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OZU x 36

= L’intégrale du 10 février au 24 mars 2007


du 10 février au 24 mars 2007

OZU x 36

= L’intégrale

En complément de programme OZU AU TEMPS DU MUET : LA FÊTE DE L'IMAGE ET LA PAROLE Deux représentations exceptionnelles avec un narrateur benshi comme au temps cinéma muet Avec l'orchestre Kumonosu Quartet. Cf page 6 du catalogue. Films présentés en version originale sous-titrée français (VOSTF) et version originale sous-titrée anglais (VOSTA)

Maison de la culture du Japon à Paris Grande salle (niveau -3) 101 bis, quai Branly - 75740 Paris cedex 15 Métro Bir-Hakeim / RER Champ de Mars Tel. 01 44 37 95 01 www.mcjp.asso.fr Organisation MCJP (Fondation du Japon) et Association pour la MCJP Contact presse Valérie Touzé (06 15 26 35 78 / 01 44 37 95 22) Pour recevoir nos informations, envoyez votre adresse e-mail à : spectaclesetcinema@mcjp.asso.fr

Tarif 4 € / Tarif réduit 3 € Photos © SHOCHIKU CO., LTD., CARLOTTA FILMS, collection particulière Max Tessier Provenance des copies JAPAN FOUNDATION FILM LIBRARY (www.jpf.go.jp) - SHOCHIKU CO., LTD (www.shochikufilms.com) CARLOTTA FILMS (www.carlottafilms.com) Remerciements Michel Ciment et l'équipe de Positif pour leur aimable autorisation de reproduction des textes du Positif N°203 (février 1978) consacré à Ozu. Pascal Hurth et la Bibliothèque Interuniversitaire des Langues Orientales. Max Tessier, Hidenori Okada, Pierre Gras, Hiroko Govaers. Catalogue réalisé avec la collaboration de Miwako Kobayashi

En partenariat avec FIP, Cahiers du cinéma, Carlotta Films Avec le soutien de JTI Un événement FIP

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Faut-il percer le mystère Ozu ? par Max Tessier* On oublie très souvent, en parlant d'un cinéma "ozuein" - c'est-à-dire en plans fixes, à ras du tatami, et traitant de "l'impermanence des choses" à travers des histoires sans cesse remises sur le canevas de familles divisées - que le jeune Yasujirô du cinéma Muet avait fait ses classes avec le cinéma hollywoodien de l'époque (et, accessoirement, européen), en citant à tour de camera Lubistch, Hawks, ou même Buster Keaton. Tout un pan de son œuvre où il se fait le chantre des pauvres et des opprimés, par une malicieuse critique sociale, à travers des comédies exemplaires, dont la plus célèbre reste Gosses de Tôkyô (1932). On oublie aussi que les "fers de lance" de la Nouvelle Vague radicale de la Shôchiku, en particulier Oshima et Yoshida, l'avaient assez sévèrement attaqué pour sa vision "bourgeoise" du monde (à la fin de sa carrière), avant de reconnaître beaucoup plus tard sa personnalité et son style uniques..

Y a-t-il un "mystère Ozu"? On pourrait le croire au vu des innombrables ouvrages, essais ou articles mondiaux consacrés au cinéaste, dont la quantité et la diversité d'approches n'auraient d'égales que les hypothèses à l'infini sur les pharaons et leurs tombeaux... Ne dit-on pas d'ailleurs d'Ozu qu'il était le "scribe du cinéma japonais", en référence à sa position accroupie sur le tatami, supposée résumer sa vision du monde derrière une caméra basse, tout au moins dans la dernière partie de sa carrière ? Or, il n'en fut pas toujours ainsi. Comme tous les "continents inconnus" du cinéma, Yasujirô Ozu a fait l'objet de multiples "découvertes" successives, en Occident, et en France. Bien avant que Wim Wenders ou Hou Hsiao Hsien en fassent une icône emblématique qui aurait influencé leur œuvre, Ozu était considéré comme un cinéaste unique au Japon, à qui l'on opposait bien artificiellement, Mikio Naruse qui a retrouvé depuis sa juste place. Et, s'il est un "découvreur" occidental incontestable du maître d'Ofuna, c'est bien du pionnier Donald Richie qu'il s'agit, indiquant clairement son importance dès son premier livre en 1959, et lui consacrant un ouvrage à part entière en 1974, onze ans après la disparition du cinéaste. En France, malgré la réputation critique d'Ozu, peu de ses films étaient visibles en dehors de la Cinémathèque Française (dans le désordre), et, dans les années 1960/70, il fallait aller, sinon à Tôkyô, du moins au British Film Institute de Londres, pour voir quelques films de sa dernière période. Le premier film sorti commercialement à Paris, le fameux Voyage à Tôkyô (1953), ne le fut qu'en 1978, quinze ans après la mort du cinéaste (1963). Mais ce fut le déclic du véritable succès public d'Ozu en France, puisque ce film, vu à l'époque par près de cent mille spectateurs, fut suivi de plusieurs autres, jusqu'à ce qu'un distributeur cinéphile (Alive) propose plus tard une vingtaine de titres, et de multiples rééditions. Depuis, le "mystère Ozu" a suscité d'infinies variations critiques, jusqu'à l'approche assez provocatrice (et sujette à caution) du professeur S. Hasumi, qui déclarait tout de go qu'Ozu était "le moins japonais des cinéastes", opinion toute personnelle, qui visait surtout à inverser le courant majoritaire dominant...

Le "mystère Ozu" (s'il existe) ne se laisse donc pas percer facilement. C'est que le grand cinéaste bouddhiste d'Ofuna a emporté avec lui, dans sa mort prématurée, les clés de la combinaison, que tout le monde voudrait bien retrouver, et surtout ses "héritiers" auto-proclamés, qui ne sont pas toujours dignes de l'héritage revendiqué... Cette intégrale (de tous ses films existants, car beaucoup ont, hélas, disparu à jamais) est donc la bienvenue pour refaire un nouveau point, en toute liberté de pensée, sans influence aucune. > Le cinéma japonais - une introduction, Nathan Université, 1997 ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ●

* Historien du cinéma, critique et spécialiste du cinéma japonais. Auteur notamment de : Le cinéma japonais au présent, Pierre Lherminier Editeur, Paris, 1980 et 1984

Cruel Ozu par Pierre Gras* rentre chez lui et, plutôt que d’expliquer ses déboires dont il sait qu’ils mettront sa famille en difficulté, prend ses enfants turbulents en grippe et les frappe sans ménagement. Etre ému tout simplement par la séquence de Récit d’un propriétaire (1947) où Chôko Ida et le garçonnet qu’elle a recueilli après la guerre se rendent chez un photographe pour un portrait qui, apparaissant brusquement au spectateur sous forme d’une image inversée tête en bas suivie d’un plan noir de quinze secondes, marque définitivement la dissolution annoncée des rapports d’affection qui se nouaient peu à peu entre l’enfant et sa mère d’adoption.

Ozu cruel ? Pour ses commentateurs et analystes d’abord. Peu nombreux, il est vrai, lorsqu’on songe à l’importance de ses films, à la manière dont ils vous frappent immédiatement par leur ton et leur beauté. Mais émérites, ces analystes, ô combien. Eux tous : Paul Schrader, David Bordwell, Shiguéhiko Hasumi et Donald Richie, et encore Kijû Yoshida et Youssef Ishaghpour. Tout entier dévoués à essayer de nous livrer leur vision d’Ozu, à détailler ses méthodes, à scruter ses thèmes, à rechercher les clefs de son œuvre. Il faut les lire tous avec passion, avec plaisir, pour y découvrir toutes les facettes du cinéaste. Et comprendre comment il est tour à tour le plus américain des réalisateurs japonais et le plus japonais des cinéastes ; comment il incarne à la fois l’esthète absolu, uniquement soucieux de son art, et le parfait cinéaste de studio, acharné à suivre son plan de travail et terminer ses tournages dans les délais impartis ; comment il passe des sommets du mélodrame familial à l’humour le plus trivial ; comment il est salué comme un peintre de la cruauté de la société japonaise et est décrié pour son apolitisme ; comment il peut être décrit comme un maître du plan fixe et marquer les trois quarts de ses films de travellings maniaques qui sont de véritables tics de mise en scène.

Ozu cruel aussi pour lui-même lorsqu’il s’assume comme un « marchand de tôfu ». Ou, pire encore selon ses déclarations à Yoshida, Ozu qui décrit les cinéastes comme « ces prostituées qui racolent les clients sous les ponts vêtues d’un manteau de paille ». Bref, un artisan qui doit accomplir jour après jour son travail pour satisfaire ceux qu’il doit rassasier. Un cinéaste qui fabrique des films en cherchant les bonnes solutions film par film et expérimente pour chacun, à travers de subtiles variations et de franches expériences sur les gestes, les sons, la durée, les mouvements, les lumières et les couleurs. Ozu qui ne construit pas une « œuvre » dans laquelle on pourrait l’enfermer. Ozu qui nous laisse seuls avec les derniers plans du Goût du saké (1962) : l’escalier vide, la chambre avec sa psyché où ne se reflétera plus jamais l’image de la fille aimée et enfin le profil du père, Chishû Ryû, tristement ivre et seul dans la cuisine. Ozu qui nous laisse émerveillés par l’inventivité, la cruauté et la vitalité de ses films dont chaque nouvelle vision nous nourrit.

Aussi, plutôt que de se risquer à surenchérir pour proposer une nouvelle interprétation, ne vaut-il pas mieux se replonger dans quelques moments singuliers de l’œuvre ? Revoir la scène du repas lors de l’excursion dans Fin d’automne (1960) durant lequel la mère, Setsuko Hara, déjeune une dernière fois avec sa fille qui va se marier, pour y découvrir comment cette séquence, qui ne comprend que deux cadres différents et où les deux femmes restent assises, est animée subtilement par les gestes de mains des deux actrices, le mouvement des reflets ténus de la lumière sur le lac tout proche, et l’agitation discrète des lanternes de papier dans l’air. Rire de la partie de cache-cache entre le grand-père, Ganjirô Nakamura, et son petit-fils dans Dernier Caprice (1961) durant laquelle le vieil homme fait semblant de jouer à chercher et, en un ballet d’entrées et sorties dans le cadre, de sons in et off organisés magistralement par Ozu, échappe à la surveillance de sa fille pour rejoindre sa maîtresse. Avoir le cœur serré lorsque le père du Chœur de Tokyo (1931), tout juste licencié pour avoir défendu courageusement un collègue,

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*Secrétaire général de l'Agence pour le Développement Régional du Cinéma (adrc). Auteur de L'économie du cinéma, Cahiers du cinéma / SCÉRÉN, 2005

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spectacle exceptionnel

OZU

AU TEMPS DU MUET

La fête de l’image et de la parole Deux représentations exceptionnelles avec un narrateur benshi comme au temps du cinéma muet avec l'orchestre Kumonosu Quartet

Invité de la MCJP en juin 2006 pour la fête de la musique, le Kumonosu Quartet revient dans nos murs avec son orchestre pour faire revivre l'atmosphère des salles obscures du temps du cinéma muet. Il sera accompagné de Shôjirô Kataoka, le narrateur benshi. Dialogues et musiques originaux sur deux films d'Ozu comme à l'époque du cinéma muet : Chœur de Tôkyô et Gosses de Tôkyô. Depuis ses premiers concerts dans un café de Tôkyô en 1998, le Kumonosu Quartet a rapidement trouvé un ton original en mêlant musique et septième art. Ses spectacles de benshi qu'il donne à travars tout le Japon s'inscrivent naturellement dans cette recherche artistique placée sous le signe du divertissement. Gageons que le goût immodéré du ce quartet pour les atmosphères rétro aurait aussi du goût d'Ozu, lui qui fut si réticent à renoncer au cinéma muet, comme beaucoup de ses contemporains.

