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École Nationale Supérieure d’Architecture et de Paysage de Bordeaux Master IAT

L’implication citoyenne dans la construction de la Métropole de demain. D’une stratégie globale à une stratégie collective négociée

Mémoire de Master 2, présenté par Mélanie Fraysse Sous la direction de Julie Ambal et Xavier Guillot Séminaire : Repenser la Métropolisation

Janvier 2017 Bordeaux Année 2016-2017


Mélanie FRAYSSE

Étudiante en Master 2 - Intelligence et Architecture et des Territoires École Nationale Supérieur d’Architecture et de Paysage de Bordeaux melanie.fraysse@bordeaux.archi.fr / melaniefraysse@hotmail.fr 06.22.77.40.90

Architecture

Associatif Présidente de la Junior Entreprise Villebrequin,

2013-2014

ENSASE, Saint-Étienne (42)

Membre de l’association Métropolis ScpoBx, depuis 2016 Bordeaux (33)

Master d’architecture, 2015-2017

École Nationale Supérieure d’Architecture et de Paysage de Bordeaux (33) - Master 2 Projet collectif en collaboration avec des étudiants de Science Po. Bordeaux et le Forum Urbain - Master 1 Projets de territoires : l’eau dans les Landes et en Thaïlande

Licence d’architecture, 2011-2014

École Nationale Supérieure d’Architecture de Saint-Étienne (42)

Première année de Licence d’Arts Appliqués, 2010-2011 Université de Nîmes (30)

Diplômes Langues

Licence d’Architecture, 2014

Anglais - Bon niveau Espagnol - Courant Portugais - Bilingue

Baccalauréat S Si, 2010

École Nationale Supérieure d’Architecture de Saint-Étienne (42)

Lycée La Borde Basse, Castres (81)

Stages Logiciels maitrisés AutoCAD Sketchup Revit Illustrator Photoshop Indesign

Sports Boxe française Natation Course à pied Randonnée

***** ***** *** ***** *** *****

Agence Bouriette & Vaconsin, 2016

4mois de stage, Bordeaux (33) - Dossier création de ZAC, étude d’impact, esquisse, plans, modélisation 3D, réunions avec le comité technique et comité de pilotage de l’ACBA, Technopole Izarbel II, Bidart (64) - Suivi de chantiers, mise en page de dossiers de présentation, documents graphiques

Agence Nicolas Michelin et Associés, 2015

5mois de stage, Bordeaux (33) et Paris (75) - Suivi de chantiers, documents graphiques, plans de vente, modélisations 3D, maquettes, échantillons, Les Bassins à Flot, Bordeaux (33) - Dossier Pro et plans de vente, Logements Rotonde, Strasbourg (67) - Étude de faisabilité projet Porte de Saint Cloud, Paris (75) - Esquisse aménagement des quais, projet Ivry-confluences, Paris (75) -Cahier des charges espace public, ZAC République, quartier Port-Marianne, Montpellier (34)

Atelier Métropolitano de Jorge Mario Jauregui, 2014-2015

3mois de stage, Rio de Janeiro (BRESIL) - Étude sur le logement social au Brésil et en périphérie de Rio, Araruama - Élaboration et montage du module «Favela Loft», exposition «Renaissance», Lille 3000, Lille (59)

Agence Roselyne Sudre, 2013 1mois de stage, Albi (81)

Mémoire de Master : L’implication citoyenne dans la construction de la Métropole de demain https://issuu.com/melaniefraysse/docs/melanie-fraysse-memoire-master2 melanie.fraysse@bordeaux.archi.fr / melaniefraysse@hotmail.fr / 06.22.77.40.90


École Nationale Supérieure d’Architecture et de Paysage de Bordeaux Master IAT

L’implication citoyenne dans la construction de la Métropole de demain. D’une stratégie globale à une stratégie collective négociée

Mémoire de Master 2, présenté par Mélanie Fraysse Sous la direction de Julie Ambal et Xavier Guillot Séminaire : Repenser la Métropolisation

Janvier 2017 Bordeaux Année 2016-2017


Sommaire

Avant propos

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Introduction : Prise en considération du citoyen, l’émergence d’une nouvelle pratique de l’urbanisme

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Qu’est ce que l’implication citoyenne ?

I – L’implication des citoyens dans la Métropole bordelaise

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Comment intervient l’implication citoyenne à Bordeaux ?

1) De l’urbanisme de plan vers l’urbanisme de projet

2) Le top down : intégrer les citoyens à la réflexion d’une démarche de projet concertée

3) Le bottom up : réagir et agir ou une prise de conscience des citoyens aux problématiques urbaines

p 10 p 22 p 38


II – Trois initiatives supports de l’implication citoyenne à Bordeaux

p 51

Quelles sont les initiatives qui portent cette implication et comment ?

1) L’association Yakafaucon : créer un cadre repère, support de l’investissement citoyen à l’échelle d’un quartier

2) Le Bruit du Frigo : utiliser l’événement comme support de médiation et de mobilisation

3) Le Forum urbain : ouvrir le monde de la recherche à la société civile

III – L’implication citoyenne comme levier d’une nouvelle façon de faire la ville

p 52 p 60 p 70

p 80

Que produit cette implication citoyenne ?

1) Vers une meilleure connaissance et valorisation des territoires

p 83

2) Une négociation des pratiques institutionnelles

p 91

3) L’émergence du médiateur comme acteur incontournable dans la fabrication de la ville

p 97

Conclusion : l’implication citoyenne et construction d’une identité Métropolitaine commune

p 102

Postface

p 107

Bibliographie

p 109

Annexes

p 115


Remerciements

Je souhaite tout d’abord remercier ma famille et amis qui m’ont accompagnés tout au long de cette réflexion, mes parents qui m’ont inculqués les valeurs qui aujourd’hui me permettent de me positionner professionnellement, mes amis et collègues pour leurs relectures attentives et critiques, ainsi que mon compagnon Thomas, qui m’a soutenu tout au long de ce travail. Je souhaite ensuite remercier Jean-Michel Dutreuil, professeur de projet en S6 à l’école de Saint-Étienne, qui a éveillé mon intérêt pour les questions urbaines et sociales indissociables d’une pratique architecturale consciente, ainsi que Christophe Bouriette et Marion Vaconsin, de l’agence Bouriette & Vaconsin auprès de qui j’ai réalisé mon dernier stage et qui, par leur regard critique et leur engagement dans la construction d’une ville humaine et durable proche du citoyen, m’ont permis de continuer de former ma conscience professionnelle, mais également Claire Parin et Jacques Robert du domaine Architecture, Ville, Territoire auprès de qui j’ai initié ces questionnements et ce travail de mémoire. Je remercie également Stéphane Hirschberger et Gilles Pinson, ainsi que le domaine IAT qui m’ont permis d’acquérir une plus grande connaissance des enjeux Métropolitains et des acteurs auxquels j’ai tenté de me confronter et d’approcher de plus près à travers ce travail de Mémoire. Je remercie aussi toutes les personnes qui ont accepté de répondre à mes questions : Marie-Claire, Julien, Nathalie, Véronique, Mélina et l’ensemble des bénévoles de Yakafaucon, Marie, Marion et l’ensemble des bénévoles du jardin de l’Éphémère, Aurélie Couture du Forum urbain, Damien Mouchague du C2D, Yvan Detraz du Bruit du Frigo, ainsi que les personnes qui m’ont permis de réaliser ce travail de recherche et de réflexion sur le sujet de l’implication citoyenne dans la construction de la Métropole de demain. Enfin, je remercie mes directeurs de Mémoire, Julie Ambal et Xavier Guillot pour leur accompagnement, leurs relectures, critiques et références tout au long des réflexions et de la rédaction de ce Mémoire de Master. Pour terminer j’adresse une pensée à toutes les personnes qui sont engagées dans la construction d’un monde plus durable et dont les actions et pensées, qui commencent à questionner nos façons de fabriquer les villes, ont largement inspiré mon Mémoire.


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Figure 1 : Affiche du fil ÂŤ Demain Âť URL : http://lelab.koolicar.com/2015/12/01/demain-film-monde-meilleur/


Avant propos– Un autre monde pour demain Dans le Film «Demain», Mélanie Laurent et Cyril Dion posent la question de l’avenir de notre planète et de nos villes suite à la publication d’une étude annonçant la disparition de l’humanité d’ici 2100. Sans s’arrêter à cet état de fait, ils vont chercher des solutions : « Comment remédier à ça ?1 » pour se rendre compte qu’un peu partout dans le monde, de nombreuses initiatives ont émergées et contribuent, à l’échelle d’un quartier, d’une ville, ou d’un pays, à la construction d’un environnement plus durable. Ces initiatives agissent autour de quatre questions ou leviers fondamentaux que sont : l’alimentation, l’économie, l’éducation et la gouvernance. Ainsi à Détroit, ville désertée par ses habitants, commerces et services au moment de la crise, vont apparaître des potagers urbains, construits par les derniers habitants de la ville pour répondre à leurs besoins en aliments frais qui ne sont plus acheminés jusqu’à chez eux. De nombreuses personnes qui n’étaient pas initiées à ces techniques, mais qui se sentent concernées par ces problèmes et sont en capacité d’agir, vont décider de s’impliquer dans cette démarche afin d’en faire profiter un plus grand nombre. A une autre échelle en Angleterre, les habitants d’une petite ville vont créer des potagers accessibles à tous, dans les espaces disponibles de la ville, de manière sauvage au début, puis, soutenus par la municipalité ils vont bénéficier d’espaces dédiés à ces plantations. En Inde le maire d’un village va décider de construire une autre ville avec ses habitants, en les impliquant dans la prise de décision et dans l’action. Les habitants vont, eux-mêmes soulever les problèmes auxquels ils sont confrontés et décider des actions à mettre en place pour y remédier. A Lagos l’État n’ayant pas l’argent ni les moyens nécessaires pour un ramassage des ordures efficace, ce sont des habitants réunis au sein d’une l’association et connectés via Facebook qui décident, ensemble, de se rejoindre pour nettoyer un quartier ou une rue. Ces démarches ponctuelles servent parfois de leviers pour permettre à des politiques de développement durable de voir le jour, offrant ainsi des moyens plus importants à la mise en œuvre de ces nouvelles façon de construire et gérer la ville. Ces initiatives touchent directement les habitants et sont très souvent initiées par ceux-ci. Elles touchent également à l’urbain et à l’architecture car elles redéfinissent le rapport des citoyens à l’ « habiter » au sens d’être au monde, aux problématiques urbanistiques, environnementales, sociale et de gouvernance. Si au niveau institutionnel, la crise financière n’aidant pas, les choses tardent parfois à se mettre en place, en revanche à l’échelle de l’habitant, la concertation, la prise de décision rapide et la mutualisation permettent de mener à bien des actions dans des temps réduits. L’implication citoyenne signifie alors « s’engager auprès de ses concitoyens dans la poursuite d’objectifs communs2 » et œuvrer à la construction de villes plus durable pour l’avenir. « Un autre monde est possible pour demain, c’est à nous de le construire, ensemble »3.

1 2 3

DION, Cyril, LAURENT, Mélanie, Demain, 2015, vidéo URL : participationcitoyenne.com, novembre 2016 Ibid. note 1.

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Introduction : Prise en considération du citoyen, l’émergence d’une nouvelle pratique de l’urbanisme Qu’est ce que l’implication citoyenne ?

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L’urbanisme de projet, comme stratégie global qui s’impose à l’ensemble d’un territoire sans prise en compte des différentes échelles qui le composent, apparaît comme obsolète face aux contraintes du développement durable. Ce système de conception se confronte à l’élasticité des villes actuelles en mutation, ainsi qu’aux besoins tout aussi rapidement mutables de leurs habitants et à l’identité de chaque quartier et commune. Comment prévoir les besoins d’une population qui croît de manière exponentielle dans l’agglomération Bordelaise, bientôt millionnaire ? La Métropolisation croissante des villes se fait dans une course à la reconnaissance, entre inégalités territoriales (explosion du coût de l’immobilier qui entraîne une gentrification d’anciens quartiers populaires devenant inaccessibles à leurs anciens résidents) et problématiques environnementales (étalement des villes sur la nature et imperméabilisation des sols) : « La métropole n’est pas un lieu qu’on dessine. C’est une condition – que l’on peut décrire (…) La métropole contemporaine reste une matière vivante, travaillée en permanence par des forces contradictoires : la solidarité et la compétition, l’hyper productivité et la gestion raisonnée des ressources, l’immédiateté et la projection…Une réalité de plus en plus complexe, imprévisible, enchevêtrée, irréductible, où l’écologie (soutenabilité des territoires) et l’équité (égalité des territoires) deviennent en soi des enjeux d’efficacité économique »1. Cette matière vivante fait appel à des savoirs multiples pour se construire sur un équilibre fragile entre les savoirs citoyens, qui sont les connaissances détenues localement par les habitants et usagers d’un territoire et les savoirs techniques, dé-contextualisés et détenus par les personnes formées aux problématiques et aux enjeux urbains. Il ne sera pas question ici d’ « urbanisme participatif »2 qui me semble être un terme trop restrictif, l’implication citoyenne intègre la notion de participation mais elle ne s’y réduit pas car j’estime qu’elle prend forme dès la contestation. La protestation loin d’être négative vient mettre en lumière une volonté de démocratie et de participation dans la prise de décision, cette étape est même nécessaire : « créer, c’est résister. Résister c’est créer »3  nous dit Stéphane Hussel qui en fait le titre de son livre « Indignez-vous ! ». La protestation est un premier pas vers l’action, les événements récents des « Nuits debout » qui font suite aux événements très médiatisés de « Podemos » à Madrid, mais aussi de « Syriza » en Grèce et « Bloco de Esquerda » au Portugal dénotent d’une volonté démocrate participative et de participation citoyenne aux questions politiques et à la chose publique. D’autres mouvements de protestation se positionnent contre l’aéroport de Notre Dame des Landes, contre des projets d’aménagement urbains, contre telles constructions, qui s’imposent à la volonté des habitants. Les luttes urbaines ont émergées en Amérique du Nord dans les années 60 avec un désengagement de l’état et les luttes noires contre l’insalubrité et l’insécurité des ghettos. Ces idées portées par des groupes souvent alternatifs, se sont ensuite propagées en Europe via les écrits d’urbanistes comme Davidoff. Gandhi, repris par Nelson Mandela, disait : « ce qui est fait pour nous, sans nous, est fait contre nous »4. L’implication citoyenne dans ce cas va être politique et de l’ordre de la résistance.

1. «Constelation.S», Arc-en-Rêve, Bordeaux, exposition vue le 23 septembre 2016 2. Jodelle ZETLAOUI-LÉGER, « Urbanisme participatif », in CASILLO I. avec BARBIER R., BLONDIAUX L., CHATEAURAYNAUD F., FOURNIAU J-M., LEFEBVRE R., NEVEU C. et SALLES D. (dir.), Dictionnaire critique et interdisciplinaire de la participation, Paris, GIS Démocratie et Participation, 2013, ISSN : 2268-5863. URL : http://www.dicopart.fr/en/dico/urbanisme-participatif. 3. HUSSEL Stéphane, Indignez-vous !, Mercuès, 2011 4 Gandhi, repris par Nelson Mandela, date inconnue


L’implication citoyenne tend à plus d’horizontalité et de démocratie s’opposant au pouvoir étatique vertical. En France les consciences s’ouvrent doucement à développer les « solidarités horizontales »5 chères à Frédérique Lenoir qui lors de son intervention à la journée de l’intergénérationnel du 29 Avril 2013, parle des « liens communautaires » qui seraient selon lui « la solution à la crise actuelle »6. Pour Jacques Fournier, l’implication citoyenne « c’est tout ce qui permet aux citoyens et citoyennes de faire quelque chose de positif et d’utile pour la communauté »7. Cette notion de communauté est importante pour contrer la globalisation et l’individualisation des villes et affirmer de nouveaux liens sociaux œuvrant pour un intérêt commun, partagé entre tous. L’implication est alors sociale. L’action peut prendre plusieurs formes, entre bottom up où se sont les habitants qui prennent seuls l’initiative d’agir et top down où les institutions publiques vont faire appel à l’expertise des habitants. Les villes, conscientes de ces enjeux, offrent depuis le début du siècle une place importante aux citoyens dans les politiques de la ville. Après l’  Advocacy Planning de Davidoff, les Corporations de Développement Communautaire de Détroit et les Local Strategy Partnership Britanniques, depuis les années 2000 on assiste en France, à un regain d’intérêt pour la participation des habitants, au moment où les cadres réglementaires, dont dépendent les opérations et documents d’urbanisme, convergent. En 1999 est établie la loi Voynet pour l’aménagement et le développement durable du territoire, puis en 2000 la loi Vaillant de solidarité et de renouvellement urbain, suivie de la démocratie de proximité en 2002, toutes préconisant l’implication des habitants et associations en amont des projets. La loi Berloo en 2003 exige des Maires que les projets de démolition/reconstruction soient élaborés sur la base d’une consultation méthodique de tous les acteurs et en premier lieu, les habitants des quartiers concernés. Les pratiques associées à la politique de la ville constituent un domaine privilégié d’expression du vocabulaire de la participation, Jacques Donzelot dans « La ville à trois vitesse » nous dit que ce phénomène est dû aux « effets de la mondialisation »8 et à une « perte d’évidence de l’efficacité de l’État »9. On a une rupture d’échelle entre gouvernance globale de la ville à l’échelle de l’Europe et du Monde et locale à l’échelle du quartier et de l’habitant. Si les réglementations évoluent, elles n’en restent pas moins ambiguës, « implication citoyenne » et « participation » devenant des notions plastiques qui s’étirent au grès des envies et motivations des élus. L’implication est aussi formatrice comme nous dit Aristote « Les choses qu’il faut apprendre pour les faire, c’est en les faisant que nous les apprenons »10 et à ce sujet Jacques Rancière nous affirme que nous sommes tous en capacité d’apprendre quel que soit notre d’éducation « il faut apprendre quelque chose et y rapporter tout le reste d’après le principe : toutes les intelligences sont égales »11. C’est par la confrontation et l’action que va pouvoir se construire une pensée de l’habiter, un nouveau rapport à la ville et à l’espace public commun, c’est ainsi que se construire une citoyenneté. Le chantier en est un temps primordial comme le défend Patrick Bouchain «  le chantier est un acte culturel en tant que tel »12, ainsi que plusieurs collectifs pluridisciplinaires qui l’exploitent comme base de production et de réflexion communes. 5 LENOIR, Frédéric, Conférence vue en 2013, URL : https://www.youtube.com/watch?v=BkGsxJiKgT4&feature=youtu.be 6 Ibid. 7 http://cdcerable.com/implication-citoyenne.php 8 DONZELOT, Jacques, «Démocratie et participation : l’exemple de la rénovation urbaine» in La ville à trois vitesses, Pairs, 2009 9 Ibid. 10 ARISTOTE, Éthique à Nicomaque, 1103a, URL : http://joseph.rezeau.pagesperso-orange.fr/recherche/theseNet/theseNet-1_.html 11 RANCIÈRE Jacques, Le maître ignorant, Cinq leçons sur l’émancipation intellectuelle, Paris, 1987, p167 12 BOUCHAIN Patrick, conférence

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Après le tour du monde des solutions alternatives de Mélanie Laurent et Cyril Dion, je souhaite réaliser un tour de Bordeaux des initiatives visant à impliquer les habitants dans la construction de la Métropole. Consciente des problématiques de la ville durable vers laquelle nous devons tendre dans l’avenir, je pense qu’une telle ville ne peut se faire qu’avec l’implication de ses citoyens qui sont les premiers concernés par ces changements. Bordeaux se trouve actuellement dans une phase de mutation et souhaite de positionner sur la scène internationale comme une « ville d’avenir »13, en marche vers le top 20 des métropoles européennes. C’est pourquoi j’ai souhaité en faire mon terrain de recherche. Elle présente en ce sens un laboratoire d’expériences riches à observer, l’implication citoyenne étant, comme on vient de le voir, une notion très large. Comment s’exprime-t-elle à Bordeaux ? Qu’elles sont les structures qui œuvrent pour un développement de cette implication ? Quel rôle les architectes et urbanistes peut-ils avoir dans l’accompagnement de ces initiatives ? Méthodologie Je m’appuie dans cette étude sur des recherches de sociologues, d’architectes et d’urbanistes, ainsi que sur trois cas d’étude et les témoignages des personnes rencontrées. Ces données sont complétées par ma formation à l’école d’architecture et de paysage de Bordeaux et notamment par mon travail collectif en cours dans le domaine IAT (Intelligence et Architecture des Territoires), ainsi que par mon expérience en tant qu’adhérente et bénévole dans deux associations d’habitants.

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Ce mémoire pose la question de l’avenir et de l’impact des grandes opérations d’urbanisme traduisant les mutations territoriales en cours. Il ouvre à d’autres possibilités de construction de la ville impliquant d’avantage les citoyens, ainsi qu’à d’autres manières d’exercer le métier d’architecte. Étudier ces expériences va nous permettre de tirer des leçons pour l’avenir de notre pratique architecturale et urbaine, mais aussi de nous positionner professionnellement dans les gouvernances des villes que nous habitons et que nous construisons par notre regard et notre pratique.

13

URL : http://www.modem33.com/tag/bordeaux-ville-davenir/


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HABITER : UN TRIANGLE ET SON CERCLE ESPACE HABITÉ

S

IQUE

SAVO IR (mot S s)

PRAT s)

(corp

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HABITER

HABITANT

COHABITATION

Figure 2 : Schéma du processus d’habiter Source : d’après LAZZAROTTI, 2006, p. 269, URL : http://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/a-la-une/notion-a-la-une/habiter


I – L’implication des citoyens dans la Métropole bordelaise Comment intervient l’implication citoyenne à Bordeaux Métropole ?

« Comment définir et nommer les “ gens ” ordinaires des sociétés urbaines d’aujourd’hui ? Comment les penser parmi les acteurs de la ville ? La difficulté de la réponse est à la mesure de la compréhension du devenir de ce que les anthropologues, bien avant l’ONU et Le Corbusier, ont appelé les “ établissements humains ” [Mauss, 1905] (…) Par ailleurs ce citadin ordinaire est à situer aussi dans un champ de pouvoirs plus large, dans le cadre de la “gouvernance”, identifiée par certains chercheurs. Ce concept donne à comprendre, dans le faisceau des forces participant à l’exercice du pouvoir, celles, non nécessairement institutionnalisées, qui agissent d’un poids grandissant sur les décisions qui font la ville »1 Daniel Pinson, architecte et docteur en sociologie urbaine, se questionne sur le rôle de l’habitant, non pas comme simple résident d’un lieu et consommateur de l’espace, mais comme acteur primordial de la conception de celui-ci. Pour cela il explore la notion d’usager qui est une terminologie répandue, notamment en urbanisme pour parler de l’habitant comme personne soumise à des droits d’utilisation de services mis à sa disposition par les institutions publiques. D. Pinson critique la position de l’état et des collectivités qui, sous prétexte d’une plus grande équité entre les citoyens, créent des services destinés en réalité à contrôler le désordre au sein des villes en limitant les pratiques déviantes, ou « habitudes »2 non réglementées, et excluant l’habitant (ou l’usager) de la prise de décision, lui attribuant un statut passif dans la société. Il est vrai que le citadin évolue dans les espaces réglementés depuis la création du foncier et du droit de propriété qui régit les espaces privés ainsi que les espaces publics, limitant, par une police des villes, les usages que celui-ci peut faire de ces espaces. On aurait envie de dire « ses » espaces si ont reprend la définition de D. Pinson, «On est à la fois l’habitant de sa maison et l’habitant d’une ville »3, cependant ni l’un ni l’autre ne lui appartiennent réellement si on se cantonne à un rapport juridique. D. Pinson va au delà de cette définition première d’ « habitantusager »4, pour parler d’« appropriation patrimoniale et symbolique »5 de la ville. Il explore également les notions d’habitant, de citadin et de citoyen, afin de nous montrer que celui-ci présente un rapport global à la ville, en lien avec la société urbaine et la culture, la dimension juridique (de droits et de devoirs) faisant référence à la nation. Il est ainsi impératif que les institutions publiques accordent à l’usager son statut de citoyen en l’intégrant dans la fabrication de la société.

1. PINSON, Daniel, «L’ “ USAGER ” DE LA VILLE», in La ville et l’urbain, l’état des savoirs, éd. La Découverte, Paris, 2000, p 233, l 1-16. 2. Ibid. 3. Ibid. 4. Ibid. 5. Ibid.

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Figure 3 : Plan Local d’Urbanisme de Bordeaux, du 16 novembre 2012 URL : http://www.carto-sig.com/plu-bordeaux/


1) Évolutions politiques et institutionnelles de la Métropole bordelaise

De l’urbanisme de plan au projet urbain : vers une plus grande prise en compte des habitants

Le passage d’un urbanisme de plan à un urbanisme de projet parle d’une importante évolution dans la conception de la ville et de l’espace urbain. Patrizia Ingalinna, dans son livre « Le projet urbain », nous explique cette notion, ainsi que les raisons de l’évolution de la pensée urbaine. L’urbanisme de projet s’oppose fondamentalement à un urbanisme de plan perçu trop rigide dans sa vision sectorisé de la ville, ainsi que dans la systématisation de la production des espaces urbaines. Le projet urbain se veut plus souple et adaptable au territoire dans lequel il s’insère au moment de la conception mais aussi sur le durée car ouvert au débat et à la transformation6. Il se veut plus connecté à son contexte, pas seulement physiquement mais aussi socialement et économiquement. Il émane ainsi d’un « processus »7 complexe qui à chaque phase d’avancement va réinterroger la précédente et le territoire, dans ce qu’il a de formel et de social. Le projet urbain se veut ainsi plus global, dans la complexité des données qu’il prend en compte lui permettant d’évoluer et de s’adapter. De plus il ne va pas se limiter à la commune mais l’intégrer dans son territoire, dans l’ensemble des communes alentours, dans l’agglomération et parfois même de la communauté urbaine8. Il acquiert son caractère global, aussi dans ce qu’il pense des relations entre les différentes échelles du projet et du territoire, de la parcelle à celle de la ville9. L’espace public n’est plus produit de manière systématique mais pensé comme support de la vie collective et va servir de fil narratif aux projet pour les relier à l’ensemble de la ville10. Cette vision globale s’accompagne d’une vision dans la durée. En effet la prise en compte d’un ensemble de facteurs spatiaux, économiques et sociaux pour la réalisation des projets, s’accompagne d’une considération de l’évolution de ces derniers, intégrant le projet dans le temps et non plus sur l’instant « t » de la réalisation. Une plus grande adaptabilité est recherchée, venant conforter la vision globale du territoire et les besoins évolutifs de celui-ci. Elle répond également à une récente nécessite de compétitivité des villes en concurrence, qui souhaitent attirer les entrepreneurs en leur vendant le meilleur cadre de vie possible11. Pour permettre la prise en compte de l’ensemble de ces données, le projet urbain ne se limite plus à l’intervention de l’architecte seul, mais va intégrer au processus de projet une diversité d’acteurs. Il comprend les études de faisabilité, ainsi que l’aspect financier du projet12. Les citoyens et leur avis sont considérés comme données déterminantes, alors que l’urbanisme de plan se contentait de leur imposer un modèle près défini sans prendre la peine de les consulter. Patrizia Ingalinna nous dit que ce basculement de la pensée urbaine apparait dès 6

7

8 9 10 11 12

INGALLINA, Patrizia, Le projet urbain, Paris, 2001, p 3 Ibid. p3 Ibid. p 4 Ibid. p 8 Ibid. Ibid. p 13 INGALLINA, Patrizia, Le projet urbain, Paris, 2001, p 8

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CONSULTATION PRÉALABLE DÉBAT PUBLIC

PROGRAMMATION

CONCEPTION

ENQUETE PUBLIQUE

Opérations 50 000 logements Opérations d’aménagement en phase opérationnelle

RÉALISATION

Secteurs existants faisant l’objet de projets de renouvellement Écocité

Figure 4 : Carte des projets urbains de la Métropole bordelaise FRAYSSE Mélanie, source : les projets urbains de la métropole bordelaise, URL : http:// docplayer.fr/23492822-Les-projets-urbains-de-la-metropole-bordelaise.html


1960 à Bologne, en Italie, suite à une expérimentation de planification à laquelle les habitants auraient été appelés à participer. L’implication de ces dernier dans le processus urbain, ainsi que les analyses typo morphologiques de la ville auraient permis de développer la notion de projet urbain13. Selon P. Ingalinna, le projet urbain apparait en France dans les années 70, en opposition à une pratique rigide illustrée par les ZACs et leur systématisation de la production des espaces urbains où le prometteur et son intérêt privé prime sur le traitement de l’espace public, pourtant support des interactions sociales au sein du quartier14. P. Ingalinna nous dit que si la notion de plan est encore utilisée par les urbanistes et les architectes, c’est aujourd’hui le projet urbain et ses considérations d’un projet global et collectif qui priment dans les pratiques urbanistiques. Cependant celui-ci n’est pas toujours complètement mis en application, comme nous l’illustre P. Ingalinna avec le projet d’Euralille, qui est un projet urbain de par sa dimension globale et la prise en compte de l’échelle locale mais aussi d’une échelle plus large de ses actions. Cependant, les considérations économiques ont prévalu sur la dimension sociale, les habitants n’ayant pas été consultés avant qu’on leur impose un projet déjà arrêté15. Cette transition a, malgré ses dysfonctionnements, ouvert à des réflexions vers plus de démocratisation de l’action publique au sein des institutions et des politiques urbaines. Elle a ainsi permis l’émergence d’un projet collectif qui tend à s’assouplir davantage avec l’apparition des métropoles.

L’évolution des institutions publiques et la prise en compte de l’implication citoyenne dans les politiques de la Communauté Urbaine de Bordeaux

L’implication citoyenne octroyée par l’institution publique dans la construction de la Métropole bordelaise est un cas particulier rendu complexe dû au jeu d’acteurs et de pouvoirs qui s’exercent dans l’ancienne communauté de communes. En effet, la Métropole bordelaise compte vingt huit communes, dans un territoire polynucléaire, composée de polarités multiples reliées à l’aire métropolitaine par un système de transports collectifs, il est ainsi difficile de faire coïncider intérêt privé et intérêt commun au sein des projets métropolitains, chaque maire souhaitant développer sa commune et ses intérêts propres en même temps que la CUB impose des stratégies globales non adaptées. Dans ce contexte politique éclaté, il est d’autant plus complexe de parvenir à mettre en place des procédures visant à impliquer l’habitant dans la définition d’un intérêt commun qu’il ne peut, ou ne saurait, appréhender. Dans l’ouvrage « Bordeaux Métropole - Un futur sans rupture » rédigé par un ensemble de chercheurs et professionnels de la ville, sous la direction de Patrice Gaudier, Claude Sorbet et Guy Tapie, la Métropole bordelaise et son fonctionnement sont décrits et analysés sous différents regards scientifiques au temps de la CUB. Ce croisement nous donne une image de la complexité politique du territoire et des pistes compréhension de la mise en place d’un travail collectif entre les différents acteurs institutionnels. De même sont analysés les dispositifs de consultation visant à impliquer les citoyens aux grands projets métropolitains. De cette structuration institutionnelle et politique du territoire transparaît une volonté de se diriger vers une nouvelle gouvernance de la métropole plus collective ainsi qu’une sensibilisation à l’importance de l’implication des citoyens dans la fabrication de celle-ci au sein des institutions publiques. Jacques Chaban Delmas est maire de Bordeaux lorsque naît, en 1968, la Communauté de commune de Bordeaux, la CUB, avec pour but de créer un ensemble cohérent venant renforcer le territoire bordelais par une meilleure intégration de l’intercommunalité. La 13 14 15

Ibid. p 5 Ibid. p 6 Ibid. p 11

p 13


La Métropole Bordelaise est composée de 28 communes, ayant chacune leur Maire, soit une instance décisionnelle et une identité qui leur est propre.

p 14

La Métropole, comme la CUB avant elle, incarne l’idée d’un ensemble unique et cohérent qui intégrerait chacune des spécificités des communes qui la compose mais où les intérêts seraient communs et tournées dans une même direction ou centre du système.

Au delà des frontières administratives, ces communes vont nouer des liens et avoir des intérêts et projets communs, desquels vont également pouvoir émerger des conflits d’intérêts Chacune doit pouvoir se trouver au centre du système afin de l’adapter à ses propres besoins, tout en restant dans une cohérence et un fonctionnement d’ensemble.

Figure 5 : Cartes mentales : Évolutions de la pensée du territoire métropolitain bordelais FRAYSSE Mélanie


Communauté Urbaine est un EPCI, Établissement Public de Coopération Internationale, elle regroupe des communes ayant décidé de s’associer afin de construire, ensemble, un projet de développement urbain et d’aménagement de leur territoire commun. Cette collaboration entre communes voisines est un premier pas vers plus d’horizontalité et de démocratie, affirmant une indépendance de celles-ci vis-à-vis de l’État. Chaban Delmas est un personnage charismatique au sein du jeu d’acteur qui se met en place dans la Communauté Urbaine. Il fait figure de leader16, cependant il ne va pas mener de réelle politique intercommunale. Il participe au développement de Bordeaux et à sa recomposition, par des « réalisations spectaculaires »17 comme la création de Bordeaux Lac ou la restructuration de Mériadeck, mais sans avoir jamais élaboré de projet structurant à l’échelle de l’agglomération. C’est pourquoi Sebastien Ségas, chercheur diplômé en sciences politiques et sociales, attribue à cette période de 1980 à 1995 le nom de « ville sans projet »18, reprenant la théorie de Jean Marieu chercheur en géographie de l’aménagement. Cette appellation qualifie un urbanisme sans projet commun et sans vision globale d’avenir. S. Segas nous dit que « la CUB n’existe pas en tant qu’institution distincte des intérêts communaux. La dynamique urbaine faute de projet coordonné, suit des forces centrifuges »19. Si les intérêts communs ne sont pas pris en compte au niveau politique, ils sont d’autant peu visibles à l’échelle de l’habitant qui en plus de ne pas être sollicité comme il le devrait, ne va pas non plus y être sensibilisé. Le fait de ne pas impliquer l’ensemble des maires à la construction de la Communauté Urbaine, autour d’un projet d’envergure commun, va asseoir un fonctionnement individualiste que les élus communiqueront, par leurs politiques aux habitants de leur commune. Ce dysfonctionnement politique va avoir des conséquences à l’échelle du citoyen et des concertations menées lors de projets à venir. On note l’importance de la portée politique qui permet ou réduit l’horizontalité et la démocratie au sein d’un territoire (la Communauté Urbaine), ces politiques touchant les habitants ainsi que leur possibilité et volonté d’implication dans le fonctionnement de celui-ci. Lorsque A. Juppé est élu Maire de Bordeaux en 1995, il succède à Chaban Delmas et prend en même temps la tête de la CUB. Il va se distinguer de son prédécesseur par l’élaboration d’un projet structurant à l’échelle de l’agglomération : le tramway, qui verra le jour en 2003. Ce projet, porté par la CUB, a pour but de doter la Communauté Urbaine d’un système de transport en commun lourd, plus lent que le métro mais moins coûteux dans un territoire marécageux comme Bordeaux. Le tram doit permettre de redonner une nouvelle attractivité au centre ville de Bordeaux et s’accompagne pour cela d’un important aménagement urbain autour de son tracé. Il permet également de désenclaver les communes auxquelles Bordeaux sera reliée, venant conforter une vision territoriale d’ensemble. Cependant si A. Juppé parvient à faire entendre l’intérêt d’un projet commun de cette envergure, il va continuer de répondre aux pressions « communalistes »20 de ces voisins les plus influents et privilégier ses choix personnels à un intérêt commun. Ainsi lorsque les bureaux d’étude participant au projet lui présentent trois propositions de tracé du tram, le choix de A. Juppé pour le tracé final est influencé par sa volonté de voir celui-ci longer les quais et par celle du maire de Talence de le voir revitaliser son centre ville21. En 2004 A. Juppé est remplacé à la présidence de la CUB par le socialiste Alain Rousset, lui même succédé en 2007 par le député socialiste Vincent Feltesse. Cette césure entre Mairie 16 SEGAS Sébastien «leadership reconnu», Bordeaux Métropole. Un futur sans rupture, Bordeaux, éd. Parenthèses, 2009, p 17 17 Ibid. 18 Ibid. 19 Ibid. 20 SEGAS Sébastien, Bordeaux Métropole. Un futur sans rupture, Bordeaux, éd. Parenthèses, 2009, p 26 21 Ibid. p 27

p 15


2015

MICHEL SAINTE -MARIE

p 16

1968 - 1977 JACQUES CHABAN DELMAS Maire de Bordeaux

Maire de Mérignac

1977 - 1983

JACQUES CHABAN DELMAS

1983 - 1995 JACQUES CHABAN DELMAS Maire de Bordeaux

Maire de Bordeaux

1995 - 2004

VINCENT FELTESSE

2004 - 2007 ALAIN ROUSSET

Maire de Pessac

Maire de Blanquefort

2007 - 2014

2014 ALAIN JUPPE

Maire de Bordeaux

Figure 6 : Frise chronologique des présidentes de la CUB et Bordeaux Métropole FRAYSSE Mélanie, source : COUTURE, A., Fabrication de la ville et participation publique : l’émergeance d’une culture métropolitaine. Le cas de la Communauté urbaine de Bordeaux, thèse pour le doctorat en sociologie, Bordeaux, 2013.


de Bordeaux et CUB, va permettre à l’Établissement Public de prendre un certain recul politique dans le jeu de pouvoirs en œuvre au sein de la Communauté Urbaine et d’agir avec plus d’impartialité dans la construction d’une politique et d’un territoire communs. Patrice Godier, dans « Bordeaux Métropole - Un futur sans rupture » à la partie « Le référentiel d’action urbaine communautaire » illustre cette naissance de transversalité au sein des institutions publiques de la métropole bordelaise par le projet d’élaboration du PLU communautaire. Celui-ci, ayant remplacé le POS en 2006, a mobilisé pendant plusieurs mois 27 communes de la Métropole bordelaise. Celles-ci ont dû élaborer un processus de concertation à l’échelle communautaire, qui même s’il a été considéré plutôt mitigé dû au peu d’investissement de la part des citoyens, a servi d’enseignement aux collectivités pour les projets métropolitains qui ont suivi22. En effet P. Godier nous dit qu’une implication des habitants à l’échelle communautaire doit « être liée à la proximité pour être réellement effective - il faut que le principe de nécessité soit ressentit comme immédiat »23. Ce projet a participé à la mise en place d’un processus de collaboration entre les institutions publiques d’une commune mais aussi entre les différentes communes concernées. P. Godier nous dit que parallèlement à un mobilisation des collectivités et institutions publiques autours de projets communs, ces dernières doivent œuvrer à la création d’un référentiel auquel les habitants s’identifient pour susciter une adhésion et une implication de ceux-ci. Il appelle ce procédé la « capacité d’enrôlement du référentiel »24. Ce dernier passe par une concertation et par des démarches plus participatives à l’échelle de la commune, un débat à amplitude d’agglomération pouvant être organisé pour compléter cette démarche.

