Page 1

Si bleu qu’à sa brisure Matthieu Miegeville


Si bleu qu’à sa brisure


Matthieu Miegeville

Si bleu qu’à sa brisure


@ Matthieu Miegeville, 2016


PRÉFACE Cet ouvrage est le fruit de plusieurs années d’écriture. Il m’a amusé de voir qu’à travers le temps, des sensations peuvent réapparaître, des fils conducteurs se tendre, et des liens se briser, avec des personnes des fois différentes, des fois semblables, voire des fois les mêmes. Cela signifie que les destinataires et les destinatrices de ces textes sont donc multiples. Heureusement pour eux. Pour elles surtout. Heureusement pour moi peut-être. Ainsi ce livre présente une cartographie de vie brouillée. Oui les époques s’enchevêtrent. Non, il n’y aura aucun prénom dans ce livre. Je ne suis pas Louis Aragon. Il n’y a pas d’Elsa Triolet, et encore moins ses yeux. Le but n’est pas de raconter mon histoire. Le but n’est pas de rattraper des fantômes. Le but n’est pas de déterrer des cadavres. Le but n’est pas de régler des comptes. Le but n’est pas d’enjoliver le passé. Je mentirais si je disais que toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé serait purement fortuite.Tout ceci est un pan de ma vie. De celles de mes proches. Beaucoup se tromperont d’ailleurs en cherchant les destinataires ou même les narrateurs de tel ou tel texte. Mais rien ici ne s’est borné à être purement chronologique ni même purement personnel. Si j’avoue une fois pour toutes que j’écris comme tout écrivain pour entre autres choses flatter mon ego… Alors, je peux affirmer que la démarche de cet ouvrage est aussi de poser l’universalité de la relation amoureuse, dans tous ces dégradés de bleu. Du bleu azur, des premiers jours, aux tensions électriques. Celles de tout couple. De trop de couples. Celles qui rassurent par leur banalité et effraient par leur inéluctabilité. Du bleu qui s’assombrit pour devenir la bande-son d’une nuit sans étoiles au bleu pétrole, un bleu qui colle à la peau. Un bleu qui fait mal. L’ecchymose mentale. Un bleu du souvenir. De la plaie. Pour qu’un jour elle devienne cicatrice. Guérir. Bleu horizon.


INTRODUCTION J’ai connu le froid et le chaud. Le fin fond de l’hiver qu’on va noyer dans l’alcool fort en errant en pleine nuit pour hurler sa peine. Je me vois chanter à tue-tête sous la lune ronde ces paroles de Keith Caputo qui me poursuivent depuis l’adolescence. Le rhum arrangé était à la poire et à la vanille. Les médicaments n’avaient pas un goût mémorable. Ils n’étaient que de faibles somnifères heureusement. Le cœur de l’été où l’estomac rappelle à votre cerveau qu’il ne peut pas supporter ce qu’il vient d’entendre. Comme dans les films, je me rappelle vomir ce que mon corps ne pouvait plus tenir. Je me rappelle les jambes qui se dérobent sous mes pieds comme si ce même corps envoyait deux messages textes très clairs au smartphone de mon cerveau : « Jambes ne répondent plus. Nécessité de se mettre à terre. » et « Mots entendus trop violents. Crise de nausée imminente ». C’est quand même bien fait les SMS. Même à l’intérieur d’un même corps. J’ai dormi épuisé sous ce pigeonnier, à l’écart de la route. Je me suis mis là après m’être mis un temps sous un banc. Mais j’ai réalisé qu’il y avait un sentiment qui arrivait à me faire sortir de mon ivresse, de l’emprise des médicaments et de ma tristesse. C’était la honte. Celle qui vous rappelle au monde réel et vous dit : « Tiens, ça y est. Ce soir, Matthieu Miegeville, tu dors sous un pont. Comme tous les clochards que tu vois depuis que tu es petit. Tu ne savais pas comment on pouvait en arriver là. Même un jour. Même une heure. Et ça y est. Ce soir, tu as compris. Ce soir c’est toi. » Ce soir-là, cela aurait pu être n’importe qui. Je me suis donc protégé du possible regard d’autrui sous ce pigeonnier dont le sol sale et désordonné sentait l’urine humaine et les déjections canines. J’ai pourtant dormi là. Plusieurs années plus tard en été, à l’autre bout d’une histoire personnelle (comme une droite AB, A désignant un début au milieu passé existant, et B une fin avec tout un futur à écrire derrière), j’apprenais qu’on pouvait regarder la mer en plein soleil, sous un ciel radieux, les pieds sur une magnifique plage, avec des rires d’enfants en fond sonore, et les plus beaux amis de la Terre à vos côtés, avec des larmes coulant derrière vos lunettes de soleil. Je ne savais pas qu’on pouvait à ce point ne pas connaître la faim,


tellement cette sensation apparaît comme le lien biologique entre votre esprit et la vie réelle. Comme si votre esprit répondait à votre corps : « Je ne peux pas t’écouter cher compagnon. Si j’accepte d’avoir faim, j’accepte de faire partie de ce monde, et cela m’est impossible. Ce monde en ce jour J, est un monde dramatique. » Tout cela n’est pas drôle. Et pourtant il faut que cela le devienne. Il faut qu’avec le temps, les plaies se ferment. Que la douleur cicatrise. Que le pardon vous envahisse, comme la seule porte de sortie d’un futur, s’il y en a un, dénué de misanthropies et d’ulcères à l’estomac. C’est quelque part ce que j’ai décidé en écrivant. Si je ne le faisais pas, alors serais-je devenu un de ces connards qui ne se sont jamais remis en question. Un de ces connards qui haïssent la moitié de la Terre entière, et se méfient de l’autre moitié. Un de ces connards qui croisent les bras avec le bras droit au-dessus. Un de ces connards qui exultent à la vue de la douleur d’autrui. Un de ces connards qui ne connaîtront jamais la justice. La justice avec un j minuscule. La justice de soi. Ni celle de Dieu, avec un grand J. Ni celle des Hommes, avec un grand H dans le style ampoulé de n’importe quelle comédie musicale française ou de n’importe quel film catastrophe américain avec Morgan Freeman ou Tom Cruise dans le rôle du sauveur du monde. J’ai connu ma justice.Avec ce petit j. Je parle au passé composé par volonté de positivisme. Je pourrais parler au présent en constatant que les douleurs sont encore là pour certaines. Voire au futur en constatant que j’ai certes reçu de personnes importantes à mes yeux les excuses que j’attendais depuis longtemps mais que tout n’est pas rentré dans l’ordre. En constatant que toutes les personnes qui m’ont fait du mal ne l’ont toujours pas compris, ou l’ont compris en trouvant une jouissance coupable à garder cette réalité comme une poupée vaudou faite d’un chocolat dont elle mange un morceau chaque soir, pour rêver à la propre fuite de leurs problèmes. En constatant que mon ORL me dira à nouveau que mes cordes vocales sont brûlées à l’acide par le stress. En constatant que ce n’est pas cette année que j’arrêterai l’alcool. Je parle cependant au passé composé car la plus grande justice et le plus grand pardon sont ceux que l’on s’accorde à soi. Je ne peux rien faire pour les gens. Je ne peux pas penser à leur place. Je ne peux contrôler les pensées du reste du monde, fut-il amical et intelligent, ou fut-il néfaste, psychotique, et fan de Maitre Gims. Je suis ce que je suis. Et j’essaie chaque jour d’être encore plus ce que je suis : celui que je veux être. Un être qui ne sera jamais parfait. Un homme avec son passé, ses névroses, ses travers ; un homme avec son énergie, sa foi en l’homme inébranlable, sa voix et ses chansons, fussentelles inéluctablement sombres, et confinent-elles à l’auto-parodie des fois ; ses textes et ses mots, comme un médicament bénéfique que je m’octroie chaque jour, même dans l’adversité, même dans la douleur, même le chaos, même le doute, car « le verre n’est jamais si bleu qu’à sa brisure. »


Chapitre I

Bleu Azur

9


Chapitre I

Putain, que c’est beau. On l’a tous senti. Ce moment d’une force incommensurable vous fait manger la vie avec philanthropie et appétit. On se dit que le monde est finalement beau. Que les gens sont finalement bons. Que ces odeurs de platanes sur le bord de la route sont magnifiques au final. Et l’odeur de l’herbe fraîchement tondue. Et l’odeur du pain chaud. Et l’odeur des embruns sur une plage. Même cette aire d’autoroute qui sent le gasoil dégage un charme fou. Même cet employé de La Poste a l’air éminemment sympathique. Une journée n’est pas assez grande pour faire tenir cette boulimie de sensations. Le sommeil devient secondaire. Le corps est léger. Le cerveau plane. Les digestions difficiles sont oubliées. On ne focalise plus sur des nez qui coulent ou des entorses mal soignées. Nous sommes juste bien. Mieux, nous sommes invincibles. Et tellement sûrs.