JE SUIS UN BENSHI, par Shôjirô Kataoka*

métrage. Et je me suis pris au jeu. C'était une expérience tellement neuve pour moi. Et comme je suis également acteur dans Tricycle en Décembre, j'ai ressenti une sensation très étrange en faisant parler la personne à l'écran qui était moi-même ! J'étais face à un moi plus jeune que moi, celui du moment du tournage, c'est-à-dire plusieurs annéees auparavant. Le moi qui était sur l'écran n'avait pas vieilli, tandis que moi depuis toutes ces années…

Outre mon activité de benshi, je suis acteur de théâtre et violoniste. En fait, le métier de benshi n'était pas ma vocation première. Je le suis devenu un peu par hasard, il y a une dizaine d'années, quand Takushi Tsubokawa**, le chef du Kumonosu Quartet auquel j'appartiens, était en train de terminer son premier film : Tricycle en Décembre (jûnigatsu no sanrinsha). Je ne sais plus les détails de l'histoire, mais Tsubokawa n'avait jamais été satisfait du son de son film. C'est ainsi que quelques années plus tard il décida d'en faire un film muet et me demanda d'assurer la prestation de benshi ou narrateur, comme cela se faisait dans tous les films à l'époque du muet au Japon. L'idée, quoique intattendue, me plut et j'acceptai la proposition de Tsubokawa. Voilà comment je suis devenu un benshi. Puisque j'étais déjà acteur et musicien, je devais naturellement être capable de faire faire benshi. En tout cas, c'était la conviction de Tsubokawa. En ce qui me concerne, du benshi, je n'avais qu'une vague idée. J'ai donc travaillé en fonction de l'idée que je me faisais de cet art de la parole; en même temps que je composai la musique en regardant les images de ce court-

Ce film a voyagé dans tout le Japon. Il est passé aussi bien dans les salles de cinéma modernes de Tôkyô qu'à la campagne dans les locaux d'anciennes écoles fermées par manque d'élèves. L'année dernière, en 2006, nous avons même fait une tournée en Europe. Notre public était très varié, les curieux étaient de tous les âges. Si l'image projetée ne change pas, le discours d'un benshi en revanche varie toujours d'une séance à l'autre. Même si les dialogues sont écrits par le benshi avant la séance, il reste toujours une part d'improvisation. C'est ainsi qu'au fur à mesure de mes prestations oratoires, je me suis rendu compte que l'ex-

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teurs. Et cet élément vivant n'étant jamais le même (puisque les benshi changent), les émotions changent aussi. C'est un peu la même chose avec le cinéma actuel, selon qu'on voit un film dans son salon en vidéo ou sur un écran de cinéma. Selon encore qu'on le voit seul ou entre amis; à chaque fois, l'expérience émotionnelle sera différence pour un même film. Cela dépend toujours de la présence d'un élément vivant qui agira sur notre émotion. Le cinéma est l'émotion de l'instant, car il est une rencontre entre les êtres. L'idéal bien sûr est que cette rencontre ait lieu dans une seule langue. Malheureusement, je ne m'exprime qu'en japonais. Les spectateurs français devront à la fois m'écouter en japonais et me lire en sur-titrage français. Pour l'écriture des dialogues, j'ai adopté une métrique particulière le shichi go (sept et cinq syllabes) pour que même une personne ne comprenant pas le japonais puisse au moins être sensible au rhytme des phrases.

pression du benshi était affaire de théâtre. Moi qui croyais faire du cinéma, j'étais en fait en de jouer exactement comme quand je suis les planches; c'est excatement la même atmosphère qu'au théâtre. De ce jour, j'ai commencé à changer les scénarios des films en fonctions des lieux et des saisons; et j'ai laissé de plus en plus de place à l'improvisation pour donner une atmosphère de spectacle en "live".

Les films présentés dans le cadre de ce spectacle exceptionnel ont été tournés il y a soixante-dix ans. Les spectateurs ne me verront pas dans ces films, ni moi, ni mes amis ! Mais j'ai très bien ressenti les joies et les soucis des personnages. A travers ma voie, ils vont leur raconter des histoires poignantes et je souhaite que cette rencontre avec le public soit l'occasion de partager des émotions. Pour ce spectacle, une musique originale a été spécialement composée par Takushi Tsubokawa à l'accordéon. Celui-ci tenait, en tant que jeune réalisateur, à rendre hommage en musique au grand maître du cinéma Ozu. ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ●

MERCREDI 28 FÉVRIER À 20H30

*Acteur, violoniste et benshi. Membre du Kumonosu Quartet. ** Le film Nuages d'hier (utsukushii tennen) réalisé par Takushi Tsubokawa obtenu le le Grand prix et le Prix du public au festival international de Turin en 2005.

Gosses de Tôkyô Aujourd'hui il reste encore quelques benshi, sortes de derniers Mohicans d'un âge révolu. Mais il est extrêmement rare de voir des films muets. De plus en plus de gens ignorent même ce qu'est un film muet. On ne peut en voir qu'à de très rares occasions, dans des cinémas art et essais, à la cinémathèque ou bien lors d'évènements très spécifiques. Ce qui avait été jadis un des plus importants divertissement populaire du Japon est réduit aujourd'hui à l'état de relique, c'est-à-dire d'art traditionnel figé.

MARDI 27 FÉVRIER À 20H00

Chœur de Tôkyô

A l'âge d'or du film muet, les benshi étaient engagés sous contrat d'exclusivité par les salles de cinéma. La concurrence était féroce entre les exploitants. C'est à qui trouverait le conteur le plus talentueux et le plus charismatique. Un jour, une vieille femme d'une ville de l'île du Hokkaido m'a raconté qu'autrefois sa commune comptait plusieurs benshi, et que les filles venaient plus les voir que les écouter. Les benshi avaient toujours des tenues élégantes, certains n'étaient pas sans charme et ce charme était décuplé quand ils commençaient à parler sur un film racontant une histoire d'amour, par exemple. Un beau benshi racontant une histoire d'amour… Il n'en fallait pas plus pour que toutes les filles des environs se précipitent dans la salle de cinéma. Ainsi, le physique comptait autant sinon plus que les talents oratoires, selon les circonstances et le public. En général le benshi écrivait lui-même le s c é n a ri o. I l donnait ainsi sa propre interprétation au film muet. Mais bien sûr il ne chamboulait pas complètement l'histoire, il ne pouvait pas s'éloigner outre mesure du fil narratif indiqué par les intertitres. Mais si l'histoire du film ne changeait pas, son interprétation changeait en fonction des benshi et du moment. Comme si ce n'était jamais le même film que l'on voyait à chaque fois. Une séance avec un benshi est une expérience de cinéma très particulière, à cause de cet élément "vivant" qui vient se greffer à l'image et qui agit instantanément sur l'émotion des specta-

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OZUfilms muets

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Jours de jeunesse 1929 - 1h43 - 35mm - N&B - Studios Shôchiku Kamata Scénario Akira Fushimi Avec Ichirô Yûki, Tatsuo Saitô, Junko Matsui, Chôko Iida

Watanabe, étudiant à Tôkyô, met une annonce " chambre à louer " dans sa pension de famille pour trouver une fille jeune et belle parmi les visiteurs. C'est ainsi qu'il fait la rencontre de Chieko. Mais Yamamoto, camarade de Watanabe, va lui aussi en tomber amoureux. Cette comédie d'Ozu est aussi le plus ancien film du réalisateur conservé.

"Une comédie sur des étudiants mêlée à des scènes de ski. Le personnage principal est un étudiant qui suspend un écriteau "chambre à louer" devant sa pension de famille. Lorsque les gens demandent un renseignement et qu'ils ne lui plaisent pas, il leur dit que la chambre vient d'être louée. Lorsqu'une jolie fille se présente, il lui donne sa chambre et s'en va. Mais il laisse quelque chose dans la pièce - ce qui lui permet de revenir et de parler à la fille. Fushimi [le scénariste] et moi avions l'habitude d'écrire des histoires de ce genre. Le soir nous allions à Ginza, mangions, buvions et parlions puis retournions chez nous à Fukagawa. Chez moi, nous parlions, écoutions des disques et buvions du thé à minuit. Et le matin nous avions toujours notre histoire. Je me demande encore comment nous y arrivions." Ozu

” Seventh Heaven / L'heure suprême - Frank Borzage (1927)

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J'ai été diplomé, mais… 1929 -1h10 - N&B Studios Shôchiku Kamata Idée originale Hiroshi Shimizu / Adaptation Yoshirô Aramaki Avec Minoru Takada, Kinuyo Tanaka, Utako Suzuki, Kenji Oyama

Tetsuo, un jeune diplômé fait croire à sa mère et à sa fiancée qu'il a trouvé du travail. Mais quand il apprend le secret de Machiko, il est poussé par le désir de se repentir. Avec pour toile de fond la crise économique, cette comédie témoigne des conditions de vie difficiles des classes moyennes du Japon à la fin des années vingt. Sa sortie précède de peu le krach boursier d'octobre 1929. Le titre du film est devenu une expression populaire tant il reflétait bien les angoisses du moment. C'est également à partir de ce film qu'Ozu commence à se faire connaître. NB : film disparu dont il ne reste que dix minutes.

"C'est mon premier film avec Minoru Takeda et Kinuyo Tanaka. J'ai fait beaucoup de films sur les étudiants. Si vous utilisez de jeunes acteurs, votre scénario doit concerner ou des étudiants ou des employés de bureau. Les étudiants, d'autre part, étaient insouciants, ne se battaient pas avec la police comme ceux d'aujourd'hui et pouvaient donc être aisément le sujet d'une comédie loufoque. Ce film devait être mis en scène par Hiroshi Shimizu [le scénariste] lui-même, mais me fut offert. Je sentais que je devais être capable de traiter n'importe quelle sorte de sujet. Il est bon, bien sûr, pour un metteur en scène, d'avoir des idées artistiques, et en plus il a besoin de dominer son métier ; mais il ne doit pas avoir trop de "métier". J'étais assez heureux d'avoir l'occasion d'exercer mon métier sur ce type de film. Je pouvais faire ce que je voulais sans beaucoup de limites. Les metteurs en scène aujourd'hui n'ont guère de liberté, vous savez..." Ozu

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Le galopin 1929 - 25min - 35mm - N&B - Shôchiku Kamata Idée originale Chûji Nozu / Adaptation Tadao Ikeda Avec Tatsuo Saitô, Tomio Aoki, Takeshi Sakamoto

Un petit garçon kidnappé va causer les pires ennuis à ses deux ravisseurs. Tournée en à peine trois jours, cette comédie loufoque est tirée d'une nouvelle d'O.Henry. Howard Hawks en fera un remake dans un film à sketches O.Henry's Full House (La sarabande des pantins, 1952).

"Il y avait un enfant acteur, Tomio Aoki, qui avait joué dans La Vie d'un employé de bureau (Kaishain seikatsu, film perdu de 1929). C'était un drôle de garçon : il dormait même sur le plateau. Nous avons décidé d'en faire la vedette d'un film. Mais pour vous dire la vérité, une marque de bière avait récemment été importée d'Allemagne et nous voulions tous l'essayer ; aussi afin de pouvoir en acheter nous décidâmes d'écrire un scénario.Vous comprenez comment est composé le nom du scénariste Nozu Chûji ? A partir de nos noms, Noda, Ozu, […] J'ai mis en scène le film en trois jours environ." Ozu

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Va d'un pas léger 1930 - 1h30 - N&B - Studios Shôchiku Kamata Projet Hiroshi Shimizu / Adaptation Tadao Ikeda Avec Minoru Takada, Hiroko Kawasaki, Nobuko Matsuzono, Utako Suzuki

Un truand tombe amoureux d'une jeune dactylo et tente vaille que vaille de se ranger. L'influence américaine* est particulièrement forte dans ce film d'Ozu qui était à l'époque le réalisateur japonais le plus sensible au cinéma occidental. *Our Dancing Daughters (Les nouvelles vierges) de Harry Beaumon, 1928

"Est-ce l'histoire de la réhabilitation d'un délinquant juvénile ? Le " script " original était d'Hiroshi Shimizu qui nous le donna oralement." Ozu

” Our Dancing Daughters / Les Nouvelles vierges - Harry Beaumon (1928)

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J'ai été recalé, mais… 1930 - 1h34 - N&B - Studios Shôchiku Kamata Scénario Akira Fushimi d'après une histoire de Yasujirô Ozu Avec Tatsuo Saitô, Kahoru Futaba, Tomio Aoki, Hirô Wakabayashi

Un étudiant n'arrive pas à obtenir son diplôme dans un contexte de crise économique et de chômage endémique. Il décide qu'il vivra aux crochets de ses parents. Une des meilleures comédies d'Ozu entre humour et critique sociale.

