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OCTOBER 2019 / APRIL 2020

MASTERS - ISSUE #9


MASTERS - ISSUE #9 MIM OCTOBER 2019 / APRIL 2020

PUBLISHED BY MAISON MIM / WEEKEND ÉDITIONS 34 RUE IBN HAMZA SEMLALIA 40000 MARRAKECH MA

FOUNDING PUBLISHER EDITOR-IN-CHIEF CREATIVE DIRECTOR MOUNA ANAJJAR

WWW.MAISONMIM.COM ART DIRECTOR DESIGNER ADVERTISING & MARKETING

CORINE KAPUSTIN

BONJOUR@MAISONMIM.COM WRITERS PRINTED BY AGPOGRAF/NEXE BARCELONE

MOUNA ANAJJAR CAMÉLIA SARNEFORS

ILLUSTRATOR CORINE KAPUSTIN

CONTRIBUTORS SAÂD ALAMI MARIAM BOUCHAMANE MOUS LAMRABAT

COPY EDITORS JASMIN VERDÈS WE WOULD LIKE TO THANK ALL THE PARTICIPANTS FOR THEIR TIME, CREATIVITY AND SUPPORT.

TRANSLATOR

CHOUKRAN!

CAMILLE BLANC

PRESS RELEASE “13/16 ‫”ص‬, LEGAL DEPOSIT & ISSN IN PROGRESS ALL RIGHTS RESERVED WEEKEND ÉDITIONS NO PART OF THIS PUBLICATION MAY BE REPRODUCED, STORED IN A RETRIEVAL SYSTEM OR TRANSMITTED IN ANY FORM OR BY ANY MEANS, ELECTRONIC, MECHANICAL, PHOTOCOPYING, RECORDING OR OTHERWISE, WITHOUT PRIOR PERMISSION OF WEEKEND ÉDITIONS.

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MASTERS - ISSUE #9 MIM BY LA MAMOUNIA BEHIND THE SCENES

photography

Mouna Anajjar


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MASTERS - ISSUE #9 MIM OCTOBER 2019 / APRIL 2020

HERE & NOW AT LA MAMOUNIA

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PART I/ MAINTENANT NOW [AL-AAN]

20 › 33

MIDI À PARIS, RENCONTRE AVEC FADILA EL GADI

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MIDDAY IN PARIS, A CONVERSATION WITH FADILA EL GADI

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MINUIT À MARRAKECH, RENCONTRE AVEC RANDALL BACHNER

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MIDNIGHT IN MARRAKECH, A CONVERSATION WITH RANDALL BACHNER

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PART II/ MAESTRO MASTER [MAHER]

34 › 45

IL ÉTAIT UNE FOIS, LES ARTISANS DE LA MAMOUNIA

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ONCE UPON A TIME, THE CRAFTMENS OF LA MAMOUNIA

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PART III/ MAGNÉTIQUE MAGNETIC [MIGHNATISSI]

46 › 61

SÉRIE MODE

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FASHION SERIES

PART IV/ MAGIQUE MAGICAL [SA’HER]

62 › 79

À LA RECHERCHE DU MANTEAU MAGIQUE

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THE QUEST FOR THE MAGICAL COAT

70

L’AGENDA

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EVENTS OF THE SEASON

THE END

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AT T R A C T I O N I R R É S I S T I B L E Servi par plus de 750 Chefs dans le monde DÊcouvrez Nespresso sur : ma.buynespresso.com

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LA MAMOUNIA’S NOTE

Au fil des époques, La Mamounia a changé, mais elle reste ce lieu hors du temps doté d’une aura particulière, qui insuffle sa magie aux visiteurs, les invitant à revenir. Pour accompagner cette formidable énergie, nous oeuvrons à chaque instant, avec un enthousiasme sans cesse renouvelé, pour vous donner, vous jeunes clients ou amis fidèles, l’envie de venir nous découvrir ou celle de revenir nous voir. Lors de cette saison riche en événements et festivités, nous vous attendons dès le 2 novembre pour la “Launch Party”, une soirée telle un avant-goût au généreux programme des fêtes de fin d’année, à célébrer en majesté. Les amateurs d’art et de culture peuvent également se réjouir. Marrakech accueillera la 18ème édition de son Festival International du Film, du 29 novembre au 7 décembre. Du 22 au 23 février 2020, la désormais célèbre Foire d’art contemporain africain 1:54, prendra place dans nos murs pour une 3ème édition haute en couleurs. Des célébrations, de nouveaux services, des attentions -un kiosque à fleurs et une salle de jeux flambant neufs exclusivement réservée à nos clients sera inaugurée en novembreet une surprise de taille qui se dessine dans nos coulisses. Nous sommes heureux de vous l’annoncer en avant-première : bientôt, vous découvrirez le nouveau visage de La Mamounia. Une Mamounia sous le crayon de Patrick Jouin et Sanjit Manku. Le brillant duo d’architectes a pour mission de réinterpréter les espaces culinaires afin de mieux les inscrire dans leur temps. Armés de raffinement et de sensibilité, ils veilleront à garder bien intact le charme de la grande maison. Continuer à œuvrer chaque jour pour vous offrir un niveau d’excellence restera notre moteur. Et c’est chaleureusement que nous vous remercions pour tous les instants vécus et ceux à venir, et que toute l’équipe de La Mamounia et moi-même demeurons à votre écoute pour faire de votre séjour un moment inoubliable. _In the course of centuries, La Mamounia has changed — but it remains a timeless space with its particular aura, inspiring wonder in its visitor and inviting them to return. We try to measure up to the space’s energy by working with ever renewed enthusiasm to give new guests and faithful friends alike the desire to discover our space or to come back for a visit. The coming season will be busy with events and celebrations. We are expecting you on November 2nd for the Launch Party evening, a foretaste of the scheduled end-of-year celebrations, which will be celebrated in grand style. Lovers of art and culture can also look forward to this year’s events. Marrakech will host the 18th international film festival from November 29th to December 7th. On February 22nd and 23rd, 2020, the now famous contemporary African art fair 1:54 will take place within our walls for its vibrant 3rd instalment. We are scheduling celebrations, new services, and thoughtful touches — a new flower stand and a brand-new games room exclusively dedicated to our guests will be inaugurated in November. Behind the scenes, we are also preparing a remarkable surprise. We are happy to announce it here for the first time: soon, you will be able to enjoy the new face of La Mamounia, under the craftsmanship of Patrick Jouin and Sanjit Manku. This brilliant duo of architects have made it their mission to redesign our culinary spaces and to bring them forward into our times. With their refinement and sensibility, I know they will make sure to keep the charm of our great house intact. Working every day to offer you a standard of excellence will always be our drive. We thank you, warmly, for every moment we have lived together, and for those to come. The entire Mamounia team and I are happy to stand by your side to make your stay an unforgettable one. PIERRE JOCHEM DIRECTEUR GÉNÉRAL

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THE EDITOR’S NOTE

Le fait-main devient de plus en plus prisé dans les grandes métropoles internationales, il connaît même une certaine renaissance. Alors que la mondialisation pousse toujours plus vers l’uniformisation et la standardisation, de plus en plus de personnes ont besoin d’exprimer leur individualité propre en achetant des objets, des vêtements, des bijoux ou œuvres d’art uniques. Au Maroc, la richesse de l’artisanat est spectaculaire, l’artisanat d’art, épatant de beauté et de diversité. Art de la broderie, du tissage, de la poterie, zellige, sculpture ou peinture sur bois, sculpture sur plâtre. Je vous invite à sillonner sur le chemin de détenteurs de savoir-faire codés, tissés, gravés en secret. Pour ce numéro, ils nous ouvrent les portes de leurs ateliers et nous racontent leur histoire. Enjoy! Hand-made objects are more and more sought after in large international cities — you could even say that they’re undergoing a renaissance. As globalization fosters ever more uniformization and standardisation, more and more people need to express their individual selves by purchasing unique objects, clothing, jewellery, and works of art. In Morocco, the variety of artisanal fabrication is spectacular, and Moroccan hand-made art is amazing in its beauty and diversity: embroidery, sewing, pottery, zellige tiles, wood sculpture or painting, plaster sculpture. I urge you to make your way along the winding path towards those who keep these secretly coded, woven, and engraved know-hows. In this issue, they open the doors of their workshops and tell us their stories. Enjoy! MOUNA ANAJJAR

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influences. His roots, traditions and culture and his artistic DNA, everything Morocco holds in terms of heritage deeply inspires him and is more and more present through his works. For this issue of MIM 9, he walks his goal among potters in the Marrakech region (Fashion Series page 48).

MASTERS - ISSUE #9 MIM BY LA MAMOUNIA CONTRIBUTORS

SAÂD ALAMI Photography

MARIAM BOUCHAMANE Collages

Née au Maroc au sein d’une famille originaire de Tafraout, Mariam Bouchamane poursuit ses études à l’école Camondo à Paris, et en sort diplômée en Design et Architecture intérieure. Elle consacre aujourd’hui son énergie à des projets artistiques personnels, tel la “Liseuse au bain”, pièce à vivre onirique présentée au Festival Design Parade à la Villa Noailles (2017). Amoureuse de l’histoire de l’art et des arts décoratifs, Mariam parie inlassablement sur le mariage complexe entre mouvements artistiques passés et modernité. Ici, elle nous livre des collages pour illustrer la tradition de l’art de la sellerie au Maroc. MOUS LAMRABAT Photography

Né dans le nord du Maroc, Mous Lamrabat arrive très jeune en Belgique où il grandit. Après des études d’architecture d’intérieur, il tombe dans la photographie en immortalisant les clichés de sa famille. Une passion qu’il cultive en autodidacte : sa vision de la photographie de mode occidentale s’enrichit de ses influences marocaines. Ses racines, ses traditions, et sa culture sont son ADN artistique, tout ce que le Maroc recèle comme héritage l’inspire profondément et est de plus en plus présent à travers ses œuvres. Pour ce numéro 9 du MIM, il ballade son objectif chez les artisans potiers dans la région de Marrakech (Série Mode page 48). _Born in the north of Morocco, Mous Lamrabat arrived very young in Belgium where he grew up. After studying interior design, he came to photography by immortalizing his family’s pictures. A passion that he cultivates as a self-taught man: his vision of Western fashion photography is enriched by his Moroccan

Master d’Environnement à Paris en poche, il travaille dans l’agriculture avant d’épouser la photographie. Autodidacte, il en étudie les aspects techniques, afin de mieux servir le penchant naturel de son œil pour la symétrie, la lumière et la beauté. Il travaille pour la presse et l’événementiel, et fait partie du collectif Zbel Manifesto. Pour ce numéro du MIM, il immortalise parmi les maîtres artisans marocains les plus illustres (page 36). _With a Masters of Environment from Paris in hand, he worked in agriculture before marrying photography. Selftaught, he studied the technical aspects, to better serve the natural inclination of his eye for symmetry, light and beauty. He works for the press and events, and is part of the collective Zbel Manifesto. For this issue of the MIM, he immortalizes among the most famous Moroccan craftsmen (page 36).

_Born in Morocco to a family coming from Tafraout, Mariam Bouchamane continued her studies at the Camondo school in Paris and graduated in Design and Interior Architecture. She devotes today her energy to personal artistic projects, such as the “Liseuse au bain”, a dreamlike living room presented at the Festival Design Parade at Villa Noailles (2017). In love with art history and decorative arts, Mariam bets tirelessly on the complex marriage between past artistic movements and modernity. Here, she gives us collages to illustrate the tradition of the art of saddlery in Morocco.

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HERE & NOW AT LA MAMOUNIA

Teenage & Adult Club

Cosmétiques Naturels Made in Morocco

Situé au niveau du pavillon de remise en forme au rez-de-chaussée, La Mamounia ouvre ce Novembre une nouvelle salle de jeux réservée exclusivement aux clients de l’hôtel, le tout aux couleurs de l’Amérique. Au menu ? Parties de flipper, billards, babyfoot et même Juke box avec bien sûr, la possibilité de commander à boire et à manger en continu, de quoi raviver les papilles. TEENAGE & ADULT CLUB

_Located near the fitness pavilion on the ground floor, La Mamounia opens this November a new games room for hotel guests exclusively, all in the colors of America. On the menu? Pinball games, billiards, table football and even a Juke box with of course, an all-day food and drink service to satisfy all your cravings.

