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C E N T R E

E U R O P É E N

D ' A C T I O N S A R T I S T I Q U E S C O N T E M P O R A I N E S

hors-série n°6 10 / 2012 Les 25 ans du CEAAC


la culture n’a pas de prix www.novomag.fr


OURS

Directeur de la publication et de la rédaction : Bruno Chibane Rédacteur en chef : Emmanuel Abela Responsable d’édition : Sylvia Dubost Graphisme : brokism Ont participé à ce numéro : RÉDACTEURS Emmanuel Abela, Cécile Becker, Sylvia Dubost, Claire Kueny, Élise Schann, Vanessa Schmitz-Grucker. PHOTOGRAPHES Éric Antoine, Pascal Bastien, Klaus Stöber, Christophe Urbain CONTRIBUTEURS Iris Aleluia, Stephan Balkenhol, Bearboz, Pierre Filliquet, Jean-François Gavoty, Christiane Geoffroy, Sébastien Gouju, Paul Guérin, Cécile Holveck, Evelyne Loux, Katsuhito Nishikawa, Daniel Payot, Gérard Traband, Gérald Wagner, ainsi que les élèves de 3e et enseignants du Collège André Malraux de la Wantzenau qui ont été croqués par Bearboz.

SOMMAIRE

Édito

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Roland Recht et Robert Grossmann évoquent la création du CEAAC / Par Sylvia Dubost 06 Le CEAAC, rue de l’Abreuvoir, un lieu art nouveau / par Claire Kueny 10 Évelyne Loux rappelle les missions du CEAAC et quelques temps forts du Centre d'art / par Vanessa Schmitz-Grucker 14 Une collection d’œuvres exceptionnelle au parc de Pourtalès / par Paul Guérin 22 Le troisième commissaire invité au CEAAC, Vincent Romagny, révèle les clés d’un cycle de 3 expositions / par Claire Kueny 28 Le CEAAC apporte son soutien aux artistes par le développement d’échanges à l’international / par Sylvia Dubost et Daniel Payot 38 En voisins, le CEAAC et la Haute École des Arts du Rhin affirment des liens de proximité / par Emmanuel Abela 46 Le service de médiation du CEAAC ouvre ses portes aux élèves / par Élise Schann, Claire Kueny, Cécile Becker et Bearboz 52

Merci à l'association la Croisée des Arts Nouveaux Pour leurs recherches

Plusieurs personnalités artistiques livrent leurs point de vue sur le CEAAC / par Vanessa Schmitz-Grucker 60

COUVERTURE Katsuhito Nishikawa

5 artistes, 5 cartes blanches, 5 biographies / par Élise Schann et Claire Kueny 62

REMERCIEMENTS Les fondateurs du CEAAC, Jean-Yves Bainier, Robert Grossmann et Roland Recht Tous les membres anciens et actuels Pour leurs contributions Le président du CEAAC, Monsieur Gérard Traband ainsi que toute l’équipe et le comité technique du CEAAC. Tous les artistes qui ont travaillé avec le CEAAC Les commissaires invités Keren Detton, Bettina Klein et Vincent Romagny Pour leurs précieuses collaborations Karine Jumel et Paul Guérin Pour les nombreuses années passées au service du CEAAC. Thierry Courreau et Robert Bertrand Robert Pour leur précieuse collaboration

Programme 2012-2013 64 Le CEAAC pratique 66

Cartes blanches Femmes ? / Hermaphrodite par Stéphane Balkenhol 20-21 Der Weg / Landschaft par Katsuhito Nishikawa 26-27 Momies (détails) par Pierre Filliquet 34-35 Sans titre par Sébastien Gouju 44-45 Les lanternes par Cécile Holveck 58-59

Christian Oudot, petit-fils d'Eugène Neunreiter La Région Alsace Le Conseil Général La Ville de Strasbourg La Drac Alsace Pour leurs 25 ans de soutiens financiers Ce magazine est édité par Chic Médias Chic Médias 12, rue des Poules / 67000 Strasbourg Sarl au capital de 12500 euros – Siret 509 169 280 00013 Direction : Bruno Chibane – bchibane@chicmedias.com 06 08 07 99 45 Administration, gestion : Charles Combanaire IMPRIMEUR Ott Imprimeurs Dépôt légal : octobre 2012 ISSN : 1969-9514 © Novo 2012 Le contenu des articles n’engage que leurs auteurs. Les manuscrits et documents publiés ne sont pas renvoyés. www.novomag.com 3


roMeo cAsTellucci / socÌeTAs rAffAello sAnZio ThéâTre, ArTs visuels / iTAlie

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The four seAsons resTAurAnT


ÉDITO

Vingt-cinq années d'action

Photo : Pascal Bastien

En 25 ans, notre visage a changé, des idées ont mûri, mais nous avons conservé la curiosité et la fraîcheur de notre regard sur la création actuelle que ce numéro spécial, réalisé en partenariat avec Novo, vient éclairer. À ses débuts en 1987, le CEAAC avait pour ambition, à travers l’installation d’œuvres dans l’espace public, de placer l’art contemporain dans le quotidien d’une Alsace davantage tournée vers sa culture régionale, son patrimoine et ses traditions. Cette démarche est à l’origine de la route de l’art contemporain reliant entre elles pas moins de 35 œuvres. Aujourd’hui, nous ne sommes plus en terre de mission, plus d’une trentaine de musées, de centres d’art, d’évènements s’activent dans ce domaine de création. C’est pourquoi il fallait renforcer notre centre d’art comme lieu d’exploration et d’expérimentation en faisant appel à un commissaire invité. Il nous fait partager son regard et ses recherches sur la création artistique européenne. Ce faisant, il nous permet de nous intégrer dans le réseau national des centres d’art. Sa participation à nos jurys le met en contact avec les artistes travaillant dans notre région. Il agit en cohérence avec nos projets notamment ceux que nous développons avec nos voisins comme le ZKM de Karlsruhe ou la Städtische Galerie d’Offenbourg. Cette dynamique a une exigence : la faire partager avec le public le plus large. Nous nous engageons à travers des visites guidées, des ateliers, des animations à l’accompagner dans la découverte de nos expositions ou de notre parc de sculptures à Pourtalès. Dans ce même esprit, nous mettons notre savoirfaire à la disposition des collectivités désirant mettre en œuvre des projets artistiques dans leur espace public. Les projets ne manquent pas.

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Enfin le soutien aux artistes travaillant dans notre région, en mobilisant des moyens conséquents, constitue un axe majeur de notre action. Avec de nombreux partenaires nous accompagnons chaque année une trentaine d’artistes qui soit partent en résidence à l’étranger, soit viennent à Strasbourg dans le même but. Nous rendons compte de leurs travaux à travers six expositions annuelles dans un espace qui leur est dédié. Nous n’aurions pas pu mener à bien toutes ces actions sans le soutien de nos partenaires que sont la Région Alsace, le Conseil Général du Bas Rhin, la Ville de Strasbourg et la Direction Régionale de l’Action Culturelle. Qu’ils acceptent ici notre reconnaissance la plus sincère. Cet anniversaire n’arrêtera pas le temps, bien au contraire. Il doit nous donner l’occasion de nous repositionner, de mettre en place de nouveaux projets pour mieux suivre les évolutions récentes de la création, aller plus encore vers les artistes, le public et le monde. Tels sont aujourd’hui nos objectifs pour demain. Gérard Traband


HISTORIQUE Propos recueillis par Sylvia Dubost Photos / Christophe Urbain

Ils ne s’étaient pas vus depuis longtemps. Entre deux souvenirs, de nombreux « off the record » et quelques flatteries amicales, Roland Recht et Robert Grossmann, les deux fondateurs du CEAAC, reviennent sur une histoire aussi bien politique que culturelle et personnelle. Et en passant, ces deux figures alsaciennes brossent un édifiant état des lieux dans l’art contemporain dans une province française, à la fin des années 80.

LES BÂTISSEURS Comment vous êtes-vous rencontrés ? Roland Recht  : Nous nous sommes rencontrés deux fois. On se connaissait depuis 1959-60, où nous usions nos culottes sur les bancs de l’université en propédeutique. On s’est perdus de vue. La rencontre officielle pour le CEAAC c’était en 1986 quand j’ai été nommé directeur des Musées de Strasbourg. Robert Grossmann a très vite manifesté son intérêt pour les musées, pour les collections et pour le projet de musée d’Art moderne. Monsieur Robert Grossmann était alors… Robert Grossmann : …adjoint au maire chargé des sports ! RR : et un adjoint aux sports a le droit de s’intéresser à tout ! [rires] RG  : Roland était en propédeutique avec moi mais il a toujours été le plus brillant  ! C’est un directeur des musées qui a marqué l’histoire de la ville de Strasbourg, il a fait prendre conscience à beaucoup de ce qu’était l’art contemporain, et l’art en général. J’étais totalement sur sa longueur d’ondes. Il avait organisé plusieurs expositions marquantes  : Maintenant, Saturne en Europe, Travaux en cours et De l’origine de la peinture. C’était à la fois passionnant et innovant. J’étais au Conseil Général, responsable de la commission culture, et j’ai fait un état du paysage culturel. J’ai constaté sans peine que l’art contemporain était le parent pauvre. J’ai réussi à mobiliser les élus de la ville, du département et de la région pour lancer une action. Avec Roland Recht, nous avons créé le Centre Européen d’Actions Artistiques Contemporaines.

Quel était-il, justement, cet état des lieux ? RG  : À l’époque, il n’y avait qu’une œuvre visible in situ à Strasbourg, qui est d’ailleurs moderne aujourd’hui  : celle d’Henry Moore que Rémy Pflimlin avait imposée. RR  : On se représente mal la situation aujourd’hui, qui n’est pourtant pas si ancienne. Il y avait un clivage entre deux catégories de plasticiens. Ceux qui pensaient qu’on ne s’occupait pas d’eux, qu’ils était des mal-aimés, que la région, la ville, les musées, l’état, personne ne faisait rien pour eux ; et les autres, les plus jeunes, créatifs, faisant des expositions sur leur propre initiative, aidés par quelques jeunes collectionneurs. Ce clivage était visible mais pas avoué, donc on avait le sentiment que ce n’était pas la peine de s’occuper des artistes de la région car il y aurait toujours des mécontents. Cette série d’exposition Travaux en cours montrait des artistes jeunes, qui avaient des choses à dire mais qui n’avaient pas encore eu l’occasion de se manifester dans des expositions d’une certaine importance. Le clivage s’est accentué, mais il était désormais décisif et salutaire. Les récriminations étaient à mon égard relativement violentes, et je crois qu’on a fait un travail juste qui a été relayé et amplifié par le CEAAC, qui a remis des prix. Aucun jeune artiste créatif et actif dans la région ne pouvait passer inaperçu, et c’était ça le but. RG  : Quand Roland Recht parle de clivage, il y en avait un autre, évident malheureusement aujourd’hui encore,

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dans le monde des élus. On ne s’intéresse qu’aux vieilles pierres, et la création était laissée à l’abandon, dans le domaine de la musique comme de l’art. Je pense que c’est une petite révolution que nous avons réussi à mettre en œuvre. Les idées que nous avons engendrées, c’était de mettre l’art contemporain dans la rue, pour que le public voit ce que c’est, d’aider les jeunes artistes avec des bourses et en leur trouvant un atelier. Je crois que nous avons réussi tout cela et que nous avons, cher Roland, complètement transformé le paysage. L’œuvre de Venet [place de Bordeaux, ndlr] est dans l’œil de tout le monde. Je me souviens des insultes auxquelles on a eu à faire face… Aujourd’hui c’est gagné sur ce plan, et sans fausse modestie, c’est quand même notre action ! RR : Voilà, conclusion ! [rires] À l’échelle de l’Alsace, le diagnostic était sans doute un peu le même. RR : C’était pire, si je puis me permettre ! Strasbourg était privilégié car il y avait un terreau. Colmar était entièrement consacré à la dévotion devant le Retable. Très bien, mais ce n’était que ça. Mulhouse avait une petite activité photo. Quelque chose remuait, mais si on prend le paysage institutionnel et les élus, on ne pouvait attendre une réception favorable de ces idées. On avait des conflits mémorables, Robert et moi, à propos des œuvres. Je lui disais : « M’enfin, c’est quand même pas compliqué ! » et il me répondait « Mais tu ne te rends pas compte, ce qu’il faut expliquer


“ Je crois que nous avons complètement transformé le paysage. ” Robert Grossmann

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Si je comprends bien, Roland Recht indiquait le cap à suivre et Robert Grossmann allait au charbon ! RR : Non non, c’est archi faux ! RG : Oui oui, c’est ça ! RR : Il allait au charbon, en effet ! Il n’y avait pas beaucoup d’élus, et c’est un euphémisme, qui avaient un goût personnel pour l’art contemporain. Pour moi, ce qui comptait, c’était d’avoir des interlocuteurs qui s’intéressent à quelque chose de précis. C’est mon côté un peu idéaliste, j’étais persuadé qu’il fallait que les élus aiment l’art avant qu’on puisse en parler. RG  : Roland, tu es l’un des intellectuels les plus importants d’Alsace… RR : Ça n’est pas la peine d’écrire ça… RG : …mais ce que tu n’as peut-être pas saisi, c’est la manière dont fonctionnent les assemblées d’élus qui ne pensent qu’aux électeurs. Combien de voix peut-on gagner par l’art contemporain ? C’est pour ça qu’ils préfèrent les châteaux forts et les églises. Il faut leur expliquer qu’on doit aussi léguer des œuvres de notre temps, comme nous admirons les œuvres des siècles précédents.

aux élus !  » Et il avait raison  ! En tant que directeur des musées, quand je proposais certains achats au Conseil municipal, j’ai expérimenté de rudes batailles ! RG  : On a eu des grands moments de satisfaction, c’est le jour où après des années de défrichage, les élus du Kochersberg nous ont demandé des œuvres, en 1995. Un pas formidable a été franchi ! RR : Après dix ans d’évangélisation ! Les deux apôtres ! [rires] RG  : Ce qui me semble important, c’est que le CEAAC a fonctionné admirablement parce qu’il y avait un comité d’experts présidé par Roland Recht. Il a défini une ligne de conduite et un projet. D’abord une certaine discrétion, donc pas d’œuvres ostentatoires, et une relation intime avec nature et corps. C’est un des grands facteurs de réussite. RR  : C’était important. Il fallait trouver les moyens, et Robert Grossmann prenait son bâton de pèlerin. C’est comme ça qu’on a lancé le

Parc de Pourtalès. C’était une idée pas du tout révolutionnaire, (il y a d’autres parcs de sculpture en France), mais qui avait pour elle de s’inscrire dans un lieu. Elle montrait aux élus que l’inscription territoriale était importante et y inscrivait des artistes importants. RG : Une autre initiative qu’il ne faut pas louper, c’était Dix projets pour l’Alsace. D’ailleurs, des projets ont été réalisés, pas forcément dans les formes qu’ils avaient au départ… RR : Il y avait une part d’utopie là dedans. L’idée était de montrer ce qu’on pourrait faire. L’important était que cela existe, que c’était un projet qui concerne toute l’Alsace. RG  : Certains élus préféraient quand même les blasons des villages d’Alsace aux projets d’art contemporain… RR : Heureusement que tu étais responsable des sports, ça t’as donné du punch pour batailler ! [rires]

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Roland Recht, vous parlez dans l’un de vos textes de « l’épreuve réelle du refus de l’art ». Avez-vous, à un moment, baissé les bras, songé à abandonner ? RG : Baisser les bras ? RR : Sûrement pas ! RG : Tout au contraire ! [rires] RR : C’est mal nous connaître ! [rires] Comme directeur des musées, avec le projet de musée d’art moderne, c’était impossible de ne pas s’engager dans tout le tissu institutionnel, même là où on ne me demandait rien ! Je ne voyais pas la possibilité de dire : j’en ai assez ! RG  : Ça stimule, l’hostilité  ! Quand on a conscience qu’elle n’est pas justifiée ou légitime, on a envie de la vaincre. C’était le cas quand on a installé le Pontoreau au Champ du feu : on a reçu des courriers, publiés avec complaisance par les Dernières Nouvelles d’Alsace, qui démolissaient cette œuvre. On a lutté et bataillé. RR : Ce clivage, dont on parlait au début, est inscrit partout, à tous les niveaux. Il y a des ennemis de l’art contemporain partout. Si on y croit soi-même, on peut développer une stratégie, avancer des arguments. RG : On militait aussi par là pour une Alsace ouverte : c’était un combat en faveur de l’altérité.