"C'est un peu le contraire de J'ai été diplômé, mais... Un étudiant qui va passer un examen à écrit des antisèches sur ses poignets de chemise. Mais parce que la fille attentionnée de sa logeuse lave sa chemise il échoue à son examen. Les étudiants qui ont réussi l'examen et obtenu leur diplôme ne peuvent trouver de travail tandis que le recalé, grâce à l'argent de ses parents, continue à bien profiter de la vie. C'était un film court. Pour la première fois j'ai donné un rôle important à Chishû Ryû bien qu'il ait figuré dans mes films précédemment." Ozu

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Femme d'une nuit 1930 - 1h05 - N&B - Studios Shôchiku Kamata Oeuvre originale Oscar Schisgall "From nine to nine" / Adaption et scénario Kôgo Noda Avec Tokihiko Okada, Emi Yagumo, Mitsuko Ichimura, Tôgo Yamamura

Un homme se résout à voler de l'argent pour payer les frais d'hospitalisation de son enfant…Un film à suspens aux accents hollywoodiens* sur fond de misère économique. La description des mœurs japonaises est abandonnée au profit d'un style occidental. Un des chef-d'œuvres modernistes d'Ozu. * A Broadway Scandal, Lon Chaney, 1918. Broadway Daddies, Fred Windemere, 1928.

"D'après un roman traduit et publié dans Shinseinen ou quelque autre magazine. L'acteur Tokihiko Okada y a joué pour moi pour la première fois. En dehors de la première bobine, les six autres furent tournées entièrement sur ce même plateau. La continuité de ce film m'a vraiment posé des problèmes. Ce fut difficile, mais j'ai beaucoup appris. M.Kido, le président de la compagnie, m'a félicité et m'a dit de prendre des vacances dans une station thermale." Ozu

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La femme et la barbe 1931 - 1h37 - N&B - Studios Shôchiku Kamata Scénario Komatsu Kitamura, " Gagman " Maki James Avec Tokihiko Okada, Hiroko Kawasaki, Chôko Iida, Satoko Date

Kiichi, le capitaine du club de kendô d'une université néglige sa tenue. Il se laisse notamment poussé la barbe. Il s'entiche d'une jeune employée de bureau qui lui demande de se raser afin d'être plus à la mode. Il est si méconnaissable et si beau sans sa barbe qu'il attire toutes les filles du campus. Dans cette comédie de mœurs, dans le plus pur style "studio Kamata", Ozu décrit un Japon en pleine modernisation.

"Okada jouait très bien et il était vraiment très drôle. J'ai mis huit jours à le tourner et sa réputation fut plus grande que celle de Jeune demoiselle (o-jôsan,1930) sur lequel j'avais tant travaillé. Je ne comprenais pas vraiment ce qu'était un film." Ozu

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Le chœur de Tôkyô 1931 - 1h30 - N&B - Studios Shôchiku Kamata Idée originale Komatsu Kitamura Avec Tokihiko Okada, Emi Yagumo, Hideo Sugawara, Tatsuo Saito

Un employé d'une compagnie d'assurances est licencié. Confronté à de gros problèmes financiers, il est contraint de faire l'homme-sandwich en secret pour payer les médicaments de sa fille malade. Avec en toile de fond la crise économique et social, un film humoristique où sont présents le sens de la justice et les sentiments humains familiaux. Depuis la comédie La Citrouille (1928) Ozu réalise chaque année au moins un film dans la sous-genre des histoires d'employé. La tonalité sociale y est de plus en plus forte.

"Ayant reçu ma leçon je fis mon travail avec décontraction. Je n'allais même pas en extérieurs bien que le temps fût beau. C'était l'été et il faisait très chaud. Je ne savais plus du tout ce que l'on devait faire avec un film. J'avais le sentiment que personne ne pouvait apprécier un metteur en scène et que les films ne rimaient à rien. Maintenant je crois que ce qui m'attire dans un film c'est son aspect transitoire, sa qualité d'évanescence, comme la brume." Ozu

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Gosses de Tôkyô 1932 -1h31 - N&B - Studios Shôchiku Kamata Scénario Akira Fushimi d'après une histoire de James Maki Avec Tatsuo Saitô, Mitsuko Yoshikawa, Hideo Sugawara, Kozô Tokkan

Les enfants d'un employé de bureau entament une grève de la faim le jour où ils découvrent que leur père se conduit en véritable laquais devant son patron afin d'être bien vu. De nombreux films américains importés à cette époque au Japon avaient l'enfance pour sujet : Tom Sawyer (de John Cromwell), Skippy, Sooky et Forbidden Aventure (de Norman Taurog), Aventures of Huckleberry finn (de Richard Thorpe). Les producteurs de la Shôchiku tenaient donc à réaliser un film dans la même veine. Mais le scénario de Akira Fushimi proposa quelque chose de plus qu'une simple variante locale. Pour Ozu, c'est le film de la maturité. Il adopte le point de vue des enfants sur le monde. Le film muet le plus célèbre et le plus personnel d'Ozu.

"Je voulais faire un film sur un enfant. Un film qui commence avec un enfant et se termine avec un homme. A l'origine le film devait être gai mais il changea pendant le tournage. A la fin il était très sombre et triste. Comme la compagnie ne s'attendait pas à un film de ce genre elle a maissé passer deux mois avant de le sortir. Pendant le tournage de ce film je décidai de ne jamais utiliser de fondu et de terminer chaque scène " cut ". Je n'ai jamais utilisé de fondu depuis n'est-ce pas ? Le fondu n'est pas un élément de la " grammaire cinématographique " mais simplement une propriété de la caméra." Ozu

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Où sont mes rêves de jeunesse ? 1932 - 1h30- N&B - Studios Shôchiku Kamata Scénario Kôgo Noda Avec Ureo Egawa, Kinuyo Tanaka, Tatsuo Saitô, Haruko Takeda

Horino, riche étudiant hérite de l'entreprise familiale à la mort de son père. Il embauche ses trois amis d'université mais leurs rapports vont se dégrader à cause d'une histoire d'amour. Ce film a été tourné dans la précipitation et ne doit son existence que pour justifier un budget qui devait servir à terminer le précédent - Jusqu'au jour de notre rencontre -sur lequel Ozu, embarrassé, avait dépassé le budget. En conséquence Ozu et Noda travaillèrent à l'économie, allant jusqu'à récupérer des scènes des films précédents : supporters, tricherie, posters de films étrangers, etc. Noda base son scénario sur la célèbre pièce de théâtre Alt Heidelberg de Wilhelm Meyer-Foerster (1901), qu'Ernest Lubitsch avait porté à l'écran cinq ans plus tôt sous le titre Le Prince Etudiant . La pièce avait été un triomphe à Tôkyô. Le personnage du prince étudiant est remplacé par celui d'un jeune président de société (Ureo Egawa).

"Le tournage de Gosses de Tôkyô fut interrompu temporairement parce que l'enfant avait en un accident. Aussi nous tournâmes rapidement celui-là dans l'intervalle. Une histoire mélodramatique […]. A cette époque je tournais quatre ou cinq films par an et n'avais pas le sentiment d'être occupé. Mais aujourd'hui un film me donne l'impression que je ne suis pas très libre." Ozu

” Million Dollar Legs / Folies olympiques - Edward F.Cline (1932)

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Une femme de Tôkyô 1933 - 47min - N&B Studios Shôchiku Kamata Scénario Kôgo Noda et Tadao Ikeda d'après " 26 Hours " d'Ernst Schwarz (c'est un nom qu'Ozu et Noda ont inventé à partir des noms de Ernst Lubitsch et Hans Schwarz.) Avec Yoshiko Okada, Ureo Egawa, Kinuyo Tanaka, Shinyo Nara

Une jeune dactylo fait tout pour que son frère étudiant, qui loge chez elle, ne sache jamais qu'en plus de son travail, elle se prostitue le soir pour lui payer ses études. Ce film ne serait pas inspiré, en fait, de " 26Hours " d'Ernst Schwarz. Dans un interview, Ozu a déclaré que son réalisateur préféré était Ernst Lubittsch, et son film préféré The Man I Killed. Dans son film , il utilise un extrait de If I Had a Million (Si j'avais un million, 1932).

"Ce fut rapide, huit jours. Nous commençâmes à tourner avant d'avoir fini le scénario. C'est l'histoire d'une fille qui travaille dans une compagnie pendant la journée et dans un bar mal famé la nuit. Nous avons inventé l'histoire en regardant danser les filles de bar. Le nom étranger de l'auteur de l'œuvre originale est une pure invention. Le film fut finalement très concis et dense. La composition des scènes commençait à porter ma marque." Ozu

” If I Had a Million / Si j’avais un million - Ernst Lubitsch (1932)

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Femmes et voyous 1933 - 1h40 - N&B - Studios Shôchiku Kamata Scénario Tadao Ikeda d'après une histoire de James Maki Avec Kinuyo Tanaka, Jôji Okada, Sumiko Mizukubo, Hideo Mitsui

Secrétaire le jour, Tokiko retrouve le soir le gang de voyous dirigé par son amant Jôji. Elle va tenter de le remettre dans le droit chemin. Histoire sentimentale dans la veine hollywoodienne* et film très sophistiqué. En 1933, l'actualité est riche en faits divers. Le livre de Yoichi Nakagawa, Une fleur élégante (Rotaki hana), qui décrit des gangsters au grand coeur, est le best-seller de l'année. Entre 1930 et 1933 Little Caesar, Public enemy et Scarface sont sortis au Japon et ont rencontré un grand succès populaire. Par ailleurs, Ozu a vu plusieurs fois Underworld (1927) et (1932) de Josephe Von Sternberg. Les producteurs de la Shôchiku attendent donc d'Ozu qu'il réalise un film à la mode occidentale sur un sujet en vogue. * Underworld / Les nuits de Chicago (Josef von Sternberg, 1927), Little Caesar (Mervyn LeRoy, 1931), The Public Enemy (William A. Welman, 1931), Scarface (Howard Hawks, 1932), The Champ (King Vidor, 1931), All Quiet on the Western Front / A l'Ouest rien de nouveau (Lewis Milestone, 1930)

"Je n'avais pas dirigé une histoire de délinquance juvénile depuis Va d'un pas léger , un mélodrame." Ozu

” Scarface / Scarface - Howard Haw (1932)

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Cœur capricieux 1933 - 1h40 - N&B - Studios Shôchiku Kamata Scénario Tadao Ikeda d'après une histoire de James Maki Avec Takeshi Sakamoto, Nobuko Fushimi, Den Ohinata, Kyôko Iida, Kozô Tokkan

Un homme doit élever seul son fils. Sa rencontre avec une femme plus jeune que lui provoque la jalousie du fils. Un de premiers films d'Ozu sur l'évolution de la famille. Dans L'Art d'Ozu,Tadao Satô affirme que le modèle de ce film est The Kid (Charlie Chaplin, 1921). Ce qui est contredit dans Les oeuvres d'Ozu et le cinéma étranger de Kikuo Yamamoto. Ce film serait inspiré de The Champ de King Vidor (1931) sorti au Japon en 1932. Ozu décrit l'effondrement de la famille dans un contexte de crise. Depuis toujours, il était fortement influencé par le cinéma américain américain des années 20.

"J'ai été élevé à Fukugawa. Parmi les gens qui nous rendaient visite il y avait un type insouciant et décontracté. Il est le modèle de Kihachi, le personnage principal. Ikeda, scénariste, qui habitait Okachimachi le connaissait également. Aussi avons-nous créé ensemble le personnage. Il y a une scène où le fils revient chez lui de l'école après avoir été taquiné par ses camarades parce que son père a une maîtresse. Dans un accès de colère il arrache les feuilles des précieux bonsaï de son père. Le père revient tout joyeux de chez sa maîtresse et découvre ses arbres abîmés. Il frappe son fils mais celui-ci le frappe en retour. Le père se rend soudain compte de la situation et reste immobile et silencieux. Le fils cesse de le frapper, le regarde fixement et commence à pleurer. Si une copie existe encore, j'aimerais revoir cette scène." Ozu

” The Champ / Le Champion - King Vidor (1931)

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L'amour d'une mère 1934 - 1h12 - N&B - Studios Shôchiku Kamata Scénario Tadao Ikeda d'après une histoire de Shûtarô Komiya (Ozu) adaptée par Kôgo Noda Avec Iwata Yûkichi, Mitsuko Yoshikawa, Den Ohinata, Seiichi Katô

Après la mort subite de son mari, une femme doit s'occuper seule de ses deux fils. Huit années plus tard, les deux frères découvrent qu'ils sont en fait juste demi-frères.