Prolongez l’Expérience La gamme marocaine Botanika, cosmétiques naturels sans parabène ni silicone, est désormais proposée au Spa de La Mamounia. Pour le corps, le visage, ou pour les cheveux, les produits sont élaborés à partir de formules aux principes actifs à base d’huiles -dont l’Argan- et de beurres d’origine naturelle. Information et réservation : lespa@mamounia.com NATURAL COSMETICS MADE IN MOROCCO

_The Moroccan range Botanika, natural cosmetics without paraben or silicone, is now available at the Spa of La Mamounia. For the body, face, or hair, the products are made from formulas with active ingredients based on oils -including Argan- and natural butters. Information and reservation: lespa@mamounia.com Les livraisons sont de retour chez Pierre Hermé, sur les villes de Casablanca et Rabat grâce à une camionnette flambant neuve au service de toutes vos envies sucrées. Pour plus d’information contactez la boutique Pierre Hermé à La Mamounia. T +212 5 24 38 86 oo EXTEND THE EXPERIENCE

_The deliveries are back at Pierre Hermé, in the cities of Casablanca and Rabat thanks to a brand-new van at the service of all your ‘sweet’ desires. For more information contact the shop Pierre Hermé in La Mamounia. T +212 5 24 38 86 00

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Infiniment Délicieux À votre disposition depuis début août, La Mamounia se réjouit désormais d’un chariot à glace ! Rendez-vous au Menzeh bar pour déguster les 6 différents parfums disponibles : Infiniment Chocolat, Infiniment Citron, Infiniment Pistache, Infiniment Mangue, Infiniment Vanille, et Ispahan. INFINITELY DELICIOUS

_At your disposal since the beginning of August, La Mamounia now disposes of an ice truck! Go to the Menzeh bar to taste the 6 different scents available: Infinitely Chocolate, Infinitely Lemon, Infinitely Mango, Infinitely Pistachio, Infinitely Vanilla, and Ispahan.


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HERE & NOW AT LA MAMOUNIA

© Benoit Linero

Révélation : comme un esprit Jouin Manku dans l’air…

Après les rénovations successives qui ont marqué son histoire -1986 : André Paccard, 1994 : Alberto Pinto, 2oo9 : Jacques Garcia-, c’est au tandem singulier, multiculturel, et ambitieux de l’architecture et du design : Patrick Jouin et Sanjit Manku, que le palace confie la réinterprétation des ses espaces culinaires afin de mieux les inscrire dans leur temps. Sanjit Manku parle de “rééquilibrer les énergies dans le lieu, humaines et gastronomiques, afin qu’elles grandissent et que les choses soient à leur bon emplacement, pour un meilleur équilibre entre les zones introverties et extraverties, les zones de tension et de calme.” Patrick Jouin poursuit, parfaitement conscient de la délicatesse de la mission : “Il s’agira d’écrire un chapitre qui ajoute une épaisseur à l’histoire. Ici on vient rechercher quelque chose hors du temps. Avec le jardin et le magnifique travail des artisans d’art marocains, on est dans quelque chose hors du temps, et en même temps, il y a l’énergie de tous les jours, de la vie, qui entre de manière très forte… et La Mamounia reste La Mamounia !”. Armés de raffinement et de sensibilité, ils s’attèleront à rééquilibrer les espaces et apporteront une touche contemporaine qui ancre mieux le lieu dans son époque, tout en veillant à garder intact le charme de la grande maison. Comme le dit Manku : “La question est : que peut-on ajouter au chapitre sans que le charme ne se perde ?”. Pour le savoir, encore un peu de patience ! REVELATION: LIKE A JOUIN MANKU SPIRIT IN THE AIR…

_After the successive renovations that marked its history -1986: André Paccard, 1994: Alberto Pinto, 2009: Jacques Garcia-, it’s a singular tandem, multicultural, and ambitious architecture and design: Patrick Jouin and Sanjit Manku , that the palace entrusts the reinterpretation of its culinary spaces to better register them in their time. Sanjit Manku talks about “rebalancing the energies in the place, human and gastronomic, so that they grow and things are in their proper location, for a better balance between introverted and extroverted areas, areas of tension and calm.” Patrick Jouin continues, fully aware of the delicacy of the mission: “It will be a question of adding a chapter that adds a depth to the story. Here we come looking for something out of time. With the garden and the magnificent work of the craftsmen Moroccan art, we are in something out of time, and at the same time, there is the energy of every day, of life, which enters in a very strong way … and La Mamounia remains La Mamounia!” Armed with refinement and sensitivity, they will strive to rebalance the spaces and bring a contemporary touch that anchors the place better in its time, while ensuring to keep intact the charm of the big house. As Manku says, “Is that what you can add to the chapter but without losing the charm?” To find out, still a little patience!

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HERE & NOW AT LA MAMOUNIA

QUE LA FÊTE COMMENCE, ET QU’ELLE CONTINUE ! LET THE PARTY BEGIN… AND CONTINUE! La Mamounia nous invite à célébrer le nouvel an ! L’hôtel a préparé avec un soin tout un programme pour célébrer dans ce lieu mythique les fêtes de fins d’années comme nulle part ailleurs à Marrakech. _La Mamounia invites us to celebrate the New Year! The hotel has carefully prepared a program to celebrate in this mythical place the holidays season like nowhere else in Marrakesh.

2 NOVEMBRE 2019

31 DÉCEMBRE 2019

“The Launch Party”

“The Party”

C’est au rythme des reprises entraînantes du groupe Phly Boyz que La Mamounia vous convie sur la piste de danse pour un avant-goût des festivités de l’année au sein de la Galerie Majorelle. Les artistes seront suivis par la délicieuse chanteuse Diese, ainsi que par Switch et DJ Live. Plus tard dans la soirée à la Galerie et au bar Churchill, le spectacle continu avec l’incontournable DJ LeAm, résident de l’hôtel en période de fêtes. 29 DÉCEMBRE 2019

_La Mamounia invites you on the dance floor for a taste of the year’s festivities at the Majorelle Gallery, on the rhythm of the stimulating covers by the group Phly Boyz. The artists will be followed by the delicious singer Diese, as well as Switch and DJ Live. Later in the evening, still at the Gallery and at the Churchill bar, the show continues with the unmissable DJ LeAm, the hotel’s holiday resident. 28 DÉCEMBRE 2019

“The First Party” Rendez-vous à la Galerie Majorelle pour une nouvelle performance de Phly Boyz, avant que l’envoûtante chanteuse libanaise Carine Quartet arrive sur scène. Par la suite, The Legends & Luisa suivis de DJ LeAm accompagné de Holly, percussionniste toutdroit venue de Grande Bretagne, clôturent la soirée. Au restaurant Français, c’est de l’Amine Blal pur qu’on sert en plat principal suivi de Phly Boyz au dessert ! _Rendez-vous at the Majorelle Gallery for a new performance by Phly Boyz, before the enchanting Lebanese singer Carine Quartet arrives on stage. The evening ends with The Legends & Luisa, followed by DJ LeAm and Holly, percussionist straight from Great Britain. At the French restaurant, Amine Blal is served as a main course followed by Phly Boyz for dessert!

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“The Starter Party” Après les Phyl Boyz, se succèdent en live Diese, Apex Horns, Carine, Holly, Rachel, sept artistes DJettes au total. Et DJ LeAm & Holly prennent le relais. Au Français, on reste fidèle aux groupes Amine Blal & Friend et Phly Boyz. _After the Phyl Boyz, Diese, Apex Horns, Carine, Holly, Rachel, seven DJs female artists in total succeeding each other live. And DJ LeAm & Holly will take over. At the French, we remain faithful to Amine Blal & Friend and Phly Boyz groups. 30 DÉCEMBRE 2019

“The Before Party” Les quatre Phly Boyz ouvrent le bal suivi de la performance de Switch avec DJ Live, ainsi que Carine. Le duo DJ LeAm & Holly, la percussionniste, continueront d’enflammer la piste de danse jusque tard dans la nuit. Au restaurant Français, Amine Blal & Friend nous régalent encore, suivis des Phly Boyz. _The four Phly Boyz open the ball followed by the performance of Switch with DJ Live, as well as Carine. The duo DJ LeAm & Holly, the percussionist, will continue to inflame the dance floor until late at night. At the French restaurant, Amine Blal & Friend delight us again, followed by Phly Boyz.

Amine et les quatre Phly Boyz annoncent les festivités au restaurant Français. C’est dans la Galerie Majorelle que The Legends & Luisa, puis Carine Quartet nous invitent à entamer la dernière danse de l’année en beauté. S’enchaînent ensuite les Phly Boyz, le groupe Headline et The Legends & Luisa à nouveau. C’est sur les musiques interprétées en live par les douze artistes de la troupe La Mamounia All Stars que sonnent les douze coups de minuit. DJ LeAm, avec Holly et Michel, nous accueillent par la suite dans la Galerie Mamounia pour un premier souvenir mémorable de cette nouvelle année. _Amine and the four Phly Boyz announce the festivities at the French restaurant. It is in the Majorelle Gallery that The Legends & Luisa, then Carine Quartet invite us to begin the last dance of the year in beauty. Then comes in the Phly Boyz, the band Headline, followed by The Legends & Luisa again. It is on the songs performed live by the twelve artists of the troupe La Mamounia All Stars that the clock strikes twelve. DJ LeAm, with Holly and Michel, will then welcome us to the Mamounia Gallery for a memorable first moment of this new year. 1ER JANVIER 2019

“The First Brunch” C’est finalement l’heure du premier brunch de l’année, tout spécialement organisé par La Mamounia au Pavillon de la Piscine. Le tout est accompagné d’une performance de The Legends & Luisa, sans oublier les intemporels Phly Boyz. _It is finally the time of the first brunch of the year specially organized by La Mamounia, at the Pavillon de la Piscine. The meal is accompanied by a performance of The Legends & Luisa, not to mention the timeless Phly Boyz.


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BEAUTIFUL PEOPLE AT LA MAMOUNIA

De la gauche vers la droite et de haut en bas, from left to right and top to bottom.

Adrian Brody · Martin Scorcese, Pierre Jochem · Amitabh Bachchan Dakota Johson, Pierre Jochem · Elizabeth Hurley · Claire Danes, Pierre Jochem Gemma Aterton · Gwyneth Paltrow · Fanny Ardant · Joan Collins Pierre Jochem, Keanu Reeves · Lambert Wilson · Bill & Hillary Clinton, Pierre Jochem Malaika Arora Khan & Christian Louboutin · Pierre Jochem, Laurence Fishburn Miranda Keer · Jennifer Aniston · Pierre Jochem, Monica Bellucci Poppy & Cara Delevigne · Prince Albert II, Pierre Jochem · Robert de Niro, Pierre Jochem Valeria Bruni-Tedeschi, Valeria Golino, Karine Silla, Elsa Zylberstein Pierre Jochem, Valeria Golino · Pierre Jochem, Vincent Lafitte

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MASTERS - ISSUE #9 PART I

MAINTENANT

NOW

[AL-AAN]

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Midi à Paris Rencontre avec Fadila El Gadi Nous avons rencontré Fadila El Gadi chez Loulou à Paris, le fameux restaurant du Musée des Arts Décoratifs, lieu qu’elle affectionne tant pour ses expositions que pour ses jardins. Elle porte un pantalon avec une chemise en coton, et un trench en cachemire, Fadila El Gadi bien sûr. On ne présente plus la styliste marocaine, connue et reconnue pour l’élégance de ses coupes, l’exigence de ses matières, et plus encore, pour ses broderies artisanales faites main, devenues sa marque de fabrique. Femme de style et d’engagement, Fadila a fondé l’École de Broderie de Salé en 2o16 pour perpétuer et transmettre ce savoir-faire précieux, menacé par l’industrialisation et la ‘fast fashion’, à de jeunes gens issus de milieux défavorisés.

interview photographie

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Mouna Anajjar Chris Romain


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M���� A������

Comment te sens-tu aujourd’hui ? Fadila El Gadi

Je me sens bien ! Je viens de placer deux jeunes lauréates de l’école en stage chez la célèbre Maison Montex. �. �.

Bravo ! De Salé à Chanel, en voilà des chanceuses… f. e. g.

[Rires] Dans les célèbres ateliers Montex, elles auront l’occasion de découvrir l’univers des broderies et soieries d’art de la maison Chanel, mais elles visiteront aussi l’école Duperré. Cela leur permettra de voir une autre école où la broderie est enseignée, un autre système, et d’échanger avec les élèves de cette dernière. �. �.