10


Bleu Azur

Un jour d’été comme aujourd’hui Je n’ai jamais été si sûr Que le jour où Tu m’as dit oui Je n’ai jamais été si sûr Qu’un jour d’été Comme aujourd’hui

Elles semblent guéries les blessures À coup de temps De tête en tête Elles semblent guéries les blessures À coup sûr on Fera la fête

J’ai combattu sans d’autre armure Que mon amour Et mon courage J’ai combattu sans d’autre armure Mon autre moi À coup de rage

Éloignées les zones impures À coup de tête De temps en temps Éloignées les zones impures Je me sens bien Je me sens grand

Je le voulais mon ciel azur J’ai dit soleil J’ai vu nuage Je le voulais mon ciel azur J’ai remué Tous les étages

Mon amour est à ta mesure Comme un géant Il s’est assis Mon amour est à ta mesure Grâce aux années Il a grandi

Un verre si bleu à sa brisure Du bout du doigt Magie touchée Un verre si bleu à sa brisure Je ne l’aurai Jamais brisé

Je n’ai jamais été si sûr Que ce jour où, Ces vers, j’écris Je n’ai jamais été si sûr Qu’un jour d’été Comme aujourd’hui

11


Chapitre I

Athens We can change the time and count to three We can understand what we fight for You can change the fate and come to me It’s not easy to say two, three, four You know how the music sounds to eight We can stand up till it counts to nine Just know I’m so far away from hate This town can be yours and can be mine Our town They built a town Years after years They couldn’t hide Marks and their hands They built the law For every land They coulnd’t hide It took some time So please know I will never be your enemy But know I don’t want you as a friend We can create the town we will imagine We can create our new democracy

CANCEL THE APOCALYPSE – Our Own Democracy 12


Bleu Azur

Athènes Nous pouvons changer le temps et compter jusqu’à trois Nous pouvons comprendre ce pourquoi nous nous battons Tu peux changer le destin et venir à moi Ce n’est pas facile de dire « deux, trois, quatre » Tu sais comment la musique sonne jusqu’à huit Nous pouvons nous relever tant qu’on n’est compté que jusqu’à neuf Sache simplement que je suis tellement loin de la haine Cette ville peut être à toi, peut être à moi Notre ville Ils ont construit une ville Années après années Ils ne pouvaient pas cacher Les marques sur leurs mains Ils ont construit la loi Pour chaque pays Ils ne pouvaient cacher Que cela leur a pris du temps Alors sache s’il te plaît que je ne serai jamais ton ennemi Mais sache que je ne veux pas de toi comme amie Nous pouvons créer la ville que l’on imagine Nous pouvons créer notre propre démocratie

CANCEL THE APOCALYPSE – Our Own Democracy 13


Chapitre I

Tu es là Tu aurais pu partir, je le sais Tu es là Tu tiens les rênes à tes poignets Tu es là Tu tiens ma vie dans nos secrets Tu es là Quand moi j’étais je-ne-sais-quoi Merci à toi Tu as su panser les plaies Tu es là Tu m’as forgé comme une lame Ici bas Un glaive qui brille, un glaive qui Ne tue pas Une arme dont on n’use pas Oui, tu es là Tu as su comment courber l’échine Tu es là Tu as su fermer les fenêtres Au grand froid Tu as su attendre la nuit Car toi tu crois En ceux en qui on ne croit pas Tu es là Quand moi j’étais ici ailleurs Tu es là Et j’aimerais penser à toi Tu es là Quand moi je pensais trop à moi Tu es là, Je le serai, tu le sauras

AGORA FIDELIO - Belfast 14


Bleu Azur

Les sherpas Attendre la mort a chaque histoire Un projet de vie sans fin Il faudra laisser un peu d’être Pour se voir grandir enfin Si tu ne crois plus aux miracles J’inventerai le silence Celui qui parle la langue du temps Les résolutions, le sens Refuser d’oublier nos livres Mais se le permettre parfois Sauter les pages qui nous gênent Pour se préserver la foi Si tu ne crois plus aux hasards J’inventerai la logique Celle qui mène au bout des ports Laissant derrière, le tragique Nous irons gravir des montagnes Avec l’aisance des sherpas Nous perdre dans les forêts noires Y faire rougir le trépas

15


Chapitre I

Fragments / I Have Seen I have seen In your eyes What could save me From myself

I have seen In your eyes What eyes Should show

I have seen In your eyes What eyes Should show

I have seen In your eyes What I thought I could Not see anymore

I have seen In your eyes What I thought I could Not see anymore

I have seen In your eyes What could save us From ourselves

I have seen In your eyes Something so pure Something so‌

I have seen In this puzzle How the pieces Fit

I have seen In your eyes What could save me From myself

Show me respect The end of the pain Show me the end of the pain

I have seen In your eyes The respect I thought I didn’t deserve

TANEN 16


Bleu Azur

Des fragments / que j’ai vus J’ai vu dans tes yeux Ce qui pourrait me sauver de moi-même J’ai vu dans tes yeux Ce que les yeux devraient montrer J’ai vu dans tes yeux Ce que je pensais ne plus pouvoir voir J’ai vu dans tes yeux Quelque chose de si pur De tellement… J’ai vu dans tes yeux Ce qui pourrait me sauver de moi-même J’ai vu dans tes yeux Le respect que je pensais ne plus mériter J’ai vu dans tes yeux Ce que les yeux devraient montrer J’ai vu dans tes yeux Ce que je pensais ne plus pouvoir voir J’ai vu dans tes yeux Ce qui pourrait nous sauver de nous-même J’ai vu dans ce puzzle Comment les pièces s’emboîtent Montre-moi du respect La fin de la douleur Montre-moi la fin de la douleur

TANEN 17


Chapitre I

Your Shelter Don’t you believe all the dark stories They’re telling lies Absence is like a ceremony But I won’t be far no more Let this rope cross all the lands Destroy borderlines Heart and heart linked you and I Crossing the skies I’ll be your shelter I’ll be your shelter I’ll be your guard, guard, guard Overcome monotony To color blank ballots Bring this chaos far from you So you vote family Let this rope cross all the lands Destroy borderlines Heart and heart linked you and I Crossing the skies I’ll be your shelter I’ll be your shelter I’ll be your guard, guard, guard You and I will to keep this philosophy Think about the meaning of you and I So far So well So splendidly You’re breathing in my life I’ll be your shelter I’ll be your shelter I’ll be your guard, guard, guard MY OWN PRIVATE ALASKA 18


Bleu Azur

Ton refuge Ne crois pas à ces histoires sombres Elles disent des mensonges L’absence est comme une cérémonie Mais je ne serai plus loin Laisse cette corde traverser les pays Détruire les frontières Coeur à cœur, nous sommes liés En traversant les cieux Je serai ton refuge Je serai ton refuge Je serai ton garde, ton garde, ton garde Surmonte la monotonie Pour mettre de la couleur sur les bulletins blancs Ecarte ce chaos de toi Afin de pouvoir voter « famille » Laisse cette corde traverser les pays Détruire les frontières Coeur à cœur, nous sommes liés En traversant les cieux Je serai ton refuge Je serai ton refuge Je serai ton garde, ton garde, ton garde Toi et moi, nous garderons cette philosophie Pense à la signification de « toi et moi » Jusqu’à maintenant Si bien Si magnifiquement Tu respires dans ma vie Je serai ton garde, ton garde, ton garde Je serai ton garde, ton garde, ton garde

MY OWN PRIVATE ALASKA 19


Chapitre I

John Lennon in your eyes You’re beautiful Does it scare you? Don’t be afraid of your broken wings, angel

It’s a body What a body It is mine It’s your body What a body Don’t check another

You’re beautiful Does it scare you? Don’t be afraid of your broken wings, angel of mine

Have you everHave you ever talked to mine? Cause it neverNever dreamt so high Changing our way for a Life Writing the word, bigger size, Change your way till I become John Lennon in your eyes Jail keeper I deliver Keys are mine I’m saviour You’re the saviour We can’t blame others Have I everHave I ever moved a line? Cause I know I Made you cry Changing our way for a Life Writing the word, bigger size, Change your eyes till I become John Lennon in your eyes

THE BLACK PAINTERS - All the sad and stupid songs of all time seem written for me now 20


Bleu Azur

John Lennon dans tes yeux Tu es belle Cela te fait-il peur ? N’aie pas peur de tes ailes brisées Ange

C’est un corps Quel corps Il est à moi C’est ton corps Quel corps N’en cherche pas un autre

Tu es belle Cela te fait-il peur ? N’aie pas peur de tes ailes brisées Mon ange

As-tu déjà As-tu déjà parlé au mien ? Car il n’a jamais rêvé si haut

Changer notre chemin pour une Vie Écrire le mot en majuscule Changer notre chemin jusqu’à ce que je devienne John Lennon dans tes yeux Gardien de prison Je délivre Les clés sont à moi Je suis un sauveur Tu es un sauveur Nous ne pouvons blâmer personne d’autre Ai-je déjà Ai-je déjà fait bouger les lignes ? Car je sais que je t’ai fait pleurer Changer notre chemin pour une Vie Écrire le mot en majuscule Changer notre chemin jusqu’à ce que je devienne John Lennon dans tes yeux