"Le scénario aurait dû être davantage travaillé. L'intrigue principale tourne autour de la chute d'un grand immeuble. Ce pourrait être un bon thème aujourd'hui mais à cette époque, ce n'était pas suffisant. Aussi ai-je ajouté l'histoire de deux frères qui ont des mères différentes - leurs rapports deviennent désastreux. Mais parce que j'avais ajouté cette histoire le film devint ennuyeux. Je m'en souviens bien parce que mon père mourut pendant le tournage." Ozu

” Poil de Carotte / Poil de Carotte - Julien Duvivier (1932)

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Histoire d'herbes flottantes 1934 - 1h26 - 35mm - N&B- Studios Shôchiku Kamata Scénario Tadao Ikeda d'après une histoire de James Maki Avec Takeshi Sakamoto, Chôko Iida, Hideo Mitsui, Rieko Yagumo, Kozô Tokkan

Une troupe d'acteurs ambulants arrive dans une petite ville de province. Son chef, Kihachi y retrouve une ancienne maîtresse, Otaka qui a eu un fils de lui. Ignorant tout de son père et le supposant mort, le fils accepte la venue de cet homme qu'il considère comme son oncle. Ozu avait vu plusieurs fois The stranger returns (1933), de King Vidor qui eut un impact important sur sa maturation artistique. Ce film plutôt mélodramatique est inspiré de The Barker de George Fitzmaurice (1928). La scène de dispute entre Kihachi et son fils Shinkichi est empruntée au roman Le retour du père (Chichi kaeru) de Kan Kikuchi. Ozu décide de tourner ce film pour deux raisons. Premièrement, il s'agit de faire un film dont l'action se déroule hors de Tôkyô (" lieu d'exil" pour Ozu). Deuxièmement, il s'agit d'utiliser des kimonos, une première dans l'univers filmique d'Ozu. A l'évidence, Ozu veut recentrer sa thématique sur des éléments plus personnels : les liens familiaux et la tradition japonaise, le théâtre populaire et le vêtement traditionnel. C'est un des films qu'Ozu préférait, d'où son remake en couleurs en 1959.

"Le résultat fut plutôt bon. Ce que les gens appellent les " films Kihachi " (le premier fut Cœur capricieux) n'est pas vraiment une série mais concerne des personnages qui ressemblent tous à Kihachi. Autour de moi tout le monde faisait des films parlants mais je réalisais toujours des films muets. En 1932, 1933 et 1934 mes films avaient gagné le prix du meilleur film attribué par "Kinema Junpô", mais l'année suivante en 1935, je n'étais même pas dans les dix premiers." Ozu

” The Barker / The Barker - George Fitzmaurice (1928)

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Une auberge à Tôkyô 1935 - 1h20 - N&B- Studios Shôchiku Kamata Oeuvre originale Uinzato Mone (pseudonyme créé par Ozu qui doit se prononcer presque comme "without money") / Adaptation Tadao Ikeda/Masao Arata Avec Takeshi Sakamoto, Kozô Tokkan, Takayuki Suematsu, Yoshiko Okada

Accompagné de ses deux fils, un homme erre dans la banlieue industrielle de Tôkyô à la recherche d'un emploi. Il commettra un vol pour secourir une femme dans le besoin.

"Pendant cette année-là, j'ai fait un documentaire sur le Kagamijishi dont la vedette était Kikugorô VI. Etant donné la tendance de l'époque je ne pouvais pas éviter d'adopter les techniques du parlant pour ce film muet. Par exemple, j'ai osé insérer les sous-titres du dialogue de A dans le gros-plan de B pendant qu'il écoute A. Ozu

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La danse du Lion 1935 - 19min - N&B - Studios Shôchiku Kamata Avec Kikugorô Onoe VI - Chanté et raconté par Wafu Matsunaga - Shamisen par Izaburo Kashima, Tambour japonais par Tazaemon Mochizuki - Avec le soutien de International Culture Promotion Association (Kokusai Bunka Shinkô-kai fondée en 1934)

Projet culturel à but diplomatique dont la production est confiée aux studios de la Shôchiku. Comme Ozu connaissait déjà Kikugorô, c'est naturellement vers lui que se tournèrent ses producteurs pour lui confier ce film de commande. En 1936, ce documentaire a été projeté en avant-première dans la salle du théâtre de l'Hôtel impérial. Ozu dut suspendre le tournage d'Une auberge à Tôkyô pour réaliser ce film dans de difficiles conditions : il tourna en 1935 la partie scénique et il lui fallut attendre l'année suivante pour filmer la partie loge. Ce documentaire ne fut jamais projeté en salle car on avait reproché à Ozu sa manière trop artificielle de présenter le Oyama (l'acteur de kabuki qui interprète des rôles féminins). En tout cas, Ozu en tira des leçons sur les questions d'interprétation dans la mise en scène.

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Qui êtes-vous, Tokkan Kozô ? par Hidenori Okada*

En janvier 1988, le critique Sadao Yamane reçoit un appel d'un ami. C'est un collectionneur de films qui lui annonce qu'il vient de faire l'acquisition d'une copie du Galopin. Sans perdre une seconde, Yamane prend sa voiture et se rend en pleine nuit chez son ami. Il s'agit bien d'une copie du Galopin. Elle n'est pas en 35 mm mais en format Pathé Baby 9,5mm, une version miniature (la pellicule est deux fois moins longue que l'original) qui était en vente dans les années 20 et à usage familial. Cette copie semble s'être retrouvée par hasard au milieu d'une transaction entre collectionneurs.

La logique aurait voulu que l'acteur Aoki termine ainsi sa carrière sans fanfare avec des apparitions de plus en plus furtives à l'écran. Il n'en fut pourtant rien. Aoki est un homme de cinéma heureux. Après une longue carrière dédiée aux films d'action, il est revenu au cinéma grâce à Makoto Shinozaki qui lui a donné un rôle dans Okaeri (1996) puis dans Ceux que l'on ne peut oublier / Wasurerarenu hitobito (2000). Dans ce second film, Aoki joue le rôle d'un vieillard qui se venge avec deux de ses camarades d'une entreprise véreuse qui tente d'abuser de la crédulité de vieilles personnes. Les trois vieillards du film se posent en pourfendeur de la société de l'après-guerre devenue riche en apparence. Shinozaki n'a pas oublié non plus de faire passer dans son film le terrible sentiment de désespoir d'Aoki marqué par l'expérience de la guerre. Ce film a été l'unique premier rôle d'Aoki dans sa longue carrière. Le festival des Trois Continents à Nantes lui a décerné le prix du meilleur acteur. Le 24 janvier 2004, Aoki est mort avant la sortie de son dernier film : Inu to arukeba - Chirori to Tamura (Walking with the dog, 2004), toujours réalisé par Makoto Shinozaki. Le jour de sa mort, nous étions à la veille de la clôture de la rétrospective d'Ozu du National Film Center " Art de Yasujiro Ozu " qui avait été organisée à l'occasion du centenaire du grand maître. Nous avons alors décidé de rendre hommage à Aoki en projetant Le galopin à la suite de Voyage à Tôkyô qui était programmé en clôture de la rétrospective, le 25 janvier. En effet, il nous a semblé important de témoigner notre respect à cet homme qui a consacré 70 ans de sa vie au cinéma, comme s'il avait voulu préserver la mémoire d'Ozu à travers le temps. Si la pellicule du Galopin n'avait jamais été retrouvée, Tomio Aoki ne serait sans doute jamais revenu au premier plan à la fin de sa vie. C'est grâce à lui et à son jeu que nous parvenons aujourd'hui à remonter le temps à la rencontre d'Ozu.

Le galopin est un court-métrage dans le genre comédie. C'est l'histoire d'un garçon rusé et de ses deux ravisseurs à qui il va rendre la vie impossible. Ce film était déjà une œuvre mythique d'Ozu à l'époque du muet. Sa redécouverte sera l'événement de l'année 1988 dans le monde cinématograhique japonais. Depuis lors, d'autres films japonais considérés comme définitivement perdus ont été retrouvés dans le même format Pathé Baby. Combats amicaux à la japonaise (Wasei kenka tomodachi), un autre film d'Ozu été retrouvé dans ce même format chez un habitant de Niigata en 1997. Ces deux films figurent bien dans le catalogue de Pathé de l'époque. Après la découverte du Galopin, c'est comme si les prières des fans d'Ozu avait été entendues quand fut découvert Combats amicaux à la japonaise. Par la suite, le Musée National d'Art Moderne de Tôkyô s'est chargé de "gonfler" ces deux films miniatures en format 35 mm. Mais qui est Tokkan Kozô ? Au début, ce n'était qu'un petit garçon qui venait s'amuser dans les murs des studios Shôchiku à Kamata, au milieu de l'agitation des équipes de tournage. Et un jour, Ozu l'a remarqué qui l'a fait jouer dans La vie d'un employé de bureau. C'est alors que l'enfant acteur malgré lui attire l'attention du public, à telle enseigne qu'Ozu décide de le faire jouer dans son film suivant, Le galopin. Le titre du film (Tokkan Kozô / le galopin) finit même par devenir son nom d'acteur. Ceux qui ont vu Gosses de Tôkyô n'ont jamais oublié son rôle comique de petit frère à l'humeur mauvaise. Dans son roman à caractère autobiographique qu'il écrira à la fin de sa vie, l'acteur confesse qu'il était encore plus bagarreur dans la réalité que dans les films. Aoki a été l'acteur enfant vedette de la Shôchiku, jouant avec les grands réalisateurs Yasujirô Ozu, Heinosuke Gosho, Hiroshi Shimizu et Mikio Naruse, jusqu'à son envoi au front en 1942. Tokkan Kozô, de son vrai nom Tomio Aoki a été mobilisé aux Palaos dans le Pacifique. Il a bien failli ne jamais rentrer du front. Il y réussit presque par miracle. Il réapparaîtra sur les écrans en 1955 avec la renaissance des studios Nikkatsu qui ne fonctionnaient plus depuis la guerre ayant été fusionné avec d'autres studios. Jusqu'en 1971, date de ses difficultés financières qui l'obligeront à produire en masse des films érotiques, la Nikkatsu va produire des films d'actions dont le succès sera garanti par ses deux immenses acteurs : Yûjirô Ishihara et Akira Kobayashi. C'est dans cet univers jeune et trépidant qu'Aoki fera une seconde carrière en tant qu'excellent second rôle de petit voyou.

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* Conservateur au National Film Center [Musée d'Art Moderne de Tôkyô]

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Un fils unique 1936 - 1h43 - N&B - Studios Shôchiku Ôfuna Idée originale de Maki James / Scénario Tadao Ikeda/Masao Arata Avec Chôko Iida, Shinichi Himori, Tadao Hayama, Yoshiko Tsubouchi

Otsuné, ouvrière, donne tout pour que son fils unique puisse profiter d'une bonne éducation à Tôkyô. Dix ans plus tard, elle rend visite à son fils à Tôkyô, croyant qu'il a réussi dans la vie.

"C'est mon premier film parlant. J'ai réécrit un scénario antérieur Tôkyô est un endroit agréable (Tôkyô Yoitoko/1936) - en fait j'avais commencé à le tourner mais je ne me souviens plus - et je l'ai transformé en film parlant. En général on considère qu'il a été réalisé au studio Ôfuna mais vous devez vous rappeler que ce film parlant fut tourné avec la méthode "Shigehara"* [Chef opérateur d'Ozu] si bien que je pouvais utiliser le studio Ôfuna. Je travaillais dans un studio vide mais les trains étaient si bruyants que je ne pouvais pas travailler dans la journée. Chaque nuit, je tournais cinq plans entre minuit et cinq heures du matin. Ça me plaisait vraiment. Mais parce que je ne pouvais pas me débarrasser de l'atmosphère et du style des films muets, j'étais un peu perdu. Bien que je comprenne parfaitement que tout est différent dans un film parlant, le film avait le style du muet. A un moment j'ai même eu le sentiment d'avoir été distancé par les autres metteurs en scène. Mais maintenant je me rends compte que m'être concentré sur le cinéma muet m'aide aujourd'hui dans mon travail." Ozu * "Mon chef-opérateur Shigehara travaillait sur son propre système parlant, et je lui promis de l'utiliser quand il serait au point. C'est pourquoi je ne me suis pas servi du système Tsuchihashi qui était adopté par le studio Kamata.)"