Comment t’est venue cette idée de l’école ? À quel moment précisément et pourquoi ? f. e. g.

L’idée de l'école, c’est un rêve très ancien. Celui de perpétuer et de transmettre aux jeunes l’art de la broderie traditionnelle, en protégeant à la fois cette tradition et culture pour lui permettre de vivre et d’accompagner l’évolution de notre modernité. �. �.

Comment t’y es-tu prise pour mettre en place ce projet ? Raconte-moi ses débuts. f. e. g.

Au début, j’avoue que j'ai fait ça toute seule, enfin en solitaire. Donc j’ai pris cette maison que j’ai restaurée et j’ai commencé à travailler avec mes propres moyens. J’ai mis toutes mes économies. Il est important de signaler que l’école est entièrement gratuite pour les élèves. La première année, à l’ouverture du centre, il y avait une grande dynamique de bénévolat. À peu près cinq professeurs bénévoles. Après, il y a eu quelques dons financiers et en nature. Bien sûr, j’ai sollicité en premier les amis, puis les mécènes, et surtout les amis artistes qui ont vraiment été d’un grand soutien pour l’école. Ils me font don de leurs œuvres, et par la suite j’organise une à deux ventes par an, une aux enchères ou une vente directe. C’est grâce à cet argent que l’école survit. Aujourd’hui, tout les monde est rémunéré, la femme de ménage, jardiner, chauffeur, directrice du centre, la surveillante, les profs, sauf ma fille Narjisse qui donne un coup de main bénévolement.

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�. �.

Comment l’apprentissage se déroule t-il ? f. e. g.

Les cours sont dispensés à temps plein, de septembre à juin, parfois même jusqu’à fin juillet, lorsque l’on a des intervenants internationaux, des experts en broderie. C’était le cas l’année dernière, un expert venu de Madrid pour donner une formation. Les élèves sont pris en charge lors des journées d’études sur tous les plans, restauration, hygiène, transport aussi. �. �.

Quelles disciplines enseignez-vous ?

leur mère, qui n’avaient pas d’était civil. J’ai bataillé pour leur obtenir un état civil, et les mettre dans un foyer. Aujourd’hui, avec des efforts considérables de toute l’équipe, des professeurs aux équipes administratives, elles sont des jeunes filles magnifiques, qui travaillent très très bien. Il y en a même une qui a été choisie pour faire ce stage chez Montex Chanel. Malheureusement on n’a pas pu l’envoyer parce qu’elle a 14 ans et n’a pas de passeport. Comme elle est mineure et qu’elle n’a pas de tuteur, il faut attendre ses 18 ans malheureusement. C’est un peu frustrant pour elle et pour nous, donc voilà, c’est parmi les difficultés aussi de l’école. �. �.

f. e. g.

La matinée en général est consacrée aux broderies, toutes sortes de broderies : le perlage, les Randa, la broderie de Fès, de Rabat, la broderie au crochet. La première année par exemple, les enfants ont effectué 216 heures de français, 202 heures de cours de Maths, 270 heures de broderie d’art, 189 de perlage, 108 heures de couture traditionnelle, 108 de broderie de Fès et 108 de Randa… Des activités et du développement personnel aussi (108 heures), sans oublier les 94 heures de cours de chant, et les 108 de dessin. �. �.

Combien d’enfants au total, et de classes ? f. e. g.

On a deux classes, chacune de douze élèves. �. �.

Ont-ils des matières préférées ? Avez-vous l’impression qu’ils aiment étudier la broderie ?

Qu’en pensent les parents ? Suivent-ils le parcours de leurs enfants ? f. e. g.

Les parents sont ravis, parce que leurs enfants sont vraiment pris en charge du matin jusqu’à la fin de l’après-midi. On s’occupe de tout, de leur hygiène, on les envoie chez le médecin, le dentiste. Ils sont soulagés parce que la plupart, disons même tous, sont dans des situations précaires. Il y en a qui ne travaillent pas, beaucoup d’enfants n’ont pas de père ou sont de père inconnu. �. �.

Que sont devenus ceux qui ont terminé le cursus ? f. e. g.

Certains sont partis travailler dans des ateliers. Deux vont monter leur propre atelier. Et deux autres partent en stage, une à Madrid et l’autre en Suisse. On est également en pourparlers avec une autre association pour qu’elle puisse nous aider dans le sens de leur réinsertion dans le monde du travail.

f. e. g.

Alors est-ce qu’ils aiment la broderie ou pas ? Bon, il y en a qui arrivent avec l’envie de faire la broderie. D’autres -ce que j'ai découvert plus tard-, m’ont avoué qu’ils n’aimaient pas ça du tout, qu’ils n’avaient pas envie mais que leurs parents les avaient poussés à venir à notre école. Ils ont appris à apprécier la broderie depuis, parce qu’on a su la leur faire aimer, l’école a su leur faire aimer cette matière, à leur apprendre à créer, à choisir les couleurs… �. �.

Y a-t-il des histoires individuelles de talents éclos grâce à cet apprentissage que tu aimerais partager avec nous ?

�. �.

Comment voyez-vous l’école dans 5 ans, 10 ans ? f. e. g.

J’espère que dans les années qui viennent, l’école continuera à former des jeunes filles et des jeunes garçons, et qu’on participera à l’insertion professionnelle de ces gamins dans les domaines de la broderie et de la couture. J’espère aussi qu’elle continuera à contribuer à la sauvegarde de la transmission et la promotion du savoir-faire des arts de la broderie traditionnelle. �. �.

Et si c’était à refaire ? f. e. g.

La plus belle histoire, je ne sais pas si on peut la raconter, mais bon…, c’est celle de ces deux petites filles qu’on a sauvées de la rue, qui mendiaient avec

f. e. g.

Oui, je n’hésiterai pas une seconde.

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Midday in Paris, a conversation with Fadila El Gadi We meet Fadila El Gadi at Loulou’s, the Paris Museum of Decorative Arts’ famous restaurant. Fadila admires the museum as much for its exhibits as for its gardens. Fadila is wearing a pair of pants and a cotton shirt under her cashmere trench coat (a Fadila El Gadi creation, of course). The Moroccan stylist no longer needs introducing: she is known and renowned for the elegance of her designs, the rigorous selection of her materials, and most of all for her handmade, traditional embroidery, which has come to symbolize her brand. A woman of fashion and values, Fadila founded the Salé Embroidery School in 2016 to teach and pass down this precious craft, currently endangered by industrialisation and fast fashion, to youths from disadvantaged backgrounds.

MOUNA ANAJJAR

How do you feel today? FADILA EL GADI

I feel good! I just got two graduates from the embroidery school an internship at the famous Maison Montex.

traditional embroidery to young people, all the while protecting this culture and these traditions, to make sure they live on and become a part of our modernity.

the gardener, the driver, the centre’s director and the custodian, the teachers — except for my daughter Narjisse, who helps out on a voluntary basis.

M. A.

M. A.

How did you go about realizing this dream? Tell us about the early days.

Tell us about the training, how does it go? F. E. G.

F. E. G.

M. A.

Congratulations! From Salé to Chanel, not bad…

I have to admit, at the beginning, I was working alone — solo style. I bought this house, restored it, and I started working on my own funding. I sank all my savings into it. It’s important to note that the school is entirely free of charge for the students. In the first year, when the school opened, there was a great spirit of volunteering — five of the teachers were volunteers. Then we got a few financial and material donations. I solicited my friends first, of course, and then sponsors, but above all artists I knew, who have really been a huge support for the school. They donate some of their work,

Classes are taught full time from September to June — sometimes even until

the end of July, when we welcome international experts in embroidery at the school. That's what happened last year: an expert came from Madrid to give a masterclass. Our students are entirely taken care of during school time: board, healthcare, and transportation.

F. E. G.

[Laughter] In the renowned Montex workshop, they will be able to explore the universe of Chanel’s art embroidery and silkworks; but they will also visit the Duperré School. That will allow them to see another school that teaches embroidery, another system — and they’ll be able to speak with students from the school.

M. A.

What classes do you teach at the school?

M. A.

F. E. G.

How did you get the idea for the school? When precisely and why?

As a general rule, mornings are dedicated to embroidery of all kinds: pearl work, Randa, embroidery in the style of Fès and Rabat, crochet embroidery. During the first year, for example, the students took 216 hours of French classes,

F. E. G.

The idea for the school is a very old dream — to perpetuate and pass down

26

and I organize one or two sales a year, one direct sale and one auction. The school survives on these donations. Nowadays, everyone is on payroll: the cleaning lady,


202 hours of math classes, 270 hours of art embroidery, 189 hours of pearl work, 108 hours of traditional stitching, 108 hours of Fès embroidery, and 108 hours of Randa… along with extracurricular and personal development activities (108 hours), 94 hours of singing lessons, and 108 hours of drawing lessons. M. A

How many attend the school in total, and how many classes do you have?

ther, who was undocumented. I fought to obtain documents for them and to place them in a foster home. Today, thanks to considerable efforts from the entire team, from teachers and administrators, they have become magnificent young women who do very well in school. One of them was actually selected for that internship at the Montex Chanel workshop. Unfortunately, she was unable to go because she is 14 and does not have a passport.

don’t work and a lot of the kids don’t have fathers or do not know their father. M. A.

What do your graduates do now? F. E. G.

Some found positions in workshops. Two of them are creating their own workshop. Two others are doing internships, one in Madrid and the other in Switzerland. We’re also hoping to partner with an association to help our students reintegrate the job market. M. A.

What is your vision for the school in the next 5 years? 10 years?

F. E. G.

We have two groups of 12 students each. M. A.

Do they have favourite subjects? Do you get the impression that they like learning embroidery?

Since she is a minor and doesn’t have a tutor, we will have to wait until she is 18, unfortunately. It’s a little frustrating for her and for us, but there you go, that’s one of the difficulties we have to deal with at the school. F. E. G.

In the coming years, I hope, the school will continue to train young women and young men, and we will continue to help them integrate the job market, particularly in the fields of embroidery and stitching. I also hope the school will help contribute to the survival, transmission, and promotion of know-how related to the arts of traditional stitching.

F. E. G.

Do they like embroidery? Well, some of them want to learn embroidery when they arrive. Others — I discovered this later on — admitted that they didn’t like it at all, that they didn’t want to learn it but that their parents had pushed them to attend our school. They have learned to like embroidery since, because we were good at making it appealing to them. The school was able to make them enjoy the craft: learning to create, choosing the colours…

M. A.

And if you had to do it again? M. A.

What do parents think? Do they keep an eye on their children’s training?

F. E. G.

I wouldn’t hesitate for a second.

M. A.

Were there cases when you revealed individual talents thanks to the training at your school? F. E. G.

The most beautiful story — well, I don’t know if it’s one I can tell, but… it’s the story of two little girls we rescued from the street. They were begging with their mo-

interview photography

F. E. G.

The parents are delighted, because their children are taken care of from morning to late afternoon. We take care of everything, including healthcare: we send them on doctor’s visits, they go to the dentist’s office. Parents are relieved because most of them, if not all, are in precarious situations. Some of them

Mouna Anajjar Salé Embroidery School 27


Minuit à Marrakech Rencontre avec Randall Bachner De la petite échoppe en Médina ouverte en 2o13 sous la Terrasse des Épices, on distinguait déjà la trame d’une signature singulière. Randall Bachner, photographe de mode new-yorkais, alors 42 ans et fraîchement débarqué à Marrakech, se rendait chez les tisserands dans les fondouks de la Médina, pour faire faire ses propres textiles. Ils les transformaient en pantalons, chemises, combinaisons, salopettes… Des vêtements confortables en coton, urbains et authentiques, sur lesquels il apposait sa griffe, Marrakshi Life. De fil en aiguille, l’aventure marrakchie emménage dans un local XXL, met en marche une vingtaine de métiers à tisser et de machines à coudre. Randall salarie les tisserands et s’engage à une fabrication responsable, une production durable. Il parle de son atelier comme il parlerait d’une famille. Il n y a qu’à se rendre sur place pour s’en rendre compte. L’aventure ML réunit aujourd’hui 6o personnes. En juin dernier, leurs silhouettes ont défilé sur les podiums de la Barcelona o8o Fashion Week, 4o looks Printemps-Été 2o2o, sous un air “United Colors”, aussitôt relayés en ligne par le Vogue français. Rencontre vivifiante avec un créateur fou, un entrepreneur à l’esprit fluide et communautaire.

interview photographie

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Mouna Anajjar Courtesy of o8o Barcelona


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M���� A������

Comment te sens-tu ?