THE BLACK PAINTERS - All the sad and stupid songs of all time seem written for me now 21


Chapitre II

Bleu Électrique

23


Chapitre II

Ça y est, nous redevenons humains. Des vrais. Avec leurs défauts et leurs fêlures. La femme n’est plus exactement une princesse. Je ne suis sûrement plus un prince charmant. Les aliments reprennent un goût normal. Un plat de pâtes a le simple goût d’un plat de pâtes. La magie est passée. La passion s’en est allée. Claude-Marc Aubry, psychologue de son état, estime le temps de la passion amoureuse à six mois, avec un maximum de deux ans. Même les biologistes s’y mettent en collant des noms d’hormones à nos émois. Nous sécrétons ainsi de la phényléthylamine pendant cette période, et arrêtons simplement d’en sécréter à un moment. Les effets de cette hormone sont comparables aux effets de la cocaïne. À minima, les scientifiques comme le professeur Ariel Fenster affirment que ces hormones sont de vraies amphétamines. Ensuite, nous sécrétons des endorphines, dans une relation plus difficile à tenir, passé cet état de passion. Mais nous sécrétons toujours des dérivés de morphine, tout de même. Notre corps et notre cerveau se tiennent bien à leur place dans nos couples car ils sont irrigués de drogue dure. En apprenant cela, je ne me suis pas senti rassuré au final. Nous sommes bien peu de chose. Les biologistes expliquent tout mais du coup pour quoi tant de gens vont bien ? Pourquoi tant de couples sont beaux sous toutes les facettes ? Pourquoi tous ces gens sont équilibrés et épanouis ? Dans la plus parfaite complicité avec leur partenaire ? Pourquoi tant de gens arrivent-ils sans aucun problème à être fidèle et sans équivoque avec aucune autre personne durant tout ce temps ? Pourquoi moi, ai-je connu tant de fois ces questionnements internes douloureux ? Pourquoi ai-je connu la tristesse à l’intérieur de si jolis cadres ? Pourquoi suis-je à ce point cet homme faible ? Faible face aux femmes. Face à lui-même. Faible face à l’amour. Faible face à ses fêlures, que je viens soigner et névrotiquement réveiller à chaque moment d’égarement dans la drogue et l’alcool…

24


Bleu Électrique

En fait non. Je ne suis pas seul. En ouvrant les yeux, les oreilles, en pénétrant dans l’intimité d’autres couples, j’ai toujours été surpris de voir que quasiment aucun n’avait les mains propres. Qu’il y avait des cadavres dans les placards de toutes les maisons achetées à crédit. Que tous ces hommes donneurs de leçons parlent avec le sourire enjôleur à la première qui viendrait devant eux le regard affamé et la pupille dilatée. Que toutes ces femmes outrées cultivent secrètement le phantasme d’ailleurs et le verbe taquin les soirs de Gaillac perlé. Que l’ambiguïté commence toujours sur le palier du voisin, car on considère la sienne comme tout à fait convenable et humaine… Que j’ai été un exemple parmi des millions sur Terre d’une personne qui essaie de vivre heureux en couple. Avec toutes les turpitudes du monde moderne et les problématiques socio-psychologiques inhérentes à ces grands névrosés que nous sommes tous. Dans nos beaux pays où tout est si confortable qu’il faut bien qu’on s’occupe l’esprit à se rendre malheureux avec Lacan et Freud. Une fois que l’on sait que nous ne sommes pas seuls, le problème reste entier. On tente de le régler. Par tous les moyens possibles. Parce qu’on se dit « moi j’y arriverai. ». Pour son couple. Pour son amour. Pour sa famille. Pour son enfant. Alors on se bat. On se bouscule. À l’intérieur les plaies saignent. Mais il le faut. Les cicatrices sont profondes. Lacan arrive. Freud revient. Ciel, que c’est long… Aurait-ce été plus simple si j’avais moi-même vécu une enfance sans heurts et chaos dans un pavillon de banlieue ? Ce n’est même pas sûr. Je veux croire aux changements internes. Je veux croire au salut. Je veux croire en la rédemption. J’ai devant moi la vie rêvée qu’on attend toute sa vie. Je me le dois à moi-même. Je ne veux pas décevoir l’autre, mais je serai le premier déçu si j’échouais. Je pense qu’il est encore plus douloureux de se décevoir soi-même.

25


Chapitre II

Anatomie d’une autodestruction Nous voilà assis sur le bord de la route Nous avons quitté la course Abandonné le peloton Une minute, une heure, un moment Peut-être une vie Que crois-tu qu’il nous reste ? Le cynisme et la peur ? Le choléra, la peste ? Pour qui veux-tu qu’on meure ? Je sais ce que l’on cherche Sans humour noir ni armes blanches Sans leurs regards et sans miroirs Sans la pression du monde, sans gloire Je sais très bien ce que l’on cherche tous À paraître sous les angles À regagner des terres perdues depuis des siècles À courir après des chevaux de bataille À marcher sur des fils, à sauter sur des lignes À jouer avec du feu, à noyer des cadavres, À recommencer les mêmes erreurs Jour après jour Nuit après nuit Comme si le silence n’en finissait plus d’attendre Comme si on pouvait entendre le bruit des saisons Celles qu’on oublie à perdre haleine Celles qui donnent le ventre rond Comme s’il y avait assez d’amour dans cette pièce pour me soigner d’un coup d’un seul Comme s’il y avait assez de monde sur cette Terre pour repeupler mes terres arides Comme si j’étais le seul à voir à quel point j’ai mal Comme si j’étais le seul à vouloir le savoir Comme si je voulais mentir à terme Comme si je voulais me noyer dans le temps

26


Bleu Électrique

Comme si les choses pouvaient encore s’arranger Comme si les années pouvaient encore m’éduquer Dis-moi que c’est possible Que les hirondelles font toutes le printemps Que les femmes sont au moins aussi mauvaises que les hommes Que nous sommes tous coupables Que je ne suis pas le seul à hurler sur des scènes Que je ne suis pas fou à craquer comme du bois mort Que nous en sommes tous là un jour ou l’autre Que l’humain n’est jamais plus grand que dans la détresse Que nous nous donnerons tous la main un jour Sans un couteau caché dans l’autre Nous donnerons sans attendre un retour permanent Nous penserons aux autres sans s’en faire des postures Quand nous aurons scié tous les barreaux De l’échelle qui fait parler les gens De celle qui nous dit d’être beau Riche, fort, mince, de gauche, intelligent Dis-moi que c’est possible Que nous sommes tous coupables Que je ne suis pas le seul Que je ne suis pas fou Que nous en sommes tous là Que l’humain n’est jamais plus grand que dans la détresse Que le chaos est la meilleure chose qui puisse arriver à l’homme

AGORA FIDELIO - Belfast 27


Chapitre II

Pourquoi diable irais-je crier ? Pourquoi diable irais-je crier ? Sur ces promontoires Qui m’animent Pourquoi irais-je tenter le diable À rechercher encore la rime Sur qui crier pour quelle raison Dans les vomitoires Qui à Nîmes M’ont fait rechercher l’exécrable Pourquoi irais-je quitter les cimes ? À commander des oraisons Comme un exutoire Une dîme Collectée à qui est aimable Pourquoi collecter tous ces crimes De passion de lèse-majesté De ces assommoirs Que l’on mime Pour assumer l’inavouable Le cri est un silence qu’on brime.

28


Bleu Électrique

Encore et à tort Des millions de cierges dans la tête Dans l’espoir de n’en voir aucun s’éteindre Des scissions qu’on refusait d’admettre Des impasses qu’on ne voyait même pas La haine est à mes trousses Et le feu qui s’étend Le ver est dans la pomme Le mordre à pleines dents Quand les derniers radeaux Ont des odeurs malsaines Ont débordé les vases De liquides obscènes Que voulais-tu que je fisse encore et à tort ? Fisse encore et à travers Des millions de vierges dans la tête Dans l’espoir de s’inventer des dieux Des scissions qu’on refusait d’admettre Des amis qu’on ne croyait même pas La haine est à mes trousses Et le feu qui s’étend L’agression qu’on décoche D’un revers de la main Les sourires sont de trop Merci la coupe est pleine Ont débordé les vases De liquides obscènes Que voulais-tu que je fisse encore et à tort ? Fisse encore et à travers

AGORA FIDELIO 29


Chapitre II

À Cold War That Never Ends We can win this strangest war Tonight We can surely make it whole All right We’ll try to avoid the hangover Take champagne and try to get sober Take one glass, two glasses and others I swear to keep calm and slow down this time It’s all I can hope We got headache, must forget This night We promise that everything’s All right We’ll try to avoid the hangover Take champagne and try to get sober Take one glass, two glasses and others I swear to keep calm and slow down this time It’s all I can hope This cold war will never end There’s nothing that we can take This cold war will never end There’s nothing that we can take home It’s all that we’ve got