La Métropole Bordelaise, vers des pratiques professionnelles et institutionnelles en évolution et une plus grande prise de conscience de l’habitant comme acteur de la ville

Depuis le 1er Janvier 2015 Bordeaux Métropole a remplacé la CUB suite à la loi de Modernisation de l’Action Publique Territoriale et d’Affirmation des Métropoles, dite « loi MAPAM » ou « loi MAPTAM », qui concerne neuf autres Métropoles telle que Rennes, Nantes ou Strasbourg, avec pour objectif administratif principal de mutualiser certains services et pour volonté politique de l’État de placer ces villes à une échelle mondiale. A. Juppé toujours Maire de Bordeaux devient alors le président de Bordeaux Métropole, remplaçant ainsi Vincent Feltesse ancien président de la CUB et reconquérant le siège où se trouve l’ « essentiel du pouvoir »25. Selon Aurélie Couture, chef de projet au sein du Forum urbain, ayant réalisé une thèse sur « La fabrication de la ville et participation publique : l’émergence d’une culture métropolitaine - La cas de la Communauté Urbaine de Bordeaux » en 2013, aujourd’hui « il y a encore une envie des agents de faire des choses mais pour que les choses puissent se faire il faut qu’il y ait aussi un portage politique derrière »26, de même qu’il y a encore «tout un tas de préjugés à 22 GODIER Patrice, Bordeaux Métropole. Un futur sans rupture, Bordeaux, éd. Parenthèses, 2009, p 47 23 Ibid. 24 Ibid. p 46 25 «Le maire de Bordeaux a toutes les chances de retrouver son fauteuil lors des prochaines municipales. Son ambition : reprendre la présidence de la communauté urbaine de Bordeaux (CUB), où se trouve l’essentiel du pouvoir.» URL : afp.com/MULLE Jean Pierre, relevé par Par Michel Feltin-Palas, avec Jean-Jacques Allevi, URL : http://www.lexpress.fr/actualite/politique/elections/bordeaux-juppe-peut-il-reconquerir-la-communaute-urbaine_1323170.html, publié le 14/02/2014 26 Entretien avec Aurélie Couture, chef de projet au Forum urbain, IEP Bordeaux, 14 novembre 2016. Voir annexes.

p 17


ORGANIGRAMME GÉNÉRAL BORDEAUX MÉTROPOLE

INSPECTION GÉNÉRALE

DIRECTION GÉNÉRALE MOBILITÉS

DIRECTION GÉNÉRALE HAUTE QUALITÉ DE VIE

Nicolas Fontaine

Pierre Milovanovitch

PRÉSIDENT

ÉRIC ARDOUIN DGS

DIRECTION GÉNÉRALE VALORISATION DU TERRITOIRE Hugues de Maleissye-Melun

DIRECTION GÉNÉRALE DES FINANCES ET DE LA COMMANDE PUBLIQUE Frédéric Garnier

CABINET : Directeur Ludovic Martinez • • • •

Chef de Cabinet : Vincent Mauricard Direction conseil de développement : Damien Mouchague Direction de la communication : Fabien Ballester Direction des relations internationales : Anne Raimat / Olivier Ramadour

SECRÉTARIAT GÉNÉRAL : Émilie Remazeilles • • • •

Direction contrôle de gestion : Philippe Casenave Direction conseil et organisation : Pierrick Raude Direction des instances de la Ville de Bordeaux : Jean-Michel Saint-Marc Direction des assemblées métropolitaines : Agnès Bienvenu

DIRECTION GÉNÉRALE NUMÉRIQUE ET SYSTÈMES D’INFORMATION

DIRECTION GÉNÉRALE RH ET ADMINISTRATION GÉNÉRALE

Pascale Avarguès

Patrice Rabaud

Direction d’appui administrative et financière

Direction d’appui administrative et financière

Direction d’appui administrative et financière

Direction d’appui administrative et financière

Carine Vigna-Lobia

Gaële Masson

André Lafarie

Delphine Haglund

ADJOINT AU DG EN CHARGE DES INFRASTRUCTURES ET DES DÉPLACEMENTS

François Durquety

p 18

ALAIN JUPPÉ

• Direction des infrastructures et des déplacements Sébastien Dabadie

ADJOINT AU DG EN CHARGE DES TRANSPORTS

Karine Mabillon

• Direction du réseau transports urbains Jean-Marc Rouffet • Direction de la multimodalité Fabrice Limare

• Direction énergie, écologie et développement durable Patrick Faucher • Direction de l’eau Nicolas Gendreau • Direction gestion des déchets et propreté Bertrand Bouchaudy • Direction des bâtiments Jean-Jacques Chautant • Direction des espaces verts Gaétan Wicart

DGA DÉVELOPPEMENT • Mission attractivité et animation des réseaux économiques Emmanuelle Ripert-Chollet • Direction du développement économique Yves Miaud • Mission enseignement supérieur, recherche et innovation Yasmine Darmante • Mission tourisme Laurent Hodebar • Mission rayonnement et équipements métropolitains Anne-Sophie Brandalise • Direction des coopérations et partenariats métropolitains Olivier Mauret

DGA AMÉNAGEMENT

Michèle Laruë-Charlus • Mission commission métropolitaine des avant-projets Danièle Maman-Bensimon • Mission valorisation du projet urbain Marie-Fanny Jacob • Direction du foncier Valérie Charle • Direction de l’habitat et de la politique de la ville Karine Gessner • Direction de l’urbanisme, du patrimoine et des paysages Stéphane Caze • Direction de la nature Catherine Delaloy

Services Communs Services Métropole

15/09/2016

• Mission stratégie territoriale et ingénierie Jean-Baptiste Rigaudy

ADJOINT AU DG EN CHARGE DES FINANCES

• Direction transformation numérique Jean-Noël Olivier

• Direction de la programmation budgétaire Karine Bonneau • Direction de l’exécution comptable et des inventaires Évelyne Gouteredonde • Direction outils et qualité comptable Patrick Dolo • Direction ressources et ingénierie financière Renaud Rouvière • Direction gestion financière des CCAS Marie-Noëlle Mouillaud

ADJOINT AU DG EN CHARGE DU TERRITOIRE DIGITAL ET CONNECTÉ

Karine Bonneau

ADJOINT AU DG EN CHARGE DES RÉSEAUX MÉTIER ET DE LA TERRITORIALISATION

Sylvie Lunven-Geay

• Direction performance de l’achat Sabine Peluhet • Direction de la commande publique Joëlle Lavigne

Antoine Bidegain • Direction de l’innovation et de l’aménagement numérique Richard Latrie • Direction de l’information géographique Jean-Pierre Sabatier

ADJOINT AU DG EN CHARGE DES ÉTUDES ET PROGRAMMES NUMÉRIQUES Cécile Lagarde

Philippe Del Socorro • Direction du pilotage de la modernisation et du dialogue social Anne-Florence Thiebaut-Pinon • Direction de la gestion des emplois et des ressources Philippe Del Socorro • Direction de la vie administrative et de la qualité de vie au travail Stéphane-Emmanuel Leuret • Direction des restaurants Bernard Honorat

ADJOINT AU DG EN CHARGE DES MOYENS TECHNIQUES ET IMMOBILIER

• Direction du programme services à la population Cécile Lagarde • Direction du programme numérique urbain Isabelle Fuchs

• Direction de la logistique et des magasins Pierrette Oberhausen • Direction du parc matériel Jean-Pierre Esclair • Direction de l’immobilier Christophe Piette

• Direction de l’assistance et de l’offre de service Philippe Fremont • Direction des infrastructures et de la production Christian Maury

DIRECTION GÉNÉRALE DES TERRITOIRES Claire Le Merrer

Fabienne Ranc

ADJOINT AU DG EN CHARGE DES RESSOURCES HUMAINES

Nathalie Jobert-Gualde

Jean-Noël Olivier

Mission prospective et innovation : Sylvie Makarenko Service de coordination et d’appui : Mathieu Mauvillain Service performance, évaluation et audit : Delphine Bayle Direction communication interne : Julie Vignes Chef de projets : Astrid Bideault-Le Bret

Mission contractualisation

• Direction du programme E-administration

ADJOINT AU DG EN CHARGE DE LA STRATÉGIE ET DES SYSTÈMES D’INFORMATION

• • • • •

• Direction des affaires juridiques Jacques Lajous

ADJOINT AU DG EN CHARGE DE LA COORDINATION

ADJOINT AU DG EN CHARGE DU PÔLE TERRITORIAL OUEST

Philippe Muller

Stéphane Peyrichou

• Direction d’appui aux territoires Frédéric Bailhé • Direction de la prévention Philippe Latrille • Mission espaces publics Nicolas Drouin

• Direction du développement et de l’aménagement Laurent Lemaître • Direction de la gestion de l’espace public Philippe Royer • Direction administrative et financière Jérôme Limouzin • Direction des ressources humaines Lionel Cenet

ADJOINT AU DG  EN CHARGE DU PÔLE TERRITORIAL DE BORDEAUX Claire Vendé Bedora • Direction du développement et de l’aménagement François Freynet • Direction de la gestion de l’espace public Marc Jokiel

ADJOINT AU DG EN CHARGE DU PÔLE TERRITORIAL RIVE DROITE Thibault Rufas • Direction du développement et de l’aménagement Laurence Chappert • Direction de la gestion de l’espace public Gilles Napias • Direction administrative et financière Hervé Meyer • Direction des ressources humaines Marie-Hélène Cousin

• Direction des Archives Bordeaux Métropole Frédéric Laux

ADJOINT AU DG EN CHARGE DU PÔLE TERRITORIAL SUD Vincent Bérat • Direction du développement et de l’aménagement Nathalie Plénard • Direction de la gestion de l’espace public Pascal Besançon • Direction administrative et financière Stéphane Siedlarz • Direction des ressources humaines Jérôme Tourne

Figure 7 : Organigramme de Bordeaux Métropole du 15/09/2016 URL : http://www.bordeaux-metropole.fr/Metropole/Organisation-administrative/Organigramme-des-services


déconstruire »27. En effet A. Couture qui a réalisé sa thèse au sein de la CUB du temps où Vincent Feltesse en était le président, nous présente une communauté urbaine consciente de l’importance d’impliquer les citoyens à l’élaboration de la métropole. Celle-ci semble se structurer et développer une diversité de moyens de sensibiliser et de mobiliser les habitants aux questions urbaines. Dans la même dynamique, A. Couture nous parle de l’important travail de formation et de sensibilisation réalisé en interne au sein des institutions publiques de la métropole bordelaise dans son intervention à la rédaction du livre « La fabrication de la ville. Métiers et pratiques en question » des Cahiers Ramau. Elle nous présente les difficultés d’adaptation d’un système d’acteurs institutionnels et de pratiques ancrées, principalement les techniciens et ingénieurs qui ne voient pas l’intérêt de partager leurs connaissances, ni leur pouvoir de décision, avec les habitants. En ce sens A. Couture nous dit que les institutions publiques ont fait beaucoup d’efforts, « c’est quelque chose qui s’intègre ou en tout cas qui est de plus en plus visible »28. La CUB ayant mis en place un service dédié à la participation avec une place lisible dans l’organigramme institutionnel, a également développé des formations en interne accompagnées d’une sensibilisation non officielle, par les acteurs engagés en ce sens, auprès de leurs collègues encore réticents. La cellule participation mise en place a contribué à « développer une culture de la participation en interne »29. A. Couture, optimiste à la fin de sa période de thèse en 2013 quant à l’ancrage et au développement d’une pratique de la ville incluant les habitants, nous dit que les élections, et notamment l’arrivée d’Alain Juppé à la tête de la Métropole bordelaise, ont conduit à une réorganisations des services métropolitains et à une disparition de la cellule participation, qui avait « au moins le mérite d’exister »30 et qui a été noyée dans un autre service. A .Couture fait un état des lieux de la situation actuelle, dans laquelle selon elle, persistent des envies d’évolution des pratiques, au sein des institutions, qui manquent d’un portage politique suffisant, comme c’est le cas à Lyon31 , pour se développer.

Les dangers des politiques de métropolisation et la médiatisation de la participation citoyenne

Aujourd’hui les villes tentent de se positionner à l’échelle mondiale. Elles répondent pour cela à des offres de financements lancées par l’État et qui promeuvent des principes de ville intelligente, innovante et/ou durable. Gilles Pinson, dans un entretien pour la Gazette, par le journaliste Hugo Soutra, le 13 octobre 2015, nous met en garde sur les « effets sociaux de la métropolisation (...) moins présent dans la production des politiques publiques, l’État français influe plus que jamais sur le comportement des collectivités. Le label French Tech, pour ne prendre que cet exemple, est un formidable outil pour orienter les actions des élites urbaines à distance »32. Sous ces principes, les villes font passer l’implication des citoyens en deuxième plan, non plus comme un but à atteindre pour une construction de la ville plus durable, mais 27 Ibid. 28 Ibid. 29 Ibid. 30 Entretien avec Aurélie Couture, chef de projet au Forum urbain, IEP Bordeaux, 14 novembre 2016. Voir annexes. 31 Cas du Grand Lyon cité par Aurélie Couture au cours de l’entretien du 14 novembre «Il y a des endroits où ça marche bien et par exemple dans le Grand Lyon où il y a vraiment un portage politique très fort sur ces questions de participation. Là bas il y a carrément une direction qui est très lisible et qui font n gros travail en interne d’animation auprès des autres agents qui n’est pas évidente non plus», propos qui montrent l’avancée de la métropole lyonnaise dans ces question et les possibilités d’action et de déveoppement pour Bordeaux Métropole. 32 Entretien avec Gilles Pinson, pour la Gazette, par le journaliste Hugo Soutra, 13 octobre 2015, URL : http://www.lagazettedescommunes.com/379188/les-elites-urbaines-ferment-les-yeux-sur-les-effets-sociaux-de-la-metropolisation-gilles-pinson/

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comme moyen ou objet de publicité pour vendre l’image de la métropole. Elles se penchent ainsi moins sur la mise en œuvre d’une implication des citoyens aux questions urbaines, que sur sa mise en avant. Bordeaux a intégré, en 2012, la démarche « éco-cité »33, pour laquelle a été signée cette année, en septembre 2016, la convention34 s’y référant. Celle-ci identifie et accompagne des « stratégies de développement urbain exemplaires en termes de conception au regard des objectifs de développement durable mais aussi de concertation, de mise en œuvre, et d’évaluation »35. Les membres de Bordeaux Métropole, ainsi que Euratlantique, l’État et le CDC on signé, le 20 Juin 2012, une convention définissant les modalités de mise en œuvre des projets, ainsi que leur accompagnement financier. Retenus dans la périmètre de la démarche, on trouve notamment la Cité Numérique de Bègles, un système de gestion économe de l’éclairage public à Cenon, un réseau de chaleur sur le futur quartier des Bassins à Flot à Bordeaux, la construction d’un immeuble tertiaire bois sur cinq niveaux, dans le quartier St-Jean Belcier36. Or, derrière ces principes de ville durable, qu’en est-il réellement de l’implication des citoyens aux grands projets métropolitains ? Ainsi que la réelle liberté de décision des communes quant à ces projets lourdement subventionnés et orientés par l’État ? Intégrer ces démarches ne doit pas nier l’existence d’une gouvernance locale ni des acteurs qui composent le territoire. Une politique forte doit prendre la décision de soutenir l’échelle locale et d’aller au-delà de la médiatisation des projets pour élaborer de réelles stratégies d’intégration des citoyens aux projets métropolitains d’envergure. Ce travail passe par une importante sensibilisation et la mobilisation de professionnels et acteurs divers. Aurélie Couture déplore que ce travail ne soit pas suffisamment mis en œuvre aujourd’hui « c’est dommage qu’on ne s’appuie pas plus sur les acteurs locaux. Et qu’il n’y ait pas plus de synergie »37.

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Avec la décentralisation on aurait pu s’attendre à ce que la participation se développe au sein des communes, soutenue par une administration locale et des politiques innovantes souhaitant se démarquer et aller vers d’autres conceptions de la ville. Cependant les acteurs travaillant au sein de ces institutions demeurent des techniciens, pour la plupart des ingénieurs peu enclins à partager leurs savoirs ainsi que leur pouvoir de décision. Les communes vont ensuite rapidement se repenser dans un territoire plus large qui va induire des modes de gouvernance collectifs plus complexes, ainsi que des enjeux politiques difficiles à appréhender à l’échelle du citoyen. On voit bien que si la pensée de la ville a évolué et les territoire se sont rapprochés, donnant des territoires plus complexes, la notion de projet urbain tel que Patrizia Ingalinna 33 «L’ ‘‘écopolis’’ est une ville dont les habitants partagent une réelle motivation écopolitaine et décident collectivement de transformer leur espace de vie en rassemblant et en réinventant des éléments de leur contexte social pour les conformer à une désir architectural (Hays, 2000)», CONTAL, Marie-Hélène, Ré-enchanter le monde. L’architecture et la ville face aux grandes transitions, Paris, 2014 Réagissant à l’urbanisation classique qualifié de Technopolis, l’architecte australien Downton a crée le terme d’Ecopolis. Il s’agit d’une ville qui respecte les principes écologiques, qui est autonome en termes d’alimentation et d’énergie et dont les habitants ont une empreinte carbone la plus faible possible. Il n’existe pas encore d’écopolis dans le monde mais des projets font parler d’eux. Aujourd’hui on recense des éco-quartiers qui de plus petite taille, intègre les principes de l’écopolis. URL : electricite-verte.com. L’écocité quand à elle se rapproche de ces définition pour toucher un imaginaire commun mais s’en éloigne dans sa mise en œuvre. 34 http://www.bordeaux-euratlantique.fr/ecocite-bordeaux-euratlantique-plusieurs-projets-conventionnes/ 35 URL : http://www.aquitaine.developpement-durable.gouv.fr/l-ecocite-de-bordeaux-a1379.html 36 Ibid. 37 Entretien avec Aurélie Couture, chef de projet au Forum urbain, IEP Bordeaux, 14 novembre 2016. Voir annexes.


l’entend et tel qu’il a émergé dans les années 70 est encore loin d’être complètement appliqué. Cependant la Métropole bordelaise semble s’orienter vers une autre forme de gouvernance, plus négociée, qui impliquerait, en ce sens, d’avantage les citoyens dans des démarches collaboratives.

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POUVOIR EFFECTIF DES CITOYENS

8. CONTRÔLE CITOYEN Pouvoir de décision directement assumé par les citoyens 7. DÉLÉGATION DE POUVOIR Partenariat caractérisé par une position majoritaire des citoyens 6. PARTENARIAT Comité décisionnel associant citoyens et décideurs

PARTICIPATION SYMBOLIQUE

5. CONCILIATION OU RÉASSURANCE Dialogue entre le public et les décideurs qui conservent néanmoins le pouvoir de décision 4. CONSULTATION Le public est invité à émettre un avis mais sans assurance d’une réelle prise en compte dans la décision 3. INFORMATION Le public est informé mais sans possibilité de donner son avis

NON - PARTICIPATION

2. THÉRAPIE Objectif d’apaisement des maux sociaux plus que d’implication du public 1. MANIPULATION Information biaisée qui ne créé que l’illusion d’être impliqué dans le processus de projet ou de décision

p 22 4. CO-CONSTRUCTION La décision est prise via une négociation entre citoyens et décideurs 3. CONCERTATION Dialogue entre le public et les décideurs qui conservent néanmoins le pouvoir de décision 2. CONSULTATION Le public est invité à émettre un avis mais sans assurance d’une réelle prise en compte dans la décision 1. INFORMATION Le public est informé mais sans possibilité de donner son avis

Figure 8 : Comparaison entre l’échelle de la participation élaborée par Sherry Arnstein en 1969 et l’échelle de participation simplifiée utilisée en France FRAYSSE Mélanie, source : COUTURE, A., Fabrication de la ville et participation publique : l’émergeance d’une culture métropolitaine. Le cas de la Communauté urbaine de Bordeaux, thèse pour le doctorat en sociologie, Bordeaux, 2013.


2) Le top down : intégrer les citoyens à la réflexion d’une démarche de projet concertée.

Définition Le top down, représente les démarches entreprises et organisées par des autorités juridiques compétentes pour impliquer les habitants dans l’élaboration de documents réglementaires d’urbanisme ou la réalisation de projets d’aménagement.1 Celles-ci se traduisent à travers différents dispositifs visant à inclure l’habitant dans le processus d’élaboration. Elles sont également qualifiées en fonction de leur moment d’intervention dans le projet : en amont ou tardif, et présentent différents degrés de liberté d’implication des citoyens : de l’information à la co-conception. Cependant chaque démarche est propre à son contexte et ne peut être observée indépendamment de celui-ci. La pensée autour de l’implication des habitants dans la fabrication et de l’aménagement des villes n’a pas encore cessé d’évoluer et on va trouver une grande diversité de postures dans sa mise en œuvre en fonction du paradigme auquel chacune d’elles se réfère.

Tenir Informés les citoyens sur les projets métropolitains menés, dans un soucis de transparence et d’adhésion

Le premier travail à effectuer pour intégrer les citoyens aux démarches de projets menées par les villes est de les informer. Il peut se mettre en place avant et pendant l’élaboration des projets, dans le but de recueillir des idées et avis des habitants concernés, ou bien après la phase d’élaboration, par une présentation de la nature du projet à venir et de ses modalités de mise en œuvre, afin d’obtenir l’adhésion des citoyens, ainsi que leurs remarques. Le principe de la participation du public à la prise de décision a été incorporé dans la démarche des politiques publiques dans la convention d’Aarhus adoptée en 1998 par la commission européenne et ratifiée par la France en 20022. La lois de 2002 sur la démocratie de proximité et la charte constitutionnelle de 2005 établissent les obligations des communes à ce sujet. On trouve dans l’article 1 de la lois de 2002 : « un dossier d’information sur l’objet de la consultation est mis à la disposition du public sur place à la mairie et, le cas échéant, à la mairie annexe quinze jours au moins avant le scrutin. L’accès du public au dossier est assuré dans les conditions fixées par l’article 4 de la loi n° 78-753 du 17 juillet 1978 portant diverses mesures d’amélioration des relations entre l’administration et le public »3, l’article 7 de la Charte de 2005 quant à lui nous dit : « toute personne a le droit, dans les conditions et les limites définies par la loi, d’accéder aux informations relatives à l’environnement détenues par les autorités publiques et de participer à l’élaboration des décisions publiques ayant une incidence sur l’environnement »4, elle est complétée par le Code de l’’Environnement : « y compris celles relatives aux substances et activités dangereuses, et le public est associé au processus d’élaboration des projets ayant une incidence importante sur l’environnement ou l’aménagement du territoire »5. Ces lois sont élaborées dans un soucis de renouer le dialogue entre les citoyens, qui sont les premiers impactés par les projets, et les acteurs institutionnels et élus qui ont le pouvoir de décision. 1. Urbanisme participatif - Jodelle ZETLAOUI-LÉGER 2 URL : http://www.mementodumaire.net/dispositions-generales-2/information-et-concertation/ dgi3-consultation-et-concertation/#n1 3 URL : https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000593100 4 URL : http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/developpement-durable/charte-environnement.shtml 5 URL : http://www.mementodumaire.net/dispositions-generales-2/information-et-concertation/ dgi3-consultation-et-concertation/

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Figure 9 : soirée débat à la Halles des Douves à Bordeaux URL : http://rue89bordeaux.com/2016/01/plus-de-democratie-participative-chiche/?shared=email&msg=fail

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Figure 10 : Exposition à l’A’urba URL : http://www.sudouest.fr/2011/02/22/un-retro-tourne-sur-l-avenir-324309-660.php

Figure 11 : photogrpahie d’un écran à l’intérieur du Connectram URL : https://twitter.com/hashtag/connectram


L’information est un pré-requis à la concertation et au débat public, elle permet aux citoyens d’acquérir les connaissances suffisantes pour ouvrir le débat sur les projets présentés et leurs enjeux. Cette phase conditionne grandement la mobilisation des habitants.

Au sein de la Métropole bordelaise l’information va passer par différents dispositifs : du dossier de consultation en Mairie, aux évènements organisés par les maisons du projet en passant par les visites virtuelles du projet Euratlantique proposées par le Connectram.

Dans les mesures réglementaires on trouve, en accord avec le code de l’urbanisme, art. A. 421-8, rédaction 2 avr. 1984, le dossier de consultation de permis de construire, à consulter en Mairie. Ce document est disponible à toute personne se sentant concernée et ce jusqu’à la déclaration d’achèvement des travaux. Il permet d’obtenir des informations sur le projet , de réagir à l’écrit favorablement ou non, et d’utiliser, si les motifs sont valables, un droit de recours. L’information est, dans ce cas, délivrée à titre individuel et à la demande du particulier. Elle est annoncée par la pose d’un panneau de chantier sur le site à projet. Il existe deux types de consultations du public, réglementaires, concernant l’approbation de documents d’urbanisme, ou, avant la réalisation d’opérations d’aménagement du territoire : l’enquête publique et la concertation préalable. Toutes deux permettent d’informer l’ensemble des acteurs impactés par un projet (citoyens, associations, professionnels, etc.) et de recueillir leurs remarques. Les rapports rédigés à la fin de ces procédures sont eux-mêmes disponibles et consultables par tous en Mairie et sur internet. Les citoyens sont obligatoirement informés du lancement de l’enquête publique dans les journaux et par des affichages dans les communes concernées, ainsi que par tout autre moyen souhaité, comme internet via le site de la commune ou de la Métropole. Le débat public, procédure légalement encadrée, est également considéré comme un bon « support de communication »6. Il est organisé « sous le contrôle de la Commission nationale du débat public, pour certaines grandes opérations d’aménagement définies selon leur nature, leurs caractéristiques techniques ou leur coût prévisionnel »7. Ces mesures, codifiées, laissent cependant peu de manœuvres et de liberté d’expression aux citoyens. Obligatoires, la concertation et l’enquête publique, sont souvent subies par les décisionnaires comme des contraintes, qui dans ce sens, ne jouent le jeu de la transparence qu’à minima. De plus, ces dispositifs d’information sont parfois détournés dans le but d’en faire des moyens de publicité en faveur des projets et d’une adhésion du public. « le projet d’ordonnance a été préparé en application du 3° du I de l’article 106 de la loi n°2015-990 du 6 août 2015 pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques habilitant le Gouvernement à réformer les procédures destinées à assurer l’information et la participation du public à l’élaboration de projets, plans et programmes afin de les moderniser et de les simplifier, de mieux garantir leur conformité aux exigences constitutionnelles ainsi que leur adaptabilité aux différents projets, de faire en sorte que le processus d’élaboration des projets soit plus transparent et l’effectivité de la participation du public à cette élaboration mieux assurée ».8 Pour compléter ces procédés et les appuyer, Bordeaux Métropole a mis en place une Maison du projet, pour chaque projet de renouvellement urbain de la Métropole. Ces lieux sont supports d’expositions, d’événements de type débats et conférences, visites de chantiers, ainsi que des concertations réglementaires. Ils sont mis en place dans les communes suite à la 6 URL : http://www.weka.fr/administration-locale/dossier-pratique/reussir-sa-communication-locale-dt47/la-reunion-publique-comme-support-de-communication-4647/ 7 Ibid. note 5 8 URL : http://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/

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Figure 12 : Maison des projets d’Euratlantique URL : http://www.bordeaux-euratlantique.fr/la-maison-du-projet/

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Figure 13 : Maison des projets des Bassins Ă Flot URL : http://www.invest-in-bordeaux.fr/12-juin-cafe-contact-bassins-flot-accostage-en-vue/

Figure 14 : Maison des projets de Bordeaux 2030 URL : http://www.bordeaux2030.fr/actualites/maison-projet-grand-parc-est-ouverte


loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine du 24 février 2014, qui prévoit une plus grande association des habitants à l’élaboration des projets, dans une démarche de la co-construction. Celle-ci nous dit : « les habitants ainsi que des représentants des associations et des acteurs économiques sont associés à la définition, à la mise en œuvre et à l’évaluation des projets de renouvellement urbain, selon les modalités prévues dans les contrats de ville. Chaque projet de renouvellement urbain prévoit la mise en place d’une maison du projet permettant la co-construction du projet dans ce cadre »9, loi n° 2014-173 du 21 février 2014 de programmation pour la ville et la cohésion urbaine, Art. 9-1.-III. Or cette co-construction passe par un important travail d’information permettant de poser les préalables à l’ouverture d’un débat. A la Maison du projet des Bassin-à-Flot à Bordeaux, sont présentés : une maquette de site du projet, des panneaux expliquant les enjeux de celui-ci, ainsi que les livrets produits suite aux concertations menées, également accessibles en ligne. La programmation des évènements réalisés par la Maison du Projet est de même disponible sur internet sur le site : http://www. bassins-a-flot.fr/la-maison-du-projet-vous-accueille/. On y découvre des données historiques, les enjeux du projet, les rendez-vous et évènements à venir, des vidéos, ainsi qu’une carte interactive présentant les projets en cours et à venir sur le secteur. Les Maisons du projet sont des lieux ressource qui centralisent les informations relatives à un projet. Elles mobilisent des acteurs très divers et sont, en ce sens, des lieux d’échanges privilégiés entre élus, acteurs institutionnels, architectes, urbanistes et citoyens. Le fait que ces lieux soient présents au sein des quartiers à projet va rendre l’information physiquement accessible par les habitants. Ils offrent, de plus, des horaires de permanence, ainsi que la présence d’une personne pouvant répondre aux questions des visiteurs. Le local ou bâtiment est généralement partagé entre un espace pédagogique et un espace administratif. On reste sur un dispositif institutionnel qui, dans ce sens, va être très tenu et codifié, avec un discours orienté. Si les publications réalisées par Bordeaux Métropole : rapports d’activité et journal, que l’on peut trouver en ligne sur le site : http://www.bordeaux-metropole.fr/Publications, ou bien acheter, servent également de support d’information pour les citoyens, comme c’est aussi le cas des journaux des communes déposés dans les boites aux lettres, on remarque qu’internet et les réseaux sociaux sont de plus en plus utilisés comme vecteurs d’informations pour toucher un public encore élargit. Les sites internet des communes et de la Métropole présentent les projets en cours sur le territoire, ainsi que des moyens d’expression en ligne. L’information passe par des textes, photographies, vidéos, cartes interactives, etc. Les institutions publiques redoublent de créativité pour diversifier les supports et ainsi toucher un plus grand nombre de personnes. Ces sites internet donnent également l’opportunité de réagir en ligne aux questions territoriales et métropolitaines. Dans l’utilisation des technologies comme vecteur d’information, la dernière innovation bordelaise est celle du Connectram. Celui-ci permet aux voyageurs empruntant le tram C entre les stations Tauzia et La Belle Rose, de voir sur des écrans ce que sera le futur quartier Euratlantique, ainsi que de recevoir des informations à chaque station traversée : informations événementielles et culturelles, nombre de vélos disponibles en libre-service, accès aux parcs de stationnement, horaires des bus, trams et des trains en correspondance10. Les écrans de grande dimension, installés sur les fenêtres, son connectés à des caméras qui filment l’extérieur du tram, et projettent ainsi l’image du quartier comme elle serait vu par les voyageurs. Ainsi, Bordeaux métropole, utilise les nouvelles technologies au service des l’implication des citoyens. Ce projet initié en octobre 2015, au moment du congrès mondial ITS, permet d’informer les futurs habitants sur le projet à venir mais aussi de présenter aux nombreux touristes venus à l’occasion du congrès, l’image d’une Métropole en construction, innovante en matière de transports et venant concurrencer ses voisines. 9 URL : http://www.ville.gouv.fr/?maison-du-projet 10 URL : https://www.urbanews.fr/2016/04/20/50801-bordeaux-le-tramway-experimente-la-realite-augmentee/

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Figure 15 : Publications de Bordeaux Métropole URL : http://www.bordeaux-metropole.fr/Publications


Enfin, des expositions des travaux de recherche menés par l’A’urba, la Fab, la Métropole , et autres institutions publiques liées à la ville, sont organisées afin de sensibiliser les citoyens de manière plus globale, en dehors des projets en cours, aux questions métropolitaines. C’est le cas de l’exposition «Rocade», organisée par l’A’urba, qui présente une synthèse de travaux de recherches menés depuis plusieurs années sur la Métropole. Cette exposition débutée le 12 septembre 2016 et sensée durer jusqu’au 23 décembre 2016 est prolongée jusqu’au 31 mars 2017. Les moyens d’information ainsi que les techniques de communication se diversifient et en ce sens tentent de toucher une population la plus large possible. Les technologies et internet sont les nouveaux moyens privilégiés de l’information métropolitaine permettant une mobilisation élargie de la population sur les sujets territoriaux. Les démarches d’information réalisées par la Métropole sur les projets en cours ou à venir est souvent jugée comme insuffisante par les habitants car présentées par les décideurs comme synonymes de démarches de participation. Comme nous dit Aurélie Couture «Souvent on va fustiger les dispositifs de participation qui se disent de participation parce que les gens cristallisent énormément sur les mots dans ce domaine là, (...) on a tendance à dire : ‘‘oh lala on a dit que c’était de la participation et en réalité c’est que de l’information’’, mais l’information c’est déjà beaucoup»11. En effet, la participation n’existe que si l’information se positionne en étape préalable, indispensable à des démarches plus participatives. La seconde critique est dirigée contre le contenu ou la forme des informations données sur les projets, parfois plus enclines à faire la publicité de ceux-ci dans un discours quasi commercial, qu’à en expliquer précisément ses tenants et aboutissants. Quoi qu’il en soit, on peut affirmer que les procédés informatifs amorcent une implication des habitants aux projets métropolitains par la création d’une conscience citoyenne et territoriale. Elles démontrent un engagement métropolitain dans le sens de l’information aux citoyens. De plus, les exemples présentés ne sont pas exhaustifs et décrivent des démarches institutionnelles. On trouve de nombreuses autres structures qui réalisent un travail d’information sur les enjeux métropolitains. C’est le cas d’Arc en Rêve, du 308, ou du collectif le Bruit du Frigo. Ceux-ci sont autant de médiateurs venant compléter et appuyer les institutions publiques dans leur travail de sensibilisation et d’information des citoyens.

Ouvrir le débat sur les projets métropolitains : les dispositifs réglementaires supports d’échange entre les élus, les institutions publiques et les citoyens.

Après l’information certains dispositifs permettent de consulter les citoyens afin de recueillir leur avis quant aux projets en cours ou à venir. La consultation est un « processus par lequel les décideurs demandent l’avis de la population afin de connaitre leur opinion, leurs attentes et leurs besoins, à n’importe quel stade de l’avancement d’un projet : Celle-ci n’a cependant aucune certitude que ses remarques ou contributions soient prises en compte dans la décision finale »12. Comme on l’a vu précédemment, il existe deux types de consultations réglementées et codifiées : l’enquête publique et la concertation préalable. Sont soumis à enquête publique tous les projets « susceptibles d’avoir un impact sur l’environnement ou la qualité de vie des riverains »13. Un dossier d’enquête est alors élaboré, une fois le projet quasi terminé afin d’en évaluer au mieux l’impact. Celui-ci contient les documents graphiques et écrits nécessaires à la compréhension du projet et de son impact éventuel, ainsi qu’un registre d’enquête destiné à recevoir les remarques publiques sur le projet, qu’elles soient 11 Entretien avec Aurélie Couture, chef de projet au Forum urbain, IEP Bordeaux, 14 novembre 2016. Voir annexes. 12 URL : www.debatpublic.fr 13 URL : http://www.cnce.fr/enquetes-publiques/definition

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p 30 Instances publiques Lieux d’implication citoyenne CONSULTATION PRÉALABLE DÉBAT PUBLIC

PROGRAMMATION

Modes d’implication citoyenne ENQUETE PUBLIQUE

Figure 16 : schéma des échelles décisionnelles et participatives à Bordeaux Métropole FRAYSSE Mélanie CONCEPTION

RÉALISATION

CONSULTATION PRÉALABLE DÉBAT PUBLIC

PROGRAMMATION

CONCEPTION

ENQUETE PUBLIQUE

RÉALISATION

Figure 17 : FRAYSSE Mélanie, source : COUTURE, A., Fabrication de la ville et participation publique : l’émergeance d’une culture métropolitaine. Le cas de la Communauté urbaine de Bordeaux, thèse pour le doctorat en sociologie, Bordeaux, 2013.


orales ou écrites, et les éventuelles suggestions. À Bordeaux Métropole, le projet de confort de la digue de la rive droite contre les crues de la Garonne a fait l’objet d’une enquête publique clôturée le 26 octobre 2016. Ce projet présente, en effet, trois procédures particulières qui l’obligent à procéder à une enquête publique : trois procédures d’autorisation différentes : l’autorisation des travaux de confort de la digue, l’autorisation au titre de la Loi sur l’eau, ainsi que la dérogation pour destruction d’habitats naturels et d’espèces protégées. Les citoyens souhaitant prendre connaissance du dossier d’enquête pouvaient le consulter sur le site internet de la Métropole ou à la Mairie de Bouliac, Floirac, Bordeaux cité municipale, ainsi qu’à la Mairie annexe de Bordeaux Bastide. Les remarques éventuelles ne pouvaient, quant à elles être faites, qu’en se rendant directement dans ces services, ou bien par courrier. C’est aujourd’hui au Commissaire-enquêteur de rendre son avis, après quoi les communes concernées pourront délibérer, avant la déclaration de projet par Bordeaux Métropole. À la fin de la procédure, le Préfet de Gironde autorisera, ou non, les travaux14. Comme noté précédemment, les avis des enquêtes publiques sont obligatoirement communiqués dans les journaux et par des affichages dans les communes concernées, ainsi que par tout autre moyen souhaité. La concertation, quant à elle, est une « attitude globale de demande d’avis sur un projet, par la consultation de personnes intéressées par une décision avant qu’elle ne soit prise. L’autorité, qui veut prendre une décision, la présente aux personnes concernées et engage un dialogue avec elles. L’autorité reste libre de sa décision. La concertation peut être engagée très en amont de la décision dès les études préalables »15. A la différence de l’enquête publique, celle-ci peut, en effet, intervenir en amont du projet et prévoir des phases de débat. Sébastien Ségas, dans «Bordeaux Métropole. Un futur sans rupture», nous présente le déroulé du projet de tramway bordelais, pour lequel la CUB a eu l’obligation de réaliser une concertation auprès des habitants de la Communauté Urbaine. Ce processus a été initié en 1998 lors d’un débat organisé à l’échelle de l’agglomération au sujet d’un projet de pont sur la Garonne à hauteur de la Place des Quinconces, un premier dispositif d’information/ concertation avait alors été expérimenté. Il est réutilisé pour le projet de tramway, mais à l’échelle communautaire, et va se heurter à une difficulté héritée des politiques individualistes exercées les dernières décennies. La CUB devra, dans un premier temps, conscientiser les habitants à un intérêt commun, difficile à évaluer à l’échelle individuelle, pour ainsi éviter les remarques d’ordre personnel et mener un débat constructif orienté sur des enjeux communautaires. Pour se faire, un Forum des associations est crée afin de mobiliser ces dernières autour d’une réflexion sur le projet. Cependant le dialogue initialement prévu entre remarques des habitants et décisions prises par la CUB résultera plus de l’information sans pris en compte des contestations des habitants vis-à-vis du tracé près sélectionné par la CUB, « sujet apparaissant tabou »16 ou d’un quelconque détail structurant du projet. S’il existe une volonté d’impliquer les habitants au projet, leur parole n’est que peu, voir pas, prise en compte dans la prise de décision déjà bien bridée par un fonctionnement politique basé sur des équilibres fragiles. Ainsi, les actions menées pour associer les habitants relèvent davantage de l’information sans prendre en compte leurs remarques. L’exception faite des exigences énoncées concernant l’aménagement des quais permettant l’accès aux personnes à mobilité réduite, sujet « moins stratégique »17 que le tracé même du tram. La CUB répond ainsi à un impératif juridique, rendant les sujets à contestation acceptables par les habitants et évitant tout conflit potentiel sur des décisions arrêtées bien en amont. Malheureusement, l’action publique adoptera cette posture tant à l’échelle de grands projets d’agglomération qu’à l’échelle des villes et des conseils de quartier, prenant peu en 14 URL : https://participation.bordeaux-metropole.fr/participation/developpement-durable/ conforter-la-digue-de-la-rive-droite-contre-les-crues-de-la#enquete 15 Ibid. 16 SEGAS Sébastien, «L’encadrement politique de la parole habitante», Bordeaux Métropole. Un futur sans rupture, Bordeaux, éd. Parenthèses, 2009, p 30 17 Ibid.

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Chaque projet urbain, en fonction de ses enjeux environnementaux, sociaux, économiques va se situer à une échelle plus ou moins grande. Cependant via les dispositifs participatifs en place chaque citoyen va pouvoir prendre part aux différentes échelles de projets. Ceux-ci impactant plus ou moins son quotidien. Ainsi le projet de tramway à l’échelle de la Métropole pourra impacter certains citoyens à l’échelle de la ville et du quartier qui les conduira à se sentir d’avantage concernés.

Figure 18 : différentes échelles de projet à Bordeaux Métropole FRAYSSE Mélanie

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L’implication citoyenne dans les questions urbaines dépend des structures mises à leur disposition leur permettant de s’informer et de dialoguer. Elle varié également selon l’intérêt que les citoyens portent aux projets. Cet intérêt est souvent lié à la proximité du projet par rapport à l’individu et à son impact sur le quotidien de celui-ci. Il est plus difficile d’appréhender des projets se situant à l’échelle Métropolitaine qui s’éloigne de l’échelle directement perceptible par le corps qui est plutôt celle du quartier parcouru au quotidien. Les citoyens vont s’impliquer d’avantage e t plus durablement à l’échelle du quartier qu’à celle de la Métropole, qui les touche moins personnellement. Figure 19 : Variations de l’implication des citoyens sur les différentes échelles de projets métropolitains FRAYSSE Mélanie


compte l’avis des citoyens. Actuellement, le projet de la ligne de tram D va entrer en phase de concertation, afin d’étudier et de débattre sur les tracés potentiels de l’extension de la ligne D depuis Eysines Cantinolle vers Saint-Médard centre18. Damien Mouchague, chargé de la participation au C2D19, Centre de Développement Durable, nous explique que le problème des procédures réglementaires codifiées est contenu dans le manque de portage politique, qui décide ou non de prendre en compte les remarques des habitants. Cependant, on observe la mise en place d’actions émanant de la Métropole pour impliquer d’avantage les citoyens au fait urbain et tenter de repenser ces méthodes réglementées. C’est le cas de la mission d’élaboration d’une Charte de la participation, menée par le C2D depuis 2011, et visant à définir les modalités de mise en œuvre des concertation avec les citoyens. Généralement, ce sont les élus et les techniciens qui décident des processus participatifs, ce qui conduit à une inadéquation avec les attentes des citoyens qui ne se sentent pas écoutés ou réellement impliqués et peinent à se mobiliser. Damien Mouchague, nous dit que cette Charte a constitué le « début d’un travail et d’un dialogue sur la manière de mener la concertation » entre élus, services institutionnels, membres du C2D et les citoyens. Ce travail collaboratif poussé, serait le témoin de l’évolution et d’une certain « aboutissement dans le processus d’évolution de la CUB à la Métropole »20 qui se veut fonctionner sur des politiques non plus globales, mais davantage « négociées »21. La mise en place de ces politiques passent par un travail de collaboration au sein de comités de pilotages mixtes et par une implication des citoyens aux projets métropolitains, ainsi que par une « mise en réseaux »22 des institutions publiques au sein, et entre, les différentes communes. Cette évolution fait naturellement suite à la « logique de fédération présente dans la mutualisation des services »23 métropolitains. Depuis le 1er janvier 2012, les consultations ouvertes, sont référencées sur l’Internet par l’État, les établissements publics ou les collectivités territoriales24. Bordeaux Métropole a, de son coté, mis en place un site internet : https://participation.bordeaux-metropole.fr/, permettant à chacun de suivre les « participations »25 en cours et de prendre part à l’élaboration des projets métropolitains. Le site présente les projets ouverts à la participation par thématique, une carte de la participation, ainsi que l’agenda des évènements consultatifs : balades thématiques suivies de discussions-débats, rencontres donnant lieu à des réunions publiques, questionnaires, ainsi qu’avis de concertation, sur l’ensemble des projets menés par la Métropole bordelaise. Ce procédé de participation en ligne permet de mobiliser des habitants qui n’auraient pas envie de se déplacer jusqu’aux Mairies et peuvent grâce à ce moyen, s’informer et réagir depuis chez eux sur les projet métropolitains en cours. Parmi les supports d’implication citoyenne mis en place par les institutions publiques (la Métropole, ou les communes) qui complètent ces dispositifs décisionnels de plus grande échelle, on trouve les Tables Rondes de quartiers, qui sont des lieux de « débats et d’actions qui réunissent, à l’échelle du quartier, des associations et des collectifs d’habitants »26. Elles sont actuellement expérimentées dans plusieurs Métropoles mais pas encore à Bordeaux. La Métropole Bordelaise quant à elle abrite des conseils de quartiers, soutenus par les Mairies de quartiers et organisés deux fois par an, depuis 1995. « Elles sont présidées par le maire18 URL : http://urgence-grandeligned.fr/2016/12/02/bordeaux-metropole-vote-le-lancement-dela-concertation-une-etape-importante-pour-lextension-du-tramway-a-saint-medard/ 19 Centre de Développement Durable, service mis en place par Bordeaux Métropole 20 Entretien avec Damien Mouchague, chargé de la participation au C2D, Bordeaux, 6 décembre 2016. Voir annexes 21 Ibid. 22 Ibid. 23 Ibid. 24 URL : http://www.vie-publique.fr/forums/ 25 URL : https://participation.bordeaux-metropole.fr/ 26 URL : http://www.ville.gouv.fr/?tables-de-quartier

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p 34 Figure 21 et 22: captures d’écran du site internet de Bordeaux Métropole dédié à la participation en ligne au x projets métropolitains URL : https://participation.bordeaux-metropole.fr

Figure 23, 24, 25 et 26 : affiches de Bordeaux Métropole et de la CUB pour la participation citoyenne URL : http://www.poaplume.com/campagne-de-communication/, URL : http://www. bordeaux-metropole.fr/Vivre-habiter/Gerer-ses-dechets/Gestes-eco-responsables, URL : http://www.club-presse-bordeaux.fr/393-la-cub-communique/, URL : http:// www.carbon-blanc.fr/607-actualites-au-fil-des-mois/683-adoptez-2-poules-pour-reduire-vos-dechets.html


adjoint du quartier et ouverte à tous les habitants qui souhaitent être informés de l’actualité des projets et grands enjeux de développement du quartier »27. Ce sont davantage des lieux d’information que de débat. Toujours à l’échelle des quartiers, les Conseils citoyens sont mis en place dans chaque quartier prioritaire de la politique de la ville. Ils permettent de « conforter les dynamiques citoyennes existantes et de garantir les conditions nécessaires aux mobilisations citoyennes, en favorisant l’expertise partagée, en garantissant la place des habitants dans toutes les instances de pilotage, en créant un espace de propositions et d’initiatives à partir des besoins des habitants »28. A Bordeaux ces conseils ont été instaurés au 2014 dans les quartiers des Aubiers Le Lac, de Bacalan, du Grand Parc, de la Benauge, de Saint-Michel et de Carles Vernet, suite à la loi du 24 février 201429. Ce sont des lieux d’information de débat et de soutien à l’initiative citoyenne, mis en place pour soutenir des quartiers en difficulté, généralement sociale. A l’échelle de la Métropole bordelaise, le Conseil métropolitain, ancien Conseil de la communauté, est mis en place depuis 2010. Il est ouvert à toute personne souhaitant y assister sous réserve de pouvoir délivrer une pièce d’identité à l’entrée de la séance. Durant ce Conseil sont présentées et débattues des questions : d’amélioration des règles de fonctionnement des institutions publiques, d’infrastructures routières, d’aménagement, de transports et stationnements, de financements de la Métropole liés à des commandes publiques, du PLU, ainsi que des grands projets Métropolitains (tel que le projet Inno campus)30. Ces conseils ont lieu tous les mois, le prochain en date étant le vendredi 27 janvier 2017. Bordeaux Métropole fait également appel à des dispositifs dits « non réglementés simplifiés »31, afin de compléter les informations, remarques et avis des citoyens sur les intentions urbaines projetées. Dans ce cas le porteur de projet fixe librement les modalités d’implication des citoyens. Elles peuvent prendre la forme d’ateliers, de balades et de discussion, pour des projets n’ayant pas obligation à faire une concertation ou enquête publique, ou bien venir en complément de ces dispositifs. Ces dispositifs sont actuellement mis en place pour le projet de la ligne BHNS (Bus à Haut Niveau de Servitude), ou le prolongement de la boucle verte sur la presqu’île d’Ambès. Ils permettent une implication des citoyens sur des projets qui ne vont pas forcement impacter physiquement sur leur environnement, mais sur leurs habitudes et usages. Une fois de plus cette liste n’est pas exhaustive et montre l’important panel de dispositifs, mis en place par Bordeaux Métropole, pour impliquer les citoyens à l’élaboration de leur territoire.