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Qu'est-ce que la dame a oublié ? 1937 - 1h13 - N&B - Studios Shôchiku Ôfuna Scénario Akira Fushimi/Maki James Avec Sumiko Kurishima, Tatsuo Saitô, Michiko Kuwano, Shûji Sano

Un docteur dominé par une femme à poigne décide de se révolter contre elle en fréquentant une fille moderne. Ozu renoue avec la comédie légère dans ce film à la Lubitsch. Ozu avait toujours planté ses décors dans les quartiers populaires. Cette fois-ci, il choisit un quartier de la banlieue résidentielle où les habitants ont un mode de vie occidentalisé. Dans le générique, les acteurs sont indiqués par rapport à l'endroit où ils habitent, et non avec leur nom de rôle. (Docteur à Kôjimachi, directeur à Ushigome, veuve à Denenchôfu, etc.) De cette manière, Ozu définit le niveau social et l'atmosphère de son film.

"L'une des caractéristiques de ce film, c'est que j'ai déplacé le cadre de l'action de la ville vers un quartier chic. A cette époque j'avais déménagé de Fukagawa (en ville) à Takanawa (en banlieue) mais cela n'avait rien à voir avec le film. Je me suis rendu compte que très peu de réalisateurs avaient travaillé sur la vie des gens de ces quartiers résidentiels, bien que beaucoup d'entre eux aient mis en scène des films sur la ville et la banlieue - et continuent à le faire." Ozu

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Les frères et sœurs Toda 1941 - 1h45 - N&B - Studios Shôchiku Ôfuna Scénario Tadao Ikeda, Yasujirô Ozu Avec Hideo Fujino, Fumiko Katsuragi, Mitsuko Yoshikawa

Après la mort de son époux, une femme et sa fille sont accueillies avec froideur dans le foyer du fils marié. Le thème de ce film annonce Le voyage à Tôkyô. Ce fut aussi fut le premier grand succès d'Ozu au box office. Sans doute inspiré d'Over The Hill d'Henry King (1931).

"L'atmosphère de la famille dans ce film est très semblable à celle du film que je tourne en ce moment. J'ai donc soigneusement accentué le thème de l'affection maternelle. La compagnie m'a pressé sur ce film. Ils me disaient " Il ne sera pas prêt pour la première si vous ne terminez pas aujourd'hui ". Il me restait deux heures aussi n'ai-je pu éviter de tourner des plans longs. Cela me gêne toujours de devoir expédier mon travail mais beaucoup de gens ne voient pas la différence. Tout film que je prends plaisir à tourner, que le produit fini soit réussi ou non, est l'un de mes favoris. En ce sens j'aime beaucoup Les Frères et Soeurs Toda. Shin Saburi et Mieko Takamine étaient de nouveaux comédiens pour moi. C'était un choix parfait à l'époque et c'est la raison pour laquelle les cinémas étaient pleins, malgré l'avis général que les films d'Ozu ne sont jamais de grands succès commerciaux. Ensuite, les spectateurs ont commencé à venir voir mes films. Mais pendant longtemps je ferai des films qu'ils ne viendront pas voir." Ozu

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Il était un père 1942 - 1h27 - N&B - Studios Shôchiku Ôfuna Scénario Tadao Ikeda, Takao Yanai, Yasujirô Ozu Avec Chishû Ryû, Shûji Sano, Haruhiko Tsuda, Saburi Shin

Lors d'un voyage scolaire, un professeur voit l'un de ses élèves se noyer accidentellement. Se sentant responsable, il démissionne et envoie son fils en pension en espérant qu'il réussira sa vie mieux que lui. Les années passent, l'enfant grandit loin de son père…

"J'ai écrit et réécrit ce scénario. Et il aurait dû être encore amélioré. Avec le temps beaucoup de films deviennent artificiels. Ryû était excellent - comme il l'a toujours été depuis son rôle comique du père dans Le fils unique. J'aimerais revoir Tsuda - le garçon qui jouait le fils." Ozu

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Récit d'un propriétaire 1947 - 1h12 - 35mm - NB - Studios Shôchiku Ôfuna Scénario Tadao Ikeda,Yasujirô Ozu Avec Chôko Iida, Aoki Hôhi, Eitarô Ozawa, Mitsuko Yoshikawa

Dans les faubourgs de Tôkyô dévastés par la guerre, une veuve irascible est contrainte de s'occuper d'un enfant abandonné. Elle le déteste et fait tout pour le perdre. Pourtant, peu à peu, elle s'attache à l'enfant. Pour son premier film d'après-guerre, Ozu traite avec distance une histoire réaliste, et perturbe les spectateurs de l'époque éprouvés par la destruction du pays. Ce film lorgne plus vers ses films d'avant-guerre que le suivant, Printemps tardif. Les scènes entre la femme et le garçon évoquent plus les grands moments des films d'Harry Langdon ou de Chaplin - tradition américaine - que le propre style qu'Ozu avait élaboré au cours de ses 39 films précédents.

"A mon retour de Singapour [reporter puis prisonnier de guerre], j'étais épuisé mais la compagnie voulait faire un film immédiatement. J'ai terminé le scénario en dix jours. Personne ne pensait que je pouvais travailler si vite ; je leur ai dit que c'était la première et la dernière fois et que je n'écrirais plus jamais avec une telle hâte. J'avais vu beaucoup de films étrangers à Singapour et certains pensaient que leur influence m'aurait changé. Mais regardez Récit d'un propriétaire : rien n'a changé, c'est la même chose qu'auparavant. Certains disent qu'Ozu est vraiment un busard obstiné." Ozu

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Une poule dans le vent 1948 - 1h30 - N&B - Studios Shôchiku Ôfuna Scénario Ryôsuke Saitô, Yasujirô Ozu Avec Shûji Sano, Kinuyo Tanaka, Chieko Murata, Chishû Ryû, Takeshi Sakamoto

Dans l'immédiat après-guerre, une femme est contrainte de se prostituer pour payer les frais d'hospitalisation de son enfant. Elle ne peut cacher son secret à son mari lorsqu'il rentre du front.

"Parmi mes films il y a certainement plus d'un échec. Pourtant ces films me plaisent d'une certaine façon. Mais ce film n'était pas un bon échec." Ozu

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Printemps tardif 1949 - 1h48 - N&B - Studios Shôchiku Ôfuna Oeuvre originale " Père et Fille " de Kazuo Hirotsu / Scénario Kôgo Noda,Yasujirô Ozu Avec Chishû Ryû, Setsuko Hara, Yumeji Tsukioka, Haruko Sugimura, Hôhi Aoki

Noriko a vingt ans et vit heureuse aux côtés de son père à Kamakura. Elle à le quitter pour se marier. Afin de l'inciter à accepter un prétendant, son père lui fait croire qu'il va se remarier. Alors qu'elle finit toutefois par accepter le mariage, père et fille décident de faire un dernier voyage ensemble. Ce film est le premier film avec le style d'Ozu si reconnaissable dans sa dernière période. Chishû Ryû et Setsuko Hara deviennent les acteurs fétiches des derniers films d'Ozu dont le style ne changera plus désormais. Ozu y souligne l'environnement japonais en faisant usage des kimonos, la cérémonie du thé et le théâtre Nô. En même temps les accessoires comme les signalétiques en anglais ou les publicités de Coca-cola, signe de l'occupation américaine du pays, contraste avec ces éléments et servent à les rendre plus beaux, comme dans un écrin.

"J'ai écrit le scénario avec Kôgo Noda après une longue période de séparation depuis Une jeune fille pure (1935). Lorsqu'un réalisateur travaille avec un scénariste, ils doivent avoir des caractéristiques et des habitudes communes : sinon ils ne peuvent pas s'entendre. Ma vie quotidienne - l'heure où je me lève, combien de saké je bois, etc. - est presque en total accord avec celles de Noda et Saitô. Lorsque je travaille avec Noda, nous collaborons jusqu'aux plus infimes détails des costumes et des décors, les images qu'il se fait d'eux sont toujours en accord avec les miennes : nos idées ne se contredisent jamais. Nous sommes même d'accord si un dialogue doit se terminer par wa ou yo*. Bien sûr, nous avons parfois une différence d'opinion. Et nous n'arrivons pas facilement à un compromis car nous sommes têtus tous les deux." Ozu

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Les sœurs Munekata 1950 - 1h42 - N&B- Shintôhô Production Hideo Koi,Hiroshi Higo / Oeuvre originale Jirô Osaragi / Scénario Kôgo Noda, Yasujirô Ozu Avec Kinuyo Tanaka, Hideko Takamine, Ken Uehara, Chishû Ryû

Setsuko est malheureuse avec son mari alcoolique. Hiroshi, l'homme qu 'elle aimait autrefois, est de retour au Japon après un séjour en France. Mariko, la sœur de Setsuko, tente de les rapprocher…

"Jirô Osagari, l'auteur du roman original, m'a dit : " c'est votre version des Sœurs Munekata ". Mais en fait ce fut facile d'adapter ce roman au cinéma. Et avec l'aide de mes vieux amis, j'ai pris du plaisir à travailler pour la première fois aux studios Shintôhô. Pour être sincère j'ai du mal à faire un film à partir d'un roman de valeur. Cela veut dire que vous êtes obligé de transposer l'imaginaire de son auteur et de choisir ensuite un acteur connu qui s'accorde avec cette transposition. Deux choses très difficiles. Lorsque j'écris un scénario, j'ai toujours en tête le talent et les caractéristiques des acteurs. C'est mieux pour eux. Dans le passé je me suis servi de nouveaux visages et d'acteurs inexpérimentés bien que je fusse conscient des difficultés que cela représentait. Mais je n'ai plus ce courage. Fondamentalement le meilleur acteur est celui qui a une forte personnalité et le pire est l'homme de peu de talent qui pense en avoir beaucoup. Lorsque je rencontre un acteur de grande valeur, j'écris un scénario et crée un rôle pour lui." Ozu

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Eté précoce 1951 - 2h04 - N&B - Shôchiku Ôfuna Production Takeshi Yamamoto / Scénario Kôgo Noda, Yasujirô Ozu Avec Setsuko Hara, Chishû Ryû, Chikage Awashima, Kuniko Miyake, Ichirô Sugai

S'opposant ouvertement aux souhaits de sa famille, une jeune femme décide de choisir elle-même son mari.

"Dans ce film je désirais peindre le cycle de la vie ou l'inconstance plutôt que l'action ellemême. Je n'ai jamais autant travaillé de ma vie. Certains disent que les enfants dans ce film sont grossiers et violents, mais j'ai le sentiment que cela changera quand ils vieilliront. Je n'ai pas trop développé l'intrigue, ce qui donne au public à la fin un arrière-goût poignant. Setsuko Hara est vraiment une bonne actrice. J'aimerais en avoir quatre ou cinq comme elle." Ozu

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Le goût du riz au thé vert 1952 - 1h45 - N&B - Shôchiku Ôfuna Production Takeshi Yamamoto / Scénario Kôgo Noda, Yasujirô Ozu Avec Saburi shin, Michiyo Kogure, Kôji Tsuruta, Chishû Ryû, Chikage Awashima

Un homme et sa femme plus jeune forment un couple qui paraît mal assorti. Ils réalisent pourtant que leur union est stable et qu'ils ont fini par s'apprécier mutuellement. Un film empreint d'optimisme sur le thème du mariage arrangé.

"J'ai pris ce scénario dans le tiroir où il était depuis que l'Armée l'avait censuré car il n'y avait aucune raison pour qu'il y reste. Dans la version originale, le personnage principal part pour la guerre. Mais parce que les temps avaient changé je l'ai réécrit pour qu'il parte vers l'Amérique du Sud. Mais cela a affaibli le développement dramatique. Je voulais simplement révéler certains traits d'un homme vus par les yeux d'une femme, comme sa prestance ou son bon goût. Mais ce film n'était pas bien réalisé." Ozu

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Voyage à Tôkyô 1953 - 2h16 - N&B - Studios Shôchiku Ofuna Production Takeshi Yamamoto / Scénario Kôgo Noda, Yashujiro Ozu Avec Chishû Ryû, Chieko Higashiyama, Setsuko Hara, Haruko Sugimura

Un vieux couple se fait une joie de rendre visite à ses enfants à Tôkyô. Surmenés et préoccupés par leurs seuls problèmes, ces derniers les reçoivent avec froideur et indifférence. Le plus connu des chefs-d'œuvre d'Ozu.