regret, mais je ne suis pas sûr d’être dans le vrai : on n’a pas pleinement réussi à révéler des artistes qui ont marqué la scène nationale et internationale. C’est malheureusement toujours à Paris que ça se passe. J’avais la naïve ambition de révéler le talent qu’on a en Alsace. De la même manière, je regrette qu’il n’y ait pas plus de collectionneurs aujourd’hui. RR : Ça c’est un regret qui dépasse le cadre du CEAAC. En Alsace, il n’y a pas une tradition de collectionneurs, contrairement à Bâle. En Alsace, collectionner, ça voulait dire, à l’extrême rigueur, acheter des étains, des meubles anciens, chers évidemment, peut-être deux ou trois Schnug… et encore, là c’est de la gaudriole ! Et c’est tout. Je caricature à peine. Aujourd’hui, il y en a quelques-uns qui ont des choses intéressantes. Ça veut dire aussi que les musées n’ont pas bénéficié de cette tradition de collectionneurs, qui orientent le goût et ont la liberté que n’a pas le musée d’acheter des choses bien avant. Il y a là une grande lacune qui explique beaucoup de choses en Alsace… Aujourd’hui les étains ne valent plus rien, c’est bien fait ! [rires] Quels arguments vous a-t-on opposé ? RR  : Quelqu’un a-t-il moufté  ? [rires] Pour Pourtalès, de toute façon, avec le comte Robert sur place, ils ne risquaient pas de moufter ! Mais les élus ? RG  : Des arguments d’une grande platitude et d’une grande banalité. Que c’est inutile, que ça ne sert à rien, que l’art ne sert à rien. Le jour où j’ai présenté ce rapport sur la culture au Conseil Général du Bas-Rhin en 1987, après d’innombrables réunions avec les partenaires de la vie culturelle  : pas une intervention  ! Soit ils s’en foutaient comme de l’an 40, soit ils voulaient vite être débarrassés du sujet  ! Aujourd’hui encore je me demande : est-ce que je les ai tous convaincus ? [rires]

Rétrospectivement, feriez-vous les choses autrement ? RR : Je serais plus offensif encore. RG : Moi je suis assez satisfait de ce que nous avons réalisé. J’étais quand même aussi dans la prudence, pour faire avaler les projets. Il ne fallait pas les brusquer, et mettre une œuvre de Beuys à l’hôtel du préfet n’était peut-être pas la meilleure chose. [rires]

Est-ce que vous le pensez ? RG : Officiellement, je voudrais le dire. Mais franchement, ils ne s’intéressent pas beaucoup à ce sujet. Dans une assemblée d’élus, c’est les routes, les équipements sportifs. La culture…

Parmi les projets initiés par le CEAAC, lequel vous a le plus touché ? RR : Les projets pas réalisés. Celui de Christine O’Loughlin à Bouxwiller, par exemple. La question me prend un peu au dépourvu mais c’est vrai. Les projets continuent pour moi d'habiter les lieux pour lesquels ils ont été dessinés. Quand je vais à Bouxwiller, je pense à elle. RG  : Tous sans aucune exception  ! Parce que c’était à chaque fois une aventure qui a en fin de compte été couronnée de succès. Mais je dois dire que celle qui me touche beaucoup, c’est Il Bosco guarda e ascolta*, qui est d’une poésie folle !

Ils sont peut-être plus ouverts maintenant ? RG : De moins en moins. J’ai l’impression que l’air du temps n’est pas du tout favorable à la culture. RR : Et puis il y a la bonne conscience que donne la crise… On ne va penser à des colifichets !

Y a-t-il des projets non réalisés que vous regrettez de ne pas voir en Alsace ? RG : En dehors du fait, et c’est un peu désolant dans ma position de le dire, que je ne vois plus de grandes choses installées, j’aurais voulu que le parc ait encore deux-trois œuvres de plus. J’aurais un

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L’Alsace a-t-elle aujourd’hui rattrapé son retard ? RG : Le paysage de l’art contemporain a largement évolué, on a égalé ce qui se faisait en Allemagne ou en Suisse, sur le plan des œuvres installées. RR  : Si en Alsace il y a maintenant quelques collectionneurs, c’est parce que le paysage a changé, la perception du moderne. J’espère qu’on y est pour quelque chose. RG : J’en suis sûr !

Roland Recht Historien, ancien directeur des musées de Strasbourg, titulaire de la Chaire d’Histoire de l’art européen médiéval et moderne au Collège de France.

Robert Grossmann Conseiller municipal et communautaire. Ancien président de la Communauté Urbaine de Strasbourg. Ancien président du CEAAC.

*œuvre de Claudio Parmiggiani, installé dans le Parc de Pourtalès à Strasbourg. Lire aussi page XX.


HISTORIQUE Par Claire Kueny

Cet ancien magasin de verrerie et de porcelaine, qui abrite aujourd’hui le centre d’art du CEAAC, participe pleinement à son image et ne cesse de susciter la curiosité des visiteurs. Construit dans un contexte marqué par des mutations politiques, géographiques, identitaires et architecturales, il est d’un intérêt patrimonial et historique indéniable.

VOUS AVEZ DIT NOUVEAU ? À la charnière des XIXe et XXe siècles, l’Art Nouveau – ou ce que l’on appelle ainsi de manière générique en France, pour désigner un courant extrêmement diversifié  – s’est considérablement développé dans les grandes villes d’Europe. À la même époque, après le Traité de Francfort du 10 mai 1871, l’Alsace fut annexée par l’Allemagne et Strasbourg érigée en capitale du nouveau Reichsland  : une mutation qui eut de multiples conséquences, à la fois sur le paysage urbain, mais aussi d’un point de vue économique, politique, démographique, religieux et culturel, autant dans le secteur public que privé. D’un point de vue urbanistique, il fallait avant tout reconstruire ce que la guerre avait détruit. Cette reconstruction s’est accompagnée d’une extension de la ville et surtout d’une nouvelle ambition de la part des autorités allemandes : faire de Strasbourg une vitrine du nouveau Reichsland. La ville devait désormais être en accord avec sa nouvelle fonction et symboliser la grandeur et la puissance de l’Allemagne, entre autres par le biais de l’architecture. À cette période, on voit se développer principalement deux styles architecturaux à Strasbourg  : un style académique, classique, historique, et l’Art Nouveau qui, comme son nom l’indique, représente un véritable renouvellement. Tandis que le premier était particulièrement utilisé pour les grandes institutions, le style Art Nouveau était quant à lui davantage destiné au secteur privé, notamment pour la construction de boutiques, de castels, d’hôtels particuliers, etc. Seuls le Palais des Fêtes et l’École des Arts Décoratifs à Strasbourg furent des commandes publiques réalisées dans un esprit proche de l’Art Nouveau.

À Strasbourg, l’Art Nouveau n’avait alors pas seulement un enjeu artistique : il servait avant tout à répondre à la volonté de développer une « conscience alsacienne », en raison de sa nouveauté, de son originalité, et d’une certaine forme de résistance vis-à-vis de l’architecture classique et institutionnelle. De plus, la diversité des styles Art Nouveau, entre Bruxelles, Vienne, Paris, Darmstadt ou Barcelone par exemple, permettait à chaque pays d’affirmer ses propres caractéristiques en puisant ça et là, tout en conservant certains traits communs. Comme l’affirme Klaus Nohlen dans Strasbourg 1900, l’architecture a également une visée politique et «  construire signifie toujours et partout démontrer quelque chose, que ce soit le goût, l’argent ou le pouvoir » 1 ou l’identité. Le style Art Nouveau était ainsi utilisé comme un terrain de choix pour proposer un changement et affirmer sa différence. C’est dans ce contexte architectural et politique que Monsieur Eugène Neunreiter fit construire au début du XXe siècle sa boutique au 7, rue de l’Abreuvoir/10, rue Fritz, qui abrite aujourd’hui le centre d’art du CEAAC. Fondée en 1865 par la mère d’Eugène Neunreiter, l’entreprise de vente en gros de porcelaine, faïences, verreries, cristaux, poteries, articles de ménages et luminaires, fit une ascension considérable à l’arrivée d’Eugène Neunreiter et nécessitait un agrandissement, tant pour stocker les produits, toujours plus nombreux, que pour ouvrir un espace commercial destiné aux particuliers. L’ouverture d’une boutique de vente au détail,

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Photo : J-P. Lamps


que nous connaissons aujourd’hui comme lieu d’exposition, a permis à la firme de s’épanouir plus encore, jusqu’à devenir le « plus grand magasin de verre et de porcelaine en Alsace-Lorraine » 2. Dans la lignée des grands magasins, notamment parisiens, à l’instar de La Samaritaine  –  dans des proportions toutefois bien moins ambitieuses  –, les Strasbourgeois ont privilégié l’Art Nouveau pour des lieux commerciaux. Au 7, rue de l’Abreuvoir, un portail sur rue aux ferronneries et à la typographie faites de volutes et de courbes clairement Art Nouveau, identifiait l’entrée que deux caducées, emblèmes du commerce, venaient renforcer. Un bâtiment moderne et fonctionnaliste, réalisé par l’architecte Ferdinand Kalweit, alors voisin de la firme et ayant construit plusieurs bâtiments Art Nouveau à Strasbourg –  ce qui peut entre autres expliquer le choix du style architectural –, fait de briques, de béton, de verre et de fer, caractérise cette construction. Ces différents matériaux permettant l’ouverture de grands et lumineux espaces et volumes étaient ainsi tout à fait appropriés à un lieu commercial. L’intérieur du bâtiment a également été pensé pour être à la fois fonctionnel et esthétique, beau et utile  –  ce qui est caractéristique de l’Art Nouveau  –, notamment le grand puits central, qui apporte de la lumière tout en permettant une extension de l’espace à l’étage et qui ouvre une vue sur le plafond peint. Des décors peints, réalisés par Adolphe Zilly  –  qui a entre autres peint la façade de la célèbre maison égyptienne à Strasbourg – viennent encore compléter cette touche Art Nouveau, notamment les iris sur les poteaux et autres motifs végétaux que l’on retrouve sur les vitres et les boiseries de la caisse. On suppose que ces décors répondent entre autres aux envies et aux besoins des commanditaires. De même qu’à Schiltigheim, au 30, rue principale, Adolphe Zilly représenta un serpent qui ondule entouré d’objets et de plantes médicinales sur la façade d’une pharmacopée, on peut imaginer que les décors du 7, rue de l’Abreuvoir, devaient correspondre à une idée que se faisait le commanditaire de ce que devait être un commerce à l’aube du XXe siècle. Si nous pouvons ainsi affirmer que le choix de ce style est une réponse au bon goût et semble être une volonté de la part de son propriétaire de proposer une harmonie entre les objets en vente et le lieu de vente, tout en étant à la mode, à l’image de nombreux commerces de l’époque, nous ne pouvons pas affirmer que Monsieur Neunreiter avait pour ambition de marquer une «  identité alsacienne  », comme ce fut le cas pour beaucoup de bâtiments Art Nouveau à Strasbourg. Néanmoins, un petit indice retrouvé sur les en-têtes des documents officiels de l’entreprise, tous en allemand, mais signés de l’acronyme «  i/e  », «  Im Elsass  », nous conduit à penser que le choix de cette forme architecturale par le propriétaire n'était pas anodin : elle contenait probablement une

dimension politique et renvendiquait une identité spécifique. Ce très beau lieu a en tout cas une identité qui lui est propre, en cohésion avec celle du CEAAC aujourd’hui. Chargé d’art et d’histoire, en particulier d’histoire alsacienne, il répond d’une certaine manière aux volontés d’origines du CEAAC, qui sont toujours siennes, de mener à la rencontre entre l’art contemporain et le territoire alsacien. Texte réalisé avec les archives municipales de la Ville de Strasbourg, avec l’aide des propos recueillis par Jocelyne Boes, modérateur sur archi-strasbourg.org, Martine Kaercher et Jean-Yves Josserand, respectivement présidente et vice-président de l’association La Croisée des Arts Nouveaux ainsi que de Monsieur Oudot, petit fils de Monsieur Eugène Neunreiter.

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1 - Strasbourg 1900 : naissance d’une capitale, Paris, Somogy, 2000, p. 148. 2 - Texte d’une annonce publicitaire vantant les produits de Neunreiter & Fils, Fournisseurs de la Cour, Strasbourg, vers 1900.


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Photo : T.R.Darneb


HISTORIQUE Par Vanessa Schmitz-Grucker, Claire Kueny et Élise Schann Photo / Éric Antoine

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Ne perdant jamais de vue ses missions premières, le soutien aux artistes et la médiation auprès du grand public, le CEAAC a su s’adapter en 25 ans, défendre ses choix avec le Centre d’art et se transformer en organisme de conseil et de ressources indispensable pour la région. Évelyne Loux, sa directrice, nous rappelle chacune des étapes de cette évolution.

MISSION PLURIELLE Le soutien aux artistes « L’idée du Centre Européen d’Actions Artistique Contemporaines en faveur de l’art contemporain a germé en 1987. L’enjeu était double et très ambitieux : créer les conditions d’une rencontre entre le grand public et les nouvelles formes de l’art et soutenir la création régionale. C’est ainsi que l’installation d’œuvres d’art dans l’espace public s’est imposée comme une mission essentielle et que le constat de la difficulté pour les artistes d’accéder à des ateliers rendait indispensable l’intervention du CEAAC. De nombreux artistes ont été accueillis dans des ateliers que nous avions loués en échange d’une petite participation financière jusqu’à l’ouverture des Bastions par la Ville de Strasbourg. Chaque année, le CEAAC mettait, en partenariat avec les DNA un coup de projecteur sur 4 ou 5 artistes, en leur remettant un prix ou une bourse au nom des collectivités locales. Cette manifestation annuelle était particulièrement prisée du grand public. L’installation d’œuvres dans l’espace public «  Au début, nous essuyions des refus partout. Nous avons démarché sans relâche pour être autorisés à installer des oeuvres et financièrement nous devions tout assumer  : l’installation, l’entretien, les assurances. Il ne fallait gêner en aucun cas et surtout assumer pleinement la responsabilité des choix artistiques. Le politique devait pouvoir déléguer et se reposer sur l’expertise de notre comité technique. Petit à petit, les choses ont changé, nous avons commencé à être sollicités pour installer des œuvres dans les communes et notre action s’est recentrée sur le conseil et l’accompagnement de projet. »

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Un lieu pour exister « Dès mon arrivée au sein du CEAAC en 1992, ma priorité a été la création du Centre d'art. Un lieu d’exposition était pour moi un outil indispensable aux missions qui étaient celles de l’association. Le meilleur moyen de soutenir les artistes, c’est de montrer leur travail. Le Centre d’art était également nécessaire pour accompagner le travail que nous défendions déjà dans l’espace public. Il fallait expliquer, faire un vrai travail de pédagogie et donner des réponses à ceux qui s’interrogeaient sur les œuvres dans l’espace public. Nous devions aussi être identifiés en tant que responsable de ces installations. Le politique ne devait pas assumer ni être pris à parti sur des questions de choix artistiques. Il était nécessaire d’exister en tant que structure pour revendiquer une légitimité publique. » Des choix démocratiques «  En tant qu’initiateur d’un projet, le CEAAC doit offrir des garanties. Il fonctionne par des prises de décisions en comité qui permettent des entrées diversifiées dans le monde de l’art contemporain. Les propositions sont faites par des experts mais avec des orientations différentes en fonction de leurs expériences. Ce comité est un garant pour les financeurs. Ce sont de vrais choix démocratiques validés par des personnes aux profils variés. » Des missions évolutives «  La promotion de l’art contemporain auprès du grand public et l’écoute particulière portée aux artistes et à leurs besoins reste notre moteur. Ce qui nous définit, c’est ce soutien aux artistes. Les artistes et le public changent et nous devons répercuter ces changements, nous nous adaptons de manière permanente. Les prix et les bourses étaient une manifestation importante, les lauréats étaient très attendus. Comme rien n’avait été fait dans ce sens précédemment, nous n’avions que l’embarras du choix. Notre volonté était de distinguer les artistes qui sortaient du lot et qui avaient beaucoup fait pour la région. Le nombre de lauréats augmentait d’année en année et la Ville de Strasbourg avait inauguré les Bastions répondant aux besoins d'ateliers à Strasbourg ; c’est pourquoi nous avons abandonné ces formes de soutien pour les remplacer par le développement des échanges d’artistes à l’international.