Une campagne de publicité Métropolitaine pour mobiliser les citoyens au fait urbain

Cette volonté d’intégrer les habitants à la construction et au développement de leur cadre de vie, est visible dans l’importante campagne publicitaire engagée par Bordeaux Métropole depuis sa création et par la CUB, avant elle.

« Bordeaux Métropole a besoin de vous ! »32, « Vous aussi, participez ! »33, « Citoyen,

27 URL : http://www.bordeaux.fr/p110869 28 URL : http://www.ville.gouv.fr/?les-conseils-citoyens 29 URL : http://www.bordeaux.fr/ebx/pgPresStand8.psml?classofcontent=presentationStandard&id=113972 30 URL : http://www.bordeaux-metropole.fr/Agenda/Conseil-de-Bordeaux-Metropole11 31 URL : https://participation.bordeaux-metropole.fr 32 URL : https://participation.bordeaux-metropole.fr 33 Ibid.

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Figure 27 : logo de Bordeaux Métropole, par Ruedi Baur et l’agence Kubik URL : http://etapes.com/bordeaux-metropole-1-systeme-et-28-logos

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Figure 28 : déclinaisons du logo de Bordeaux Métropole pour chaque commune URL : http://etapes.com/bordeaux-metropole-1-systeme-et-28-logos


rejoignez la communauté et participez ! »34, « Vous aussi, participez... »35, « Osez participer! »36, « Tu entends... ? »37. On retrouve ces slogans, visant à mobiliser les habitants de la Métropole, sur les sites internet de la Métropole et des communes. Ceux-ci, rédigés à la seconde personne du singulier et du pluriel, s’adressent directement au(x) citoyen(s), afin d’attirer leur attention et de les intégrer par cette interpellation, au projet. Ils sont également présents dans l’espace public pour inciter des pratiques citoyennes ciblées : « j’agis, je trie », « adoptez 2 poules », ... Ces appels à la mobilisation des citoyens sont facilement reconnaissables par leur couleur bleu et verte, leur forme d’affiche où l’on retrouve le petit macaron en étoile à seize branches. La Métropole bordelaise a ainsi mis en place une véritable charte graphique de l’implication citoyenne. La Charte graphique est un outil de communication à part entière, elle porte les orientations politiques de la Métropole et les donne à voir aux citoyens. C’est ce qu’on observe avec le logo même de la Métropole, réalisé à la suite d’un appel d’offre remporté par Ruedi Baur, associé à l’agence bordelaise Kubik pour l’occasion. Ce logo représente les liens et les échanges entre les différentes communes qui composent la Métropole. Il est décliné pour chaque commune qui se retrouve ainsi à tour de rôle au cœur du système métropolitain démocratique. Il présente la volonté de la Métropole de rompre avec les politiques globales passée qui imposaient un projet à l’ensemble des communes. Celle-ci s’oriente désormais vers des politiques plus négociées prenant en compte les différentes échelles territoriales, du quartier à la métropole en passant par la commune, en étant conscient de l’identité de chacune d’elles. « comme des poupées russes »38, nous dit Ruedi Baur. La Métropole bordelaise s’attache ainsi à produire une identité visuelle à laquelle les citoyens puissent s’identifier, qui soit chargée de sens et porteuse de ses politiques. Elle réalise un important travail de publicité pour mobiliser les citoyens au fait urbain.

La Métropole bordelaise engagée dans un processus d’amélioration des pratiques institutionnelles pour une meilleure implication des citoyens

Ainsi on s’aperçoit que Bordeaux Métropole a à sa disposition une importante palette de dispositifs, réglementés et plus libres, qu’elle met en place dans un soucis d’information des citoyens et de recueil de leurs avis et remarques. Ce travail traduit une conscience institutionnelle grandissante quant à l’importance de l’implication des citoyens au fait urbain et à l’élaboration des projets dont ils seront les premiers impactés. Bordeaux Métropole s’inscrit dans un travail constant de recherche et d’amélioration des pratiques institutionnelles et urbanistiques. Dans ce sens Bordeaux Métropole, aidée par le C2D, a souhaité impliquer les citoyens à l’élaboration même de ces nouvelles pratiques, notamment via le processus de co-construction de la Charte de la participation. Se tiendront également, du 25 au 26 janvier 2017, les Premières Rencontres de la Participation à Bordeaux39, en présence d’élus, de professionnels, d’acteurs institutionnels, d’acteurs engagés dans le processus d’implication des citoyens, ainsi que les citoyens, souhaitant assister à la séance. Ces différents travaux engagés montrent la difficulté de différencier le top-down du bottom-up, ces démarches étant en réalité entremêlées. 34 Ibid. 35 URL : http://www.bordeaux.fr/ebx/pgPresStand8.psml?classofcontent=presentationStandard&id=95401 36 URL : http://c2d.bordeaux-metropole.fr/c2d/travaux 37 URL : http://www.bordeaux-metropole.fr/Actualites/Tu-entends 38 URL : www.kubik.fr 39 URL : http://www.bordeaux-metropole.fr/Agenda/1eres-Rencontres-de-la-Participation

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Figure 29, 30 et 31: photographies de la Plaza del Sol Ă Madrid de FERNANDEZ Pipo URL : https://pipofernandez.blogspot.fr/2011/05/el-movimiento-15-m-puerta-del-solmadrid_557.html


3) Le bottom up : réagir et agir ou une prise de conscience des citoyens aux problématiques urbaines.

Définition

Si le statut de citoyen est attribué depuis 1789 à tout individu social1, Bernard Cuvat, nous rappelle que « la citoyenneté ne s’octroie pas, elles se conquiert à travers la capacité à faire entendre sa voix, à faire exercer ses devoirs »2. Le citoyen devient donc citoyen en s’impliquant, on ne peut lui offrir ce statut, c’est à lui de le prendre par l’action. Le bottomup représente des démarches qui prennent origine au sein de la société civiles. Celles-ci se traduisent à travers différentes actions qui témoignent d’une volonté de prendre part au fait urbain et à l’élaboration d’un territoire commun. Elles sont de l’ordre de projets de jardin ou d’aménagement urbain s’implantant dans l’espace public pour le modifier, ou prenant place sur des territoires délaissés. Elles se positionnent en opposition à des projets existants ou à venir, ou bien comme alternative à la façon conventionnelle de vivre en ville. L’implication citoyenne au sein de ces démarches va souvent débuter par une étapes de contestation à partir de laquelle va se construire l’action. L’implication des habitants à la construction de leur territoire s’assoit progressivement dans les politiques de la ville, ainsi que la sensibilisation et la formation du personnel institutionnel encore insuffisante. Le manque de portage politique et de prise en compte des remarque des citoyens peut conduire à une perte de confiance d’un parti envers l’autre. Les dispositifs mis en place peuvent également présenter des lacunes, c’est alors aux habitants de revendiquer leur droit à faire partie des processus d’élaboration de la ville. La contestation comme début d’une prise de conscience citoyenne au fait urbain Les conséquences des politiques étatiques qui en temps de crise, se retournant contre les citoyens, ont conduit, ces dernières années dans plusieurs pays d’Europe, à un sentiment de colère et de révolte qui a montré une prise de conscience massive du fait urbain. À Madrid la crise économique a conduit à une terrible crise du logement ayant amené à l’expropriation de nombreuses familles endettées et mises à la rue. La question du logement accessible à tous, enjeux urbain fondamental, présentant un dysfonctionnement, a tout à coup conscientisé les citoyens à l’importance des politiques territoriales. On retrouve dans les slogans à Madrid « No nos representan  3» (ils ne nous représentent pas) et la volonté d’une « vrai »4 démocratie. Durant l’occupation de la Puerta del Sol ou les Nuits debout émergent des codes de la démocratie athénienne comme l’assemblée. Elle va être ouverte au débat et inventer de nouveaux codes et règles afin de prendre en compte l’avis de tous les citoyens et 1 URL : http://www.vie-publique.fr/decouverte-institutions/citoyen/citoyennete/definition/definir/quel-est-statut-juridique-citoyen.html 2 CUVAT Bernard, De la déontologie au politique, ASH n°2097, du 11/12/98. In ROUX Marie-Agnès, Promouvoir la place de l’usager. D’une vision mécaniste des professions du social vers un accompagnement moderniste et politique du citoyen, Les Cahiers de l’Actif - N°318/319, p 145, URL : http://docplayer.fr/11848630-Promouvoir-la-place-de-l-usager.html 3 Slogan et titre du livre : No nos representan: El manifiesto de los indignados en 25 propuestas, de ACEDO Pilar-Velasco, Espagne, 5 juillet 2011 4 Selon TOLMERE André, Manifeste pour la Vraie Démocratie, URL : https://www.cercledesvolontaires.fr/2015/06/01/livre-manifeste-pour-la-vraie-democratie-dandre-tolmere/

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Figure 32 : affiche présentant le fonctionnement des assemblées générales pendant les «Nuits debout» URL : https://wiki.nuitdebout.fr/wiki/Ressources/Les_gestes_Nuit_Debout


d’offrir une prise de parole égalitaire. Les universitaires qui lancent ce mouvement à Madrid sont pour la plupart des précaires, sauf Iglesias qui est fonctionnaire. La très grande force de ces mouvements, principalement dans leurs premiers temps, tient dans le fait qu’ils regroupent des personnes de toutes catégories sociales5, qui sont à même de comprendre et de renverser le système. C’est dans la richesse de ces échanges que va naître l’éducation permettant la prise de parole et l’action. Une des clés du fonctionnement de ces mouvements passe en effet par l’éducation populaire qui vise à enseigner à tous le fonctionnement du système politique, afin d’offrir les outils nécessaires à la prise de parole et la possibilité de faire face aux instances (politiques et publiques) en toute connaissance de ses droits. Ces mouvements vont rapidement s’essouffler par manque d’actions concrètes visibles et de mobilisation des classes supérieures. A Madrid ils vont donner lieu à un parti politique le parti Podemos et à un repli dans les quartiers « Que no nos vamos, nos extendemos ! »6 (« On ne s’en va pas, on s’étend ! »), qui lui, ne vise pas la grande échelle médiatique pour attirer d’autres populations, mais souhaite travailler à l’échelle locale sur les problèmes du quotidien dans la continuité de ce sur quoi les assemblée populaires s’étaient formées. La contestation a ici servit à faire émerger de nouvelles initiatives politique et d’entre-aide, mobilisant les citoyens. En France, des mouvements d’opposition aux Grands Projet sont menés par des acteurs locaux des territoires concernés qui agissent en connaissance du terrain et souhaitent faire valoir leur expérience. Ces ZAD, (zone à défendre)7 sont de plus en plus médiatisés, parfois pour des raisons dramatiques comme c’est le cas du mouvement d’opposition au projet du Barrage de Sivens, porté au grand public suite au décès de Rémi Fraisse, on peut également citer les violences et dégradation lors des manifestations et occupations d’espaces publics. Une vision négative soutenue par la presse réside dans les procédés illégaux que ces mouvements sont parfois contraints de mettre en œuvre pour se faire entendre. Cependant ils restent peu connus et soutenus, n’engageant sur le long terme qu’une minorité des populations concernées de près, ou de plus loin par ces projets. Cette absence de soutien est dû, d’une part à la mauvaise image de ces mouvements, d’autre par à un manque de temps et de possibilités d’action des citoyens, enfin à manque d’information et/ou de relais incitant à la mobilisation. Les auteurs de « Modernisation de la ‘‘démocratie participative’’ - Plateforme proposée par les mouvements d’opposition aux Grands Projets inutiles imposé site : 3 grands principes, 20 propositions concrètes »8, reprochent aux autorités de ne pas les reconnaitre « comme interlocuteur à part entière »9. Ils critiquent les «procédures du débat public « à la française »10 et souhaitent mettre en garde leurs lecteurs sur les « réalités » 11 décisionnelles touchant aux projets urbains. Un premier problème soulevé tourne autour du terme d’ « intérêt général »12 ou intérêt public et sur la façon de le mesurer. Ils prennent l’exemple d’un projet d’école dont l’intérêt est facilement mesurable par le nombre d’enfants à scolariser et l’opposent aux projets de type aéroports, barrages, stockage de déchets, pour lesquels l’intérêt général est plus difficile à évaluer sauf tenant compte de leur intérêt politique pour les élus, et financier pour les investisseurs porteurs du projet. Ils critiques que les intérêts de l’État ou d’entreprises privées puissent prévaloir sur l’utilité sociale d’un projet. Un second point traité est celui du 5 Conférence NEZ Eloïse, «Podemos de l’indignation aux élections», Université deTours, le 14 décembre 2015, URL : https://www.youtube.com/watch?v=AHuZBKW_mhw&feature=youtu.be%20partie1%20vue%2024/04/16 6 Ibid. 7 URL : https://tantquilyauradesbouilles.files.wordpress.com/2015/03/plateforme-finale-16-03. pdf, p 1. 8 Ibid. 9 Ibid. 10 URL : https://tantquilyauradesbouilles.files.wordpress.com/2015/03/plateforme-finale-16-03. pdf 11 Ibid. p 2 12 Ibid. p 3

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Figure 33 : photographie d’un élément de mobilier urbain construit par les habitants et le Bruit du Frigo URL : http://bruitdufrigo.com/index.php?id=75

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Figure 34 : photographie d’un élément de mobilier urbain construit par le Bruit du Frigo URL : http://bruitdufrigo.com/index.php?id=75

Figure 35 : photographie d’un élément de mobilier urbain construit par les habitants URL : http://www.jardindetasoeur.org/


« saucissonnage des procédures »13 empêchant au projet d’être évalué dans son ensemble et conduisant à des manquements aux règles d’urbanisme et exigences environnementales en vigueur. Ils prennent pour cela l’exemple de projets validés sans prise en compte des études approfondies tel que la ligne ferroviaire Lyon-Turin ou le NDL (Notre Dame des Landes) qui impactent pourtant gravement l’environnement par leur mise en œuvre. De manière générale, ils critiques les dispositifs réglementaires visant à impliquer les citoyens, ainsi que leurs limites et réguliers contournements ou abus d’usage. Ils souhaitent, à travers leur critique, conscientiser les citoyens aux dysfonctionnements des politiques territoriales afin d’ouvrir le débat et éventuellement de susciter une envie de réaction et d’implication de la part des lecteurs. Pour eux aussi la contestation est une première étape de l’implication citoyenne vers l’action. A Bordeaux, suite aux Nuits debout, se sont montés des groupes de parole, présents sur l’espace public hebdomadairement pour débattre avec les passants et toute personne souhaitant s’exprimer sur les politiques publiques métropolitaines et nationales. C’est le cas notamment Place Stalingrad. Cette volonté de susciter et légitimer la parole citoyenne était apparu à Bordeaux via le collectif OnVautMieuxQueCa, collectif bénévole de « citoyens et citoyennes créatifs, initié dans le but de libérer la parole sur des problèmes de société, tel que le travail »14, autour des questions de travail, politique et démocratie. Pour le collectif, la prise de parole est un outils important de l’implication citoyenne, que quelqu’un se doit de recueillir et de diffuser de manière critique.

L’action comme moyen d’implication citoyenne dans la vie d’un quartier

De nombreux projets à l’initiative des citoyens naissent en opposition à d’autres projets qui leur sont imposés. C’est le cas du « Jardin de ta sœur » dans le quartier des Chartrons. Ce jardin de quartier est né à l’initiative d’habitants qui se sont montés en collectifs afin de défendre cet espace de vie contre un projet immobilier. Ils ont bénéficié pour cela, de l’aide du collectif Le Bruit du Frigo, ainsi que du support du centre social de Bordeaux Nord. Le jardin, pensé par le collectif pluridisciplinaire comme une installation temporaire, a suscité l’engouement et la mobilisation des habitants du quartier qui ont souhaité le pérenniser. « On a occupé le terrain pendant dix jours avec le prétexte de faire une fête et le véritable objectif de mettre un pied dans la porte et de défendre un espace public »15, nous dit Yvan Detraz, du collectif Le Bruit du Frigo. Durant ces dix jours les habitants se sont réappropriés la friche, des jeux pour enfants ont été construits avec des matériaux récupérés, des espaces de potagers ont été mis en place et plantés et des évènements visant à faire découvrir cet espace aux habitants et à les rassembler ont été organisés. Au terme de ces dix jours le terrain a continué d’être occupé et a conduit Alain Juppé à trancher en faveur de l’espace public. Aujourd’hui cet espace collectif propose des ateliers pédagogiques autour du jardinage et du compostage, ainsi que des évènements. Le jardin est ainsi devenu un espace public de proximité central pour les habitants de ce quartier en mutation. Support d’activités collectives, il y favorise le lien social tout en accompagnant la transition urbaine. Ce projet se rapproche de celui du Jardin Éphémère à Bègles. C’est un jardin potager partagé, on y trouve des parcelles collectives où chacun est venu planter ou bricoler ce qui lui faisait plaisir, et où se sont invités table et bancs en bois fabriqués par les adhérents à partir de palettes, ainsi qu’un petit barbecue. Cet aménagement montre une envie d’avoir un lieu à soi, où travailler la terre et faire pousser ses légumes, mais aussi un lieu de vie, de rencontre et de partage. La parcelle en terre est encore en grande partie en friche, recouverte de ronces et 13 Ibid. p 5 14 URL : http://www.onvautmieux.fr 15 Entretien avec Yvan Detraz, architecte et directeur du collectif Le Bruit du Frigo, Bordeaux, 25 octobre 2016

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Figure 36 : photographie du potager du Jardin de l’Ephémère FRAYSSE Mélanie

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Figure 37 : photographie d’un ancien élément de mobilier urbain réutilisé par les usagers du jardin potager FRAYSSE Mélanie

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Figure 38 : photographie de l’intérieur du hangar utilisé et aménagé par les bénévoles de l’association FRAYSSE Mélanie


de plantes en tous genres, elle est ponctuée par des bidons bleus qui servent à récupérer et à stocker l’eau pour l’arrosage. Près de l’entrée deux poules et un coq vivent à l’abri d’un enclos de bois, autour d’un poulailler bricolé à partir de barrières métalliques et de grillages, de deux bacs à compost et d’une baignoire enterrée faisant office de petite marre. L’enclos à poules est attenant et fermé d’un coté par un hangars dont une partie est investie par les adhérents, on y trouve canapés, outils pour jardiner, bobines de câbles en bois servant de tables, livres sur la permaculture et les légumes de saison, rangements, vieux bureaux, et matériaux pour délimiter les plantations. Le jardin existe depuis deux ans, l’association a obtenu l’autorisation d’investir la parcelle fin 2014 et après presque une année de défrichage ils ont débuté les plantations. Elle est née de deux comités de quartier : Le Prèch, d’un coté de la parcelle, et Samba, de l’autre, qui souhaitaient créer un jardin potager partagé et avoir un local qui leur appartienne et où ils puissent faire des réunions, stocker du matériel et organiser des évènement, autre que la salle des fêtes de la mairie. La parcelle appartenant à Euratlantique, c’est auprès d’eux que l’association a obtenu l’autorisation d’occupation, en attente d’un futur projet immobilier. Celleci leur a été cédée, après de longues négociations, gratuitement, pour une durée de deux ans, temps au bout duquel l’association devra reverser un bail d’1€ du mètre carré à la mairie, soit 800€ par mois. Un montant important quand on sait que l’association vit de ses adhésions et évènements et compte une cinquantaine adhérents. Comme ironise un des bénévoles « avec toutes les parcelles qui sont squattées ou utilisées comme décharges, l’association aurait pu demander un financement de la Mairie pour valorisation de bien, plutôt que de devoir payer un loyer ! »16. Il est vrai que Bègles compte un certain nombre de friches, entre anciennes habitations abandonnées ou saisies, les habitations détruites, les selleries de morue et les anciennes industries ayant délaissé leurs locaux, comme c’est le cas de la friche qu’occupe le Jardin Éphémère. Ces espaces sont souvent bien situés, la friche-potager se trouve en cœur de quartier et des habitations, au bout d’une impasse, près de la rocade. On y trouve également parfois des constructions encore exploitables, à l’origine du projet l’association souhaitait investir tant l’espace en terre situé sur un coté de la friche, que les hangars industriels attenants, idée bien vite récupérée par la mairie qui a obtenu d’Euratlantique l’autorisation d’entreposer du matériel (barrière métalliques, tables,…) dans le plus grands des hangars fermé, gardant les autres vides mais à leur disposition, le reste de l’espace étant réservé par Euratlantique pour entreposer du matériel de chantier (gravats et divers matériaux provenant des démolitions et pouvant être récupérés lors des travaux à venir). L’association occupe ainsi non officiellement, avec l’accord de la ville, le plus petits des hangars, aménagé en espace de travail et de détente. Si l’association compte une cinquantaine d’adhérents, le noyau actif est passé de 15 à 10 personnes cette année, comme dit l’un des bénévoles « si on veut changer le monde pour demain il faut s’investir, mais avec le boulot, les enfants, j’ai déjà du mal à dormir,… »17, ce à quoi un autre a répondu «  pour ce genre de projet il faut être plusieurs »18. Les membres actifs de l’association sont présents sur la parcelle un dimanche sur deux, les plus disponibles venant ouvrir le poulailler tous les matins. En plus du simple loisir de jardinage l’association organise des évènements (repas, concerts, ou opérations d’aménagement du local associatif), mais aussi des moments pédagogiques durant lesquels les enfants de l’école de Bègles viennent travailler et découvrir le potager. L’association souhaiterait se développer, elle a pour valeur fondamentale d’être ouverte à qui conque souhaitant s’investir, mais les bénévoles craignent d’être dépassés par l’arrivée de nouveaux publics « la demande est importante pour ce genre d’endroit, on voudrait communiquer un peu plus mais on ne le souhaite pas non plus parce qu’on n’est 16 17 18

Paroles de bénévoles relevées lors d’une visite au Jardin de l’Éphémère, 30 octobre 2016 Paroles de bénévoles relevées lors d’une visite au Jardin de l’Éphémère, 30 octobre 2016 Ibid.

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Figure 39 : photographie de la rue de la Fraternité à St Genès, FRAYSSE Mélanie

Figure 40 : photographie d’une devanture de maison URL : http://www.bordeaux.fr

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Figure 41 et 42 : photographies des incroyables comestibles à Bordeaux Métropole URL : https://www.facebook.com/groups/452130404833661/

Figure 43 et 44 : photographies de la rue Kleber URL :http://www.aldebertverdier.com/07kleber.html


pas assez nombreux encore à être actifs pour organiser un accueil ou des permanences »19, l’endroit étant enclos et fermé à clé par un portail, un certain nombre des adhérents, les plus actifs, ont un jeu des clés leur permettant d’entrer entretenir le potager, tout autre bénévole souhaitant participer peut se présenter un dimanche sur deux ou bien compter sur un coup de chance et la présence d’un membre actif sur le site. Ils sont conscients que, fasse à la pression immobilière et politique, le nombre peut faire la force et permettre de préserver un lieu de vie à l’échelle du quartier, comme celui qu’ils ont crée. L’initiative citoyenne prend place sur des friches présentes au cœur du tissus urbain, mais également dans l’espace public que les habitants pratiquent quotidiennement. C’est ainsi qu’on voit apparaître dans les rues du centre ville ou sur les quais, des bacs à potager, témoin de la présence des Incroyables comestibles, association issue d’initiatives citoyennes individuelles, qui s’inscrit dans la continuité du mouvement Colibri de Pierre Rabhi et promeut l’agriculture en ville et mobilise les habitants dans des pratiques urbaines nouvelles. Les incroyables comestibles de Bordeaux souhaitent «trouver une alternative à la vie chère, renouer un lien à nature et créer du lien social», en plus d’embellir les rues et de promouvoir de nouvelles pratiques et une nouvelle pensée de la ville, ils organisent des évènements : pic-niques et rencontres. On trouve d’autres bacs potagers et fleuris Rue de la Fraternité dans le quartier de St-Genès, ou encore Rue Yakafaucon dans le quartier St-Jean, affirmation de l’implication des citoyens dans l’élaboration de leur cadre de vie. Toujours dans le Quartier St-Jean, un aménagement urbain, aujourd’hui démonté, avait été réalisé sur la Place Dormoy à l’initiative des habitants et avec l’aide du collectif d’architectes et urbanistes ETC. Des initiatives similaires se montent autour du compost.

Quand les initiatives citoyennes inspirent les collectivités

Dans le cadre du projet Re-centre, la ville de Bordeaux a tenté de mettre en place une « rue jardin »20, Rue Kleber. Une réflexion a été menée avec la Mairie et les habitants pour définir les atouts présents dans la rue et élaborer un projet de réaménagement. Le projet s’est ainsi attaché à recréer une rue à l’image de ses habitants, donnant une plus grande place au piéton et à la nature par la création d’une voie partagée et d’une végétalisation de la rue. Cependant par manque d’entretien, d’investissement des habitants sur la durée le projet n’a pas tenu . La difficulté des projets élaborés entre acteurs publics et citoyens, à l’initiative des institutions publiques, se trouve dans le passage du projet à la gestion des citoyens, qui par manque d’accroche avec le projet qu’ils n’ont pas initiés, vont avoir des difficultés à s’y impliquer durablement et à la faire perdurer. D’autres initiatives de la Mairie ont été cependant reprises par les habitants, comme les bacs de compost installés dans plusieurs quartiers. Initiatives citoyennes et publiques à destination des citoyens ne vont pas l’une contre l’autre mais sont bien complémentaires dans la construction d’un territoire impliquant d’avantage les habitants. L’association Bordeaux en transition, montée suite à Alternatiba, réuni des citoyens de la Métropole bordelaise souhaitant promouvoir et mettre en place une pratique de la ville alternative, plus respectueuse de la « nature et de l’humain »21. Pour se faire le collectif souhaite investir des espaces disponibles de friches, mettre en avant les projets de la mairie et s’investir dans des projets déjà existants, comme ceux présentés précédemment. Il montre ainsi la complémentarité des deux niveaux d’implication (top down et bottom up), qui sont encore une fois entre mêlés.

19 20 21

Ibid. URL : http://www.bordeaux2030.fr/bordeaux-demain/recentres/marne-kleber URL : http://www.bordeaux-transition.org

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Comment intervient l’implication citoyenne à Bordeaux Métropole ?

On observe une mutation des politiques urbaines dans le passage d’un urbanisme de plan à un urbanisme de projet. Ces stratégies vont être de nouveau reconsidérées à Bordeaux lors du passage de la CUB à la Métropole. On se situe sur un territoire complexe, polynucléaire et présentant des tensions entre acteurs politiques fortes. Cette multiplicité des enjeux et des échelles, va rendre l’élaboration d’une vision territoriale d’ensemble et l’émergence d’un travail collectif difficiles, ainsi que constituer un obstacle à la mise en place de processus d’implication des citoyens à l’élaboration de ces stratégies, à une échelle métropolitaine. Avec l’évolution de la législation Française quant aux politiques publiques, les acteurs métropolitains vont se voit tenus d’informer les citoyens de leurs stratégies territoriales et projets, ainsi que de leur offrir des possibilités d’expression et de débat autour de ces derniers. Pour cela, les institutions publiques vont avoir à leur disposition un certain nombre de dispositifs réglementés et codifiés tels que la concertation et le débat public, leur permettant de répondre à leurs obligations sans avoir besoin de prendre en compte les remarques des citoyens. Cependant le déploiement, dans la Métropole bordelaise, d’un large panel de dispositifs, réglementés et non réglementaires, vont traduire un intérêt et une volonté réelle de la part des institutions publiques à l’implication des citoyens aux stratégies et projets urbains. Ces dernières vont développer pour cela, des moyens de communication innovants, sur internet et via les nouvelles technologies. Face à un tel travail de communication, on peut se poser la question de la réelle motivation politique derrière ces initiatives : Visent-elles à impliquer davantage les habitants au fait urbain et à l’élaboration de leur territoire ? Ou bien, sont-elles mises en place pour faire la promotion des projets métropolitains et de l’image de la Métropole, dans la dure concurrence menée entre les villes et la course aux financements de l’État ? Quelque soit la part de vérité dans ces deux questions, l’émergence d’initiatives comme l’élaboration collective d’une Charte de la participation, menée par le C2D et Bordeaux Métropole ou la mise en place, en 2017, d’un Congrès métropolitain, révèlent une évolution de la pensée des pratiques urbaines et institutionnelles vers des procédés plus collaboratifs, s’orientant vers la prise en compte des habitants et de leur expertise. L’implication des citoyens à la construction de la Métropole ne va pas uniquement passer par les institutions publiques, elles va aussi se mettre en place spontanément, émanant d’une volonté citoyenne de prendre part au fait urbain et à l’élaboration du territoire. Dans la Métropole bordelaise cette implication va prendre une forme visible d’appropriation de l’espace public et de délaissés urbains au profit de pratiques de la ville alternatives, plus durables et sources de lien social. Si elles émanent d’initiatives individuelles citoyennes, ces actions, dans leur mise en œuvre, vont nécessiter un travail de collaboration et de négociation avec les institutions publiques et l’ensemble des acteurs du territoire. Elle vont également, parfois, servir de support à l’élaboration de projets territoriaux et métropolitains. Ainsi, les démarches de projet ascendantes ou descendantes, visant à impliquer le habitants, vont se mêler et contribuer, ensemble, à la construction du nouveau territoire métropolitain bordelais.

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II – Trois initiatives supports de l’implication citoyenne à Bordeaux Quelles sont les initiatives qui portent cette implication et comment ?

Tous les habitants ne se sentent pas concernés par leur territoire et sa fabrication, l’implication passe par la sensibilisation et par des structures qui vont soutenir et accompagner les initiatives citoyennes. Certaines prennent racine dans un militantisme habitant et envisagent le fait urbain comme levier dans l’amélioration de la vie d’un quartier. D’autres, questionnent l’urbanisme conventionnel qui s’impose aux habitants pour réfléchir à ce qui peut être fait pour et avec les citoyens. D’autres encore, cherchent à rendre accessible la culture métropolitaine afin d’éduquer les citoyens à leur environnement et leur permettre d’en devenir acteur. Ces groupes souhaitent ainsi développer une conscience territoriale et citoyenne nouvelle. Dans ce contexte, des associations d’habitants se positionnent en tant qu’acteur majeur de leur quartier et se servent de l’urbain pour mieux ancrer leur conception de la ville, leur conception de la vie de quartier dans une vision communautaire et solidaire, ainsi que leur présence et rôle en tant qu’acteur privilégié de la ville et devant être pris en considération par les instances publiques. Ils favorisent ainsi une liberté d’usages au sein de l’espace public, un développement des interactions sociales, ainsi qu’une sensibilisation et un engagement des citoyens au développement de leur quartier suivant les valeurs environnementales et sociales portées par les membres des associations. En s’impliquant dans leur quartier ils touchent à l’échelle du territoire métropolitain dans lequel celui-ci s’insère. Dans cette continuité les professionnels de la ville : architectes et urbanistes notamment, requestionnent leur manière de travailler pour renouer un dialogue avec les usagers de la ville et véritables destinataires de leurs projets. Ils mènent des réflexions sur la ville publique, appartenant à tous et à personne, si ce n’est au Maître d’Ouvrage qui a commandé le projet et en est le propriétaire. L’habitant qui pratique l’espace au quotidien est l’acteur véritablement impacté par les projet, il est cependant perçu comme consommateur et usager des espaces urbains. Ainsi, les architectes envisagent des façons de rendre leur pratique plus transparente et accessible, en engageant les habitants dans des processus de réflexion et de production sur leur territoire. Enfin, de nouvelles structures voient le jour souhaitant sensibiliser les acteurs de la ville, ainsi que les futurs professionnels et les habitants, aux questions métropolitaines. Ce travail passe par une diffusion des recherches et études menées, pour une meilleure connaissance de la part des professionnels mêmes de la ville aux faits métropolitains récents. Ces structures tentent de développer une conscience institutionnelle qui se dirige vers une plus grande et une meilleure prise en compte des habitants dans la production et le développement de ces faits nouveaux. D’autres structures œuvrent ainsi pour une participation des habitants au fait social et à l’élaboration de leur cadre de vie. J’ai choisi dans cette partie d’étudier trois structures, différentes par leurs origines et leur fonctionnement mais œuvrant toutes dans une même direction et parfois ensemble. Ces initiatives sont ainsi complémentaires et participent à la construction d’un nouveau réseau de connaissance de la métropole. Elles se situent entre top down et le bottom up, puisqu’on a vu que les deux démarches étaient entremêlées. Elles font le lien entre les institutions publiques et les habitants, les amenant tous deux vers des démarches plus horizontales et une construction de la ville plus négociée. « Projeté dans son environnement social, le citoyen retrouvé s’ouvre à l’échange participatif et conquiert sa visibilité sociale et humaine »1. 1

URL : http://docplayer.fr/11848630-Promouvoir-la-place-de-l-usager.html, p 11.

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Figure 45 : photographie de la place Dormoy FRAYSSE Mélanie

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Figure 46 : photographie de la terrasse du café le Petit grain FRAYSSE Mélanie

Figure 47 : photographie de l’intérieur du café le Petit grain FRAYSSE Mélanie


1) L’association Yakafaucon : créer un cadre repère, support de l’investissement citoyen à l’échelle d’un quartier

L’association Yakafaucon ou « Ya qu’à, faut qu’on »2 est le nom d’une association regroupant des habitants du quartier Saint Jean et Sainte Croix, nom donné en référence à la rue qui l’a vu naître au cours d’un énième apéritif entre voisins, la rue Montfaucon. Celle-ci se trouve à quelques minutes de la Gare St Jean, en se dirigeant vers les quartiers de la Victoire et St Nicolas, et déjà les bacs fleuris à l’intersection de la rue Montfaucon et de la rue Vilaris, petits potagers partagés, manifestent la présence de l’association et l’implication des habitants du quartier. Parallèle à cette rue se trouve la Place Dormoy, espace de respiration arboré dans l’enfilade des petits immeubles resserrés du quartier ancien. Le végétal offre de l’ombre à un espace de jeux pour enfants et à de nouveaux bacs en bois fleuris, l’espace restant sur lequel se trouvait encore jusqu’en septembre 2016 une installation en bois réalisée par les bénévoles de l’association en collaboration avec le collectif ETC est aujourd’hui vide. Sur un coté de la Place s’ouvre le café associatif des Yakafaucon, le Petit Grain, séparés l’un l’autre par une petite route à sens unique au bord de laquelle sont venu s’installer tables et chaises colorées sur une petite terrasse faite en palettes. A l’intérieur du café l’ambiance est chaleureuse, canapés, livres et table basse nous accueillent à coté d’un petit bar qui longe un coté du café tandis que de l’autre coté des tables et des chaises tout aussi colorées qu’à l’extérieur offrent le confort de leur assise. Des peintures sont accrochées sur les murs, une exposition temporaire que le café accueille mensuellement, au fond du café tout en longueur un espace plus intimiste abrite de nouvelles tables et chaises, une bibliothèque, des jeux pour enfants et un ordinateur laissé à la disposition des adhérents.

Implication solidaire dans la construction d’un lieu commun - le chantier comme moment fédérateur

« L’association est née de la volonté de faire vivre la rue »3 me confie une adhérente présente à l’origine des Yakafaucon  « ce qui a donné naissance à un repas de rue, puis deux, aujourd’hui les repas que nous organisons rassemblent jusqu’à 200 personnes (…) L’association est née lors d’une réunion de quartier pour réfléchir à ce qui pourrait se faire. On pensait qu’il y aurait 20 personnes et il y en a eu 80 ! Avec l’idée d’avoir un lieu là »4. L’idée de faire vivre le quartier, de réunir les gens autour d’événements et d’un lieu particulier qui leur appartiendrait, le café, a suscité une mobilisation importante auprès de ses habitants. Ceux-ci se sont réunis en commissions, à la suite de la réunion de quartier, afin de travailler ensemble à la définition des valeurs de l’association, de rechercher un lieu capable de les accueillir et des structures susceptibles de financer les projets à venir. Un café quasi à l’abandon a ainsi rapidement été repéré le long de la Place Dormoy et après négociation avec les propriétaires, les bénévoles sont parvenus à acquérir cet espace qu’ils louent depuis 2012. Mais avant de s’installer d’importants travaux ont été nécessaires pour remédier à l’insalubrité du local, donnant lieu à un premier chantier commun. Des bénévoles travaillant dans le secteur du bâtiment et des travaux publics ont pris en main le chantier, mais sans se laisser enfermés par leur tache et leur responsabilité, ils ont ouvert celui-ci à tous ceux qui souhaitaient s’y investir, offrant de leur temps et partageant leurs savoirs faire. Ce chantier participatif semblent avoir consolidé les valeurs et liens à la 2 4

URL : http://www.yakafaucon.com/ Entretien avec Marie-Claire, bénévole pour Yakafaucon, Bordeaux, 7 octobre 2016 Ibid.

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Figure 48 : vues du projet de mobilier urbain temporaire par ETC URL : http://www.collectifetc.com/realisation/cafe-sur-place/

Figure 49 : photographie du mobilier urbain construit par ETC et les habitants sur la place Dormoy URL : http://www.collectifetc.com/realisation/cafe-sur-place/


l’origine de l’association comme me l’a confirmé une adhérente « ça a été une œuvre commune dès la période des travaux (…) Un merveilleux bordel ! Ça a beaucoup compté sur les liens qui ont unis le noyau dur de l’association, une bonne cinquantaine de personnes »5.