"A travers l'évolution des parents et des enfants j'ai décrit comment le système familial japonais a commencé à se désintégrer. C'est l'un de mes films les plus mélodramatique." "L'homme que je veux exprimer est un homme qui se dirige toujours vers le soleil et qui s'approche pas à pas de la clarté." En réaction au réalisme qui a envahi le cinéma japonais de cette époque, Ozu alors en pleine rédaction du scénario de Voyage à Tôkyô fera cette élèbre déclaration à un journaliste : " Tout le monde sait que la merde pue. Il n'est donc pas nécessaire d'expliquer au gens quelque chose qu'ils savent déjà - que la merde, ça pue - en leur faisant payer en plus ! Je pense que le temps est venu de mettre un couvercle sur les choses qui puent. " De cette époque date aussi une autre déclaration mémorable, la "déclaration du marchand de tôfu" qui connaîtra de nombreuses variations dans les entretiens ultérieurs : "Mettons que je sois un fabricant de tôfu. Vous me demandez ce que je vais faire la prochaine fois. Que voulez-vous que je vous réponde sinon que je ne pourrai pas faire quelque chose qui ne soit pas en rapport avec ce que je fabrique, c'est-à-dire le tôfu : je ferai peut-être du tôfu frit dans l'huile ou bien une salade au tôfu. En tout cas, ne vous attendez pas à ce que je vous fasse du porc pâné !" Ozu

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Printemps précoce 1956 - 2h24 - N&B- Studios Shôchiku Ôfuna Production Shizuo Yamanouchi / Scénario Kôgo Noda, Yasujirô Ozu Avec Chikage Awashima, Ryô Ikebe, Keiko Kishi, Chishû Ryû

En raison d'une aventure avec une secrétaire, un jeune employé de bureau se querelle avec sa femme et accepte d'être muté loin de chez lui.

"Bien que je n'aie pas traité de l'histoire d'un employé de bureau depuis longtemps, je voulais faire le portrait d'un employé - son bonheur de réussir un examen et de devenir un membre de la société. L'espoir qu'il avait dans l'avenir en obtenant son poste s'est progressivement dissous et il se rend compte que, tout en ayant travaillé des années il n'a rien accompli dont il vaille la peine de parler. En retraçant sa vie sur une certaine période de temps je voulais peindre ce que l'on pourrait appeler le pathétique d'une vie d'employé. C'est le plus long de mes films d'après-guerre. J'ai essayé d'éviter tout ce qui serait dramatique et de n'accumuler que des scènes ordinaires de la vie quotidienne dans l'espoir que le public ressentirait la tristesse de ce genre de vie." "Les gens disent que je fais toujours les mêmes films. Mais moi, je me considère comme un fabricant de tôfu. Je sais faire du tôfu grillé, du tôfu en friture ou de la salade au tôfu et rien d'autre. Quelle idée de demander à un fabricant de tôfu de de faire du ragoût ou du porc pâné !" Ozu

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Crépuscule à Tôkyô 1957 - 2h21 - N&B - Studios Shôchiku Ôfuna Projet Shizuo Yamanouchi Scénario Kôgo Noda, Yasujirô Ozu Avec Setsuko Hara, Inako Arima, Chishû Ryû, Isuzu Yamada, Teiji Yamada

Takako vient de quitter son mari pour aller vivre avec son père et sa jeune soeur Akiko. Les soeurs découvrent que leur mère, qu'elles croyaient morte, vit en fait avec un homme à quelques encablures de là et tient un salon de Mah-jong. Après avoir réalisé Printemps précoce, Ozu décide de tourner un scénario écrit plus de vingt ans auparavant. Celui-ci avait fait l'objet d'un film réalisé par Tomu Uchida en 1937 intitulé L'avancée éternelle (Kagirinaki zenshin). Ce film d'Uchida eut un grand succès critique, mais il était en réalité très éloigné des intentions d'Ozu ce qui incitera ce dernier à le refilmer. Ce film est sûrement le plus sombre d'Ozu. La famille dont il nous fait la description est caractérisée par l'absence d'un de ses membres et annonce les films ultérieurs.

"Beaucoup de gens disent que ce film est centré sur la conduite libre de la jeune fille. Mais je pense que j'ai davantage mis l'accent sur l'ancienne génération, c'est-à-dire la vie de Ryû : comment un homme qui a été abandonné par sa femme continue de vivre. Je voulais que la nouvelle génération mette en relief l'ancienne. Mais, curieusement, la plupart des gens ont concentré leur attention sur ce que j'avais ajouté." Ozu

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Combats amicaux à la japonaise 1929 - 15mn (longueur originale 1h15mn) - N&B Studios Shôchiku Kamata Film retrouvé en 1997 en format 9.5mm (format Pathé Baby) dans une version remontée et réduite à 15mn.

Les formats Pathé Baby étaient destinés à l'usage familial; ils sont l'ancêtre de la vidéo. Mais vu leur petit format, les distributeurs étaient obligés de faire des versions raccourcies des films originaux. Ici, Ozu s'inspire des comédies américaines et montrent des amis se battant pour avoir les faveurs d'une fille. Les films japonais abordant ce thème étaient toujours sombres ou mélancoliques. Ozu décide de reprendre ce thème à l'américaine, sur le ton de la comédie et avec gags à la clé..

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Fleur d'équinoxe 1958 - 1h58 - Shôchiku Ofuna Oeuvre originale par Ton Satomi dans le magasine Bungei Shunjû Scénario Kôgo Noda, Yasujirô Ozu / Production Shizuo Yamanouchi Avec Shin Saburi, Kinuyo Tanaka, Ineko Arima,Yoshiko Kuga, Keiji Sada

Un père s'oppose fermement au mariage de sa fille avec un jeune homme qu'il n'a pas choisi pour elle. Toutes les femmes de son entourage vont tenter de le faire changer d'avis. Les producteurs qui ont réuni pour ce film trois des plus belles actrices du moment (Ineko Arima,Yoshiko Kuga, Fujiko Yamamoto) exigent d'Ozu qu'il passe pour l'occasion à la couleur . Ozu n'avait renoncé au muet que cinq ans après le premier parlant japonais (Madame et épouse, de Heinosuke Gosho, 1931). De même, il n'a renoncé au noir et blanc que sept ans après le premier film en couleurs japonais (Carmen retourne au pays, de Keisuke Kinoshita, 1951). A l'issue de plusieurs tests minitieux, Ozu par choisir le système Agfacolor pour son meilleur rendu du rouge, la couleur qu'il préfère. La Daiei prête à la Shôchiku son actrice vedette Fujiko Yamamoto. En échange, Ozu devra tourner un film pour cette société : ce sera Herbes flottantes.

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Bonjour 1959 - 1h34 - Studios Shôchiku Ofuna Production Shizuo Yamanouchi / Scénario Kôgo Noda, Yasujirô Ozu Avec Keiji Sada, Yoshiko Kuga, Ryû Chishû, Kuniko Miyake, Haruko Sugimura

Deux jeunes garçons réclament une télévision à leurs parents qui refusent et leur demandent de " la boucler ". Les deux frères entament une grève de la parole. S'ensuit une gigantesque querelle de voisinage. Célèbre remake de Gosses de Tôkyô.Ozu, en bon artisan du cinéma, a toujours été soucieux de son public et a toujours donné une touche populaire à ses films. A l'époque de Bonjour, le Japon est en plein boom économique. Ce sont les années dites de "haute croissance" au cours desquelles l'amélioration du niveau de vie est manifeste. Le rêve de toute famille est alors de devenir propriétaire. Les banlieues se développent en autant de petits quartiers résidentiels où s'alignent les maisons neuves et modernes restées dans l'histoire sous le nom de "logements culturels" (bunka jûtaku), "culturel" ayant ici le sens de "offrant tout le confort moderne tel qu'il a été importé de l'Occident à partir des années vingt". C'est un de ces quartiers qui sert de toile de fond à cette comédie de mœurs où la vie va, entre mensonge et vanité.

"J'ai pensé à cette histoire pendant longtemps. On peut bavarder à l'infini sur des choses insignifiantes, mais quand on arrive à l'essentiel il est très difficile de dire quoi que ce soit. Je voulais faire un film sur cela bien que sachant qu'il serait très difficile d'exprimer ce genre de situation. J'ai mentionné cette histoire à une réunion de l'union des cinéastes et tout le monde y a trouvé de l'intérêt ; je leur ai alors dit qu'ils étaient libres de l'utiliser pour en faire un film. Mais personne n'osa. Alors je me suis décidé. Au début, je pensais que cette histoire pourrait être plus calme et plus sobre. Mais professionnellement, comme je pensais à faire de l'argent j'ai rendu l'histoire plus humoristique. En fait il serait plus juste de dire que je désirais que les gens viennent voir ce film plutôt que de faire de l'argent." Ozu

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Herbes flottantes 1959 - 1h49 - 35mm - Daiei Production Masaichi Nagata / Projet Hideo Matsuyama / Scénario Kôgo Noda, Yasujirô Ozu Avec Ganjirô Nakamura, Machiko Kyô, Ayako Wakao, Hiroshi Kawaguchi

Ce remake aux couleurs flamboyantes du muet Histoire d'herbes flottantes est interprété par les plus grandes vedettes, anciennes et nouvelles, du cinéma japonais des années 50-60.

"Même à l'époque où Kenji Mizoguchi était vivant on m'avait demandé de réaliser un film pour la Daiei. Nagata, le président de la compagnie, m'avait demandé de diriger un film pour lui, mais j'avais un contrat avec la Shôchiku pour un film par un. Et d'ordinaire un film me prend un an. Mais cette année-là j'ai fini Bonjour tôt dans l'année et j'avais assez de temps pour en tourner un autre. C'est pourquoi j'ai pu tenir ma promesse ancienne. Il y a des années j'avais fait un film muet (Histoire d'herbes flottantes, 1934) à partir de cette histoire. Mais je voulais la tourner une nouvelle fois dans les régions enneigées du Hokuriku, aussi écrivis-je un scénario intitulé l'Acteur de bois (Daikon yakusha) et j'envisageai de le diriger pour la Shôchiku. Mais cette année-là nous eûmes très peu de neige si bien que je ne pouvais pas filmer des plans pittoresques de Takada ou de Sado. Aussi je m'arrêtai de travailler sur ce film pour un certain temps, puis je changeai la saison et le décor et le tournai pour la Daiei. Ce film est ce qu'on appelle "Mono no aware" [profond sentiment des choses] ou une histoire traditionnelle. Bien que le décor soit contemporain, l'atmosphère est celle de l'époque Meiji. Cela aurait pu être un film dans le "style Meiji" mais il n'y avait aucune nécessité de le faire ainsi. De plus il aurait fallu faire des recherches difficiles sur les costumes et les mœurs. Aussi ai-je simplement transformé une histoire traditionnelle en une histoire moderne. Miwagawa, le chef opérateur [Rashômon, Contes de la lune vague, etc.], s'est donné beaucoup de mal et a expérimenté différentes choses pour ce film, si bien que j'ai commencé à comprendre ce qu'est un film en couleurs. Par exemple, il est nécessaire d'avoir un certain éclairage pour chaque couleur pour l'empêcher d'être différente à l'écran de ce qu'elle est pour notre regard. Aussi lorsque vous essayez de filmer deux couleurs différentes, avec la même quantité de lumière l'une est détruite. Vous devez donc choisir quelle couleur vous voulez voir estompée. C'est ce que j'ai appris pour la première fois. Le cinémascope est devenu populaire à cette époque. Je n'avais pas eu l'intention de réaliser un film pour écran large et pourtant je changeai peu à peu en devenant conscient de ce format. Par changement je ne parle pas de quelque chose de soudain mais de changements progressifs et inconscients. Par exemple le nombre gros-plans et de plans brefs commença à augmenter. En fait ce film doit avoir plus de plans brefs qu'aucun autre film japonais récent." Ozu

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Fin d'automne 1960 - 2h08 - Studios Shôchiku Ofuna Oeuvre originale de Ton Satomi dans le magasine Bungei Shunjû Production Shizuo Yamanouchi / Scénario Kôgo Noda, Yasujirô Ozu Avec Setsuko Hara, Yôko Tsukasa, Mariko Okada, Keiji Sada, Miyuki Kuwano

Ayako vit avec sa mère et refuse de se marier. La mère pense que sa fille se sacrifie pour ne pas la laisser seule. La fille croit qu'elle la pousse à quitter le foyer pour pouvoir se remarier. Contre l'avis sa hiérachie, Ozu exige (son statut de grand maître le lui permet) que l'on débauche Yôko Tsukasa de la Tôhô. Tsukasa est l'autre actrice vedette, avec Setsuko Hara, de cette compagnie. En échange, Ozu tournera un film pour la Tôhô : Dernier caprice. Ses producteurs ayant cédé à ses exigences, Ozu n'a pas droit à l'erreur. Le tournage est tendu, Ozu avoue perdre confiance en lui par moments. Le 22 octobre 1960, il note dans son carnet : "même au singe, il arrive de tomber de l'arbre. Mais le singe n'en perd pas pour autant sa dignité. Il est respectable tant qu'il reste lui-même."