Je me sens bien en ce moment et très heureux de voir les choses bien se dérouler pour Marrakshi Life.

Randall Bachner

Puisque tu es une sorte d’ambassadeur Marrakchi, as-tu amélioré ton darija (dialecte marocain) depuis que tu vis ici ? Dis-moi quelques mots.

construire autour d’eux. Ils sont précieux. Cette collection a donc commencé avec les palmiers en termes de couleurs […]. Sur le podium, nous avons créé une grande image, une silhouette d’un palmier, sous laquelle les mannequins défiaient ; et c’était pour moi ce qui se liait ici à là-bas.

�. �.

Bechwiya bechwiya (doucement, doucement), ana (moi), chta (pluie), hamaq (folie) [rires]. La! La! La! La! (Non ! Non ! Non ! Non !), Ana Randall (Je suis Randall).

r. b.

Ana Mouna, metcherfine! (Je suis Mouna, ravie de te rencontrer !)

�. �.

J’ai l’impression de comprendre à certains égards. J’ai un peu de difficulté à apprendre, à cet âge [rires]. J’aime garder l’idée que j’aide les Marocains à apprendre l’anglais, même si je sais que c’est probablement impoli d’une certaine manière, d’être pendant tout ce temps ici, et de ne pas vraiment avoir appris la langue. Mais il y a tellement de choses que j’ai besoin d’apprendre que je n’ai pas l’impression d’en avoir l’énergie […]. Je pense que je suis adapté culturellement mais pas linguistiquement.

r. b.

�. �. Marrakshi Life fait un nouveau grand pas. Vous avez récemment organisé un défilé à Barcelone. Peux-tu nous en dire plus sur cette expérience ?

Dès qu’on met quelque chose sur un podium, je me rends compte que ça l’élève. Ça sort de la médina, ça fait partie du langage de la mode que l’on connait […]. Je réfléchissais à comment faire quelque chose qui représente simplement qui nous sommes. Pour le garder pur. Les choses se sont vraiment mieux déroulées que je ne l’aurais imaginé, je suis donc très heureux des résultats. Je pense que c’est beau. D’une certaine manière, il était assez facile de faire le défilé. Je n'ai pas trouvé ça difficile et je n'ai pas eu de difficulté avec. […] C’est arrivé organiquement, comme tout ce que nous avons fait jusqu’à présent.

r. b.

�. �.

Quelle est l’intention qui a précédé le défilé ?

r. b. Cela a commencé avec une idée très simple, […] un palmier, puisque c’est Marrakech. Je n’ai jamais vécu dans un endroit avec des palmiers et je pense que les plus belles espèces sont ici. Je suis allé dans beaucoup d’endroits avec des palmiers -Californie, Floride, Mexique-, les meilleurs palmiers que je n’ai jamais vus sont à Marrakech. Ils les préservent également, si tu les coupes, on te condamne à une amende. Si tu construis une maison, tu dois

30

�. �.

Pourquoi as-tu choisi Barcelone?

r. b. C’était l’idée d’Alex Estilles, patron d’XXL Communication, une agence de presse et de relations publiques à Barcelone. Il est venu à Marrakech avec Rossy de Palma un week-end. Je connais Alex depuis des années, mais c’était la première fois qu’il venait me rendre visite à Marrakech pour voir ce que nous faisions. Il a amené Rossy à l’atelier et elle est tombée amoureuse des vêtements. À ce moment-là, Alex dit avoir une idée. Puisqu’il s’occupe des relations publiques du gouvernement catalan, ils nous ont aidé à organiser le défilé. C’était génial. C’est un gars vraiment intéressant. Il est très connecté dans le monde de la mode […]. Catalan, caractère trempé, excentrique, il aime porter les couleurs de Marrakshi. �. �. Les pièces de Marrakshi Life sont produites au Maroc avec une équipe marocaine. Mais à part cela, les vêtements que vous créez, leurs formes et leurs coupes, ne paraissent pas vraiment marocains. Ils ont ce minimalisme qui leur donne une sorte de style “universel”. r. b. C’est exactement ce que je dis. Quand on les regarde, à part le fait qu’ils soient fabriqués au Maroc, ça ne fait pas vraiment marocain. C’est très international, ça pourrait être Paris.

Vous travaillez avec les tisserands et fabriquez vos propres tissus. Tout se fait très spontanément. D’où est venue cette idée au départ ?

�. �.

r. b. Cela est venu lorsque je suis arrivé au Maroc. Me promener dans la médina, voir les tisserands. Ils ont les compétences, alors pourquoi ne pas essayer de faire quelque chose. J’ai rencontré Mohamed au marché aux épices parce qu’il me parlait en anglais, il parlait bien l’anglais. Il avait appris en écoutant de la musique et en regardant des films. Il travaillait dans ce magasin d’épices. Il a été patient et a facilité toutes les connexions […]. Nous avons trouvé une coopérative de tissage ; il communiquait avec eux, alors tout passait vraiment par sa communication. �. �. L’histoire de ML a commencé en 2013, dans une petite échope sous la Terrasse des Épices. Peux-tu me dire ce qui s'est passé depuis cette période médina ? r. b. On est restés dans la petite boutique pendant environ deux ans. Ensuite on a déménagé au Guéliz.


Et puis on a rencontré Ariane Goldman, la fondatrice de Hatch, une marque à New York qui fabrique des vêtements pour femmes enceintes. On était dans ce petit magasin de la médina et elle devenait folle. Elle aimait ce qu’on faisait, elle voulait nous aider. Elle nous a appris comment on pourrait vendre en gros. Puis tout à coup, voilà qu’on recevait une commande de mille deux cents pièces. On ne savait pas comment on allait faire pour livrer [...]. Mais il faut bien apprendre en pratiquant ! Et on a réussi le pari. �. �. Maintenant, Marrakshi Life est installée à Sidi Ghanem. Combien de personnes compte votre équipe ? r. b. C’est peu, parce que l’espace est grand. Mais quand on s’assied et compte, je pense qu’on a 16 machines à coudre et 20 métiers à tisser. Donc, c’est une équipe de 56 personnes, et 60 si on ajoute les gestionnaires, les assistants et les financiers. On travaille jour, nuit et week-end. Et ils assurent ! C’est une entité entièrement marocaine comme tu peux le constater.

que me procurait cette notion de “United Colors” (“Couleurs unies”) de Benetton. J’ai l’impression que Marrakshi représente un peu de cela, à ce moment où nous n’avons plus quelque chose de la sorte. J’ai aimé Benetton : c’était coloré, multiculturel. Ils avaient les magazines avec eux. C’était politique, ça faisait réfléchir. C’était bon. Il y a ce jeune mannequin qui semble accompagner Marrakshi Life depuis le début, un peu comme une muse. Qui est-il ?

�. �.

r. b. Il a d’abord commencé comme inspecteur qualité des vêtements. Mais la moitié du temps, il n’était pas très attentif [rires]. Il était juste là, joli. Je l’ai traité de façon particulière parce qu’il était… Monty était comme notre mascotte. Il m’a aidé à manifester la vision de ce que je voulais faire. Je lui mettais les vêtements et ils me paraissaient superbes. Et cela a été utile, car quand tu n’as personne pour faire ça, tu es un peu perdu. �. �. Peux-t-on dire que la marque adopte une politique durable ?

�. �. Tu as fait le voyage à Barcelone pour le défilé avec

une partie de ton équipe ML. Comment était-ce ? r. b. C’était vraiment spécial. Je pense que l’équipe a véritablement apprécié. C’était la première fois qu’on voyageait tous ensemble. La première fois qu’ils obtenaient des visas pour partir. Alex a réussi à réaliser cet objectif grâce à ses relations avec l’ambassade. C’était un moment fabuleux pour nous tous. Et j’espère qu’on aura d’autres moments comme celui-là. C’est tellement difficile pour certains Marocains de voyager ! Je souhaite que par le biais de cette structure -ML-, on leur octroie un visa, afin que je ne sois pas le seul à devoir voyager partout pour être le porte-parole de la marque et pour la représenter à l’extérieur. Mais je pense aussi que c’est ma capacité à pouvoir le faire qui nous apporte cette dimension internationale.

Je pense qu’en grande partie nous le sommes. L’une de nos plus grandes ambitions est de conserver tous nos déchets et de les réutiliser pour confectionner des objets pour la maison ou des vêtements pour enfants… Alors, nous ne jetons rien. […] Je voudrais aussi mettre en place un programme éducatif pour donner à l’équipe certaines références artistiques et culturelles. Des références de films, de musique. Pour moi, ce sont des choses importantes. Je voudrais donc leur donner un contexte, une histoire de l’art, des conférences. Imaginez s’ils avaient des choses avec lesquelles ils pourraient créer des liens et être inspirés. Moi, c’est ce qui m’a toujours inspiré. Les gens décident de ce qu’ils aiment ou n’aiment pas, mais si personne ne les aide à aiguiser leurs choix, ils ne savent pas. C’est quelque chose que j’aimerais faire.

r. b.

Comment verrais-tu Marrakshi Life dans les cinq années à venir ?

�. �. �. �.

Qu’en est-il de tes compétences en tissage ?

r. b. Je n’ai jamais été derrière un métier à tisser et jamais derrière une machine à coudre (il rit). Je n’ai jamais coupé un patron. C’est fou. Mais on sait quand quelqu’un fait bien son travail.

Il y a eu un changement notable sur votre communication Instagram. Tous ces nouveaux visages, différents, colorés, inattendus, montrent une approche plus diverse et authentique de la beauté. Quelle a été l’idée derrière ?

�. �.

Des boutiques. Je veux des boutiques à New York. Et un défilé à Paris. Le prochain défilé sera Paris à coup sûr. Car Paris, c’est la mode. Mais New York est un lieu idéal pour une boutique, car il y a des consommateurs qui achètent, achètent, achètent… ou l’Australie ! Mais je ne suis jamais allé en Australie, donc je ne saurais dire pourquoi [rires]. Mais New York, oui, absolument !

r. b.

r. b. C’était l’équipe de casting du défilé, qui était vraiment incroyable. J’ai toujours aimé le sentiment

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Midnight in Marrakech, a conversation with Randall Bachner From the selection of the small store in the Medina that opened in 2013 under the Terrace des Épices, one could already spot the signs of a singular designer. Randall Bachner, New York fashion photographer, 42 years old at the time and freshly arrived in Marrakech, went to visit weavers in the fondouks, to make his own textiles. He then transformed them into trousers, shirts, and overalls… Comfortable cotton clothing, urban and authentic, on which he affixed his signature, Marrakshi Life. One thing led to another, and the Marrakchie adventure moved into an XXL showroom-atelier. Randall moved the weavers in-house, set up twenty or so looms and sewing machines, and committed to responsible manufacturing and sustainable production. He talks about his workshop the way he might talk about his family. Anyone can confirm this by visiting the workshop. Today, the ML adventure brings 60 people together. Last June, they walked the runways of the Barcelona 080 Fashion Week “40 looks Spring-Summer 2020”, in a “United Colors” style. The event was immediately relayed online by French Vogue. This is the account of my invigorating encounter with a crazy designer, an entrepreneur with a fluid mind and a community-oriented spirit.

MOUNA ANAJJAR

How do you feel?

RANDALL BACHNER I feel great at this moment and very happy where things are headed with Marrakshi Life. M. A. Since you are a Marrakshi ambassador, have you improved your darija (Moroccan Arabic) since you first got here? Tell me a few words.

Bechwiya bechwiya (step by step), ana (me), chta (rain), hamaq (craziness) [laughs]. La! La! La! La! (No! No! No! No!), Ana Randall (I’m Randall).

R. B.

M. A. Ana Mouna, metcherfine! (I’m Mouna, nice to meet you!)

I feel like in some ways I understand. I have a little limitation of my capacity to learn, at this age (laughs). I like to stick to the idea that I’m actually helping Moroccans with their English, even though I know it’s actually rude in a way probably, all this time, to not really learn. But there’s so much I need to learn that I don’t feel like I have the energy […]. I think I’m adapted culturally but not linguistically. R. B.

