, puisqu’il correspond au dernier quartier du village.

De Pincru jusqu’aux Frachets A Pincru, prendre la route de Morsullaz. Le premier lieu-dit rencontré est celui du Martinet. Anciennement, l’eau du Bronze devait être détournée au moyen d’une bédière pour actionner un marteau qui servait à battre le fer. Une falaise rocheuse se détache dans le paysage. Il s’agit du Rocher Des Gras. Il est certain que la transcription sur la carte fut mauvaise ! Un “égrats” (sentier en

marches) devait permettre d’atteindre les alpages situés au-dessus. On rencontre ensuite le hameau des Buttex (butte : petite élévation de terrain). Près de ce lieu, le cadastre indique un toponyme qui n’existe plus : Le Vuafieu, ce qui veut dire passage à gué ; l e Bro n ze

n’est pas loin. Près du Planet (le replat), se situe le hameau du Liot (non loin de Thonon, existe une commune dénommée le Lyaud, de signification incomprise ; peut-être lieu ?). Après un tournant, la route entre dans la forêt. A gauche, débute le chemin qui conduit aux Vuargnes (Les sapins). Après le parking du Lac Bénit, la route traverse deux petits hameaux successifs, le Bété et le Bété d’en Haut (souvent écrit ailleurs, “Bettex” : bois marécageux). Le bois marécageux se poursuit jusqu’à Morsullaz (Pour

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Les Buches

Les Montures Morsullaz

Les Rutins Le Vuargne

La Pellaz

Le Bronze

H. Bessat, le toponyme pourrait dériver de Moillesullaz, et serait apparenté à Molliet, à Mouilles, des mots qui indiquent des lieux marécageux. A Gaillard, existe Moëllesulaz ; à Queige, en Savoie, le Hameau Molliessoulaz. Quant au suffixe “soulaz”, il pourrait indiquer un lieu boueux, planté de Saules). Près des chalets de La Pellaz (qui doivent probablement leur nom à la présence d’un replat ; ailleurs on trouve Pelloux ou Pelly) arrêtons-nous pour contempler les sommets qui nous dominent. Le Bargy tire son nom, selon P. L. Rousset, du radical pré-indo-euro-

péen, “BAL puis BAR” qui veut dire “sommet - montagne”. Un col, celui d’Encrenaz permet de distinguer le Grand du Petit Bargy. Encrenaz veut dire “encoche”, donc “col”. Dire le col d’Encrenaz est donc une tautologie (redondance). A noter que le cadastre indique le col d’Enquernaz, par déplacement de la lettre “r”, ce qui correspond à une métathèse. Un peu plus loin, sur la crête, La Tour (toponyme ambigu qui peut provenir d’un radical “TOR” ou d’une métaphore plus récente “tour”). De La Tour descend un ravin, Le Cheneau Rosset, c’est-à-dire la gouttière rousse, du fait de la couleur de la roche.

Quelques autres toponymes métaphoriques récents agrémentent le Bargy : Les Yeux - L’Eglise Musset - Le Nez de l’Envers - Le Cœur. La route traverse ensuite le Bronze et atteint deux groupes d’habitations : Le Trasu (toponyme non cadastré et de signification inconnue) et Le Vuargne (le sapin). On arrive ensuite aux Rutins, chalets placés au sommet de la pente forte le long de laquelle monte la route (“rutin” voudrait dire “terre rouge”. Cette explication peut être acceptée, car près du tournant existe un affleurement de flysch de teinte brun roux). Dans les alentours on trouve également deux toponymes indiquant la forte pente : Les Côtes et Les Montures. Au-dessus des Rutins, la route serpente sur un plateau déforesté (L’Essert) depuis longtemps pour le pâturage. On rencontre alors Lachart, (alpage placé en replat sur un promontoire, lui-même souvent dénommé Le Châtelet). Laissant à droite le chemin des Bourgets (du hameau), on arrive enfin aux Frachets. Ce hameau de fin de la route asphaltée tire son nom de la présence du frêne (Fraxinus en latin, frasse, puis frache). On pourra rechercher l’arbre sur le chemin qui monte au Col de Cenise ; attention à ne pas le confondre avec le Sorbier des oiseleurs !

Des Frachets au Col de Cenise Le chemin qui conduit au Col de Cenise grimpe dans l’alpage des Frachets. A notre gauche, un promontoire très marqué, vers le Nord, Le Châtelard, et s’aplanissant vers le col pour donner la zone humide de Sur Planet. Il est séparé de nous par un ravin à la dénomination terrible, le Nant de l’Enfer. En fait, le nom indique qu’il chute rapidement vers le bas, (Infer provenant du latin infernus qui veut dire “inférieur”). 10

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Au Col de Cenise, nous sortons de la commune du Mont-Saxonnex. (Cenise : le radical “CEN” présent dans de nombreux toponymes de sommets (oronymes) comme dans Mont-Cenis, voudrait dire selon J. L Rousset, “rocher - hauteur”). On prend alors la direction Sud-Est pour atteindre l’Arête de Chevry. Le sens le plus évident, ce qui n’est pas une preuve de vérité, est celui d’“arête des chèvres”. Le radical “GAB”, qui


désigne un ravin, pourrait également l’expliquer par confusion ou par attraction avec le mot latin “capra” qui veut dire “chèvre”. Avant d’aller plus loin, contemplons le paysage. A notre gauche, dans la Combe de Biolland (non indiquée par la carte, mais dérivant du mot “biolle”, le bouleau), une pointe à basse altitude attire notre regard, celle de la Pechta. La présence de quelques épicéas sur sa base souligne bien l’origine de ce nom qui veut dire “petite forêt d’épicéas”. Dans le prolongement de l’arête du Chevry, la carte indique les Aiguilles Vertes (contrairement à l’évidence, la couleur n’est certainement pas responsable de ce toponyme. Verd -Vard sont des racines que l’on retrouve souvent en altitude et qui veulent dire “hauteur - rocher”. Par confusion, elles ont pu être traduites par un qualificatif de couleur). Il en est

Dent du Midi

de même pour la Pointe Blanche qui se trouve dans le prolongement de ces Aiguilles. Pourquoi cette pointe serait-elle plus blanche que les autres ? “Blain” serait à rapprocher de “Bar”, radical dont nous avons parlé à propos du Bargy. A gauche de cette pointe, on peut voir celle de Balafrasse. A sa base, une combe de même nom, pourrait être responsable de sa désignation, (“frasse” - frêne), mais le radical “BAL” pré-indo-européen qui veut dire “hauteur”, vient compliquer l’interprétation. Les termes dialectaux “freta” ou “fressa” désignent la panne faîtière d’un toit. Le premier a permis de nommer de nombreuses arêtes montagneuses. Il n’est pas impossible que ce soit le deuxième qui ait été utilisé dans le cas qui nous intéresse et par déformation ait donné “frasse”. H. Bessat envisage cette hypothèse pour un autre toponyme.

Pointe de Balafrasse Col de Balafrasse

Aiguilles Vertes

La pointe suivante se dénomme la Pointe du Midi. Les habitants des hameaux du bas pouvaient rythmer leur vie sur l’horloge du clocher ou les sonneries de cloches, en particulier celles de l’Angélus. Sur le Plateau de l’Essert, aucun son ne parvenait. La position du Soleil sur la pointe pouvait donc indiquer le milieu de la journée. En passant par le replat du Sosay (toponyme voisin de Choset, qui indique l’existence d’une ruine), on trouve le sentier qui conduit au Col du Rasoir (métaphore récente pour marquer la forme de l’arête). Le sentier longe alors la falaise du Jalouvre, par le sentier aérien de La Cravate ainsi nommé par la présence d’un névé qui la ceinture et qui est visible de loin. Un dernier effort nous conduit au sommet du Pic de Jalouvre. P. L Rousset fait dériver ce toponyme du radical “CAL” et de ses dérivés “GAL-JAL” qui désignent “une hauteur, un rocher”.

Pointe Blanche

Le Jalouvre

Col du Rasoir

La Cravate

La Pechta Combe de Balafrasse

Sosay

Arête de Chevry

BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE : Les noms du paysage alpin de H. Bessat Lieux en mémoire de l’alpe de H. Bessat Les Alpes et leurs noms de lieux de P. L. Rousset LIEUX-DITS ET HAMEAUX, PROMENADE TOPONYMIQUE

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LES “YEUX” DU BARGY GÉOMORPHOLOGIE ET HYDROLOGIE Par Jean Sésiano, Professeur en sciences de la terre à l’Université de Genève

Le paysage actuel du Mont-Saxonnex a été façonné par 20 000 ans d’action de l’eau, de la glace, de l’air sur la roche.

Lorsque l’on se rend de MontSaxonnex au lac Bénit, au moment de franchir la dernière éminence avant de plonger sur le lac, on ne peut manquer de lever les yeux sur la paroi nord-ouest du Petit Bargy. C’est là que l’on aperçoit ces deux cavités qui, séparées par un éperon, font immédiatement penser à un visage : ce sont les “yeux” et le “nez” du Bargy. D’où proviennent ces traits ? Et plus généralement, comment sont nés les paysages entourant MontSaxonnex ? Cette étude, c’est la géomorphologie, la science qui s’intéresse à la description et à l’origine des formes rencontrées à la surface de la Terre. Nous allons parcourir, en l’observant et en tentant de l’expliquer, la région du Mont ainsi que le secteur du Petit et du Grand Bargy, de la combe de Biolland, de Cenise et des Rochers de Leschaux. Relevons au passage que cet environnement minéral, rocheux, est à l’origine du nom du village puisque saxum, en latin, signifie rocher, ces hautes parois rocheuses n’ayant pas manqué de frapper les anciens. La formation géologique d’une chaîne de montagne, de celle des Vergy en l’occurrence, ancien nom donné à la chaîne du Bargy, s’accompagne d’efforts mécaniques qui vont affecter les roches. Selon leur composition, elles vont encais12

LES “YEUX” DU BARGY


ser plus ou moins bien ces déformations. Des roches contenant des proportions variables d’argile, les marnes et les calcaires argileux par exemple, vont réagir d’une manière souple en se plissant harmonieusement, sans exclure toutefois l’apparition de quelques cassures. Le calcaire par contre, un carbonate de calcium presque pur, va en général se fracturer d’une manière intense, malgré sa plus grande dureté. Cela peut aller d’une fracture balafrant toute la face de la montagne à la diaclase (=fissure) à peine discernable à l’œil nu. Ce sont ces traits, zones de faiblesse, qui vont guider l’érosion, c’est-à-dire l’usure, la destruction de la surface terrestre, à toutes les échelles du reste.

phénomènes de corrosion. Si une telle solution rencontre des fissures, elles vont être élargies et approfondies, un entrelacs de fractures pouvant ainsi engendrer une sorte de pavage. Le second outil que l’eau ruisselant sur le terrain utilise, c’est ce qu’elle transporte. Il est facile de comprendre que des matériaux fins, du sable par exemple, vont jouer le rôle d’abrasif, usant la roche sur laquelle l’eau s’écoule. Si les matériaux sont plus grossiers, tels les galets ou les blocs charriés par un torrent ou une avalanche, les chocs avec les roches rencontrées sur les parois du

petites dimensions au départ vont engendrer avec le temps, de larges chenaux visibles depuis très loin parfois. C’est ainsi qu’ont pris naissance tous les traits formant les faces rocheuses du Bargy, ou d’autres montagnes, burinées en tous sens. Et les cavités circulaires tels les “yeux” du Bargy ? Il suffit de deux fractures se coupant à peu près à angle droit pour que l’on observe à l’intersection un élargissement circulaire. Le Petit Bargy étant formé de couches rocheuses presque verticales, d’un à plusieurs mètres d’épaisseur, l’érosion va progresser par enfoncements successifs de cet

L’ÉROSION Sous nos latitudes, quels sont les principaux outils de l’érosion ? En fait, c’est l’eau dans toutes ses formes. D’abord, à l’état liquide. S’écoulant sur des dalles par exemple, elle se rassemblera dans des fissures dès qu’elle en rencontrera et sera canalisée en quelque sorte. Mais il faut réaliser que l’eau seule n’est guère capable d’éroder. En effet, ce n’est qu’avec l’aide de deux “outils” qu’elle effectue son travail. Tout d’abord les précipitations se chargent d’un peu de gaz carbonique lors de leur chute dans l’atmosphère, ce qui les rend légèrement acides (c’est de l’eau gazeuse en fait, mais bien moins piquante que celle de nos tables). Mais elles en acquièrent encore un peu sur le sol au contact des végétaux avec, en plus, des acides humiques libérés par les racines. On a ainsi en fin de compte un acide faible dont la particularité sera de dissoudre le calcaire. Une telle solution ruisselant sur une dalle de calcaire va ainsi donner naissance à des cannelures séparées par des crêtes acérées, c’est ce que l’on rencontre sur les lapiés ou lapiaz (du latin lapis, lapidis, la pierre), étendues rocheuses calcaires, ciselées par ces

Lapiaz.

ravin ou le long de la fissure suivie par l’eau, vont faire éclater la roche, donnant par là même naissance à de nouveaux outils. Grande pourvoyeuse de munitions à ce second outil, l’alternance des phases gel/dégel va faire éclater la roche, fragilisée au préalable par des fissures dans lesquelles l’eau s’est logée. Mais c’est seulement au dégel, lorsque les morceaux ne sont plus soudés entre eux, qu’ils se détacheront et chuteront sous l’effet de la gravité. On voit donc que quel que soit le débit de l’eau qui s’écoule sur des roches, l’un et l’autre de ces outils vont travailler de concert. Des fissures de

élargissement initial. C’est ainsi qu’a pris naissance cette caractéristique du Petit Bargy, ainsi que toutes les autres cavités superficielles environnantes. Quant aux voies d’escalade qui strient les parois dominant le lac, elles ne font que suivre les zones de faiblesse de la roche, représentées par des fissures plus ou moins élargies, de petites cuvettes de dissolution, des angles dièdres et des surplombs entre une couche interrompue et celle qui se trouve en dessous. Et quand il n’y a plus aucune trace évidente à suivre, c’est une escalade en adhérence sur le microrelief de la roche, les “grattons” (Sesiano et al., 1981). LES “YEUX” DU BARGY

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Le col d’Encrenaz Séparant le Petit et le Grand Bargy, le col d’Encrenaz représente une interruption majeure de la chaîne, un lieu de passage. Il est dû à un ensemble de fractures transverses au pli et exploitées par l’érosion. On les distingue du reste en haut du cirque, dans les parois dominant le sentier, avant la traversée oblique vers le col. Les débris détachés par le facteur gel/dégel sont à l’origine du vaste cône d’éboulis, au bas du cirque, descendant jusqu’au lac Bénit en fait. Ce processus étant lent et continu, les débris sont classés selon leurs tailles. En effet, de tout temps et en tout lieu, les gros ont toujours écrasé les petits… C’est ainsi qu’un bloc de plusieurs mètres cubes pourra rouler sur ceux de tailles inférieures pour se retrouver au bas de l’éboulis, vers le lac, alors que la réciproque n’est pas valable, les fragments de petits dia-

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mètres se logeant entre ceux qui sont un peu plus gros. Il est vrai aussi que les gros, fragilisés par des fissures, risquent de se fragmenter en cours de route à la suite des chocs. Très différent et parfois catastrophique, il peut arriver que l’on ait un éboulement. La roche a été sapée, minée, affaiblie, et un beau jour, le tout n’étant plus en équilibre, bascule vers le bas. Le matériel s’écroule en vrac vers la vallée, il n’est pas classé. Mais à l’échelle du Bargy, et à l’échelle humaine, ces derniers phénomènes sont des évènements peu fréquents. Un autre aspect intéressant peut être observé en montant au col d’Encrenaz : le cœur du pli. En progressant, on distingue en effet très bien les couches qui, de presque verticales

en bas à droite, ont tendance à se coucher de plus en plus pour devenir horizontales au col même. A l’endroit le plus resserré de la montée, on remarque à gauche en montant un changement de couleur des roches : alors que les calcaires des couches les plus externes étaient blancs, (calcaires Urgoniens du Crétacé, environ 120 millions d’années ; ère secondaire), presque purs, ici au cœur du pli, les roches tirent vers le gris, voire le gris foncé : ce sont des calcaires contenant de l’argile, des marnes de l’Hauterivien, un peu plus âgées. L’argile étant une roche imperméable et déformable (donc avec peu ou pas de fissures), ces marnes laisseront passer plus difficilement l’eau qui, retenue, pourra alimenter une maigre végétation.


Le Lac Bénit Le lac Bénit est niché au pied du large cône d’éboulis issu du col d’Encrenaz. Celui-ci étant actif, il tend à le combler progressivement. La surface du lac est d’environ 4,1 hectares et sa profondeur maximale de 8,7 mètres, ces paramètres variant légèrement au gré des saisons. Le lac doit son origine à l’action glaciaire essentiellement. En effet, il y moins de 20 000 ans encore, un glacier prenait naissance dans le cirque d’Encrenaz. Il a abandonné lors de son retrait un système de trois arcs morainiques sur les rives nord-ouest et nord du lac, au-dessus de la buvette (les moraines sont des matériaux hétérogènes transportés puis déposés par le glacier). Pourquoi a-t-il creusé une cuvette à l’emplacement du lac ? Il y a deux raisons à cela : d’abord sa pente forte lui donnait en bas du cirque une composante érosive verticale très marquée, s’exerçant de plus le long du

faisceau de fractures ayant engendré le cirque d’Encrenaz. D’autre part, le lac se trouve à l’interface, ici presque verticale, de couches de roches de natures très différentes : de l’intérieur vers l’extérieur de la montagne, des calcaires clairs du Crétacé (Urgonien) sur lesquels du reste se déroulent les voies d’escalade ; une épaisseur réduite de Gault et de Crétacé supérieur, et enfin des dépôts du Nummulitique et des Flyschs, formés de calcaires marneux, de schistes, de grès et de marnes, toutes roches détritiques, plus ou moins imperméables datant de la surrection des Alpes (début du Tertiaire). Une interface est toujours une zone de faiblesse, l’érosion profitant de la discontinuité des roches, d’où une action exacerbée à cet endroit. C’est ainsi que la rive gauche du lac est logée sur ces dernières roches, alors que la rive droite est sur les calcaires. Voilà donc pour l’origine de la cuvette qui devait,

après le retrait du glacier, être bien plus profonde, les sédiments et les éboulis l’ayant depuis peu à peu comblée.

Le Lac Bénit et son pierrier.

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Le Lac Bénit.

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En 1964, une digue a été édifiée sur le déversoir du lac, seuil formé de Nummulitique recouvert d’un placage morainique, afin d’augmenter sa surface de 50 %. Ce faisant, on a compliqué son hydrologie. En effet, avant cette date, les eaux provenant d’une manière diffuse du cône de déjection du col d’Encrenaz et celles issues des sources à la tête du lac et du secteur de la buvette, quittaient le lac par un ruisseau se dirigeant vers Marnaz, dans la vallée de l’Ar ve. Le rehaussement de deux mètres du plan d’eau a permis à l’eau de trouver des fissures dans le calcaire et de s’échapper souterrainement. Le lac a donc maintenant deux modes d’écoulement à son niveau maximal : un exutoire aérien et l’autre souterrain quelques mètres à droite au pied des sapins. Au fur et à mesure de l’abaissement du niveau de l’eau, le premier se met hors fonction alors que le second est encore actif. Plus tard, par niveau bas, l’un et l’autre n’étant plus alimenté, c’est le jeu de l’apport par les sources et les précipitations et de l’évaporation qui réglera le niveau du lac. Où est-ce que les eaux, perdues souterrainement,

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Le déversoir du Lac Bénit.

revoient le jour ? Un hydrogéologue de Genève a montré, lors d’une opération de coloration, qu’elles rejoignent, sur la route du col de la Colombière, la cluse du Foron du Reposoir, aux sources de Neyrolle, 250 mètres en aval de l’oratoire de ND des Grâces ; elles ont suivi les couches presque verticales du calcaire Urgonien. Ce trajet souterrain de 3,6 km a été effectué en

environ 18 heures (Sesiano, 1993 ; 1990). D’autres venues d’eau importantes provenant du Bargy et de la Pointe du Midi se greffent sur le collecteur souterrain. En ce qui concerne les sources alimentant le lac en rive gauche (buvette) et à la tête du lac, elles proviennent de l’accumulation des eaux de fonte et des précipitations dans les dépôts glaciaires recouvrant les roches du Tertiaire.


Le Grand Bargy, la Tour du Bargy et la Pointe du Midi En montant vers le col de Cenise, on ne peut s’empêcher de contempler les parois, burinées par l’érosion, du Grand Bargy. Comme au Petit Bargy voisin, on distingue clairement les couches très redressées, voire verticales, des calcaires Urgoniens clairs. Elles sont parcourues par de multiples fractures, les plus importantes ayant engendré des gorges. A leurs pieds, des cônes de déjection, parfois recouverts jusqu’en été par des restes d’avalanches. Juste sous le point culminant du Grand Bargy, on retrouve l’horizontalité des couches. On a donc bien une coupe du type (Croquis 1).

Croquis 1 : Coupe en travers de la chaîne des Vergy, au niveau du Grand Bargy.

Mais en dirigeant son regard vers la droite (sud-ouest), le contraste est saisissant : les pentes, de très minérales, voire exclusivement rocheuses qu’elles étaient, s’adoucissent tout en se parant de vert. Que s’est-il passé ? On remarque que le changement débute vers la Tour du Bargy. Celle-ci est en effet séparée du Bargy par une entaille très marquée qui, du reste, se poursuit obliquement dans les pentes en dessous, de la gauche vers la droite. Il s’agit en fait d’une importante fracture, un décrochement. Il a fait coulisser une partie de la chaîne : c’est ainsi que la Tour du Bargy, la Pointe du Midi, la Pointe Blanche et le Jalouvre se sont avancés vers l’ouest, le Petit et

le Grand Bargy restant en place. Ce décrochement peut du reste se suivre très bien sur les photos aériennes en direction de l’ouest, par la Croix du Félet, puis les Rochers de Leschaux (le gouffre de la Glacière se trouve sur son tracé), et vers l’est et la chaîne des Aravis. C’est un accident tectonique important. C’est ainsi que non seulement une partie de la chaîne des Vergy s’est déplacée horizontalement, mais elle a encore basculé vers l’ouest. En effet, alors que les couches du pied du Grand Bargy sont presque verticales, voilà qu’elles sont renversées sous les sommets plus au sud (Pointe du Midi, etc.). Avec une conséquence qui saute aux yeux : ce plissement accentué a créé des tensions, des fissures dans la partie sommitale du pli qui, exploitées par l’érosion, ont fini par conduire au démantèlement de la carapace de calcaire Urgonien, avec apparition des calcaires sous-jacents marneux, argileux donc plus imperméables, ceux de l’Hauterivien. Ces derniers, ne laissant pas passer l’eau comme une passoire, elle peut s’y fixer, d’où l’appa-

rition de végétation, donc des pentes moins raides et plus verdoyantes. Mais pourquoi ce basculement de la chaîne vers l’ouest ? Provenant de l’est, une poussée plus forte à cet endroit de la montagne devant un obstacle, lors de la formation des Alpes, ou bien une surcharge entre la chaîne des Vergy et celle des Aravis, due au massif charrié, exotique des Annes ? Il est difficile de trancher.

Le cœur.

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Cette carapace de calcaire Urgonien n’a pourtant pas totalement sauté, il en reste des lambeaux : sous forme de gradins clairs (la tranche des couches), sur la gauche en remontant la combe de Biolland, puis un pointement plus massif, la Pechta, et surtout, dominant le tout, la Pointe du Midi, et les sommets suivants (Pointe Blanche, Jalouvre), tous avec un chapeau de calcaire clair surmontant les roches plus sombres de l’Hauterivien (Croquis 2).

Croquis 2 : Coupe en travers de la chaîne des Vergy, au niveau de la Pointe du Midi.

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La Pointe du Midi.

La chaîne du Bargy.