Le commissaire invité « Depuis quelques années nous avons choisi de faire appel à des commissaires invités pour présenter à notre public de nouvelles problématiques abordées par l’art contemporain. Cette initiative nous a immédiatement valu un regard plus attentif de la part du milieu international de l’art contemporain. Cela nous ouvre également des réseaux très diversifiés selon la personnalité, la carrière et l’origine du commissaire. Nous ne ratons aucune occasion de créer des liens entre ces commissaires et les artistes de notre région par un ensemble de dispositifs ; l’objectif étant de permettre éventuellement au travail des artistes de la région d’être diffusé lors d’autres expositions de ces mêmes commissaires au courant de leur carrière future. Il est vrai qu’en arrivant, les commissaires invités ne connaissent pas nos artistes qui, du coup, ont parfois l’impression de se retrouver exclus de notre programmation. Mais ce qui est important c’est d’amener le regard de professionnels de l’art venus d’ailleurs dans notre région pour qu’ils puissent en devenir les ambassadeurs. » Un centre de ressources « Nous sommes devenus avec les années un centre de ressources. Ce n’est pas toujours le cas des centres d’art. C’est une spécificité du CEAAC que d’être là quand les collectivités ont des questions, quand elles veulent organiser des échanges artistiques, quand Arte veut installer une commande sur son parvis par exemple, quand la Ville de Drusenheim veut installer une œuvre sur son territoire ou quand la région Alsace veut financer le “1% artistique” et qu’elle a besoin d’un comité artistique pointu… On devient un organisme de conseil et d’accompagnement. C’est plus que de la médiation entre un artiste et un commanditaire. Le fait de nous situer en organisme de conseil nous pousse à explorer des idées nouvelles. Nous constituons également un centre de ressources pour les artistes, en essayant de créer les bonnes connexions et de réfléchir avec eux à la concrétisation de leur projet. Il est facile de venir nous rencontrer, nous tenons à notre proximité avec eux.»

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“ La promotion de l’art contemporain auprès du grand public […] reste notre moteur. ”


L’énergie toujours La sélection n’était pas aisée tant les images sont nombreuses, mais Évelyne Loux s’est prêtée au jeu : elle a fouillé dans les archives du CEAAC pour nous extraire quelques instants choisis et les commenter.

2 —— Le Centre d’art avant travaux « Quand Eric Gauthier a passé la porte du CEAAC pour la première fois, il a été saisi par la beauté du lieu et s’est exclamé “ Ah ! Mais ici il ne faut rien faire ! ” C’est ainsi que j’ai su qu’il serait l’architecte de mon projet de Centre d’art et que tout restait à faire ! »

1 —— La Lézarde de Patrick Corillon, 1995 « La première exposition monographique du CEAAC fut consacrée à un artiste belge, Patrick Corillon. Cette exposition était coproduite par le CEAAC, le FRAC et le CRAC Alsace posant ainsi dès l’origine les bases d’une synergie nécessaire avec les autres structures locales vouées à l’art contemporain. »

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Patrick Neu, Iris, 2006 Aquarelle sur papier, 25 x 33 cm Collection Patrick Neu

3 —— Exposition de Christine O’Loughlin, 1997 « Cette artiste d’origine australienne avait été invitée par le CEAAC à imaginer un projet pour l’espace public. Elle avait choisi d’investir le parvis du château de Bouxwiller et son magnifique projet avait été rejeté par la Ville à notre grand désespoir. Son intervention dans l’espace du CEAAC avait chargé le lieu d’une beauté magique qui aurait pu être celle de la place... Un très beau souvenir et un grand regret ! »

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Exposition Tadeusz Kantor, 1998 « De temps en temps le CEAAC fait une place au théâtre mais jamais avec autant de force que lors de l’exposition du travail de Tadeusz Kantor. »

Exposition Patrick Neu, 2007 « J’ai proposé au comité du CEAAC une exposition de Patrick Neu en 1994 : il a fallu persister jusqu’en 2007. Cela en valait la peine ! »

Crédits Photo 1+ 2 / TR. Darneb 3 / Suzanne Zouyène 4 + 6 / Klaus Stöber 5 / Rémi Villaggi

6 —— Exposition Brave Old New World de Samuel Rousseau, 2012 « La vidéo “petit bonhomme” projetée au CEAAC évoquait avec justesse et poésie l’énergie nécessaire pour avancer toujours. »

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Les dates clés

Les chiffres

1987

9 expositions par an

Création de l’association du CEAAC par Robert Grossmann, Roland Recht et Jean-Yves Bainier, alors Conseiller aux Arts Plastiques à la Drac Alsace. Le CEAAC désigne ses premiers lauréats. Chaque année jusqu’en 2006, le CEAAC récompensa des artistes locaux pour leurs actions en faveur du développement de la création artistique alsacienne, en leur remettant un prix, assorti parfois d’une exposition ou d’une édition.

1 parc de sculptures à Strasbourg 35 œuvres installées dans l’espace public de la région Alsace

Plus de 20 partenaires culturels, institutionnels ou financiers Plus de 10 programmes pérennes d’échanges d’artistes en résidence

1988

Première installation d’une œuvre dans le Parc de Pourtalès : Ernest Pignon-Ernest, Les Arbrorigènes.

1989

Création de six ateliers d’artistes à Strasbourg.

1990

Installation de la Ligne indéterminée de Bernar Venet, place de Bordeaux.

1 équipe de 9 personnes dont 5 à temps complet

1992

Première exposition des lauréats du CEAAC, rue du Faubourg de Pierre

2 espaces d’exposition dans 400m²

Environ 30 artistes français et internationaux soutenus par le CEAAC chaque année

1994-95 Implantation du CEAAC au 7, rue de l’Abreuvoir. Première exposition dans les nouveaux locaux du CEAAC :

Les missions

présentation des œuvres des lauréats Suzanne Obrecht, Jean Claus, Christophe Burger, Stéphane Lallemand, Kristian Ingold, Eric Linard, Ilana Isehayek. Création du Centre d’art, programmation régulière d’expositions.

2000

La Région Alsace confie au CEAAC la mise en œuvre sur le long terme d’une politique d’échanges internationaux réguliers générateurs d’invitations réciproques.

2006

Création de l’Espace international, rue de Rosheim.

2007

Gérard Traband succède à Robert Grossmann à la présidence du CEAAC.

2009 Le CEAAC décide de confier la programmation de ses

expositions à un commissaire invité. Keren Detton inaugure ce nouveau système de commissariat. Suite à un agrandissement du Centre d’art, l’Espace international est transféré dans les locaux de la rue de l’Abreuvoir. Le CEAAC se dote d’un appartement attenant à son Centre d’art, permettant l’accueil des résidents qui bénéficient également d’un grand atelier rue de Rosheim.

2011

Inauguration de l’atelier à Berlin dans le cadre de l’ouverture d’une résidence artistique, en partenariat avec la Région Alsace, le service culturel du Canton de Fribourg (Suisse) et la Ville de Strasbourg.

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Depuis sa création, le Centre Européen d’Actions Artistiques Contemporaines tend à promouvoir l’art contemporain en Alsace et à soutenir les artistes de la région. Le CEAAC a participé à l’installation de nombreuses œuvres dans l’espace public sur le territoire alsacien et au Parc de Pourtalès de Strasbourg entre autres, afin de multiplier les rencontres entre ses habitants et l’art contemporain. Lors de son installation dans les locaux de la rue de l’Abreuvoir à la Krutenau en 1995, le CEAAC a également mis en place une politique d’exposition dans son Centre d’art. En outre, le CEAAC met l’accent sur la pédagogie et son équipe de médiation développe, pour chaque manifestation, des visites et ateliers en direction des publics scolaires, adultes ou spécifiques. Dans un souci de rayonnement et d’accompagnement professionnel des artistes, le CEAAC a pour ambition de mettre en avant leur travail à l’étranger. Ainsi, depuis les années 2000, le CEAAC développe un réseau de partenaires internationaux qui conduit chaque année à l’accueil et à l’envoi d’artistes en résidence. Enfin, le CEAAC édite régulièrement des ouvrages qui sont soit consacrés aux expositions soit à des artistes de la région.


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ESPACE PUBLIC

———————— PAR PAUL GUÉRIN PHOTOS KLAUS STÖBER ————————

Pourtalès, jardin palimpseste Depuis 1988, le Parc de Pourtalès accueille une collection d’œuvres in situ comme on en rencontre peu en France : parmi d’autres, Ernest Pignon-Ernest, Barry Flanagan, Claudio Parmiggiani ou Jimmie Durham ponctuent le parcours d'un lieu maintenu vivant au fil des ans.

À l’automne 1988, l’inauguration des Arbrorigènes qu’Ernest Pignon-Ernest venait d’installer par une après-midi et un matin obstinément pluvieux sur une lisière d’arbres du parc de Pourtalès fut, malgré sa relative discrétion – Strasbourg accueillait le même jour le pape Jean-Paul II – un événement emblématique de l’originalité des actions que le CEAAC s’est employé à réaliser en Alsace tout au long de ces vingtcinq dernières années.

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Jimmie Durham, DĂŠtour, 2005

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Il existait déjà en France (à Kerguehennec et à Vassivière) d’autres collections de sculptures contemporaines présentées dans des sites de plein air mais ce projet alsacien s’était donné pour concept spécifique de réunir des œuvres d’artistes actuels explorant les relations de l’Art avec la Nature, aussi bien pour l’intérêt d’un tel propos que par égard envers les caractères de ce lieu fort apprécié de ses nombreux promeneurs dont bien peu étaient à l’époque familiers ou même curieux d’« art contemporain ». Même si Ernest Pignon-Ernest avait produit cette œuvre avant le projet de ce parc, son désir de réaliser un hommage artistique au phénomène naturel de la photosynthèse –  en implantant des algues apparues il y a des milliards d’années dans une mousse spécialement étudiée pour donner à ces micro-organismes la forme de corps humains, grimpant avec la lenteur imperceptible du lierre le long des arbres – vérifiait de la part cette fois d’un artiste, la pertinence du thème choisi pour cette collection. Et si l’on se rapporte par exemple aux souvenirs de jeunesse des strasbourgeois, le public y fût immédiatement sensible. Sans qu’il y eut besoin de longues explications, la découverte surprenante de ces figures mystérieusement entrevues parmi le feuillage suscita auprès des flâneurs des émotions au fond voisines de celles de leur créateur s’initiant aux arcanes de la vie végétale avant d’en élaborer sa personnelle interprétation poétique. Lorsqu’une œuvre d’art se détourne de l’espace soigneusement organisé du musée pour s’exposer de manière permanente et surtout aventureuse aux rencontres et aux évènements de l’espace commun, ses significations et surtout son destin doivent au moins autant aux séries de coïncidences – heureuses ou malheureuses – survenant dans la vie du lieu et des gens auxquels elle se mêle, qu’à une « communication » efficace sur les intentions et la cohérence du projet dont elle est issue. Cette part d’imprévisible fut d’ailleurs explicitement présente à l’esprit de Jimmie Durham, l’auteur de Détour, l’œuvre la plus récemment installée, puisqu’il voyait en elle « une allusion au caractère inexplicable de phénomènes ayant lieu tous les jours ». À la suite de celle d’Ernest Pignon-Ernest, les premières œuvres de cette collection, toutes étroitement liées à des arbres quelle que fut la singularité de chacun de leurs auteurs, semblaient sans qu’on l’eût souhaité restreindre la relation de l’Art et de la Nature à des formes figuratives de la sculpture, privilégiant le corps humain. Il parut alors judicieux de reconsidérer cette relation dans une dimension historique et non plus simplement formelle. Roland Recht avait noté que des états antérieurs de l’aménagement du parc demeuraient encore discernables dans son état actuel, comme les couches d’un palimpseste difficilement lisible mais où de nouvelles œuvres viendraient à leur tour naturellement s’y inscrire. L’atelier de verre de Sarkis, ouvert à la méditation de ses hôtes dans la

proximité d’un hêtre ou l’ensemble de Pesce, associant mobilier de repos, art topiaire et plantation renouvelèrent ainsi la tradition des « fabriques », propre aux anciens jardins où la Nature était déjà transformée, racontée ou simulée par l’Art des paysagistes. Dans sa constitution, cette collection s’est donc exposée à enrichir sa pensée non seulement aux rencontres stimulantes avec des artistes, mais aussi physiquement aux évènements encore plus imprévisibles que furent les deux tempêtes qui frappèrent Strasbourg en 1999 et en 2001. Alors que beaucoup redoutaient à l’aube du XXIe siècle, des perturbations informatiques, ce fut la nature qui soudain déchaînée se rappela à nous tous sous la forme de cyclones qui n’épargnèrent ni les arbres, ni les œuvres, ni malheureusement des visiteurs de ce parc. Plusieurs d’entre elles durent être restaurées, modifiées, déplacées, leur aspect et leurs signi-

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fications portant dès lors la marque de ces douloureux évènements climatiques et humains. Les oreilles de bronze d’Il bosco guarda e ascolta perdirent un peu de leur magique et multiple apparition dans une partie dense de la forêt pour se regrouper en nombre réduit de manière moins cérémonielle que pensive dans un bosquet d’arbres majestueux, rescapés du désastre. Ce n’est pas ici, de Gaetano Pesce se déplaça effectivement vers un autre endroit en quête d’un panorama attrayant mais trahissant par un dispositif de sécurité autour d’un arbre extraordinaire les inquiétudes de ce nouveau siècle. Genius Loci de Paolini, le « génie du lieu » si bien nommé dont le corps reçut lui aussi les blessures causées par la chute des arbres, quitta la discrétion de son premier emplacement pour représenter, à une croisée des chemins et avec une évidence imprévue à l’origine, l’attention portée à l’organisation et aussi à la fragilité de ce parc.


Jean-Maris Krauth, Leur lieu, 1995

Giulio Paolini, Genius Loci, 2001

D’une solidité de nature à défier aussi bien le vandalisme que la violence des éléments hélas déjà manifestés, l’œuvre de Jimmie Durham, tout en étant inspirée d’un art paysager de la culture Cherokee, dévoile avec une énigmatique simplicité ce lien de l’inexplicable et du quotidien. Ce bloc de pierre brute venu d’ailleurs, comme tombé du ciel, impose bien sa présence et un détour au parcours d’un tube métallique épouse fidèlement les pentes du terrain. Mais il n’en interrompt pas le cours autonome, le dessein bien réglé, suggère même par son émergence et sa disparition l’idée d’un cycle dont une partie nous restera inconnue : peut-être le cycle des travaux et des jours, des actions humaines et des éléments naturels, obstinés à durer sous des formes et des intensités toujours renouvelées dans l’art comme dans la vie ?

Barry Flanagan, The Bowler, 1992

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COMMISSARIAT D'EXPOSITIONS

———————— PAR CLAIRE KUENY PHOTOS PASCAL BASTIEN ————————

Double jeu En tant que nouveau commissaire invité au CEAAC, Vincent Romagny initie un cycle de trois expositions autour de la figure du Doppelgänger, un double dont ce féru de littérature et de philosophie explore bien des facettes.

Vous vivez à Paris, que connaissiez-vous du CEAAC ? Je connaissais le CEAAC, ses expositions, depuis que Keren Detton avait invité les Bad Beuys Entertainment. Via le site internet, je m’étais intéressé aux expositions de Bettina Klein, mais je n’y étais jamais venu. De même que je n’étais jamais venu à Strasbourg, à vrai dire ! Vous êtes par ailleurs collaborateur d'une galerie et éditeur indépendant, quelles sont vos propres attentes avec cette expérience de commissaire invité ? J’attends de pouvoir développer un projet dans un format que je ne connais pas : trois expositions et si possible une publication. J’entends aussi expérimenter un nouveau « type » d’exposition, qui repose plus sur des œuvres ou corpus d’œuvres que sur le thème qui les fédère. J’ai fait des expositions dont l’objet était clairement défini, l’aire de jeux, ou bien dont l’objet était métaphorique, le miroir noir, ou dont le référent était un objet littéraire, Florbelles de Sade. Par contre, rien encore autour d’une notion si vaste, le Doppelgänger, qui fasse jouer la subjectivité du commissaire –  ce que je ne m’autorise que très rarement, par pudeur principalement.

Comment définiriez-vous la fonction du commissaire d’exposition ? Je n’ai pas vraiment de conception personnelle du « métier » de commissaire d’expositions. Volontairement, je n’ai pas suivi de formation «  curatoriale  » dans mes études. La forme « exposition », pour spécifique qu’elle soit, avec son histoire, ses développements, ses formes possibles, ses remises en cause, ne m’intéresse pas en tant que telle. Je tâche de faire en sorte qu’elle s’efface en tant que forme derrière le sujet qu’elle permet d’aborder, au même titre qu’un livre. Je pense donc les expositions selon le modèle éditorial avec un début, une fin, et un référent qui lui est extérieur. Peut-être ne me sens-je pas encore assez expérimenté ou libre pour penser une exposition sans ce fameux « référent ». Parce que justement mon référent n’est pas l’exposition, mais plutôt la littérature. Aussi ce cycle d’expositions a-t-il des référents littéraires ou textuels, comme ceux que j’ai pu faire chez Air de Paris, en 2011, autour de Notes du Marquis de Sade.