TERRE NEUVE Collective 30


Bleu Électrique

Une guerre froide qui ne finit jamais Nous pouvons gagner cette étrange guerre Ce soir Nous pouvons sûrement le faire En entier Nous essaierons d’éviter la gueule de bois Prendre du champagne et essayer d’être sobre Prendre un verre, deux verres et d’autres Je jure de rester calme et de ralentir cette fois C’est tout ce que je peux espérer Nous avons mal à la tête, nous devons oublier Cette nuit Nous promettrons que tout Va très bien Nous essaierons d’éviter la gueule de bois Prendre du champagne et essayer d’être sobre Prendre un verre, deux verres et d’autres Je jure de rester calme et de ralentir cette fois C’est tout ce que je peux espérer Cette guerre froide ne finira jamais Il n’y a rien que nous puissions prendre Cette guerre froide ne finira jamais Il n’y a rien que nous puissions ramener à la maison C’est tout ce que nous avons

TERRE NEUVE Collective 31


Chapitre II

Never Gone So Far We have sailed now so far Cannot see the shore here You can’t get us So why ? So why… This is more than I can take What I take is just a lie Always less that I can break Break it or you’ll spit it out I should’ve never gone so far I feel my brain will crack down Come give it Some Rest Some Rest Give it, give it, now give it some Give it, give it, now give it some rest Give it, give it, now give it some Give it, give it, now give it Give it, give it, give it some Give it, give it, give it some Give it, give it, give it some Give it, give it, give it some Now give till the world comes down Give it some rest I need to calm down Unless my mind is shivering Among ships that are sailing Until my body says it’s on And on and on [NOW WE’RE WAY TOO FAR] [WE MUST TRAVEL BACK] [NOW WE’RE WAY TOO FAR] [THE LAST,THE LAST TIME]

- This is my last chance - To get my ego back - This is the last time - I die MY OWN PRIVATE ALASKA 32


Bleu Électrique

Jamais allé aussi loin Nous avons navigué si loin maintenant Nous ne pouvons plus voir la berge de là Tu ne peux plus nous rattraper Alors pouquoi ? Alors pourquoi… C’est plus que je ne puisse prendre Ce que je prends n’est qu’un mensonge Toujours moins que ce que je ne peux briser Brise-le ou tu cracheras le morceau Je n’aurais jamais dû aller si loin Je sens que mon cerveau va craquer Allez, donne-lui du repos Du repos Donne-lui, donne-lui, donne-lui du repos Donne-lui, donne-lui, donne-lui du repos Donne-lui, donne-lui, donne-lui du repos Donne-lui, donne-lui, donne-lui du repos Jusqu’à ce que le monde s’écroule Donne-lui du repos J’ai besoin de me calmer À moins que mon esprit ne vacille Au milieu de ces bateaux qui naviguent Jusqu’à ce que mon corps dise : « Ça y est » Et ça continue Maintenant que nous sommes trop loin Nous devons rebrousser chemin Maintenant que nous sommes trop loin La dernière, la dernière fois Ceci est ma dernière chance Pour récupérer mon ego Ceci est la dernière fois Que je meure. MY OWN PRIVATE ALASKA 33


Chapitre II

I will marry you one day Is there a time Where we used to be I was the man You were the creed I used to laugh At least I grinned You were my light You were the breeze

I will marry you one day You know, I won’t forget I will marry you, marry you I will marry you one day You know, I won’t forget I will marry you, marry you Was there this time ? Cause they keep on saying You’re not my wife And you never knew me I know they lie I love you madly Mad as I am Mad as our story

You can’t deny I was your savior I fought and I fight I am a soldier I will marry you one day I will marry you I will marry you one day I will marry you Is there a time We were for real In love day and night Together thrilling Is there a time Where we used to be I was the man You were the creed

THE BLACK PAINTERS - All the sad and stupid songs of all time seem written for me now 34


Bleu Électrique

Je me marierai avec toi un jour Existe-t-il un temps Où nous avions l’habitude d’être ? J’étais l’homme Tu étais la foi Je riais Ou du moins je souriais Tu étais ma lumière Tu étais le souffle

Ce temps a-t-il existé ? Car ils continuent de me dire Que tu n’es pas ma femme Et que tu ne m’as jamais connu Je sais qu’ils mentent Je t’aime à la folie Aussi fou que je sois Aussi folle que soit notre histoire.

Tu ne peux le nier J’étais ton sauveur Je me suis battu, et me bats encore Je suis un soldat

Je me marierai avec toi un jour Tu sais, je n’oublierai pas Je me marierai avec toi Je me marierai avec toi un jour Tu sais, je n’oublierai pas Je me marierai avec toi

Je me marierai avec toi un jour Je me marierai avec toi Je me marierai avec toi un jour Je me marierai avec toi Existe-il un temps Où nous étions réels ? Amoureux nuit et jour Ensemble sous le coup du frisson Existe-il un temps Où nous avions l’habitude d’être ? J’étais l’homme Tu étais la foi Je me marierai avec toi un jour Tu sais, je n’oublierai pas Je me marierai avec toi Je me marierai avec toi un jour Tu sais, je n’oublierai pas Je me marierai avec toi

THE BLACK PAINTERS - All the sad and stupid songs of all time seem written for me now 35


Chapitre II

De beaux draps On n’avait pas de sentiments On n’était pas là pour l’argent On se touchait dehors dedans Et pourtant Ça fait plusieurs fois qu’on essaye C’est pareil Les bras, les jambes glissaient encore Dans des draps blancs qui sentaient fort La déraison, la vie, la mort Et alors Séparons-nous tranquillement Séparons-nous tranquillement Séparons-nous tranquillement Séparons-nous tranquillement Les langues, les têtes, les yeux tournaient Dans tous les sens, on se croyait Sur un manège à censurer Et après ? Je ne trouvais pas le sommeil Les peaux étaient froides au réveil Ça fait plusieurs fois qu’on essaye C’est pareil Séparons-nous tranquillement Séparons-nous tranquillement Séparons-nous tranquillement Séparons-nous tranquillement

TERRE NEUVE Collective 36


Bleu Électrique

J’ai vécu J‘ai vécu Une vie entière À chercher celle que je voulais mener À savoir qui j’étais À savoir qui je suis À savoir qui je suivais À savoir qui je fuis À chercher en cadence À danser sur des corps À courir à outrance En transe, encore, encore J’ai vécu De beaux instants De belles images De beaux mirages De miradors Debout les morts Dehors, l’oubli L’amour dérape Et je faiblis J’ai vécu Des guerres Je n’en ai jamais été vainqueur Mais je n’en ai perdu aucune Car je les ai vécues Je les ai justes vécues Je n’ai jamais tué personne J’aurai tellement voulu Si j’avais été toi Ou encore quelqu’un d’autre De moins faible que moi Ou d’encore plus stupide

Un visage qui rassure Comme un père Une mère Un enfant comme les autres Comme un frère J’énumère Une à une, mes blessures Eux Jésus, moi l’apôtre Un Juda au sang pur J’ai vécu Des maisons Des grandes et habitées Où résonne le silence Dans l’écho des nuitées Ma raison Était belle et sauvage Comme l’air d’été qui vient Sur la joue d’un jeune âge Nous faisions Semblant d’être et avoir Pour ressembler un peu Aux familles des grands soirs Nous mangions À notre faim pour peu Que la mère se prive On faisait ce qu’on peut J’ai vécu Une vie entière À chercher celle que je voulais mener À savoir qui j’étais À savoir qui je suis À savoir qui je suivais À savoir qui je fuis À chercher en cadence À danser sur des corps À courir à outrance En transe, encore, encore

J’ai vécu Une vie seul À parler à mes murs À chercher dans les autres

AGORA FIDELIO - Belfast 37


Chapitre III

Bleu Nuit

39


Chapitre III

Ça y est, je suis seul. Je ne l’ai jamais été bien longtemps dans ma vie. Déjà petit, il me suffisait d’aboyer, ou même de japper doucement, et la mère louve revenait combler le vide et la peur en quelques secondes. Plus grand, on réalise qu’on ne s’est jamais bien sevré de ce bouton rouge sur lequel on appuie comme à l’hôpital, pour faire venir l’infirmière dans la minute. Plus grand, on s’invente des boutons rouges. Qui appeler en pleine nuit ? Au matin des gueules de bois ? Dans le symbolique et effrayant coucher du soleil ? Quand l’amour s’en est allé. Quand les projets futurs n’existeront plus. Quand les photos de promesses de vie rejoignent la corbeille. Quand le cauchemar revient la seconde après avoir ouvert les yeux chaque matin. Quand aucun œil ne parvient à se fermer le soir. Quand les larmes deviennent la seule parole du cœur. Quand nos genoux se recroquevillent sur nos ventres à l’heure de l’obscurité. Quand l’amitié est une chose magnifique mais qu’elle ne peut rien des fois. Le vide est trop grand pour le malade de l’insolitude. Je suis seul. Dieu que c’est calme. Dieu que c’est tranquille.Trop tranquille.