La combe de Biolland Nous avons mentionné plusieurs fois cette combe qui est parallèle à la chaîne. Elle naît au col de Cenise, sous la Pointe Blanche et, s’approfondissant, vient s’ouvrir largement sur Morsullaz, puis Mont-Saxonnex. Elle est parcourue par le Bronze, qui y prend sa source. Elle est d’origine glaciaire. Mais, alors que la cuvette du lac Bénit était due à un petit glacier issu du col d’Encrenaz, on a ici affaire à un appareil plus important. Il recevait les glaciers de parois et de cirques du Grand Bargy, puis celui issu de la combe de Cu Déri, “cuvette derrière la crête”, située au pied de la Pointe du Midi. Son origine est glaciokarstique, car on ne peut exclure une dissolution karstique du calcaire en plus de l’érosion mécanique du glacier. Et enfin le beau cirque glaciaire de Sotty, au pied de la Pointe Blanche. Cette langue de glace de Biolland venait rejoindre le glacier de l’Arve, il y a 20 000 ans environ. Ultérieurement, succédant à un réchauffement général du climat menant à un recul des glaciers, une courte récurrence froide eut lieu entre 13 000 et 12 000 ans avant notre ère (Dryas récent). Les tempéra-

Le Bronze.

tures moyennes annuelles étaient de 3 à 4°C plus basses qu’actuellement, ce qui fait que l’isotherme annuelle 0°C se trouvait vers 1900 m d’altitude (Maire, 1976), contre 2 500 m présentement (Sesiano, 2004). Les cirques mentionnés ci-dessus fonctionnaient donc bien comme récepteurs de neige avec transformation en glace. Mais ces langues glaciaires locales ne rejoignaient plus la vallée de l’Arve, et les fronts devaient s’arrêter vers 1 300 m d’altitude environ. Au bas de la combe de Biolland, après avoir traversé le Bronze pour monter vers les Frachets, on remarque sur les pentes supérieures des accumulations de blocs. Il s’agit de deux petites moraines latérales du glacier de Biolland. En face, sur les pentes au pied des parois du Grand Bargy, on observe également des arcs à l’aplomb des couloirs. Mais il ne s’agit ici que de moraines de névés, les matériaux provenant des cônes d’avalanches s’accumulant à leurs pieds année après année. En remontant la combe de Biolland, on observe à droite des

blocs de calcaire Urgonien, énormes parfois (jusqu’à 1 000 m3), une centaine de mètres au-dessus du fond de la combe. Mais leur dispersion montre que ce n’est pas une moraine. Il s’agit plutôt d’un gros éboulement tombé de la Pointe du Midi. Mais comment a-t-il pu remonter si haut sur le versant opposé ? Sans difficulté si l’on considère qu’un glacier remplissait la combe, n’atteignant pas loin de 100 m d’épaisseur à cet endroit. L’éboulement l’a donc traversé pour venir s’échouer sur l’autre versant.

Jean Sésiano.

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Le Cirque de Sotty.

Atteignant la tête de la combe de Biolland, on remarque à gauche la combe et le cirque de Sotty. A l’aplomb de cette vallée suspendue, un petit arc morainique. Au contraire de sa voisine sur la route très fréquentée du Jalouvre, cette combe est restée sauvage. Elle s’ouvre entre la Pointe de Balafrasse et la Pointe Blanche. Son fond est constitué d’une “plaine” ovale de 200 mètres sur 150 (une ancienne cuvette lacustre, sans doute), actuellement entourée d’éboulis. A l’aval s’élèvent trois jolis arcs morainiques de 5 à 10 mètres de hauteur. Ils témoignent de stades d’arrêt d’un petit glacier qui se logeait dans la combe, ultimes traces de la dernière pulsion froide sérieuse du climat, il y a environ 22

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Le Nant d’Enfer.

9 000 ans (Préboréal). Il ne semble pas en effet que le léger refroidissement du Petit Age glaciaire (entre 1550 et 1850) puisse être à l’origine de ces dépôts. Comme dans la combe voisine avec la Pointe de Sosay, une masse plus résistante de calcaire (les couches redressées de l’Urgonien) se dresse à l’entrée du vallon, entourée à l’époque, de deux langues glaciaires. La combe de Biolland est séparée des pâturages de Cenise par l’arête de Chevry. C’est une frontière administrative entre la commune de Mont-Saxonnex et celle du PetitBornand. Mais c’était aussi la limite entre deux bassins-versants glaciaires, celui du Jalouvre et celui de la Pointe Blanche, comme l’indiquent les dépôts

morainiques recouvrant la partie de l’arête venant buter contre les rochers. Terminons notre inspection de la combe de Biolland en disant quelques mots sur la morphologie si différente de son versant droit (est) et de son versant gauche (ouest). Le premier est formé par les soubassements de la chaîne des Vergy. On a donc affaire à nos fameux calcaires massifs clairs de l’Urgonien, renversés, surmontés par les roches de l’Hauterivien (voir croquis 2). Leur base est souvent masquée par des éboulis. Plus haut, les roches sombres de l’Hauterivien, couvertes d’herbes et de buissons. Toutes ces roches datent de l’ère Secondaire, du Crétacé plus exactement. Si l’on se tourne maintenant vers l’autre versant,


on remarque des formes totalement différentes, bien plus douces. Il s’agit de dépôts du Flysch, du début de l’ère Tertiaire (moins de 65 millions d’années), provenant de la destruction du relief alpin alors en pleine croissance. Ces matériaux remplissent le synclinal, une forme structurale en gouttière, qui sépare la chaîne des Vergy (un anticlinal, une forme en dos-d’âne), des Rochers de Leschaux, un autre anticlinal. Comme on l’a vu plus haut (lac Bénit), ces derniers terrains sont de natures variées : des calcaires argileux ou gréseux, des schistes, des marnes, etc. En général tendres, ils sont facilement démantelés par l’érosion. Les meilleurs exemples en sont la cuvette du lac Bénit, et surtout la combe de Biolland. En effet, si l’on remonte le ruisseau d’Enfer, affluent du Bronze un peu en amont de Morsullaz, on évoluera dans des paysages “lunaires”, la végétation n’ayant guère de chance ni le temps de s’implanter dans des terrains si mobiles. Comme en rive gauche du lac Bénit, ils sont à l’origine de nombreuses petites sources.

d’observer le petit abrupt lui correspondant, à droite (ouest), peu après la Croix. Cela montre que le décrochement a également déplacé les terrains du Tertiaire, il est donc postérieur aux dépôts du Flysch et pourrait être donc occasionnellement encore actif… Devant nous s’ouvrent les pâturages de Cenise, vaste étendue plane sur les Flyschs. Là où une faible épaisseur de ces terrains recouvre les calcaires formant l’anticlinal des Rochers de Leschaux, sur la droite par exemple, on peut distinguer des dépressions circulaires abritant parfois une mare temporaire. C’est la dissolution karstique des calcaires qui a provoqué un soutirage de la couverture, d’où la présence de ces entonnoirs à fond argileux, des dolines. Sur la gauche, en direction de la Pointe Blanche, on distingue par-ci par-là quelques blocs épars d’Urgonien. Ceux-ci sont peut-être arrivés en roulant, mais plus probablement en glissant sur les pentes enneigées alors, durant la dernière avancée des glaciers.

Croix du Félet.

LES FRACHETS En suivant la route qui monte aux Frachets, on reste sur ces Flyschs, mais il y a moins d’érosion car la pente est plus faible, ils se “civilisent” et accueillent de gras pâturages. Entre les Frachets et le col de Cenise, l’épaisseur de ces dépôts de Flysch diminue constamment, mais on en a encore à gauche de beaux talus ravinés. On ne tarde pas à retrouver, et derrière le dernier chalet déjà, puis de part et d’autre du chemin, les calcaires du Nummulitique et du Crétacé supérieur, le chemin devenant à cette occasion plus cahoteux ! A la Croix du Félet, on traverse le décrochement décrit plus haut. Il est intéressant

Doline.

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Cenise.

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Les Rochers de Leschaux Nous nous trouvons ici sur un large anticlinal fortement lapiazé. En effet, la dalle de calcaire crétacé, légèrement bombée, est traversée en tous sens par des fractures, des diaclases et parfois par des accidents tectoniques plus importants, comme les failles et les décrochements impliquant un déplacement vertical ou horizontal d’un côté par rapport à l’autre. Cette fracturation a été exploitée par la dissolution karstique, et le calcaire, ciselé, présente un modelé de surface très caractéristique avec des cannelures, des cupules, des minigorges sinueuses, des crêtes dentelées aiguës, etc. En de rares endroits, un peu de végétation a pu s’implanter là où la dissolution a abandonné des dépôts argileux qui ont imperméabilisé une cuvette. C’est particulièrement le cas sur les gros accidents tectoniques. Aucune eau ne circule en surface, le drainage se faisant en profondeur, lorsque les eaux infiltrées auront rencontré une couche imperméable sur laquelle elles circuleront (ici, les marnes de l’Hauterivien).

C’est pourquoi on observe de grosses sources sur le pourtour de ce véritable château d’eau. Les Rochers de Leschaux présentent un remarquable exemple du phénomène tectonique de chevauchement : cela se passe lors du plissement, celui-ci s’accentuant devant un obstacle, lorsque des couches rocheuses d’un certain âge viennent recouvrir, chevaucher, des couches d’un âge identique. Ce phénomène est parfaitement visible du Petit

Bornand, dans la vallée du Borne, là où le glacier et la rivière ont coupé le pli (l’anticlinal) transversalement. Les deux barres rocheuses, les Rochers de Leschaux supérieur et inférieur, sont superposées, la première ayant glissé sur la seconde, une bande de terrain herbeux où chemine un sentier les séparant. La falaise supérieure présente d’ailleurs de belles voies d’escalade (Sesiano, 1986).

importante. Or, si vous suivez à la descente cette gorge, vous n’y verrez qu’un filet d’eau, alors qu’à la jonction avec la vallée de l’Arve, 500 m plus bas, on observe un important cône de déjection sur lequel est bâti Fond de Vougy. Mais s’il n’y coule presque plus d’eau actuellement, il y en avait antérieurement. En effet, à la fin de la dernière période glaciaire, le glacier issu de la combe de Biolland s’écoulait droit sur Mont-Saxonnex. Là, il devait se séparer en deux langues inégales, l’une passant à l’est de l’église et l’autre, la plus importante, à l’ouest (un peu comme ce qui s’est passé sous le Jalouvre, dans la

La cascade du Dard.

La gorge du Cé Parti du Mont, nous allons y terminer notre périple. En montant à son église, on y découvre un vaste et magnifique panorama que je ne vais pas décrire, d’autres s’en étant chargés bien mieux que je ne saurais le faire. Mais, j’attirerai votre attention sur quelque chose qui se trouve à vos pieds : la profonde gorge du Cé. Son nom d’abord, qui vous indique ses caractéristiques : Cé, Saix, Sex ou Scex (même prononciation) provenant comme on l’a vu plus haut, du latin saxum, le rocher. Ces roches datant du Crétacé en l’occurrence. Une gorge implique une érosion torrentielle 26

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combe, de part et d’autre de la Pointe de Sosay, et dans la combe de Sotty). Une éminence rocheuse a donc subsisté entre ces deux langues, là où se dresse actuellement l’église. Cependant, le torrent sous-glaciaire ouest étant le plus important, il a entaillé la roche plus profondément. Plus tard, le glacier de Biolland s’étant retiré, le torrent chargé de sédiments a continué son travail de creusement dans le chenal occidental seulement, l’autre étant devenu non fonctionnel. Ce qui s’appellera plus tard le Bronze circulait alors dans la gorge du Cé. Des milliers d’années plus tard, il fit l’objet d’une capture, sorte d’OPA moderne, inamicale celle-là ! En effet, un torrent s’écoulait de Brison vers la vallée de l’Arve, recevant au passage un ruisseau issu d’un petit vallon venant de la direction de Mont-Saxonnex (vallon de l’actuelle cascade du Dard). Ce modeste affluent coulait sur les terrains tendres du Flysch, son érosion était donc facile et rapide. Il approfondit peu à peu son lit, grignotant le terrain toujours plus loin en remontant vers l’amont (érosion régressive). Arriva ce qui devait advenir : au voisinage des maisons de Pincru, à l’altitude de 1000 m environ, il recoupa un jour le lit du Bronze et captura ce torrent. Son débit, ayant dès lors très fortement augmenté, il

Le Bronze.

Ancien lit du Bronze Bronze

Lieu de la capture

creusa d’autant plus vigoureusement, abandonnant en hauteur la jonction avec l’ancien cours par la gorge du Cé. Ce dernier fut donc définitivement délaissé. Comme la plupart des captures, celle-ci présente un beau coude de près de 90°, au niveau de Pincru. Sur le terrain, vous verrez qu’à cet endroit, le drainage est hésitant, et le creusement d’un canal peu profond suffirait à faire réintégrer au Bronze la gorge du Cé qu’il a abandonnée, il y a quelques millénaires sans doute. En quelques heures, nous avons parcouru durant cette promenade géomorphologique près de 20 000 ans de paysages variés. Les phénomè-

nes naturels que nous avons décrits sont en général lents à l’échelle humaine, mais ils ont l’avantage de fonctionner constamment, il n’y a pour l’érosion ni week-end, ni semaine de 35 heures ! Envers cette nature que nous pouvons défigurer si rapidement, d’un trait de plume, il me semble qu’il ne peut y avoir qu’une seule attitude à adopter : celle du respect et de l’humilité.

BIBLIOGRAPHIE : Bütler H. (1928). Erläuterungen zur geologischen Karte und zu den Profilen der Kette der Vergy und des Rocher de Cluses in Hochsavoyen. Mitt. Natur. Gesell. Schaffhausen, VII, 73-89. Maire R. (1976). Recherches géomorphologiques sur les karsts haut-alpins des massifs de Platé, du Haut-Giffre, des Diablerets et de l’Oberland occidental. Thèse 3e cycle, 455 p., Université de Nice. Sesiano J. (2004). La grotte RU-1 (massif du Ruan). Stalactite (rev. SSS), 54, 1, 48-53. Sesiano J. (1993). Monographie physique des plans d’eau naturels du département de la Haute-Savoie (France). 125 p. + tables. Publ. Conseil Général HauteSavoie, Annecy. Sesiano J. (1990). Contribution à l’étude des lacs de Haute-Savoie (France) : Hydrogéologie de cinq lacs des Bornes et du Haut-Faucigny. Bull. Centre hydrogéol. Université de Neuchâtel, 9, 81-88. Sesiano J. (1986). Escalades dans le massif des Bornes. Tome I : Rochers de Leschaux et Pointe d’Andey. 2e éd., 80 p., Genève. Sesiano J. et P. Bovay (1981). Escalades dans le massif des Bornes. Tome II : chaîne du Bargy. 99 p., Genève.

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DES MILLIONS D’ANNÉES POUR FAIRE UN TERROIR Par René Siffointe, Professeur agrégé

Une vie d’homme ne représente au total que quelques dixièmes de millimètre de sédimentation, alors, soyons humbles devant ces hautes falaises !

Prologue L’église a été construite au XIXe siècle sur un promontoire rocheux correspondant à un anticlinal. Elle repose sur des couches de terrain d’âge Tertiaire, âgées de 35 millions d’années, formées dans une mer peu profonde et chaude. L’image ci-dessous montre le fondement rocheux formé par l’agrégation par un ciment calcaire de fragments de coquillages (Pecten) et de débris rocheux. Les angles des murs de l’église sont constitués de blocs provenant d’une carrière lointaine, vraisemblablement située dans la région de Samoëns, village célèbre pour sa confrérie de maçons. L’histoire de l’église pourrait donc se résumer en trois épisodes successifs : taille des blocs dans la carrière, transport de ceux-ci et enfin construction de l’édifice. A la vision du promontoire sur lequel repose l’église, n’allons pas conclure qu’il existait anciennement, aux coordonnées géographiques de Mont-Saxonnex, une mer peu profonde et chaude. Comme pour l’église, le soubassement rocheux correspond à une histoire en trois épisodes. Les roches se sont formées à partir de sédiments déposés dans un bassin marin lointain, appartenant à la mer alpine. 28

Eglise de Mont-Saxonnex observée depuis le hameau de Pincru.

Elles furent ensuite déplacées jusqu’ici, il y a 25 millions d’années, puis beaucoup plus tard, plissées.

Soubassement de l’église.

DES MILLIONS D’ANNÉES POUR FAIRE UN TERROIR

En conclusion, beaucoup des explications qui pourront être données sur la géologie du Mont-Saxonnex devront être replacées dans le contexte historique annoncé ci-dessus. Je remercie vivement Monsieur le Professeur Charollais qui a bien voulu m’accompagner sur le terrain, relire le texte de cette approche géologique et me faire part de ses remarques. Avant de débuter l’étude géologique du territoire de la commune, déplaçons-nous jusqu’aux Frachets pour observer la Pointe du Midi et la Pechta.


Une approche géologique des dépôts sédimentaires des Bornes

La Pointe du Midi et son soubassement, la Pechta, résument une bonne partie de l’histoire sédimentaire du territoire étudié. Le tableau ci-dessous met en concordance les noms utilisés pour les séries sédimentaires des Bornes ou des Aravis avec l’Echelle des temps géologiques internationale (les étages ont été décrits en des lieux bien définis, comme par exemple à Apt pour l’Aptien, à Maastricht pour le Maastrichtien).

Pour comprendre ce tableau, prenons un exemple. La série sédimentaire 3, les Calcaires de Seewen, n’occupe pas tout le Crétacé Supérieur. Les dépôts débutent à la fin de l’étage du Cénomanien, soit vers 93 Ma, et se terminent à la fin de l’étage Santonien, vers 83 Ma. Ils sont suivis d’une longue période, de plus de 30 Ma, d’absence de sédimentation, produite par une émersion intercalée entre l’étage Campanien et celui de l’Eocène. En lisant ce tableau, ne pas oublier la page précédente et en particulier les “Maçons” de Samoëns !

Comment reconnaître les Calcaires de Seewen ? Leur patine est gris clair. Sous le choc du marteau, la cassure qui apparaît, tire sur le crème vert. Au toucher, elle est lisse, si bien qu’on a souvent désigné ces roches sous l’appellation de “Calcaires sublithographique”. En effet ils se sont formés à partir de boues très fines. Dans le paysage, ils se présentent en bancs décimé-triques, contenant parfois des silex.

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Présentation géologique de la région Andey-Bargy Le territoire compris entre La Pointe d’Andey et la crête du Bargy sur lequel se trouvent les communes de Brison et de Mont-Saxonnex fait partie du massif des Bornes. Son exposition

Nord-Ouest rend difficile sa photographie et c’est la raison pour laquelle, nous l’avons photographié sous deux angles.

Panorama Andey-Bargy réalisé depuis le sommet de la Pointe d’Orchez, le 12 août, à 9 h, pour profiter surtout de l’éclairage des rochers de Borni et des Gras. Bas de la photographie : vallée de l’Arve en amont de la confluence du Giffre.

Panorama Andey-Bargy réalisé depuis l’arête sommitale du Môle, le 20 juillet, à 18 h. Une heure plus tardive aurait été souhaitable pour profiter d’un meilleur ensoleillement de la chaîne du Bargy, mais alors toute la zone de Solaison aurait été placée dans l’ombre. Bas de la photographie : vallée de l’Arve en aval de la confluence du Giffre.

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DES MILLIONS D’ANNÉES POUR FAIRE UN TERROIR


Le territoire compris entre la Pointe d’Andey et la crête du Bargy comprend trois anticlinaux complexes à ossature de calcaires Urgoniens : anticlinal d’Andey, anticlinal de Leschaux et enfin anticlinal du Bargy, séparés par deux synclinaux : celui de Solaison et celui de Cenise. A noter que dans le premier se développe un anticlinal très local, l’anticlinal du Bois d’Arsé. Au-dessous du belvédère de l’église du Mont-Saxonnex, on aperçoit la combe de Chamoule. Elle est limitée par deux anticlinaux faillés. Nous vous proposons donc d’étudier successivement la géologie de ces diverses parties du paysage.

ANTICLINAL D’ANDEY Il débute à Andey et se termine près du village d’Hermy. Sur la commune de Brison, il retombe en direction Nord Ouest, sur le plateau d’Andey. Son ossature de calcaires Urgoniens a été érodée, d'où la présence de deux falaises surplombant le Plateau d’Andey, bien visibles depuis Bonneville. Entre Ces deux falaises supérieures apparaissent les calcaires Hauteriviens. Une faille longitudinale serait peut-être la cause de cet aspect de la falaise. Il se poursuit par le dôme rocheux de Quart Dernier et celui sur lequel a été érigée l’église du Mont-Saxonnex. Ce dernier est découpé par les Gorges du Cé, probablement, par un ancien torrent sous-glaciaire. Perpendiculairement aux gorges du Cé, une faille de direction EstOuest découpe l’anticlinal du belvédère de l’église en deux compartiments bien différents l’un de l’autre comme le montre le schéma ci-après (Fig. 1). Du côté Nord, les Calcaires à Nummulites transgressent (retour de la mer) normalement sur les calcaires de Seewen, comme nous l’avons vu dans le prologue. Du côté Sud, ils transgressent directement sur

Comment reconnaître les calcaires Urgoniens ? Ce sont des calcaires pratiquement dépourvus d’éléments détritiques. Ils sont formés essentiellement de micro-cristaux de calcite, d’origine biologique et contiennent de nombreux microfossiles et débris animaux. Ci-contre un calcaire Urgonien riche en Rudistes. Ce sont des sortes de Mollusques bivalves fixés dans le substrat. Leur valve inférieure ressemble à un cornet à glace alors que la valve supérieure joue le rôle d’opercule. Fig. 1.

l’Urgonien. Pour expliquer cette anomalie, on admet que la faille qui sépare les deux compartiments existait avant la transgression. On dit qu’elle est anté-nummulitique. Le compartiment Sud devait se trouver à l’air libre à la fin du Crétacé Supérieur, jouant pour ainsi dire le rôle d’un horst pendant que l’autre compartiment était encore sous l’eau. L’érosion a ainsi pu arracher les terrains qui surmontaient l’Urgonien. Cette particularité se retrouve en de nombreux lieux des Bornes, et surtout dans sa partie septentrionale. En ce qui concerne le paysage, elle se retrouve au niveau de l’anticlinal de Quart Dernier, de celui du Saix Noir (au Nord de Chamoule), de celui du Bois d’Arsé. Il faut donc imaginer qu’à la fin du Crétacé, la mer alpine présentait de nombreux îlots soumis à l’érosion.

Un relief s’étend dans son axe depuis le sommet du téléski de Solaison jusqu’à la route communale de Brison - Mont-Saxonnex. Il correspond à un petit anticlinal local, celui du Bois d’Arsé. C’est dans le petit synclinal coincé entre lui et celui de Leschaux qu’un forage pétrolier a été réalisé en 1988.

LE SYNCLINAL D’ANDEY-LESCHAUX Des terrains tertiaires plus récents (étudiés dans l’autre synclinal) remplissent ce synclinal. Comme ils sont plus tendres, l’érosion à fait apparaître à leurs niveaux, une dépression occupée par les alpages de Solaison ou les villages et hameaux comme Brison, Bourgeat Dessous, Quart Dernier, Pincru, Le Bourgeal.

L’ANTICLINAL DE LESCHAUX En forme de dôme large et aplati, cet anticlinal se repère de loin, d’autant plus que la couleur gris clair des calcaires urgoniens tranche avec le vert clair des alpages ou le vert foncé des forêts. De nombreuses failles de direction Sud-Est Nord-Ouest le découpent en compartiments.

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Rocher de Leschaux vu depuis le P etit-Bornand.

L’une d’elle est bien visible à Solaison, puisque cette faille s’accompagne d’un fort décrochement, utilisé par le sentier de la Glacière. Une autre faille bien visible depuis le Petit-Bornand, provoque un chevauchement du Rocher de Leschaux sur le synclinal de Solaison. L’anticlinal de Leschaux prend en écharpe toute la commune de MontSaxonnex. L’ossature urgonienne est encore bien visible aux Combes. On la rencontre encore dans le talus rocheux avant le hameau du Bété. Ensuite deux failles en gradins l’enfoncent sous des terrains plus récents. Elles apparaissent dans le paysage sous la forme de falaises rocheuses.

Rocher des Gras (probablement de l’égras, passage escarpé) au-dessus de M ont-Saxonnex.

Que devient l’anticlinal, après ce Rocher ? Il s’enfonce sous la plaine de l’Arve. Pour certains géologues, il réapparaîtrait dans la région de Samoëns et formerait l’anticlinal de Bostan.

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Rocher de Borni (rocher de la limite communale), au-dessus de M arnaz.

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LE SYNCLINAL DE CENISE Les couches sédimentaires, visibles sur la gauche de l’Arête de Chevry réapparaissent au niveau des Frachets, les plus récentes dans la zone axiale. La structure est donc celle d’un synclinal dont le cœur est rempli de Flyschs tertiaires. Ce synclinal s’étend du col de

Cenise jusqu’aux environs de Cluses où il est visible à la Tête de Mussel. De plus, Le glacier local l’a découpé en deux parties, celle qui se trouve sous notre regard et celle dans laquelle a été creusé le Lac Bénit. Etant donné l’intérêt paysager et historique de cette région, plusieurs pages lui seront consacrées.

Schéma d’interprétation.

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Arête de Chevry.