L’événement pour susciter l’implication des habitants

Dans le même temps que le « Petit grain »6 ouvrait ses portes, les bénévoles ont commencé à s’intéresser à la place Dormoy et à une façon de s’approprier cet espace. Cette envie a coïncidé avec le Tour de France du collectif ETC, auquel l’association a fait appel pour réfléchir à un projet d’aménagement de la place. Le collectif a débuté par un temps d’échange avec les membres de l’association et les habitants pour définir les besoins et envies de chacun. La place Dormoy peut utilisée, occupe une place importante dans le quartier et représente une véritable ressource d’espace public généreusement arboré à exploiter. De plus, elle s’insère entre deux projets Métropolitains d’envergure : Re-centres et Euratlantique. Le collectif s’est installé pendant deux semaines devant le café pour travailler et prendre ses repas et a ainsi mené des temps de concertation et partage avec les habitants. Ensembles il se sont posé la question de : Comment exister entre dans de tels territoires à projet ? Comment intégrer les projets de la collectivité ? Et comment créer un espace de vie en commun ? A été soulevée l’idée de créer un véritable parvis qui donne d’avantage de visibilité au Petit grain et le mette en avant dans le quartier. Les habitants et le collectif ont également souhaité créer un prolongement extérieur du café : lieu de rencontre et de partage. C’est ainsi qu’est apparu l’idée d’un mobilier qui s’étendrait du café jusque sur la place, offrant une terrasse extérieure, des assises, une grande table autour de laquelle réunir les habitants et passants, ainsi que des pots de fleurs venant embellir la place et permettre la réalisation d’un petit potager partagé. Ce mobilier éphémère très simple et en partie modulable se voulait support d’une nouvelle vie de quartier sans pour autant figer les possibilités d’usages différents et besoins à venir. Après les esquisses est venu le temps du chantier, soutenus par la Direction Générale de l’Aménagement, les bénévoles ont pu débuter les travaux. Cette étapes s’est divisée en plusieurs ateliers afin de mobiliser un maximum de personnes : un atelier jardinage encadré par les paysagistes Friche and Cheap auxquels l’association a également fait appel pour suivre les moments de concertation, un atelier de peinture sur les arbres permettant de donner une identité visuelle à la place, un atelier de construction de la structure en bois, ainsi que des ateliers pédagogiques à destination de structures sociales et éducatives voisines. « l’intérêt était de créer une dynamique de gestion du lieu en partenariat avec les acteurs sociaux locaux. Par exemple, les maternelles ont prévu de revenir ultérieurement sur la place pour planter leurs semis et pourquoi pas s’occuper d’un bout de jardin avec l’aide de Yakafaucon »7. Par cette démarche, le collectif s’assurait d’une mobilisation des habitants dans le temps, après l’événement, et encrait durablement le projet et l’association dans leur territoire. Le collectif a également souhaité laisser une certaine liberté de manœuvre aux habitants dans chacun des ateliers, ne posant que les bases et trames suffisantes pour laisser les participants donner libre court à leur imagination. Cette démarche a permit à ceux-ci de s’approprier d’avantage le travail réalisé et le nouvel espace crée. Le temps du chantier a été accompagné d’une succession d’événements : repas, concerts, tournoi de pétanque, afin de toucher plus de personnes encore et de resserrer les liens sociaux et renouer le dialogue entre différents acteurs du quartier et de la ville. Durant le chantier a notamment été organisé une table ronde avec l’adjoint au maire délégué du quartier Bordeaux Sud, de représentants de la Direction Générale de l’Aménagement (DGA), des Parcs, 5 6 7

Entretien avec Marie-Claire, bénévole pour Yakafaucon, Bordeaux, 7 octobre 2016 Nom du café associatif de Yakafaucon. URL: http://www.collectifetc.com/realisation/cafe-sur-place/

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Figure 50 : photographie de l’installation du collectif ETC devant le café le Petit grain URL : http://www.collectifetc.com/realisation/cafe-sur-place/

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Figure 51 : photographie du chantier de construction du mobilier urbain URL : http://www.collectifetc.com/realisation/cafe-sur-place/

Figure 52 : photographie d’un repas de quartier organisé sur la place Dormoy URL : http://www.collectifetc.com/realisation/cafe-sur-place/


des Jardins et des Rives (DPJR), du développement Social et Urbain (DSU), de la Communauté Urbaine de Bordeaux (CUB), ainsi que des représentants de l’association Arc-en-Rêve et des collectifs Bruit du Frigo, Alpage et Friche and Cheap, afin de discuter de cette démarche Bottom up : « De l’initiative d’habitants vers un aménagement urbain »8 et de la possibilité d’intégrer les initiatives citoyennes aux projets d’aménagement de la ville. Une bénévole me confie : « ce qui est incroyable c’est que pour une fois c’est parti des habitants, c’est eux qui ont voulu construire ça et qui l’ont fait ! »9. Le chantier du café puis l’action menée sur la place Dormoy en chantier participatif avec l’aide du collectif ETC vont à l’inverse de l’urbanisation courante à proprement parler où c’est la municipalité qui impose un projet aux habitants. Cette action commune semble avoir réussi à encrer l’association au sein du quartier physiquement mais également par la sensibilisation et la mobilisation qu’elle a suscitée au près des habitants « sur l’année on a 3500 adhésions (…) on a une nébuleuse de 200 personnes »10.

S’impliquer durablement à travers des actions éphémères

Les habitants semblent avoir réussi à faire un premier pas dans l’appropriation de leur espace de vie et de l’espace public à travers ces deux premiers chantiers. On peut cependant se poser la question de l’avenir de cette structure au sein du grand projet Euratlantique et des relations entre institutions publiques et les habitants face aux enjeux de la métropolisation. En effet la structure en bois construite sur la place Dormoy par les habitants a aujourd’hui été démontée « on nous a dit que ça devait partir et quelqu’un de la mairie est venu mettre un grand coup de scie dans tout ça (…) ils ont surement de grands projets pour la place ! »11. Des relevés sont actuellement en cours sur la place en vue d’un projet de bassin de stockage de l’eau de pluie. Ce projet a suscité une importante réaction chez les habitants, mais aussi une nouvelle mobilisation portée par l’association. Depuis septembre 2015 des temps de travail sont organisés pour réfléchir à un nouvel espace commun sur la place, une adhérente chargée du projet et en relation avec les institutions publiques nous confie la difficulté de monter un projet commun sur un espace au cœur de plusieurs problématiques : « au début il y a surtout des gens qui venaient contre : contre la destruction de certains arbres parce qu’il va y avoir une cuve de rétention d’eau à cet endroit, contre la Mairie de quartier parce que la Rue Jules Steeg va trop vite (rue près du café), contre… et puis on a réussi à mobiliser un petit groupe de gens qui ont envie de faire des choses pour vivre, ce genre de choses qui sont pour tous »12. Cette mobilisation a donné naissance à un projet d’espace planté qui veut voir le jour d’ici juin 2017 et qui s’articule avec le projet de bassin de rétention prévue en 2020 par son caractère éphémère. L’important n’étant pas de créer une chose qui sera définitive, mais d’agir sur son environnement, ne serait ce que de manière temporaire, les envies et habitants changeant également le premier projet d’aménagement laisse la place à un second qui viendra à disparaitre ou à muter. Ce nouveau chantier se veut comme le précédent, participatif, car il n’est pas question pour l’association qu’un groupe construise pour les autre, ce sont aux bénévoles et habitants intéressées par le projet de se mobiliser pour faire fructifier leurs idées. L’association sert de coordinateur, évaluant le temps, les compétences et les envies de chacun : « on pose les balises de ce que peut être un aménagement sur la place et puis à l’intérieur de ça les gens peuvent être très créatifs »13. 8 Nom donné à la table ronde menée, URL : http://www.collectifetc.com/realisation/cafe-surplace/ 9 Dominique, salariée et membre de l’association Yakafaucon, remarque relevée lors de mes visite au Petit grain, octobre 2016 10 Entretien avec Marie-Claire, bénévole pour Yakafaucon, Bordeaux, 7 octobre 2016 11 Ibid. 12 Entretien avec Mélina, salariée et membre de l’association Yakafaucon, Bordeaux, 28 octobre 2016 13 Ibid.

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La collaboration entre différents acteurs, une nécessité permettant l’implication citoyenne

Dans ces démarches de projet sur l’espace public l’association travaille avec différents acteurs. Premièrement des acteurs techniques, les bénévoles ne détenant pas toujours les connaissances nécessaires à la réalisation de leurs projets ceux-ci sont amenés à faire appel à des professionnels (urbanistes, architectes, paysagistes), comme ce fut le cas du projet construit en collaboration avec le collectif ETC, qui a apporté ses connaissances et son aide. Les seconds acteurs sont institutionnels car agissant sur l’espace public, l’association a trouvé important de collaborer avec les acteurs du système urbain afin d’obtenir des informations quant aux projets menés en parallèle par les instances publiques sur le quartier, de les tenir au courant de l’avancée de leurs propres initiatives dans une idée de transparence et de bénéficier des aides et conseils pouvant leur être données. « c’est un vrai échange : voila où on en est, qu’est ce que vous en pensez ? Est ce qu’on peut aller par là ? Oui ou non. Et pour la plateforme est-ce que on peut mettre des tables, est ce que vous avez des tables ? Où est ce qu’on peut récupérer des tables ? Est-ce que vous nous aidez à l’aménagement ? »14 Pour le projet de végétalisation de la place, l’association collabore avec trois acteurs publics : -Le service des parcs et jardins de la mairie de Bordeaux, qui ont la responsabilité de la gestion et de l’entretien de la place. Dans le cas de projets de jardins partagés, la Mairie est susceptible de donner, via ce service, des plantes pour amorcer le projet d’aménagement. -La direction du Développement Social Urbain, qui se situe dans l’organigramme de la mairie, juste en dessous de la Direction Générale des Solidarités et de la Citoyenneté. Ce service accompagne l’association qui a remporté un appel à projet dans le cadre du «  Pacte de cohésion social »15. Celui-ci offre un financement à des projets ayant une méthode participative et innovante, dans une volonté de la ville de Bordeaux, de valoriser l’expertise d’usage du citoyen et d’aller vers plus de démocratie participative. -La mairie de quartier, qui est gérée par un maire-adjoint et par une équipe de proximité ayant notamment pour rôle de recueillir la parole des usagers du quartier lors d’ateliers thématiques, de rencontres avec des experts, de forums de quartier, ou de concertations. L’association travaille avec la commune dans sa démarche d’investissement de l’espace public, en collaboration avec les services techniques.

L’implication citoyenne un réseau d’acteurs mobilisés qui construisent la ville dans sa diversité

L’association est née de la volonté d’un groupe de voisins d’agir sur leur espace de vie afin de se l’approprier. Aujourd’hui le groupe de bénévoles qui ont initié le projet, travaillent à accompagner tous les habitants du quartier qui le souhaite, à s’impliquer dans la vie de leur quartier. Ainsi l’association veut avoir un rôle porteur dans la dynamique de construction et d’appropriation de son quartier par ses habitants. Si elle s’implique dans cette construction, son envie et son rôle est avant tout d’impliquer les habitants, de les sensibiliser à leur environnement, à leurs possibilités d’agir, de leur donner envie, de les informer, de les accompagner et si possible de les aider en trouvant les moyens nécessaires a la réalisation de leurs projets. « on pose les petites briques au fur et à mesure avec les gens qui ont envie de s’investir, parce que notre travail c’est d’accompagner les gens »16. Le café est le lieu physique, support de cet accueil, un repère, où l’on sait que l’on pourra trouver cette aide et cette dynamique mais restant un lieu privé ouvert au public. La place quant à elle est un lieu public ouvert au public et construit par celui-ci au cœur du quartier, elle est le lieu de l’appropriation d’un bien commun par l’ensemble 14 Ibid. 15 Entretien avec Mélina, salariée et membre de l’association Yakafaucon, Bordeaux, 28 octobre 2016, URL : http://www.bordeaux.fr/p84376/pacte-de-cohesion-sociale-et-territoriale 16 Ibid. Entretien avec Mélina


des habitants qui ne sont plus seulement simples usagers d’un lieu qu’on leur impose mais en deviennent les concepteurs, cette appropriation par le faire a pour effet de conscientiser les habitant quant à leur rôle de citoyen et à leurs possibilités d’action. Ces démarches qui s’opposent aux logiques d’urbanisation classiques descendantes peuvent sembler se placer en opposition et en confrontation avec les représentants du pouvoir étatique et leurs techniciens. Au contraire l’association est accompagnée dans sont travail par des acteurs publics, comme défend une bénévole : « les services de la mairie ne sont pas tous à blâmer, beaucoup de personne se posent des questions et parfois les bonnes. Depuis deux ans, ouverture de postes pour faire d’avantage de lien entre la mairie et les habitants »17, ainsi que par des architectes et des urbanistes dans une démarche d’information, de collaboration et d’échange. Le projet des Yakafaucon s’inscrit dans une dynamique beaucoup plus large que l’échelle du quartier St Jean et Sainte Croix, dans un réseau associatif à l’échelle de la ville de Bordeaux. L’association a dû se positionner en complémentarité par rapport aux autres associations préexistantes autour et dans le quartier, mais aussi en accord avec la catégorie de population qu’elle souhaitait toucher dans son secteur. Ces éléments ont conditionné les orientations et valeurs portées par ses membres et notamment la volonté de ne pas avoir d’échange d’argent hormis pour le fonctionnement du bar et de la cuisine « on veut se sortir de la marchandisation »18, « on montre ainsi qu’on est un café pas comme les autres, participatif et citoyen »19.

L’appropriation de l’espace public, outil urbain20 permettant la mobilisation citoyenne et la naissance d’une pensée collective de l’aménagement de la ville

L’association est née de l’initiative d’un groupe d’habitants du quartier, mais elle a pu et su se développer en collaborant avec l’ensemble des acteurs institutionnels et professionnels du territoire. Les chantiers du café le Petit grain et de la Place Dormoy, sont allé au delà de la simple création d’espaces supports à de nouvelles pratiques et interactions sociales. Ils ont donné corps aux volontés de l’association et l’ont encré durablement au sein du quartier. En effet le mobilier crée en collaboration avec le collectif ETC est pensé non plus comme un « aménagement passif mais devient un outil urbain pour une gestion active et partagée d’un espace public »21. Ainsi il questionne l’habitant sur son environnement ,et les questions urbaines, en même temps qu’il l’implique dans la fabrication de celui-ci. C’est un « outils d’analyse et d’action »22 mais aussi un outil « social, culturel, architectural et politique »23. Social par ce qu’il réunit autour de lui, culturel car il participe à la création d’un récit de territoire propre à ses habitants et porteur d’identité, architectural de pas sa conception et sa mise en œuvre, politique car il porte en lui une alternative à l’aménagement conventionnel de nos villes. Il est ainsi support de questionnement d’appropriation, d’échange et de dialogue. Cet objet éphémère a depuis disparu mais à laissé place à de nouvelles idées et envies d’appropriation de la Place ainsi rendues possibles par les collaborations initiées entre les différents acteur de la ville. En ce sens il a parfaitement rempli son rôle. Aujourd’hui l’association a acquis pas ses actions une place dans le quartier et dans le quotidien de ses habitants ainsi qu’une légitimité auprès des instances publiques, qui en fait un des acteurs pivots et incontournable de son territoire. On peut imaginer que de cette façon l’association puisse avoir un certain pouvoir de parole et d’action dans la mise en œuvre et la 17 Entretien avec Marie-Claire, bénévole pour Yakafaucon, Bordeaux, 7 octobre 2016 18 Julien, bénévole et membre de l’association Yakafaucon, repaque relevée lors de la marche Yakamarcher, 9 octobre 2016 19 Ibid. 20 URL : http://www.collectifetc.com/mode-demploi-dun-outil-urbain/ 21 Ibid. 22 Ibid. 23 Ibid.

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Figure 53 : installation « l’institut point de vue » sur le toit d’un immeuble pour le projet « Lieux des possibles 3» URL : http://bruitdufrigo.com/index.php?id=172

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Figure 54 : photographie d’une installation, pour un atelier pédagogique d’exploration urbaine URL : http://bruitdufrigo.com/index.php?id=53

Figure 55 : montage pour un Atelier d’urbanisme utopique à Bordeaux URL : http://bruitdufrigo.com/index.php?id=112


2) Le Bruit du Frigo : utiliser l’évènement comme support de médiation et de mobilisation

Le collectif

Le collectif le Bruit du Frigo est une structure pluridisciplinaire qui travaille sur la ville et les questions urbaines et territoriales, au plus près des usagers : les habitants. Entre le bureau d’étude urbaine, le collectif de création et une structure d’éducation populaire, le collectif remet en question la conception « conventionnelle »1 de l’urbanisme de planification et s’oriente, dans ses démarches de projet, vers la participation. Il a choisi de travailler sur l’espace public, car il souhaite avant tout « travailler avec les gens »2 et « se poser la question du commun »3. Ainsi les projets du collectif prennent différentes formes : -randonnées exploratoires, -installations artistiques, -ateliers de création et de réflexion, -chantiers participatifs, -évènements, -… Ayant pour but de mobiliser les habitants, questionner leurs usages et connaissances du territoire et ouvrir à la réflexion quand aux champs des possibles offerts par celui-ci. Pour se faire le collectif répond à des appels d’offre lancés par les collectivités ou à des commandes directes émanant de structures sociales ou de structures d’art. Les appels d’offre soumettent le collectif à un cahier des charges souvent incomplet ou venant limiter son champs d’intervention car difficilement négociable, contrairement à une commande directe. Concernant les commandes directes, le collectif établit un premier diagnostique à parti duquel il produit et propose une trame d’action qui pourra venir à évoluer en fonction de l’initiative des participants. Le Forum urbain aurait envie de développer des projets sur des questions qui lui tiennent à cœur, mais il propose peu d’actions indépendantes. En effet, la structure reçoit des subventions complétées par une petite part d’aide privée et mécénat qui ne suffisent pas à mener ces projets à bien. Il se retrouve limité aux thèmes proposés par les commandes publiques.

Exploration du métier d’architecte

Le collectif a été fondé en 1997 par trois architectes, deux plasticiens, un urbaniste, un vidéaste et une secrétaire. Il est essentiellement né de la volonté de Yvan Detraz et Gabi Farage, architectes diplômés de l’école d’architecture et de paysage de Bordeaux de « chercher à l’extérieur ce qu’on ne trouvait pas à l’école »4. Encore étudiants, ils ont débuté leur travail au sein d’une structure de soutien pour les jeunes du quartier St Michel en axant leurs ateliers sur l’urbain. Au travers d’une approche artistique et culturelle de l’espace ils ont pu observer et 1 Entretien avec Yvan Detraz, architecte et directeur du collectif Le Bruit du Frigo, Bordeaux, 25 octobre 2016 2 Ibid. 3 Ibid. 4 Entretien avec Yvan Detraz, architecte et directeur du collectif Le Bruit du Frigo, Bordeaux, 25 octobre 2016

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Figure 56 : photographie d’un repas de quartier organisé à Pey Harry URL : http://bruitdufrigo.com/index.php?id=68

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Figure 57 : photographie du « Baroudeur » transformation d’un abrit bus en lieu d’échange à Cobonne URL : http://bruitdufrigo.com/index.php?id=77

Figure 58 : évènement organisé pour le projet d’installation le « Tube » URL : http://bruitdufrigo.com/index.php?id=341


comprendre la façon dont les gens s’approprient celui-ci. La participation a été choisie comme moyen pour mobiliser les publics visés et comme posture d’étude afin de mieux saisir les comportements et les envies des participants, via le contact et l’échange. Une méthodologie et des pratiques nouvelles à inventer, à une époque où le métier d’architecte se cantonne à sa dimension conceptuelle et constructive d’un bâtiment en lien avec un programme donné, le « plein »5, le bâtit, prédominant sur le « vide »6, l’espace public. Depuis, les politiques publiques ont évoluées, s’orientant vers une reconquête de la ville par l’espace public comme c’est le cas de Bordeaux avec les travaux importants de revitalisation des anciens quais portuaires et de bien d’autres villes dont Barcelone est la figure la plus connue. Les villes donnent de plus en plus d’importance à leur image et en ce sens les projets du collectif sont les bienvenus car « bien vus »7. Le collectif questionne la pratique urbanistique qui produit des espace politiques, plus que des espaces de représentation. Or Yvan Detraz insiste sur la nécessité de créer des «espaces de récit collectif» qui constituent un commun au sein des quartiers.

Le travail in situe pour relancer la parole dans l’espace public et susciter une nouvelle citoyenneté autour de la pensée de la ville.

La méthode de travail mise en place par le Bruit du Frigo, consiste à aborder les territoires de « manière contextuelle »8, en les parcourant, et en interrogeant les habitants, détenteurs d’une connaissance d’usage et sensible des lieux. Le parcours permet de relever des première impressions personnelles d’un territoire, mais qui sont souvent biaisées au regard des formations dont sont issus les membres du collectif. Yvan Detraz nous dit que celles-ci sont rapidement « balayées avec les premières rencontres »9. Etre à l’écoute et croire en une expertise habitante constitue les fondements du travail du collectif. Cependant il est difficile de susciter la parole chez des inconnus. C’est pourquoi le collectif a recours à l’organisation d’événements qui vont rassembler autour d’un repas, d’un spectacle, d’une activité, des habitants. Yvan Detraz traduit ce procédé par « ouvrir une brèche sur le quotidien (...) si tu donnes juste rendez-vous de 19h à 20h dans une salle tu ne toucheras jamais les gens, (...) dans le restaurant éphémère les gens viennent avant tout manger se détendre et on discute avec eux et c’est là qu’ils vont dire des choses et beaucoup de choses »10. Pour se faire le collectif a recours aux associations et centres sociaux qui lui servent d’intermédiaire pour mieux cibler les populations visées par ses actions et l’aident à définir et à mettre en place les évènements. Le fait que ces temps de partage soient organisés par des associations et personnes vivant dans le quartier va les encrer dans le territoire et toucher d’avantage les habitants. Ils parviennent ainsi à impliquer les citoyens en passant pas des acteurs sociaux déjà impliqués localement. L’événement suscite des interactions humaines et relance l’usage de la parole dans l’espace public. Travailler dans et sur l’espace public est un choix du collectif pour travailler au plus près des habitants et pouvoir poser la question du « commun : Qu’est ce qu’on a à partager ? Qu’est ce qu’on a à dire ? Qu’est ce qu’on construit ensemble ? »11. Susciter la parole et impliquer les citoyens autour des questions urbaines a débuté en 1995 avec le projet « Ateliers pédagogiques d’exploration urbaine »12. Le collectif a travaillé avec des jeunes de 10 à 18 ans afin de susciter un réflexion sur la ville conduisant à une production devant servir à questionner et sensibiliser les habitants. L’implication de ce public 5 Ibid. 6 Ibid. 7 Ibid. 8 Ibid. 9 Ibid. 10 Ibid. 11 Entretien avec Yvan Detraz, architecte et directeur du collectif Le Bruit du Frigo, Bordeaux, 25 octobre 2016 12 URL : http://bruitdufrigo.com/index.php?id=53

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Figure 59 : photographie d’un Atelier pédagogique d’exploration périurbaine URL : http://bruitdufrigo.com/index.php?id=53

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Figure 60 : photographie d’une randonnée périurbaine URL : http://bruitdufrigo.com/index.php?id=57

Figure 61 : photographie du refuge périurbain #1 « Le Nuage » URL : http://bruitdufrigo.com/index.php?id=171


jeune a servi de levier pour toucher un public plus large d’adultes. Cet éveil aux problématiques urbaines est également mis en œuvre lorsque le collectif amène des citoyens dans des territoires peu connus, comme c’est le cas du périurbain. Ainsi les randonnées périurbaines organisées par le Bruit du Frigo dans le cadre d’une commande de la Métropole « Refuges périurbains », en plus d’être des moments de partage conviviaux, permettent d’ouvrir le regard porté sur la métropole, souvent limité à son centre administratif et touristique et d’acquérir une nouvelle connaissance du territoire par la marche dans un rapport corporel et sensible au site. Or le périurbain est une donnée territoriale structurante de nos villes et à remettre au cœur des problématiques urbaines, car trop souvent mise de coté au profit des cœurs de ville. Ce projet, mené depuis 2000, a conduit à un travail de repérage cartographique des délaissés urbains, ainsi qu’au constat d’une carence d’espaces publics structurants malgré une profusion d’espaces délaissés, résultat de l’urbanisation périurbaine. La mise en place des randonnées qui perdurent jusqu’à maintenant et cet état des lieux, permettent de revaloriser des territoires délaissés en leur redonnant un usage et un intérêt. Les refus périurbains mise en place depuis, sont support de nouvelles pratiques de la ville et la vitesse à laquelle les créneaux disponibles sont réservés, au delà d’un effet de mode, montre la demande de telles installations et de tels usages de la part des habitants de la métropole.

L’acte éphémère pour une implication durable des citoyens à la fabrication de leur espace de vie

Les évènements mis en place par le Bruit du Frigo sont très souvent accompagnés de constructions éphémères « éléments tangibles qui peuvent supporter des usages, des activités »13. Ces éléments apparaissent dès 2001 lors des concertations menées avec les habitants sur la requalification du quartier Pey Harry, à laquelle était programmée une production artistique in situe. Au cours de ce projet des ateliers thématiques ont été mis en place pour questionner les usages et le devenir du quartier et plusieurs éléments de mobilier urbain ont été construits afin de susciter de nouveaux usages sur l’espace public et rencontres entre les habitants. Une succession d’événements de type cinéma en plein air, pic-niques et balades ont été organisés dans le même temps que le collectif effectuait un travail d’accompagnement au relogement des habitants (suite au choix de la maîtrise d’ouvrage de démolition du quartier sans reconstruction sur site)14. Plus récemment les projets Lieux possibles ou Le Tube sont venu requestionner l’usage d’un espace délaissé. Pour le Tube le collectif s’est installé sous une infrastructure ferroviaire, et a accompagné ses réflexions d’un aménagement éphémère construit et pensé en collaboration avec des habitants et associations du quartier. Ces constructions et les évènements qui les accompagnent sont les « moments d’émergence »15 du travail réalisé par le collectif et servent de « levier pour mobiliser les gens sur un territoire ».16 On retrouve le temps du chantier comme moment fédérateur entre différents acteurs d’un territoire, tant dans la rencontre entre des habitants d’un même quartier qui ne se seraient jamais croisés, la rencontre entre habitants et membres des associations locales, que dans la collaboration entre les habitants et les membres du collectifs. Vers la construction de nouveaux liens sociaux, une meilleure connaissance des acteurs engagés sur le territoire, ainsi qu’une meilleure compréhension des méthodes et du vocabulaire des professionnels de la ville et des questions urbaines.

Le collectif défend la possibilité de l’existence d’un « urbanisme de laboratoire »17 basé

13 Ibid. note 11 14 URL : http://bruitdufrigo.com/index.php?id=68 15 Entretien avec Yvan Detraz, architecte et directeur du collectif Le Bruit du Frigo, Bordeaux, 25 octobre 2016 16 Ibid. 17 Dossier de présentation du collectif, URL : http://bruitdufrigo.com/assets/files/dossiers_pdf/

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Figure 62 : photographie de l’installation artistique « Va faire ça ailleurs » dans le quartier Pey Harry URL : http://bruitdufrigo.com/index.php?id=68

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Figure 63 : évènement organisé pour le projet d’installation le « Tube » URL : http://bruitdufrigo.com/index.php?id=341

Figure 64 : évènement organisé pour le projet d’installation le « Tube » URL : http://bruitdufrigo.com/index.php?id=341


sur des pratiques plus expérimentales que l’urbanisme conventionnel. L’urbanisme actuel, urbanisme de projet, est critiqué par le collectif car trop rigide et s’imposant aux citoyens perçus comme simples usagers d’un espace qui ne leur appartient pas et sur lequel ils n’ont pas de prise, bien qu’ils viennent à y « habiter »18. Le Bruit du Frigo envisage une pratique de la ville qui se veut plus « organique »19, soit adaptable en fonction des besoins, des envies, et de l’implication des habitants qui sont les premiers destinataires des projets. Le collectif part pour cela du principe que « pour construire un jardin, par exemple, soit on a un budget qu’on va utiliser dans sa totalité pour réaliser un projet qu’on aura choisi et qu’on impose, soit on utilise un tiers du budget pour un projet initial, on initie et on voit comment ça vit pour continuer de le construire »20. Le Bruit du Frigo a notamment mis en place ce processus de fabrication urbaine pour le projet « Le jardin de ta sœur » en 2003, dans le quartier des Chartrons. L’occupation événementielle du site délaissé mais soumis au foncier et à un projet immobilier à venir, s’est vu soutenu par le centre social Bordeaux Nord, ainsi que par une forte implication des associations locales et des habitants souhaitant protéger cet espace devenu public et support d’usages et de rencontres. Il s’est avéré que ce lieux répondait à une réelle demande d’espace public partagé au cœur du quartier. Cette mobilisation a obligé Alain Juppé à trancher en faveur du nouveau jardin. Ces évènements représentent des « moments qui permettent aux gens de se projeter ou une situation de rupture dans l’ordinaire qui montre aux gens qu’on peut faire autrement, vivre l’espace autrement »21. Lorsqu’ils sont de l’ordre de la co-construction, co-conception, ils offrent une part importante à l’initiative citoyenne dans la fabrication de leur milieu de vie et fédèrent les habitants autour d’un projet commun.

Les relations avec la Maitrise d’ouvrage

Cependant les rapports ne sont pas toujours évidents entre les démarches expérimentales du collectif et les attendus et impératifs de la maitrise d’ouvrage. En effet comme nous dit Yvan, au début « on était un peu dans l’AMO (assistance à maitrise d’ouvrage). Maintenant que ça s’est répandu, les communes se lancent dans des démarches sans phase de définition d’une stratégie »22. Les membres du collectif avaient le rôle de conseillés auprès des communes dans le but de leur faire découvrir leur démarche novatrice et de les inciter à orienter leurs politiques et leurs projets vers une plus grande prise en compte de l’habitant. La participation est devenue un mot à la mode dans les années 2000, après les premières lois et orientations politiques. Les méthodes du Bruit du Frigo s’étant banalisées avec l’arrivée de nouveaux groupes sur le territoire, les communes sont incitées à penser maîtriser cette notion et l’utilisent à tord et à travers sans réflexion aboutie quand au déroulement du projet. L’association tente de remédier à ce phénomène mais manque de temps à consacrer à la pédagogie « elles (les communes) écrivent des cahiers des charges parfois aberrants par ce qu’il n’y a pas ce travail préalable. On leur propose généralement, plutôt que de s’engager sur de grosses sommes pendant deux ans, de faire un premier contrat de marché de définition, de quelques mois, un ou deux, durant lequel on sort une stratégie et puis on continue ou non »23. S’ajoute à cela une temporalité de projet différente entre les résultats attendus par les communes et la mise dossier_presentation_bruit_du_frigo.pdf, Terme redéfini lors de l’entretien avec Yvan Detraz 18 On repense à la notion d’usager et d’habitant traitée par PINSON, Daniel, «L’ “ USAGER ” DE LA VILLE», in La ville et l’urbain, l’état des savoirs, éd. La Découverte, Paris, 2000, p 233, l 1-16. 19 Entretien avec Yvan Detraz, architecte et directeur du collectif Le Bruit du Frigo, Bordeaux, 25 octobre 2016 20 Ibid. 21 Ibid. 22 Entretien avec Yvan Detraz, architecte et directeur du collectif Le Bruit du Frigo, Bordeaux, 25 octobre 2016 23 Ibid.

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en œuvre des démarches participatives du collectif basées sur une adaptabilité du projet en fonction de l’appropriation de celui-ci par les habitants qui empêche une maitrise totale de sa durée. Le frein le plus important à ces démarches est, comme le dit Yvan Detraz, avant tout « politique (…) le problème de la participation c’est que quand la situation commence à se tendre sur un sujet, c’est ce qui saute en premier. Sur Terres Neuves on a servi de fusible et ils ont décidé d’arrêter le processus en se disant ‘‘ les gens, ils oublieront ’’ ce qui est un peu cynique »24. Il insiste en nous disant que le problème est plus complexe encore puisque leurs projets sont synonyme de changement et ébranlent l’ensemble de l’organisation en place « le problème (…) se pose aussi à l’échelle des jardiniers de la ville qui refusent que les gens jardinent parce que c’est leur travail(…) si on leur disait ‘’voilà en fait vous devenez plus un coach et vous apprenez aux gens ce que vous faisiez, vous les accompagnez ‘’ derrière c’est dur à encaisser »25, il est politique et technique.

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Des actions communes vers une implication durable et une conscience partagée de la ville

Yvan Detraz nous dit que les démarches participatives présentent deux enjeux : « -un enjeu opérationnel : faire émerger de la parole qui va parler des besoins des gens, des enjeux et du territoire. -un enjeu sociétal : se saisir de l’opportunité d’un projet urbain pour retravailler la question du collectif, relancer des dynamiques de quartier, redonner goût aux gens de s’impliquer dans un projet commun »26. L’événement et les actions menées par le Bruit du Frigo son des moments concentrés de questionnement et de production autour des questions urbaines qui ont pour but d’encrer durablement un conscience de la ville, une conscience collective et des valeurs de citoyenneté et de solidarité, socles du bon fonctionnement de la vie des quartiers. Par l’événement, la balade, le chantier, ils démontrent les possibilités des espaces conventionnels ou délaissés, par l’action commune et par la collaboration entre les différents acteurs d’un territoire. En effet, le collectif n’agit pas seul, il mobilise l’ensemble des acteurs sociaux du territoire associations et centre sociaux afin de mieux toucher les habitants. Il suscite l’implication en passant par des organismes et personnes déjà impliquées localement. Il pose la question de la place de la parole dans les espaces publics d’aujourd’hui? Et du devenir de cet espace de formation de l’habitant en citoyen. Occuper l’espace public pour construire des lieux communs de récit partagé, permet de faire vivre et transmettre une histoire que les habitants souhaitent faire exister dans leur espace de vie. Ces éléments vont produire une sensibilisation à la question urbaine et à ses enjeux, ainsi qu’une meilleur appropriation des espaces. Le Bruit du Frigo se trouve parfois limité dans ses actions par une maitrise d’ouvrage frileuse et peu préparée à la gestion de temps de projets indéfinis. La volonté de contrôle de l’espace et de l’action par les instances publiques tend à limiter l’implication des citoyens. Ainsi l’événement reste une temporalité d’action acceptée car maîtrisable et doit être suffisamment fort pour s’encrer durablement dans les consciences des habitants devenus citoyens.

24 Ibid. 25 Ibid. 26 Entretien avec Yvan Detraz, architecte et directeur du collectif Le Bruit du Frigo, Bordeaux, 25 octobre 2016


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Figure 65 : photographie d’un séminaire organisée par le Forum Urbain au Garage moderne URL : http://forumurbain.u-bordeaux.fr/Actualites/Le-Forum-urbain-fait-sa-rentree-i4373.html

Figure 66 : photographie du groupe d’élèves de la promotion 2016/2017 participant au projet d’Atelier collaboratif entre Science Po. et l’École d’Architecture de Bordeaux URL : http://forumurbain.u-bordeaux.fr/


3) Le Forum urbain : ouvrir le monde de la recherche à la société civile

Le Projet

Le Forum urbain est un projet d’innovation sociétale initié en 2014 par Gilles Pinson, professeur et chercheur à IEP de Bordeaux, en tant que responsable scientifique du projet, qui collabore aujourd’hui avec Aurélie Couture, chef de projet, recrutée en 2015, et Julie Clerc recrutée en 2016 comme chargée de mission et s’occupant de l’ingénierie du projet. Ce projet a pour objectif de promouvoir et de diffuser auprès du plus grand nombre les recherches menées par les étudiants, étudiants-chercheurs et doctorants sur les questions urbaines. Il est né suite à un appel à projet de l’IdEx (Investissement des Initiatives d’Excellence) lui ayant permis de mener une première phase de structuration et de définition consistant en un temps de recherche des partenaires potentiels et des chercheurs susceptibles de vouloir intégrer le projet. Aujourd’hui le Forum urbain se développe avec de nouveaux objectifs présentés cette année en vue de l’obtention d’un second fond d’investissement de l’IdEx qui lui permettraient d’entamer une phase de développement. Les projets menés par le Forum urbain sont essentiellement des projets de «partage des connaissances»1, qui passent par des conférences, des débats, des workshops et par des dispositifs ludiques tels que la BD ou la vidéo. Le Forum urbain souhaite encore développer ces actions afin d’atteindre un public plus large de personnes moins initiées aux questions urbaines et métropolitaines. Le Forum urbain prévoit également de travailler en lien avec les collectivités sur des questions territoriales ciblées donnant lieu à des études où recherches de terrain avec les acteurs locaux, ces projets sont appelés de « co-construction de connaissances»2. Enfin, il adopte une posture de collaboration et d’échange entre les disciplines travaillant sur la ville et permettant la rencontre entre les différents acteurs du système urbain. La dimension pédagogique leur tenant également à cœur, ils s’appliquent à inclure des étudiants de domaines différents dans leurs actions. La collaboration est une donnée fondatrice du projet. Le Forum urbain est né de trois objectifs : -Le hub : qui a pour but de mêler recherche et pratique afin de sensibiliser les acteurs publics et professionnels sur les innovations en terme de pensée de la ville. -L’explorer qui correspond à la diffusion de connaissances auprès d’un public large permettant d’alimenter le débat public -Le play-ground qui représente le volet pédagogique du Forum et a pour objectif de mettre les étudiants en relation avec les acteurs institutionnels en leur proposant de participer à des missions professionnalisantes. Aujourd’hui le Forum urbain ne se défini plus à travers ces trois objectifs qui sont intégrés dans les deux actions présentées plus haut :

-Le partage des connaissances

-La co-construction de connaissances

1 Entretien avec Aurélie Couture, chef de projet au Forum urbain, IEP Bordeaux, 14 novembre 2016. Voir annexes. 2 Ibid.

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Figure 67 : Plan du projet « Inno Campus » URL : http://www.bordeaux-metropole.fr/Grands-projets/Grands-territoires-de-projets/OIM-Bordeaux-Inno-Campus


Le volet pédagogique est, alors, transversal et intégré aux actions menées par le Forum, les étudiants pouvant participer tant à la diffusion de connaissances qu’à des temps de coproduction. Si les actions menées jusqu’à présent par le Forum urbain sont d’avantage de l’ordre du partage de connaissances entre acteurs publics et chercheurs, celui-ci souhaite, à terme, développer des actions désintéressées menées au plus près des associations et des citoyens. Cependant avant d’envisager ces projets, le Forum urbain se doit d’atteindre un objectif d’indépendance financière qui l’amène à développer des prestations et à rechercher dans un premier temps des commanditaires susceptibles de lui offrir une rémunération. Le Forum urbain collabore ainsi avec plusieurs institutions publiques, soutenant sa démarche telles que : Bordeaux Métropole, l’A’urba, la Fab’, l’Association des organismes HLM, Aquitanis, CapScience, Euratlantique, le C2D et la Région. Quel intérêt ces institutions trouvent-elles à faire appel au forum Urbain ?

Co-production - L’étude menée pour le projet Inno Campus - travailler à la mise en relation de l’ensemble des acteurs d’un territoire.

Au moment où je réalise mon étude, le Forum urbain effectue une mission sur un projet de co-production commandé par Bordeaux Métropole dans le cadre de l’Opération d’Intérêt Métropolitain «Inno campus ». Bordeaux Métropole a en cours d’étude, un projet d’aménagement et de développement économique sur un secteur à cheval sur les communes de Talence et de Pessac, s’étendant jusqu’au quartier de Thouars, et de Gradignant sur 1 350 ha. Le site à l’étude, intègre le campus universitaire, les trois hôpitaux ainsi que la zone économique de Pessac et vise un objectif de 10 000 emplois supplémentaires d’ici 20303. La Métropole revendique une approche novatrice concernant l’OIM, par l’intégration des politiques publiques de la Métropole et de ses partenaires, l’articulation entre développement et aménagement, l’offre d’une interface lisible et réactive aux porteurs de projets, le confort une identité territoriale et un positionnement clair, vecteur d’attractivité en privilégiant la mise en réseau des espaces, des acteurs et des ressources pour promouvoir un territoire mixte et durable4. Elle souhaite donc à travers une étude regroupant un panel diversifié des acteurs du secteur à projet, obtenir des pistes de lecture du territoire tel qu’il est vécu aujourd’hui. Pour se faire, Bordeaux Métropole a fait appel au Forum urbain ayant une fonction d’intermédiation5 entre le monde universitaire et les acteurs de la ville (institutionnels, praticiens, habitants). Ce travail doit permettre d’élaborer un projet qui fera d’avantage se croiser ces différents acteurs et qui répondra à leurs attentes en terme d’organisation, de mobilité, de services et d’espaces publics. Le panel d’acteurs est mis en place par le Forum urbain à partir d’« acteurs ressources »6 du territoire, soit des « têtes de réseaux »7, travaillant dans les différents domaines d’activités, ou d’associations, présents sur le secteur à projet. Ce panel mélange des personnes aux activités diversifiées mais qui, se sont avéré avoir toutes, de par leurs études, leur profession, ou le temps passé sur le secteur à projet, un regard déjà éveillé et problématisé sur le territoire.8 Selon les remarques des étudiants ayant participé au projet de co-construction de connnaissances, cette donnée a permis la formulation rapide de problématiques autour de grands enjeux du territoire au cours des premiers ateliers menés, 3 URL : http://www.bordeaux-metropole.fr 4 Ibid. 5 Compte rendu de l’atelier de lancementt du 29 novembre 2016 6 Entretien avec Aurélie Couture, chef de projet au Forum urbain, IEP Bordeaux, 14 novembre 2016. Voir annexes. 7 Ibid. 8 Remarques relevés auprès des étudiants encadrant l’étude «inno campus», Bordeaux, décembre 2016

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cependant elle aurait eu pour conséquence de contourner l’étape de lecture sensible du territoire à l’origine de la commande. L’idée méthodologique de base était de laisser s’exprimer les participants du panel sur leur territoire, avec leurs idées préconçues et leurs visions subjectives, de manière à obtenir de premiers documents écrits et/ou graphiques à l’état brut et sans aucune observation scientifique. Un second temps de visite en groupe et de rencontre d’acteurs ressource travaillant dans différentes zones structurantes du secteur d’étude comme : la Zone d’activité économique de Bersol, la zone d’activité du Bioparc à Pessac, les sites du CHU et de l’IHU Lyric, devait permettre de commencer à problématiser ces premières impressions en faisant surgir des dysfonctionnements et besoins partagés. Le dernier temps de la mise en commun, permettant un échange entre les différents participants et un brainstorming sur des axes de travail définis ensemble, devait quant à lui conduire à une production finale d’une connaissance partagée. Le binôme d’étudiants (en science politique et en paysage), ainsi que le comité scientifique pluridisciplinaire constitué de 4 universitaires (géographe, sociologue, économiste, urbaniste), présents tout au long de l’étude ont le rôle d’encadrer ce temps de mise en commun en apportant leur vision et méthodologie scientifique afin de mettre au propre le travail réalisé. Les étudiants ayant participé au projet ont également observé la difficulté de faire réagir spontanément les participants du panel lors des visites de site. Il aura fallu attendre l’intervention d’un des membres du groupe sur un élément du secteur d’étude pour enclencher les réactions et remarques attendues.