"Parfois les gens rendent les choses simples très compliquées. L'essence de la vie qui semble complexe peut être simple de façon totalement inattendue. C'était mon but dans ce film. Et, en plus, il y a quelque chose à quoi j'ai pensé longtemps et que je faisais de plus en plus. Il est très facile de montrer l'émotion dans un drame : les acteurs pleurent ou rient et cela crée dans le public des sentiments de tristesse ou de bonheur. Mais cela n'est qu'une simple explication. Pouvons-nous vraiment peindre la personnalité et la dignité d'un homme en faisant appel aux émotions ? Je veux donner aux gens le sentiment de la vie sans retracer les hauts et les bas dramatiques. C'est ce que j'ai essayé de faire dans ce film. J'y ai pensé depuis les Frères et les Soeurs Toda mais c'est très difficile. Cette fois j'ai assez bien réussi mais c'était loin de la perfection." Ozu

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Dernier caprice 1961 - 1h43 - 35mm - Takarazuka Eiga et Tôhô Production Sanezumi Fujimoto, Masaaki Kaneko, Tadahiro Teramoto / Scénario Kôgo Noda, Yasujirô Ozu Avec Ganjirô Nakamura, Setsuko Hara, Yôko Tsukasa, Mariko Okada, Keiji Sada

La famille Kohayagawa se prépare à marier la cadette Noriko et à remarier Akiko. Le chef de famille, Manbei, se comporte pourtant bizarrement. En réalité, il rend visite à son ancienne maîtresse, Tsune. Lors du tournage de Fin d'automne, Ozu avait pu emprunter Setsuko Hara et Yôko Tsukasa à la Tôhô à condition de réaliser ensuite un film pour la Takarazuka Eiga, compagnie affiliée à la Tôhô. De juin à septembre 1961 se déroule donc le trounage de ce nouveau film dont l'action se déroule à Kyôto. Il est à remarquer que les trois films qu'Ozu réalise ailleurs qu'à la Shôchiku ne se déroulent pas à Tôkyô ou Kamakura. Dans Dernier caprice, l'aspect visuel est typique de la région du Kansai (Kyôto, Osaka, Kôbe), très différent de la géographie de la "ville-haute" et des faubourgs de Tôkyô qui sont la plupart du temps les lieux où se déroulent les films précédents. De plus, les acteurs de la Tôhô font pression pour avoir le privilège de pouvoir figurer dans ce film du "Maître". Les rôles, même très secondaires, se multiplie à cette seule fin. Comme dans Les sœurs Munekata et dans une moindre mesure dans Herbes flottantes, le film présente un aspect visuel légèrement différent de celui de son univers habituel, le contrôle total échappant à Ozu. Il réalise cependant une comédie dramatique réussie, rigoureuse et élégante, où le personne de Manbei, campé par le formidable acteur Ganjirô Nakamura, emporte le morceau et vole toutes les scènes. Ozu laisse tout de même une empreinte personnelle très profonde lors de la scène finale montrant les deux paysans au bord de la rivière, où Chishû Ryû, son acteur fétiche, est symboliquement présent.

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Le goût du saké 1962 - 1h58 - Studios Shôchiku Ofuna Production Shizuo Yamanouchi / Scénario Kôgo Noda, Yasujirô Ozu Avec Shima Iwashita, Chishû Ryû, Keiji Sada, Mariko Okada, Teruo Yoshida

Le vieux Hirayama est poussé par ses amis à trouver un mari pour sa fille, Michiko. Après diverses tentatives, il finit par célébrer le mariage de Michiko mais réalise qu'il est maintenant plus seul que jamais. Ce film est une nouvelle variation (et un quasi remake ) sur Printemps tardif, centré à nouveau sur la relation père-fille et le mariage. Incontestablement, le ton devient plus sombre, l'esthétique plus austère. Ozu introduit le personnage du vieux professeur alcoolique et solitaire, et fait de Chishû Ryû un vieillard à la limite de l'ivrogne. Le film est une méditation désabusée sur des vies qui ont de moins en moins de sens au sein d'un monde déshumanisé. En ce sens, il est le film le plus personnel d'Ozu depuis longtemps.

Dernier film d'Ozu qui fut très long à mettre en chantier. Ozu a été profondément affecté par la mort de sa mère survenue au début de l'année. Il fait face également à un cruel manque d'inspiration comme il s'en explique, indirectement, auprès d'un journaliste :

"Trouver une histoire qui ait un intérêt cinématographique, c'est vraiment très difficile. […] La télévision, on peut la regarder sans rien payer installé à l'aise dans son salon. C'est un travail d'amateur. Mais au cinéma, on tourne des films et on fait payer les gens pour qu'ils viennent les voir. C'est un travail de professionnel. Il ne faut pas n'en faire qu'à sa tête, il faut que le public prenne du plaisir aussi. On travaille toujours sur la corde raide." Ozu

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Cherchez l’erreur !

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2 ans après

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texte histoire studios

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1903

1903

Né le 12 décembre 1903 à Tôkyô. Yasujirô est le deuxième fils d'une fratrie de cinq enfants. Son père (Toranosuke Ozu) est gérant d'une société de gros en engrais dont le siège est en province, dans le département de Mie (au sud de Nagoya). Il s'occupe de deux magasins à Tôkyô: l'un est à Fukagawa, l'autre est dans le quartier d'affaires de Nihonbashi. Fukagawa est un quartier populaire industrieux; s'y côtoient marchands, artisans, activité fluviale et maritime. Ozu grandit à l'aise dans cette urbanité bouillonnnante. Il a tous les traits du "titi d'Edo" (ancien nom de Tôkyô), mais Toranosuke décide un jour d'envoyer sa progéniture (et sa femme) dans la maison familiale de Matsuzaka, convaincu que l'air de la campagne sera bénéfique à leur éducation. Dès lors, les enfants Ozu ne verront que très rarement leur père resté à Tôkyô pour ses affaires. Ozu restera dans la région de Mie jusqu'à ses dix-neuf ans. Il sera élevé par sa mère et entrera au pensionnat pendant ses années de collège, période dont il gardera toujours une très grande nostalgie. Il a un tempérament volontaire et bagarreur et fait les 400 coups. Son jeu favori est de se déguiser en adulte (chapeau, moustache dessinée et cigarette) pour pouvoir entrer dans les salles obscures qui lui sont encore interdites seul. C'est ainsi qu'il découvre le cinéma. Ce n'est alors pour lui qu'un moyen de vivre le grand frisson en rompant les interdits. Son enfance est donc marquée par l'absence du père qui travaille à Tôkyô et qui ne revient à Matsuzaka (dans le département de Mie) qu'à l'occasion de déplacements professionnels. Yasujirô et ses deux frères sont des enfants gâtés, toujours près à faire les 400 coups comme ceux qu'il mettra en scène dans Gosses de Tôkyô ou Bonjour. Pensionnat au collège. Il s'absente souvent de l'école pour aller s'émerveiller devant les péplums italiens, mais sa rencontre décisive avec la cinéma se fait avec la superproduction de Thomas Harper Ince, Civilization (1916). C'est après avoir vu ce film qu'il rêve de faire du cinéma. Il se passionne aussi pour les romans de Junichirô Tanizaki ou Ryûnosuke Akutagawa. Il s'exerce déjà au maniement des caméras.

1916

1920

OZU biographie

Renvoi du pensionnat à 17 ans suite à une obscure sombre affaire dite "l'affaire du page". Ozu est accusé à tort d'avoir adressé une lettre amoureuse à l'un de ses camarades du pensionnat. En fait, son esprit libre et son tempérament bagarreur, ses absences répétées (pour aller au cinéma) avaient fait qu'il était devenu la bête noire de ses maîtres dans un pensionnat aux méthodes assez sévères d'enseignement. Suite à l'intervention de son père, il est réintégré au collège mais n'est plus admis en pension. Devenu libre chaque soir, Ozu se met à fréquenter assidûment une salle de cinéma de Matsuzaka, le Kaguraza . Sa préférence va plutôt aux films américains qu'au cinéma japonais alors encore en gestation et dominé par la figure charismatique de Onoe Matsunosuke, l'acteur vedette des adultes et des enfants, héros de films de sabre aux mimiques inoubliables. Les idoles d'Ozu sont Lilian Gish, Pearl White, William S.Hart, Rex Ingram. Après l'obtention de son diplôme de collège, il échoue volontairement - il était au cinéma ce jour-là - au concours d'entrée du lycée supérieur de commerce de Kôbe, conscient que les études supérieures ne sont pas compatibles avec son rêve de cinéma. Il passe une année oisive, toujours dans les salles obscures. Pourtant sa passion est passive : pas la moindre initiative pour se faire embaucher dans un studio de cinéma.

1922

Au bout d'une année passée à voir des films et à dévorer la littérature il est conscient que son oisiveté inquiète ses parents. Il passe alors le concours de l'école normale du département de Mie mais échoue encore. Comprenant qu'il ne pourra pas profiter éternellement du soutien de ses parents, il accepte le poste d'instituteur (une vacation) que lui a trouvé un ami dans l'arrière-pays de Matsuzaka, à une heure de train. Ozu a dix-neuf ans. Il montre une manière atypique d'enseigner : dès qu'il est lassé de parler d'un sujet, il se met à raconter des histoires aux enfants en pleine classe, et son talent oratoire attire les enfants des classes voisines. Il emmène souvent ses élèves en excursions ou voir des films à Matsuzaka. Il sait se montrer sévère mais sans exagération.

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1923

1931

En 1931, Jeune demoiselle (Ojosan) fait partie des 10 meilleurs films de l'année, selon le classement de la revue "Kinema junpô". Les films d'Ozu auront dès lors un accueil critique toujours favorable, voire dithyrambique, de la part de cette revue très influente et tournée vers la modernité. Pourtant l'accueil est plus réservé de la part du public. Nombre de films d'Ozu de l'époque sont des échecs commerciaux.

Il quitte son travail une année plus tard et profite de la fin de la scolarité de sa sœur pour monter à Tokyo avec elle et vivre à nouveau chez son père à Fukagawa. A l'époque un jeune qui aspirait à travailler dans un studio de cinéma était considéré comme "un raté" par les gens. Mais le père d'Ozu, devant la passion si sincère de son rejeton, doit se rendre à l'évidence. Il finit par aider son fils à réaliser son rêve. Le hasard fait bien les choses puisque l'oncle de Yasujirô est propriétaire d'un terrain qu'il loue aux studios Kamata de la Shôchiku. Il intervient aupèrs d'un responsable de la firme pour fair embaucher son neveu. Ozu est en train d'accomplir son rêve sans s'être donné le moindre effort au bout du compte. Au cours de l'entretien d'embauche, il étonne son bienfaiteur quand il lui explique qu'il n'a vu que trois films japonais dans sa vie. Il demande à être assistant réalisateur mais c'est un poste d'assistant caméraman qui lui est attribué. Son travail est surtout physique : en tant que 'third' (troisième assistant) son travail tient principalement à transporter les lourdes caméras sur son dos. Passionné par le cinéma américain, Ozu assaille de questions le réalisateur Kiyohiko Ushihara qui vient de rentrer d'Hollywood où il a fait un voyage d'étude. Ozu fait la connaissance de Kôgo Noda, son futur scénariste attitré, qui vient d'intégrer la Shôchiku. Le 1er septembre 1923, soit un peu plus d'un mois après qu'Ozu a été embauché, un séisme détruit la ville de Tôkyô. La production de la Shôchiku est transférée à Kyôto, mais Ozu fait partie de ceux qui restent, avec Ushihara et Yasujirô Shimazu, pour remettre le studio en état de fonctionner le plus vite possible.

1936

La Shôchiku déplace ses studios de Kamata à Ofuna, au sud de Tôkyô, près de Kamakura, pour échapper aux nuisances sonores du chemin de fer qui connaît un développement foudroyant avec l'extension de la banlieue souvent représentée dans les films d'Ozu, Naruse et Shimizu. Ozu se lie d'amitié avec Kenji Mizoguchi, Tomu Uchida et Tasaka Tomotaka.