LES GRÈS VERTS Les Grès Verts très fossilifères de la région du Mont-Saxonnex, furent fouillés depuis plus de 150 ans. Récemment, Michel Delamette en a fait une étude remarquable. Il a parcouru tous les affleurements de Mont-Saxonnex : Bois de l’Arsé, Gorges du Cé, Rocher de Borni, Bourgets et Frachets, Arête de Chevry. Il a montré en particulier que l’on pouvait distinguer deux unités lithologiques : le Membre de Bostan et celui de Platé. De plus, chacune de ces unités peut être formée de couches différentes selon les lieux de l’observation. Ainsi à l’Arête de Chevry, le Membre de Bostan est constitué de 2 0 m d e p é l i t e s d e B o rd e r a n (sédiments fins, argileux) et 6 m de Grès de la Colombière. Le Membre de Platé n’occupe que les 4 m restant. Il comprend à sa base la couche des grès 34

de la Torchère et au sommet, celle des Conglomérats du Bargy. Toutes ces couches sont séparées par des lacunes de sédimentation. Les couches de Borderan proviendraient de dépôts marins peu profonds. Seules les bioturbations (perturbation des sédiments par des animaux fouisseurs) sont abondantes. La couche des Grès de la Colombière correspondrait à une sédimentation de plate-forme avoisinant 50 m de profondeur. Quant à la sédimentation du Membre de Platé, elle ressemblerait à celle d’une plate-forme profonde de plus de 100 m, soumise à de nombreux courants. Cela expliquerait que la série est très condensée (pas plus de 1 m de dépôt par million d’années) et riche en phosphorites. Ce sont ces dépôts qui ont fourni la plupart des fossiles récoltés depuis plus de 150 ans.

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Traces de bioturbation de vers marins (Paleophycus) dans les pélites de Borderan.

Huîtres situées à la base des grès de la Colombière.


A propos des Grès Verts Les Grès Verts ont toujours intéressé les géologues du fait de leur abondance en fossiles divers, surtout au niveau du Membre de Platé (voir page précédente). Les récoltes furent abondantes dans les pâturages des Bourgets et des Frachets en particulier. De nombreux tiroirs de divers Musées, notamment ceux de Genève, Paris et Londres contiennent les échantillons récoltés. C’est ainsi que le Professeur de Zoologie et d’Histoire Naturelle de Genève, F.J. Pictet put faire paraître un mémoire sur les Mollusques fossiles des Grès Verts, en 1846. Il détermina toute une série d’Ammonites qu’il dessina.

Il décrivit de nouvelles espèces appartenant à des groupes divers, et précisa dans leurs noms d’espèce qu’elles provenaient de Mont-Saxonnex (Mont-Saxonnet pour les auteurs anciens). 3 espèces de Gastéropodes : - Turbo saxoneti, - Crassatella saxoneti, - Lima saxoneti, 1 espèce de Brachiopode : - Terebratulina saxoneti, 1 espèce de Mollusque bivalve : - Pecten saxoneti.

Voici trois exemples :

Ammonites Bonnetianus*

Turbo Saxoneti

Terebratulina Saxoneti

Ammonites Mayorianus

Pecten Saxoneti

Ammonites Inflatus

Ammonites de Mont-Saxonnex dessinées par PICTET.

Fossiles nouveaux de Mont-Saxonnex décrits par Pictet en 1846.

* Par ses caractères et son ornementation particulière Ammonites bonnetianus s’appelle dorénavant Cenisella bonnetiana. C’est Michel Delamette qui a créé ce nouveau genre “Cenisella”, en l’honneur du Col de Cenise.

Les photographies des dessins de Pictet ont été prises dans son mémoire, aimablement mis à ma disposition par G. Lacroix (Les dénominations spécifiques ont été conservées).

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LE FLYSCH Le cœur du synclinal de Cenise est rempli de Flyschs. Il en est de même pour le synclinal de Solaison. Sur le terrain, cette formation se présente en couches sédimentaires schisteuses, constituées de bancs d’épaisseur variable. On peut l’observer dans de nombreux talus routiers : près du pont de Manant par exemple, au bord de la route des gorges du Bronze, en arrivant au hameau de Quart Dernier. Les flyschs sont très sensibles au ravinement d’où la présence dans le paysage de ravines remarquables : celles du Châtelard, mais aussi, celles de Morsullaz et de Malacquis creusées par les deux affluents du torrent de Marnaz que sont le ruisseau de la ravine et celui du Lac Bénit. Deux sites hautement touristiques doivent leur existence à cette formation. Nous voulons parler du Lac Bénit et de la cascade du Dard. Dans le premier de ces sites, le glacier local du col d’Encrenaz a pu surcreuser ces roches tendres. Dans le second cas, c’est la présence d’un niveau plus dur qui est la cause de la cascade.

Talus routier du pont de Manant.

Cacade du Dard.

Ravine de Morsullaz.

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Lac Bénit.


Les flychs marno-micacés surmontent une formation appelée “Schistes à Meletta”, caractérisées par la présence d’écailles de Poissons de la famille des Sardines (Clupéidés). Des fossiles de Poissons ont été trouvés au niveau des Glières. La couche s’est déposée au début de l’Oligocène moyen. Les Schistes marno-micacés sont plus récents ; on les date de l’Oligocène Moyen. Les grains de quartz et surtout les paillettes de mica deviennent plus abondants. Vers le haut, ils se chargent de débris volcaniques. Lorsque ces derniers deviennent abondants, la roche prend l’aspect d’un grès que l’on

a dénommé “Grès du Val d’Illiez”. Ce sont eux qui forment une bonne partie des talus routiers des parties basales de la route Thuet-Brison et de celle qui conduit au Plateau d'’Andey. La sédimentation des Flyschs signe la fin de l’existence de la mer alpine (Voir ci-dessous). C’est la raison pour laquelle on ne trouve pas de couches sédimentaires plus récentes qu’eux. Dans quelques millions d’années après ce dépôt, les couches sédimentaires se déplaceront vers le Nord-Ouest du fait de la convergence maximale des plaques, puis seront plissées, donnant, pour ce qui nous concerne, le massif des Bornes.

1 : Prisme orogénique formé du bloc continental SBR (Sub-briançonnais – Briançonnais et Piémontais). Dans un premier temps, ce bloc lithosphérique* s’est détaché de la marge européenne pour rejoindre la plaque africaine . Dans un deuxième temps, accolé à l’Afrique, puis poussé par l’Afrique, il repart en sens inverse vers ce qui reste de la marge européenne, provoquant sa subduction (enfoncement d’une lithosphère sous l’autre). Sur sa surface, il transporte sa propre couverture sédimentaire à l’origine de certaines Nappes (voir plus loin).

2 : Marge du continent européen, amputé du bloc SBR. Elle “subduque” sous le bloc SBR, ce qui a pour conséquence l’apparition d’un bombement externe qui exonde sa couverture et permet son érosion. Dans le bassin marin, présence de la séquence Tertiaire étudiée plus haut : calcaires Nummulitiques - marnes à Globigérine et Schistes à Meletta - Flysch.

3 : Prisme d’accrétion. L’érosion du bloc SBR donne des sédiments riches en grains de quartz avec argiles et paillette de mica blanc. Raclés et poussés par le prisme orogénique qui avance, ils forment un prisme d’accrétion instable. Des avalanches sous-marines répartissent ce matériel, maintenu en suspension par des turbulences de l’eau, dans tout le bassin marin. Ainsi se forment les flyschs.

* Lithosphère : Partie rigide comprenant la Croûte Terrestre et la zone supérieure du Manteau. N’est naturellement pas dessinée à l’échelle sur le schéma.

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L’ANTICLINAL BARGY

DE LA CHAÎNE DU

L’anticlinal du Bargy sépare la commune de Mont-Saxonnex de celle du Reposoir. Son flanc Sud-Est retombe normalement et est presque complet lorsqu’il n’est pas recoupé par un réseau de failles normales. Il est chevauché entre Romme et Le Reposoir par les Aravis, et entre Le Reposoir et le Grand-Bornand par le massif des Annes. Son flanc Nord-Ouest n’est au contraire complet que dans la région du Petit et du Grand-Bargy. Au delà, la carapace urgonienne a été érodée, laissant apparaître le cœur hauterivien de l’anticlinal. De plus, faiblement chevauchant au niveau du Grand-Bargy, il le devient nettement au niveau de la Pointe du Midi, et des Pointes suivantes lorsqu’on se déplace vers le Sud-Ouest.

Lorsqu’on observe la chaîne du Bargy, depuis la plaine de l’Arve, on remarque qu’elle se prolonge par la Pointe de Nancy, ensuite par la Pointe de Chevran., au-dessus de Cluses. Le Chevran s’enfonce, à partir des Rochers de Treydon, sous la crête d’Agy. Et plus loin ? Certains géologues pensent que l’anticlinal du Bargy ressort au-delà de Samoëns dans la chaîne qui s’étire depuis la Pointe de Thuet jusqu’à la Corne au Taureau, via les Dents d’Oddaz. Les arguments ne manquent pas, en particulier le redressement de l’anticlinal des Dents d’Oddaz, son chevauchement et l’érosion de la carapace urgonienne mettant à nu le cœur Hauterivien. D’autres estiment que l’anticlinal des Dents d’Oddaz et celui du Bargy-Chevran sont différents l’un de l’autre.

Voici deux coupes montrant le chevauchement au niveau du Grand-Bargy et de la Pointe du Midi (avec même légende).

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LES ÉCAILLES DE CHAMOULE Les gorges du Bronze sont une porte d’entrée à la fois pour Mont-Saxonnex et pour Brison par la route taillée dans la falaise rocheuse, dans la partie droite de la montagne.

Un rocher en forme de pain de sucre barre l’entrée des gorges. Un pont, celui de Chavougy permet d’accéder au village du Mont. Entre le Rocher Noir, à gauche de l’image et ce rocher en pain de sucre, se loge la

combe de Chamoule. On voit bien ce village depuis le belvédère de l’église ou depuis les pentes d’Andey.

Eglise Anticlinal de Quart Dernier Combe de Chamoule

Rocher

Rocher Noir

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Le Mont


Le Valanginien représente la couche sédimentaire la plus ancienne sur le territoire de la commune de Mont-Saxonnex. Existe-t-il des couches encore plus anciennes ? La réponse est possible puisqu’un sondage pétrolier a été réalisé à Brison en 1988. Sous le Crétacé Inférieur, ont été rencontrées les couches du Jurassique Supérieur, Moyen et Inférieur. Le sondage s’est arrêté à la profondeur de 4416 m. A noter que le Tithonien (fin du Jurassique Supérieur) comprend des couches de disposition normale et d’autres de disposition inverse. S’agit-il d’écailles ou de plis comme ceux de la cascade d’Arpennaz, près de Sallanches ? Nous reparlerons de ce sondage lors de la conclusion de cette présentation géologique de la commune de Mont-Saxonnex.

Schéma de J. Charollais - 1984

La combe de Chamoule.

A gauche, les premières pentes du Rocher Noir. A droite, la falaise d’Urgonien qui barre les gorges du Bronze. On aperçoit sur le bas, à droite de l’image, le premier lacet de la route après le pont de Chavougy. Pour comprendre la structure tectonique de la région de Chamoule, empruntons le profil géologique de la rive droite des gorges du Bronze réalisé par M. Charollais. Quatre écailles successives se chevauchent les unes les autres depuis Thuet au hameau de Quart Dernier. La première correspond à un demi anticlinal, car une faille (X2) a fait disparaître son flanc Sud-Est ; c’est l’anticlinal du Rocher Noir. A noter

l’absence des Grès Verts et des calcaires de Seewen. Ils ont été érodés avant le Nummulitique, à moins que la zone ait correspondu à un horst (voir l’anticlinal de l’église). Les deux écailles suivantes, entre les failles X2 et X4 ont donné naissance à la combe de Chamoule que l’on voit sur l’image. La dernière écaille est en forme, elle aussi, d’un demi anticlinal, celui de Quart Dernier. L’Urgonien forme la falaise qui ferme les gorges au niveau du Pont de Chavougy et que la route grimpe en deux lacets, dont l’un est visible sur l’image. La route longe ensuite une longue falaise de calcaires Hauteriviens, car cette couche est dédoublée par une faille.

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PANORAMA DU BELVÉDÈRE L’ÉGLISE DE MONT-SAXONNEX

DE

Depuis longtemps, les géologues ne comprenaient pas la différence existant entre les paysages en amont et en aval de Cluses. En effet, en amont, rive

gauche et rive droite de l’Arve sont constituées d’affleurements géologiques identiques. En aval de Cluses, la rive droite que l’on découvre depuis Mont-Saxonnex est entièrement différente de la rive gauche.

Le panorama du belvédère fut “le berceau d’une théorie qui secoua la géologie, bien au-delà des montagnes q u’ e l l e p r é t e n d a i t e x p l i q u e r ” (H. Masson, 1976).

Partie Nord-Ouest du panorama visible du belvédère de l’église du Mont-Saxonnex et son schéma explicatif. Le paysage correspond, du point de vue géologique, à un empilement de Toutes les Nappes visibles ici, chevauchent la Molasse. Cette formation Nappes. sédimentaire détritique, provient de l’érosion des premiers reliefs émergés Une Nappe est une série sédimentaire (parfois un compar-timent de socle) lors de la formation des Alpes. D’Eponnet jusqu’à Bonneville, sables et déplacée et ne possédant plus de relation avec sa patrie d’origine. argiles se sont déposés en milieu lacustre. Pour exemple, la Nappe des Médianes, le Môle, constituées de couches En avant des Alpes, existait un grand sillon qui s’étendait d’Aix-Les-Bains sédimentaires datées entre le Trias et l’Eocène Moyen, s’est formée bien jusqu’en Autriche. Tantôt occupé par la mer, tantôt par l’eau douce, il a au-delà du massif de Mont-Blanc, dans un bassin marin de la zone été comblé par la Molasse. Mais au cours du plissement Alpin, les Nappes Briançonnaise. ont été poussées au-dessus du bord ce dépôt.

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Ce n’est qu’en 1884 que pour la première fois, dans un article du Bulletin de la Société Géologique de France, M. Bertrand proposa d’interpréter “cette rive droite comme formée de nappes ou de lambeaux de

recouvrement”. Personne ne crut à ces explications. Il a fallu attendre 1893 pour que H. Shardt admit l’hypothèse de M. Bertrand et considère que la rive droite de l’Arve se caractérisait par un empilement de nappes.

(Historique tiré de l’itinéraire géologique : Genève - Saint-Jean-de-Sixt réalisé par J. Charollais).

Panorama Nord-Est du belvédère de l’église du Mont-Saxonnex et schéma explicatif. Nous avons vu que l’anticlinal du Bargy se prolongeait par celui du On peut donc considérer que l’Helvétique appartient à une première Chevran. Comme ce sommet, le territoire géologique de la commune de nappe. On parle aussi de sub-autochtone. Mont-Saxonnex appartient donc à la série sédimentaire de l’Helvétique. Le massif interne du Mont-Blanc possédant sa propre couverture, bien L’étude du forage de Brison a montré que le Trias rencontré vers la visible dans le Val d’Aoste, on admet que le bassin sédimentaire des Aravis profondeur de 4 070 m était identique à celui du massif des Aiguilles et Bornes se situait au niveau du Mont-Blanc externe, car il y a Rouges. Les couches qui se trouvent au dessus, apparentées également à continuité entre lui et les Aravis, via le massif du Mont-Joly. celles des Aravis, appartiennent au contraire au massif des Bornes. Naturellement, le bassin sédimentaire correspondant se trouvait nettement plus au Sud-Est, avant le raccourcissement des Alpes dû à la convergence.

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Au total, le paysage nous permet d’entrevoir plus de 6 nappes. On remarque sur l’image et le schéma précédents que la Nappe Ultra-Helvétique chevauche le Chevran, et que, ensuite, elle joue le rôle de semelles pour les autres Nappes, puisqu’on la retrouve sous la Nappe des Médianes, mais aussi sous celle de la Brèche. De plus, toutes les Nappes se chevauchent, comme empilées les unes sur les autres. Cela est la conséquence de la convergence de l’Apulie (microplaque africaine) sur l’Europe. En les remettant en place, les plus hautes placées, venant de plus loin, on obtient une vision de la mer alpine.

Nappe de Gurnigel : Le massif des Voirons, non visible depuis MontSaxonnex, car caché par le Reyret, appartient à cette Nappe. Le plissement qui suivit la mise en place des nappes et l’érosion ultérieure expliquent donc le magnifique paysage que l’on aperçoit depuis le belvédère de l’église et qui participa à l’élaboration de la notion de nappes de charriage. Ainsi, la commune de MontSaxonnex peut s’enorgueillir d’avoir toujours été à la pointe des recherches géologiques, tant à cause de ses gisements que de son environnement paysager.

Schéma imagé de la mer alpine. Le schéma ci-dessus montre la situation de la mer alpine vers la fin du Jurassique. La montée du magma basaltique provoque l’écartement des plaques, l’africaine et l’euro-péenne. A partir du Crétacé Moyen, le phénomène s’inverse par l’ouverture de l’Océan Atlantique sud qui provoque le pivotement de l’Afrique. A la distension, succède la convergence. Une micro plaque africaine, l’Apulie resserre la mer alpine et provoque l’écaillage du socle et la désolidarision des sédiments qui leur est associés. C’est ainsi que Les Flyschs des Gets sont poussés au-dessus des sédiments de Gurnigel*, formant ainsi une première nappe. Nappe des Gets et Nappe de Gurnigel sont charriés à leur

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Un témoin, le massif des Annes, placé dans la gouttière synclinale du Reposoir proviendrait de la zone Sub-Briançonnaise. Divers arguments semblent indiquer que la nappe correspondante recouvrait alors les Aravis et au moins l’espace compris entre Andey et le Bargy. Mais l’importante érosion qui a suivi le plissement final de la région, l’a progressivement éliminée, ne laissant qu’un petit témoin en souvenir, le massif des Annes. La présence de cette nappe expliquerait, par surcharge, la succession régulière d’anticlinaux et de synclinaux, entre Andey et Bargy. L’absence de recouvrement de la nappe sur le bord septentrional, serait peut-être, au contraire, à l’origine de l’écaillage des anticlinaux du Rocher Noir et de Quart Dernier.

tour sur les sédiments de la Brèche. Et ainsi de suite pour la nappe des médianes, pour celle de l’UltraHelvétique et enfin de l’Helvétique. En avant des nappes qui ne sont pas encore plissées, le sillon marin se remplit de dépôts de flysch, au Crétacé terminal pour les premières nappes, et de plus en plus tardivement pour les nappes suivantes La présence de Flyschs Oligocènes sur le territoire de Mont-Saxonnex prouve ainsi l’imminence de l’arrivée de l’empilement des nappes. La rencontre des 2 plaques provoque un soulèvement de la partie septentrionale des Alpes qui est alors mis hors de l’eau. L’érosion de ce bombement donnera naissance à la sédimentation molassique.

DOCUMENTS UTILISÉS : La carte géologique “Annecy-Bonneville” au 1/50 000 et son livret d’accompagnement ; L’itinéraire géologique : Genève - Saint-Jean-de-Sixt par J. Charollais. 44

L’Helvétique de Mont-Saxonnex a-t-il été recouvert par les nappes ?


Col de Balafrasse.

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GROTTES ET GOUFFRES DE LA CHAÎNE DU BARGY Par Dominique Boibessot, Spéléologue

L’exploration des “trous qui soufflent” dans le massif du Bargy et alentour révèle un important réseau de grottes et de galeries souterraines.

Prologue Grottes sans fond, lacs souterrains immenses, manque d’air et effondrements soudains : l’imaginaire collectif est riche. Le darbon (surnom donné à l’auteur par les habitants du MontSaxonnex. Darbon veut dire taupe en patois du Mont) présent au MontSaxonnex peut vous rassurer : le Bargy ne va pas s’écrouler sous les efforts “destructeurs” des spéléologues. Les lacs aux verts reflets ressemblent à des flaques débonnaires faciles à contourner. Les rivières sont des ruisseaux. Les courants d’air avivés par le vide des falaises toutes proches nous frigorifient, il y aurait plutôt trop d’air ! Les grottes sans fond n’existent pas, au grand désespoir des explorateurs. Seuls restent vertigineux certains grands à-pics et excitantes les longues galeries vierges qui viennent d’être découvertes. 46

Je voulais partager ma passion, décrire le Bargy par l’intérieur, parler des dernières explorations. Ceux qui aiment ces falaises blanches le savent : notre imagination, la nature, ses défis sont les vrais trésors de nos escapades.

GROTTES ET GOUFFRES DE LA CHAÎNE DU BARGY


Survol géologique simplifié La chaîne du Bargy est formée d’un long pli anticlinal* dont l’axe plonge vers le nord-est et dont le flanc nord (côté Mont-Saxonnex) est vertical ou même renversé, alors que le flanc sud (côté Reposoir, col de la Colombière) présente une pente assez régulière et s’enfonce sous les Annes. Cet anticlinal culmine à la Pointe Blanche, 2 438 m. La carapace de calcaire urgonien* qui forme l’ossature de l’extrémité nordest de ce pli et sur laquelle se tissent les voies d’escalade du petit et du grand Bargy, a été fortement entaillée par l’érosion à partir de ce dernier sommet. Du lac Bénit ou de l’église du MontSaxonnex vous pouvez admirer ces grandes falaises blanches. Les lapiaz des crêtes sommitales s’incrustent dans cette carapace. Au sud-ouest (du grand Bargy au Roc des Tours, au-dessus du lac de Lessy), l’érosion a décapé quasiment toute celle-ci, n’en laissant que des lambeaux : les sommets en calcaire urgonien du pli (Pointe du Midi, Pointe Blanche et Jallouvre) ainsi que la base de cette

couche vue sur la tranche. Celle-ci, ligne de falaise quelquefois masquée par les éboulis est moins facile à décrypter dans le paysage, elle borde la base du flanc nord de la chaîne du Bargy, le long de la vallée du Bronze située au-dessus de Morsulaz (combe de Biolland). Vous la croisez sur le sentier d’alpage escarpé quand vous sortez du plateau de Cenise pour aller vers le lac de Lessy. Entre les sommets et cette ligne de falaises, on voit de grandes pentes herbeuses très raides, c’est le cœur de l’anticlinal formé par l’Hauterivien (calcaires siliceux et marnes) qui est une roche imperméable et donc non “karstifiable” (les cavités ne peuvent s’y développer). Le synclinal* parallèle à la montagne (côté nord) qui est axé approximativement sous une ligne lac Bénit-combe de Biolland se présente comme une gouttière (on parle de gouttière synclinale) plus ou moins coincée par et sous le bord de l’anticlinal. Le synclinal situé sous les Annes.

Lexique KARST Région de formation calcaire caractérisée par la prépondérance du drainage souterrain et par le développement d'une topographie originale due à la corrosion de la roche (lapiaz ou lapiés, grottes, gouffres, résurgences, etc.). ANTICLINAL et SYNCLINAL Un pli est dit anticlinal quand sa convexité est tournée vers le ciel, c'est-à-dire quand les couches forment arche ; on donne le nom de synclinal à la disposition inverse, où les couches forment cuvette. Les terrains des chaînes de montagnes, lesquelles ne sont que des zones de plissement dues à la compression de l'écorce terrestre, présentent souvent une succession d'anticlinaux et de synclinaux. URGONIEN Faciès (ensemble des caractères pétrographiques et paléontologiques) du Crétacé inférieur constitué par d'épaisses masses de calcaires récifaux blancs à Rudistes. Dans le Bargy, les grottes et gouffres se développent dans l’Urgonien.

GROTTES ET GOUFFRES DE LA CHAÎNE DU BARGY

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Hydrologie souterraine La plus grande partie des eaux de pluie ou de fonte s’infiltre par les fissures ou les gouffres dans les calcaires urgoniens fortement lapiazés et ne forme pas de ruisseau en surface. L’écoulement est donc souterrain. Les eaux dévalent plus ou moins verticalement puis butent sur le toit de l’Hauterivien où la ligne de plus grande pente guide leur chemin. Le lac Bénit possède un déversoir aérien qui fonctionne à la fonte des neiges, et un exutoire souterrain, actif en permanence. Une coloration est ressortie à l’émergence de Neyrolle. Les eaux du lac de Lessy ressortent à la résurgence des Arjules. Sur le versant nord, l’eau qui emprunte les gouffres, descend derrière les grandes falaises. Le pendage* est vertical et après quelques centaines de mètres, des cascadelles

arrosent les spéléologues dans les à-pics souterrains. Ces ruisselets atteignent les gouttières synclinales (moins pentues), celles-ci collectent les écoulements qui se dirigent alors vers les extrémités du massif. Au nord-est, dans la cluse du Foron du Reposoir, la source principale est l’émergence de Neyrolle à 800 m d’altitude (250 m en aval de l’oratoire de Notre Dame des Grâces). Au sud-ouest, les eaux ressortent dans la vallée du Borne à la résurgence des Arjules à 850 m d’altitude sur la commune du Petit Bornand, (à l’aval et non loin de la carrière qui jouxte la route départementale). Sur le versant sud, l’eau traverse tout l’urgonien (verticalement) puis coule sur le toit de l’Hauterivien imperméable qui plonge sous les Annes. Les sources sont inconnues.

Gouffre de l'église Musset.

Grand Bargy La Tour

Grotte du Nez de l’Envers Col d’Encrenaz Grotte de l’Envers

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GROTTES ET GOUFFRES DE LA CHAÎNE DU BARGY

Grottes de la Tour


Grottes et gouffres Un grand nombre de cavités s’ouvrent sur le massif. La plupart de celles-ci n’ont qu’un développement modeste (quelques dizaines de mètres). Je ne décrirai que les plus importantes.