40


Bleu Nuit

Moi Robinson Moi Robinson Je me souviens de l’île Je me souviens des ponts De nous, du toit de ma famille À l’abandon Je marche sur la plage Je marche sans un son La tête ancrée sur le rivage Sans horizon Je compte jusqu’à mille Je compte les saisons Les jours les heures à minuit pile Sonne l’oraison Bonjour les cimetières Bonjour les puits sans fond Le ciel orné de mille prières Sans flottaison L’apnée est difficile L’apnée n’est pas option Respirer paraît si fragile Crucifixion Je nage les pieds liés Je nage les mains en rond Impossible de remonter Embarcations Loin les caravelles Loin mes ambitions Son bateau part dans mes jumelles Moi Robinson Ma bouche pleine de sable Ma bouche crie son nom Aimer, s’en croire encore capable 41


Chapitre III

Bonjour, je suis mort Bonjour, je suis mort Il n’y a pas d’erreur Je suis mort Il n’y a pas d’odeurs Tu vois, c’est drôle Et pourtant je bouge encore Bonjour, je parle fort Je n’ai rien à dire Mais je parle fort Je mens, je respire Je fais le coq Et pourtant je bouge encore Bonjour, je tape fort Quand elle me regarde Je tape fort J’aime bien me sentir Plus grand, moins mort Et pourtant elle bouge encore

TERRE NEUVE Collective 42


Bleu Nuit

Le squelette de la baleine bleue Je ne voudrais redire ce que j’ai dit ce jour Je voudrais l’empailler tel un beau cervidé Sous verre dans un musée, voir mon cerveau vidé Des souvenirs, de tout, vidé des mots d’amour Je suis le grand squelette de la baleine bleue Je n’ai plus ni ma chair ni ma peau pour survivre C’est la mort sur les os que je redeviens ivre Chaque soir, chaque soleil, à chaque fois qu’il pleut Les enfants me regardent, je suis une espèce rare De quel pays maman s’est-il donc échappé ? On dirait qu’il est triste, qu’il va bientôt pleurer Conduisez-moi au cirque, au ciel ou à la gare Que j’oublie mon passé pourtant promis hier À un futur radieux comme nos paraphes disent Dans ces moments de cris, la pudeur est de mise Car l’on ne crie que seul, on ne sourit que fier.

43


Chapitre III

The best fall This is a waste This is a mess This is the best try that you will miss So try You know the stain You know the soil This is the best thing that you must do Don’t sigh Cause I’m saving the world From the faults that you’ve made It was meant to be It’s so common sense This is a night This is a hole This is the best fall that we have felt So high We can’t go back in time This is the best thing that can be said Never backward We can’t erase what’s done This is the best thing that can be sung Never backward Cause I’m saving the world For the faults that you’ve made It was meant to be It was meant to be Yeah I’m saving the world For the faults that you’ve made It was meant to be It’s so common sense, so…

THE BLACK PAINTERS - All the sad and stupid songs of all time seem written for me now 44


Bleu Nuit

La meilleure chute C’est un gâchis C’est un désordre C’est le meilleur essai que tu manqueras Alors essaye Tu connais les tâches Tu connais le sol C’est la meilleure chose que tu dois faire Ne soupire pas Car je sauve le monde Des fautes que tu as faites C’était le destin Ça tombe tellement sous le sens C’est une nuit C’est un trou C’est la meilleure chute que nous avons ressentie De si haut Nous ne pouvons pas remonter le temps C’est la meilleure chose qui puisse être dite Jamais en arrière Nous ne pouvons effacer ce qui a été fait C’est la meilleure chose qui puisse être chantée Jamais en arrière Car je sauve le monde Des fautes que tu as faites C’était le destin Ça tombe tellement sous le sens

THE BLACK PAINTERS - All the sad and stupid songs of all time seem written for me now 45


Chapitre III

Toi qui rêves Oui toi qui rêves aux femmes Toi qui rêves aux vieux Aux vieux os dont l’âme Et le corps sont envieux Oh tu les sais les drames Tu les connais mieux Maintenant que flamme Tu n’attises que peu Oui toi qui brûles, qui crame, Toi, le sexe, la queue, Aux jeunes filles, ta lame, Tu l’as mise en jeu Oh tu les prends les grammes Tu inspires heureux La vie bas de gamme Et l’avenir terreux

46


Bleu Nuit

Tape sur le rebord de la fenêtre Tape sur le rebord de la fenêtre Tape Tape pour appeler ceux qui ne te répondent plus Rame jusqu’à tribord en kilomètres Rame Rame toi qui voulais voyager en terrain connu Passe-toi sur le corps, les bas, les guêtres Passe Passagère qu’on crée à coups d’images dévêtues Drape de lumière, d’or et de paraître Drape Toi qui paraissais si peu encline à ces vertus Casse les anciens ports, promus en traîtres Casse Castratrice ailée, brisée comme un ange déchu Trace bien ces accords pour nouveaux maîtres Trace Tracez ces attraits que bientôt personne n’aura crus Laisse compter les morts aux géomètres Laisse Laissez les papiers à celui qui en a trop vu Blâme l’esprit, le sort de tes ancêtres Blâme Toi qui refusais de porter le poids des intrus

47


Chapitre III

The Things That Can Never Be Done Tell me the things we chose one day Tell me the reasons we forgot to say Tell me the things we lost at wars Tell me the things that can never be done So why can’t they never be donc ? So why can’t they never be done ? Tell me what we missed on the River Nile Tell me the dreams we forgot in a file Tell me what we didn’t drink in Ireland Tell me the things that can never be done So why can’t they never be done ? So why can’t they never be done ? Tell me about this letters torn Tell me about this child who never get born Tell me the things we lost at wars Tell me the things that can never be done So why can’t they never be done ? So why can’t they never be done ? Never be done

CANCEL THE APOCALYPSE – Our Own Democracy 48


Bleu Nuit

Les choses qui ne peuvent pas être faites Dis-moi les choses que nous avons choisies un jour Dis-moi les raisons que nous avons oubliées de dire Dis-moi les choses que nous avons perdues dans les guerres Dis-moi les choses qui ne peuvent pas être faites Alors pourquoi Ne peuvent-elles pas être faites ? Alors pourquoi ? Dis-moi ce que nous avons manqué sur le Nil Dis-moi les rêves que nous avons oubliés dans des dossiers Dis-moi ce que nous n’avons pas bu en Irlande Dis-moi les choses qui ne peuvent pas être faites Alors pourquoi Ne peuvent-elles pas être faites ? Alors pourquoi ? Dis-moi à propos de ces lettres déchirées Dis-moi à propos de cette enfant qui n’aura jamais vu le jour Dis-moi les choses que nous avons perdues dans les guerres Dis-moi les choses qui ne peuvent pas être faites Alors pourquoi Ne peuvent-elles pas être faites ? Alors pourquoi ? Pourquoi ?

CANCEL THE APOCALYPSE – Our Own Democracy 49


Chapitre III

Trois clés de sol Seul Éponger leurs haines et leurs manières Éradiquer leur père et leur mère S’ils Se souvenaient qu’ils avaient un fils Une fille bonne a déshériter Sale Comme leur sourire et leurs yeux naïfs À me faire croire qu’ils sont les plaintifs S’ils Pouvaient avouer le mal qui les ronge Mesurer l’abysse où ils se plongent Sol En clé ou à terre, où ils s’écrasent À l’horizontale, tous ces murs qu’ils rasent S’ils Pouvaient s’élever plus haut que moi Je les regarderai avec joie

50


Bleu Nuit

C’est fou ce que j’ai oublié C’est fou ce que j’ai oublié Ce que tu étais, la force vive Les dents, les cheveux, la salive Ce que la mémoire retenait C’est fou ce que j’ai oublié Presque autant que tu ne rappelles À mon âme les joies les plus belles Ce que le temps t’a enlevé C’est fou ce que j’ai oublié Quand tu étais fort, quand tu étais drôle Quand alors tu jouais ton rôle Ce que tu ne joues plus jamais C’est fou ce que j’ai oublié Tu étais en paix, tu étais clair Tu avais même encore du flair Toi qui de fait n’as plus de nez C’est fou ce que j’ai oublié Tu nous portais à bout de bras À bout de ces sons, ce fracas Toi qui fracasses l’amitié C’est fou ce que j’ai oublié Car il fallait que je survive À l’amertume, à la chaux vive, À la paix que tu m’as volée.