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“ Mon intérêt pour cette question remonte […] à un cours de métaphysique sur la question de l’un et du multiple : comment passe-t-on de l’un aux autres ? Y a-t-il relation de dépendance, de dégradation, etc. ? ” La proposition que vous avez faite a-t-elle été déterminée par le lieu ? Était-ce au contraire un projet qui vous tenait à cœur et autour duquel vous travailliez déjà depuis un certain temps ? Ni l’un, ni l’autre ! J’ai d’abord pensé à des œuvres et artistes qui me tenaient à cœur, puis, de liste en liste, de notes en notes, ont émergé les principales figures. Relevant des domaines littéraires ou des sciences humaines, elles structurent explicitement cette proposition de cycle : Pasolini (Pétrole), Dubois (Les Âmes du peuple noir), Claude Simon (Les Géorgiques), ou en constituent une archéologie qui apparaîtra dans la publication  : Ronald Laing (Le Moi divisé), l’artiste performeur trop peu connu Stuart Sherman… Comment en êtes-vous venu à faire des recherches sur le Doppelgänger ? Il ne s’agit pas de recherches sur le Doppelgänger, mais des recherches qui peuvent se rassembler sous cette figure, selon différentes modalités : le divisé, le double et enfin la multitude. L’idée n’est pas de travailler à partir d’un relevé des occurrences du double – on n’en finirait pas  –, mais de considérer le Doppelgänger comme l’effet d’un processus. Le Doppelgänger ici, ne relèvera pas de la réminiscence temporelle, de la copie, du jeu si actuel du retour des formes modernes ou classiques. Ce n’est pas un résultat, une fin en soi, c’est un mode de production de l’œuvre, de nos vies, de nos psychés. C’est un terme intraduisible que l’on rencontrera dans un article de journal comme dans un ouvrage de sciences humaines. Il échappe à une définition stricte. Il renvoie surtout à l’idée d’une dissociation du sujet –  sa dimension esthétique et romantique est indéniable. Il n’y a de Doppelgänger que dans la solitude, pas dans une répétition avérée  : justement dans une répétition impossible, sans cesse repoussée... Mon intérêt pour cette question remonte aussi à mes études de philosophie et en particulier à un cours de métaphysique sur la question de l’un et du multiple : comment passe-t-on de l’un aux autres ? Y a-t-il relation de dépendance, de dégradation, etc. ? Trois expositions seront-elles suffisantes pour aborder ce sujet ? Largement. Non que le sujet puisse être épuisé, mais audelà on risque franchement la redite ! Le cycle d’expositions me permet surtout de concrétiser des recherches qui sans

cet aboutissement deviennent sans objet, un pur papillonnage… Je passe beaucoup de temps en bibliothèque et sans projet d’exposition ; l’attention et la concentration passent d’un sujet à l’autre, d’un artiste à un autre, d’une œuvre à une autre… Cela est très plaisant mais insatisfaisant. Et puis, le commissaire d’exposition est quand même un individu qui passe son temps à penser – fantasmer est plus juste – des projets d’expositions qui ne voient que très rarement le jour… Là, ce seront trois expositions qui pourraient être trois chapitres d’une même exposition, ou bien encore les trois variations d’une même exposition. Vous avez choisi des artistes de différents horizons, tant artistiques que géographiques ou générationnels. En effet, des artistes comme John Giorno rencontreront un jeune artiste comme Julien Crépieux. Vous proposez des dialogues entre des musiciens, des peintres ou des performers… Cette mixité est-elle importante pour vous ? Je ne pense pas en terme de génération ou de nationalité. Ce sont les œuvres qui ont été déterminantes. J’ai surtout pensé aux œuvres que je souhaitais voir. C’est un projet assez égoïste. Mais l’idée est que, si l’on parvient à se faire plaisir, il puisse en aller de même pour les autres. Connaissiez-vous personnellement certains de ces artistes avant le projet ? En aviez-vous déjà exposé certains ? Je suis très attentivement le travail de Corin Sworn, que j’ai exposé à deux reprises, sur qui j’ai écrit et dont j’ai fait acquérir une œuvre au Frac Alsace.

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J’ai déjà écrit sur le travail de Koenraad Dedobbeleer. J’ai travaillé avec Karl Holmqvist, John Giorno, David Jourdan, Jean-Baptiste Bruant et Maria Spangaro : j’ai en particulier réalisé des éditions avec chacun d’eux quand je travaillais au Cneai [centre national d’art contemporain consacré au domaine de la publication d'artiste et de l’œuvre-média, ndlr]. Il y a des artistes que je ne connais pas personnellement, David Lamelas, Markus Schinwald, Lynette Yadom-Boakye, Anne Collier, mais avec chacun de ceux-ci je rêve de travailler. Pourriez-vous dresser un portrait spécifique de ce groupe d’artistes que vous avez sélectionné alors même que vous avez fait le choix d’une grande diversité ? Il n’y en a pas : il s’agit précisément de mettre à jour non des formes communes, mais un processus commun – la division, le double, la multitude. Mon souci est de regrouper des œuvres dont les similarités sont structurelles mais pas formelles. La question qui me taraude pour chacun n’est pas «  comment sont-elles ? », mais « comment fonctionnent-elles ? », ou encore « de quelles structures –  que l’on pourrait regrouper sous celle commune de Doppelgänger  – sont-elles la part visible  ?  ». Qui plus est, ce discernement de la structure Doppelgänger au sein de ces œuvres est très subjectif et personnel. Il n’est pas arbitraire pour autant, je peux m’en expliquer pour chaque artiste et chaque œuvre. C’est aussi pour cela que je ne souhaite pas confronter les œuvres d’artistes différents les unes aux autres : mon souci est aussi de permettre au visiteur de rencontrer des œuvres, et non pas juste le discours critique qu’on leur prête.


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Avec cette notion de Doppelgänger, exprimez-vous un intérêt particulier pour ce qui est de l’ordre du symbolique, du métaphysique ou du spirituel ? Je tâche en fait de m’éloigner de ces connotations symboliques du Doppelgänger car je souhaite l’aborder comme une structure, non comme un motif. Je m’intéresse plus à la dimension métaphysique –  au sens classique et non folklorique du terme  – qu’à sa dimension symbolique – l’esprit, le fantôme, etc. Mais j’assume totalement le fait que le premier champ d’existence du terme soit l’homme  : paradoxalement ces expositions traitent de l’homme du quotidien, pas de mythologie  ! Les artistes que j’ai invités ne travaillent pas directement sur la question du double, mais leurs œuvres m’intéressent parce qu’il me semble qu’elles en sont des effets, qu’elles en portent non les stigmates mais qu’elles en sont la trace. Quand bien même ces artistes ne revendiquent pas cette interprétation. Mais bon, le commissaire d’exposition est bien là aussi pour donner ses interprétations, pour autant qu’elles ne trahissent pas le sens de l’œuvre. La notion de Doppelgänger est en lien avec la psychologie (le sosie, le double maléfique, la schizophrénie). Quelle place ces réflexions prendront-elles dans vos expositions ? Le lien n’est pas direct mais il est bien là  : la dissociation psychique, qu’elle soit pensée comme constitutive pour la psychanalyse, ou pathologique pour la psychiatrie avec l’exemple du schizophrène, est l’une des premières images que l’on associe au Doppelgänger. Mais, avant la fracture, je pense cette forme, la dissociation, comme constitutive, pas comme fondamentale.

La notion de “double” est très liée à l’homme. Ainsi, dans deux des trois expositions, l’homme est au centre, qu’il s’agisse du spectateur, du sujet ou de l’artiste… La troisième exposition tourne en revanche autour d’un objet, le vinyle… Un objet qui plus est qui n’est pas directement rattaché à cette notion de “double” comme pourrait l’être le miroir par exemple, même s’il est, comme vous le dites, composé de deux faces. Le vinyle ne m’intéresse que comme métaphore. Cette troisième exposition qui s’intitulera Les Géorgiques, commencera par la voix de John Giorno, même si c’est par l’intermédiaire de ses vinyles –  lesquels sont bien «  incarnés  »  –, puis sera l’occasion d’une nouvelle production de Julien Crépieux. Je m’intéresserai donc moins à la dimension populaire d’un objet de consommation courante lié à une certaine époque et évoquant une certaine culture qu’aux connotations d’un objet biface qui est la matérialisation du retour même… Vous évoquiez précédemment une « dimension romantique indéniable » pour ce projet qui oscille entre un certain rationalisme, entre autres marqué par l’objet vinyle, et une forte sensibilité. L’art d’aujourd’hui ou la vision de l’art d’aujourd’hui que l’on se fait serait-elle teintée de romantisme ? Il est vrai que le Doppelgänger est la figure romantique par excellence. Historiquement, elle se substitue à la notion classique du sosie, qu’elle intériorise en quelque sorte. Je ne sais pas si l’art de nos jours est romantique, tant il est aussi encore moderne ou se réfère au modernisme. Mais le romantisme est une source d’inspiration énorme  ; il est surtout le moment de la naissance du roman comme forme. Et les références littéraires sont pour une bonne part dans ce projet, Claude Simon, Pasolini, Antonin Artaud. C’est aussi et surtout en cela que la référence au romantisme vaut. Et peut-être aussi une forme d’incomplétude dont j’espère qu’elle ne désarçonnera pas le spectateur

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à qui seront proposés des « ensembles  » d’œuvres de chaque artiste. Mais les écrits romantiques n’étaient par essence fragmentaires que parce qu’ils visaient ni plus ni moins à rendre compte du Tout (Novalis). L’édition sera-t-elle un début, une fin, une forme d'aboutissement à vos réflexions ? J’espère vraiment qu’il sera possible de faire une publication. Qu’elle permettra non seulement de garder une trace des expositions, mais aussi d’aborder en particulier Stuart Sherman qu’il n’aura pas été possible d’inclure dans les expositions, ou encore Ronald Laing, un des pères de l’antipsychiatrie, auteur de l’ouvrage Le Moi divisé et qu’un certain nombre d’artistes ont pris comme objet pour certaines de leurs œuvres (Luke Fowler, David Lamelas…). J’aimerais également rééditer des textessources de ces expositions, ainsi des extraits de Pétrole de Pasolini, ou le très beau texte Les Origines africaines de la guerre de Walter Dubois qui inspirent les deux premières expositions. Et puis, pourquoi pas, éditer un vinyle… La boucle sera-t-elle vraiment bouclée à la fin du cycle ? Les boucles ne se bouclent jamais, elles se décalent. De même qu’on ne remonte jamais aux sources d’un projet, pour reprendre le titre d’un projet éditorial que je mène en parallèle à ce cycle. Le véritable enjeu de ce cycle est de créer l’occasion d’une recherche ensuite partagée  ; il devient en cela un prétexte. Commencer un projet, c’est ouvrir un champ d’études. Rien ne m’indique au départ quelle sera la forme finale, mais je m’applique à ce que mes expositions révèlent par les œuvres les savoirs qu’elles contiennent.

VINCENT ROMAGNY

Comme commissaire d’exposition indépendant, Vincent Romagny a réalisé le projet Aires de Jeux (deux expositions au Micro-Onde Vélizy-Villacoublay et au Quartier de Quimper et une publication aux éditions Infolio, 2010), ainsi que les expositions Miroirs noirs (Fondation d’entreprise Ricard, 2010) et Florbelles (after Sade) (Air de Paris, 2011). En tant qu'éditeur indépendant, il a publié à l’occasion de ses deux dernières expositions deux portfolios de gravures (entrés depuis dans les collections du FNAC, Puteaux et du MoMA, New-York), sous l’enseigne VREprints. Il prépare actuellement l’édition de la publication Sources à paraître chez Immixions Books, à l’issue d’une résidence de curateur à Marseille avec l’association Rond-Point Projects. Il est également collaborateur de la galerie Air de Paris après avoir travaillé comme chargé de productions et d’éditions au Cneai, Chatou.


———————— PAR EMMANUEL ABELA ————————

Depuis 2009, les commissaires invités investissent le lieu et apportent un regard personnel, tout en ouvrant le CEAAC à des réseaux diversifiés pour un rayonnement nouveau.

LA SOURCE DES DIALOGUES Relais nécessaire, voire indispensable, le commissaire d’exposition a vu sa fonction évoluer, avec une position renforcée dans l’exploration des problématiques contemporaines à l’échelle européenne, mais aussi dans l’activité de réseau voire de diffusion des artistes et de leurs œuvres. Depuis quelques années, le CEAAC fait appel à des commissaires invités, c’était le cas de Keren Detton en 2009, de Bettina Klein de 2009 à 2012 et aujourd’hui de Vincent Romagny. Chargés de programmer un cycle d’expositions, ils prennent le temps d’exposer sur site un point de vue et de faire résonner le lieu sur la base d’une réflexion personnelle tout en maintenant la vocation itinérante de la fonction. Keren Detton nous confirme que le principe de commissariat invité s’inscrit pleinement dans la logique du commissariat d’exposition puisqu’il s’agit « d’arriver avec une idée d’exposition, d’accompagner les artistes dans leur pratique et d’utiliser le langage de l’exposition – un langage de l’espace  – en prenant possession du lieu afin d’en étudier toutes les possibilités scénographiques. » Ce qui diffère éventuellement, c’est « d’avoir la possibilité pour le commissaire de découvrir un contexte culturel plus large, celui de la ville. Il n’est pas là pour simplement monter des expositions, il se nourrit en permanence de rencontres, de découvertes et des échanges qu’il peut avoir avec des artistes, échanges qui se déroulent sur du long terme. » Dans la mesure où il découvre une scène, la révèle et alimente sa propre pratique, il crée une dynamique. Bettina Klein qui a succédé à Keren Detton en 2009 a apprécié le confort qui lui était offert durant le long cycle de trois années qu’elle a alimenté au CEAAC. Elle a eu l’occasion d’affirmer l’ « intuition » que contenait la mise en place de l’exposition, tout en réagissant par rapport au lieu décidément très inspirant qui l’accueillait « en fonction de son espace », mais aussi « de son histoire ». Avec Vincent Romagny, on a le sentiment de franchir une nouvelle étape à un moment où la question de la théorie refait surface avec vigueur, ce qui permet de redéployer de nouveaux

territoires. Avec une posture plus intellectuelle, il est dans l’impulsion tous azimuts pour mener la réflexion et initier la production aussi bien de textes que d’expositions. L’exposition n’est plus une fin en soi, elle devient elle-même une forme intellectuelle à part entière, mouvante et toujours autant source de dialogues.

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Corindon, prêt du Musée minéralogique de l’Université de Strasbourg - Photo : Klaus Stöber


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INTERNATIONAL

Dans sa logique de soutien, après la mise à disposition d’ateliers et de bourses, le CEAAC permet aux artistes strasbourgeois de partir travailler à l’étranger… et vice-versa. À tous, il assure des conditions de travail optimales, détachées de toutes les contigences du quotidien.