M. A. Marrakshi Life is taking another big step forward. You’ve recently organized a runway in Barcelona; tell us more about that experience.

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R. B. As soon as you put anything on the runway, I realize it elevates it. It takes it out of the medina, it becomes part of the fashion language you know […]. I was thinking about how to do something that just represents who we are. To keep it clean. It really came together better than I would have imagined, so I’m really happy with the results. I think it’s beautiful. In some ways, it was pretty easy to do the show. I didn’t find it hard and I wasn’t struggling with it. […] It just happened very organically like everything else we’ve done. M. A. What was the intention behind this show? R. B. It started with a very simple idea, […] a palm tree, because of Marrakesh. I’ve never lived in a place with palm trees, and I think they are the most beautiful species here. I’ve been in many places with palm trees -California, Florida, Mexico-, the best palm trees I’ve ever seen are in Marrakesh. They also preserve them, if you cut them down you get fined. If you build a house, you have to build around them. They’re precious. This collection started with the palm trees in terms of colors […]. On the runway, we did a big palm silhouette image, that they walked under and that was for me the thing that linked here to there.

M. A.

Why did you choose Barcelona?

R. B. It came from Alex Estilles, who has a press and PR agency in Barcelona, XXL Communication. He came to Marrakesh with Rossy de Palma one weekend. I know Alex for years, but it was his first time to visit me in Marrakesh, to see what we were doing. He brought Rossy and she felt in love with the clothes. At that moment he was like “I have this idea”. Because he does the PR for the Catalan government, they actually helped us organizing the show. So that was brilliant. He is a really interesting guy. He is very connected in fashion […]. Catalan, very character, eccentric dresser, he loves to wear the colors from Marrakshi. M. A. Marrakshi Life pieces are produced in Morocco, with a Moroccan team. But apart from that, the garments you create, their shapes and cuts, don’t actually really look Moroccan. They have this minimalism that give them a sort of “universal” look.

That is exactly what I say. When you look at it, aside from the fact that it is made in Morocco, it doesn’t really feel Moroccan. It’s very international, it could be Paris.

R. B.

You work with the weavers and do your own fabrics. Everything is done very spontaneously. Where did this idea come from at first?

M. A.


It came from coming to Morocco. Walking around the medina, seeing the weavers. They have the skills, so why don’t we try to do something. I met Mohamed at the Spice market because he spoke English with me, and he spoke English well. He had learned himself from listening to music and movies. He was working in this spice shop there. He’s been patient and facilitated all the connections […]. We found the weaving cooperative; he was communicating with them, so really everything came through his communication.

R. B.

like that. It’s so hard for Moroccans to travel and I don’t know why this is happening. I wish that through the company they will grant them with a visa, so I don’t have to be the one always travelling everywhere to be the spokesperson for the brand and to actually link it to the outside. But at the same time, I think that is what’s bringing us this international intention, my ability to do that.

M. A. The Marrakshi Life story has started in 2013, in a small shop under the Terrasse des Épices. Can you tell me what happened since this Medina experience?

Do you feel like your brand follows a sustainable approach?

We were in the small shop for maybe two years. Then we went to Guéliz. And then we met Ariane Goldman. She has a company in New York called Hatch, which makes clothes for pregnant women. We had this shop in the medina and she was going crazy. She loved what we were doing and she wanted to do something for us. She made us realize how we could wholesale. All of the sudden, we had a twelve-hundred-piece order, we had no clue of how to do it. [...] But you have to learn by doing, and we made it through. M. A.

What about your weaving skills?

I’ve never been behind a loom and never been behind a sewing machine (he laughs). I’ve never cut a pattern. It’s crazy. But you know when someone is doing their job well and good.

R. B.

It feels like not that many because the space is big. But when you sit down and count, I think we have 16 machines for sewing. And we have 20 looms. So, that will be 56 people and 60 if you add the managers, assistants and financials. We’re working day, night, and weekends. And they’re running it. That is a Moroccan entity you know.

R. B.

M. A. You brought your team with you in Barcelona for the show. How was that?

R. B. He off started by doing our inspecting for the garments. But half of the time he was not very paying attention (laughs). He was just there looking pretty. I treated him special because he was… Monty was like our mascot. He helped me see the vision of what I wanted to do. I put clothes on him, and they looked great to me. And that was helpful, because if you don’t have someone to do that then you get all lost.

M. A.

R. B.

M. A. Now Marrakshi Life is settled in Sidi Ghanem. How big is your team?

You have this male model that seems to have been here since the beginning, like your muse. Who is he?

M. A.

There has been a noticeable change in your Instagram communication. All these new faces, different, colorful, unexpected, show a more diverse and authentic approach to beauty. What was the idea behind? M. A.

R. B. I think for the most part we are. One of our biggest ambition is saving all of our scraps and re-using them to make either home things, or children clothes… So, we don’t throw any of the cuttings. […] I also would like to do an education program where I would give the team certain art references, cultural references, movies, cinema, music. For me, these are important things. So, I would like to give them some context, some art history, some lectures. Imagine if they had some things that they could make some connections and be inspired by, because that’s what always inspired me. People decide I like this, or I don’t like this, but if no one puts it in front of you, you don’t know. That’s something I would love to do.

How would you see Marrakshi Life in the five coming years?

M. A.

R. B. Stores. I want stores in New York. And a show in Paris. Next show will be Paris for sure. It has to be, because Paris is fashion. But New York is a good place for a shop, because we have consumers and they buy, buy, buy… or Australia. I’ve never even been to Australia so I shouldn’t say why (laughs). But New York definitely!

This was the casting from the show, which was amazing. I always liked this united color of Benetton feeling. I feel like Marrakshi represents that a bit because we don’t have that in anymore. I liked Benetton; it was colorful, multicultural. They had the magazines. It was political, it made you think. It was good.

R. B.

It was really special. I think the team really enjoyed. It was the first time we all travelled together. The first time they had visas to leave. Alex was able to achieve that, through his ambassador connections. It was really a brilliant moment for us, and I hope we have more moments R. B.

interview photography

Mouna Anajjar Terry Tsiolis 33


MASTERS - ISSUE #9 PART II

MAESTRO

MASTER

]MAHER[

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Il était une fois, les artisans de La Mamounia Dès l’entrée principale de La Mamounia, on ne peut qu’admirer la beauté des plâtres et des zelliges. Une fois à l’intérieur, le travail minutieux du bois sculpté, des portes en cuivre martelé, des tatouis, des quermouds et autres matériaux domptés avec maestria, force l’admiration. Et pour cause, les meilleurs maîtres-artisans du royaume ont opéré sur le chantier orchestré par Jaques Garcia lors de la dernière rénovation de l’hôtel. Dans ce numéro, nous avons tenu à inviter ces maestros, rares détenteurs de savoir-faire précieux, à revenir dix ans plus tard in situ nous raconter les parcelles d’histoires secrètes que recèlent les murs du palace et partager un peu de leur art avec nous.

texte

Camélia Sarnefors (sous la direction de Mouna Anajjar) Saâd Alami

photographie

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“Sa Majesté Hassan II a dit aux architectes : laissez le maâlem faire ce qu’il veut. J’ai réalisé beaucoup de palais et à chaque fois, j’y fais ce que je veux avec mon zellige. C’est ça le vrai plaisir.”

Maître-Artisan Zellige

Moulay Hafid

L’art du zellige trouve son origine ici-même, au Maroc, dans les palais et mausolées du Xème siècle. À l’époque, les coloris n’étaient pas aussi variés que les palettes de couleur que l’on voit aujourd’hui. En arabe, zellige signifie petites pierres polies. Des morceaux d’argile assemblés et liés par du ciment, dont les dessins sont sculptés à l’envers. “Cela fait tellement longtemps que je ne suis pas revenu ici ! Depuis 2oo6, quand on a terminé le patio et les chambres. Il faut 11o personnes et deux mois pour faire un patio comme celui-là.” Nous confie Moulay Hafid, 84 ans, maître-artisan en chef, qui a réalisé les zelliges de La Mamounia. Il détient ce savoir-faire de sa famille, déjà dans l’art du zellige depuis plusieurs générations. Il est aujourd’hui l’un des plus grands maâlem du Maroc, et a réalisé l’ensemble des palais royaux, les plus grandes mosquées du pays et de France mais aussi le Pavillon Marocain du parc Disney Epcot, en Floride. Le maâlem ou maître-artisan, est ‘celui qui a appris’, ‘celui qui sait’ mais aussi ‘celui qui transmet’. L’apprentissage débute généralement très jeune. Comme pour les autres artisanats marocains il n’y a pas véritablement d’école spécialisée : le savoir-faire se transmet d’une génération à l’autre. De nos jours, ces maîtres-artisans se font malheureusement de plus en plus rares et la transmission se trouve souvent menacée. “Quand j’ai commencé, j’avais à peine 1o ans. Je suis allé avec mes parents directement au palais de Sa Majesté Mohamed V, il y a maintenant soixante-quatorze ans. Là-bas, c’est moi qui ai choisi les dessins. Ici à La Mamounia, c’est Maryline, l’assistante de Garcia, qui nous a orientés sur les motifs à réaliser. À l’époque, personne ne faisait du zellige noir et blanc comme celui-ci, c’est nous qui avons lancé la mode.” dit-il en riant, avant de poursuivre : “Jusqu’à ce jour, j’ai encore du plaisir à exercer mon métier. J’ai un musée chez moi à la maison, un musée des motifs que j’ai réalisés pendant ces 74 années.”

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“Les sculpteurs sur plâtre c’est comme les peintres. Ils dessinent et dessineront toujours. Les chanteurs ne s’arrêteront jamais de chanter. Nous, c’est pareil.”

Maître-Artisan Plâtre

Lamane El Housseine

Nous n’avons malheureusement pas pu rencontrer Lamane El Housseine à Marrakech. C’est à Casablanca que nous lui avons donné rendez-vous, devant le chantier pharaonique de la mosquée Hassan II, dont il a réalisé les plâtres. Le plâtre marocain sculpté (gebs), importé de Mésopotamie, durcit moins rapidement que le plâtre industriel. Ainsi, cela laisse au maâlem le temps de suivre le tracé de son croquis afin de le sculpter. Pour cela, il utilise différents outils, dont des ciselets, des espèces de tournevis en acier. “Une Mamounia, cela n’existe nulle part ailleurs. J’étais avec 1.2oo personnes pour le plâtre seulement. Tous les dessins que j’y ai faits, on ne les trouvera nulle autre part.” Aujourd’hui, Lamane a 76 ans, mais il a appris la sculpture sur plâtre dès l’âge de 6 ans, avec sa mère et ses frères. “Mon père m’a abandonné quand j’avais six mois. C’est donc ma mère qui m’a élevé, puis initié au métier de mes frères. Elle préparait tous les instruments pour moi. Quand je rentrais de l’école, je n'avais plus qu’à sculpter. Mon frère aîné Hassan, lui, a réalisé le Mausolée Hassan II. C’était le patron des plâtriers.” Lamane a grandi à Bab Aylan, le quartier de tous les grands plâtriers de Marrakech. Très jeune, il a dû subvenir aux besoins de sa mère, pendant que ses frères travaillaient sur les chantiers. “J’étudiais, et en même temps je travaillais, je faisais des rosaces chez moi à la maison. J’étais devenu le spécialiste des rosaces. À l’époque, le fonctionnaire ne gagnait que 5oo à 6oo dirhams par mois, moi je les gagnais en un jour grâce aux rosaces que je vendais. J’étais très rapide en sculpture. J’avais mon propre style, je sculptais les rosaces d’une manière différente.”

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“L’inspiration pour les dessins de l’artisanat marocain est sans limite, il y a tellement de motifs, de formes, c’est un océan. À chaque fois, on se retrouve face à quelque chose qu’on n’avait jamais fait auparavant.”