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Ce travail met en avant les difficultés d’élaboration d’un projet participatif dû à l’imprévisibilité des réactions des participants et de leur compréhension des mêmes consignes. Il faut s’attendre que face à des citoyens qui ne seraient pas sensibilisés aux questions urbaines la difficulté soit plus grande encore. Un travail de redéfinition des termes techniques et enjeux, qui n’a pas été nécessaire pour cette étude, sera à envisager face à un public de non initiés. Ce travail montre qu’une méthode unique est impossible à mettre en place, il est nécessaire d’adapter la médiation réalisée face à chaque public rencontré, ainsi que pour chaque territoire. Cette étude de terrain aura apporté aux participants : la satisfactions de faire un travail concret qui aura aboutit à un travail fini : la carte comme récit d’un territoire, et celle de présenter un sujet qui est un petit morceau du travail mené. Une autre satisfaction sera celle du maître d’ouvrage : Bordeaux Métropole, qui saura noter la qualité des observations, questionnements, mise en forme, fabrication et exposition, du travail produit, qu’il pourra utiliser comme base de réflexion du ou des projets à venir. De plus ce travail aura appris à des acteurs très divers du territoire à travailler ensemble. Il représente également une expérience formatrice pour les étudiants ayant pris part à l’encadrement de l’étude.

Mobiliser la communauté scientifique au sein du projet

Une certaine difficulté du Forum urbain apparait dans la mobilisation des chercheurs associés au projet. En effet Le Forum est composé d’une centaine de chercheurs, étudiants chercheurs et jeunes doctorants qui ont montré leur intérêt pour le projet. Cette collaboration nécessite une importante organisation, Le Forum urbain doit être à l’écoute des idées de chacun tout en proposant des actions et pistes de réflexion qui prouvent que le projet est en position prospective et active. Pour se faire, Gilles Pinson, Aurélie Couture et Julie Clerc, s’appuient sur un comité de pilotage composé d’un référent de chacun des cinq principaux laboratoires associés à la démarche. Ce comité se réunit tous les mois, ou un mois sur deux selon le travail en cours, dans le but de faire avancer les projets en synergie entre porteurs du projet et chercheurs collaborateurs. Aurélie Couture note l’importance d’une « communauté scientifique


investie »9 dans les actions menées par le Forum urbain, « je peux avoir des pistes, monter des projets, mais derrière si il n’y a pas des universitaires qui se mobilisent il ne se passera rien (...) il faut qu’il y ait des gens qui viennent apporter leurs compétences et leurs expertises »10. Un second comité d’orientation se réunit quant à lui tous les ans pour prendre des décisions stratégiques pour l’avenir et le développement de la structure. Il réunit le premier comité de pilotage, ainsi que des partenaires extérieurs académiques et institutionnels. Ce comité annuel permet notamment de soumettre aux institutions publiques les pistes de réflexions engagées par le Forum urbain et, dans cette dynamique, de les mobiliser au projet. La finalité du Forum urbain, au titre de projet d’innovation sociétale, est d’« élaborer une nouvelle réponse à un besoin sociétal émergeant peu ou mal satisfait, en apportant des solutions efficaces à des enjeux complexes auxquels ni l’État, ni le marché ne peuvent répondre seuls »11. De cette définition ressort l’idée de résultat attendu et objet de mobilisation des collaborateurs du Forum urbain. Ainsi, les temps de discussion et de décision organisés de manière régulière sont nécessaires pour maintenir le développement du Forum urbain et pour impliquer durablement les différents acteurs associés.

Médiation et éducation populaire pour mobiliser les citoyens autour des questions urbaines - l’ouverture d’un langage technique

A terme le Forum urbain souhaite se positionner comme médiateur auprès des citoyens. Il a pour projet de mener des actions de diffusion de la culture urbaine et métropolitaine auprès du grand public dans le but d’offrir aux citoyens des clés leur permettant d’intervenir lors de concertations et de débats publics. Cependant capter l’attention d’un public large non initié et le mobiliser s’avère compliqué, cela nécessite premièrement d’identifier des sujets pouvant intéresser une large palette d’individus. Il est également nécessaire de simplifier le discours académique des études en un discours communicant, et d’être capable d’introduire un sujet complexe en le re-contextualisant et en l’illustrant par des éléments de représentation commune. Ce travail de communication ne fait pas partie des méthodologies de travail des chercheurs qui doivent apprendre une nouvelle façon de travailler. Traduire des documents scientifiques en documents pédagogiques peut s’avérer être une difficulté et représente un important travail et investissement de la part des intervenants. Enfin un important travail de communication, cette fois-ci de la part des organisateurs, doit permettre la diffusion de l’événement et la mobilisation d’un plus grand nombre de personnes. Le Forum urbain note son retard dans ce volet, dû à la récente mise en place du projet qui manque encore de temps et d’expérience. C’est un aspect du travail du Forum urbain qui ne saurait que se développer avec le temps, et avec peut être la contribution d’étudiants se trouvant dans des dynamiques d’action plus importantes, touchant à de larges réseaux de personnes et ayant certaines connaissances en terme de communication, manipulation de logiciels, ainsi qu’une réactivité certaine sur les réseaux sociaux.

L’ouverture d’une pensée de la ville et la mobilisation et collaboration de nouveaux acteurs

Le Forum urbain peut se situer entre une structure de diffusion de la culture urbaine et architecturale tel que Arc-en-rêve ou le 308 qui touchent un public limité de scolaires et d’initiés, ainsi qu’une collectif de médiation et de co-production tel que le Bruit du Frigo, cherchant à sensibiliser un public plus large. Cela étant, le Forum urbain acquiert son identité 9 Entretien avec Aurélie Couture, chef de projet au Forum urbain, IEP Bordeaux, 14 novembre 2016. Voir annexes. 10 Ibid. 11 URL : http://www.avise.org

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Figure 68 : Illustration du fonctionnement du Forum Urbain URL : http://forumurbain.u-bordeaux.fr


dans ce qu’il produit de lien entre le monde de la recherche et la société civile, s’inscrivant en complémentarité des structures de diffusion et d’action existantes. Le projet du Forum urbain est, dans ce sens, nouveau sur le territoire Métropolitain bordelais et très attendu par les instances publiques désireuses d’évoluer en matière de connaissance de la ville afin de répondre au mieux aux besoins du territoire et des habitants. L’étude menée par le Forum urbain pour l’OIM Inno campus, montre la possibilité, ainsi que la volonté politique, de mobiliser les citoyens sur des projets métropolitains d’envergure. Le volet également caractéristique du Forum urbain, aujourd’hui transversal à ses actions, est le volet professionnalisant. Il est notamment mis en œuvre depuis 2015 dans le cadre d’un partenariat entre le parcours Intelligence et architecture des territoires de l’ENSAPBX et le master Stratégies et gouvernance métropolitaines de Sciences Po. Ce projet permet à des étudiants de Master en science politique et en architecture, d’avoir la possibilité de répondre à des commandes réelles provenant d’acteurs publics aussi variés que la CCI, l’A’urba, la Fabrique de Bordeaux Métropole, et de travailler en collaboration sur des questions urbaines et métropolitaines d’actualité. Ces projets présentent un intérêt important pour les étudiants, amenés à travailler ensemble dans leur avenir professionnel, qui ont l’opportunité d’avoir une première approche du vocabulaire et des méthodes de travail de chacun, ainsi que de partager et confronter leurs connaissances dans l’étude d’un sujet commun. Ce partage de connaissances est extrêmement productif et permet aux commanditaires d’avoir un double regard sur leur commande ainsi qu’une ouverture du sujet d’étude. Les étudiants quant à eux, acquièrent, par cette mise en application réelle, des connaissances des acteurs et enjeux métropolitains auxquels ils seront confrontés dans leur exercice professionnel. C’est une opportunité que le Forum urbain offre à ces étudiants, de plus en plus conscients de l’importance des questions métropolitaines et demandeurs d’informations. En effet, les étudiants issus des parcours Intelligence et Architecture des Territoires (IAT) de l’ENSAPBX et le master Stratégies et Gouvernance Métropolitaines (SGM) de Sciences Po, font partie des premières promotions d’étudiants à être sensibilisés à ces questions dans les deux écoles citées. Leur intérêt pour les enjeux métropolitains les ont conduit à créer, le lundi 5 décembre, l’association Métropolis. Ils souhaitent créer des évènements dans le but de compléter la formation dispensée à l’IEP et mettre en réseaux, notamment, les Masters SGM de l’IEP afin de faciliter la recherche de stage, ainsi que l’insertion professionnelle. Concernant les événements, l’association organise en décembre une visite de l’exposition «Rocade» à l’A’urba, elle a également engagé une réflexion pour l’organisation d’une conférence débat sur les Fab labs autour de trois invités aux regards différents. On est face à une demande de cycles de conférences et d’événements autour des questions urbaines, par un groupe constitué en association et très actif sur les réseaux sociaux. On est très proche des projets et envies du Forum urbain. L’émergence du Forum urbain, des sections IAT et SGM et aujourd’hui de l’association Métropolis, montre l’intérêt porté aux questions métropolitaines et la nécessité de mettre en place des moyens de communication et de sensibilisation ainsi que de développer un travail collaboratif qui rassemble tous les acteurs et professionnels intéressés par ces questions. Il est important que les futurs professionnels, qui sont les étudiants, soient sensibilisés aux questions métropolitaines avant leur sortie d’école, afin d’être mieux préparés et d’engager une pensée de la ville renouvelée au sein des institutions publiques et des structures professionnelles. Ces nouveaux dispositifs collaboratifs annoncent une pensée de la ville plus négociée et consciente de ses réalités territoriales. La dernière étape, celle de l’implication des citoyens moins initiés et d’un public plus large pourra passer par les étudiants et leur important réseau.

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Quelles sont les initiatives qui portent cette implication et comment ?

Les initiatives qui promeuvent l’implication citoyenne à Bordeaux Métropole sont portées par des acteurs, professionnels ou associatifs, prenant un rôle d’intermédiaires entre la partie civile et la partie publique. Elles s’appuient sur, et révèlent, une envie populaire de prendre part au fait urbain et une volonté publique de compter sur l’expertise habitante, ainsi que sur leur force de proposition et d’action, pour élaborer des projets plus proches des réalités sociales et territoriales. Elles vont être d’origines différentes : citoyens souhaitant s’investir dans la vie et l’élaboration de leur territoire pour Yakafaucon, professionnels réinterrogeant leurs pratiques et souhaitant que la ville ne soit plus réservée à une élite d’initiés et imposée aux habitants pour le Bruit du Frigo, ainsi que chercheurs soucieux de la diffusion de leur travail dans le but d’une meilleure connaissance des enjeux urbains par les parties civiles, comme publiques et de la mise en place d’une politique métropolitaine et territoriale renouvelée pour le Forum urbain. Les trois cas d’étude présentés mettent ainsi leurs connaissances : territoriales, techniques et scientifiques au service d’une nouvelle pensée de l’urbanisme et les utilisent pour mobiliser les habitants et les acteurs publics autour d’une conception collective de la Métropole. On pourrait penser que les trois initiative se situent dans une forme de démarche bottom up, de par leurs actions menées auprès des habitants dans une idée d’émancipation de ceux-ci dans l’élaboration de leur cadre de vie. Pourtant, elles vont toutes trois nouer des liens avec les institutions publiques, qui nous montrent, une fois de plus, qu’il est difficile de réellement différencier les démarches d’implication des citoyens top down et bottom up. Elles promeuvent davantage une conception territoriale collaborative et négociée qui passerait pas une prise de conscience des citoyens aux enjeux métropolitains et une sensibilisation des acteurs publics aux possibilités et avantages se trouvant dans des pratiques urbaines alternatives, impliquant davantage les citoyens. Elles travaillent ainsi à susciter auprès des deux parties : envie de s’impliquer et envie d’impliquer. Pour cela, les trois initiatives œuvrent à renouer le dialogue entre les citoyens et les acteurs institutionnels, les aidant à se comprendre, à se faire confiance et à pouvoir ainsi collaborer dans la construction de projets communs. Ce dialogue passe par l’information, qui est gage de transparence, de confiance et de savoir partagés et par l’action commune, qui assoit les relations dans un partage de connaissances et de compétences. Yakafaucon, le Bruit du Frigo et le Forum Urbain, exercent un travail pédagogique et un constant aller-retour qui favorisent le dialogue entre partie civile et partie publique. Ils sont amenés pour cela à, parfois, travailler ensemble, dans un partage de leurs compétences.

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Figure 69, 70 et 71 : photographies de l’exposition « Constellation.S » à Arc-en-Rêve FRAYSSE Mélanie


III – L’implication citoyenne comme levier d’une nouvelle façon de faire la ville Que produit cette implication citoyenne ? Les initiatives étudiées présentent toutes trois une volonté claire d’agir sur leur contexte métropolitain en impliquant les citoyens à cette action. Elles sont conscientes de l’importance d’une expertise citoyenne pour une élaboration de la Métropole plus proche des besoins des habitants, mais aussi la nécessité d’une cohésion sociale autour d’espaces partagés et d’actions collectives au sein des quartiers, et plus globalement la nécessité de sensibiliser et d’éduquer les habitants à une conscience de la ville et à une citoyenneté renouvelée, dans des contextes territoriaux en mutation. En effet la Métropole Bordelaise vit un renouveau de son territoire à travers plusieurs projets d’envergure métropolitaine qui vont impacter et modifier fortement le quotidien des habitants. Ces trois initiatives souhaitent accompagner cette mutation, en soutenant et en complétant les institutions dans leurs actions et en aidant les citoyens dans la la connaissance et la réappropriation de leur territoire. Ce travail passe par un sensibilisation par le dialogue et la pratique, des actions que l’on retrouve dans les trois initiatives. Bien qu’elles aient des méthodes communes, elles sont loin de réaliser le même travail ou d’être concurrentes. Au contraire, ces initiatives sont complémentaires, de par leur origines, leurs compétenses et leurs connaissances (techniques, scientifiques, et de terrain), elles sont ainsi, comme on l’a vu, amenées à travailler ensemble. L’implication des citoyens va générer un échange fort entre différents acteurs du territoire, ainsi qu’un travail collaboratif. Ces initiatives se positionnent finalement en intermédiaires entre les citoyens et les institutions publiques agissant en médiateur auprès des deux parties. Elles sont soutenues et demandées par les institutions publiques, qui prennent conscience, grâce aux actions menée, des alternatives possibles à un urbanisme conventionnel. Elle contribuent ainsi à une évolution des pratiques institutionnelles, et à l’émergence de nouvelles pratiques professionnelles. Enfin, comme nous dit Damien Mouchague, étudier l’implication citoyenne reviens à s’intéresser à ses formes les plus et les moins politisées, « il faut prendre en compte ces dernières : adhérer à une association, organiser des repas de quartier, offrir un lieu de parole, organiser des séances de yoga etc, qui témoignent d’une globalité de ces initiatives et de leurs actions »1. Au delà de leurs actions directe sur l’espace public, ces initiatives, dans leur forme les plus simples d’implication des citoyens, sont source d’empowerment. Elle donnent les clés permettent aux habitants d’agir sur les conditions sociales, économiques, politiques ou écologiques auxquelles ils sont confrontés. Elles permettent également la création d’un territoire commun à l’identité partagée.

1 Entretien avec Damien Mouchague, chargé de la participation au C2D, Bordeaux, 6 décembre 2016. Voir annexes

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1) Vers une meilleure connaissance et valorisation des territoires

On note que les trois initiatives étudiées, travaillant sur les questions urbaines sont amenées à agir sur la ville, à l’utiliser comme support de pédagogie, d’étude ou d’action. Appréhender un sujet en allant à son contact est une démarche commune à ces trois initiatives. Le corps et les cinq sens sont les médiums privilégiés pour aborder le territoire et commencer à l’interroger. Parcourir pour comprendre Ce n’est pas un hasard si le Bruit du Frigo organise ses randonnées périurbaines, que l’association Yakafaucon héberge le groupe Yakamarcher ou que le Forum urbain utilise la marche en groupe pour ses études de terrain. Nous habitons des territoires que nous ne connaissons pas. Les Métropoles s’étant développées sur des surfaces difficilement mesurables à l’échelle seule du corps et complexifiés techniquement, il est difficile aujourd’hui de prétendre connaitre le moindre recoin de son territoire et encore moins d’en comprendre le fonctionnement. Lors de nos trajets quotidiens maison-travail, nous ne saisissons qu’une infime partie de cette réalité territoriale et trop souvent via le prisme de la voiture qui nous enveloppe tel un prolongement mécanisé de nos membres. Le mot arpenter qui se définit par mesurer, nous montre cette idée de connaissances et de récolte de données. Rachel Thomas, sociologue, Chargée de recherches CNRS, directrice du laboratoire du Centre de recherche sur l’espace sonore et l’environnement urbain (CRESSON), et directrice adjointe de l’UMR 1563 CNRS/MCC Ambiances architecturales et urbaines, étudie la marche dans ses dimensions anthropologique, sociale et urbaine, elle nous dit notamment que « la mobilité apparaît comme une construction pratique et perceptive : outre des aspects fonctionnels et mécaniques, elle met en jeu la capacité des piétons à vivre ensemble et à tirer parti des informations perçues de l’environnement »1. Elle met ainsi en avant la dimension sensible de la marche, et nous site Sansot pour qui « la ville se compose et se recompose, à chaque instant, par les pas de ses habitants »2. Pour R. Thomas «la marche à pied, et la perception des lieux qui la sous-tend, constituent des instruments de lecture et de recomposition de la ville »3, dans l’introduction de « la marche en ville. Une histoire de sens », elle décrit la marche comme un « outil d’investigation de l’expérience urbaine, mode d’incorporation des rituels sociaux à l’œuvre en ville, manière d’exprimer une posture sur l’urbain, chaque marche évoquée semble davantage faire corps, prendre corps et donner corps aux ambiances urbaines du quotidien »4. La marche constitue ainsi un outils sensible et pédagogique permettant à l’homme d’appréhender, de comprendre, de mesurer et de construire son territoire. Yakamarcher englobe un groupe d’adhérents de Yakafaucon qui organisent chaque mois une marche autour de Bordeaux, ou à l’intérieur de la ville. Ces randonnées sont donc plus ou moins urbaines et de préférence accessible à tous via les transports en commun, dans un soucis d’accessibilité de l’événement. Le but est de découvrir des lieux, des parcours et des 1 THOMAS Rachel, «La marche en ville. Une histoire de sens», L’Espace géographique, 1/ 2007 (Tome 36), p. 15-26, URL : https://hal.archives-ouvertes.fr/file/index/docid/388489/filename/2007_ThomasRachel_ART_MarcheVille.pdf 2 Ibid. Sansot, 1996 3 Ibid. 4 Ibid.

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paysages inconnus en partageant un moment d’activité physique, entre adeptes de la marche à pied. Cet instant permet à chacun de parfaire ses connaissances du territoire, de confronter ses conceptions du monde à la réalité et de changer son regard sur celui-ci. La randonnée à Bouliac en Octobre 2015, nous avait permis de découvrir un important espace boisé, insoupçonné depuis le route principale traversant le centre ville. Nous avons ainsi exploré les frontières de la ville, entre des champs qui nous signalaient la proximité et la présence de la campagne, des bois et des villas qui témoignaient de l’évolution urbaine et sociale du territoire et au milieu desquelles on trouvait parfois une ancienne maison en pierre témoin de l’activité viticole ou agricole présente quelques décennies de cela.

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Les randonnées périurbaines organisées par le Bruit du Frigo, appelées aussi Atelier pédagogique d’exploration urbaine, ont pour but de faire découvrir les interstices et marges non construites, délaissés qui constituent la périurbain. La marche amène un rapport intime à l’espace permettant de le comprendre et de changer son regard sur l’ensemble de la ville. En effet la Métropole se compose de pleins bâtis, d’un patrimoine de la ville de pierre bien connu, mais aussi de vide, au delà des parcs et jardins, des friches délaissées qu’on rencontre à la limite administrative des villes. Les randonnées sont organisées dans le cadre du projet « refuges périurbain» sur lequel le Bruit du Frigo travaille avec le collectif Zebra3 pour Bordeaux Métropo le. Le collectif a reçu le «Prix national de l’Innovation périurbaine» dans la catégorie «Vivre ensemble, cohésion sociale et culture» pour le projet des Refuges périurbains, le 28 novembre 2016. Ils ont été récompensés pour être parvenu à réintroduire la pratique de la marche en ville, car comme le collectif dans son site internet : « flâner devient acte de performance et de résistance »5. Au delà des centres ville, le périurbain contient des paysages variés qui font son identité mais aussi l’identité d’une métropole en construction. Ils sont parlant d’un nouveau mode de vie autour des réseaux et du besoin effréné, que les habitants ont eu à une époque, d’avoir leur maison avec leur bout de jardin. C’est la présence d’une nature non contrôlée qui témoigne de l’abandon de ces espaces et pourtant nous ne sommes pas encore dans la campagne. Par cette démarche le collectif souhaite remettre le périurbain au centre des préoccupations urbaines. Le forum urbain dans le cadre du projet « Inno campus » a choisi de mettre en place des ateliers de marche, dans le secteur concerné, avec le panel des habitants sélectionnés pour l’étude. Ce travail a pour but de faire émerger des pratiques communes et divergentes, le atouts du territoire, ainsi que des dysfonctionnements pouvant être liés à la mobilité : bouchons et réseau saturé, ou à d’autres facteurs. Ces marche en groupe permettent aux participants d’échanger sur leur perception respective de l’espace et ainsi de se repenser dans un espace de représentation commun. Ce travail va leur permettre de confronter leur propre perception de l’espace à celle des autres et ainsi de la faire évoluer. Ces visites sont ponctuées d’échanges et de temps d’informations avec des acteurs clés du secteur à projet. Cette alternance entre visite sensible et explications vont nourrir une réflexion sur le territoire et une redécouverte de celui-ci. Insiter les citoyens à parcourir d’avantage leur territoire est un moyen de les amener à le découvrir et de les éduquer sur les questions urbaines.

Pratiquer, agir et construire pour s’approprier

La politique de piétonisation des villes traduit des stratégies actuelles de réorganisation des mobilités urbaines, plus durables et favorisant l’interaction sociale. Elle passe par un travail de requalification des espaces publics urbain, sensée représenter une idée du « vivre ensemble »6 et offrir plus de place aux citoyens, ou en tout cas aux piétons. Cependant, l’espace public 5 6

URL : http://bruitdufrigo.com/index.php?id=57 URL : https://www.metropolitiques.eu/Les-metropoles-europeennes-en.html


de la ville, s’il est dit public et utilisable par tous, n’en est pas moins réglementé et contrôlé7, si on reprend les réflexions de Daniel Pinson. Les trois initiatives étudiées tentent de rendre sa place de citoyen à l’habitant considéré comme simple usager de ces lieux. Au delà des espaces publics urbains, récemment aménagés, ou non, on trouve les délaissés et friches, espace d’appropriation potentiels, pour qui saurait les exploiter et qui, en dehors d’une définition d’un usage réglementé, sont laissés à l’abandon et interdits d’accès par les autorités publiques ou éventuels propriétaires. Les trois initiatives cherchent par leurs actions, à révéler ces lieux, ainsi que leurs possibilités d’usages. Pour Yakafaucon cette appropriation de l’espace a débuté par l’organisation d’événements sur l’espace public, les repas entre voisins, ils ont ensuite souhaité s’installer durablement et ont créé pour cela le café le Petit grain. Le café associatif n’est pas pensé comme un lieu marchand, de consommation, mais bien comme un espace d’échange, de rencontre, support d’initiatives citoyennes, présent au cœur du quartier, en ce sens il est vecteur d’appropriation de la vie de quartier par les habitants. Ainsi, l’événement et les dynamiques sociales sont vecteurs d’appropriation du quartier par ses habitants. L’association a ensuite souhaité étendre son influence et son action à l’extérieur des murs du café, sur l’espace public, afin de s’ancrer davantage dans le quartier. L’aménagement de la Place Dormoy qui a suivi a été accompagné d’une importante réflexion menée avec les habitants et d’événements. Cette élaboration collective a permit l’appropriation de l’espace public de la place par ces derniers, ainsi que du fait urbain. L’appropriation est passée par l’action d’adapter quelque chose à un usage déterminé. Le Bruit du Frigo utilise la connaissance comme premier vecteur d’appropriation d’un territoire, elle peut s’acquérir par la balade, la marche qui permet de découvrir l’espace. Si la marche est un outils de connaissance c’est également un outil d’appropriation de l’espace. R. Thomas, reprend le travail de David le Breton qui définit la marche comme une « activité d’ajustement entre le corps et l’environnement (...) une activité sensible »8 dans laquelle la vue constitue un « opérateur sensible »9 et un « vecteur d’appropriation »10. Un second vecteur d’appropriation est celui de la réflexion collective qui conduit à une meilleure connaissance et compréhension de son espace de vie et de ses enjeux, elle peut passer par la parole, le jeu, ou par l’élaboration d’un projet. Enfin cette appropriation passe également par la pratique. Le collectif utilise l’événement et l’installation temporaire pour susciter, des usages nouveaux venant requestionner l’espace et créer, une nouvelle appropriation de celui-ci. Il souhaite ainsi, par un usage temporaire, générer une appropriation, qui elle sera durable. Le Forum urbain utilise également la connaissance comme premier vecteur d’appropriation de l’espace urbain, A. Couture nous dit « ce qu’on a envie de faire ici, on va essayer de stimuler le débat sur la ville pour favoriser justement le fait que les gens s’approprient mieux leur cadre de vie, ne serait ce que comprennent mieux comment se passe la gestion de l’espace public : qui gère l’eau ? Qui vient intervenir sur ma rue ? Qui nettoie les crottes de chiens ? Tous ces trucs bêtes mais,...du coup je pense que ça, c’est quand même un préalable indispensable »11, pour elle ce travail passe aussi par « souligner les problématiques qui se posent aujourd’hui dans la ville avec la question du rapport à l’autre, de la multiplicité des strates de gestion de la ville, (...) les usages de la ville, la ville pour les vieux, la ville pour les jeunes. Je 7 PINSON, Daniel, «L’ “ USAGER ” DE LA VILLE», in La ville et l’urbain, l’état des savoirs, éd. La Découverte, Paris, 2000, p 233, l 1-16. 8 THOMAS Rachel, «La marche en ville. Une histoire de sens», L’Espace géographique, 1/ 2007 (Tome 36), p. 15-26, URL : https://hal.archives-ouvertes.fr/file/index/docid/388489/filename/2007_ThomasRachel_ART_MarcheVille.pdf, p 7 9 Ibid. 10 Ibid. 11 Entretien avec Aurélie Couture, chef de projet au Forum urbain, IEP Bordeaux, 14 novembre 2016. Voir annexes.

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suis persuadée que les gens ne regarderaient plus la ville de la même manière, ça éveillerait à certaines choses »12. Cette connaissance est donnée par des conférences, des débats, des expositions, des vidéos, tout support souhaité et développé, mais également par le parcours et l’échange entre acteurs de la ville : techniciens, scientifiques, professionnels, associatifs, acteurs économiques et citoyens. La compréhension d’un territoire par l’observation, l’expérience ou l’échange de connaissances dans une coopération organisée des savoirs peut conduire à des réflexions productives. Celles-ci conduisent très souvent à des prises de position citoyennes qui démontrent une appropriation des questions urbaines d’une certaine capacité d’élaboration individuelle et collective. Dans le cas de Yakafaucon et du Bruit du Frigo, apparait une autre dimension qui est celle du chantier. Ces initiatives s’ancrent dans une époque du « do it your-self » (Faites-le vous-même) ou des « makers »13, plus qu’une façon de faire, soi-même, c’est une manière de se positionner en tant qu’Être ayant les capacités à agir sur son environnement. Cette façon de se repenser dans son environnement conduit à se l’approprier, tout comme l’action-même de construction qui demande l’appropriation de techniques et savoir et l’engagement d’une réflexion. L’appropriation se trouve d’avantage dans le processus de fabrication et d’élaboration collective que dans l’usage final du mobilier créé. Celui-ci représente néanmoins un signe visible d’appropriation dans l’espace public, tout comme les bacs à jardiner partagés que l’on retrouve dans certaines rues de la Métropole et plus globalement les tags, fleurs aux fenêtres, ou toute autre expression visible d’individualité dans l’espace public impersonnel. L’appropriation de l’espace passe alors par une « reconquête »14 de celui-ci.

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L’appropriation de l’espace et des question urbaines passe par différents vecteurs, dont l’éducation est le privilégier. Celle-ci, est une étapes vers l’empowerment et l’acquisition d’une conscience citoyenne et territoriale.

Revaloriser des territoires

Bacs fleuris des Incroyables Comestibles qu’on rencontre un peu partout en ville, espaces peints, coins de rue appropriés avec du mobilier, petite friche potager plantée du Jardin de l’éphémère, toute ces actions visibles permettent de revaloriser des espaces publics réglementés au mobilier standardisé et des espaces délaissés qui aurait pu être utilisé en décharge sauvage. Pour mener à bien leurs actions et leurs reflexions, les trois initiatives s’appuient sur leur territoire. Yakafaucon va s’engager dans son élaboration avec les habitants, quand Le Bruit du Frigo va l’élaborer seul pour les habitants, ou aider les habitant à l’élaborer et le Forum Urbain accompagner les collectivités dans son élaboration collective. Les réflexions menées vont conduire à des modifications physique et à une valorisation des territoires sur lesquels elles interviennent. Yakafaucon, avec la création du café le Petit grain qui s’étend sur la rue et sur la Place Dormoy par une terrasse aux chaises colorées et accueillantes et des bacs plantés qu’on retrouve jusque dans la rue Yakafaucon, contribuent à une revalorisation esthétique de l’espace public du quartier. Le Bruit du Frigo a le même impact sur l’environnement quand il met en place ces refuges périurbains aux formes curieuses et poétiques qui révèlent leur contexte et ses particularités, le donnent à voir. Il cherchent à créer cet effet de valorisation et de dévoilement d’espaces délaissés ou dénigrés lorsqu’ils produisent l’installation «le Tube» ou la série des « 12 Ibid. 13 Entretien avec Damien Mouchague, chargé de la participation au C2D, Bordeaux, 6 décembre 2016. Voir annexes 14 SOULIER Nicolas, Reconquérir les rues, Exemples à travers le monde et pistes d’action pour des villes où l’on aimerait habiter, France, 26 avril 2012


Lieux Possibles », construits avec les habitants. Le Forum urbain quant à lui devrait permettre la revalorisation d’espaces urbains existants, dans le projet Inno campus, revalorisation qui sera vraisemblablement, proche des attentes des citoyens, habitants et usagers du secteur, ayant contribué à sa réflexion collective. Même si certaines de ces actions ne sont que temporaires elles portent en elles un idéal commun. Dans une dimension moins construite et visible l’intervention des trois initiatives vont également conduire à des valorisations d’usages des territoires. Ces valorisations d’usage sont produite par les nouvelles installations qui interrogent le site et ses usages conventionnels, ou absence d’usages. C’est le cas de l’installation, aujourd’hui démontée, de la Place Dormoy qui invitait au jeu, aux repas de quartier, à la rencontre, à la détente, ou encore au «Jardin de ta sœur» du Bruit du Frigo qui offre des possibilités de potager, de jeux pour les enfant et de rencontre qui n’existaient pas sur cette ancienne friche. Ce travail passe aussi par les randonnées organisées par le Bruit du Frigo, ou Yakamarcher, qui révèlent un territoire et lui donne une nouvelle valeur à travers l’usage de la marche. Selon R. Thomas, la marche va également représenter un « activité d’ancrage du piéton à la ville. Formulé autrement, même dans sa fonctionnalité la plus ordinaire, la marche permet au piéton d’être urbain et de faire la ville »15. L’événement comme création de moments de partages, de rencontre et de dialogue au cœur d’un territoire apporte également une valorisation d’usage à ce dernier. Enfin, dans le sens de la dernière idée évoquée, la présence même de ces trois acteurs et leurs actions, vont conduire à une valorisation sociale des territoires. Yvan Detraz du Bruit du Frigo nous dit : « les démarches participatives présentent deux enjeux : Un enjeu opérationnel de faire émerger de la parole qui va parler des besoins des gens, des enjeux et du territoire; et un enjeu sociétal de se saisir de l’opportunité d’un projet urbain pour retravailler la question du collectif, relancer des dynamiques de quartier, redonner goût aux gens de s’impliquer dans un projet commun »16. Dans l’idée de donner goût aux gens de s’impliquer, le Forum Urbain souhaite, à travers son travail « poser une première pierre pour quand on dit ‘‘stimuler le débat public’’, c’est vraiment ça, aider aussi à la compréhension de tout ça et poser plein de questions en même temps et souligner les problématiques qui se posent aujourd’hui dans la ville (...) l’implication il faut qu’elle vienne des habitants, il faut qu’on suscite l’envie que eux s’impliquent »17. En effet, le Forum Urbain souhaite œuvrer à une diffusion de la culture urbaine pour les citoyens et ainsi les conscientiser aux enjeux Métropolitains qui les touchent et les conduire à s’impliquer d’eux même dans la pensée et la fabrication de la ville. Damien Mouchague nous présente l’association Yakafaucon en nous disant : « dans l’exemple de Yakafaucon je pense que tout le travail autour du bien-être, de faire des cours de langues, le yoga, la préparation des repas en commun, etc, c’est déjà du politique, c’est déjà de l’implication citoyenne à reconstruire une forme de société, à créer du lien social »18, il est vrai que Mairie-Claire exprimait le souhait de l’association d’« œuvrer vers une citoyenneté des valeurs actuelles »19, par sa présence dans le quartier l’association renforce et favorise le lien social au sein du quartier et tente d’accompagner au mieux les besoins et les projets des habitants. D. Mouchague insiste en disant : « le spectre de la participation ne recouvre pas exclusivement l’agir politique et que c’est plus globalement toute démarche qui consiste à vouloir reprendre la main sur sa destinée 15 THOMAS Rachel, «La marche en ville. Une histoire de sens», L’Espace géographique, 1/ 2007 (Tome 36), p. 15-26, URL : https://hal.archives-ouvertes.fr/file/index/docid/388489/filename/2007_ThomasRachel_ART_MarcheVille.pdf 16 Entretien avec Yvan Detraz, architecte et directeur du collectif Le Bruit du Frigo, Bordeaux, 25 octobre 2016 17 Entretien avec Aurélie Couture, chef de projet au Forum urbain, IEP Bordeaux, 14 novembre 2016. Voir annexes. 18 Entretien avec Damin Mouchague, chargé de la participation au C2D, Bordeaux, 6 décembre 2016. Voir annexes 19 Entretien avec Marie-Claire, bénévole pour Yakafaucon, Bordeaux, 7 octobre 2016

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individuelle et collective »20. Le Bruit du Frigo est également attaché à cette dimension sociale, pour lui « l’événement est un levier pour mobiliser les gens sur un territoire »21, ainsi il ne s’inscrit pas seulement dans l’action mais dans ses effets de mobilisation des habitants et de naissance d’une conscience du territoire et de sa citoyenneté renforcée.

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Ibid. Ibid. note 16


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2) L’émergence du médiateur comme acteur incontournable dans l’implication des citoyens à la fabrication de la ville

Éduquer les citoyens à la culture urbaine Le Médiateur effectue un travail de transmission et un service culturel. L’apparition de cet acteur répond à l’idée que l’architecture et l’urbanisme ne peuvent se limiter à un cercle d’érudits et de professionnels, mais doit s’ouvrir et être accessible à tous. Transmettre cette culture requiert des méthodes, qui vont variées d’un médiateur à l’autre. Certaines vont être plus participatives, faisant intervenir le public dans la médiation et d’autres plus passives, le public sera alors en position de spectateur et d’écoute. Le médiateur a le choix d’intervenir lors de la médiation, de se mettre en scène, ou au contraire de se mettre en recul et d’observer l’effet de sa médiation. Pour se faire le médiateur va devoir choisir ou redéfinir le thème de sa médiation, après quoi il devra cibler son objectif : je souhaite sensibiliser le public à quoi ? Lui apporter quelles connaissances ?, il devra alors définir le public visé : enfants, adultes, adolescents, personnes handicapées, personnes âgées, etc, lui permettant de choisir un mode pédagogique adapté : actif ou passif, ainsi que le support de médiation. Le sujet et le public seront la plupart du temps imposés au médiateur, celui-ci pourra, en fonction de ses compétences choisir le mode pédagogique et le support dans lequel il sera le plus à son aise. Ainsi la médiation ne suit pas de règles définies mais s’adapte à chaque professionnel, chaque public et à chaque contexte. Les initiatives étudiées assument le rôle de médiateur, menant toutes trois, à travers leurs actions, un travail de sensibilisation des citoyens aux questions et enjeux urbains métropolitains. Elles abordent les mêmes thèmes de réflexion autour des services publics, de la mobilité, de l’aménagement urbain, des question de vivre ensemble, de vivre ville, de l’écologie, etc. Yakafaucon va privilégier les thèmes du vivre en ville, ville ensemble et de l’écologie qui sont des questionnement et valeurs présentes à l’origine de la création de l’association. Pour sensibiliser les habitants à ces questions, elle passe par le faire, ou plutôt par le laisser faire, l’accompagnement et le dialogue. À travers le fonctionnement du café le Petit grain, dans sa dimension non marchande, l’organisation d’événements gratuits mis en place par des bénévoles désintéressés, la préparation de repas bios et abordables, l’offre d’un espace pour la rencontre, l’hébergement d’association et initiative des habitants (acceptés du moment qu’ils entrent dans les valeurs du café, celui-ci avait par exemple refusé la mise en place de jeux de poker dans le café), l’organisation de grands repas de quartiers les derniers vendredis du mois, l’association sensibilise les citoyens à une idée d’un vivre ensemble solidaire et collectif. Les grands repas de quartier organisés tous les derniers vendredis du mois, ainsi que les projets de bacs potagers sur la Place Dormoy, traitent quant à eux d’une idée du vivre en ville, proche de la nature et dans un esprit de communauté. Leur temps de médiation n’est donc pas défini, il intervient à tout moment, et notamment lors des échanges verbaux avec les utilisateurs de la place, pour sensibiliser certains utilisateurs à jeter leurs détritus dans les poubelles et non sur le sol et à respecter, ainsi qu’à prendre soin de cet espace de vie, riche pour le quartier. Les temps forts de la médiation vont être les temps les plus visibles d’événements de quartier et mise en œuvre des projets d’aménagement de la Place Dormoy, en cours, auxquels tous les habitants sont appelés à participer. On peut donc dire que les supports de médiation de l’association sont le chantier, le faire et l’événement, mais je pense que la médiation se fait également de manière plus tacite et étalée dans le temps par le dialogue, la rencontre et l’implication des citoyens aux activités proposées par les membres et bénévoles de l’association.

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Le Bruit du Frigo quant à lui, à choisi de travailler, entre autre, sur les thèmes de l’espace public, de l’identité des territoire, de leur mutabilité, du vivre en ville et du périurbain, dans l’exploration constante des possibilités méconnues ou inexploitées et offertes par le territoire. Pour sensibiliser les citoyens à ces questions, le collectif passe par l’événement et les procédés participatifs qui impliquent les habitants dans leur mise en œuvre. Il utilise les ateliers exploratoires et marches en groupe ou randonnées, permettant de découvrir son territoire et d’apprendre avec son corps et ses sens, support utilisé dans la mise en valeur de territoires dévalorisés et méconnus, comme le périurbain, ou certains quartiers, notamment d’habitat social, étudiés. Le collectif utilise également la mise en place de réflexions collectives autour de la production de cartes mentales, de collages, d’affiches, et de projets temporaires et installations artistiques, qui viennent questionner le territoire de travail et sensibiliser les habitants par la mise en place d’une réflexion, ces dispositifs produits parfois avec un certain public (des enfants) vont permettre via l’exposition et le dialogue, de toucher d’autres publics (adultes, parents). Le chantier participatif est également un support de médiation utilisé par le collectif, produisant une réflexion, engendrée par le faire. Les médiations du Bruit du Frigo se font donc généralement, en présence des membres du collectif, durant des temps forts d’événements et de chantiers, ces derniers souhaitant travailler dans l’échange et le dialogue qui leur apprend à eux-même des choses sur les territoires étudiés. L’événement est parfois un préalable à la médiation, celle-ci étant ensuite contenue dans la production d’une synthèse des informations relevées auprès des habitants.

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Le Forum Urbain travaille sur tous les sujets attrayant à la ville et traités par les chercheurs adhérents à la structure. Il travaille sur les thèmes de services publics, d’espace public, de mobilité, etc. La structure a fait le choix de dispositifs classiques pour supports de médiation, utilisant en majorité la conférence ou l’exposition, deux modes non participatifs. Cependant elle souhaite développer ses moyens de communication et de pédagogie pour s’orienter vers la vidéo, ainsi que les workshops et marches exploratoires en groupe, qui sont elles plus participatives et demandent la présence d’un membre du Forum, contrairement à la projection vidéo. La marche comme support d’exploration et de médiation est utilisé pour le projet «Inno campus», ainsi que la réflexion collective qui a pour finalité de produire un document sensible communicable et visant à étendre la médiation à un panel d’acteurs du territoire plus large. On peut dire que le Forum urbain utilise le travail collectif comme outils de médiation en un instant «t», travail donnant lieu à une production qui sera elle diffusée plus largement pour une médiation devenant passive (ne demandant pas la présence d’un médiateur), dont autonome.