Les résidents ———————— PAR SYLVIA DUBOST ————————

Ce jour là, c’est une jeune femme qui débarque avec une lourde valise à roulettes dans l’espace d’exposition du CEAAC. Un peu perdue, elle vient de l’une des villes avec lesquelles le CEAAC pratique l’échange d’artiste. L’un part d’ici, l’autre arrive de là-bas. Pas forcément simultanément, mais il flotte toujours un parfum de voyage au CEAAC. Celle qui gère le tout, c’est Élodie Gallina, un peu Quai d’Orsay, un peu nounou. Chargée des projets internationaux, elle suit l’affaire de bout en bout, depuis l’organisation des jurys pour la sélection des dossiers jusqu’à l’exposition et l’édition qui couronnera éventuellement la résidence, en passant par le dialogue avec les partenaires sur place, le soutien à la réalisation des projets artistiques et l’aspect administratif. Elle sait « tout ce qui se passe, pour pouvoir anticiper et prévenir ». Et la tâche n’est pas mince. En dehors des résidences croisées portées par la maison, le CEAAC est aussi opérateur pour d’autres échanges, impulsés par la Région, le Conseil Général, la Ville de Strasbourg ou le Frac Alsace. Sans compter l’aide qu’il peut apporter à des initiatives personnelles, comme le transport d’œuvres pour une exposition à l’étranger ou le soutien à un projet d’édition. Son expertise en la matière fait de lui le spécialiste régional du déplacement d’artiste. La jeune artiste qui vient de poser ses valises rejoint, dans l’appartement attenant à l’espace d’exposition, d’autres artistes venus de Séoul, Stuttgart ou encore Budapest (lire pages suivantes). Elodie Gallina s’assurera qu’elle puisse y travailler dans les meilleures conditions. « On sent parfois une légère mélancolie chez certains artistes, c'est pourquoi dès les premiers temps, je leur présente mes collègues et d'autres plasticiens pour qu'ils se sentent entourés, impliqués et intégrés à la scène artistiques locales. Je suis leur principale référente, en cas de souci, je suis là aussi.  » Elle mettra surtout tout en œuvre pour que l'artiste puisse concrétiser le projet qu’il a en tête. « Je m'assure qu'ils puissent réaliser leur initial, que l'artiste reparte satisfait.  » Et c’est parfois un challenge. « Avec Levent Kunt [artiste originaire de

Francfort en résidence à Strasbourg en juin, ndlr], ma surprise était assez grande lorsqu’il m’a parlé de son projet d’installation place Kléber de panneaux invitant à reproduire des pas de danse. Grâce au réseau et aux rencontres, on a pu le mener à bien, et c’était formidable. » Les français sur le départ (ou qui aimeraient l’être), environ six par an, Élodie peut surtout les accompagner en amont. Les aider à préparer leur dossier, à monter un projet pertinent qu’elle pourra ensuite défendre face au jury. « Le projet doit être en lien avec la ville. C’est important qu’il ne soit pas transposable n’importe où. On ne choisit pas sa résidence comme on choisit un yaourt.  » Certains aimeraient une résidence sans savoir laquelle, alors ils réfléchissent ensemble, en fonction du travail déjà mené. « Pour partir, il faut un besoin irrépressible, l’envie d’aller à la rencontre d’une autre culture. Si c’est la Corée, ce ne sera pas l’Allemagne. Certains ont déjà des contacts sur place, c’est plus évident pour la diffusion du projet. D'autres sont un peu perdus, ils sortent tout juste de l'école et la résidence s'inscrit dans une continuité de production. » Certaines résidences, comme Stuttgart et Séoul, sont plus demandées que d’autres, comme Vientiane au Laos, réservée à des artistes pratiquant la gravure, qui doivent également y animer un atelier et dispenser des cours à l’École des Beaux-Arts. Dans tous les cas, le choix de l’artiste est crucial, car il est aussi un ambassadeur. «  À Séoul, on travaille avec le musée d’art contemporain, on ne peut pas prendre trop de risques. Ce n’est pas qu’une question de

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travail, mais aussi de savoir-être. Je ne peux qu’envoyer quelqu’un en qui j’ai confiance. » Que ce soit pour les artistes qui partent à l’étranger ou ceux qui résident ici, dans les deux cas, c’est l’image de la ville qui est en jeu. Et Élodie doit parfois faire « un peu de diplomatie » pour recoller les morceaux avec un partenaire froissé. Néanmoins, une fois parti, c’est à l’artiste de se prendre en charge pour assurer la réussite de la résidence. Car l’objectif, il ne faudrait pas l’oublier, c’est bien qu’il puisse y enrichir sa pratique. Certains, comme Frédéric Weigel à Stuttgart, Naji Kamouche et Lou Galopa à Francfort, ont noué de bons contacts, qui ont parfois débouché sur des projets ultérieurs. Natacha Paganelli est restée six mois à Seoul, où elle a enchaîné sur d’autres résidences. Il n’y a qu’un seul endroit où le CEAAC ne peut intervenir, c’est dans l’intimité de l’atelier d’artiste. Prochaine exposition à l’Espace International du CEAAC (dans les locaux du 7, rue de l’Abreuvoir) Dorothy M. Yoon et Mohammed el Mourid. > 10 novembre au 2 décembre > Vernissage le 9 novembre


Ann Loubert, Peindre des bambous, 2012 Aquarelle et encre de Chine sur papier de riz 136 x 69 cm courtesy galerie Chantal Bamberger photo K. Stรถber

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LE VOYAGE ET LES ARTS 8

Un fil ancestral associe création et voyage. L’idée artistique chemine par champs et forêts dans l’Europe romane et gothique, la perspective transite entre Flandres et Italie à la Renaissance, et plus tard cela n’arrête pas : lumières et contrastes, espaces infinis et soudaines trouées, profondeur des héritages et virginité de territoires inexplorés, clarté des arêtes et suggestion des démesures, étrangeté des pierres et des langues et familiarité des chairs, des âmes et des accueils, cernes purs et gloires prolixes, les invitations sont innombrables, irrésistibles. Il faut aller voir, sentir, vérifier, éprouver ; il faut y être, au moins pour un temps. Aujourd’hui, nous dit-on, le monde ne serait plus qu’un immense réseau de communication et d’échange, il serait strié de routes virtuelles et de canaux transporteurs d’informations, la circulation des messages serait beaucoup plus rapide que les pensées, les tracés et les dessins, le transport des signaux serait incomparablement plus véloce et plus fiable que la conception et l’élaboration, toujours laborieuses, toujours incertaines, des signes et des sens. Nous habiterions une planète désormais régie par le télé- : télévision, télécommunication, télématique et téléport, téléchargement, téléachat et télépaiement, télétravail, téléconférence et téléenseignement, télémanipulation et télésurveillance… Toutes ces victoires du désir du proche et de l’efficacité sur la distance et l’espacement nous placent devant une paradoxale interrogation : quel besoin avons-nous encore de nous déplacer, de nous rencontrer sur nos lieux physiques de vie, de nous faire mutuellement découvrir des configurations et des atmosphères, des accents et des coutumes, des tournures et des idiotismes sensés et sensibles ? N’avons-nous pas aujourd’hui à retrouver, pour lui redonner sens, la dimension d’un lointain qui, même dans la proximité de l’intention ou de l’exécution, mo-

tive les arts, les traverse, déplace ses objets un peu hors d’eux-mêmes et par ces écarts les constitue ? Un lointain souvent innommé, innommable, sans doute pas réductible aux figures officielles ou somptueuses que l’humanité forgea autrefois pour tenter de se l’approprier, un lointain peut-être sans qualité, banal, quotidien – mais commun, partagé, creusant entre nous ce vide concret par-dessus lequel nous nous parlons, nous adressons formes et sensations, pensées et desseins ? Une autre suggestion nous est proposée par l’écrivain triestin Claudio Magris qui relie Homère et Cervantès en un étonnant raccourci : « Dans le voyage, écrit-il, inconnu parmi des inconnus, on apprend, au sens fort, à n’être Personne, on comprend concrètement que l’on est cela, Personne. C’est ce qui permet, dans un lieu aimé devenu presque physiquement une part ou un prolongement de soi, de dire, en écho à don Quichotte : ici je sais qui je suis 1. » Les artistes n’ont-ils pas des affinités singulières avec ce retour à soi qui passe par un élargissement erratique, déracinant, un élargissement que seul apporte la rencontre de l’autre, de l’étranger  ? Pourquoi donc leur faudrait-il renoncer à cette dimension-là, qui unit sens et joie, que le même Claudio Magris nomme aussi « l’aventure de l’esprit » : « (…) l’aventure de l’esprit, c’est le voyage de l’individu qui opère une sortie, rencontre l’autre, l’étranger, et devient lui-même par l’intermédiaire de cette rencontre qui lui rend le monde familier 2. » ? Daniel Payot Adjoint au Maire de Strasbourg, chargé de l'action culturelle

1 - Claudio Magris, Déplacements, Quinzaine Littéraire Louis Vuitton, 2002, p. 13. 2 - Claudio Magris, Alphabets, Gallimard, 2012, p. 14.

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LES RÉSIDENCES ARTISTIQUES DU CEAAC

1 / Strasbourg L'accueil d'artistes étrangers dans de bonnes conditions de travail assure la réciprocité pour nos artistes régionaux en résidence. 2 / Stuttgart Depuis 1997 Durée : 3 mois Premier échange institutionnel à l'initiative de la Région Alsace et de la DRAC. 3/ Vientiane (Laos) Depuis 2003 Durée : entre 2 et 4 mois Résidence dans l’atelier de gravure crée par Marie-Paule Lesage à l’École des Beaux-Arts. L’artiste anime également un atelier à Luang Prabang et Savannakhet

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4 / Francfort Depuis 2005 Durée : 3 mois 5 / Séoul Depuis 2005 Durée : 3 mois

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6 / Budapest Depuis 2007 Durée : 1 mois 7 / Berlin Depuis 2011 Durée : 3 mois Périodicité : 2 par an

AVEC LE FRAC ALSACE ET L'ACA

8 / Alma (Québec) Depuis 2004 Durée : 1 mois Périodicité : 2 par an

SOUTIEN INDIVIDUEL

AVEC LA VILLE DE STRASBOURG

Soutien et accompagnement individuel à des artistes ayant pris eux-mêmes l’initiative de contacts avec des institutions étrangères pour la réalisation d’un projet : résidence à l’étranger, exposition personnelle, participation à des expositions collectives ou à des festivals d’art contemporain, etc. Contribution aux dépenses de production, de déplacement, de matériel, de séjour, de transport d’œuvres ou d’édition.

Résidences croisées Depuis 2005 Durée : de 2 à 3 mois Périodicité : 4 à 6 par an

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En lien avec les villes partenaires de Strasbourg dans le monde, villes jumelles, dans le cadre de la coopération décentralisée, villes membres du Club de Strasbourg. Les résidences fonctionnent sur un principe de réciprocité.


REGARDS CROISÉS

Angelika Toth, Hinta, 2012

Budapest / Strasbourg Marta Caradec, Budapest 1957

MARTA CARADEC

ANGELIKA TOTH

artiste strasbourgeoise en résidence à Budapest en 2010

artiste hongroise en résidence à Strasbourg en juin 2012

Quelle incidence a eu cette résidence dans le cadre de votre projet artistique ? J'ai beaucoup travaillé durant ce séjour, entre autres sur de nouveaux dessins selon un autre protocole. Seulement, au retour en train, je les ai tous perdus. Depuis, j'ai repris cette piste interrompue, mais il est trop tôt. Je n'ai aucune trace de cette série sauf un dessin fait ultérieurement de mémoire.

Pourquoi avez-vous choisi Strasbourg ? Je ne pourrais donner de raison rationnelle à mon choix. Strasbourg m’a attiré alors même que je n’y avais jamais été. J’avais une idée de ce que je voulais faire, ou plus exactement, les projets que j’avais amorcés m’ont donné une direction. Mais je voulais laisser Strasbourg agir sur mon travail. Et la ville ne m’a pas déçue !

Comment s’est passé votre séjour à Budapest ? Monacal et studieux. J'ai l'habitude de faire une sorte de journal par mail que je partage avec mes proches, mon ordinateur déjà vieux est mort de sa belle mort au bout d'une semaine. J'allais de temps en temps dans des cafés Internet du quartier. Mais j'étais un peu coupée de mon monde. Une expérience !

Quelle a été l’importance de cette résidence dans votre travail ? Mon sujet le plus prégnant, c’est la guerre et ses images. J’étais très intéressée par ce que j’allais trouver ici car je savais que la ville avait été tour à tour française et allemande. La dualité m’a toujours intéressé : il n’y a pas d’unité sans dualité, sans considérer que la réalité est déformée des deux côtés […]. C’est pourquoi j’ai tellement aimé les deux statues gothiques jumelles de la Synagogue et de l’Église [sur le portail nord de la cathédrale, ndlr], qui représentent tout particulièrement cette région, source éternelle de conflits et de contrastes […].

Quels contacts avez-vous eu avec les habitants ? Très peu… J'ai rencontré une styliste qui préférait parler espagnol qu'anglais et les relations étaient très chaleureuses. J'y ai rencontré un photographe français qui y vit depuis des années et qui m'a parlé de la révolution de 1956. Il réédite en cartes postales ses photos et des archives. Quand on vous parle de Budapest, quelle est la première chose qui vous vient à l’esprit ? Une ville où j'ai toujours dû m'y prendre à deux fois pour faire quelque chose.

Quelles ont été vos relations aux habitants ? Les Strasbourgeois m’ont énormément aidé, depuis le jour où je suis arrivée, avec une énorme valise et mon ordinateur, sans aucune carte sauf celle dans mon téléphone. Je leur suis très reconnaissante d’être venus vers moi et de m’avoir montré le chemin. Leur ouverture et leur hospitalité m’ont accompagnée durant tout mon séjour […].

Le journal de Marta Caradec à Budapest : www.dictionnairedumonde.eu

www.angelikatoth.com

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Stuttgart / Strasbourg Aurélie de Heinzelin, Poupée et femme, 2010

Jörg Obergfell, Fearless Luxury III, 2011

AURÉLIE DE HEINZELIN

artiste strasbourgeoise en résidence à Stuttgart en 2009 Pourquoi avoir choisi cette destination ? J'avais choisi l'Allemagne parce que je m'étais rendue compte lors d'une discussion entre un peintre allemand et un peintre français à propos de mes tableaux qu'il y avait quelque chose entre l'Allemagne et moi : Le peintre français : - Il y a quelque chose qui ne va pas dans votre tableau, ça ne marche pas, ce n’est pas harmonieux… Ce n’est pas fini… Le peintre allemand : - Moi, du moment que c’est expressif ! Il n’y a que ça qui compte. Je voulais faire partie de la famille des peintres allemands et partir à la recherche de ma lignée artistique. Au départ, j'avais dans l'idée d'aller voir quotidiennement le retable de Ratgeb à la Staatsgalerie et de m'en inspirer pour une série de peintures, mais une fois sur place, ce sont les tableaux d'Otto Dix au Kunstmuseum qui sont devenus mon obsession. Mon travail est parti de là. Quelle incidence a eu sur vous cette résidence dans le cadre de votre projet artistique ? Je n'avais jamais autant travaillé que durant cette résidence. Les conditions sont favorables à un travail intense, il n'y a pas à se préoccuper de problèmes matériels, il n'y a qu'à faire son travail en toute liberté. Plus je travaillais, plus je sentais que mon travail se libérait. D'un point de vue technique, j'ai tellement observé les tableaux d’Otto Dix (j'allais les voir 3 fois par semaine) que j'ai l'impression d'avoir été dans l'atelier du maître et d'avoir profité de son savoir faire pour m'améliorer… Ma peinture s'est nourrie de ces observations et a évolué. 

JÖRG OBERGFELL

artiste de Stuttgart en résidence à Strasbourg en 2011 Quelle incidence cette résidence a-t-elle eu sur votre travail ? J’ai pu terminer quelques travaux dans le calme et réaliser des projets dans l’espace public de Strasbourg. Les échanges que j’ai pu avoir avec des artistes ont aussi influé sur mon travail. Quelles traces a-t-elle laissé sur vous ? Une prise de poids pour cause de bonne nourriture Des propositions pour les futurs résidents ? Visiter le terminus de Hoenheim réalisé par l'architecte Zaha Hadid, le Musée zoologique et les concerts de La Laiterie. www.joergobergfell.com

Si vous ne deviez donner qu’un conseil au voyageur, quel serait-il ? Aller au Kunstmuseum en passant par le marché de Noël manger des Maultaschen avec une salade de pommes de terre, debout dans le froid. Quand on vous parle de Stuttgart, quelle est la première chose qui vous vient à l’esprit ? Otto Dix aureliedeheinzelin.ultra-book.com

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Séoul / Strasbourg Nathalie Savey, Les montagnes rêvées, 2012

Kim Bom, Mapping of Strasbourg I, 2011

NATHALIE SAVEY

KIM BOM

artiste strasbourgeoise en partance pour Séoul

artiste coréenne en résidence à Strasbourg en 2011

Pourquoi avoir choisi cette destination ? Aller là-bas rejoignait des préoccupations fondamentales dans mon travail. Je photographie des paysages d’après la nature et plus particulièrement dans les montagnes, les cours d’eau, les cascades. La Corée est constituée à 80 % de montagnes, dans de nombreux parcs nationaux. D’autre part, depuis longtemps, je suis sensible à la perception, à la représentation de l’espace, de la nature en Corée, en Chine et au Japon. L’esthétique du paysage est plus ancienne qu’en Occident. Elle inclut une représentation par les mots, la littérature, la peinture et les jardins. […] En 2005, je suis allée au Japon. Voir des jardins à Tokyo et à Kyoto, des paravents, des œuvres du peintre Ogata Korin (1658-1716), etc., a nourri ma recherche. Qu’attendez-vous de votre résidence à Seoul ? Vivre au quotidien dans un pays dont la culture m’attire depuis longtemps, c’est aller plus loin dans mon désir. Je rêve de voir les paysages qui ont inspiré des peintures. Je commence déjà à rechercher les lieux qui pourraient correspondre à mes photos, d’après des cartes et sur Internet. Près du lieu de la résidence à Goyang, au nord de Seoul, il y a un parc de 80 km2. J’ai repéré d’autres lieux mais je verrai sur place en fonction des possibilités de déplacement. Partir, c’est rompre avec mes habitudes pour provoquer de nouvelles idées, de nouvelles découvertes sur moi et sur mon travail. Quelle image vous faites-vous de Séoul ? J’imagine un très grand contraste entre ce qu’a été la Corée traditionnelle et moderne. J’imagine que je pourrais voir des temples à côté de grands ensembles d’immeubles. J’imagine une ville immense, dans la verticalité et avec beaucoup de promiscuité. J’imagine une ville où le monde virtuel est très présent. Je me suis informée sur le mode de vie des coréens et sur le pays, mais la part d’inconnue est très grande et je la garde ouverte au voyage. Propos recueillis le 10 juillet 2012 http://nathaliesavey.free.fr

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Pourquoi avez-vous choisi Strasbourg ? Strasbourg a un très beau centre historique, très bien préservé puisque inscrit au patrimoine mondial. Quand j’ai fait des recherches sur Internet, je me suis demandée comment la ville s’exprimerait dans mon travail. Je crois que ma relation avec Strasbourg a commencé à ce moment-là. Quelle a été l’importance de cette résidence dans votre travail ? C’était vraiment un moment précieux où je pouvais introduire de nouvelles idées, de nouvelles aspirations dans mon quotidien pénible. Je pense que ces expériences culturelles fortes rejaillissent sur mon travail, et même sur ma vie et mes pensées. Quels contacts avez-vous noués avec les habitants ? C’est intéressant de rencontrer de nouvelles personnes et de débattre. De plus, il y a la barrière de la langue… Une résidence est vraiment un challenge. Quels endroits avez-vous préférés ? J’aimais faire de longues promenades le long des berges de l’Ill. Que je sois joyeuse ou mélancolique, j’allais souvent me reposer sur un banc au soleil. Ce lieu paisible est sans doute ordinaire pour les locaux, mais pour moi il était spécial.