51


Chapitre III

Longue Nuit De l’une à l’autre des respirations des deux soleils La lune qui le suit a le parfum de ceux qu’on fuit Un trou pyramidal pour y enfouir monts et merveilles Entre nous surgit la Longue nuit L’astre solaire descend derrière l’accident des montagnes Quelques heures à attendre pour en finir avec la nuit Mais la lumière tarde et c’est l’obscurité qui gagne Le jour qui ne vient pas Longue nuit

Cela fait quelques jours que le soleil manque à l’appel En me penchant pour boire j’ai cru le voir au fond d’un puits Puis j’ai creusé la terre, à coups de doigts, à coups de pelles, Je n’y ai trouvé que la Longue nuit Les animaux ne chantent plus, il n’y a plus de matin Les coqs, les cygnes sont perdus, les chiens, chats aussi, Même s’ils sont plus que jamais gris, comme les statues de saints Ils durent les beaux draps Longue nuit

Cela fait plusieurs mois que les étoiles figent le ciel, Elles brillent sans grande force, sans aider les bergers perdus, Car leur éclat est si fin qu’on y confond foi et fiel On se morfond dans la Longue nuit

52


Bleu Nuit

Les yeux, les visages s’habituent à cette obscurité Les pupilles se dilatent, on se touche pour voir qui est qui On se meut lentement comme atteint d’une infirmité On cherche pas à pas Longue nuit

Cela fait des années que le soleil a disparu Entre plusieurs montagnes, on a fait le deuil de la vie Dans les rêves pénombres, princes et princesses sont apparus Il faut survivre à la Longue nuit Pourtant dans le Grand livre, dans les prédictions des sorciers Au fond du cœur des hommes, des femmes, il n’était pas écrit Qu’on suspendrait la lune au plafond de printemps, d’étés D’automnes. D’hivers. De toi. Longue nuit.

53


Chapitre IV

Bleu Pétrole

55


Chapitre IV

Le pétrole est organique, naturel. Il n’en est pas moins symbole de ce que l’humain draine de plus sale dans son extorsion de la vie. Nous prenons. Nous tuons. Nous faisons vivre. Nous mourrons. Nous prenons. Nous tuons. Etc. Nous tuons donc deux fois dans le cycle moderne de l’humanité. Le pétrole est là pour nous rappeler notre inefficience face au bonheur simple. Nous salissons. Nous pourrissons. À vie.Toujours avec un nombre de dégâts collatéraux supérieur au nombre des bénéfices.

56


Bleu Pétrole

Ce pétrole me colle à la peau. À nouveau. Il n’a pas suffi qu’on m’en enduise la peau pour la vidéo d’une chanson. Il repousse. Il n’était peut-être jamais parti. Il est là pour nous rappeler les cicatrices. Nous apprendre l’humilité face à nos erreurs et aux tâches futures à accomplir. Il ralentit nos mouvements comme un passé trop lourd qui empêche toute légèreté de l’être. Le pétrole nous montre la voie de la rémission, du pardon, et du respect.

57


Chapitre IV

Drink On We sit on a lie undone It comes from the belly It comes from the moonlight Comes from the traces made

Drink on, we lie and lose Drink on with me, to the choices made Drink on, we lie and lose Drink on with me, we’re the liars

Don’t watch your daddy, son It’s grown up fantasy That’s how we get fun and pain Mixed in the choices made

Keep me back from borderlines Prevent me please, prevent me Keep me back from out of bounds Don’t let me be

And we keep on burning Smashing a masterpiece So look how we’re falling now Pieces and heroes

Keep me back from me and I Prevent me please, prevent me Keep me back from inner sins Don’t let me be

Drink on, we lie and lose Drink on with me, to the choices made Drink on, we lie and lose Drink on with me, we’re the liars

Drink on, the water cures Drink on with me, to mistakes we made Drink on, the water cures Drink on together, we were liars We were liars.

À lift for the liars To heaven and maybe more The higher I will climb The longer I will fall And we keep on breaking The rungs of the ladders So look how we’re falling now Pieces and heroes

THE BLACK PAINTERS - All the sad and stupid songs of all time seem written for me now 58


Bleu Pétrole

Continue à boire Nous sommes assis sur un mensonge inachevé Il vient du ventre Il vient du clair de lune Il vient des traces faites

Continue à boire, nous mentons et nous perdons Continue à boire avec moi aux choix qui sont faits Continue à boire, nous mentons et nous perdons Continue à boire avec moi, nous sommes les menteurs

Ne regarde pas ton père, fils Ceci est le phantasme d’adultes C’est ainsi que nous gagnons le plaisir et la douleur Mêlés dans les choix qui sont faits

Éloigne-moi des frontières Rattrape-moi, s’il te plaît, rattrapemoi Éloigne-moi des limites Ne me laisse pas être

Et nous continuons à brûler À détruire un chef-d’œuvre Alors regarde comme nous tombons maintenant Comme des pièces et des héros

Éloigne-moi de moi et de moimême Rattrape-moi, s’il te plaît, rattrapemoi Éloigne-moi de mes pêchés intérieurs Ne me laisse pas être

Continue à boire, nous mentons et nous perdons Continue à boire avec moi aux choix qui sont faits Continue à boire, nous mentons et nous perdons Continue à boire avec moi, nous sommes les menteurs

Continue à boire, l’eau soigne Continue à boire avec moi aux erreurs faites Continue à boire, l’eau soigne Continue à boire avec moi, nous étions des menteurs

Un ascenseur pour les menteurs Jusqu’au paradis et peut-être plus Au plus haut je monterai Du plus haut je tomberai

Nous étions des menteurs.

Et nous continuons à briser Les barreaux des échelles Alors regarde comme nous tombons maintenant Comme des pièces et des héros

THE BLACK PAINTERS - All the sad and stupid songs of all time seem written for me now 59


Chapitre IV

Shine Over I have faced that picture here Let’s see how to look out I will see your pretty face again Though you forgot how to smile À song to breathe, to know I’m alive, Cause it saved me this day Take this fire to cauterize Your sores, a flame to light the way And… Shine Over Shine Over Shine Over Shine Over I have fought against myself Guess who whon ? It wasn’t me So, a song to breathe, to know I’m alive, cause it saved me this day Take this fire to cauterize Your sores, a flame to light the way And… Shine Over Shine Over Shine Over Shine Over Cause we have to struggle Ready for the battle Yeah we have to struggle Ready for the battle Shine Over Shine Over Shine Over Shine Over MY OWN PRIVATE ALASKA 60


Bleu Pétrole

Rayonne J’ai fait face à cette image, ici Regardons comment faire attention Je reverrai ton beau visage Bien que tu aies oublié comment sourire Une chanson pour respirer, pour savoir que je suis vivant, Car elle m’a sauvé la vie ce jour-là Prends ce feu pour cautériser tes plaies Une flamme pour éclairer le chemin Et… Rayonner Rayonner Rayonner Rayonner Je me suis battu contre moi-même Devine qui a gagné ? Ce n’était pas moi Une chanson pour respirer, pour savoir que je suis en vie, Car elle m’a sauvé la vie ce jour-là Prends ce feu pour cautériser tes plaies Une flamme pour éclairer le chemin Et… Rayonner Rayonner Rayonner Rayonner Car nous devons nous battre Prêts pour la bataille Oui nous devons nous battre Prêts pour la bataille Rayonner Rayonner Rayonner Rayonner

MY OWN PRIVATE ALASKA 61


Chapitre IV

Good Morning I Am You Good Morning, I am you À blacker form of you Good Morning, I am you Your dark passenger, too Good Morning, I am you I went to hell for you I left the city to go back into So you’ll never have to Good Morning, I am you I did all the things you won’t have to do

Every bottle you just sent away I caught, so you can sail Every life belt I just give away I dive and I won’t fail Every sinking boat that led our way I swam right over They said to me : « It had to be hard » And it was hard They said to me : « It had to be long » And it was long

Every bottle you just sent away I caught, so you can sail Every life belt I just give away The party’s not over… Good Morning, I am you As black as you see through Good Morning, I am you Weak humans, as a clue Good Morning, I am you It hurts but we need to We left the city to go back into So we’ll never have to Good Morning, I am you We did all the things we won’t have to do

THE BLACK PAINTERS - All the sad and stupid songs of all time seem written for me now 62


Bleu Pétrole

Bonjour, je suis toi Bonjour, je suis toi Un modelage de toi en plus noir Bonjour, je suis toi Ton sombre passager également

Ils m’ont dit : « Cela devait être dur » Et cela a été dur Ils m’ont dit : « Cela devait être long » Et cela a été long

Bonjour, je suis toi Je suis allé en enfer pour toi J’ai quitté la ville, pour y revenir Afin que tu n’y sois plus jamais obligée J’ai fait toutes les choses que tu n’auras plus jamais à faire Chaque bouteille que tu as envoyée Je l’ai attrapée, afin que tu puisses naviguer Chaque gilet de sauvetage que j’ai offert La fête n’est pas finie… Bonjour, je suis toi Si noir que tu peux y voir à travers Bonjour, je suis toi De faibles humains, comme une clé Bonjour, je suis toi Ça fait mal, mais nous en avons besoin Nous avons quitté la ville pour y revenir Afin que tu n’y sois plus jamais obligée Nous avons fait toutes ces choses que nous n’aurons plus à faire Chaque bouteille que tu as envoyée J’ai attrapé, afin que tu puisses naviguer Chaque gilet de sauvetage que j’ai offert Je plonge et je n’échouerai pas Dans chaque sillage des bateaux échoués qui nous montraient la voie Je nagerai

THE BLACK PAINTERS - All the sad and stupid songs of all time seem written for me now 63