Rétablir la relation entre les institutions publiques et les citoyens

Les trois initiatives endossent également le rôle de médiateur dans sa définition de facilitateur de communication, ou de tierce personne chargée de trouver des solutions à un litige1. Une des caractéristiques du médiateur est d’être neutre et de ne pas prendre partie dans la mise en œuvre de sa médiation, il acquiert par là un certain rôle de garant. Le médiateur va ainsi constituer un intermédiaire entre les citoyens et les institutions publiques, rétablissant le dialogue entre les deux parties. L’association Yakafaucon se positionne comme support de l’initiative citoyenne, elle est à l’écoute des projets et idées des habitants et va les aider, grâce à ses connaissances des acteurs professionnels et institutionnels du territoire. En effet l’association se positionne dans le quotidien des habitants par l’intermédiaire du café tenu par les bénévoles et salariés en contrat aidé, mais est aussi présente dans les réunions de quartier, interagissant avec les élus, comme portes parole des habitants. Elle bénéficie de l’expérience acquise lors de la création du café le Petit grain et de l’aménagement de la Place Dormoy, en ce qui concerne les démarches 1

URL : https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F1822


administratives à mener, les acteurs à consulter et les dossiers de financements à élaborer. Elle se positionne ainsi en interlocuteur et acteur ressource privilégié pour les habitants, souhaitant mettre en œuvre un projet. De même, l’association a acquis une place importante dans le quartier et dans la vie de ses habitants. C’est un acteur social aujourd’hui indispensable, qui dans ce sens, représente un intermédiaire privilégié pour les institutions publiques souhaitant élaborer des projets avec les habitants, ou se baser sur le travail réalisé pour concevoir de nouveaux aménagements. L’association n’est cependant pas totalement neutre, agissant en faveur de son quartier d’origine et de ses habitants, ce qui ne l’empêche pas d’agir avec discernement. Le collectif le Bruit du Frigo répond le plus souvent à des commandes publiques et à un cahier des charges lui demandant d’élaborer un travail d’expérimentation et de recherche sur un territoire, en lien avec les habitants. Il sert donc d’outil et d’intermédiaire aux institutions publiques, conscientes de l’importance de l’expertise habitante, pour recueillir des informations sur le territoire, tel qu’il est vécu par ses usagers et résidents. Ce travail permet le dialogue entre les besoins et envies des habitants et l’élaboration et décisions politiques sur un projet en cours ou à venir. Parfois l’intervention du collectif a pour but de permettre une meilleure compréhension des enjeux territoriaux et l’acceptation de projets importants allant impacter le quotidien des habitants. Dans l’autre sens, le travail effectué avec les citoyens, sur un territoire, peuvent conduire à la modification d’un projet métropolitain, ou communal, ou bien à un soutien politique sur un projet d’initiative citoyenne, le collectif sachant mobiliser tous les acteurs ressources qui vont peser dans la balance politique. Les intentions politiques derrière la collaboration avec le collectif ne sont pas toujours très claires ou correctement orientées, cependant le Bruit du Frigo tâche de toujours mener à bien son travail d’information et de transmission de connaissances auprès des habitants, de cette façon, il assure une transmission des clés permettant aux habitants d’interagir seuls avec les élus, une fois le collectif partit et le travail de médiation terminé. Le Bruit du Frigo n’est pas neutre non plus, d’un coté il est missionné par l’institution publique, de l’autre il œuvre à faveur du citoyen et de son empowerment, cependant il tente au cours de ses médiations de ne pas prendre parti mais de questionner le citoyen afin de le rendre critique. Le Forum urbain se positionne, de manière générale, en tant qu’intermédiaire entre les institutions publiques et le monde universitaire. La volonté à l’origine de la structure est de servir d’acteur ressource, en partenariat avec de nombreux chercheurs travaillant sur la question urbaine, et de promouvoir une connaissance des questions urbaines renouvelée, auprès des acteurs institutionnels. Cet échange a pour but de favoriser l’évolution des politiques de la ville et de la pratique de l’urbanisme. Pour se faire, la structure va utiliser des outils de médiation conventionnels et courants, de l’ordre de la conférence ou de l’exposition dans lesquelles le public est passif. Ce choix est souvent fait par les chercheurs intervenant dans le cadre du Forum pour des raisons de facilité de mise en œuvre et de rationalité de l’outil qui ne s’adapte pas aux réactions du public mais lui présente un support fermé et tramé de pédagogie. Dans ce cas la Forum urbain prend le rôle d’intermédiaire et de conducteur de connaissances entre le monde universitaire et les citoyens, même si les premiers évènements peu médiatisés ont mobilisé finalement en grande partie des étudiants et personnes déjà initiées aux questions urbaines, la volonté du Forum Urbain est de développer son travail vers un public moins initié. Le Forum urbain prend également le rôle d’entremetteur entre institutions publiques et citoyens, principalement lors de missions de production de connaissances partagées, comme c’est le cas de la mission pour le projet «Inno campus». Dans ce cas, il est missionné par Bordeaux Métropole pour recqueillir des informations sur le territoire, à partir de l’expertise des ses habitants et usagers. Il prend alors le rôle d’accompagnateur dans le processus de médiation mis en place, entre marches de groupe, rencontres autour de partages de connaissances, discussions et production d’une connaissance partagée. La mission pour le projet «Inno campus» présente un travail de médiation participatif et actif, qui va mener à la production

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d’un outils de médiation qui sera, lui, utilisable sans la présence du Forum Urbain et visera à sensibiliser plus largement les habitants, ainsi que les aménageurs et acteurs institutionnels en charge du projet, à certaines connaissances d’usage mises à jour. Les trois initiatives étudiées en partie II, mettent en place des dispositifs visant à rapprocher les habitants à leur milieu de vie. Ils les sensibilisent aux questions urbaines, les informent sur les projets et démarches en cours, les écoutent, construisent des projets avec eux et les accompagnent dans leurs propres projets, apportant leurs savoirs-faire. Que ce soit la structure associative des Yakafaucon, le collectif le Bruit du frigo ou la structure du Forum urbain, tous trois jouent un rôle de médiateur sur les questions urbaines et métropolitaines auprès des citoyens avec chacun leurs propres orientations et spécificités qui font que ces structures sont complémentaires dans la construction d’une « société du savoir »2.

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2 Entretien avec Eric Corjin, mené par Gilles Pinson, Les Cahiers de la Métropole Bordelaise, dossier «La ville est-elle bonne pour la santé», p 4-6


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3) Le développement de nouvelles pratiques institutionnelles collectives

Les initiatives, telles que celles étudiées en partie II, portent une volonté d’impliquer davantage les citoyens dans l’élaboration de leur cadre de vie et de les intégrer d’avantage aux pratiques urbanistiques classiques. Elles sont accompagnées par l’évolution de la législation, dans les années 2000, régissant les politiques publiques et urbaines. Ensemble, elles ont conduit à l’émergence de nouvelles pratiques institutionnelles, souhaitant réduire la distance entre techniciens, scientifiques et habitants, ou ceux qui font la ville et ceux à qui les projets sont destinés. Cette émergence coïncide avec la fin des grandes stratégies urbaines et l’apparition des contrats de co-développement permettant une adaptabilité des stratégies urbaines métropolitaines aux réalités territoriales de chaque commune. D. Mouchague nous explique cette démarche « l’idée était de dire : ‘‘Ce n’est pas parce que les maires décident, en tant qu’élus métropolitains à une échelle métropolitaines, qu’ils n’ont pas eux-mêmes à négocier la mise en œuvre concrète de ses stratégies et leurs adaptations à la réalité territoriale’’ »1. Chacun doit pouvoir exister dans des stratégies pensées collectivement et négociées de manière à répondre au mieux aux besoins de chaque territoire. Cette attention portée à l’échelle territoriale des communes et des quartiers va s’accompagner d’une volonté d’aller d’avantage au contact des populations pour mieux identifier leurs pratiques, ainsi que leurs besoins et de cette manière élaborer des projets plus proches de ceux-ci. La mise en place des réunions publiques et concertations, en plus d’être réglementaire, va permettre de recueillir les avis des habitants. Les dispositifs réglementaires vont constituer dans un premier temps des lieux d’information et de recueil de la parole habitante. De même, apparaît le souhait de sensibiliser les citoyens aux questions urbaines, les conscientiser d’avantage à leur environnement et au travail effectué par les institutions publiques, de façon à ce que ces derniers saisissent le langage technique des professionnels et soient à même de prendre par aux débat sur la ville. D. Mouchague nous dit que les élus souhaitent « trouver les moyens de dialoguer et de rétablir la confiance parce qu’ils ne sont pas naïfs, ou dans le déni, par rapport au fait qu’il y a un problème de confiance dans le système démocratique, probablement moins fort à l’échelle locale, mais dont la surmédiatisation à l’échelle nationale fait qu’elle porte aussi à l’échelle locale »2. Les élus sont conscients du manque de dialogue existant entre les citoyens et les institutions publiques, et souhaitent renouer ce dernier. Pour ce faire, ils vont faire appel à des intermédiaires, plus proches des citoyens : associations, collectifs d’architectes et artistes, et autres structures promouvant et accompagnant la participation des habitants au fait urbain. C’est ainsi que l’association Yakafaucon, le Bruit du Frigo, ou le Forum Urbain sont amenés à intervenir, auprès des collectivités. Ils sont missionnés pour réaliser un travail, en premier lieu, pédagogique auprès des habitants. Yvan Detraz nous met en garde quant à la parole des habitants, qui «n’est pas parole d’évangile, il faut des gens qui permettent de recontextualiser. On n’est pas dans la remise à plat de cette parole, on est là pour la décrypter. Quand tu capte une parole dans un contexte où les gens viennent participer ils sont dans une optique positive et donnent des propositions plutôt positives »3. Tout comme ces intermédiaire facilitent la prise de parole chez les citoyens, par la mise en place d’événements et actions qui vont contextualiser et favoriser celle-ci, ils vont servir à mettre en forme et à synthétiser cette parole, avant de la transmettre aux institutions publiques. 1 Entretien avec Damien Mouchague, chargé de la participation au C2D, Bordeaux, 6 décembre 2016. Voir annexes 2 Ibid. 3 Entretien avec Yvan Detraz, architecte et directeur du collectif Le Bruit du Frigo, Bordeaux, 25 octobre 2016

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Enfin apparait une prise de conscience du pouvoir d’action des citoyens, ainsi que la volonté grandissante de prendre part au fait urbain et de mettre en place une nouvelles façon de vivre en ville. Cette dimension va encore faire évoluer les pratiques, D. Mouchague nous confirme que les élus ont, selon lui, « une intuition plus globale, que les individus produisent des choses et que la collectivité doit avoir un rôle un peu différent, je sens bien qu’ils se rendent compte que les citoyens fabriquent leurs solutions »4. Il prend pour illustrer cette dynamique, l’exemple de Yakafaucon, dont le travail sur l’espace public va pouvoir servir de base aux institutions publiques dans l’élaboration d’un projet de quartier cohérent. Dans le cas du projet de jardin potager sur la Place Dormoy par exemple, la Mairie prévoit de fournir les plantes qui viendront contribuer à l’aménagement de la Place. On est dans un travail, et une élaboration de l’espace public, collaboratifs. A. Couture nous dit que de certaines « démarches exemplaires »5, comme c’est le cas du travail réalisé par les initiatives étudiées, découle une certaine « acculturation» 6 au sein des institutions publiques, à des méthodes de travail impliquant davantage les citoyens, qui contribue à « convaincre les chargés de projet de l’intérêt de la participation »7. Y. Detraz nous dit en ce sens que le Bruit du Frigo « essaie de faire de la pédagogie auprès des communes »8. Mélina, salarié et chargée de projet à Yakacaucon note quant à elle l’importance de «communiquer sur la participation des habitants (...) je pense que notre démarche à nous, la façon dont on travaille, dont on agit avec les gens, elle est à la marge par rapport à leurs habitudes à eux d’institution. Donc ça nous demande à nous en tant qu’association beaucoup de pédagogie pour leur expliquer». Le Forum Urbain, le Bruit du Frigo et Yakafaucon, en effet, travaillent à sensibiliser, les citoyens aux questions urbaines, et les institutions à des possibilités d’un urbanisme plus alternatif. Elles mènent ainsi un double dialogue et une double travail de pédagogie.

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Ce travail auprès des acteurs institutionnels permet d’accompagner ces derniers vers une évolution de leurs pratiques, A. Couture nous dit dans ce sens : « les collectivités se structurent de plus en plus, quasiment toutes les collectivités ont un services participation, c’est quelque chose qui s’intègre ou en tout cas qui est de plus en plus visible »9. L’ensemble de ces acteurs institutionnels tentent de s’éloigner de l’ancienne conception technique des villes et cherchent à mutualiser les savoirs de chaque partie de façon à se rapprocher d’un élaboration de la métropole plus collective, consciente des enjeux économiques, sociaux et environnementaux actuels ainsi qu’une élaboration la plus proche possible de ses territoires et de ses habitants. Yvan Detraz nous dit que cette évolution est cependant, peut être un peu rapide, «avant on était sollicités par des communes qui voulaient travailler avec nous mais souvent ne savaient pas trop, on était un peu dans l’AMO (assistance à maitrise d’ouvrage). Maintenant que ça s’est répandu, les communes se lancent dans des démarches sans phase de définition d’une stratégie. Elles écrivent des cahiers des charges parfois aberrants parce qu’il n’y a pas ce travail préalable»10. Il insiste ainsi sur l’importance que les institution continuent d’élaborer ces démarches avec les acteurs qui les ont initiées, et qui sont à même de les définir, en fonction de chaque contexte, et de les mettre en place. L’utilisation de ces initiatives doit être réfléchie et ne doit pas servir à un usage simplement médiatique pour donner une bonne image au projet.

D. Mouchague note qu’on « est en train de remonter vers ces questions d’implication

4 Entretien avec Damien Mouchague, chargé de la participation au C2D, Bordeaux, 6 décembre 2016. Voir annexes 5 Entretien avec Aurélie Couture, chef de projet au Forum urbain, IEP Bordeaux, 14 novembre 2016. Voir annexes. 6 Ibid. 7 Ibid. 8 Ibid. note 3 9 Ibid. 10 Entretien avec Yvan Detraz, architecte et directeur du collectif Le Bruit du Frigo, Bordeaux, 25 octobre 2016


citoyenne et d’arrêter de considérer que la concertation résume l’implication citoyenne, ou de ne pas ouvrir le regard sur tout ce qui est les modes d’intervention des citoyens dans la définition du bien commun »11. Ainsi, il y a une ouverture, de la part des institutions publiques, à une certaine diversification des procédés d’implication des citoyens : réglementaires et non réglementaires. A. Couture nous fait remarquer qu’« au niveau institutionnel en terme de participation des habitants c’est souvent un peu trop en pointillé, on va associer les habitants à des temps forts et puis on va plus jamais donner de nouvelles et quand on parle d’implication, pour moi implication c’est aussi une question de durée et c’est aussi donner envie au gens, c’est pas juste participer à une réunion publique mais c’est aussi donner envie aux gens de prendre soin de leur cadre de vie et ça passe pas forcement par des réunions publiques, ça passe par un tas de choses »12. Le travail mené par Yakafaucon, le Bruit du Frigo, ou le Forum Urbain va s’inscrire d’avantage dans le réelle, dans son rapport souvent direct au territoire, et dans la durée, dans ce qu’il aura réussi à sensibiliser et à mobiliser les habitants. Par ce travail, ces derniers seront plus à même de comprendre et de participer à des processus plus réglementaires et cadrés. Pour D. Mouchague ces deux niveaux d’implication ne sont pas concurrents. Il insiste d’ailleurs sur la nécessité de « continuer de faire du top down, dans le sens où (...) vous devez quelque part continuer à faire de l’équipement du territoire parce qu’il y a quand même une réalité, d’une demande sociale, de gérer la question des transports, de gérer la question de l’aménagement urbain. Sur ces sujets heureusement qu’il y a aussi des démarches de concertation »13. Il n’exclue pas non plus les citoyens de ces démarches top down, qui peuvent, et doivent, intervenir et donner leur avis sur un certain nombre d’aspects des projets. Ainsi, on observe une évolution des pratiques urbaines. Les acteurs institutionnels reçoivent des formations en interne, complétées par une sensibilisation informelle apportée par la mise en application de pratiques innovantes portées par des initiatives comme celles étudiées en partie II de ce mémoire, ainsi que par des collègues convaincus de l’intérêt de ces nouvelles pratiques. A. Couture nous dit que la conviction des acteurs travaillant au sein des institutions publiques est indispensable à l’évolution des pratiques urbaines. Elle insiste également sur l’importance du portage politique : « pour les faire participer il faut avoir des moyens, il faut pouvoir mettre en œuvre des dispositifs, pour ça il faut aussi que le politique soit porteur, et en plus il faut que le politique ait envie de prendre en compte ce qu’à dit le citoyen »14. Ainsi, si l’implication des citoyen suscite une évolution des pratiques professionnelles, elle n’en reste pas moins dépendante de la volonté des élus qui décident des politiques de la ville à mener.

11 Entretien avec Damien Mouchague, chargé de la participation au C2D, Bordeaux, 6 décembre 2016. Voir annexes 12 Entretien avec Aurélie Couture, chef de projet au Forum urbain, IEP Bordeaux, 14 novembre 2016. Voir annexes. 13 Ibid. 14 Entretien avec Damien Mouchague, chargé de la participation au C2D, Bordeaux, 6 décembre 2016. Voir annexes

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Que produit cette implication citoyenne ?

L’implication citoyenne est essentielle, dans un système complexe d’action et d’élaboration de la ville, présent dans le territoire métropolitain. En effet ,elle présente un double bénéfice : pour les citoyens d’un côté, et pour les institutions publiques, de l’autre. Elle permet, en accord avec les objectifs mêmes des stratégies métropolitaines «que les acteurs qui interviennent aux différents niveaux du système urbain soient capables de formuler collectivement une stratégie sous la forme d’un discours construit»1. Pour se faire, les trois initiatives vont réaliser un travail de sensibilisation et d’éducation aux enjeux métropolitains, en amont. Ce travail se fait auprès des citoyens, qui n’étant pas formés aux questions urbaines, ne sont pas tous en mesure d’évaluer seuls ces questions, il faut les leur révéler, par l’exploration du territoire qui passe par la marche, par le dialogue, par un réflexion collective, etc ; mais également auprès des acteurs publics dont la culture est encore en partie ancrée dans une conception technique de la ville et réservée à un certain nombre d’érudits. Le médiateur est là pour mener ce double dialogue pédagogique. Une base de connaissance commune, à ces acteurs, va leur permettre d’interagir et de pouvoir élaborer une conception collective de la ville. Or, la Métropole bordelaise étant en mutation, oscille entre l’image qu’elle essaie de se faire pour se valoriser, et l’image de la ville telle qu’elle est vécue ou que les habitants souhaiteraient la vivre. Francis Cullier, membre du C2D, dans « Identité de l’agglomération ou agglomération d’identités», nous met en garde : «il y a des singularités urbaines et non pas un modèle universalisable de bonne ville (...) il faut se méfier de la manière dont une ville essaie de ‘‘faire image’’, de capter la dimension imaginaire pour se valoriser »2. La recherche d’une formulation collective va passer par une recherche d’identité du territoire ancrée dans ses réalités territoriales et sociales et non «copiée sur des exemples de ville modèle»3, l’implication des citoyens permet d’identifier les composants de cette identité et à en créer de nouveaux, par l’élaboration d’un discours collectif, ce dernier entraine « l’adhésion des acteurs à un référentiel commun d’objectifs et de valeurs »4. C’est lui qui donne sa cohérence au système métropolitain. « l’identité est une construction permanente et collective »5, pour entrer dans une ère d’« eurométropole millionnaire ! »6, la Métropole bordelaise se doit de fabriquer son image et cette entreprise ne pourra se faire qu’avec ses habitants. Les institutions publiques doivent accompagner ce travail collectif, qui ne pourra se faire qu’avec l’évolution des pratiques urbaines conventionnelles. L’implication citoyenne rassemble ainsi, l’ensemble des acteurs dans une conception commune et collective de la ville.

1 URL : http://www.popsu.archi.fr/sites/default/files/nodes/document/809/files/lille-them-strategie-metropo-discours-et-acteurs.pdf, p 2. 2 MOUCHAGUE Damien, Identité de l’agglomération ou agglomération d’identités, Toulouse, 2010, p 49. 3 Ibid. 4 URL : http://www.popsu.archi.fr/sites/default/files/nodes/document/809/files/lille-them-strategie-metropo-discours-et-acteurs.pdf, p 2. 5 Ibid. note 2, p67 6 Ibid. p 65.

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mobilisation médiation

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partenariat négociation ensemble commun usager connaissance collectif expert territoire association élu information empowerment conflit compromis citoyen ville bien-vivre quartier urbanisme participatif conscience événement habiant action dispositif politique technicien métropole pédagogie identité réflexion

Figure 72 : nuage de mots attrayant à l’implication citoyenne FRAYSSE Mélanie


Conclusion : l’implication citoyenne et construction d’une identité Métropolitaine commune

L’implication citoyenne est un terme général qui mobilise un vocabulaire important et très connoté, il signifie tant l’action, la participation au fait politique, la réflexion, ... chacun de ces termes changeant de signification en fonction du contexte dans lequel ils sont utilisés. La participation, par exemple est un terme galvaudé qui peut être mal interprété et mal utilisé. Comme nous dit Aurélie Couture en urbanisme «la participation veut dire qu’il y a un véritable échange entre le public et les décideurs, ce qui est très rarement le cas»1. Or dans les pratiques urbaines on emploie le terme de participation à tout va, comme un terme valorisant, cas à la mode, même lorsqu’il s’agit de faire de l’information auprès des habitants, acte très important comme nous le confirme Aurélie Couture, mais qui ne fait pas participer les habitants au sens de l’échange. Le mauvais emploi de certains termes créé une confusion auprès des citoyens. Il faut donc être vigilant quant au choix du vocabulaire employé, lorsqu’on souhaite aborder cette question. Comme on l’a vu, l’implication citoyenne intervient dès la prise de parole et la réflexion, ou de manière plus générale, dès la prise de conscience des enjeux urbains, sociaux et écologiques, soit des enjeux Métropolitains. Je dis prise de conscience au sens de ne pas accepter les choses toutes faites, se questionner et être éveillé à certains sujets2. On peut parler d’une prise de conscience politique, dans le sens où la citoyenneté touche aux droits et aux devoirs, ainsi qu’à une forme de démocratie qu’on retrouve lors des débats organisés dans l’Agora ou dans les Débats Publics. La citoyenneté est aussi le fait de participer à la vie civique d’une société ou d’une communauté3 et de vivre en collectivité. Cette dernière exprime un idéal de vie en ville que mettent en œuvre Yakafaucon ou le jardin de l’Éphémère. Finalement les trois exemples étudiés à Bordeaux Métropole présentent des actions politiques : que ce soit l’association Yakafaucon et l’appropriation de la place Dormoy, le Bruit du Frigo et l’utilisation des friches et délaissés urbains, ou le Forum urbain et l’organisation d’études de terrain faisant collaborer différents acteurs du territoire. Tous trois œuvrent pour une démocratisation de la question urbaine qui passe par une implication des citoyens et elle-même par l’information et/ ou différents modes d’action. Cependant, comme nous le rappelle Damien Mouchague, l’implication citoyenne s’exprime aussi dans ses formes les plus simples et les moins politisées, le fait même d’adhérer à une association, ou le bénévolat, promouvoir la culture, la connaissance, développer la solidarité, l’accompagnement et l’écoute, l’éducation, contribuent, d’une manière ou d’une autre, à la construction de la société, d’une société qui nous ressemble et qui nous rassemble, sous des valeurs et une identité commune. Ces formes d’implication sont aussi à prendre en compte dans le sens où elles constituent des actes collectifs au service du bien commun et agissent pour le mieux vivre ensemble. À Bordeaux Métropole, la mobilisation des habitants dans l’élaboration de la Métropole de demain émane d’une volonté commune et partagée entre institutions publiques et citoyens, comme le témoigne la présence de démarches ascendantes comme descendantes. En effet 1 Entretien avec Aurélie Couture, chef de projet au Forum urbain, IEP Bordeaux, 14 novembre 2016. Voir annexes. 2 URL : https://docs.school/sciences-politiques-economiques-administratives/sciences-politiques/dissertation/conscience-politique-ecjs-moyens-influences-375720.html 3 URL : http://www.toupie.org/Dictionnaire/Citoyennete.htm

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l’implication citoyenne sur le territoire métropolitain bordelais prend deux formes : le top down et le bottom up, qui sont finalement entremêlées, comme nous l’ont montré : la Charte de la participation réalisée sous la direction du C2D, par les habitants-mêmes en collaboration avec différents acteurs professionnels et institutionnels, ou encore l’aménagement de la place Dormoy, ou son réaménagement, aujourd’hui soutenu par la Mairie de quartier. Cependant mobiliser les habitants s’avère très difficile, comme nous le montre la première concertation d’échelle métropolitaine menée pour l’élaboration du PLU communautaire au temps de la CUB, ou comme le témoigne Aurélie Couture dans le cadre du Forum Urbain « le pont entre grand public et université ne se fait pas aussi facilement il faut qu’on passe par des intermédiaires dans tous les cas »4. Il est complexe d’intéresser les citoyens à des sujets précis qui ne les touchent pas directement ou dont ils ne saisissent pas la portée, et d’autant plus difficile de les impliquer durablement sur des réflexions ou des actions concrètes. Il est nécessaire pour cela, de trouver les moyens de mobiliser les habitants, ainsi que les intermédiaires qui seront capables de mettre en place ces dispositifs. C’est le rôle que se sont donnés les collectifs pluridisciplinaires comme le Bruit du Frigo, les associations comme Yakafaucon ou d’autres structures comme le Forum Urbain. Ces acteurs sont d’abord nés d’une volonté d’explorer les pratiques urbaines et la relation entre espace et usagé pour le Bruit du Frigo ; de diffuser l’ensemble des connaissances urbaines et Métropolitaines explorées depuis de longues dates par les chercheurs pour faire évoluer les pratiques et ouvrir le débat à des publics plus larges et moins initiés pour le Forum urbain ; ou permettre l’appropriation par tous de l’espace urbain et mettre en place dans la ville des lieux propices à l’échange, à l’écoute et permettre la mise en place de projets collectifs citoyens en ville pour Yacafaucon.

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Chacun a ensuite développé ses propres méthodes de travail et modes d’action pour mobiliser les citoyens, pour Yvan Detraz et le collectif : « l’événement est un levier pour mobiliser les gens sur un territoire qu’on ne connaît pas et où on ne connait personne »5 ; pour Yakafaucon : « les repas que nous organisons rassemblent jusqu’à 200 personnes (...) le but est d’offrir un lieu de rencontre, d’information, d’échange, d’accueil, d’écoute »6 ; pour le Forum urbain : « il y a la forme de ce qu’on va proposer, les dispositifs qu’on met en place et il y a la manière de porter à la connaissance du grand public et lui donner envie d’aller y jeter un œil »7. Une première accroche avec les habitants, l’écoute, vont permettre de mettre en place par la suite des actions concrètes en accord et en collaboration avec les institutions publiques. Projets d’installations temporaires pour le bruit du Frigo, d’aménagement urbain pour Yakafaucon, de production de connaissances partagées pour le Forum urbain. Comme nous le rappelle Yvan Detraz, ces actions visibles ne représentent pas l’implication des citoyens dans son entier, l’essentiel est compris dans ce qui va subsister de ces événements : l’évolution des consciences et des pratiques. Les médiateurs, que sont le Forum urbain, l’association et le collectif, permettent la mise en place de ce travail collaboratif entre citoyens et institutions publiques. L’émergence du médiateur comme acteur incontournable d’un nouveau système urbain, témoigne de l’évolution des pratiques professionnelles. Celle-ci questionne le rôle et les pratiques conventionnelles de l’architecte et de l’urbaniste. Il n’est plus simple concepteur mais va jouer un double rôle pédagogique, développant davantage le versant d’architecte conseil et se situe, ainsi, dans la recherche et l’expérimentation avant l’exécution. Aussi le Bruit du Frigo travaille pour les collectivité, sur des commandes publiques, mais est dans l’expérimentation, 4 Entretien avec Aurélie Couture, chef de projet au Forum urbain, IEP Bordeaux, 14 novembre 2016. Voir annexes. 5 Entretien avec Yvan Detraz, architecte et directeur du collectif Le Bruit du Frigo, Bordeaux, 25 octobre 2016 6 Entretien avec Marie-Claire, bénévole pour Yakafaucon, Bordeaux, 7 octobre 2016 7 Ibid. note 4.


la construction d’éléments temporaires et l’accompagnement, le laisser faire qui va à l’encontre des projets sur lesquels l’architecte travaille conventionnellement : définis à l’avance, faits pour durer et sur lesquels l’usager n’a aucune emprise. On note également un évolution des pratiques institutionnelles plus à l’écoute des besoins des habitants et enclines à accompagner les projets citoyens, mais aussi la volonté de mener des travaux collaboratifs, comme le montre les études et projets commandés au Bruit du Frigo, les études menée par le Forum urbain dans le cadre du projet Inno campus et l’élaboration collective de la Charte de la participation. L’évolution de ces pratiques vont dans le sens d’une évolution de la pensée de la ville et de l’urbanisme, qui après être passé de l’urbanisme de plan rigide, à l’urbanisme de projet plus souple et global, s’ouvre aujourd’hui à une pratique collective, collaborative et négociée. Les projets Métropolitains d’envergure intègrent aujourd’hui l’échelle du quartier et du citoyens, et les initiatives étudiées accompagnent les transitions à l’œuvre. En effet, la Métropole bordelaise est en pleine mutation, elle se construit vite, dans le but d’accueillir une population toujours plus importante qui atteindra bientôt les 1 millions d’habitants. Cette évolution se traduit par des projets métropolitains d’envergure comme en témoignent les «50 000 logements»8, ainsi que les projets de nouveaux quartiers9 : Bassins à Flot, Brazza, Bastide Niel, Euratlantique, ou encore Ginko, qui vont amener de nouvelles centralités, de nouveaux services ainsi que de nouvelles populations. Ces projets présentent des constructions aux architectures contemporaines qui viennent rompre avec l’architecture de pierre que l’on retrouve dans les centres villes ou l’architecture industrielle des anciennes zones portuaires. Tout ceci bouleverse l’identité de la Métropole, ainsi que les habitudes de ses habitants. Comment alors, tout en se développant pour se positionner face à la concurrence des grandes Métropoles françaises et européennes, Bordeaux Métropole peut-elle offrir de nouveaux repères à ses habitants ? Comment leur offrir des espaces qu’ils pourront s’approprier au quotidien et dans lesquels ils seront à même de reconstruire des liens sociaux ? Si les projets tentent d’offrir des espaces publics les plus agréables possibles, rien ne dit que ceux-ci répondront aux attentes des habitants, ni que ces derniers seront en mesure de se les approprier au point d’y faire émerger une véritable vie sociale. Or, cette dernière est indispensable à la réussite d’un quartier, elle représente le terreau qui sera garant du bon fonctionnement de celui-ci. Ces espaces de vie collective doivent se construire avec les habitants, avec les envies qui existent et rassemblent au sein d’espaces nouveaux, sans repères, ou en pleine transformation, en perte de repères. Les démarches top down et bottom up doivent œuvrer ensemble pour mobiliser les habitants dans la construction d’une nouvelle identité commune . Dans ce sens, elles ne sont pas concurrentes, mais au contraire présentent une certaine complémentarité. En effet, parfois un projet émanant de la collectivité ne sera pas relayé par les habitants et d’autre fois les projets à l’initiative d’habitants ne donneront pas de suite. Il est difficile de savoir quand l’une ou l’autre démarche doit être mise en place, ni si elle fonctionnera. C’est pourquoi il faut, avant tout, laisser des espaces de liberté et susciter l’envie des citoyens de s’impliquer pour prendre soin de leur cadre de vie, l’investir, le construire, et y élaborer des projets collectifs. À nous, architectes, d’être en capacité d’éduquer, de sensibiliser et d’être à l’écoute des citoyens. Nous devons nous diriger vers la conception de lieux qui permettent cette fabrication, autorisent une part de liberté et d’adaptabilité, dont les citoyens pourront s’emparer.

8 URL : http://www.bordeaux-metropole.fr/Grands-projets/Grands-projets-urbains/50-000-logements 9 URL : http://www.bordeaux-metropole.fr/Grands-projets/Grands-projets-urbains

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Postface : L’architecte comme partenaire de la construction d’une stratégie métropolitaine collective et négociée Traiter de l’implication des citoyens part de l’envie de découvrir l’ensemble des initiatives présentes sur le territoire métropolitain bordelais, qui visent à mobiliser l’habitant dans l’élaboration de son cadre de vie et plus particulièrement les initiatives nouvelles et originales comme le Bruit du Frigo, l’association Yakafaucon ou le Forum urbain. Celles-ci abordent des modes de vie en ville alternatifs, basés sur des valeurs de partage, de solidarité et d’écologie, ainsi qu’une conception urbaine nouvelle. Elles se développent depuis quelques décennies avec l’émergence de collectifs pluridisciplinaires comme ETC ou le Bruit du Frigo qui réinterrogent la pratique urbaine conventionnelle et se dirigent vers des pratiques plus collaboratives. Ces pratiques de l’ordre de l’expérimentation offrent une liberté d’appropriation et d’action aux habitants. Les initiatives citoyennes étudiées ont un poids politique pour ce qu’elles produisent de lien social au sein des quartier, lien que les urbanistes et architectes seuls ne peuvent créer, quelque soit la qualité des espaces envisagés. Elles ont une place centrale dans les quartiers et dans le quotidien des habitants. Connectées, elles forment un important réseau à l’échelle de la Métropole et de la France, qui contribuent largement à la construction des villes. En ce sens il m’a paru important pour ma formation d’architecte, amenée à travailler au sein d’un territoire métropolitain, et pour l’intérêt que je porte au fait urbain, d’étudier ces actions citoyennes. Aborder ce sujet est aussi un prétexte pour mieux saisir les enjeux métropolitains, via le prisme de l’implication des citoyens. Il m’a permis de questionner le jeu d’acteurs à l’œuvre, les différents rôles de l’architecte et sa position dans l’engrenage du système urbain. En effet, au cours de mes études est apparu un système de pensée de la ville complexe et d’une échelle peu approchée par l’enseignement dispensé à l’école d’architecture: la Métropole. J’ai pensé qu’appréhender ce sujet à travers le citoyen et le quartier, qui sont des échelles directement perceptibles par le corps, pourrait m’apporter des clés de compréhension, des modes de gouvernance et des enjeux économiques, sociaux et politiques à l’œuvre. Ce mémoire m’a permis de saisir le contexte politique, urbain et architectural dans lequel la Métropole bordelaise a émergé, et de comprendre l’impact des mutations du territoire sur ses habitants. Il est de notre devoir, en tant qu’architectes, d’être sensibles à ces enjeux et de se questionner qu’en à notre pratique. Au delà des problématiques économiques, construire les villes de demain va nécessiter toujours plus de lien social et d’ingéniosité pour pallier aux inégalités sociales, ainsi qu’aux déséquilibres écologiques et environnementaux grandissants. Les élus, les architectes et les citoyens ont à se positionner face aux promotions immobilières, pour construire ce modèle de ville. Une nouvelle pratique de l’urbanisme qui n’est pas encore enseignée à l’école se met en place et c’est à nous de nous y préparer pour prendre part à l’élaboration de la Métropole de demain.

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Bibliographie


Bibliographie

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Construire la ville avec ses habitants :

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Solidarité, démocratie et participation :

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Mouvements de Podemos :

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Exposition :

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Webographie :

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http://www.lagazettedescommunes.com http://www.lagazettedescommunes.com/379188/les-elites-urbaines-ferment- les-yeux-sur-les-effets-sociaux-de-la-metropolisation-gilles-pinson/ (décembre 2016) http://rue89bordeaux.com http://rue89bordeaux.com/2016/01/plus-de-democratie-participa tive-chiche/?shared=email&msg=fail (décembre 2016) http://www.sudouest.fr http://www.sudouest.fr/2011/02/22/un-retro-tourne-sur-l-avenir-324309-660.php (décembre 2016)

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Annexes


Annexes

Entretiens

Bruit du Frigo

- Entretien téléphonique avec Yvan Detraz du 25 octobre 2016

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C2D - Conseil de Développement Durable de Bordeaux Métrpole

- Entretien avec Damien Mouchague, chargée de la participation du 06 Décembre 2016

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Forum Urbain

- Entretien avec Aurélie Couture, chargée de projet du 14 Novembre 2016

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Jardin Éphémère

- Notes après l’après-midi ménage du 30 octobre 2016

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Yakafaucon - Entretien avec Marie-Claire doyenne et présente à l’origine de l’association du 07 octobre 2016

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- Notes après la randonnée Yakamarcher du 09 octobre 2016

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- Entretien avec Mélina chargée de la comptabilité et du lien avec autres associations et structures publiques du 28 octobre 2016

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Le Bruit du Frigo


Le Bruit du Frigo - Yvan Detraz 25 octobre 2016 (45min)

-Vous êtes à l’origine du collectif le Bruit du Frigo ? -Oui. -Combien étiez-vous au début ? -On était essentiellement trois, ou cinq six, mais c’était essentiellement Gabi et moi avec une volonté d’en faire un projet professionnel. -Quels ont été vos premiers projets ? Comment avez-vous commencé ? -On était étudiants et on a commencé à travailler dans une structure qui faisait du soutien pour des jeunes à St Michel, on est arrivé en leur faisant une programmation culturelle. On a accès ça sur l’urbain et sur des ateliers pédagogiques. Ça a duré cinq ou six ans,on a commencé pendant nos études et on a continué une fois diplômés, puis on a monté la structure en 1997, enfin même si on avait débuté un peu plus tôt déjà en 1995. Au départ on était dans l’optique de chercher à l’extérieur ce qu’on ne trouvait pas à l’école. On s’est mis sur l’urbain, dans une volonté de comprendre comment les gens habitent et s’approprient l’espace. Comme à l’école il n’y avait pas de professeurs ou d’espace pour développer ces sujets là en interne, on a essayé de trouver des contextes pour ouvrir notre regard à ces sujets là. On a ainsi pu créer des atelier, observer, échanger. On a travaillé par une approche artistique, culturelle et participative, pas une approche sociologique d’observation distanciée, mais par le contact. Dans cette structure on était plutôt confrontés à un public jeune, qui n’est pas le plus simple à toucher, mais ça nous a aussi servi de levier de vecteur pour toucher les adultes. On faisait des recherches, des ateliers, on occupait l’espace. L’idée était d’observer et d’essayer de comprendre comment les gens s’approprient l’espace public. On était en quête de connaissance. On s’est rendu compte ou on savait qu’on n’allait pas se diriger vers l’exercice classique du métier d’architecte mais plutôt dans un interstice entre le public, l’habitant et la maitrise d’œuvre. C’était un métier à inventer car à cette époque ça n’existait pas ou quasiment pas. -Qu’entendez vous par « urbanisme de laboratoire » ? - L’urbanisme de laboratoire c’est être sur des pratiques un peu plus expérimentales. Sous entendu il y a une critique de l’urbanisme opérationnel standard qui est encore dans l’utopie de programmer pour des siècles à venir un projet figé et qui s’impose aux gens qui n’ont qu’à s’adapter à ça. On dit qu’il y a d’autres alternatives, d’autres méthodes. On peut programmer de la ville de manière plus organique, qui laisse plus de place à l’initiative des habitants, à des usages, quitte à aller dans des manœuvres de co-construction, co-conception. On part du principe que pour construire un jardin, par exemple, soit on a un budget qu’on va utiliser dans sa totalité pour réaliser un projet qu’on aura choisi et qu’on impose. Soit on utilise un tiers du budget pour un projet initial, on initie et on voit comment ça vit pour continuer de la construire. - Pourquoi travailler sur l’espace public ? - Par ce qu’on veut c’est travailler avec les gens. Se poser la question de l’espace public c’est se poser la question du commun. Qu’est ce qu’on a à partager ? Qu’est ce qu’on a à dire ? Qu’est ce qu’on construit ensemble ? Aujourd’hui un enjeu fondamental des villes c’est l’image, mais c’est nouveau. La reconquête des villes par l’espace public a juste 15ans. A notre époque on parlait beaucoup plus des pleins que des vides, des l’architecture, des bâtiments, que de l’espace

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public. Aujourd’hui si on voit Bordeaux, l’espace public a un caractère politique, de représentation, d’image de la ville, mais aussi d’usage. On a un peu dépassé l’espace purement de représentation, encore que…En périphérie il y a un peu plus d’attention sur ça. Pour qu’un quartier vivre il faut qu’il y ait un espace commun. Il faut que se fabriquent des espaces de récit collectifs, pour que se constituent des associations d’habitants, il faut que les gens aient un lieu qui leur donne envie de faire ça. On a fait un constat critique de l’école, où il nous manquait cette dimension là. On apprend le métier d’architecte mais à aucun moment on est mis en relation avec la réalité. Il est important de comprendre comment un lieu vit à travers les gens et comment les gens le vivent. C’est pareil pour la question du logement. On s’est dit « si l’école n’est pas le lieu, on va l’inventer ailleurs ». - Beaucoup de vos travaux sont de l’ordre de l’installation ou de l’événement, pourquoi ce choix ? Et pensez vous que de telles actions puissent prendre forme dans la durée ? - On est sur du processus très souvent. Qui peut parfois durer plusieurs années. Ce que l’on voit c’est des moments d’émergence, mais l’événement est un levier pour mobiliser les gens sur un territoire qu’on ne connait pas et où on ne connait personne. SI on ne crée pas un moment qui permette aux gens de se projeter ou une situation de rupture dans l’ordinaire qui montre aux gens qu’on peut faire autrement, vivre l’espace autrement par l’événementiel, c’est très important. C’est ouvrir une brèche sur le quotidien et après on se met au travail. On y associe souvent de la construction éphémère, qui sont des éléments tangibles qui peuvent supporter des usages, des activités. C’est un outil, une méthode de travail. Pour créer du collectif on n’a pas trouvé mieux. Tout dépend de l’enjeu qu’on met derrière. On dit que les démarches participatives présentent deux enjeux :

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-un enjeu opérationnel : faire émerger de la parole qui va parler des besoins des gens, des enjeux et du territoire.