Pierre Filliquet, dessin, work in progress

Pierre Filliquet, Forêt rhénane

PIERRE FILLIQUET

artiste strasbourgeois en résidence à Séoul en 2008 Pourquoi avoir choisi cette destination ? Le dossier que j'ai présenté était construit sur le concept japonais de Bashô (logique du lieu). Mon travail à propos du paysage et des architectures était déjà engagé dans cette voie. Les écrits d'Augustin Berque, qui a ensuite participé au livre Autopsies, m'avaient déjà bien nourri… La pensée et la vie quotidienne asiatique ont une grande influence sur mon travail et dans ma vie. Mon épouse est japonaise et j'avais déjà séjourné plusieurs fois au Japon avant cette résidence, mais je ne connaissais pas la Corée. Cette résidence était donc pour moi l'occasion de découvrir une nouvelle culture. La structure permettait à la fois d'y être libre, seul… mais assuré d'un encadrement pour pouvoir vivre et travailler. Quelle incidence a eu sur vous cette résidence dans le cadre de votre projet artistique ? Ce séjour a été très important. Un an et demi plus tard, nous avons décidé de vivre au Japon avec ma famille. L'influence de ce type de résidence n'est pas toujours directement visible. Elle l'est parfois des années plus tard. Mais l'expérience de vie et de travail est essentielle. J'y ai vu un très grand professionnalisme sur le plan artistique et une énergie incroyable, à la fois de la part des artistes, des institutions et des galeries. Il y a un bel enthousiasme et les coréens travaillent énormément. Cela est très motivant lorsque l'on vient de France !

Si vous ne deviez donner qu’un conseil au voyageur, quel serait-il ? Ne rien attendre, ne rien imaginer avant de partir et surtout vivre absolument comme les coréens quand on est sur place. En ce qui concerne l'alimentation : tout goûter ! Ne pas hésiter à prendre les bus pour sortir de Séoul. La banlieue est plus instructive sur l'esprit du pays que le centre-ville, qui est le même dans toutes les grandes villes du monde aujourd'hui… Un dernier conseil : n'essayez pas de boire autant que les coréens, c'est dangereux ! Un souvenir ? Une anecdote ? Une journée avec le photographe Area Park, qui est devenu un ami et vit lui aussi au Japon aujourd'hui. Le midi nous avons mangé du chien dans un restaurant familial isolé, puis l'après-midi nous sommes montés vers la frontière nord-coréenne. Balade en voiture dans la campagne coréenne, prises de vue photo… Le soir, depuis un point haut, nous avons regardé la nuit tomber sur la Corée du Nord : derrière nous, le ciel était illuminé par les lueurs de Séoul à 60 km et en face… rien, un territoire à perte de vue sans une seule lumière. Pas une seule trace de vie alors que nous savions que des hommes habitent là, dans ces montagnes glacées. C'était d'une immense tristesse. En rentrant à Goyang nous avons fait la fête, comme souvent. C'était une journée très intense. www.pierrefilliquet.com

Qu’est-ce qui vous a particulièrement marqué ? L'humanité, le courage et la dignité des coréens. Partout j'ai rencontré des gens ouverts, d'une rare gentillesse. Aujourd'hui, les coréens « s'en sortent » parce qu'ils mettent toute leur volonté dans la voie économique. Mais cela a aussi des mauvais cotés : pollution de l'environnement, « déculturation » rapide, laissés pour compte… Bref, j'ai cru voir en condensé, à la fois les bons aspects d'une économie qui s'est adaptée au marché mondial, mais aussi ses inconvénients et limites.

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PARTENARIAT

———————— PROPOS RECUEILLIS PAR EMMANUEL ABELA PHOTOS MARINE VENTURA ————————

La vie de quartier Le CEAAC et l’École Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg, devenue depuis peu la Haute École des Arts du Rhin, ne sont séparés que de quelques dizaines de mètres, et pourtant il a fallu amener les étudiants à fréquenter le Centre d’art. Les échanges ont conduit à une vraie proximité. Évelyne Loux, directrice du CEAAC, et David Cascaro, directeur de l’école, évoquent les rapprochements successifs entre les deux institutions.

Évelyne Loux : À l’occasion d’une exposition d’Ernest Pignon-Ernest au CEAAC, nous avons eu comme un flash. Nous nous sommes interrogés  : mais où sont les étudiants  ? La question avait pu se poser précédemment, mais la surprise était totale. Il s’agissait d’un artiste historique lié à une certaine actualité. Dès lors nous avons fait le constat que nous n’avions pas anticipé la situation. Il ne suffisait plus que l’exposition soit ouverte. David Cascaro : La question de la présence ou non des étudiants à une telle exposition peut être généralisée à tous les publics  : pourquoi les gens viennent, pourquoi ne viennent-ils pas ? Les choses semblent encore plus compliquées aujourd’hui. Après, concernant les étudiants, d’autres questions pourraient être posées : viennent-ils à l’école ? Pour des raisons de disponibilité d’espace, certains d’entre eux travaillent à la maison, alors qu’il y a quelques années leur présence en ateliers semblait incontournable. Nous sommes en présence d’étudiants de plus en plus autonomes, de plus en plus indépendants  ; certains peuvent se montrer très informés alors que d’autres ne fréquentent pas les expositions.

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Marine Ventura, Radar, 2012 Tirage sur bâche, 100 x 140 cm


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“ Nous cherchons à être là au bon moment pour créer les connexions qui permettent aux artistes de travailler ensemble ”

E.L. : En tout cas pour nous, cette absence à l’exposition d’Ernest Pignon-Ernest était l’occasion de se dire qu’il fallait faire quelque chose  : nous avons pris conscience qu’il nous fallait aller vers les étudiants. Au cours de l’année qui a suivi, grâce à l’atelier de scénographie, nous avons créé le premier pont. Avec François Duconseille qui était notre médiateur, nous avons proposé aux étudiants de venir monter des expositions  : ce travail qui visait à professionnaliser leur démarche et à leur donner une expérience dans le domaine a été la première passerelle volontaire entre l’École et le CEAAC. Il a fallu ce déclic… D.C. : Chez les étudiants en art, il faut prendre en compte un penchant naturel vers le rejet de l’institution, et de l’institution artistique notamment. Ils expriment un désir d’underground très fort et d’autonomie. Dans le musée ou le centre d’art, ils voient quelque chose de trop lissé ou d’académique. Dès lors qu’il s’agit d’un lieu parmi d’autres, de manière officielle, ils manifestent de la crainte ou se cachent derrière leurs préjugés. Ils se montrent également méfiants par rapport aux injonctions éventuelles des enseignants, et en même temps c’est normal, ils doivent être en capacité de se faire leur propre opinion. Par contre, dès qu’une complicité s’installe, que ce soit par l’intermédiaire d’un ami ou éventuellement d’un travail de commande effectué avec un artiste, leur démarche est facilitée. De manière plus générale, et c’est un vrai basculement dans les centres d’art, beaucoup d’artistes impliquent le contexte ou le territoire, les visiteurs ou les populations en dehors même du lieu d’exposition. Ça transforme la relation qu’on entretient à l’art contemporain : quand on entre dans la vie d’un artiste ou d’une œuvre qu’il a souhaité ouverte, on vient en familiarité. Ce que vous avez vécu avec l’exposition Ernest Pignon-Ernest, nous l’avons vécu à Mulhouse avec la Kunsthalle. Il n’y avait que 500 mètres entre Le Quai et la Kunsthalle, mais il a bien fallu 3 ou 4 ans pour que les étudiants se familiarisent avec le lieu parce qu’ils ont été recrutés comme stagiaires ou comme médiateurs et parce qu’ils ont pu participer au montage de certaines expositions. Du coup, c’est devenu leur lieu.

Une mission de proximité D.C. : Entrer dans une école d’art c’est entrer dans la communauté artistique – sans forcément devenir artiste –, et cette communauté artistique implique des lieux de diffusion. En ce

qui concerne le CEAAC, si ça n’était qu’un lieu de diffusion ça ne serait pas très intéressant. Or justement, il me semble que le CEAAC depuis de longues années est dans la communauté artistique parce qu’il n’est pas qu’un centre d’art. J'aime le répéter : il s’agit d’une agence artistique avec plein de missions, et cette mission principale de grande proximité aux artistes. La prise de conscience chez les étudiants se fait a fortiori dès lors qu’ils sont diplômés. Ils savent qu’on rencontre ici une connaissance régionale, transnationale, et une écoute. E.L.  : Ils ont commencé à percevoir cela quand on a nommé comme lauréats de bourse de jeunes artistes issus de l’école. Les œuvres étaient montrées au CEAAC, et comme ils avaient encore leurs amis au sein de l’école, ça a suscité de l’intérêt. C’était le cas également à l’occasion d’exposition des enseignants de l’école, Roger Dale, Gérard Starck, Francisco Ruiz de Infante & Pierre Mercier ou de travaux menés avec Jean-Marie Krauth ou François Duconseille. Ces enseignants ramenaient avec eux leur entourage proche… D.C. : …leur compagnonnage, leur environnement… E.L.  : Oui, à la fois des collègues et des étudiants. Ça ouvrait à de nouvelles familles au sein de l’école. De même, quand on a ouvert les ateliers, les étudiants qui rencontraient des difficultés pour trouver un espace de travail ont senti qu’on se montrait à l’écoute de leurs besoins. Certains d’entre eux se sont regroupés pour l’occasion au sein de collectifs, comme À l’Aube des Mouches par exemple.

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Pour eux, faire une demande à plusieurs sur le même espace leur donnait des arguments supplémentaires. Nous avons également fonctionné aux coups de cœur, ça a été le cas avec les Pisseuses mais aussi avec Stéphanie Leininger. Par la suite, nous avons fermé les ateliers du CEAAC quand la Ville de Strasbourg a ouvert les Bastions. Dès lors, il nous est apparu intéressant de favoriser les échanges à l’échelle internationale avec les résidences ; on sentait que si on avait une possibilité d’accompagner l’artiste pour trouver des partenaires ou pour monter le dossier, nous n’allions pas nous priver de le faire. Ça a eu le mérite d’augmenter notre capacité d’écoute et de mémoire, en tout cas d’avoir une connaissance du parcours de ces artistes sur la durée. Ça a été un facteur démultiplicateur de nos relations avec les jeunes artistes.

Des effets de quartier E.L. : Une fois que les liens ont été renforcés avec l’école, nous avons entrevu la possibilité d’ouvrir les portes du CEAAC comme champs d’expérimentation, entre les grandes expositions. Jusqu’il y a deux ans, ça se passait de manière informelle et sporadique quand les conditions étaient réunies  : des enseignants montaient un projet avec un groupe d’étudiants et nous demandaient de les accueillir en fonction de notre calendrier. Désormais, nous communiquons notre planning et nous réservons systématiquement à l’école une semaine entre chaque exposition. Cette semaine est intense puisqu’elle inclut le montage, la présentation et le démontage, du lundi au lundi.


Marie-Douce Hardy, Interface, 2012 Miroir, bois composite, 120 x 37 x 37 cm Vue de l'exposition Aléas, CEAAC, février 2012

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D.C. : Avoir la possibilité d’investir ainsi un espace professionnel avec ses équipes pour un travail de production, c’est un luxe inouï. Je ne suis pas sûr qu’on soit allé jusqu’au bout mais il faut jouer sur la proximité entre l’école, la Chaufferie et le CEAAC. Je suis très attentif aux effets de quartiers, et il faut valoriser ces possibilités-là. Par rapport à ce qu’on disait au départ, l’enjeu n’est pas forcément de faire venir un nouveau public, mais de travailler avec des groupes d’artistes… E.L.  : Et de les professionnaliser. Nous participons d’un échange dans lequel tout le monde doit donner : les étudiants donnent du temps et de l’énergie et nous, nous les accompagnons et leur apportons de la formation. Sur ce principe-là, nous avons mis en place une convention dans laquelle, quel que soit le groupe, nous souhaitons que soient identifiés un référent pour la coordination générale – toujours un étudiant, jamais un enseignant –, un référent pour la communication et un référent pour la régie. Chacun de ces trois référents s’adresse à l’interlocuteur qui lui correspond au sein du CEAAC. D.C. : Il faut saluer le grand nombre d’initiatives portées par les étudiants qui résulte de ce type de partenariat. Ils se sentent considérés comme des créateurs à part entière.

Un rayonnement sur la durée E.L. : Des artistes en résidence ont parfois ressenti le besoin de s’appuyer sur les ressources de l'École. À chaque fois, on a pu constater que c’étaient des conditions optimales pour l’artiste qui nouait des contacts parmi la jeune création dans le milieu extrêmement large de l’École, bien au-delà des ateliers. D.C. : Le bel exemple est celui de Claude Horstmann.

E.L. : Elle avait un projet avec l’École dès le départ et cherchait du dialogue. D.C.  : Elle a ouvert ses portes, les étudiants sont passés et finalement par affinité élective un petit groupe s’est formé autour d’elle. Elle a produit l’exposition aux Arts Déco… E.L.  : …qui a fini par voyager à Stuttgart ! À un moindre coût, on parvient à ce rayonnement sur la durée que nous souhaitons générer ici. Nous cherchons juste à être là au bon moment pour créer les connexions qui permettent aux artistes de travailler ensemble. D.C. : Il n’y a pas de mystère : travailler avec un artiste c’est la clé en art contemporain ! La professionnalisation n’est pas une obsession, mais ça me semble essentiel. Nous avons une responsabilité vis-à-vis de cela et il faut l’assumer ; nous évoluons dans le milieu de l’art contemporain qui est très organisé, avec ses métiers, ses filières, ses réseaux, ses marchés. À cela, nos étudiants n’échappent pas. Ils doivent sortir en pleine connaissance de ce qu’est un centre d’art, de ce qu’est un FRAC, de ce qu’est un critique d’art ou un commissaire. Il ne s’agit pas d’être dans l’outrance de la professionnalisation, mais en familiarité. E.L.  : Et de se donner l’occasion de mettre en jeu leurs compétences. Dès lors, ils peuvent mesurer le travail accompli et le chemin qu’il leur reste à parcourir.