Chapitre IV

And it’s time for us to leave (the train) Je suis passé ici J’ai roulé dehors J’ai passé ma vie À trainer mon corps Dans un train de nuit Dans un train où dort Le mot et l’envie Comme un coup du sort J’ai sauté du train On n’a pas eu mal Je ne sentais rien Ça m’était égal J’ai frotté mes mains Elles n’étaient pas sales Nous on était plein D’un bonheur égal J’ai couru devant Ils me suivaient tous Le train au dedans Me donnait la frousse Tristes étaient les gens Leurs yeux, les secousses, Moi je courais sans Que personne me pousse Il y avait ce train Heureux dans la chute J’ai sauté du train On remontait la berge Aussi vite que le train J’ai couru longtemps Triste était le train Je souriais dehors

64


Bleu Pétrole

Pardon Laissons la hache Six pieds sous terre On devrait faire Passer l’histoire Soyons des rois Une nouvelle guerre En quel honneur ? Pour toi et moi Pour toi et moi Pour toi et moi On a saigné Jusqu’à plus soif On a marché Seuls, dans le noir Oui, la colère Oui, tous les soirs C’est du passé Pour toi et moi

Pour toi et moi Pour toi et moi Je te demande pardon Je te demande pardon Je te demande pardon Je te demande pardon J’ai trop eu mal J’ai trop fait de mal De grands coups de hache Sur les visages Nous nous sommes brisés Une autre issue Dès aujourd’hui Pour toi et moi

Pour toi et moi Pour toi et moi J’ai trop eu mal J’ai trop fait de mal De grands coups de hache Sur les visages Nous nous sommes brisés Une autre issue Dès aujourd’hui Pour toi et moi

AGORA FIDELIO - Belfast 65


Chapitre IV

Candlelight Flame Cure my skin and come inside my head Fire Carefully you’ll bring the cold I need Sun Show my way to bring me from the dead Light Touch the ground, you know I am a seed Burn in me, burn in me down Burn in me, my candlelight Burn in me, burn in me down Burn in me, fire walk with mine Trust in you as kids trust in their dad Blindfully, you’ll follow your own eyes This light will never ever make you sad Touch the ground, you know I am a seed Burn in me, burn in me down Burn in me, my candlelight Burn in me, burn in me down Burn in me, fire walk with mine The water from the sky Drying up every cry So, water, touch the ground Remember, you know I am a seed Burn in me, burn in me down Burn in me, my candlelight Burn in me, burn in me down Burn in me, fire walk with mine

CANCEL THE APOCALYPSE – Our Own Democracy 66


Bleu Pétrole

Lueur de bougie Flamme Soigne ma peau, et viens dans ma tête Feu Précautionneusement, tu m’apporteras le froid dont j’ai besoin Soleil Montre-moi le chemin pour me ramener de chez les morts Lumière Touche le sol, tu sais que je suis une graine Brûle en moi, incendie moi Brûle en moi, ma lueur de bougie Brûle en moi, incendie moi Brûle en moi, que le feu brûle avec moi Crois en toi comme les enfants croient en leur père Aveuglément, tu suivras tes propres yeux Cette light ne te rendra plus jamais triste Touche le sol, tu sais que je suis une graine

Brûle en moi, incendie moi Brûle en moi, ma lueur de bougie Brûle en moi, incendie moi Brûle en moi, que le feu brûle avec moi L’eau, du ciel Elle sèche chaque larme Alors, eau, touche le sol Rappelle-toi, tu sais que je suis une graine Brûle en moi, incendie moi Brûle en moi, ma lueur de bougie Brûle en moi, incendie moi Brûle en moi, que le feu brûle avec moi

CANCEL THE APOCALYPSE – Our Own Democracy 67


Chapitre IV

The Minor G I am driving On a highway Going nowhere fast You know what I say ?

I can cry back At the radio All the sad and stupid songs of all time Seem written for me now I could spend my life again Singing songs in Minor G You know I like the sun like you But I’m stuck to Minor G I could spend my life again Singing hopeless melodies But happyendings with you Make forget the Minor G

With tears behind Sunglasses I just think of her You know what I say ? I look backward At the road behind The sideslips And the trees on fire It’s like I learned Just how to brake Just yesterday It’s so beautiful to learn

My life was full of dirt And it was difficult for me To see you through this window And it’s so beautiful to see

I could spend my life again Singing songs in Minor G You know I like the sun like you But I’m stuck to Minor G I could spend my life again Singing hopeless melodies But happyendings with you Make forget the Minor G

My brain was like a jail And it was difficult to kill This dark prisoner, young widow, And it’s so beautiful to kill I could spend my life again Singing songs in Minor G You know I like the sun like you But I’m stucked to Minor G I could spend my life again Singing hopeless melodies But happyendings with you Make forget the Minor G

I hear backward At all these songs sung Cursed and clueless But in my mouth I found the clue

THE BLACK PAINTERS - All the sad and stupid songs of all time seem written for me now 68


Bleu Pétrole

Le Sol Mineur Je conduis sur une autoroute Allant nulle part vite Tu vois ce que je veux dire ? Avec des larmes derrière les lunettes de soleil Je pense juste à elle Tu vois ce que je veux dire ?

Je pourrais passer ma vie à nouveau À chanter des chansons en sol mineur Tu sais, j’aime le soleil comme toi Mais je reste bloqué sur le sol mineur Je pourrais passer ma vie à nouveau À chanter des mélodies sans espoir Mais les fins heureuses avec toi Me font oublier le sol mineur

Je regarde dans le rétroviseur à la route derrière Les dérapages Et les arbres en feu

Ma vie était pleine de poussière Et il était difficile pour moi De voir à travers cette fenêtre Et c’est si beau de voir

C’est comme si j’avais appris à freiner Seulement hier C’est si beau d’apprendre

Mon cerveau était comme une prison Et il était difficile de tuer Ce sombre passager, jeune veuve, Et c’est si beau de tuer

Je pourrais passer ma vie à nouveau À chanter des chansons en sol mineur Tu sais, j’aime le soleil comme toi Mais je reste bloqué sur le sol mineur Je pourrais passer ma vie à nouveau À chanter des mélodies sans espoir Mais les fins heureuses avec toi Me font oublier le sol mineur

Je pourrais passer ma vie à nouveau À chanter des chansons en sol mineur Tu sais, j’aime le soleil comme toi Mais je reste bloqué sur le sol mineur Je pourrais passer ma vie à nouveau À chanter des mélodies sans espoir Mais les fins heureuses avec toi Me font oublier le sol mineur

J’entends derrière moi Toutes ces chansons Chantées comme maudites et sans issue Mais dans ma bouche, j’ai trouvé la clé Je peux répondre à la radio En pleurant Toutes les chansons tristes et stupides de tous les temps Semblent écrites pour moi maintenant

THE BLACK PAINTERS - All the sad and stupid songs of all time seem written for me now 69


Chapitre V

Bleu Horizon

71


Chapitre V

Le temps lave enfin. La respiration se fait moins douloureuse. Un vent frais semble enfin pénétrer nos poumons. Peut-être même à divers moments les instants sont-ils simples. Ce chien dans la rue émeut notre regard. Il n’est plus une promesse passée. Il est un chien dans une rue. Les couples autour de nous ne sont plus une provocation à la vie. Ils sont des couples autour de nous. Notre maison devient moins grande et effrayante. Elle devient notre maison. La solitude n’est plus un ennemi. Elle est un état. Un moment. Presque une opportunité. Tout ce temps devant nous.Tout ce vide à l’intérieur.Toutes ces choses à ranger.Tout ce champ de possibles.Toutes ces routes. Lesquelles. Laquelle. Ne pas savoir. Ne pas vouloir le savoir. Juste marcher. Avancer coûte que coûte. FWD. Marche arrière interdite. Si le passé revient, il ne sera pas le passé. Il sera un autre futur.Tout comme aujourd’hui est un nouveau présent par rapport à nos promesses passées.Tout comme je suis à la fois tellement le même et tellement différent de celui que je connus aux heures indues. Reconstruire l’horizon. Ou le construire. Toutes ces briques.Toutes ces routes.Tout ce temps.Trop ? Jamais au final. L’homme n’est jamais si grand que dans l’épreuve. Dieu que j’ai grandi. J’arrive même à voir par-dessus ce muret maintenant. C’est assez joli de l’autre côté. On dirait la mer.