LA GROTTE DE L’ENVERS : GROTTE LA PLUS LONGUE ET PROFONDE DU MASSIF

En 1991, Cédric me guide vers une entrée en falaise, la grotte de l’Envers qui s’ouvre au-dessus du télésiège de Morsulaz à 1 940 m d’altitude. Dans son porche, les anciens chasseurs du Mont (de ceux qui connaissaient tous les passages dans les falaises), avaient caché une bouteille de gnole pour se réconforter l’esprit à l’abri des orages. La galerie est vaste, mais 60 m plus loin, un éboulement obstrue le conduit. Deux séances de travaux nous permettront de déblayer celui-ci et de parcourir un kilomètre de grande galerie (réseau supérieur et galerie du squelette) mesurant entre 2 à 7 m de diamètre. Des massifs stalagmitiques de plusieurs mètres de haut se dressent tout au long du parcours, ils sont rares dans la région à une altitude aussi élevée. Ce concrétionnement, très ancien, se forme habituellement en présence d’un couver t végétal important. Au cours de l’automne 1998, Jean Sesiano, géologue de l’université de Genève, m’accompagne à la grotte de l’Envers. Il est intéressé par ces concrétions et les remplissages. Nous ramenons un morceau de calcite (15 kg !). La datation uranium-thorium effectuée est très bonne et indique que l’échantillon est plus vieux que la limite de la méthode, donc âgé de plus de 400 000 ans, mais on ne peut rien affirmer de plus. Cet échantillon recèle une teneur élevée en uranium peu fréquente dans les karst. Au cours de

cette excursion, nous découvrons un passage clé débouchant sur un puits de 37 m. Les explorations se dérouleront sur 5 ans. En pendulant dans ce puits, nous accédons à une suite d’à-pics qui est bouchée par des éboulis à 315 m de profondeur. En bas du puits de 37 m, une étroite galerie retourne presque sous l’entrée de la grotte où un autre réseau vertical descend jusqu’à 487 m. Parallèlement, nous explorons le gouffre de l’église Musset (petit cirque sous le premier col à l’est du Grand Bargy) dont l’entrée s’ouvre à 2 080 m d’altitude. Après quelques puits et d’étroits méandres, deux passages sont particulièrement resserrés et nous obligent à nous contorsionner. Peu après, nous jonctionnons à 140 m de profondeur avec la grotte de l’Envers, dans la grande galerie et le réseau vertical à proximité de l’entrée. Début 2004, la grotte de l’Envers compte près de 3 km de galeries et les 2 branches verticales descendent respectivement à 487 m et 315 m de profondeur.

Gouffre de l'église Musset.

GROTTES ET GOUFFRES DE LA CHAÎNE DU BARGY

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GROTTES ET GOUFFRES DE LA CHAÎNE DU BARGY


Questions et hypothèses Pourquoi une galerie de cette importance se trouve-t-elle à 1 940 m d’altitude ? Sous les montagnes de Haute-Savoie, les grandes grottes horizontales de plus d’un kilomètre sont peu fréquentes. Les gouffres prédominent. Les eaux, si elles ne sont pas arrêtées par une couche géologique imperméable perchée, transitent, en toute logique, du haut des montagnes vers le fond des vallées (niveau de base conditionné par la nappe phréatique) : en altitude, elles creusent des gouffres. La grotte de l’Envers correspond à un niveau de base ancien qui, aujourd’hui, n’a laissé aucune trace à part la grande galerie fossile. La datation des grandes stalagmites prouvent que ce niveau de base a été fonctionnel il y a plus de 400 000 ans. Dans les Alpes du nord, les géologues s’accordent pour dire que les massifs montagneux se soulèvent d’environ 1 000 m par million d’années (tandis que l’érosion en enlève en moyenne 500 m). La grande galerie se serait donc formée à une altitude beaucoup plus basse que celle qu’elle occupe aujourd’hui. Par exemple, il y a un million d’années, le niveau de base de la grotte se situait, peut-être, à 900 m d’altitude. La grotte s’est creusée après l’achèvement du plissement du Bargy. Les grandes stalagmites (fissurées, fendues) sont restées verticales depuis leur formation, c’est la preuve d’une grande stabilité du massif pendant le soulèvement du massif. La grotte du Nez de l’Envers est une grotte ressemblant tout à fait à la précédente, elle se développe sur 600 m de long et à la même altitude. Ses deux entrées, effondrées, s’ouvrent respectivement sous le Nez de l’Envers et dans les vires raides surplombant le cheneau Rosset. En toute logique, avant que l’érosion ne creuse la combe qui les sépare actuellement, ces deux cavités n’en formait qu’une ! I

Comment et quand la cavité a-t-elle été creusée ? La grande galerie a été creusée, il y a plus de 400 000 ans, par une rivière souterraine, pas forcément d’un débit important, qui formait des bassins, de petits lacs. La durée de sa formation est de l’ordre de 100 000 ans à 300 000 ans. Les conduits verticaux qui traversent la galerie et descendent vers 500 m de profondeur sont beaucoup plus récents, quelques dizaines de milliers d’années. Les spéléologues n’étaient pas là pour les explorer ! I

Des gouffres recoupent cette galerie, est-ce par hasard ? Non, ces conduits ont emprunté, eux aussi, les zones de faiblesse (fractures, joints de strate ?) qui ont guidé la formation de la grande galerie. Néanmoins, d’autres gouffres peuvent se développer à proximité sans lien avec la grotte de l’Envers sauf à rejoindre le collecteur actif à grande profondeur. I

Des courants d’air circulent dans ces grottes, pourquoi ? Sur le massif, les courants d’air s’établissent, en général, entre les entrées hautes et les entrées basses d’un réseau karstique à cause des différences de température. En hiver, l’air d’un réseau est plus chaud que l’extérieur, la cavité fonctionne comme une cheminée. Les gouffres situés vers les sommets exhalent donc un souffle chaud qui fait fondre la neige. En été, le sens des courants d’air s’inverse. En été, le gouffre de l’église Musset aspire, cet air ressort à l’entrée de la grotte de l’Envers située 140 m plus bas. Plus nous descendons profondément dans cette cavité et plus le courant d’air descendant est faible, ceci nous fait penser qu’un ou plusieurs siphons bloquent la circulation d’air qui en théorie ressort vers la source (en été). Deux étroites fissures crachent ce courant d’air en haut et à gauche du cœur. Ces “souffles” nous permettent de repérer les plus petits orifices et après leurs élargissements, d’explorer une nouvelle cavité. Depuis des années, je parcours tous les cheminements improbables du massif à l’affût du moindre vent qui pourrait me souffler dans les mollets ! Si vous connaissez des trous soufflants (moins de 20 cm de large), vous pouvez me téléphoner au 04.50.96.96.72. et ainsi m’aider à l’explorer le Bargy souterrain. I

GROTTES ET GOUFFRES DE LA CHAÎNE DU BARGY

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Société des amateurs de cavernes - C.A.F. Albertville

Lexique

Entrée du gouffre des Grenouilles.

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GROTTES ET GOUFFRES DE LA CHAÎNE DU BARGY

LAPIAZ Forme mineure la plus caractéristique du karst, rainure plus ou moins profonde résultant de la dissolution du calcaire en surface et se présentant en groupements denses. PENDAGE Pente d'une strate, d'une couche géologique qui se mesure d'après l'angle formé, dans le plan vertical, entre la ligne de plus grande pente et l'horizontale.


LE GOUFFRE DES GRENOUILLES Monter au lac Bénit, quitter la buvette pour aller au col d’Encrenaz. Au bout du lac, prendre le sentier qui monte à droite du grand pierrier. Bientôt, vous arrivez presque sous la falaise. Ce sont les couches verticales de la retombée du pli anticlinal qui vous dominent, il faut faire attention aux chutes de pierres !

Les avalanches ont accumulé un grand névé qui subsiste quelquefois jusqu’en été. Il est conservé par les courants d’air froid sortant des cavités situées au pied de la muraille. L’entrée la plus basse est un étroit pertuis (50 cm x 30 cm) exhalant un violent souffle au ras du sol. Les premiers mètres du gouffre sont dangereux car il faut traverser un éboulement instable élargi en 2003. La suite est un enchaînement de verticales jusqu’à 190 m de profondeur soit 100 m plus bas que le lac Bénit.

A proximité, une entrée haute de trois mètres, au-dessus d’une petite escalade de deux mètres laisse s’échapper un curieux ronflement qui fait penser à un écoulement d’eau. Ce bruit est produit par un courant d’air sortant d’un trou gros comme deux doigts. Vingt mètres plus haut, se trouve un autre gouffre de quinze mètres de profondeur. Ces courants d’air proviennent des crêtes du Bargy, ils empruntent peut-être les conduits de la grotte de l’Envers.

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LA TANNE FREDE A Morsullaz remonter le fond plat de la vallée du Bronze sur un petit kilomètre jusqu’au point coté 1 280 m. Monter alors environ 200 m de dénivelée plein sud dans les raides pâturages (250 m à droite d’un ravin parcouru par un ruisseau qui peut être à sec). La grotte s’ouvre près d’un sapin solitaire sur une vire équipée d’un câble.

La Tanne Frede est la seconde cavité du massif (longueur 2 225 m, dénivelée 360 m). Elle est constituée de 3 réseaux descendants, à-pics et méandres, où la progression est arrêtée par des siphons à différentes profondeurs (-140 m, -212 m et -245 m). Le ruisseau qui la parcourt ressort à l’émergence de Neyrolle et de Notre Dame des Grâces en 34 heures.

Entrée de la Tanne Frede.

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GROTTES ET GOUFFRES DE LA CHAÎNE DU BARGY

En été, un courant d’air important refroidit le visiteur quand il rentre sous le porche : il provient essentiellement des réseaux supérieurs. Attention, le pied des falaises et les prés en dessous sont exposés aux chutes de pierres et aux avalanches.


LA GROTTE DE MONTARQUIS OU DE LA GRANDE CAVE Partir du col de la Colombière, arriver aux chalets ayant le même nom, prendre le sentier bien tracé qui part à flanc au nord-est vers la combe de Montarquis. Remonter cette combe en suivant le sentier qui passe devant l’entrée monumentale de la grotte (indiquée sur les cartes IGN). Attention aux glissades, aux chutes de glaçons et aux moutons et bouquetins qui souvent prennent le frais dans la salle La majestueuse salle d’entrée est souvent recouverte d’une couche de glace. Nous sommes dans le seul site du massif où nous pouvons contempler, à ma connaissance, des stalagmites de glace aussi nombreuses. Une masse d’air froid nous saisit. Les courants d’air qui l’alimentent indiquent qu’il existe des communications par de multiples fractures avec le plateau 50 m plus haut, ou que des prolongements importants n’ont pas encore été découverts. Peut-être un jour pourrons-nous traverser sous le sommet de La Tour en passant par les petites grottes qui s’ouvrent en pied de falaise du côté du Mont-Saxonnex.

Le randonneur non-spéléologue pourra cependant découvrir quelques belles entrées et s’étonner des courants d’air quelquefois violents qui sortent des entrailles de la terre. Choisir une journée très chaude pour profiter au maximum de ces courants d’air.

En conclusion Faire de la spéléo ou des randonnées hors sentiers sur le massif du Bargy n’est pas de tout repos. Il faut affronter les dénivelés importants, les passages en escalades, les chutes de pierres pour découvrir des galeries, salles et puits inexplorés. Seuls les “montagnards avertis” peuvent progresser en prenant le moins de risques possibles dans les passages dangereux pour atteindre les cavités.

Sur les crêtes et le versant sud, seuls quelques gouffres de plus de 50 m de profondeur ont été explorés et l’état de nos connaissances est fragmentaire. On ne peut pas savoir, pour le moment, s’il existe des cavités qui s’enfoncent sous les Annes. Les grands collecteurs profonds situés dans les gouttières synclinales n’ont pas encore été explorés par les spéléologues.

Sur le versant nord du Bargy, la grotte de l’Envers et la tanne Fredde sont des gouffres importants, on peut supposer que dans les années à venir, nous découvrirons d’autres grandes cavités dans ce secteur et peut être un tronçon de collecteur. Remerciements à Jean Sesiano et Jacques Martini tous deux géologues et spéléologues pour leurs explications et leur gentillesse lors de nos rencontres.

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ESCALADE EN FALAISE Par Gilles Brunot, Météorologue, spécialiste de la prévision du risque d’avalanche

Durandal, Hauteclaire, Damoclès, ... Les alpinistes ne manquent pas d’imagination pour baptiser les voies d’escalade dans le massif du Bargy.

Grand Bargy Accès : Se garer au télésiège de Morsulaz. Remonter le sentier en direction du lac Bénit (départ environ 100 m à droite du télésiège) puis peu après un virage à gauche du sentier, le quitter à droite et longer au-dessus de la forêt (45 minutes). Descente : En rappel dans les voies ou à pied si on sort au sommet : suivre le pied de la face nord-ouest du Grand Bargy vers la droite (vers l’ouest, un pas délicat) en restant contre le rocher, puis descendre d’abord par des pentes d’herbe, puis le fond du couloir qui borde le triangle nord. Matériel : Corde de rappel. Coinceurs (éventuellement un marteau et quelques pitons), sauf pour Les gorets suspendus et Les gros veaux. Commentaire : Rocher semblable au Petit Bargy, bien que plus raide. Soleil l’après-midi seulement en plein été. Sèche lentement. Escalade conseillée en juillet et août. Cadre très agréable et calme. Equipement : Goujons de 10 mm pour Les gorets suspendus et Les gros veaux. Sinon équipement vétuste en pitons. 56

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vers Bonneville

église

vers Cluses

Mont-Saxonnex

Blanzy

vers le Reposoir

chapelle vers Brison Zoom

les Bottes

Rocher de Malsaire

forêt

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Remarques : Le Bargy n’est pas un site de falaise mais bien un terrain d’aventure. Dans certaines voies, surtout les plus anciennes, on y trouvera donc non seulement du rocher parfois douteux, quelquefois mauvais, mais aussi un équipement “d’époque”, c’est-à-dire souvent espacé et ayant vieilli. Ce site s’adresse donc plutôt à des grimpeurs ayant une expérience du terrain de montagne. Gilles Brunot.

y Barg

col d’Encrenaz


1 Les gros veaux ED430 m 1996 Antoine Cayrol, Thierry Périllat Escalade souvent parcourue, très longue et assez variée mais peu physique dans l’ensemble. 10 dégaines (+relais). Quelques coinceurs éventuels si on est limite au niveau. 2 Voie directe (voie Mroz) TD 400 m 1971 J.P. Bougerol, P. Malinovski, J. Michaud, A. Mroz Tracé approximatif.

3 Dièdre supendu TD 350 m 1968 Bernard Amy, A. Michel Tracé approximatif. 4 Les gorets suspendus ABO- 250 m 1989 Hervé Bouvard, Thierry Périllat Attention, risque de coincement facile du premier rappel au sommet de la voie. 5 Pilier de l’anniversaire ED 250 m 1979 P. Lagrange, J.C. Roguet Tracé approximatif.

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Petit Bargy Accès le plus agréable : Sur la route du col de la Colombière en venant depuis Cluses, prendre la première route à droite peu après le carrefour de Blanzi, en direction des Bottes. Remonter cette route jusqu’à son terminus (parking). Continuer à pied surchemin 4x4 puis sentier pédestre (pancartes “Lac Bénit”). La marche est ombragée, entièrement en forêt sur terrain moelleux ! L’accès au lac se fait en 40 minutes, la dénivellation à la montée est identique à l’accès classique mais il n’y a pas de descente... à remonter le soir. Accès le plus classique : Du Mont-Saxonnex, gagner le parking du Lac Bénit, à 2,5 km à gauche, en bordure de la route de Morsulaz. Suivre la piste menant au lac : 45 mn au soleil sur chemin caillouteux.

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Accès le moins fatiguant, mais... pas toujours disponible ! On peut aussi prendre le télésiège à Morsulaz (ouvert les dimanches en milieu d’été) puis descendre vers le lac en 10 mn. Du lac, les voies s’atteignent en plus ou moins 25 mn : - secteur des Dalles : contourner le lac par la gauche. - Les trous : on peut gagner les voies en suivant l’accès aux deux autres secteurs puis en suivant la sente longeant le pied de la paroi. Autre possibilité : contourner le lac, remonter une barre rocheuse à droite de l’aplomb Des trous, facile mais il faut le pied montagnard ! La sente amène à la paroi à droite du départ de la voie Des trous. - secteur Pilier des annéciens, Grand Dièdre : contourner le lac par la droite. Descente : En rappel dans les lignes équipées (voir croquis) ou par le sommet puis le sentier du col d’Encrenaz pour les voies sortant au sommet. D’Embouts éconduits au Pilier des annéciens, si on sort par le haut, on peut éviter la montée au sommet grâce à un rappel de 40 m sur un gros pin (sangle + maillon) à l’extrémité de la rampe herbeuse, au pied de la dernière falaise.

Matériel : Corde de rappel. Casque et coinceurs conseillés, surtout pour les voies les moins récentes. Marteau et pitons utiles dans certaines voies peu fréquentées. Grandes sangles pour certaines anciennes voies ayant relais sur arbres. Commentaire : Entre grande falaise et escaladeaventure, c’est un site d’été où le mot canicule est inconnu. Conseillé en juillet et août, où l’on a quand même le soleil l’après-midi. La face sèche lentement. Le cadre est très agréable et calme. Le calcaire est peu raide, avec de nombreuses réglettes, écailles (parfois fragiles) et adhérences mais aussi des cannelures souvent superbes et sculptées. Remarques : Bien que certaines voies aient été récemment rééquipées, ce site s’adresse plutôt à des grimpeurs ayant une expérience du terrain de montagne. Vous trouverez à la buvette du lac tous les renseignements et topos, ainsi qu’à boire bien sûr !


1 Variante de départ 6c 2005 Christophe Bressand, Emmanuel Ratouis Trois longueurs en 5c, 6c puis 6b. L2 très belle. Cette variante risque de rester mouillé un certain temps après la pluie. 2 Voie des Dalles D 400 m 1967 Erica Stagni et Robert Wolschlag Prendre des coinceurs. 3 Hauteclaire TD300 m 1984 Thierry Périllat, René Vuagnoux Assez engagée mais on peut parfois rajouter quelques coinceurs petits ou moyens. 4 Embellie pulmonaire ED+ 300 m 2003 Séverin Marchand, Isabelle et Emmanuel Ratouis, Paul Verdier Escalade très à pieds, comme il se doit dans les dalles du Bargy : Grattonage en L1, plutôt en adhérence dans les autres passages difficiles. Prendre quelques coinceurs et Friends petits et moyens (jusqu’au n°2).

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5 Durandal ED290 m 1981 Gilbert Ogier, Thierry Périllat Escalade engagée, rééquipée en broches scellées en 1996 par un stage CNEAS. 6 Damoclès ABO 230 m 1985 Gilbert Ogier Escalade technique et très engagée, rééquipée en 2005 par un stage de guides. 7 Directe du Lac TD+ 400 m 1977 P. Lagrange et R. Roulet Rééquipée en goujons de 10 mm jusqu’au relais avant la traversée à droite descendante. Pas d’équipement ensuite, sauf les relais. 8 Excalibur ED+ 300 m 1982 Gilbert Ogier, Thierry Périllat Escalade engagée.

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9 Voie des Trous D+ 300 m 1962 Erica Stagni, P. Labrunie, Jacques Martin, Robert Wolschlag Coinceurs. Rééquipée en 2002 avec respect de l’emplacement de l’équipement original. 10 Variante à Pétiole TD 300 m 1994 Sylvie et Thierry Périllat, Sylvie Strappazzon Prendre quelques petits coinceurs. 11 Voie du Nez D 300 m Coinceurs, voire quelques pitons.

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12 Embouts éconduits ED370 m 2003 Régine Lemaire, Emmanuel Ratouis, Kaori Yoshikawa Belle escalade jusqu’à R6, moins intéressante ensuite à cause de zones de mauvais rocher en L7, L9 et L10. Le départ est sur une vire horizontale (en remontant partiellement un couloir, on arrive à pied à R1). R2 facultatif avec encordement à 50 m en acceptant quelques mètres faciles à corde tendue.

Avec 45 m, relais supplémentaire sur la vire de L5. Prendre deux grandes sangles et quelques coinceurs petits et moyens en complément éventuel. Descente à pied ou en récupérant les rappels de “Fantaisie japonaise” pas évident : après le dernier relais, traverser à droite en montant un peu, puis franchir facilement la barre rocheuse, on arrive un peu plus haut que le sapin où se situe le départ des rappels.

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13 La Ballade de Narayama 7a 120 m 2004 Emmanuel Ratouis, Kaori Yoshikawa De beaux passages entre des zones peu intéressantes. Voie équipée. 14 Voie du Grand Dièdre D 300 m Quelques pitons en place. Prendre coinceurs, Friends jusqu’au n°4, sangles. L1=4c; L2=5c; L3=4c avec un pas de 5b; niveau 2 et 3 ensuite. 15 La conjuration des imbéciles TD 300 m 2003 La première partie remonte les longueurs les plus intéréssantes du “Grand dièdre” : Fissure, dièdre et cheminée. On grimpe ensuite en dalle et cannelure. Prendre un jeu de coinceurs assez complet : câblés, Friends jusqu’au n°3,5, une sangle pour cravater les pierres coincées dans le fond du dièdre. En première longueur dans la dalle, quand l’équipement disparaît... remonter une double cannelure sombre à protéger avec Friends (une plaquette dans le haut). 16 Fantaisie japonaise ED350 m 2001 Gilles Brunot, Bruno Lambert, Emmanuel Ratouis, Kaori Yoshikawa Escalade variée avec des sections un peu engagées. Coinceurs et Friends jusqu’au n°3, une ou deux sangles. En L7, traverser de quelques mètres à gauche au niveau de la première plaquette avant de monter. Encordement à 50 m. 17 Le Songe d’Athalie TD+ 300 m 1984 Christophe Briffaz, Thierry Périllat Coinceurs petits et moyens. Quelques vieux pitons en place.

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18 Dièdre des Annemassiens Belle voie au bon rocher, comportant très peu d’équipement. Prévoir des coinceurs, pitons et quelques grandes sangles. Tracé approximatif. 19 Voie de l’Isabelle TD+ 250 m Jolie voie très peu équipée, même des relais. Prévoir pitons, coinceurs et sangles. Tracé approximatif. 20 Pégase TD+ 210 m 1986 Thierry Périllat, Jean-Michel Poncet Escalade plus variée (fissures, cannelure). Rééquipée par les ouvreurs en 1990. Friends petits et moyens.

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21 Pilier des Annéciens D250 m 1963 Farini, Girard et Richard Coinceurs et sangles. Descente en rappel possible dans Pégase à la fin des difficultés.

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Petit Bargy : la conjuration des imbĂŠciles.

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Malsaire Accès : Au Mont-Saxonnex, à 250 m de la chapelle (ne pas confondre avec l’église) sur la route de Bonneville, prendre la route du Quart Dernier en direction de Malsaire. Se garer dans la fin de la rue goudronnée (ne pas stationner plus loin dans les prés). Pousuivre à pied le chemin carrossable jusqu’à la dernière maison puis pénétrer à droite dans les bois et suivre un sentier menant rapidement au pied de la falaise.

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Commentaire : A Malsaire, on trouve des voies pour tous les niveaux... il manque quand même des voies en 8c et 9a ! Les voies les plus intéressantes se répartissent du niveau 4 au 7a. En effet, les voies les plus difficiles, situées dans un dévers au-dessus d’une dalle, ont pour la plupart des prises taillées et sont généralement de type bloc. Le rocher est un calcaire moyennement adhérent (quelques voies sont patinées) avec dominante de réglettes mais avec aussi quelques trous, écailles et aplats. Le site est assez ombragé par les arbres, mais chaud dès que les feuilles sont tombées et que le soleil brille : On peut y grimper l’hiver quand les conditions météo sont favorables : s o l e i l d e 1 0 h 3 0 / 1 1 h j u s q u’ e n milieu d’après-midi. Le dévers sèche lentement (résurgences assez tenaces après de fortes pluies). Il n’y a pas de danger à amener des enfants mais le pied de la falaise n’est pas très confortable : ni très plat, ni très large.