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Alexis Dandreis, Remake, 2012 Plâtre, projecteur mandarine, 120 x 80 x 17 cm Vue de l'exposition Aléas, CEAAC, février 2012 Nicolas Chesnais, Fondations, 2012 Parpaings, dimensions variables (en arrière plan) Alice Gauthier, Capture, 2012 Néons, huile sur papier, 270 x 91 cm Vue de l'exposition Aléas, CEAAC, février 2012


UN TERRITOIRE COMMUN Par Iris Aleluia

UNE AVENTURE ARTISTIQUE ET HUMAINE Par Christiane Geoffroy – No Name

Durant nos premières années d’atelier, nous avons eu l’occasion, avec le groupe No Name, de travailler à deux reprises avec le CEAAC. En 2011, notre première exposition Pristhme s’est tenue à l’Espace international. En tant qu’élèves de deuxième année, nous voulions faire se rencontrer nos différentes approches et pratiques naissantes afin de créer un territoire commun. Cette expérience nouvelle a soudé notre groupe et nous a encouragé à poursuivre nos recherches. L’année suivante, le groupe s’est agrandi et nous étions dix élèves à monter l’exposition Aléas autour de la question du risque et du hasard au cœur de nos pratiques, qui a été accueillie au Centre d’art du CEAAC. Cette opportunité nous a permis d’expérimenter l’installation et le dialogue de nos pièces entre elles, et de prendre ainsi conscience des enjeux de la mise en espace dans un centre d’art, et en particulier dans un lieu atypique. Suite à ces deux expériences enrichissantes, les étudiants du groupe No Name ont décidé de créer le collectif Pristhme en revenant sur cette rencontre fondatrice. Notre projet est d’unir nos démarches et nos recherches autour d’une réflexion commune : à suivre...

Monter une exposition au CEAAC avec un groupe d’étudiants engagés, c’est avant tout une expérience artistique et humaine, et peut-être plus humaine encore. Ces deux dernières années, nous avons en effet eu la chance, avec des étudiants de l’option Art/Objet, de concevoir deux expositions collectives – une par an – dans un lieu différent de celui de l’École Supérieure des Arts Décoratifs. Le partenariat entre le CEAAC et l’ESADS s’est en ce sens avéré très précieux, non seulement en raison de la proximité des deux lieux, de la facilité des échanges, mais aussi de l’autonomie dont nous avons pu bénéficier. Le CEAAC a par ailleurs un atout considérable pour de jeunes artistes qui réfléchissent à l’exposition dans son ensemble : son lieu. Aux antipodes des diktats du « white cube », l’espace atypique du CEAAC permet et nécessite une recherche scénographique très enrichissante et stimulante. Formatrice, cette expérience a surtout permis aux étudiants de se responsabiliser face à l’organisation d’une exposition, car ils ont été amenés à gérer l’ensemble du projet depuis ses origines, du commissariat à la communication en passant par la régie, le gardiennage ou l’organisation du vernissage, et ce en quatre mois environ, à raison d’une rencontre professeurs/étudiants par semaine. Ces deux expériences collectives ont été fondamentales pour les étudiants. Suite à cela, il ont monté le collectif Pristhme, un collectif qui, à l'image des expositions organisées, raconte « l’histoire d’une rencontre, l’histoire de rencontres ».

LA POÉTIQUE DES SEUILS Par Jean-François Gavoty Le pôle Objet de l’option Art rassemble six ateliers : bijou, bois, livre, métal, terre, verre. Les productions s’y distinguent par des expérimentations matérielles poussées, l’interrogation permanente de la notion d’Objet, de son rapport au corps et aux contextes de l'art contemporain. On peut rapprocher ce champ de recherches de celui de la sculpture en mutation, s’inventant de nouvelles frontières, s’appuyant sur des savoirs faire qui lient tradition et expérimentation... Au-delà des regards complices pour des jurys de diplômes et diverses présentations, le CEAAC nous offre des situations d’exposition tout à fait professionnelles permettant aux étudiants de se confronter aux enjeux de la monstration, attirants et inquiétants. Exemplaire, l’exposition « Objection » portée par Gaëlle Cressend et Christophe Marguier a rassemblé seize jeunes artistes et étudiants liés au pôle Objet. Ouvrant le cadre des études, cette expérience a montré comment cette génération d'artistes s’empare naturellement de l'exposition comme d’une pratique. Un espace du sens, fragile et contradictoire, se construit grâce à des choix qui ne peuvent se faire que dans le temps de fabrication de l’exposition (variation des positions dans l'espace pour préciser telle connotation, évocation d'une démarche par quelques signes ajoutés, soustraction d'éléments superflus...) En stimulant ces situations, le CEAAC nous apparaît comme l’un des seuils sur lesquels se vit une mutation déterminante : si l’exposition comme faire-valoir et aboutissement d’une production est désormais largement remplacée par des situations d’installation qui identifient l’œuvre à l’exposition, dans le champ de la sculpture et de l’objet, l’exposition comme expérimentation traverse et reconstruit l’atelier, créant des allers-retours de plus en plus fluides et inventifs entre école et lieux de diffusion.

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MÉDIATION

———————— PAR ÉLISE SCHANN & CLAIRE KUENY ILLUSTRATIONS BEARBOZ ————————

Allumer un feu Les musées ont été les premiers intermédiaires entre un public et une œuvre. Aujourd’hui, et ce depuis les années 1970-1980, des services spécifiques de médiation culturelle au sein des musées et centres d’art ont été créés afin d’améliorer la communication entre l’art et son public. Focus sur les enjeux et le rôle de la médiation avec Gérald Wagner, chargé des publics au CEAAC depuis la mise en place de ce service en 1997.

Vous êtes chargé des publics et médiateur au CEAAC depuis la création de ce poste au sein de cette association. Comment envisagezvous votre rôle ? Il paraît nécessaire de rappeler avant tout qu’une bonne médiation commence par la qualité de l’accueil et des échanges qui se conçoivent, pour nous, selon trois principes : Informer et modérer. Le débat autour de l’art contemporain divise toujours l’opinion publique. Mieux informé, le spectateur peut alors formuler et nuancer son jugement face à des œuvres fondées sur la notion de concept et ne laissant parfois que peu de prises plastiques et démonstratives. Faciliter la rencontre entre l’artiste et son œuvre, entre le singulier et les différentes familles de visiteurs, le collectif, tel est un des objectifs de ces échanges. Faire parler les signes. Dépositaire d’une parole  –  celle de l’artiste – et de sens propres à un contexte donné, le médiateur doit développer tous les moyens à sa disposition pour faciliter la transmission de références symboliques et iconographiques, religieuses et historiques afin de mener au décryptage d’une œuvre parfois extrêmement codée, ceci quels que soient les publics, en développant un discours adapté à chacun.

Amener à une expérience. Le but du dialogue consiste à souligner les spécificités plastiques des œuvres, d’en décrire la genèse pour que les spectateurs invoquent tous les critères qui leur permettront de mieux apprécier cette œuvre et d’affiner leur jugement esthétique. Qu’elle soit illustrative ou conceptuelle, l’œuvre reste une entité physique constituée de formes et de matériaux qui nous permet de vivre une expérience sensorielle et intellectuelle, qui nous invite à réfléchir, à méditer. Il n’y a qu’une lettre qui diffère entre médi(t)ation et médiation ! Avec l’art contemporain, la médiation est devenue presque indispensable. C’est à la fois très positif, car cela engendre de la communication, des échanges, ce qui est un des objectifs principaux de l’art. Mais n’est-il pas dérangeant que l’art ne parvienne plus toujours à communiquer uniquement par lui même ? André Malraux disait que le plus beau moment de découverte de l’œuvre est celui, fatidique, de la révélation personnelle et intime. La médiation va d’une certaine manière à l’encontre de cela, en gâchant en quelque sorte cette révélation, ce qui n’est évidemment pas sans nous poser de problèmes, de questions. Néanmoins, nous voulons toujours compenser cela et ne pas faire de «  médiatisation  », au

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contraire. Ainsi, nous laissons toujours les visiteurs découvrir l’exposition par eux-mêmes dans un premier temps, afin que puissent naître leurs premières impressions. Lorsque nous avons des groupes scolaires, c’est un peu plus compliqué, car nous ne pouvons malheureusement nous permettre cette formule que pour les lycéens. Collégiens et élèves de l’école primaire et maternelle sont encore trop jeunes. Peut-être que cela pourra évoluer à l’avenir pour les groupes que l’on suit et qui sont sensibilisés à l’art contemporain depuis leur plus jeune âge ? Nous tenons également à ce qu’il y ait une grande part d’échanges, de dialogues, de discussions au cours ou à la fin de la visite, en demandant l’opinion des visiteurs, que celle-ci soit positive ou négative et en les interrogeant sur la manière dont on pourrait procéder autrement pour traiter un sujet. Par ailleurs, en dressant un contexte, en communiquant, dialoguant, nous permettons toujours au public de réagir. Ce dernier n’est pas ce spectateur consommateur, défilant dans l’espace d’exposition muni d’un audio-guide. Utiliser le terme de visiteurs, comme nous le faisons, plutôt que celui de spectateur, n’est d’ailleurs pas anodin, car rien ne se fait dans la passivité. Nous cherchons à tout prix à raviver l’autonomie du spectateur !


Pourriez-vous nous parler d’un souvenir de médiation qui vous a particulièrement marqué ? Pour son exposition de l’été 2010, le CEAAC avait invité l’artiste allemand Manfred Pernice à concevoir un environnement spécifique à notre espace d’exposition. Pernice développa alors une vaste installation tenant compte de l’histoire de nos locaux, de celle des régions de l’Est de la France mais aussi de certains sites allemands. Les installations de cet artiste peuvent déstabiliser les plus avertis. Dans le cas présent, il s’agissait d’une série de socles circulaires aux allures de présentoirs colorés sur lesquels étaient disposées quelques pièces de divers services de vaisselle et autres récipients. Assiettes, soupières et autres plats dévoilaient leurs origines géographiques et devenaient les vestiges témoins de modes de production, d’organisations sociales, de systèmes de distribution et de l’histoire d’une aire donnée. Combinant des interprétations plastiques que lui inspirent nos sociétés contemporaines à des prélèvements sur le terrain d’indices matériels et de documents, l’artiste tente de construire des «  paysages encyclopédiques  » prenant l’allure d’installations à parcourir et à décrypter.

Une démarche artistique si singulière nécessite le partage d’informations avec le spectateur qui, sinon, risque de croiser cette œuvre sans réellement la rencontrer. Par ailleurs, face à un processus de création si particulier et ancré de manière si concrète dans le réel, comment capter l’attention du jeune public qui associe souvent la notion d’art à celle du merveilleux ? Entre théorie et pratique, cette exposition a nécessité la mise en place d’actions de médiation spécifiques dédiées aux plus jeunes. Filant la métaphore et suivant les pas de Manfred Pernice, une pensée de Michel de Montaigne semble tout indiquée si on l’applique à l’ensemble des publics amateurs d’art contemporain  : « Éduquer un enfant n’est pas remplir un vase, mais allumer un feu » et il en est ainsi de la médiation telle que nous la concevons ici.

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Quel regard portent les jeunes générations sur l’art contemporain alors qu’elles disposent de l’outil Internet ? La sensibilisation passe par la médiation. Visite de deux classes de troisième du collège André Malraux de la Wantzenau au cœur de l’exposition Digital Art Works, en compagnie de Gérald Wagner, chargé des publics.

THEY ARE DIGITAL NATIVES ———————— PAR CÉCILE BECKER ILLUSTRATIONS BEARBOZ ————————

“Internet”, “numérique”, “tablette”, “écran”, un vocabulaire saisi par la génération Y et utilisé, contourné, détourné par l’art, parfois même avant l’apparition des Internets. Les artistes cherchaient la connexion globale bien avant que nous y pensions. Visionnaires ? Rien n’est moins sûr. Qu’en est-il de la génération post Y ? Bien qu’elle utilise le numérique au quotidien, elle n’a pas forcément conscience de la portée de ce média, notamment dans l’art numérique. Mathilde, élève de troisième du collège André Malraux consent  : «  Je ne savais pas que le numérique était aussi présent dans l’art contemporain. J’aurais tendance à dire que je m’y intéresse plus qu'à l’art classique, parce que le numérique, je l’utilise tous les jours. » Un avis partagé par sa camarade de classe Maéva, plus habituée à côtoyer les musées d’art contemporain  : «  C’est sûr que c’est plus fun de voir des œuvres d’art dans des télés  », faisant référence à l’œuvre de Nam June Paik, Internet Dream. Touchés dans leurs pratiques quotidiennes, les élèves paraissent intéressés par ce que présente l’exposition Digital Art Works. Une fois qu'ils ont béneficié des éclaircissements donnés par Gérald Wagner et Céline Clément, médiateurs culturels, leurs visions et interprétations prenent une toute autre tournure et sont parfois surprenantes. Photoshop qui leur sert

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essentiellement à retoucher leurs photos Facebook devient un outil pour faire mentir une image ou du moins, modifier son message ; une vidéo peut devenir, grâce à leur intervention, un jeu interactif dans lequel ils se promèneraient. Hugo, l’agitateur de classe, est enthousiaste  : «  D’avoir les explications des guides c’est important, je ne pense pas que j’aurais compris l’exposition, ni que j’y serais allé de moi-même. Le fait de connaître tout ça me donne envie de revenir, peut-être plus tard, pour une autre exposition.  » Montrant un dynamisme sans pareil lorsqu’on leur demande d’utiliser les œuvres d’art, ils n’en sont pas moins fascinés par la créativité des artistes. Tout juste sortis, les voilà reprenant leurs bonnes habitudes, yeux rivés sur leurs smartphones.


Devant Internet Dream de Nam June Paik, un mur de vidéos diffusées sur 52 petits écrans de télévision. « Vous êtes ici pour découvrir l’art contemporain et lors de cette exposition, l’art numérique. Ce que vous avez devant vous ne sont pas des ordinateurs, mais des télévisions qui sont toutes liées entre elles. Savez-vous ce que veut dire Internet Dream ? »

Silence dans la salle, les élèves se montrent timides, mais Jean-Christophe finit par tendre le bras. Alors que certains remettent leur mèche en place tout en fixant l’installation, comme hypnotisés. « Le rêve Internet ! - Exactement. Nam June Paik a fait ce rêve que l’on puisse mettre les ordinateurs en réseau. À l’époque, ça n’était pas possible, il a donc imaginé ce qu’Internet pouvait offrir. Qu’est-ce que vous regardez comme sites sur Internet ? »

Alors que l’on s’attend à une flopée de Facebook ! Deezer ! Marc finit par répondre : « You Tube... - Voilà, vous pouvez trouver toutes sortes de vidéos, des films, de la musique, des blogs, des solutions à vos problèmes de science. Internet Dream représente tout ce que vous pouvez trouver sur Internet aujourd’hui : ces écrans diffusent des images rapides : des formes géométriques, des étoiles, des baisers de cinéma célèbres, des images de sport. Il y a tout. L’artiste Nam June Paik a donc été visionnaire. »

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La visite continue à l’étage. Quatre ordinateurs sont alignés et représentent l’évolution des possibilités graphiques des micro-processeurs expérimentées par Herbert W. Franke. D’une orchidée plutôt basique formée de lignes en 1984, on finit sur la représentation de pixels mouvants en 1992, en passant par des courbes en 1990.

Gérald Wagner explique le rôle des pixels avant de passer à l’œuvre d’Hervé Graumann en 1993. Raoul Pictor, coincé dans un ordinateur, passe ses journées à peindre, l’ordinateur relié à une imprimante édite les œuvres de notre peintre, à chaque fois uniques. Mise au goût du jour, l’œuvre est aujourd’hui déclinée en application smartphone.

De la théorie, le groupe passe à la pratique en profitant des ateliers au rez-de-chaussée déjà testés par le deuxième groupe emmené par Céline, et qui a déjà l’air de faire leur bonheur...

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Le moment tant attendu arrive. Gérald Wagner commence par l’atelier retouche d’images. Les troisièmes sont invités à tour de rôle à appliquer une modification sur une image de Nam June Paik, dans la bonne humeur et l’humour.

Suit une balade interactive où les élèves s’improvisent conducteur de tramway dans les rues de Karlsruhe, et un passage plus sportif sur un vélo dans les rues modélisées de Karlsruhe, Manhattan et Amsterdam. Dans une ambiance détendue, les élèves comprennent l’intérêt de l’art numérique qui permet une interactivité poussée. Dans le tram, ils portent des lunettes 3D, vont vite, changent l’aiguillage. Sur le vélo, ils foncent, traversent les murs, se charrient : « Fais gaffe tu vas te faire flasher ! - J’ai envie de refaire le vélo. - Elle pédale vite, trop vite... »

Les réactions fusent. Jusqu’à ce que les accompagnatrices et leur professeur d’arts plastiques Madame Jbil les invite à récupérer leurs affaires pour grimper dans le bus qui les attend. Autant les élèves que les adultes accompagnateurs se sont posés des questions sur l’art numérique et ont ouvert leur vision de l’art contemporain. On entend : « Je reviendrai, moi ! » Puis la vie reprend son cours.