Maître-Artisan Bois

Mohamed Ben Hajjou

Le zouak, ou peinture sur bois, est l’un des arts les plus respectés et les plus affirmés au Maroc. On utilise généralement du bois de cèdre venu de l’Atlas. Il est très résistant et supporte mieux la chaleur, surtout dans des villes comme Marrakech. Après le ponçage, le maâlem peint le bois à l’aide d’un pinceau fait à partir de poils de queues d’ânes. “Ils sont plus précis et plus faciles à manier, ils suivent exactement le mouvement de la main” nous explique Mohamed Ben Hajjou, 36 ans. Il est le fils d’un des plus grands maîtres-artisans du bois au Maroc, Mâalem Ben Hajjou, qui a également travaillé sur le chantier de La Mamounia. “Quand je vois tout ça, j’ai l’impression que c’était hier ! Cela fait une dizaine d’années maintenant. Je me souviens que quand je rencontrais les grands maâlems, ceux du zellige, du plâtre, du fer…, on formait une petite famille, c’était toujours difficile de se séparer à la fin des chantiers.” À l’époque, c’était le premier chantier de Mohamed. “J’ai fait mes premiers pas dans l’artisanat marocain avec mon père, qui était mon mâalem, mon maître. Il a aussi été le maître de beaucoup d’autres artisans à Marrakech et Rabat.” Ensemble, ils ont notamment réalisé l’exquise coupole à l’entrée de la terrasse du Bar Italien, où nous nous installons le temps d’un café et d’une anecdote. “Un soir pendant le chantier, vers les coups de minuit, on nous appelle depuis La Mamounia pour nous apprendre que le Bar Italien était en train de brûler ! C’était en 2oo8. Un électricien avait oublié un projecteur sur l’un de nos plafonds, que nous avons retrouvé en feu. Nous n’avons réussi à l’éteindre qu’aux alentours de 4 heures du matin. Nous étions au stade des finitions à ce moment-là. Nous avions presque terminé. Il a fallu refaire toute la partie brulée. Ça, je ne l’oublierai jamais !”

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Once upon a time, the craftmens of La Mamounia From the main entrance of La Mamounia, one cannot help but admire the beauty of plasterwork and the zellige tilework. Once inside, the meticulously carved wood, hammered copper doors, traditional tatoui ceilings, quermoud roof tiles, and other masterfully worked materials command admiration. And for good reason; the best master craftsmen of the kingdom worked on the site under the direction of Jacques Garcia during the last renovation of the hotel. In this issue, we invite these masters of their craft, rare keepers of precious know-how, to come back to the site ten years later to share their art with us and to tell us the stories hidden in the walls of the palace. Zellige tilework originated in Morocco in So we met him in Casablanca in front at the time government administrators on10th century palaces and mausoleums. of the pharaonic worksite of Hassan II’s ly earned 500 to 600 dirhams a month. The colours were not as varied as today’s mosque, whose plasterwork created. I earned them in one day thanks to the palettes. In Arabic, zellige means small Moroccan sculpted plaster (Gebs), imrosettes that I sold. I was a very fast polished stones. They are pieces of tile ported from Mesopotamia hardens more sculptor and I had my own style. I carved with patterns chiselled on the back, asslowly than industrial plaster. This leaves rosettes in a different way.” sembled and held together with cement. the Mâalem time to retrace the lines from — “It’s been such a long time since I’ve his sketches and to carve them into the Zouak, or wood painting, is one of the been back here! Since 2006, when we plaster. For this, he uses various tools, inmost respected and established Morocfinished the patio and the rooms. It takes cluding chisels, a type of steel screwdriver. can artforms. It is generally executed on 110 people two months to build a patio “A building like La Mamounia, that cedar wood from the Atlas region. It is like this,” said Moulay Hafid, 84, the doesn’t exist anywhere else. I worked with very durable and withstands heat well, head master artisan who supervised the 1,200 craftsmen for the plaster alone. particularly in cities like Marrakech. creation of La Mamounia’s zellige After sanding the wood, the masmosaics. He learned the craft ter artisan paints it with a donkey “His Majesty Hassan II told the architects let the Maâlem from his family, who have made hair brush. “They are more precise do what he wants. I have built many palaces and every Zellige tilework for generations. and easier to manipulate. They time I do what I want with the zellige tilework. That is what Today he is one of the most cefollow the movement of one’s pleasure really is.” MOULAY HAFID, EXPERT ARTISAN OF ZELLIGE TILEWORK lebrated Mâalems in Morocco. hand perfectly,” explains MohaHe has worked on all the royal med Ben Hajjou, 36. He is the son “Plaster sculptors are like painters -- they draw, they will palaces, the biggest mosques in of one of the greatest woodworalways draw, just like singers will never stop singing. We Morocco and France, and the Mokers in Morocco, Master Artisan are the same.” LAMANE EL HOUSSEINE, MASTER CRAFTSMAN OF PLASTER roccan pavilion at Disney Epcot Ben Hajjou, who also worked on in Florida. La Mamounia’s construction site. “There are endless inspirations for artisanal Moroccan The Mâalem, or master artisan, “When I see all this, it feels like it designs. There are so many patterns and shapes. It’s an is “one who has learned”, “one was yesterday! It’s been a decade ocean. Every time, we end up with something we’ve never who knows” but also “one who or so now. I remember when I met done before.” MOHAMED BEN HAJJOU, MASTER WOODWORKER teaches”. Apprenticeship usually other master artisans, the zellige begins very young. As with other and plaster and iron-workers. We traditional Moroccan crafts, there are no The patterns I created for La Mamounia were like a little family. It’s always difspecialized schools. Know-how is trans-- you won’t find those anywhere else.” ficult to part ways at the end of a job.” mitted from generation to generation. Today, Lamane is 76 years old, but he It was Mohamed’s first site at the time. Today, unfortunately, master artisans are learned plaster sculpture at the age of 6, “I took my first steps in Moroccan crafts in short supply and the transmission of with his mother and brothers. “My father with my father. He was my Mâalem, my their craft is at risk. abandoned me when I was six months teacher. He also taught many other arti“I was barely 10 years old when I started. old, so it was my mother who raised me sans in Marrakech and Rabat.” I went with my parents directly to His and introduced me to my brothers' work. Together they created the exquisite cupoMajesty Mohamed V’s palace. He’s 74 She prepared all the instruments for me. la at the entrance of the Italian Bar Ternow. I was the one who selected the When I came home from school, all I had race, where we sit down for coffee and a patterns. Here at La Mamounia, it was to do was carve. My older brother Hassan story. “One evening during the construcMaryline, Garcia’s assistant, who chose did the Hassan II Mausoleum. He was tion, towards midnight, we got a call the patterns. At the time, no one did in charge of all the plasterers.” from La Mamounia informing us that the black and white Zellige like this. We realLamane grew up in Bab Aylan, the disItalian bar was burning! It was in 2008. ly started a trend,” he laughed. “To this trict where all the great plasterers of An electrician had forgotten a projector day, I continue to enjoy my work. I have Marrakech are found. At a young age, on one of our ceilings, which started to a museum in my house that documents he had to support his mother while his burn. We managed to extinguish it only my 74 years of creating patterns. brothers worked on construction sites. around 4 am. We were putting the fini— “I was studying, and at the same time I was shing touches on it at the time and it was Unfortunately, we were unable to meworking. I was making rosettes at home. nearly done. We had to redo the entire et Lamane El Housseine in Marrakech. I had become the rosette specialist, and burned part. That I’ll never forget!”

text photography

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Camélia Sarnefors (under the supervision of Mouna Anajjar) La Mamounia archives


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MASTERS - ISSUE #9 PART III

MAGNÉTIQUE

MAGNETIC

[MIGHNATISSI]

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Salima: total look Christian Wijnants 路 earrings Dior 路 sunglasses Komono Patrice: kandora Ziadina by 33 Rue Majorelle 路 blazer stylist own 路 sunglasses Komono


THE ROOF IS ON FIRE Photographer

Mous Lamrabat Models

Salima El Mahraoui Patrice Kouadio Stylist

Lisa Lapauw Make-up

Karima Maruan Thanks to Smets Premium Store (lg: @smets_store)

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top Koche · dress Jacquemus · headscarf weaved by the women in the Atlas mountains


Patrice: kandora Ziadina by 33 Rue Majorelle · blazer stylist own · pantouffles Valérie Barkowsky Salima: total look Christian Wijnants · earrings Dior · pantouffles Valérie Barkowsky

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pants Balenciaga · shirt Off-White · bag Lalla Marrakech · coat Rue des Tilleules · glasses Vogue · babouches Médina Marrakech


veste Maison Noir · sunglasses Dior · hat Some Slow Concept

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total look Marrakshi Life


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striped pants Weekday · shirt Stüssy · cardigan Off-White · embroidered suzani fabric Michèle Baconnier


blouse Zara · veste Off-White · pants vintage Chloé · scarf Médina Marrakech

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Patrice: pants Christian Wijnants · shirt Jaquie Series · coat El Fenn Boutique · hat Maison Blaoui Salima: dress Lally Marrakech · earrings Dior · hat Maison Blaoui


shirt & pants Travel · coat El Fenn Boutique · hat stylist own · scarf Boutique Jardin Majorelle

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shirt Ayaan 路 pants & coat Marrakchi Life 路 sandals Virginie Darling 路 bag La Mamounia Boutique 路 carpet Palais Saadien


carpet Palais Saadien · jewelry Maison Blaoui

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MASTERS - ISSUE #9 PART IV

MAGIQUE

MAGICAL

]SA’HER[

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À �� R�cherche du Manteau Magique C’est au cœur du Palais Badi, célèbre édifice Saâdien du XVIe siècle, que l’équipe Dior a réuni huit cent invités fin avril dernier, tous venus admirer en avant-première la collection Croisière 2o2o. L’évènement marque le premier défilé de Dior en terre africaine, et se veut le symbole d’une union multiculturelle entre la maison de couture française et les artistes et artisans africains. De ce dialogue est née une pièce qui a particulièrement captivé notre attention : un manteau réalisé par des tisserandes de la région de l’Anti-Atlas. Nous avons décidé de partir à sa recherche.

texte

Camélia Sarnefors (sous la direction de Mouna Anajjar) Inès Manai

photographie

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Le Défilé Pour le premier défilé Dior en terre africaine, sa directrice artistique a tenu à impliquer artisans, artistes et créateurs du continent pour donner naissance à une collection commune, sublimée par des savoir-faire ancestraux. Marrakech, porte de l’Afrique et destination rêvée des artistes, reçoit ainsi 8oo invités privilégiés. Grands clients, journalistes et influenceurs, venus des quatre coins du monde à bord d’avions signés Dior, découvrent une collection que Maria Grazia Chiuri voulait “Africaine et humaniste”. Ce soir-là, les silhouettes défilent au rythme d’une transe Aïssawiya autour de l’immense bassin du Palais Badi -9om de long-, où des brasiers et des bougies flottent sous un ciel menaçant. Adossés sur des coussins en laine ornés de motifs orangés, les convives admirent le spectacle. De nombreuses pièces sont entièrement faites de Wax, textile africain par excellence, résultat d’une coopération avec le célèbre fabricant Uniwax, basé en Côte d’Ivoire. Notre excitation est à son comble quand un manteau de laine teinté au henné fait son apparition. À l’origine d’une autre collaboration organisé par Dior, ce manteau, comme les coussins, a été tissé dans un petit village perdu de la région de l’Anti-Atlas. Les mains qui ont donné vie à ces dessins et travaillé des heures cette laine sont sans doute bien loin de ce beau spectacle à l’heure qu’il est ; imaginent-elles seulement à qui appartiennent les 8oo dos adossés ce soir sur leurs coussins ?

L’Escapade Nous décidons de prendre la route sur les pas de Sumano, vers les hauteurs de l’Anti-Atlas. C’est à cette jeune association que Dior a confié la création de son manteau Opéra ainsi que les coussins en laine. Au cours d’un voyage au Maroc, trois amis - Alicia, 27 ans, Guillaume, 3o ans, et Martha, 42 ans - tombent sous le charme des poteries faites par les tribus de femmes de la région du Rif. Ils se fascinent dès lors pour les populations qui, encore aujourd’hui, créent des objets durables avec soin, riches de savoir-faire ancestraux. Conscients que ces traditions sont lourdement menacées, ils fondent Sumano en 2o17, en hommage à leurs grands-mères : SUzanne, MAnuela et NOuky. “On a créé l’association pour tenter de sauvegarder ces savoir-faire, les préserver” explique Guillaume. Pour atteindre cet objectif, ils essaient de commercialiser les tissages de ces tribus à l’étranger via Instagram et leur page web, ou encore, d’organiser des ateliers rencontre. Après quatre heures de route, nous arrivons enfin dans un petit village au sud-ouest de Taroudant, où se trouve la maison de l’une des collaboratrices de Sumano, le toit le plus proche pour passer la nuit avant de continuer notre chemin.