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Poupée de rocher Zag zig Le zag Over the top Echec aux lents M’enfin Les greubons La Ringale New-look Princesse Le pesso Malabar Glace Pop pop La Pelle Brosse Ça pi des pates Spécial cafards Saint Plaie Le sourire du crapeau Jour de nuit La reine de la pompe La gloire de mon père Ça cool Raoul Le tricot de mémé Cuculitaform La chouette Un ange au paradis Sainte éthique Jeux de couleurs Un jour peut-être Mathilda Grumpf grumpf BD In the morning A l’usine Eugène

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Mister swing Nuit blanche (L1) Nuit blanche (L1+L2) Dali Et alors Sombre héros Sensuelle déflagration Exil vertical Coup de tartine (L1) Coup de tartine (L1+L2) Salut l’artiste Voltige d’orée Cul sec Sympathie cool Naissance du flou Cruel dilemne Jardin Balatta Dur limite Extension nerveuse Fleur d’automne Bienvenue au 6ième ciel Lumière éclatée La tribu des pieds bleus Et que çà mousse Le seigneur des anneaux Bloc pas comme ça PDF Variante plaquettes bleues Mozet mousse Le clou qui chante plus Les cyclamens

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SUR LES TRACES DE LA FAUNE SAUVAGE Par Georges Lacroix, Photographe animalier

A chaque étage alpin sa faune. Oiseaux, rongeurs et carnassiers cohabitent sur un territoire au-dessus duquel planent le majestueux aigle royal et le gypaète barbu.

La longue attente dans les affûts incite à la rêverie, mais elle donne également le temps d’analyser le passé et le présent. L’analyse de la lutte pour la vie dans la nature nous aide à comprendre certains comportements humains, et nous incite à réfléchir à la préservation de la faune sauvage, facteur d’équilibre naturel. La population de tétras-lyre régresse. Ce fleuron de nos alpages, vat-il disparaître comme le grand tétras ? Est-ce la martre, cette petite panthère de la forêt que l’on voit sauter de sapin en sapin, pour piller les nids et capturer des oiseaux qui contribue à la régression du tétras lyre ?

Ou est-ce le sanglier fouisseur qui retourne la terre parfois sur l’emplacement même des nids et qui comme tout omnivore mange aussi les œufs ? Il est exact que la diminution de la densité des coqs de bruyère a commencé tout de suite après l’arrivée de la bête noire à la fin de la décennie soixante. Est-ce une coïncidence ou une incidence. Est-ce que les chasseurs, malgré le plan de chasse, prélèvent trop d’oiseaux ?

La Martre.

Y a-t-il du braconnage, de l’écoquetage sélectif sur les arènes de combat au printemps ? En tout cas, la modification du milieu est, à mon avis, la cause essentielle de la diminution de la population de tétras-lyre. Les alpages se boisent trop vite, les alpagistes disparaissent tout autant que le petit tétras !

Tétras-lyre.

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SUR LES TRACES DE LA FAUNE SAUVAGE


SUR LES TRACES DE LA FAUNE SAUVAGE

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La Pie Grièche.

Si les alpages sont menacés par la pousse trop envahissante des taillis épineux, cette végétation primaire prépare le sol de la forêt, attire un passereau migrateur qui se comporte comme un rapace : la pie grièche. Elle se niche au cœur des buissons d’épines, quand l’églantier est en fleurs. La particularité de ce bel oiseau est de stocker de la nourriture, des insectes, sur des “lardoirs”. Cette prévoyance est utile pour nourrir les poussins les jours sans soleil ; l’écorcheur empale cruellement ses proies sur de longues épines, tout près de son nid. Au Mont, ce bel oiseau est omniprésent, partout où la végétation gagne du terrain. On l’aperçoit perché à son poste de guet de prédilection, tout droit sur les piquets des parcs à vaches. Le cerf est revenu tout seul au Mont-Saxonnex. Il se plaît dans les clairières qui sont proches des grands bois, au pied du Bargy. Octobre réunit les hardes. Tous les cerfs et biches sont attirés par les gros mâles heureux de bramer leurs amours. L’écho du Bargy les appelle. Monter et descendre les couloirs des deux versants du Massif du Bargy ne présente pas de difficultés majeures aux cerfs rouges, qui ont envie de se retrouver pour fêter les 68

SUR LES TRACES DE LA FAUNE SAUVAGE

préparatifs de la reproduction. Les cerfs côtoient les chamois qui aiment descendre des sommets pour chercher la fraîcheur jusqu’au pied du Bargy. Le chamois est présent de l’étage montagnard à l’étage alpin. Dans les travers des flancs des montagnes, de multiples sentiers mal tracés qui ne mènent nulle part, conduisent vers ce jardin d’altitude. La population du chamois n’a jamais été très élevée sur tout le terrain de chasse du Mont-Saxonnex, pourtant très propice à cette espèce. Le bel animal est emblématique dans ce village comme chez les voisins.


SUR LES TRACES DE LA FAUNE SAUVAGE

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Le chasseur de chamois n’était pas n’importe qui, autrefois ! Il avait la réputation d’être téméraire au point de risquer sa vie pour récupérer son chamois blessé. Il est vrai que jadis, les cuissots du chamois comme les coqs se vendaient un bon prix, aux “Monchus” de la vallée.

LE ROI DES OISEAUX L’homme chasseur avait un rival plus fort que lui, qui vivait, il y a quelques décennies, au cœur de l’étage montagnard du Mont : l’aigle royal. Le roi des oiseaux nichait autrefois dans les barmes au-dessus du hameau des Glaciers. Il a toujours été jalousé par les autres chasseurs moins habiles que lui. Pourtant, lui ne tue pas plus qu’il lui est nécessaire pour vivre. Il n’a pas de congélateur, ses besoins sont limités. L’aigle peut jeûner pendant plus d’une semaine ! L’aigle est très opportuniste et comme tout animal intelligent il recherche la facilité. Il sait se satisfaire des nombreux cadavres d’animaux morts de maladies ou d’accidents. Son nid, l’aire, est exceptionnellement construit au-dessus de 1500 m. Ce rival des nemrods chasse en général bien au-dessus de son nid car il lui est bien plus facile de descendre que de remonter les proies lourdes qu’il doit déposer sur le nid, aux serres de l’aiglon.

Le Chamois.

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L’aigle Royal.

Aujourd’hui quand il chasse au MontSaxonnex, ce n’est pas pour nourrir son aiglon. Il y a très longtemps qu’il n’a pas été tenté de nicher dans les rochers des Gras. De nombreux aigles ont été tués autrefois au Mont et à Brison, ils étaient classés nuisibles. Mais le Mont est une partie intégrante du territoire des couples d’aigles qui se reproduisent régulièrement au Reposoir et au Petit-Bornand. Ces aigles survolent à haute altitude le beau territoire du Mont, ne chassant que pour eux-mêmes, comme le font les chiens en divagation. Il n’est pas exceptionnel de les voir ausculter l’étage subalpin, en automne, au-dessus des Frachets. Ils y viennent souvent enseigner l’art de la chasse à leur aiglon. Il est fréquent de pouvoir observer l’aigle royal qui aime planer sur le bout du Bargy, surtout autour du Jalouvre. Il sait qu’il ne doit pas trop s’approcher du nouveau site de reproduction du gypaète. Le gypaète est aussi territorialement possessif que l’aigle pendant la période où il se reproduit. C’est pour cela qu’il était appelé autrefois l’Aigle-Vautour.

SUR LES TRACES DE LA FAUNE SAUVAGE

Les Frachets, c’est le territoire d’excellence pour le lièvre commun. C’est un enchantement de grimper l’étroite route qui conduit aux Bourgets, puis vers les Frachets. Cette route tortueuse incite à la prudence, et permet donc aux conducteurs réfléchis de jouir des tableaux parfumés. De chaque côté de la route, des prés aux mille fleurs présentent leurs foins ou regains sur pieds avec une variété de couleurs si riche, que l’on a toujours l’impression de découvrir ces merveilles pour la première fois. L’atmosphère embaumée vous imprègne pour longtemps, vous ne l’oublierez plus.

Le Lièvre commun.


Que d’oiseaux se reproduisent, discrètement protégés par ces herbes riches ! Les légers granivores, comme les insectivores, se régalent en se balançant sur le sommet des fleurs. Au sommet de certains prés fleuris, émerge le jaune des gentianes, qui donne cette liqueur particulière que certains appellent la “Tsabein”, parce que “l’amphionne” bue après une partie de chasse devient une liqueur de vérité. Trois ou quatre verres n’avilissent jamais les conteurs, pêcheurs et chasseurs qui “reimment”, avec des mots de circonstance, les exploits des héros disparus. Le Renard.

Quand les prés sont coupés, sur les flancs des Frachets, l’herbe verte qui repousse donne au paysage bosselé une couleur presque uniforme. Elle est souverainement apaisante. Des îlots d’épilobes épargnés par les âmes paysannes dignes de celles des paysans de La Bruyère, décorent la pelouse d’un mauve dont l’appréciation est paraît-il un signe de vieillissement.

A la coupe du regain, il arrive de découvrir des levrauts blottis dans un petit creux protégé. J’ai éprouvé une émotion reconnaissante d’avoir pu contempler ce spectacle. Les boursouflures des galeries de campagnols terrestres, souterrains ou des neiges, se révèlent quand l’herbe est fraîchement coupée, à la vue des rapaces. Quand ils s’aventurent sur la pelouse alpine, les micro-mammifères, plus facilement repérables, deviennent la nourriture essentielle des hermines, du renard et de tous les rapaces.

SUR LES TRACES DE LA FAUNE SAUVAGE

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Le faucon crécerelle (criblette, creblette ou crebolta au Mont) fait le saint-esprit au-dessus de ses proies et ne plonge vers le sol que lorsqu’il les juge capturables. Les autres faucons, l’épervier, l’autour, la buse, tous ces rapaces sont appelés des “éparvis”. A quoi bon nier que l’autour des palombes prend quelques poules, quelques poussins et bien d’autres petites proies. Il est surtout spécialisé dans la capture des pigeons. Un peu plus haut, presque au sommet de l’étage subalpin, là où les blocs de calcaire sont plantés dans les prés, vivent encore quelques exemplaires d’un autre lièvre. Le lièvre variable passe sa vie caché dans les éboulis ou entre les lapiaz. Appelé tour à tour “blanchot ou blanchon” ou encore le lapin blanc, ce lièvre se comporte parfois comme un lapin en hiver en creusant un terrier dans la neige. Il n’hésite pas en automne, lorsqu’il est poursuivi par des chiens de chasse, à se réfugier dans un terrier de marmotte ou sous des pierres. Mais il n’en reste pas moins que c’est bien un lièvre qui peint sa fourrure, contrefaisant la teinte dominante des saisons. Il devient tout blanc en hiver. L’homochromie avec le paysage enneigé est presque parfaite !

L’Ecureuil.

Une étude analysant les causes de sa régression n’a pas encore donné des réponses satisfaisantes. Personnellement je suis persuadé qu’il y a beaucoup plus de lièvres variables que l’on en voit. Son merveilleux habitat est si fréquenté par les hommes, que le blanchot, qui est un nocturne, ne sort presque plus de son gîte la journée. Il devient rare de le débusquer au cours d’une balade, sauf à l’aurore ou au crépuscule !

Le Blanchot.

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SUR LES TRACES DE LA FAUNE SAUVAGE

Le milieu où se cantonne le blanchot est propice aussi aux oiseaux de nos montagnes. Les accenteurs alpins, les traquets, les venturons montagnards, les pipits spioncelle et bien d’autres oiseaux enrichissent les étages subalpins et alpins à la bonne saison. Si le cri sauvage du casse-noix moucheté, le “cassulaigne” appelé aussi “casse-noisette” retentit encore sur le Bargy c’est que le pin cembro, l’arolle, est encore présent. C’est une bonne nourriture pour le Nucifraga caryocatactes qui appelle ses congénères en criant comme une crécelle que faisaient tourner autrefois obligatoirement les lépreux en entrant dans un hameau. Quand il n’y a plus de graines d’arolles, il fouille sous les noisetiers et se régale de noisettes. Il descend de temps en temps en basse vallée pour faire sa cueillette de noisettes de jardin autour des habitations. Il vole celles que l’écureuil a si bien cachées. La “wardaffia” ne retrouve que rarement les trop nombreuses provisions qu’elle dissimule tout autant que le geai. Tous deux sont de fameux planteurs d’arolles, de noisetiers, et de chênes, comme quoi l’oubli produit parfois des fruits.


Le “Casse-noisette”.

Un oiseau migrateur plus rare, mais l’un des plus beaux, vit très secrètement là-haut dans les pierriers. C’est le merveilleux merle de roche. Les ornithologues l’entendent plus souvent qu’ils ne le voient. Alors l’homme qui s’éloigne de la nature, qui ne la visite que pour se dépasser sportivement ne peut l’observer qu’à la sauvette, les jours de grande chance. Pourtant il est bien présent au Mont Saxonnex, heureusement pour lui, il se cache sous les pierres dès qu’il aperçoit un être humain. Il évite ainsi à l’ h o m m e d e succomber à la tentation de le tuer pour sa beauté. Il ne finira pas empaillé et exposé dans une vitrine.

Les terrains de l’étage subalpin sont favorables à la marmotte qui cohabite pacifiquement avec le Blanchot dans ces pâturages où la

Le Merle de Roche.

Les Marmottes.

diversité biologique est ensorcelante. Ils partagent la même nourriture et pourtant vivent harmonieusement l’un près de l’autre. La marmotte était autrefois l’emblème des petits ramoneurs savoyards. Les gosses partaient bien avant leur adolescence avec leurs marmottons apprivoisés à Paris. L’animal charmait les enfants des Monchus, et les gamins savoyards trouvaient de l’ouvrage ! La marmotte tant aimée est pourtant rare au Mont-Saxonnex. Pendant mon enfance, elle y était déjà rare. La peau, la graisse, la viande, tout était si utile chez la marmotte, qu’elle était convoitée par tous et partout. Comme elle est l’alimentation de base de l’aiglon, là où elle est bien présente, elle lui était fortement disputée. Ce n’est plus le cas au Mont, puisqu’il n’y a pas eu de nidification d’aigle royal depuis près de quarante ans, et la marmotte se fait rare.

SUR LES TRACES DE LA FAUNE SAUVAGE

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Là-haut à l’étage alpin, sur les flancs des sommets qui dominent la combe de Biolland, survit un autre vestige de l’époque glaciaire, le lagopède alpin. L’oiseau est plus connu au Mont et à Brison sous l’appellation de poule blanche ou perdrix blanche. Le lagopède en effet ressemble étrangement en été quand ses plumes deviennent rousses comme celle de la Bécasse, à une perdrix grise. Mais c’est bien un tétras, d’ailleurs ses poussins sont parfois confondus avec ceux du tétras lyre. En fait, le lagopède est un oiseau bizarre qui mue toute l’année, pour devenir entièrement blanc à la fin de l’automne. Il était surtout chassé par les montagnards, sur commandes gastronomiques des “monchus” d’en bas. Le goût de sa chair plaît au palais solide des montagnards, qui lui accordent tout de même un petit goût acide que l’on retrouve dans l’aspirine. C’est normal, le lagopède se nourrit surtout de feuilles de saules rampants ! Sur le grand Bargy, le Jalouvre, les poules blanches accompagnent les bouquetins.

Le Lagopède en hiver.

cornes que l’on entend s’entrechoquer en décembre quand le rut rassemble les étagnes suitées et les mâles. Hors la période de décembre-janvier le bouquetin vit en harde unisexuée. L’étagne n’est attrayante pour le mâle que pendant le rut. Dès 1976, les bouquetins réintroduits sur le versant Reposoir du Bargy, ont découvert au MontSaxonnex un milieu très favorable. J’aime cet animal, d’abord parce que j’ai participé

LE RETOUR DU BOUQUETIN De 1600 mètres jusqu’au sommet de nos montagnes, les bouquetins sont omniprésents. Autour du Bargy les gros mâles se laissent volontiers admirer de très près par les montagnards et les touristes. C’est avec aisance et élégance qu’ils portent leurs lourdes

Le Lagopède l’été.

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activement à sa réintroduction, et surtout parce que je le vois avec plaisir vivre en harmonie avec le milieu montagnard. Il participe à l’entretien de la diversité biologique. Mort, il est convoité par tous les mangeurs de cadavres. La pensée lucide et visionnaire de mon ami Gilbert Amigues à qui nous devons toutes nos réintroductions, avait su estimer que la présence du bouquetin dans nos montagnes contribuerait pour une large part au succès de la réintroduction du gypaète barbu.

SUR LES TRACES DE LA FAUNE SAUVAGE

Celle-ci ne devenait effectivement envisageable, si l’on imaginait que ces oiseaux devraient se nourrir sans l’aide de l’homme, qu’après la réussite de celle du bouquetin. Les cadavres des animaux sauvages fournissent une alimentation essentielle à l’oiseau géant surtout quand le sol est recouvert de neige. En été les cadavres des animaux domestiques sont le complément des repas de notre casseur d’os. L’oiseau explore tous les étages. Ils sont favorables sur les flancs et sur les arêtes du Bargy.

Le Bouquetin.


Le gypaète barbu.

La présence du gypaète barbu est un indice de bonne santé de son territoire nourricier. Il est devenu le symbole du maintien de la diversité biologique. Il a trouvé tout ce qu’il désire au Mont-Saxonnex, puisqu’il a choisi ce côté du Bargy, cette magnifique falaise, éloignée dans grands passages, pour se reproduire pour la troisième fois en 2006 et donné naissance à Morsullaz, Bargy et Rock Altitude Mais c’est surtout dans la réserve de chasse du Grand Bargy qu’il trouve sa subsistance. Dans les falaises qui

dégagent de l’air chaud pour élever le gypaète jusqu’au soleil, vit le tichodrome, un petit oiseau varappeur qui grimpe à ongles nus, s’agrippant également à la roche rugueuse avec son long bec fin, à peine incurvé. Cet outil de grimpeur travaille en alternance avec l’appui de la queue. Ainsi l’oiseau garde toujours son équilibre, dans les positions les plus invraisemblables ! Le bec est aussi un appendice adapté à la capture des insectes dont il se nourrit. Une fois encore la prévoyance de la nature a doté un animal d’un outil de chasse qui lui permet de

choisir des victimes qui se réfugient au fond des courtes failles étroites. Lui, tout petit, vit là où il peut se nourrir et se reproduire, près d’un oiseau géant qui ne lui veut point de mal. Lorsqu’il écarte ses ailes peintes en rouge et en gris, il ressemble à un éventail ! Mon grand-père appelait cet oiseau, le papillon de rocher. Près de l’aire du gypaète, des restes de viandes se dessèchent, les insectes se multiplient, le tichodrome trouve son maillon de la chaîne alimentaire près du grand voilier. Rien ne se perd, tout se transforme.

SUR LES TRACES DE LA FAUNE SAUVAGE

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Où situer les chocards à bec jaune que les savoyards et les touristes s’obstinent à nommer choucas ? Ils dominent les sommets, longent les parois, se réfugient dans les grottes, et se rassemblent en grand nombre autour des villages de basses vallées, pour nous annoncer qu’il va neiger. Ils se trompent d’ailleurs aussi souvent que nos présentateurs et présentatrices de la météo !

SAUVEGARDER LA BIODIVERSITÉ Les grands corbeaux vivent en couple dans les trous du Bargy ou en forêt. Par leurs cris bassement rauques, ils situent la présence des cadavres. Ils sont un bon indicateur de nourriture pour le gypaète barbu. Après la guerre, les grands corbeaux étaient fort nombreux au Mont. Paradoxalement, alors que les conditions d’existence de cet oiseau capable de vivre centenaire, l’incitaient à vivre en couple de façon territoriale, les grands corbeaux s’étaient regroupés en colonie dans les rochers au-dessus des “Glaciers”. Chaque matin et jusqu’à tard le soir, ces grands oiseaux noirs au bec droit incisif, descendaient s’alimenter sur les décharges. L’hiver est parfois long au Mo n t - S a x o n n e x pour les humains.

Le Bouquetin.

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Le Chocard à bec jaune.

Il est encore plus long et plus rude aux étages subalpin et alpin qui dominent le village, pour les animaux d’altitude. Alors les oiseaux sédentaires comme les Bruants des neiges, les Niverolles, descendent d’un ou deux étages. Puis à la bonne saison printanière, l’ascenseur du renouvellement de la vie les remonte dans leur paradis, à l’étage alpin. Pour le premier de l’an 2005, les vieux pommiers à peine dépouillés de leurs fruits derrière chez la Marie qui fabrique de si bonnes tommes blanches, étaient grouillants de jaseurs de bohême ! Cet oiseau ressemble à un tout petit geai, avec les plumes des barres alaires laquées de carmin et de jaune, et une large barre jaune à la queue. Les invasions de cet oiseau boréal ne sont

SUR LES TRACES DE LA FAUNE SAUVAGE

pas exceptionnelles, mais elles sont tout de même assez rares. La huppe souvent dressée sur la tête au vent du Mont, ce jaseur boréal annonce paraîtil, à son passage, une guerre toute proche. Pendant les cinquante dernières années, les jaseurs ont occupé le Mont au moins cinq fois. Que la paix règne sur le Mont ! Dans ce cadre de vie exceptionnel, les acteurs locaux respectent bien leur patrimoine. Beaucoup de responsables ont compris qu’il était nécessaire de préparer l’avenir en conciliant sauvegarde de l’environnement et activités humaines, sans renier le passé. L’exploitation raisonnable des alpages est le garant du maintien de cette diversité biologique dont le gypaète est le témoin. Cette biodiversité a été le fruit du travail des anciens du Mont, c’est le devoir des générations actuelles de la sauvegarder.


SUR LES TRACES DE LA FAUNE SAUVAGE

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DIVERSITÉ ET RICHESSE BOTANIQUE DE MONT-SAXONNEX Par Denis Jordan, Botaniste Extrait d’une fiche type établie au retour d’un relevé sur le terrain… 107 espèces citées dans cet inventaire.

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DIVERSITÉ ET RICHESSE BOTANIQUE DE MONT-SAXONNEX


D. Jordan.

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La commune du Mont-Saxonnex avec ses 2 866 hectares est l’une des plus vastes du département. Elle arrive à la 33ème place sur les 294 communes que compte la Haute-Savoie. Etagé entre 600 m et 2 438 m, le territoire communal est formé au nord par un “plateau” où se concentrent le chef-lieu et l’essentiel de l’habitat à 1 000 m d’altitude. Ce plateau est bordé à l’ouest par les pittoresques et profondes Gorges du Bronze. Au centre, c’est la petite mais très encaissée Gorge du Cé qui coupe le plateau en deux et que surplombe l’église installée sur un rocher. Au sud, la vallée de Morsullaz qui prend fin avec le plateau de Cenise est bordée au nord par une importante surface de

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lapiaz : “les Combes”, qui représente l’extension nord-est de la montagne de Leschaux située par moitié sur Brison et le Petit-Bornand. Au sud et au sud-est du vallon, la chaîne du Bargy se dresse telle une barrière infranchissable et forme une longue échine qui monte insensiblement et régulièrement de l’est vers l’ouest. La commune du MontSaxonnex s’étend sur tout le versant nord d’une grande partie de la chaîne, du col de l’Encrenaz, 1 983 m au point culminant du massif, 2 438 m représenté par la Pointe Blanche. Le massif du Bargy est agrémenté à son pied par le lac Bénit, d’origine glaciaire qui attire de nombreux pêcheurs et touristes.

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L’espace naturel, forêts, gorges (du Bronze et du Cé) et quasiment toute la partie Bargy ainsi que l’espace semi-naturel formé par les alpages représentent les 4/5e de la superficie communale. Si à cette notion d’espace naturel, on ajoute l’étendue du territoire communal, son importante dénivellation : 1 800 m qui englobe les 4 étages de végétation (collinéenmontagnard-subalpin-alpin) ainsi que la multiplicité des facteurs d’ordre topographique, édaphique, microclimatique… la commune de Mont-Saxonnex présente une diversité végétale et animale particulièrement élevée.