72


Bleu Horizon

Le combat ordinaire Vivre et laisser vivre Un long jour de juillet Boire pour être ivre Boire et recommencer Mourir et sans rire Laisser passer les trains Attendre le pire D’un sourire au matin Vouloir sans attente Agir sans désirer Confiance et tourmente Lâcher prise et beauté Croire et laisser croire Les mensonges sincères Fermer les yeux, voir Le combat ordinaire

73


Chapitre V

Il y a un corps qui tremble Depuis le début On voit des histoires Allongées Jusqu’à plus soif Jusqu’à la faim Jusque dans le noir Même nues Arrachées Chaque nuit Je vois les miroirs Impitoyables Jusque dans la peau Jusque dans la chair Jusque tard le soir Même en larmes Continuées Continuez Si la terre vous porte, si le vent vous aide, si le son des fois est ton seul ami Si le sentiment de vendre son cœur est moins grand que l’amour que tu voues à la nuit Si les cris t’apportent, si les matins blêmes arrivent un peu à effacer le gris, Si celles qui te suivent valent moins que celle que tu suis Elle est là ta sentinelle, elle est là, ta sentinelle Elle nous a rapprochés des cieux Elle nous a décollés les yeux Il y un corps qui tremble Mais c’est ton corps qui tremble Et c’est ma main qui n’ose pas Le toucher Et je sais pourtant que tu attends ça

ENDING SATELLITES 74


Bleu Horizon

Souffle sur les braises Souffle sur les braises Sur ton âme Sur ton corps Lâche ce qui te pèse Car tu sais Sens brûler le feu Sans les femmes Sans les morts Respire peu à peu Juste essaie Sauve qui se taisent Sans un drame Sans renfort Les amours qui plaisent Aux pensées Souris à ce jeu Vis et crame Sans remords Cette vie pour deux Annoncée

75


Chapitre V

All the lights on Yeah my friend, it’s been a long time Look what’s left behind Three bottles of wine that emptied our lives Oh, I know you won’t forget my name But I guess you will forget yours So turn the lights on Yeah my friend, you’d like to surrender Looking at behind Three personal wars that bruised your life Yes, I know you won’t forget my name But I guess you will forget yours All the lights on Yeah my friend, it’s been three hours now We walk as drunk as hell Three doors and one way to open the wrong one Yes, I know we won’t forget how But I think we will forget why All the lights on All the lights on All the lights on So once you’ll find it’s over So once you’ll find it’s over Shout aloud Shout aloud Please shout aloud my name All the lights on All the lights on All the lights on

MY OWN PRIVATE ALASKA 76


Bleu Horizon

Les Lumières allumées Oui, mon ami, cela fait un moment Regarde ce que nous avons laissé derrière nous Trois bouteilles de vin qui ont vidé nos vies Oh, je sais que tu n’oublieras pas mon nom Mais je sens que tu oublieras le tien Alors allume les lumières Oui, mon ami, tu aimerais te rendre En regardant derrière Trois guerres personnelles qui ont embrumé ta vie Oh, je sais que tu n’oublieras pas mon nom Mais je sens que tu oublieras le tien Alors allume les lumières Oui, mon ami, cela fait trois heures maintenant Nous marchons, comme ivres Trois portes, et une issue, pour ouvrir la mauvaise Oui, je sais que nous n’oublierons pas comment le faire Mais je pense que nous oublierons pourquoi Toutes les lumières allumées Toutes les lumières allumées Toutes les lumières allumées Alors quand tu penseras que c’est fini Crie fort Crie fort mon nom Toutes les lumières allumées Toutes les lumières allumées Toutes les lumières allumées

MY OWN PRIVATE ALASKA 77


Chapitre V

Nos arbres La forêt s’embrase Le brasier commence Comment c’est ? L’enfer ? Enfermé dehors ? Hors les murs, la mort Ça mord en prison Ils n’ont rien compris Prie pour qu’elle revienne Vienne c’est Barbara Bar en pleine tournée Retournée la tête Êtes-vous bien sûrs d’elle ? Délicate elle l’est Laide est mon image L’âge d’amour en stèle ? Telle est la question La forêt s’en va Va et viens de cendres Descendrez-vous comme J’y suis descendu ?

78


Bleu Horizon

À l’endroit À porter le soufre, et la neige, et le sang On en oublierait nos étés Si tu veux qu’on cherche du côté du levant Je ne peux que t’accompagner Un décor secret Un endroit Un envers sacré À l’endroit Le poids de l’histoire, et des sons en pagaille, J’ai pris goût à les porter Si tu ne veux plus savoir que je déraille Je descendrai le dernier Il est des pays où la terre est humaine Tu voudrais me les montrer Nous sommes sur la route, voyons où ça nous mène Je n’ai pas peur d’y aller Un décor secret Un endroit Un envers sacré À l’endroit

TERRE NEUVE Collective 79


Chapitre V

Je me trompais de bleu La mer au fond parlait à mes bosses, à mes creux Elle pleurait des écumes, dans ces bateaux qui voguent Je séchais sur le sable en craignant l’épilogue Au fond c’est moi le ciel qui me trompait de bleu

80


Bleu Horizon

C’était mon plus beau combat Il n’eut pas peur quand j’étais blême Car il ne sut que j’étais blanc Je lui mentais en étant franc Pour lui éviter les carêmes

Il ne méritait de savoir De ma traversée du désert Que les châteaux de sable offerts Que je lui offrais sans savoir

L’absence de rire, l’absence de joie Il ne vit pas que j’étais noir Je l’embrassais a chaque soir Pour qu’après dans la nuit je noie

Car j’ai tenu dans la tempête Il ne m’a jamais vu pleurer Ou bien si peu pour le sauver De notre destinée en miettes

Mes larmes, mes sanglots, ma peur Dans la moiteur des oreillers La solitude d’un été La perte de mon âme sœur

Je l’ai fait rebondir debout Sur des rochers, sur ces tapis Afin de lui apprendre la vie Cette inconnue de bout en bout

Je souriais à chaque sourire Qu’il me tendait à bout de bras Je lui rendais à bout de voix Je lui masquais déjà le pire

Nous avons parcouru les cartes De la terra incognita Marché ensemble, couru vite à Un endroit, que personne ne parte

Je prenais sur moi, mes épaules Ont plusieurs fois failli lâcher Mais je ne l’ai jamais fâché J’ai tenu bon, j’ai joué mon rôle

Nous avons limité la casse Séché les rivières de nos yeux Réduit les rêves de trois à deux Et attendu que le temps passe

Je séchais mes larmes d’un revers De la main en tournant la tête Quand il venait me dire la fête Je lui renvoyais sa lumière

Qu’il nous refasse des cadeaux Comme il nous faisait dans le temps Quand il disait « Papa, Maman » Et nous, mi fa sol la si do

81


Chapitre V

L’Horizon Hey Bon dieu, il se fissure le monde Le mien Les grands ensembles tremblent bien Fécondent Il aura fallu deux secondes Ma rue Elle est pavée de choses immondes Salut Faudra-t-il pour être bien ? Se donner un peu les mains En venir au genre humain Peut-être Reconstruire l’horizon Ne plus fuir les saisons Hey Il aura fallu deux secondes T’as vu ? C’est fou ce que ça tient à rien J’y ai cru Qu’on pouvait à jamais revivre Rependre Les morts qu’on enterrait la veille Ensemble Faudra-t-il pour être bien ? Se donner un peu les mains En venir aux mains Peut-être Reconstruire l’horizon Ne plus fuir les saisons Ceci est ma maison.

AGORA FIDELIO - Barcelone 82


Conception et réalisation : Exotypie à Toulouse. Photographies : Flora Riffet. Impression : Escourbiac à Graulhet, juin 2016. ISBN : 978-2-9547844-1-0. Dépôt légal : 3e trimestre 2016. Loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse.


Si bleu qu’à sa brisure Matthieu Miegeville Musicien et artiste avant tout, Matthieu Miegeville a visité 23 pays en comptant un millier de concerts à son actif. De par ses formations Psykup, Agora Fidelio, My Own Private Alaska, Terre Neuve Collective, The Black Painters, Cancel The Apocalypse, il n’a jamais cessé d’écrire. Comme une thérapie, écrire, parler ou chanter avec son encre est devenu une nécessité. Une névrose du silence et de l’absence transcendée en messages d’espoir, de foi en l’humanité, ne tiendrait-elle qu’à un fil. L’écriture comme pour se prouver que si seuls l’amour, la colère et la haine sont les vrais moteurs de l’inspiration, seuls l’amour, l’acceptation et le pardon iront au bout de nos routes personnelles et apporteront la paix que l’on recherche tous. Au travers d’un long travail métaphorique sur l’histoire du Couple avec un grand C, Si Bleu qu’à sa brisure est un ouvrage hors du temps et des normes actuelles, qui assume son empreinte dans ce que la littérature française compte de plus essentiel pour nous accompagner dans la musique de la vie quelle qu’en soit sa couleur : la poésie.

ISBN : 978-2-9547844-0-3

20 euros

Profile for MIEGEVILLE MATTHIEU

Si bleu qu'à sa brisure  

Livre "Si bleu qu'à sa brisure" LECTURE INTEGRALE Commandes Livre Physique : https://www.facebook.com/Si-Bleu-Qu%C3%A0-Sa-Brisure-176528414...

Si bleu qu'à sa brisure  

Livre "Si bleu qu'à sa brisure" LECTURE INTEGRALE Commandes Livre Physique : https://www.facebook.com/Si-Bleu-Qu%C3%A0-Sa-Brisure-176528414...

Advertisement

Recommendations could not be loaded

Recommendations could not be loaded

Recommendations could not be loaded

Recommendations could not be loaded