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L’entrée donne sur un patio. À gauche, un petit panneau bleu et rose indique la cuisine en toutes lettres. Au centre, se dresse une table recouverte d’une nappe en plastique bleue. De part et d’autre, trois chambres, et un salon tout en longueur où des cousins sont posés à même le tapis. “Choisissez les chambres que vous voudrez”, s’exclame une femme sortie de la cuisine pour nous accueillir. Les chambres sont petites, et les matelas un peu durs, mais l’odeur du thé nous invite très rapidement à retourner dans le patio. Quelques gorgées plus tard, on nous explique que la maîtresse des lieux va bientôt arriver. Najima, 33 ans, vit ici avec son père, sa mère, sa sœur, sa belle-sœur et leurs enfants. Elle parle amazigh, arabe et français. Chez Sumano, elle est coordinatrice culturelle et traductrice. Najima a travaillé dans des hôtels, notamment à Agadir, avant de revenir habiter ici auprès des siens. “Je préfère travailler près de ma famille, me sentir proche de mes origines, nous confie-t-elle autour d’une seffa (spécialité́ marocaine à base de vermicelles, poulet, sucre et cannelle). À Agadir et Dakhla, j’étais seule, ça devenait un peu difficile au fil des années.” Le soleil à peine couché que tout le monde se recueille déjà dans sa chambre : demain la route sera longue, mais le manteau plus proche encore.

La Rencontre Il est onze heures moins cinq quand nous descendons de la voiture, accompagnés de Guillaume et Najima. Ce village est légèrement plus grand que le précédent mais semble, étrangement, dépourvu d’hommes. Le hameau est perché sur une zone rocailleuse quasidésertique. Les vingt maisons qui s’y trouvent sont faites de terre et de pierres. Au centre, se dresse une petite mosquée peinte en blanc. Tous, nous suivons Guillaume, guidé lui-même par des chants de femmes en amazigh. Dans une ruelle, entre deux maisons, assisses par terre, cinq femmes travaillent des fils de laine. Elles se passent la pelote entre deux barres de fer plantées au sol. La plus âgée semble donner des instructions. Ses mains sont recouvertes de henné. Un peu plus loin, une autre transforme de ses doigts un nuage de laine en fils, qu’elle enroule autour d’un bâtonnet. Les voici enfin, ces mains magiques, qui ont donné́ naissance au manteau Opéra de Dior. “À 17 ans, j’ai fait mon premier tapis, dit soudain une petite voix. Quand j’avais 1o ans, j’ai décidé d’arrêter l’école, ça ne m’intéressait pas. Je voyais les plus âgées tisser, et moi aussi je voulais travailler comme elles. À chaque fois qu’elles avaient fini, je prenais la robe ou le tapis et je jouais avec. Je voulais faire comme toutes ces grandes qui tissaient”. C’est ainsi que nous faisons la rencontre de Malika. “Vous venez de Marrakech, non ? C’est très beau Marrakech. J’y suis allée il n’y a pas longtemps, c’était incroyable !”

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reprend-elle. Malika a 38 ans. Elle habite dans ce village depuis toujours, avec sa mère qui lui a appris à tisser quand elle était petite, comme la plupart de ces femmes. Elle nous accueille chez elle un peu plus loin, pour nous montrer ses plus belles créations. “J’ai fait vingt coussins en laine comme ceux-là, explique-t-elle toute fière en montrant les fameux coussins de la Croisière 2o2o. Quand j’ai vu mon travail exposé comme ça, à Marrakech dans un lieu aussi beau, j’étais tellement contente que j’ai eu les larmes aux yeux. Guillaume et Najima m’ont expliqué qu’ils m’avaient emmenée jusque-là pour que je sache où mon travail était arrivé.” Cette région où habite Malika est le seul coin du Maroc où les tissages sont encore teintés au henné. La plupart des hommes ont quitté le village pour aller chercher du travail en ville. Les femmes vivent entre elles et tissent pour couvrir les sols de leur maison de tapis, ou encore se couvrir l’hiver. La grande majorité est analphabète, et ne sait pas mesurer avec un mètre. C’est l’équipe Sumano qui les aide pour les commandes spécifiques comme le manteau Opéra. Pour la première fois, elles ont dû suivre un patron envoyé spécialement de Paris, avec des mesures précises. “Il faut deux semaines pour filer assez de fils pour faire la moitié d’un manteau”, explique Guillaume. Sumano fait venir la laine d’une race pure de moutons, élevée dans le Sirwa, région montagneuse entre le Haut-Atlas et l’AntiAtlas qui culmine à 3.3o4m. Ensuite, les tisserandes la nettoient et la brossent pour obtenir un nuage de laine qu’elles transforment en fils. C’est avec ce fil qu’elles montent le métier à tisser qu’elles étendent chez elles ou devant leur maison lorsque l’espace vient à manquer. Aux alentours de midi, on nous invite à déguster un tagine au poulet. “Nous, habituellement, on se réveille avec le soleil. On prend le petit déjeuner vers 5-6h, un tajine vers 1oh et on se couche à 21h” affirme Malika entre deux bouchées. À peine le temps de digérer qu’il est déjà l’heure de s’en aller. Nous repartons le cœur rempli par la joie de vivre et la générosité que ces femmes dégagent, tout en espérant que ce genre de collaboration puisse les aider à améliorer leurs conditions de vie, sans pervertir leurs valeurs. Certains besoins primaires nécessitent encore d’être satisfaits dans ce village, dépourvue notamment de four et de hammam, où la vie reste particulièrement rudimentaire. Aujourd’hui encore, nous repensons à ces femmes courageuses, et au sourire de Malika. À leurs mains, que l’on a serrées bien fort en partant. Ces mains teintées au henné, qui ont distillé leur magie ce fameux soir d’avril au Palais Badi.


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The quest for the magical coat In the heart of El Badi Palace, a renowned sixteenth century Saadian monument, the Dior team gathered eight hundred guests in late April 2019 to be the first to admire its 2020 Croisière Collection. The event was Dior’s first fashion show on African grounds and aimed to become a symbol of multicultural collaboration between the French fashion brand and African artists and artisans. Out of this partnership came a piece that particularly captured our attention: a coat woven by women from the Anti-Atlas region. We set out to try and find it.

The show On the night of the show, figures come and go around El Badi Palace’s grand pond (300 ft in length), to the rhythm of an Aissawiya trance. Fires and candle flames float under a foreboding sky. The setting is spectacular and majestic. Eight hundred privileged guests — important clients, journalists, and influencers flown from all over the world aboard Dior-branded aircrafts — discover Maria

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Grazia Chiuri’s collection, which she intended to be “African and humanist.” For Dior’s first show on African grounds, the artistic director was determined to involve artisans and artists from the continent in order to create a collaborative collection born out of ancestral know-how. Our gaze remains fastened on a white coat with reddish patterns reminiscent of henna. As the coat slowly makes its way off the stage, we want to follow it.

We long to know where it is going, where it is coming from… The woolen cushions where we sit, with similar orange patterns, remind us of the coat as well. One question in particular torments us: the hands that gave life to these patterns, that worked this wool for hours must be rather far away from this spectacle at this moment. Can they imagine for even one second whose 800 backs lean upon their pillows tonight?


The trip We decide to hit the road towards the heights of the Anti-Atlas, following on the footsteps of Sumano. Sumano is a young association to which Dior assigned the fabrication of its Opera coat and of our woolen pillows. In the course of their travels, three friends — Alicia, 27 years old, Guillaume, 30 years old, and Martha, 42 years old — became fascinated with populations that continue to create objects with care, in a spirit of sustainability and community. They also became aware that these traditions are dramatically endangered. That is why they founded Sumano in 2017, (as an homage to their respective grandmothers: SUzanne, MAnuela, and NOuky) to try to protect these extraordinary techniques. Four hours later, we make a stop in a village southwest of Taroudant, where we will spend the night before continuing towards the weavers’ village. We pass a school and half a dozen other houses scattered among the fields. Blue arrows drawn on the walls direct us towards a crimson metal gate. We have just made our way inside the house of one of Sumano’s collaborators — our closest shelter for the night. The entrance opens onto a patio. On the left, a small blue and pink sign points towards the kitchen. In the middle of the room, a table covered with a plastic white and blue tablecloth. On either side, we catch glimpses of three rooms and a lengthy living room where cushions lie directly on the carpet. “Choose your favorite room!” hollers a woman as she walks out of the kitchen to greet us. The rooms are small and the mattresses a little tough, but the smell of tea quickly leads us back to the patio. A few sips later, we understand that the landlady will arrive soon. Najima, 33, lives here with her father, her mother, her sister, her sister-in-law, and their children. She speaks Amazigh, Arabic and French. For Sumano, she works as a cultural coordinator and translator. Najima has worked in hotels, in Agadir among other places, before returning to her native land: “I prefer working close to my family, to feel close to my roots,” she explains while we dig

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into a seffa (a Maroccan specialty dish made with vermicelli, chicken, sugar, and cinnamon). “In Agadir and Dakhla, I was alone, and that became harder as the years went by.” As soon as the sun sets, we all retreat to our respective rooms. The road will be long tomorrow — but the coat ever closer. Meeting the weavers It is five minutes to 11am when we step off the car with Guillaume and Najima. We have arrived in a village only slightly larger than the one we just left; a village which seems oddly deprived of men. The hamlet is perched on top of a rocky and almost desertic formation. Its twenty houses are built of dried earth and stone. In the center stands a little whitewashed mosque. We all follow Guillaume, who in turn follows the Berber songs of women. In an alleyway, in between two houses, sitting on the ground, five women work their woolen threads. They roll the ball between two metal rods fixed into the ground. The eldest gives them instructions. Her hands are covered in henna. With her fingers, another makes a thread out of a cloud of wool, which she then wraps around a wooden stick. Here they are at last, the magic hands that gave birth to Dior’s Opera coat. “When I was 17, I made my first carpet,” whispers a soft voice suddenly. “When I was 9-10, I didn’t like school, so I decided to stop. It didn’t interest me. I saw the elders weaving, and I wanted to work like them. Every time they stopped working, I took the dress or the carpet and played with it. I wanted to weave like all the adults.” This is how we meet Malika. “You’re from Marrakech, aren’t you? Marrakech is very beautiful. I went recently, it was incredible!” she goes on. Malika is 38 years old. She has always lived in this village with her mother, who taught her how to weave when she was young, like most women here. She welcomes us into her home a little way down the road, to show us her most beautiful achievements. “I made twenty woolen cushions like these,” she explains with pride as she shows us the famous cushions from the Croisière 2020 col-

lection. “When I saw my work exposed in Marrakech, in such a beautiful setting, I was so happy I teared up. Guillaume and Najima told me they brought me all the way there so that I would know where my work had landed.” The region where Malika lives is the only place in Morocco where woven objects are decorated with henna. Most men have left the village to look for jobs in town, so that women live among themselves and weave to cover the floors of their houses with carpets, or to protect themselves from the cold in the winter. Most are illiterate and do not know how to measure with a rule, and the Sumano team helps them complete specific orders like Dior’s Opera coat. For the first time, the women had to follow a model sent from Paris, with precise measurements. “It takes two weeks to spin enough thread to make half a coat,” Guillaume explains. Sumano supplies the wool from Sirwa, shorn from a purebred race of sheep of the mountainous regions linking the High Atlas and the Anti-Atlas, peaking at 3,304m. The weavers wash and comb the wool into a sort of cloud, which they make into a thread. It is with this thread that they set up their weaving looms, in their houses or out front, when there is not enough space. Around noon, we are invited to share a chicken tagine. “Usually, we wake up at sunrise. We have breakfast around 5 or 6am, a tagine towards 10 am, and we go to sleep at 9pm,” Malika explains between two bites. We leave the village our hearts full of these women's joy and generosity, all the while hoping that this kind of partnership will help improve their living conditions without corrupting their values. For the inhabitants of the village, who live a particularly rudimentary lifestyle, some primary needs remain to be met ; some would like to have access to a hammam or an oven, for example. On the way back, we think again about theses courageous women, about Malika’s smile, and about their hardworking hands, which we shook vigorously on our way out — the henna-painted hands whose distilled magic we witnessed on that famous April night at El Badi Palace.