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TÉMOIGNAGES

La clé pour y entrer À l'occasion des 25 ans du CEAAC, plusieurs personnalités artistiques liées à son histoire ont été sollicitées pour exprimer leurs points de vue sur les actions initiées et mises en œuvre depuis la création de l'association. ———————— PROPOS RECUEILLIS VANESSA SCHMITZ-GRUCKERT ILLUSTRATIONS CHRISTOPHE KAISER ————————

“ Je retiens surtout du CEAAC son action pionnière, son implication, son acuité, son expertise de l’art dans l’espace public. ”

CATHY GANGLOFF « Je suis une fan et une fidèle du CEAAC depuis ses débuts. La qualité de l’équipe tant au niveau professionnel que dans l’échange humain est exceptionnelle. C’est un lieu magnifique qui change au fil des expositions, qui dialogue avec les œuvres et qui se transforme à chaque fois. C’est un lieu qui sait évoluer. Je m’y rends régulièrement et, en tant que professeur, je trouve que c’est une chance inouïe de pouvoir faire découvrir ce travail aux élèves. »

—— Philippe Lepeut

BERNAR VENET « C’était à l’extrême fin des années 80. J’avais rencontré Robert Grossmann et cette idée de réaliser une pièce pour la ville de Strasbourg m’avait plu. J’adore cette ville ; il s’y passe des choses, c’est une ville très dynamique, une ville géniale. Et on me proposait de réaliser une sculpture monumentale. Je venais d’achever une pièce à Norfolk en Virginie, une à Paris et une à Épinal, mais dans des formats plus réduits. C’était ma première commande publique et c’est la plus réussie. La pièce en soi fonctionne très bien mais c’est surtout celle qui fonctionne le mieux dans son espace. Elle est adaptée à la réalité de son environnement, un espace formidable et généreux. On a ensuite compris que je pouvais réaliser des pièces monumentales et quatre ans durant, de 1987 à 1991, les commandes se sont enchaînées de façon ininterrompue. »

JEAN CLAUS « Si je devais qualifier le travail avec le CEAAC, ce serait un florilège d’éloges alors je dirais simplement qu’Évelyne est une fée ! »

PIERRE GAUCHER « Mon premier contact avec le CEAAC remonte à vingt ans lorsque j’y ai été lauréat. C’était un bel encouragement. Pour La culture de l’oubli, c’était une expérience très positive. C’est un travail que j’ai pu décliner au travers de nombreuses commandes par la suite. J’ai acquis une crédibilité en tant qu’artiste : le CEAAC m’a adoubé. »

PHILIPPE LEPEUT « J’ai découvert le CEAAC par ce lieu magnifique, très emblématique. Le CEAAC a beaucoup œuvré pour la diffusion de l’art qui se fait en Alsace mais ce que je retiens surtout c’est son action pionnière, cette implication, cette acuité, cette expertise de l’art dans l’espace public. Et puis, peu de régions offrent des résidences d’artistes d’une telle qualité. »

STEPHAN BALKENHOL « Je n’ai que des bons souvenirs de mon exposition au CEAAC et de la collaboration à Pourtalès. Le travail a été fait avec beaucoup d’engagement tout en me laissant la liberté de concevoir mon exposition comme je l’envisageais. L’accompagnement était parfait avec une grande compétence professionnelle et en plus une équipe très aimable. Le CEAAC est une chance pour Strasbourg, longue vie au CEAAC ! »

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MICHEL DÉJEAN « Ils ont été les premiers en Alsace à avoir proposé un lieu et une écoute pour les artistes. Les arts plastiques sont un peu le parent pauvre de Strasbourg et cette volonté, associative et politique, est indispensable. Il leur faut un maximum de visibilité, notamment pour leur lieu. Et l’importance de l’éducation et de la sensibilisation des scolaires à l’art, c’est fondamental ! »

RAYMOND-ÉMILE WAYDELICH « C’est une initiative qui revient à Robert Grossmann. Avec un tout petit budget, il a su montrer qu’on pouvait faire entrer l’art contemporain dans une région qui en était démunie. Je voudrais remercier Robert Grossmann d’avoir permis ça. Bravo Robert ! »

“ C’était ma première commande publique et c’est la plus réussie. La pièce en soi fonctionne très bien mais c’est surtout celle qui fonctionne le mieux dans son espace. ”

KLAUS STÖBER « Travailler avec le CEAAC est gratifiant. Je m’y applique à rendre les œuvres lisibles. Je ne cherche pas à interpréter : j’y opère comme un traducteur. Il y a dans les lieux, une belle lumière et une architecture particulière que j’essaye de rendre à travers les photographies. Je cherche à souligner le rapport entre l’œuvre et cet espace intérieur singulier. » BERNARD PAGÈS « C’est un lieu qui sait rester fidèle à lui-même. C’est un lieu où on ne parle pas pour ne rien dire. Ce sont des gens d’un grand sérieux et persévérants. Lorsqu’ils défendent un projet, ils vont au bout des choses. Et Évelyne Loux est une grande organisatrice. Le travail est grandement facilité par son professionnalisme ! »

—— Bernar Venet

GERMAIN ROESZ « C’est un lieu qui a beaucoup compté. Leur action doit se poursuivre dans le paysage alsacien et strasbourgeois. Il devrait toutefois, au-delà du MAMCS, y avoir d’autres alternatives, d’autres lieux pour l’art contemporain. »

PATRICK BAILLY-MAÎTRE-GRAND « Un seul mot : formidable. Aimé, protégé, aidé, l’accueil est exceptionnel pour l’artiste. Les retours sont extrêmement bénéfiques. J’ai moi-même été amené à reproduire une installation exposée au CEAAC dans d'autres lieux. Et, d’ailleurs, l’aide technique sur cette exposition était extraordinaire. J’ai eu joie et plaisir à concevoir Le puits voleur même si la confrontation avec le public a été douloureuse. »

ILANA ISEHAYEK « Le CEAAC fonctionne sur de bonnes bases. J’aime ce lieu et son équipe. Le travail avec les enfants demande beaucoup d’énergie mais ils le rendent bien ! »

SARKIS « J’avais des grands projets pour Strasbourg et l’Alsace. Le CEAAC n’est qu’un volet de la vision élargie que j’avais de ce territoire. J’avais déjà collaboré avec l’ESADS et le MAMCS et je voulais disséminer des lieux d’art et de pensée dans Strasbourg. J’avais une vraie volonté d’ouvrir à l’art des lieux qui à la base ne sont pas des lieux d’art. L’atelier, à Pourtalès, est ouvert à tous. Il suffit d’aller en demander la clé au CEAAC. »* * En 1998 le CEAAC a installé Près de l'arbre brûlé (A matthias Grunewald) dans le parc de Pourtalès. Cette œuvre est un atelier accessible sur demande auprès du CEAAC.

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CONTRIBUTEURS

Le temps d’un espace 5 artistes, 5 œuvres originales, 5 cartes blanches comme autant d’instants propices à la contemplation. À découvrir tout au long de ce hors-série.

STEPHAN BALKENHOL

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Stephan Balkenhol est né en 1957 à Fritzlar en Allemagne. Il vit et travaille entre Meisenthal et Karlsruhe, où il enseigne à l’Académie des Beaux-Arts. Considéré comme l’un des plus grands sculpteurs allemands contemporains, il réalise essentiellement ses œuvres dans son matériau de prédilection, le bois. Dans un style figuratif, il façonne – généralement d’un seul bloc – des personnages aux formes humaines, animales voire des êtres hybrides. Ainsi en est-il de l’Homme-girafe installé sur le parvis du siège d’Arte à Strasbourg ou À travers l’arbre, bas-relief taillé directement dans un tronc d’arbre et représentant un “homme-cerf” et une “femme-renarde”, sortes de figures mythologiques, qui s’inscrit ainsi parfaitement dans le cadre du Parc de Pourtalès.

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— pages 20-21 Stéphan Balkenhol, Femme ? / Hermaphrodite, 2012 Fusain sur papier

KATSUHITO NISHIKAWA

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Né en 1949 à Tokyo, Kastuhito Nishikawa a étudié au Japon et en Allemagne, où il vit aujourd’hui. Il a notamment enseigné l’art en tant que professeur invité à l’Académie des Beaux-Arts de Hambourg ainsi qu’à l’École Supérieure d’Art et de Design de Reims. De renommée internationale, il a partcipé à de nombreuses expositions dans le monde et a réalisé d’importantes commandes publiques. Parmi celles-ci, une série de sculptures nommée Aqua a été inaugurée en 2001 par le CEAAC au parc du Château de Wesserling. Son travail, essentiellement sculptural, inspiré de la nature et de l’architecture est marqué par cette double identité japonaise et européenne.

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— pages 26-27

www.katsuhitonishikawa.com

Katsuhito Nishikawa, Der Weg / Landschaft, 2006 Photographie, 20 x 27,5 cm

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PIERRE FILLIQUET

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Né en 1970 à Bourges et diplômé des Arts Décoratifs de Strasbourg en 1997, Pierre Filliquet partage sa carrière artistique entre la France et le Japon. Photographe, vidéaste, dessinateur, Pierre Filliquet se confronte à divers médiums et à différents genres, très marqués par la peinture, allant des paysages à la nature morte. Ses œuvres, précises et sobres, nous invitent au voyage en nous transportant dans différentes atmosphères, différents pays et différentes temporalités. En 2006, il est lauréat du CEAAC et obtient la bourse du Conseil général du Bas-Rhin. Une exposition monographique lui a été consacrée au CEAAC en 2010 après sa résidence à Séoul.

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— pages 34-35

www.pierrefilliquet.com

Pierre Filliquet, Momies, détail Extrait d’une série de 30 images Tirages barytés contre-collés sur aluminium, cadre bois, 100 x 100 cm

SÉBASTIEN GOUJU Né en 1978 à Nancy, Sébastien Gouju vit et travaille à Strasbourg et Nancy. Cet artiste pluridisciplinaire sculpteur, illustrateur et dessinateur, nous met face à des œuvres déplacées. Il opère en effet à des déplacements physiques et fonctionnels des objets qui deviennent alors incongrus, surréalistes et nous plongent dans un univers souvent imaginaire. Ses œuvres nous mettent dans des positions parfois inconfortables. Entre humour et sarcasme, légèreté, violence et poésie, elles nous offrent une multitude d’approches possibles. Sébastien Gouju s’est lui-même déplacé au Québec dans le cadre d’une résidence soutenue entre autres par le CEAAC. 44

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www.sebastiengouju.com — pages 44-45 Sébastien Gouju, Sans titre, 2012 encre, graphite et gouache sur papier, 40 x 30 cm courtesy Semiose galerie, Paris.

CÉCILE HOLVECK

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Née en 1980, Cécile Holveck vit et travaille entre Paris et Strasbourg. Diplômée de l’ESAD de Strasbourg, l’artiste mêle différents médiums comme la sculpture, le dessin ou la performance qu’elle fait dialoguer entre eux et qu’elle associe à des textes, poésies, contes et autres fables imaginaires. Elle nous raconte des histoires et plonge le spectateur dans des univers imaginaires et colorés, a priori enfantins ; ils révèlent pourtant une réalité moins onirique et légère qu’à première vue, à l’instar de ceux présentés lors de l’exposition Bâtir sur le vent, réalisée à Alma au Québec en 2008, dans le cadre de sa résidence soutenue entre autres par le Frac Alsace, l’Agence Culturelle d’Alsace et le CEAAC. Elle a récemment effectué une commande artistique pour l’Hôpital civil de Strasbourg.

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— pages 58-59 Cécile Holveck, Les lanternes, 2012

www.cecile-holveck.com

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Programme 2012-2013 Claire Fontaine & Karl Holmqvist, Untitled (The Weeping Wall inside us all), 2009 Néon, transformateur, câble, 90 x 45 cm Courtesy Air de Paris, Paris & Galerie Chantal Crousel, Paris Photo © DR

————— Doppelgänger, le cycle d’expositions de Vincent Romagny Le terme Doppelgänger, qui signifie « sosie » en allemand, renvoie à l'idée du double, mais laisse planer un doute sur sa réalité: s’il est identique, en est-il distinct pour autant ? De plus, rien n'indique comment ce double est généré. Le cycle de trois expositions Doppelgänger proposera d'en croiser plusieurs figures possibles : autant d'hypothèses sur ses modes de formation et d'existence, qu'on ne saurait imaginer, déconstruire ou induire.

Les Séparés avec le duo Bruant & Spangaro, Cécile Dauchez, Koenraad Dedobbeleer, Claire Fontaine & Karl Holmqvist, Karl Holmqvist, David Lamelas, Toshio Matsumoto, Corin Sworn. > 10 nov. 2012 - 6 janv. 2013 > Vernissage 9 nov. 2012

————— L’exposition d’été au CEAAC

Wanderung/promenade en partenariat avec la Städtische Galerie d'Offenburg. Une exposition regroupant des œuvres d'artistes travaillant des deux côtés des rives du Rhin autour de la question du rapport entre la promenade et la disponibilité mentale nécessaire au jaillissement de nouvelles idées et de nouvelles formes. > 28 juin - 22 sept. 2013 ————— Les projets d’installations et de restauration d’œuvres dans l’espace public Inauguration de l’œuvre de Bernard Pagès à Dambach le 17 novembre 2012.

The Souls avec (à confirmer) Lisa Holzer, David Jourdan, Ciara Phillips, Denis Prisset, Markus Schinwald, Westphalie Verlag, Lynette Yiadom-Boakye. > 9 février au 28 avril 2013 > Vernissage 8 fév. 2013

————— Les expositions de l’Espace international Exposition de fin de résidence de l’artiste coréenne Dorothy M. Yoon et de l’artiste Mohammed El Mourid qui a résidé en Corée en 2011. > 10 nov. - 2 déc. 2012 > Vernissage 9 nov. 2012 Exposition de fin de résidence de l’artiste allemand Levent Kunt et de Patrick Meyer qui a résidé à Francfort en 2012. > 13 déc. 2012 - 8 janv. 2013 > Vernissage 12 déc. 2012 Exposition de fin de résidence de l’artiste de Stuttgart Manuela Beck et de Sébastien Gouju qui résidera à Stuttgart en 2012. > 9 fév. - 10 mars 2013 > Vernissage 8 fév. 2013 Exposition de fin de résidence des artistes Guillaume Alimoussa et Anil Eraslan, partis tous deux en résidence à Berlin en 2012 et 2013. > 28 mars - 28 avril 2013 > Vernissage 27 mars 2013

Les Géorgiques avec (à confirmer) Ann Collier, Julien Crépieux, Jérémie Bonnefous. > 30 sept. à fin décembre 2013 > Vernissage 29 sept. 2013

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Le CEAAC pratique

Le Parc de sculptures de Pourtalès 161, rue Mélanie 67000 Strasbourg Ouvert tous les jours, toute l’année. Les visites de groupe (gratuites) ont lieu d’avril à novembre sur rendez-vous > Accès par bus Pour situer les autres œuvres installées sur la Route de l’Art Contemporain en Alsace, rendez-vous sur le site internet du CEAAC  L’Atelier International L’Atelier international, lieu de travail des artistes résidents du CEAAC, est ouvert au public ponctuellement lors d’ateliers ouverts qui permettent aux artistes de présenter leur travail à l’issue de leur résidence.

CEAAC Centre Européen d’Actions Artistiques Contemporaines 7, rue de l’Abreuvoir 67000 Strasbourg +33 (0)3 88 25 69 70 www.ceaac.org Ouvert du mercredi au dimanche de 14h à 18h, fermé les jours fériés et au mois d’août Entrée libre aux expositions Visites commentées et ateliers pédagogiques gratuits sur rendez-vous Accès : Arrêt de tram : > Université (lignes C, E, F) Arrêt de bus : > Cité Administrative (lignes 15 et 30)

Cet atelier se trouve au : 17, rue de Rosheim (au fond de la cour, 2e étage) 67000 Strasbourg Accès : >arrêt de tram Musée d’Art Moderne (lignes B et F) >Gare Centrale (lignes A, C et D) L’équipe du CEAAC Évelyne Loux, Directrice Marion Rouchet, Chargée d’Administration Élodie Gallina, Chargée des Relations internationales Gérald Wagner, Chargé des Publics Élise Schann, Chargée de Communication Roland Görgen, Régisseur Céline Clément, Médiatrice culturelle Brice Bauer, Médiateur culturel Sandrine Riff, en service civique au CEAAC Claire Kueny, Chargée de mission pour les 25 ans du CEAAC Fatiha Machtoune, Agent d’entretien Les membres du comité technique du CEAAC Gérard Traband, Président du CEAAC Évelyne Loux, Directrice du CEAAC Jean-Yves Bainier, Membre fondateur du CEAAC David Cascaro, Directeur de la Haute Ecole des Arts du Rhin Karine Graff, Agent d’art Gabrielle Kwiatkowski, Chargée des arts plastiques à la Ville de Strasbourg Joëlle Pijaudier-Cabot, Directrice des Musées de Strasbourg Lionel Vandergucht, Collectionneur


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