Connaissance botanique au Mont-Saxonnex Mont-Saxonnex n’a pas eu la chance connue sans pour autant prétendre de voir naître sur son territoire, que tous les coins et recoins aient été comme à Brison, deux botanistes visités. Mission bien évidemment devenus célèbres : Eugène Bourgeau totalement impossible vu l’étendue du site et surtout son inaccessibidit “Gène à Bérou” (1813lité, du moins pour un 1877) qui herborisa princibotaniste... palement dans des pays Pour confirmer et étrangers et Joseph compléter les observaMoënne-Loccoz dit tions de nos prédé“Timothée” (1823cesseurs, j’ai moi1900), botaniste même dès l’année local qui confiait ses 1970 contribué à la récoltes de plantes connaissance botaet observations aux n i q u e d u Ba r g y. botanistes genevois. Voici les principaux Sans doute ce Eugène itinéraires ou sites pardernier a-t-il largeBourgeau. courus et étudiés : le lac ment contribué à la Bénit - les pierriers au-desconnaissance botanique sus du lac et ceux situés sous de Brison et du Mont“l’église Musset” et les “Ranges” ; Saxonnex, notamment de la toute la crête du col d’Encrenaz chaîne du Bargy, ce qui a fait sa a u Gr a n d Ba r g y ; l e s réputation. C’est ainsi que Pointes Blanche et du le massif “des Vergys” Midi ; la Combe nom anciennement Sauvage ; le Creux de donné à la chaîne qui Sotty et le plateau de sera nommée par la Cenise. suite chaîne du Nous ajouteBargy-Jalouvre, sera rons à la connaisdans la seconde sance du patrimoine moitié du XIXè siècle et dans le prebotanique du Mont è mier quart du XX une étude des zones fréquemment visitée humides du plateau de et citée : rapports d’herCenise (partie sur le Joseph Moënne Loccoz borisation, études diverMont) et dans le vallon de ses, étiquettes d’herbier. Par Morsullaz, par Philippe contre l’imprécision des botanisFreydier, en 1996. Un descriptif tes de l’époque ne permet pas dans de chaque zone est établi ainsi que bien des cas de situer précisément les l’énumération des espèces rencontrées. observations et donc de savoir si ces Nous n’avons pas eu connaissance observations ont été effectuées sur le d’autres études botaniques portant t e r r i t o i re d u Mo n t - Sa x o n n e x . d’une manière précise sur le territoire Globalement, si la flore du Mont- du Mont-Saxonnex. Nous n’évoqueSaxonnex en général est loin d’être rons que les espèces remarquables à inventoriée, à ce jour celle propre au divers égards ou caractéristiques de tel Bargy demeure relativement bien ou tel milieu. DIVERSITÉ ET RICHESSE BOTANIQUE DE MONT-SAXONNEX

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La flore de Mont-Saxonnex A L’EXTÉRIEUR DE LA CHAÎNE DU BARGY Route de Pincru à Brison, dans un virage en limite de Brison Station remarquable par la densité, quoique sur une petite surface, pour la saxifrage changeante. Cette fleur protégée en Rhône-Alpes connue de seulement trois départements de cette région est également très rare en Haute-Savoie : région du Mont-Saxonnex, première observation de Beauverd en 1921 et Brison où l’espèce fut découverte en 1804 par Lefort. Elle se retrouve à Annecy, St-Férréol et Seythenex. Avec la saxifrage poussent plusieurs espèces, ici en situation particulièrement basse (980 m) pour l’épilobe des moraines, la dryade à huit pétales et la laiche ferrugineuse. Très récemment

et dans les parages, nous avons découvert le sabot de Vénus ou cypripède, fleur emblématique et protégée qui semble ne jamais avoir été observée au Mont contrairement à Brison où Timothée l’avait découverte au XIXè siècle. Au pont de Chavougy, (700 m) La situation fraîche et ombragée favorise une seconde localisation pour la saxifrage changeante, peut-être la même que celle de Beauverd en 1921, “Mont-Saxonnex, route des gorges du Bronze”. Sur les rochers ombragés du site s’observent diverses épervières (à feuilles embrassantes) et laiches (laiche à épi court) et au bord du Bronze nous notions en 1984 l’impatiens de l’Himalaya, maintenant largement naturalisée au bord des cours d’eau comme l’Arve et le Giffre.

Impatiens de l’Himalaya.

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Dryade à 8 pétales.


Sabot de Vénus.

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AU PIED DE LA CHAÎNE DU BARGY En direction du Lac Bénit depuis “la Pierrière” vers Malaquis Sur une pelouse en lisière de bois se développe la belle gentiane croisette, notée en 2000 par B. Bressoud ainsi qu’une autre gentiane, celle d’Allemagne qui, contrairement à la plupart des représentants de sa famille, pousse à basse altitude. Un peu plus en amont, toujours en direction du lac, assez près d’un chalet, se trouve un saule marsault ou saule des chèvres remarquable par ses dimensions. Le tronc qui mesure 1,60 m de hauteur affiche une circonférence record pour l’espèce de 1,94 m. Le secteur des Frachets Plusieurs chalets s’égrènent le long de la piste bordée de pâturages rocailleux. Là fleurit en grande quantité, ce qui n’est pas ordinaire, la digitale à grandes fleurs. En Juin, peu après le départ de la neige, on pourra découvrir la gagée fistuleuse, petite liliacée dont la présence est liée aux sols enrichis en azote par la présence des bovins. Les Combes au nord-ouest des Frachets 1550-1650 m Ici, le lapiaz, rochers calcaires creusés par l’érosion, s’étend sur une grande surface. Il est diversement colonisé par la végétation herbacée et ligneuse : épicéa, sorbier, genévrier, rhododendron etc. La flore est très diversifiée en raison de la micro-topographie. Nous y avons recensé douze orchidées dont l’orchis brûlé et la discrète et minuscule listère cordée dans la mousse à l’ombre des arbres. S’y rencontrent également la renoncule à feuilles de platane, le chèvrefeuille à fruits bleus, rare dans les Bornes, la calamagrostide velue, très rare en dehors de la région chamoniarde et le haut Giffre et quatre espèces de lycopodes, un record : 84

Gentiane croisette.

en massue, sélagine, à rameaux d’un an et l’alpin, ce dernier bénéficiant d’une protection en France en raison de sa rareté et de sa fragilité. Le plateau de Cenise Perché à 1 700 m d’altitude en moyenne, le plateau de Cenise relie les rochers de Leschaux à la chaîne BargyJalouvre. Ce beau plateau est situé au 4/5e de sa surface sur la commune du Petit-Bornand, mais le 1/5e restant sur le Mont en comprend toutes les caractéristiques : pâturages constitués d’une pelouse dominée par le nard raide accompagné de gentianes pourpre et acaule, de campanule barbue, d’arnica etc, le tout parsemé de minuscules mares et de petites tourbières à sphaignes souvent coiffées par des Ericacées. La pelouse à nard est une formation de sols acidifiés qui héberge, outre les espèces mentionnées ci-dessus, la poly-

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gale à feuilles de serpolet et l ‘épervière alpine, toutes deux rares dans le Bargy. La végétation des mares est pauvre en espèces mais cette pauvreté est relevée par la présence du rubanier à feuilles étroites dont le plateau de Cenise représente l’unique localité pour le massif des Bornes. Les petites tourbières où s’organisent selon la micro-topographie les coussins de sphaignes et pelouses à laiches, hébergent des espèces caractéristiques telles que la violette des marais, la potentille des marais et diverses laiches dont la laiche pauciflore protégée en Rhône-Alpes.

Gagée fistuleuse.


Si aux trois linaigrettes des tourbières : à feuilles étroites, à feuilles larges et engainantes, on ajoute la linaigrette de Scheuchzer inféodée aux mares, quatre des cinq espèces françaises de linaigrette se retrouvent sur le plateau.

assez rare, inféodée aux lacs (d’Annecy-Léman) ou grands étangs (St-Félix) a été récoltée au lac Bénit pour la première fois en 1854 par le célèbre botaniste natif de Brison, Timothée.

Le lac Bénit D’origine glaciaire, le lac Bénit est situé à 1 450 m d’altitude au pied nord du Bargy et à la base d’un grand éboulis. Le cinquième de sa surface à l’est est cadastré sur Marnaz. La végétation de cet écosystème d’altitude a été remarquablement étudiée par J. Claude Druard et son équipe de l’INRA. Elle comprend deux groupes de plantes : les plantes aquatiques, se développant totalement en situation immergée, et une végétation palustre semi-immergée des rives. La première catégorie est pauvre en espèces, quasiment seul s’y rencontre le potamot luisant reconnaissable à ses longues tiges ancrées dans la vase et ses feuilles très allongées. Cette espèce

Calamagrostide velue.

Digitale.

Chèvrefeuille à fruits bleus.

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Les rives du lac possèdent une végétation semi-aquatique et palustre en particulier au sud-ouest où l’on relève diverses Laiches (rostrée, de daval...), l’épilobe des marais, le myosotis des marais, des prêles (palustre et des tourbières) etc. Il existe également une petite espèce de la famille des cypéracées aux tiges vertes sans feuilles de 15 à 20 cm terminées par un épi brunâtre de 1 cm regroupant les fleurs. Cette plante a reçu le nom de “scirpus Benedictus” ou scirpe du lac Bénit lorsqu’elle fut découverte au bord du lac par G. Beauverd, botaniste Genevois en 1921. Or cet auteur ignorait à cette époque que la plante avait été déjà nommée par un botaniste autrichien, Hayek en 1910. Ayant trouvé l’espèce en Autriche, il la baptisa “scirpus Austriacus” ou plus exactement aujourd’hui éleocharis d’Autriche. Malheureusement le nom de “Benedictus” qui honorait ainsi le lac Bénit est tombé dans la synonymie, la priorité revenant à la première description.

Gentiane acaule.

Linaigrette de Scheuchzer.

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Campanule barbue.

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LE BARGY Le Bargy s’étend selon un axe estouest, de la Tête des Bécus (1 907 m) à la Pointe du Midi (2 364 m) déterminant deux versants radicalement opposés sur le plan climatique. Avec un versant chaud et ensoleillé tourné vers le sud (Reposoir) s’oppose un versant froid orienté au nord sur le côté Mont-Saxonnex. La partie Bargy cadastrée sur le territoire communal est formée par une zone sauvage quasiment inaccessible en dehors de la crête sommitale et des pentes inférieures couvertes d’éboulis partiellement boisés ou recouverts de pelouses. Cependant, malgré les difficultés, voire l’impossibilité de parcourir et donc d’explorer une partie du versant nord, on peut considérer aujourd’hui que le Bargy dans sa globalité a livré quasiment tous ses secrets botaniques et que bien peu d’espèces végétales y restent à découvrir. Ce qui peut faire défaut, c’est la répartition précise des espèces emblématiques dans le massif sur des zones qui n’ont jamais été parcourues par des botanistes. Comme il ne serait pas raisonnable de lister toutes les espèces notées dans le

Pyrole.

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Pin de montagne.

Bargy (sans-doute 4-500) nous nous limiterons à ne proposer aux lecteurs de cet ouvrage que les espèces les plus dignes d’intérêt ou caractéristiques de tels ou tels habitats végétaux rencontrés dans ce massif calcaire. Formations ligneuses Pessière La Pessière, ou forêts d’épicéas, située entre Morsullaz -le lac Bénit et les pentes d’éboulis accueille diverses espèces arbustives (chèvrefeuille - sorbiers…) et herbacées (homogyne - épervières prénanthe…) Parmi ces dernières, nous mentionnons plus particulièrement la pyrole uniflore, jolie fleur blanche et parfumée peu courante. Pinède Dans les rochers du Bargy, en situation périlleuse, s’accroche aux parois le pin à crochets ou pin de montagne soit en pied isolé soit en formant de petits îlots boisés. Plus en aval sur

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Scionzier, dans un site acquis par le Conservatoire Départemental en 1987, le pin à crochets est associé au pin arolle ou pin à 5 aiguilles mais il ne semble pas que cette majestueuse et rare espèce n’ait été découverte sur la partie Mt-Saxonnex du Bargy. Le pin à crochets est caractéristique des chaînons calcaires préalpins comme le Parmelan. Il y forme des peuplements clairsemés, entrecoupés de rochers, sans posséder toutefois d’espèces végétales associées. Lorsque l’humus qui s’accumule en dessous s’acidifie, apparaissent alors différentes éricacées, rhododendron, myrtille. Lande à éricacées La lande à éricacées est un groupement végétal qui rassemble des sous-arbrisseaux (rhododendron-myrtilles) et des espèces herbacées regroupées en pelouse sur des surfaces acidifiées. Dans un massif très calcaire comme le Bargy, les processus d’acidification des sols sont rares et localisés à de petites surfaces et comme nous l’avons précisé ci-dessus, l’humus qui s’accumule sous les pins permet l’apparition des espèces de lande. Outre le rhododendron ferrugineux et les 3 myrtilles : commune,


des marais et du “Mont Ida”, la lande accueille le chèvrefeuille à fruits bleus, l’épervière pilifère (rare dans les Bornes) et surtout la laiche brunâtre (creux de Sotty), espèce très rare en France, assez fréquente dans les massifs du Mt-Blanc et des Aiguilles Rouges en Haute-Savoie, mais exceptionnelle dans les Bornes. Formations herbeuses Les groupements herbacés forment dans les zones rocheuses et les éboulis la presque totalité du couvert végétal du Bargy. En fonction des différences d’altitude entre le bas et le sommet, de la pente, des multiples expositions et bien d’autres facteurs, les formations herbacées s’organisent en différents types, chacun ayant sa flore distincte. Tous ces milieux peuvent porter le qualificatif de naturels, n’ayant jamais été marqués ou modifiés par l’action du pâturage, quasiment absent de cette partie du Bargy. Combe à neige Pelouse rocailleuse alimentée par la neige fondante, formée d’espèces très naines et qui s’installe là où la neige s’attarde jusqu’aux approches de l’été. Ce milieu propre à la zone alpine se retrouve sur la crête du Bargy, dans des dépressions façonnées par l’érosion ou dans le fond du Creux de Sotty. C’est dans ce contexte végétal que l’on rencontre le “plus petit arbre du monde” : le saule herbacé, haut de 1 à 3 cm, très rare dans le massif. La combe à neige héberge aussi la véronique alpine, la saxifrage étoilée, la gentiane de Bavière, le myosotis des Alpes, l’armérie des Alpes aux fleurs roses et une espèce peu courante : le gnaphale de Hoppe. La mégaphorbaie A l’opposé du milieu précédent, les formations à hautes et grandes herbes qui affectionnent les sols humides riches en terre, occupent le bas des

Saule herbacé.

Saxifrage étoilée.

Gentiane de Bavière.

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falaises, les dépressions et ravins ou les versants orientés au nord. La mégaphorbaie du Bargy est constituée de plantes classiques : aconit tue-loup, adénostyle à feuilles d’alliaire, pigamon à feuilles d’ancolie, laitue des Alpes... mais aussi d’espèces peu répandues. C’est le cas pour l’orobanche jaunâtre vivant en parasite sur d’autres plantes, découverte récemment dans le secteur du lac Bénit. Entre ces deux formations extrêmes, au moins par la taille des espèces qui les composent, plusieurs types de pelouse de hauteur moyenne occupent les différentes parties du Bargy. Pelouse de la crête sommitale, modelée par les conditions climatiques d’altitude : vent, température, neige. Elle regroupe des espèces spécialisées : antennaire des Carpates, oxytropide des montagnes, gentiane des neiges, gentiane printanière...

Gentiane des neiges.

Aconit tue-loup.

Orobanche jaunâtre.

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Sur les pentes très fortes, sur les rochers, les vires, les gradins, les petits replats s’installent des pelouses où dominent selon l’orientation et les conditions du sol plusieurs laiches. La pelouse à laiche ferrugineuse pour les situations très fraîches à humides regroupe bon nombre d’espèces “classiques” de la flore alpine : pulsatille des Alpes, anémone à fleurs de narcisse, gentiane jaune, ail victoriale, renoncule thora (espèce très toxique). On rencontre encore le saule hasté, typiquement subalpin, le millepertuis de Richer, la pédiculaire ascendante, rare en France. C’est dans ce type de pelouse qu’a été observée en 2000, sans doute pour la première fois au Mont, la belle ancolie des Alpes par J. V. Carrefour. Cette espèce remarquable de la flore alpine, protégée, est exceptionnelle dans le massif des Bornes.

Gentiane printanière.

Oxytropide des montagnes.

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Renoncule thora.

Epervière velue.

Aster des Alpes.

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Gymnadénie.

Saule hasté.


Ancolie des Alpes.

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Gentiane de Clusius.

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DIVERSITÉ ET RICHESSE BOTANIQUE DE MONT-SAXONNEX


La pelouse à laiche toujours verte pour les situations “sèches” forme des gradins ou banquettes et laisse des vides entre les touffes de plantes qui la constituent. Cette pelouse qui s’étend très largement dans le Bargy recèle comme la pelouse à laiche ferrugineuse des espèces très attractives au plan esthétique : aster des Alpes, gentiane de Clusius, épervière velue, dryade à huit pétales… Plus discrètes mais tout aussi intéressantes sont la coronille vaginée, la renoncule alpestre, aux fleurs blanches, le raisin d’ours des Alpes, dont les feuilles prennent une coloration rouge vif en automne, ou la gymnadénie odorante, orchidée protégée en Rhône-Alpes. La pelouse à laiche ferme, occupe des situations extrêmes sur des faces rocheuses quasi verticales orientées au nord et soumises à des températures très basses en hiver. Cette pelouse, pauvre en espèces, très particulière par la plante principale qui la constitue est des plus captivantes pour le botaniste : par sa situation topographique, par son organisation, touffes isolées les

unes des autres, par l’aspect de la laiche qui la constitue, sorte de coussin formé de feuilles courtes et piquantes et surtout par la rareté de l’espèce en France qui l’a fait désigner parmi les espèces à protéger. Cette laiche de répartition centre et est alpine arrive

dans nos montagnes à l’extrémité ouest de son aire de répartition. Elle est quasiment exclusive -en France- à la Haute-Savoie et les pentes nord du Bargy représentent l’une des plus remarquables stations de cette espèce dans le département.

Laiche ferme.

Pelouse de laiche ferme.

DIVERSITÉ ET RICHESSE BOTANIQUE DE MONT-SAXONNEX

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Formations rocheuses S’il est un milieu qui est particulièrement développé sur la face nord du Bargy, c’est le rocher nu et d’apparence sans végétation qui soit en place : paroi, surplomb, vire… ou tombé au pied des falaises sous la forme d’éboulis ou de gros blocs. Fleurs des rochers Les faces plus ou moins verticales sont d’apparence vides de plantes sauf en lichen mais à regarder de près chaque fissure est occupée par des espèces qui pour la plupart sont adaptées et spécifiques de cet habitat très sélectif. Les fissures des plus hauts rochers accueillent deux espèces alpines remarquablement adaptées pour se développer en haute altitude : les androsaces de Suisse et pubescentes toutes deux protégées en France. L’orientation nord du Bargy permet à la seconde de “descendre” jusqu’au niveau du lac Bénit, un record de

basse altitude. Dans les rochers, du haut en bas, pousse aussi l’élégante primevère oreille d’ours aux grandes fleurs jaunes. Le jaune est encore assuré par la drave faux aïzoon, les épervières humble, glauque ou de Kerner, et le blanc par de petites crucifères : l’arabette naine et la drave tomenteuse ou car yophyllacées comme la silène miniature. Le groupe des saxifrages, ces espèces qui “fracturent le rocher” d’où leur nom sont largement représentées dans le Bargy avec la saxifrage paniculée (fleurs blanches) la saxifrage faux aïzoon (fleurs jaunes et parfois rougeâtres), et la saxifrage à feuilles opposées aux fleurs roses très précoces. Deux autres espèces sont à ajouter : la saxifrage bleuâtre (ce sont les feuilles qui ont cette couleur) quasi unique au massif des Bornes, et la Saxifrage fausse mousse, rare et protégée, de citation ancienne, non revue récemment.

Arabette naine.

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DIVERSITÉ ET RICHESSE BOTANIQUE DE MONT-SAXONNEX


Primevère oreille d’ours.

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Fleurs des éboulis Au pied des rochers du Bargy et notamment au-dessus du lac Bénit, de vastes éboulis en forme de cône se sont constitués au cour de centaines voire de milliers d’années. Une végétation spécifique les colonise, associée localement à des espèces de pelouses et des arbustes qui participent progressivement à leur fixation. Le tabouret à feuilles rondes aux fleurs roses-pâle cotoie le cresson des chamois ou hutchinsie des Alpes ou la moérhingie ciliée des éboulis de la zone alpine. Citons également la linaire alpine aux magnifiques fleurs d’un violet intense rehaussées d’orange, et la doronic à grandes fleurs, dans les éboulis du creux de Sotty, ceux de la région du lac Bénit étant situés trop bas en altitude. D’autres espèces peuvent être encore citées, spécifiques de l’habitat : adénostyle glabre, silène des glariers, berce des montagnes, quelques fougères et graminées, ou non inféodées aux éboulis et participant à leur fixation : saule à feuilles rétuses, dryade à huit pétales... ou encore cyclamen

d’Europe, notamment dans les pierriers assez colonisés du secteur du lac Bénit. Cette belle espèce parfumée à floraison estivale se retrouve dans la plupart des hêtraies rocailleuses du Mont. Mais qui n’a pas remarqué, en remontant le grand éboulis qui

Tabouret à feuilles rondes.

Linaire alpine.

Cyclamen d’Europe.

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DIVERSITÉ ET RICHESSE BOTANIQUE DE MONT-SAXONNEX

domine le lac Bénit courant Juilletaoût cette élégante et grande fleur blanche portée par des tiges de 10-15 cm regroupées en touffes, dispersées dans l’éboulis, c’est le pavot des Alpes qui sans conteste est l’une des plus remarquables fleurs du Mont-Saxonnex.


Doronic à grandes fleurs.

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Le pavot des alpes Le pavot des Alpes, du Bargy, dont le nom correct est “papaver occidentale” ou pavot de l’occident, appartient à un groupe de 7 espèces à fleurs blanches ou jaunes dispersées à travers les Alpes. Notre espèce est restreinte à un petit territoire des Alpes nord-occidentales qui déborde au-delà du territoire helvétique sur la Haute-Savoie. Dans ce département on doit considérer sa présence uniquement dans la chaîne Bargy-Jalouvre d’où elle est connue depuis 1804. L’espèce se rencontre dans la plupart des éboulis du versant nord, du lac Bénit (1 450 m) au sommet de la pointe Blanche (2 438 m). Remarquable par sa beauté, remarquable par son écologie, remarquable par sa rareté… au point que si une fleur était à désigner pour être l’emblème du Mont, le pavot en serait l’espèce idéale.

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Pavot de l’occident.

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LE JARDIN DE MES TANTES Par Claudie Bastian

Dans le jardin de mes tantes, il y avait un peu de tout, forcément ! De tout, c’est-à-dire du nécessaire pour la cuisine, de l’indispensable pour les soins courants, et des fleurs pour le plaisir et l’embellissement des autels et oratoires proches. Chaque année, enrichis du fumier sorti de l’étable, les jardins de mes tantes se visitaient à petits pas (la tradition se maintient), toujours entourés de palissades de bois : Gare aux poules qui s’y aventuraient : elles les chassaient à coups de torchons en vociférant : “Ouch ! Ouch ! les polailles”. Ces petits jardins qui jouxtaient les maisons, voyaient fleurir les roses anciennes, les

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LE JARDIN DE MES TANTES

pivoines robustes, les lis blancs dont les pétales mis à macérer dans de l’eau de vie aidaient à la cicatrisation des coupures et des brûlures ; les fleurs de mauve qui soulageaient les bébés lors de la dentition ; un plan d’hysope bleu, bon pour les bronches ; la camomille pour soulager les yeux et aider à la digestion. Un plan de rhubarbe s’y épanouissait. Elles y dorlotaient leurs plantons semés au printemps, ainsi que les salades, oignons, persil, ciboulette comme tout potager qui se respecte.

On y trouvait dans un coin ensoleillé, le pied de cassis dont elles feraient le “malaga” aux vertus conviviales bien connues, et les groseilliers “tramarins” dont la gelée se combine si bien aux bescoins de la “mioure” la fête paroissiale du 15 août. C’est dans leur tablier qu’elles récoltaient les simples (plantes médicinales), en allant mener paître les bêtes sur les communaux : - La reine des prés qui est le plus répandu des médicaments puisque c’est l’aspirine.


- Le serpolet (ou primpiolet) ce thym des alpes, puissant antiseptique, stimulant des fonctions respiratoires et digestives. - La bourrache aux vertus dépuratives et diurétiques. - L’arnica dont elles faisaient une teinture souveraine pour réduire le “casson” : résorber les bleus ou contusions s’il n’y avait pas de sang ! L’été, quand la famille avait emmontagné, elles récoltaient les “lompjheu” (framboises), les emberzalles ou embrunes (myrtilles) ainsi que les mûres qu’elles conservaient en gelées ou sirop. Les racines des grandes gentianes, elles, c’était l’affaire des hommes. Récoltées l’automne à l’aide d’une pioche spéciale, râpées et mises à fermenter amoureusement au chaud de l’écurie, elles étaient distillées lors du passage de l’alambic au cœur de l’hiver. Avec un rendement faible, et un parfum de terre inégalé. Cet alcool est souverain pour les problèmes digestifs, un petit “canard à la gentiane” fait passer un repas trop copieux et même le bétail y avait droit lors d’embarras gastriques.

Bourrache.

Arnica.

Gentiane.

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Au siècle dernier on demandait volontiers conseil à des personnes férues en simples qui recommandaient : - la camomille pour combattre l’inflammation des paupières, et soulager les lendemains de “bringue”, - les queues de cerise pour soulager les reins, la goutte et l’hydropisie, - l’herbe à verrue ou chélidoine qui pousse sur les fentes des vieux murs, - l’herbe à charpentier ou joubarbe qui coagule le sang, - l’églantier pour faire ruminer les vaches, - la sauge et le poireau pour faire mûrir “mals blancs” et panaris… - sans oublier les sangsues du bassin contre les coups de sang et les ventouses pour soulager les bronches encombrées, - Une infusion de tilleul aide à dormir.

Chélidoine.