1937

Ozu est mobilisé pendant vingt mois en Chine.

1940

Censure des scénarios, limitation de la production… Avec la guerre et ses contraintes, Ozu recentre ses scénarios sur des histoires de famille, plus intimistes. Il était un père, etc.

1924

A la fin de son service militaire au cours duquel il n'a jamais participé à la moindre manœuvre - il s'arrangeait pour se faire toujours porter pâle - il termine au simple grade de caporal, alors que ses camarades obtiennent des postes de sous-officiers juste sous le rang de major, leur ouvrant une carrière militaire. Mais Ozu ne veut faire que du cinéma.

1943

Ozu est envoyé par l'armée à Singapour où il se voit confier la réalisation d'un documentaire sur Subhas Chandra Bose, l'Indien à l'initiative du mouvement d'indépendance. Il ne tournera que quelques plans, et le projet finira par s'enliser. Il ne lui reste plus qu'à attendre sur place la capitulation du Japon. Devenu prisonnier, il mènera une vie plutôt tranquille. Il a l'occasion de voir les films américains. Citizen Kane, Gone With the Wind, Les films de John Ford, etc. Il admire en particulier Les raisins de la colère et La route au tabac. `

1925 A son retour de l'armée, Ozu est intégré à l'équipe de Tadamoto Okubo comme troisième assistant réalisateur. Il peut enfin envisager le métier de réalisateur. Prisonnier de la section "tournage", il avait confié à Torajirô Saito son rêve de faire de la réalisation. Charitable, Saitô l'avait recommandé auprès de Okubo. 1927 Ozu est promu réalisateur de jidaigeki (film à costume ou historique) : Zange no katana (Le sabre de la pénitence). Ce sera son seul et unique jidaigeki. Il s'est inspiré de Kick In (1922) de Georges Fitzmaurice, cinéaste américain d'origine française. Sur les 19 films qu'il tourne entre 1927 à 1930, il n'en reste aujourd'hui que quatre. C'est au cours de cette période qu'il commence à entretenir des relations privilégiées avec le scénariste Kôgo Noda et le chef opérateur Hideo Mohara. 1929

Février - avril : tournage de Rêve de jeunesse. Il troune six autres films dans la même année. Ozu s'occupe de trois sous-genres du gendaigeki (drame moderne) : films d'étudiants, d'employés, et de couples qui contribueront à sa célébrité. Il s'attache à traiter de la vie familiale japonaise, et se pose en témoin des bouleversements sociaux de l'époque, mais sans simposer une quelconque idéologie. Il accorde plutôt de l'importance plutôt aux détails de la vie quotidienne et aux sentiments. Ozu maintient une ligne personnelle et original entre les films sociaux militants et le parlant qui fait alors son apparition et qui bouleverse les formes cinématographiques du muet auxquelles Ozu reste attaché. Ozu s'intéresse aux destins ordinaires, aux drames de la vie quotidienne. Soucieux de s'améliorer, il est entouré d'une équipe de scénaristes : Kôgo Noda, Akira Fusimi, Tadao Ikeda, Komatu Ikeda. C'est à cette époque qu'ils multiplient les pseudonymes comme " Maki James ". C'est un pseudonyme qu'utilisent en commun les cinq hommes.

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tournera désormais un film par an pour cette société. Il négocie une nouvelle rémunération relativement confortable: cent mille yens d'honoraires fixes mensuels, 2 millions cinq cent mille de rémunération par film, huit cent mille par scénario. (A l'époque, le salaire moyen au Japon est de trente mille yens / mois). Décès de Mizoguchi à 58 ans dont Ozu était proche. Ozu se fait mal aux nouvelles techniques du cinéma. Il exprime son opposition à l'usage de la couleur, comme il l'avait fait pour le parlant vingt-cinq ans auparavant. Mais il cède sous la pression de ses producteurs et tourne en Agafacolor. Il y prend finalement un réel plaisir et tournera ses cinq derniers films en couleurs.

1959

Le jour de l'an, Ozu note dans son journal daté samedi 3 janvier : "boire modérément ! Ni trop travailler ! Ni trop faire la sieste ! Pense qu'il te reste peu de temps à vivre ! " Janvier-avril : tournage de Bonjour. Mai : Ozu est le premier cinéaste à obtenir le prix de l'Académie des Arts. Septembre - novembre : tournage d'Herbes flottantes pour le compte de la société Daiei. Il est satisfait des conditions de tournage et se familiarise avec l'usage de la couleur.

1946

Ozu est de retour au Japon. Il a 43 ans. Il retrouve le monde cinématographique japonais après avoir visionné un nombre incalculable de films américains pendant sa période de détention : "il n'est pas bon qu'un réalisateur voie trop de films. Ses yeux finissent pas enfler." Il hâte de reprendre le travail, ayant pris conscience du retard qu'avait, selon lui, le cinéma japonais sur le cinéma américain. Sa déclaration "j'ai vu trop de films américains" est en fait une critique adressée au système de production japonais. Ozu reproche à ses producteurs leur manque de passion, leur vision purement commerciale et administrative du cinéma où l'œuvre est réduite à une simple marchandise à fournir dans les délais.

1960

Lauréat du 3e prix Mizoguchi. Alors que dans les mêmes studios Shôchiku à Ofuna le jeune Nagisa Oshima défraie la chronique avec ses premiers films à la mise en scène nerveuse (Ville d'amour et d'espoir, Contes cruels de la jeunesse, et La tombe du soleil ), Ozu à cinquante-sept ans, très atteint par l'alcool, est diminué physiquement. Il sent aussi son énergie créatrice lui échapper. Avril - novembre : tournage de Fin d'automne.

1963 Ozu meurt le 12 décembre 1963 des suites d'un cancer, le jour de son 60e anniversaire.

1949

Mai-septembre : tournage de Printemps tardif. Classé meilleur film de l'année par la revue "Kinema Junpô". ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ● ●

SOURCES > Kantoku Ozu Yasujirô (Yasujirô Ozu, cinéaste), Hasumi Shigehiko, Chikuma Shobô, Tôkyô 1983. > Ozu Yasujirô Nikki (Yasujirô Ozu au jour le jour) , Tsuzuki Masaaki, Kôdansha, Tôkyô 1993. > Ozu Yasujirô to Eigajutsu (Yasujirô Ozu et l'Art du cinéma), Kida Shô, Heibonsha, Tôkyô 2001. > Ozu Yasujirô eiga dokuhon (Lecture des films d'Ozu), Film Art, Tôkyô 1993. > Positif N°203, février 1975. > Yasujirô Ozu, carnets 1933-1963, Editions Alive.

1950

Mai-août : tournage de Les sœurs Munekata. Premier film qui ne soit pas tourné à la Shôchiku, mais à la Shin-tôhô. Echec commercial.

1951 Juin-septembre : tournage de Eté précoce, premier film d'Ozu à recevoir un prix officiel (Prix des arts du ministère de l'éducation). A 48 ans, Ozu tient tête à la jeune génération qui fait sensation : Akira Kurosawa (Rashômon, Vivre) et Keisuke Kinoshita (Un amour de Carmen). Des rumeurs courent sur ses relations avec l'actrice Setsuko Hara, et qu'ils pourraient même se marier. 1953

Juillet-octobre : tournage de Voyage à Tôkyô, considéré par beaucoup comme son chef-d'œuvre. Ozu affine de plus en plus ses réalisations. Octobre : il exprime son soutien à Kinuyo Tanaka qui fait ses débuts de réalisatrice avec Lettre d'amour en acceptant un rôle de figurant dans ce film.

1954

Août : résiliation de son contrat avec la Shôchiku. Ozu devient réalisateur indépendant.

1955

Mars : Ozu succède à Mizoguchi à la tête de l'Association des cinéastes japonais. Août - décembre : tournage de Printemps précoce. Eloge de Nuage flottants de Mikio Naruse : ""

1956

Février : Ozu signe un nouveau contrat avec la Shôchiku. Il

49


OZUfilmographie 1927

1941

Zange no yaiba* / Le Sabre de pénitence / The Sword of Penitence

Toda-ke no kyodai / Les frères et sœurs Toda / The Brothers and Sisters of the Toda Family

1928 1942

Wakôdo no yume / Rêve de jeunesse / The dreams of Youth ● Nyôbo funshitsu / Epouse perdue / Wife Lost ● Kabocha* / La Citrouille / Pumpkin ● Hikkoshi fûfu / Un couple déménage / A Couple on the Move ● Nikutaibi / Un Corps magnifique / Body beautiful

Chichi ariki / Il était un père / There Was a Father

1947 Nagaya shinshiroku / Récit d'un propriétaire / Record of a Tenement Gentleman

1929 Takara no yama* / La montagne du trésor / Treasure Mountain ● Wakaki hi :gakusei romansu / Jours de jeunesse / Days of Youth ● Wasei kenka tomodachi / Combats amicaux à la japonaise / Fighting FriendsJapanese Style ● Daigaku wa deta keredo / J'ai été diplômé,mais… / I Graduated, But… ● Kaishain seikatsu* / La vie d'un employé de bureau / The Life of an Office Worker ● Tokkan kozô / Le Galopin / A Straightforward Boy

1948 Kaze no naka no mendori / Une poule dans le vent / A Hen in the Wind

1949 Banshun / Printemps tardif / Late Spring

1930

1950

Kekkongaku nyûmon / Une introduction au mariage / An introduction to marriage ● Hogaraka ni ayume / Va d'un pas léger / Walk Cheerfully ● Rakudai wa shitakeredo* / J'ai été recalé,mais… / I Flunked,But… ● Sono yo no tsuma / Femme d'une nuit / That Night's Wife ● Erogami no onryo / Eros, esprit vengeur / The Revengeful Sprit of Eros ● Ashi ni sawatta kôun / La chance m'a touché aux jambes / The luck Which touched the leg(lost Luck) ● Ojosan / Jeune demoiselle / Young Miss

Munekata kyôdai / Les sœurs Munekata / The Munekata Sisters

1951 Bakushû / Eté précoce / Early Summer

1952 Ochazuke no aji / Le goût du riz au thé vert / The Flavor of Green Tea over Rice

1931 Shukujo to hige / La femme et la barbe / The Lady and the Beard ● Bijin to aishu* / Les infortunes de la beauté / Beauty's Sorrow ● Tôkyô no kôrasu / Le chœur de Tôkyô / Tôkyô Chorus

1953

1932

1956

Haru wa gofujin kara* / Le printemps vient des femmes / Spring Comes from the Ladies ● Umaretewa mitakeredo : otona no miru ehon* / Gosses de Tôkyô / I was Born,But… : A Picture Storybook for Adults ● Seishun no yume ima izuko / Où sont les rêves de jeunesse ? / Where Now Are the Dreams of Youth ? ● Mata au hi made / Jusqu'à notre prochaine rencontre / Until the day We Meet Again

Soshun / Printemps précoce / Early Spring

Tôkyô monogatari / Voyage à Tôkyô / Tôkyô Story

1957 Tokyô bôshoku / Crépuscule à Tôkyô / Tôkyô Twilight

1958 1933

Higanbana / Fleurs d'équinoxe / Equinox Flower

Tôkyô no onna / Une femme de Tôkyô / Woman of Tôkyô ● Hijôsen no onna* / Femmes et voyous / Dragnet Girl ● Dekigokoro* / Cœur capricieux / Passing Fancy

1959 Ohayô / Bonjour / Good Morning Floating Weeds

1934 Hara o kowazuya / L'amour d'une mère / A Mother Shoud be Loved ● Ukigusa monogatari* / Histoire d'herbes flottantes / A Story of Floating Weeds

Ukikusa / Herbes flottantes /

1960 Akibiyori / Fin d'automne / Late Autumn

1961

1935

Kohayagawa-ke no aki / Dernier caprice / The End of Summer

Hakoiri musume / Une jeune fille pure / An Innocent Mind ● Tôkyô no yado / Une auberge à Tôkyô / An Inn in Tôkyô ● Kagamijishi / La danse du lion / Kagamijishi (Lion Danse)

1962 Sanma no aji / Le goût du saké / An Autumn Afternoon

1936

(* : scénario original d'Ozu)

Daigaku yoitoko* / Vive la fac / College Is a Nice Place ● Hitori musuko* / Un fils unique / The Only Son

1937 Shukujo wa nani o wasuraretaka ? / Qu'est-ce que la dame a oublié ? / What Did the Lady Forget ?

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