Camélia Sarnefors (under the supervision of Mouna Anajjar) Inès Manai 71


MIM OCTOBER 2019 - APRIL 2020

L’AGENDA Events of the Season

@ LA MAMOUNIA

FOIRE DE L’ART CONTEMPORAIN AFRICAIN 1:54 20 - 23 FÉVRIER 2020

La foire 1:54 se tiendra à La Mamounia et rassemblera vingt galeries d’envergure venues du monde entier. Elles présenteront un panorama de plus de 5o artistes d’Afrique et de sa diaspora, émergeants ou déjà renommés. En parallèle, une large palette d’événements aura lieu dans la ville de Marrakech en partenariat avec les institutions locales et les organisations culturelles. Le forum 1:54 se déroulera à la Mamounia.

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VINCE FRASER, BLAQUE MATISSE 1:54 ART FAIR @ LA MAMOUNIA


@ MARRAKECH

FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM DE MARRAKECH ÉDITION 18 29 NOVEMBRE - 7 DÉCEMBRE 2019

Outre la compétition officielle, le Festival maintient son Panorama du cinéma marocain et reconduit le concept ‘Conversation with’, moments d’échanges et débats avec les cinéastes et professionnels du cinéma. Cette 18ème édition sera aussi l’occasion pour de nouveaux professionnels issus de plusieurs régions dans le monde de prendre part à une nouvelle édition de “Les Ateliers de l’Atlas”, le programme industrie et développement de talents du Festival International du Film de Marrakech. Le Festival reste également attaché à sa vocation sociale en organisant des programmes spéciaux au profit des personnes malvoyantes ainsi qu’au profit du jeune public. Lors de la 17ème édition, 35oo élèves de la région de Marrakech, accompagnés de leurs instituteurs, ont ainsi pu suivre les films programmés dans cette section. Certains parmi ces enfants accédaient pour la première fois de leur vie à une salle de cinéma. IRONMAN 70.3 ÉDITION 1 27 OCTOBRE 2019

Marrakech devient la première ville du Maghreb à accueillir un IRONMAN 7o.3. Des athlètes venus de tous les coins du globe prendront part à cette compétition d’envergure.

@ MAISON EUROPÉENNE DE LA PHOTOGRAPHIE PARIS

HASSAN HAJJAJ JUSQU’AU 17 NOVEMBRE

La première rétrospective, en France, de l’artiste anglo-marocain Hassan Hajjaj, en lui donnant carte blanche pour investir la totalité des espaces. Le grand parcours, qui retrace plusieurs années de son travail, présente de nombreuses séries photographiques, mais également des installations, des vidéos, du mobilier et des éléments de décoration.

@ MUSÉE YVES SAINT LAURENT

JACQUES AZÉMA - PEINTRE DE L’ENCHANTEMENT 27 OCTOBRE 2019 - 4 FÉVRIER 2020

La première exposition rétrospective consacrée au travail de Jacques Azéma (1979-191o), artiste français qui découvre Marrakech en 1931. Sa peinture, fortement emprunte de symbolisme, restitue un Maroc très personnel. Jacques Azéma a exercé une importante influence sur les artistes marocains de son époque, à Marrakech notamment avec Mohamed Ben Allal, peintre autodidacte dont il a décelé très tôt le talent, mais également à Casablanca où il a longtemps enseigné à l’École des Beaux-Arts.

JACQUES AZÉMA, KASBAH @ MUSÉE YVES SAINT LAURENT

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@ DAR EL BACHA / MUSÉE DES CONFLUENCES

ÉTOFFES DES SENS, RÉSONANCES, SERGE LUTENS, YVES SAINT LAURENT JUSQU’AU 10 JANVIER 2020

Cette exposition mettra l’emphase sur l’impact de la ville de Marrakech, sur Yves Saint Laurent et Serge Lutens, dont les trajectoires se croisent dans la ville ocre qui a toujours nourri leurs imaginaires : éblouissement de la lumière, des couleurs, des senteurs et parfums.

@ DAVID BLOCH GALLERY LA GALERIE FÊTERA SES 10 ANS EN 2020

VINCENT ABADIE HAFEZ 4 OCTOBRE - 2 NOVEMBRE 2019

Artiste résident de la galerie depuis 2o1o, Vincent Abadie Hafez présentera pour sa cinquième exposition au Maroc une nouvelle série de peintures, dessins et sculptures. EXPOSITION COLLECTIVE 5 NOVEMBRE - 7 DÉCEMBRE 2019

Cette exposition est l’occasion de découvrir ou redécouvrir les artistes résidents de la galerie. ARTHUR DORVAL 14 DÉCEMBRE 2019 - 1ER FÉVRIER 2020

Artiste résident de la galerie depuis 2o15, Arthur Dorval présentera sa première exposition personnelle à Marrakech. Arthur Dorval pense sa peinture comme une vibration colorée. Fasciné par l’abstraction géométrique, son équilibre et le pouvoir de la forme, il impose par la couleur un langage singulier. GHIZLANE SAHLI 8 FÉVRIER - 14 MARS 2020

Artiste résident de la galerie depuis 2o16, Ghizlane Sahli présentera sa seconde exposition personnelle à Marrakech. Passionnée de broderies et de tissus, elle décide d’ouvrir un atelier de création textile, où elle s’entoure d’artisans.

@ MACAAL

NEW WAVES 21 SEPTEMBRE 2019 - 5 JANVIER 2020

Mohamed Melehi et les archives de “L’École de Casa” : New Waves est une exposition chronologique réalisée sous le commissariat de Morad Montazami et qui retrace, à travers des œuvres majeures de l’artiste, des affiches, photographies et archives inédites, la carrière artistique de Mohamed Melehi entre 1957 et les années 198o.

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ARTHUR DORVAL, PYRAMIDS @ DAVID BLOCH GALLERY


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@ NOUVELLE VAGUE ARTSPACES

“100% TEHRAN”, 1ÈRE ÉDITION @ MARRAKECH 31 OCTOBRE - 1ER DÉCEMBRE 2019

Nouvelle Vague Artspaces présente pour sa première exposition à Marrakech un ensemble d’artistes, de designers, de photographes et de vidéastes contemporains intimement liés à la ville de Téhéran : Amir-Nasser Akhlaghi-Fard, Farbod M. Mehr, Firouz FarmanFarmaian, Mona Raissi, Narges Bazarjani, Shadi Rezaei et Xirin. L’évènement est organisé par We R, l’agence culturelle. RSVP pour guestlist + info.

@ GALERIE NOIR SUR BLANC

OMAR BOURAGBA 8 OCTOBRE - 28 NOVEMBRE 2019

Omar Bouragba est un artiste autodidacte, et peint depuis 1959. Son travail est celui d’un peintre abstrait, féru de géométrie et empreint de lyrisme. Ses œuvres révèlent une multitude d’expressions, et conjuguent la spiritualité et la virtualité au geste et au mouvement. NABIL BOUDARQA JUSQU’AU 21 OCTOBRE 2019

Formé à l’Institut Spécialisé dans les Métiers de Cinéma à Ouarzazate, Nabil Boudarqa est un jeune artiste talentueux, multidisciplinaire qui travaille à la fois et de façon intense et soutenue, le Dessin, la Peinture et la Photographie…

@ MAISON DE LA PHOTOGRAPHIE

MICHEL NACHEF 16 OCTOBRE - 16 NOVEMBRE 2019

En partenariat avec le Riad Denise Masson, une exposition du photographe libanais Michel Nachef qui a vécu une grande partie de sa vie au Maroc. Catalogue Édition Limitée. CHARLES HENNEGHIEN 15 OCTOBRE - 15 DÉCEMBRE 2019

L’exposition du photographe Charles Henneghien “Le Maroc à l’aube de la modernité” inaugurée le 15 janvier 2o19 est prolongée en raison de son grand succès.

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MONA RAISSI, MONIR FARMANFARMAIAN @ NOUVELLE VAGUE ARTSPACES


@ MUSÉE DE MOUASSINE

MUSIQUES DU MAROC 15 OCTOBRE - 15 DÉCEMBRE 2019

L’exposition est dédiée aux musiques du Maroc, invitation à célébrer la richesse d’un patrimoine millénaire. Catalogue Édition Limitée.

@ FONDATION MONTRESSO

TATE - THERE ARE TREASURES EVERYWHERE 4 NOVEMBRE - 3 DÉCEMBRE 2019 VERNISSAGE LE 2 NOVEMBRE

L’exposition explore dans un dialogue ouvert les territoires physiques et intimes de quatre artistes : Roxane Daumas, Tania Mouraud, Maya-Inès Touam, Fatiha Zemmouri. D’une rive à l’autre, elles ont sondé pendant leur résidence à Jardin rouge leur propre rapport au précieux. Elles l’incarnent dans des écritures plastiques plurales et des résonances multiples. Cette diversité s’ordonne selon une harmonie qui n’ignore pas le chaos. IN-DISCIPLINE 24 FÉVRIER - 28 AVRIL 2020

Pour la troisième année consécutive, la Fondation Montresso présente en partenariat avec la 1:54 Contemporary African Art Fair le programme itinérant de soutien à la création et à la diffusion IN-DISCIPLINE. Pour cette nouvelle édition, elle invite sous le parrainage de Vitchois Mwilambwe Bondo des artistes originaires de la République démocratique du Congo.

@ JARDIN ROUGE

RESO “LES PETITS PAPIERS” 7 DÉCEMBRE 2019 - 14 FÉVRIER 2020

Reso présente avec “Les Petits Papiers” un travail marqué par ses échappées marocaines. En utilisant la matière brute comme glaise de sa création, l’artiste se réapproprie des objets métalliques pour y mêler son alphabet symbolique. Il poursuit ainsi ses réflexions sur la mémoire grâce à un travail sur tôles froissées, à l’image des morceaux de papiers que l’on ouvre une seconde fois, pour en lire le contenu. KOUKA “PALIMPSESTES” 7 AVRIL - 30 MAI 2020

Kouka présente dans la continuation de ses recherches sur le portrait classique un travail autour de la maternité. Dans une allégorique économie de moyens, l’artiste privilégie depuis ses débuts les matériaux de récupération comme supports, tels que le bois recyclé, le carton ou encore les sacs de jute.

FLANDRIN, MUSICIENNES AU HAREM @ MUSÉE DE MOUASSINE

FLANDRIN, GROUPE DE MUSICIENNES @ MUSÉE DE MOUASSINE 77


@ VOICE GALLERY

ARTSIMOUS OCTOBRE - NOVEMBRE 2019

Travail à quatre mains entre un photographe de mode prédisposé à la création artistique et un couturier qui privilégie la création unique, ayant tous deux une recherche forte entre tradition et innovation. SIBYLLE BALTZER JANVIER - FÉVRIER 2020

Sibylle Baltzer dans son travail de peinture fait entrer en dialogue avec d’autres formes peintes, des compositions géométriques où les couleurs se côtoient ou bien s’affrontent créant un équilibre entre des abstractions de hasard et des dessins de géométrie pure.

@ ÉCOMUSÉE BERBÉRE DE L’OURIKA

VINCENT DELOTTE, NOMADISME & PASTORALISME 15 OCTOBRE - 15 DÉCEMBRE 2019

Une nouvelle exposition du photographe Vincent Delotte illustre en couleurs les liens profonds tissés par Delotte et son épouse au coeur des modes de vie du Maroc profond, celui que ne voient et ressentent que ceux qui vont vers les populations. Catalogue Édition Limitée.

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ARTSIMOUS, DOUNIA @ VOICE GALLERY


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MASTERS - ISSUE #9 MIM BY LA MAMOUNIA THANK YOU AND SEE YOU SOON!

Collages inspirés par l’univers de la Sellerie traditionnelle marocaine. La dernière sellerie de ce genre à Marrakech se trouve au coeur de la Médina, elle est tenue par les familles Chraibi et El Alaoui, troisième génération. _Collages inspired by the world of traditional Moroccan Saddlery. The last sale of this kind in Marrakech is in the heart of the Medina, it is held by the families Chraibi and El Alaoui third generation.

collages

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Mariam Bouchamane


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D I O R .C O M - +212 52 2 79 6 6 8 3

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MIM By La Mamounia 9  

MASTERS - ISSUE #9 MIM OCTOBER 2019 / APRIL 2020 THE EDITOR’S NOTE Hand-made objects are more and more sought after in large internationa...

MIM By La Mamounia 9  

MASTERS - ISSUE #9 MIM OCTOBER 2019 / APRIL 2020 THE EDITOR’S NOTE Hand-made objects are more and more sought after in large internationa...

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