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LE JARDIN DE MES TANTES

Mais de nos jours, qui se contente d’utiliser les simples ? Il ne tient qu’à nous de garder ce contact direct et précieux avec dame nature aux multiples dons ; elle n’a pas fini de nous étonner…

Eglantier.


Reine des prés.

Serpolet.

Recette du ratafias de la tante Reine 1 kg de cassis en grains très mûrs, et si possible 1 tasse de framboises 2 clous de girofle 1/2 bâton de cannelle Quelques feuilles de cassis Mettre le tout à macérer 1 mois dans un bocal bien fermé, avec 2 litres d’eau de vie. Filtrer le tout à l’aide d’une étamine et ajouter un sirop de sucre à raison de 1 l d’eau pour un 1 kg de sucre. Mettre en bouteilles bien fermées. “mé Iè viè mé Iè bon !”

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HAMEAUX ET QUARTIERS

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HAMEAUX ET QUARTIERS


Au cours de l’année 2005, du printemps à l’automne, samedi après samedi, Liliane et Alain ont tenté de réunir les habitants d’un même quartier et les résidants qui viennent à l’occasion des vacances afin de les faire poser pour la postérité. Ce sont les habitants de Culaz qui ont inauguré joyeusement la série qui s’est clôturée par le quartier de Laurennaz. Ces séances, toujours bien accueillies, ont rassemblé plus de 900 personnes (le village en compte 1 500) et furent souvent l'occasion de fameuses fêtes. Que toutes ici soient remerciées pour leur accueil, leur patience lors des photos (pas de soleil, trop d’ombre, espacez-vous ! les enfants devant ! Souriez ! serrez les rangs ! cramponnez l’âne !...).

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HAMEAUX ET QUARTIERS

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CHÈDE

Camille Bonioni, Stéphane Kottis, Françoise Le Meur, Bruno Frigerio, Valérie Guffond, Mathilde Bonioni, Timothée Martini, Mickael Wantelet, Pierre Bonioni, Christine Bonioni, 0dile Bultel, Christiane Frigerio, Jérémy Bonioni, Maxime Bultel, Etienne Bultel.

La Cha, Chede et les Granges : ces trois hameaux situés à l’entrée du Mont en venant de Cluses s’étaient autrefois associés pour descendre le lait par un câble relié à Vougy. Praz Bassoux (alt. 544 m), sous Chede, c’est l’alpage le plus bas du village en limite du Mont avec Vougy. 116

HAMEAUX ET QUARTIERS


LES GRANGES

Andrée Tuscher, Gabrielle José, Roseline Besnard, Isabelle André, Naël André, Martine Gabez, Sébastien José, Sarah Bourgeaux, Jean-François Bourgeaux, Armand, Christian Bejannin, Daniel Garet, Hervé Besnard, Marie-Claude Garet, William José, Damien Gerelli, Maryline Gerelli, Jean-Christophe André.

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LES VOYIS

Marceau Allié, Jake Jefferson, Léa Allié, Amélia Jefferson, Boris Buliard, Zian Buliard, Norbert Dick, Charles Pasquier, Julian dans les bras de Valérie Allié, Laurent Allié, Miles Jefferson, Christine Pasquier, Elisabeth Dick, Clotilde Lesourd, Jacques Pasquier, Olivier Buliard.

Les Voyis, sous la Cha, petit hameau orienté vers l’Ouest.

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HAMEAUX ET QUARTIERS


M么le vu du Mont.

HAMEAUX ET QUARTIERS

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FRENEY

Freney : hameau en plein développement autour du centre de vacances de Villeneuve la Garenne, ville de la région parisienne. 120

HAMEAUX ET QUARTIERS

Bérenger Donat-Magnin, Géromine Donat-Magnin, Elsa Sarrazin, Yvonne Callier, Baptiste Sarrazin, Enzo Rouleaux, Sidgee, Manon Sarrazin, Quentin Rouleaux, Salomé Michel, Orlane Rouleaux, Anaïs Matringe, Nathan Donat-Filliod, Christelle Sommard, Franck DonatFilliod, Jérôme Donat-Magnin, Virginie Donat-Magnin, Charles et Marie Dormond, Christian Callier, Titouan Rattin, Valérie Rattin, Antoine Rattin, Blandine Sarrazin, Olivier Sarrazin, Christian Callier, Françoise Michel, Christophe Michel, Laurence Rouleaux, Bruno Rouleaux.


CULAZ

C’est à Culaz qu’est implantée la dernière exploitation agricole du village élevant des bovins, celle de la famille Dugerdil.

Maxime Vandenbroucque, Lucas Coudurier, Myriam Boibessot, Lisa Boibessot, Jeanne Vandenbroucque, Olivier Vandenbroucque, Eléa Coudurier, Angelina Mathey, Antoine Vandenbroucque, Benjamin Vandenbroucque, Solange Dugerdil, Lydie Pellier-Mermin, Raymond Donat-Magnin, Paul Picard, Marie-Lou Picard, Dominique Boibessot, Séverine Dugerdil, Patricia Cauet-Voirin, Alessandra Tronchin, Michèle Schocher, Claire Boibessot, Christian Vandenbroucque, Jérémie Picard, Claude Dugerdil, Bernard Dugerdil, Irène Dugerdil, Danielle Olbinski, Bruno Grand, Emmanuel Jay, Rachel Jay, Nicole Grand, Martine Dugerdil, Delphine Vandenbroucque, Jérémie Maricot, Christophe Cauet-Voirin. HAMEAUX ET QUARTIERS

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HAMEAUX ET QUARTIERS


HAMEAUX ET QUARTIERS

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LE BUGNON

Henri Gros-Gaudenier, René Brasier, Gisèle Gros-Gaudenier, Jean Couty, Irène Delémontex, Aline Gros-Gaudenier, Marie-Caroline Chapon, Jérôme Gros-Gaudenier, Anne Chapon, Chantal Chapon, Gérald Delémontex, Christophe Pelé, Julia Pellier, Sandrine Pellier, Michel Gros-Gaudenier, Thomas Pellier, Monique Martinelli, Jacques Chapon, Lucie Martinelli, Michel Martinelli, Bastien Martinelli.

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HAMEAUX ET QUARTIERS


Le poilu : le monument aux morts érigé au lendemain de la 1ère guerre mondiale porte les noms des dumonts tombés au combat. Chaque année, la municipalité, les enfants des écoles viennent leur rendre hommage le 11 novembre. Portail du jardin du Presbytère.

Le Bugnon : les principaux bâtiments publics du village y figurent : l’église (1829-1834), la mairie actuelle construite en 1864, le presbytère (qui accueille désormais l’office de tourisme, les locaux de la paroisse et un appartement communal), le cimetière. Les Gentianes, bâtiment construit par les paroissiens en 1954, hébergent actuellement un centre de vacances.

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L’EGLISE

L’Eglise : surplombant la vallée de l’Arve et la grande cassure de la Gorge du Cé, l’église du Mont Saxonnex est entrée dans l’histoire dès 1167, date de son rattachement à l’abbaye de Sixt qui lui fournira des curés j u s q u’ e n 1 6 3 6 . Souvent détruite et reconstruite, elle était devenue trop petite. A l’instigation de l’abbé C l a u d e - Fr a n ç o i s Bastian, nommé au Mont en 1817, la construction d’une église plus grande fut réalisée de 1829 à 1834, le clocher étant rehaussé en 1839. 126

HAMEAUX ET QUARTIERS

St François de Sales.


Les quatre évangélistes

St Jean.

St Marc.

St Mathieu.

St Luc.

L’édifice de style néo-classique a la forme d’une croix grecque à plan centré sous une coupole, avec deux chapelles latérales, et un retable central orné de colonnes corinthiennes en bois et d’un rideau peint en trompe l’œil. On y remarque des statues baroques dont une petite Vierge à l’enfant du XVIIè siècle dans l’autel latéral de gauche. On la transporta en procession jusqu’au 15 août 1953. Toit et clocher ont été incendiés par la foudre en 1916. Les habitants recouvrirent rapidement de planches la carcasse calcinée et rebâtirent en 1920-1921, avec un bulbe plus important qu’auparavant. Deux cloches furent réinstallées dans le clocher, répondant aux noms de Marie-Joséphine et de Jeanne d’Arc. Les peintures murales, joyaux de l’église, ont été restaurées une première fois en 1932 et de manière complète en 1989, ainsi que les tableaux, le retable et les stalles. L’ensemble de l’édifice enfin fut restauré, assaini et sécurisé durant les années 1990.

HAMEAUX ET QUARTIERS

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Aiguille verte

Alloup

Chamoule

Cimetière

Colu à boué

Eglise

Felet

Freney

Grand Bargy

La Balme

Le Bourgeal

Le Bugnon

Le Chêne

Les Bourgets

Les Buttex

Les Granges

Les Gras

Les Vuargnes

Morsullaz

Oratoire de la Gouille

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HAMEAUX ET QUARTIERS


Cremelin

Crezano

Croix à Bidet

Culaz

Eglise

La Croix

La Gouille

La Pechta

Lac Bénit

Le Bété

Les Colloges

Les Faix

Les Faux

Les Glaciers

Les Granges

Pointe Blanche

Pointe du Midi

Pont d'en Haut

Quart Dernier

Vuargnes

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LE BOURGEAL

Alain Duval, Michèle Martinelli, Jean-Baptiste Martinelli, Christophe Esman, Antoine Esman, Catherine Esman, Kirsty, Manon Palhier, Djemila Saïfi, Céline Martinelli, André Brunet, Liliane Duval, Ludovic Pizzagali, Josette Malartre, Jean Buchet, Anaïs Buchet, Charly Saïfi, Marie N’Gono, Virginie Brunet, Jean Rousseau, Thérèse Bourgeaux, Jacques Martinelli, Nadine Geugnon, Nelly Brunet, Joséphine DonatMagnin, Vincent Moënne-Loccoz, Edwige Mathieu, AnneMarie Moënne-Loccoz, Yvette Bourgeaux, Louis Moënne-Loccoz, Yves Clarino.

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Le Bourgeal : une des deux places du bourg. On y trouve la boulangerie pâtisserie, implantée en ce lieu depuis plus d’un siècle, mais qui resta fermée pendant de longues années. Le dernier hôtel restaurant du village, le Jalouvre, construit en 1931 fut tout récemment réaménagé. Il propose menus gastronomiques et douze chambres. En 2006, le village compte au total vingt-trois commerçants et artisans.

Le poirier maude : Dans notre contrée, s’élève un arbre magnifique, qui peut devenir très haut, avec une large tête : le poirier maude, qui doit son nom au mot patois “maude” signifiant vin nouveau, moût, cidre. Il produit une poire à cidre par excellence. La chair du fruit est si aqueuse que l’eau en jaillit lorsqu’on la coupe au couteau, et la quantité de marc restant après la fabrication du cidre semble disproportionnée avec celle de poires écrasées. Apre et sucrée, cette poire manque d’acidité. Le cidre sera donc meilleur si on ajoute lors de la pressée un peu de pommes Créson (pommier non greffé aux fruits très acides).

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HAMEAUX ET QUARTIERS


HAMEAUX ET QUARTIERS

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LA GORGE DU CÉ

La Gorge du Cé : le bâtiment de l’ancienne fruitière date de 1911-1913. On y collectait le lait des producteurs du Mont, transformé par le fromager (fruitier) en beurre, fromage blanc, reblochon et tomme. En 1979, 150 000 litres y étaient encore traités. La fruitière, rachetée par la mairie en 1981 s’arrête de fonctionner en 1989. Un ranch équestre s’y installe peu après, aujourd’hui nommé Les Ecuries de la Gorge. Le bâtiment devient gîte municipal en 1996. Chaque année au creux de l’hiver, l’alambic s’y installe et une joyeuse animation accompagne la transformation des fruits en “gnole”. 134

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Morgane Petitpoisson, Anaïs Doinel, Loann Gentil, Gwennaelle Gentil, Baptiste Schevènement, Etienne Burger, Andrée Rennard, Lucienne Roch, Thibaut Petitpoisson, Aline Doinel, Fabrice Burger, Hélène Burger, Marion Schevènement, Karen Boisier, Pauline Schevènement, Jean-Pierre Donat-Magnin, Daniel Rennard, Stéphane Gentil, Michèle DonatMagnin, Caroline Gentil, Eric Petitpoisson, Christiane Petitpoisson, Jocelyne Goutin, Françoise Schevènement, Cynthia Lopez, Marie-Claude Roch, Nathan sur les épaules de Jimmy Doinel, Adrien Aubineau, Eric Aubineau, Christian Schevènement, François Matin.


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IMPASSE DU VIEUX MOULIN

Claude Klai, Eric Cauchois, William Cauchois, Patrice Pizzagali, Odile Mabboux, Henri Pizzagali, Adeline Simand, Thomas, Reydellet, Emma Simand, Victor Mabboux, Lucien Bonnaz, Chantal Pizzagali, Christine Reydellet, Fabien Pizzagalli, Annie Pizzagalli.

Impasse du Vieux Moulin : l’ancien moulin était la toute dernière maison au bout de l’impasse. En 1776, MontSaxonnex comptait douze moulins sur le Bronze.

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LES BUTTEX

Les Buttex : la société de Pêche nourrit des alevins dans des bassins sous le vieux pont de pierre qui enjambe le Bronze, à l’emplacement d’une ancienne usine électrique. Le pont des Buttex et celui de Pincru furent construits à la fin du XVIIIe siècle.

Laurie Richard, Nathan Levecq, Léo Mollard, Lysiane Richard, Pierre Levecq, Jacqueline Corbex, Xavier Corbex, Grégory Ganster, Vanessa Ganster, Antonin Cottereau, Corinne Musemaque, Annette Gottereau, Louis Gros-Balland, Gérard Ganster, Sylvie Ganster, Laurence Gassilloud, Alain Mollard, Daniel Richard, Rolande Richard, Max Mollard.

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SUR LE CHAR Eloïse Delcourt, Louise Genevrier, Joy Brun, Amandine Brun, Romain Delcourt, Alexandre Genevrier, Julien Genevrier, Olivia Delémontex, Edith Vuarchex, Gisèle Abate, Laurence Fillat et son fils, Sylvie Davory, Jean-Pierre Davory, Juliette Pellier.

SUR LE FOUR Claude Chasson, Marie-Hélène Chasson, Anne-Marie Pauly, Hart Pauly, Ida Rennard, Hélène Bourgeaux, Florent Bourgeaux, Julie Geneste, Michèle Geneste, Inès Rennard, Nicolas GrosGaudenier, Pascal Gros-Gaudenier, Jean Rennard, Mickaël Lupsor.

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LE MARTINET

Justine dans les bras de Gwenaëlle Grand, Jeanne Chardon, Pierre Chardon, Jacqueline Ravinet, François Ravinet, Olivier Lepine, Ghislaine Rousseau, Jean Donat-Filliod, Jocelyne Brebion, Christophe Varailles, Cécile Donat-Filliod, estivant aux “Chamois”, Mathieu Brebion, Daniel Brebion, Fabrice Grand, Emma Grand.

Le Martinet : le nom évoque une forge. Un ancien moulin et une ancienne scierie y tournaient, entraînés par l’eau du Bronze. La scierie s’est arrêtée en 1965 quand Félicien Donat-Fillod prit sa retraite. Elle fut remise occasionnellement en marche jusqu’à ce que l’orage historique de 1987 détruise le barrage qui l’alimentait. Le moulin a été restauré par Jean, fils de Félicien. HAMEAUX ET QUARTIERS

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PINCRU - LA VILLIA

Pincru-La Villia : c’est l’autre place du bourg située à l’entrée du village en arrivant de Bonneville. On y remarque le beau clocher à bulbe argenté de la petite chapelle et les quatre commerces (boucherie charcuterie, épicerie, café, agence immobilière). Une boulangerie a existé longtemps à Pincru, aujourd’hui fermée.

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Marc Callier, Brigitte Caul-Futy, Vivien Pizzagali, Gilles Bouverat, Robert Caul-Futy, Georges Gazalian, Marie Caul-Futy, Valentin Gazalian, Sylvie Gazalian, Elise Pellier-Cuit, Michel Gazalian, Mickaël Rennard, Damien Carboni, Lisa Carboni, Antoine Pellier-Cuit, Edith Callier, ..., Coralie Rachex, Patrick Callier, Kenza Rennard, Anthony Rennard, Alain Rennard, Elisa Rennard, Julie Rennard, Léo Rennard, Danièle Pellier-Cuit, Roger Pellier-Cuit, Georges Callier, Mireille Montfaucon, Graziella Canova, Marguerite PellierCuit, Laure Pellier-Cuit, Mathieu Cintorino, Maurice Pizzagali, Jean-Paul Callier, Lucien Montfaucon, Danièle Callier, Daniel Joseph, Marie-Thérèse Rachex, Philippe Rachex, Bertrand Mayol.


LA CHAPELLE DE PINCRU La chapelle de Pincru : En 1664, un certain Claude Roch, marchand, prit l’initiative de fonder à Pincru une chapelle dédiée à Saint Joseph en apportant 580 florins ; d’autres donateurs du quartier vinrent compléter la somme. Construite entre 1664 et 1668, la petite chapelle comporte un retable orné d’une peinture représentant “le mariage de la Vierge avec Saint Joseph” daté de 1665, d’un peintre de l’école italienne. Un donateur, sans doute Claude Roch, figure en bas du tableau. En trois années successives, 1973-7475, la générosité populaire permit de restaurer la chapelle laissée à l’abandon après la première guerre mondiale. Le départ pour la Bourgogne et le retour de son clocher à bulbe, recouvert d’écailles de nickel toutes neuves, firent une forte impression en 1975. Le tableau du retable, classé par les M o n u m e n t Historiques, fut restauré en 1994.

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L’ÉCOLE L’école : en 1943, le Mont comptait encore quatre écoles à Chamoule, Pincru, Alloup et le Bourgeal. Celle du Bété a fermé au lendemain de la guerre de 1914. Le bâtiment de l’école actuelle fut commencé en 1939, achevé seulement en 1954 à cause de la guerre. Le chantier se trouva d’ailleurs au centre des évènements dramatiques du 3 janvier 1944 liés à la répression allemande contre les résistants, qui fit trois morts parmi la population. En 1978, l’école rassemblée en un lieu unique à Pincru ne comptait plus que 57 élèves. Les écoles de hameaux avaient fermé. Ce n’est qu’avec la créa-

tion de l’école maternelle en 1981, d’abord installée à la mairie, puis la création d’une troisième classe en 1987, que les chiffres “redécollèrent”, nécessitant un premier agrandissement achevé en 1989.

En 2006, a été inaugurée une nouvelle extension de l’école de Pincru avec deux nouvelles salles de classe et une salle de motricité. Elle abrite la cantine gérée par une association de parents et la bibliothèque municipale.

LA SALLE DES FÊTES La salle des fêtes fut ouverte le 15 août 1986. Ce lieu est très utilisé pour les bals, les fêtes familiales, la vie associative, le sport. Avant cela, où se réunissait-on ? Sous l’école (dans la salle de musique, actuelle cantine), ou bien aux Gentianes, ou chez Contoz, ou plus anciennement dans la belle salle de théâtre du presbytère, sous les combles.

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LAURENNAZ

Fabien Simond, Tiphanie Simond, Pauline Roch, Roger Roch, Cécile Roch, Anne-Marie Rouge, Claude Roch, Odile Roch, Jean-Philippe Rouge, Gabrielle Loulelis, Pascal Bouillé, Josette Roch, Aline dans les bras de Thierry Simond, Valérie Bouillé, Alexandre Roch, Germain Roch, Fernande Simond, Rosette Roch, Thibault Roch, Denise Roch, Odette Pellier-Cuit, Claude Caul-Futy, Jean-Claude Caul-Futy, Jean Roch.

Maurice Rennard, Danièle Frégolent, Renzo Frégolent, Sandrine Frégolent, René Rennard. 146

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Laurennaz - Route de Brison : A partir de quelques fermes et du café Bastian créé dans l’ancienne maison Maréchal (datée de 1829) où l’on joua longtemps au jeu traditionnel de quilles en bois, le quartier s’est transformé et allongé sur la route de Brison entre 1960 et 1980 avec la construction de pavillons et la création d’entreprises. Ainsi Jean Roch, rejoint par Roger son frère, y a ouvert un atelier de décolletage en 1965. D’abord simples “façonniers”, ils ont travaillé ensuite “en direct” en produisant des pièces de plus en plus élaborées pour appareillage médical, éclairage, systèmes de sécurité, quincaillerie, ébénisterie, décoration intérieure de luxe... L’usine est aujourd’hui toujours en activité et la succession assurée.

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MANANT LES CULÉES

Michel Pellier-Cuit, Jeanine Moënne-Loccoz, Fernande Moënne-Loccoz, Emma Carmichael, Anthony Carmichael, Marie Olivry, Georges Dunand, Catherine Ruisi, Léa Ruisi.

Les Culées : c’est l’avant dernier hameau en direction de Brison, juste avant Manant. “Chacun affichait ses opinions en découpant son bardage, les catholiques avaient la croix, le cœur, le calice et la colombe et les républicains préféraient le trèfle et le carreau”.

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HAMEAUX ET QUARTIERS


G NE T E L LE QU EL LE A U NAT A T N O URE L LA M

X A O S N T N N EX O M

GRANDEUR NATURE EN QUATRE SAISONS

... CRÉATION : KAVIIIK - 06.80.44.00.45 • IMPRIMERIE UBERTI-JOURDAN - 04.50.97.24.79

A V O I E - F R E - S A N T C E A U H

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LE PONT D’EN HAUT

Adrien Bonnaz, Willhelmine DonatMagnin, Mauricette Pelletier, Olivier Maniez, Annie Clérin, Elodie Bonnaz, Charlotte Maniez, Jordan MoënneLoccoz, Stéphane Moënne-Loccoz, Tanguy Mira, Pierre Bastian, Emma Moënne-Loccoz, Maurice DonatMagnin, Corentin Mira, Christophe Mira, Luc Rosenzweig et Grisette, Cassandra Luthi, François Cauvin, Jacques Donat-Magnin, Valérie Luthi, Norbert Pellier-Cuit, Etienne Bonnaz, Michel Bonnaz, Michel Pelletier, Yves Donat-Magnin, Alicia Donat-Magnin, Roland Contin, Patricia Bonnaz Françoise Leboucq, Emmanuel Mermoud, Isabelle Moënne-Loccoz, Jean-Marc Donat-Magnin, Cécile Pellier-Cuit, Mélanie Donat-Magnin, Daniel Bourqui, Claudie Bastian, Thérèse Bourqui, André Ducloz, Françoise Rosenzweig, Monique Ducloz, Marie-Thérèse Donat-Magnin, René Moënne-Loccoz, Esther Mira. 150

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Wilhelmine Donat-Magnin Wilhelmine Donat-Magnin, née Roch en 1907, est la doyenne des habitants du village. Les enfants d'aujourd'hui peuvent-ils imaginer qu'elle a connu à leur âge la guerre 14-18 et vu l'incendie du clocher de l'église, survenu en 1916 ?

Le Pont d’en Haut ou Pont d’Amont prolongé par les Fontaines et les Emovieux : la roue à aubes encore visible entraînait non pas un moulin mais la ligne de transmission d’un atelier de décolletage et horlogerie et de la scierie Rennard située en contrebas.

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LE PONT D’EN BAS

Amandine Michel, Florent Bourgeaux, Michel Bourgeaux, Dylan Michel, Benoît Bourgeaux, Monette Bourgeaux, Pierre Bourgeaux, Géraldine Jaun, Danielle Donat-Filliod, Jean-Paul Donat-Filliod, Catherine Bourgeaux, Bertrand Bourgeaux, Claudine DonatFilliod, Stéphane Bosson, Marc Callier, Jean-Paul Déturche, Raphaëlle Recchia, Sylvia Michel, Roger Bourgeaux, Lucienne Bourgeaux, Olivia Callier. Le Pont d’en Bas : l’usine DBG (Dubourgeal, Bourgeaux, Guillermin) est la plus ancienne du Mont. Elle date de 1872 et a disposé de sa propre turbine électrique actionnée par le torrent. A l’origine elle produisait des “chaussées”, mécanismes d’horlogerie. Après la première guerre mondiale, ce furent des pièces de décolletage pour les sulfateuses et les automobiles des usines lyonnaises Vermorel. Un deuxième atelier de décolletage DBG s’est installé dans la zone artisanale, à côté de celui de Rennard Rémy SARL. 152

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L’horlogerie Les paysans d’ici pratiquaient en hiver la fabrication de pièces d’horlogerie, destinées d’abord à la Suisse, ensuite aux usines de la Vallée de l’Arve. L’établi était installé le plus souvent devant la fenêtre du “pêle”, pièce principale de la ferme. Au village, un petit musée privé permet d’admirer les machines de ce temps pas si lointain ainsi que les pignons et chaussées, ancêtres des pièces de décolletage d’aujourd’hui. Ou comment le courage et l’habileté accumulée ont produit les compétences qui ont fait et font encore l’essor de la Technic Vallée, cette vallée de l’Arve où se concentre aujourd’hui 80% du décolletage français.