-un enjeu sociétal : se saisir de l’opportunité d’un projet urbain pour retravailler

la question du collectif, relancer des dynamiques de quartier, redonner goût aux gens de s’impliquer dans un projet commun. Si tu donnes juste rendez-vous de 19h à 20h dans une salle tu toucheras jamais les gens, enfin si il y en a toujours qui viendront mais peu et les gens seront intimidés, ils vont considérer qu’ils n’ont rien à dire. Si tu ne permets pas de dépasser leur inhibition. Dans le restaurant éphémère les gens viennent avant tout manger se détendre et on discute avec eux et c’est là qu’ils vont dire des choses et beaucoup de choses. Ces paroles on va pouvoir les faire fructifier. C’est un moment du processus. - Quelle est votre méthode ? - On travaille de manière contextuelle. Il y a un premier moment de rencontre, de repérage, une méthode de dégrossi de base de l’ordre de l’intuition qui est souvent balayé avec les premières rencontres où on fait naître une réponse adaptée. C’est un peu la base quelque soit le type de commande. Concernant l’aspect économique, lorsqu’on travaille avec une collectivité on se place dans un marché public et on répond à des appels d’offre. Lorsqu’on travaille avec des collectifs d’habitants on est plutôt appelés par des structures sociales ou culturelles, on répond à une commande directe, on étudie la question, on se rédige une trame de comment on voit les choses, puis on négocie. La commande publique est plus complexe, il y a plus de négociations. Les centres d’art ou sociaux nous sollicitent comment un commissaire artistique. Nous même nous proposons peu de projets car il est difficile de trouver des financements, on reçoit des subventions, un peu d’aide privée et mécénat mais processus on écrit un projet culturel ou artistique et on va voir plusieurs financeurs, on fait ça sur Bordeaux par ce qu’on est implanté là depuis longtemps


mais c’est difficile ailleurs. On passe par la Région, le département, l’État et par les commissions d’attribution. De plus en plus les collectivités publiques sont sur des processus d’appels à projets. Il faut attendre leurs appels à projet pour saisir l’opportunité de faire quelque chose qu’on a envie de faire mais qui réponde à leur cahier des charges. Ce qui limite fortement les sujets, questions et thèmes. - Êtes-vous en relation avec la Maîtrise d’Ouvrage pour faire évoluer cette commande ? - Pas sur les projets qu’on porte nous même. On essai de faire de la pédagogie auprès des communes mais on a plus le temps. Avant on était sollicités par des communes qui voulaient travailler avec nous mais souvent ne savaient pas trop, on était un peu dans l’AMO (assistance à maitrise d’ouvrage). Maintenant que ça s’est répandu, les communes se lancent dans des démarches sans phase de définition d’une stratégie. Elles écrivent des cahiers des charges parfois aberrants par ce qu’il n’y a pas ce travail préalable. On leur propose généralement, plutôt que de s’engager sur de grosses sommes pendant 2ans, de faire un premier contrat de marché de définition, de quelques mois, un ou deux, durant lequel on sort un stratégie et puis on continue ou non. Mais pas évident de faire comprendre ça à une collectivité, du moment qu’ils ont une idée de projet participatif ils veulent du résultat tout de suite. - Pensez vous qu’à Bordeaux on puisse aller vers une évolution de ces pratiques ? - Pas sûr que ça évolue, on se casse les dents depuis des années, la preuve étant qu’on ne travaille plus ici...A Bordeaux et dans l’Ouest il y a une culture très verticale de la politique de manière globale. Ils ont mis des processus participatifs en place mais ceux-ci sont tenus, verrouillés et ne laissent plus de place à l’initiative… Ils sont tellement flippés avec ça qu’ils ne laissent aucune marge de manœuvre. Quand on s’impose dans leurs pattes il se passe des choses mais on sent bien que c’est pas comme ça qu’ils veulent travailler. Dans les communes périphériques il y a des choses intéressantes, sur St Médard par exemple,… ou à Bègles où ça s’était mal passé… - Pourquoi dites vous que ça s’était mal passé à Bègles? - C’est politique…Le problème de la participation c’est que quand la situation commence à se tendre sur un sujet, c’est ce qui saute en premier. Sur Terres Neuves on a servi de fusible et ils ont décidé d’arrêter le processus en se disant « les gens ils oublieront » ce qui est un peu cynique. Il y eu aussi « le jardin de ta sœur » à Bordeaux Nord avec le centre social de Bordeaux Nord en 2001 ou 2002. Un espace investi avec les gens du quartier et l’association. On a occupé le terrain pendant dix jours avec le prétexte de faire une fête et le véritable objectif de mettre un pied dans la porte et de défendre un espace public contre un projet immobilier. Ça a été un évènement fort qui a irrité la ville de Bordeaux et à obligé Juppé à trancher. Un collectif puissant qui s’est monté avec un centre culturel qui s’est montré très précurseur. On s’est dit « on a réussi, ça va pouvoir faire des petits » et on a déchanté. C’est dû à une peur politique et technique. Si ils pouvaient interdire l’accès des parcs pour que ceux-ci soient toujours bien entretenus et qu’il n’y ait aucune dégradation ils le feraient. Le politique a toujours peur de l’habitant, il est dans une optique de séduction mais le problème ne se pose pas qu’à cette échelle là, il se pose aussi à l’échelle des jardiniers de la ville qui refusent que les gens jardinent parce que c’est leur travail. La participation bouleverse tellement tout que ça agit à tous les niveaux. Si on leur disait « voila en fait vous devenez plus un coach et vous apprenez aux gens ce que vous faisiez, vous les accompagnez » derrière c’est dur à encaisser si il fait ça depuis 25ans et puis il faudrait le former... C’est le changement qui est fragile. - Si je vous dis « implication citoyenne » ? - C’est des gens qui décident de s’impliquer pour un projet, avenir commun. Ca peut être des

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personnes qui participent à des ateliers pour donner leur point de vue ou des personnes qui vont monter des projets. C’est agir en tant que citoyen, exercer ton rôle de citoyen dans une optique de bien commun, y compris pour faire capoter un projet. C’est aussi une force d’opposition. D’ailleurs c’est souvent comme ça, le deuxième est plus rare. Les gens se mobilisent souvent pour défendre leur territoire contre un projet… La participation peut être aussi à double tranchant, la parole des habitants n’est pas parole d’évangile, il faut des gens qui permettent de re-contextualiser. On n’est pas dans la remise à plat de cette parole, on est là pour la décrypter. Quand tu capte une parole dans un contexte où les gens viennent participer ils sont dans une optique positive et donnent des propositions plutôt positives. Car le contexte privilégie ça. Mais si tu fais une simple enquête de rue hors contexte, vont ressortir des choses de l’ordre de la réaction épidermique. - Pensez vous qu’il y ait des exclus dans la population, dans vos méthodes ? - On est attentifs à ne pas exclure. Mais ça dépend du temps qu’on passe sur le territoire et du budget aussi. On essai de toucher tous les publics, mais les ados et jeunes adultes sont plus compliqués à toucher… On essai de trouver des tactiques. On œuvre aussi dans certains quartiers, on essai de susciter l’envie à tout le monde de venir, on peut aller chercher des gens autour, dans le quartier mais on n’est pas des travailleurs sociaux, il y a aussi une limite si on veut que la structure tienne. -Merci beaucoup pour le temps que vous m’avez consacré et pour vos réponses.

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Le C2D


C2D - Damien Mouchague 06 Décembre 2016 (45min)

-Quelles sont les missions du C2D ? -Le conseil de développement existe depuis 1999, donc une quinzaine d’années et donc est relativement jeune et peut se permettre de bouger, d’expérimenter et de faire évoluer les choses. Donc ce que je vais vous dire sur : Quel type de missions ? Et quels types d’acteurs? Sera valable aujourd’hui mais ne le sera pas il y a trois ans ou six ans ou un an. Je dis ça car les mandats des membres sont de trois ans et à chaque renouvellement on se pose la question avec eux de savoir: Qu’est ce qui a fonctionné ? Qu’est ce qui a mois bien fonctionné ? De faire bouger les choses pour essayer d’optimiser et de s’adapter un peu aux attentes des citoyens. On n’est pas engoncé dans un format ou dans des missions définies une fois pour toute, ni dans des compositions arrêtées de manière bureaucratique, on a la possibilité de s’adapter. Aujourd’hui le Conseil de Développement a quatre missions essentielles : -prospective : faire remonter idées des citoyens et attentes des territoires, -questions et interrogations des citoyens sur la métropole et ses projets, -donner des avis sur les projets de la métropole, ce qu’on n’a pas encore fait pour l’instant, mais on pourrait être sollicités sur un projet du type d’un pont ou quelque chose comme ça, -que le C2D soit un espace ressource sur les questions de participation. Je vais vous développer un petit peu plus ce volet et le réinscrire un peu historiquement, puisque les autres missions sont un petit peu plus classiques ou plutôt traditionnelles dans les Conseils de Développement. Les C2D sont là pour que les citoyens puissent apporter leurs idées à la Métropole. Même si elles sont sous des formes différentes, puisqu’on a essayer de définir des modes d’intervention différents, néanmoins, elles ont toutes par objet de dire : Es ce qu’ils ont des idées sur le sujet? Quel est leur avis sur ce qu’on produit? Il ne faut pas les minimiser parce qu’elles sont importantes, mais sont plus simples à comprendre que la quatrième que je vous évoque qui est celle d’un lieu : espace ressource sur la participation. Donc je vais la réinscrire un peu historiquement et sur le principe. Le principe était de se dire : «puisque c’est une mission qu’on exerce depuis 2011, finalement, ce serait bien que ce soient les citoyens qui puissent donner leur avis sur la manière dont on doit associe les citoyens. Traditionnellement ce sont les techniciens et les élus, qui décident des questions et qui décident des processus participatifs. On se rend tous compte que les citoyens ne viennent pas forcement, on a l’impression que c’est pas à cette question qu’ils ont envie de répondre, etc. Donc la Métropole en 2009 a considéré que ce serait bien que dans une espèce d’effet miroir, pour les élus et les techniciens le C2D se dise : Est ce que ce sont bien les questions que les citoyens veulent qu’on se pose? Qu’est ce que les citoyens sont en train d’imaginer de participation dont il faudrait que l’action publique s’inspire? Quelles sont les expériences qui existent ailleurs, qui nous paraissent intéressantes et mobilisantes pour des citoyens. Le principe essentiel est ce lui de se dire : «il serait bien que ce soient des citoyens qui répondent à la question. Historiquement, en 2009 le président de la Métropole a saisi le Conseil de Développement pour que les membres du Conseil de Développement élaborent une Charte de la participation. Traditionnellement ces documents sont réalisés par des services, valider par les élus et sont unilatéralement donnés aux citoyens ensuite comme base de travail. Dans cette logique là le président de la Métropole a dit : «il faut que ce soient des citoyens qui écrivent les règles qui devraient s’imposer dans les concertations de la Métropole. C’est à eux de définir ce qui doit contraindre la puissance publique et pas l’inverse, c’est la première étape de 2009. Quand les

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citoyens ont écrit cette charte ils ont dit deux choses : -Ils voulaient bien l’écrire mais ils voulaient la partager avec les services et les élus. On ne peut pas de la même manière imposer unilatéralement une charte, on considère qu’il faut que l’ensemble des partis qui sont amenés à la mettre en œuvre soient d’accord, sans quoi elle ne sera pas mise en œuvre. On est entré dans un dialogue et une négociation sur la charte avec les élus, les services et les membres su C2D au titre des citoyens. -Le deuxième élément a été de dire : si cette charte est le début d’un travail» ça ne peut pas être quelque chose ou des règles sur un morceaux de papier, mais doit être le début d’un dialogue sur la manière de conduire la concertation. Cette charte a mis en place un groupe de suivi de la charte, qui réunissait les trois parties : services, élus, membres du conseil de développement pour dialoguer la mise en œuvre de la charte de telle sorte que si a un moment ils y avait des incompréhensions, si il y avait des règles ou des principes qui avaient du mal à s’impliquer, si il y avait des mises en œuvre qui ne correspondaient pas aux attentes, etc. De telle sorte que s’il y avait besoin d’échanger ce serait justement le point de départ d’un dialogue. Donc ça c’est la charte de 2009 qui dans le même état d’esprit, a conduit en 2011 à ce que le C2D se voit confier un rôle de garant des exercices de concertation, là encore avec l’idée que ceux qui étaient le plus à même de rassurer ou de jouer les passeurs entre les citoyens et les instances publiques c’était d’autres citoyens, plutôt que tout autre acteur. Et donc les membres du C2D ont entendu cette question de garant de deux manières :

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La première de garant au sens stricte, sur certains exercices de concertation. Au sens classique du terme : dans un espace de concertation le garant est là pour s’assurer du respect d’un certain nombre de principes, de transparence, d’équité de parole et de prise en compte de la concertation. Les membres du C2D n’exerçaient pas directement ce dispositif d’accueil. Les membres du C2D n’exerçaient pas cette fonction de garant, ils sont des bénévoles, ils avaient pas forcément le temps, la disponibilité. En revanche quand on leur soumettait un projet et qu’ils considéraient que ce projet effectivement, soit parce que ils avaient pas une confiance de principe, parce qu’il était complexe, pour des raisons diverses et variées, qu’il nécessitait la présence d’un tiers, à ce moment-là ils désignaient un garant. L’idée étant de mettre à distance le choix du garant, entre le Maître d’Ouvrage et le public, de façon à faire en sorte que ce ne soit pas la puissance publique qui élit directement le garant, sans quoi effectivement pour les autres parties prenantes il peut y avoir le sentiment d’une espèce de biais sur l’impartialité objective, en disant : «non mais attendez, ce garant c’est vous qui l’avez sélectionné. Comment on est sûr que du coup ce n’est pas un COD?». Du coup on a dit ce sont que les citoyens qui vont décider de qui va garantir. Ce n’est pas parfait comme mode de mise à distance, mais c’est déjà mieux qu’une désignation par le maître d’ouvrage. ça, c’est la première manière dont ils ont entendu le rôle de garant, et la deuxième c’est de se mettre d’accord sur ce qu’est la participations. On a organisé pour ça un travail qui s’appelle les Assises de la participation, où on a réuni les élus, praticiens publics et privés, acteurs de la participation publics pour échanger sur : «Quels sont les enjeux de la participation? Quels sont les sujets?», pour essayer de débattre sur ce qui permettrait qu’une concertation soit considérée par l’ensemble des parties comme pertinente, réussie et intéressante. Donc c’était la version 2011 et on voyait des paliers de 3 ans. C’est un sujet qui a été travaillé de 2008 à 2009 sur le 1er mandat, de 2011 à 2014 ça a été la fonction de garant, et enfin 2014 avec une réécriture ou un prolongement de cette fonction de garant, mais au-delà du garant qui prend acte du deuxième axe que les membres du C2D ont acté, un peu plus espace ressource. On s’est demandé : «Comment peut-on, un peu du côté des citoyens, essayer d’intéresser les élus, les services, les autres citoyens? Qu’attendraient les citoyens comme sujet de concertation? Quels sont les outils pertinents? Quelles sont les démarches intéressantes, inspirantes?», etc.


Pour l’instant on n’a pas complètement activé cette fonction pour une raison assez matérielle qui fait que entre 2011 et 2014 on s’est beaucoup concentré sur cette fonction de garant et qu’on a un peu laissé de côté les autres missions que je vous ai évoqué tout à l’heure : plus de production de contenu et de propositions. Donc là c’est vrai du coup sur le mandat 2014 on a voulu quand même repartir aussi sur des propositions de contenu de proposition avant d’être sûr que ces éléments un peu plus d’ingénierie, mais c’est une perspective qu’on veut réanimer. - Vous souhaitez donc vous orienter sur un travail de recherche de ce qui se fait ailleurs? - Oui, pour l’instant, en tant qu’équipe technique, on continue d’observer un peu tout ça, on est associés à des dispositifs nationaux, du Commissariat Général au Développement Durable, de la Commission Nationale du Débat Public, mais on est d’avantage en veille pour l’instant, que dans la dimension opérationnelle. Cependant on va lancer un grand sujet de travail, sur lequel on a été amené à être sensibilisés par la Commission Nationale du Débat Public, sur le conflit, les différends et la gestion des émotions dans un processus de concertation à travers les démarches de médiation. Les membres du Conseil du Développement, ont dit qu’on travaille sur ce sujet-là notamment encore une fois pour dire : «Est-ce que la logique de l’idéal albermatien, du débat public, où c’est la rationalité qui l’emporte? Du coup, il n’y a pas de conflictualité puisque à partir du moment où le meilleur argument est en possibilité de l’emporter, tout le monde s’y plie. On constate au contraire une grande montée de la conflictualité, du différend et de l’incommunicabilité. Ils ont envie de travailler sur cette question-là pour sensibiliser les élus et les services au fait que ça fait aussi partie des processus de concertation, que de tenir compte des émotions, etc. Voilà sur les missions du C2D et sur son rôle sur la question de la participation en particulier. Donc, concernant les membres du Conseil de Développement, il y a en la moitié qui sont des représentants des communes, soit parce qu’ils sont tirés au sort ou parce qu’ils représentent une association, ou une structure importante de la commune. Ce sont plutôt des citoyens, des habitants, ou associatif ou plutôt des membres d’institutions? Ça peut être un peu des deux, soit des habitants sans engagement, soit plutôt des associatifs. Pour l’autre partie des membres c’est plutôt des acteurs, pour le coup associatifs ou société civile, qui s’intéressent aux questions de citoyenneté. Ça peut être des associations qui appelleraient à l’engagement des jeunes, ou des professeurs et des instits., ou des journalistes, ou des blogueurs, ou des architectes, un peu tous ceux qui fabriquent la citoyenneté du vivre ensemble. Ça, c’est les membres du Conseil de Développement et après on a effectivement des relations avec des partenaires, avec d’autres acteurs nationaux et locaux. Comme on est quand même sur une recomposition un peu forte des membres depuis 2014, c’est vrai qu’on n’a pas beaucoup engagé de travail avec les acteurs locaux alors que sur le mandat précédent, comme je vous le disais les membres sont élus pour trois ans et renouvelables une fois. On avait composé le conseil en 2008 pour trois ans, la plupart sont repartis pour un deuxième mandat, pour trois ans, jusqu’à 2014 et on s’est retrouvé en 2014 avec beaucoup de membres qui ne pouvaient pas repartir parce que c’est deux mandats pas plus. On a donc eu une grosse recomposition en 2014 et c’est vrai qu’en 2011 on avait un plus gros travail partenarial, notamment en lien avec le travail des Assises de la participation. On avait essayé de réunir les principaux acteurs et associations de la participation qui travaillaient sur les questions de concertation sur le territoire, avec des gens comme : Bruit du frigo,Yakafaucon,... On avait un travail de partenariat plus poussé, qu’aujourd’hui on a un peu moins, c’est vrai. - Quelle forme prenait ce travail de partenariat prenait quelle forme?

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- C’était un comité de pilotage avec des acteurs qui nous aidaient à définir le programme de débat : «Quels sont les sujets sur lesquels il faut qu’on travaille? Quelles sont les thématiques qu’il faut aborder?». C’était un travail plutôt de partenariat et de définition des objets du débat. - Selon vous comment a évolué cette prise en compte de l’implication des citoyens à la fabrication de la ville depuis la création de Bordeaux Métropole ? Est ce que le passage de la CUB à la Métropole bordelaise a changé quelque chose ?

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- Je ne suis pas le mieux placé pour répondre car ce n’est moi qui pilote cette politique-là à l’échelle de la Métropole, il y a un service en charge de la participation, un service de bordeaux métropole. Je pense qu’il y a une évolution ou plutôt un aboutissement d’un processus de transformation de la CUB dans le passage à la métropole, qui est de considérer la métropole comme un réseau. Il a eu un travail engagé en 2008 pour sortir la métropole d’une logique, dans laquelle la métropole était au-dessus des communes. La Métropole se considérait comme un établissement public technique, qu’elle continue d’être, mais qui quelque part se situait au-dessus des communes parce qu’elle s’occupait des grands enjeux : les déplacements, l’économie, etc, elle considérait que c’était elle qui élaborait les grandes stratégies et que, quelque part, les communes n’avaient qu’à mettre en œuvre ce qu’elle avait décidé. Elle considérait ainsi que ces grandes stratégies, comme elle s’était arrêté dans une forme de co-gestion entre les maires, les maires ayant décidé à la métropole, ils devraient les mettre en œuvre dans leurs communes. Cette vision que je trouve pour le moins surplombante a changé de logique à partir de 2007-2008. L’idée était de dire : «Ce n’est pas parce que les maires décident en tant qu’élus métropolitains à une échelle métropolitaines qu’ils n’ont pas eux-mêmes à négocier la mise en œuvre concrète de ses stratégies et leur adaptation à la réalité territoriale». Quelque part il fallait faire une espèce de dédoublement fonctionnel entre, quand on est élu métropolitain, même si on n’oublie pas qu’on est maire on est quand même plus globalement maire à l’échelle métropolitaine et plus élu maire à l’échelle de notre commune. Il y a eu la démarche de dire : «On arrête les grandes stratégies à l’échelle locale à l’échelle métropolitaine à l’échelle communautaire mais on va négocier dans une relation horizontale entre la métropole et les communes la mise en œuvre et les stratégies métropolitaines, des stratégies communautaires sur les territoires. Ça a été la mise en œuvre des contrats de co-développement, qui consistaient à dire : «Certes, la Métropole dit qu’il faut développer les déplacements doux, mais peut-être que la commune, elle, veut développer les déplacements doux d’une certaine manière». Elle doit négocier avec la métropole en étant d’accord : «il y a un objectif de développement du vélo, mais chez moi ça va être plutôt la marche que le vélo», par exemple, ou à l’inverse : «tout le monde a 100€ d’investissement pour le vélo, 100€ d’investissement pour le trottoir, 100e d’investissement pour les espaces verts, mais si sur une commune il n’y a pas d’espaces verts, on va dépenser 10€ sur les espaces verts et il va rester 90€ alors que dans ma commune il y a l’envie de développer les déplacements doux parce qu’on est très en retard et je ne peux pas utiliser les 90e restants pour les utiliser sur les transports.» - La logique a été de s’orienter vers une adaptabilité des stratégies, c’est ça? - Voilà, la logique était de dire : «Ok on va négocier». Il va y avoir une flexibilité à partir du moment où ça contribue aux stratégies métropolitaines globales. J’arrive aux questions de concertation, je pense que l’idée était de dire : «On est plus dans la discussion entre métropole et communes, la métropole étant plutôt un espace qui aide en termes d’ingénierie, qui ne voit plus les communes comme une espèce de bloc et qui au contraire les voit comme une espèce de partenaire avec qui elle peut discuter». On est plutôt dans l’aide de l’ingénierie des communes en disant : «les communes toutes seules peuvent faire de la concertation, elles concertent sur des projets qui sont parfois des projets d’échelle communautaire mais elles n’ont pas forcément le temps ni les moyens de se mettre en réseau. Dans le cas des budgets participatifs, Bègles en fait un, Lormont en fait un aussi et le Bouscat en fait un aussi, mais il n’y a personne pour mettre en contact Lormont, Bègles et le Bouscat, alors que si la Métropole jouait son rôle de fédérer les


communes et si elle avait réunit l’ensemble des acteurs, on aurait pu se mettre d’accord sur un mode commun et on aurait pu faire un transfert d’expérience. De cette manière, Mérignac et Gradignan qui ont envie de faire un budget participatif, n’auraient pas eu à refaire tout le travail de Benchmarking tous seuls et auraient pu bénéficier des erreurs qu’auraient eu fait les autres. C’est plutôt dans cette logique de réseau. Il faut créer les conditions d’échanges de ce réseau, c’est pourquoi, sur ce mandat, on a poussé au bout cette logique de fédération. Il faut être présent dans la logique de mutualisation des services. Un certain nombre d’agents des communes deviennent des agents communs à la métropole et aux communes, on fusionne en quelque sorte les administrations entre les communes et la métropole. Dans cette logique de rapprochement entre les communes et la métropole, la métropole vient aider les communes, on est dans une logique fédéral. C’est l’aboutissement de la démarche de 2007-2008 qui consistait à dire : «On n’a pas une espèce de métropole ou de communauté urbaine qui est supérieure aux communes, on est bien dans une logique fédéral où il n’a pas un surplomb d’état fédéral sur les états fédérés», l’inverse n’est pas forcément vrai non plus. On est dans un dialogue entre les états fédérés et état fédéral ou l’état fédéral est la métropole et les états fédérés sont les communes. On a poussé au bout cette logique. Pour moi la différence, qui est plus un concours de circonstances qu’un choix délibéré, on a moins pour l’instant de concertation sur des projets ou des grandes politiques métropolitaines, parce qu’on a eu des grands exercices, par exemple sur la politique de l’eau, sur le franchissement Jean-Jacques Bosc, sur des grands équipements comme ça. Pour le moment on n’a pas de grands exercices comme ça, on n’est pas en train de faire un pont ni quoi que ce soit sur la politique de l’eau. On a eu un travail sur la politique du développement durable qui était transversale. il y a eu toutes les concertations sur les expansions de tramway, les Bus à Haut Niveau de Services, on en a quelques unes effectivement. - Pour vous, quels sont les atouts et les limites de la concertation? Pourquoi le choix de cet outil en particulier ? - Les avantages classiques de la concertation sont dans l’expertise d’usage, assez présents dans la logique de la Métropole : «On pense des trucs mais est-ce que ça correspond bien aux usages? Est ce qu’on ne se trompe pas ?». Ce que je sens monter aussi de la part des élus c’est une intuition plus globale, que les individus produisent des choses et que la collectivité doit avoir un rôle un peu différent, je sens bien qu’ils se rendent compte que les citoyens fabriquent leurs solutions, dans cette logique des «makers», etc. Je ne suis pas sûr que la concertation soit la seule démarche de concertation entre la métropole, ses communes et les citoyens. Je crois, au contraire, qu’il y a de plus en plus de démarches plus collaboratives. Il y a un intérêt qui est porté aux solutions qui sont portées par les collectivités, les mouvements, les citoyens et pas exclusivement, même si effectivement on a un côté forcément chez nous à la fois obligatoire quant aux concertations réglementaires, on le fait parce que c’est routinier, sur nos propres projets, mais il y a aussi l’intuition qu’il n’a pas que ça. Je pense que les élus sont aussi en attente de continuer le dialogue avec les citoyens. Il y a une volonté réelle, il faut trouver les moyens de dialoguer et de rétablir la confiance parce qu’ils ne sont pas naïfs, ou dans le déni, par rapport au fait qu’il y a un problème de confiance dans le système démocratique, probablement moins fort à l’échelle locale, mais dont la surmédiatisation à l’échelle nationale fait qu’elle porte aussi à l’échelle locale. Donc du coup je pense qu’ils ont un sentiment que c’est une manière de faire de la politique qui est nécessaire pour établir la confiance. Sur les inconvénients je pense que c’est un problème de culture et de représentation, vous allez forcément avoir le bruit de fond qui persiste, je m’exprime pas à titre personnel sur le fait que ça fait prendre du temps, que ça en fait perdre, que ça nourrit que l’opposition, que ce n’est pas constructif; les arguments d’opposition classique de ceux qui n’ont pas envie d’en faire.

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- Vous dites qu’il y a quand même une prise en compte d’autres démarches justement plus collaboratives, de type bottom up ?

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- Oui, je pense que ce n’est pas concurrent mais que c’est nécessaire de continuer de faire du top down, dans le sens où il y a des projets qui sont imaginés, c’est quand même bien de pouvoir aménager une place si vous avez prévu d’aménager une place, de réaliser un transport en commun si vous avez prévu de construire un système de transports en commun. Vous devez quelque part continuer à faire de l’équipement du territoire parce qu’il y a quand même une réalité, d’une demande sociale, de gérer la question des transports, de gérer la question de l’aménagement urbain. Sur ces sujets heureusement qu’il y a aussi des démarches de concertation, dont on pourrait dire de manière ontologique qu’elles sont top down, parce que c’est plutôt la puissance publique qui va présenter plutôt que les citoyens qui disent : «on voudrait des transports en commun et on vous propose un truc». Je ne pense pas que ce soit une échelle possible pour des démarches bottom up. On va concevoir un système de transport propre à l’échelle de la métropole, je ne crois pas qu’il y ait un collectif de citoyens qui soit encore à cette échelle pour formuler une proposition, il peut avoir des propositions sur un certain nombre d’aspects, sur la politique vélo, ... Sur un certain nombre de stratégies et de politiques, je trouve que c’est nécessaire et pas contradictoire. L’exemple de Yakafaucon est un bon exemple, il y a un moment un collectif qui se monte sur un morceau de territoire et qui ont envie de ré-aménager et de participer à la construction bottom up de leur espace. Dans ce cas, plutôt que de penser nous-mêmes un aménagement on va travailler à partir de ce qu’il font. C’est valable pour d’autres sites et pour d’autres démarches. Je ne le vois pas de manière forcément concurrente, en tout cas ce n’est pas un grand remplacement. De la même manière on ne va pas dire : «Maintenant terminé le bottom up, on ne fait plus que de la concertation». - C’est un ensemble ? - Oui je pense. - Si je vous dis «implication citoyenne» qu’est-ce que vous me répondez spontanément? - D’abord que je suis d’accord sur le terme. Je pense que le travail qu’on fait à l’échelle du Conseil de Développement, mais qu’on a nous aussi je pense quelque chose qui se rapproche plus d’un collectif plus global sur l’ingénierie, la participation, etc. Je pense qu’on est en train de remonter vers ces questions d’implication citoyenne et d’arrêter de considérer que la concertation résume l’implication citoyenne, ou de ne pas ouvrir le regard sur tout ce qui est les modes d’intervention des citoyens dans la définition du bien commun. On s’intéresse à toutes les formes d’implication citoyenne, y compris le fait d’adhérer à une association. On considère qu’il y a des formes plus informel d’implication citoyenne qui disent quelque chose d’une volonté de se réapproprier le politique qui ne sont pas forcément dans l’action. On avait cet échange par exemple avec les acteurs du réseau Paul Bert, quand j’ai des personnes qui ne sont pas francophones, qui s’engagent à préparer un repas pour l’AG de l’association et qui à travers cette démarche-là viennent à l’AG et commencent à prendre la parole, c’est déjà une démarche d’empowerment. Nous sommes sensibles à ça, à dire que le spectre de la participation ne recouvre pas exclusivement l’agir politique et que c’est plus globalement toute démarche qui consiste à vouloir reprendre la main sur sa destinée individuelle et collective. On n’est pas dans l’exclusif, on retourne beaucoup vers le mouvement associatif, pour regarder ce qui s’y passe, l’éducation populaire, etc pour regarder les formes aussi non organisées du politique, je crois qu’on est tous beaucoup plus attentifs à ça aujourd’hui. À titre personnel, je suis plutôt sensibles aux analyses de Corcuff, qui justement met à distance la


question de la désirabilité démocratique. Il nous explique que, nous les progressistes, on a tendance à penser que l’action politique est désirable de principe, que si les gens n’interviennent pas dans la sphère politique c’est parce que il y a un effet de domination qui fait qu’ils n’osent pas intervenir et qu’ils se censurent eux-même d’intervenir dans l’espace public. Mettons-nous dans la situation où i l n’a plus d’effet de domination, où tout le monde peut intervenir dans l’espace public : Qu’estce qui nous garantit que les gens ont envie d’y intervenir et ne privilégieraient pas d’autre formes d’activités comme la lecture, le sport, l’amour ? Qu’est-ce qui fait qu’on postule, qu’il y a un prima, de la démocratie et de l’action politique ? Pour lui on est dans l’illusion de la désirabilité démocratique. Pour ces raisons-là, quand vous me dites «je m’intéresse à l’implication citoyenne, ça veut dire aussi la manifestation, etc», pour moi vous êtes déjà dans l’idée de la forme du politique. Je pense qu’il faut se méfier aussi, qu’il faut s’intéresser aussi à l’implication citoyenne dans des formes moins politiques, je pense que ce n’est pas l’objet de votre travail mais pour le coup dans l’exemple de Yakafaucon je pense que tout le travail autour du bien-être, de faire des cours de langues, le yoga, la préparation des repas en commun, etc, c’est déjà du politique, c’est déjà de l’implication citoyenne à reconstruire une forme de société, à créer du lien social. Je pense que n’est pas politique, dans l’action de Yakafaucon, exclusivement la mobilisation pour l’aménagement de la place. Je trouve que c’est un bon exemple car ça tient compte d’une globalité et qu’il faut tenir compte de ces formes-là aussi d’implication. -Merci beaucoup pour le temps que vous m’avez consacré et pour vos réponses.

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Le Forum Urbain


Forum Urbain - Aurélie Couture 14 Novembre 2016 (40min)

- Qu’est ce que le Forum urbain, en terme de statut ? - Le Forum urbain c’est un statut de projet d’innovation sociétale pour l’instant, c’est un dispositif qui n’a pas de forme juridique, qui a été initié par l’IDEX qui est une cellule macro au niveau universitaire qui regroupe plusieurs gros partenaires comme l’université de Bordeaux, Bordeaux Montaigne, Science Po, Bordeaux Sciences Agro., etc. Un espèce de consortium qui a été lauréat d’un appel à projet national visant à doter les universités de gros budgets visant pour moderniser la manière dont fonctionnent les universités en tournant plus vers l’international , l’interdisciplinaire et le lien avec la société. On a une cellule à l’échelle macro au niveau de l’universitaire qui dispose d’un gros budget pour moderniser la manière de travailler, qui s’appelle l’IDEX : l’Investissement des Initiatives d’Excellence, et qui fonctionne par appel à projet qui vont doter des projets d’un budget pour les aider à se développer. C’est le cas du Forum urbain, qui a été lauréat du projet en 2015 qui s’inscrit dans la lignée « connexion science-société ». Administrativement on est rattachés à science Po, notre financement principal est celui de l’IDEX, mais on est ni une association, ni une entreprise, on est plutôt un acteur public puisqu’on est rattachés à un établissement public. L’idée est de mettre à profit des acteurs du territoire, les ressources universitaires autour des questions urbaines. C’est l’idée de valoriser le travail des enseignants-chercheurs, chercheurs, doctorants, jeunes docteurs et étudiants qui sur le site universitaire travaillent sur les questions urbaines, auprès des acteurs du territoire. Les acteurs du territoire sont les institutionnels, les professionnels, les associations, le grand public, c’est assez large. Ce travail passe essentiellement par des projets qu’on appelait de co-connaissance qui sont plutôt des projets de recherche appliquée ou des études, ou animer des réflexions sur les potentiels du territoire avec les acteurs locaux. On va travailler avec des partenaires sur d’un question qui aura été définies ensemble pour produire des choses collectivement ou alors, autre volet de nos actions, on est plutôt dans des dispositifs de partage de savoir et de diffusion de tout ce qui a été produit dans les universités. C’est sur ce volet là qu’on est pas encore avancés. On est assez jeunes, le Forum urbain a été crée en juin de l’année dernière. Il y a eu un premier temps pour identifier et rencontrer les chercheurs pour savoir : qui fait quoi ? Un second temps pour identifier les besoins des acteurs du territoire en sachant qu’on a pas fini d’en faire le tour. Et puis on a commencé à élaborer des projets. Pour l’instant on est plutôt sur des projets de coproduction de connaissance parce qu’on a une vocation à , in fine, s’autofinancer. On est dans une logique de développer des prestation et donc on est parti au début sur des projets qu’on essayait de faire financer et l’aspect participation des habitants on y est pas tout à fait. On va entrer dans une deuxième phase, l’année prochaine, du projet, pour laquelle sur le modèle économique qu’on conçoit : les actions financées qu’on développera avec des acteurs publics et privés pourront compenser une activité vers le grand public. Je rentre un peu dans les détails peut être sur la gestion... Il faut qu’on trouve le moyen de mettre en ?uvre des actions auprès du grand public qui soient désintéressées et ça rentre dans une balance globale qu’on pourrait mettre en place. Donc le Forum urbain s’appuie sur un réseau d’une centaine de chercheurs, jeunes chercheurs, doctorants et jeunes docteurs, qui travaillent tous sur les questions urbaines d’une manière ou d’une autre, même si c’est par tout un tas de sujets très différents et des entrées différentes, on peut aborder un même sujet dans plusieurs disciplines de manières différentes. L’idée c’est qu’il y ait quand même un aspect urbain, que ce soit le terrain, ou un peu des problématiques attrayant à la ville et à partir de là s’est constitué ce réseau qui est plus ou moins actif , c’est plutôt un réseau qui va s’activer en fonction des projets et je fais l’interface entre le réseau universitaire et les

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partenaires, Gilles Pinson est le responsable scientifique. En terme de gouvernance Gilles Pinson est responsable scientifique, c’est lui qui est porteur du projet, je suis chef de projet et je m’occupe de tout l’aspect opérationnel, on a recruté il y a un mois et demi, une chargée de mission, et on s’appuie sur un comité de pilotage qui constitué d’un référent de chacun des principaux laboratoires, même si ce ne sont pas des laboratoires de recherche in extenso qui sont associés au Forum urbain mais des individus dans ces laboratoires qui travaillent sur la ville. Finalement les chercheurs sont attachés à cinq principaux laboratoires, donc on a un référent des équipes qui travaillent sur la ville au sein de ces laboratoires, dans un comité de pilotage, qui est composé de cinq personnes et qui se réuni à peut près tous les mois ou deux selon les périodes pour avancer sur les projets ensemble, prendre des décisions stratégiques qui a à prendre et ensuite on a un comité d’orientation qui se réuni tous les ans et qui s’est réuni pour la première fois en juin de cette années. Ce dernier est composé du comité de pilotage plus de partenaires extérieurs, académiques et institutionnels, les gens avec qui on travaille et là l’idée est d’orienter de manière stratégique les activités du Forum urbain. On leur a un peu soumis : où on en était, quelles étaient nos pistes de réflexion, quels étaient les dispositifs qu’on imaginait mettre en œuvre et ça nous permettait de les voir réagir et de voir un petit peu si ça leur parlait ou pas. - Qui sont les acteurs extérieurs avec lesquels vous collaborez ?

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- Coté public ce sont : les directeurs des laboratoires et les directeurs des établissements auxquels sont adossé le Forum urbain. Coté institutionnel ce sont : Bordeaux Métropole, l’A’urba, la Fab, l’Association des organismes HLM, Aquitanis, Cap-science, Euratlantique, C2D et la Région. Ce sont des gens avec qui on a déjà commencé à travailler, qui nous soutiennent, qui ont un intérêt,... Soit avec qui on a déjà travaillé, soit avec qui on sait qu’on travaillera dans tous les cas et qui ont marqué un intérêt pour le Forum urbain. C’est plutôt des acteurs publics pour l’instant. - Quel sont vos projets en cours ? - Sur l’aspect participation et partage de connaissance, ce qu’on voulait faire auprès du grand public, on a déjà organisé en 2013 un workshop, l’année dernière deux rencontres, donc on essai de temps en temps, quand l’occasion se présente, quand il y a un chercheur invité ou un sujet d’actualité sur lequel on a envie d’organiser des choses. Ça nous est déjà arrivé d’organiser un temps de débat, autour d’un sujet, qui était voulu public et autour duquel on a un peu communiqué mais certainement pas assez. Là dessus, c’est en train de se mettre en place et on n’est pas encore très bons sur des moments où on puisse partager des travaux de recherche de manière un petit peu communicante ou accessible on va dire, c’est à dire pas sur un format académique et toucher un public un petit peu large. C’est en train de se mettre en place mais on a vraiment une grande marge de progression là dessus, sur tout le volet diffusion de connaissance et de travaux de recherche sur des travaux originaux. Mais également, du coup peu être plus sur le volet coproduction de connaissance, on aimerait aussi bien travailler avec des associations tout comme on travaille avec des institutionnels ou des professionnels des praticiens, je pense que les associations ça pourrait être des gens que ça intéresse de travailler avec le monde universitaire. C’est un volet qu’on a pas encore creusé pour les raisons que j’évoquais toute à l’heure, pour l’instant on est parti vers des gens qui ont les moyens de travailler avec nous. Par ce que j’ai été toute seule jusqu’à octobre et je n’avais pas la capacité d’explorer tous les champs, il y a encore beaucoup de gens avec qui on pourrait travailler. Donc là il y a tout ça à explorer ce sera un axe important pour l’année prochaine. Par contre il y a un projet qu’on a engagé cette année, je ne sais pas si c’est vraiment une démarche participative, mais on vient d’être missionnés par Bordeaux Métropole pour travailler sur le projet d’intérêt métropolitain « Bordeaux Inno campus ». C’est un territoire de projet pour la Métropole qui est un peu alambiqué dans son périmètre, qui regroupe des fonctions un peu


stratégiques et que la métropole aimerait bien rapprocher les unes des autres pour créer de l’innovation, créer de l’emploi, des activités un peu. Donc dans tout ce périmètre essentiellement on retrouve l’université, le monde de la santé et des activités économiques. Donc la métropole a un gros projet d’ aménagement et de développement économique dans l’idée de créer des synergies entre les acteurs pour stimuler l’emploi. Un levier de ce projet là c’est qu’il puisse y avoir une appropriation du territoire par l’ensemble des acteurs. Donc la mission qui nous a été confié c’est d’animer une démarche autour de ce territoire : qu’est ce que c’est ? Essayer de le comprendre, essayer à réfléchir à comment le valoriser ? Comment faire pour que l’ensemble des acteurs du site se l’approprient ? et réfléchir à certains projets pilotes qui permettent de créer des connexions entre les acteurs. C’est quelque chose qui est en train de se mettre en place. On met en place un panel d’acteurs du territoire, ce qui n’est pas évident, on est en train de constituer un panel d’une quinzaine d’acteurs du territoire, qui soient diversifiés en terme de localisation géographique sur tout ce périmètre mais aussi en terme de domaine d’activité : université, santé et activité économique. Des gens qui soient motivés, qui aient un peu de temps à y mettre, qui soient aussi tête de réseau et qui soient capables d’en parler autour d’eux, autant dire que ce n’est pas évident. L’idée c’est de constituer ce panel d’acteurs et de les faire travailler dans le cadre d’atelier un peu sur la durée : de fin novembre cette année à juin de l’année prochaine, et de les amener à produire aussi. Ce sera des séances de travail de 3h à chaque fois, sur lesquelles nous on amènera des choses, il y aura des temps de balade urbaine, il pourra y avoir des interventions d’acteurs, mais l’idée c’est de les amener à produire. Donc si il y a une démarche « participative » c’est celle là, mais on ne s’adresse pas tellement à du grand public, on s’adresse à des gens « initiés » j’allais dire c’est pas tant ça, parce que : initiés à quoi ? On va se baser sur l’expérience de chacun qu’il a du site, comment il le parcours ? Où est ce qu’il aime passer du temps ? Où est ce que c’est compliqué ? On cherchait à se faire appuyé par deux étudiants pour faire la synthèse et surtout on compte utiliser la cartographie comme élément pour traduire ce que vont dire les acteurs et on pense que ce sera un super levier pour les faire parler, en gros l’idée c’est de pouvoir se représenter ce qu’ils nous racontent : les gros embouteillages... Essayer de trouver une manière un peu ludique de raconter ce que eux nous diront à l’oral pendant les ateliers. On est en cours, on est en train de constituer le panel. - Comment sélectionnez vous les acteurs du panel ? - Comme je l’ai dit toute à l’heure c’est la localisation géographique, domaine d’activité diversifié, intérêt pour la démarche, du temps et tête de réseau. Et ça passe par la rencontre avec des acteurs ressource sur ce territoire là. Donc de file en aiguille on consulte des gens qui vont voir d’autres gens. On essaye sur certains endroits clés, de rencontrer des personnes qui sont en mesure de nous recommander des personnes qui elles seraient en mesure d’être elles intégrées au panel. Et puis il y a des gens qui se croisent, des gens qui ne sont pas disponibles, c’est un peu galère. - Dans votre présentation vous avez 4 dispositifs ? Vous pourriez m’en parler ? - C’est un peu une autre manière de présenter le type d’action que je vous ai présenté toute à l’heure, c’est plutôt par public : le hub c’est l’idée de se connecter aux acteurs du territoire, on est sur des partenaires institutionnels, des praticiens, on est vraiment sur des gens qui font la ville et essayer de travailler avec eux pour les éclairer grâce à la recherche, pour pouvoir travailler ensemble sur des études ou des recherches ciblées par rapport à leurs besoin,... L’ « explorer » on est vraiment dans le grand public, ce que j’appelle maintenant la diffusion de connaissances. Sur organiser des événements ou des modalités de partager des savoirs qui permettent d’alimenter le débat public. Et ensuite le « play ground » c’était l’idée de professionnaliser les étudiants, ce qui est toujours sous-jacent mais maintenant pour moi la professionnalisation des étudiants c’est complètement transversal à tout ça, les étudiants peuvent participer autant à des temps de coproduction de connaissance qu’à des temps de diffusion. Je le présente différemment parce qu’on

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avance dans le projet et que ça c’était la version à petite échelle. Maintenant je l’articule autour de deux axes qui sont deux axes d’action entre coproduire d’un coté et diffuser de l’autre et en même temps dans tout ce qu’on peut faire on pourra mobiliser les étudiants, c’est le cas du « play ground » mais ça peut se passer un peu partout. Les trois objectifs in fine du Forum sont quand même : d’éclairer les pratiques des professionnels, d’alimenter le débat public et de favorisez la monté en compétence des habitants en discutant sur nos travaux de recherche et d’amener les étudiant à être impliqués dans nos actions et à se professionnaliser par les activités menées dans le cadre du Forum. Sur les objectifs et les mots clés du Forum urbain ce qui est important pour nous c’est les partenariats avec les acteurs extérieurs, on ne mène pas des actions tout seul dans notre coin, c’est bien toujours connexion science-société, la dimension partenariale de ce qu’on va faire, la dimension interdisciplinaire, par exemple sur l’OIM on fait un binôme archi-science po, on a fait il n’y a pas longtemps une synthèse pour un événement organisé par la métropole, on avait constitué une équipe de quatre étudiants avec : deux géographes, une économiste et une archi, l’idée c’est aussi de toujours essayer de croiser un peu les disciplines. On dit toujours que collaborer avec la recherche c’est aussi avoir un regard extérieur un peu délocalisé, un peu original sur un sujet qui est parfois regardé de très très près dans la pratique ce qui amène à avoir un autre regard sur les choses, c’est ça l’intérêt aussi de collaborer avec le Forum urbain. - Vous me parliez d’un projet à long terme de mettre en place des dispositifs permettant une éducation populaire et aux habitants d’acquérir les clés leur permettant d’intervenir lors de débats publics et concertations. Quelles sont vos idées ? Vos envies ?