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LA MOUILLE

Madeleine Rennard, Marie-Jeanne Boisier, Germaine Pellier, Armand Rennard, John Rennard, Gisèle Rennard, Marie France Rennard, Lyliane Pellier-Mermin, François Rennard, Germaine Rennard, Joseph Boisier, Louis Pellier-Mermin, Hélène Bosshard, Sandra Rennard, Jean-Marie Mayol, Christelle Boisier, Jérémy Rennard, Mathieu Rennard.

La Mouille : le quartier compta jusqu’à six entreprises de décolletage dans la période florissante. Certaines d’entre elles ont déménagé dans la vallée, comme Hauteville, dont la commune a acheté le bâtiment. Trois ateliers sont encore sur le site : Bargy décolletage, Pellier-Cuit Frères, et Donat-Magnin. Au total, en 2006, six usines du village travaillent le métal ou les matières plastiques. 154

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QUART DERNIER

Mathilde Carré, Noë Fontaine, Maëva Donat-Bouillud, Laurine Quendoz, Sandy Donat-Bouillud, Elvina Quendoz, Marie Dunoyer, Robert Möenne-Loccoz, Aude Moënne-Loccoz, Annick Möenne-Loccoz, Raymonde Dunoyer, Stéphane Dunoyer, Géraldine Dunoyer, Claude Dunoyer, Marilyne Moënne-Loccoz, Jean-Claude Giller, Marie-Ange Bauchart, Jean-Louis Callier, Marcelle Martinelli, Fabrice Quendoz, Freddy Donat-Bouillud, Valérie Quendoz, Josette Baudin, Paule Callier, Marie-Thérèse Boisier, Emmanuelle Vettoretto, Martine Giller, Henri Boisier. Quart Dernier : le Home Fleuri, institut thérapeutique, éducatif et pédagogique est le plus gros employeur du Mont. Il a été créé en 1966, et s’est étendu peu à peu dans plusieurs bâtiments du Quart Dernier. Il dépend de l’association Championnet et comporte un internat pour enfants et des salles de classes. 156

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LE BRONZE

Mélissa Falconnet, Jolina Huillier, Lou Ann Pellier, Céline Rennard, Mathieu et Florian Crépon, Louise Bastian, Mélanie Saulnier, Cyrille Saulnier, Antonin Arnaud, Alexandre Saulnier, Véronique Crépon, Maryse Roux, Stéphanie Huillier, Sandrine Oddou, Dimitri Rennard, Christophe Crépon, Laura Rennard, Agnès Rennard, Louis Breysse, Alexandra Hote, Cédric Gourmelon, Angélique Bastian, Lionel Arnaud, Cédric Bastian, Nicolas Bastian, Elisabeth Saulnier.

LES POSES Camille Guffond, Laurie Richard, Julie Rennard, Lucette MoënneLoccoz, Louis Moënne-Loccoz, Julie Guffond, Justine Guffond, Marie-Françoise Guffond, Céline Seurat, Emmanuel Seurat, Jean-Luc Zimmer, Nathalie Despeghel, Etienne Zimmer.

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SUR LE CÉ

Marie-Noëlle Delamotte, Carmele, Emmanuelle Hirschauer, Isabelle Bourgeaux, Santiago, Isabelle Bailly, Danièle Trullas, Claudine Combaz, Capucine et Arthur Laffond, Virginie Chabernaud, Michel Aron, Pierre Chabernaud, Manon Chabernaud, Axel dans les bras de Joan Colin, Sarah Feillet, Didier Bailly, Pierre Delamotte, Hugo et Ferdinand Depery, Julie Bourgeaux, Marie Bourgeaux, Isabelle Berthomier, Bruno Berthomier, Jérémie Berthomier, François Bourgeaux, Fabrice Laffond, Sébastien Lebreuil, Sabrina Cossard, Christophe Sergi, Véronique Prothais, Carine Bourgeaux, Thomas Berthonier, Cédric Aron, Ander, Benjamin Bourgeaux, Inès, Kévin Aron. 158

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LA BALME

Christophe Roch, Eva Serrano, Christine Roch, Noélie Roch, Sylviane Fongeallaz, Benoit Roch, Titouan Bortoli, Audrey Guffond, Maxence Bortoli, Eric Guffond, Sylvie Guffond, Fabienne Guffond, Jean-François Serrano, Denis Guffond, Renée Pellier, Patrick Fongeallaz, Marie-Thérèse Guffond, Christine Guffond , Gérard Bonnaz, Terry Sérano, Constand Pellier, Aline Bonnaz, Jeannine Guffond, Luc Guffond, Louise Mayol, Claude Maricot, Marie-France Nicol, Alain Milavaud, Josiane Guffond, Anne-Laure Muffat-Joly, Leslie Maricot, Patrice Maricot, Laurence Bortoli, Jean-Claude Bortoli, Gilles Pellier, à la fenêtre Marc Guffond, Henri Guffond.

La Balme : le curé Grillet s’y réfugia pendant la Révolution Française et y sculpta deux croix de bois conservées dans les archives du Presbytère. HAMEAUX ET QUARTIERS

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CHAMOULE

Nicolas Tissier, Jean-Louis Depoisier, Marion Vallet, Guillaume Benoit, Léo

Villette, Téo Tissier, Killian Begu, ..., Aline et Lylie-Anne Vilette, Annie

Chamoule : On y trouve de vieilles maisons datant de la fin du 18ème siècle ainsi que la toute première villa de vacances, construite vers 1890 par la famille Müller. Faute d’eau, le quartier fut peu à peu délaissé jusqu’au début des années 1980. Chamoule s’est repeuplé ces dernières années de manière spectaculaire : de vieilles fermes ont été rénovées et de nouvelles villas construites.

Bastard, Ania Tissier, Guy Santamaria, Chantal Diaz, Chantal Vallet, Muriel Genoud, Nathalie Masseret, Alicia dans les bras d'Isabelle Begu, Murielle Cerezo, la jument Barbara, Dédé Diaz et Zizou, Gabrielle Pelepol, Samuel Schell, Patrick Tissier, Sébastien Villette, Aurélie Tappaz, Jean-François Dépoisier, AnneMarie Benoit, Elisabeth Provost, Pascal Provost, Delphine Dépoisier, Isabelle Provost, Romain et Benjamin Provost, Romain Benoit, Hélène Benoit, Caroline Benoit, Philippe Vallet, Titouan dans les bras de Nicolas Penicaut, Laurence Gerstch, Willy Gerstch, Christophe Begu, Marion dans les bras d'Eric Masseret, Tamara et Manuel Borga, Catherine Buchet, Elise Penicaut, Daisy Linoir, Jacques Linoir, Alexis Guffon, Nicolas et Virginie Higuier, Jules Dépoisier, Florette Dépoisier, Kevin Masseret, Sam Dawson, Catherine Parsons, Kirsty Parsons, Clémence Linoir, Zoé Penicaut. HAMEAUX ET QUARTIERS

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LE CRÉZANO

Robin Béguin, Marylin Mallinjod, Suzanne Rennard, Monique Guffond, Marie Donat-Filliod, Denise Fongeallaz, Patrick Fourgeaud, Brigitte Fourgeaud, Christophe Béguin, Nicole Béguin, Olivier Donat-Filliod, Alain Fongeallaz, Benoît Bouclier, Jeannot Donat-Filliod, Claude Vachoux, Roch Rouge.

Le Crézano : au bas de ce raccourci en pente raide qui relie le Bourgeal aux Planets, on peut admirer l’une des plus belles maisons du village anciennement appelée “Chez Joset aux Peilly” avec un linteau de pierre daté de 1716. Une autre pierre sculptée insérée dans la façade indique 1766.

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LES PLANETS

Hélène Lemounaud, Armel Leroux, Paul Lechevallier, Maëlle Dorioz, Lydia Lechevallier, Clémence Dorioz, Erwan Leroux, Céline Bétend, Philippe Bétend, Edwige Delémontex, Marie Bétend, Amélie Délémontex, Michel Dorioz, Cédric Mayol, Franceline Bétend, Jeannine Mayol, Thomas Delémontex, Alain Lechevallier, Marie-Claude Beck, Isabelle Dorioz, Bernadette Magli, Gilles Magli.

Les Planets : ses champs bien exposés au soleil sont aujourd’hui de plus en plus occupés par des maisons individuelles. HAMEAUX ET QUARTIERS

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BOIS D'AMCY

Aëlla dans les bras d’Hubert Bogni, Jean-Noël Laporte, ..., Lucas Caul-Futy, Florence Caul-Futy, Loogan Bogni, Guy Duton, Mathilde et Justine Duton, Wendy et Laurie Caillot, Carine Lombardet, Guillaume Girardin, Rahmoun Boubakeur, Virginie Coupaye, Samira Hammas, Mickaël Jasinsky, Aurélie Pellier-Cuit, André Kevin et Corinne Raulin, Frédéric Caul-Futy, Laurent Facompré, Leticia Georgieff, Sandrine Duton, Philippe et Catherine Caillot.

LES FIOGES Maud Marandel, Chloé Desmaret, Manon Panisset, Corinne Gesbert, Delphine Guilhaumon, Franck Planes, Dominique Houssin, Béatrice Houssin, Mathilde Houssin, Claude Panisset, Pascale Roch, Jean-Luc Roch, Gisèle Couton.

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LE LIOT

Bastien Boisier, Annick Boisier, Corentin Boisier, Gilles Mercier, Anne-Lise Floris et son beau-frère, Sengdewane Gil, Eric Gil, Marie-Christine Gil, Jeanine, Christiane Odiardo.

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LES COMBES D'EN BAS

Théo Gaffez, Emma Ballesto, Margaux Baïs, Lisaline Dufour, Clairanne Dufour, Christine Besnier, Patrick Besnier, Jean Nicolas Hanus, Corine Hanus, Marie-France Dufour, Nathalie Brunet, Isabelle Mancel, Stéphane Mancel, Baptiste Mancel, Joseph Vachoux, Paulette Vachoux, Louise Coutant, Juliette Pellier-Mermin, Lucien Coutant, Laurie Hanus, Philippe Dufour, Sarah Hanus, Frank Balesto, Nadège Cocuaud, Patricia Huillier, Michel et Bernadette Rennard, Anne Bucelle.

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LES COMBES D’EN HAUT

Thierry Coupé, Marielle Coupé, Jimmy Moënne-Loccoz, Crystie Coupé, Laurie Coupé, Antonin Vadala, Fanny Veillet, Raphaël Vadala, Clara Vadala, Julien Panot, Magalie Erard.

Les Combes d’en Haut : située entre 1000 et 1500 mètres d’altitude, la station de ski a été lancée dans les années 50, sous l’impulsion de l’abbé Aimé Delétraz, curé du Mont. Le premier téleski a vu le jour en 1961, grâce à de dynamiques actionnaires comme Georges Guillermin, Marcel Carme, Louis Tholance, Gilbert Cachat, rejoints bientôt par d’autres. Le café-restaurant du bas des pistes, l’Hermine a été transformé en barrestaurant-discothèque, Le Chantier. 168

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LA CROIX

Laetitia, Sylvia Ugo, Axel Aguilaniu, Mickaël Noël, Franck Noël, Thomas Colombero, Thierry Ugo, Alan Aguilaniu, Marie-Cécile Aguilaniu, Michel Aguilaniu, Juliette Vulliez, Louis Vulliez, Elisabeth Noël, Christophe Delabre.

La Croix : on y voit non pas une mais deux croix ! Le centre de vacances des Mélèzes appartient à Paray Vieille Poste, ville où sont situées les pistes de l’aéroport d’Orly. 170

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LES FAUX

Stéphanie Guffond, Alexis MoënneLoccoz, Nicolas Moënne-Loccoz, Anne-Marie Kovacs, Jean-Marie, André Dutertre, Myriam, Colette Pellier, Thérèse Charve, Claudine Dutertre, Sylvie Audonnet, Rémy dans les bras de Jean-François Pellier, Mathieu Descamps, Virginie Bonnard, Joël Charve, Gisèle Guffond, Jean-Dorian Charve, Aurélie Dutertre, Marc Moënne-Loccoz, Dorine Charve, Morgane Schaffter, Nicolas Dutertre, Elsa Schaffter.

Les Faux : situé sur la route d’Alloup, un des accès menant aux Vuargnes, c’est un hameau habité en permanence. HAMEAUX ET QUARTIERS

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ALLOUP

Daniel Falconnet, Philipe Buchet, Georges Buchet, Philippe Vouriot, Camille Baïs, Isabelle Vicet, Paul Passerat, Charles Passerat, Marlène Passerat, Juliette Besnier, Gilles Falconnet, Sophie Buchet, Jacky Buchet, Robert Buchet, Odette Buchet, Brigitte Bonnard, Thérèse Buchet, Brigitte Falconnet, Madeleine Buchet, Christine Buchet, Michelle Turbet, Huguette Buchet, Nadia Passerat, Christine Baïs, Alexandra Fiva, Patrick Besnier, Mathilde Vicet, Clément Vicet, Jean-Claude Vicet, Jérôme Passerat, Martin Delarue.

“Nous avions deux ou trois vaches et nous faisions aussi des pièces pour les décolleteurs du Mont-Saxonnex et de la vallée”. Depuis 1946 et jusqu’à une date récente, Odette Buchet taraudait des écrous dans l’atelier construit dans sa ferme. 172

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LES VUARGNES

Sue Pfifner, Monique et Pierre Bourreau, Anne-Marie Kovacks, Lambert Pellier-Mermin, Xavier Pellier-Cuit, Catherine Dewolf, Bruno Pfifner.

Les Vuargnes : hameau autrefois habité en permanence. Ses chalets sont devenus aujourd’hui des résidences secondaires. Lieu de pacage de nombreux moutons en été. 174

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LE BÉTÉ

Maria Balmer, Elise Péchaud, Romane et Justine Simonet, Nicolas Parot, François Paul-Boncour, Pierre Reynaert, Bernard Balmer, Christophe Parot, Simone Estran, Danielle Pellier-Mermin, Paul Donat-Grosjean, Danièle Reynaert, Odile Vuillet, Valérie Parot, Jean Claude Vuillet, Raymond Donat-Magnin, Sophie de la Brière, Jacqueline Rémy. Au Bété se situe le point de départ du chemin qui mène au Lac Bénit. Un panneau sur le bord de la route indique le parking. A partir de là, suivre le chemin empierré dans la forêt. La sympathique buvette du Lac vous attend à moins d’une heure de marche. Les bons randonneurs peuvent aussi atteindre le lac en partant de Morsullaz, au pied du télésiège. Ce dernier fonctionne les week-ends en juillet et en août. Depuis la crête de l’Entoniou, on surplombe le Lac Bénit. HAMEAUX ET QUARTIERS

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MORSULLAZ ET LE VUARGNE

Joseph Rennard, Philippe Gros-Gaudenier, Alain Breull, Dominique Gervais, Rose Weiland, Monique Breull, Jean-Pierre Marchand, André Solliet, Jeannine Paccot, Nicole Guillermin, Michel Weiland.

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Morsullaz et le Vuargne : le télésiège a été construit en 1983, peu après la victoire en descente de la fille du pays Marie Cécile Gros Gaudenier aux championnats du monde de ski. Il conduit aux pistes de la station. Ouvert en été, des VTT pourront bientôt y être accrochés, promesse de descentes infernales vers le village ou vers Vougy à travers les bois.


LA LÉGENDE DE L’ORATOIRE DE LA GOUILLE OU DU CREUX DU LIARD “C’était vers le commencement du XVIe siècle. Un jeune homme de la Gouille, s’étant rendu à Morsullaz avec son violon pour danser (certains disent : un soir de Toussaint, ce qui ne se faisait pas), ne devait rentrer que fort tard dans la nuit. Son père qui l’attendait dans l’inquiétude se laisse gagner par le sommeil. Tout à coup il voit en rêve son fils aux prises avec un loup affamé, dans le sentier désert qui longe le rocher de Creu de Liard à 600 mètres de sa maison. Cette vision le réveille. Il s’arme d’un bâton et se précipite vers le lieu qu’il a vu en rêve. Il trouve en effet son fils luttant avec la bête féroce et près de succomber de fatigue et d’épuisement. A eux deux, ils terrassent le fauve et le laissent mort sur place. En souvenir de cette protection extraordinaire, la famille plaça sur le rebord du rocher une petite statue de la Vierge en bois de noyer qui fut conservée jusqu’à nos jours. Elle fut remplacée lors d’une procession par une statue de Notre Dame de Lourdes en 1910”. d’après Arsène Bourgeaux.1973

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LÉGENDES DU LAC BÉNIT Autrefois, les fées venaient y prendre leurs ébats. Elles étaient si agiles que personne n’arrivait jamais à les attraper. Un jour, des chasseurs eurent l’idée de clouer un joli soulier sur un billon. Les mystérieuses fées vinrent comme de coutume danser sur les eaux et fôlatrer sur le gazon. L’une d’elles, attirée par le soulier, s’amusa à le chausser et quand il fut bien lacé, les chasseurs, qui s’étaient dissimulés dans les alentours, accoururent et la prirent au piège. La voyant prise, ses compagnes lui crièrent en s’enfuyant : “apprends teut à fôre, l’bure et la tomma s’na la mire et la coëta”. Ingénieuse manière d’expliquer comment au Mont-Saxonnex on avait appris à faire le beurre et la tomme… d’après l’abbé Rennard 1926.

Il y a très longtemps … Le lac était plus grand, plus noir sous la falaise du Bargy. Est-ce une formidable avalanche au dégel du printemps ? un orage terrible comme on en voit sur le massif des Bornes ? personne ne sait, mais la vague fut énorme et la frêle barrière de la moraine céda. Les flots dévalèrent sur les Bottes et sur le village de Marnaz, dévastant tout sur son passage : forêts, chalets, pâturages, bétail, ce fut terrible et meurtrier. Dès que le temps le permit, Monseigneur l’évêque du diocèse monta sur les alpages, en grande procession jusqu’au bord du joli lac qui subsistait, et là, solennellement, le bénit et lança son anneau épiscopal dans les flots demandant au ciel que semblable catastrophe ne se reproduise plus jamais. C’est ce qu’on nous racontait, le soir à la veillée quand j’étais petite, mais un beau jour, surprise : - “Pas du tout !” m’a affirmé une vieille dame, “ça ne s’est pas passé comme cela !” précisant : “l’évêque, il n’a pas jeté son anneau dans le lac ! son anneau était si lourd qu’il l’a flanqué à l’eau en faisant sa bénédiction” et je sais de source sûre que c’est tout à fait possible. Que s’est-il passé réellement ? n’empêche que l’anneau est probablement toujours au fond de l’eau. D’après Claudie Bastian. 2006 178

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Signes étranges, sculpture, entailles, traits reliés… Quelle est la signification de cette pierre retrouvée près du lac Bénit ? Qui en est l’auteur : le diable, les bonnes fées du lac ou tout simplement un berger gardant son troupeau ? Venue d’un autre temps, à qui était-elle destinée ? Sommes-nous en présence d’une gravure datant du néolithique et qui témoigne de cet art rupestre créé par l’homme pour exprimer ses joies, ses peurs, sa dévotion à la nature ? Ici, pas d’anthropomorphisme, pas d’empreintes ni de pisciformes mais des cupules dispersées ou reliées, en “modèle huit” disposées géométriquement. Quel message son auteur a-t-il voulu nous transmettre ?

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SPORTS D’HIVER La station dispose aujourd’hui de quinze kilomètres de pistes balisées, adaptées aux débutants comme aux skieurs confirmés et de dix remontées mécaniques, dont un télésiège gérés par la Sté TELEMONT. Où qu’on soit sur les pistes, on a un large point de vue sur le paysage, sur la chaîne du Bargy, la vallée de l’Arve, Morsullaz et les Frachets. On y trouve un jardin des neiges, une école de ski et un ski-club. Attirant une clientèle familiale, MontSaxonnex est fréquenté aussi par les centres de vacances, et pendant l’année scolaire par les apprentis-skieurs des écoles et collèges de la vallée.

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En luge, en raquette, en “peaux de phoque”, attelé derrière un cheval, les joies de la glisse s’offrent à tous.

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LES ALPAGES

Michèle Guffon, Bernard Guffon, Jean-Michel Séraphin, Marie Dunoyer, Sylviane Séraphin, Michel Dunoyer.

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Les Glaciers : charmant petit alpage situé sous le rocher du même nom, d’où l’on a une vue imprenable sur l’église. En 2006, Marie Dunoyer y fabrique encore, avec le lait de ses quatre vaches, une délicieuse tomme blanche.

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LES ALPAGES L’alpage des Frachets-Cenise est l’un des plus grands alpages de la commune. L’un et l’autre furent autrefois revendiqués par Petit-Bornand, comme en témoignent de nombreux procès et bagarres picrocholines consignés dans les archives. L’alpage des Frachets accueille aujourd’hui plus d’une centaine de vaches, génisses et veaux, appelés “mogeons”, tous de la race Abondance, venus d’une ferme de Contamine-sur-Arve. Le lait collecté chaque soir par un camion frigorifique sert à fabriquer un reblochon laitier. Les foins y sont encore faits soigneusement chaque été par les frères Missillier. Dans d’autres alpages, comme celui de Biolan ou celui de MalacquisLac Bénit, on élève des vaches à viande.

Guy, Alexandre, Valérie et Benjamin. 186

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Tous les étés Stéphane et Jojo Suffisant, de son vrai nom Joseph Rennard, emmène ses cent brebis paître à la Colombière. Elles y restent de juin à octobre. Au retour elles sont parquées à Alloup jusqu’à leur vente avant l’hiver.


Septembre 2006 : Arnaud Pellier-Cuit et François Caul-Futy en pleine récolte de la gentiane, celle à fleur jaune. La fabrication de la gentiane est une longue affaire qui commence avec l’arrachage laborieux de la précieuse racine, qui s’enfonce à plus d’un mètre de profondeur. Ensuite elle est nettoyée, râpée, on la laisse reposer pendant plusieurs mois jusqu’au passage de l’alambic en hiver, où l’élixir le plus précieux de toutes les boissons alcoolisées locales sera alors extrait dans des vapeurs enivrantes.

On attribue à la gentiane des bienfaits multiples. Elle est souveraine, assure-t-on, pour tous les troubles digestifs. On comprend pourquoi il est recommandé de ne pas la faucher !

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Messe dans les alpages.

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Crédit photos et illustrations : Alain Duval, René Siffointe, Denis Jordan, Georges Lacroix, Dominique Boibessot, Château des Rubins, Kaviiik, Pierre Guimet, Arnaud Pellier, Gilles Brunot, Bertrand Mayol, Arnaud Sage, B. Brassoud, Xavier Desmia, CAUE de Haute-Savoie.

Conception, réalisation : Claudie et Pierre Bastian, Liliane et Alain Duval, Françoise et Luc Rosenzweig.

Avec la participation amicale d’Alain Simon pour les photos aériennes prises de son ULM.

Composition, photogravure et impression : Imprimerie Uberti-Jourdan 74130 Bonneville Tél. 04 50 97 24 79 Novembre 2006

ALBUM 25, route d’Alloup - 74130 Mont-Saxonnex Email : album.production mont-saxonnex.com Site internet : www.mont-saxonnex.com Tél. 04 50 96 97 44 ISBN 2-9514619-2-5 © ALBUM - Dépôt légal Décembre 2006


Le village de Mont-Saxonnex, où la présence humaine remonte à la plus haute antiquité, est situé sur un territoire d'une exceptionnelle variété géologique, morphologique, zoologique et botanique. Les connaissances relatives à tous ces aspects étaient, jusque-là dispersées dans des ouvrages difficilement accessibles. L'Encyclopédie de Mont-Saxonnex rassemble des contributions d'universitaires et d'experts des différentes disciplines scientifiques et sportives concernées. Ainsi, les habitants du village, et tous ceux qui lui sont attachés, pourront trouver les réponses aux multiples questions qui surgissent lorsque l'on parcourt les sentiers, les rocailles ou les forêts : comment se sont formés les “yeux du Bargy” ? Qui a creusé la gorge du Cé ? Quel est le nom de cet oiseau ou de cette fleur ? On pourra également faire connaissance avec les quarante quartiers et hameaux du village et leurs habitants.

Les auteurs des articles de “L'Encyclopédie de Mont-Saxonnex” avec les animateurs d'Album.

Les auteurs : René Siffointe (Toponymie, Géologie), Jean Sésiano (Géomorphologie), Dominique Boibessot (Spéléologie), Gilles Brunot (Alpinisme, Météorologie), Georges Lacroix (Zoologie), Denis Jourdan (Botanique), Claudie Bastian (Jardins), Marie-Thérèse Donat-Magnin (Mycologie). L'équipe d'Album (conception et réalisation) : Alain Duval (photo), Liliane Duval, Françoise Rosenzweig, Luc Rosenzweig, Claudie Bastian, Pierre Bastian.

38 Q ISBN 2-9514619-2-5


L'encyclopédie de Mont-Saxonnex