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- On a plein d’idées. Ça c’est le coté « explorer », le coté plutôt partage de connaissances, au delà des rencontres qu’on a commencé à organiser même si on voit bien que c’est pas non plus le bon format et que on a pas de grand public clairement dans ces rencontres là pour l’instant et que ça reste entre universitaires, étudiants et les quelques professionnels intéressés par les sujets qu’on va traiter. Si on continue à faire des rencontres il faut qu’on trouve des partenariats avec des acteurs qui nous permettent de toucher plus largement, c’est là peut être qu’il faut travailler avec des associations, des librairies, donc le format rencontre il faut vraiment qu’on arrive à nouer des partenariats pour le développer et toucher ce grand public. On a plein d’idées de formes un petit peu originales pour partager des travaux de recherche genre : des petites vidéos, de la bande dessinée,... l’année dernière il y avait un festival art et science le FACTS. Est ce que ça peut passer par des choses comme ça ? Et notamment on a pas ma de chercheurs qui sont intéressés pour travailler autour de la vidéo qui peut être un excellent canal. Comment ça se met en place ? De quel budget on a besoin ? et puis surtout il faudra dans ce cas là réfléchir qui ça peut intéresser et sur quel sujet travailler ? A concrétiser encore et ça prendra encore un peu de temps je pense. - Vous trouvez que c’est complexe de toucher le grand public ? C’est plutôt sur la dimension mobilisation, le pont entre grand public et université ne se fait pas aussi facilement il faut qu’on passe par des intermédiaires dans tous les cas. C’est pas parce que nous on va diffuser qu’on organise une rencontre qu’on va réussir forcement à toucher grand monde, en plus sur ce volet là on est pas encore très très bons parce que justement c’est le début, de la même manière pour communiquer il faut qu’on ait des relais. On avait organisé une rencontre à l’Université de la Victoire qui était hyper intéressante, sur le site de la Victoire et je ne suis même pas sure qu’on ait communiquer suffisamment pour toucher du grand public, on est resté sur un réseau qu’on connaît qui sont surtout des praticiens. Je pense qu’il faudrait vraiment qu’on réfléchisse à une stratégie de communication et à réussir à avoir des relais qui permettent de diffuser l’info. Il y a deux choses : il y a la forme de ce qu’on va proposer, les dispositifs qu’on met en place et il y a la manière de porter à connaissance du grand public et lui donner envie d’aller y jeter un ?il. Mais pour nous c’est vraiment un chantier à engager, j’ai un peu une idée de comment il faudrait faire, pour l’instant on a pas trop encore eu le temps de se lancer là dessus


mais c’est à venir. Donc ce qu’il faut savoir sur le Forum c’est qu’on a été crées en juin de l’année dernière on a été soutenus pendant 18mois, donc notre financement se termine là en décembre mais on vient juste de répondre à un nouvel appel à projet qui devrait nous permettre d’entrer dans une phase de développement de trois ans, donc d’avoir un budget qui nous permettrait de continuer pendant trois ans, en sachant qu’on vise l’autofinancement donc on aurait un budget dégressif. Dans le cadre du nouveau projet ce qu’on a mis comme priorité dans nos action outre les objectifs qu’on a cité précédemment, c’est deux choses : travailler plus sur la communauté scientifique pour mobiliser les enseignants chercheurs, les chercheurs, les doctorants, etc, parce que finalement sans eux je ne peux rien faire et c’est quand même une des plus grosses problématiques du Forum urbain parce que tous ces gens là sont très occupés donc je peux avoir des pistes, monter des projets, etc, mais derrière si il n’y a pas des universitaires qui se mobilisent il ne se passera rien. Moi je monte les projets mais il faut qu’il y ait des gens qui viennent apporter leurs compétences, leurs expertises, etc. Ça ne peut pas être moi toute seule. C’est très important que la communauté scientifique soit plus investie dans ce qu’on fait dans le cadre du Forum urbain. Et en même temps investir la communauté scientifique ça peut passer par des temps de rencontre, des événement où on va inviter quelqu’un, on va débattre, à réfléchir aussi sur une programmation qui nous permette d’animer un peu la communauté scientifique. Le deuxième volet qu’on va développer c’est tout le volet de connexion avec le grand public qu’on a pas encore investi pour l’instant et ça c’est notre deuxième grand objectif. C’est comme ça qu’on a présenté le deuxième projet qu’on vient de soumettre en octobre. C’est toujours un appel à projet de l’IDEX, le même financement, mais on rentre dans une phase de développement si ils continuent de nous soutenir. Tous ces objectifs sont toujours valables mais on veut vraiment mettre l’accent là dessus par ce que c’était ça les objectifs du Forum urbain et qu’on a pas vocation qu’à travailler avec des professionnels sur des études ou des trucs comme ça, il y a aussi la phase « explorer », on est toujours tout au début mais on a conscience et on a envie aussi d’aller dans ce sens là. - Si je vous dit « implication citoyenne » ? J’ai fais ma thèse sur la participation citoyenne donc il y a du vocabulaire dernière de l’ « information » à la « coproduction », que vous devez connaître. Ce que je peut dire rapidement et là je reviens peut être un peu sur mes travaux de thèse mais c’est qu’on fait toujours tout un foin autour de la participation des habitants qui est jamais à la hauteur enfin ce qu’on fait au niveau institutionnel en terme de participation des habitants c’est souvent un peu trop en pointillé, on va associer les habitants à des temps forts et puis on va plus jamais donner de nouvelles et quand on parle d’implication, pour moi implication c’est aussi une question de durée et c’est aussi donner envie au gens, c’est pas juste participer à une réunion publique mais c’est aussi donner envie aux gens de prendre soin de leur cadre de vie (27:13) et ça, ça passe pas forcement par des réunions publiques, ça passe par un tas de choses et on cristallise souvent sur des dispositifs de participation alors que finalement partager l’information ça peut être,... et du coup ce qu’on a envie de faire ici, on va essayer de stimuler le débat sur la ville pour favoriser justement le fait que les gens s’approprient mieux leur cadre de vie, ne serait ce que comprennent mieux comment se passe la gestion de l’espace public : qui gère l’eau ? Qui vient intervenir sur ma rue ? Qui nettoie les crottes de chiens ? Tous ces trucs bêtes mais,...et du coup je pense que ça c’est quand même un préalable indispensable. Souvent on va fustiger les dispositifs de participation qui se disent de participation parce que les gens cristallisent énormément sur les mots dans ce domaine là, qui se disent de participation alors que participation ça veut dire que il y a un vrai échange entre le public et les décideurs, ce qui est très rarement le cas. Donc souvent on a tendance à dire : « oh lala on a dit que c’était de la participation et en réalité c’est que de l’information » mais l’ « information » c’est déjà beaucoup. Je trouve qu’il faut dépassionner un peu le débat et essayer d’arrêter de passer la barre trop haut et que tout ce qu’on peut faire pour que les gens comprennent ne serait ce comment fonctionne leur cadre de vie,qu’ils comprennent ce qui se passe dans les villes,...Donc je

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pense que ce qu’on va faire avec le Forum urbain c’est aussi essayer de poser une première pierre pour quand on dit stimuler le débat public, c’est vraiment ça, aider aussi à la compréhension de tout ça et poser plein de questions en même temps et souligner les problématiques qui se posent aujourd’hui dans la ville avec la question du rapport à l’autre, de la multiplicité des strates de gestion de la ville, la question du (genre?), c’est celui qui parait d’actualité aussi, les usages de la ville, la ville pour les vieux, la ville pour les jeunes. Je suis persuadée que les gens ne regarderaient plus la ville de la même manière, ça éveillerait à certaines choses qui leur permettrait de mieux participer au débat public ou en tout cas leur donner envie de participer. C’est un espèce de préalable. L’implication il faut qu’elle vienne des habitants, il faut qu’on suscite l’envie que eux s’impliquent et moi je ne peut pas les obliger à le faire. - Est ce que vous pensez que depuis il y a eu une évolution des pratiques depuis le temps de la CUB? Qu’est ce qui est mis en place par les collectivités et quelles sont encore les limites à cette transversalité et à la collaboration ?

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- Les collectivités se structurent de plus en plus, quasiment toutes les collectivités ont un services participation, c’est quelque chose qui s’intègre ou en tout cas qui est de plus en plus visible, même si avant il y avait peut etre des gens dédiés à la citoyenneté, il y avait d’autres manière, donc c’est de plus en plus lisible dans l’organigramme les gens qui vont s’occuper de la dimension participative. Pour autant, enfin ce que je redis par rapport à la comparaison avec le grand Lyon, c’est le portage politique, et il faut que les élus aient aussi envie de faire ça parce que clairement on peut faire participer les gens mais pour les faire participer il faut avoir des moyens, il faut pouvoir mettre en œuvre des dispositifs, pour ça il faut aussi que le politique soit porteur, et en plus il faut que le politique ait envie de prendre en compte ce qu’à dit le citoyen, il y a tellement de démarches qui finissent dans des rapports, en fait ce qui est très obscur c’est la question de la prise en compte de ce qu’a dit le grand public dans la décision. Portage public très important à la fois pour mettre des moyens et pour écouter vraiment ce qui s’est dit et le prendre en compte. Clairement j’ai conclu ma thèse sur un regard un petit peu optimiste sur ce qui est en train de se passer à la CUB en disant qu’on se rendait compte, que la cellule participation à laquelle j’étais intégrée pendant que je faisais ma thèse qui avait aussi pour mission de développer une culture de la participation en interne, petit à petit ça passait par quelque chose de très informel parce que le portage politique était là mais on était pas assez bien positionnées dans l’organigramme pour avoir du pouvoir ça passait par plein de modes informels et donc le rôle des chargés de mission participation est super important, et leur conviction également est très importante. Donc le portage politique et la conviction des gens qui travaillent là dedans. Ceci étant j’ai quand même conclu ma thèse en disant : «  vu les avancées qui étaient engagées, vu qu’on se rendait compte qu’ils y avait quand même une acculturation, qu’en mettant en place des démarches exemplaires ça amenait aussi à convaincre les chargés de projet de l’intérêt de la participation, qu’on pouvait sentir que la graine était un peu en train de germer et que on avait pas trop à craindre parce qu’il allait y avoir les élections municipales et que c’était Vincent Feltesse qui était président de la CUB et on pouvait compter que même si il y avait un changement politique c’était en train de s’encrer, etc. Sauf que il y a effectivement eu un gros changement puisque c’est Alain Juppé qui a repris la présidence de la Métropole et en fait ce qui s’est passé c’est que la cellule participation qui avait au moins le mérite d’exister en tant que telle dans l’organigramme a de nouveau disparu, il y a eu une réorganisation des services et la cellule participation s’est ré-noyée dans une cellule de relation à l’usager quelque chose comme ça et c’est devenu beaucoup plus difficilement visible. Les conditions pour que ça fonctionne c’est très important qu’il y ait un portage politique et c’est très important aussi les personnes qu’on met à ces postes là. Si on y met quelqu’un qui n’y croit pas,qui n’est pas investi, il ne va rien se passer. Après on peut faire beaucoup de choses, il faut savoir que dans les administrations en tout cas à la CUB les agents avaient une belle marge de manœuvre en général. On pouvait faire beaucoup de choses, toujours avec l’accord de la hiérarchie mais on pouvait vraiment proposer des choses intéressantes. Je pense qu’aujourd’hui il y a encore une envie des agents de faire des choses mais pour que les choses puissent se faire il


faut qu’il y ait aussi un portage politique derrière, donc c’est un peu la base. Il y a des endroits où ça marche bien et par exemple dans le Grand Lyon où il y a vraiment un portage politique très fort sur ces questions de participation. Là bas il y a carrément une direction qui est très lisible et qui font n gros travail en interne d’animation auprès des autres agents qui n’est pas évidente non plus, il faut pas croire parfois quand on lit un rapport d’activité ça a l’air magnifique mais il faut savoir que c’est dur d’amener les gens à changer, la manière de travailler, d’autant que les agents dans les collectivités pensent toujours que la participation des habitants c’est « on va demander leur avis aux habitants, ça va faire perdre du temps, ça va coûter cher, ça va servir à rien,... » donc il y a tout un tas de préjugés à déconstruire. Les cas que vous regardez c’est essentiellement des cas bottom up, et par contre le cas top down c’est à dire des concertations institutionnelles, c’est forcement des choses un peu originales que vous allez regarder avec Yakafaucon, Bruit du Frigo et nous, par contre le cas top down, c’est à dire des concertations institutionnelles souvent c’est des formats qui sont assez cadrés, qui ont des cotés un peu « grand messe », on va faire une grand réunion publique et puis après plus rien, on est plutôt là dedans, on est plutôt dans les trucs où on va organiser des événements un peu clinquants, alors que ce qui est hyper important c’est le suivi, c’est de réussir à ce que les gens comprennent bien : pourquoi ils sont là ? qu’est ce qu’on va faire avec ce qu’ils racontent ? Qu’est ce qu’on a fait effectivement avec ce qu’ils nous ont dit ? Et donc quand on parle d’implication c’est clair que c’est pas une réunion publique qui va impliquer les gens. C’est vrai que quand la CUB mettait en place des démarches de participation ils faisaient toujours appel à des bureaux d’étude qui proposaient des choses plus ou moins originales. Mais moi j’ai jamais bossé avec Bruit du Frigo quand je bossais à la Métropole alors qu’ils font des trucs hyper bien, il y a ça aussi, c’est dommage qu’on ne s’appuie pas plus sur les acteurs locaux. Et qu’il n’y ait pas plus de synergie. Mais je crois que Bruit du Frigo est subventionné en partie par la Métropole, ça doit diminuer un peu tout le temps donc là c’est un peu frustrant pour eux. -Merci beaucoup pour le temps que vous m’avez consacré et pour vos réponses.

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Le Jardin de l’Éphémère


Le Jardin de l’Éphémère - Les bénévoles Chantier au jardin du 30 octobre 2016

(Monsieur A) - Avec toutes les parcelles qui sont squattées ou utilisées comme décharges, l’association aurait pu demander un financement de la mairie pour valorisation de bien, plutôt que de devoir payer un loyer ! (Monsieur P) - Si on veut changer le monde pour demain il faut s’investir, mais avec le boulot, les enfants, j’ai déjà du mal à dormir,…  (Madame G) - Pour ce genre de projet il faut être plusieurs. (Madame M)  - La demande est importante pour ce genre d’endroit, on voudrait communiquer un peu plus mais on ne le souhaite pas non plus parce qu’on n’est pas assez nombreux encore à être actifs pour organiser un accueil ou des permanences. (Madame G)  - Le « temps » de la municipalité n’est pas du tout comme le notre. (Monsieur A) - Une pile c’est 1m² de terre polluée (…) des piles, deux frigos et une batterie,… ça va vite. 

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Yakafaucon


Yakafaucon - Marie Claire 07 octobre 2016 (1h30)

(Marie Caire) - Comment nous avez-vous découvert ? (Moi) - Sur internet, via le site du collectif ETC, et du projet d’aménagement de la place Dormoy. - Oui ça a été un travail important entre la conception de ce qu’eux voyaient pour nous et de ce qu’on voulait. Ils nous ont aidés à formaliser tout ça, dont on s’est séparés douloureusement par obligation. - Comment l’association est elle née ? - Ce café est né tout petit dans une rue parallèle la rue « Montfaucon », de voisins qui se retrouvaient pour boire l’apéro et qui se sont demandés ce qu’ils pouvaient faire dans la rue : comment faire vivre la rue ? Ce qui a donné naissance à un repas de rue, puis deux, aujourd’hui les repas que nous organisons rassemblent jusqu’à 200 personnes. L’association est née à partir du quartier. C’est avant tout une démarche d’aide, de facilitation d’initiatives de gens du quartier, on se défend de faire à la place. On se garanti de dévier de nos devises par un CA organisé tous les mois pour rester fidèles aux valeurs d’origine. L’association a trois salariés : Mélina qui est chargée de projets, Dominique qui travaille à la cuisine et Anne de la programmation des activités. On offre un accueil pour écouter les gens, écouter les projets, coordonner les actions. Pour faire notre planning de chaque mois il faut écouter ce que les gens veulent faire et voir si ça se situe bien dans nos valeurs, avec l’espace disponible aussi, si c’est compatible au niveau du bruit avec les voisins, avec les horaires. - Comment fonctionne l’association ? - Financièrement mis à part le bar et la cuisine on a souhaité exclure tout échange d’argent. On montre ainsi qu’on est un café pas comme les autres, participatif et citoyen. Le but est d’offrir un lieu de rencontre, d’information, d’échange, d’accueil, d’écoute, de relations induites avec les CCAS, les centres partenaires. Beaucoup qui viennent à nous, liens d’amitié, travail qui se rajoutent à tout ça. Les « subventionneurs » diminuent leurs aides mais sont plus présents, passent à l’association pour voir ce qu’on fait, comment l’argent est utilisé. Ils nous demandent de ne pas faire la même chose entre les quartiers, pour qu’on soit complémentaires. On a du s’intéresser à ce qu’il se faisait, il va y avoir des regroupements au niveau des centres sociaux qui correspondent à des zones géographiques et données de population, il y a plusieurs cotés sous l’étiquette « participation. On a fait cette étude pour mieux cerner les secteurs géographiques avec les données de l’INSE qu’on a complété et actualisé pour se situer, échanger, comprendre et proposer quelque chose d’adapté qui ne fasse pas doublon et permette à chaque structure de garder son identité. Tous travaillent dans une optique de citoyenneté et d’échange. La CAF et le Conseil Général nous ont demandé « Quelle est votre méthode ? » mais on en a pas, on fait comme on peut, comme on le sent, on n’a pas de méthode. Le café a 5ans d’existence et l’association 8ans. Aujourd’hui on a le recul suffisant avec en jeu la rémunération de trois personnes, ce qui pousse à travailler avec une extrême appréciation de tout ce qui se passe. Pour la co-cuisine il a fallu savoir calculer sur 1mois les repas et donc le coût de l’assiette. Les courses sont faites sur un mois, certains produits sont achetés tous les 15 jours et les produits frais pour 24h ou 48h. Tout est calculé selon le prix d’une assiette. Au fur et à mesure des jours on voit combien on rentrer pour le bar et la cuisine et combien on sort, on gère la comptabilité. C’est de la réflexion, de la gestion, de la coordination et de l’écoute. Le café est un lieu où le bénévolat a un sens. Ça a commencé comme un petit noyau

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dans la rue et c’est devenu une action réelle qui rassemble beaucoup de gens. Au début c’était des petits repas de quartier, puis on s’est déclaré en association, mais « quelle association ? », « Quelles valeurs ? ». Ça a commencé avec une quinzaine de personnes qui y ont consacré beaucoup de leur temps et d’énergie. Cette année conformément à la loi, il y a eu un renouvellement des membres du CA pour quatre – cinq personnes avec l’arrivée de jeunes actif, c’est important. Aujourd’hui le noyau c’est douze – treize personnes. - Comment vous fonctionnez en termes de gouvernance ? - Il n’y a pas de bureau, c’est un fonctionnement collectif, c’est-à-dire que chaque personne du CA compte pour une appréciation « oui/non », il n’y a pas un secrétaire, un président,…L’association est née lors d’une réunion de quartier pour réfléchir à ce qui pourrait se faire. On pensait qu’il y aurait vingt personnes et il y en a eu quatre-vingt ! Avec l’idée d’avoir un lieu là. Alors s’est monté une commission chargé des sous, une commission chargée de rechercher un lieu probable, une commission chargée des potentiels travaux et chantier, une commission chargée de trouver des subventions. - Comment se sont déroulés les travaux ?

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- Il y a eu la découverte du café, un vieux café encore en fonctionnement mais en fin d’existence. On est allé rencontrer les propriétaires qui ont eu confiance en notre projet à travers le groupe. Nous somme locataires de ce lieu. Il y a eu ensuite la découverte du lieu, vétusté du lieu. Puis les travaux on a dû tout vider, tout casser, il n’y avait rien d’exploitable pour accueillir des gens. Ensuite il y a eu trois ou quatre membres et intéressés, des gens du bâtiment, qui ont su ne pas décider à eux tous seuls mais qui ont mené ce chantier avec l’association et avec les gens du quartier, les passants qui ont proposé du temps, de la peinture, etc. Ils ont su s’ouvrir, expliquer, prendre le temps pour les bénévoles. Il y a eu beaucoup de récupération, des meubles, des couverts, le stockage a dû se faire chez les habitants du quartier. Ça a été une œuvre commune dès la période des travaux. La veille de l’ouverture on était encore à quatre pattes entrain de poncer le sol. Le chantier a duré bien 6mois. On a essayé de faire un maximum de choses dans un esprit écolo et durable. Un merveilleux bordel ! Ça a beaucoup compté sur les liens qui ont unis le noyau dur de l’association, une bonne cinquantaine de personnes. Sur l’année on a 3500 adhésions. L’adhésion est obligatoire et elle est de deux euros minimum pour l’année. On a une nébuleuse de deux cent personnes. Quand arrive l’heure de la fermeture on a une petite clochette qu’on fait sonner et s’en suit une demi-heure d’effervescence, tout le monde se lève, apporte les assiettes, les verres, se propose de travailler ou passer le balais, en 30 minutes c’est terminé. Aujourd’hui on peut se le permettre les gens comprennent, ils ne sont pas sidérés. Avant on était moins nombreux. On se défend de demander quoi que ce soit aux gens pour ne pas être ennuyeux, on ne veut pas les obliger à faire quoi que ce soit. On ne connait pas leur nom, leurs compétences, ils sont là et ils sont les bienvenues. Il y a aussi eu une période caravane, avant d’avoir le café, quand tout était encore réparti chez les voisins, des membres de l’association sont tombé sur une occasion qu’ils sont allé chercher à Quimper et qui a été un premier lieu, puis on a eu le café, la caravane a été squattée et certains ont dû en avoir plus besoin que nous je suppose. La caravane était garée chez des voisins dans la rue Montfaucon, elle passait de jardin en jardin puis elle a été sur les arrières de Barbey. Des bénévoles l’ont décorée et inscrit le nom de l’association « Yakaf » dessus ainsi elle était reconnaissable, le matériel était centralisé dedans. Lors d’événements elle se baladait dans les rues, ça faisait aussi un lieu où se retrouver quand il pleuvait. Elle a été un début de lieu qu’ils baladaient. On se demandait « Qu’est ce qu’on peut faire ? Mettre de la verdure dans les rues ? ». - Concernant le projet d’aménagement de la place Dormoy, vous avez eu besoin d’autorisations particulières ? - On a besoin d’autorisations tout le temps, pour la rue devant le café la mairie a accepté qu’on


ferme la rue. On déclare quand on fait un évènement sur la place : concert, cinéma, on bloque la rue pour la sécurité des gens des enfants. On essai de rester dans notre convention, le mardi c’est 20h. Ensuite on met le planning dans les boites aux lettres. Pour les évènements c’est les adhérents qui proposent,, maintenant il y a les Yakafaucon, les Yakamarcher, Yakajeunesse et Yakasegrouper qui est un groupement d’achat. - Pour la place c’est vous qui avez fait appel au collectif ETC ? - ETC se sont présentés à nous, en faisant leur tour de France, ils sont tombés au moment où l’association se demandait comment investir la place. Ils ont proposé un projet en bois. Ça a été une véritable attraction dans le quartier. Il y a eu plusieurs séances de travail avec le noyau de l’association, puis les constructions se sont faites avec beaucoup de récupération. C’était grand, 10m de long avec des hauteurs, des plateaux différents et de la solidité. - Qu’est ce que vous pourriez dire que ce travail avec le collectif vous a apporter ? - Du bonheur et de l’énergie, la réussite d’un projet mené à bien, de l’intérêt aussi, l’intérêt que ça ait eu lieu. On s’est rendu compte que les gens si on ne va pas vers eu on ne les connait pas, mais si on va vers eux ils viennent ensuite beaucoup plus facilement. A bas le paraître, tout est dans le faire et dans l’être. On s’est rendu compte que le rapprochement peut être facile. On est une miette, mais rien que sur Bordeaux on est une 50aine d’associations, on se contacte avec les villes voisines et c’est en train d’essaimer et d’œuvrer vers une citoyenneté des valeurs actuelles. Aujourd’hui on nous demande comment on en est arrivé là. Mais on a pas de méthode, c’est dû à la transformation profonde de la société et des relations. Beaucoup de gens qui s’intéressent à des projet comme ça, de plus en plus et des jeunes. On ne veut pas être partisans mais c’est tout de même une démarche politique, mais politique avec un grand « p », pas avec un petit « p », le petit « p » c’est Sarkozy, c’est Le Pen, le grand « p » c’est la citoyenneté et la participation. On ne veut pas avoir d’étiquette politique, c’est une étiquette humaine avant tout que nous portons. On veut être intergénérationnels, offrir beaucoup d’accueil et d’écoute. Les bénévoles qui nous aident qui proposent des activités auxquelles n’importe qui adhérents ou non peuvent participer gratuitement sont des gens désintéressés. Dominique et Mélina  sont en contrat aidé, que l’on complète avec les sous tirés des évènements, repas, uniquement sur les boissons et assiettes vendues. Les contrats aidés sont pour 1an, donc quand cette période est terminée on fait le recrutement d’un autre contrat aidé qu’on forme et qu’on intègre à l’association. Pour cela on fait une demande à Pôle Emploi, puis un recrutement traditionnel, on rencontre les personnes intéressées, on voit si ça colle à l’esprit de l’association, on apprécie les compétences, on prend alors pour un mois d’essai et si c’est bon voila. On leur permet de rebondir ensuite, on les aide à formaliser leur propre projet. On a eu des emplois civique aussi et puis les bénévoles. Tout bouge et tout doit bouger on ne sait pas où on sera dans l’avenir. - Concernant la place pourquoi le projet est arrivé à son terme ? - Il y a eu des problèmes d’occupation de la place, des installations, des sans abris dormaient dessous pour se protéger de la pluie et se lavaient au point d’eau au bout de la place, ça n’a pas plu à certains riverains, la mairie a demandé à fermer la place. -Merci beaucoup pour le temps que vous m’avez consacré et pour vos réponses.

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Yakafaucon - Madame M., Madame V., Madame B., Monsieur J. et Madame N. Randonnée du 09 Octobre 2016

(Monsieur J.) - « ce qui est fait pour nous, sans nous, est contre nous » – citation Nelson Mandela et Gandhi (Madame M.) - Concernant l’aménagement de la place, problèmes avec les SDF qui dormaient dessous, puis présence de rats à cause des miettes laissées par les repas, finalement on nous a dit que ça devait partir et quelqu’un de la mairie est venu mettre un grand coup de scie là dedans. (Madame M.) - Ils ont surement de grands projets pour la place. (Madame N.) - Il n’y a pas la même population sur la place lorsque le café est ouvert ou fermé…  (Madame M.) - Les services de la mairie ne sont pas tous à blâmer, beaucoup de personne qui se posent des questions et parfois les bonnes. Depuis deux ans, ouverture de postes pour faire d’avantage de lien entre la mairie et les habitants.  (Monsieur J.) - On veut se sortir de la marchandisation. (Monsieur J.) - On ne veut surtout pas décider pour les autres ou organiser tout et proposer. Ça doit être fait ensemble.  (Monsieur J) - Notre démarche c’est : Tu as une idée ? Très bien ! Et bien fais le ! On est là pour t’accompagner, mais ce n’est pas à nous de le faire. (Madame B.) - Il y a des problèmes de caves inondées dans le quartier dû aux nouvelles constructions, c’est pour ça qu’il y a des travaux dans le quartier, pour endiguer le problème.  (Madame M.) - Nos ressources proviennent des subventions de la ville de Bordeaux, de la CAF et les emplois aidés. 

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Yakafaucon


Yakafaucon - Mélina

28 octobre 2016 (20min)

(Moi) - J’aurais aimé discuter sur la place, l’ancien projet qu’il y avait dessus, les projets de la municipalité à venir et les rapports que vous entretenez avec les institutions au sujet du devenir de la place que vous vous étiez approprié. (Mélina) - Aujourd’hui la plateforme a été démontée pour les raison d’hygiène et de sécurité, elle avait une vocation temporaire et pourtant elle est restée 3ans ou 3ans et demi ce qui n’était pas du tout dans la volonté d’ETC. Mais on a remis en route un groupe de travail avec les Parcs et Jardins, le Développement Social Urbain et la Mairie de quartier. - Depuis quand ? - Depuis janvier 2016 et depuis septembre 2015 il y a tous les 3, 4 mois des temps de travail avec des bénévoles qui ont envie de s’investir sur l’espace public, pour réfléchir à un nouvel espace végétalisé. C’est pas évident parce que cette place est au centre de plusieurs problématiques, au début il y a surtout des gens qui venaient contre : contre la destruction de certains arbres parce qu’il va y avoir une cuve de rétention d’eau à cet endroit, contre la Mairie de quartier parce que la Rue Jules Steeg va trop vite (rue près du café), contre… et puis on a réussi à mobiliser un petit groupe de gens qui ont envie de faire des choses pour vivre, ce genre de choses qui sont pour tous quelque part. C’est un travail qui est en cours, on pose les petites briques au fur et à mesure avec les gens qui ont envie de s’investir, parce que notre travail c’est d’accompagner les gens. Donc : comment est ce que les gens qui sont intéressés ils ont envie de bâtir ça ? Quel temps ils sont capable de donner ? Qu’elles compétences ils ont pour s’y investir ? En tant qu’association on pose les balises de ce que peut être un aménagement sur la place et puis à l’intérieur de ça les gens peuvent être très créatifs. Comme on n’a pas la compétence technique il y a de grandes chances pour qu’on fasse appel à une structure de chantier de jeunes, mais tout ça c’est en cours, c’est des pistes. Il y a une chose qui n’est pas une piste c’est qu’on va accueillir un groupe d’étudiants de l’IFED, l’intitulé de la formation c’est : Coordinateur de Projet de Solidarité International et de Développement Local et l’idée c’est qu’ils viennent établir un diagnostique sur l’envie des habitants, ou non, de s’investir sur l’espace public, parce que on initie ce projet là mais si ça se trouve c’était porteur en 2012 et les gens n’ont plus du tout envie de faire ça en 2016. Il y a aussi de nouveau logements qui arrivent, il y a un peu tout ça en parallèle, on peut imaginer qu’il y aura des choses en 2017. Donc le but c’est de réussir à faire ça avant juin 2017. - Donc ce sera un nouveau chantier ? - Oui en prenant en compte les contraintes des nuisibles, des rats, mais aussi des gens, des enfants, des chiens. En prenant en compte aussi que dans des bacs de fleurs comme ça (ceux actuellement présents sur la place) il y a la problématique de l’arrosage, donc il ne faudra pas que ce soit des bacs comme ça, il faudra que ce soit en pleine terre, mais en dur pour pas que ça vieillisse mal et que ça demande beaucoup d’entretien, des plantes qui survivent sans beaucoup d’eau et sans beaucoup de lumière parce que en été il y a les arbres, donc ça fait beaucoup de contraintes… Mais il y a de l’envie et puis surtout je pense que c’est une structure qui manque, ça manque au jeune du lycée, ça manque aux bulgares qui pourraient s’allonger dessus, que ça manque aux enfants,… - Comment comptez-vous coordonner ce projet avec le projet du bassin ? - Le bassin devrait arriver en 2019 ou 2020 et l’idée c’est un aménagement temporaire comme ce

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qui avait été fait avec le collectif ETC, mais suffisamment temporaire pour que ça dure 3ans. Quoi qu’il arrive le bassin sera installé en face de la laverie, il n’y aura pas d’incidences sur le café. Il y aura une incidence en termes de véhicules de travaux, de nuisances, de poussières, etc. La place va être transformée mais je ne pense pas que les choses soient déconstruites, parce que le bassin ne viendra pas jusqu’ici. Ça, c’est d’après les informations un peu officielles de la Mairie, on espère que ça ne va pas bouger d’ici là. - Est-ce c’est la Mairie qui a fait la démarche de vous contacter et de vous communiquer ces information ou est ce que c’est vous qui avez pris l’initiative de cet échange ? - Non, c’est nous qui, en travaillant aussi avec différents services qui arrivons à récolter quelques information, puis c’est les conseils de quartier, auxquels notamment Alain Juppé était venu pour préciser les teneurs du projet. Parce qu’il y a plusieurs habitants qui ont sollicité par courrier des réponses sur les arbres qui allaient être coupés, sur la taille du bassin, etc. - Ces conseils de quartier ont lieu assez souvent ?

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- Les conseils de quartier ont lieu 2 fois par an, les commissions permanentes qui sont des temps plus alloués aux citoyens ont lieu tous les mois et sur les quartiers qui sont dit « politique de la ville » il y a les conseils citoyens, c’est encore autre chose mais nous on n’est pas concernés, c’est plus sur St Michel. La politique de la ville c’est des frontières qui sont attribuées par l’État sur des zones à forte précarité, avec des écarts des salaires et des chômages, tu peux les trouver sur la cartographie sur le site de la préfecture. Il y en a à St Michel, à Carle Vernet, à Belcier,… A l’intérieur de ces frontières il y a un travail particulier qui est fait sur les conseils citoyens pour mobiliser les gens sur la vie locale, mais aussi des aides plus importantes sur les contrats aidés, des financements particuliers pour les structures qui travaillent sur ces quartiers. - Quel est le rôle des 3 acteurs avec lesquels vous collaborez pour le projet d’espace végétalisé à venir ? - Le service Parcs et Jardins a la responsabilité de la place, responsabilité de gestion, des feuilles qui tombent,… Pour la précédente installation on avait fait appel au service aménagement puisque c’était un aménagement, mais là comme c’est un espace végétalisé on a fait appel à eux. Et notamment sur les projets de jardin partagé la Mairie donne aux habitants des plantes pour l’aménagement du jardin partagé, ils en donnent une fois au début du projet, donc là on travaille ensemble pour les conseils, pour qu’ils soient au courant de ce qui se passe sur la place. C’est plus un temps, pour nous, de rendre compte aux services de ce qui se passe, pour aussi avoir des avis, être au courant de l’actualité, savoir où on peut aller,…Développement Social Urbain, ils sont associés notamment parce que on a reçu un financement d’appel à projet dans le cadre du « Pacte de cohésion sociale », ça vaut le coup d’aller voir sur le site de la Mairie ce que c’est que le Pacte de cohésion sociale. Et puis Mairie de quartier parce que c’est la Mairie de quartier et parce que comme l’idée c’est d’investir l’espace public, c’est normal de solliciter la commune. Dans une démarche d’information et c’est un vrai échange : voila où on en est, qu’est ce que vous en pensez ? Est ce qu’on peut aller par là ? Oui ou non. Et pour la plateforme est-ce que on peut mettre des tables, est ce que vous avez des tables ? Où est ce qu’on peut récupérer des tables ? Est-ce que vous nous aidez à l’aménagement ? C’est une véritable collaboration et avec les adhérents et avec les services techniques. - Ces structures font le lien entre les habitants et les élus ? - Alors les élus ne rentrent pas trop en ligne de compte,… à ce moment là du projet non, c’est dans l’avancée du projet élus,… mais la gouvernance de quartier on la voit tous les mois parce qu’on participe à la commissions,… on est dans l’information (la formation ?) nous aussi.


- Est-ce que tu pense que c’est initiatives là font changer leur point de vue sur l’implication habitante et leur font développer des moyens ? - La Mairie en général ? - Oui. -Alors,…(elle réfléchi) Je pense que la « participation citoyenne » c’est quelque chose, ou un mot à la mode. C’est aussi quelque chose que les communes mettent en œuvre, il y a beaucoup de choses mises en œuvre autour de ça. Donc c’est important de communiquer sur la participation des habitants. Mais je pense que notre démarche à nous, la façon dont on travaille, dont on agit avec les gens, elle est à la marge par rapport à leurs habitudes à eux d’institution. Donc ça nous demande à nous en tant qu’association beaucoup de pédagogie pour leur expliquer. Parce que là il y a quatre personnes qui sont là ce matin sur leur temps personnel, qui n’ont aucune contre partie aux deux heures qu’ils vont passer ce matin ici et ça s’appelle de la « participation citoyenne ». Ils ne le font pas en se disant : « je vais faire de la participation citoyenne ». Donc notre travail en tant qu’association c’est d’arriver à faire de la pédagogie pour expliquer aux élus, aux techniciens, ce que ça représente pour nous : le nombre d’heures, le nombre de personnes présentes sur le terrain, le nombre de gens qui s’investissent, les différentes initiatives,… Beaucoup de structures mettent en avant ces questions là de la « participation », il y en a beaucoup et des gens qui savent très bien communiquer ce qui n’est pas notre cas, mais ils ne sont pas forcément dans ce qui est vraiment le pouvoir d’achat des habitants. Après il y a aussi des habitants, des gens qui s’organisent pour mener des projets, qui ne demandent rien à personne et qui font des choses,… Je pense au Jardin des éphémères à Bègles, qui investi un lieu en friche à Bègles, ils ont investi une friche, ils ont installé un jardin, ils ont dit à la Mairie : bon ben voila nous on a installé un jardin, il y a tant de pommiers, il y a tant de personnes qui viennent régulièrement, voilà ce qu’on fait, on travaille en permaculture, etc. Ça a été un peu conflictuel il y a eu des hauts et des bas et aujourd’hui c’est un lieu qui vit sans rien d’autre que l’investissement des gens pour faire vivre l’endroit. Et si toi tu poses ton regard d’urbaniste en te demandant : « comment s’investissent les habitants dans leur quartier ? » tu pourrait poser plein de mots : le « pouvoir d’agir », la « participation »,etc Mais si tu allais les voir et que tu aillais les interroger ils te diraient « ben nous on avait envie d’un jardin, il y avait une zone en friche, et ben on l’a investi ». Comme des pirates ! Enfin je ne sais pas s’ils diraient ça… Cette question de la participation c’est compliqué dans le sens où : ça dépend d’où tu parles, ça dépend qui tu es, ça dépend comment tu explique qu’est ce que c’est,… -Merci beaucoup pour le temps que vous m’avez consacré et pour vos réponses.

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Mémoire Master Architecture - L’implication citoyenne dans la construction de la Métropole de demain  

Ce mémoire se veut optimiste et dresse un bilan des initiatives citoyennes de Bordeaux Métropole. Entre politique, architecture et urbanisme...

Mémoire Master Architecture - L’implication citoyenne dans la construction de la Métropole de demain  

Ce mémoire se veut optimiste et dresse un bilan des initiatives citoyennes de Bordeaux Métropole. Entre politique, architecture et urbanisme...

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